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Le Sens de La Liberte

Le Sens de La Liberte

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Le sens de La Liberté

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ColleCTion MerCure du nord
La collection « Mercure du Nord » se veut le point de rencontre des chemins multiples arpentés par la philosophie de concert avec les sciences humaines et sociales, l’économie politique ou les théories de la communication. La collection est ouverte et se propose de diffuser largement des écrits qui apporteront une nouvelle texture aux défis majeurs d ’aujourd ’ hui, passés au crible d’une nouvelle réflexivité : rouvrir en profondeur le débat sur le mégacapitalisme, sur la marchandisation et la médiatisation mondiales et tenter d’esquisser les contours d’une mondialisation alternative. La collection ne saurait atteindre son but qu’en accueillant des textes qui se penchent sur l’histoire sans laquelle les concepts véhiculés par notre temps seraient inintelligibles, montrant dans les pensées nouvelles les infléchissements d’un long héritage. Rousseau Anticipateur-retardataire Les grandes figures du monde moderne L’autre de la technique Comment l’esprit vint à l’homme ou l’aventure de la liberté L’éclatement de la Yougoslavie de Tito. Désintégration d’une fédération et guerres interethniques Kosovo : les Mémoires qui tuent La guerre vue sur Internet Charles Taylor, penseur de la pluralité Mondialisation : perspectives philosophiques La Renaissance, hier et aujourd’hui La philosophie morale et politique de Charles Taylor Analyse et dynamique. Études sur l’œuvre de d’Alembert Le discours antireligieux au XVIIIe siècle Du curé Meslier au Marquis de Sade Enjeux philosophiques de la guerre, de la paix et du terrorisme Souverainetés en crise Une éthique sans point de vue moral. La pensée éthique de Bernard Williams L’antimilitarisme : idéologie et utopie La démocratie, c’est le mal Michel Foucault et le contrôle social Tableaux de Kyoto. Images du Japon 1994-2004 La révolution cartésienne Aux fondements théoriques de la représentation politique John Rawls. Droits de l’homme et justice politique Les signes de la justice et de la loi dans les arts Matérialismes des Modernes. Nature et mœurs. Philosophies de la connaissance

Titres parus

Voir: http://www.pulaval.com/collection/mercure-nord-42.html

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Sous la direction de Josiane Boulad-Ayoub et Peter leuprecht

Le sens de La Liberté
Actes du colloque tenu dans le cadre des Vingt et unièmes Entretiens du Centre Jacques Cartier louise Arbour Salah Basalamah Alain Bauer Gregory Baum Pierre Bosset dorval Brunelle Marie-Françoise labouz Georges leroux Peter leuprecht Giorgio Malinverni Christian Philip Michel robert Paule-Monique Vernes
avec des textes de

pul
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Les Presses de l’Université Laval reçoivent chaque année du Conseil des Arts du Canada et de la Société d’aide au développement des entreprises culturelles du Québec une aide financière pour l’ensemble de leur programme de publication.blogspot. Maquette de couverture : Mariette Montambault Mise en pages : Josiane Boulad-Ayoub © Les Presses de l’Université Laval 2009 Tous droits réservés. rue de l’Université Québec (Québec) G1V 0A6 Canada www. Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise de son Programme d’aide au développement de l’industrie de l’édition (PADIÉ) pour nos activités d’édition.com/ .com http://fribok. Imprimé au Canada Dépôt légal 4e trimestre 2009 ISBN PUL 978-2-7637-8782-4 Les Presses de l’Université Laval Pavillon Maurice-Pollack.pulaval. bureau 3103 2305.

que celui de liberté. Bronislav Geremek.inTroduCTion Le SenS de La Liberté  Il n’y a point de mot qui ait reçu plus de différentes manières. Il incarnait les bouleversements et déchirements du 20ème siècle. C’était un homme exceptionnel. et qui ait frappé les esprits de tant de Montesquieu entre le riche et le pauvre entre le maître et le serviteur c’est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit.blogspot. Bronislav Geremek était un grand intellectuel.com/ J’ ai l’honneur et le plaisir d’ouvrir le colloque sur « Le sens de la liberté ». courageux combattant de la liberté au sens le plus noble du terme. un historien réputé qui est devenu par son engagement politique un acteur inf luent de l’histoire. Il avait accepté de prononcer la conférence d’ouverture pour laquelle il avait choisi comme titre : « L’Europe et l’idée de la liberté ». Il séduisait par son extraordinaire érudition et son intégrité morale. victime d’un tragique accident de la route. Hommage à Bronislav Geremek . Entre le fort et le faible significations. j’ai le triste devoir de rendre un hommage appuyé et ému à un grand absent. Lacordaire En ouvrant ce colloque. qui nous a quittés en juillet dernier. 7 http://fribok.

Le présent colloque vise à contribuer à cette indispensable clarification. nous aide à repenser le concept de la liberté et ses rapports avec la loi. le droit. de sagesse et d’humanité s’est tue. Les apôtres de l’idéologie panéconomique qui est à la base de la mondialisation s’y réfèrent constamment. usés et abusés est celui de la liberté. Quelle liberté ? L’invocation de la liberté est en vogue aujourd’hui. le Président George W. Bush. Représente-t-il 8 http://fribok. Dans le discours d’inauguration de son second mandat présidentiel. Nous avons mis en exergue à ce colloque non seulement la phrase de Montesquieu. il fait l’objet d’un abus orwellien du langage. Pourquoi un tel colloque ? Parce que dans le monde d’aujourd’hui l’un des concepts les plus galvaudés. « Enduring freedom » a été l’une des devises accompagnant le déclenchement de la mal nommée « guerre contre le terrorisme ». Non seulement il reçoit.com/ . incontestablement d’une brûlante actualité. de même qu’un homme qui se croit fort. de tolérance. Cette phrase. étant à la tête de la seule superpuissance qui reste dans le monde.blogspot. une multitude de différentes significations. mais aussi celle de Lacordaire : Entre le fort et le faible entre le riche et le pauvre entre le maître et le serviteur c’est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit. Il semble donc essentiel de le clarifier. Bush a employé les mots « freedom » et « liberty » une quarantaine de fois et il prétend répandre la (sa ?) liberté à travers le monde. comme l’écrivait déjà Montesquieu en son temps.le sens de la liberté Sa disparition laisse un grand vide. Une grande voix de modération. George W.

peter leuprecht – introduction le « renard libre dans le poulailler libre » qu’évoque Karl Marx ? Ou le renard prêchant de la fable alsacienne qui prêche la liberté et la fraternité aux oies pour mieux les avaler par la suite ? Lacordaire était conscient du fait que pour le pauvre. le faible. affranchir ne veut dire rien d’autre que : donner la liberté. dans le sens de John Locke. Il n’y pas – il ne doit pas y avoir – de liberté sans limites. apprivoisée. la loi qui affranchit ne saurait être la loi du plus fort. la liberté ne risque non seulement d’être théorique . Lacordaire revient ainsi à la liberté. louent la moralité. la liberté du fort.blogspot. Réalisant qu’une liberté débridée. Il est intéressant de noter que le droit. Pour le pauvre. « Que fait au pauvre une liberté qui exclut de tout précisément parce qu’il est pauvre ? » écrivait-il. la liberté peut être plutôt théorique. comme Friedrich Hayek. prévoit des restrictions à la liberté et aux libertés qui sont « nécessaires dans une société démocratique ». Lacordaire se tourne vers la loi : « la loi qui affranchit ». pour lui la liberté du fort peut être source d’oppression. La liberté de chacune et de chacun s’arrête là où commencent la liberté et les droits d’autrui. d’une part. Or. la loi doit fixer les limites de la liberté. Se pose ainsi le problème des limites de la liberté. peut engendrer l’oppression. C’est à la loi qu’il appartient de fixer les limites de la liberté. y compris le droit international des droits de l’homme. va de pair avec égalité et responsabilité. mais à une liberté limitée. Pour être libératrice. 9 http://fribok. ni la loi de la jungle. sont caractérisés par la recherche d’un équilibre entre liberté(s). et les exigences de la vie en société – dans une « société démocratique » – d’autre part. notamment celle de la Cour européenne des Droits de l’Homme. qui. Ce droit et la jurisprudence pertinente. ni la « loi du marché » dont certains tenants de l’idéologie panéconomique. le faible.com/ . Quelle loi ? Évidemment.

com/ . La loi juste vise à réaliser non seulement une égalité de droit. en s’approvisionnant là où il veut et en ayant à supporter le moins de contraintes possible en matière de droit du travail et de conventions sociales ». par exemple au moyen des impôts. Ils rejettent toute intervention dans la sphère du marché et des « libres » interactions entre individus et entreprises. Pour Hayek. le concept de justice sociale est « totalement vide de sens et de contenu ». Cette vision idéale de la loi juste est loin d’être partagée par tous. il est évident qu’elles ne sauraient être au-dessus de la loi. Lui et ses disciples considèrent la loi telle que Lacordaire la concevait comme ennemie de la liberté. Elles aussi ont tendance à user et à abuser de leur liberté. souvent bien plus puissantes que des États. en l’occurrence le droit 10 http://fribok. Thomas d’Aquin a défini la justice comme la volonté constante et perpétuelle de rendre à chacun ce qui lui est dû.le sens de la liberté L’une de ces exigences est celle de l’égalité. mais nécessaires pour réduire les inégalités entre le fort et le faible et pour réaliser une égalité de fait et la justice sociale. Elle doit être un objectif prioritaire de ce que Lacordaire appelle la « loi de justice ». Il est indispensable que la loi. défini la mondialisation comme « la liberté pour mon groupe d’investir où il veut. de manière fort significative.blogspot. Proudhon a écrit que « la justice est le respect de la dignité humaine ». mais aussi et surtout une égalité de fait. violemment récusées par Hayek et ses disciples. elles sont non seulement compatibles avec le principe d’égalité et de non-discrimination. pour produire ce qu’il veut. s’inscrivent dans la même logique . C’est la raison pour laquelle elle peut ou doit prévoir des inégalités compensatrices en faveur des faibles. Des interventions redistributrices de l’État. le temps qu’il veut. Le président d’un important groupe helvético-suédois a. des mesures de « discrimination positive » ou « affirmative action ». Pour ce qui est des entreprises et surtout des sociétés multinationales.

Leur fondement est le principe de l’égale dignité de tous les êtres humains. La solidarité (ou fraternité) sans laquelle les droits humains ne sauraient être une réalité 11 http://fribok. » Le paragraphe 2 du préambule promet aux êtres humains une double libération : libération de la terreur et libération de la misère. la soif du pouvoir. mais une fin. qu’ils soient civils. la volonté de domination.peter leuprecht – introduction international. à un consommateur. Celle-ci ne peut être réalisée que si tous les droits humains. Selon l’article 1er de la Déclaration. l’égoïsme. « tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ce n’est qu’ainsi que l’homme peut vivre dans la dignité. sociaux ou culturels. de la justice et de la paix dans le monde ». fixe des limites à la « liberté » des multinationales pour l’empêcher d’être source d’oppression. l’être humain est un moyen. droits humains. à un acteur économique. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité. mondialisation et idéologie panéconomique Les droits humains sont un élément essentiel de la loi juste qui affranchit. La mondialisation et l’idéologie panéconomique qui la soustend et qui invoque constamment la liberté font peser de graves menaces sur les droits humains. économiques. Au cœur de l’idéologie panéconomique il y a l’homo œconomicus.com/ . Le paragraphe 1er du préambule de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme affirme que « la reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine et de leurs droits égaux et inaliénables constitue le fondement de la liberté. politiques.blogspot. sont garantis. à savoir que l’homme ne doit jamais être un moyen. Ce qui le caractérise est la recherche du profit. Elles réduisent l’être humain à un facteur économique ou. On a oublié ce que Immanuel Kant a enseigné. à un participant au marché. Pour l’idéologie panéconomique. si l’on veut être un peu plus optimiste.

Peter Leuprecht. un droit juste. L’article 28 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme stipule que « toute personne a droit à ce que règne.com/ . La vision globale des droits humains indivisibles. ancien directeur institut d’études internationales de Montréal Faculté de droit et de science politique Université du Québec à Montréal  12 http://fribok. Nous assistons ainsi à une érosion de la dimension sociale et culturelle des droits humains. à l’intérieur des pays et dans le monde. qui doivent inclure les droits économiques.blogspot. Hélas. Ce qui règne est un grand désordre dont un des traits saillants est le fossé qui se creuse inexorablement entre riches et pauvres. Pour le réaliser. et de chacun d’entre nous. nous en sommes terriblement loin. Ce n’est qu’ainsi que nous progresserons vers la double libération de la terreur et de la misère afin d’assurer à tous les êtres humains une vie dans la dignité. y compris les institutions économiques et financières.le sens de la liberté vivante ne fait pas partie de son système de valeurs. Celle-ci devrait guider l’action des États. des acteurs non étatiques. sur le plan social et sur le plan international. des institutions internationales. un droit de la solidarité. et faire appliquer ce droit. Un autre monde. dont les sociétés multinationales. est non seulement possible. il faut construire. La liberté des riches et des forts opprime les pauvres et les faibles de ce monde qui a un besoin urgent de la loi qui affranchit. il est absolument nécessaire. est de plus en plus perdue de vue. sociaux et culturels. un monde plus juste. un ordre tel que les droits et libertés énoncés dans la Déclaration puissent y trouver plein effet ». Le monde de demain devrait être éclairé par une éthique de la responsabilité et de la solidarité. entre forts et faibles.

ma carrière dans la magistrature et au sein de l’Organisation des Nations Unies m’a obligé justement à de grandes réserves et à devoir modifier dans une certaine mesure ce que je pense être un devoir d’exercer sa liberté d’expression. Je n’ai aucune ambition de vous éclairer sur tous les volets qui sont au programme et mes quelques mots d’introduction seront modestes. J’ai moimême regagné ma liberté d’expression il y a quelques mois à peine. Je tenterai donc de partager avec vous une approche qui reflète les préoccupations que j’ai eues au cours de ma carrière. après avoir choisi une carrière qui a été entièrement dévouée à sa défense mais au cours de laquelle des contraintes institutionnelles m’obligeaient à un devoir de réserve. C’est cependant sans beaucoup d’éclat que je retrouve et que je regagne cette liberté puisque nous vivons dans une société qui non seulement tolère mais encourage 13 http://fribok.blogspot. À l’exception de ma courte période de carrière académique du début de ma vie professionnelle.MoT d’ouVerTure  L’ ampleur du sujet sur lequel on vous propose de réfléchir pendant les deux prochains jours dans le cadre du colloque « Le sens de la liberté » m’a quelque peu surprise et estomaquée.com/ . Je ne vous étonnerai guère en vous disant que le sens de la liberté est une préoccupation qui m’est particulièrement chère.

la suivante : « Dans quelle mesure suis-je prête à sacrifier une partie de ma liberté pour accroître ma sécurité ? » Malheureusement. Nous nous devons de réfléchir sérieusement sur le concept même d’une liberté au nom de laquelle de nombreux abus ont été et continuent d’être perpétrés. dans son important ouvrage des années soixante intitulée The Limits of the Criminal Sanction (1968). la question qui nous est posée ou la question qu’on entend beaucoup particulièrement en période électorale dans les États démocratiques est. Je suis par ailleurs convaincue qu’une réflexion de nature juridique basée sur des normes déjà bien établies en matière de droit et de liberté fondamentale est une démarche essentielle. Et c’est particulièrement ce lien entre la liberté et le droit qui m’intéresse. Hebert Packer. cette question fondamentale a été largement pervertie de sorte que ce que nous entendons maintenant est plutôt la question suivante : « Dans quelle mesure suis-je prête à sacrifier la liberté des autres pour accroître ma propre sécurité ? » La réponse devient donc assez facile et assez perverse lorsque la question est faussée de cette façon.blogspot. Je considère que l’une des obligations principales de l’État est de maintenir en tout temps un équilibre précaire entre notre désir de liberté et notre désir de sécurité.com/ . Il faut d’ailleurs souligner les abus et l’ambiguïté avec laquelle on approche ce concept de liberté.le sens de la liberté le plein exercice de la liberté d’expression encadré par la règle de droit. Les droits humains nous amènent inévitablement vers un combat pour les droits des autres. En fait. avait repris de façon très éloquente la thèse de Lacordaire en préconisant que le but ultime du droit dans une société démocratique n’est pas de 14 http://fribok. à mon avis. Ceci peut paraître paradoxale puisque les droits de la personne sont définis essentiellement comme des droits individuels mais les paradoxes sont souvent source d’inspiration. Surtout depuis l’intense crise sécuritaire provoquée par les évènements du 11 septembre 2001 et par la réaction qui les a suivis. depuis le lancement de la soit disant guerre contre le terrorisme.

Le manque de pouvoir. Contrairement aux bruyants discours véhiculés par ceux qui préconisent la sécurité par la répression. il est évident que l’insécurité n’est pas liée uniquement ni même principalement au crime et au terrorisme mais que les insécurités les plus profondes sont ancrées dans la pauvreté. entre autres. Ces deux concepts de sécurité et liberté que l’on dit souvent opposés se rejoignent pour inviter une réflexion élargie du droit et du bien être individuel et collectif. Je suis très honorée d’avoir été invitée à vous présenter mes salutations et mes amitiés et je vous souhaite à tous une réflexion des plus fructueuses. Louise arbour ancien Haut-commissaire des droits de l’Homme aux nations Unies  15 http://fribok. la maladie. le manque de contrôle sur son propre destin est un manque à la fois de liberté et de sécurité. et ces paradoxes qui seront enrichis par votre réflexion au cours de ce colloque.louise arbour – mot d’ouverture réprimer mais plutôt d’affranchir et de libérer. Ce sont ces thèmes.com/ . la discrimination et la marginalisation.blogspot.

en Allemagne de l’Est. publiée dans la livraison du 25 septembre du New York Review of Books. l’éditeur en chef du quotidien Gazeta Wyborcza de Varsovie (fondé en mai 89 dans la foulée des Accords de la Table ronde qui devaient paver la voie à la tenue d’élections libres en Pologne pour la première fois en 40 ans). L’honneur qui m’échoit est d’autant plus lourd à porter que je prends ici la place d’un invité de marque. l’implosion de l’URSS et du bloc socialiste. a écrit : « Miraculeusement épargné par la Shoah. et tout particulièrement mes collègues Josiane Ayoub et Peter Leuprecht. 17 http://fribok.com/ J Préliminaires . conduire à l’événement majeur des 70 dernières années.ConFérenCe d’ouVerTure LeS LibertéS en contexte  e tiens à remercier les organisateurs. en Tchécoslovaquie. en décembre de cette année-là. Bronislaw Geremek. Dans son homélie. bouleversements qui culmineront avec l’exécution du couple Ceaucescu en Roumanie. mort dans un accident d’auto. Adam Michnik. de proche en proche. le 28 juillet dernier. de la confiance qu’ils m’ont témoignée en m’invitant à prononcer la conférence d’ouverture du colloque « Le sens de la liberté ».blogspot. une perte d’autant plus cruelle qu’il avait été aux premières loges de l’histoire le jour où Solidarnosc et Lech Walesa avaient remporté un triomphe électoral parfaitement imprévisible qui devait. c’est-à-dire à la suite des bouleversements intervenus en cascade en Hongrie.

Walesa pouvait compter sur le sage professeur Bronislaw Geremek. Walesa était entouré de professeurs. no 14. un heureux mélange de Macaulay et de Machiavel. 3. Western. Alors que la Pologne d’avant guerre était entourée de dictatures. NYRB.le sens de la liberté Geremek aura passé sa vie à rêver d’une Pologne sans exclusion ni assujettissement. Budapest. en 1998. en particulier. p. « On the Side of Geremek ». au passage. 2. 18 http://fribok. Timothy Garton Ash avait écrit ceci au sujet de Geremek : Alors que Pilsudski (héros de l’indépendance de la Pologne et premier président de la république. Timothy Garton Ash. un homme qui savait exactement ce qu’il fallait à une Pologne moderne. Pour sa part. vol.com/ . à la création de l’Institut national du Souvenir. occidentale et européenne 3. la Pologne portait maintenant le regard en direction des démocraties libérales d’Europe occidentale. We the People. 1990. European Poland ». dans un livre-reportage publié en 1990. p. Il ajoute : 1. Cambridge. Berlin & Prague. and a man who knew exactly what was needed for a modern. en 1926) était entouré de colonels.blogspot. à la suite de sa tournée historique effectuée l’année précédente dans quatre des six capitales d’Europe de l’Est marquées par ce qu’il appelle des « réfolutions » (une contraction des mots « réforme » et « révolution »). LV. comment la récente conjoncture politique en Pologne avait mis ce credo à rude épreuve2. Le texte anglais dit ceci : « a delightful mixture of Macaulay and Machiavelli. À main droite. Michnik se réfère. The Revolution of ’89 Witnessed in Warsaw. Adam Michnik. 52. qui a reçu le mandat de rechercher et de documenter les crimes commis par les nazis et les communistes contre la nation polonaise. d’une Pologne de gens vivant dans la dignité et respectant la dignité des autres »1 et Michnik relève. 25 septembre 2008. Granta Books. 35.

et afin de préciser l’orientation que j’entends donner à ma présentation. Son décès a porté un dur coup aux organisateurs et comme vous tous. candidats de Solidarnosc aux deux chambres du Parlement. j’aborderai la question suivante : quelle place avait-on dévolu à la Déclaration de 1948 dans le complexe des institutions et autres organisations mises en place dans l’immédiat après-guerre et quel sort a-t-on réservé à la question des droits humains aujourd’hui ? Je voudrais ainsi mettre en relief les rôle et fonction impartis à la Déclaration universelle de 1948 dans la panoplie des institutions mises sur pied à l’époque. Idem. 19 http://fribok.com/ . Dans deux mois nous célèbrerons les 60 ans de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme. Geremek a été élu président de l’assemblée conjointe des de ce moment. On connaît la suite. et je veux me servir de cette mise en contexte pour chercher à comprendre le sort qui a été réservé au droit. Solidarnosc se transforme en Club parlementaire des citoyens.blogspot. Solidarnosc remporte 90% des sièges au Sénat. la disparition de Geremek nous prive d’un témoin et d’un témoignage précieux. Son expérience pratique et sa hauteur de vue en faisaient un invité incontournable pour un colloque consacré à la liberté. je déplore amèrement les circonstances qui nous ont privées de la collaboration d’un grand témoin et d’un grand acteur de l’histoire actuelle. aux 1. Dans cet esprit. À compter Garton Ash évoque ici la réunion historique au cours de laquelle.dorval brunelle – les libertés en contexte Lors de la première rencontre de la ‘première brigade’ convoquée derrière des portes closes dans l’auditorium principal de l’Université de Varsovie. ainsi que 160 des 161 sièges qu’on lui a permis de briguer à la Diète. les libertés en contexte Le sujet que je vais aborder est dicté par la conjoncture. en prévision des élections à venir et afin de rejoindre le plus grand nombre de ses compatriotes. le 4 juin. la réunion a été menée avec ordre et célérité1. C’est dire à quel point.

je voudrais montrer en quoi et comment l’encastrement de la Déclaration de 48 dans l’ensemble des organisations internationales mis sur pied entre 1944 et 1948 visait à assurer une certain équilibre entre les droits individuels et les droits sociaux. équilibre qui s’est petit à petit disjoint et qui a été rompu à la fin de la guerre froide. droits des investisseurs. non seulement toute la distance qui sépare la hauteur de vue exprimée la première fois. déséquilibres et désarticulations qui comptent sans doute pour beaucoup dans la cassure qui affecte l’ensemble des Droits de l’Homme et. brevets. avec le résultat que nous sommes actuellement confrontés à deux évolutions parallèles.le sens de la liberté chartes des Droits et à la liberté depuis la fin de la guerre froide. voire à la désarticulation institutionnelle qui prévalent aujourd’hui. un certain équilibre politique entre deux visions ou entre deux approches occupant chacune un pôle théorique et programmatique donné. aussi bien au niveau international qu’au niveau national. mais surtout l’étonnante complémentarité entre les différentes missions dont le système de l’ONU avait été investi à l’époque.com/ . etc. sociaux. l’ordre actuel assurerait la prééminence de la première aux dépends de la seconde aux deux niveaux international et national. mais de sens inverse : à la montée en force des droits de propriété et de leurs diverses déclinaisons – droits intellectuels. d’un côté. de l’autre. et culturels. au déclin des droits économiques. là où l’ordre d’après-guerre avait institué. – .blogspot. par voie de conséquence. En somme. l’un constitué par la liberté négative. l’autre par la liberté positive. on pourrait dire que. 20 http://fribok. Cette comparaison permettra de mettre en relief. au détriment des droits sociaux et autres droits apparentés. Pour transcrire ces remarques préliminaires dans d’autres termes. quand on les compare au déséquilibre. dans le renforcement de tout ce qui touche aux droits de propriété et à leurs dérivés.

dorval brunelle – les libertés en contexte

Cette distinction entre liberté négative et liberté positive a été reprise et développée, entre autres, par Isaiah Berlin, pour qui la liberté négative est absence de coercition, et par Hayek, pour qui la liberté négative est l’interdiction de prescrire aux autres ce dont ils ne veulent pas. Il s’agit de reconnaître à l’autre la possibilité de trouver par lui-même le chemin de son propre progrès et de lui laisser toute latitude pour établir des relations harmonieuses avec autrui. La liberté positive, quant à elle, est la possibilité de faire ce que l’on veut. Mais cette liberté, comme John Stuart Mill, et ceux qu’on a appelé les sociaux-libéraux à sa suite, l’ont montré, ne peut bénéficier au plus grand nombre qu’à la condition qu’une autorité y pourvoie. La liberté positive désigne alors la panoplie des moyens – qu’il s’agisse de politique d’éducation, de santé, de développement régional, etc. – mis à la disposition des citoyens par l’État, ou par une autorité publique quelconque, pour favoriser la pleine utilisation de leurs capacités par le plus grand nombre. Cette opposition place face à face deux interprétations à la fois symétriques et complémentaires de la liberté : la première, qui privilégie la liberté entendue comme liberté de choix, la seconde, qui, située en amont de la première en quelque sorte, privilégie plutôt un renforcement des capacités qui égaliserait les conditions de l’exercice de la liberté de choix. Or, la question qui se pose est de savoir si on ne pourrait pas aussi envisager la liberté en tant que possibilité de dépasser cette alternative, en tant que pouvoir, ou mieux, en tant que puissance créatrice (collective ou collectivement sanctionnée) susceptible ou capable de surmonter l’opposition en question. Car il y a une autre liberté à invoquer et à convoquer, celle précisément qui nous permettrait de sortir de cette impasse. Cette liberté-là porte une autre qualification, il s’agit de la liberté de créer du nouveau, d’innover ; c’est à cette liberté que notre compatriote, le peintre Paul Borduas avait accolé l’expression « projections libérantes », une voie aujourd’hui accaparée par l’initiative
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le sens de la liberté

individuelle et l’accroissement des droits de propriété, alors que la capacité collective de créer du nouveau est, au mieux, marginalisée, voire trivialisée, au pire, ignorée. On pourra mieux cerner ce dont il est question ici en introduisant une distinction fondamentale entre la liberté entendue au sens de liberté instituée ou de liberté constituée en vertu d’une charte, d’une autorité politique, ou d’une décision d’un tribunal, d’un côté, et la liberté en tant que pouvoir ou en tant que pensée constituante d’où découlent la ou les libertés de choix, de l’autre. La liberté constituante renvoie à l’idée de liberté en tant que création. Elle renvoie à la liberté telle qu’entendue chez Bergson ou chez Sartre, en particulier. Pour Bergson, la liberté pleinement exercée doit être créatrice, c’est celle qui permet de sortir des contingences, de surmonter le fatum inscrit dans l’évolutionnisme spencérien qui nous condamne à suivre la trajectoire d’une évolution inscrite dans des lois naturelles, et notamment celle de la survie des plus aptes (the survival of the fittest). Contrer la pente apparemment naturelle définie par l’évolutionnisme implique, pour Bergson, de recourir à l’acte créateur qui prend source dans une autre morale, la morale du dépassement. Pour Sartre, en revanche, la liberté est d’abord et avant tout capacité de surmonter ce qu’il appelle les « synthèses réifiées du pratico-inerte », par quoi il entend cette inertie dans laquelle s’enfonce immanquablement la praxis humaine. Dans sa Critique de la raison dialectique, Sartre développe l’idée que « le pratico-inerte (renvoie à) la domination de la matérialité sur la praxis et la fin de l’expérience de la liberté, (une fin) qui ne pourra être retrouvée que dans la praxis du groupe »1, c’est-àdire dans l’acte émancipateur par excellence qui est un véritable pouvoir constituant, le pouvoir de surmonter et de dépasser les contingences inscrites dans la logique de l’institué. Cependant, au-delà de leur parenté apparente, qui viendrait du fait que les deux
1. Voir Arnaud Thomès, Petit lexique sartrien. En ligne : http://www. cairn.info/article.php ? id_article=cite_022_0185 22 http://fribok.blogspot.com/

dorval brunelle – les libertés en contexte

invoquent une morale du dépassement, la liberté revêt chez Sartre un sens radicalement différent de celui que lui accorde Bergson. En effet, chez Bergson, on est encore situé dans l’univers du libre arbitre, voire des opportunités, et le sujet peut ou non choisir d’échapper au poids des contingences et opter pour la liberté de créer, tandis que chez Sartre, la liberté n’est pas un choix, elle est notre lot. Dans son Petit lexique sartrien, Arnaud Thomès écrit à sujet :
La liberté n’est pas, comme dans la philosophie classique, une indépendamment de ce que lui présente l’entendement, autrement faculté de l’âme : elle n’est pas la capacité pour la volonté de choisir dit le libre arbitre. Mais la liberté est à comprendre chez Sartre en que cette existence se définit par sa contingence, il ne saurait alléguer quelque nécessité que ce soit pour justifier ses choix et pour se délivrer de sa responsabilité : il est condamné à être libre1. termes ontologiques : l’homme est liberté. Puisque l’homme existe, et

Pourtant, et ceci est essentiel pour mon propos, cette condamnation n’équivaut pas à sommation, ou à une mise en demeure qui condamnerait l’homme sartrien à être libre ou à périr, car c’est bien l’homme collectif, c’est-à-dire le groupe au sens de Sartre qui porte et subit cette « condamnation ». En somme, si je transcris ces deux approches dans mes propres termes et si je veux, par la même occasion, préparer le terrain pour ce qui va suivre, je dirais que la démarche individualiste et individualisante d’un Bergson nous permet d’entrevoir et de concevoir la liberté comme faculté de dépasser les contingences, comme un acte créateur et, en ce sens, comme un pouvoir de création appartenant en propre à l’individu ou à une collectivité, tandis que la démarche de Sartre attire notre attention sur le fait que la praxis du groupe est sa liberté, en ce sens qu’il n’y a pas deux voies qui s’offrent à lui, celle d’être et celle d’être libre, car les deux états n’en forment au fond qu’un seul. Si le juge, quand il choisit d’exercer un pouvoir constituant,
1. Idem. 23 http://fribok.blogspot.com/

le sens de la liberté

assume la prérogative d’étendre, ou pas, l’espace de la liberté des individus ou celui d’une collectivité, le groupe quant à lui n’a pas ce choix. Car sa propre existence en tant que groupe, qu’il s’agisse d’un groupe de salarié, d’employé, de femmes, d’autochtones, le met en permanence au défi d’exercer ce pouvoir qui le constitue et le maintient en tant que groupe distinct avec ses caractéristiques et ses défis propres, et faute par lui d’être libre au sens sartrien du terme, il cède devant les forces de l’inertie et le pratico-inerte reprend le dessus, il cesse alors d’exister comme groupe vécu, il est un groupe sclérosé en passe de se décomposer. En ce sens, et toujours en lien avec les développements qui vont suivre, la mise sur pied de l’ordre d’après guerre représenterait bel et bien l’expression d’une liberté entendue au sens d’un dépassement des contingences et au sens d’une fondation institutionnelle et normative nouvelle et originale1, tandis que, a contrario, l’incapacité
1. L’acte constituant l’ordre d’après guerre peut alors être envisagé comme l’expression d’une volonté collective qui est parvenue à dépasser les contingences et à proposer un cadre original, une situation qui sera contrastée avec celle qui a prévalu au lendemain de la guerre froide où c’est l’incapacité de surmonter les contingences qui s’imposera. La liberté dont il est alors question a peu à voir avec l’opposition entre un négatif et un positif, elle renvoie à la liberté telle qu’entendue chez Bergson ou chez Sartre. « Qu’on invoque en effet un déterminisme physique ou psychologique, ou qu’on en appelle à une libre volonté se prononçant devant des choix multiples, c’est toujours une référence à une causalité, à un mode de détermination linéaire qui n’a d’application que ds le temps homogène des sciences de la nature (…), au lieu que la durée concrète est progrès continu, création, nouveauté, interpénétration, différence ; en bref spontanéité et non détermination ». Voir Florence Caeymaex, Sartre, Merleau-Ponty, Bergson : les phénoménologies existentialistes et leur héritage bergsonien, Hildesheim, Georg Olms Verlag, 2005, 333 pages, à la page 46. En ligne : http://books.google.ca/books ?id=a3wqmbhnrwwc&pg=p a43&lpg=pa43&dq=bergson+sartre+liberte&source=web&ots=kvhc mttr7o&sig=8o4bs8tv3s-rxuleiewvulrc_f0&hl=fr&sa=x&oi=book_ 24 http://fribok.blogspot.com/

condamnés à concentrer leur énergie dans la résistance à la désaffiliation. je veux montrer comment la question des libertés est abordée dans l’après-guerre froide et. pour leur part. etc. un enlisement qui servirait de révélateur de notre soumission aux exigences des marchés et de leurs lois1. 25 http://fribok. En deuxième lieu.blogspot. je reviendrai sur la constitution de l’ordre d’après-guerre.dorval brunelle – les libertés en contexte de jeter les bases d’un nouvel ordre mondial dans la foulée de l’après-guerre froide sanctionnerait. cette incapacité confirmerait l’enlisement de la pensée dans une insurmontable opposition entre la liberté négative et la liberté positive. des spoliés et autres laissés pour compte de l’évolutionnisme libéral qui sont. brevets. et celle des exclus. au détriment des pratiques émancipatrices issues des groupes dominés. celle du capital. droits des investisseurs. je veux me servir de la conjoncture actuelle pour cerner plus avant la contradiction et l’affrontement en cours entre deux façons de concevoir la liberté constituante. enfin. Ces questionnements dicteront la démarche que je vais suivre qui opèrera en trois temps.m1 1. Je profiterai alors de l’occasion pour montrer en quoi et comment on assiste à des result&resnum=8&ct=result#ppa45. –. dans La Fin de l’histoire. à la marginalisation ou à l’exclusion pure et simple. afin de mettre en lumière l’importance accordée à la complémentarité entre les grandes composantes du système international instauré à l’époque et le rôle imparti à la Déclaration de 1948 dans ce contexte. d’un côté. cette incapacité conforterait l’ascendant exercé par cette liberté créatrice issue directement de l’exercice des prérogatives et autres opportunités ou opportunismes appartenant en propre aux détenteurs de ces droits absolus que sont les droits de propriété et leurs dérivés – droits du capital. par défaut en quelque sorte.com/ . Ce qui est une autre façon de synthétiser la thèse développée par Francis Fukuyama. une double évolution. dans un troisième temps. Dans un deuxième temps. Dans un premier temps. de l’autre. En premier lieu.

Mais Shotwell est également et surtout connu pour son implication dans les affaires politiques et sociales de son temps. James T. permettez-moi d’ajouter quelques mots au sujet de cet auteur. en 1965. Je crois qu’il n’y a pas de meilleure manière d’illustrer la comparaison dont il est ici question sans revenir sur l’ouvrage The Great Decision (1944). il a étudié et enseigné à l’université Columbia tout au long de sa carrière. il sera essentiellement question de l’insertion de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948 dans le système international.le sens de la liberté expressions diverses et originales. anti-communiste convaincu. il a joué un rôle tout aussi important dans la conception de l’ordre d’après guerre et 26 http://fribok. publié par notre compatriote Shotwell. au passage. traduit en français sous le titre La Grande décision et publié l’année suivante chez Brentano’s. Il a joué un rôle très important dans la mobilisation des historiens durant la Première Guerre. de tracer un intéressant parallèle avec Geremek. ce qui permet. lui aussi historien et médiéviste de renom. Je ne traiterai donc pas de ses déclinaisons et des modalités de son insertion dans l’ensemble des institutions au niveau national. Mais avant d’aller plus loin. Il a édité deux sommes importantes : une histoire économique et sociale de la Grande Guerre en 152 volumes et une série de 25 volumes sur les relations canadoaméricaines. de la liberté entendue comme pouvoir constituant alternatif à ceux du capital et de l’État. Historien de formation. en 1919. l’ordre d’après-guerre Dans la section qui suit. il a été un des principaux architectes de la création de l’Organisation internationale du travail (OIT).com/ . à New York. Shotwell est né en Ontario en 1874 et il est mort aux États-Unis.blogspot. à l’heure actuelle. 1. Plus tard. Shotwell a fait partie de la délégation des États-Unis à Versailles et.

et dans les recommandations du Comité aviseur sur la politique étrangère de l’après guerre. Shotwell se trouvait ainsi dans l’enviable position d’avoir été à la fois un des architectes de la Société des nations et de suivre pas à pas la construction de l’ordre de l’après Deuxième Guerre. La Grande décision cherche à tirer toutes les leçons de cet échec afin de jeter les bases d’un nouveau nouvel ordre mondial. ainsi que ses collaborations avec. Ces travaux. La première. À cette fin. l’ont amené à faire partie de la délégation officielle des États-Unis à San Francisco. 27 http://fribok. Rédigé par un observateur et un acteur qui avait mis beaucoup d’espoir dans la création d’un nouvel ordre mondial au sortir de la Première Guerre. que. et non plus sur les deux seuls piliers qui avaient servi à consolider la 1. On retrouve d’ailleurs plusieurs de ces éléments dans les propositions issues de la conférence de Dumbarton Oaks.blogspot. avec Eichelberger et d’autres. En 1939. en mars 1945. Shotwell a avancé plusieurs idées fondamentales. pour instaurer un ordre international stable et viable. On the Rim of the Abyss (1936) . de novembre 1944. entre autres. le sous secrétaire Sumner Welles.com/ . c’est-à-dire d’un ordre mondial qui échapperait cette fois aux pièges dans lesquels la précédente initiative avait sombré. The Great Decision (1944) et The Long Way to Freedom (1960). il fallait cette fois le faire reposer sur trois piliers. Shotwell fonda la Commission pour l’étude de l’organisation de la paix (Commission to study the organization of peace) qui a publié plusieurs rapports où l’on cherchait à définir et à préciser les fondements de l’ordre d’après-guerre. Il est également l’auteur de plusieurs ouvrages. parmi lesquels on peut citer: The Origins of the International Labor Organization (1934) .dorval brunelle – les libertés en contexte il a été un des ardents promoteurs de l’inclusion d’une Déclaration universelle des Droits dans la Charte de l’ONU1.

le système de l’ONU devait désormais être ouvert à tous3. les grandes puissances assumeraient une part de responsabilité plus grande dans le maintien de la paix que les « petites puissances ». p. 14-5. petits assumeraient le rôle de « renforcer les procédures de sécurité 1. « Préface ». op. de matières qui relevaient en propre des affaires internes. en retour. les pays doivent agir en pleine coopération comme ils l’avaient fait au BIT et. Mackenzie King.. à la page 280-1. Reprenant cette idée. 28 http://fribok. Robert Tenger. (…) dans la troisième sphère. tandis que les collective4 ». les grands assumeraient la charge ou la responsabilité. Tenger. La deuxième idée a été de concilier les deux principes fondateurs du système international : le principe d’universalité et le principe de différentiation. l’organisation devra s’occuper non plus du pour protéger leurs droits et leur liberté 2 . En somme. en vertu du premier. cit. seraient obligées de s’entendre entre elles pour renforcer leur intérêt propre et celui des grandes puissances dans la préparation des procédures de sécurité collective». p. par excellence. 3. Shotwell. in Shotwell.blogspot. mais celles-ci. tout comme le bien être n’avaient pas fait partie des plans et des objectifs au niveau international pour la simple et bonne raison qu’il s’agissait. en vertu du second.com/ . il faut amener toutes les nations à renoncer à la guerre . 4. Il faut insister sur cette double originalité car. jusque-là le rapport de l’État à ses citoyens. 279. la référence à un discours du premier-ministre du Canada. par opposition au régime exclusif instauré par la SDN. Il s’agit du régime inclusif sanctionné dans la Charte de San Francisco. Voir R. Si.le sens de la liberté paix par le passé1. statut des nations mais du statut des individus au sein de ces nations. (…) en matière de prospérité. 2. Voir également. comme il se doit. à propos de l’épineux problème de l’égalité des voix. enfin. dans sa Préface écrit ceci : l’organisation internationale à construire doit agir simultanément dans trois sphères (…) dans la sécurité.

Shotwell écrit à ce propos : Il est donc temps de penser à l’édifice de la paix mondiale comme un tout et non pas seulement se borner à penser aux éléments séparés qui secours et du relèvement. en ont été créés pour faire face aux problèmes urgents comme ceux des ni non plus. La quatrième idée a été de proposer d’appliquer le modèle de l’OIT et de faire place à ce qu’il a appelé les « institutions privées » dans les différents organismes. aux organisations patronales et aux organisations syndicales. de l’agriculture.blogspot. On sait que l’OIT avait été la première organisation internationale à opérer sur la base du tripartisme. de celui de la justice. de la sécurité et du travail. c’est-à-dire sur la base d’une représentation accordée simultanément aux États. sans doute la plus audacieuse. de l’autre. 275.com/ . c’est-à-dire qu’elle ne s’inscrit pas quelque part à côté des autres initiatives. comme ceux qui s’occupaient du commerce.dorval brunelle – les libertés en contexte La troisième idée était qu’il fallait avoir recours à une approche globale. Idem. et la protection des garanties ou des libertés individuelles des citoyens face aux empiètements de l’État. une exigence qu’il appliquait au mécanisme de protection des Droits de l’Homme. par exemple (…) Le problème du bien-être ne peut être résolu en faisant abstraction de celui de la sécurité1. mais aussi dans les organisations qui travaillaient dans le domaine de l’hygiène publique et des « maux sociaux ». Shotwell suggère ainsi que les organismes qui viendront compléter le système de l’ONU dans les domaines de la finance. d’une part. comme le FMI-BM. La cinquième idée. 29 http://fribok. l’a amené à établir un lien serré entre la mise hors-la-loi de la guerre. c’est-à-dire sur la base d’une représentation tripartite. 1. la Cour internationale de justice (CIJ). non seulement économiques. ajouterions-nous. grâce à l’instauration d’un mécanisme efficace de règlement des différends entre États. p. Et c’est là que l’idée de Déclaration prend tout son sens. de la science et de la culture soient construits sur le modèle de l’OIT. du transport. du commerce.

à cette occasion. à laquelle tous les l’État contre tous les empiètements de leurs gouvernements 1. et qu’elle n’est pas non plus une voie de dernier recours. Idem. 30 http://fribok. Idem. un palliatif ou un adjuvant face à quelques États autoritaires. ils sont parfaitement contradictoires.com/ . mais qu’elle représente et constitue l’autre versant. Shotwell est amené à lier étroitement le rôle de l’UNESCO et celui de la Déclaration. un peu plus loin : Également difficile. au sens le plus large et profond de l’expression.blogspot. C’est pourquoi il tombe sous le sens que l’organisation d’une paix durable doit aussi comporter quelque précaution pour 1. le versant citoyen. 2. peut contrebalancer la propagande des États portés à recourir à la guerre. le problème qui consiste à renforcer les dispositions sauvegardant les Droits de l’Homme après qu’ils auront été acceptés du dehors. il y aura des difficultés à les faire respecter2. Partout où de telles mesures seront imposées Mais il faut se souvenir que : le mépris des Droits de l’Homme à l’intérieur des pays de l’Axe était une préparation psychologique et même physique à la guerre elle-même. l’UNESCO. la FAO.. pays puissent souscrire. tant il est vrai à ses yeux que seule la diffusion d’une culture.le sens de la liberté le BIT-OIT. etc. et qui sauvegarde les droits des citoyens dans Et il ajoute. 269. par les pays intéressés. tellement il est vrai que la guerre et le respect des Droits de l’Homme ne sont pas seulement incompatibles. p. du mode de règlement des différends auquel les États auraient convenu de souscrire. à propos du rôle et de l’importance de prévoir une Déclaration universelle des Droits de l’Homme. Shotwell écrit : La première mesure à prendre pour sauvegarder la liberté dans le monde d’après-guerre (…) c’est la proposition qu’il y ait une Déclaration internationale des Droits de l’Homme. D’ailleurs. C’est ainsi que.

c’est. lui aussi. sans situer les pactes issus de la Déclaration de 1948 au centre même de l’ensemble des organisations à vocations multiples et complémentaires mises sur pied à l’époque. Il devrait.blogspot. il a fallu tôt déchanter lorsque le recours à la guerre a encore une fois repris le devant de la scène. être composé comme un service civil international… En résumé. parce que le moyen de faire respecter Shotwell propose alors la création d’un Institut de jurisprudence composé d’experts du droit et de la science gouvernementale. et qui toutes Ce retour en arrière nous montre bien à quel point il peut s’avérer vain de mener le combat en faveur des Droits de l’Homme sans s’attaquer en même temps au problème posé par le recours à la guerre. Mais un instant de réflexion une constitution ne suffit pas. le projet ainsi suggéré ne ont eu pour modèle initial la constitution de l’OIT2. auquel serait rattaché un office ou un bureau permanent qui préparerait les projets à discuter à l’Institut et qui assurerait la continuité d’action et la réalisation du programme. d’une part.dorval brunelle – les libertés en contexte le maintien de la justice à l’intérieur des États aussi bien que dans d’accord sur les principes fondamentaux du droit des gens. 271-2. Or. loin que l’après-guerre froide ait permis de renouer avec la vision d’ensemble d’un Shotwell. diffère pas des autres organisations décrites ci-dessus. bien au contraire. De plus. et que le moment est venu de se mettre anglais et américain de gouvernement. Idem. leurs rapports entre eux. 2. Idem. de l’autre.com/ . (…) Il a été suggéré que le point de départ soit une Déclaration universelle des Droits de l’Homme comme celle qui est à la base des systèmes suffira pour nous rappeler que la simple insertion d’une formule dans la constitution est la chose la plus importante1. pp. si l’après-guerre froide a semblé un temps nous promettre des lendemains pacifiés. 31 http://fribok. à une plus 1.

Comment penser le système des droits dans l’après-guerre froide ? Je passerai rapidement sur les raisons susceptibles d’expliquer les nombreux glissements. pour ne nommer que ces trois-là. Cet ensemble de pays avait été désigné comme le « tiers monde » par 32 http://fribok.le sens de la liberté grande désarticulation entre les différentes missions confiées au système de l’ONU que nous assistons à l’heure actuelle. Avec le résultat que. mais aussi plusieurs guerres majeures. au bord de la désarticulation institutionnelle et en plein dans la superposition et la hiérarchisation des ordres normatifs. Je me contenterai d’invoquer rapidement la guerre froide. ce que Fritz Sternberg avait appelé le « conflit du siècle » – pour reprendre le titre d’un ouvrage célèbre en son temps – a traversé de part en part toutes et chacune des grandes institutions internationales comme l’OIT. au Sud1.com/ .blogspot. la FAO ou l’UNESCO. des institutions économiques qui avaient été mises sur pied pour réduire l’écart entre les pays produiront exactement l’inverse : elles instaureront une profonde fracture dans l’ordre international entre pays développés au Nord et pays euphémistiquement désignés comme étant « en développement ». cette curieuse expression qui nous a valu une militarisation à outrance de part et d’autre du rideau de fer et qui nous a légué une suite quasi ininterrompue de conflits armés dans ou entre les pays du Sud. 2. En somme. 1. revirements et autres tractations qui ont fait dévier la mise en oeuvre de l’ordre d’après-guerre et qui nous ont conduits là où nous nous trouvons aujourd’hui. de même que tous et chacun des gouvernements nationaux et des sociétés durant près d’un demi siècle. le tandem BM-FMI s’est rapproché de plus en plus des objectifs de la Maison blanche et du Congrès des EUA autour de ce que John Williamson a appelé un « Consensus de Washington » face à l’enjeu de la libéralisation des marchés. guerre froide oblige et à compter des années quatre-vingt surtout. C’est ainsi que.

blogspot. semble au contraire nous en éloigner ? J’apporterai deux réponses à la question : la première fait appel à un ensemble de causes opérant par excès. n’a été que ponctuelle. Idem. au lieu de nous rapprocher des idéaux d’universalité et de justice sociale sanctionnés alors. en dehors d’aires bien délimitées en Occident surtout. 1. L’argument par excès vient d’être évoqué. comme le recours à la guerre n’a jamais fait relâche. voire palliative. à mesure que la menace de guerre sera éliminée par et les accords entre nations tendront à prendre leur aspect sinistre de plus en plus à de la politique intérieure1.com/ . Shotwell lui-même avait déjà mis ses lecteurs en garde contre une telle éventualité et. écrit-il. celle concernant la mise au rancart du recours à la guerre comme moyen de résolution des conflits en tant que préalable à la sanction des droits humains. les négociations politiques politique de force et les relations internationales ressembleront de Or. tels que ces domaines Alfred Sauvy qui avait forgé l’expression dans un article publié dans l’Observateur. pp. l’efficacité croissante des opérations de paix. les modes pacifiques de règlement des conflits n’ont pas prévalu et les droits humains sont. demeurés en déshérence. Car. autant elle ressurgirait avec force dans le contexte actuel. bien au contraire.dorval brunelle – les libertés en contexte Comment expliquer que l’après-guerre froide. D’ailleurs. mais la conjoncture actuelle nous offre plusieurs exemples de dérives où l’on peine à démêler dans les conflits extérieurs tout autant que dans les conflits internes. le 14 août 1952. 33 http://fribok. en définitive. 287-8. tandis que la seconde invoque un argument par défaut. la menace de guerre n’a-t-elle jamais été éliminée. autant la pertinence de certaines de ses plus sombres prédictions tombait à plat à l’époque. avec le résultat que leur application. non seulement. C’est celui qui nous renvoie à l’une des conditions posées par Shotwell. ce qui relève de l’international et ce qui relève du national. en tout cas. Or.

