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Liberation - Lundi 16 Janvier 2012

Liberation - Lundi 16 Janvier 2012

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AUNGSANSUUKYI :
«IL YATOUJOURS
UNRISQUEDE
COUPMILITAIRE»
INTERVIEW, PAGES 6­7
AprèslaperteduAAA
PAGES 2­5
Enseigner dans le 9-3:
difficile, pas désespéré
O
ui, enseigner en Seine-
Saint-Denis n’est pas tou-
jours une sinécure. Non,
les élèves n’arrivent pas armés en
classe, des boules de shit dans
leurs trousses. Les profs peuvent
même aimer y travailler… Telles
sont les principales conclusions de
la première enquête menée sur la
violence et le climat scolaires à
l’échelle d’un département. Fi-
nancée par le conseil général,
cette étude, que Libération s’est
procurée en exclusivité, tord le
cou à des clichés et renvoie une
image plus nuancée des établisse-
ments de Seine-Saint-Denis.
PAGE12
Les nouveaux
visages
duchômage
Jeunes nonqualifiés,
précaires, seniors,
surdiplômés…Adeux jours
dusommet social
convoqué par Sarkozy,
«Liberation»est allé
rencontrer les chômeurs.
PAGES 16­17
Lesgagnants
dela
mauvaisenote
PrésidentielleFrançois Bayrou, Marine
LePenet Jean-LucMélenchon,
les mieuxplacés pour profiter
deladégradationdelaFrance.
FaceàfaceBrunoLeMaire
et Michel Sapin, figures clés
des programmes deSarkozy
et Hollande, répondent dans «Libé».
•1,50 EURO. PREMIÈRE ÉDITION N
O
9542 LUNDI 16 JANVIER 2012 WWW.LIBERATION.FR
IMPRIMÉ EN FRANCE / PRINTED IN FRANCE Allemagne 2,20 €, Andorre 1,50 €, Autriche 2,80 €, Belgique 1,60 €, Canada 4,50 $, Danemark 26 Kr, DOM 2,30 €, Espagne 2,20 €, Etats­Unis 5 $, Finlande 2,60 €, Grande­Bretagne 1,70 £, Grèce 2,60 €,
Irlande 2,35 €, Israël 19 ILS, Italie 2,20 €, Luxembourg 1,60 €, Maroc 16 Dh, Norvège 26 Kr, Pays­Bas 2,20 €, Portugal (cont.) 2,30 €, Slovénie 2,60 €, Suède 23 Kr, Suisse 3 FS, TOM 410 CFP, Tunisie 2,20 DT, Zone CFA 1 900 CFA.
Par VINCENTGIRET
Intrusion
La mauvaise nouvelle nous
avait été annoncée si
longtemps à l’avance, que
certains ont cru pouvoir la
qualifier d’un dédaigneux
«non-événement». C’est
faire fausse route: la
dégradation de la note de
la France par l’agence
Standard&Poor’s
bouleverse les termes de
l’élection présidentielle.
Elle sonne d’abord un
brutal retour au réel, après
quelques semaines où l’on
crut la campagne sabotée
par la folle noria des
petites phrases
empoisonnées. Elle
affaiblit ensuite sans
conteste le président
sortant dont la posture de
grand protecteur de la
nation en a désormais pris
un sérieux coup. En cinq
ans, loin de se relever, la
France s’est défaite un peu
plus. Cette affaire donne
aussi du vent dans les
voiles des candidats
autoproclamés
«antisystème», même si
chacun d’entre eux
confère à ce qualificatif qui
claque comme un slogan,
une définition singulière:
François Bayrou, Jean-Luc
Mélenchon et Marine Le
Pen défendent, chacun à
leur manière, l’idée qu’il
faut «renverser la table»,
changer radicalement la
politique et l’art de
gouverner. En posant aussi
violemment la question
des possibles, l’intrusion
des agences de notation
met au défi les candidats
de se livrer davantage sur
les conditions et les termes
d’un retour du politique
par temps de crise.
Dans un autre moment
dramatique de l’histoire
de France, Pierre Mendès
France avait fixé le cap
pour tout homme de
gauche lors d’un discours
«sur la crise de la
démocratie» resté célèbre:
«Le premier devoir, c’est la
vérité, l’information loyale
de l’opinion, le contact
direct avec elle.» C’est à ce
prix que les Français
pourront trancher.
Souverainement.
ÉDITORIAL
La dégradationde la note française
marque déjà la présidentielle. Certains
politologues voient les candidats dits
«antisystème»enbénéficier.
Aqui profite
laperte
dutripleA?
45 millions d’électeurs: «Cette crise de la dette
est entrée par capillarité dans toute la société
française.»Tout le monde (oupresque) se sent
concerné. Ce que constatent nombre d’élus, de
gauche comme de droite, dans leurs
circonscriptions. «Il y aune énorme en-
vie de pédagogie et d’explication sur
cette crise», confirme le radical valoisienYves
Jégo, député de Seine-et-Marne.
L’autre enseignement, lui aussi consensuel, est
que cette nouvelle ne fait pas les affaires de Ni-
colas Sarkozy. Pour Miquet-Marty, la dégrada-
tionva fatalement fragiliser la candidature du
président sortant sur au moins deux points.
D’abord, «sur son potentiel volontarisme et sa
difficulté réelle à transformer les choses». En-
suite, «sur son ambition à protéger les Français
de la crise». Directeur des études de BVAOpi-
nion, Gaël Sliman(1) souligne que «ce serapro-
bablement perçu comme une ligne de plus dans
son passif». Surtout, il affirme que la nouvelle
n’est pas assez grave et arrive bien trop tôt
pour que le Président puisse, paradoxalement,
en profiter: «Dans son quinquennat, le chef de
l’Etat a toujours réussi à rebondir juste après de
très mauvaises nouvelles qui produisent un état
de choc sur l’opinion.»C’était vrai dans la foulée
de la faillite de Lehman Brothers en 2008, où
sa cote de popularité avait brusquement re-
monté, ou, plus récemment, au sommet du
G20à Cannes, oùle Premier ministre grec Pa-
pandréou menaçait d’organiser son référen-
dum. Par effet de contraste, il est donc possible
que François Hollande puisse tirer quelques
avantages de la faiblesse de sonprincipal con-
current. Même si pour Dominique Reynié, «la
dénonciation d’un bilan ne peut pas suffire pour
créer une dynamique pour la gauche».
«DÉFIANCE». Restent «les candidats antisys-
tème». Avec une prime à Marine Le Pen. Pour
Dominique Reynié, cette affaire du triple A
vient porter uncoupviolent à la présidentielle.
«Elle est devenue impossible, car on demande à
un peuple de choisir souverainement un chef dont
la politique va être déterminée par des institutions
sur lesquelles nous n’avons aucune influence. Il
y aune contradictionmajeure dont vont se nourrir
les candidats antisystème de gouvernement,
comme François Bayrou, ou protestataires,
comme Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon.»
Selon lui, l’expression même de «note» est
«catastrophique», car elle laisse entendre que
le destin du pays est maintenant entre les
mains d’un maître sur lequel 45 millions
d’électeurs n’ont aucune prise.
Directeur de la société de conseil CAPet ensei-
gnant à Sciences-Po, Stéphane Rozès abonde.
La décisionde l’agence de notationaméricaine
va «renforcer l’antilibéralisme consubstantiel à
la France». «La crise de la dette devrait produire
une vague de défiance vis-à-vis de la construc-
tion européenne, jugée incapable de nous proté-
ger», poursuit-il. Pour lui, Marine Le Pen–et
son programme de sortie de l’euro et de pro-
tectionnisme national–devrait être la princi-
pale bénéficiaire de ce climat. Mais François
Miquet-Martyymet tout de même une condi-
tion: «Les Français n’ont pas trop envie de
s’aventurer dans des solutions qui leur apparais-
sent trop risquées pour leur situation financière
personnelle.» La peur contre la colère. •
(1) Auteur de «le Pompier ou le Maçon?»,
édition du Moment, en librairie le 16 février.
Par GRÉGOIREBISEAU
L'ESSENTIEL
LE CONTEXTE
Ce week­end, les candidats à la
présidentielle ont tous commenté la
perte par la France de son triple A.
L'ENJEU
Capter l’électorat populaire et de la
classe moyenne, inquièt et en colère.
E
t si, demain, le trio improbable Bay-
rou-Le Pen-Mélenchonallait profiter
de la perte du AAA? De la réponse à
cette question va probablement dé-
pendre les principales dynamiques électorales
des jours et semaines qui viennent. Et peut-
être dessiner, si ce n’est le résultat final de la
présidentielle, du moins une esquisse du se-
condtour. Deux mouvements parallèles sem-
blent se faire concurrence, notamment dans
les classes moyennes et populaires: l’inquié-
tude de voir sa situation personnelle se dété-
riorer avec la crise et un ressentiment contre
les élites politiques qui gouvernent et disent
vouloir protéger les Français. Ce qui revient à
se demander si la dégradationde la note fran-
çaise va renforcer les candidats des
deux grands partis de gouvernement
(Nicolas Sarkozy et François Hol-
lande), aunomd’uncertainréalisme politique
et économique. Ou au contraire si cela va en-
courager les électeurs à voter pour les candi-
dats qui se définissent eux-mêmes enopposi-
tion avec le système (Jean-Luc Mélenchon,
François Bayou ou Marine Le Pen) pour tenter
autre chose. Par protestation ou conviction.
«ÉTATDECHOC». Si les politologues et spécia-
listes de l’opinion interrogés par Libération
avancent avec prudence, tous reconnaissent
que la décisionde Standard&Poor’s va laisser
des traces dans ce début de campagne. Fran-
çois Miquet-Marty, de Viavoice, fait remarquer
que le triple Aest maintenant une expression
entrée dans le langage commun. Endécembre,
les Français étaient 77%à se déclarer préoccu-
pés par la perte de la note. Et, surtout, 49%à
craindre que cette dégradationpuisse avoir des
conséquences négatives sur leur situation fi-
nancière. Directeur de Fondapol, unthinktank
proche de l’UMP, Dominique Reynié est lui
aussi convaincuque la perte duAAAparle aux
Hollande, vendredi à son QG. PHOTOSEBASTIENCALVET
ANALYSE
LIBÉRATION LUNDI 16 JANVIER 2012
2 •
EVENEMENT
Minimisée oudécriée, la perte duAAAa fait réagir l’ensemble des candidats.
Unweek-endpolitique riche
enStandard&Poor’s
P
as questionde modifier l’agenda pour
cause de dégradation de la note fran-
çaise par l’agence Standard&Poor’s.
Hier, Nicolas Sarkozy s’est rendu, comme
prévu, à Amboise (Indre-et-Loire) pour ren-
dre hommage à l’ex-Premier ministre Mi-
chel Debré à l’occasion du centième anni-
versaire de sa naissance. «Je parlerai aux
Français à la fin du mois, je leur dirai les déci-
sions importantes qu’il faut prendre sans perdre
de temps, a déclaré le chef de l’Etat. Depuis
2008, onatraversé cette crise absolument sans
précédent, […] j’ai choisi de dire la vérité aux
Français sur la gravité de la crise. Je leur ai dit
qu’il s’agissait d’une épreuve qu’il ne fallait ni
sous-estimer ni dramatiser à l’excès.»Le ton
était solennel. Manière de planter l’am-
biance du «sommet social»–rebaptisé «de
crise»– prévu mercredi à l’Elysée avec les
syndicats (lire page 16-17).
«Ajustements». Après les critiques de
François Hollande samedi matinà l’encontre
de sa politique «dégradée», le chef de l’Etat
n’a donc pas voulu répondre aux «polémi-
ques». Il les a laissées à sonPremier minis-
tre. Dans unentretienau Journal du diman-
che, François Fillona fait une «suggestion»
au socialiste: «Soumettre son programme
électoral à Standard&Poor’s»pour «savoir
ce qu’une agence de notation pense d’un pro-
gramme dans lequel il n’y aque des augmenta-
tions de dépenses et des hausses d’impôt». Sa-
medi, Fillon évoquait des «ajustements»
possibles de la politique économique du
gouvernement. Hier, dans le JDD, il a assuré
«qu’il n’y aura [pas] de conséquences immé-
diates pour la vie quotidienne des Français».
Enréponse auPremier ministre, le candidat
socialiste est resté ferme. Pour Hollande, il
n’a pas été questionune seconde d’annuler
sa tournée aux Antilles et en Guyane: «Je
suis ici en France», a-t-il tonné samedi soir
lors d’unmeetingenGuadeloupe. Mais, iné-
vitablement, sa visite s’est déroulée sous les
noirs nuages de S&P. Aupoint que certaines
étapes ont tout bonnement disparu de son
agenda. «Nous sommes observés, glisse le dé-
puté de Corrèze après une courte nuit à
Pointe-à-Pitre. La situation est difficile, les
Français ne sont pas dans la fête.»«Il y a un
respect pour son discours courageux. Il y a un
rapport rationnel à sa démarche», démine
HarlemDésir, qui est du voyage.
Avant de s’envoler pour la Martinique, Hol-
lande répond à Sarkozy. Son courage, ce
sera «de demander plus à ceux qui ont plus
pour donner plus à ceux qui ont moins». Il sait
que les marges de manœuvre, déjà limitées,
seront plus difficiles à trouver et, même s’il
s’en défend, on frôle la rigueur de gauche.
«L’austérité ne peut pas être la sortie de la
crise», assure-t-il, promettant des réformes
structurelles, la justice fiscale, le soutien à
la croissance dès les premières semaines du
quinquennat pour desserrer l’étau budgé-
taire. Avant de lâcher: «Je ne suis pas dans
cette campagne pour dire qu’avec moi tout se-
rait possible. Je ne vais pas dire aux Français
que nous allons distribuer ce que nous n’avons
pas.»
«Antisystème». La veille, François Bayrou
avait relancé ses appels à «tourner lapage sur
nos faiblesses et sur la première d’entre elles,
la division du pays». Marine Le Pen ne veut
pas du centriste dans la liste des
candidats «antisystème»: «Il y a déjà
deux mondialistes: François Hollande
et François Bayrou, il y enaurauntroi-
sième, Nicolas Sarkozy ou un autre
[…]. Ils défendent tous le même modèle
économique», a lancé la candidate duFNhier
sur Canal +. Histoire de relancer sa campa-
gne, Eva Joly (EE-LV) a répété sur France 3
que «le système […] a failli» et que «nous
sommes dans unmodèle qui est àbout de souf-
fle». Un refrain qui rappelle Jean-Luc Mé-
lenchon. De retour de Nantes, le candidat du
Front de gauche s’est renduhier soir devant
le siège parisiende S&Ppour manifester. La
veille, il s’était autoproclamé «candidat de
la résistance des Français aux agences de no-
tations»et avait promis, citant plus que ja-
mais les exemples sud-américains, une «ré-
volution citoyenne» en France.