Or. C’est le sens et la portée du mandat confié par Boutros Boutros-Ghali à la Commission sur la gouvernance globale. L’idée d’une telle commission avait été avancée par Willy Brandt qui avait proposé qu’on se penche sur les rôle et fonction des Nations Unies et de son système dans le nouveau contexte créé par la fin de la guerre froide et pour souligner. 34 http://fribok. et qui a remis son rapport intitulé Our Global Neighborhood. comme en témoigne avec la 1. Our Global Neighborhood.le sens de la liberté avaient été définis au sortir de la Deuxième Guerre et tels qu’ils sont encore théorisés de nos jours. en 19951. évolution oblige. Report of the Commission on Global Governance. de la culture ou à la lutte contre la faim n’a jamais pu être réalisé et il ne le sera pas tant que le recours à la guerre ne sera pas remplacé par d’autres mode de règlement des conflits. par la même occasion.blogspot.com/ . L’argument par défaut consiste à soutenir que les idéaux auxquels on avait souscrit à l’époque sont tout aussi valables aujourd’hui et que. co-présidée par Ingvar Carlsson et Shridath Ramphal. le cinquantième anniversaire de l’organisation. l’encastrement indispensable des droits humains dans un ensemble d’organisations voué à la défense du travail. D’ailleurs. ainsi que les droits économiques. 1995. il suffirait d’effectuer quelques ajustements au système mondial pour le remettre sur ses rails. En somme. Oxford University Press. Oxford. sociaux et culturels dans un système international rénové. le processus centrifuge en cours qui éloigne progressivement les organisations les unes des autres et qui désarticule la poursuite de leurs missions ne peut que s’accroître et nous éloigner toujours davantage des espoirs qu’avaient fait naître les grands idéaux portés par les architectes du cadre défini au cours des années quarante. le plus intéressant et le plus révélateur à mes yeux concernant les recommandations de la commission. Dans ces conditions. c’est qu’il n’y a rien concernant la place que devraient occuper les droits des individus. nous sommes aux antipodes de la démarche holiste avancée par un Shotwell.

Ce faisant. en opérant de la sorte. Par ailleurs.blogspot.dorval brunelle – les libertés en contexte dernière éloquence la liste des recommandations de la commission par ailleurs qualifiées de « radicales »1 par les commissaires eux-mêmes. ce ne sont pas les recommandations concernant l’élargissement du Conseil de sécurité. il est intéressant et révélateur à la fois de souligner que les commissaires proposaient de reconnaître l’existence d’une société civile internationale et de lui accorder un rôle à travers la création d’un Forum de la société civile qui se réunirait une fois l’an. Mais ce qui m’apparaît le plus important et le plus révélateur à la fois. des investisseurs. les commissaires accordaient leur appui le plus entier à la création de l’OMC et souscrivaient avec enthousiasme au rôle central occupé par le marché et à la libéralisation à l’échelle mondiale. tout juste avant l’ouverture de la session de l’Assemblée générale. 35 http://fribok. la deuxième. Mais ce qu’il importe de souligner avant tout. la commission se ralliait à une démarche qui visait explicitement à promouvoir les libertés négatives et les droits des détenteurs de capitaux. Parallèlement. ou la création d’un Forum global. les commissaires proposent une vision décidément et résolument économiciste – on dit parfois marchéiste pour désigner ce courant libéral qui accorde toutes ses faveurs à la régulation par le marché – du nouvel ordre mondial en gestation. c’est bien le fait que. mais bien l’appui enthousiaste accordé à la mise sur pied de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) qui verra le jour la même année. le remplacement de l’actuel ECOSOC par un Conseil de sécurité économique. au détriment des libertés positives et des droits sociaux.com/ . Que peut-on tirer de ces deux interprétations ? Une première réf lex ion touche à l ’ impor tance des repositionnements intervenus entre organisations internationales dans leurs relations les unes avec les autres et. à l’évolution du contenu des paramètres appliqués et sanctionnés par les organisations qui occupent désormais une place éminente dans la gouvernance au niveau mondial. 1. La commission elle-même définit ses propres recommandations comme étant « radicales ».

comme des agences de l’ONU et comme les rouages d’un ensemble qui avait nom « système de l’ONU ». qu’il s’agisse de l’Organisation de coopération et développement économique (OCDE. il faut également prendre acte de ces organisations d’un autre type créées par les pays nantis. il convient de prendre acte de l’instauration d’une nouvelle hiérarchie des droits en vertu de laquelle les droits de propriété et leurs dérivés (droits 1. en 2001. se comporte comme un électron parfaitement libre dans le système international actuel. Ces tribunes et initiatives agissent à la fois comme des définisseurs de la nouvelle économie politique internationale et comme des relais dans leur application au niveau des politiques économiques nationales. Alors que ces organismes avaient été envisagés et conçus. d’autre part. la question se présente sous plusieurs angles à la fois. qui assument la relève là où l’ONU a – ou aurait – failli à la tâche.blogspot. par la prolifération des accords de libre-échange. mais surtout de prendre acte de la montée en puissance des organisations internationales à vocation économique comme la Banque mondiale. 1948 et 1961). d’une part. des relais où l’on tient en bien piètre estime les objectifs de justice sociale et de bien-être qui avaient été tellement présents au moment de la définition des paramètres de l’ordre d’après-guerre1. En premier lieu. au départ.com/ . 1971) ou du G-8 (1975). il convient de prendre acte du déclin du rôle et de l’ascendant qu’avait exercé cette tribune universelle que sont les Nations Unies. en particulier.le sens de la liberté Quant aux repositionnements. depuis le blocage des négociations à l’OMC. celles-ci. En troisième lieu. 36 http://fribok. relayées. Un exemple emblématique à ce propos est celui du G-8 tenu à Halifax en 1995 où. du Forum économique mondial (FEM. en feront la pièce centrale de leur propre économie politique. le FMI et surtout l’OMC. En deuxième lieu. l’OMC. le premier ministre Jean Chrétien en négociera les termes avec les provinces . toutes toutes tendances politiques confondues. à peine l’accord établi entre les chefs d’État et de gouvernement concernant l’objectif du déficit zéro. sur le front des droits.

Éditions Fides. dans ce document fondateur 2 qui encadre désormais l’exercice des libertés au Canada. 107-132. Je renvoie ici aux débats entourant la négociation d’Accords cadre internationaux (ACI) entre groupes patronaux et syndicats promus par l’OIT et à ceux entourant l’inclusion de clauses dites « sociales » dans les accords de libre-échange.) dominent désormais tous les autres droits. à cautionner. Dans un deuxième 1. Brunelle et C. les instruments juridiques les plus efficaces et les plus utilisés servent essentiellement à la promotion des quatre soi-disant libertés – c’est-à-dire la libre mobilité des biens. l’Accord de libre-échange nordaméricain (ALENA). après avoir rapidement souligné le déficit démocratique induit par le type de libre-échangisme sanctionné par l’ALENA. retour sur la conjoncture Nous avons une illustration passablement éclairante de ces évolutions et des paradoxes. leur objectif premier est de faciliter.com/ . des services. Dans un premier temps. au mieux. pour étayer l’argumentation soutenue précédemment. global. 3. sociaux et culturels. En définitive. 2. Montréal. des investissements et de la main d’œuvre – et. national et local actuel. brevet. d’accélérer et d’approfondir la libéralisation des marchés. Voir : « La dure réalité de la gouvernance continentale en Amérique du Nord ». 2004.blogspot. L’expression est de Stephen Clarkson. sinon des contradictions qu’elles portent. je voudrais désormais faire deux choses.dorval brunelle – les libertés en contexte des investisseurs. in D. Cela étant. au pire. je rendrai compte d’une poursuite intentée tout récemment en vertu du chapitre 11 de l’accord. dans le contexte mondial. dir. etc. voire à approfondir la libéralisation des marchés et le renforcement de ces mêmes droits de propriété1. et notamment les droits économiques. 37 http://fribok. L’ALENA : le libre-échange en défaut. Deblock. Dans ce contexte. à atténuer le libre exercice des droits de propriété. régional. en ce sens. pp. le recours aux droits économiques et sociaux vise..

enclenche une concentration sans cesse croissante des pouvoirs au sein des États et des entreprises. Parmi ceux-ci. tout comme le font. Au niveau institutionnel. L’ensemble des mécanismes d’intégration à grande échelle impulsés par l’essor technologique. C’est sans doute un des paradoxes de la globalisation que d’être un processus qui. de l’ascendant concomitant qu’exerce désormais la promotion des intérêts économiques. judiciaire et législatif. ce renversement des perspectives de la part des gouvernements se répercute sur les rôles et fonctions assumés respectivement par les pouvoirs exécutif. au nom de la défense des intérêts particuliers et de la promotion de la liberté individuelle.blogspot. collectif ou communautaire. au nom de la défense des quatre soi-disant libertés. des organismes comme le Forum économique mondial ou le Partenariat nord-américain pour la sécurité et la prospérité.le sens de la liberté temps. À son tour. au démantèlement des initiatives institutionnelles et normatives 38 http://fribok. l’OMC et les accords de libre-échange ont joué et continuent de jouer un rôle de premier plan. mais en marge des pouvoirs institués cette fois. a induit une permutation programmatique en faveur des intérêts économiques aux dépens de l’intérêt général. cette reconfiguration est la double conséquence du discrédit dans lequel sont tombées la promotion de l’intérêt général et la poursuite du bien commun. normatives et institutionnelles entre les pays. je voudrais faire état des promesses émancipatrices portées par quelques pratiques collectives. des investissements et de la main d’œuvre –.com/ . La cause première de ces transformations est imputable aux différents mécanismes institutionnels et normatifs de libéralisation des marchés mis en place depuis deux décennies. des services. l’ouverture des marchés et le démantèlement des frontières géographiques. de l’autre. En procédant. – la liberté de circulation des produits. ainsi que sur l’établissement d’une nouvelle hiérarchie à l’intérieur de laquelle les Cabinets règnent en maître sur les deux autres pouvoirs. d’un côté. en contrepoint.

Au nom de la concurrence et de la loi de l’offre et de la demande. les pays devraient renoncer à soutenir les productions nationales les moins rentables. pour leur substituer des produits standardisés et des services normés. en son nom propre mais aussi au nom d’un groupe de quelque 200 investisseurs. délaisser des métiers et des expertises soi-disant obsolètes. la poursuite est fondée sur le fait que le gouvernement de la province a déjà ouvert le marché de la santé à des investisseurs privés nationaux. 1. y compris celui des projets et des programmes politiques ou celui des droits. et pour sauvegarder un patrimoine écologique commun. Bien sûr. Les groupes qui dénoncent cette poursuite mettent en lumière le rôle 39 http://fribok.dorval brunelle – les libertés en contexte adoptées pour minimiser les risques sociaux. conduit. au contraire. tous ces engagements commerciaux conduisent à un implacable lissage des options dans tous les domaines de la vie. un hommes d’affaires de l’Arizona. abandonner l’agriculture et l’exploitation d’espèces végétales ou animales particulières. loin de conduire à la multiplication des choix ou des libertés. économiques et environnementaux. On se souvient que le chapitre 11 autorise un investisseur d’une Partie à poursuivre un gouvernement d’une autre Partie dans les cas où cette autorité a adopté une mesure susceptible de causer une perte actuelle ou éventuelle de profits pour l’investisseur.blogspot. En somme. Howard. 2. de sorte que si des investisseurs étrangers n’y ont pas accès. la libéralisation des marchés. par suite des échecs que les demandeurs ont rencontrés dans leurs efforts pour ouvrir des cliniques privées de chirurgie en Colombie-britannique. de tous les marchés. On aura une illustration intéressante de cette réalité avec la plus récente poursuite de 150 millions de dollars intentée en vertu du chapitre 11 de l’ALENA1. à la standardisation et à la réduction des options. ces derniers soutiennent qu’il y a présomption de discrimination à leur endroit 2. y compris des options politiques et des libertés individuelles.com/ . par un étonnant effet de rétroaction. Il s’agit cette fois d’une requête déposée par Melvin J.

in a federal state where the provinces operate the public health care systems and regulate private services. le civil et le pénal. elle visent. d’un autre côté et de manière pro-active. C’est ainsi que le juriste et sociologue Boaventura de Sousa Santos a cherché à montrer que les pratiques et innovations sociales. d’un côté et de manière réactive en quelque sorte. La pensée moderne userait et abuserait de distinctions en apparence claires et insurmontables entre le national et l’international. Quant aux initiatives issues de l’exercice de la praxis des groupes. à avancer et à proposer de nouvelles voies vers l’émancipation sociale ou collective.eurozine. tout comme elles visent. alors qu’il était président de la National Citizens Coalition : “(W)hat we clearly need is experimentation – with market reforms and private delivery options within the public system.com/ articles/2007-06-29-santos-en.html 40 http://fribok.” 1. des plus triviales aux plus corrosives reflètent et expriment la vision d’une émancipation hors des oppressions et des contingences1.le sens de la liberté On voit clairement ici comment le recours à la libéralisation et la promotion des libertés négatives – c’est-à-dire l’avantage accordé à des investisseurs privés et le recours au libre choix – portent atteinte à la promotion du bien commun et de la défense des libertés positives de l’ensemble des citoyens. des distinctions qui reposeraient toutes sur des lignes de démarcation ou des frontières qui seraient en définitive « invisibles ». des plus modestes aux plus ambitieuses. And it is only logical that. par la suite premier ministre du Canada.com/ . Voir Beyond abyssal thinking. ces distinctions structurent une part seulement de la réalité sociale et elles ignorent complètement ce qui se passe de l’autre côté de la ligne de que les politiques de privatisation des services publics menées par les gouvernements provinciaux ont joué et continuent de jouer à cet égard. En d’autres termes. à contrer les effets délétères et destructeurs des privatisations. Et ils citent à ce sujet les propos tenus par Stephen Harper.blogspot. that experimentation should occur at the provincial level. En ligne : http://www. le public et le privé.

pour la première – et la dernière fois à ce jour en tout cas – été placés dans un équilibre relatif par suite de l’institutionnalisation à volets multiples instaurée au lendemain de la Deuxième Guerre. Deuxièmement. devait permettre de placer face à face deux « projections libérantes » ou.blogspot. c’est Guantanamo. que l’insertion des groupes et de leurs intérêts propres au cœur même du système international au sein de l’OIT. Quelques pistes de réflexion en guise de conclusion Je voudrais passer en revue les principaux points qui ont été développés jusqu’à maintenant et répondre à la question : qu’avonsnous établi ? Premièrement. pour reprendre les termes appartenant respectivement à Bergson et à Sartre.com/ . sociale ou juridique quelconque. de mettre face à face la liberté créatrice et la praxis de groupe. En ce sens. sont désormais placés en relation de subordination sinon de confrontation l’un vis-à-vis de l’autre. 41 http://fribok. mais aussi au sein de l’ECOSOC. une précision qui revêt une importance déterminante pour qui veut comprendre les appropriations et les violences dont sont victimes tous ceux et toutes celles qui vivent et travaillent au-delà d’une frontière politique.dorval brunelle – les libertés en contexte démarcation sur laquelle elles reposent. cette démarche fonde une épistémologie originale et elle soulève plusieurs questions concernant le statut de la modernité occidentale et son rapport aux pratiques alternatives des opprimés et des opprimées. au Sud comme au Nord. l’au-delà du droit ce n’est pas le règne du non-droit. Bien sûr. La connaissance moderne et le droit moderne représentent sans doute les deux manifestations les plus accomplies de la pensée abyssale1. celui des libertés négatives et celui des libertés positives qui avaient. 1. la ligne de démarcation en question n’est pas seulement géographique ou spatiale. que ces deux espaces de liberté. elle est normative au sens le plus étendu du terme. aujourd’hui. En somme.

nouvelles découvertes. la praxis. que ce soit comme nouvelles initiatives individuelles. d’un patrimoine commun. À quoi il faudrait ajouter les propositions beaucoup plus révélatrices. que le cadre instauré au lendemain de la guerre froide – si tant est qu’on puisse parler de cadre et non pas d’une institutionnalisation par défaut – accorde. nouveaux titres. significatives et radicales issues des mouvements des femmes et des groupes autochtones. mais aussi et surtout à travers la prolifération d’accords de libre-échange du type ALENA. Cinquièmement. etc. les premières concernant la remise en cause de l’étanchéité entre les espaces public. Il en va de même pour les revendications issues des mouvements autochtones en Amérique latine dans leur contestation des prérogatives régaliennes de l’État wesphalien. à travers l’OMC. nouveaux investissements. nouvelles prérogatives. une remise en cause fondée sur une repolitisation de l’espace privé et de l’intimité. de l’autre. etc. d’une part. 42 http://fribok. J’ai déjà énuméré quelques-unes de ces initiatives. la liberté d’être des groupes. l’appropriation des terres privées menées à l’instigation du Mouvement des sans-terre au Brésil. le creuset par excellence dans lequel on assiste à la création des innovations normatives qui comptent parmi les plus originales et porteuses d’espoir de ces dernières décennies.blogspot. au détriment de la sauvegarde et de la protection des biens collectifs. que cette autre liberté. Quatrièmement. demeure le seul rempart contre les prédations menées de conserve par les grandes entreprises et les États.le sens de la liberté Troisièmement. privé et l’intimité. bien sûr. un net avantage aux libertés négatives au détriment des libertés dites positives.com/ . que la liberté entendue comme création. les occupations menées par les sans-papier. nouveaux brevets. comme la démocratie participative. apparaît désormais comme la forme privilégiée d’exercice de la Liberté – au singulier et avec la majuscule – au sens soi-disant philosophique du terme.

la liberté négative s’impose partout au détriment de la liberté positive. en création destructrice. qui avait instauré à ses débuts un processus de destruction créatrice – pour reprendre l’expression forgée par l’économiste autrichien Joseph Schumpeter –.com/ . dorval brunelle. Ce qui tendrait à montrer que l’espace de la liberté ne se mesure pas à l’aulne des choix offerts par le marché ni à l’ombre portée des chartes des Droits. leurs organisations et leurs entreprises. par delà la résistance aux schèmes dominants. n’aurait pas atteint le point limite à partir duquel il se serait mué en son contraire. mais bien. comme nous le montre avec la dernière éloquence l’interminable crise financière qui a sévi tout au long de l’année et la crise environnementale qui nous menace. directeur institut d’études internationales de Montréal Faculté de droit et de science politique Université du Québec à Montréal  43 http://fribok. Je vous remercie de l’attention que vous m’avez accordée.blogspot. à tel point qu’on peut se poser la question de savoir si le capitalisme. à la capacité de mettre en mouvement des pratiques émancipatrices alternatives issues de ceux-là et de celles-là mêmes qui sont exclus des politiques et des pratiques imposées par les États.dorval brunelle – les libertés en contexte En attendant. au sein des démocraties libérales en tout cas.

liBerTéS eT VAleurS http://fribok.com/ .blogspot.

Pour les grandes religions du monde. Ce n’est pas de cette liberté théologique que veux parler. la modernité a représenté un grand défi. En tant que droit humain fondamental. Ce furent les protestants minoritaires. lui aussi. la liberté est un élément constitutif de la démocratie et donc un produit de la modernité. les Églises protestantes qui étaient religions d’État. la liberté d’expression. Mon allocution a plutôt comme sujet la liberté civile et ses quatre dimensions la liberté religieuse. Exposées 47 http://fribok. Les papes ont condamné la liberté religieuse et les autres droits civils .com/ . s’est opposé de façon vigoureuse à la modernité. et cette vérité nous apporte la liberté (Jean 8 : 31). la liberté de réunion et la liberté d’association.blogspot.liBerTéS eT reliGionS La Liberté et LeS reLigionS  L a liberté a une importante signification religieuse dans le Nouveau Testament : Jésus nous y annonce la vérité. se sont elles aussi opposées à la liberté religieuse. Dans des pays européens. ils voulaient plutôt que l’État protège l’Église catholique et réprime les hérétiques et les athées. qui ont défendu la liberté religieuse et accueilli la séparation de l’Église et de l’État comme une libération. marginalisés dans leur pays et organisés dans des Églises libres. Le catholicisme. Les religions étaient profondément incarnées dans des sociétés féodales ou aristocratiques où obéissance et fidélité aux seigneurs étaient une exigence fondamentale.

com/ . persécutés par les catholiques et les protestants. J’ai œuvré au Secrétariat de l’Unité chrétienne dont la tâche était de promouvoir l’œcuménisme et le dialogue interreligieux et d’élaborer une déclaration sur la liberté religieuse. le Pape Jean XXIII. rêvaient de liberté religieuse. le catholicisme Je fais partie de ce mouvement dans le catholicisme. continuant d’opposer catholicisme et modernité. la thèse Ce que je propose dans cette allocution. J’ai eu le privilège d’être nommé théologien officiel au Concile Vatican II. avait publié l’encyclique Pacem in terris (1963). bien avant l’arrivée de l’État moderne.blogspot. marginalisés et méprisés dans la chrétienté. dialogue interreligieux. c’est qu’il existe aujourd’hui. croyaient que leur tâche était de protéger l’identité et les frontières de l’Église catholique. Heureusement. On se souvient que.le sens de la liberté aux restrictions légales et aux préjugés populaires. elles aussi. dans toutes les religions. également. Les autres grandes religions du monde se voyaient. aspiraient déjà. Ces religions défendaient les sociétés dans lesquelles elles étaient installées. en leur assurant la stabilité et une aura sacrée. les religions minoritaires ont toujours eu un désir de liberté. au XVIe siècle. après la convocation du concile. liberté religieuses) ont provoqué de grands débats au concile. menacées par les droits civils promus par la modernité. des mouvements qui appuient la liberté religieuse et les autres droits civils et qui voient dans la démocratie un régime respectueux de la dignité humaine de tous ses membres. au début des années soixante. dans laquelle il exprimait son respect pour la Déclaration universelle des droits humains promulguée par l’ONU 48 http://fribok. même avant l’Âge des Lumières. à la liberté religieuse. les anabaptistes. Ces trois thèmes (œcuménisme. Les juifs. De nombreux évêques.

à l’Assemblée générale de l’ONU1. la plupart des évêques du concile ont favorisé une ouverture critique à la modernité : d’un côté.gregory baum – la liberté et les religions en 1948. Au contraire.blogspot. dans toutes et des femmes ont pris le risque de la liberté. recherche universelle de la liberté est l’une des caractéristiques de 1. politique et économique à la mesure de leur dignité de personnes libres. Grâce à cette encyclique. dans la mission divine de l’Église. http ://www. de l’autre. La déclaration conciliaire sur la liberté religieuse et le document conciliaire Gaudium et spes ont vu. Messieurs. il n’est pas les régions de la terre.va/holy father/john paul ii/speeches/1995/ october/documents/hf jp-ii spe 05101995 address-to-uno fr. accueil de la liberté religieuse. Permettez-moi de citer deux paragraphes du discours que le Pape Jean Paul II prononçait le 5 octobre 1995. Ce pape d’origine polonaise. non plus l’expression d’une seule culture. au bien commun de l’humanité.com/ . cette notre époque (# 2). au nom de Jésus. des droits humains et de la société démocratique. des hommes soit reconnue une place dans la vie sociale. Mesdames. au seuil d’un nouveau millénaire. un service offert. présentant par la suite des arguments théologiques tirés de l’Écriture sur lesquels l’Église pouvait se fonder pour changer son enseignement et donner son appui aux droits humains. qui a vécu sous l’oppression imposée par le gouvernement communiste de son pays. malgré les menaces de violence.vatican. demandant que leur Ce phénomène ne se limite pas à une partie du monde . dénonciation des défauts du capitalisme libéral et du néo-impérialisme contemporain. y livre une véritable hymne à la liberté humaine. dans le respect de la dignité de tous et en faveur de la réconciliation de tous dans la justice et la paix.html 49 http://fribok. En vérité. nous sommes témoins d’une accélération globale extraordinaire de la recherche de la liberté qui est l’un des grands dynamismes dans l’histoire de l’homme.

ont défendu la liberté civile dans leurs écrits. 1996). vivre libre est un grand défi pour le progrès spirituel de l’homme et pour la vigueur morale des nations. qui est l’armature intérieure d’une culture de la liberté. ed. Charles Villa-Vicencio. ni la licence de faire tout ce que l’on veut. En Afrique du Sud. The Spirit of Freedom : South African Leaders on Religion and Politics (Berkeley : University of California Press. avant la Déclaration universelle des Nations Unies.blogspot. Les minorités religieuses opprimées 1. tant dans sa dimension personnelle que dans sa dimension sociale. Il convient donc la liberté. beaucoup de chrétiennes et de chrétiens. La question fondamentale à laquelle nous devons tous faire face aujourd’hui est celle de l’usage responsable de la liberté. les autres religions Cette lutte en Afrique du Sud a démontré au monde qu’il existe des mouvements favorisant la liberté civile dans toutes les grandes religions du monde. après l’adoption de cette Déclaration. toutes les Églises occidentales se sont engagées en faveur de la liberté civile et des droits humains – y compris les droits socio-économiques mentionnés aux articles 23 à 28 de la Déclaration.com/ . Mais. catholiques et surtout protestants.. juifs. Dans les années soixante. La liberté possède une «logique» se réalise dans la recherche et la mise en œuvre de la vérité (# 12). 50 http://fribok. que notre réflexion se porte sur la question de la structure morale de interne qui la qualifie et l’ennoblit : elle est ordonnée à la vérité et elle Déjà.le sens de la liberté La liberté est la mesure de la dignité et de la grandeur de l’homme. des théologiens importants. à la suite du pasteur Martin Luther King. ayant recours à des argument bibliques et philosophiques. Pour les individus et les peuples. la lutte contre l’Apartheid a reçu l’appui de nombreux chrétiens. tous agissant au nom de leur foi1. ont participé à la lutte pour les droits civils des Noirs aux États-Unis. musulmans et hindous. La liberté n’est pas seulement l’absence de tyrannie ou d’oppression.

On observe aussi que.com/ . dans le passé. Par contre. ils avaient découvert que les valeurs les plus authentiques de leur religion favorisaient la justice et la paix. les droits humains sont-ils occidentaux ? Selon une idée qu’on entend souvent. les représentants des grandes religions ont admis que. et donc leur libération. en effet. Dans la déclaration faite lors du premier congrès de la Conférence. à trouver dans leurs écritures sacrées des motifs de combattre pour la liberté civile. On trouve un exemple de la relecture créatrice des écritures dans l’œuvre spirituelle de la Conférence mondiale des religions pour la paix1. souvent. croient que la liberté civile. mais que. la liberté civile et les droits humains en général sont issus de la culture occidentale et ne correspondent pas aux valeurs culturelles des peuples d’Asie et d’Afrique. Ce sont là des propos tenus par des chefs d’État de certains pays pour défendre leur régime autoritaire et leur refus d’écouter la société civile.org/ 51 http://fribok. eux aussi.blogspot. Relisant leurs écritures sacrées dans un nouveau contexte historique. en relisant leurs écritures. leur religion avait parfois appuyé des chefs d’État injustes et légitimé la violence et la guerre. Certains intellectuels occidentaux prétendent.gregory baum – la liberté et les religions sont disposées. incarcérés dans des conditions humiliantes. alors que le monde craignait la possibilité d’un échange nucléaire entre les États-Unis et l’Union soviétique.religionspourlapaix. fondée en 1970. Les membres de cette Conférence continuent d’appuyer le mouvement pour la justice et la paix dans leur propre tradition. les prisonniers politiques de ces mêmes pays. que la liberté civile est une valeur occidentale sans équivalent dans d’autres 1. www. les adeptes de ces religions. ils entendent un message que leurs ancêtres n’avaient pas perçu. correspond parfaitement aux valeurs de leur culture. sont prêts à appuyer la liberté civile au nom de leur foi. devenus citoyens d’une société pluraliste.

surtout celles de l’islam. S’opposant à ces voix conservatrices. Deuxièmement. 1996. à l’utilitarisme et à la culture capitaliste et qui constatent que l’arrivée de cette culture par la mondialisation néolibérale détruit chez eux l’économie de subsistance. source de la dignité des personnes. Samuel Huntington. la liberté civile n’est pas d’origine chrétienne . affaiblit la tradition religieuse et déstabilise l’identité. 52 http://fribok. Ces penseurs s’opposent.le sens de la liberté civilisations. Huntington a une conception statique de la religion : il ignore que les adeptes des différentes religions forment des communautés herméneutiques qui lisent et relisent leurs textes sacrés dans des contextes changeants afin de se renouveler et ainsi rester fidèles à leur tradition dans de nouvelles situations historiques. mine la solidarité sociale. appauvrit le peuple. qui prônaient la séparation de l’Église et l’État. les penseurs religieux plus audacieux soulignent que le monde a changé de façon irréversible. Ils se méfient souvent de la démocratie ellemême. il est vrai. les valeurs chrétiennes favorisant la liberté sont tellement différentes des valeurs propres aux autres religions. Premièrement.blogspot. qu’un choc des cultures et un conflit politique entre l’occident et les autres civilisations sont presque inévitables1. 1. The Clash of Civilisations and the New World Order (New York : Simon & Schuster. non pas aux valeurs chrétiennes. Plus sérieuse est la constatation faite par certains penseurs religieux d’Asie et d’Afrique qui associent la liberté civile à l’individualisme.com/ . Plus tard. Ces réflexions défensives sont même parfois proposées par des évêques et des pasteurs chrétiens dans les pays du Sud. Mais cette thèse ne convainc point. la liberté civile a été embrassée par les Églises qui y ont décelé un écho au message de Jésus. mais plutôt aux valeurs modernes. elle a été inventée par des penseurs du siècle des Lumières. provoquant ainsi l’opposition des grandes Églises européennes. Selon la thèse notoire de Samuel Huntington. étant donné que les grandes démocraties européennes ne l’ont jamais pratiquée dans leurs colonies.

« Religions du monde après le 11 septembre ». Arvind Sharma. auquel ont participé des savants et des leaders religieux et spirituels de tous les 1.gregory baum – la liberté et les religions que la mondialisation économique et culturelle exerce un effet sur tous les pays. que le pluralisme religieux est devenu un phénomène universel. les religions doivent répondre à cette nouvelle situation de façon créatrice. 2006). Arvind Sharma a organisé à Montréal un grand congrès. Dans Hinduism and Human Rights 2 Sharma vérifie ce constat dans sa propre tradition religieuse. Hinduism and Human Rights (New Delhi : Oxford University Press.blogspot.com/ . 53 http://fribok. Protection des droits de l’homme en Afrique (Yaoundé. Mais il montre aussi que les droits humains ne sont pas étrangers aux traditions religieuses orientales car leur héritage spirituel le plus authentique reconnaît la haute dignité de la personne humaine et exige que cette dignité soit respectée par tous. une dimension universelle Un pionnier de ce mouvement. La recherche du philosophe africain Roger Koussetogue Koude a montré que le dignité humaine universelle était pleinement reconnue dans les religions africaines traditionnelles3. et que. en conséquence. professeur à la faculté de sciences religieuses de l’Université McGill à Montréal. dans son livre Are Human Rights Western ?1 que certains aspects de ces droits sont d’origine occidentale. Arvind Sharma. 2007) 41-62. le savant hindou Arvind Sharma. montre.. 2004). Roger Koussetogue Koude. en particulier leur force juridique imposant une sanction à ceux qui les violent. 3. Les religions doivent se demander comment rester fidèles à la vérité divine dans les conditions créées par la modernité. En 2006. dir. « Approche philosophique et anthropologique des droits de l’homme » in Jean Didier Boukongou. 2. Are Human Rights Western ? (New Delhi : Oxford University Press. Cameroun : Université Catholique d’Afrique centrale.

le sens de la liberté

continents. Le thème principal de ce congrès était le rapport des religions au pluralisme religieux et aux droits humains. Plusieurs penseurs religieux, hommes et femmes, vivant dans des pays qui ne respectent pas les droits civils, ont démontré que le mépris de ces droits n’est pas conforme à la tradition religieuse interprétée de façon rationnelle en tenant compte de la réalité historique. Ce congrès a clairement démontré qu’il existe dans toutes les grandes religions des mouvements qui, en fidélité à leur héritage spirituel, défendent et favorisent la liberté civile et les droits humains. Voici la suggestion audacieuse qu’a faite Arvind Sharma aux participants du congrès. Puisque les crimes contre l’humanité pendant la deuxième guerre mondiale ont motivé les Nations Unies à formuler et à adopter la Déclaration universelle des droits humains, pourquoi ne pas espérer que l’attentat du 11 septembre 2001 motive les religions à coopérer à la formulation d’une charte religieuse des droits humains. En fait, depuis quelques années, Sharma travaille déjà à la préparation d’une telle charte avec un groupe de savants religieux venant de tous les continents. Le congrès de Montréal a été l’occasion de présenter la première ébauche de cette charte et de la discuter publiquement1. Si j’ai bien compris le texte distribué au congrès, cette embauche appuie clairement la liberté d’expression, la liberté de réunion et la liberté d’association. Mais, pour bien des représentants des grandes religions, la liberté relieuse interprétée par l’Occident pose des problèmes.

repenser la liberté religieuse
Une première difficulté a été soulevée par Dayananda Sarawati, un sage indien bien connu dans son pays2. Ce penseur a un grand respect pour la liberté de chaque personne à suivre sa vocation
1. Arvind Sharma, ed., Part of the Problem, Part of the Solution (Westport, Ct : Praeger, 2008) 24-29. 2. Op. cit., 80-84. 54 http://fribok.blogspot.com/

gregory baum – la liberté et les religions

spirituelle là où elle l`emmène mais s’oppose passionnément à l’effort organisé par des Églises pour convertir le peuple indien au christianisme. En Occident, disait-il, il y a une nette différence entre religion et culture, et il est donc possible de changer de religion sans provoquer une rupture avec sa culture. Pourtant, en Inde, continuait-il, la tradition religieuse est partie intégrante de la culture, ce qui implique que l’effort de convertir le peule à une autre religion constitue une attaque à l’identité indienne. Selon Sarawati, les occidentaux comprennent la liberté relieuse suivant le modèle de la liberté du marché : la religion y est vue comme une marchandise que l’on vante par la publicité et que l’on cherche à exporter le plus loin possible. En Inde, les Églises répondent à cette accusation que leur activité est conforme à la constitution du pays qui protège les minorités religieuses et leur assure le droit de prêcher leur message dans la société. Est-il possible, se demande alors Sarawati, de définir la liberté religieuse autrement − comme le droit de pratiquer sa religion sans être embêté et agressé par quelqu’un qui la comprend mal, qui la méprise, et qui pratique le prosélytisme ? C’est une suggestion qui mérite attention. Il est bien connu que la constitution de l’Indonésie reconnaît les cinq religions pratiquées dans le pays : l’islam, l’hindouisme, le bouddhisme, le protestantisme et le catholicisme. Pourtant, la constitution interdit tout effort de convertir des gens et de les inciter à passer d’une religion à une autre. Après un long débat théologique, les Églises indonésiennes, réconciliées avec ce règlement, appuient fièrement la constitution de leur pays. Il vaut la peine de rappeler que la politique multiculturelle du Canada a persuadé les Églises de s’abstenir de tout effort de convertir au christianisme les immigrants appartenant à une autre religion. L’estime pour leur identité culturelle, conforme à la loi canadienne, suppose le respect pour leur religion. Les grandes Églises européennes et américaines suivent une politique similaire. Ce sont les sectes chrétiennes qui font du prosélytisme.
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le sens de la liberté

Une autre difficulté soulevée par la liberté religieuse est discutée dans un article récent du journal Le Monde1. Christian Delorme, prêtre du diocèse de Lyon, engagé de longue date dans le dialogue islamo-chrétien. rapporte que la poursuite récente en Algérie de certains personnes d’origine musulmane ayant embrassé le christianisme de tendance évangélique a produit une mauvaise image de l’Algérie en France. Pourtant, l’expérience de l’Église catholique dans ce pays et le témoignage de Mgr Henri Tessier, archevêque d’Alger, montrent que l’Algérie n’est pas une terre antichrétienne. Alors, comment Delorme explique-t-il ce qui s’est passé ? Sachant que la puissance américaine utilise à son profit le christianisme évangélique, certains Algériens craignent une stratégie missionnaire visant à créer une minorité chrétienne dans leur pays, éventuel prétexte à une intervention militaire. Delorme présente une explication plus profonde. Selon lui, le gouvernement algérien et une partie notable de la population croient fermement que l’unité du pays et son identité profonde sont créées par son islamité. La présence des chrétiens établis dans le pays depuis des générations ne représente pas une menace à cette unité et à cette identité. Mais, quand des Algériens issues de familles musulmanes se convertissent au christianisme, alors reviennent à la mémoire du peuple les atteintes à la culture et aux institutions musulmanes qu’ont perpétrées les conquérants impériaux. Dans de tels cas, le christianisme devient symbole de la colonisation du passé. Quelle conclusion tire Delorme de cette analyse ?
Dans cette situation, écrit-il, l’urgence se fait sentir d’une réflexion sereine sur la légitimité, ou non, du prosélytisme chrétien en terre d’islam. Car si l’on ne peut que défendre le droit de chaque individu à aller librement vers la foi de son choix, en revanche il peut paraître des techniques diverses, des hommes et des femmes appartenant à moins sûr que soient permises les tentatives de ramener à soi, par

1. Le Monde, Dialogues, mercredi, 4 juin 2008, 23. 56 http://fribok.blogspot.com/

gregory baum – la liberté et les religions
la tradition musulmane. Certes, l’Évangile demande aux chrétiens d’annoncer le Christ, mais pas au prix du déchirement d’un peuple, pas au prix de l’engendrement de situations de violence.

La question théologique qui se pose aux Églises est la suivante : Les chrétiens peuvent-ils se réjouir du pluralisme religieux et l’interpréter comme signe de la bonté infinie de Dieu ? Ou doivent-ils regarder le pluralisme religieux comme une faille de l’histoire, destinée à être corrigée par la victoire du christianisme sur les autres religions ? Un débat mouvementé sévit dans l’Église catholique1. Certains textes officiels du Vatican reconnaissent que la mission de l’Église inclut la proclamation de l’Évangile et le dialogue interreligieux et que, dans certaines situations historiques, cette mission est remplie par le seul dialogue interreligieux. Certains énoncés de Jean Paul II font état de son admiration devant le pluralisme religieux et de son appui pour la réconciliation des religions dans le respect mutuel. Pourtant selon les propos de son successeur, Benoît XVI, le pluralisme religieux n’existe que de facto, étant donné que la seule religion de jure est la catholicisme. Dans l’Église catholique le débat continue. Ces remarques d’ordre historique et théologique confirment la thèse de mon allocution : dans toutes les religions il y a des mouvements qui favorisent la reconnaissance universelle de la liberté civile. Mais pour que les religions comprennent la liberté religieuse de la même façon, il faut qu’elles apprennent à se respecter mutuellement, à se réconcilier entre elles et à coopérer au service du bien commun de l’humanité.

gregory baum, professeur émérite Faculté des sciences religieuses, Université Mcgill


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1. Gregory Baum. Étonnante Église (Montréal : Fides/Berllarmin, 2006)171-187.

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quelles qu’en soient les affiliations.Le SenS de La Liberté vU d’Une PerSPective MUSULMane  es caractéristiques de la liberté. nous avons la prétention de proposer à travers ces trois dimensions. 59 http://fribok. illustre. une réflexion qui se veut plutôt générale. b) la conscience de sa limite.blogspot. qui devrait dépasser cette dernière et rejoindre les intelligences humaines. à partir d’une perspective religieuse et musulmane. etc. La preuve en est les fatwas lancées à tort et travers depuis celle. Mais commençons tout d’abord par faire état des perceptions qu’on a de l’Islam et de l’absence de liberté dont on l’accuse. tiennent en trois éléments : a) l’universalité de sa valeur. vues dans une perspective musulmane.com/ L . Dans ce qui suit. • L’être humain est déterminé et ne possède pas de librearbitre (le fameux fatalisme dont affuble traditionnellement l’Islam…) • Les injonctions de la charia sont telles qu’on ne peut en déroger sous peine de sanctions corporelles… • La liberté d’expression n’existe pas en Islam. et c) son fondement spirituel. par exemple : • Les femmes sont soumises et subalternes.

en plus d’appartenir à tout le monde de fait. et par conséquent de la violence. dans un tel système. On ne peut parler d’universel en supposant en même temps qu’elle a été conçue par une culture ou une civilisation particulière. Qu’est-ce que l’universel ? C’est ce qui. C’est ce à quoi s’attendraient probablement mes coreligionnaires. universalité L a c omp r é he n s ion d u me s s a g e d e l ’ I s l a m t ie nt fondamentalement dans la capacité de l’individu à en saisir la dimension universelle. Malgré les nombreuses occasions (sans parler de l’envie) de répondre à toutes ces accusations. la critique et la contestation n’ont pas cours dans un régime islamique . toute tentative d’entrer dans ce genre de logique polémique nous fait perdre la perspective d’ensemble que je souhaite développer ici en trois étapes. il n’est pas dans notre propos de faire dans le présent article un plaidoyer en faveur de l’Islam à coups de contre-arguments pour montrer l’ampleur du tort. comment concilier les relativités historiques. Etc.le sens de la liberté qui avait été lancée contre Salman Rushdie par l’Ayatollah Khomeini en 1989. la raison est oblitérée au profit de l’instinct. aveugles par définition. Or.blogspot. 1. • La délibération. Or. on sait les nombreuses attaques lancées au prophète Muhammad qu’on décrit tantôt comme un dictateur et tantôt comme un gourou qui invalidait la rationalité et l’esprit critique de ses fidèles. En ce sens. culturelles et géographiques avec l’exigence de communauté qu’impose une bonne compréhension de l’universel ? 60 http://fribok. à mon sens. est reconnu comme n’étant pas le fait de quelque groupe ou individu que ce soit.com/ .

Il y a deux problèmes qu’il faut traiter de front et en même temps : • Le premier est l’ignorance. Être libre au fond.salah basalamah – liberté et perspective musulmane La liberté en est un bel exemple. par les musulmanes et les musulmans eux-mêmes. quelle que soit la variété des formes. de l’étendue du champ d’action et des droits dont devrait jouir la femme musulmane. Même les animaux possède cet instinct. plus particulière. suppose donc l’acceptation du fait que ce qui paraît ne pas ressembler à notre expression culturelle de la liberté renvoie bel et bien à cette valeur.blogspot. est une valeur commune qui ne peut être l’apanage de personne au désavantage de quiconque. de la culture ou de la vision du monde qui la colore et la relativise. Oui. par suite. Il ne suffit pas de dire que tous les êtres humains possèdent cet instinct naturel pour la liberté. c’est reconnaître son appartenance générale au plus grand ensemble de l’humanité tout en ajoutant celle. du moins ceux qu’on n’a pas encore domestiqué… Il nous semble qu’il faut aller au-delà et signifier que la liberté. Une telle compréhension de la liberté. mais qu’elle est cependant relativisée par des vêtements culturels infiniment nombreux. de ce qui tient de la liberté et de qui n’en est pas ? Dans quelle mesure peut-on ou doit-on appliquer notre esprit critique à ce qui bien souvent souffre d’un manque cruel de connaissances et de contextualisation pour le saisir d’abord et.com/ . le battre en brèche ? Exemple : la question de l’émancipation de la femme en Islam. et par là des autres principes fondamentaux universels. s’il en est. où qu’elle soit. mais jusqu’à quel point ? Comment peut-on définir la limite. comme tous les autres principes universels et fondamentaux du même genre. • 61 http://fribok. Et le besoin par conséquent de combler le défaut de connaissance et de créativité dans les adaptations contextuelles et historiques en la matière.

donc je suis responsable. reconnaître au-delà des limites du soi. Cette règle a d’autant plus de prétention universaliste qu’elle a été depuis Kant.blogspot. Par ailleurs. j’agis. il me semble qu’on ne peut éviter de prendre en compte l’approche pragmatique ou empirique et lire l’ensemble de l’histoire de l’humanité comme une quête interminable de la même valeur. de droit. donc j’agis . il n’y a absolument aucune contradiction ou incompatibilité avec une conception musulmane de la chose. puisqu’il revient en fait à établir celui de l’humanité dans son ensemble d’être libre. dans le quotidien des concernés. mais elle est également le sens même de la responsabilité de celui qui l’accomplit : mon action morale n’a de valeur que si elle est sous-tendue par la liberté qui l’engage. homme ou femme. un principe a priori . Pour celuici en effet. ce qu’on vient de voir. la liberté est non seulement la condition même de la validité de mon action. autrement dit dans l’application de ces principes et de ces connaissances. Ainsi. Le résultat revient au même : je suis libre. 62 http://fribok. voire de son application dans la réalité. À ce point de la réflexion. signifie fondamentalement. J’agis de mon propre chef. L’appel de la liberté et pour l’avènement de celle-ci traverse ainsi toutes les actions humaines ou presque. le sens de la liberté selon une perspective musulmane relève de la définition même de ce qu’être humain. La liberté de la femme est donc un principe incontestable. s’inscrit dans la même veine universaliste. et peut-être bien avant.com/ • . lorsqu’elles sont acquises. puisque délibérée. L’universalité de la liberté est un postulat. C’est là que l’Islam. comme d’autres systèmes et modes de vie par ailleurs. Cela étant dit. le porte-drapeau de l’universalisme rationaliste des Lumières. donc je suis libre. mais un postulat qu’il faut.le sens de la liberté Le second problème est celui de la cohérence nécessaire entre le dire et le faire. c’était ce qu’on peut décrire comme étant l’approche rationaliste et principielle.

est celle de la limite. responsabilité et liberté. L’Iislam. insiste beaucoup sur la dimension de responsabilité individuelle dans sa manière d’affirmer la liberté. toujours considérée à partir d’une conception musulmane. Au fond. En effet. mais sa relativisation. conçues de cette manière. Je suis libre si je peux dire à un moment donné que je ne peux plus l’être en raison du sens moral que je dois m’efforcer de posséder en même temps. cet instant de décision où je suis en mesure de dire tantôt « oui » et tantôt « non ». Lorsqu’un juriste musulman émet ce genre de discours juridique. Qu’est-ce qu’une limite ? Tout d’abord.com/ .salah basalamah – liberté et perspective musulmane 2. mon sentiment de liberté provient de ma capacité de faire des choix.blogspot. puisque nous avons vu plus haut que toute action ne peut être considérée morale que dans la seule mesure où elle est libre. c’est-à-dire un avis juridique qui est. On peut donc supposer que si la responsabilité morale a besoin de liberté pour exister. mais en même temps désireuse de s’inscrire dans le champ plus large de l’universel. prenons l’exemple de l’émission de ce qu’on appelle en arabe une fatwa. sont interdépendantes. Les avis juridiques peuvent être émis pour trancher une décision personnelle dans l’application d’un élément de la pratique religieuse en fonction de circonstances particulières ou encore pour décider de la validité juridique ou de la conformité d’une transaction sociale ou commerciale pour laquelle on n’a pas de précédent codifié. mais la personne concernée par la fatwa n’est 63 http://fribok. limite L’autre dimension d’une bonne compréhension de la liberté. En fait. cela veut dire que la liberté elle-même trouve sa propre valeur dans sa limite ou de sa bonne gestion. ce n’est pas le contraire de la liberté. il est non seulement adressé de manière circonscrite et individuelle. voire consubstantielles. sollicité par un demandeur. En fait. de ce point de vue-là. la limite de la liberté constitue la condition même de la pratique de la liberté. dans quasi-majorité des cas.

il faut pouvoir énumérer au moins deux conditions : • Ce n’est sûrement pas par la coercition qu’on peut se conformer à un corps de principes auxquels on a volontairement adhéré. on peut en déduire que la situation est la même. lorsque la responsabilité de l’individu est tellement importante pour se conformer aux principes de la loi islamique qu’il lui incombe. La raison générale étant qu’au bout du compte. mais également les différents partenaires de dialogue 64 http://fribok. En effet. • On ne peut échapper à la nécessité vitale d’être éduqué et. pour la plupart. Ce n’est pas un jugement de tribunal.le sens de la liberté pas tenue de l’appliquer ou d’en tenir compte à moins d’en être parfaitement satisfaite. alors la responsabilité individuelle devrait être telle dans la société musulmane en question qu’il revient aux individus de choisir leurs représentants politiques. donc être libre . Ce qui nous ramène encore à… la liberté. c’est-à-dire en dehors des sociétés dites traditionnellement ou en majorité musulmanes. c’est le fait de ne pas pouvoir parler à une instance qui puisse les chapeauter tous et rendre la vie plus aisée à la fois aux autorités politiques. d’assurer un minimum d’indépendance intellectuelle pour être en mesure d’évaluer pour soi-même et par soimême l’avis en question.blogspot.com/ . Ce qui nous ramène à l’éternelle question de la représentation des musulmans en Occident. par là. l’individu possède la prérogative de décider pour lui-même ce qui relève de sa propre volonté de se conformer au corps de principes que constitue la chari’a islamique. Évidemment. sans avoir à tenir compte d’aucune hiérarchie de type ecclésiastique qui déciderait pour eux. ce qui fait la difficulté de la relation avec l’Islam. Sur le plan politique. donc permettant la diversité idéologique. Si on admet qu’une configuration politique idéale en Islam consiste à posséder un régime de représentation politique de type démocratique.

comme on le fait trop souvent.blogspot. ces catégories sont distinctes. il n’y a pas de représentation possible des musulmans en Occident à moins qu’ils ne mettent le principe de liberté au centre de leur réflexion et de leur action politique. c’est-àdire fondée sur des principes communs très largement partagés et partageables. on ne peut faire l’économie du processus de délibération démocratique interne qui consiste d’abord à œuvrer pour choisir une représentation communautaire. la distinction entre ces ordres est nécessaire et inévitable. ce qui fait cette difficulté. qui ne serait pas religieuse ou spirituelle.salah basalamah – liberté et perspective musulmane et de coopération dans la société civile. En fait. Or. 65 http://fribok. plutôt que l’objet d’une rivalité séculaire comme on peut la connaître à travers le développement de l’histoire occidentale. et pour faire court. Il en est de même pour la raison et la foi en islam que pour le religieux et le politique : historiquement ainsi que dans la pensée musulmane. mais ne sont pas divorcées l’une de l’autre. c’est justement le caractère littéralement structurel de l’appartenance de l’individu à la oumma ou la communauté musulmane au sens large. En fait. son application est foncièrement sociale ou politique. On pourrait hâtivement répondre. Je dois dire tout de suite que je ne souscris pas à cette vision des choses. Ainsi. Et qui dit délibération ou adhésion volontaire à ce genre de projet. on ne peut éviter de souligner la centralité du principe de liberté. C’est une appartenance volontaire.com/ . Elles sont complémentaires et compatibles. on peut se demander au terme de cette seconde étape en quoi est-ce que ce principe de liberté est au fond très « religieux » puisque à terme. que l’islam englobe tout et qu’il n’y a pas lieu de faire des distinctions entre religieux et politique. C’est-à-dire que pour s’adresser aux musulmans de tel ou tel espace sociopolitique. individuelle et totalement contrôlée par la personne concernée (surtout là où on peut assurer les droits de la personne). Cela ne veut pas dire que l’histoire de l’islam est exemplaire de ce point de vue-là. mais uniquement politique.

c’est d’abord d’opérer la démarche préalable et fondamentale de la libération spirituelle de tout ce qui enchaîne la volonté de l’être humain à agir en conformité avec les principes universels que promeuvent la plupart des religions et des États démocratiques – mais qui ne les appliquent que très mal.com/ . Spiritualité L’idée centrale de notre hypothèse pour tenter de répondre à cette question est que pour parler de liberté sociale et politique pour le croyant musulman. 66 http://fribok. la pensée spirituelle a toujours été pionnière dans la pérennisation des enseignements spirituels des prophètes. En effet. On pourrait rétorquer : mais comment en faisant un tel pacte on peut s’assurer la liberté sociale et politique ? Nous pensons que c’est fondamentalement par un processus de libération de soi de toute attache qui ne mettrait pas au centre de la vie Celui qui a été reconnu comme « notre unique origine ». que le seul dogme de l’islam et le seul qu’il a tenté de restaurer est celui du tawhid. qu’est-ce que la libération spirituelle ? On le sait. selon la foi musulmane qui reconnaît toute la chaîne des prophètes qui remonte jusqu’à Adam et ainsi. on peut dire. En ce sens. autrement dit de la reconnaissance de l’unicité divine. comme c’est le cas dans les États laïcs occidentaux en l’occurrence. si l’on peut résumer l’islam à une courte définition : c’est – dans la racine du mot Islam lui-même – la reconnaissance de Dieu comme notre unique origine et l’abandon volontaire et délibéré de soi à Ses injonctions.le sens de la liberté mais elle révèle cependant que l’idée même de la participation du religieux dans le partage de la responsabilité de la gestion de la cité n’est pas totalement incongrue. de toutes les traditions monothéistes.blogspot. Mais pour en revenir à la question précédente : en quoi est-ce que ce principe de liberté peut être traité de manière pertinente au travers du prisme du « religieux » ? 3. Or.

un citoyen doit être fondamentalement libre. tout en étant distincts. 67 http://fribok. On nous demandera également : est-ce que cet état d’esprit m’empêche de respecter les lois des pays dont je suis citoyen ? –Bien sûr que non. la liberté et la solidarité de ses membres et de tout autre. et cela signifie que c’est par une compréhension profonde du sens du tawhid ou de la libération spirituelle que je suis en mesure de comprendre mes responsabilités sociales et politiques qui consistent à refuser toute allégeance qui pourrait me contraindre à m’aliéner de ma liberté de d’agir moralement. ce que nous entendons par citoyen rejoint parfaitement la conception musulmane du croyant au niveau de son action sociale. ne peuvent être totalement divorcés. En tenant compte de ce que nous avons tenté d’exposer plus haut. le sens de la liberté et la manière avec laquelle il s’articule à la religion est inséparable d’une bonne compréhension de ce qu’est la citoyenneté. Au fond. tout en soulignant qu’on ne peut contraindre quiconque à croire ou à porter la foi. je ne peux que m’y conformer. mais pour cela il doit se libérer par un effort individuel intérieur.com/ .salah basalamah – liberté et perspective musulmane C’est en reconnaissant cet Être-là que je me défends de reconnaître. le croyant agit librement du moment qu’il a profondément compris son devoir de libération spirituelle préalable. Autrement dit. consciemment ou inconsciemment.blogspot. car si les lois de ce pays sont de celles qui protègent la justice. tout autre être qui puisse jouer le rôle de centre dans ma vie. Selon cette conception. Mais ce qu’il faut peut-être préciser encore une fois. c’est que les ordres spirituel et sociopolitique. Conclusion En fin de compte. je me libère de tout ce qui m’éloigne du respect des principes universels que représente l’islam pour moi en décidant de choisir pour ultime repère moral Celui qui m’a créé.

il faut intégrer dans la pensée même du religieux la libération des rapports de force qu’impose aujourd’hui la grande marchandisation mondiale qui nous met dans la situation paradoxale et incohérente de promouvoir les grands principes humains (dont la liberté) et de les bafouer presque dans le même élan.le sens de la liberté En ce sens. Au-delà et en complément de la libération spirituelle. que nous venons de voir. nous sommes en parfait accord avec Gregory Baum puisque la libération citoyenne dans nos sociétés de consommation aujourd’hui est quasiment du même ordre que celle. spirituelle.com/ . Quelle liberté que celle du « monothéisme du marché » ? Salah basalamah Université d’ottawa  68 http://fribok.blogspot.

blogspot. un pays ».com/ . de diversité linguistique. Le défi est ainsi de savoir comment concilier. Et « multiculturel » signifie « qui relève de plusieurs cultures différentes ». complément de cette dernière. Qu’entendre par multiculturalisme ? Le dictionnaire Larousse indique que c’est « la coexistence de plusieurs cultures dans une société. cela doit-il signifier partager les valeurs de la société au sein de laquelle nous vivons ? Peut-on être libres si nous n’avons pas la possibilité. au nom de la liberté. Elle m’apparaît cependant naturelle car sans multiculturalisme peut-il y avoir liberté ? Même si la vie collective rend nécessaire d’accepter certaines contraintes. de respecter et d’exprimer la culture de la communauté qui est la nôtre ? Et au plan international la mondialisation qui caractérise ce début du XXIème siècle peut-elle être compatible avec la liberté si mondialisation signifie uniformité ? L’histoire le montre : la domination et le refus de la diversité conduisent toujours à des conflits tant au plan interne qu’international. la reconnaissance du droit au multiculturalisme et les limites à établir pour que s’institue une coexistence de cette 69 http://fribok. même minoritaires dans une société donnée.liBerTé eT MulTiCulTurAliSMe SanS MULticULtUraLiSMe PeUt-iL y avoir Liberté ?  A voir choisi cette problématique pour ce colloque peut surprendre. Multiculturalisme implique donc l’idée de diversité. de diversité culturelle et.

plus exactement. Ou. alinéa 2. L’action de l’État est nécessaire à deux niveaux qui peuvent paraître contradictoires mais sont en réalité complémentaires. il doit par exemple se doter des moyens nécessaires pour que chaque individu parle et s’exprime dans la – ou les – langues(s) nationale(s) de cet État. Sans ce minimum il n’y a pas possibilité de vivre ensemble.blogspot. Il n’y a pas là une atteinte à la liberté. Il lui appartient au sein de son propre ordre juridique d’établir le cadre permettant la coexistence des cultures. Parce que l’État est responsable de la coexistence des cultures et garant d’une cohésion nationale indispensable à une vie collective harmonieuse. Pas de liberté sans respect du multiculturalisme dans chacun de nos états La diversité culturelle s’inscrit parmi les droits et libertés fondamentaux que chaque État doit garantir à ses nationaux et aux personnes vivant sur son territoire. L’article 2. sans la reconnaissance et l’effectivité de la diversité culturelle ? L’État doit ainsi par son droit interne être le garant de cette dernière. tels qu’ils résultent des multiples instruments nationaux et internationaux ayant force juridique dans un État. i. la diversité culturelle est une condition nécessaire pour que ces droits et libertés puissent être réellement exercés par chaque individu. Comment assurer ceux-ci.le sens de la liberté pluralité de cultures et de langues (et non leur affrontement ou la progressive domination de l’une d’entre elles). mais on doit connaître 70 http://fribok.com/ . de la convention conclue par l’UNESCO sur la diversité culturelle (article précisé par les articles 5 à 8) le stipule clairement « Les États ont le droit (le devoir ?) souverain d’adopter des mesures et des politiques pour protéger et promouvoir la diversité des expressions culturelles sur leur territoire ». Ce défi doit être analysé successivement dans le cadre de chacun de nos États puis au plan international. L’on peut parler une autre langue.

Si un pays ne défend pas sa propre langue nationale. officiels français s’expriment en anglais …). Défendre sa langue nationale n’est pas contraire à l’objectif de permettre la diversité culturelle. C’est pourquoi nombreux sont en France ceux qui souhaiteraient que la loi de 1994 fasse l’objet d’un nouveau débat et soit précisée. Reste (mais rien n’est certain) à l’Assemblée Nationale de délibérer. La loi doit venir poser un cadre juridique minimum. L’exemple du Québec et de sa loi 101. adoptée sous le premier gouvernement de René Levesque. Il s’agit d’une condition permettant de l’aider à se développer sans risquer la destruction du cadre collectif qui menacerait l’existence même de l’État. en votant à l’unanimité une proposition de loi déposée par M. c’est-à-dire que des personnes établies dans un même État s’organisent pour vivre 71 http://fribok. On peut le souhaiter quand on observe les manquements croissants à l’usage de notre langue nationale (messages publicitaires entièrement ou partiellement en anglais – cela fait mode ! –.christian philip – multiculturalisme et liberté la langue officielle du pays où l’on vit et accepter de l’utiliser dans la vie collective. nous avons la loi Toubon du 4 août 1994 relative à l’emploi de la langue française mais ses dispositions ne sont ni aussi générales ni aussi contraignantes.com/ . La pratique montre que cette loi n’a pas su couvrir tout le champ des domaines où le français doit être protégé et que les dispositifs de contrôle et de sanctions prévus par la loi ne garantissent pas sa pleine application. est évidemment le texte législatif considéré comme la référence type. a engagé ce processus.blogspot. Marini. Aussi la proposition de loi Marini obligerait-elle par exemple les chefs d’entreprise à présenter un rapport annuel au comité d’entreprise sur l’usage du français au sein de l’entreprise. Le Sénat. réunions et notes dans plusieurs grandes entreprises françaises en anglais. En France. Le multiculturalisme ce n’est pas le communautarisme. comment la diversité culturelle pourra-t-elle survivre ? Et la loi doit régulièrement être complétée pour éviter les dérives constatées.

L’État doit. diverses manifestations aidées …). c’est le plus souvent loin d’être le cas faute 72 http://fribok. Le multiculturalisme c’est le respect de l’identité de chacun mais dans un cadre global accepté par tous. centres culturels mis à disposition. Le multiculturalisme ce n’est pas s’enfermer dans sa communauté d’origine. Ce n’est pas le refus de l’intégration. doit avoir une politique volontariste pour permettre à des cultures minoritaires de subsister (enseignement des langues de ces minorités en sus de la langue nationale. pour que la coexistence des cultures soit possible. le multiculturalisme va signifier aussi que l’État.le sens de la liberté côte à côte et non ensemble. télévision. Notre conception de la laïcité est pour nous une philosophie totalement au service de la coexistence des cultures. où l’immigrant refuserait d’accepter les valeurs de ce pays d’accueil ? J’avoue par exemple ne pas comprendre en France les critiques émises suite à une décision du Président de la République posant comme condition pour le regroupement familial (un immigré fait venir sa famille) la connaissance du français ! Un État peut aussi estimer que tel ou tel principe est un élément fondateur de la communauté nationale et à ce titre qu’aucune exception. à ce que ses enfants ne soient pas élevés dans un système scolaire ou cette langue ne serait pas la langue d’enseignement.com/ . pour donner corps à cette liberté. C’est le cas en France du principe de la laïcité. Mais ces contraintes établies. et pas seulement celles présentes sur son territoire.blogspot. programmes scolaires. Comment admettre qu’on n’oblige pas un immigrant à connaître la langue de son pays d’accueil. Chacun peut pratiquer sa religion mais nous n’acceptons aucune forme de prosélytisme (cela a été la question du port du voile dans nos écoles). clé pour s’ouvrir aux cultures des autres. La diversité culturelle ce sera pour l’État favoriser le multilinguisme. ne saurait le remettre en cause. même s’appuyant sur le multiculturalisme. lieux de cultes avons-nous dit …) et pour les faire connaître à l’ensemble de la population (émissions de radio.

permettre à chaque jeune de sortir du système scolaire avec les bases de deux langues étrangères. Défendre sa langue nationale n’est pas antinomique avec accepter de permettre à des langues régionales ou minoritaires de vivre à partir du moment où elles s’ajoutent à la langue officielle et ne s’y substituent pas. Elle les définit comme « pratiquées traditionnellement sur le territoire d’un État par des ressortissants de cet État qui constituent un groupe numériquement inférieur au reste de la population de l’État ». C’est pourquoi cette problématique a pris une dimension nouvelle et aussi importante. comme au Québec où le débat sur ce que vous avez intelligemment appelé « les accommodements raisonnables » montre bien la réflexion et l’action à avoir pour vivre ensemble tout en respectant les cultures de nos minorités. équipements culturels par exemple). L’État doit garantir aussi le respect des langues régionales encore pratiquées sur son territoire.com/ . 73 http://fribok. Le Conseil de l’Europe a adopté en ce sens la charte européenne des langues régionales ou minoritaires à Budapest le 7 mai 1999.christian philip – multiculturalisme et liberté d’une volonté politique suffisante et en raison des contraintes budgétaires. ce qui n’inclut ni les dialectes. Nos États sont pour la plupart de plus en plus multiculturels du fait de l’immigration. Mais la récente révision de notre Constitution reconnaissant les langues régionales doit permettre une évolution. médias.blogspot. ni les langues des migrants. Nous le vivons en France. Cette convention leur reconnaît leur place comme expression de la diversité culturelle et précise que leur promotion nécessite des actions particulières (enseignement. La France n’a pas ratifié cette charte car le Conseil constitutionnel l’a considérée comme contraire à la Constitution (et à l’article 2 stipulant que la langue de la République est le français).

Peut-on être vraiment libre si. Il a voulu et su créer la Francophonie qui est l’un de ces pôles.blogspot. pensait Senghor. Malgré les querelles dont elle est l’objet. la diversité culturelle une valeur respectée. c’est la manière de l’organiser. est la caractéristique première de ce début du XXIe siècle. les modalités de sa mise en œuvre. des règles qui sont imposées par un système dominant. un exemple pour une mondialisation humaniste. il est nécessaire pour se faire entendre.com/ . la mondialisation n’est ni un bien ni un mal. La Francophonie c’est le défi pour une mondialisation maîtrisée et équilibrée où la solidarité serait le compagnon obligatoire de la liberté. dans un monde ouvert.le sens de la liberté ii. une mondialisation non synonyme d’uniformité et donc de domination. Comment un État peut-il être incité à reconnaître chez lui la diversité culturelle et le multiculturalisme si ces principes ne sont pas une règle de la société internationale ? La mondialisation. de devoir adopter une culture. comme l’on dit aujourd’hui. Elle est irréversible. Ce qui reste ouvert. celui ayant le français en partage. Le dialogue mondial ne suffit pas à garantir la paix s’il ne s’accompagne pas d’un dialogue des cultures. quel qu’il soit d’ailleurs (aujourd’hui 74 http://fribok. la Francophonie serait. réussir. des valeurs. Léopold Senghor l’affirmait. le tout libéral ou la primauté des seules valeurs chrétiennes. La liberté exige donc que les États agissent ensemble pour promouvoir le multiculturalisme et le plurilinguisme. d’où son appel pour l’instauration de grandes aires linguistiques géoculturelles composantes de la mondialisation multipolaire. Laboratoire d’une telle mondialisation. une mondialisation ne signifiant pas le tout anglais. Pas de liberté sans multiculturalisme au plan international Un État quel qu’il soit ne peut plus aujourd’hui vivre seul. défendre ses intérêts. le dialogue étant le garant de l’unité dans la diversité. espérons le tout au moins.

Certes cette convention n’a pas de supériorité juridique sur la convention établissant l’OMC. Les États-Unis se sont fait imposer cette convention. la convention adoptée par l’UNESCO le 20 octobre 2005. mais le problème serait le même avec une autre culture dominante). L’Unesco avait amorcé le mouvement en adoptant dès novembre 2001 une Déclaration universelle sur la diversité culturelle. Mais elle permet. d’où les craintes de certains de légitimer et de renforcer la position des États qui veulent faire réellement reconnaître dans les négociations internationales commerciales que les biens et services culturels ne peuvent s’adosser à une démarche seulement marchande.blogspot.christian philip – multiculturalisme et liberté le modèle anglo-saxon. 75 http://fribok. La Conférence générale d’octobre 2003 a invité à l’unanimité le directeur général de l’Unesco à préparer un projet de convention.com/ . La convention de l’UNESCO ne modifie pas les droits et les obligations des États découlant de leurs autres engagements internationaux. Un instrument spécifique a fait de la diversité culturelle une règle de droit international. laquelle lie des pays qui n’ont pas ratifié pas le texte de l’Unesco. mais pour affirmer une prise de conscience de la société internationale que la mondialisation. En quatre ans passer de la Déclaration à la Convention est la marque d’une prise de conscience dont certains pouvaient douter. ce qui ne permet pas de garantir l’effectivité de la diversité culturelle reconnue. mais une Déclaration n’est pas un acte juridique produisant des effets de droit obligatoires et il fallait aller plus loin. Il s’agit réellement d’une première historique et son adoption n’a pas été facile. ce n’est pas se fondre dans une culture dominante mais doit au contraire signifier promouvoir la diversité culturelle. Le succès n’était pas certain. Finalement force est de constater qu’on est allé vite. La convention de l’UNESCO permet de consolider et d’élargir le concept dit jusqu’alors d’exception culturelle pour justifier la non application de règles du commerce international aux biens et services culturels. conçue non pas contre eux.

et limiter le système à trois langues peut permettre plus facilement une diversification. Le système de règlement des différends repose sur la recherche d’une solution négociée et non pas sur la possibilité de contraindre les parties (négociations. ce ne serait pas exact. de la mobilisation de la société civile pour qu’il y soit effectivement donné suite. l’anglais domine déjà pour éviter les coûts de traduction. Pour ma part. Pour beaucoup. le traité prévoit non plus son dépôt dans la langue du pays où il a été déposé. Pour d’autres. donc ne liant pas les États. Il faut bien constater le très faible niveau de consultation des brevets 76 http://fribok. Pour réduire le coût des brevets. d’où l’obligation de traduction.blogspot. La partie est loin d’être gagnée ! Mais enfin un traité existe et il ne faut pas sous-estimer ce premier résultat. On peut s’interroger sur l’absence d’un mécanisme juridique véritablement contraignant pour le contrôle de son respect par les États parties. de la mobilisation des organisations internationales (et là l’Organisation internationale de la Francophonie a une place à prendre) pour accepter de s’y référer et d’en tenir compte dans leurs activités. français et allemand). Un autre traité interroge quant à sa compatibilité avec la diversité culturelle. Le dispositif prévu à l’article 25 est d’abord incitatif. de la mobilisation des États pour faire vivre les organes de la Convention. médiation. Elle peut seulement aboutir à des recommandations. Il n’y a pas de sanctions possibles.le sens de la liberté La convention de l’UNESCO présente malgré tout de réelles limites. bons offices ou conciliation).com/ . il y aurait là une atteinte grave à la diversité culturelle. Il s’agit du Protocole de Londres signé en 2001 et relatif à la traduction des brevets en Europe. je crois la controverse exagérée. Elle dépendra du nombre de ratifications. Dans la pratique. La traduction en langue nationale reste obligatoire en cas de litige. L’autorité de la Convention dépendra en fait de la capacité de mobilisation de la communauté internationale. Il repose sur le nécessaire consentement des parties. mais donne le choix de déposer en trois langues (anglais.

quelque conclusion que l’on tire des dispositions du Protocole de Londres. Surtout l’Union a un problème quant à la pratique des langues et comment. nous retiendrons un dernier exemple. Puissions-nous désormais avoir un tel débat sur tous les grands traités internationaux à venir ! Par ailleurs.blogspot. il n’y a pas de critique à apporter.christian philip – multiculturalisme et liberté en français. Côté négatif : nos concitoyens considèrent que l’Europe ne respecte pas assez la diversité. un cadre exemplaire pour donner corps au multiculturalisme. visibles pour les citoyens au plan culturel. pas assez transparente. montre que nous avons su construire des politiques communes sans remettre en cause l’identité des États membres. Mais dans la pratique. la culture en étant un élément évident. Il est sain. donner corps à la diversité culturelle ? En droit. Où en est-on ? Côté positif : l’article 151 du traité européen depuis Maastricht place la politique culturelle dans les compétences de l’Union européenne. trop technocratique. sans le multilinguisme. de s’interroger pour savoir si ce traité est ou non conforme au principe de diversité culturelle. celui de l’Union européenne qui devrait être. Quoi qu’il en soit (et c’est pour moi le plus important et le côté positif de la querelle) ce débat a au moins le mérite de montrer que la diversité culturelle est devenue un élément auquel se réfère le droit international. La crise sur la ratification du projet de traité constitutionnel montre qu’ils trouvent l’Union trop centralisée. Concrètement aussi.com/ . 77 http://fribok. par ses acquis depuis plus de cinquante ans. Et quoi de plus positif que la devise proposée pour l’Union par le projet de traité constitutionnel « Unie dans la diversité » ? L’Europe. La reconnaissance par le traité de Maastricht de la citoyenneté européenne a entraîné cette extension. par la diversité même des États la constituant. L’Union reconnaît la langue de chacun comme langue officielle. en rendant compatibles compétences communes et diversité nationale (et même régionale). l’article 151 n’a pas permis des actions importantes.

On peut faire des progrès rapidement si on le veut. Mais nous sommes encore loin d’avoir pu généraliser cette mobilité. L’exemple de l’Espagne est clair. Certes l’élargissement est un facteur rendant plus difficile l’utilisation de langues toujours plus nombreuses. 78 http://fribok. En 1998. près d’un million et demi aujourd’hui. des raisons pratiques de rapidité et de coût ne le permettent pas dans la vie quotidienne des institutions européennes. Les infractions au régime linguistique sont de plus en plus nombreuses. Il y a 20 ans. Par exemple. L’Europe a su par contre inciter nos étudiants à aller de plus en plus nombreux vivre une période d’études dans un autre pays membre. Cela entraîne une vraie révolution culturelle et c’est le meilleur vecteur pour que la diversité culturelle soit réalité. comment pour un Parlement national s’exprimer sur le respect ou non de la subsidiarité par un projet d’acte communautaire s’il ne dispose pas dès l’origine d’une version de cet acte dans sa langue nationale ? Comment faire connaître l’Europe par les Européens si les informations publiées sur les sites Internet des institutions et organismes de l’Union ne sont pas disponibles dans l’ensemble des langues officielles ? Voilà deux exemples qui montrent combien la diversité culturelle a besoin de moyens juridiques pour être vécue. 250 000 élèves apprenaient le français. Elle a rendu obligatoire une deuxième langue étrangère. Au Conseil. près de 60 % des documents initiaux de la Commission étaient rédigés en français.blogspot. L’Europe n’a pas su non plus aller assez loin pour développer l’apprentissage de plusieurs langues européennes par tous les jeunes Européens.le sens de la liberté chacun sait que nous allons vers un usage de plus en plus dominant de l’anglais. Si les réunions officielles donnent lieu à traduction dans toutes les langues. la situation est encore plus défavorable. mais en même temps il rend encore plus nécessaire le respect du multilinguisme pour permettre à tous les citoyens européens de s’approprier l’Europe. à peine plus d’un quart aujourd’hui.com/ .

Et nous avons des progrès à faire. Il permet de la traduire dans la pratique.christian philip – multiculturalisme et liberté Je souhaite que l’Europe s’attache à faire plus et mieux. La liberté est aussi à ce prix. soit parce qu’ils bénéficient d’une langue dominante soit. Le plus important est aujourd’hui d’agir pour que s’affirme vraiment une volonté politique de donner corps à la diversité culturelle.com/ . veuillent des moyens juridiques. Le Droit apporte des solutions. parce qu’ils ont renoncé à se battre sur ce plan. Mais le Droit est au service d’une volonté politique. Des moyens juridiques sont indispensables pour que vive la diversité culturelle.blogspot. christian Philip Professeur à l’Université de Lyon représentant personnel du Président de la république pour la Francophonie  79 http://fribok. Le cadre juridique n’est donc pas suffisant tant au plan international qu’au plan interne. Tous les États n’ont pas encore conscience de la nécessité d’organiser la diversité culturelle et le multiculturalisme. Encore faut-il que les États. il faut bien le dire. tant au plan interne qu’international. Le Droit est un instrument. la diversité culturelle et linguistique reste à inscrire dans les fondements de notre société internationale pour que la liberté associée au respect du multiculturalisme devienne un concept réel et universel. Au-delà de ces exemples. Au plan international c’est plus l’uniformité qui l’emporte que la diversité.

2003). En effet.concevoir jUridiQUeMent La Liberté danS Une Société MULticULtUreLLe  crire le nom de la liberté n’est pas l’apanage du poète. Les juristes aussi écrivent le nom de la liberté sur leurs pages blanches. Le Petit Robert (édition 2010). les juristes « recherchent plutôt comment la liberté est reconnue dans l’organisation politique et sociale »1. 1452.com/ É . soumises au contrôle judiciaire de la constitutionnalité des lois. Article « Liberté » (J. inévitablement. d’en déterminer le sens. « désenchantées ». qui s’interrogent directement sur la nature ou sur les fondements de la liberté . comme aux philosophes. Il est vrai que leur perspective n’est pas celle des philosophes. aux pp. Morange) dans Dictionnaire de la culture juridique (Paris. Mais est-il vrai que les juristes ne jouent qu’un rôle sèchement descriptif ? Dans nos sociétés rationalisées.U. ne demande-t-on pas souvent aux juristes et particulièrement aux juges de construire (d’autorité) le sens de la liberté. car il leur est demandé. p.. P. 945 et 946. 81 http://fribok. apparemment plus modestes. mais son sens axiologique : à quoi sert la liberté ? La réponse que donne le juge à cette question influence la conception de la liberté qu’il mettra de l’avant et.blogspot. la manière dont 1.F. 2. ce n’est pas le sens générique du mot liberté. ce qui est recherché alors. pour ensuite en fixer la portée et en aménager l’exercice ? Le sens ordinaire du mot – la possibilité d’agir sans contrainte2 – se révèle alors peu utile.

savoirs. Voir la définition de la culture proposée par l’article 2a) de la Déclaration de Fribourg sur les droits culturels.le sens de la liberté « la liberté est reconnue dans l’organisation politique et sociale ». au même titre que la langue ou les arts. c’est aussi tenter de concilier l’exercice de la liberté des uns avec la liberté des autres. la cohésion sociale s’est également imposée comme repère permettant de se prémunir contre « la tyrannie des minorités ». Face à l’exercice des multiples libertés individuelles ou collectives. n° 41 (printemps 1999). il s’agit d’un renversement de perspective. Encore faut-il noter le caractère hybride du concept. assez fondé objectivement pour prétendre à une certaine légitimité scientifique. mais assez indéterminé pour permettre de « suivre les méandres et les nécessités de l’action politique au jour le jour » : Paul Bernard. pour reprendre les termes évoqués plus haut. Ce sens axiologique de la liberté revêt une importance particulière dans une société où coexistent plusieurs cultures. Si on admet que la culture recouvre des choses diverses et intangibles – valeurs. Elle considère tous les éléments mentionnés ici comme relevant de la culture. ils permettent à une personne ou à un groupe d’exprimer « son humanité et les significations qu’il donne à son existence et à son développement ». « Les mots pour le dire. « La cohésion sociale : critique dialectique d’un quasi-concept ».blogspot. 48). par exemple. p. Lien social et politique – RIAC. traditions. 1. La Déclaration 82 http://fribok. dans la mesure ou. en sachant que les conceptions de la liberté des uns et des autres sont bien souvent influencées par la culture. le maintien d’une certaine « cohésion sociale » apparaîtra à certains comme un défi1.com/ . À certains égards. 2. croyances. institutions. les mots pour le faire : le nouveau vocabulaire du social ». 47-59 (à la p. L’irruption de la cohésion sociale comme considération permettant de limiter l’exercice de la liberté semble liée à la critique de l’individualisme contemporain . convictions. le respect des droits fondamentaux étant habituellement vu comme un facteur de cohésion sociale. modes de vie – on constate aisément l’ampleur du défi que pose le sens axiologique de la liberté dans une société où coexistent plusieurs cultures2. Concevoir juridiquement la liberté dans une telle société.

blogspot. en prenant pour objet un corpus juridique historiquement et géographiquement situé. Nous faisons l’hypothèse que ce déficit de réflexion permet d’expliquer une partie des difficultés que pose. défaits et refaits par le droit au fil des décisions de justice. au début des années quatre-vingt 2. (1985).R.pdf]. n° 44.-U. II. Est-il pour autant nécessaire de préciser que nous saluons la fluidité des cultures. En conclusion.) . nous formulerons quelques réflexions sur le concept de droits culturels.pierre bosset – la liberté dans une société multiculturelle Comment donc appréhender juridiquement la « liberté » dans un contexte multiculturel1 ? Pour esquisser une réponse à cette question.ch/iiedh/ assets/files/declarations/fr-declaration. 11 (R. il faut d’abord retracer le ou les sens axiologiques qui peuvent être donnés à la liberté par les juges. Ce qualificatif est employé ici dans le sens le plus neutre possible : celui d’un contexte social marqué par la coexistence de plusieurs cultures. L’usage de ce terme ne comporte donc de notre part aucun jugement de valeur sur les politiques.com/ . 83 http://fribok. Dans un deuxième temps. Elle rassemble et explicite des droits qui sont déjà reconnus. concept qui pourrait constituer une façon prometteuse d’appréhender le sens est le fruit d’un travail de réflexion mené par un groupe international d’experts et qui s’est étendu sur une vingtaine d’années. mais de manière dispersée. Voir : Les droits culturels – Déclaration de Fribourg [en ligne : http ://www. Charte canadienne des droits et libertés. nous nous interrogerons sur ce qui nous paraît être l’absence d’une véritable réflexion juridique sur la culture comme source potentielle de droits et d’obligations. annexe B de la Loi sur le Canada. leur faculté d’évoluer et leur capacité de dialoguer entre elles ? 2. celui des décisions rendues par la Cour suprême du Canada depuis la constitutionnalisation des droits fondamentaux. Nous le ferons de manière inductive. c. dans L.C.unifr. dans plusieurs instruments juridiques internationaux. 1982. permettant de « gérer » cette coexistence. App. pour le droit. Ce corpus jurisprudentiel illustre comment des choix axiologiques quant au sens de la liberté sont inévitablement faits. 1. l’exercice de la liberté en contexte multiculturel. multiculturalistes ou autres.

» 84 http://fribok. Ville de Québec. b) liberté de pensée. À l’article 2.S.le sens de la liberté de la liberté dans le contexte multiculturel des sociétés qui sont les nôtres. Enfin. notamment les libertés d’expression et de religion 2. 834. Depuis 1982. « 7. Chacun a droit à la vie. figure ainsi l’énoncé des grandes libertés fondamentales. Dans Saumur. 1. entre individu et société : les sens axiologiques de la liberté Il y a un demi-siècle. 299 et Chaput c.C. la liberté est un élément constitutif de la notion de « société libre et démocratique ». been recognized as a principle of fundamental character. auquel il ne peut être porté atteinte « qu’en conformité avec les principes de justice fondamentale »3. » 2. les arrêts Saumur c. « 2. de croyance.S.C. est garanti le droit à la liberté. il ne peut être porté atteinte à ce droit qu’en conformité avec les principes de justice fondamentale. notion qui permet d’apprécier la validité 1. [1953] 2 R. in our legal system. à la liberté et à la sécurité de sa personne . 327) : « From 1760 […] to the present moment religious freedom has. la liberté fait l’objet d’énoncés explicites dans la Charte canadienne des droits et libertés. c) liberté de réunion pacifique . y compris la liberté de la presse et des autres moyens de communication . dans une section intitulée « garanties juridiques ». À l’article 7. [1955] R. la constitutionnalisation des droits fondamentaux. au début des années quatre-vingt. a indéniablement eu pour effet de forcer les tribunaux à expliciter davantage le sens qu’ils entendent donner au concept. » 3. d) liberté d’association. Romain. Chacun a les libertés fondamentales suivantes : a) liberté de conscience et de religion . le juge Rand s’exprime ainsi (à la p.blogspot.com/ . V. Toutefois. d’opinion et d’expression. relatifs à la liberté de religion. la Cour suprême du Canada a dit de la liberté qu’elle était un principe fondamental de l’ordre constitutionnel1.

« 1. 85 http://fribok. La liberté signifie que. Big M Drug Mart.blogspot. Si une personne est astreinte par l’État ou choisi d’adopter. dans des limites raisonnables. qui n’est pas sans évoquer le sens générique du terme. nul ne peut être forcé d’agir contrairement à ses croyances ou à sa conscience2. Dans l’arrêt Big M Drug Mart (1985).S. [1985] 1 R. sans cela. par exemple. l’ordre. cette personne n’agit pas de son propre gré et on ne par la volonté d’autrui à une conduite que. dans des limites qui soient raisonnables et dont la justification puisse se démontrer dans le cadre d’une société libre et démocratique. Ils ne peuvent être restreints que par une règle de droit. contre la coercition et la contrainte. La Charte canadienne des droits et libertés garantit les droits et libertés qui y sont énoncés. selon l’article premier de la Charte1. R. la santé ou les mœurs publics ou les libertés et droits fondamentaux d’autrui. 295 (par. mais également de restreindre les possibilités d’action d’autrui. elle n’aurait pas peut pas dire qu’elle est vraiment libre. c. la Cour suprême donne une longue définition conceptuelle de la liberté.com/ . 95). La liberté au sens large comporte l’absence de coercition et de contrainte et le droit de manifester ses croyances et pratiques. qui traite de l’interdiction d’avoir une activité commerciale le dimanche comme pouvant entraver la liberté de religion protégée par l’article 2. sous réserve des restrictions qui sont nécessaires pour préserver la sécurité.C.pierre bosset – la liberté dans une société multiculturelle d’une limite apportée aux droits fondamentaux. sous forme d’ordres directs les formes indirectes de contrôle qui permettent de déterminer ou d’agir ou de s’abstenir d’agir sous peine de sanction. » 2. mentionné en introduction. La coercition comprend non seulement la contrainte flagrante exercée. la Cour précise sur quels fondements politiques et philosophiques se base cette conception de la liberté : 1. L’un des objectifs importants de la Charte est de protéger. celui d’une absence de contrainte : La liberté peut se caractériser essentiellement par l’absence de coercition ou de contrainte. Plus loin. souvent citée.

Égalité. Le but des Modernes est la sécurité dans les jouissances privées .blogspot. à lui ménager ce qu’on a pu appeler « une sphère d’autonomie. Ibid. la juge Wilson ne dira pas autrement. de responsabilité. 1997). « Liberté. lui dicte sa conscience. professeur au Département des sciences juridique de l’UQAM.). discours à l’Athénée royal de Paris (1819). Les valeurs qui sous-tendent nos traditions politiques et philosophiques exigent que condition sine qua non de la légitimité.le sens de la liberté [L]’insistance sur la conscience et le jugement individuels est […] au cœur de notre tradition politique démocratique. Magnet et B. de temps en temps. dans Écrits politiques (Paris. voire de solitude3 ». Folio/Gallimard. 3. 122-123). (Merci à Hugo Cyr. LexisNexis. et ils nomment liberté les garanties accordées par les institutions à ces jouissances ». pour l’instant. l’objet de la liberté de conscience et de religion devient évident. Adell (dir. 2009). p. en soulignant qu’un « aspect crucial » du droit à la liberté protégé par l’article 7 était le droit « de prendre 1. p. pour la référence à ce texte). 123 (à la p. 591-619. 86 http://fribok. (par. E. La possibilité qu’a chaque citoyen de prendre des décisions libres et éclairées constitue la de notre système d’autodétermination.com/ . […] Vu sous cet angle. Dans l’affaire Morgentaler. de l’acceptabilité et de l’efficacité chacun soit libre d’avoir et de manifester les croyances et les opinions que ne lèsent pas ses semblables ou leur propre droit d’avoir et de manifester leurs croyances et opinions personnelles1 . 2. Fraternité. …pas encore : les 25 ans de la Charte canadienne des droits et libertés ». à la condition notamment que ces manifestations La perspective est ici résolument individualiste. De la liberté des Anciens comparée à celle des Modernes. Nathalie Des Rosiers. The Canadian Charter of Rights and Freedoms After Twenty-Five Years (Toronto. moderne pourrait-on dire2 : la liberté protégée par la Charte canadienne vise à garantir l’autodétermination de l’individu. Benjamin Constant distinguait de cette façon la liberté des Anciens et celle des Modernes : « Le but des Anciens était le partage du pouvoir social entre tous les citoyens d’une même patrie : c’était là ce qu’ils nommaient liberté. 132). dans J.

p.C. Est ici en cause le droit à l’interruption volontaire de grossesse. Elle doit ensuite répondre à un critère général de proportionnalité.pierre bosset – la liberté dans une société multiculturelle des décisions personnelles fondamentales sans intervention de l’État1 ». ensuite.S. en premier lieu. 228. [1988] 1 R. l’examen de la proportionnalité proprement dite entre les effets positifs et négatifs de la restriction. La perspective de l’arrêt Big M Drug Mart est par ailleurs résolument libérale : avec les passages consacrés par la Cour aux limites sociales de la liberté. la Cour donnera cependant à la liberté un sens axiologique davantage incarné socialement. 74.C. 2. c.C. que le texte de l’article premier lie explicitement à la démocratie.blogspot. au moyen de restrictions législatives répondant à certains critères formels et matériels3. 103 [Oakes] . rappelons-le. l’examen des autres façons de rechercher ledit objectif (critère de l’atteinte minimale) . 30 (par. [1994] 3 R. 87 http://fribok. Dans l’arrêt Oakes (1986). l’examen du lien rationnel censé exister entre ladite restriction et l’objectif poursuivi . Gallimard. R. La liberté. 835.S. Dagenais c. qui. Quant aux critères matériels. « La seule raison légitime que puisse avoir une communauté pour user de la force contre un de ses membres est de l’empêcher de nuire aux autres » : John Stuart Mill (1859). 3. Paris. Morgentaler. dans le cadre de la « disposition limitative » de l’article premier de la Charte canadienne. De la liberté. Wilson). j. L’année suivante. Folio Essais . ils ont été élaborés par la jurisprudence. L. Le critère formel est prévu à l’article premier : les restrictions en question doivent être prévues « par une règle de droit ». Oakes. paraît ici orientée vers des finalités bien précises : 1. ainsi qu’entre ces effets et l’objectif luimême : R. tenait pour illégitime toute contrainte exercée par la société sur les actions individuelles qui n’affectent pas l’intérêt d’autrui 2. disposition qui permet à l’État d’encadrer. et enfin. La restriction doit d’abord viser un objectif suffisamment important. cinq valeurs viennent guider l’application de cette disposition limitative. 1990). Lenglet (coll.S. trad. Société Radio-Canada. on n’est pas très loin de John Stuart Mill. [1986] 1 R.com/ . l’exercice des libertés et droits fondamentaux. qui comporte. c.

79 à 82). Andrée Lajoie. en chef Dickson.. j. la diversité de croyances. 88 http://fribok. Jugements de valeurs – Le discours judiciaire et le droit (Paris. Ici la perspective n’est plus vraiment celle de l’individualisme exacerbé et presque romantique qui sous-tendait les énoncés de Big M Drug Mart.U.com/ . 3. l’intervention des pouvoirs publics. 1997). lesquels comprennent. le respect de chaque culture et de chaque groupe et la foi dans les institutions sociales et politiques qui favorisent la participation des particuliers et des groupes dans la société 1. ou encore de protéger les faibles contre la liberté des forts. l’acceptation d’une grande selon moi. 2.le sens de la liberté Les tribunaux doivent être guidés par des valeurs et des principes essentiels à une société libre et démocratique.C. une volonté de se rapporter à une conception historique particulière de l’État. Il conviendrait sans doute d’ajouter. l’importance que le discours judiciaire accorde aux droits constitutionnels des minorités ainsi qu’aux politiques multiculturalistes. 80. à la p. Les italiques sont de nous. particulièrement lorsqu’il s’agit de favoriser l’exercice de la liberté des faibles. mais une conception de la liberté qui n’exclut pas. 64). comme nous pourrons bientôt le vérifier. P.S. le respect de la dignité inhérente de l’ être humain. promotion de la justice et de l’égalité sociales.F. Comme l’a souligné Andrée Lajoie. la description d’une société libre et démocratique qu’on peut lire dans l’arrêt Oakes laisse voir. 217 (par. autres piliers de la psyché canadienne comme le laissent entendre non seulement le passage précité de l’arrêt Oakes mais bien d’autres arrêts de la Cour 3. la démocratie et la primauté du droit : voir le Renvoi relatif à la sécession du Québec. La protection des droits des minorités est considérée par la Cour suprême comme un principe constitutionnel fondamental au même titre que le fédéralisme. par. [1998] 2 R. 1. à cette façon de décrire la représentation que la société canadienne se fait de son identité sociopolitique. Oakes. celle de l’État-providence tel qu’il existait au Canada (quoique déjà affaibli) dans les années quatre-vingt 2.blogspot. dans le discours des juges de la Cour.

En revanche. vol. 76). Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse. [2006] 2 R.pierre bosset – la liberté dans une société multiculturelle La Cour suprême continue de se référer comme à un fil d’Ariane à la matrice normative que constituent les arrêts Big M Drug Mart et Oakes1. Hutterian Brethren of Wilson Colony. ainsi : A. 2003). La Charte québécoise des droits et libertés après 25 ans. sont difficilement conciliables.S. La tolérance religieuse est ainsi une valeur qui est « à la base même de notre démocratie » selon l’arrêt Multani c. 163-199. Également : Michel Coutu. une majorité de juges note la « nature Quant aux politiques multiculturalistes. sous-tendue par une conception avant tout individualiste de la liberté3. du moins si l’on est à la recherche d’une unité transversale de pensée qui inspirerait et ce. V. 2 (Montréal. 3. 1. 256 (par. en apparence. « Les libertés et droits fondamentaux. cit. Commission scolaire MargueriteBourgeoys. Renvoi relatif à la Public Service Employees Relations Act.C.C. Dans Syndicat Northcrest c. 87). de manière constante et prévisible. 2. op. Depuis Big M Drug Mart et Oakes. l’État libéral non interventionniste dans le cas du paradigme libéral. l’État social interventionniste dans le cas du paradigme social. l’ensemble des décisions de la Cour portant sur la liberté. Bosset (dir. et qu’il est utile de rattacher à des tendances ou paradigmes2. Lajoie. pp. arrêt qui porte sur l’interprétation de la Charte québécoise (et non de la Charte canadienne).S.blogspot. 57-65. le « sens de la liberté » est ainsi construit par la Cour suprême au fil de décisions qui. Amselem. entre individu et société ». 551.). Les arrêts qui constituent la célèbre trilogie de 1987 sur l’action syndicale et la liberté d’association constituent peut-être l’incarnation la plus achevée d’une perspective libérale. [2004] 2 R. 2009 CSC 37 (24 juillet 2009). Pour une illustration récente : Alberta c.com/ . [1987] 1 89 http://fribok. le sens donné à la liberté par la Cour à travers ses arrêts est loin de toujours paraître cohérent. Dans ces arrêts. aux pp. la Cour évoque un Canada « multiethnique et multiculturel » qui « constitue de bien des manières un exemple pour d’autres sociétés » (par. dans P.. elles font l’objet d’énoncés de principe qui sont loin d’être dénués d’une portée normative. Lajoie et Coutu s’accordent à dire que lesdits paradigmes renvoient à des formes spécifiques d’État.

171). 424 . Emerson. conditionnent la mise en œuvre de la liberté d’association dans R. profondeur et de portée2 .S.S. L’association est un prolongement de la liberté individuelle. Thomas I.C. Alliance de la Fonction publique du Canada c.S.J. 156). 3. 4) cité par le juge McIntyre dans le Renvoi relatif à la Public Service Employees Relations Act (par.C.C. et de leur donner plus de Évidemment. Ibid. grossistes et magasins à rayons c. 176). 90 http://fribok. (1964) 74 Yale L. on l’admettra. les juges de la majorité concluront que. de faire ce qui est illicite pour l’individu de faire3 ». cette conception de la liberté d’association a des conséquences concrètes. Ainsi. pour ainsi dire. McIntyre. par.com/ . en revanche elle ne protège ni le droit de grève. une liberté qui. Procureur général du Manitoba. 1. l’association n’acquiert aucune liberté. “Freedom of Association and Freedom of Expression”. telles que jouer au golf4. Syndicat des détaillants. 2.le sens de la liberté individuelle de la liberté d’association1 ». Ses intérêts et ses droits [U]ne théorie de l’association doit commencer par l’individu. Renvoi relatif à la Public Service Employees Relations Act. 460. 4. C’est une façon de rendre plus efficaces les besoins. garantie par la Constitution. (par. précité (j.blogspot. Renvoi relatif à la Public Service Employees Relations Act (par. les aspirations et les libertés de l’individu. Dans ces arrêts. Dans sont prépondérants. Saskatchewan. La traduction est de la Cour. n’existerait que pour permettre l’exercice collectif de droits que la loi reconnaît déjà aux individus : une société régie par des principes démocratiques. ni celui de négocier collectivement ses conditions de travail : une conclusion qui. est peu sensible aux inégalités de pouvoir socio-économique qui. si la liberté d’association protège le droit de former des syndicats et celui d’exercer en groupe des activités licites. 1 (p. puisque « le fait d’être associés ne confère en soi aucun droit supplémentaire aux individus. c’est l’individu qui constitue l’intérêt ultime de l’ordre social. 175). [1987] 1 R. 313 . dans les faits. [1987] 1 R.

C. Renvoi relatif à la Public Service Employees Relations Act. [1985] 1 R.J. R. 1989). The Canadian Charter of Rights and Freedoms. (Toronto. c.. à la p. à la p.). Historiquement mais aussi sur le plan du discours. Suresh c. 3.pierre bosset – la liberté dans une société multiculturelle les rapports collectifs de travail1. c. Par exemple : Ken Norman. Canada (Ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration). Dissidents. 169. particulièrement en droit pénal et en droit administratif4. Singh et al.C.S.S. Dans 1.C. Beaudoin et E. Coutu.. notamment en ce qui concerne le poids donné par les juges de la majorité aux interprétations américaines – nettement individualistes – de la liberté d’association3. comme on le voit. les juges Dickson et Wilson dénonceront d’ailleurs la portée « légaliste.E. [1985] 2 R. Carswell. M. 486 . en chef Dickson). “Freedom of Peaceful Assembly and Freedom of Association (Section 2(c) and (d))”. R. [1984] 2 R. (1988) 13 Queen’s L. L’ironie de la situation n’a pas échappé à un commentateur aussi caustique qu’Harry Arthurs. cit. sur une conception individualiste des rapports sociaux. 81 (j. 177 . R. Therens.C. Renvoi relatif à la Motor Vehicle Act (C. Charkaoui c. Ratushny (dir. 2002 CSC 1 . Stinchcombe. parcimonieuse et voire même insipide » donnée à la liberté d’association par la majorité2.-A.blogspot. Canada (Citoyenneté et Immigration).-B. mais fondé également. [1995] 1 R. 754 . entre autres : Hunter c. 17.). 933 . c. 4. dans G. M. 2. [1985] 1 R. paradigme reposant sur la valorisation des libertés individuelles face à l’autorité d’un État souvent vu comme liberticide. 2007 CSC 9. c.S.I.com/ . 248 : “As for the reading given to section 2(d) by McIntyre J.C. 91 http://fribok. one is left with a narrow American gloss on the status quo ante of the Charter”.S. Southam. [1991] 1 R. par.S 613 . Swain. op. La doctrine n’a pas été tendre non plus.S. Voir. 2ème éd.C. Voir : “The Right to Golf : Reflections on the Future of Workers Unions and the Rest of Us under the Charter”. 145 . cette trilogie de 1987 marque probablement le point culminant du paradigme libéral d’interprétation de la Charte.

le sens de la liberté ce paradigme libéral « classique1 ». par exemple. en fait toutes les expressions du cœur et de l’esprit. Série A. ses opinions. 968. elle rappellera même que la liberté d’expression est garantie pour assurer « que chacun puisse manifester ses pensées. Québec (Procureur général). Dans l’arrêt Irwin Toy. aussi impopulaires. la protection de la Charte à des contenus ou formes d’expression aussi divers et parfois controversés 1. cette fois en tenant compte également des valeurs collectives qui la soustendent. 49). l’État se situe en surplomb des rapports sociaux . La Cour continuera donc d’accorder.S. Irwin Toy c. déplaisantes ou contestataires soient-elles3 ». Dans cet arrêt. [1989] 1 R. ses croyances. 3. choquent ou inquiètent l’État ou une fraction quelconque de la population. op. à la p. en principe. cit.com/ . C’est la problématique de la liberté d’expression qui fournira à la Cour suprême l’occasion de définir le sens de la liberté d’une manière moins individualiste. d’un régime légiféré de négociation collective des conditions de travail – pour établir d’autorité tel ou tel équilibre au sein de ces rapports. Lajoie. 2.C. n° 24 (par.blogspot. 927 [Irwin Toy]. ainsi. 92 http://fribok. Ce paradigme libéral entrera bientôt en concurrence avec une autre façon de concevoir le rôle de l’État. il n’a pas à intervenir – au moyen. Ce passage rappelle ce que disait la Cour européenne des droits de l’homme de la liberté d’expression : « Elle vaut non seulement pour les ‘informations’ ou ‘idées’ accueillies avec faveur ou considérées comme inoffensives ou indifférentes. la Cour n’ira pas jusqu’à remettre en cause le principe d’une interprétation libérale des droits garantis par la Charte . Irwin Toy à la p. la recherche de la vérité (considérée comme « une activité bonne en soi ») et la « participation à la prise de décisions d’intérêt social et politique » s’ajouteront à la poursuite de l’épanouissement personnel des individus comme valeurs sous-jacentes à la liberté d’expression 2. mais aussi pour celles qui heurtent. 57. » : arrêt Handyside du 7 décembre 1976. A.

la diffusion de fausses nouvelles7 ou encore la propagande haineuse8. [1992] 2 R. elle posera un jugement de valeur explicite sur certaines formes d’expression. 766) : « La propagande haineuse apporte peu aux aspirations des Canadiens ou du Canada.S. Québec (Procureur général).C. [1990] 1 R. 452. [1990] 3 R. c. on leur accorde un poids moindre qu’à d’autres formes d’expression9. 712. Rocket c.C. [2001] 1 R. 232.S. 697 . Sharpe. jugeant par exemple que la publicité professionnelle ou la propagande haineuse ne présentent qu’un lien ténu avec les valeurs individuelles et collectives sous-tendant la liberté d’expression. 892. 9. Butler. R. ce qui justifiera qu’au stade de l’examen du critère de proportionnalité de l’article premier. [1992] 1 R.1(1)(c) du Code criminel (Man. 45. 4. précités. R. 8. Peu à peu. Canada (Commission des droits de la personne) c. Taylor. Zundel. R. 2. toutefois.). la possession de pornographie juvénile6. Arrêts Rocket et Keegstra. Dans certains cas. la Cour abandonnera la posture de l’observatrice détachée qu’elle s’était implicitement auto-attribuée dans sa trilogie de 1987 et validera certaines restrictions apportées par l’État à la liberté d’expression. Renvoi relatif à l’art. c. 6. la publicité professionnelle2 ou encore destinée aux enfants3. 5. Ford c. » 93 http://fribok.S.S. la sollicitation à des fins de prostitution5. c.C. [1990] 3 R.C. 7. 731. 195.C.com/ .S. 1123. 193 et à l’art. 3. que ce soit dans la recherche de la vérité. Dans d’autres affaires – et nous rejoignons ici plus 1. l’obscénité4. R. la Cour s’exprime ainsi (à la p. Dans ce dernier arrêt. Irwin Toy (précitée).C.S.C.blogspot. dans la promotion de l’épanouissement personnel ou dans la protection et le développement d’une démocratie dynamique qui accepte et encourage la participation de tous.C.pierre bosset – la liberté dans une société multiculturelle que l’affichage commercial1. [1990] 2 R. c. Keegstra.S. [1988] 2 R. Collège royal des chirurgiens dentistes d’Ontario.S.