LILIAN ALEMAGNA
et LAURE BRETTON (aux Antilles)
Selon l’institut LH2, François Hollande
obtiendrait 30%des intentions de vote
en janvier (­1,5 point par rapport à
décembre), contre 23,5%à Nicolas
Sarkozy (­2,5), 17%à Marine Le Pen
(+3,5), 14%à François Bayrou (+1), 8,5%à
Jean­Luc Mélenchon (+2), 3%à Eva Joly
(­1,5) et 2%à Dominique de Villepin (+1).
(Sondage réalisé pour Yahoo les 13 et
14 janvier auprès de 966 personnes).
LA DÉCISION DE S&P
La baisse de la note «reflète l’impact de
l’intensification des problèmes […] dans
la zone euro, au sein de laquelle la
France est étroitement intégrée […]. Son
économie est riche, diversifiée et solide,
sa force de travail hautement qualifiée
et productive. Mais le niveau relative­
ment élevé de sa dette publique, et les
rigidités de son marché du travail com­
pensent en partie ses atouts».
«[La situationactuelle] engage
la responsabilité des deux
forces qu’onprésente comme
principales, l’UMPet le PS.»
François Bayrousamedi
«J’ai bienétudié la situation
enAmérique duSud, à chaque
fois c’est unhomme du
système qui rompt avec.»
Jean­LucMélenchonhier, àLibération
dans leTGVNantes­Paris
REPÈRES
«Je ne suis pas dans cette campagne
pour dire qu’avec moi tout serait
possible»
François Hollandehier enGuadeloupe
Bayrou, samedi à la Maison de la chimie. THOMAS SAMSON.AFP Joly, en visite vendredi à Alizay (Eure). KENZOTRIBOUILARD.AFP Sarkozy, vendredi à l’Elysée. CHARLES PLATIAU.AFP
Mélenchon, vendredi à Nantes. JEAN­SÉBASTIENEVRARD.AFP Le Pen, vendredi à l’European American Press Club. JOEL SAGET.AFP
LIBÉRATION LUNDI 16 JANVIER 2012
• 3
Bruno Lemaire, chargé duprojet présidentiel
de l’UMP, admet que la majorité a tardé à réagir
à l’ampleur de la crise.
«Il ya eudes vraies
réussites, mais aussi
des échecs»
M
inistre de l’Agriculture, Bruno
Le Maire est aussi chargé de la
rédaction du programme de la
majorité. Il fait partie du premier cercle
autour de Nicolas Sarkozy, qui se réunit
toutes les semaines pour définir sa straté-
gie de campagne.
Qu’est-ce que la perte du triple A va
changer dans la campagne?
D’abord, cela souligne la dif-
férence de stratégie entre les
familles politiques. D’un
côté, celle duPS, qui est celle
de l’esquive et de la dissimu-
lation. En s’en tenant à ses
vieilles solutions de plus de
dépenses et d’emplois pu-
blics, la gauche ne prendpas
la mesure de la situation, et
risque simplement de l’ag-
graver. De l’autre côté, il y a
celle du président de la Ré-
publique et de sa majorité.
Quitte à être impopulaires,
ona fait le choix de mener la
réduction des déficits et des
réformes structurelles,
comme celles des retraites et
dunon-renouvellement d’un
fonctionnaire sur deux. Dès le mois de
septembre, on a choisi de présenter un
projet à coût zéro, sans dépenses supplé-
mentaires, dont la philosophie est «dé-
penser moins, produire plus».
Au-delà des effets de la crise, est-ce que
vous ne payez pas le prix d’un début de
quinquennat oùla réductiondes déficits
n’était pas la priorité du chef de l’Etat?
Il faut avoir l’humilité de reconnaître que
dans ce que nous avons fait, il y a eu des
vraies réussites, mais aussi des échecs.
Cela nous rendra d’autant plus crédibles
dans nos propositions. C’est vrai qu’au
début duquinquennat, onaurait pufaire
des choixdifférents. La gravité de la crise
chez nos grands voisins européens nous
a aidés à ouvrir les yeuxsur l’impératif de
réduire nos dépenses publiques et de ga-
gner en compétitivité.
Que reste-il de l’image ducapitaine dans
la tempête, longtemps utilisée par la ma-
jorité pour décrire l’actionduPrésident?
La réactionde la gauche et celle de Fran-
çois Hollande ont été particulièrement
indécentes enmettant encause l’action
duchef de l’Etat. Faire croire auxFrançais
que c’est en dépensant plus que l’on va
s’ensortir est à monavis une contre-vé-
rité. Enrevanche, ce que je constate dans
mes déplacements, c’est que les Français
sont effarés par les querelles entre la
droite et la gauche sur ces questions. Ils
ne comprennent pas pourquoi face à
cette situation de crise, la gauche ne
pourrait pas décider de voter une règle
d’or ou d’affirmer que la réduction des
déficits publics est unobjectif prioritaire
pour notre pays.
C’est pourtant ce que dit François Hol-
lande, qui a clairement annoncé qu’il se
fixait commeobjectif 3%deréductiondes
déficits en 2013 et 0%en 2017…
Au-delà des engagements qui ne man-
gent pas de pain, j’aimerais bienconnaî-
tre dans les détails les décisions qu’ils
prendront pour atteindre
cet objectif. Comment
vont-ils financer les
60 000 emplois dans
l’éducation ? Et les
300000emplois aidés?Et
en matière de réduction
des dépenses, ils nous di-
sent qu’ils vont supprimer
des niches fiscales, mais
personne ne nous dit les-
quelles. Or, certaines sont
très utiles au financement de notre éco-
nomie. Par exemple, supprimer le crédit
impôt recherche serait, selon moi, une
faute.
Ne pensez-vous pas que la perte dutrip-
ple A pourrait profiter aux extrêmes, et
notamment au Front national ?
Je constate dans mes déplacements, no-
tamment en zones rurales, que cette
perte dutriple Asuscite une vraie inquié-
tude chez nos concitoyens. Il nous faut
d’abordla prendre encompte avec luci-
dité, calme et sang-froid. Et ensuite yré-
pondre. Est-ce que la France va perdre
sonrang? Est-ce qu’onva conserver no-
tre souveraineté et notre capacité à rem-
bourser notre dette? Va-t-oncontinuer
à faire jeu égal avec l’Allemagne? Voilà
les questions que se posent les Français
et auxquelles nous apportons des répon-
ses crédibles et convaincantes.
François Bayrou, qui a fait, depuis long-
temps, delaluttecontreles déficits unede
ses priorités, ne peut-il pas être le grand
gagnant de tout cela?
Effectivement, François Bayrou a depuis
longtemps insisté sur l’importance de la
dette et des déficits. Mais, encore une
fois, j’attends de voir les solutions con-
crètes. Quandle gouvernement et la ma-
jorité disent que les collectivités locales
vont devoir assumer leur part dans la ré-
duction de la dépense publique, on sait
que l’onn’est pas populaires. Mais c’est
indispensable. Notre politique, c’est celle
ducourage et de la vérité. Et aujourd’hui
nous sommes les seuls à l’assumer.
Recueilli par GRÉGOIRE BISEAU
A
F
P
Michel Sapin, proche de François Hollande
et responsable duprojet socialiste pour 2012
endéfendla crédibilité économique:
«Retourner
la table ne servirait
à rien»
P
endant que François Hollande
poursuit son voyage aux Antilles
(lire les reportages de notre envoyée
spéciale sur Libération.fr), l’équipe du
candidat socialiste veille à ne pas se lais-
ser déborder sur la gauche par Jean-Luc
Mélenchonouentraîner dans la question
de l’«union nationale». Pour Michel Sa-
pin, responsable du «projet présidentiel»
de François Hollande, la dégradationde
la note française par Standard&Poor’s ne
fait que «souligner combien notre pays a
été affaibli, abaissé» par la politique de
Nicolas Sarkozy.
Que change la perte du triple Afrançais
dans cette campagne électorale?
Les difficultés économiques et sociales de
la France sont ressenties, et depuis long-
temps, par les Français qui les subissent.
François Hollande n’a cessé de souligner
combiennotre pays a été affaibli, abaissé
et désormais dégradé par les résultats
d’une politique injuste et inefficace. La
droite l’a critiqué pour sa vision trop
noire de la situation… eh bien,
aujourd’hui, la gravité s’impose à tous.
Il ne sert à rien de la minimiser. Nicolas
Sarkozy est brutalement mis en face de
ses responsabilités et de la réalité de son
bilan.
Lasituationchange-t-elle
quelque chose pour la
campagne de François
Hollande?
Non. Ce n’est pas la déci-
sionde Standard&Poor’s
qui fait découvrir à la
gauche l’état dupays! Ce
n’est pas non plus à une
agence de notation de
faire la politique de la
France et encore moins le
projet de François Hollande. Ce qu’il pro-
posait se confirme: le redressement du
pays est une nécessité absolue. Cela ne
change rienà la stratégie de campagne et
à la préparationduprojet présidentiel que
François Hollande présentera bientôt aux
Français.
Ne craignez-vous pas qu’à gauche, tout
ceci renforce Jean-Luc Mélenchon et sa
«radicalité»?
Plus la situationest difficile et moins les
slogans ont de valeur. Plus le redresse-
ment est nécessaire et plus il faut sérieux
et responsabilité.
Vous pensezdoncquedavantagedecrédit
sera donné aux candidats estampillés
«crédibles»qu’à ceuxqui disent vouloir
«renverser la table»…
Retourner la table pour se retrouver en
dessous ne servirait à rien. Dissimuler la
vérité, biaiser les difficultés nonplus…Il
est nécessaire d’avoir undiscours de res-
ponsabilité et de justice.
Jean-LucMélenchonaaussi interpellésa-
medi François Hollande, lui demandant de
se souvenir de l’«expérience désastreuse
des socialistes espagnols, portugais ou
grecs […] qui ont cru bien faire en cé-
dant»…
Ces propos ne me paraissent pas justifiés.
Chacun doit avoir un discours juste sur
la situation de chaque pays et les politi-
ques qui y sont menées. François Hol-
lande veut briser ce cercle vicieuxqui en-
traîne aujourd’hui la France vers le bas.
Il faut sortir de cette mauvaise pente en
restant sérieux dans la gestion de notre
budget, car il faut réduire nos déficits,
mais en se donnant les moyens de re-
nouer avec la croissance à travers une po-
litique industrielle volontaire.
Cela veut-il dire que le programme de
François Hollande ne prépare pas la
France à l’austérité?
L’austérité est une voie sans issue qui
plonge les pays la mettant enœuvre dans
la récessionsans leur donner
les moyens de redresser leurs
comptes publics. C’est la voie
dans laquelle Nicolas Sarkozy
nous a engagés. Il faut yfaire
obstacle. Responsabilité, jus-
tice, croissance permettront
de redresser de la France.
François Bayrou a relancé
l’idée d’une «union natio-
nale»enappelant à«sortir la
France» de «la division».
Partagez-vous cetteperspec-
tive?
Le redressement de la France
ne passe ni par des discours
grandiloquents ni par des
discours gnangnan. La situa-
tionextrêmement difficile du
pays rend nécessaire des
choix clairs. François Hol-
lande mettra enœuvre une politique pro-
fondément différente de celle que la
droite a pratiquée pendant des années et
tout particulièrement sous le quinquen-
nat de Nicolas Sarkozy. Pour 2012, les
Français ont droit à un choix clair. Avec
François Hollande ils en auront un.
Craignez-vous que le discours de Marine
Le Pen se renforce avec la perte du
triple A?
Le populisme se nourrit des malheurs des
Français. A nous de parler à ceux qui
souffrent pour les convaincre du danger
des propositions extrémistes et leur don-
ner espoir.
Recueilli par LILIAN ALEMAGNA
«Quitte à être impopulaires, ona fait
le choix de mener la réductiondes
déficits et des réformes structurelles.
Dès le mois de septembre, ona choisi
de présenter unprojet à coût zéro.»
«L’austérité est une voie sans issue
qui plonge les pays la mettant en
œuvre dans la récessionsans leur
donner les moyens de redresser leurs
comptes publics.»
R
E
U
T
E
R
S
LIBÉRATION LUNDI 16 JANVIER 2012
4 • EVENEMENT
«Puisqu’avec la France, le second garant
du mécanisme perd son triple A, le plan
de sauvetage n’a le choix qu’entre réduire
le volume global de crédit accordé ou
renoncer à son triple A. Dans les deux
cas, cela augmente le coût du sauve-
tage [des pays en difficulté]», estime
Jörg Krämer, chef économiste de la
Commerzbank.
L’Allemagne redoute également que les
pays en difficulté de la zone euro atté-
nuent leurs plans de stabilité face au
mécontentement accrude leur opinion
publique. Dans une note aux 26 parte-
naires de Berlin au sein de l’Union
européenne, l’Allemandde la BCE, Jörg
Asmussen, s’inquiétait récemment des
dernières versions du pacte budgétaire
européen en préparation, jugées trop
peu contraignantes pour les Etats ne
maîtrisant pas leur déficit public.
«Pression». «Nous sommes désormais
sous pression pour mettre en œuvre rapi-
dement et de façon décidée le pacte bud-
gétaire, a insisté Merkel samedi. Il ne
s’agit pas de l’adoucir partout où l’on
peut, mais de donner des garanties solides
pour l’avenir…» En clair, l’Allemagne
compte bien profiter de sa position de
bonélève de la zone europour accroître
la pression sur ses partenaires.
L’oppositionallemande rappelle toute-
fois que la position du pays est fragile
elle aussi. Le déficit public est contrôlé
(1%duPIBannoncé pour 2012), mais la
dette reste colossale et les socialistes du
SPD demandent au gouvernement de
donner l’exemple en revenant sur les
baisses d’impôts annoncées pour 2013,
année électorale outre-Rhin. D’autant
que les prévisions ne sont guère opti-
mistes. L’Allemagne, jusqu’ici épargnée
par la crise (3%de taux de croissance
en2011), devrait connaître cette année
deux trimestres de récession et, finir
2012 sur un petit 0,5%de croissance.
De notre correspondante à Berlin
NATHALIE VERSIEUX
Angela Merkel,
samedi à un
congrès de la
CDU. Pour la
chancelière,
le «AAn’est
vraiment pas une
mauvaise note».
PHOTOANGELIKA
WARMUTH.AFP
La bonne santé dupays, qui conserve sontriple A, fait craindre à l’opinionde devoir payer pour les autres.