C. ils doivent garder à l’esprit la fonction représentative du pouvoir législatif ». Canada. qui concerne la possibilité d’afficher sur les poteaux de téléphone ou d’électricité.blogspot. Peterborough (Ville). 1102. ainsi que l’inégalité de leurs rapports avec la direction de 1. 1084 [Ramsden].S. à l’entrée de magasins appartenant au même employeur mais non impliqués dans le conflit4. précités.A. Cette déférence est exprimée en termes pudiques mais clairs dans Irwin Toy : « lorsque les tribunaux sont appelés à contrôler les résultats des délibérations du législateur.C. Ramsden à la p. 2. Comité pour la République du Canada c. Ici. la Cour soulignera « la vulnérabilité individuelle des employés. la Cour rappelle qu’historiquement. Toujours dans le même esprit. particulièrement ceux du commerce de détail.C. ou encore les femmes victimes de violence sexuelle.le sens de la liberté spécifiquement le thème du rôle de l’État dans le rééquilibrage des rapports sociaux – la Cour reconnaîtra à l’État une latitude appréciable s’il s’agit pour lui d’intervenir afin de protéger des groupes vulnérables. 1083.S. [1993] 2 R. 3. Ramsden c. la Cour évoquant métaphoriquement à ce propos la « bibliothèque des démunis »3. Dans l’affaire Ramsden. section locale 1518 c. 4. T. ce type d’affichage a toujours été un moyen peu coûteux de s’exprimer pour les groupes minoritaires et pour les personnes appartenant à des catégories socio-économiques défavorisées. la Cour accordera la protection de la Constitution à la distribution paisible de tracts par des salariés en grève. surtout en matière de protection de groupes vulnérables.U.S. [1999] 2 R. contre les abus de la liberté d’expression : la rigueur apparente des critères de l’article premier fera alors place à une déférence explicite envers le pouvoir législatif 1.C. 139 . KMart Canada. [1991] 1 R. 94 http://fribok. tels que les enfants visés par la publicité.com/ .. C’est également la prise en compte des déséquilibres sociaux qui inspirera les décisions où la Cour reconnaîtra comme constitutionnellement protégé un droit de s’exprimer dans certains lieux publics2. Arrêts Irwin Toy et Butler. dans KMart.

En 2001. Coutu. 180. la Cour reconnaît dans cette affaire aux catégories de travailleurs qui sont particulièrement vulnérables aux pratiques déloyales. (au par.pierre bosset – la liberté dans une société multiculturelle leur entreprise ». [2001] 3 R. 95 http://fribok. Par un ironique retour des choses. la Cour rappellera que l’histoire des relations du travail au Canada démontre « qu’une attitude de retenue de la part du gouvernement dans les relations de travail expose la plupart des travailleurs […] à diverses pratiques déloyales de travail3 » . une légitimation explicite. peut-être. ainsi 1. comme ici les travailleurs agricoles.com/ . 1016 (au par. l’approche mise de l’avant dans ces arrêts renvoie à une dynamique très différente. Dunmore c.C. la nécessité d’interpréter la liberté d’association d’une manière qui tienne davantage compte de l’inégalité des rapports de forces dans les relations du travail et de la spécificité de l’action syndicale. Ibid.blogspot. Après sa trilogie de 1987. Ontario (Procureur général). cit. M. la Cour suprême reconnaîtra en effet. sans aller jusqu’à constitutionnaliser un droit automatique à l’accréditation syndicale pour toutes les catégories de salariés. dans la jurisprudence de la Cour. graduellement. 2. il est difficile de subsumer pareilles décisions sous un paradigme libéral . Comme l’a fait remarquer Michel Coutu. 3. op. c’est dans le champ de la liberté syndicale que cette conception du rôle de l’État dans la défense des libertés finira par trouver. ajoutant que « c’est grâce à la liberté d’expression que les travailleurs vulnérables sont en mesure de se gagner l’appui du public dans la quête de meilleures conditions de travail1 ». n’hésitant plus à imposer à l’État certaines obligations positives en cette matière. 20) [Dunmore]. via la prise en compte judiciaire des rapports de pouvoir dans la société. ouverte à une conception sociale de l’État et de la démocratie2. le droit à un régime juridique de protection comprenant au moins le droit de se syndiquer.S. en réaction à la décision du législateur d’exclure les travailleurs agricoles ontariens du régime d’accréditation syndicale en vigueur dans cette province. à la p. 25).

Health Services (par.S.blogspot. 96 http://fribok. la liberté d’association impose également aux employeurs du secteur public des obligations correspondantes de négocier de bonne foi avec les salariés . « [L]’examen de la jurisprudence mène à la conclusion que les décisions rendues dans [la trilogie de 1987] qui excluaient la négociation collective du champ d’application de l’al. ce droit signifie que les travailleurs ont le droit de s’unir. 67).C. Health Services and Support .le sens de la liberté que les libertés accessoires à ce droit. (par. 36. de participer aux activités légitimes de l’association et de présenter des revendications. reconnaîtra l’importance fondamentale de celle-ci dans la vie sociale et. 3. soit la liberté de se réunir. 391 [Health Services].Facilities Subsector Bargaining Assn. La Cour retracera l’histoire de la négociation collective au Canada. qui porte sur la validité d’une loi qui outrepassait les conditions de travail prévues par les conventions collectives préexistantes et qui empêchait pratiquement toute négociation collective sur certaines questions2. 4. Aucune des raisons exposées par les juges majoritaires dans ces arrêts ne résistent (sic) à l’examen » : Health Services au par. reniant sans détours sa propre jurisprudence refusant toute protection constitutionnelle à la négociation collective 3. de même que la protection de l’exercice de ces libertés contre l’ingérence ou les menaces de l’employeur1. 2d) ne sauraient être acceptées plus longtemps.com/ . 68). Ibid. Selon la Cour. [2007] 2 R. elle restreint le pouvoir de légiférer en matière 1. c. Colombie-Britannique. de présenter collectivement des demandes à leurs employeurs du secteur de la santé et de participer à des négociations de bonne foi en vue d’atteindre des objectifs liés au milieu de travail . 2. Cette approche nouvelle de la Cour sera confirmée en 2007 dans l’arrêt Health Services. enfin. finira par consacrer l’existence d’un « droit procédural de négocier collectivement4 » protégé constitutionnellement au titre de la liberté d’association.

3.blogspot. Il convient probablement de ne pas exagérer la portée de ces arrêts récents de la Cour.lexelectronica. la question de savoir si la liberté d’association inclut le droit de grève a été explicitement exclue par la Cour du champ de l’analyse2. Adams.pierre bosset – la liberté dans une société multiculturelle de négociation collective. Ibid. surtout. voir. La Cour a pris la peine de préciser que le droit procédural de négocier collectivement qui est reconnu dans l’affaire Health Services ne comprend pas nécessairement tous les aspects de la « négociation collective » au sens où ce terme est employé dans les divers régimes législatifs de relations du travail. de sorte que l’examen de cette question devra sans doute attendre des litiges ultérieurs3. 685 . Pour des analyses contrastées de la portée de l’arrêt Health Services. Ibid.R.cfm ?pa=DDC3F905]. “The Supreme Court of Canada and the Right to Bargain Collectively : The Implications of the Health Services and Support Case in Canada and Beyond”.com/ . 2. 19). fédéral et provinciaux . et notamment de soustraire certaines matières du champ de la négociation1. Et. (par. ni l’accès à un régime législatif précis . 89 et 113-114). (par. pour une perspective spécifiquement québécoise : Michel Coutu. il ne garantit pas non plus l’atteinte d’un résultat particulier lors d’un différend entre employeur et salariés. l’attitude de 1.pdf]. policyalternatives. les avancées bien réelles qui furent enregistrées en matière de liberté syndicale dans ces affaires récentes ne doivent pas faire oublier qu’en matière de libertés fondamentales en général.ca/MonitorIssues/2007/09/MonitorIssue1727/ index. Par ailleurs. entre autres : Judy Fudge. Laurence-Léa Fontaine et Georges Marceau. 97 http://fribok. « L’arrêt Health Services and Support de la Cour suprême du Canada : la constitutionnalisation du régime québécois de relations industrielles ? ».org/docs/articles_3. (2008) 13 Lex Electronica [en ligne : http ://www. et : Roy J. “Is Collective Bargaining Now Really Free ?. (2008) Ottawa L.” CCPA Monitor (septembre 2007) [en ligne : http ://www. autant pour ce qui concerne la liberté syndicale proprement dite que la liberté en général.

l’émergence de préoccupations sociales explicites dans plusieurs jugements de la Cour témoigne d’une approche plus contextuelle de la liberté 4.le sens de la liberté la Cour suprême reste fondamentalement non-interventionniste. Canada. a rappelé la Cour dans sa décision de 2001 sur la liberté d’association1.com/meta/p255248_index. [2007] 2 R.C. la Cour jugeait que l’État n’a pas à financer la participation d’un groupe des femmes autochtones à des négociations constitutionnelles. à une conception sociale (ou égalitaire) de la liberté.com/ . 673. Michel Coutu et Laurence-Léa Fontaine. 1035). et qu’on est alors tenté de rattacher. 98 http://fribok. 3. [1993] 2 R.html]. Pour un exemple récent : Baier c. par l’action du législateur. V. Haig c. de façon imagée. également : Association des femmes autochtones du Canada c. 4. communication présentée au congrès de la Law and Society Association à Montréal le 30 mai 2008 [en ligne : http ://www. Arrêt Dunmore. attentive aux déséquilibres économiques et sociaux qui conditionnent l’exercice des libertés fondamentales. Le paradigme libéral continue ainsi d’inspirer et. Néanmoins.S. [1994] 3 R. la possibilité pour certains fonctionnaires de se porter candidats à des postes électifs. La règle demeure que « la Charte n’oblige pas l’État à prendre des mesures positives pour préserver ou faciliter l’exercice de libertés fondamentales ». de sous-tendre les décisions de la Cour touchant les libertés fondamentales3. fidèle à une position qu’elle exprimait déjà. par opposition à la précédente.allacademic. à propos de la liberté d’expression. précité (au par.C. parfois.blogspot. 627.”The Health Services and Support Ruling : Ending the Supreme Court’s Methodological Individualism ? A View from Québec”.C. 995 (à la p. 1.S. Alberta. de façon à faciliter l’expression de leur point de vue. 19). Canada. 2. La Cour se fonde sur la distinction entre un « droit négatif » (de ne pas voir l’État intervenir) et un « droit positif » (à une intervention de l’État) pour rejeter une demande visant à reconnaître.S. Dans cette dernière affaire. lorsqu’elle disait que celle-ci « interdit les bâillons mais n’oblige pas à la distribution de porte-voix 2 ».

citant : Godbout c.pierre bosset – la liberté dans une société multiculturelle Cette conception doit par contre coexister avec d’autres paradigmes émergents. Longueuil (Ville). ce qui. dans lesquelles la liberté n’est protégée. on peut voir ici le début d’un glissement possible vers une détermination de plus en plus vague des principes de justice fondamentale.C. semblait prête à reconnaître à l’individu dans les années quatre-vingt. le poids des considérations de sécurité est manifeste dans ces décisions. N. aux pp. Malmo-Levine. c. Mill sur la souveraineté de l’individu sur sa personne.S. 2. susceptible de conduire à une surutilisation du droit pénal 2. Ahani c. Le contexte induit par la « guerre au terrorisme » s’inscrit peut-être dans une problématique analogue : en dépit de la réaffirmation solennelle de l’importance de la liberté qu’on peut lire dans certaines décisions post-2001 de la Cour suprême. a eu pour effet d’exclure la consommation récréative de marijuana du champ de la protection offerte par l’article 7 de la Charte. 85. des choix fondamentaux participant de l’essence même de ce que signifie la jouissance de la dignité et de l’indépendance individuelles1 ». R.S.S. a voulu ramener ce sanctuaire privé à un espace d’intérêts déjà constitutionnellement protégés « impliquant. Peut-être n’est-il donc pas exagéré d’évoquer.com/ . en l’espèce. Avec Nathalie Des Rosiers. en définitive. 66). La Cour a alors qualifié de « trop simples » les thèses de Mill et retenu le critère du consensus social aux fins de déterminer l’existence ou non d’un principe de justice fondamentale au nom duquel il est possible de porter atteinte au droit à la liberté. En particulier : Suresh c. Canada (Ministre de la 99 http://fribok. 844 au par. voire de solitude » que la Cour. 3. Or. par leur nature même. op. que par des garanties d’ordre procédural3.S. plus récemment la Cour. de responsabilité. S’agissant de l’article 7 de la Charte et du droit à la liberté. [2003] 3 R. Des Rosiers. dans la filiation des thèses de J. nous avons mentionné plus haut la zone « d’autonomie. [2002] 1 R. cit. 138-139.C. 3 . 571 (au par. dans ce 1. dans l’affaire MalmoLevine.blogspot. Canada (Ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration). [1997] 3 R.C.

« L’Après-11 septembre devant la Cour suprême du Canada : situation exceptionnelle et légitimité ». « sécuritaire » celle-là. pp.com/ . l’émergence graduelle d’une autre conception. Charkaoui c. à savoir le contexte normatif et factuel ainsi que les attentes variées des auditoires auxquels s’adresse la Cour3.S. Bruylant. 72 . telle que « médiée » par les conceptions antérieures des juges et par les facteurs « pérelmaniens2 ». les paradigmes qui président à l’identification du sens de la liberté par les tribunaux renvoient par ailleurs à des conceptions de l’État lui-même : libéral. ce qui montre bien la difficulté de donner à la liberté un sens unique. social ou sécuritaire (sinon répressif). 1. 65-82. comme nous le verrons maintenant.blogspot. Comme nous l’avons vu. comme le suggère l’évolution de la jurisprudence de la Cour suprême. cit. 2.le sens de la liberté contexte d’ensemble. Lajoie. Voir : Chaïm Perelman (en collaboration avec P. de la liberté1.. Canada (Citoyenneté et Immigration). en particulier dans le discours de la Cour suprême. Foriers). p. 350.S. 3. même en s’en tenant à une analyse positiviste du droit. [2007] 1 R. il n’est pas aisé d’identifier le sens axiologique donné à la liberté par le haut tribunal : l’évolution de la Charte canadienne nous amène plutôt à constater l’existence de paradigmes concurrents et difficilement conciliables dans l’absolu.C. Pour Andrée Lajoie. peuvent s’expliquer par la conjoncture politique et économique. A. (2003) Revue du Barreau. Au total. que d’une liberté à une autre. la problématique multiculturelle met en question l’adéquation des paradigmes juridiques existants. 237-270. La motivation des décisions de justice (Bruxelles. 1978). La difficulté de donner un sens à la liberté dans une société multiculturelle n’en apparaît alors que plus aigüe : en effet. 100 http://fribok. et Citoyenneté et de l’Immigration). numéro spécial sur les 20 ans de la Charte canadienne des droits et libertés. les fluctuations de paradigmes. op. En ce sens : Michel Coutu et Marie-Hélène Giroux. [2002] 1 R. Ces fluctuations de paradigmes peuvent aussi bien s’observer dans une perspective diachronique.C.

ethnique ou linguistique compliquent l’équation.com/ . pour ce qui est de préciser les contours de la liberté religieuse . garantissant l’égalité. L’analyse de la jurisprudence de la Cour suprême révèle. Dès lors. 2. dans la réflexion juridique. ethniques ou linguistiques individuels. 101 http://fribok. Lajoie. la difficulté de gérer ces divers paradigmes d’une manière cohérente. A. la discrimination. notamment par sa valorisation d’une certaine solidarité sociale d’abord à caractère universaliste. p. cit. Une perspective nettement « libérale » a prévalu. véhiculées par un courant de pensée distinct et assez éloigné du libéralisme. mais aussi les appartenances collectives qui font irruption dans le champ du droit. l’entrée en vigueur de l’article 15 de la Charte canadienne.. « [d]’autres valeurs vont entrer en scène. brouillant les repères universalistes traditionnels (libéraux ou sociaux). op. Le droit puise simultanément à plus d’un paradigme pour aborder ces questions.blogspot. si individu et société restent les protagonistes essentiels de ce débat sur le sens de la liberté. bien entendu.pierre bosset – la liberté dans une société multiculturelle des formes d’État qui leur sont sous-jacentes. En 1985. elle s’est traduite par la priorité 1. ce sont les particularismes religieux. jusqu’à maintenant. introduira dans cette équation une nouvelle variable. Car. les dimensions aussi bien individuelles que collectives de la liberté. sollicitant de manière inédite sa capacité de donner un sens à la liberté. [mais] évoluant ensuite vers la réparation d’injustices séculaires subies par certains groupes1 ». à notre avis. vu l’absence d’une perspective d’ensemble intégrant. les appartenances collectives d’ordre religieux. à une réalité encore plus complexe. la liberté dans une société multiculturelle : une problématique encore mal appréhendée par le droit Avec la problématique multiculturelle. 61-62. Il n’est pas certain que les paradigmes libéral et social que nous venons de décrire épuisent toutes les façons par lesquelles il peut appréhender cette question.

3. jugée la même année. Edwards Books and Arts.S. dans le droit fil de l’arrêt Big 1. Quatre copropriétaires. [1986] 2 R. 713 à la p.blogspot. pour déterminer l’existence d’une atteinte à la liberté religieuse. Ce cap sera fermement gardé dans l’affaire Amselem. avaient érigé des souccah sur leurs balcons. d’un être supérieur »2.C. 284 au par.C. LaForest). dans certains cas. dans l’affaire Jones. 759 (j. L’italique est de nous. même lorsque l’exercice de cette subjectivité paraît aller à l’encontre d’une pratique religieuse majoritaire ou encore contredire les enseignements officiels d’une église. même si peu de gens partagent cette croyance1 ». en chef Dickson). [1986] 2 R. 2. en revanche ils ne sont « pas en mesure de mettre en question la validité d’une croyance religieuse. Le ton fut donné dès 1986. contrevenant ainsi à certaines clauses de leur déclaration 102 http://fribok. Jones.S. elle décrira alors le but de la liberté de religion comme étant d’assurer « que la société ne s’ingérera pas dans les croyances intimes profondes qui régissent la perception qu’on a de soi. si les tribunaux ont le devoir de s’assurer de la sincérité des personnes. où le juge LaForest mit de l’avant. Syndicat Northcrest c. Les italiques sont de nous. v. la Cour s’engagera cependant plus loin sur le terrain des principes . R. le critère de la sincérité des croyances individuelles . c.C. Amselem.le sens de la liberté donnée à la conscience subjective de l’individu qui invoque cette liberté. Dans une affaire subséquente. de l’humanité. R.S. de la nature et. Elle y répondra. 551 [Amselem]. 20 (j. où la question de la conformité des croyances individuelles par rapport aux interprétations majoritaires ou officielles était directement posée à la Cour3. C’est donc l’accent mis sur le caractère intime des croyances religieuses qui paraît expliquer la réticence de la Cour à se prononcer sur la validité objective de celles-ci. le juge souligne alors que.com/ . [2004] 2 R. Cette façon de dire les choses laisse l’impression que c’est avant tout la difficulté qu’aurait un tribunal civil à trancher une question de doctrine religieuse qui serait à la source de cette attitude empreinte de retenue. juifs orthodoxes.

Le juge de première instance retiendra le témoignage du rabbin. 47). prononcés au début des années quatre-vingt-dix. Illinois Department of Employment Security. 4. Si un paradigme très nettement libéral semble donc présider à la délimitation du champ de la liberté religieuse6. venu témoigner devant le tribunal. Ibid. en particulier. 53).blogspot. 54) : « Un expert ou une autorité en droit religieux ne saurait remplacer l’affirmation par l’intéressé de ses croyances religieuses ». 5. 1. que la Cour pourra justifier certaines limites apportées. (au par. d’autonomie et de liberté de l’individu1 ». rappelleront à ce propos l’engagement envers de copropriété. quant à la pratique religieuse antérieure du demandeur. 42). ce qui exclut donc tout examen du caractère obligatoire d’une pratique religieuse (une entreprise que la Cour qualifiera d’inappropriée et de semée d’embûches2). 829 (1989). affirmera que l’aménagement d’une souccah collective suffisait à satisfaire aux obligations religieuses du judaïsme. voir Frazee c. 6. à la liberté d’expression. l’aménagement de souccah individuelles constituait une obligation religieuse. en définitive. (au par. La Cour insistera sur le danger de voir l’État s’ingérer dans les affaires internes des religions3 . 103 http://fribok. Un rabbin. décrites dans l’arrêt Oakes. elle ne sera qu’une façon parmi d’autres de démontrer sa sincérité5. 3. Amselem (au par. Ibid. en affirmant que la liberté de religion repose sur « les notions de choix personnel.S. Ibid. c’est en faisant appel aux finalités sociales de la liberté. 2. elle refusera d’exiger qu’un expert démontre l’existence d’une pratique religieuse obligatoire4 . 55). À leurs yeux. Ibid. Les arrêts sur la propagande haineuse. 489 U.com/ . (au par. et notamment à l’impératif de respect des cultures et des groupes qui composent la société.pierre bosset – la liberté dans une société multiculturelle M Drug Mart. L’approche du droit américain est la même sur ce point . (au par.

27 et l’engagement envers une vision multiculturelle de notre nation doivent être pris en considération car ils soulignent l’importance capitale de l’objectif d’éliminer la propagande haineuse de notre société. C’est dans le cadre des lois antidiscriminatoires.R. précité à la p. c. précité . de démontrer l’existence d’un objectif social suffisamment important pour justifier une limitation à la liberté d’expression 2. en l’occurrence. notamment..blogspot. c. des droits politiques. que les premières traces de ce paradigme apparaîtront dans la jurisprudence de la Cour. C-12 . en chef Dickson). L. dont les faits remontaient à la fin des années soixante-dix.S. de leurs contraintes religieuses. » 2. une vendeuse de magasin alléguait être victime de 1. H-6. j’adopte expressément le principe de la non-discrimination et la nécessité de prévenir les attaques contre les liens qu’un individu entretient avec sa culture » :« R. [1996] 1 R. Voir également : Canada (Commission des droits de la personne c. Précisons que la Charte québécoise est bien davantage qu’une loi antidiscriminatoire puisqu’elle garantit également les libertés fondamentales. Keegstra. 104 http://fribok. L. « 27.Q. ce qui permettra à la Cour. […] Parmi [les facteurs précisant le sens de l’art 27]. des droits judiciaires et certains droits économiques et sociaux. Conseil scolaire du District n° 15 du Nouveau-Brunswick.R.le sens de la liberté le multiculturalisme qui figure dans le principe d’interprétation énoncé à l’article 27 de la Charte canadienne 1. c.C. et Ross c. 825. Des lois équivalentes existent dans toutes les provinces canadiennes. 3. « [L]’art. soit bien avant l’entrée en vigueur de la Charte canadienne. lois qui visent tant le secteur privé que les activités de l’État3.C. C’est également au paradigme égalitaire ou social que la Cour puisera lorsqu’il s’agit d’aménager les rapports entre les normes et institutions sociales et les personnes. Elle tiendra alors compte de la situation de désavantage social dans laquelle se trouvent certaines personnes du fait. Dans l’affaire Simpsons-Sears. Taylor. (1985). Loi canadienne sur les droits de la personne. Toute interprétation de la présente Charte doit concorder avec l’objectif de promouvoir le maintien et la valorisation du patrimoine multiculturel des Canadiens. 757 (j.com/ . Charte des droits et libertés de la personne du Québec.

Simpsons-Sears. 105 http://fribok. La Cour abordera ce litige en ayant recours à une conception matérielle de la notion d’égalité. des mesures d’accommodement 1. dans la profession de sa foi et l’observance de ses règles. Yvon Blais. 3. en faveur des personnes affectées par des normes discriminatoires. Commission ontarienne des droits de la personne c. coll. 551). ce qui lui permettra de considérer ce refus comme indirectement discriminatoire. pp. 2.blogspot. […] Le problème se pose lorsqu’on se demande jusqu’où peut aller une personne dans l’exercice de sa liberté religieuse ? À quel moment. elle juge que les lois antidiscrimination imposent l’obligation de prendre. En l’occurrence. La discrimination indirecte dans le domaine de l’emploi – Aspects juridiques. compte tenu des obligations religieuses de l’employée2 . Études et Documents de recherche sur les droits et libertés (Cowansville. 553).com/ . 19-55 (ch. (à la p. elle se penchera spécifiquement sur l’adaptation de l’horaire de travail : La question [de l’accommodement] n’est pas exempte de difficultés. La thèse selon laquelle chaque personne devrait être libre d’adopter la religion de son choix et d’en observer les préceptes ne pose aucun problème.S. Sur l’émergence de la notion de discrimination indirecte en droit canadien : Pierre Bosset. 1989).C. outrepasse-t-elle le simple exercice de ses droits et cherche-t-elle à imposer à autrui le respect de ses croyances ?3 La Cour aborde donc la question de l’accommodement raisonnable comme indissociablement liée à celle de la liberté. Ibid. [1985] 2 R.pierre bosset – la liberté dans une société multiculturelle discrimination du fait que son employeur n’avait pas voulu lui aménager un horaire de travail lui permettant de se conformer à sa pratique religieuse1. puis. 536 [Simpsons-Sears]. II). Simpsons-Sears (à la p.

les municipalités7 et d’autres services publics8 seront donc tenus 1. Commission scolaire MargueriteBourgeoys.) 7. Régie du logement.L. [1997] 3 R. [1996] R.S. 525 [Bergevin]. Morel c. “Listening to Deaf Culture : A Reconceptualization of Difference Analysis under Title VII”. 2.A. Discrimination et obligation d’accommodement raisonnable en milieu de travail syndiqué (Cowansville. Voir : Commission des droits de la personne du Québec c. L’accommodement des personnes sourdes est généralement conceptualisé comme fondé sur le handicap.S. Centre de la communauté sourde du Montréal métropolitain c.J.P. précité. d’où l’inutilité de lui chercher un fondement explicite dans les textes législatifs.D.C. 624 [services médicaux devant être accompagnés d’une traduction en langue des signes à l’intention des personnes sourdes]. 391 (C. [1987] D.Q.J.Q. Multani c. 8.le sens de la liberté « raisonnables1 ».A. 269.J.R. [1994] 2 R. 5 (C. (1997) 28 C. les établissements de santé5. Bergevin. Voir : Mary Ellen Maatman.R. 5. Corporation de Saint-Sylvestre. Emballages Polystar. L’octroi de congés religieux 2 et la modification des tâches d’une personne handicapée3 sont des exemples type d’accommodements. Canada. les établissements scolaires publics et privés4.). Colombie-Britannique (Procureur général). certains courants considèrent cependant le refus d’assurer des services d’un interprète en langue des signes comme une forme de discrimination fondée sur la langue. 3. D/76 (T. 6.). Cette façon de voir les choses nous ramène peut-être alors sur le terrain de la différence culturelle.C. voir : Christian Brunelle. Au sein de la « communauté sourde ».H. [2007] 2 C. Eldridge c. Sur la raisonnabilité telle qu’elle s’incarne dans la notion de contrainte excessive. la Cour suprême dira que l’obligation d’accommodement fait « partie intégrante du droit à l’égalité ». Association des sourds du Canada c. Par exemple : arrêt Bergevin. 2001). 4. 323 [accès 106 http://fribok.D.P. 1776 (T. Collège Notre-Dame du SacréCœur. Yvon Blais.com/ . Les employeurs.blogspot.F.S. [2006] 2 R.C. 256. mise de l’avant par la Cour dans Simpsons-Sears. Dans Commission scolaire régionale de Chambly c. [2002] R. Commission des droits de la personne c.) . les tribunaux6. 248-252.Q. (1996) 13 Hofstra Labor L. pp.

Bien que cet accommodement consiste généralement à déroger à une règle ou norme générale sur une base ad hoc. en statuant que cette obligation ne s’applique pas à l’action du législateur : « [d]e par leur nature.pierre bosset – la liberté dans une société multiculturelle d’accommoder les citoyens qui font appel à leurs services et. au milieu des années quatre-vingt3. [1999] 3 R. 2000).S. la Cour suprême imposera aux institutions l’obligation de tenir compte de la situation des groupes touchés et ce. les membres de leur personnel. de manière à en éliminer l’impact discriminatoire. Colombie-Britannique (Public Service Employee Relations Commission) c. Sur l’évolution de l’obligation d’accommodement raisonnable en droit canadien : Pierre Bosset. Sous peine de devenir l’objet de plaintes de discrimination. 19 [Grismer] . le cas échéant. dans les faits. p. Voir : Jean-Yves Brière et Jean-Pierre Villaggi. ColombieBritannique (Council of Human Rights). Colombie-Britannique (Superintendent of Motor Vehicles) c. dans les affaires Meiorin et Grismer. En influençant la conception même des normes institutionnelles. 3 [Meiorin]. BCGSEU.com/ . si l’on préfère. 2009 CSC 37. plus structurante2 : désormais préventive et même proactive. l’obligation d’accommodement acquiert ici. jugées en 2001. et non plus seulement correctrice. le 24 juillet 2009. « Les fondements juridiques et l’évolution de 107 http://fribok. les mesures législatives d’application générale ne sont pas adaptées aux besoins particuliers de chacun » (au par. [1999] 3 R. Yvon Blais. 3. Noter toutefois que. dans Développements récents en droit du travail (2000) (Cowansville. 69).blogspot. dans l’affaire Alberta c. une portée collective qui révèle l’ampleur prise par cette obligation en droit canadien depuis son émergence. la Cour suprême a sensiblement réduit le champ d’application de l’obligation d’accommodement raisonnable. « L’obligation d’accommodement de l’employeur : un nouveau paradigme ». 2. 868.C. 219. l’accommodement tend à prendre une dimension moins réactive ou. par. dans la formulation même de leurs normes 1. Hutterian Brethren of Wilson Colony. les institutions doivent ainsi adapter d’avance leurs normes et leurs pratiques. aux services gouvernementaux].C.S. 1.

1995) . Le Conseil. Jézéquel (dir.le sens de la liberté L’accommodement raisonnable est souvent critiqué pour cette dimension collective des solutions qu’il induit. L’accommodement raisonnable est compatible avec l’obligation d’accommodement raisonnable ». comme une manière de comprendre le phénomène de la discrimination (via la notion de discrimination indirecte). Dans la logique de l’accommodement raisonnable. Yvon Blais. puis comme élément d’une solution dont la raison d’être demeure. 3-21. Réflexion sur la question du port du voile à l’école (Québec. Bien que les décisions de justice se réfèrent rarement de manière explicite à de telles considérations. Le pluralisme religieux au Québec (Montréal. Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse. en principe. la pleine participation des personnes à la vie sociale. compromettant ainsi leurs chances d’intégration à la société1. La Commission. en effet. 1995). trim. « Aménager la diversité : le droit de l’égalité face à la pluralité religieuse ». D. 2007).). pp. la logique de l’accommodement est que des normes peu sensibles aux particularismes culturels peuvent avoir un effet d’exclusion sur les membres de certains groupes. Pour une comparaison entre le concept d’accommodement en droit canadien et en droit américain (où la portée de l’accommodement est plus limitée) : Emmanuelle Bribosia. jusqu’où ? (Cowansville. compromettant ainsi leur droit à l’instruction publique. 1. dans M. empruntant plutôt le vocabulaire juridique de l’égalité et de la discrimination. par exemple. mais la perspective qui le sous-tend se veut résolument universaliste. Dans ce dernier texte. Julie Ringelheim et Isabelle Rorive. comment. Les accommodements raisonnables – Quoi. en raison de son mandat éducatif. la Commission s’exprime ainsi : « l’école porte. droit reconnu par la Charte québécoise des droits et libertés : Conseil du statut de la femme. S’agissant du port du hidjab à l’école publique. des responsabilités sociales majeures. la prise en compte des particularismes intervient d’abord.H. (2009) 78 Rev. 319-373.com/ . il a été tenu compte du risque que son interdiction se traduise par le refoulement des principales intéressées hors du réseau public d’enseignement. dont celle d’offrir à l’ensemble des 108 http://fribok.blogspot.

« L’obligation d’accommodement raisonnable et l’adaptation de la société à la diversité religieuse ». citoyenneté et éducation (Paris. Le droit en partage : le monde juridique face à la diversité ethnoculturelle (Montréal.pierre bosset – la liberté dans une société multiculturelle une « éthique de responsabilité1 » qui tient compte de ce rôle intégratif joué par les institutions. « Égalité et pluralisme dans les institutions publiques : le rôle de la Commission des droits de la personne ». à l’obligation d’accommodement raisonnable. 109 http://fribok. (dir.). Pagé (dir. 13). (1998) 43 R. les membres de groupes minoritaires seraient peut-être ainsi amenés à « intérioriser progressivement les valeurs individualistes. dans F. M. en soi. 401. En recourant aux chartes des droits et. notamment par Pierre Noreau. en particulier. dans la mesure où il fournit un forum où la citoyenneté de chacun peut être exercée démocratiquement. suivant des règles reconnues de tous2. McGill 325. 27-113. l’hypothèse a été émise. à la p.Une citoyenneté fragmentée.blogspot. du rapport des groupes minoritaires au droit : P. rationalistes et séculières de la société libérale3 ». 2000). Noreau. par le même auteur. limitée. Gagnon. que le recours aux concepts juridiques et à l’appareil judiciaire était de nature à favoriser l’intégration et la participation politiques des membres de groupes minoritaires. Pierre Noreau. 228. 1. 1996). Soulignons que le fait de recourir à la notion d’accommodement raisonnable peut être. Coutu et al. L’Harmattan. José Woehrling. McAndrew et M. Yves Lafontaine. particulièrement aux pp. illusoire ? (Montréal. À l’encontre de cette perspective axée sur la « participation des particuliers et des groupes dans la société » (pour reprendre les jeunes qui lui sont confiés des chances égales de réalisation de soi et de réussite » (à la p. « Le droit comme vecteur politique de la citoyenneté ». 3. Pluralisme.D. ce qui continue de s’inscrire dans un paradigme universaliste. 2003). pp. Droits fondamentaux et citoyenneté .). Thémis.com/ . susceptible de remplir une fonction intégratrice . 323-359. dans M. Pour une analyse plus élaborée. 2. p. L’auteur était président de la Commission des droits de la personne du Québec. Thémis.

jugé sous l’empire d’une loi antidiscriminatoire provinciale. la Cour confirmera que l’objet de ces dispositions législatives. La Cour avait alors invoqué la nature du projet éducatif de cette école confessionnelle. témoignant ainsi du message chrétien non seulement dans leur travail. En autorisant ce type d’institution à se poser en juges du comportement privé de leurs employés. La Cour forcera alors l’État à accréditer un programme d’enseignement supérieur pour futurs enseignants mis sur pied par une université affiliée à une église chrétienne. À la fin des années quatre-vingt. à ne pas avoir de pratiques condamnées 1. [1984] 2 R.le sens de la liberté termes de l’arrêt Big M Drug Mart). Dans l’affaire Université Trinity Western (2001). ce jugement imposait aux individus un standard de comportement personnel fort exigeant. 608).C. 279. 603. est de favoriser la liberté des individus de s’associer afin de poursuivre des fins communes. contredisant ainsi les paradigmes universalistes. où les identités culturelles particulières semblent devenir des fins en elles-mêmes. (à la p.com/ . Stuart. Caldwell c. une telle tendance commençait à se faire jour dans l’arrêt Caldwell. [1988] 2 R. Ibid. ce qui entraîne parfois la nécessité d’exclure sur une base discriminatoire : Brossard (Ville) c.blogspot.S. 2. de la part de l’étudiant. où la Cour suprême avait avalisé le non-renouvellement du contrat d’une enseignante catholique qui venait d’épouser civilement un divorcé. contrevenant ainsi aux règles de l’Église catholique1.S. programme qui comportait un engagement. Québec (Commission des droits de la personne). on note toutefois l’existence d’une autre jurisprudence. où l’on demandait aux enseignants de donner « l’exemple le plus parfait de conduite chrétienne2 ». mais jusque dans leur vie personnelle. la Cour continuera de s’inscrire dans la même mouvance. Plus tard. peu compatible avec la sphère d’autonomie personnelle qu’un paradigme libéral reconnaîtrait en principe aux individus3.C. 110 http://fribok. 3. qui autorisent certaines institutions sans but lucratif à avoir des pratiques a priori discriminatoires.

« [q]uoique les homosexuels puissent être dissuadés de fréquenter l’UTW […]. en appliquant le critère de l’intérêt public prévu par la loi pour l’accréditation d’un programme d’enseignement supérieur. Ibid. de concilier une telle approche avec les arrêts portant sur la délimitation du champ de la liberté religieuse. arrêts où prévaut une approche individualiste et libérale.pierre bosset – la liberté dans une société multiculturelle par la Bible. L’arrêt n’aborde pas de manière véritablement satisfaisante les droits et libertés des étudiants inscrits à ce programme. 36-37). la possibilité d’une dissidence interne au sein des religions n’est pas reconnue. 772 (au par. (au par. de la religion.C. et notamment des activités homosexuelles. pouvait tenir compte des pratiques discriminatoires de l’établissement. Cette dernière jurisprudence laisse entrevoir un paradigme communautaire qui n’ose pas dire son nom. British Columbia College of Teachers. préoccupations qui peuvent être partagées par la société en général1 ». si ce n’est pour dire que. dans l’affaire Trinity Western. ce qui tend à réifier les doctrines religieuses officielles. (aux par.com/ . peu de cas est fait de la possibilité qu’un étudiant 1. en effet. Ibid. Université Trinity Western c. 35). Par exemple. 28). cela ne les empêchera pas de devenir enseignants3 ». très ouverte aux interprétations personnelles. La Cour décrira le problème de fond comme étant de « concilier les libertés religieuses d’individus qui souhaitent fréquenter l’UTW avec les préoccupations d’égalité des élèves du système scolaire public […].blogspot. l’essentiel étant selon elle que les comportements ultérieurs des enseignants formés dans ce programme demeurent respectueux des droits de leurs élèves2. 111 http://fribok. Dans les arrêts dont nous venons de faire état. En droit administratif. la question posée à la Cour était de savoir si l’État. 3. 2. Elle donnera la priorité à la volonté de l’établissement d’assurer que son programme d’enseignement reflète une vision chrétienne du monde.S. subjectives. [2001] 1 R. Il paraît difficile.

. Sébastien Lebel-Grenier. appartenance citoyenne : un équilibre en tension (Sainte-Foy. p. 2. Economica. développées par Amartya Sen : Identity and Violence : The Illusion of Destiny (New York. 1. Norton.blogspot. 123-139. la détermination du sens de la liberté dans une société multiculturelle reste ainsi. la doctrine religieuse est prise comme un donné devant lequel il faut.com/ . celui de voir la religion instrumentalisée à des fins politiques1 – mais la possibilité pour l’individu de s’autodéterminer au sein de ses groupes d’appartenance. une œuvre inachevée. 112 http://fribok. soit se soumettre. reste l’un des enjeux essentiels du débat sur la liberté dans une société multiculturelle2. dans P. soit se démettre. 2009). ou du moins en retrait. autrement qu’en termes de subordination. Appartenances religieuses. il faut bien constater ici la difficulté qu’éprouve le droit à penser. intitulé La liberté culturelle dans un monde diversifié (Paris. La liberté culturelle y est définie (à la p. Ces thèses sont reprises dans le Rapport mondial 2004 sur le développement humain du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD). à nos yeux. Au delà de la surreprésentation du facteur religieux dans toute cette jurisprudence. d’éducation ou de santé. « La religion comme véhicule d’affirmation identitaire : un défi à la logique des droits fondamentaux ».le sens de la liberté adhère aux enseignements du christianisme sans nécessairement partager les éléments qui ont trait à la morale sexuelle . l’interprétation subjective de la religion elle-même n’est pas sans risques – au premier chef. de se définir si nécessaire en opposition à eux. notamment en matière d’emploi. Presses de l’Université Laval. En dépit d’une abondante jurisprudence et d’une variété de paradigmes au moyen desquels le droit tente d’appréhender cette question. 6) comme le fait de donner aux individus la liberté de choisir leurs identités et de mener les vies qu’ils tiennent à avoir. Certes. 2004). sans être exclus d’autres choix qui sont importants à leurs yeux. Voir en ce sens les thèses sur la liberté culturelle. Eid et al. dans ses dimensions aussi bien individuelles que collectives. 2006). cette relation entre l’individu et sa ou ses communautés d’appartenance : nous y voyons le reflet d’une incapacité plus large à penser la liberté telle qu’elle se déploie au sein d’une société multiculturelle.

Indivisibilité et interdépendance des droits sont des principes cardinaux de la théorie moderne des droits : Conférence mondiale sur les droits de l’homme (Vienne.com/ . dans une vision globale des droits fondamentaux. Au centre des droits culturels. N. 1993). se trouve l’idée suivant laquelle « non seulement universalité et diversité ne s’opposent pas. Les droits culturels pourraient bien. au sein desquelles l’État occupe évidemment une place centrale. tenant compte de l’indivisibilité et de l’interdépendance des droits1. de la société et des institutions. mais se nourrissent 1.157/323 (au par. servir de concept intégrateur dans une réflexion sur le sens de la liberté dans une société multiculturelle. Doc. notamment dans le rééquilibrage des rapports sociaux. A/CONF. Le droit doit nécessairement se situer par rapport à ces enjeux. car il n’est autre qu’une construction humaine et politique..blogspot. une notion qui permettrait peutêtre d’intégrer ces divers paradigmes dans une relation moins conflictuelle . Nous souhaiterions esquisser ici les contours de que serait une réflexion juridique sur le « sens de la liberté » qui serait informée par la notion de droits culturels. Les paradigmes auxquels le droit a recours témoignent de cette difficile recherche.pierre bosset – la liberté dans une société multiculturelle Conclusion La concurrence des paradigmes qui président à la détermination du sens de la liberté illustre bien la difficulté d’une entreprise qui. ou. Déclaration finale. équivaut probablement à vouloir résoudre le problème de la quadrature du cercle : la liberté n’a de « sens ». 5). si l’on préfère. que dans le cadre d’une conception donnée de l’être humain. en effet. en fait.U. dans l’absolu. 113 http://fribok. tend alors à se superposer un paradigme communautaire dont les conséquences concrètes peuvent se révéler difficilement conciliable avec les idéaux universalistes. que le caractère multiculturel de nos sociétés rend d’autant plus ardue qu’aux paradigmes universalistes traditionnels (libéral et social).

Doc. 10) . Doc. la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes. A/810 (1948). Patrice Meyer-Bisch.U.-U. 199.). 1-2 . Dans cette catégorie-carrefour.). Pour saisir la nature de ces droits. pour reprendre les termes de Jean-Bernard Marie.blogspot. Bosset et L. « Les droits culturels : interface entre les droits de l’individu et les droits des communautés ». N. 3. on entend un faisceau de droits ayant la culture pour objet. 2. 13 à 15) . Les droits culturels comportent diverses exigences. ils tiennent compte de l’indivision de la condition humaine.N. convergent droits civils. Merci à l’auteur pour la permission de reproduire ce court extrait du manuscrit. Voir. N. politiques. d’égalité et de diversité. [1991]). Lamarche (dir. une catégorie sous-développée des droits de l’homme. 1249 (art. N. la Convention relative aux droits de l’enfant. rassemblant les dimensions individuelles et collectives des droits. 1.-U.N. Les droits culturels. 1-3 .T. Jean-Bernard Marie.le sens de la liberté l’une.-U. Donner droits de cité aux droits économiques. sociaux et. A/RES/44/25 (1989) (art.com/ .T. sociaux et culturels : la Charte québécoise des droits et libertés en chantier [en préparation]. « Les droits culturels ou le renforcement des capacités personnelles ». Ils sont à certains égards la clé de voûte du système des droits de la personne car. 5 .T. le Pacte international relatif aux droits économiques. 660 (art. (1976) 993 R. dans P. 27 . 17 . A/RES/45/158 (1990) 114 http://fribok. 28-30) . une relation à la fois harmonieuse et dynamique entre les droits de l’individu et les droits des communautés2. dans P. p. sociaux et culturels. la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale. 5) .N. Les droits culturels ont pour point de départ la complémentarité entre les valeurs de liberté. bien entendu. en particulier : la Déclaration universelle des droits de l’homme. permettant alors de construire. Meyer-Bisch (dir. (1970) R. proprement culturels. il faut se référer à un ensemble de textes graduellement élaborés au sein de la communauté internationale3.U. (1979) R.U. la Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille. 13 (art. VIIIe Colloque interdisciplinaire sur les droits de l’homme (Presses de l’Université de Fribourg. Par « droits culturels ». Doc. l’autre1 ». art.

Diversité et droits culturels (Paris. 2002).pierre bosset – la liberté dans une société multiculturelle notamment des exigences d’accès et de participation à la vie culturelle auxquelles il n’est pas nécessaire de nous attarder ici. p. A/61/611 (2006) (art. Russell (dir. 1.U. Chapman et S. Canada. constatations du Comité des droits de l’homme des Nations Unies en vertu de l’article 5(4) du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (Doc.blogspot. dans (Coll. dans A.). insistons par contre sur le fait que les droits culturels comprennent également des exigences de liberté et d’identité. L’exigence identitaire fait appel à la relation entre l’individu et sa ou ses communautés d’appartenance. 30). Hansen. Core Obligations : Building a Framework for Economic. les personnes appartenant à ces minorités ne peuvent leur groupe. N. « Culture et droits culturels dans les instruments internationaux relatifs aux droits de l’homme ». 3. 31) . lesquelles doivent ici être vues comme complémentaires2. 2. 115 http://fribok. Agence intergouvernementale de la Francophonie.). 112. Mylène Bidault. Voir : Stephen A. bien qu’elles soient fondamentales1. Pour nous en tenir à la problématique de la liberté dans une société multiculturelle. linguistiques. Doc.U. Par exemple. religieuses ou être privées du droit d’avoir. mais (art. 24. Pour un survol de la plupart de ces textes : Jean Dhommeaux. Social and Cultural Rights (Anvers. 2002).com/ . “The Right to Take Part in Cultural Life : Toward Defining Minimum Core Obligations”. de professer et de pratiquer Les droits consacrés à l’article 27 sont consacrés à titre de droits individuels et peuvent être revendiqués à ce titre3. L’article 27 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques illustre la dimension identitaire des droits culturels : Dans les États où il existe des minorités ethniques. la Convention relative aux droits des personnes handicapées. leur propre vie culturelle. N. Intersentia. « Ce que déclarer des droits culturels veut dire ». en commun avec les autres membres de leur propre religion. (2008-2009) 7 Droits fondamentaux [en ligne : www. voir : Lovelace c. 17.droitsfondamentaux.org]. ou d’employer leur propre langue.

En revanche. cette exigence n’est pas exempte de dangers : le moindre n’est pas celui de voir CCPR/C/13/D/24/1977 (1981). les États doivent ainsi. prendre des mesures positives pour protéger l’identité des minorités2. E/C. c’est en ce sens qu’il faut comprendre. Nourrie des apports des sciences sociales. dans une observation générale consacrée au droit au logement (Doc. N. N. Il pourra en découler l’obligation de tenir compte des particularismes collectifs. L’architecture. notamment dans l’élaboration des politiques publiques . Ce concept renvoie à l’idée selon laquelle un droit fondamental possède nécessairement une dimension culturelle à respecter. Il n’est pas douteux que. le concept d’adéquation ou d’acceptabilité culturelle. À titre d’illustration : Examen des rapports présentés par les États parties en vertu de l’article 40 du Pacte – Observations finales du Comité des droits de l’homme (Canada).blogspot. l’exigence identitaire vise donc à situer les droits culturels dans la perspective de l’être humain vivant « ici et maintenant ». sa langue ou sa religion. À titre d’exemple.U. 1. Dans les activités de construction ou de modernisation de logements. 28 octobre 2005.U. 10 [mesures à prendre par le Canada pour assurer la préservation des langues autochtones]. auquel se réfèrent de plus en plus fréquemment les instances de l’ONU compétentes dans le domaine des droits de la personne1.12/1992/23) le Comité des droits économiques. » 2. nous semble-t-il. par.com/ . malgré la formulation apparemment peu contraignante de l’article 27 pour les pouvoirs publics. les matériaux de construction utilisés et les politiques en la matière doivent permettre d’exprimer convenablement l’identité culturelle et la diversité dans le logement. ce qui est compatible avec une vision sociale de la liberté.le sens de la liberté leur respect dépend également de la mesure dans laquelle le groupe minoritaire parvient à maintenir sa culture. il faut veiller à ce que les dimensions culturelles du logement ne soient pas sacrifiées. CCPR/C/CAN/CO/5. sociaux et culturels des Nations Unies s’exprime ainsi : « Respect du milieu culturel. parfois. 116 http://fribok. Doc.

2007). comme nous avons pu le pressentir en abordant le paradigme communautaire qui semble percer à travers certaines décisions de la Cour suprême du Canada. dans G. « Les libertés culturelles. dans laquelle ce droit a été explicitement consacré1. 2008). Sur cette fluidité : Elsa Stamopoulou. pp. pp. moins comme un dépassement du libéralisme que comme un accomplissement.). 349-370. Pour un argument en ce sens : Patrice Meyer-Bisch.com/ . 117 http://fribok. Déclaration de Fribourg. la notion de droits culturels nous paraît intégrer de manière harmonieuse et globale les dimensions personnelle. indélébile. les droits culturels restent. conflict and change are part of culture”). Elle fournit. sociale et identitaire de la liberté. Les droits culturels. Ceux-ci peuvent alors apparaître. en quelque sorte. Cette faculté de choix individuel apporte un contrepoids qui nous paraît nécessaire à la dimension identitaire des droits culturels. Juridiquement parlant. un outil conceptuel fort utile et précieux pour donner un sens à la liberté dans une société multiculturelle. dépassement ou accomplissement du libéralisme ? ». précitée (art. tout en respectant le caractère fluide de la culture elle-même3. Au final.pierre bosset – la liberté dans une société multiculturelle l’individu en faire les frais. voir : Patrice Meyer-Bisch (dir. elle doit comprendre également celle pour l’individu de se réclamer d’une ou plusieurs communautés culturelles et de modifier ce choix. 4). Pour une présentation globale de la thématique du « sousdéveloppement » des droits culturels. selon nous. 2. 107-112 (“Culture is about human relations and thus constant cross-influencing. cross-fertilization. 4. une catégorie « sous-développée4 » de droits de 1. Martinus Nijhoff. Face à la tentation de réduire l’individu à une appartenance première et. il faut donc rappeler que si l’exigence de liberté culturelle a un sens. Tel est le sens qu’ont retenu les auteurs de la Déclaration de Fribourg sur les droits culturels. op. La partition des cultures : droits culturels et droits de l’homme (Presses universitaires de Strasbourg. il est vrai. Cultural Rights in International Law : Article 27 of the Universal Declaration of Human Rights and Beyond (Boston. une catégorie sous-développée des droits de l’homme.blogspot. 3. peut-être2. Vincent (dir.).

inévitablement. soit ils traitent de l’interculturalité en général. se répercutera sur les institutions publiques qui sont chargées de promouvoir et protéger les droits et libertés : dans l’exercice de leurs responsabilités. 118 http://fribok. p. Hennebel (dir.). C. Martinus Nijhoff. n’accorderont souvent qu’une attention limitée aux droits culturels 3. soit ils y consacrent une portion très faible. Krause et A.le sens de la liberté la personne. op. dans : E. L’indigence de la réflexion juridique sur ce point a souvent été déplorée1 : « soit les manuels oublient cette catégorie. Social and Cultural Rights : A Textbook (Dordrecht. « Penser le droit » (Bruxelles. ou ils les considèrent comme des droits essentiellement collectifs2 ».com/ . Bruylant. Classer les droits de l’homme. cit. 1. 3. Rosas (dir. mais non des droits culturels spécifiques. sociaux et culturels » [en ligne : http ://democratie.). alors considérés comme un simple appendice des droits économiques et sociaux. P. entre autres. “To date. 3].francophonie. Eide. à la p. Dans le même sens : Asbjørn Eide. 29). Meyer-Bisch. C’est. les commissions des droits de la personne. Les travaux de Meyer-Bisch sont largement consacrés aux droits culturels comme « pierre angulaire » du système des droits humains. 1995). Il arrivera même que la facture des textes juridiques protégeant les droits et libertés reflète le sous-développement des droits culturels. à la p.blogspot.. 85 (n. Economic. 229. Hansen.org/ IMG/pdf/Declaration_de_Montreal. dans A. cit. coll. p. 281. “Cultural Rights as Individual Human Rights“. par exemple. 2004). la Synthèse des travaux du 1er Congrès de l’Association francophone des commissions nationales pour les droits de l’homme. V. 2. le cas de la Charte des droits et libertés de la personne du Québec.pdf. Bribosia et L. texte par ailleurs progressiste. tenu à Montréal du 29 septembre au 1er octobre 2005 : « [N]ous avons constaté [dans l’action de nos institutions] le statut de parents pauvres qu’occupent les droits culturels au sein de la catégorie plus large des droits économiques. cultural rights seem to be among the least understood and developed of all human rights both conceptually and legally” : Stephen A. Pauvreté doctrinale qui. « Méthodologie pour une présentation systémique des droits humains ».

« Être nulle part et partout à la fois : réflexion sur la place des droits culturels dans la Charte des droits et libertés de la personne ». n’a été reconnu qu’aux seules minorités ethniques. tout en figurant dans un chapitre intitulé de manière générique « Droits économiques et sociaux ». dans A.com/ . p. ayant à écrire le nom de la liberté sur le tableau noir du droit. Yvon Blais. comme si la culture était une simple sous-catégorie du social1. Voir : Pierre Bosset.). Le champ est donc libre pour les juristes qui. 119 http://fribok.blogspot. enjeux et perspectives (Cowansville. Pierre bosset département des sciences juridiques Université du Québec à Montréal  1. 81-107. Nadeau (dir.pierre bosset – la liberté dans une société multiculturelle où le droit au maintien et au développement de la vie culturelle. voudront le faire en ayant à l’esprit la notion de droits culturels. seul droit ayant la culture pour objet. 2007).-R. La Charte québécoise : origine.

liBerTé eT inSTiTuTionS déMoCrATiQueS http://fribok.com/ .blogspot.

j’ai. son considérant quatre réaffirme-t-il le profond attachement des États-membres « aux libertés fondamentales qui constituent les assises-mêmes de la justice et de la paix dans le monde et dont le maintien repose essentiellement sur un régime véritablement démocratique. Dans le bref laps de temps qui m’est imparti. l’indépendance des tribunaux et la clause « dans une société démocratique » qui figure notamment au § 2 des articles 8 à 11.blogspot. des droits de l’homme et de la démocratie.Le Point de vUe dU jUge  es liens qu’entretiennent les institutions démocratiques et la liberté sont nombreux et variés. Une référence expresse à la démocratie figure ensuite dans le Préambule de la Convention européenne des droits de l’homme. d’une part. d’autre part. Ainsi. Le lien entre libertés fondamentales et régime démocratique se traduit dans la Convention européenne des droits de l’homme de plusieurs manières. sur une conception commune et un commun respect des droits de l’homme dont ils se réclament ». en ma qualité de juge à la Cour européenne des droits de l’homme.com/ L . et. de manière délibérée. j’aimerais d’abord relever que l’article 3 du Statut du Conseil de l’Europe fixe comme but de cette organisation le respect de l’État de droit. j’ai choisi de mettre l’accent sur trois points : le principe de la légalité . omis de traiter 123 http://fribok. Pour ma part. Faute de temps.

sauf dans les cas suivants et selon les lois légales ») . par un tribunal indépendant et impartial. dans ses diverses formes et manifestations. une émeute ou une insurrection ») . publiquement et dans un délai raisonnable.com/ .le sens de la liberté de la jurisprudence relative à l’article 3 du Protocole additionnel n° 1. Grâce à cette finalité. 1. de la santé ou de la morale publiques. la liberté d’expression. établi par la loi ») et § 2 (« toute personne accusée d’une infraction est présumée innocente jusqu’à ce que sa culpabilité ait été légalement établie »). ou à la protection des droits et libertés d’autrui. Le principe de la légalité s’adresse principalement 124 http://fribok. la loi vient donc encadrer l’exercice des libertés idéales que sont la liberté de religion. ou la liberté de réunion et d’association. On les retrouve à l’article 2 § 1 (« le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi ») et § 2 c (« la mort n’est pas considérée comme infligée en violation de cet article dans les cas où elle résulterait d’un recours à la force rendu absolument nécessaire pour réprimer. le rôle de la loi et du principe de la légalité dans le système de la Convention européenne des droits de l’homme a) Dans la Convention elle-même les références à la notion de loi sont multiples.blogspot. à l’article 6 § 1 (« toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement. votée par les représentants du peuple. à la protection de l’ordre. b) Le lien entre la notion de loi et le principe démocratique est évident. Toute l’activité étatique. Les articles 8 à 11 prévoient de leur côté que les libertés qui y sont consacrées peuvent subir des restrictions lorsque celles-ci sont prévues par la loi. doit pouvoir être ramenée à la loi. l’exigence de la légalité contribue efficacement au renforcement de la légitimité des actes étatiques. à l’ article 5 (« nul ne peut être privé de sa liberté. et sont nécessaires dans une société démocratique à la sécurité publique. conformément à la loi. Comme on peut le constater.

l’administration échapperait en effet à tout contrôle. il existe ainsi un lien étroit entre le principe de légalité et le principe de la séparation des pouvoirs. Il vise également à éviter des inégalités de traitement.com/ . Dans certains cas. La première est l’accessibilité. dans ce sens qu’il rend l’activité étatique prévisible et permet aux particuliers d’adapter leur comportement en conséquence. c) La principale finalité du principe de la légalité consiste en ceci que le pouvoir exécutif et son administration ne peuvent prendre des décisions en dehors du cadre que leur prescrit le législateur. Enfin. la Cour a très tôt dû donner sa propre définition de la notion de loi.blogspot. en prévoyant que la loi doit être claire et précise. dès lors que la loi doit s’appliquer de la même manière à toutes les personnes se trouvant dans la même situation. et ne correspond pas nécessairement aux définitions qui sont données de cette notion dans les différents États parties à la Convention.giorgio malinverni – le point de vue du juge aux pouvoirs qui menacent le plus les libertés. Le principe de la légalité tend également à protéger les justiciables contre l’arbitraire. qui veut que les citoyens puissent prendre connaissance de la loi. Comme on peut le constater. d) Face à la multiplicité des notions de loi existant dans les différents États membres du Conseil de l’Europe. Mais il s’adresse aussi au législateur. Cette première condition exige normalement que la loi soit publiée. auxquels il incombe de respecter ces exigences. le principe de la légalité favorise la sécurité juridique. avant tout le pouvoir exécutif et l’administration. Le principe de la légalité s’adresse aussi aux juges. Si elle n’était pas liée par la loi. la publication peut se faire 125 http://fribok. lorsque les destinataires de la loi sont peu nombreux (par exemple les personnes détenues dans une prison). Pour qu’une loi corresponde aux exigences formulées par la Cour. dans ce sens qu’elle est définie par la Cour. toutefois. Celle-ci est donc une notion autonome. elle doit remplir un certain nombre de conditions.

e) Ceci dit. la notion de loi au sens de la Convention ne repose pas sur la distinction traditionnelle entre loi au sens formel et loi au sens matériel. de prévoir les conséquences d’un acte déterminé. précise et transparente. les ordonnances et les règlements du gouvernement. Les simples restrictions aux libertés peuvent. Ainsi.com/ . Lorsque ces deux conditions sont remplies.le sens de la liberté par voie d’affichage et pas nécessairement par voie de publication dans un document officiel. s’accommoder d’exigences moins strictes. Cela signifie que la loi doit avoir une densité normative suffisante. devront normalement reposer sur une loi au sens formel. En conséquence. dans l’arrêt Hassan et Tchaouch du 26 octobre 2000. sans toutefois laisser un pouvoir d’appréciation trop large à l’Exécutif. en d’autres termes qu’elle soit suffisamment claire. voire la jurisprudence et le droit non écrit. Comme on peut le constater. si le pouvoir d’appréciation accordé à l’Exécutif ne connaissait pas de limites. Le droit interne applicable doit être formulé avec suffisamment de précision pour permettre aux personnes concernées. le cas échéant avec l’aide d’un homme de loi. l’un des principes fondamentaux d’une société démocratique consacrée par la Convention. la Cour a affirmé que « lorsqu’il s’agit de questions touchant aux droits fondamentaux. La deuxième condition est la prévisibilité. en revanche. mais également les décrets. la jurisprudence révèle qu’il existe différents degrés dans les exigences du principe de la légalité. selon la terminologie utilisée par la Cour. elle doit définir 126 http://fribok.blogspot. la loi est revêtue. Elle englobe à la fois les lois du parlement. C’est celle-ci qui doit par exemple prévoir les causes et la durée des peines privatives de liberté (articles 5 et 7 CEDH). Les atteintes graves aux droits fondamentaux. la loi irait à l’encontre de la prééminence du droit. d’une qualité suffisante. telles que les mesures privatives de liberté.

notamment à l’égard de l’Exécutif. Le droit à un procès équitable proscrit donc d’abord le déni de justice (arrêt Golder du 21 février 1975). ne se limite pas à assurer certaines garanties dans une instance déjà pendante. 2. Cette garantie implique donc que les tribunaux soient indépendants à l’égard des parties et des autres pouvoirs de l’État. consacré par l’article 6. Royaume-Uni.giorgio malinverni – le point de vue du juge l’étendue et les modalités d’exercice d’un tel pouvoir avec une netteté suffisante. du 15 juin 2004. ainsi que l’impartialité. L’exigence d’être jugé par un tribunal établi 127 http://fribok. mais il reconnaît d’abord le droit d’accéder aux tribunaux à toute personne désireuse d’introduire une action. Russie. soient déterminées par des normes générales et abstraites. a) Le droit à un procès équitable.blogspot. L’indépendance et l’impartialité des tribunaux sont donc le corollaire du principe de la séparation des pouvoirs. ainsi que leur composition. b) La Cour a défini la notion de tribunal comme étant une autorité dont l’indépendance. » (§ 84). c) L’indépendance vise à assurer la liberté d’esprit des juges. du 7 mai 2002). Les tribunaux ne doivent pas être institués ad hoc ou ad personam.com/ . d) Le droit à un procès équitable exige que l’organisation judiciaire soit fondée sur la loi et que la compétence des tribunaux. en particulier de l’Exécutif. 36256/97. le rôle des tribunaux indépendants et impartiaux Le rôle des tribunaux dans une société démocratique ressort principalement de la lecture des articles 5 et 6 de la Convention. sont favorisées par des règles relatives au statut personnel de ses membres et à la procédure qu’elle doit suivre pour rendre ses décisions (arrêt Thompson c. § 46). Il exige également qu’un jugement rendu par un tribunal indépendant et impartial soit exécuté dans un délai raisonnable (arrêt Bourdov c. 59498/00.

le sens de la liberté

par la loi exclut donc les tribunaux d’exception, qui doivent être distingués des tribunaux spéciaux, qui sont normalement prévus par la loi. Souvent controversés, les tribunaux militaires ne sont fondamentalement pas remis en question. Chaque justiciable a le droit d’être jugé par le tribunal compétent rationae personae, loci, temporis et materiœ.

e) Le principe de la publicité des débats a pour but de permettre à l’opinion publique de vérifier que le procès se déroule de manière correcte, en ouvrant la salle d’audience au public et à la presse. L’importance de ce principe dans un État démocratique est telle qu’il est interdit d’y déroger, sauf pour des raisons impérieuses.

3. le rôle de la clause « nécessaire dans une société démocratique » dans la technique des restrictions aux libertés
a) Dans le système de la Convention, il convient d’abord de distinguer entre les droits qui ne sont susceptibles d’aucune restriction, et ceux qui peuvent être limités. Au nombre des droits qui ne peuvent d’aucune manière être restreints figurent par exemple les articles 3 (interdiction de la torture), 6 § 2 (principe de la présomption d’innocence) et 7 (pas de peine sans loi). Il s’agit de droits pour lesquels aucun intérêt public ne saurait justifier que l’on y apporte des restrictions. Ces droits sont parfois appelés droits absolus. Les autres droits (parfois appelés droits relatifs) peuvent être restreints selon deux techniques différentes : la première consiste en une liste énumérative et exhaustive des motifs de restriction. On retrouve ces techniques par exemple aux articles 4 et 5. La deuxième technique, que l’on retrouve au § 2 des articles 8 à 11, est celle d’une clause générale. Aux termes de cette clause, les libertés qui y sont consacrées ne peuvent être limitées que si elles reposent sur une base légale, poursuivent un but légitime, et sont nécessaires dans une société démocratique.
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giorgio malinverni – le point de vue du juge

b) La jurisprudence a précisé que dans l ’expression « nécessaire dans une société démocratique » l’adjectif nécessaire n’est pas synonyme d’indispensable, mais n’a pas non plus la souplesse de termes tels que « admissible », « normal », « utile », « raisonnable » ou « opportun ». La nécessité suppose en général l’existence d’un besoin social impérieux pour la restriction en cause (arrêt Handyside c. Royaume-Uni, 5493/72, du 7 décembre 1976, § 48). La question décisive qui se pose à la Cour lorsqu’elle examine si la condition de la nécessité est remplie est donc celle de savoir si l’ingérence étatique est proportionnée au but légitime poursuivi et si les motifs invoqués par l’autorité nationale pour la justifier apparaissent pertinents et suffisants. Le juge doit donc mettre en balance l’intérêt de l’État à protéger la sécurité nationale avec la gravité de l’atteinte à une liberté. c) La tâche du juge consiste donc à ménager un juste équilibre entre les exigences de l’intérêt général de la communauté et les impératifs de la sauvegarde des droits fondamentaux de l’individu. Ceci dit, la règle de la nécessité est interprétée plus ou moins strictement en fonction de plusieurs critères. Parmi ceux-ci figurent en particulier la gravité de l’atteinte à un droit fondamental, d’une part, et l’importance du droit garanti, d’autre part. Le juge doit se livrer à un examen de la question de savoir si une mesure portant moins gravement atteinte à la liberté en cause ne permettrait pas d’atteindre le même but. C’est ici qu’intervient la notion de la société démocratique, notion sur laquelle repose la Convention toute entière. Lors de l’examen du respect du principe de la nécessité, le juge doit donc avoir constamment à l’esprit les valeurs qui prévalent dans une société démocratique. La liberté d’expression, la liberté religieuse et la protection de la vie privée comptent par exemple au nombre des principes essentiels d’une société démocratique. La société démocratique constitue ainsi le
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le sens de la liberté

paramètre ultime permettant à la Cour de dire si une liberté a été violée ou non.

d) Dans cette démarche l’approche de la Cour se fonde sur deux grands principes: la marge d’appréciation des États, d’une part, et le contrôle européen qu’elle exerce elle-même, d’autre part. La théorie de la marge d’appréciation repose sur le principe de la subsidiarité du contrôle effectué par la Cour. Elle part de l’idée que, grâce à leur contact direct et constant avec les forces vives de leur pays, les autorités nationales sont mieux placées que le juge international pour se prononcer sur la nécessité d’une restriction. La marge d’appréciation des États varie cependant en fonction de plusieurs critères. D’abord, le droit en cause. La marge d’appréciation sera plus étroite pour les droits qui sont considérés par la jurisprudence comme des droits indispensables au bon fonctionnement des institutions démocratiques, comme par exemple la liberté d’expression. Elle sera en revanche plus large pour les droits de nature économique, comme la garantie de la propriété. Ensuite, la gravité de l’ingérence. Plus l’ingérence est importante, plus la marge d’appréciation des États s’amenuise. Le dernier critère est constitué par le consensus européen. Lorsque, dans un domaine donné, la majorité des États ne tolère pas certaines restrictions, ceux d’entre eux qui font exception seront plus facilement sanctionnés par la Cour que lorsqu’un tel consensus n’existe pas. La marge d’appréciation des États va toutefois de pair avec un contrôle européen exercé par la Cour. Celui-ci concerne la finalité de la mesure restrictive litigieuse et sa nécessité. Si l’État a dépassé sa marge d’appréciation, la Cour dira que l’ingérence ne correspond pas à un besoin social impérieux dans une société démocratique et elle conclura à une violation.
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giorgio malinverni – le point de vue du juge

Un arrêt récent de la Cour (arrêt Sergey Kuznetzov c. Russie, 10877/04, du 3 octobre 2008) résume bien cette problématique :
As regards the necessity test, the Court reiterates that the right of peaceful assembly enshrined in Article 11 is a fundamental right in a democratic society and, like the right to freedom of expression, of the second paragraph of Article 11, the only necessity capable of

one of the foundations of such a society. By virtue of the wording justifying an interference with the rights enshrined in that Article is Democratic People’s Party v. Moldova, no. 28793/02, §§ 62-63, ECHR

one that may claim to spring from “democratic society” (see Christian 2006-, and Djavit An, cited above, § 56). Accordingly, States must not

only safeguard the right to assemble peacefully but also refrain from the essential nature of freedom of assembly and its close relationship with democracy there must be convincing and compelling reasons to justify an interference with this right ... (§ 39).

applying unreasonable indirect restrictions upon that right. In view of

La Cour a poursuivi son raisonnement dans les termes suivants :
1. … In this connection the Court reiterates that any measures interfering with the freedom of assembly and expression other than in cases of incitement to violence or rejection of democratic principles

– however shocking and unacceptable certain views or words used may appear to the authorities – do a disservice to democracy and often even endanger it. In a democratic society based on the rule of proper opportunity of expression through the exercise of the right of assembly as well as by other lawful means … (§ 45).

law, the ideas which challenge the existing order must be afforded a

giorgio Malinverni juge à la cour européenne des droits de l’homme


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M. Adriantzimbazovina. 3ème édition. A.reSTriCTionS PerMiSeS deS liBerTéS dAnS lA JuriSPrudenCe de lA Cour euroPéenne deS droiTS de l’HoMMe1  a question de l’ingérence des États contractants dans l’exercice des libertés garanties par la Convention européenne des droits de l ’homme et des libertés fondamentales (ici la Convention) et celle du contrôle juridictionnel de la Cour européenne des droits de l’homme (ici Cour européenne ou la Cour) sur les mesures nationales de restriction des libertés sont de tout temps au cœur des interrogations des politiques et des juristes. complexe et contreversé . qu’il s’agisse des commentaires d’arrêts. bien qu’à visée presque pédagogique. J. œuvres des spécialistes du droit de la Convention ou des contributions théoriques.U. avec leur numéro de requête : http://www. à l’égard desquelles ce propos. P.blogspot. cités ici GACEDH 135 http://fribok. est pourtant largement redevable. echr. Mais qui sont vraiment aujourd’hui les gardiens du Temple. la jurisprudence plus qu’abondante . Elle pourrait être dictée par l’intitulé retenu par les 1. Marguénaud. Sudre. sous la direction de F. au cœur d’une société européenne en mutation ? Le sujet est vaste. 2005. J.coe.P.int/echr et dans Les Grands arrêts de la Cour européenne des droits de l’ homme. C’est assez dire qu’une délimitation de cette communication s’impose. la doctrine foisonnante. Gouttenoire.com/ L . de la doctrine et des juges. se demande-t-on. Levinet.F. Les arrêts cités sont accessibles sur le site en ligne du Conseil de l’Europe et de la Cour.

devant la montagne de requêtes individuelles. Droit européen et international des droits de l’homme.le sens de la liberté organisateurs du colloque. enfin sous la mention des « libertés de l’action sociale et politique ». elles aussi permises par la Convention. du « droit à la liberté de réunion et d’association ». Concurremment à cette extension potentielle du sujet. même si des incursions plus anciennes sont nécessaires2. Qui plus est. du reste. selon L. ou encore les droits de procédure. qu’un organe composé de dix sept juges et de trois suppléants. 1. aujourd’hui assez nombreux. du « droit à des élections libres ». 8ème édition. la plupart désignés par le sort. Sudre. F. Dès lors en doctrine. dispose de plus de savoir et de sagesse que les sept 136 http://fribok. ensuite restrictions des libertés et non a priori celles des droits garantis. l’on s’autorisera à l’inverse un focus sur la jurisprudence récente de la Cour européenne des droits de l’homme. La compétence contentieuse de la Grande Chambre est fondée sur les articles 30 et 43 de la Convention. 2. le professeur Frédéric Sudre étudie les libertés de la pensée1. 2006. qu’un des meilleurs spécialistes du droit de la Convention. Il peut s’agir d’un renvoi par une partie dans les trois mois du prononcé de l’arrêt de chambre mais pour des « cas exceptionnels ».blogspot.Il peut s’agir d’un désaississement de la Chambre face à une question délicate d’interprétation mais à condition qu’aucune des parties ne s’y oppose. « le mécanisme du renvoi est un luxe que la Cour ne peut se permettre ». dans la mesure où le même auteur sous la rubrique « les libertés de la personne physique » traite « du droit à la liberté et à la sûreté ». L’on est même d’autant plus fondé à inclure droits et libertés dans le sujet des restrictions permises. Caflish « il n’est pas sûr. le droit au respect de la vie privée et familiale. notamment celle des arrêts de Grande Chambre. PUF. Restrictions nationales d’abord et non dérogations pour des circonstances exceptionnelles. Comme le note l’ancien juge Lucius Caflish. du « droit à la liberté de circulation » ou encore sous la rubrique « les libertés de la pensée » du « droit à l’instruction ».com/ . 786p. c’est sous la mention droits garantis tels le droit à la vie. mais droits et libertés peuvent faire l’objet de l’ingérence autorisée de l’État.

p. i. in L’État souverain dans le monde d’aujourd’hui. autant d’interrogations épistémologiques sur la logique de gradation de son raisonnement (1). Pedone. 35-46. mais qu’ils dévoilent dans leurs opinions séparées et particulièrement dans les opinions dissidentes. « Voyage autour de la Grande Chambre. Or la Cour apprécie l’autonomie de l’État en principe in concreto et par définition a posteriori.com/ .marie-françoise labouz – restrictions permises des libertés La complexité du sujet se comprend dans la mesure où le regard se porte sur l’autonomie des États dans l’application qu’ils font de la Convention et sur le contrôle du juge européen. au moyen de plusieurs paramètres. propos sur la Grande Chambre de la Cour de Strasbourg ». Puissochet. pour tenter d’approcher la ratio decidendi de la Cour. et de suspicions de la part des politiques comme des juristes juges d’une chambre habitués à travailler ensemble ». de dénombrer ensuite les paramètres variables de cette autonomie de l’État (5). qu’elle interprète. permises par la Convention et la Cour (I) avant de l’illustrer par quelques arrêts récents (II). la problématique des restrictions permises Avant de rappeler les exigences conventionnelles auxquelles l’ingérence de l’État est soumise(3). 2008. l’étendue de cette autonomie de l’État contractant. il faut se demander pourquoi et comment la jurisprudence de la Cour européenne qui a certes toujours retenu l’attention en Europe et hors d’Europe. qui vont s’inscrire dans le cadre d’une combinaison dont les magistrats européens détiennent certainement l’alchimie. eux-mêmes évolutifs.blogspot. C’est pourquoi. L. suscite depuis une dizaine d’années. à savoir la marge nationale d’appréciation en liaison avec la technique de proportionnalité (4). voire même dans leurs travaux académiques pour certains. Caflish. La Cour en effet détermine par rapport aux exigences de la Convention – figurant au § 2 des articles –. Mélanges en l’honneur de J.-P. il a paru utile de recenser d’abord les principaux aspects de cette problématique des restrictions nationales aux libertés. 137 http://fribok. de nommer l’autonomie nationale.

« Marge nationale d’appréciation et contrôle de proportionnalité » in F. « La marge nationale d’appréciation. Olinga. 1995. ces deux auteures2 écrivaient-elles : 1. Éd. Izorge.L. L’interprétation de la Convention européenne des droits de l’homme ? Bruxelles.). F. M.L. Ost. elle combinerait les deux ? La notion de marge nationale d’appréciation a fait l’objet de nombreuses études dont certaines sont déjà anciennes1. « Marge nationale d’appréciation et internationalisation : réflexions sur la validité formelle d’un droit commun pluraliste ». McGill Law Journal. Picheral et A. enjeu de savoir et de pouvoir. P. Izorge. Revue Trimestrielle des droits de l’homme. Lambert. Mélanges Pierre Lambert. Une certaine marge d’appréciation.le sens de la liberté (2). Kastanas.Lavoisier. Delmas-Marty et M.com/ . P. vol 46. E. prolongée par un débat théorique dans la revue de science criminelle en 2006. 2000. Unité et diversité : notions autonomes et marge d’appréciation des États dans la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme. Delmas-Marty (dir. p. mais l’on doit aux professeures Mireille Delmas Marty et MarieLaure Izorge d’avoir initié une réflexion sur le rapport de la marge nationale avec l’internationalisation du droit et sur la validité formelle d’un droit commun pluraliste. préface de G. ou jeu de construction ? » Revue de science criminelle. encore que plus vraisemblablement. 1027. Bruylant. 63 . voire parfois d’attaques virulentes dirigées contre les juges européens eux-mêmes. p. Raisonner la raison d’État. Wachsmann. 1996 . Sudre (dir). p. C. 1) De la logique binaire à la logique de gradation ? La Cour européenne a-t-elle abandonné la logique binaire et opter pour une logique floue dite aussi de gradation. 567 . Bruxelles. 923-954 ainsi que M. publiée notamment dans la revue de droit de McGill en 2001. 1998. Bruylant. 405 . « Originalité des méthodes d’interprétation de la Cour européenne des droits de l’homme » in M.D. p. 138 http://fribok. 1989. p. 2. Ainsi dans leur étude de 2001. « La théorie de la marge d’appréciation dans la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme ». PUF. Malinverni.blogspot. 2001/4.

Bruxelles. Le système communautaire européen. Dans l’ordre du droit communautaire européen et du droit de l’Union européenne. Paris. l’obligation de compatibilité. de son principe la marge d’appréciation « n’est plus guère contestée ». Ce changement aurait du entraîner un surcroît de transparence dans la motivation des décisions et un surcroît de rigueur dans le raisonnement de la Cour. Berrod. van de Kerchove. et Droit communautaire européen général. Voir F. préface de J. 2002. l’interaction.P Jacqué. 1. 2ème édition 1988. 1986. Ost et M. il semble bien que « la manière dont le juge européen en tient compte… ( ) demeure en revanche problématique.blogspot.. De la pyramide au réseau ?. le pluralisme. Bruylant. p. F. C’est la logique binaire classique à une logique de gradation évoquant les sous-ensembles flous. pour une théorie dialectique du droit. la relativité. Bruxelles. 374p. 25-34. L’on retrouve là dans l’ordre de la réflexion juridique des thèmes à vocation interdisciplinaire comme l’incertitude. 2003. janvier-mars 2006. Or s’il est vrai que dans pourquoi la marge implique un changement de logique juridique. 350 p. en somme le lot des ensembles complexes que sont les systèmes dans les sciences fondamentales comme dans les sciences humaines1. 506 p.F. La systématique des voies de droit 139 http://fribok. la rétroaction. La décision de compatibilité impose donc de situer la pratique en cause sur une échelle graduée et de fixer un seuil. 305 p.marie-françoise labouz – restrictions permises des libertés Entre les deux termes de l’alternative obligation de conformité/ appréciation souveraine des États. Alors que la conformité va de pair avec l’exigence d’identité (c’est-à-dire l’exigence de pratiques nationales strictement conformes à la conduite prescrite par la norme internationale). Labouz. (p 183 et s). P. 587p. .com/ . Publications des Facultés universitaires Saint-Louis. Berger-Levrault. théorie et pratique. la compatibilité repose sur une exigence de proximité (c’est-à-dire l’exigence de pratiques suffisamment proches de la norme internationale pour être compatibles). . au sens le plus précis du terme. Bruxelles. Soldatos. M. Bruylant. la marge nationale introduit une troisième formule. 1989 . Le système institutionnel et politique des Communautés européennes dans un monde en mutation.

p. Pour une critique négative de la jurisprudence de la Cour européenne par l’Allemagne. Royaume-Uni du 7/12/1976. collection Points. juge à la Cour Constitutionnelle avant son entrée le 1/11/2004 à la Cour de Strasbourg. 1990. Laudative.com/ . 2003. en écho à l’affirmation répétée de la Cour selon laquelle les droits garantis sont vivants. L’arrêt de principe est rendu par la Cour dans l’affaire Handyside c. 2005. Dans l’ordre sociologique. Paris. tantôt laudative. Kovar. « non pas théoriques ou illusoires mais concrets et effectifs »3. 158 p. la doctrine s’attarde sur les vertus d’équilibriste de la Cour européenne pour préserver et enrichir le fonds de valeurs communes. Introduction à la pensée complexe. Royaume-Uni du 7/12/1976 relève précisément de la préservation des souverainetés et de la reconnaissance de l’aptitude des États à user au mieux des moyens qui leur sont propres pour appliquer la Convention 2. Arrêt Airey c.blogspot. 1. http://www. Paris.cit. Pourtant la notion de marge nationale d’appréciation reconnue d’abord par la Commission européenne des droits de l’homme puis par la Cour dans l’arrêt Handyside c. GACEDH p 70 2. objet de suspicion des politiques et des juristes communautaire. Dalloz.de/are/?q=fr/node/ 390. tantôt négative. Sudre.le sens de la liberté À côté de cette critique de théorie du droit apaisée sinon apaisante.are-org. l’entretien accordé à la presse de Renate Jaeger. op. préface de R. est très contrastée. p 18 4. 230 et s 140 http://fribok. p. la critique acerbe des États s’élève contre des atteintes à la souveraineté nationale ou encore à certaines caractéristiques inhérentes à l’identité nationale ou plus simplement au principe de subsidiarité1.. L’expression est de F. mais au risque alors par son « dynamisme interprétatif »4. 3. Le Seuil. in GACEDH. 1-26. Irlande du 9/10/1979. E. 1136 p. La critique juridique plus technicienne. Morin. de dessiner une 2) La Cour européenne.

223.ustrasbourg. retranchée derrière la marge d’appréciation de l’État. s’exposerait à un déni de justice. Pologne du 22/6/2004. s’agissant du refus de la Cour de reconnaître un droit à l’enfant. dit-on.conseilconstitutionnel. in L’intérêt général et le juge.C. 2007. de devenir une chambre d’enregistrement des volontés étatiques. Dalloz. Comme l’écrit un ancien avocat général à la Cour de Cassation française. refuserait de trancher. op.. La question fondamentale est alors de savoir si. Marguénaud. ne dénonce-t-on pas aussi l’arbitraire dont elle ferait preuve en s’engageant par trop dans certains de ses jugements3. GACEDH p. 2. Mais à l’inverse. La Cour européenne des droits de l’homme. http://leuropedeslibertes. Paris. Pour F.fr/article.com/ . qui conteste cependant la 141 http://fribok. « refuse de dire expressément si le droit à la vie est applicable à l’enfant à naître »./…Le refus de juger in abstracto a une signification politique : le juge européen n’est pas un juge de la constitutionnalité des lois. la critique juridique dénonce de plus en plus la faiblesse du contrôle juridictionnel de ces restrictions aux droits et libertés. Royaume-Uni du 7/3/2006.php?id_article=424. L’Europe des libertés. J.P.marie-françoise labouz – restrictions permises des libertés figure constitutionnelle contreversée1. GA CEDH p.pdf 3.Sudre. qui. l’analyse de P. à tout le moins de s’ériger en législateur2 bien que la Cour s’en défende. affaires dans lesquelles la Cour.cit. avec l’indication à l’adresse de l’État partie de mesures de redressement de portée générale mais l’hypothèse est limitée aux affaires répétitives. la Cour franchit le Rubicon qui sépare jugement in concreto et jugement in abstracto ». 2005 p 52 . Négative. en l’absence de consensus européen. 1.. France du 8/7/2004 ( G. Sainte Rose « La Cour européenne des droits de l’homme peut-elle se substituer en dernier ressort au législateur national dans la détermination de l’intérêt général ?. J.fr/bilan/annexes/20061016/sainterose. Pour une « totale approbation » de l’arrêt de Grande Chambre dans l’affaire Evans relative à la fécondation in vitro. en contrôlant le caractère impérieux des motifs d’intérêt général d’une loi. Cette constitutionnalisation rampante pour certains. sept-déc. http://www. il s’agit d’une « dérive de l’interprétation consensuelle » qui s’illustre dans les arrêts Vo c. s’illustre surtout dans les « arrêts pilote » de la Cour depuis l’arrêt de Grande Chambre Broniowski c. 698. Hilt. voire désavoue l’abdication de la Cour. bref qui risquerait. 95) et Evans c.blogspot. cf. p.

à souhaiter pour quelque uns de voir dénoncée la Convention3 ! 3) L’ingérence de l’État permise sous conditions Comme on le sait la summa divisio de la Convention distingue les droits intangibles parce qu’absolus mais en nombre limité (les articles 2. La critique des juristes s’exprime aussi au nom de la sécurité juridique défaillante. au nom pour la Cour européenne de la très large marge d’appréciation du législateur britannique. la privant ainsi d’une maternité biologique.le sens de la liberté nonobstant par ailleurs la présence classique dans la Convention d’une disposition sur « la limitation de l’usage des restrictions aux droits » qui induit logiquement la rigueur du contrôle (article 18). privilégiant l’autonomie de la volonté. la Grande chambre a déjugé totalement la Chambre comme l’explique J. Dalloz. chronique précitée. J. relayant alors la critique des politiques. traite des « ultra vires de la Cour ». De septembre 2007 à février 2008.blogspot. allant même pour beaucoup d’observateurs. 2008. retirant son consentement à l’implantation des embryons dans l’utérus de la requérante. s’interrogeant sur les jugements politiques et l’exercice d’un contrôle abstrait. p.F Flauss.3 et 4 CEDH) exclus du champ de l’étude. 1. ou même pire encore. des rupture de l’équilibre entre l’intérêt de la requérante devenue stérile et celui de son ex compagnon. 2. 1946-1953 142 http://fribok.F.com/ . B. notamment pour une même question de société lorsque l’identité de l’individu se trouve en jeu. Edelman. un gouvernement des juges européens2. sur la base des divergences et/ou des incohérences de jurisprudence jusqu’à stigmatiser. 3. devant la variabilité des solutions retenues par la Cour1. en conformité avec l’article 8 qui incluse aussi bien le droit de devenir parent que celui de ne pas le devenir.. La Cour européenne des droits de l’homme : une juridiction tyrannique ?. mai 2008 p 978 et s. dans 80% des cas (quatre espèces sur cinq). à travers « l’instrumentation des sources extérieures au service de l’arbitraire du juge européen ». Flauss dans sa chronique de l’Actualité juridique de droit administratif de mai 2008 p 978 et comme il l’écrit « le constat statistique des divergences interpelle ».

l’intégrité territoriale (art 10 liberté d’expression) ou la sûreté publique. par une Chambre le 20/3/2007 dans l’affaire Tysiak c.. La nécessité s’apprécie selon la liberté en cause au regard des buts légitimes. La loi doit présenter des qualités de précision. Pologne (requête 5410/03) à propos d’un avortement thérapeutique refusé. en retenant le critère matériel et non organique ou formel1. une question particulièrement sensible en Pologne et qui ne donne pas lieu à un dénominateur commun en Europe. La Cour a interprété largement l’exigence d’une ingérence législative. ou la protection des droits et libertés d’autrui (art 11 liberté de réunion et d’association). d’êtres prévues par la loi et nécessaires dans une société démocratique. 209 qui note que le Comité international des droits de l’homme applique ce critère matériel à la différence de la Cour Interaméricaine des droits de l’homme 143 http://fribok.com/ . clarté.marie-françoise labouz – restrictions permises des libertés droits et libertés. la protection de la réputation ou des droits d’autrui. p. la sécurité nationale. Cependant le constat de violation de l’article 8 relatif à la protection de la vie privée. Sudre. au lieu d’une mise en balance « complexe et sensible de droits à la vie 1. prévisibilité et accessibilité. la défense de l’ordre et la prévention du crime. selon le cas. n’est pas partagé pour le moins par le juge Borrego Borrego. pour lesquels le texte de la Convention use d’une formulation itérative que l’on retrouve d’ailleurs dans la Charte québécoise: les mesures nationales de restriction des libertés ne sont permises qu’à condition de poursuivre un but légitime.Il récuse vigoureusement dans son opinion dissidente le choix de la majorité de sanctionner le manquement à l’obligation positive de la Pologne.blogspot. eux conditionnels. op. Le défaut ou l’insuffisance d’une condition rend donc a priori l’ingérence de l’État non conforme à la Convention. F. la protection de la santé ou de la morale. celle de prévoir dans sa législation des recours effectifs en cas de désaccord entre le médecin et la patiente sur l’avortement thérapeutique. cit.

Irlande. European Journal of International Law. 1-18 (http://leuropedeslibertes-ustrasbg. mai-aout 2007. n’est pas selon la Cour illimitée car elle en détermine dans le cas d’espèce son étendue au regard. dans le cadre d’un rapport de compatibilité1.php?id_article=399 ) 144 http://fribok. en somme affaire de distance plus ou moins grande entre l’État et la Convention. fait oeuvre de charité. la Cour tient un raisonnement subjectif. compte tenu de l’imprécision de formules jurisprudentielles telle celle du « besoin social impérieux ».blogspot.fr/article. Shany. se substitue même à la Diète polonaise. p.la patiente ayant perdu la vue-. 907-940. La notion de marge se retrouve dans la jurisprudence de la Cour de Justice des Communautés européennes et dans le contrôle juridictionnel britannique du Human Right Act de 1998. Duffy. in L’Europe des Libertés.le sens de la liberté placés sur le même pied d’égalité … de la mère et de l’enfant » et finalement de se démarquer d’un arrêt D c. 2005/5. La proportionnalité de la mesure nationale de restriction aux buts légitimes poursuivis est quant à elle une affaire d’intensité 1. comme elle le dit en fonction « des circonstances. La notion est aussi étudiée en droit international. des domaines et du contexte ». voir Y. la marge nationale d’appréciation et la technique de la proportionnalité que la Cour utilise concurremment sans toujours les distinguer clairement. La condition de nécessité dans une société démocratique est pour sa part l’objet d’appréciations souvent négatives en raison de l’indétermination qui s’y attache. voir A. Dès lors pour le juge de la minorité. « Toward a general margin of appreciation doctrine in Internationl law ? ». La marge nationale d’appréciation. p. et surtout last but not least de la proximité de deux notions d’origine prétorienne.com/ 4) La marge nationale d’appréciation et l’exigence de proportionnalité . n° 24. évidemment tributaire du nombre élevé d’États membres du Conseil de l’Europe et donc de parties contractantes à la Convention ( 47).

Muzny. Il faut insister selon lui sur le fait que la marge nationale. 300 p.marie-françoise labouz – restrictions permises des libertés plus ou moins forte de la restriction du droit garanti.com/ . après mise en balance des intérêts en présence. Marguénaud. La petite maison dans la forêt. Sudre « au cœur du contrôle de la marge d’appréciation ».blogspot. note sous l’arrêt Hamer 145 http://fribok. Petr Muzly auteur d’une thèse de doctorat sur la technique de proportionnalité1. J.P Marguénaud 2 sous l’arrêt de 1. En effet selon l’auteur.P. 2. dit encore « critère de rapprochement ». et 734 p. La technique de proportionnalité et le juge de la Convention européenne des droits de l’homme. ce qui lui vaut d’ailleurs à ce sujet le grief de se substituer aux juges nationaux dans l’exercice de qualification juridique des faits : Ce n’est pas en fait la seule détermination de l’ampleur de la marge d’appréciation qui donne lieu à la solution du cas d’espèce. essai sur un instrument nécessaire dans une société démocratique. l’utilisation de la proportionnalité qui. la technique de proportionnalité l’est assurément si l’on souscrit au commentaire de J. est aussi et surtout peut-être un « frein de sécurité » – une sorte de judicial self restraint – pour la Cour qui a compétence pour « réapprécier » les faits de l’espèce. pour mesurer l’intensité de la mesure litigieuse et prononcer un jugement en termes de « juste équilibre ». 2 tomes. Presses Universitaires d’Aix-Marseille. outre qu’elle est souvent présentée comme un élément modérateur du comportement étatique qui en effet n’est pas sans bornes. Elle est selon la formule de F. prenant égard à la marge Complexe. préface de Frédéric Sudre. mais plutôt d’appréciation. 2005. s’explique sur ses éléments constitutifs et sur son rapport « consubstantiel » à la marge d’appréciation. permet de formuler une conclusion. Enfin. P. l’auteur réhabilite l’importance et même la priorité de la proportionnalité dans le raisonnement de la Cour. comparé à la marge d’appréciation très commentée avec qui la proportionnalité partage tout de même la référence complexe à des variables. le raisonnement du juge européen sur la proportionnalité fait appel à une mise en relation de variables à l’aide d’un terme de référence.

mais parce que la gravité autorités qui les ont en charge. 2008. Dalloz. justifie la légèreté de l’attitude des adaptée à la stimulation de l’action de protection de l’environnement Reste donc à identifier les multiples paramètres à plusieurs composantes. aux yeux de la Cour un préjudice réellement opposable à l’État face à l’intérêt général environnemental : Autrement dit.com/ 5) La variabilité des paramètres de la marge et de la proportionnalité . si la démolition de la maison a été jugée proportionnée.le sens de la liberté section du 27/11/20007 Hamer c.blogspot. 146 http://fribok. la démolition d’une maison estivale bâtie irrégulièrement dans une zone forestière protégée mais dont les autorités ne s’étaient pas préoccuper 27 ans durant lesquelles la famille Hamer. ce n’est pas parce qu’elle constituait une ingérence bien légère au regard de la gravité des enjeux environnementaux. 884-887. p. Cette nouvelle figure de contrôle de proportionnalité absolutoire n’est peut-être pas celle qui est la mieux qui est pourtant placée sous le signe de l’urgence. Dans une étude c Belgique. propriétaire. une proportionnalité « inversée » au bénéfice de l’État dont la charge d’une obligation positive ne devrait pas être trop lourde. s’est ajoutée à la définition de la proportionnalité en liaison avec l’étendue de la marge et la tension vers le but légitime. des enjeux environnementaux. autant de variables et de sous variables dont la Cour européenne se sert pour mesurer l’étendue de la marge d’appréciation qu’elle reconnaît dans chaque cas à l’État et qui influera sur l’évaluation de la proportionnalité. Au fil des arrêts. en avaient profité sans que sa perte entraîne pour la requérante. Dans l’affaire Hamer. voire une proportionnalité « privatisée » pour « trouver un juste équilibre entre des intérêts particuliers ». héritière du bien. Belgique dans lequel la Cour en matière de protection de l’environnement aurait fait usage d’une ultime « figure » de la proportionnalité. la Cour européenne juge non disproportionnée. nous explique-t-on.

2. mais suscitant dans tous les cas de figure. le caractère exceptionnel de la situation. F. 2006. une grille de lecture des arrêts récents selon cinq cas de figure pour illustrer la problématique des restrictions permises aux libertés. en écho à l’affirmation de Jean-Pierre Marguénaud 2 selon laquelle 1. Aussi propose-t-on ici. sans illusion sur sa relativité. des opinions dissidentes. la diversité des approches nationales. La variable principale semble bien être celle du consensus européen. Marguénaud. à tout le moins d’une « communauté de vues » car la mention de ce facteur se retrouve dans la plupart des arrêts. coécrite avec un assistant de l’université de Liège. la juge européenne Françoise Tulkens1. contestant tantôt le constat d’emblée positif ou négatif de la Cour sur le consensus européen. J. 50 ( coll. 4ème éd. 3ème édition. Celuici est en relation avec la variable sur la diversité des approches nationales mais selon qu’elle est pondérée ou non par un ou plusieurs des autres paramètres précités. restreinte voire quasi inexistante. p 3-23. paravent juridique superflu ou mécanisme indispensable par nature ».Paris. La Cour européenne des droits de l’homme. p. 2008. très large. « L’usage de la marge d’appréciation par la Cour européenne des droits de l’homme. cette marge nationale est restreinte ou vaste. Luc Dounay. Connaissance du droit).blogspot.marie-françoise labouz – restrictions permises des libertés de référence publiée en 2006 dans la revue de science criminelle. tantôt la pesée de tous les paramètres et la conclusion variable d’une marge qui peut être selon le cas. Dounay. les énonce ainsi : l’objet ou la matière en cause. certaine.P. Dalloz. Tulkens et L. pour la Cour. Revue de science criminelle. 147 http://fribok. la nature du droit auquel il est porté atteinte et la gravité de cette limitation. large. à savoir du plus grand dénominateur commun des droits nationaux.com/ . l’existence d’un consensus européen. 2005. très argumentées. induisant ou non la condamnation de l’État.