C
alme apparent du gouverne-
ment, inquiétude du côté des
milieuxd’affaires…«La moitié
de l’Europe à genoux!»titrait
le quotidien Frankfurter Allgemeine
Zeitung dans sonéditiond’hier, tandis
que les cartes de notation de la zone
euro dressées par la presse présentent
l’Allemagne comme unîlot de relative
stabilité, épargné mais isolé. «La
note AAn’est vraiment pas une mauvaise
note», a insisté une Angela Merkel dé-
monstrativement solidaire samedi, rap-
pelant que l’agence Fitch n’avait pas
dégradé la France et n’avait sans doute
pas l’intention de le faire cette année.
ABerlin, onindique que la dégradation
par Standard&Poor’s était attendue de
longue date; que, depuis l’automne, le
voisin français était de facto traité par
les investisseurs comme un pays
noté AA-, et que le Japon ou les Etats-
Unis «vivent très bien»malgré la perte
de leur triple A. «Je ne crois pas que la
dégradation des notations des pays de la
zone euro ait d’une quelconque manière
que ce soit pour conséquence que l’Alle-
magne doive faire plus par rapport aux
autres», a insisté la chancelière. Met-
tant ainsi le doigt sur le point qui fait
mal.
Mécontentement. Vude Berlin, la dé-
gradationde neuf pays européens a une
seule conséquence positive: l’Allema-
gne, dont la dette est devenue une va-
leur refuge, peut désormais emprunter
à des conditions encore plus avantageu-
ses qu’avant. Certains investisseurs
sont même prêts à toucher des intérêts
négatifs, et donc à payer pour acheter
des obligations souveraines allemandes.
«Mais cette évolution est tout sauf saine,
insiste le Frankfurter Allgemeine Zeitung.
La solidarité avec le reste de la zone euro
coûte de plus en plus cher au contribuable
allemand et va finir par ne plus être sup-
portable sur le plan politique.»
Les Allemands s’inquiètent en effet de
l’avenir du Fonds européende stabilité
financière (FESF) et du futur Méca-
nisme européen de stabilité (MES).
L’îlot allemandtoujours plus inquiet
Alors que les négociations avec le secteur privé sont aupoint mort, la troïka UE, BCEet FMI débarque demain.
La dette aucœur de la semaine grecque
U
ne nouvelle semaine de tous
les dangers s’ouvre pour la
Grèce, dont le maintien
dans l’eurorevient aucœur des dé-
bats alors que la dégradation de la
France ébranle le couple franco-al-
lemand. La bataille se livre sur deux
fronts : Athènes doit tenir tête à
l’armada des créanciers privés qui
regimbent à l’effacement de moitié
de la dette souveraine et, enparal-
lèle, ployer assez l’échine pour ob-
tenir les nouvelles aides promises
par l’Europe et le Fonds monétaire
international (FMI). Sur ces deux
fronts, les choses se présentent
mal…
Vendredi, les négociations sur la
restructuration des 205 milliards
d’euros de dette détenue par le sec-
teur financier privé ont été suspen-
dues, dans une ambiance d’ex-
trême tension. En octobre, à
Bruxelles, les dirigeants de la zone
euro avaient pourtant réussi à tor-
dre le bras auxbanques pour qu’el-
les renoncent «volontairement»à la
moitié de leurs créances, nécessai-
res pour éviter un «défaut» aux
conséquences incontrôlables. Deux
inconnues majeures pèsent: com-
bien de créanciers accepteront
d’apporter leurs titres à l’échange
et quel sera le montant final de la
décote? Si les banques françaises,
les plus exposées de la zone euro,
ont déjà provisionné 60%de perte
sur leurs titres, d’autres prêteurs
jouent la montre. «Ce qui freine les
négociations, c’est la position très
opaque des hedge funds», indique-
t-onde source bancaire. Ces fonds
spéculatifs espèrent échapper à la
restructuration.
Mais le temps presse: faute d’un
accordd’ici la mi-février, Athènes
ne sera pas enmesure d’honorer le
remboursement de 14,5 milliards
d’euros de bons duTrésor qui arri-
vent à échéance le 20 mars. Or, la
chancelière allemande, Angela
Merkel, répète cha-
que semaine que
l’Europe ne débour-
sera plus uneuro tant
que l’effacement par-
tiel de la dette ne sera
pas acquis. Un nou-
veau round de mar-
chandage est prévu mercredi à
Athènes avec les deux représen-
tants des banques.
Autre événement phare de cette se-
maine, l’arrivée, demain, de la
«troïka» formée par la Commis-
sion, la Banque centrale euro-
péenne et le FMI. Là non plus, les
nouvelles ne sont pas fameuses.
Après 6%de recul du PIB en 2011,
deuxfois plus que prévu, les super-
viseurs de la cure de rigueur grec-
que doivent revoir leur scénario de
sortie de crise. Au lieu du retour à
la croissance en2012, c’est une cin-
quième année de récession qui se
profile. De l’avis de Christine La-
garde, la patronne duFMI, il va fal-
loir «des dizaines de milliards
d’euros supplémentaires»pour col-
mater la brèche grecque et empê-
cher que l’ensemble ne s’effondre…
NATHALIE DUBOIS
Faute d’unaccordd’ici mi-février,
Athènes ne pourra honorer le
remboursement de 14,5milliards
d’euros de bons duTrésor arrivant
à échéance le 20mars.
LIBÉRATION LUNDI 16 JANVIER 2012
EVENEMENT • 5
«Nousnesommes
pashorsdedanger»
L’opposante birmane
Aung SanSuuKyi
évoque la
démocratisationdu
pays et n’exclut pas
de devenir ministre.
Recueilli par ARNAUDVAULERIN
Envoyéspécial àRangoun
L’
enceinte de la célèbre maison coloniale
du54, UniversityAvenue à Rangouna été
refaite à neuf. C’est là, dans ce qui res-
semble de plus enplus à unbâtiment offi-
ciel où se succèdent les délégations, qu’Aung San
SuuKyi a réponduhier aux questions d’ungroupe
de journalistes, dont Libération, au moment où le
régime civil annonce des réformes sans précédent,
comme la libération, vendredi, de plusieurs cen-
taines de prisonniers politiques. A66 ans, l’oppo-
sante birmane estime que sa candidature aux lé-
gislatives partielles d’avril est le «début»de sa vie
politique et n’exclut pas de devenir ministre.
Pourquoi ces changements interviennent-ils
maintenant ?
Ils ont beaucoupà voir avec le président TheinSein
et les autres réformateurs au gouvernement, qui
se sont rendu compte qu’il y
avait un besoin de change-
ment en Birmanie. L’arrivée
du Président au pouvoir [en mars, ndlr] a été l’oc-
casion pour ces dirigeants de défendre les réfor-
mes qu’ils souhaitaient réaliser depuis quelque
temps. Le désespoir des gens qui se battent au
quotidien et qui ont envie de vivre comme des
êtres humains a été également une des grandes
forces pour un changement dans ce pays.
Ce processus de réformes est-il irrévocable?
Non, pas encore. Je ne pense pas que nous soyons
hors de danger. Nous avons besoin de change-
ments supplémentaires. Je n’utiliserai pas le mot
irréversible, parce que rien n’est irréversible.
Quel nouveaugeste attendez-vous de TheinSein?
Pour le moment, la priorité est de se concentrer
sur la paix pour les nationalités ethniques. Nous
devons trouver une solution politique à tous ces
conflits pour solidifier notre unité, et ne pas nous
contenter d’un simple cessez-le-feu.
Faites-vous confiance au Président ?
Je suis convaincue qu’il est sincère, mais je ne me-
sure pas le soutiendont il bénéficie auseindugou-
vernement.
Que vous a dit le président Thein Sein pour que
vous lui accordiez désormais votre crédit ?
Nous avons euune discussiontrès franche, notam-
ment pour lui faire comprendre qu’il pouvait être
difficile pour la Ligue nationale pour la démocratie
[LND, le parti d’Aung San Suu Kyi] de coopérer à
unprocessus de démocratisationsans être autori-
sée. Je lui fais confiance, car il a tenu sa promesse
et rendupossible unnouvel enregistrement de no-
tre formation. Nous ne l’avions pas fait pour les
élections de 2010, car il yavait plusieurs points de
la loi électorale d’alors qui étaient inacceptables.
Pourquoi avez-vous décidé d’être candidate aux
élections partielles d’avril ?
Lorsque l’onvit dans une démocratie parlemen-
taire, et c’est le seul type de démocratie possible
aujourd’hui, vous devez siéger au Parlement. Je
souhaite également travailler avec d’autres parle-
mentaires, y compris ceux des forces armées.
Ces élections seront-elles libres et loyales?
Oui, je le crois. Il n’y a que 48 circonscriptions à
pourvoir dans ces élections. Nous pourrons donc
contrôler de près les conditions de vote avec les
membres de la LND, les médias et les corps diplo-
matiques. Et si ce scrutin ne devait pas être libre
et loyal, nous le ferions savoir au monde entier.
Aulieude siéger auParlement, n’auriez-vous pas
Aung San Suu Kyi, dans sa maison au 54, University Avenue, en 2010. PHOTOJULIENCHATELIN. FEDEPHOTO
INTERVIEW
LIBÉRATION LUNDI 16 JANVIER 2012
6 •
MONDE
Le ministre des Affaires étrangères a décoré l’icône de la
démocratie et évoqué une possible levée des sanctions.
AlainJuppé enmission
de reconnaissance
E
natterrissant samedi soir
à Rangoun, AlainJuppé a
mis fin à une longue ab-
sence de la France enBirmanie.
Jamais depuis l’indépendance
dupays en1948, Paris n’yavait
dépêché son ministre des Af-
faires étrangères. Succédant à
HillaryClintonendécembre et
son alter ego britannique au
début dumois, Juppé est arrivé
vingt-quatre heures après la li-
bération de centaines de pri-
sonniers politiques. Il a
d’ailleurs rencontré plusieurs
grandes figures comme le lea-
der quasi vénéré de la Généra-
tion 88, Min Ko Naing; Ko Ko
Gyi, son collègue ou encore le
leader de l’ethnie Shan Khun
Htun Oo.
Mais c’est avec Aung San Suu
Kyi (lire ci-contre) que le chef
duQuai d’Orsaya passé le plus
de temps. Avant de lui remettre
la Légiond’honneur hier soir,
Alain Juppé s’est entretenu
pendant plus d’une heure avec
l’icône de la dé-
mocratie. Cel-
le-ci a d’ailleurs
salué sa visite
par undiscours
tenu dans un
français parfait.
Le ministre a
annoncé un triplement de
l’aide de la France qui atteindra
3,2 millions d’euros pour sou-
tenir des actions dans le do-
maine de l’humanitaire et de
l’urgence, de la culture et à
destination des ONG et de la
société civile. Une mission de
l’Agence française de dévelop-
pement sera également en-
voyée en Birmanie pour éva-
luer la faisabilité de projets
dans les secteurs culturels et
touristiques.
Soucieux «d’envoyer des signes
d’encouragement aux autorités
birmanes», l’actuel patron du
Quai d’Orsay a recommandé
de «phaser la levée des sanc-
tions» internationales qui
pourraient être «levées étape
par étape». La question de la
reprise de nouveaux investis-
sements de Total, interdits
en 2007 par le président
Sarkozy, fera partie de cette
discussion, a précisé Juppé.
Aujourd’hui à Naypyidawpour
rencontrer le président Thein
Sein, le ministre entend de-
mander aux autorités qu’elles
autorisent la Croix-Rouge à vi-
siter les prisons. Tout comme il
devrait insister sur la nécessité
d’élections «libres et loyales»le
1
er
avril.
A. V. (à Rangoun)
plus d’influence en devenant une sorte de con-
seillère, de femme d’Etat ?
C’est un point de vue très dangereux de croire
qu’unpolitique est trophaut placé pour démarrer
à la base de la démocratie parlementaire. Nous de-
vons tous commencer avec au moins le sens de
l’humilité si nous voulons bien faire les choses.
Travailler et négocier avec les militaires n’est-il
pas un jeu risqué?
Je ne crois pas dutout qu’il s’agisse d’unjeu, mais
plutôt une tâche difficile. Car nous sommes encore
entraind’essayer de nous comprendre. Les forces
armées ne peuvent pas rester séparées dureste du
pays. Elles sont toujours unacteur puissant et c’est
pourquoi il est important d’obtenir leur coopéra-
tion pour parvenir à une vraie démocratisation.
Quel sera le programme électoral de la LND?
Nous ferons campagne sur la résolution des pro-
blèmes avec les ethnies nationales, l’Etat de droit
et le nécessaire amendement de la Constitution
de 2008. Cela doit s’accompagner de grandes me-
sures sociales et économiques pour sortir le plus
de gens possible de la pauvreté. Nous proposerons
notamment des solutions de microcrédit.
Est-il temps de lever les sanctions internationales
à l’encontre de la Birmanie?
Je souscris à l’idée que les sanctions doivent être
levées étape par étape, ensuivant de près les pro-
grès en cours à l’intérieur du pays.
La Birmanie ena-t-elle fini avec le généralissime
Than Shwe, l’ancien homme fort du pays?
Je crois qu’il ne participe plus à la vie quotidienne
du gouvernement, mais je ne peux pas mesurer
l’influence qu’il peut avoir sur ses membres. L’ar-
mée doit fermement soutenir le processus de dé-
mocratisation. Il y a toujours un risque de coup
militaire, mais les forces armées doivent être cons-
cientes que nous ne voulons en aucune façon un
conflit entre l’armée et le peuple. •
Les élections partielles
birmanes, auxquelles
Aung San Suu Kyi a
annoncé se présenter
pour la première fois
depuis 1990, auront lieu
le 1
er
avril. Ce scrutin doit
permettre de pourvoir
48 sièges dans les deux
assemblées birmanes.
REPÈRES
La questionde la reprise
de nouveaux investissements
par le groupe pétrolier Total,
interdits en2007, fera l’objet de
discussions.
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LA LND
La Ligue nationale pour
la démocratie d’Aung San
Suu Kyi, parti dissout en
2010 par la junte, a été
officiellement reconnue
par le pouvoir. Elle avait
remporté les législatives
de 1990, mais la junte
avait annulé le résultat.
135
C’est le nombre officiel
d’ethnies recensées en
Birmanie. Les Bamars
constituent les trois­
quarts des 54 millions
d’habitants du pays.
LIBÉRATION LUNDI 16 JANVIER 2012
MONDE • 7
MarioMonti aouvert lachasse
auxfraudeursdufiscitalien
Comme à Cortina d’Ampezzo findécembre, les contrôles se multiplient.
L
a guerre a été déclarée à la
veille du réveillon du jour
de l’an. Ils sont arrivés par
petits groupes et ont pris
position, au petit matin, dans l’ar-
tère principale de la ville.
Puis ils ont commencé une
sorte de ratissage: toutes
les voitures à grosse cylindrée ont
été contrôlées, puis certains com-
merces, bars, restaurants plus ou
moins chics et magasins de luxe.
Dans la très renommée station de
ski de Cortina d’Ampezzo, la Cour-
chevel des Dolomites, les inspec-
teurs du fisc ont ainsi mené une
opérationcoupde poing contre les
fraudeurs fortunés. Moins de vingt-
quatre heures plus tôt, le président
du Conseil, Mario Monti, avait
averti: «Nous avons mis àdisposition
des services fiscaux des instruments
[notamment l’accès à tous les
comptes bancaires, ndlr] qu’ils
n’avaient jamais eus pour mener une
lutte quotidienne contre l’évasion fis-
cale.» Alors que le successeur de
SilvioBerlusconi a demandé de très
lourds sacrifices aux Ita-
liens à travers une hausse
des impôts et une très im-
populaire réforme des retraites,
l’opération dénommée «Jour de
l’an»à Cortina d’Ampezzo est ap-
parue comme la preuve que le nou-
veau gouvernement entendait sé-
rieusement faire partager l’effort à
tous, y compris aux tricheurs.
«INJUSTICE». Et cela avec l’appro-
bation des syndicats qui s’indi-
gnaient jusqu’alors de voir les sala-
riés (dont les impôts sont prélevés
à la source) touchés enpriorité par
la cure d’austérité. «Une injustice»,
jugeaient-ils dans un pays où l’on
estime que, du côté des commer-
çants ou des professions libérales,
120 à 130 milliards d’euros échap-
pent chaque année aux caisses
de l’Etat.
A Cortina, le premier raid a porté
ses fruits. Sur 133 grosses cylin-
drées, dont quelques Ferrari et Ma-
serati, les 80inspecteurs dufisc ont
pu constater que 42 propriétaires
déclaraient des revenus inférieurs
à 30 000 euros brut par an.
Seize autres disposent de moins de
50000 euros annuels. Quant aux
35 commerçants surveillés par les
agents de l’Etat et contraints de dé-
livrer les tickets de caisse, ils ont
mi racul eusement
connuune journée ex-
ceptionnelle. Les res-
taurants ont ainsi vu
leur chiffre d’affaires
augmenter de 110%
par rapport à la veille,
les bars de 104%.
Quant aux bijoutiers, ils ont multi-
plié leurs ventes par quatre par rap-
port aux données de l’an dernier!
Le Trésor italienespère que l’opéra-
tion sera dissuasive pour tous les
contribuables indélicats, alors que
les derniers chiffres indiquent
que 42% des propriétaires de
yachts déclarent gagner unsalaire
d’ouvrier ouencore que 518Italiens
possèdent unavionouunhélicop-
tère privé bienqu’ayant officielle-
ment des revenus ne dépassant pas
20000 euros annuels.
L’interventionà Cortina d’Ampezzo
a néanmoins suscité des critiques.
Le président des hôteliers locaux
s’est plaint des conséquences pour
le tourisme. «Cortina? C’est de la
propagande», s’est pour sa part in-
surgé Fabrizio Cicchitto, président
du groupe parlementaire du PDL,
le parti de Berlusconi. En2004, ce
dernier, alors au pouvoir, avait il
est vrai expliqué: «Quand les im-
pôts sont excessifs, il est juste de
frauder le fisc.»
«Par le passé, l’évasion fiscale a aidé
notre miracle économique parce
qu’elle redistribuait le revenu, a ré-
cemment analysé Giuseppe Roma,
directeur ducentre d’études socio-
économiques Censis. Les fraudeurs
utilisaient l’argent pour acheter des
biens de consommation comme des
réfrigérateurs ou une Fiat 600. Cet
argent restait dans le circuit économi-
que et se transformait ensalaires pour
les ouvriers qui fabriquaient les réfri-
gérateurs et les voitures.»Et d’ajou-
ter qu’il existait une sorte de pacte
entre gouvernements et citoyens:
«La politique promettait de ne pas
mettre sonnez»dans les affaires des
fraudeurs et était, enéchange, sou-
tenue électoralement.
«HONNÊTES». Aufil des ans, estime
cependant Giuseppe Roma, l’équi-
libre s’est rompu. «Depuis la fin des
années 90, il n’y a plus de redistribu-
tion. L’argent de l’évasion ne rentre
plus dans le circuit, il est thésaurisé.»
Le relatif consensus politique
autour de la fraude commence
aujourd’hui à s’effriter. D’autant
qu’avec une dette de 120%duPIB,
une croissance atone et la sanction
des marchés, l’Italie vit désormais
dans l’urgencedetrouver des recet-
tes budgétaires. «Il est inacceptable
que les travailleurs fassent des sacrifi-
ces alors qu’une part importante de la
richesse échappe aux taxes, accrois-
sant ainsi la pression sur les honnêtes
contribuables», a martelé il ya quel-
ques jours le président du Conseil,
conscient qu’une réforme de l’Etat
et une réduction de ses coûts sont
aussi nécessaires pour faire accep-
ter le tour de vis fiscal.
Mais le gouvernement semble dé-
cidé à ne pas frapper que les plus ri-
ches et les localités luxueuses,
quitte à perdre, en touchant des
échelons inférieurs, une partie du
soutien dont il bénéficie. Samedi,
en pleine journée de soldes,
250 militaires de la brigade finan-
cière ont débarqué dans les artères
les plus commerçantes de Rome.
Résultat : 190 infractions sur
405contrôles et lasaisied’undemi-
milliond’objets de contrefaçon.•
Par ÉRICJOZSEF
Correspondant àRome
«Depuis la findes années 90,
l’argent de l’évasionn’est plus
redistribué, il est thésaurisé.»
GiuseppeRomadirecteur aucentred’études
socio­économiques Censis
ANALYSE
Le président du Conseil, Mario Monti, le 8 janvier à la télévision italienne, évoquant notamment la crise de la dette. PHOTOLUCABRUNO. AP
10
C’est, en millions, l’estimation
du nombre de fraudeurs en
Italie qui délesteraient le fisc
de 130 milliards d’euros par an.
300 km
ITALIE
BOS
SERB
A
M
GR
FRANCE
HONG
Rome
Portofino
SICILE
SARDAIGNE
Cortina
d’Ampezzo
Mario Monti, 69 ans, a été
nommé président du Conseil
italien le 16 novembre, en rem­
placement de Silvio Berlusconi,
obligé de démissionner. Econo­
miste, universitaire et homme
politique, Monti n’appartient à
aucun parti. Il a formé un gouver­
nement de «techniciens».
REPÈRES «Je me rebelle contre
unEtat policier fiscal.»
MaurizioLupi parlementaire
duparti duPeupledelaliberté
(PDL, droite) del’ancienprésident
duConseil SilvioBerlusconi,
début janvier
LIBÉRATION LUNDI 16 JANVIER 2012
8 • MONDE
L’inaccessible régiontibétaine rebelle
d’Aba, en proie à une virulente ré-
pression chinoise, a de nouveau été
samedi le théâtre de scènes de violen-
ces. Un Tibétain s’est immolé par le
feuenpleine rue et, peuaprès, la po-
lice a tiré sur la foule qui tentait de
s’emparer de sa dépouille. Au moins
deux personnes ont été touchées par
les tirs, dont une femme qui serait
morte. Depuis mars, c’est la seizième
fois que des Tibétains –des religieux
pour la plupart –se transforment en
torches humaines ensigne de protes-
tationcontre la brutale campagne de
soumission menée par Pékin. Au
moins douze d’entre eux ont suc-
combé à leurs brûlures. Selon des
sources citées par l’organisationCam-
paign for Tibet, la police a battu à
coups de gourdin l’homme en flam-
mes samedi. «En voyant ça, la foule
s’est mise en colère et a tenté de récupé-
rer le corps», a expliqué untémoin. Un
scénario semblable s’était produit en
mars à Aba, lorsque la police avait
roué de coups le corps entrainde brû-
ler d’unmoine Tibétain. Pour Pékin,
ces immolations sont ni plus ni moins
des «actes terroristes». P. G. (à Pékin)
A
RETOURSURLARÉPRESSIONCHINOISEDES IMMOLATIONS PARLEFEU
Tibet: unmoineenflammes rouédecoups
Le parc national Kruger,
en Afrique du Sud, la plus
grande réserve de rhinocé­
ros au monde, est toujours
le théâtre d’une boucherie
quotidienne. Depuis deux
ans, les gardiens du parc
découvrent presque cha­
que jour la carcasse d’un
rhinocéros écorné, «trésor
national victime du marché
noir de la corne». Ces
actes de braconnage
«contre la population de
rhinocéros sont source
de graves préoccupations
pour le gouvernement»,
a déclaré la ministre de
l’Environnement, Edna
Molewa, ce week­end à
Pretoria après la décou­
verte la semaine dernière
de onze nouvelles carcas­
ses dans le parc Kruger. En
avril, les autorités de Pre­
toria avaient pourtant ren­
forcé leur vigilance le long
de la frontière mozambi­
caine, là où les braconniers
pénètrent en territoire
sud­africain. Selon les res­
ponsables du parc, 252 rhi­
nocéros ont été abattus
l’an dernier sur un total de
448 décimés au fusil de
grande précision, et parfois
à la kalachnikov, sur
l’ensemble des réserves du
pays. Les cornes de rhino­
céros sont prisées par les
Chinois qui leur attribuent
des vertus aphrodisiaques.
AFRIQUE DUSUD:
ONACHÈVE BIEN
LES RHINOCÉROS
L’HISTOIRE
M
anœuvre de plus de
la part d’un régime
aux abois? Le prési-
dent syrien, Bachar al-As-
sad, a promulgué hier une
«amnistie générale pour les
crimes commis pendant les
événements» qui agitent le
pays, a relayé l’agence offi-
cielle Sana. La mesure con-
cernerait essentiellement des
infractions à des lois sur les
manifestations pacifiques, le
port d’armes ou les déser-
teurs de l’armée.
Depuis mars, la Syrie est se-
couée par une révolte sans
précédent contre le régime,
dont la répressiona fait plus
de 5000morts, selonune es-
timationde l’ONU
donnée le mois
dernier. Mais les
autorités syrien-
nes ne reconnais-
sent pas l’ampleur
de cette contesta-
tion et accusent des «gangs
armés» de semer le chaos.
Elles reprennent aussi l’an-
tienne du «complot» ourdi
par les pays occidentaux
contre Damas.
«Illusoire». Dans un com-
muniqué, les Frères musul-
mans syriens ont aussitôt
jugé que l’annonce de l’am-
nistie n’était «ni crédible ni
sérieuse». Selon eux, «le ré-
gime tente de rendre crédible
son projet illusoire de réconci-
liation et de dialogue national,
et c’est dans ce contexte qu’il
fait des annonces à des fins de
propagande». La confrérie
chiffre à 60000le nombre de
personnes détenues depuis le
début de la contestation.
Les autorités ont annoncé
ces dernières semaines la li-
bération de milliers de per-
sonnes «impliquées dans les
événements», mais n’ayant
«pas de sang sur les mains».
Pour rappel, le 31 mai, le
président Assad avait déjà
décrété une amnistie géné-
rale incluant tous les détenus
politiques, y compris les
membres des Frères musul-
mans, organisationinterdite
en Syrie. Il y a trois mois le
régime avait aussi promis
«une amnistie» aux déten-
teurs d’armes qui se ren-
draient à la police «sous les
huit jours».
«Inquiet». ABeyrouth, hier,
BanKi-moon, secrétaire gé-
néral des Nations unies, a
demandé à Bachar al-Assad
«d’arrêter de tuer», ensouli-
gnant que tout dirigeant
usant de la force «courait àsa
perte». Hier, Amr Moussa,
ancien patron de la Ligue
arabe et candidat à la prési-
dentielle égyptienne, disait
«partager» l’idée évoquée
par le Qatar «d’un envoi de
troupes arabes en Syrie pour
mettre finaumassacre des po-
pulations». Le président tu-
nisien, Moncef Marzouki,
dans un entretien au quoti-
dien algérien El-Khabar, a
vivement réagi à la proposi-
tionqatarie, la jugeant suici-
daire et estimant «qu’elle
conduirait à une explosion
dans tout le Moyen-Orient».
L’ancienopposant aurégime
de BenAli s’est déclaré «très
inquiet»car, selonlui, «laré-
volution»enSyrie serait «en
train de prendre un tour con-
fessionnel».
Par ailleurs, le général syrien
Mostafa Ahmad al-Cheikh,
le plus haut gradé à avoir dé-
serté et qui s’est réfugié en
Turquie il y a une dizaine de
jours, devrait prendre la tête
d’un«conseil supérieur mi-
litaire»rebelle pour organi-
ser les opérations contre le
régime de Damas et les dé-
fections dans l’armée.
Service Etranger
Depuis mars, la répression
a fait plus de 5000morts,
selonune estimation
des Nations unies.
Al-Assadrejouelacarte
de«l’amnistie»
SYRIEDamas a annoncé hier renoncer à poursuivre
les manifestants et auteurs de violences.
Partisan de relations apaisées avec Pékin et candidat sou­
tenu par les milieux d’affaires, Ma Ying­jeou, un juriste
de 61 ans formé aux Etats­Unis, a été réélu samedi à la
présidence taïwanaise. Selon les résultats publiés par la
Commission électorale hier, Ma Ying­jeou a obtenu 51,6%
des suffrages et distance confortablement son adver­
saire, Tsai Ing­wen, qui a recueilli 45,6%des votes. La lea­
der du Parti progressif démocrate (PPD) a aussitôt
reconnu son échec: «Nous voulons exprimer nos plus pro­
fonds regrets à nos partisans pour notre défaite.» Les
Etats­Unis ont immédiatement félicité le président taïwa­
nais pour sa réélection. La stratégie visant à l’amélioration
constante des relations avec Pékin, prônée par Ma Ying­
jeou, a été vivement critiquée par le PPD, lequel a
dénoncé les écarts sociaux croissants dans le pays. La
Chine s’était montrée extrêmement prudente pendant la
campagne –de crainte de favoriser la candidate du PPD–
et affichait son soulagement hier. PHOTOAFP
LE PRO­CHINOIS
MA YING­JEOU RÉÉLU
À TAÏWAN
LES GENS
YÉMENVingt-cinq combat-
tants ont été tués ces der-
niers trois jours dans des
affrontements dans le nord-
ouest dupays, entre la rébel-
lion locale zaïdite (chiite) et
les tribus sunnites.