« La Cour européenne des droits de l’homme et la doctrine ».P. n° 29. J. 2. limite cette explication doctrinale enrichissante à l’intérêt porté aux seules opinions concordantes des juges car il ne croit pas que les opinions dissidentes quelque soit leur haute qualité.) et fait rimer en principe l’absence de consensus européen avec une large marge nationale d’appréciation et un contrôle plus souple. 148 http://fribok. in Droits et justice. Les deux autres cas de figure dérangent les commentateurs3. J. traditionnellement importante .le sens de la liberté La marge se rétrécit parfois dans des domaines où elle était hypothèses où elle était ordinairement restreinte. Le second cas s’illustre dans des domaines sensibles (religions. Grande Chambre. mais aussi les libertés d’expression politique et artistique. p. en somme les exceptions aux données précédentes : soit l’absence de consensus et pourtant une marge 1. s’énonce alors : présence d’un consensus européen de valeurs versus marge étroite de l’État et fermeté du contrôle. « avoir une incidence sur sa pensée »1.cit. Et ce constat. GACEDH p 590 3. Marguénaud. préfigurent les jurisprudences futures.com/ . Costa. Arrêt Parti communiste unifié c. même si elle peut inspirer un juge. Le premier cas de figure est aisément repérable dans la mesure où le droit garanti est la liberté d’expression. 2. p. op. printemps/été 2008. vaut pour la doctrine académique sans influence sur les revirements de jurisprudence. explique encore le président. elle s’élargit quelquefois dans des En écho aussi au propos du président de la Cour européenne Jean-Paul Costa qui tout en créditant la doctrine d’apporter les clés de la ratio decidendi. au premier chef la liberté de la presse. L’équation de principe à condition de prendre l’expression dans un sens non mathématique.P.blogspot. 50. fondamentale pour la Cour dans la société démocratique que consacre la Convention 2. L’on est alors en présence d’une sorte d’équation inversée. Turquie du 30/1/1998. apparemment contre nature pour les tenants de la logique binaire. souvent « déconcertés». questions de société.

marie-françoise labouz – restrictions permises des libertés

nationale étroite, soit encore la présence d’un consensus européen et pourtant une large marge d’appréciation de l’État, ces derniers cas sont donc corrélés à un ou plusieurs autres paramètres que le commentateur doit repérer et que la Cour pèse sur un trébuchet. Pour les besoins de la présentation, se suivent les cas où prédomine le critère de l’existence du consensus (1) en matière notamment de liberté d’expression, induisant une marge d’appréciation tantôt étroite en principe (A) et large par exception (B), puis les cas d’absence du consensus (2) induisant tantôt une marge large en principe (A), restreinte par exception (B). Mais qu’elle soit large ou étroite, la marge d’appréciation reconnue à l’État par la Cour, ne lui permet pas d’adopter des restrictions disproportionnées au but légitime poursuivi ce qui commande finalement le dispositif de la Cour sur l’existence ou non de la violation. Un ultime cas de figure peut être évoqué lorsqu’il s’agit d’un conflit de normes (3). Existe-t-il une règle de conflit dans ce maelstrom ? L’on saisit de toute façon la vaine recherche des commentateurs d’une introuvable solution uniforme alors que la Cour européenne est garante du pluralisme.

ii. l’illustration récente
Si la présence d’un consensus européen au jugement de la Cour induit en principe une étroite marge d’appréciation de l’État (1) et son absence à l’inverse, en principe toujours, une marge étroite d’appréciation (3), la variabilité d’assez nombreux paramètres permet à la Cour d’inverser l’ampleur de la marge, qui élastique devient large bien qu’en présence d’un consensus (2) et étroite bien qu’en l’absence d’un consensus (4).

En matière de liberté de la presse, les ingérences sont exceptionnelles si bien que la critique négative se focalise sur l’indulgence de la Cour à l’endroit des journalistes dont les sources
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1) En présence du consensus, la marge nationale est par principe étroite

le sens de la liberté

seraient préservées quelque soit le moyen utilisé pour les obtenir et dont les propos outranciers seraient admis trop largement. Ainsi dans l’affaire Depuis et autres c. France, dans laquelle deux journalistes auteurs d’une enquête sur les écoutes téléphoniques illégales pratiquées par la cellule antiterroriste de la présidence de la République avaient été condamnées pénalement pour délit de recel de violation du secret de l’instruction et du secret professionnel, la Cour européenne par arrêt du 7 juin 2007 juge qu’il s’agit d’une affaire d’État, autrement dit qu’un « intérêt public considérable » était en jeu et bien qu’elle rappelle le devoir des journalistes de respecter les lois pénales nationales, elle n’en considère pas moins que la révélation des éléments de l’instruction pénale dans ce dossier sensible des écoutes, dont la presse s’était déjà emparé, l’emporte sur le respect de la confidentialité qui en l’occurrence pour la Cour dans le contexte « n’est pas un impératif prépondérant ». La Cour étend ici la solution de l’arrêt Fressoz et Roire contre France (requête 29183/95) du 21/1/ 19991 où fut soulevée sans succès par la France la violation du secret fiscal par des journalistes de l’hebdomadaire satirique le Canard enchaîné2.
1. JCP G 1999 II 10120 note E. Derieux et RDP 2000 p. 732 obs. M.Levinet. 2. Un projet de loi sur la protection des sources des journalistes (texte n° 735) a été déposé par le gouvernement français à l’Assemblée nationale le 12/3/2008 et adopté le 15/5/2008 (n° 145). La Garde des Sceaux, Rachida Dati l’a défendu en invoquant le principe d’équilibre entre la protection des sources et l’impératif prépondérant d’intérêt public, conformément à la jurisprudence européenne, rappelant que l’article 10 de la Convention permet la levée du secret pour des mesures nécessaires à la sécurité nationale, l’intégrité du territoire ou la sûreté publique, la défense de l’ordre et la prévention du crime, la protection de la santé ou de la morale, la garantie de l’autorité et de l’impartialité du pouvoir judiciaire. Déposé au Sénat le 20/5/2008 ( texte 341), il a fait l’objet d’un rapport au nom de la Commission des Lois ( rapport Buffet n° 420 ).La Commission des lois a proposé « de préciser la rédaction du projet de loi en la rapprochant notamment encore un peu plus de la 150 http://fribok.blogspot.com/

marie-françoise labouz – restrictions permises des libertés

Dans l’affaire Guja c. Moldova (requête 14277/04), l’arrêt de Grande Chambre du 12/2/2008 rendu à l’unanimité, sur saisine par la Chambre, juge qu’il y a eu violation de l’article 10, relatif à la liberté d’expression, ici d’un fonctionnaire du Parquet général moldave, révoqué pour avoir divulgué des documents émanant
jurisprudence de la Cour de Strasbourg…/… d’affirmer que de manière générale les mesures susceptibles de porter atteinte au secret des sources lorsqu’un impératif prépondérant d’intérêt public existe, doivent être ’strictement nécessaires et proportionnées au but légitime poursuivi’ ». Le projet de loi mal accueilli par les syndicats de journalistes a fait l’objet d’un premier commentaire critique par A.Guedj, Dalloz 2008 p. 1285-1286 dénonçant la persistance du délit de recel de violation du secret professionnel. À côté de la protection des sources des journalistes, consacrée par la Cour européenne avec éclat dans l’arrêt Goodwin c. Royaume-Uni du 27/3/1996 (16/1994/463/544), il y a la protection des sources étatiques qui nonobstant les impératifs de la lutte contre le terrorisme, est mise en balance avec les droits garantis par la Convention, cf. l’arrêt de la Cour européenne Segersted-Wiberg et autres c. Suède du 6/6/2006, note L. Pubert in L’Europe des libertés mai-aout 2006 (la surveillance secrète par les services de renseignements « n’est tolérable d’après la Convention que dans la mesure strictement nécessaire à la sauvegarde des institutions démocratiques », toutefois la protection de la sécurité nationale, la lutte contre le terrorisme autorisent l’État à refuser l’accès intégral aux renseignements personnels collectés.Voyez aussi l’arrêt de la Cour suprême du Canada dans l’affaire Charkaoui c. Canada, 2008 CSC, où il est dit que les services de renseignement ont l’obligation de conserver et de divulguer aux ministres et aux juges saisis, les notes qui jouent un rôle central dans la délivrance des certificats de sécurité, pour préserver les intérêts fondamentaux des personnes visées. Il appartient au juge saisi de filtrer la preuve qu’il a vérifié et de « déterminer les limites de l’accès auquel l’individu visé aura droit à toutes les étapes de la procédure, que ce soit lors de l’étude de la validité du certificat ou à l’étape de révision de la détention ». La Cour fédérale dans la même affaire juge le 18 janvier 2008 que les droits fondamentaux doivent primer sur la protection des sources des journalistes, auteurs d’un article de presse en 2007, appuyé sur les informations du service canadien du renseignement de sécurité. 151 http://fribok.blogspot.com/

le sens de la liberté

de hauts personnages politiques contrevenant aux instructions de lutte contre la corruption. C’est la première fois que la Cour a eu à connaître de la divulgation d’informations internes par un fonctionnaire. Or tous les fonctionnaires jouissent de la liberté d’expression garantie par l’article 10. Ils sont néanmoins assujettis à des obligations de discrétion, de réserve, de loyauté. La Cour explique qu’elle doit mettre en balance à l’aide de plusieurs facteurs, l’intérêt général qui s’attache à la confidentialité de documents internes et l’intérêt de divulguer les documents litigieux. La Cour prend soin de rappeler longuement les principes applicables. D’un côté, la divulgation au public « ne doit être envisagée qu’en dernier ressort, en cas d’impossibilité manifeste d’agir autrement », d’un autre côté, puisqu’il s’agit de s’exprimer sur une question d’intérêt général, il n’y a « guère de place pour les restrictions ».Tout parait dépendre de la nature de l’intérêt du public à être informé d’un sujet très important. Si tel est le cas, dit la Grande Chambre, il « peut l’emporter sur l’obligation de confidentialité ». La mesure de la proportionnalité fait intervenir plusieurs facteurs, proches de la mise en balance des intérêts et de la marge de manœuvre de l’État : l’authenticité de l’information divulguée, le poids des dommages respectifs lié à l’objet de la divulgation et à la nature de l’autorité administrative concernée, la bonne foi, enfin la peine infligée. Compte tenu des faits, la Grande Chambre en déduit devant l’inaction du Parquet général et le silence du droit moldave sur la divulgation, l’absence d’autres moyens que la divulgation publique. La lutte contre la corruption, la dénonciation d’éventuelles pressions politiques sur le Parquet sont bien des questions d’intérêt général « très importante(s) » qui l’emportent sur « l’intérêt qu’il y a à maintenir la confiance du public dans le parquet général ».La bonne foi du requérant est établie pour la Cour et la sanction appliquée lui parait trop sévère. Cette liberté d’expression de l’article 10, très étendue couvre aussi l’expression artistique et politique. Ainsi dans l’affaire
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Dans l’affaire Mamère c. Son ingérence est jugée nécessaire dans une société démocratique comme le montre le fait que la négociation 153 http://fribok. La Cour par arrêt du 7/11/2006 se fondant sur l’intérêt public manifeste à être informé des effets des retombées radioactives sur la santé et l’environnement. Dès lors il y a eu violation de l’article 10. ancien journaliste. France. Martens pour qui « il y a des limites à l’excès. Ceci lui avait valu une condamnation pour propos outrageants. on ne peut être excessivement excessif ».La Grande Chambre saisie par la Suisse reconnaît au contraire dans son arrêt du 10/12/2007 que la Suisse poursuivait bien un but légitime de protection d’informations confidentielles. considère que l’expression critique de l’élu.sociale. La Chambre de la Cour condamnera la Suisse pour violation de l’article 10 . le député vert Noël Mamère. traité de « sinistre personnage » au regard de la désinformation pendant la catastrophe de Tchernobyl. Dans l’affaire Stoll c. un journaliste avait divulgué la teneur d’un rapport diplomatique. opposable aux journalistes. avait tenu des propos peu amènes sur une chaîne de télévision publique à l’encontre d’un responsable de la surveillance nucléaire. n’est pas exagérément excessive. dont les biens ont été « détenus » par des banques helvétiques. Les juges dissidents citeront P. la marge nationale peut être large . la Cour par arrêt du 25/1/2007 insiste sur la légitimité de la peinture satirique faite d’exagération et de provocation à visée politico . L’interdiction judiciaire absolue d’exposer le tableau obscène lui parait excessive et entraîne la violation de l’article 10. Le journaliste avait été condamné pour violation du code pénal suisse.blogspot. Autriche. même exagérée et provocatrice.marie-françoise labouz – restrictions permises des libertés Kunstler c.com/ 2) Même en présence du consensus. Suisse. relatif à la question de l’indemnisation des victimes de l’holocauste. où il s’agissait de savoir si la liberté artistique d’un peintre trouve une limite dans le caractère pornographique de sa toile portraiturant des personnages politiques du parti libéral et du FPO.

Ils avaient été condamnés pénalement pour délit de diffamation en vertu de la loi sur la presse de 1881. dans le cadre d’une pétition de soutien à Mathieu Lindon. La Cour européenne comme elle fait le plus souvent raisonne ici dans le contexte global de l’affaire. un écrivain. Dans l’affaire Lindon. déploreront ce qu’ils considèrent comme un risque d’abandon d’une jurisprudence qui a fait de la liberté d’expression « une valeur primordiale » dans une société démocratique. inspirant « un racisme diffus ». relève de l’expression littéraire 1. par arrêt du 22/10/2007.le sens de la liberté diplomatique qui requiert discrétion pouvait se trouver compromise par cette indiscrétion. auteur du livre . Otchakosky. avait recherché avant tout le scandale. et le troisième requérant condamné pour avoir reproduit les passages reconnus diffamatoires. L’interprétation des restrictions permises sur la base du paragraphe 2 de l’article 10 est donc étroite et les « limites plus larges de la critique admissible » à l’égard d’un homme politique. La mise en balance des intérêts fait prévaloir dès lors pour la Cour l’intérêt de l’État sur l’intérêt du public. Toutefois. desservi selon elle par la presse. France (requêtes 21279/02 et 36448/02). si le roman dit la Cour. un éditeur et le directeur de la publication du journal Libération. July c. considérant que le journaliste loin de remplir sa mission d’information. Les juges dissidents. nonobstant le sujet d’intérêt public concerné. qu’il n’y a pas eu violation de l’article 10 dont se plaignaient les requérants. Arrêt Handyside c.com/ . président du Front national. pour avoir le premier et le second porter atteinte à la réputation de JeanMarie Le Pen. GACEDH p 70 154 http://fribok.blogspot. La Grande Chambre commence par rappeler le caractère fondamental de la liberté d ’expression dans une société démocratique y compris sous la forme d’idées choquantes ou provocatrices1. de « chef d’une bande de tueurs ». dans un roman où l’homme politique était nommément traité dans quelques passages de l’ouvrage litigieux. la Grande Chambre saisie par une Chambre dit par treize voix contre quatre.Royaume-Uni du 7/12/1976.

C’est dire que pour la Cour même le jugement de valeur doit reposer sur une base factuelle suffisante. 1026. Puis la Cour relève que le romancier. le juge Loucaides se félicite que la Grande Chambre ait rompu avec une jurisprudence qui 1. Royaume-Uni du 27/3/1996 (point 39).marie-françoise labouz – restrictions permises des libertés et s’adresse à un public plus restreint que celui de la presse. Marguénaud. Dans son opinion concordante. Le raisonnement de la Grande Chambre est inchangé s’agissant du directeur de la publication du journal Libération. la protection de la réputation d’autrui. chr. La sanction constituée par une amende et des dommages et intérêts modérés.P. 1997. sans atteinte à la diffusion du livre.blogspot. l’éditeur. disproportionnée au but légitime poursuivi. La Grande Chambre se dit alors convaincue par le raisonnement des juges nationaux qui ont reproché aux requérants l’absence de vérifications minimales sans lesquelles l’imputation des faits à J.-M. n’était donc pas pour la Cour. Le Pen participait bien d’un débat d’intérêt général. L’expression figure dans l’arrêt de Grande Chambre Goodwin c. le journaliste n’échappent pas « aux possibilités de limitation que ménage le paragraphe 2 de l’article 10 » qui vise à la fois les devoirs et les responsabilités . pour quelques passages diffamatoires du roman. p. La Cour se défend ce faisant de se substituer aux juridictions nationales en considérant que leurs raisonnements s’accordent avec le sens de la Convention. reconnaît la Cour et à ce titre pouvait a priori bénéficier d’une protection élevée puisque l’État ne dispose que d’une marge « particulièrement restreinte » s’agissant d’une ingérence dans le droit à la liberté d’expression. Le Pen et à son parti portait atteinte à sa réputation. Le sujet romancé à partir d’un certain nombre de faits criminels impliquant des militants du parti d’extrême droite de J. Revue trimestrielle de droit civil. nonobstant le rappel du rôle de « chien de garde de la démocratie » rempli par la presse1. J.com/ .-M. celui-ci « s’inspire de faits réels mais en y ajoutant des éléments fictifs ». 155 http://fribok.

Tulkens et Sikuta auteurs d’une opinion partiellement dissidente.Les juges dissidents vont dresser la liste de ses nombreuses condamnations pénales. de nature à discréditer les journalistes irresponsables et par là même à élever selon lui le niveau du débat public. Bratza. in Mélanges Philippe Léger. mai 2008. domaine pourtant du consensus européen . Dans une étude sur l’article 10 de la Convention. En ce sens. Le conflit entre la liberté d’expression et le droit à la réputation aurait du trouver une résolution plus équilibrée selon eux dans le cadre du contexte global. J. Actualité juridique de droit administratif. la liberté d’expression par rapport au droit à la réputation couvert par l’article 8 § 1 de la Convention car la dignité requiert une protection « plus large et directe contre les accusations diffamatoires ». Burgelin. notamment pour négation de crimes contre l’humanité et incitation à la haine raciale. Flauss. Il y voit un élément de réponse dans la composition de la Cour. Or la Cour ne s’est guère intéresser à la personnalité de la victime . la marge nationale est large par principe . Les juges Rozakis. 127-134. La solution précédente d ’une ample marge nationale d’appréciation ne concerne pas seulement une tendance nouvelle décelable en matière de liberté d’expression journalistique ou littéraire.F. Pedone. pour être politique et mêler faits réels et fiction n’en demeure pas moins une œuvre littéraire dont les expressions outrées font image et ne peuvent pas être prises à la lettre.blogspot. le Procureur général honoraire J.Cette solution 1.com/ 3) En l’absence de consensus. 2006. 978. comparée à la jurisprudence traditionnelle de la Cour européenne dans des affaires similaires1.le sens de la liberté « surprotégeait » écrit-il. p. 156 http://fribok.F. Paris. Les juges de la minorité y trouvent là la base factuelle suffisante et soulignent longuement la dissonance de la solution retenue par les juges de la majorité. soulignent d’emblée que l’objet du délit ne correspond finalement qu’à 3 lignes sur les 138 pages du roman qui. s’interroge sur « la dévotion » que la Cour voue à la liberté d’expression – du moins jusqu’au récent l’arrêt Lindon. p. chr.

en Espagne. le recours à l’interprétation consensuelle. du lien Le juge Rozakis dans son opinion concordante se demande toutefois si cette marge n’est pas trop large. du choix des parents biologiques. se fondant sur l’absence de législations comparables en Europe considère que la France dispose d’une marge d’appréciation qui doit lui être reconnue en raison du caractère complexe et délicat de la question que soulève le secret des origines au regard du droit familial existant et des parents adoptifs. Il plaide pour une relégation de la marge d’appréciation à un rôle subsidiaire lorsque le critère de nécessité est suffisamment démontré par des motifs pertinents.marie-françoise labouz – restrictions permises des libertés se retrouve cette fois en l’absence de consensus européen où là elle en constitue le principe Dans la célèbre affaire Odièvre c. fondée sur la pratique quasi-isolée d’un pays. en Suisse et dans d’autres États. Il est ensuite reproché à la majorité de permettre une évolution dans le sens du développement des droits garantis par la Convention. Les sept juges de la minorité rédigent une opinion dissidente commune. limitation des droits. comme en l’espèce. France (requête 42326/98). aux PaysBas. notamment la protection des mères en détresse. de chacun à son histoire. Des évolutions sont en effet en cours ou consacrées en Italie. sert à justifier une 157 http://fribok. La Grande Chambre juge par dix voix contre sept qu’il n’y a pas eu de violation du droit à la vie privée et familiale. Ils contestent l’affirmation sans nuances de la Cour selon laquelle il n’y aurait pas de dénominateur commun européen sur cette question. la requérante alléguait la violation de l’article 8 du fait de la loi française sur l’accouchement sous X et son impossibilité en raison donc du secret de sa naissance de connaître ses origines.com/ . au départ de ce qui est accepté dans une prendre l’argument du consensus à rebours » : « plutôt que de large majorité de pays. l’arrêt de Grande Chambre du 13/2/2003. en Allemagne. La Cour.blogspot.

394 . note A.C. que la France n’a pas violé l’article 14 sur l’interdiction de la discrimination combiné avec l’article 8. Dans l’affaire Fretté c. En conséquence toutes les dispositions de la Convention trouvent application. Sur l’affaire Odièvre c. note A. Gouttenoire et F.France.blogspot. La Cour constate l’absence de dénominateur commun en ce domaine justifiant « une grande latitude de l’État …/… une large marge d’appréciation ». 10074.. J. en refusant au requérant en raison de son homosexualité. 2.G. II. la loi française de 2002 sur l’accès aux origines des personnes adoptées et des pupilles de l’État constitue un progrès insuffisant pour ménager un juste équilibre des intérêts car la réversibilité du secret de l’identité de la mère est conditionnée par son acceptation préalable de sorte que même après sa mort.L’article 2 porte sur l’application territoriale et l’article 3 précise que les article 1 et 2 sont des articles additionnels à la Convention. Sudre. entré en vigueur le 1/4/2005 reprend à l’article 1-1 les motifs de discrimination interdits par l’article 14 et stipule au paragraphe 2 que « nul ne peut faire l’objet d’une discrimination de la part d’une autorité publique quelle qu’elle soit fondée notamment sur les motifs mentionnés au paragraphe 1 ». 10649. 2003. Le juge Costa dans 1. II. 3. Gouttenoire et F. elle est liée à la grande marge d’appréciation. car l’État est mieux placé que la Cour pour « prendre en considération les intérêts de la société dans son ensemble … /… pour évaluer les sensibilités et le contexte locaux ». Sudre.P. la Chambre juge par quatre voix contre trois par arrêt du 26/5/2002. Sur l’affaire Fretté c. 2002.com/ . J. France (requête 36515/97). l’agrément préalable à l’adoption d’un enfant 2 . Quant à la proportionnalité. Mais l’on conviendra ici que la seule limite parait être alors le garde fou de l’article 14 encore qu’il soit en vérité illusoire puisque l’ampleur de la marge régit la proportionnalité et gomme la discrimination3. France.P. si elle n’y a pas consenti de son vivant1.le sens de la liberté Pour les juges dissidents. il est impossible de lever le secret. On notera que le Protocole additionnel n°12.C. 158 http://fribok. GACEDH p.

Dans leur opinion partiellement dissidente commune. et la solution dépend de l’éclairage. constatant quelques dérapages mais pas de racisme. tout en approuvant certaines des recommandations. Elle a prôné une laïcité ouverte. pour interdire à l’université d’Istanbul le port du foulard islamique2. S’ils conviennent d’une « certaine marge » sur une question qui fait débat. Ainsi encore en matière de port de signes religieux1.com/ . 2. Au Québec. estiment qu’il y avait violation de l’article 14 car le motif unique du refus était l’orientation sexuelle du requérant et la différence de traitement dénuée en l’espèce de justification objective et raisonnable. Il y a des éléments dans les deux sens. Fuhrmann et Tulkens. ou sur l’importance du ‘contrôle européen’ qui lui incombe. la Commission Bouchard-Taylor a rendu le 22/5/2008 son rapport sur les pratiques d’accommodements raisonnables. selon que l’on met l’accent sur la subsidiarité du rôle de Or la Cour a précisément insisté sur sa volonté de ne pas se substituer à l’État. Burgorgue-Larsen et E. ils sont en désaccord avec la majorité qui a conclut à l’absence de dénominateur commun « ouvrant la voie à une totale marge d’appréciation des États ». à la lumière des exigences de la laïcité turque et du maintien de l’ordre public. Parmi de nombreux commentaires. les juges Bratza. Le Parti Québécois. « Le port du voile à l’université.blogspot. libres propos sur l’arrêt 159 http://fribok. Dubout. la Grande Chambre s’est fondé dans son arrêt du 10/11/2005 dans la retentissante affaire Leyla Sahin c. pour accorder à l’État turc une large marge d’appréciation. de xénophobie ou de discrimination.marie-françoise labouz – restrictions permises des libertés son opinion partiellement concordante convient que la balance pouvait pencher de l’autre côté : la Cour européenne des droits de l’homme. Turquie (requête 44774/98) sur « la diversité des approches nationales » en matière de réglementation. Enfin. L. Dès lors le critère de proportionnalité dit encore la 1. a dénoncé l’absence de solutions pour préserver l’identité québécoise et réclamé des « balises juridiques ». ils abordent la question de la marge d’appréciation sous l’angle de la proportionnalité.

pour la juge Tulkens. ne s’applique pas. En comparaison. Pedone. Quant à la violation alléguée de l’article 2 du Protocole 1 sur le droit à l’instruction. IHEI de Paris.com/ . rejetant la requête en annulation d’une circulaire ministérielle exigeant une photographie d’identité « tête nue et de face » Voyez aussi l’arrêt de la Cour suprême du Canada dans l’affaire Multani c Commission scolaire (2006)1 RCS 256 CSC 6. Ben Achour.Mais le contrôle de la Cour s’en trouve d’autant plus réduit qu’ici l’énumération exhaustive des ‘buts légitimes’. l’objet d’un consensus européen : dans tous les États de la Convention. sous réserve d’un accommodement raisonnable : le kirpan scellé à l’intérieur des vêtements. elle juge par seize voix contre une qu’il n’y a pas eu violation de l’article 2 du Protocole 1. 183-215. Le rapport de proportionnalité lui ayant déjà paru raisonnable sous l’angle de la liberté religieuse. p. le foulard islamique n’est pas interdit à l’université . la Cour note qu’il n’est pas absolu et supporte des « limitations implicites … Par conséquent. La juge Tulkens dans son opinion dissidente relève d’abord que la réglementation du port du foulard islamique fait sur un point essentiel en l’espèce. Revue Trimestrielle des Droits de l’Homme. à la différence des articles 8 et 9 de la Convention. l’étude de Y. de même que les articles 8.les autorités nationales jouissent en la matière d’une certaine marge d’appréciation » . 10 et 14 de la Convention. la Cour en liant le port du foulard islamique à l’atteinte à la laïcité a pris de la Grande Chambre Leyla Sahin c.blogspot. 2005. 160 http://fribok. La Cour suprême annule la décision de la Cour d’appel qui avait estimé que l’interdiction du port du kirpan (poignard) à l’école par un écolier de religion sikh orthodoxe entrait dans les justifications des atteintes à la liberté de religion.Par ailleurs. Turquie du 10 novembre 2005 ». voyez l’ordonnance n°289947 du juge des référés du Conseil d’État français du 6/3/2006 Association United Sikhs et Shingara Mann Singh. 2006 /66.le sens de la liberté Grande Chambre ne doit pas priver de sens la réglementation interne de l’université et l’article 9 n’a donc pas été violé juge la Grande Chambre par seize voix contre une. 93 p. admises par la Charte canadienne des droits et libertés et la Charte québécoise. Pour une analyse d’ensemble de la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme et la liberté de religion.

La requérante observait des pratiques salafistes. la Cour Constitutionnelle turque a annulé le 5/6/2008 par 9 voix contre deux. le Conseil d’État dans un arrêt du 27/6/2008. Dans l’affaire Broniowski c. Depuis lors sur fond de crise entre les kemalistes présents dans la magistrature et l’armée et les conservateurs islamiques. Selon une anthropologue du fait religieux. Belarus. Dounia Bouzar. c’est valider la définition de l’Islam des intégristes et renforcer leur pouvoir » in le Journal Libération du 18/7/2008. Le Conseil d’État se fonde sur le Code civil et le défaut d’assimilation autre que linguistique. c’est respecter l’Islam. Lituanie). pour violation du principe de laïcité.marie-françoise labouz – restrictions permises des libertés parti en réalité dans un débat politique. et notamment avec le principe d’égalité des sexes ». abandonnés depuis la fin de la seconde guerre mondiale pour être transférés aux pays limitrophes (Ukraine. incompatible avec les valeurs essentielles de la communauté française. alors que le port du foulard n’est pas univoque et qu’en l’occurrence l’étudiante ne troublait pas l’ordre public1.La Cour Constitutionnelle turque a finalement rejeté en juillet 2008 d’une courte majorité la demande d’interdiction de l’APK. lié à l’indemnisation à grande échelle des biens situés autrefois dans les territoires orientaux de la Pologne.blogspot. « être choqué par une burqa. rejette la requête d’une marocaine mariée à un citoyen français. contre qui une enquête a été ouverte par la Cour en mars pour « activités anti laïques ». Pologne. puisque cela revient à s’étonner et à être persuadé que la religion musulmane ne peut édicter ce type de conduite archaïque. ancien membre du Conseil français du culte musulman. Relier la burqa à une ’pratique’ de l’Islam. conformément au vœu du parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir. considérant que la requérante qui « possède une bonne maîtrise de la langue française. a cependant adopté une pratique radicale de sa religion. 161 http://fribok. En France. La Cour eu égard au « caractère structurel et systémique » de la question complexe 1. objet d’un arrêt de Grande Chambre du 22/6/2004 l’ampleur de la marge nationale est justifiée par le caractère exceptionnel du contexte historique. celui de la lutte contre le fondamentalisme. politique et administratif. contestant le refus d’octroi de la nationalité française. la loi constitutionnelle votée le 7/2/2008 qui aurait autorisé le port du voile islamique dans les universités.com/ . portait la burqa et vivait recluse.

Tavernier. 162 http://fribok. 2005. Sudre et H. 758 et 809. La Grande Chambre se livre d’abord à un examen de droit comparé des législations électorales européennes. parmi de nombreux commentaires. p. Est en cause le seuil électoral de 10% qu’impose la législation turque pour les élections nationales. Mais ne pourrait-on ici considérer qu’il y a au contraire consensus européen en faveur de seuils moins élevés voire inexistants destinés à ne pas entraver l’alternance politique et en principe la marge nationale devrait être alors restreinte comme le recommande l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe ? Mais la Grande Chambre maintient sa jurisprudence sur la marge élargie des États. Surrel. P. compte tenu de la variété des régimes électoraux. ce qui fait apparaître que seuls quatre États seulement ont adopté des seuils élevés.blogspot. Et la Grande Chambre l’approuve car. p. Le gouvernement turc soutient donc classiquement que « le seuil en question constitue une mesure proportionnée qui relève principalement de son ample marge d’appréciation ». F. 137 requêtes pour violation de l’article 1 du Protocole 1. nonobstant l’absence de référence explicite aux buts légitimes. Il y a place pour des ‘limitations implicites’ et les États contractants doivent se voir accorder une large marge d’appréciation en la 1. Journal du droit international. menaçant le mécanisme de protection de la Convention ) rend un « arrêt pilote » enjoignant la Pologne de prendre les mesures de redressement et de réparation à l’égard de tous les demandeurs1. Turquie ( requête 10226/03) conclut à la non violation de l’article 3 du Protocole 1 relatif à la libre expression de l’opinion du peuple sur le choix du corps législatif. La Grande Chambre confirme par treize voix contre quatre. la solution de la Chambre qui par cinq voix contre deux avait conclu à la non violation de l’article 3 du Protocole 1. GACEDH p 698 . « les droits garantis par l’article 3 du Protocole 1 ne sont pas absolus. 544 . 2005.le sens de la liberté posée ( 80000 personnes concernées. Un arrêt de Grande Chambre du 8/7/2008 dans l’affaire Yumak et Sadak c.com/ . Revue du droit public.

relative au droit à la liberté et à la sûreté. confirmant l’arrêt de Chambre1 et à l’unanimité qu’il y a eu violation de l’article 5-2 de la Convention. la Grande Chambre par arrêt du 29/1/2008 juge par onze voix contre six qu’il n’y a pas eu violation de l’article 5-1. il suffit que la mesure ne soit pas disproportionnée et que la restriction ne porte pas atteinte à la libre expression électorale.Les stratagèmes électoraux. Les juges Tulkens.Dès lors. 163 http://fribok.marie-françoise labouz – restrictions permises des libertés matière ». dans la mesure où le système électoral en cause leur parait dépasser manifestement la « très ample marge d’appréciation dont jouit l’État et va à l’encontre du but et de l’objet de l’article 3 du Protocole 1 ». Plus question de besoin social impérieux. Mais bien que la Grande Chambre reconnaisse d’une part que des seuils élevés soient excessifs d’une manière générale comme le pense l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe et que d’autre part la loi turque oblige les partis politiques minoritaires à des stratagèmes d’alliances peu recommandables. Jaeger et Sikuta rédigent une opinion dissidente commune. Il n’y a donc pas de violation de l’article 3 du Protocole 1. Leur opinion n’est donc que partiellement dissidente. Royaume-Uni (requête 13229/03). p. 1. Dans l’affaire Saadi c. Ils centrent leur désaccord sur l’insuffisance des correctifs et garanties . 2006/21. que la législation litigieuse offre à travers les coalitions électorales notamment. C. il est expliqué que les critères du contrôle des restrictions diffèrent des éléments traditionnels applicables pour les article 8 à 11 de la Convention. elle n’en considère pas moins. des correctifs suffisants et des garanties de contrôle constitutionnel. Paris. dans le cadre du « contexte politique propre de la Turquie » dans ces élections. in L’Europe des Libertés. « les alliances cachées » ne rendent pas le processus électoral transparent.blogspot. des élections libres. jouent « à cache-cache avec les électeurs » et ne peuvent s’accorder avec les valeurs conventionnelles. Vajic. Seule leur ultime conclusion laisse perplexe dans sa rédaction ambiguë à nos yeux.com/ . 23-24.

la mesure de rétention de sûreté ne figure pas parmi les exceptions au principe de l’interdiction de la privation de liberté ». 1840-1847 . Lors de la saisine du Conseil Constitutionnel français portant sur le projet de loi relatif notamment à la rétention de sûreté. sur avis d’une commission pluridisciplinaire. un médecin irakien. Mayaud.le sens de la liberté Le requérant. si un tel dispositif était applicable. exigence constitutionnelle ou conventionnelle ? » JCP. « La non rétroactivité en matière de rétention de sûreté. La mesure de sûreté après la décision du Conseil Constitutionnel. 2008 actu.com/ . Mathieu. En effet. Actualité Juridique de droit administratif. les sénateurs firent valoir que « cette censure est d’autant plus bienvenue à prononcer que la Cour européenne des droits de l’homme ne manquerait pas de condamner la France. L’argument était celui de la Chambre des Lords en 2002. Toutefois le § 1 de l’article 5 contient aux alinéas a à f « une liste exhaustive des motifs autorisant une privation de liberté »2 . y compris le droit de placer les candidats à l’immigration en détention.166. Les États. à l’encontre d’une personne ayant purgé sa peine de réclusion criminelle de 15 ans ou plus pour des crimes de sang et présentant en raison d’un trouble de sa personnalité. P. disposent d’un « droit souverain indéniable » pour l’entrée et le séjour des étrangers sur leur territoire. 2008. 2008. En revanche les dispositions rendant ce dispositif rétroactif sont invalidées. Dalloz. a fait l’objet d’une détention administrative de sept jours dans un centre de rétention. 2008 p 714-716 . au regard de l’article 5 de la Convention européenne des droits de l’homme. Jan. B. La Grande Chambre approuve « la plus grande latitude » laissée au Royaume-Uni. Le Conseil Constitutionnel dans sa décision n° 2008-562 du 21/2/2008 invalide partiellement le texte. Le 25/2/2008. p. D. Le principe de la rétention de sûreté renouvelable. dit la Cour européenne.blogspot. La Grande Chambre dans 1. 2. demandeur d’asile. 1359-1366 . quelles pourraient 164 http://fribok. La rétention de sûreté à l’aune du droit européen des droits de l’ homme. prononcée par des juges. Roets. Voyez Y. le Président de la République Nicolas Sarkosy s’est adressé au Premier Président de la Cour de Cassation pour lui demander nonobstant l’article 62 de la Constitution française sur l’autorité des décisions du Conseil Constitutionnel. p. s’agissant du contrôle national de l’immigration1. Dalloz. une dangerosité et donc une probabilité de récidive est validée.

la procédure permettant à l’exécutif de détenir indéfiniment et sans procès des individus suspectés d’être des terroristes. à savoir gérer des milliers de demandes1 et dans la mesure où une détention de sept jours dans ce contexte lui parait raisonnable. La loi réformant la procédure des certificats de sécurité est entrée en vigueur 165 http://fribok. de banaliser la détention dans ces circonstances. En 2002 la Chambre des Lords avait estimé le nombre de demandes d’asile à environ 13000 par an et avait qualifié ces chiffres d’astronomiques. elle en conclut que l’article 5-1 n’a pas été violé. les juges Rozakis. dans l’affaire Charkaoui c. Comme la détention lui parait nécessaire au but déclaré du Royaume-Uni.exum. Voyez à titre de comparaison. reprochent aux juges de la majorité d’avoir abusivement assimilé les demandeurs d ’asile aux immigrants ordinaires considérés comme des « immigrants illégaux potentiels » au mépris des autres instruments internationaux. Canada ((2007)1 RCS 350.Reste alors à la Cour à confronter la détention à la « finalité générale de l’article 5 » sur la protection du droit à la liberté. Dans leur opinion dissidente commune.com/ .marie-françoise labouz – restrictions permises des libertés l’affaire Saadi considère qu’une entrée non dûment autorisée par l’État est irrégulière et relève de l’alinéa f sur une restriction à la liberté « pour empêcher une personne de pénétrer irrégulièrement dans le territoire ». Tulkens. 2007 CSC 9 (http://scc. sans examen des alternatives à la privation de liberté. d’autant plus qu’a été acceptée ici une durée de rétention de sept jours que la Cour « n’accepte généralement pas dans les autres hypothèses de privation de liberté »2. le requérant ayant été informé des motifs de sa détention que 76 heures après son arrestation. Spielman et Hirvela. rendu en février 2007. Kovler. 1. La Cour suprême invalide sur le fondement de la Charte canadienne des droits et libertés.ca).blogspot. 2. être les « voies juridiques » pour atteindre néanmoins l’objectif de protection des victimes. l’arrêt de la Cour suprême du Canada. Hajivev.umontreal. En revanche. l’une des exigences du § 2 sur « dans le délai le plus court » n’est pas satisfaite.

la Cour a interprété l’article 8 dans un sens dynamique « à la lumière des conditions d’aujourd’hui ».le sens de la liberté 4) Même en l’absence du consensus. la marge nationale peut être étroite La Cour depuis l’arrêt C. alors qu’ordinairement la Cour fait rimer l’absence de dénominateur commun aux systèmes juridiques. En 2002. 419 . 982 et s et 2005/4.blogspot. mais au nom des différences entre ces deux affaires. la Chambre s’est dessaisie en faveur de la Grande Chambre qui par arrêt du 22/1/2008. parmi de nombreux commentaires.Burgorgue-Larsen. il s’agit d’un refus de l’État le 22/2/2008. avec une large marge nationale d’appréciation et comme l’écrit F. Bruxelles. 2004. Bruylant. 1. ce fut l’existence d’une obligation positive du Royaume-Uni de reconnaître le changement de sexe qui fut déterminante dans la recherche du juste équilibre des intérêts en présence2. « De l’art de changer de cap. en 2008 de l’adoption d’un enfant par une requérante homosexuelle.B c. illustre cette marge étroite de l’État alors pourtant qu’il n’y a pas de consensus sur la question de société. Mélanges Gérard Cohen-Jonathan. 1139 et s.com/ . objet de débat : ainsi en 2002 s’agissait-il de la reconnaissance civile de la conversion sexuelle. p. France (requête 43546/02). Dans les deux affaires. France. Ici pour la Grande chambre. GACEDH p. Burgorgue-Larsen. 166 http://fribok. juge qu’il y a violation de l’article 14 combiné avec l’article 8. p. Royaume-Uni du 11/7/20021. comme dans l’affaire Odièvre c. Sudre avec « le refus d’ériger une obligation positive ». tome 1. renversant sa jurisprudence Fretté c. L’on mesure donc le changement. Revue du droit public 2003/4. France sur le secret de la naissance après un accouchement sous X. rendu par dix voix contre sept. en vérité d’un consensus en formation. Goodwin c. Lire aussi L. Dans l’affaire E. 2. libres propos sur les nouveaux revirements de jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme ». voire même en l’anticipant. Chronique de jurisprudence comparée sous la direction de L. p. 336-350.

religieuse. France (requête 64016/00) le 31/4/2006 illustre la variabilité de la marge nationale dans une même affaire selon qu’il s’agit pour la Cour de rappeler le principe général d’une marge de l’État « certaine mais pas illimitée ». comme en l’espèce.blogspot. que « la référence à l’homosexualité de la requérante était sinon explicite du moins implicite ». le juge Zupancic considère que l’article 14 est inapplicable car en l’espèce est en jeu un privilège et non un droit d’adopter un enfant. nonobstant le motif tiré de l’absence de référant maternel et paternel. intéresse la recherche historique sur les causes possibles de l’extermination des juifs d’Europe. Le raisonnement de la majorité est pour lui incohérent car tout en jugeant que la requérante ne dispose pas d’un droit.com/ 5) Le conflit d’objets et de normes .marie-françoise labouz – restrictions permises des libertés d’accorder l’agrément sans référence explicite au choix de vie de la requérante et par ailleurs celle-ci vit dit la Cour une relation « stable et durable » avec sa compagne. littéraire. La liberté d’expression a des objets divers qui se cumulent et peuvent entrer en concurrence : expression politique. Comme le gouvernement s’est abstenu de fournir des statistiques sur des refus fondés sur l’absence de référant maternel ou paternel. qui devient large si sont en cause des attaques contre des convictions religieuses mais qui est finalement étroite si. Plusieurs juges de la minorité sont en désaccord avec la majorité qui a conclu que l’un des motifs du refus d’agrément non conforme à la Convention ( l’orientation sexuelle ) « contaminait » la décision de refus. elle n’en conclue pas moins à la violation de l’article 14 qui ne protège que des droits. la Grande Chambre en conclut qu’un tel motif pénalise les célibataires. l’article de presse litigieux qui soumettait à la critique une encyclique pontificale. L’arrêt de section rendu à l’unanimité dans l’affaire Giniesky c. Dans son opinion dissidente. artistique. Sept opinions dissidentes et une opinion concordante sont jointes à l’arrêt. historique. La Cour 167 http://fribok.

blogspirit. les rites. sont en cause le droit de manifester garanti par l’article 11 sur la liberté de réunion et d’association et le droit de manifester ses convictions religieuses par le culte. Autriche.blogspot. relatif à l’origine des faits d’une particulière gravité constituant des crimes contre l’humanité. Dès lors « la condamnation du requérant du chef de diffamation publique envers la communauté des chrétiens ne répondait pas à un ‘besoin social impérieux’ » et la sanction parait disproportionnée compte tenu de l’importance du débat d’intérêt général1.le sens de la liberté considère « qu’il est primordial dans une société démocratique que le débat engagé. juge que les juridictions allemandes ont eu tort de se fonder exclusivement sur la notion de « personnalité absolue de l’histoire contemporaine » pour protéger. de conscience et de religion. 1. La Cour condamne l’Autriche par six voix contre une. l’autre silencieuse. alors que celle-ci n’exerce pas de fonction officielle et qu’il n’y a pas lieu à débat d’intérêt général. au nom de la mémoire de l’holocauste et du rôle criminel des SS mais interdite bien que non susceptible de trouver la paix du cimetière et celle des croyants Le juge Loucaides rédige une opinion dissidente estimant que la majorité n’a pas tenu compte de la marge d’appréciation de l’État et s’est substitué à lui. l’une autorisée d’anciens SS. malgré la notoriété de la princesse Caroline de Monaco. garanti par l’article 9 sur la liberté de pensée. les pratiques. la Cour dans son arrêt du 24/6/2004. Autriche du 25/11/1994 (A.com/archive/2006/02/07Cedh. puisse se dérouler librement ». 401. en l’occurrence la presse people au détriment de la vie privée de la requérante. http://frederic-rolin. Dans l’affaire Ollinger c. entre les contestations « gratuites et offensantes » d’opinions religieuses et celles qui participent d’un intérêt général. 168 http://fribok. Rolin.295-A. Elle réaffirme que « la recherche de la vérité historique fait partie intégrante de la liberté d’expression ». GACEDH p. Dans l’arrêt Von Hanover c. RUDH 1994 p 441). Allemagne.com/ . par arrêt du 29/6/2006 pour ne pas avoir préserver la coexistence de deux manifestations dans un cimetière de Salzburg. Pour une mise en cause de la distinction opérée par la Cour depuis l’arrêt Oto-Preminger-Institut c. F.

à travers la découverte voire la construction par la Cour du consensus européen. la Cour européenne dont le rôle est surchargé connaît aussi un taux record de décisions d’irrecevabilité. « la survie du mécanisme de protection juridictionnelle des droits de l’homme et la capacité de la Cour à faire face à sa charge de travail sont sérieusement menacées par une augmentation exponentielle du nombre de requêtes individuelles. en déployant de manière finalement empirique et donc évolutive. Ces deux facteurs induisent la variabilité irréductible dans l’espace et dans le temps des cas individuels et des solutions. sur les méthodes de travail de la Cour. Mais l’élasticité de la marge nationale d’appréciation et l’incertitude juridique qui en résulte ont d’abord pour conséquence un afflux dommageable de requêtes individuelles1. Cette évolution dramatique menace le bon fonctionnement du système de contrôle de la Convention. plus de 41000. Ce développement est évident depuis l’entrée en vigueur du protocole n° 11 et la suppression de la Commission européenne des droits de l’homme ». Le nombre total des affaires en cours est passé de 90000 à 103000. auteur d’un rapport en novembre 2006. chiffres extraits du discours du président de la Cour. l’interprétation dynamique de la Convention.blogspot. La marge nationale d’appréciation est rendue nécessaire par le pluralisme des systèmes juridiques et des données socio culturelles. La Cour européenne des droits de l’homme s’efforce de moduler voire de réguler cette variabilité.marie-françoise labouz – restrictions permises des libertés La conclusion sera brève. mais aussi la perception par la Cour 1. au Comité des ministres du Conseil de l’Europe. Selon le rapport de Lord Woolf de décembre 2005. un arsenal de paramètres pour atteindre ce qu’elle considère comme un juste équilibre des intérêts en présence. Jean-Paul Costa le 25/1/2008. en 2007.com/ . 250000. Pour le Groupe des Sages. Plus de 1500 arrêts ont été rendus sur le fond. Le pourcentage de requêtes ayant donné lieu à une décision d’irrecevabilité ou de radiation du rôle était en 2007 de 94 %. Enfin. En 2006. celles des 47 États contractants et des quelques 800 millions de citoyens. alors que par ailleurs. 169 http://fribok. 39000 requêtes nouvelles enregistrées . le nombre des affaires pendantes pourrait atteindre en 2010.

a soulevé en France une vive contreverse. Turquie du 13/2/2003. 528. p. F. Labbée. Dans l’arrêt Refah Partisi c.f/cahiers/ccc18/études5. Pour un premier commentaire. Dalloz. p. 101. dans un contexte. in La Cour européenne des droits de l’Homme a-t-elle une philosophie morale. 2008. adepte de la pratique du droit comparé. 99-1003. Pour J. 978 « Tantôt la Cour se comporte en quatrième degré de juridiction.com/ .htm . GACEDH.conseil-constitutionnel. 1389-1391. « La prise en compte de la Convention européenne des droits de l’homme par le Conseil Constitutionnel. p.le contexte contemporain d’épuisement de la fiction de la représentation et d’individualisation des opinions et des mœursoù la connaissance des positions morales du corps social à travers celles des détenteurs des pouvoirs sociaux n’est pas évidente ». ou bien privilégier les positions morales des détenteurs de pouvoirs sociaux. http://www.cit. tantôt au contraire elle privilégie le caractère subsidiaire du contrôle européen ». 2. continuité ou évolution ? » Cahiers du Conseil Constitutionnel. à l’aide de « bilans 1. Mbongo. 170 http://fribok. Un arrêt récent du tribunal de grande instance de Lille du 1/4/2008 annulant sur la base de l’article 180-2 du code civil français. épouse la position de la Chambre sur « l’incompatibilité de la charia avec les principes fondamentaux de la démocratie tels qu’ils résultent de la Convention ». en explicitant toujours plus dans la motivation de ses arrêts. op. « la Cour peut ou bien emprunter au stéréotype. n° 18. la Grande Chambre. Dalloz. la jurisprudence de la Cour européenne sur l’article 12 et le droit au mariage offre-t-elle une solution prévisible ? Les États disposent d’une certaine marge d’appréciation et la Cour ne fait porter son contrôle sur les législations nationales que dans la mesure où elles font effectivement obstacle à l’exercice du droit garanti. un mariage pour « erreur sur les qualités essentielles » de la conjointe musulmane reconnaissant son mensonge relatif à sa virginité. Flauss. L’on peut bien sûr espérer que la Cour européenne des droits de l’homme. p. Adriantzimbazovina. 2008.le sens de la liberté européenne de l’intérêt général ou même des valeurs morales1 pose la question de la nature intégrative ou non du mécanisme européen de protection des droits de l’homme dans son rapport aux pouvoirs publics nationaux 2. p. Pour P. P. tout en raisonnant au vu du contexte turc. parvienne à rationaliser la marge nationale d’appréciation. Lire J..blogspot. Dans un tel cas de figure.

2. G. Cohen-Jonathan et J.. Cf. pourfendeur de la composition aléatoire de cette instance2. Flauss (dir. la Cour européenne des droits de l’homme émerveille encore par quelques revirements récents de jurisprudence. en compensation de la disparition de la Commission européenne des droits de l’homme ou encore regretter aussi que le Protocole de réforme n° 141 n’ait pas retenu la solution du renvoi préjudiciel.F. 171 http://fribok. à l’instar de la Cour de Justice des Communautés européennes. comme le souhaiterait Mireille Delmas Marty ou regretter que le Protocole de réforme n° 11 n’ait pas retenu. L’on pourrait même. Sur les mécanismes du Protocole 14 non encore entré en vigueur en raison de l’exigence d’unanimité et de la non ratification pour l’heure de la Russie. la libérant de sa charge contentieuse pour mieux se consacrer à la cohérence de sa jurisprudence. 256 p. Bruylant/Némésis. pour certains. 2005.blogspot. chaire jean Monnet ad personam Université de versailles-St-Quentin-en-yvelines comparatifs et sociaux » la combinaison des paramètres qu’elle utilise. le pouvoir discrétionnaire des juges risque moins de tutoyer l’arbitraire que celui des États et en tout cas. voire même souhaiter voir supprimer la technique du renvoi devant la Grande Chambre comme l’a préconisé l’ancien juge Lucius Caflish. Les citoyens ne devraient-ils pas en être rassurés ?  1. les étudiants européens.com/ . relever le déséquilibre en 2007 dans la représentation des sexes : 12 hommes sur les 17 juges de la Grande Chambre. Bruxelles. Mais à tout prendre. note 2. l’institution d’un Avocat général.).marie-françoise labouz – restrictions permises des libertés Marie-Françoise Labouz Professeure de droit public. La réforme du système de contrôle contentieux de la Cour européenne des droits de l’homme.