NIGERIA Dans le conflit so-
cial qui paralyse le pays de-
puis une semaine à cause de
l’arrêt des subventions sur
les carburants, ministres et
syndicats parlaient hier
«d’avancées».
ÉGYPTE Mohamedel-Bara-
dei, l’ancien chef de
l’Agence internationale de
l’énergie atomique renonce
à se présenter à la présidence
du pays.
4
C’est, en milliards d’euros,
le revenu en 2011 du canal
du Suez, en hausse de
350 millions sur les ren­
trées de 2010, selon les
autorités du canal. Le nom­
bre de navires empruntant
cette voie a toutefois légè­
rement baissé, passant de
17993 bâtiments en 2010
à 17799 l’an dernier.
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LIBÉRATION LUNDI 16 JANVIER 2012
MONDEXPRESSO • 9
Villepinconfit dansl’antisarkozisme
L’ex-Premier ministre était, la semaine dernière, encampagne enDordogne, soucieux de
se placer audessus duclivage gauche-droite et affichant sonhostilité vis à vis de «l’autre».
U
n cri, sur le marché de
Périgueux. «M. de Ville-
pin, vous êtes de droite,
rassurez-nous!»Mais la
silhouette de héron s’éloigne déjà
à grands pas, lâchant dans son
sillage: «Je suis de tous les partis!»
Tropcourt pour emporter le vote de
la marchande de fleurs. Dominique
de Villepin est certes «très beau»
dans sa veste matelassée, mais elle
ne sait oùle planter dans la campa-
gne. «Au centre», résume un
sherpa local
de République
solidaire, qui
fait la voiture-balai. Dans les «réu-
nions Tupperware à l’ancienne»
qu’ils disent organiser en Dordo-
gne, les villepinistes ont convenu
de ce raccourci. Las, quelques mi-
nutes plus tard, voilà leur héros qui
déclare: «Le centre, c’est le compro-
mis moyen. Et moi, je suis tout sauf
moyen.»L’argumentaire est donc à
revoir.
Crédité de 3% dans les sondages,
Dominique de Villepin entame sa
campagne aupas de charge, encore
pénétré de sondernier livre sur Na-
poléon, «aussi grand dans la chute
que dans la gloire». Habité par une
foi de fer en son destin de «grand
serviteur de l’Etat», il avance en
«recours de la France humiliée», vo-
lant au secours de «l’union natio-
nale», et ignorant les fâcheuxqui le
prennent «pour un extraterrestre».
Gaullien dans la tête et chiraquien
dans les jambes. Comme Jacques
Chirac, il «se tape» des affaires
pendantes (le feuilleton Karachi,
les Relais &Châteaux). Et il em-
brasse, accole, rigole, mange, boit:
«Moi, le vin blanc, le vin rouge, je ne
dis jamais non.»Pas comme «lui»,
qui «fait attention à tout, en bon
politicien».
«SOU NEUF». Celui qui voulait le
«pendre à un croc de boucher» au
début de l’affaire Clearstream, Vil-
lepinenparle sans arrêt, sans pro-
noncer sonnom. Il dit «mon minis-
tre», «l’autre», «il», jamais «le
Président». Nicolas Sarkozy, rit-il,
«était brillant comme unsouneuf sur
le tapis vert, en 2007». C’est
aujourd’hui l’hôte «d’un palais
vide, où chacun doit se mettre dans la
peau d’un sujet visitant un monar-
que». Dominique de Villepinassure
«n’avoir aucun compte à régler»
avec le chef de l’Etat : «D’autant
plus qu’il n’a aucune chance d’être
réélu.» Entre foie gras et confit de
canard, il annonce «la fin des par-
tis» et assène: «Libérons la prési-
dence de laRépublique!»Sans regar-
der ni à droite, ni a gauche, ni au
centre: «Bayrouest placé sur le stra-
pontin qui monte. Mais est-ce
l’homme ou le siège, qui monte?»
Cofondateur de l’UMP, secrétaire
général de l’Elysée, ministre des
Affaires étrangères, Premier minis-
tre…tant que Jacques Chirac prési-
dait audestinde la France et à celui
de Dominique de Villepin, sa tra-
jectoire ressemblait à une ascen-
sion. Depuis 2007 et Nicolas
Sarkozy, c’est un circuit de cro-
quet, qui passe par les tribunaux
(jusqu’à la relaxe dans l’affaire
Clearstream en septembre), pas
mal de tunnels, la création d’un
mouvement qui n’est pas unparti,
République solidaire. Soudés par
leur antisarkozysme, les hussards
de Villepinétaient partis 6000 à la
fondation en juin 2010. Ils ne sont
plus que 600, unanplus tard, dans
les jardins de la Maisonde l’Améri-
que latine à Paris. Les soutiens ont
fondu comme les troupes à Water-
loo, beaucoup ont sonné la fin de
partie. «Nous avions quitté l’UMP, en
désaccord avec un parti soumis aux
caprices de Nicolas Sarkozy pensant
trouver une démarche gaulliste, sem-
blable à la création du
RPFou du RPR, raconte
le député de Dordogne
Daniel Garrigue. Mais
on a trouvé l’exact con-
traire. Villepin était dans
une aventure personnelle.
Il est resté sur son quant-à-soi, dans
sa bulle.»
COLLECTE. Endécembre, à la sur-
prise générale, Dominique de Ville-
pin a désigné la dernière porte du
parcours de croquet : le porche de
l’Elysée. La marchande de fleurs de
Périgueux trouve l’entreprise «un
peu dingue». Les maires aussi, qui
hésitent, malgré tout le respect
pour l’ancien Premier ministre, à
lui accorder leur signature. «Ils ont
peur du gouvernement, selon Jean-
Pierre Grand, chargé de la collecte
des parrainages à République soli-
daire. J’en appelle à leur conscience,
il faut permettre à l’homme du dis-
cours de l’ONU d’être candidat.»
Certains, comme Daniel Garrigue,
doutent de la pureté des intentions:
«Il y a eu beaucoup de contacts der-
nièrement, onpeut se poser des ques-
tions…»
François Goulard, député duMorbi-
hanet ex-villepiniste, accordera sa
signature, par loyauté, mais il doute
que le cap des 500 sera atteint: «Il
n’apas les bases suffisantes pour être
crédible, ni les relais qu’il faut pour
battre le rappel.»François Goulard
a pris du champ. Parce que «les
vrais choix vont se faire au premier
tour, on ne peut pas se tromper». Et
qu’il a perçu «des changements du
côté de Sarkozy, depuis lacrise». Ar-
guments de realpolitik, tout ce
qu’exècre Villepin!
Lui promet de ne jamais vendre son
âme, ni pour un ministère –«mi-
nistre de qui ? J’ai été le premier!»–,
encore moins une circonscription:
«Faire comme Fillon?»Sur le che-
minduretour vers la capitale, il dé-
clame avec des accents malruciens:
«Aubout d’une solitude, aubout d’un
parcours, il y a un homme en qui on
peut avoir confiance!»•
Par PASCALENIVELLE
envoyéespécialeàPérigueux
PhotoALBERTFACELLY
Crédité de 3%dans les sondages
et encore pénétré de sondernier
livre sur Napoléon, Villepinpeine
à rassembler 500signatures.
Dominique Galouzeau de Vil­
lepin, 58 ans, a été secrétaire
général de l’Elysée (1995­
2002), ministre des Affaires
étrangères (2002), puis de
l’Intérieur (2004), et Premier
ministre (2005­2007). Le
14 septembre, la cour d’appel
a confirmé le jugement de
2010 le relaxant dans l’affaire
Clearstream.
REPÈRES
«[Dominique de
Villepin] a été le chef de
la majorité. Sa place est
aucôté de notre
famille.»
BrunoLeMaireministrede
l’Agricultureet ancien
collaborateur del’ex­Premier
ministresamedi dans leFigaro
REPORTAGE
Villepin, mercredi,
dans le train qui le
mène à Périgueux.
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LOT-ET-GAR
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HAUTE-VIENNE
30 km
Périgueux
DORDOGNE
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LIBÉRATION LUNDI 16 JANVIER 2012
10 •
FRANCE
Chez elle, cela devient une habitude. La députée (UMP)
Brigitte Barèges, membre de la Droite populaire, a utilisé
le terme de «préférence nationale» pour l’accès à l’emploi,
une expression utilisée pendant longtemps par le Front
national. Lors d’une émission diffusée samedi sur
France 3 Midi­Pyrénées, la parlementaire a asséné: «Ce
que je dis simplement, c’est qu’entre ceux qui veulent
ouvrir toutes grandes les portes –par souci doctrinaire et
surtout électoraliste– et ceux qui veulent toutes les fermer
–par repli un peu xénophobe– nous sommes au milieu,
c’est­à­dire en traitant le mieux possible les besoins de la
France, dans un contexte économique très grave, où le
chômage augmente et où il nous faut, c’est vrai quand
même, accueillir la préférence nationale.» En mai, Brigitte
Barèges avait provoqué un tollé en lançant, à propos d’un
texte socialiste visant à autoriser le mariage homosexuel,
«et pourquoi pas des unions avec des animaux?» avant de
se rétracter. Le projet de Marine Le Pen utilise le terme
de «priorité nationale». Mais l’expression «préférence
nationale» est encore utilisée régulièrement par les lea­
ders du FN. Dans son projet présenté le 19 novembre, le
FNpropose d’appliquer la «priorité nationale» pour
l’emploi notamment. Deux associations, SOS Racisme et
l’Union des étudiants juifs de France ont aussitôt réagi, la
première notant qu’il est «particulièrement inquiétant
d’entendre une députée formellement membre d’un parti
républicain verser dans l’extrême droite», la seconde lui
demandant «de revenir sur ses propos».
QUAND UNE DÉPUTÉE UMP
PARAPHRASE LE FRONT NATIONAL
OUTRE­MER François Hol-
lande a affirmé, hier à Poin-
te-à-Pitre, avoir l’intention
s’il était élu de rattacher le
ministère de l’Outre-Mer di-
rectement à Matignonet non
plus au ministère de l’Inté-
rieur. Le rattachement actuel
«donne l’impression que les
relations entre l’Etat et l’outre-
mer ont une dimension uni-
quement administrative», a
expliqué le socialiste.
CFDT François Chérèque a
annoncé qu’il n’y aurait pas
de rendez-vous avec Marine
Le Pen, alors qu’il a com-
mencé à rencontrer les can-
didats à la présidentielle. «Ce
n’est pas un parti républi-
cain», a jugé le numéro 1 de
la CFDT.
UMP Jean-François Copé a
affirmé hier qu’il n’était pas
question«àsaconnaissance
de faire évoluer»la durée lé-
gale de cinq semaines de
congés payés. Invité de Radio
France, le patron de l’UMP
était interrogé sur l’éventua-
lité d’une suppression de la
cinquième semaine de con-
gés après les déclarations de
Luc Chatel, ministre de
l’Educationnationale, accu-
sant le PS d’avoir fait «payer
à crédit» cette semaine.
LÉGISLATIVES L’ancien dé-
puté (PS) d’AgenAlainVey-
ret, arrivé entête d’une pri-
maire socialiste, a lancé
samedi sa campagne dans la
1
re
circonscriptionduLot-et-
Garonne, alors que les ins-
tances nationales duPSyont
investi Lucette Lousteau.
LÉGISLATIVES L’avocat mar-
seillais Gilbert Collard
(photo), qui préside le comité
de soutien à Marine Le Pen,
a annoncé, hier, à Nîmes, sa
candidature aux législatives
dans la 2
e
circonscriptiondu
Gard. «Je serai candidat pour
Marine Le Pen, mais je ne le
serai pas pour le Front
national.»PHOTOAFP
«C’est unsujet tellement personnel que
je vous exprime unavis personnel qui
n’engage pas le membre dugouvernement
que je suis. […] Je pense que c’est une
tendance de l’histoire, une évolutionet sans
doute qu’unjour il yaura une légalisation
dumariage homo.»
LucChatel ministredel’Educationnationale,
hier, sur RadioJ
200
manifestants des Jeunes­
ses nationalistes (extrême
droite) ont défilé samedi
après­midi à Lyon. Un peu
avant, 1200 manifestants
(selon les organisateurs,
650 selon la police) du col­
lectif Vigilance 69 (PS,
NPA, Front de gauche…)
ont parcouru le centre de
Lyon, scandant «pas de fas­
cistes dans nos quartiers».
L
es députés vont se pen-
cher, demain, sur les
modalités de la destitu-
tion du chef de l’Etat par le
Parlement réuni en Haute
Cour, découlant de la ré-
forme constitutionnelle de
2007, un texte qui suscite
quelques craintes à droite et
que la gauche critique
comme «bien tardif». En
2007, la réforme constitu-
tionnelle a changé le statut
pénal du chef de l’Etat, fai-
sant disparaître la vieille no-
tionde «haute trahison»pour
établir une immunité pen-
dant le mandat, mais avec
une possible «destitution»en
cas de «manquement mani-
festement incompatible avec
l’exercice de son mandat».
Cette procédure, forcément
exceptionnelle, serait alors
déclenchée nonplus devant
la Haute Cour de justice,
mais devant le Parlement
réuni en Haute Cour. Cel-
le-ci, présidée par le prési-
dent de l’Assemblée natio-
nale, «statue dans un délai
d’un mois, à bulletins secrets,
sur la destitution». Sa déci-
sion, devant être prise à la
majorité des deux tiers, est
d’effet immédiat.
Demain, le débat doit porter
enprincipe sur les modalités
d’application de cette ré-
forme, mais la gauche pour-
rait bienvouloir l’élargir sur
l’ensemble du statut pénal
du président. La question a
en effet resurgi au premier
plan après la condamnation
historique de Jacques Chirac
à deux ans de prison avec
sursis avant Noël. Le PS ne
cache pas sa volonté de re-
voir ce statut. Et cherchant à
couper l’herbe sous le pied
au gouvernement, le Sénat
de gauche a d’ailleurs adopté
un texte sur la procédure de
destitution à la mi-novem-
bre. «La procédure retenue est
totalement parlementaire et ne
présente plus aucun caractère
juridictionnel», explique le
rapporteur (UMP) du texte,
Philippe Houillon. Si bien
que plusieurs députés de
droite ont lancé des appels à
la vigilance lors de l’examen
du texte en commission.
Ainsi l’ancien garde des
Sceaux Dominique Perbena
conseillé de «veiller très scru-
puleusement à ce que les pro-
cédures parent le plus possible
aux risques de déstabilisation
durégime par des majorités de
circonstance». François Bay-
roua mis engarde contre un
risque de «dévoiement» de
cette procédure. Il prône une
réforme «raisonnée»et «dé-
cidée», permettant à la jus-
tice d’ouvrir une instruction,
mais pas de juger le prési-
dent de la République pen-
dant son mandat. Comme
d’autres à gauche, le député
EE-LV Noël Mamère a jugé
que ce projet de loi organique
arrivait «bien tardivement».
D’après AFP
Présidence: retouches
constitutionnelles
PARLEMENTLa réforme des modalités de destitution
duchef de l’Etat est examinée demainpar les députés.
L’ancienne juge d’instruc­
tion et conseillère régio­
nale a été désignée,
samedi par les militants,
candidate Europe Ecolo­
gie­les Verts (EE­LV) dans
la 1
re
circonscription des
Bouches­du­Rhône. Un
premier scrutin, qui s’était
déroulé le 10 décembre et
au cours duquel la candi­
dature de Laurence Vich­
nievsky avait été rejetée,
a été invalidé «en raison
du faible nombre de parti­
cipants dû à une erreur
dans la convocation à
l’AG». L’ex­magistrate a
assuré qu’elle continuera
«à mener le combat en
faveur de plus d’éthique»,
en maintenant notamment
son refus d’un accord avec
le PS dans les Bouches­du­
Rhône. S’étant mise en
congé de sa fonction de
porte­parole, après des
propos contraires à la ligne
du parti, elle est accusée
par certains responsables
de ne pas «jouer collectif»,
avec des positions (dette,
nucléaire) plus proches du
PS que d’EE­LV. PHOTOAFP
LAURENCE
VICHNIEVSKY
INVESTIE POUR
LES LÉGISLATIVES
LES GENS
L’HISTOIRE
Le palais de l’Elysée, le 18 février 2011. PHOTOSÉBASTIENCALVET
Indécrottable Claude Allègre. L’ex-
ministre de Lionel Jospin réitère son
soutienauchef de l’Etat qu’il affirme
vouloir soutenir à la présidentielle. A
deux conditions: «Si Sarkozy est can-
didat UMP, je ne le soutiendrai pas. Mais
s’il veut faire un gouvernement d’union
nationale pour lutter contre la crise, je
le soutiendrai publiquement. Acondition
qu’il y ait dans son programme des as-
pects de gauche, sur l’emploi, sur la
taxation du travail», expliquait, hier,
Allègre au Parisien. La nomination
dans le gouvernement Fillonde l’ex-
ministre, qui vient de publier Sarko ou
le complexe de Zorro (Plon), avait été
évoquée en2009. «Villepin est marqué
par d’Artagnan, ajoute-t-il. Pour
Sarkozy, c’est Zorro, il se dit: “J’arrive
et je résous les problèmes en cinq minu-
tes, clic-clac, merci Kodak!” L’adjoint
de Zorro, c’est Bernardo, le muet. Et
bien, c’est le Premier ministre, ou du
moins, c’est la conception que Sarkozy
s’en faisait.» Sévère avec François
Hollande, il lance: «Aujourd’hui dans
la tempête, je ne le crois pas capable de
mener le bateau France. […] Que ce soit
Hollande ou son équipe, ils n’ont pas
l’ombre d’une idée.»
G
ÀCHAUDL’EX­MINISTREPOURUNGOUVERNEMENT D’UNIONNATIONALE
ClaudeAllègreprêt àsoutenir Sarkozy
LIBÉRATION LUNDI 16 JANVIER 2012
FRANCEXPRESSO • 11
Seine-Saint-Denis: uneétude
tempèreleclimat scolaire
Dans une enquête financée par le conseil général, les personnels de l’éducation
nuancent l’image de département violent renvoyée par la réputationdu9-3.
O
ui, enseigner en Seine-
Saint-Denis n’est pas
toujours une sinécure.
Non, les élèves n’arri-
vent pas armés enclasse, des bou-
les de shit dans leurs trousses. Les
profs peuvent même aimer y tra-
vailler…Telles sont les principales
conclusions de la première enquête
menée sur
la violence
et le climat
scolaires à l’échelle d’un départe-
ment.
Financée par le conseil général et
menée par Eric Debarbieux, spé-
cialiste de ces questions, enparte-
nariat avec l’Education nationale,
cette étude, que Libération s’est
procurée enexclusivité, tordle cou
à des clichés qui ont la vie dure
et renvoie une image plus nuancée
des établissements de Seine-Saint-
Denis.
L’ÉDUCATION PRIORITAIRE
EN PREMIÈRE LIGNE
Les trois quarts des personnes in-
terrogées –enseignants du pri-
maire et dusecondaire, proviseurs,
surveillants, etc. – jugent bon, ou
plutôt bon, le climat scolaire dans
leur établissement. C’est plutôt
rassurant comparé aux faits divers
–agressions de profs au couteau,
tirs de trafiquants de drogue au-
dessus d’une cour de récré, etc. –
qui marquent les esprits.
Mais ce chiffre recèle de grandes
disparités, plus inquiétantes. Si
dans le primaire, huit personnes
sur dixse disent satisfaites de l’am-
biance dans leur école, elles sont
plus dutiers à trouver le climat dé-
gradé dans les collèges et les lycées
professionnels. C’est une confir-
mation: les collèges, particulière-
ment ceux classés ZEP (zone
d’éducation prioritaire), qui ac-
cueillent des ados de milieux défa-
vorisés, ainsi que les lycées pros, où
les élèves ont l’impression d’être
sur des voies de garage, sont les
maillons faibles dusystème enma-
tière de violence. Un chiffre :
78,5%des personnels de collèges
classés ZEP jugent la violence fré-
quente dans leur établissement.
Faute de données, il est impossible
de comparer avec d’autres départe-
ments. Mais il est sûr que la Seine-
Saint-Denis, qui abrite de nom-
breuxétablissements ghettos, qua-
siment sans mixité sociale, se situe
ici bien au-dessus de la moyenne.
DES INJURES, PAS DES ARMES
Les intrusions de bandes de cités,
débarquant avec des battes de ba-
se-ball pour régler ses comptes à
unélève d’une bande adverse, sont
extrêmement rares. De même les
agressions armées: trois cas ont été
rapportés lors de cette enquête,
dont unseul a donné lieuà une ITT
(incapacité de travail temporaire)
de plus de huit jours.
Les violences sont avant tout ver-
bales –44,5%des personnes inter-
rogées citent des insultes et 18%
des menaces. Quant aux violences
physiques, il s’agit surtout de bous-
culades de profs ou de surveillants
par des élèves (11%des réponses).
Par ailleurs, contrairement à une
idée qui se répand, les parents sont
très rarement impliqués, les violen-
ces restant très majoritairement
perpétrées par les jeunes. Tous ces
chiffres ont le mérite de remettre
les choses à leur place. «Lasituation
est difficile mais elle n’est pas déses-
pérée, résume Claude Bartolone, le
président socialiste du conseil
général, onest loinde l’image de jun-
gle qui colle à la peau de la Seine-
Saint-Denis.»
HARCÈLEMENT
ENTRE COLLÈGUES
C’est la surprise de l’enquête :
18%des personnes interrogées se
plaignent d’avoir été ostracisées
par leurs collègues et 11%affirment
se sentir harcelées depuis le début
de l’année, le plus souvent par un
collègue. Ils sont même 21,2%à re-
connaître l’avoir été au cours de
leur carrière. Une réalité mal con-
nue: ce qui se passe derrière les
murs des écoles et dans les salles de
profs restant assez mystérieux.
Dans le secondaire, les personnels
spécialisés –comme les CPE
(conseillers principaux d’éduca-
tion), les psychologues, les infir-
mières…– sont les plus visés.
«C’est un phénomène qui nuit à la
cohésion des équipes et sur lequel il
faudra revenir enprofondeur», souli-
gne Eric Debarbieux.
POURQUOI UNE ENQUÊTE?
Au-delà des chiffres, l’étude est in-
téressante pour les propositions
avancées par les personnels afin
d’endiguer la violence. Les solu-
tions sécuritaires –comme la
vidéosurveillance ou les portiques
de sécurité, très envogue audébut
du quinquennat, moins après –
viennent assez loin. En priorité,
profs et surveillants réclament plus
de travail enéquipe et avec les pa-
rents, mais aussi moins d’élèves par
classe –66 000postes ont été sup-
primés depuis l’électionde Nicolas
Sarkozy. Enoutre, très majoritaire-
ment (65%), ils s’estiment mal for-
més, particulièrement les débu-
tants (77%). «Ce mécontentement
s’est accentué depuis la réforme de la
masterisation, souligne Eric Debar-
bieux, mais il existait avant.»
Si l’on en reste à un constat, l’en-
quête n’aura pas servi à grand-
chose. Pour Claude Bartolone, cela
devrait encourager à agir: «Avant,
les enseignants affectés ici venaient
et serraient les dents en attendant de
pouvoir repartir. Là, on les voit prêts
à réagir et à chercher des solutions.»
A l’approche de la présidentielle,
chacun avance des idées. Une
chose est sûre: après les stats, les
profs attendent du concret. •
Par VÉRONIQUESOULÉ
DÉCRYPTAGE
Le collège Maurice­Thorez à Stains, en novembre 2010. Sans surprise, les établissements classés ZEPsont les plus difficiles. PHOTOLIONEL CHARRIER
74,1%
des personnels de l’éducation
de Seine­Saint­Denis jugent bon
ou plutôt bon le climat scolaire
dans leur établissement
La Seine­Saint­Denis est l’un des
départements les plus jeunes,
43%de ses 1,5 million d’habitants
ont moins de 30 ans, et les plus
pauvres –près de la moitié des
ménages ne sont pas imposables.
Les élèves y redoublent plus
qu’ailleurs, et les jeunes sans
diplôme sont plus nombreux.
REPÈRES «Troplongtemps nous
avons toléré que la
violence pénètre à
l’école. Je m’yengage,
il n’yaura plus aucune
concession.»
Nicolas Sarkozyle24mars 2010
L’enquête en ligne sur le climat
scolaire et les violences à l’encon­
tre des personnels de l’Education
nationale de Seine­Saint­Denis a
été menée par l’Observatoire
international de la violence à
l’école. Lancée le 5 décem­
bre 2011, elle porte sur 2318 per­
sonnes (profs, surveillants…).
LIBÉRATION LUNDI 16 JANVIER 2012
12 • FRANCE
U
ne marche blanche a
rassemblé plus de
1 000 personnes sa-
medi après-midi à Etouvans,
le village du Doubs où habi-
tait Maxime, 14ans, retrouvé
mort mercredi matinsur un
chemin forestier.
Vendredi un suspect âgé de
17 ans a été mis en examen
pour assassinat et placé en
détention. Le jeune homme,
une connaissance de la vic-
time, a reconnu avoir été
présent sur les lieux mais il
a nié être l’auteur des coups
de couteau mortels.
Un deuxième suspect avait
également été arrêté ven-
dredi. Sa garde à vue avait
même été prolongée samedi
matin, mais ce jeune majeur
a finalement été relâché en
début d’après-midi.
La juge d’instruction a es-
timé n’avoir «aucun élément
contre lui», a précisé la pro-
cureure à Montbéliard, Thé-
rèse Brunisso. «Il n’y a plus
de garde à vue en cours dans
cette enquête qui se poursuit
avec les mêmes moyens. L’af-
faire est bien loin d’être close.
On attend encore les résultats
de certaines analyses», a in-
diqué Didier Guériau, officier
de communication de la
région de gendarmerie
de Franche-Comté. Depuis
mercredi, les gendarmes ont
entendu plus d’une ving-
taine de témoins.
Maxime avait quitté mardi
soir le domicile familial à
Etouvans pour faire un tour
de moto-cross. Son corps
partiellement calciné avait
été retrouvé mercredi matin
par des forestiers, dans un
bois, à proximité du village.
L’autopsie a révélé que la vic-
time avait été touchée par
plusieurs coups d’arme
blanche dont l’un, fatal, à la
carotide. L’arme du crime
n’a pas été retrouvée.
Selon une source proche de
l’enquête plusieurs pistes
sont explorées pour décou-
vrir le mobile du meurtre.
Selonl’une des hypothèses,
l’adolescent pourrait avoir
été tué par une ou plusieurs
de ses connaissances qui
étaient intéressées par sa
moto. Maxime doit être
inhumé aujourd’hui.
Service Société
MarcheblanchepourMaxime
HOMICIDEL’enquête s’oriente sur des relations de l’adolescent tué.
ROUTEUne automobiliste de
65 ans est morte percutée,
hier, par un TER à un pas-
sage à niveau sur la com-
mune duGrand-Lemps dans
l’Isère. «Une enquête est en
cours afin de déterminer si
les barrières automatiques qui
équipaient le passage à niveau
étaient baissées ounonaumo-
ment du choc», ont précisé
les gendarmes.
AGRESSION Une femme de
50ans a été grièvement brû-
lée dans la nuit de samedi à
dimanche à sondomicile par
deux individus encagoulés
qui l’ont aspergée de pro-
duits inflammables pour une
raison à déterminer. Elle a
été «brûlée à 40%, au troi-
sième degré», selon une
source judiciaire. C’est un
voisinde pallier qui, réveillé
par les cris de la victime, l’a
secourue et a appelé les
pompiers.
MONTAGNE Un skieur de
16 ans a été retrouvé légère-
ment blessé dans la nuit de
samedi à dimanche au fond
d’une cavité de 30mètres de
profondeur dans laquelle il
avait chuté après s’être égaré
samedi dans la station de
Superdévoluy (Hautes-Al-
pes). «C’est un miraculé, la
neige aamorti sachute», a ra-
conté un secouriste
JUSTICELe chauffeur de taxi
soupçonné du viol d’une
passagère de 33 ans mardi
soir à Nogent-sur-Marne
(Val-de-Marne) a été placé
samedi sous le statut de té-
moin assisté par un juge
d’instruction de Créteil et
remis en liberté.
BANLIEUE Une dizaine de
voitures ont été incendiées,
hier matin, sur un parking
de Nanterre (Hauts-de-
Seine). Selon les premiers
éléments de l’enquête, plu-
sieurs départs de feu ont été
constatés sur ce parking si-
tué près de la cité Pablo-Pi-
casso.
Deux pandas géants prêtés par la Chine sont arrivés, hier,
en France. Et la police aux frontières n’a rien trouvé à y
redire. Au contraire, mieux vaut être une bête de diplo­
matie qu’un sans­papier quand on débarque à Roissy.