On pense être une peu le père fouettard de la fête. le sujet est aussi complexe que pour un philosophe selon qu’on se place du point de vue des victimes. et sans nous ils ne seraient pas reconnus. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune. Une relation quasi incestueuse. 1er. Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Entre la liberté du plus fort. la DDHC de 1789. 173 http://fribok.com/ . de codifier le droit pénal. Sans eux. par l’intermédiaire de ses élus. D’autant que le criminologue a une relation fort peu morale avec les criminels. on ne peut que constater un fait : « la liberté absolue est une contrainte absolue ». nous n’aurions pas de travail. Revenons dont au texte fondateur.blogspot. « En présence et sous les auspices de l’Etre suprême. les droits suivants de l’Homme et du Citoyen sont reconnus : Art.liBerTé eT SéCuriTé  P arler des limites de la liberte dans un colloque sur ce meme principe est toujours difficile. puis des plus nombreux. Or ils ont un besoin considérable de reconnaissance. Pour un criminologue. expression de l’opinion du moment. des auteurs ou de la société qui a le monopole.

4.le sens de la liberté Art. Bergson rappelait. La Loi n’a le droit de défendre que les actions nuisibles à la Société. et nul ne peut être contraint à faire ce qu’elle n’ordonne pas ». Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’Homme. Il s’agit de définir une indépendance sous contraintes. Le principe de toute Souveraineté réside essentiellement dans la Nation. 3. qui résout les contentieux éventuels. nul individu ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément. 174 http://fribok. 2.com/ . Nul corps. dans un tout autre registre. le texte de référence répond parfaitement à la question en fixant des limites : « pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas a autrui ». la sûreté. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la Loi. La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi. En bref. la propriété. l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres Membres de la Société la jouissance de ces mêmes droits. et la résistance à l’oppression. Art. Tout ce qui n’est pas défendu par la Loi ne peut être empêché.blogspot. de l’éducation de ses enfants. La liberté révolutionnaire de 1789 est donc d’abord une liberté régulée. expression de la volonté générale. que : «On appelle liberté le rapport du moi concret à l’acte qu’il accomplit» (Essai sur les données immédiates de la conscience). de la gestion des altérités subies en dehors du foyer. dans tous les domaines. 5. La volonté est donc restreinte. qu’il s’agit de sa vie personnelle. Ces droits sont la liberté. Et c’est la Loi. Art. Art.

est donc particulièrement fragile et tout entier soumis aux bouleversements du Monde. droit à la sûreté.alain bauer – liberté et sécurité Toutes nos libertés sont donc soumises à des contraintes ou à des contrats : naître.blogspot. ce serait la liberté du sage stoïcien ou spinoziste. se déplacer. L’équilibre instable entre ces deux mouvements. l’état de l’homme affranchi des contraintes internes. La liberté subie donc des accommodements plus ou moins raisonnables. La liberté « idéal ». fabrique complexe de l’opinion. payer l’impôt. on a désigné tantôt un certain idéal. de manière essentiellement réactive. s’en font l’écho ou tentent d’influer sur cet équilibre en fonction des évènements. se soigner. édictées pour répondre à la demande supposée de l’opinion publique. en changer ou n’en choisir aucune. le spectaculaire masquant souvent la perspective générale. choisir sa religion. des passions ou des pulsions. mais pas toujours efficaces. la violence. plus ou moins rarement réalisé. 175 http://fribok. puis plus de sécurité. Sous ce nom. au nom de gesticulations nécessaires. tantôt un certain pouvoir inhérent à la nature de l’homme. les contraintes les plus fortes. Selon Emmanuel Leroux présentant une remarquable communication sur le « sens de la liberté » devant la société française de philosophie il y 70 ans. résistance à l’oppression et droit de propriété. s’éduquer. Au fil de révoltes face à l’injustice. des phases d’inertie naturelle s’intercalent dans les mouvements pour plus de liberté. enfanter. en sont les éléments les plus visibles et qui provoquent. le terme de liberté a été employé dans des sens très différents. travailler. Les médias. se marier. … Et toutes ses libertés ont connu des phases de progrès et des contraintes nouvelles établies par des sociétés de plus en plus sophistiquées et de plus en plus vulnérables. La colère.com/ . dirigé par la seule raison. en fonction de notre capacité à accepter les différences ou à subir les agressions.

dit-il. on se demande si l’acte accompli aurait pu ne pas être. deux directions opposées. Mais Bergson n’en écarte pas moins la conception du librearbitre en tant qu’elle prétend caractériser la liberté par une égale possibilité de deux actions contraires.le sens de la liberté Quant à la liberté « pouvoir ». le pouvoir d’opter entre des possibles dont aucun ne s’impose nécessairement. il en a fait une critique profonde. repose d’après lui sur une symbolisation géométrique de la vie psychologique. si elle veut interpréter l’activité humaine dans toute sa profondeur. et qui fausse celle-ci.com/ . seulement « par un effort d’imagination » ou « par abstraction ». du fait qu’il est doué d’intelligence. il y a l’activité continue d’un moi où l’on peut discerner. où il montre les raisons de l’écarter : la représentation d’un moi indifférent. On a soutenu que cette notion ne répondait pas à la nature intime de la vie. Depuis assez longtemps la réfutation du libre-arbitre est un exercice fréquent chez les philosophes : d’un côté. à modifier sa conduite en raison des idées qu’il acquiert. elle peut être entendue par l’aptitude que possède l’homme. presque définitive. Dès qu’on renonce à l’idée de cette équivalence. Bergson s’en est ainsi pris surtout au déterminisme dans son Essai sur les Données immédiates . hésitant entre deux voies contraires. il semble qu’elle n’arrive pas à s’en passer. Une sorte de libre-arbitre. C’est aussi le pouvoir d’agir sans être déterminé par des causes intérieures. Bergson va jusqu’à déclarer que toute définition de la liberté donnera raison au déterminisme. pour son 176 http://fribok. d’autre part. la pensée philosophique paraît répugner d’instinct à la notion du librearbitre et. Il n’en introduit d’ailleurs pas moins. En réalité il n’y a pas deux parties inertes ni deux tendances immobiles . Au sens de ce que Schopenhauer appelait la liberté intellectuelle.blogspot. C’est la liberté morale. Ainsi ce passage de l’Essai.

Chez Leibniz. on voit réapparaître la notion de liberté indéterminée. Bergson. après avoir déclaré que « la vie est. avant tout. Kant a senti que la liberté vraie devait être une liberté de choix . et puis il refuse de faire du choix une option entre des possibles pour le ramener à une sorte de position première du moi : « Il n’y a jamais devant moi. elle implique tout au moins un rudiment de choix ». aucun penseur n’a voulu plus nettement établir la thèse déterministe que Spinoza. insiste avec force sur la réalité fondamentale du choix. deux voies que je pourrais reconnaître et entre lesquelles je choisirais. mais en même temps. il a relégué cette liberté dans l’intemporel.alain bauer – liberté et sécurité compte. Et il précise : « Un choix suppose la représentation anticipée de plusieurs actions possibles ». parce qu’il concevait le monde des phénomènes comme régi par un déterminisme rigoureux. une tendance à agir sur la matière brute ». au cinquième livre de l’Éthique. En somme. Jaspers. à un degré plus ou moins élevé. Se représenter ainsi les choses. c’est faire tomber dans la sphère de l’objectivité ankylosée ce qui est vie existentielle. un des déterministes les plus résolus qui aient jamais existé. Dans L’Évolution créatrice. en tant qu’existantes. pour sa part. le dualisme peut se 177 http://fribok. ajoute « Cette action présente toujours. une conception qui prétend se distinguer des deux thèses traditionnellement opposées : l’acte libre est celui qui émane de la personnalité tout entière. on voit intervenir une notion de « bonne volonté ». » Face à ces arguments. Autrement dit. tout en signifiant que : « Satisfaire au commandement catégorique de la moralité est au pouvoir de chacun en tout temps ». aucun n’en a conçu de façon plus rigoureuse toutes les conséquences . les deux interprétations les plus importantes du dualisme intérieur me paraissent encore être ces deux interprétations classiques que sont l’interprétation hellénique et l’interprétation chrétienne.com/ . le caractère de la contingence .blogspot.

Le fichage progresse. Mais son équilibre naturel.blogspot. Et le consensus général imposée par les monothéismes a. La recherche de cet équilibre permanent. Le crime n’est pas un secteur en récession. soit à l’opposition de l’égoïsme et de la charité. a subi ses mutations. précarité. où pauv reté. au fil du progrès scientifique. Marges extérieures. de la modernisation des croyances. connaît des phases de tensions internes face à ce qui est considéré comme autant d’excès insupportables. en Occident. moins par sa nature que par les technologies nouvelles qui s’offrent à lui. génèrent des espaces de sécession. n’est pas une activité de tout repos. hier moderne. des lumières. ségrégation. ou l’Islam. le contrôle 178 http://fribok. relégation. entre progressistes sachant éviter les tabous absolus notamment dans le domaine génétique et partisans d’une morale stricte dans le domaine scientifique. l’ancien Monde et les espaces longtemps oubliés aux marges des Empires. entre laïques respectueux des croyances dès lors que rien de s’impose à la volonté intime et croyants. responsabilité face aux règles raisonnables et à la sanction des transgressions ? Tout notre droit pénal. Notre débat du jour n’aurait-il donc pas du porter beaucoup plus sur la Responsabilité dans la liberté ?. La violence a tendance à progresser même si historiquement son niveau est revenu à une zone d’étiage faible en Occident. provoqué une rupture entre le nouveau Monde. Responsabilité face aux lois injustes et aux traditions inacceptables. Ma rges intér ieu res. entre partisans de l’autorité pour préserver les fondamentaux de la vie en commun et libertaires prêt à tout pour garantir leur vision du progrès. du protestantisme.com/ . Le fond du libre-arbitre. marquées par les élans du christianisme.le sens de la liberté ramener soit à l’opposition de l’aveuglement et de la sagesse. c’est précisément l’opposition entre l’appel de l’idéal et les résistances à cet appel.

le plus complexe. entre le maître et le serviteur. Ce prédicateur talentueux vivant pleinement toutes les contradictions de son époque. s’est fait au cri du devoir . Disait Lacordaire. mis en exergue du programme de ce colloque. » « Tout ce qui s’est fait de grand dans le monde. comme laïque militant de conclure par trois autres citations de ce Catholique libéral et social. le plus ardu. et tout particulièrement de la IIème République Française. ne manque pas de se laisser hypnotiser par les réseaux sociaux promus par Internet. vivre libre avec les autres. c’est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit. Il nous faut donc vivre avec vigilance toutes ses contradictions pour maintenir cet équilibre instable entre liberté à développer et sûreté à garantir.blogspot. fournissant sur la toile des informations d’une intimité telle qu’aucun service de police ou de renseignement n’aurait jamais rêvé disposer. notamment chez les plus fermes partisans des libertés. Utiliser l’idéal pour maîtriser le réel. Une opinion dont une partie importante. tout ce qui s’y est fait de misérable s’est fait au nom de l’intérêt. entre le riche et le pauvre.alain bauer – liberté et sécurité citoyen. Le chemin le plus difficile. dans le respect mutuel. 179 http://fribok. a du mal à s’imposer hors de mobilisations de l’opinion. issues de ses prêches à Notre Dame : « Être libre. Et le seul à notre disposition. On me permettra. c’est se posséder soi-même.com/ . Entre le fort et le faible. Seuls l’usage des outils démocratiques et le renforcement des organismes de contrôle citoyens peuvent permettre de parvenir à cet objectif naturel.

Paris  180 http://fribok. qui devront alors s’imposer à tous.blogspot. en acceptant les contraintes nécessaires et en garantissant le droit à la révolte nécessaire contre toutes les oppressions.le sens de la liberté « L’égoïsme consiste à faire son bonheur du malheur de tous » Trois belles voies à suivre pour concilier la Foi.com/ . alain baUer criminologue. bref en construisant des lois justes. l’espérance et la volonté de vivre libre.

blogspot.com/ .TABle ronde Sur leS liMiTeS de lA liBerTé http://fribok.

sur le meurtre par compassion par l’affaire Latimer et la légalité du mariage entre personnes de même sexe par des arrêts des Cours d’appel et de la Cour suprême du Canada.PréSentation  vant d’écouter nos panélistes sur le sujet d’aujourd’hui. On peut mentionner quelques exemples plus récents : Le Renvoi sur la procréation assistée. sont-elles de compétence fédérale ou provinciale ? 183 http://fribok. les juristes et même le grand public. Les mesures qui relèvent du droit criminel et les autres mesures régulatoires relevant de la bioéthique. L’état du droit sur l’avortement a été déterminé par l’affaire Morgentaler. En fait.blogspot. sur l’euthanasie par l’affaire Sue Rodriguez.com/ A . Cette question doit préoccuper les juges. Toutes les questions socio-économiques controversées qui divisent la société se retrouvent sur la table des tribunaux. permettez-moi de faire quelques remarques préliminaires sur le rôle des tribunaux dans la gouvernance des États modernes. mais aussi les avocats. les tribunaux sont devenus partie prenante dans la gouvernance des états développés et modernes. Les exemples sont tellement nombreux qu’il est impossible d’en faire une liste exhaustive. et plus particulièrement au Canada.

mais qui.blogspot. sont devenues à la fois planétaires et instantanées.c. est-elle valide sur le plan constitutionnel ? Le regroupement forcé des unités d’accréditation dans le secteur de la santé et la limitation imposée d’un maximum de quatre unités de négociation est-il contraire à la liberté d’association garantie de la Charte canadienne selon Dolphin Delivery et. Les causes de ce phénomène sont multiples. la révolution des communications qui. nous sommes passés d’un régime de souveraineté parlementaire à un régime de primauté constitutionnelle. qui assure la primauté de la constitution et qui rend inopérante toute règle de droit incompatible avec celle-ci. Il crée le recours ou le « remède » à partir de sa compétence inhérente. En second lieu. • L’article 24 qui donne au juge le pouvoir d’accorder la réparation qu’il estime juste et appropriée dans les circonstances. les instruments de droit dont la Charte canadienne et la Charte québécoise qui ont profondément modifié le mode de gouvernance du pays. d’une part. garantit les droits et libertés. On peut faire deux réflexions immédiatement : 184 http://fribok. surtout.le sens de la liberté La création d’une commission canadienne des valeurs mobilières. par ailleurs. grâce à la technologie moderne. Le débat judiciaire est souvent parallèle au débat politique.com/ . • L’article 1 qui. Au premier chef. Nous n’avons pas fini d’évaluer les conséquences d’un tel phénomène sur les populations. Deux dispositions ou plutôt trois sont essentielles dans ce changement : • L’article 52 C. permet de les retreindre par une règle de droit dans les limites raisonnables et dont la justification peut être démontrée dans une société libre et démocratique. selon la décision récente de la Cour suprême dans Health Services.

Le thème de la table ronde est la limitation des droits. ont eu tendance à donner une portée assez large à chacun des droits. Or. Ce Nouveau Monde. etc. cette nouvelle culture posent des défis considérables aux avocats. sondages d’opinion. les causes types. les tribunaux et la Cour suprême notamment. évitant le piège de restreindre les droits par une définition trop étroite. aux juges. Les instruments de droits sont généralement rédigés dans un style de droit civil par opposition à un style de common law. Depuis l’introduction de la Charte en 1982 dans notre droit. mais également un contrôle de conformité des lois aux droits et aux libertés fondamentaux. notamment par les recours collectifs.) au détriment de la démocratie représentative et de la crédibilité et de l’autorité des hommes publics. On peut affirmer sans se tromper que durant les 25 premières années de l’interprétation de la Charte. les renvois et les recours multiparties. Est-ce qu’on peut envisager d’ores et déjà un phénomène semblable quant à l’autorité des tribunaux ? Possiblement. comme la liberté de religion. en précisant le contour de chacun des droits. blogues. la collectivisation des recours procéduraux facilite les contestations judiciaires. mais c’est peut-être trop tôt pour le dire. les droits et les libertés sont énoncés en termes généraux.com/ • . Il s’ensuit que les tribunaux ont la tâche de définir le contenu des droits. aux juristes.michel robert – les limites de la liberté / présentation Le caractère interactif des communications donne un nouveau pouvoir aux citoyens (empowerment) et une tendance très marquée vers des formes de démocratie directe (référendums. Il faut y réfléchir et s’y préparer.blogspot. nos tribunaux exercent non seulement un contrôle de légalité. • Enfin. 185 http://fribok.

plus difficiles à limiter. selon elle. Il s’agissait ici d’un conflit entre. qui est cependant un véritable couteau recourbé. on augmente la possibilité de conflit entre deux droits garantis par la Charte. Il s’agissait ici d’un conflit entre la liberté de religion et le droit à la sécurité de la personne garanti par l’article 7. les « souccahs » requises à une certaine période de l’année. semblent. d’autre part.blogspot. D’abord l’affaire du kirpan où un élève sikh voulait porter en classe la dague de cérémonie. la liberté de religion et. à première vue. 186 http://fribok. À cette fin. une tendance lourde. La Commission scolaire s’opposait parce que. cela représentait un danger pour les enfants. Il est à prévoir que le second quart de siècle de l’interprétation judiciaire portera principalement sur les conflits de droits. Trois exemples jurisprudentiels serviront à illustrer mon propos. et c’est là sans doute.le sens de la liberté Or en ce faisant. comme les droits démocratiques. nous sommes appelés à trancher des conflits de droit. tout en recherchant un équilibre délicat entre deux droits protégés. La Cour suprême a tranché en permettant le port du kirpan dans un fourreau de bois cousu dans les vêtements. d’une part. des juifs orthodoxes voulaient ériger sur leurs balcons dans un édifice à logements de prestige. nous disposons de l’article 1 de la Charte qui nous permet de limiter l’exercice d’un droit.com/ . Jusqu’ici la Cour suprême du Canada n’a pas cédé à la tentation de créer une hiérarchie des droits . la règle de la force obligatoire des contrats. La Cour suprême du Canada infirmant la Cour d’appel a fait prévaloir la liberté de religion. Depuis quelques années. car il est formulé dans une prohibition de discrimination applicable à l’ensemble des droits. La déclaration de copropriété défendait ce genre de construction. Dans l’affaire Amselem. Le droit à l’égalité également est peut-être aussi dans une catégorie à part. quoique certains droits.

Encore là.michel robert – les limites de la liberté / présentation Enfin. mais par des arguments de droit administratif.com/ . On le voit facilement. Honorable j. dans l’affaire de Val-Morin. le rôle des tribunaux sera crucial dans les années qui viennent pour faire les nouveaux équilibres dans ces conflits de droit et contribuer à maintenir une société paisible et diversifiée. Un problème semblable s’est posé dans le conflit opposant les témoins de Jéhovah et la municipalité de Lafontaine à propos de l’érection d’une Salle du Royaume.j. Michel robert juge en chef du Québec  187 http://fribok. Le conflit a été tranché en faveur des témoins de Jéhovah. une autre congrégation juive orthodoxe avait construit une synagogue et une école talmudique dans une zone résidentielle. Cette fois. la Cour d’appel a fait prévaloir le droit des citoyens à la planification du territoire.blogspot. il s’agissait d’un conflit entre liberté de religion et la planification du territoire par les collectivités locales.

nous sommes surtout confrontés au défi de la protection des convictions minoritaires contre les prétentions des religions 1. 2008.La déconFeSSionnaLiSation ScoLaire aU QUébec et L’articLe 41 de La cHarte deS droitS et LibertéS Liberté reLigieUSe et Liberté de cHoix  ans son essai le plus récent. Liberty of conscience. Martha C. la tradition du respect égal de toutes les croyances ne s’implanta que très progressivement en Amérique au cours du dix-neuvième siècle. Malgré que ce principe ait été lui-même le fruit de la réflexion européenne sur la tolérance et la liberté religieuse depuis les écrits de John Locke. interdisant au gouvernement d’endosser une religion particulière. Liberty of Conscience. ou de promouvoir la religion à l’encontre de la non-religion. Passant en revue l’histoire constitutionnelle du principe d’égalité. Nussbaum. elle met en relief l’importance du XIVème amendement de la Constitution américaine. Basic Books.com/ D . In Defense of America’s Tradition of Religious Equality. 189 http://fribok. New-York. Nussbaum propose une intéressante discussion des limites de la liberté religieuse aux États-Unis1.blogspot. Dans ce tableau. Martha Nussbaum rappelle comment le domaine du libre exercice de la religion a conduit à la notion d’accommodement raisonnable et son étude met en lumière les nombreuses étapes du progrès vers un respect intégral de la liberté de conscience. la philosophe américaine Martha C.

d’une réflexion satisfaisante sur la liberté religieuse et ses limites ? Quelle est la différence entre la liberté religieuse et la liberté de conscience ? Ces questions sont à la fois vastes et précises : malgré l’ampleur de leur domaine d’application. je discuterai plutôt les revendications de ceux qui se présentent comme les représentants de la majorité catholique et qui s’estiment 1. Le rapport de la Commission de consultation sur les pratiques d’accommodement reliées aux différences culturelles. 190 http://fribok.com/ . notamment dans la pratique de l’accommodement en milieu scolaire. elles sont au fondement d’articles de nos chartes et l’évolution de la jurisprudence nous permet d’en clarifier le sens et la portée au fur et à mesure que des recours sont présentés devant nos tribunaux. c’est d’abord parce qu’elle se situe sur le terrain philosophique où je souhaite intervenir : quels sont. Alors que la discussion libérale se porte surtout vers les droits des minorités et des religions autres que les confessions majoritaires. Si je me réfère à cette discussion au point de départ de ma présentation. Le temps de la conciliation. C’est ce défi qui rend nécessaire un plaidoyer pour l’éducation au pluralisme.blogspot. a été publié sous le titre Fonder l’avenir. Je m’intéresserai ici à un point particulier de ce dossier très complexe : la liberté religieuse dans l’éducation. Québec. présidée par Gérard Bouchard et Charles Taylor.le sens de la liberté majoritaires. les principes qui nous permettent de penser ce qui est perçu par certains membres de la société comme une restriction de leur liberté religieuse ? Disposons-nous. 2008. au cœur de la philosophie libérale. tenant compte de la tendance quasi irrésistible de l’esprit humain à promouvoir ses propres convictions comme positions supérieures ou seules vraies. Le motif de sa prise de position en faveur d’un principe d’égalité dans la défense de la liberté religieuse est très proche des raisons qui ont conduit l’année dernière aux travaux de la Commission Bouchard et Taylor1 et plusieurs des analyses de Martha Nussbaum pourraient trouver une application dans des cas similaires au Québec. en effet.

la modification de l’article 41 de la Charte québécoise des droits de la personne.georges leroux – liberté religieuse et liberté de choix lésés par l’avènement de législations laïques. Il sera utile. dans un premier moment. en juin 2005. Ce rapport. émanant de milieux traditionalistes catholiques.blogspot. un vaste consensus social s’est développé au Québec concernant la nécessité d’achever le processus de 1. 1999. Je ne discuterai pas ici de la représentativité des groupes dont je citerai l’opinion.com/ . relativement à la modification de l’article 41 et je présenterai ma position sur la revendication contestataire. Perspective nouvelle pour l’école québécoise. présidé par M. 191 http://fribok. Pour ces groupes. Québec. a été publié sous le titre Laïcité et religions. Jean-Pierre Proulx1. mais seulement les arguments qu’ils mettent de l’avant. Jean-Pierre Proulx. 1. Je discuterai ensuite les principes mis de l’avant par la Commission des droits de la personne dans son avis au Ministre. deux législations récentes apparaissent comme des limites intolérables aux droits de la personne : d’une part. Ministère de l’Éducation. et d’autre part l’introduction d’un cours non-confessionnel et universel d’éthique et de culture religieuse dans l’enseignement public et privé. faisant appel aux principes d’une philosophie libérale de l’éducation dans les sociétés multiculturelles. de présenter quelques éléments historiques pour préciser le contexte social dans lequel cette modification de l’article 41 a été introduite et qui a conduit également à l’implantation du cours non-confessionnel depuis septembre 2008 dans toutes les écoles primaires et secondaires du Québec. Je formulerai enfin quelques conclusions de nature philosophique. le contexte historique de la loi 95 S a n s r e v e n i r s u r l ’e n s e mbl e du pro c e s s u s d e l a déconfessionnalisation au Québec. Je note d’abord que depuis les États généraux de l’éducation et le dépôt du Rapport sur la place de la religion à l’école en 1999. il me semble important de rappeler deux points. publiques et privées. suite aux travaux de la Commission présidée par M. préparé par le Groupe de travail sur la place de la religion à l’école.

deux voies étaient possibles et furent reconnues par les commissaires. et le refus d’une approche qui dans un contexte de multiculturalisme croissant pouvait conduire à la fragmentation. conduisant progressivement à une déconfessionnalisation complète impliquant une séparation essentielle des responsabilités de l’État et des confessions religieuses dans la transmission des croyances religieuses . d’autre part.le sens de la liberté la déconfessionnalisation. une voie de neutralité. Ils privilégiaient ainsi la recherche d’une culture publique commune.com/ . telle que pratiquée dans certains pays d’Europe du Nord. une voie communautarienne. et la 192 http://fribok.blogspot. garantissant aux confessions religieuses un accès au soutien de l’État dans l’école publique selon le nombre. un choix adopté ensuite par l’État suite à une très vaste consultation publique. Lorsque nous relisons les documents qui ont jalonné ce processus. renforçant au sein de l’école l’unité de la société. En choisissant la première voie. pourvu que ce soutien soit offert à tous de manière égale. Le rapport était très clair à cet égard : les deux voies étaient pleinement et également respectueuses du principe de l’égalité. D’une part. Ce principe a fait l’objet d’une discussion approfondie. et cela incluant le statut de l’enseignement confessionnel dans le cadre scolaire. nous sommes amenés à constater que le principe déterminant de la déconfessionnalisation fut le principe d’égalité : toutes les religions pouvant prétendre également au même traitement par l’État. qui permettaient jusque-là le maintien des privilèges des catholiques et des protestants pour l’enseignement confessionnel sur les territoires couverts par l’Acte de l’Amérique du Nord britannique. et principalement le Rapport Proulx de 1999. les Commissaires faisaient appel à un principe complémentaire : la priorité du bien commun. Ce processus avait été amorcé en 2000 par le passage des commissions scolaires confessionnelles aux commissions scolaires linguistiques et poursuivi en 2005 par l’abrogation des clauses dérogatoires de la Constitution canadienne.

déconfessionnalisation complète et introduction d’un cours d’éthique et de culture religieuse.com/ . Dans les orientations ministérielles. La genèse du programme d’éthique et d’enseignement culturel de la religion. 2008. et il se relie à l’éducation civique. pour toutes les écoles publiques et privées. Québec. le Législateur a dans la foulée modifié un article important de la Charte québécoise des droits et libertés. à compter de septembre 20081. Les défis de la formation à l’éthique et à la culture religieuse. Ce cours qui vise des objectifs généraux de reconnaissance de l’autre et de poursuite du bien commun vient remplacer la structure optionnelle antérieure de l’enseignement confessionnel et de l’enseignement moral.georges leroux – liberté religieuse et liberté de choix consultation publique a montré qu’il recueillait une adhésion très majoritaire chez les citoyens. les nouvelles mesures législatives et les principes les justifiant Pour satisfaire les exigences de la neutralité et en vue d’une cohérence supérieure des textes fondateurs. que la position de l’État ne s’est pas limitée à une neutralité respectueuse du principe de l’égalité. 2. Presses de l’Université Laval. Ces deux mesures législatives. 193 http://fribok. La modification de l’article 41 de la Charte constitue un point essentiel du débat sur les limites de la liberté 1. associée au programme d’histoire. le Ministre ajoutait à la déconfessionnalisation une mesure complémentaire : l’introduction d’un cours obligatoire et universel d’Éthique et de culture religieuse. 7-17. pp. On trouvera une bonne synthèse de l’historique de ce cours dans l’étude de Jean-Pierre Proulx. Notons par ailleurs. et c’est un point déterminant. J’examine maintenant leurs arguments et je présente les principes qui nous permettent d’en débattre. de).blogspot. la Coalition pour la liberté en éducation. dans Jean-Pierre Béland et Pierre Lebuis (sous la dir. sont actuellement l’objet de contestations de la part d’une coalition qui se réclame de la liberté de choix. promulguées en juin 2005. pour compléter le dispositif normatif de la formation dans l’école québécoise.

leurs enfants convictions. tel que mis de l’avant dans la revendication de la 1. 194 http://fribok. puisque la disposition législative qui rendait possible cet enseignement était désormais rendue caduque par l’abrogation des clauses dérogatoires. Projet de Loi 95. une révision rendue nécessaire par la conformité avec l’ensemble de la législation sur la déconfessionnalisation du système scolaire. Dans la version de la Charte promulguée en 1975. Il n’était donc plus question d’enseignement confessionnel dans les écoles publiques. dans les établissements d’enseignement publics. cet article fut reformulé de la manière suivante 1 Les parents ou les personnes qui en tiennent lieu ont le droit d’assurer l’éducation religieuse et morale de leurs enfants conformément à l’intérêt de ceux-ci.le sens de la liberté religieuse. Deux éléments doivent être ici clairement distingués : d’abord. impossible de maintenir dans l’article 41 de la Charte québécoise une référence à l’enseignement confessionnel dans les écoles publiques. leurs convictions.com/ . « religieux ou moral conforme à leurs convictions ». Cette conformité fait l’objet du droit parental. ni d’enseignement moral offert dans un cadre confessionnel. cet article se lisait comme suit : Les parents ou les personnes qui en tiennent lieu ont le droit d’exiger que. reçoivent un enseignement religieux ou moral conforme à leurs Lors de la révision de la loi en 2000. le point central de la modification. Il était en effet. et c’est la notion d’un droit parental d’obtenir dans l’enseignement public un enseignement. et c’est le point central. Mais un élément complémentaire doit être souligné. dans le respect des droits de leurs enfants et de Cette modification très substantielle a pour effet d’annuler le droit des parents à obtenir dans l’école publique un enseignement confessionnel ou moral conforme à leurs convictions. dans le cadre des programmes prévus par la loi. Loi modifiant diverses dispositions législatives de nature confessionnelle dans le secteur de l’éducation. ensuite la question du droit parental.blogspot. conduisant à l’adoption de la loi 95.

ils devraient pouvoir maintenir une liberté de choisir un enseignement conforme à leurs convictions. 195 http://fribok. Est-ce bien le cas ? Aux yeux de ceux qui contestent la nouvelle formulation de l’article 41. et présentent moins d’objections à la déconfessionnalisation en tant que telle et à la perte des privilèges confessionnels historiques qu’à l’introduction d’un cours universel qu’ils jugent d’emblée. Le projet de loi 95 a donc deux conséquences importantes du point de vue des objecteurs : d’une part.georges leroux – liberté religieuse et liberté de choix Coalition pour la liberté en éducation. désormais. compte tenu de la revendication relative à la liberté de choix : les parents contestataires considèrent en effet que. ils ne sont plus les premiers responsables de l’éducation de leurs enfants1. contraire à leurs convictions et néfaste pour leurs enfants. il abolit l’ancien système confessionnel. 1. Dans la discussion de la déconfessionnalisation du système public. Manifeste de la Coalition pour la liberté en éducation. et d’autre part il les prive d’un enseignement conforme à leurs convictions. celle-ci représente une intrusion inacceptable de l’État dans l’éducation des enfants. Ils considèrent donc le nouvel article 41 comme une atteinte au droit parental. Avril 2008. même si rien dans cet article ne constitue une telle limite. Les parents ont perdu le pouvoir de décider pour leur enfant. décidera ce qui est moralement bien pour nos enfants.blogspot. et a priori. C’est l’introduction de ce cours qui constitue à leurs yeux une intrusion de l’État enfreignant leur liberté de conscience et de religion. Telle est la raison pour laquelle ils considèrent l’article 41 comme une limite de leur liberté.com/ . et ils plaident donc que l’État a une obligation de rendre possible ce choix. je citerai le manifeste de la Coalition pour la Liberté en éducation : En vertu de ce changement. ces deux points doivent être considérés distinctement. Mais avant d’entrer dans ce débat. nonobstant le processus de déconfessionalisation. L’État peut donc obliger les enfants à suivre des cours qui vont à l’encontre des principes ou valeurs familiales. c’est l’État qui.

y compris la sphère religieuse. publié en juin 2005. d’autre part. Ils exigent en conséquence le rétablissement de l’ancienne formulation de l’article 41 et ils demandent la réintroduction de l’enseignement confessionnel optionnel dans l’école publique. 196 http://fribok. dans le volet moral ou normatif de l’enseignement.le sens de la liberté Cette position se fonde sur deux principes qui méritent d’être examinés : d’une part. considéré comme un privilège historique. sur l’obligation faite par l’État de suivre un cours contraire aux principes ou valeurs de la famille. selon eux plus respectueux du principe de l’égalité. ils font prévaloir un principe de liberté de choix. les parents font valoir un droit parental.com/ . Ces parents ne s’opposeraient pas à un modèle communautarien. La contestation porte donc ici. la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse a proposé de distinguer quatre registres différents de la discussion. renonçant ainsi à un débat sur le principe et le fond. et ils accepteraient la coexistence dans l’école publique de plusieurs enseignements religieux confessionnels distincts. sans atteinte au principe de l’égalité ? Dans son avis au Ministre sur le projet de loi 95.blogspot. L’affirmation selon laquelle l’article 41 établirait un pouvoir de l’État sur la nature du bien moral pour les enfants est évidemment une formulation dépourvue de sens : de toute évidence. le mandat de l’école publique est le bien des enfants et l’État ne saurait s’en abstenir. comme la seconde phrase le précise. Il sera donc important de mesurer comment cette contradiction entre un cours non-confessionnel et des valeurs familiales peut être établie ou mesurée. Ces arguments peuvent-ils être considérés par le Législateur. garantissant un enseignement confessionnel selon l’appartenance à divers groupes religieux. selon les principes en cause : texte disponible en ligne sur le site web de la CLE. d’une exemption. au bout du compte. Le dossier public actuel montre qu’ils se satisferaient cependant.

3. l’État doit veiller particulièrement à ce que chacun soit traité avec égalité1. le droit à l’instruction publique pour tous doit respecter le principe de l’égalité. Les droits des parents. 2. puisque cet article établissait les droits des parents à « exiger » de l’État un soutien positif à un enseignement religieux et moral conforme à leurs convictions. reconnu comme principe.blogspot. cette exigence n’a plus d’objet. et le mandat délégué antérieurement à l’État par les Églises est désormais résilié. tout en n’ayant aucune obligation de mise en œuvre vis-à-vis quelque confession que ce soit. et qui ont comme corollaire l’impossibilité pour l’État d’introduire une contrainte en matière religieuse. Les deux premiers registres de la discussion font retour sur les articles 3 et 10 de la Charte : d’une part la liberté de religion et la liberté de conscience. Le contexte juridique canadien et la question des clauses dérogatoires. 1. Commission des droits de la personne et de la jeunesse. L’ensemble du domaine scolaire est en effet délesté de l’obligation de transmission de normes ou croyances religieuses. a cependant une responsabilité de protection de ces droits fondamentaux. Ces principes ont préséance sur tout autre et ils sont au fondement de la neutralité de l’État. Juin 2005. 197 http://fribok. c’est-à-dire n’introduire aucune discrimination fondée notamment sur la religion. considérés comme droits fondamentaux pour l’individu. Dans le domaine de l’accommodement raisonnable.com/ . le droit à l’égalité doit être interprété selon la Commission comme étant relié dans le cadre scolaire prévu par l’article 40 de la Charte : dit autrement. 4. en vertu du principe de l’égalité. celui-ci. Le respect de la liberté de conscience et de religion. Consultations particulières sur le projet de loi 95.georges leroux – liberté religieuse et liberté de choix 1. Par ailleurs. C’est ce double dispositif qui trouvait dans l’ancienne formulation de l’article 41 une interprétation décisive. Selon la nouvelle formulation. Le droit à l’égalité.

le Comité des droits de l’homme des Nations Unies a confirmé la possibilité pour l’État d’offrir un enseignement d’histoire des religions ou d’éthique. qui garantit aux parents le droit de « faire assurer l’éducation morale et religieuse de leurs enfants conformément à leurs convictions ». qui a mandaté un groupe de travail chargé de faire des recommandations sur les meilleurs moyens de soutenir cet enseignement et de former les enseignants dans un contexte de neutralité1. mais au contraire d’un texte fondant le droit des parents à mettre en œuvre.com/ . rappelle que cette formulation de l’article 41 se situait à très grande distance de l’obligation préconisée par le Pacte international relatif aux droits civiques et politiques (article 18. Selon cette formulation. qui garantit le respect des convictions des parents dans l’éducation de leurs enfants. et ils peuvent choisir les moyens d’assurer l’éducation de leurs enfants selon leurs convictions. De plus. 4) de l’Organisation des Nations Unies.blogspot. garantissant de la sorte le respect des convictions des parents dans l’éducation de leurs enfants. Cette position a été reprise par la Commission européenne. le principe en cause est le suivant : les parents doivent être protégés de tout endoctrinement. Cette approche se retrouve dans le Protocole additionnel à la Convention européenne des droits de l’homme (article 2). Ils sont publiés par le Bureau des Institutions 198 http://fribok. Il ne s’agit donc nullement d’un texte fondant le droit parental à obtenir de l’État la mise en œuvre d’un enseignement religieux confessionnel ou moral selon leurs convictions dans l’école. Ce groupe s’est 1. eux-mêmes ou en recourant aux moyens qu’ils jugent pertinents. pourvu qu’il soit offert de manière non-confessionnelle et hors de toute finalité d’endoctrinement. dans un avis (20 juillet 1993).le sens de la liberté Me Pierre Bosset. paragr. cette éducation. qui a préparé l’avis de la Commission. en réponse à des demandes des Nations Unies et de la Commission européenne pour faciliter l’enseignement sur les religions et les croyances afin de promouvoir la tolérance et la compréhension. Les Principes Directeurs de Tolède (Toledo Guiding Principles on Teaching about Religions and Beliefs in Public Schools) ont été rédigés et rendus publics à Tolède en juin 2007.

blogspot. Si nous tentons de mesurer la portée de cet argument dans la discussion sur les droits des parents. ODIHR) et l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE). La discussion publique qui a conduit à l’abrogation de ces clauses a été lente et pleine de précautions et suite aux délibérations de la Commission sur la place de la religion à l’école.com/ . et c’est aussi l’objet du consensus actuel. Il semble clair. En réclamant une liberté de choix. L’avis de la Commission des droits de la personne a donc recommandé la modification de l’article 41 et l’adoption du texte actuel en se fondant sur deux principes : d’une part. selon leurs convictions. nous voyons donc que la contestation actuelle se fait d’abord au nom d’un refus de la prérogative de l’État de promulguer un principe d’égalité qui aurait pour conséquence la perte des privilèges d’un groupe ou d’une confession. Or cette obligation non seulement n’existe pas dans la Loi de l’instruction publique. et non pas seulement de les protéger de l’endoctrinement ou de la discrimination de positions majoritaires. les parents contestataires argumentent comme si l’État avait une obligation de soutenir l’éducation morale et religieuse pour tous les parents.georges leroux – liberté religieuse et liberté de choix réuni à Tolède en juin 2007 et a rendu publiques ses constats et recommandations. une formulation universelle du droit à l’égalité. et d’autre part le respect de l’article 18 du Pacte international relatif aux droits civiques. 199 http://fribok. mais elle n’a jamais existé : les privilèges des confessions catholique et protestante résultaient d’un aménagement législatif. rendu possible par le recours aux clauses dérogatoires de l’Acte de l’Amérique du Nord britannique. elle s’est terminée par l’adoption de la loi 95 et la déconfessionnalisation du système public d’enseignement. que cette obligation ne fait aucunement partie des responsabilités de démocratiques et des Droits Humains (Office for Democratic Institutions and Human Rights.

cette position était non seulement fondée. Un examen de la littérature pertinente exigerait une longue analyse. où l’État pourrait se tenir pour obligé de ne pas favoriser la transmission d’une foi religieuse. L’ étude des religions dans les écoles. l’objectif complémentaire de la poursuite du bien commun vient confirmer cet argument. a été de le considérer tel. Münster. mais socialement sage et pertinente. dans un contexte libéral.com/ . Waterloo. Education and Religious Diversity. « Schriften aus dem Comenius-Institut. ensuite pour des raisons intrinsèques relatives à la neutralité de l’État. Mais ces raisons sociales ne sont pas des raisons fondamentales. Sir Wilfrid Laurier University Press. fondée sur la neutralité et l’égalité. LIT Verlag. Le principe de l’égalité possède une valeur absolue. 200 http://fribok. L’approche de protection et de vigilance. Towards Religious Competence. Scheilke et Peter Schreiner. Il est dès lors peu probable que l’argument dit de « liberté de choix » apparaisse au Législateur comme introduisant une restriction intolérable des droits des parents : la nouvelle formulation de ces droits dans l’article 41 représente une protection supérieure en fonction du principe de l’égalité. Diversity as a Challenge for Education in Europe. Band 3 ». je me contenterai de renvoyer aux nombreux travaux de Robert Jackson. Dans le cas du Québec. 2003. 1985 . voire d’une position non-religieuse hostile à la religion. Routledge Falmer. et elle renforce la neutralité de l’État. et le recueil préparé par Hans-Günther Heimbrock. est-elle suffisante. car le respect de la neutralité pourrait être promu comme principe même dans une société homogène et religieuse. L’expérience américaine.blogspot.le sens de la liberté l’État dans la philosophie libérale moderne1 : d’abord en raison des conséquences qui en découleraient pour l’application du principe de l’égalité. Londres. il ne le fonde donc pas. de Fernand Ouellet. Dans un contexte de pluralisme croissant. 2001. Christoph T. anglaise et canadienne. et la décision du Législateur. le recours à la liberté de religion et à la 1. pour rassurer les parents et garantir le respect de leurs convictions ? Dans la contestation de l’article 41. en mettant en œuvre les conclusions du Rapport Proulx. et notamment son livre International Perspectives on Citizenship.

à ce stade. Dans la discussion de ce recours. dans une présentation du programme. et non seulement comme le projet de rétablir l’ordre qui prévalait antérieurement. Je ne m’engagerai pas. 201 http://fribok. ces parents réclament donc de soustraire leurs enfants à un enseignement qui fait partie intégrante du Programme de formation de l’école québécoise. mais encore expriment-ils un doute et une crainte considérables vis-à-vis toute proposition d’un enseignement non-confessionnel de connaissances historiques ou anthropologiques en matière religieuse et morale.georges leroux – liberté religieuse et liberté de choix liberté de conscience doit être interprété comme un recours sérieux. révèle l’écart qui sépare la position de l’État de la position des contestataires. Cette exemption vaudrait autant pour le volet d’éthique du programme que pour le volet de culture religieuse. par dérogation. et à l’éducation de leurs enfants. un enseignement historique des religions ou des morales présente le risque d’une atteinte profonde à leur liberté de conscience. même dans une perspective non-confessionnelle. pour leurs enfants. parce que la déconfessionnalisation conduit à leurs yeux à la perte des privilèges de certains. Non seulement refusent-ils en effet une universalisation du droit à l’égalité.com/ . mais celui du droit des parents à assurer l’éducation de leurs enfants selon leurs convictions. je propose donc de le considérer sur la base des droits invoqués : l’article 41 peut-il satisfaire les parents qui craignent l’endoctrinement dans le nouveau système déconfessionnalisé ? C’est précisément sur ce point que le deuxième volet des mesures législatives. c’est-à-dire une interprétation de la nouvelle formulation de l’article 41. je tenterai plutôt de comprendre leurs arguments. Le principe auquel les contestataires ont alors recours n’est pas celui de l’égalité. et de créer pour eux un statut d’exemption.blogspot. l’introduction du cours d’Éthique et de culture religieuse. En réclamant le libre choix. Cette attitude de refus les conduit à demander l’exemption de ce cours. pour montrer qu’il ne présente aucun des dangers présumés mis de l’avant par les parents contestataires. Selon eux.

On peut lire à ce sujet les actes d’un colloque tenu à Oslo en septembre 2004. Ce doute mérite un examen plus détaillé que celui que je peux produire ici. notamment dans divers comités de la Commission européenne. Si cet argument est clair.com/ . la liberté positive de la croyance et de la conviction. Mais aucune obligation ne lui est faite de soutenir une association ou une conviction plutôt qu’une autre dans un contexte libéral. dans les matières morales et religieuses. Mais cette approche ne dispose pas de la position contestataire sur l’impossibilité de la neutralité. qu’elles soient ou non confessionnelles.blogspot. La limite de l’intervention de l’état est en effet une limite négative : l’État doit d’abord protéger toutes les personnes et associations de la discrimination et de toute manifestation d’intolérance. mais d’un doute radical porté sur la possibilité de la neutralité. Comme le montre Martha Nussbaum dans son livre. L’expérience norvégienne présente d’intéressantes similitudes avec le cas du Québec. respect and 202 http://fribok. et il est l’objet d’une très vaste littérature. ou d’être soumis à des environnements pluralistes ou considérés par eux comme moralement dégénérés. pour leur éviter. dont les arguments viennent ici en soutien de ceux que j’ai évoqués plus haut. celui qui concerne l’endoctrinement l’est en effet sans doute beaucoup moins : il ne s’agit pas d’un argument de principe. d’être exposés à la présentation de doctrines non-créationnistes de l’évolution. ou d’éducation conforme aux principes de telles associations. plusieurs pays de l’Union ayant décidé de procéder à l’implantation de modèles très semblables à celui du Québec1. sous le titre : Teaching for tolerance. exprimée par exemple dans la doctrine lockienne classique du droit à l’association religieuse ne saurait être confondue avec un droit au soutien de l’État pour toute forme d’association religieuse. par exemple. 1.le sens de la liberté C’est en effet très précisément ce principe du droit parental en matière morale et religieuse qui a été placé au centre de la discussion américaine sur le droit des « home schoolers » de soustraire de l’école publique leurs enfants. et il doit déployer à cet effet des moyens particuliers.