Yuan Zi («Rondouillard») et Huan Huan («Joyeuse») ont eu
droit au traitement VIP: avion personnel, tapis rouge et
plus d’une centaine de journalistes à leur arrivée. «Ils ont
apprécié le transport, ils ont beaucoup mangé, ils com­
mencent à apprendre le français, je ne doute pas qu’ils
fassent encore des progrès», a plaisanté l’ambassadeur
chinois Kong Quan pour qui cette paire de pandas «sym­
bolise l’amitié entre la Chine et la France». Et d’ajouter:
«C’est un geste extrêmement fort dans l’image amicale
entre nos deux peuples.» Yuan Zi et Huan Huan sont les
premiers pandas accueillis en France depuis 1973.
La Chine maoïste avait alors offert un couple à la France
de Georges Pompidou. Hier après­midi, ils ont pris la
route –avec escorte de gendarmes, s’il vous plaît– du zoo
de Beauval (Loir­et­Cher). On croise les doigts pour que
Yuan Zi et Huan Huan nous fassent fissa un petit. Sinon,
je vous dis pas la crise franco­chinoise…PHOTOAFP
LA FRANCE ACCUEILLE DEUX PANDAS
CHINOIS ENZONE VIP
L’HISTOIRE
«Enmatière de logement, le président de la
République souhaite prendre des initiatives
fortes pour relancer la compétitivité de ce
secteur si important. […] Il yaura uncertain
nombre d’annonces qui seront faites par le
Président dans les semaines qui viennent.»
Benoist Apparusecrétaired’Etat auLogement
Vousdisposezd’undroitd’accès, derectificationetdesuppressiondevosinformationspersonnelles(art.27delaloi informatiqueetlibertés). LesinformationsrecueilliessontdestinéesexclusivementàLibérationetàses
partenairessaufoppositiondevotrepartennousretournantunemail àl’adressementionnéeci-dessus.
invitation-Débat
«Enseignement, Emploi : pour en
finir avec la machine à trier la
jeunesse en France ».
Libération, la Fondation
ManpowerGroup et l’ESCP Europe
organisent le jeudi 19 janvier 2012 un
grand débat qui mettra face à face
patrons, politiques (Xavier Bertrand et
Vincent Peillon) et étudiants.
Il sera animé par Vincent Giret,
directeur délégué de la rédaction de
Libération, et se déroulera en présence
des auteurs de l’ouvrage
«La Machine à trier»
150invitations à
gagner.
Libération invite ses
lecteurs à assister à ce
débat, le 19 janvier, de
18h30 à 20h30, dans
les locaux de l’ESCP
Europe à Paris.
Pour recevoir une invi-
tation, adressez votre
demande à :
liberationinvitation@li-
beration.fr
En précisant vos noms,
prénoms, adresses mails
et postales.
Plus d’informations sur
le blog
lamachineatrier.blogs.li-
beration.fr
Projet3_Mise en page 1 09/01/12 14:53 Page1
LIBÉRATION LUNDI 16 JANVIER 2012
FRANCEXPRESSO • 13
PIP:
lesdessous
del’omerta
Dans leurs dépositions aux enquêteurs,
les salariés dufabricant de prothèses qui
se sont longtemps tus, racontent les détails
de la fraude.
A ce jour, le parquet de Marseille
a recueilli plus de 2500 plaintes
de victimes françaises.
Des cabinets d’avocats s’organisent
par ailleurs pour accompagner les
constitutions de parties civiles de
milliers de plaignantes étrangères.
La justice aimerait organiser un
premier procès, pour tromperie
aggravée, faux et usage de faux,
avant la fin de l’année.
REPÈRES
«Oui, c’est vrai, mes
décisions sont toujours
écoutées, car j’ai de la
crédibilité.»
Jean­ClaudeMas s’adressant aux
gendarmes, le18novembre2010
«Monsieur Mas est
quelqu’unqui pense qu’il a
toujours raisonet qu’il fait
tout mieux que les autres.
Il avait vraiment le désir
d’être formulateur de gel.»
LeresponsablequalitédePIP
de1996à2004
Analysé sur des lapins, des souris et
des bactéries et des lymphocytes
humains pour les besoins de
l’enquête le gel PIP «est toxique et
irritant pour l’organisme» selon le
laboratoire Biomatech.
30000
femmes auraient reçu des prothè­
ses PIP en France. Il y aurait
500000 porteuses de ces implants
dans le monde.
Par OLIVIERBERTRAND
Envoyéspécial dans leVar
tance d’implants qui cèdent trop rapide-
ment. Les prothèses au gel de silicone se re-
trouvent interdites outre-Atlantique, puis
quelques années plus tard en France. Pour
les Etats-Unis, PIP fabrique des implants
emplis d’hydrogel ou de sérumphysiologi-
que. Mais, à partir de 1999, des plaintes sont
déposées par des patientes. En Floride, puis
dans l’Illinois, au Texas. Le 17 mai 2000, une
inspectionmenée par l’administrationamé-
ricaine relève à La Seyne une dizaine de
manquements à la réglementation sur les
I
ls se sont revus cet été pour l’enterre-
ment d’unreprésentant des actionnaires
de Poly Implant Prothèse (PIP) qui
s’était tué à moto. Il y avait une dou-
zaine de salariés et Jean-Claude Mas, ex-pa-
trond’une entreprise qui a vendudes centai-
nes de milliers de prothèses mammaires
contenant un gel toxique et irritant. Ils ont
évité de lui parler. La plupart se taisent, de
toute façon, ouparlent par bribes, sous cou-
vert d’anonymat. Ils se sont plus longuement
épanchés devant les gendarmes de la section
de recherche de Marseille, et leurs auditions,
que Libération a pu consulter en intégralité,
enmême temps que les trois interrogatoires
de Jean-Claude Mas, racontent les détails
d’unsecret partagé, la culpabilité de salariés
qui ont fini par se rebeller, tardivement.
TOXICITÉS. Damien (56 ans) était l’un des
plus anciens. Il avait commencé en 1987,
avant la création de PIP. A l’époque, ils
étaient quatre et l’entreprise s’appelait MAP
(Medical ApplicationPlastique), elle avait été
créée enoctobre 1980 par unchirurgienes-
thétique, Henri Arion, qui avait
mis au point ungel de silicone
artisanal pour remplir des pro-
thèses mammaires. La société
était gérée par une cousine par alliance de
Damien, future compagne de Jean-Claude
Mas. Elle avait embauché sonfrère, ce cou-
sin, et un commercial rencontré fin 1982,
Jean-Claude Mas. L’entreprise était familiale,
celui qui était disponible fabriquait le gel ou
remplissait les enveloppes.
Rapidement, Jean-Claude Mas prendle des-
sus, s’investit, développe la société. Il n’a
qu’un an d’études après le bac, a vendu des
assurances vie, duvin, ducognac, dumaté-
riel médical. Unreprésentant doué, capable
de vous fourguer n’importe quoi. Il recrute,
trouve de plus grands locaux à La Seyne-
sur-Mer (Var), puis sa compagne dissout la
MAP en juin 1992. Jean-Claude Mas a créé
à la place PIP, qui reprend activité et sala-
riés. Au même moment, l’un des fournis-
seurs, le groupe américainDowCorning, se
retrouve au cœur d’unscandale qui résonne
curieusement aujourd’hui. Lui-même fabri-
cant de prothèses, il a dissimulé des études
sur la toxicité de son gel, a garanti la résis-
RÉCIT
dispositifs médicaux. PIPse retrouve éjectée
du marché aux Etats-Unis. Le chiffre d’af-
faires chute de 30%.
Les prothèses au gel de silicone sont en re-
vanche de nouveau autorisées en France.
Mais, depuis 1993, la matière première doit
être homologuée, elle coûte
cher, et il faut faire certifier les
produits par un organisme in-
dépendant. PIP a choisi l’Alle-
mand Tüv Rheinland, qui per-
met d’apposer le marquage CE
(conformité européenne). Ce
dernier impose deux ans de tests de toxicité.
Jean-Claude Mas confie que PIP s’est con-
tentée de quatre-vingt-dix jours. «J’ai fait
comme tout le monde, a-t-il dit aux gendar-
mes, le 18 novembre 2010. J’ai payé une so-
ciété pour être certifié.»
Des cadres tiquaient, mais onleur disait
qu’il fallait continuer quelques années,
que tout deviendrait légal une fois que les
finances iraient mieux.
LesitePIP, à La Seyne­sur­Mer, jeudi. L’entreprisea étémiseenliquidationjudiciaireenmars 2010. PHOTO OLIVIERMONGE. MYOP
ALa Seyne­sur­Mer. La quasi­totalitédel’entrepriseétait aucourant, selonuneex­salariée. PHOTOOLIVIER MONGE. MYOP
LIBÉRATION LUNDI 16 JANVIER 2012
14 • FRANCE
d’être inquiet…»
Hannelore a raconté les inspections de Tüv
aux gendarmes. Ils choisissaient ensemble la
date. Commode pour le fraudeur potentiel.
Vincent Schuhl, directeur général de la filiale
française du certificateur, rétorque que
«l’audit n’a pas vocation à rechercher une
fraude organisée». Chez PIP, elle était très or-
ganisée. Le patron donnait l’ordre de faire
disparaître les bidons de produits nonautori-
sés dans unlocal ouuncamion, que sonpro-
pre fils conduisait parfois pour l’éloigner du
contrôle. Le responsable informatique devait,
de soncôté, «supprimer toutes les commandes
de certains fournisseurs indésirables de la base
de données et les remettre après l’audit».
Uncontrôle fouillé aurait cependant montré
que les commandes de produits homologués
étaient insuffisantes pour produire 80000à
100000prothèses par an. Pire, entre décem-
bre 2003 et octobre 2005, PIPn’a commandé
aucun bidon de silicone homologué. Selon
Hannelore, l’ingénieure qualité, Mas avait
dans sa poche «une clé USBcontenant des fac-
tures falsifiées qu’il avait lui-même rédigées»,
aucas où. Il n’a jamais eubesoinde s’enser-
vir: Tüvn’a jamais réclamé de facture ni réa-
lisé aucuntest (la législationlui endonne la
possibilité, sans le lui imposer). Un avocat
marseillais, Laurent Gaudon, a déposé une
procédure aucivil pour mettre encause l’or-
ganisme allemand. L’avocat de la principale
association de victimes, Philippe Courtois,
a porté plainte au pénal.
Avec le recul, on se demande pourquoi tant
de salariés se sont tus. Ils étaient très jeunes
professionnellement, très bienpayés, et cer-
tains demandaient des primes pour conti-
nuer de se taire. Avec eux, Mas pouvait être
insultant ou paternaliste, une secrétaire de
directionparle d’un«personnage caractériel
et assez fermé aux idées de son entourage», un
autre salarié d’un«régime dictatorial». Apar-
tir de 2005, Jean-Claude Mas n’a pourtant
plus de fonctionofficielle. Il préside le conseil
de surveillance d’une société à directoire
montée aux Etats-Unis pour faire valoir, en
France, ses droits à la retraite, tout en tou-
chant des jetons de présence (300000euros
par an). Il continue de s’occuper de tout à
PIP. Injurie ou tape dans le dos de ses sala-
riés. Boit beaucoup, rentre souvent de déjeu-
ner éméché, n’a «pas le vin facile».
En 2006, les salariés ont la paix quelques
mois lorsqu’il s’éloigne pour régler des soucis
avec ses sociétés à l’étranger. Il a monté,
dans les années 90, une holding basée au
Luxembourg pour contrôler indirectement
PIP. Mais l’homme de paille chargé de porter
ses parts le ferait chanter, essaierait de
l’écarter de l’entreprise. En2007, cet homme
meurt, Mas doit prouver que les titres de la
holding lui appartiennent bien. Pendant son
absence, les cadres obtiennent que le tauxde
prothèses conformes remonte à 25%. Las, en
revenant aux affaires, Mas impose le main-
tien du PIP. Les finances sont à nouveau au
plus mal. Des plaintes collectives ont été dé-
posées, enmai et décembre 2006 enAngle-
terre, pour des prothèses «pas assez résistan-
tes». L’entreprise doit payer 2,3 millions
d’euros de dommages et intérêts.
Fabienne (42 ans), alors commerciale, a con-
servé des «statistiques personnelles»pour ce
qui concerne la France. En2006, 18ruptures;
en 2007, le double; en 2008, on passe «la
barre des 50». Sa chef, qui se plaint souvent
des retours de prothèses défectueuses, se fait
traiter de «pleureuse».
«ŒUFS D’OR». L’entreprise essaie de renfor-
cer les enveloppes des prothèses enajoutant
une «couche barrière»de silicone pour limi-
ter les fuites de gel. Mais elle arrête rapide-
ment: le taux de rebut à la fabricationatteint
37%. Mas demande à Mustapha, un ingé-
nieur, de travailler sur une nouvelle formule
de gel pour garnir les enveloppes. «En ma-
tière de gel, dira-t-il aux enquêteurs, Musta-
pha, il touche sa cannette.»
Les commerciaux se frottent à l’agressivité
des clients, certains se sont fait envoyer au
visage des prothèses défectueuses par des
chirurgiens. Théoriquement, ces derniers
doivent remplir une déclarationde matério-
vigilance. Mais Fabienne, la commerciale,
pense que cela n’a pas toujours été le cas:
«Pour eux, c’était unpeutuer lapoule auxœufs
d’or.»Les réunions se multiplient en 2009,
car les taux de rupture augmentent de
30 à 40%. Les cadres parlent de «tout arrê-
ter»et, ennovembre, l’ingénieure qualité re-
fuse de signer les bons permettant de mettre
les lots sur le marché. «C’est assez tardif
comme prise de conscience, grince Yves Had-
dad, avocat de Jean-Claude Mas. Jusque-là,
elle avait toujours signé alors qu’elle savait.
Quand onvous donne unordre contraire oume-
naçant pour la santé, vous devez légalement le
refuser.»
Désormais, les salariés se retrouvent isolés
face à leur culpabilité. Loïc (38 ans), direc-
teur de production de 2006 à 2010, dit qu’il
ressent de la «honte», du«dégoût». Certaines
nuits, il pense aux patientes, imagine «ce
qu’elles peuvent ressentir dans leur corps».