La neutralité. La neutralité ou l’objectivité ne peuvent certes. Voir par exemple l’étude de Roland Le Clezio. Rennes. et notamment la présentation de Oddbjørn Leirvik. Paris. On trouvera également une réflexion très riche dans l’ouvrage collectif. ce doit toujours être en association avec une doctrine rigoureuse de l’objectivité et de la neutralité des enseignants soutenue activement par l’État. Cette résistance semble en effet moins motivée par la crainte d’une neutralité manquant de rigueur que par la menace. une différence historiquement indéniable et toujours en évolution. 2007. 1.georges leroux – liberté religieuse et liberté de choix L’exemple de la Norvège. Nous sommes ici au cœur du débat : le doute sur la neutralité constitue-t-il en soi un argument susceptible de soutenir la prétention de ceux qui affirment que leurs droits fondamentaux sont brimés par un programme non-confessionnel ? Cette question mériterait une longue discussion. pour ne citer que celui-là. comme toutes les sciences humaines.com/ . Avec une préface de Régis Debray. Armand Colin.blogspot. et c’est donc ailleurs qu’il faut chercher les raisons profondes de leur hostilité au programme. nous montre que. en aucun cas. de la présentation du pluralisme moral et religieux en tant que tel. disponible en ligne. C’est en effet la différence des croyances religieuses et des systèmes moraux. à la pluralité des interprétations1. publié sous la direction de Dominique Borne et Jean-Paul Willaime. Même le domaine de l’histoire se révèle toujours ouvert. qui paraît ici l’obstacle majeur. 2006. On ne peut penser cependant que les objecteurs au programme n’aient pas conscience de cette évidence. Enseigner les faits religieux. si l’enseignement des principes humanistes de l’éthique et l’introduction à la réflexion critique sont préconisés pour l’école élémentaire et secondaire en même temps que l’introduction aux grands récits et aux traditions religieuses de l’humanité. Aux recognition in relation with religion or belief. constituer des idéaux aussi absolus dans les matières morales ou normatives que dans les matières scientifiques ou mathématiques. 203 http://fribok. Presses Universitaires de Rennes. à leurs yeux très réelle. Un défi pour l’école. Quels enjeux ?.

présentées de manière non-confessionnelle. la nouvelle formulation de l’article 41. s’appuyant sur ce qu’ils prétendent être la vérité de leur foi. nous pensons par ailleurs que la présentation du pluralisme et de la différence est non seulement possible dans nos écoles. mais qu’il ne peut être réfuté comme un simple argument : les parents qui expriment ce doute ont le droit d’être rassurés. au nom de la liberté religieuse et de la liberté de conscience. fondée sur la révélation. refusent pour leurs enfants la connaissance de la culture religieuse ou non-religieuse de ceux qui ne partagent pas leur croyance.com/ . en vertu même des principes de la philosophie libérale qui sont promus dans nos sociétés. mais qu’elle est essentielle à l’éducation de la jeunesse. est une attitude surprenante dans le monde contemporain. tous croyants catholiques et non pas membres de confessions minoritaires comme on aurait pu le supposer. l’éducation religieuse des enfants présuppose l’unicité de la foi religieuse et l’adoption d’une posture de vérité. Mais on peut certes la comprendre dans le contexte de l’évolution du Québec actuel. au sein 204 http://fribok. qui accède à une laïcité encore inconnue dans nos institutions et où subsiste une anxiété de disparition plus profonde qu’on ne le croit généralement. C’est donc sur la base d’une accusation de « relativisme » que ces parents attaquent. par exemple. selon ces parents. le relativisme conduisant irrésistiblement à une forme appuyée de cynisme.blogspot. mais qu’il doit absolument l’être. Le fait. Sous ce terme. Un programme non-confessionnel ne saurait donc. Nous voyons ainsi que le doute sur la possibilité de l’objectivité et de la neutralité exige non seulement une considération méthodique. que ces parents puissent librement. les croyances semblent toutes de même valeur aux yeux des jeunes. Nous pensons en effet qu’un programme non-confessionnel non seulement peut être neutre.le sens de la liberté yeux des parents contestataires. n’être que « relativiste ». Que des parents croyants. mais ils expriment aussi par là la crainte qu’aucune religion ne soit présentée comme dépositaire de la vérité. les parents placent d’abord leur crainte que.

ces parents expriment donc un désarroi authentique devant un enseignement qui ne reconnaît le privilège d’aucune confession religieuse et aborde toutes les religions de manière culturelle. voire sectaires. les deux finalités qui justifient la nécessité d’une éducation au pluralisme. 2007.georges leroux – liberté religieuse et liberté de choix de structures paroissiales. J’ai présenté moi-même un tel argument dans mon essai. constitue une position qui ne convaincra jamais les tenants de positions communautaires. Habitués à s’appuyer sur l’État pour transmettre la foi. Quand ces parents contestataires retournent un argument de neutralité comme celui que nous trouvons dans la nouvelle formulation de l’article 41 contre la position même de l’État. dans un contexte de transformation sociale1. Pour ces groupes. mais en fait l’exemption 1. mais la situation présente nous montre aussi que l’argumentaire social et politique en vue de la connaissance de l’autre et la poursuite du bien commun. Montréal. qui consiste à réclamer juridiquement un statut d’exemption. musulmanes ou autres. 205 http://fribok. juives. ne semble pas suffisant.blogspot.com/ . On peut être d’un avis contraire et penser qu’une telle interprétation de l’article 41 est une interprétation retorse. Éthique. On peut y lire un renoncement à la demande de libre choix. Fides. il y a un pas que la majorité hésitera à franchir. c’est-à-dire les privilèges d’une confession. Arguments pour un programme. La position de repli. ils montrent sans doute qu’ils ne prennent pas eux-mêmes au sérieux la volonté du Législateur de promouvoir à la fois la neutralité et la culture religieuse. la liberté religieuse et la liberté de conscience ne seraient respectées qu’en restaurant l’ordre ancien. culture religieuse et dialogue. De là cependant à tirer de cette crainte un argument se fondant sur la liberté religieuse. comme le font toutes les communautés actives au sein de notre société. mais elle équivaut au refus d’un programme universel. encore moins ses capacités d’endiguer l’endoctrinement. éduquer religieusement leurs enfants. est bien sûr une demande de compromis.

précises. La position du Gouvernement du Québec dans l’achèvement du processus de déconfessionnalisation du système scolaire repose sur un recours rigoureux au principe de l’égalité. Mes conclusions seront brèves et. Ce doute doit nous conduire à une rigueur supérieure concernant la mise en œuvre d’une authentique neutralité. Il me semble très difficile de contester la nouvelle formulation de l’article 41 de notre Charte en invoquant une atteinte à la liberté de conscience ou à la liberté de religion. ne rend possible ni les uns ni les autres. ensuite des arguments qui dans ce cas où le soutien serait restauré protégeraient l’égalité. qui est ici proposé dans un dispositif institutionnel où il renforce la neutralité de l’État eu égard au pluralisme religieux et moral. qui est un acquis de la laïcité moderne. qui a confirmé les analyses lucides du Rapport Proulx. je l’espère.blogspot. N’oublions pas que le programme a reçu du Législateur une consigne très claire : le christianisme. Une interprétation littérale du texte de l’article 18 du Pacte international. qui les inciteront à adhérer à une laïcité ouverte et généreuse. La situation actuelle. Il faudrait pour cela deux ensembles d’arguments qui ne semblent pas disponibles : d’abord des arguments pour renverser la position de neutralité. notamment de l’expression relative au 206 http://fribok.com/ . car ce programme est proposé comme un élément essentiel de l’éducation au pluralisme dan un contexte de neutralité et de laïcité.le sens de la liberté maintient cette demande de manière affaiblie. le judaïsme et les spiritualités amérindiennes doivent en constituer les domaines privilégiés. nous devons reconnaître que le doute porté sur l’objectivité dans les matières religieuses et morales doit être pris très au sérieux. On peut donc comprendre les raisons qui ont amené la Commission Bouchard Taylor à recommander dans son rapport l’implantation du programme d’Éthique et culture religieuse. par une obligation de soutien. Il faut espérer que la poursuite du débat public introduira des arguments qui seront de nature à rassurer ces parents. En revanche.

si un élève du secondaire est amené à lire Goethe ou Voltaire. dira-t-on que la seule mention de l’autre induit le relativisme et conduit à l’endoctrinement ? Nous savons que ces positions sont hélas représentées dans quelques milieux particulièrement inquiets de l’éducation morale et religieuse de leurs enfants. ne sont que des exemples des occasions où une certaine rigidité peut conduire à des excès dans la revendication de la liberté de conscience et de religion. tolérantes et soucieuses de l’égalité. si un élève du primaire est invité à remarquer que sur le territoire où il habite sont présentes à la fois des églises. des synagogues et des mosquées.georges leroux – liberté religieuse et liberté de choix « choix des moyens » peut en effet conduire certains à contester toute forme d’éducation ou d’enseignement pouvant avoir une portée morale. Par exemple. Comme Martha Nussbaum nous y invite.blogspot. La contestation actuelle de parents catholiques doit nous protéger de ce qu’elle appelle « overconfidence » : il ne suffit pas en effet de mettre en place des législations généreuses.com/ . nous devons concevoir notre responsabilité à l’égard de la liberté de conscience et de la liberté de religion d’abord comme une responsabilité de vigilance et de protection contre la tyrannie de la majorité. pourrait-on y trouver argument contre la liberté religieuse ? Si par surcroît on invite cet élève à réfléchir sur le défi de la coexistence commune et sur la reconnaissance de l’autre. La déconfessionnalisation appartient à ce corps législatif égalitaire et nous devons nous en réjouir. des arguments clairs en soutien de l’objectivité et de la neutralité dans notre rapport à la transmission du patrimoine moral et religieux de l’humanité autant que dans l’éducation éthique de la jeunesse. Le panthéisme romantique ou l’athéisme rationnel. pour ne rien dire de la réalité du pluralisme. spirituelle ou religieuse. pourrait-on y trouver argument contre la liberté de conscience ? Ou encore. Mais encore faut-il rendre possible l’avènement de cet espace public 207 http://fribok. sécularisées. Il nous appartient par conséquent de développer. comme le font partout actuellement aux Etats-Unis comme en Europe.

mais comme l’écrit Martha Nussbaum. cit. professeur émérite département de philosophie Université du Québec à Montréal  1. » georges Leroux. et il est essentiel qu’il ne soit pas un lieu catholique ou protestant ou athée. L’école constitue un tel lieu. Nussbaum. musulmans ou athées. mais un lieu civique où se rencontrent diverses conceptions de la vie bonne et où entrent en discussion les principes qui les soutiennent. . dans l’école. par des chemins divers. op. protestants. et ils respectent les ressorts de la conscience chez leurs concitoyens qui les conduisent à des conclusions différentes.blogspot. 362.le sens de la liberté pluriel où elle peut être mise en œuvre sans donner l’apparence de brimer « la liberté de choix » et sans causer une inquiétude déstabilisante à des groupes de la population qui n’en comprennent pas les motifs. Martha C. Mais ils reconnaissent que l’espace qu’ils partagent avec d’autres est un espace où existent des opinions différentes sur des questions ultimes.p. « non pas parce qu’ils n’enseignent pas ces valeurs à leurs enfants et les chérissent comme leur meilleur espoir personnel dans un monde confus. Tous les parents demeurent catholiques.com/ . cela ne devrait avoir aucune importance. 208 http://fribok. même quand ils jugent que ces conclusions et ces chemins sont profondément erronés1.

La liberté dont se réclame Rousseau n’est pas la liberté négative dont parlera plus tard Isaah Berlin (qui l’a trouvée. La liberté pour Rousseau est une liberté que j’appellerai républicaine. entre autres. c’est la loi qui permet de sortir des impasses de l’indépendance en nous libérant des rapports réels de dépendance matérielle qui nous lient les uns aux autres.blogspot. Liberté politique et indépendance s’excluent mutuellement. » (La Boétie. chez B. car le maître a des préférences arbitraires et la loi n’en a jamais. une liberté qui pose ses propres réquisits institutionnels. Contr’un). absence de toute immixtion d’autrui dans ma sphère d’action. entendue comme non interférence. Il maintient le sens premier d’eleutheria des grecs et de libertas des romains pour qui la liberté se définissait comme absence d’ esclavage qui consiste à vivre à la merci d’autrui « C’est un extrême malheur d’être le sujet d’un maître duquel on ne peut jamais être assuré qu’il soit bon puisqu’il est en sa puissance d’être mauvais quand il voudra .La Pire deS LoiS vaUt-eLLe MieUx QUe Le MeiLLeUr deS MaîtreS ?  orsque Rousseau écrit dans la 8ème Lettre de la Montagne : « la pire des lois vaut encore mieux que le meilleur des maîtres. il entend par loi une déclaration de la volonté générale sur un sujet d’intérêt commun et par maître le maître d’esclave. ». entendue comme absence de domination.com/ L . Il s’ensuit une critique radicale de la 209 http://fribok. Constant).

le peuple n’a jamais le pouvoir.com/ . l’assujettissement volontaire aux lois au nom de la liberté ne revient-il pas à se forger aussi des chaînes ? Hobbes n’a pas d’hésitation sémantique : eux-mêmes ont fabriqué un homme artificiel appelé République. l’origine réelle ce qui revient à la comprendre à la fois comme droit et comme fait. vendre choisir sa résidence etc. Ces liens qui n’ont par leur nature La liberté pour Hobbes réside dans ce que la loi passe sous silence. laissée à la discrétion d’un bon maître ne vaut-elle pas mieux qu’un assujettissement volontaire retourné en servitude surdéterminée? 210 http://fribok. La question recouvre alors une pertinence inattendue : une servitude indéterminée. XXI) de l’autre à leurs propres oreilles. la souveraineté du peuple étant proclamée.blogspot. Chaînes pour chaînes. ser vice forcé de l ’esclave ou assujettissement volontaire du citoyen aux lois. il s’agit d’en découvrir le titre juridique. acheter. La question que je pose dans cette intervention en fait surgir immédiatement une autre : si l’esclave emblématique a des fers et des chaînes.. l’assujettissement volontaire pourrait paraître préférable si ce choix ne se heurtait dans la réalité à des exigences excessives du pouvoir telles que la soumission à un bon maître peut sembler préférable (en effet . ils ont aussi fabriqué des chaînes appelées lois civiles qu’ils ont euxmêmes par des conventions mutuelles attachées au bout des lèvres d’un De même que les hommes pour se procurer la paix et par là se préserver homme ou d’une assemblée à qui ils ont donné le pouvoir souverain et propre aucune force. elle est mise en question comme source de misère et d’horreur.. il a des représentant qui gouvernent pour lui) . on peut néanmoins sous l’effet du danger qu’il y a à les rompre faire qu’ils résistent. (Léviathian. voilà l’alternative.le sens de la liberté propriété privée entendue comme fondement du lien social. II.

Tâche impossible. nous retombons sur la question circulaire : « qui éduquera les éducateurs du peuple ? » À la place du dernier maître de la série. C’est en consentant à la limitation d’une liberté naturelle sans limites que l’on conquiert la liberté légale. tenté d’y contrevenir. limitée. c’est sur cette loi de contrainte réciproque que s’édifie pour Kant la construction du concept de droit.paule-monique vernes – la pire des lois. En s’obligeant au respect de la loi. il faut ajouter avec Rousseau l’idée de mutualité des individus où ce que fait l’un affecte tous les autres : « Les engagements qui nous lient au corps social ne sont obligatoires que 211 http://fribok. il a donc besoin d’un maître qui limite sa volonté particulière et le force à obéir à une volonté universellement valable afin que chacun puisse être libre. mais à la simple réciprocité qui existe déjà normalement dans l’échange économique où ce que donne l’un est égal à ce que donne l’autre en retour... abusera à coup sûr de sa liberté à l’égard de ses semblables . Quel critère permet de distinguer servitude et assujettissement aux lois ? Une fois admis le postulat kantien : l’homme est un animal qui. cette liberté s’accompagne d’un droit de contrainte essentiel. Ce maître ne peut se trouver que dans l’espèce humaine et il est lui aussi un animal qui a besoin d’un maître qui doit être juste par lui-même. lorsqu’il vit parmi d’autres membres de son espèce.blogspot. De nouvelles questions s’ajoutent à la question initiale : 1. Kant la définit comme la faculté de n’obéir à aucune loi extérieure si ce n’est à celles auxquelles j’ai pu donner mon assentiment .com/ . C’est la réciprocité conquise sous la contrainte acceptée qui semble distinguer la servitude et l’assujettissement politique. le citoyen jouit par la même du droit d’y contraindre tout un chacun. il faut remplacer la fatalité d’une nature animale par le destin des groupes et la formulation de lois multiples qui ne me forcent pas comme la loi du maître mais m’obligent dans la mesure où j’y ai consenti. il faut mettre la loi ou plutôt les lois.

c’est pourquoi l’obéissancecontrainte réapparaît dans le cercle politique. si elle en reste à elle-même. l’administration y a mis sa marque. » Ce lien de l’obligation et de la mutualité est le pendant inversé de l’impossibilité de promettre d’obéir : On ne peut promettre d’obéir. comme il est. on ne peut que s’engager mutuellement . car le consentement est dans la résidence : en principe. à cette obéissance-contrainte à laquelle on a consenti ? C’est lorsque l’État est sans visage. L’État se montre ici sans visage.. comme obéissance à la loi qu’il se prescrit à lui-même.. la mutualité est inscrite dans l’obligation et non pas le seul consentement.le sens de la liberté parce qu’ils sont mutuels et leur nature est telle qu’en les remplissant on ne peut travailler pour autrui sans travailler aussi pour soi. toutes les libertés sont suspendues et la vie des personne de moins de 50 ans n’est plus garantie. cette liberté. 212 http://fribok. ne ferait que consacrer ce à quoi elle s’oppose. a fortiori un bon maître. fonde la possibilité d’un monde moral. Ce n’est pas le seul cas de l’État totalitaire mais aussi celui de l’État démocratique dans des situations dont le paradigme pourrait être les avis de mobilisation. la forme de cet ordre effrayant mérite attention.com/ . La liberté de chacun comme autonomie. N’est-il pas de situations où l’on préférerait un maître. À propos de la mobilisation générale du 3 août 1914 Alain écrit. elle ne ferait qu’entériner la violence diffuse dans la société. la plupart confidentielles. dans Le Citoyen contre les pouvoirs : Nous cherchions une décision et nous trouvons une circulaire recommandée . qu’il ne procède plus après débats et votes d’apparat. par des lois s’adressant à des citoyens mais par notes de service destinées à quelques milliers de fonctionnaires. C’est à peu près comme si on nous avait dit ceci : Pour des raisons administratives et conformément aux 3600 circulaires antérieures.blogspot. on peut toujours s’en aller.

il y a une différence essentielle qui le punit a étè faite en se faveur : un meurtrier a joui de la loi qui ce qui fait que la mort d’un criminel est chose licite. » Peut-être n’est-il pas nécessaire d’envisager ces extrémités pour préférer l’arbitraire d’une volonté dont on ne peut jamais s’assurer qu’elle soit mauvaise puisqu’il est toujours en sa puissance d’être bonne quand elle voudra. La délibération du maître peut se solder par une amnistie. 2) est mauvais ce que nous savons empêcher que nous possédions un bien. il y a toujours un espoir si mince soit-il. 2..blogspot. qui ne préférerait pas le meilleur des maîtres plutôt que de tomber sous le coup d’une loi. IV. déboucher sur une exception. Une fois la sentence prononcée.com/ . le face à face avec un maître peut sembler préférable. moins exceptionnelle qu’on le croit dans nos démocraties. C’est le cas d’une expropriation légale et d’une condamnation à mort ou à l’incarcération après délibération de l’organe judiciaire.. Dans cette perspective une loi peut être bonne en soi et mauvaise pour moi dans la mesure où elle me prive de la jouissance d’un bien ou réduit la puissance d’agir de mon corps. déf. c’est que la loi 213 http://fribok. La formule de La Boétie peut en effet être renversée. Une chose mauvaise entraîne une diminution de ma puissance d’agir et par conséquent un sentiment de privation et de tristesse. prête à le condamner à mort ? L’alternative est d’autant plus pressante que la loi est mauvaise pour moi ou en soi. aussi comme le conclut Alain : « Il n’y eut point de discours et chacun alla graisser ses bottes. Qu’est-ce qu’une loi mauvaise pour moi ? Selon Spinoza (Éthique. Face à la froideur bureaucratique et parfois kaf kaienne.paule-monique vernes – la pire des lois. le condamné à mort au nom de la loi n’est-il pas dans le même cas que l’esclave exécuté sur un simple claquement de doigt du maître ? Pour Montesquieu. L’État sans visage ne laisse aucune espérance.

La logique du raisonnement est impeccable à partir de ses prémisses mais ne peut-on pas considérer la peine de mort comme une expulsion sacrificielle et le remède mortel d’une société malade qui n’a pas su éduquer certains de ses membres ? Qu’un certain nombre d’États l’ait supprimée témoigne sans doute que la peine de mort est une loi mauvaise en soi. le vivant faisant tout. « un homme à qui on ferait son procès et qui devrait être pendu le lendemain serait plus libre qu’un bacha ne l’est en Turquie ». qui part de Hobbes pour aboutir à Kelsen. elle est en deça ou par delà le bien et le mal. il ne peut Alors. Le positivisme juridique est l’idéologie de l’omnipotence du législatif que signale Tocqueville (DEA. non pour se conserver mais pour s’accroître. la validité objective du droit positif n’est que relative. le juste et l’injuste : il faut obéir à la constitution qui est en gros et de façon générale efficace. 2). c’est la loi. l’essence de la loi réside dans sa forme et le critère de l’ordre juridique est la contrainte : on ne peut refuser à aucun ordre juridique la validité sous prétexte du contenu de ses normes. donc pas réclamer contre elle (EDL XV. par-delà sa contingence que sa soudaine abrogation confirme. Cette barbarie se pratique encore dans des sociétés civilisées qui combattent par ailleurs la violences organisée chez les autres. contrevenant à la déclaration de droits. Formellement la loi. ils sont à peu près contents ».L II.le sens de la liberté le condamne elle lui a conservé la vie à tous les instants. Ce qui. conclut Montesquieu.7) : « Les légistes craignent moins la tyrannie que l’arbitraire et pour peu que le législateur se charge lui-même d’enlever aux hommes leur indépendance. à la liberté et à la sûreté de sa personne.blogspot.com/ . selon laquelle tout individu a droit à la vie. pour l’instant. 214 http://fribok. donne théoriquement raison à la thèse du positivisme juridique.

le discours du droit est amplifié partout. l’individu ne se préoccupe guère de ceux des autres. Je ne fais pas ici le procès du libéralisme économique qui. Les États conservent dans leur 215 http://fribok. Ce n’est plus la liberté du citoyen que les Grecs nommaient eleutheria mais celle que Platon. Le chômage. de plus en plus d’êtres humains glissent sous le seuil de pauvreté. ce qui a rendu jusqu’à maintenant impossible la tentative de régulation des États qui ne recherchent qu’une légitimation à leur désengagement programmé. D’une part. Je ne vais guère m’attarder sur le dernier point que j’ai annoncé dans la mesure où il est traité et disséqué dans nos quotidiens habituels : je me contenterai de mettre en relief une contradiction. certifiant à chacun qu’il a des droits. a pu oublier le pouvoir inscrit dans le marché car l’histoire des libertés accordées à l’homme n’a cessé de suivre l’histoire de libertés accordées par l’homme à l’économie . Peu soucieux de la cohérence de ses désirs successifs et changeants devenus des caprices.. dans les sociétés nanties.blogspot. c’est dire qu’entre le discours général du droit et telle situation singulière s’étendent des rapports de force où interviennent de nouveaux Maîtres. ou licence qui permet de faire ce que l’on veut . 3. dans sa critique de la démocratie nommait axousia. Pouvons-nous nous contenter des licences issues du libre-échange alors que la libre circulation des capitaux entraîne une omni marchandisation en globalisant tous les marchés. à penser le marché sans penser le pouvoir. les banlieues sont les éléments banalisés du capitalisme mondial. le droit est perçu comme purement personnel et devient la revendication à la satisfaction de tout désir. D’autre part. mon droit veut donc une liberté sans limites. l’abondance des objets offerts à l’achat (ou au vol).. par le leurre de la marchandise. les bidonvilles.com/ .paule-monique vernes – la pire des lois. la famine. qui promettent la découverte de sensations nouvelles et l’auto-épanouissement que l’hyper capitalisme nous réserve avec ses technologies de pointe. La revendication d’un droit à tout objet d’un désir est exacerbée.

instruit.le sens de la liberté propre sphère le monopole du politiquement correct et en accordent une liberté quasi totale aux financiers. forcé à gouverner doit à la préexistence d’une volonté fondatrice que son discours politique ne soit pas exhibition de soi et volonté tyrannique. puisque aujourdhui. aux professionnels des médias qui ont pour fin la formation d’une opinion publique et au pouvoir techno scientifique : principe de précaution et comités d’éthiques sont de pudiques paravents à l’abri desquels se continue une œuvre problématique. 216 http://fribok. Alors. qui propose des lois adaptées à une situation historique. Dans cette crise qui ne fait que commencer. leurs retraites. (et non à celle de Périclès) à l’Athènes de la liberté où les lois sont un compromis entre la liberté et l’ordre. lois restauratrices puisqu’il propose de revenir à l’époque de Clisthène. Le meilleur des maîtres l’emporte ici sur m’importe quelle loi puisque sa politique se fonde sur la pensée dont la nature est d’être communauté. celui qui enseigne.blogspot. bref fait école. agir pour éviter les dégats le plus graves et jouer les réassureurs : Nicholas Sarkozy endosse le rôle de shérif et crie : je vous protège! Tandis que le premier ministre français en appelle à l’unité nationale. l’avenir de leurs enfants. Le nomothète se livre à une tâche compliquée d’éducation car la santé du corps politique dépend toujours de la façon dont on éduque l’enfant. il en appelle au nomothète : l’athénien des Lois. la loi ou le maître ? Le philosophe-Roi de Platon. les uns craignent pour leurs petites ou grandes économies et crient comme Harpagon : ma cassette. la liberté suit. non plus le sort des lois. Mais la sortie du Far-West n’est pas pour demain et les traders sortiront vite de leurs « bleus ». on en appelle à l’État qui doit sortir de son rôle minimal de « veilleur de nuit ».com/ . ici apparaît la figure du maître. ma cassette ! Les autres craignent pour leur travail. la koinonia même du logos. mais celui de l’argent-maître.

blogspot. ils restent des idées régulatrices de l’organisation politique et les deux modèles se sont toujours entrecroisés. Alors préférer la politique de l’intelligence.. Cependant dans la cité du Contrat. qu’on ne peut rien établir de politique qu’en sortant du politique et de la législation pragmatique. bien éduqué n’a pas besoin de cité. le meilleur des maîtres. le jugement du peuple souverain n’est pas toujours éclairé et doit s’en remettre au grand Législateur. il est comme le stoïcien approprié à soi. Nomothète et Législateur entérine l’idée que le souverain ne peut s’instaurer que d’un principe méta-politique. ni Souverain ni Prince. sans nous entretuer. lequel. qui. puisqu’il est devenu maître de soi dans le double jeu des rapports avec les choses et des rapports avec les êtres.. à celle du contrat ? La cité de Platon n’a jamais existé et le contrat ne s’est jamais incarné dans les faits. de la liberté limitée sporadique pour persévérer dans notre être. elle a besoin 217 http://fribok. Reconnus inaptes à la liberté absolue. Le meilleur des maîtres reste au niveau du symbolique qui se distribue dans des lois qui ont pour règle le bien commun. paradoxalement.paule-monique vernes – la pire des lois.com/ . La cité de Rousseau aurait besoin de citoyen comme Émile. Une véritable démocratie est l’école où l’on pratique un examen permanent des valeurs et où chacun s’autocritique. nous devons nous accommoder de l’alternance de la loi et du maître. La pire des lois sert l’intérêt particulier et oublie le symbolique au profit du réel trop réel. est une autorité morale dont la raison s’élève au-dessus des hommes vulgaires.

com/ . Paule-Monique vernes professeur émérite des Universités chaire Unesco d’étude des fondements philosophiques de la justice et de la société démocratique  218 http://fribok. (Je pense ici au Discours du Rectorat de Martin Heidegger où le destin de l’université est identifié à celui du Volk et aux impératifs du national-socialisme. surtout pas d’un maître exaltant la condition de disciples obéissants.blogspot. où les disciples n’ont plus qu’à marcher au pas de l’oie).le sens de la liberté de rebelles mais aussi de maîtres désintéressés.

ll. à la Cour d’appel de l’Ontario. Canada. et a complété un LL.blogspot. elle fut nommée à la Cour suprême de l’Ontario (Haute Cour de justice) et. Elle est membre de nombreuses associations professionnelles et 219 http://fribok. En décembre 1987. ll. en 1990.com/ . en Ontario. En 1995. Elle a servi en cette qualité de 2004-2008. Elle fut admise au Barreau du Québec en 1971 et au Barreau de l’Ontario en 1977. une ressortissante canadienne. elle devint professeur agrégé et vice-doyenne au Osgoode Hall Law School de l’Université York à Toronto. (avec distinction) à la Faculté de droit de l’Université de Montréal en 1970. elle fut nommée par le Conseil de sécurité des Nations Unies à titre de procureur en chef pour les Tribunaux pénaux internationaux pour l’ex-Yougoslavie et le Rwanda.l .c. En 1999. Mme Arbour a été nommée commissaire pour mener une enquête sur la prison pour femmes de Kingston.L. Mme Arbour. Mme Arbour a reçu une trentaine de doctorats honorifiques de différentes universités ainsi que de nombreux prix et médailles.leS AuTeurS  L ouise ARBOUR.. Mme Arbour est diplômée du Collège Regina Assumpta.d (hon). elle devint juge à la Cour suprême du Canada. a débuté une carrière universitaire en 1974 . Montréal (1967) . c. En 1996. a récemment terminé son mandat à titre de Haut Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme. en 1987.

Ses intérêts de recherche sont : la traductologie . Entre 2002 et 2005. d’un Diplôme d’études approfondies en « Lexicologie. à la maîtrise. et au premier cycle. il est professeur adjoint à l’École de traduction et d’interprétation de l’Université d’Ottawa. 220 http://fribok. d’un Master en droit de la propriété intellectuelle (Pierce Law) et d’un Ph. alah BASALAMAH est titulaire d’une licence et d’une maîtrise en littérature française moderne (Paris 3). terminologie multilingue et traduction » (Lyon 2). en traduction. où il a enseigné.le sens de la liberté organisations et elle siège sur les conseil d’administration du International Crisis Group et de Human Rights Watch. Depuis 2005. Louise Arbour est née le 10 Février 1947 à Montréal. la philosophie de la traduction.com/ S .ca). Elle parle couramment le français et l’anglais.blogspot. il est chargé de cours à l’Université de Montréal.umontreal. de même qu’il contribue dans la presse francophone québécoise et canadienne autour des questions d’actualité liées à la présence musulmane en Occident. en littérature de l’exil et en islamologie. l’éthique et le statut du traducteur .poexil. le rapport de la traduction au droit (d’auteur) et au politique . Salah Basalamah est notamment l’auteur de plusieurs articles scientifiques en traduction. au programme d’Études internationales. la pensée musulmane occidentale médiévale et contemporaine . en droit d’auteur. les figures de l’exil (spirituel) dans les littératures arabophone et francophone . etc.D en traductologie sur le droit de la traduction (UdeM). Un des membres fondateurs du groupe de recherche Poexil (www. la langue et la traduction coraniques . les études postcoloniales . au Québec et a trois enfants.

à l’Ihesi. aux universités Paris I Panthéon Sorbonne et Paris V-René Descartes.com/ .de l’Institut national des hautes études de sécurité (Inhes) depuis 2004 et président du conseil d’orientation de l’Observatoire national de la délinquance depuis 2003. Monsieur Bauer est aussi secrétaire général de l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) depuis 2004.les auteurs En novembre prochain est prévue la publication de son ouvrage Le droit de traduire. paraîtra chez VLB (Montréal) sa traduction vers le français du livre de Fred Reed. Toronto : Talon Books.blogspot. à l’université Paris IIPanthéon Assas. 2002. articles et de chapitres de livres. à l’Académie de police criminelle de Chine. A lain BAUER détient un Diplôme d’études supérieures spécialisées (DESS) de politiques publiques et gestion des organisations de l’Université PARIS I. The Rise of Militant Iconoclasm in Syria. Senior Research Fellow Center of Terrorism du John Jay College of Criminal Justice à New York (Etats-Unis). Il est aussi membre de nombreux comités et conseils de direction. à l’Institut d’études politiques (IEP) de Paris et au Centre national de protection et de prévention. Il est Président-directeur général d’AB Associates SA depuis 1994. il est administrateur depuis 2003 et Secrétaire général depuis 2007. À l’Institut Alfred Fournier. Il a été Chargé d’enseignement à l’Institut de criminologie de Paris (université Paris II-Panthéon Assas). à l’Université de Droit de Pekin. de Versant SA depuis 1998. 221 http://fribok. Une politique culturelle pour la mondialisation aux Presses de l’Université d’Ottawa et Artois Université Presses (Arras) et au premier trimestre 2009. Il est auteur ou coauteur de nombreux livres. Shattered Images. au Centre national de formation judiciaire de la gendarmerie nationale.

Médaille d’honneur de la Police nationale en 2007. Monsieur Bauer a été le Conseiller du directeur général puis du président. Viceprésident. de la Commission nationale consultative des droits de l’Homme de 2000 à 2003. Officier de l’ordre national du Mérite. Conseil du New York Police Department (NYPD). chargé des affaires générales. Il a été membre de la commission départementale des systèmes de vidéosurveillance de la Préfecture du Nord de 1997 à 2003.le sens de la liberté Alain Bauer est Chevalier de la Légion d’honneur. Monsieur Bauer a été Directeur conseil de la Centrale d’échanges et de communication (Cecom) de 1987 à 1988. Il a aussi été administrateur délégué de l’Institut national supérieur d’études de défense (Insed)de 1982 à 1985. Au sein de Sari.com/ . conseil au Groupe d’études pour la construction (Gec) en 1988. Il a reçu les Anneaux d’or du Comité international olympique (CIO) en 1995 et la Grand croix de l’ordre de La Fayette. directeur du département de contrôle financier et administrateur de Sari Services et de Cnit Com de 1990 à 1993. de la Société internationale de criminologie. de la sûreté du Québec (SQ ) (Canada) et du conseil du Los Angeles Sheriff 222 http://fribok. président du directoire du groupe Cartes jeunes en 1998 et administrateur de Stentofon France SA de 1995 à 1998. Alain Bauer a été secrétaire général du World Trade Center Paris-la-Défense de 1991 à 1993 et membre de la commission juridique internationale de la World Trade Center Association de 1992 à 1993. administratives et financières de l’université Paris I . des Palmes académiques et des Arts et des Lettres et du Mérite agricole. chargé de mission auprès du directeur de cabinet du Premier ministre de 1988 à 1990 et conseiller à la direction générale d’Air France en 1990.blogspot. Il a aussi occupé les postes de vice-président de Science Applications International Europe (Groupe Saic) en 1993.Panthéon Sorbonne de 1982 à 1989 et Membre du conseil de la Chancellerie des universités de Paris de 1983 à 1988.

Christian Bauer a été membre du collège de la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité de 2005 à 2007. l’auteur des avis officiels de la 223 http://fribok. puis de directeur de la Recherche et de la Planification stratégique.blogspot. professeur de théologie à St. Son dernier sera publié bientôt : The Theology of Tariq Ramadan: A Catholic Perspective. président du Groupe de travail sur les fichiers de police en 2006 et rapporteur du Groupe de travail sur la police au quotidien en 2007 et Grand maître du Grand Orient de France de 2000 à 2003. M. Baum a été. regory BAUM est professeur émérite à la faculté de sciences religieuses de l’université McGill et est détenteur d’un doctorat en théologie de l’université de Fribourg en Suisse (1956). notamment. Titulaire de maîtrises en droit et en relations internationales. y compris celles de la laïcité et de l’accommodement raisonnable. Il a été nommé peritus (expert) au secrétariat de l’unité chrétienne du concile Vatican II. pendant 28 ans. À ce titre. où il a exercé les fonctions de conseiller juridique. il fut l’auteur de nombreuses études sur la discrimination. les droits économiques et sociaux comme « parents pauvres » de la Charte québécoise des droits et libertés. la liberté d’expression.les auteurs Department (LASD). Avant d’enseigner à l’université McGill en 1986.com/ G P . C’est à ce titre qu’il fut. avant d’entrer à la Commission des droits de la personne du Québec. il a d’abord œuvré dans le milieu communautaire.Michael’s College de l’Université de Toronto. Il est l’auteur de plusieurs livres. ierre BOSSET est professeur de droit public au Département des sciences juridiques de l’Université du Québec à Montréal (UQAM). ainsi que sur l’aménagement juridique de la diversité culturelle et religieuse dans toutes ses dimensions.

Me Bosset a été membre. 1997). au cours de la dernière année. le Canada (Les trois colombes.le sens de la liberté Commission sur le port du voile islamique à l’école et sur la place de la religion dans l’espace public. présidée par MM.B. Madrid. 1962) et en sociologie (doctorat 3e cycle de l’École pratique des Hautes études. et journaliste à la Société Radio-Canada (196768). 1978). Au cours de sa vie professionnelle. il a été successivement Chef de cabinet du ministre des Affaires municipales. Gérard Bouchard et Charles Taylor. 224 http://fribok. en 1989). 1973)..com/ D . il est professeur au département de sociologie de l’Université du Québec à Montréal. VIIe section. 1982 . Il a également publié deux ouvrages de théorie sociale (La Raison du capital. Un de ses livres sur la mondialisation (Dérive globale. avec C. Droit et exclusion : critique de l’ordre libéral. du comité conseil de la Commission de consultation sur les pratiques d’accommodement reliées aux différences culturelles. 1968-70). de 1964 à 1966. 1985) et l’Amérique du Nord (Le libre-échange par défaut. de 2004 à 2008. 2003) a été traduit en anglais et publié par la University of British Columbia Press. Il a été boursier du gouvernement espagnol (Universidad Complutense. Il est diplômé en droit de l’Université de Montréal (LL. Paris. Il a été co-fondateur et directeur du Groupe de recherche sur l’intégration continentale (GRIC) et. orval BRUNELLE est l’actuel directeur de l’Institut d’études internationales de Montréal. Paris. 1962-63) et du gouvernement français (EPHE. en mai 2007. tous deux rattachés au Centre Études internationales et mondialisation (CEIM) de la même université. directeur de l’Observatoire des Amériques. Pierre Laporte. Deblock.blogspot. Depuis 1970. l’intégration dans les Amériques et les mouvements sociaux. Professeur à l’UQAM depuis 2007. Ses champs de spécialisation sont l’économie politique. Ses travaux ont porté sur le Québec (La Désillusion tranquille.

notamment à Aix-en-Provence. parmi lesquels L’A LENA : le libre-échange en défaut. et Main basse sur l’État : les partenariats public-privé au Québec et en Amérique du Nord. en juin 2007. Il est actuellement impliqué dans au moins deux projets de recherche. publié par Paradigm Publishers aux États-Unis. and Dissent. Il a également écrit. Équateur. Global Democracy and the World Social Forums. Editorial de la Universidad Tecnica Particular de Loja. entre autres. à Rome et à Harbin.com/ . 225 http://fribok. en collaboration avec. à Montevideo. Par ailleurs. l’un avec l’Institut de recherches et d’études féministes (IREF) sur la libéralisation des marchés et les conditions de travail et de vie des femmes. en 2004. Markets. Deblock.les auteurs sous le titre : From World Order to Global Disorder : States. à Toulouse. en 2007. il a été professeur invité dans plusieurs universités. en 2005.blogspot. avec C. Il a de plus co-dirigé ou dirigé la publication de plusieurs ouvrages collectifs. ainsi que Gobernabilidad y democracia en las Américas : teorías y prácticas. l’autre avec le Collège des Amériques sur la gouvernance et la démocratie dans les Amériques. Jackie Smith et Marina Karides.

Engagé dans la promotion de la laïcité scolaire. de l’Institut d’études européennes de Montréal. Intégrations et identités nord américaines vues de Montréal (dir. Droit communautaire européen général (2003) . il s’intéresse aux grands dossiers culturels contemporains. il intervient sur divers sujets d’éthique et d’éducation. Madame Labouz a publié aux Editions Bruylant. L’Union européenne élargie aux nouvelles frontières et à la recherche d’une politique de voisinage (codir. avec Mark Wise. avec Christian Philip. 2005) .com/ M G .blogspot. Georges Leroux est d’abord connu comme helléniste. Arguments pour un programme. 2007). Actes d’une université d’été sous sa direction à l’université de Montréal 1995/2000) . Musique 226 http://fribok. Son récent livre (Partita pour Glenn Gould. Elle a collaboré notamment à la Revue Québécoise de droit international. culture religieuse.le sens de la liberté arie-Françoise LABOUZ est professeure de droit public international et européen et titulaire d’une Chaire Jean Monnet à l’Université de Versailles. il a travaillé à l’élaboration du nouveau programme d’Éthique et de culture religieuse (Éthique. Fides. où il a enseigné de 1969 à 2006. Elle est aussi professeure invitée à la Chaire Jean Monnet de l’Université de Montréal (1999). Collaborateur au journal Le Devoir. La diversité culturelle en question(s)/ cultural diversity in question(s) (codir. 2001. Panayotis Soldatos. Le Partenariat de l’Union européenne avec les pays tiers (dir. Membre du comité conseil de la Commission sur les pratiques d’accommodement reliées aux différences culturelles. à la Revue de droit de McGill. dialogue. Il est membre de l’Académie des Lettres du Québec. 2000) . eorges LEROUX est professeur émérite au Département de Philosophie de l’Université du Québec à Montréal. aux travaux de la Chaire Jean Monnet . 2006).

monsieur Leuprecht a aussi été représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies pour les droits de la personne au Cambodge de 2000 à 2005. Dès 1961. 2007) lui a valu le Grand prix du livre de la Ville de Montréal. le jeune diplômé de l’Université d’Innsbruck (Autriche) amorce une brillante carrière au Conseil de l’Europe. Professeur au Département des sciences juridiques de l’UQAM et professeur à la Faculté de droit de l’Université McGill dont il a été le doyen de 1999 à 2003.com/ . Monsieur Leuprecht s’est spécialisé dans les domaines du droit international et des droits de la personne.blogspot. Il y restera jusqu’en 1997 après avoir été. Il a été directeur de l’Institut d’études internationales de Montréal de 2005 à 2008. P G iorgio MALINVERNI est diplomé en droit de l’Université de Fribourg (Suisse) et de l ’Institut universitaire de hautes études internationales de Genève. entre autres. Il a enseigné le droit constitutionnel et le droit international des droits de l’Homme à la Faculté de droit de l’Université de 227 http://fribok. membre du Comité des « Sages » qui a préparé le programme d’action sur les droits de la personne pour l’Union européenne de l’an 2000. Conseiller au Ministère canadien de la Justice de 1997 à 1999. Peter Leuprecht est lauréat du Prix du civisme européen (1991) et du Human Rights Award of the Lord Reading Law Society (2001).les auteurs et forme de vie. eter LEUPRECHT a enseigné aux Universités de Strasbourg et de Nancy ainsi qu’à l’Académie de droit européen de Florence. directeur des Droits de l’Homme et Secrétaire général adjoint (poste électif). Presses de l’Université de Montréal. secrétaire du Comité des ministres.

A. membre du jury du concours d’entrée à l’E. Il a été Président de l’Université du Mans de 1979 à 1983. membre du Comité des droits économiques. Monsieur Philip a été nommé Directeur des Enseignements Supérieurs au Ministère de l’Éducation Nationale en 1986. Nice.A. Monsieur Philip a été élu au CNESER en juin 1983 et membre de sa section permanente de 1983 à 1986.E. hristian Philip est diplômé de l’Institut d’études Politiques de Paris en 1968 et Docteur en Droit de l’Université Paris II en 1973.N. Il débute sa brillante carrière en octobre 1970 comme assistant à la Faculté de Droit et des Sciences Économiques du Mans. “Droit Communautaire” à l’Université Lyon III de 1984 à 1988 et à nouveau de 1996 à 2008. Giorgio Malinverni a été membre suisse de la Commission de Venise du Conseil de l’Europe de 1190 à 2006. Depuis le 19 janvier 2007.com/ C . Pendant cette période. Il a été directeur du Centre de Documentation et de Recherche Européennes et responsable du D. nommé 228 http://fribok. Neuchâtel. il est admis (7e) au concours d’agréation de Droit public en 1976.A. Il a été membre du jury du concours d’accès au cycle préparatoire de l’E. en 1984 et 1985 et chargé de mission à l’AUPELF.le sens de la liberté Genève de 1974 à 2006 et a été professeur invité aux Université de Lausanne. sociaux et culturels des Nations Unies de 2001 à 2006 et membre du Comité consultatif institué par la Convention-cadre pour la protection des minorités nationales en 2002.Association des Universités Partiellement ou Entièrement de Langue Française de 1985 et 1986. (1982) et nommé professeur à l’Université Jean Moulin (Lyon III) en 1982. il est juge à la Cour européenne des Droits de l’Homme.blogspot. Il sera nommé professeur à la Faculté en 1977 et Doyen en 1979. Paris II et Strasbourg.N.

Trois « Que Sais-je » : La Cour de justice des Communautés Européennes. 229 http://fribok. Il a été Président d’Avenir Transports de 2002 à 2007 et Président de Lyon Parc Auto de 2001 à 2008. et « La Constitution Européenne » (2004) et co-auteur du « Lexique des termes juridiques » chez Dalloz avec plusieurs collègues de la Faculté de Droit de Lyon. Il est aussi Président de la CODATU (Association pour le développement des politiques de mobilité dans les pays émergents). Monsieur Philip est l’auteur de plusieurs ouvrages sur les questions européennes dont : Le Dictionnaire Juridique des Communautés Européennes (PUF) . depuis le 20 juin 2007.les auteurs Recteur de l’Académie de Reims en mai 1989. Maire du 3e arrondissement de 2001 à 2002 et Député du Rhône de 2002 à 2007. un recueil des « principaux textes institutifs des Communautés Européennes » . VicePrésident de la Communauté Urbaine de Lyon et Président du SYTRAL entre 1995 et 2001. Il a également été Conseiller général du Rhône de 1998 à 2002. directeur de Cabinet du Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche de 1993 à 1995 et Vice-Président de la Délégation à l’Union européenne de l’Assemblée Nationale de 2002 à 2007.com/ . nommé Recteur de l’Académie de Clermont-Ferrand en mars 1992. Deux manuels : Institutions Européennes et Droit Social Européen chez Masson . Christian Philip est.blogspot. le Représentant personnel du Président de la République pour la Francophonie. Christian Philip est élu conseiller régional Rhône-Alpes de 1986 à 1989. Il a été Premier Adjoint au Maire de Lyon. Vice-président du Mouvement européen France et Président de la Fédération des Industries Ferroviaires. Aujourd’hui. professeur à l’Université Lyon III .

de la Corporation professionnelle des conseillers en Relations industrielles du Québec. Il a été nommé membre du Comité de surveillance des activités de renseignement de sécurité de 1991 à 1995. Il a été président des jeunes libéraux du Canada de 1963 à 1965. Il a été admis au Barreau du Québec le 3 juillet 1962. en 1958 et de l’Université de Montréal. Monsieur Robert a été Lieutenant de la Réserve supplémentaire dans le Corps Royal canadien des communications en 1960.. Michel Robert a été assermenté au conseil privé le 5 décembre 1991 par le Très honorable B. LL. en décembre 1982 il est aussi Judicial Fellow. Il a été membre de la Commission royale sur l’union économique et les perspectives de développement 230 http://fribok. Michel Robert est auteur et co-auteur de plusieurs livres et articles. L’honorable J.A. Cours d’admission au Barreau en 1962. Il a été chargé de cours en responsabilité extra contractuelle et en droit judiciaire privé. l’honorable J.L. B.. Nommé C.L. J. C. LL. Université de Montréal de 1970 à 1980. Montréal. C.com/ L . J. Il est aussi membre de l’Association du barreau international.R. Monsieur Robert a été membre du Conseil Associé du barreau canadien de 1975 à 1982 et du Corps École des Officiers canadiens de 1956 à 1960. en 1961 et à l’Université McGill. Marchessault et Lauzon à Montréal de 1968 à 1990 puis avocat associé de Langlois Robert de 1990 à 1995. American College of Trial Lawyers depuis 1987. Michel Robert. J.A. J.R. Monsieur Robert a aussi été bâtonnier au Barreau du Québec de 1974 à 1975 et président de la Fédération des professions juridiques du Canada de 1976 à 1977. faculté de droit. est diplômé du Collège Ste-Marie.P. Mulroney. Dansereau. L’honorable J.. B. Barré. Monsieur Robert a été associé principal de Robert. Dans le cadre de sa carrière politique.le sens de la liberté ’honorable J.blogspot. Robert a été nommé juge puîné à la Cour d’appel du Québec le 9 mai 1995 et nommé Juge en chef du Québec le 25 juin 2002.

Sa dernière monographie est parue. P  231 http://fribok.blogspot. ouvrage couronné par l’Académie Française). aux PUL. en 2008. vice–présidente de la chaire de l’UNESCO d’étude des fondements philosophiques de la justice et de la société démocratique. le fête et la démocratie. la ville. Descartes révolutionnaire et Aux fondements théoriques de la représentation politique.. Elle est l’auteur d’études sur la mondialisation et les zones de non-droit qu’elle engendre.les auteurs du Canada (Commission Macdonald) de 1982 à 1985 et Président du Parti libéral du Canada de 1986 à 1990.. Ses livres récents ont été écrits en collaboration avec Josiane Boulad– Ayoub. aule-Monique VERNES est Professeur émérite de philosophie moderne et politique dans le département de philosophie de l’Université de Provence. Méfiez-vous de ces cosmopolites.com/ . de travaux sur la pensée des philosophes politiques et en particulier de JJ Rousseau (Les illusions de la communauté.

........................ 17 Les libertés en contexte ....................... 47 La thèse ....................................................... 9 Droits humains............................ 7 Hommage à Bronislav Geremek ................................................................................................................. mondialisation et idéologie panéconomique .................................... 32 3..........................................................48 Le catholicisme ........ 8 Quelle loi ? ............. Comment penser le système des droits dans l’après-guerre froide ? ..11 LOUISE ARBOUR Mot d’ouverture ........................................................................... Retour sur la conjoncture ........ 7 Pourquoi un tel colloque ? ... 19 1.................................................blogspot......................................................................48 Les autres religions ......................................................... L’ordre d’après-guerre ..... 41 dorVAl Brunelle Libertés et valeurs Libertés et religions La liberté et les religions ..................................................................................................................37 Quelques pistes de réflexion en guise de conclusion ...........................................................com/ GreGory BAuM .................. 50 233 http://fribok.........................................................26 2.................. 8 Quelle liberté ? ................................................................................. 17 Préliminaires ....................TABle deS MATièreS PeTer leuPreCHT introduction Le sens de la liberté ... 13 conférence d’ouverture Les libertés en contexte .........................

...................................................................................................................... 67 Liberté et multiculturalisme Sans multiculturalisme peut-il y avoir liberté ? ......66 Conclusion ................................... 69 I............... Spiritualité ... 81 1.............................. La liberté dans une société multiculturelle : une problématique encore mal appréhendée par le droit .................... Entre individu et société : les sens axiologiques de la liberté ......................... Pas de liberté sans respect du multiculturalisme dans chacun de nos États ................... Pas de liberté sans multiculturalisme au plan international ......101 Conclusion ................................. 53 Repenser la liberté religieuse ............... 124 234 http://fribok...... 84 2......... 59 1... Universalité ..........63 3..... 51 Une dimension universelle ..................70 II............... 123 1.................................................. Le rôle de la loi et du principe de la légalité dans le système de la Convention européenne des droits de l’homme ................ Limite ....................................................................................................................................................54 Le sens de la liberté vu d’une perspective musulmane ..............................blogspot............................ 74 Pierre BoSSeT CHriSTiAn PHiliP SAlAH BASAlAMAH concevoir juridiquement la liberté dans une société multiculturelle ...................com/ GiorGio MAlinVerni ............60 2...............................le sens de la liberté Les droits humains sont-ils occidentaux ?.................................................................................... 113 Libertés et institutions démocratiques Le point de vue du juge ........................

................................table des matières 2........................................... La problématique des restrictions permises............................blogspot... Le rôle des tribunaux indépendants et impartiaux .................................................. objet de suspicion des politiques et des juristes ............. 128 MArie-FrAnçoiSe lABouz Limites de la liberté restrictions permises des libertés dans la jurisprudence de la cour européenne des droits de l’homme ..... la marge nationale peut être large ........ la marge nationale peut être étroite.................. la marge nationale est largepar principe ........ 166 5) Le conflit d’objets et de normes .............. 167 AlAin BAuer II................................................. L’illustration récente ... 140 3) L’ingérence de l’État permise sous conditions ..... 127 3............................................... 138 2) La Cour européenne......... 156 4) Même en l’absence du consensus................................. 149 2) Même en présence du consensus................................................... 173 235 http://fribok...................................................................... 135 I.............. la marge nationale est par principe étroite ................. 153 3) En l’absence de consensus..................................................................... Le rôle de la clause « nécessaire dans une société démocratique » dans la technique des restrictions aux libertés ........................ 149 Liberté et sécurité..... 144 5) La variabilité des paramètres de la marge et de la proportionnalité ............... 142 4) La marge nationale d’appréciation et l’exigence de proportionnalité ................................. 146 1) En présence du consensus..........com/ ..............................137 1) De la logique binaire à la logique de gradation ? .................................................................................

...................................................................................................... 209 les Auteurs ..................................blogspot........................................................J.. 189 1...................................................le sens de la liberté Présentation ......... 183 Liberté religieuse et liberté de choix La déconfessionnalisation scolaire au Québec.................com/ ...... 219 Table des matières.....233 236 http://fribok........................................... Le contexte historique de la loi 95 .193 PAule-MoniQue VerneS GeorGeS leroux HonorABle J.... Les nouvelles mesures législatives et les principes les justifiant .... et l’article 41 de la charte des droits et libertés ...... 191 2........................................... MiCHel roBerT table ronde sur les limites de la liberté La pire des lois vaut-elle mieux que le meilleur des maîtres ? ..

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