Et Jean-Claude Mas? Il refuse de répondre
aux questions parce que «trop de sottises ont
été écrites, bonne journée». Le 18 novembre
2010, une enquêtrice lui a demandé: «Le fait
que les prothèses PIPfassent des milliers de vic-
times, vous en pensez quoi ?» Il a juste
répondu: «Rien…»•
BIDONS. Pendant six mois, PIPfabrique des
prothèses avec un gel homologué. Puis re-
vient vite à l’artisanal. «Ondécide, moi, Mon-
sieur Mas, je décide, dira-t-il auxenquêteurs,
de repasser augel PIP.»Le coût de production
des prothèses, vendues en moyenne
100 euros, est de 45 euros avec le gel con-
forme, 35 avec le gel PIP. Al’époque, Han-
nelore (35 ans) supervise la qualité. Selon
elle, la quasi-totalité de l’entreprise connais-
sait la triche. Des cadres tiquaient, mais on
leur disait qu’il fallait continuer quelques an-
nées, que tout deviendrait légal une fois que
les finances iraient mieux. Mais elles plon-
gent en2003 et Mas fait appel à des fonds de
pension. Ils s’intéressent aux marges, moins
à la qualité de production. De toute façon,
dira le président du directoire, «c’était tou-
jours appuyé par le Tüv, je n’avais pas de raison
Les salariés de PIPoccupant leur usine en avril 2010. PHOTOANNE­CHRISTINEPOUJOLAT
LesitePIP, à La Seyne­sur­Mer, jeudi. L’entreprisea étémiseenliquidationjudiciaireenmars 2010. PHOTO OLIVIERMONGE. MYOP Dans l’ancienne usine PIP, qui a fabriqué jusqu’à 100000prothèses par an. PHOTOOLIVIERMONGE. MYOP
ALa Seyne­sur­Mer. La quasi­totalitédel’entrepriseétait aucourant, selonuneex­salariée. PHOTOOLIVIER MONGE. MYOP
LIBÉRATION LUNDI 16 JANVIER 2012
FRANCE • 15
Lesnouveaux
visagesduchômage
Peuqualifié ou
surdiplômé, nouveausur
le marché ouà deux
doigts de la retraite,
«Libération»a rencontré
quatre demandeurs
d’emploi, à la veille d’un
sommet social à l’Elysée.
MICKAËL 23 ANS, SANS DOMICILEFIXEÀSTRASBOURG:
«Les boulots que j’ai eus, je les
ai trouvés par la débrouille»
E
n Martinique, à Paris et depuis cinq
mois àStrasbourg, Mickaël Grondinre-
cherche une «situationstable». Ce titu-
laire d’unBEPvise unboulot dans la restau-
ration: buffetier, serveur, barman…«Avant
les fêtes, plus de la moitié des restaurants de
Strasbourgont dûavoir monCV. Je n’ai pas eu
une seule réponse.»A23ans, il aimerait com-
prendre oùest le bug. «Récemment, j’ai pos-
tulé pour une place d’animateur “jeunes en-
fants”. J’avais toutes les qualifications requises.
J’étais éligible au CAE-CUI [contrat aidé par
l’Etat, ndlr] et j’avais une expérience avec les
enfants grâce à mon diplôme fédéral d’éduca-
teur sportif.» Il candidate, Pôle Emploi lui
envoie unSMS qu’il conserve parce qu’il ne
le digère pas: «Nous regrettons de ne pouvoir
donner suite à votre candidature qui ne corres-
pond pas à certains critères souhaités par l’en-
treprise.»Etre recalé est une chose, mais en-
core faudrait-il savoir pourquoi…
Sa première déceptionprofessionnelle, Mic-
kaël l’a connue à 19 ans en Martinique, où
il a grandi. On lui promet un CDI dont il ne
verra jamais la couleur. Après quatre mois
de CDD non renouvelé, il quitte l’île pour
tenter sa chance à Paris dans la restauration.
Il bosse une dizaine de jours au McDo
d’Eurodisney, «grâce à une amie». «Tous les
petits boulots que j’ai eus, je les ai trouvés par
la débrouille. Ni Pôle Emploi ni les missions lo-
cales ne m’ont vraiment aidé.»Il décide d’ap-
prendre le métier. Mais aucune formationne
commence en novembre. Rechômage.
Enjanvier 2010, il démarre enfinenpensant
que le Greta, organisme de formationpour
adultes, va le rémunérer. «Ils me l’avaient
promis.» La réponse tombe trois mois plus
tard: c’est non. «J’ai arrêté, j’arrivais en fin
de droits et c’était impossible de me former tout
en ayant un boulot à côté, je me levais déjà à
6heures du matin. Résultat: je n’ai rien validé,
aucun diplôme, juste mon carnet de formation
avec le nombre d’heures faites en entreprise.»
«On veut que j’aie de l’expérience, mais pour
cela il faut bosser quasi gratuitement et je n’en
ai pas les moyens.»Pour unrendez-vous raté,
il a été radié de Pôle Emploi. Aprésent, Mic-
kaël est sans domicile fixe. Il est hébergé par
des amis et se nourrit grâce à l’épicerie so-
ciale, normalement réservée aux étudiants.
AYMERIC ROBERT (à Strasbourg)
ISABELLE42 ANS, CHERCHEUSE, VITDURSAÀRENNES:
«Je finirai unjour par vivre
de montravail»
D
epuis avril 2010, Isabelle Le Rouzic,
42 ans, docteure en sociologie
(bac+8) vit du RSA, fait attention au
moindre de ses achats, doit justifier de ses
factures auprès d’assistantes sociales. Ce qui
ne l’empêche pas de continuer à lire, écrire,
assister à des colloques à Paris –où elle se
rendde Rennes encovoiturage–et à scruter
sur le Webpetites annonces et appels à pro-
jets de recherche. «Depuis 2008, les offres se
sont faites beaucoup plus rares, raconte-t-
elle. En raison de choixpolitiques et de restric-
tions budgétaires, il n’y a plus eud’argent pour
la recherche. J’arrive aussi à un âge critique où
le salaire auquel je peux prétendre peut être un
frein. Mais j’ai toujours la conviction que je fi-
nirai un jour par vivre de mon travail.»
Les perspectives professionnelles semblaient
pourtant prometteuses pour cette ancienne
étudiante de l’université Rennes-2, partie
quatre ans à Prague étudier l’impact des
changements politiques sur les Roms et les
SDF en République tchèque. De retour en
France, elle alterne périodes de chômage et
contrats de quelques mois pour divers orga-
nismes. Ironie de l’histoire, le plus impor-
tant, qui s’étalera sur deux ans, porte sur
«l’accompagnement des demandeurs d’em-
ploi», avant qu’elle n’enchaîne sur le bilan
d’un plan de reclassement des ouvriers
d’une usine lavalloise fabriquant de la toile
de matelas délocalisée au Portugal.
«Quand Martin Hirsch était ministre, il y a eu
des projets de recherche très intéressants, se
souvient-elle. J’avais moi-même la promesse
d’un contrat de deux ans, mais les budgets ont
été revus à la baisse et cela ne s’est pas fait.»
Depuis elle a suivi une formationsur la créa-
tion d’entreprises avec le projet de monter
une structure d’études à destination des
PME. Mais l’étude de marché s’est révélée
dissuasive. Quant à la dernière proposition
de Pôle Emploi, elle se résume à une heure
de cours de soutien par semaine dans un
établissement scolaire du Sud-Ouest !
La sociologue n’enprendpas moins sa situa-
tionavec philosophie. «Celapermet de mieux
comprendre la société actuelle, dit-elle. Et je
suis un peu devenue mon propre objet d’étude
en prenant des notes sur ce que je vis avec le
projet d’en faire peut-être un livre.»
PIERRE-HENRI ALLAIN (à Rennes)
La sociologue Isabelle Le Rouzic se voit en «objet d’étude». THIERRYPASQUET. SIGNATURES Radié de Pôle Emploi, Mickaël Grondin est hébergé par des amis. PHOTOPASCAL BASTIEN
LIBÉRATION LUNDI 16 JANVIER 2012
16 •
ECONOMIE
Par LUCPEILLON
U
ne nouvelle grand-
messe contre le chô-
mage. Mercredi endébut
d’après-midi débutera à
l’Elysée le sommet social annoncé
par le président de la République
lors de ses vœuxtélévisés du31 dé-
cembre. Patronat et syndicats sont
invités à la table du chef de l’Etat
pour échanger sur les moyens
d’enrayer la hausse vertigineuse du
nombre de demandeurs d’emploi.
«INSTRUMENTALISÉ». La rencontre
risque cependant de tourner rapi-
dement au dialogue de sourds.
Soucieux d’apparaître à l’écoute
des partenaires sociaux, Nicolas
Sarkozy soumettra aux confédéra-
tions syndicales plu-
sieurs mesures consen-
suelles, comme la
réforme du chômage
partiel et la formation
des chômeurs. Mais
aussi d’autres sujets
beaucoup plus lourds, tels que la
TVA sociale ou les accords de
«compétitivité-emploi», que les
responsables syndicaux refusent
d’aborder. «Il s’agit de dossiers trop
importants pour être traités par-
dessus la jambe en deux heures de
réunion», résume le leader d’une
des plus importantes confédéra-
tions, qui refuse d’être «instru-
mentalisé, à quelques semaines de la
présidentielle».
En désaccord sur le fond et la
forme, syndicats et gouvernement
partagent néanmoins un même
constat: la crise sociale, déjà forte,
devrait s’accentuer dans les mois
qui viennent. Avec 2844800 de-
mandeurs d’emploi inscrits enca-
tégorie A(France métropolitaine),
le pays a battu, en novembre, un
record vieux de douze ans. Et, au-
delà des plans sociauxtrès médiati-
sés, la grande majorité des nou-
veaux inscrits à Pôle Emploi reste
constituée, comme lors de la précé-
dente crise de 2008, d’«invisibles».
OUTSIDERS. Jeune sans qualifica-
tion, précaire aux CDDnonrenou-
velés, senior remercié à quelques
années de la retraite, surdiplômée
subissant les politiques de restric-
tions budgétaires: ce sont quatre
visages du chômage actuel que Li-
bérationa choisi de dépeindre, qua-
tre victimes jusqu’ici anonymes
d’une crise qui s’en prend avant
tout aux outsiders. Et qui épargne,
pour l’instant dumoins, le «cœur»
de la population active : les
30-50ans encontrat à durée indé-
terminée.
Retour, avec ces quatre portraits de
demandeurs d’emplois, sur un
marché du travail qui, malgré les
déclarations de bonnes intentions
sur le maintien des seniors ou la
formationdes jeunes, reste profon-
dément inégalitaire. •
DOMINIQUE57 ANS, COMPTABLEPARISIENSANS EMPLOI:
«Amonâge, je ne pense
pas retrouver unCDI»
I
l raconte sonparcours d’une voix calme,
à peine modulée par l’émotion. «J’ai été
au chômage à 38 ans et, à l’époque, on me
disait déjà que j’étais trop vieux.»Dominique
Giraud, Parisien, ena aujourd’hui 57, et est
sans emploi depuis trois mois. Unlicencie-
ment après trente-trois ans de carrière
comme comptable, d’abordà la banque Ri-
vaud, puis pour la marque de prêt-à-porter
Morgane, l’assureur Apria ouencore Bayard
Presse. «Amon âge, je ne pense pas retrouver
un CDI, se désespère l’homme, qui exhibe
sonclasseur empli de lettres de candidature.
J’en ai envoyé des dizaines, mais les em-
ployeurs ne me rappellent même plus.»
Motivé, mais cloué à la maisonfaute d’em-
ploi, il connaît le sort de nombreux seniors
d’aujourd’hui, forcés de subsister avec le
minimum après avoir vécu –et fait vivre
leur famille–toute une vie avec leur salaire.
Fatigué d’être ignoré en entrant dans son
agence Pôle Emploi, où «des jeunes
de 20 ans qui travaillent avec des œillères me
font passer des tests et remplir des question-
naires sur ma carrière», il peste quandonlui
demande ses diplômes, après toute une vie
d’expérience professionnelle. Et s’énerve
qu’on lui rappelle à chaque fois son âge,
comme si celui-ci l’avait définitivement
poussé hors du jeu.
Autre souci: la retraite, dont l’âge légal a été
reporté, ennovembre 2010, à 62 ans. Même
s’il juge cette réforme «inévitable», Domini-
que sait qu’elle retarde de deux ans le mo-
ment oùil pourra enfinse reposer: «J’ai six
ans à tenir, mes droits au chômage sont insuf-
fisants pour l’instant. J’ai un peu de capital,
mais si je ne travaille pas deux ans au moins
dans les six prochaines années, je ne pourrai
pas continuer à vivre.»
Sans oublier que chaque mois sans emploi
fait baisser unpeuplus le niveaude sa future
pension. «Il y a deux ans, la Caisse nationale
d’assurance vieillesse a fait le point sur ma re-
traite, et j’étais agréablement surpris. Je pou-
vais espérer partir avec 1600euros mensuels,
ce qui est plutôt bien. Mais depuis que j’ai
perdu mon boulot, je pense finir avec
1300euros dans le meilleur des cas, peut-être
moins. Habitant à Paris, je sais que je ne m’en
sortirai pas.»
ROMAIN GAILLARD
LÉOCADIE40ANS, VISITEUSEMÉDICALEENTRE2 CDDÀLYON
«Je ne peuxpas me projeter
dans l’avenir»
D
epuis 2007, Léocadie Mpindy, 40ans,
visiteuse médicale, enchaîne les con-
trats à durée déterminée. Un an, six
mois, trois mois… Le dernier, de dix-huit
mois, s’est achevé en août. «J’ai été remer-
ciée. Mais on ne peut pas trop en vouloir aux
labos, dit-elle. Avec les histoires autour de
certains médicaments, de certains produits,
beaucoupferment. Aujourd’hui, les seuls capa-
bles d’embaucher dans la visite médicale sont
les boîtes de prestations, les boîtes d’intérim.»
Aposteriori, Léocadie Mpindy se reproche
un peu de n’avoir pas réagi avant la fin de
son dernier contrat : «J’ai été embauchée
pour booster les ventes d’un produit qui allait
tomber dans le domaine public et être concur-
rencé par des génériques. Alors, évidemment,
je suis passée àlatrappe. J’aurais puanticiper,
demander à changer de réseau en cours de
route, aller sur des médicaments jeunes, qui
venaient de sortir.»
Son rêve serait bien sûr d’être embauchée
encontrat à durée indéterminée. «Dans ma
situation, je ne peux pas me projeter dans
l’avenir. Je voudrais acheter un appartement.
La plupart de mes collègues en CDI sont pro-
priétaires. Et on a des salaires qui nous le per-
mettent. Mais avec un CDD, ça n’est pas pos-
sible.»Léocadie Mpindyreconnaît que l’âge
d’or de la visite médicale est passé. La pro-
fessionest décriée. Les laboratoires ont mul-
tiplié les plans sociaux. «Jusqu’en 2007, ça
allait encore. Les gens étaient embauchés. Je
suis arrivée trop tard. Je mise sur le facteur
chance. Il faudrait un miracle. Un congé ma-
ternité ou un départ précipité.»
Cette femme a unbonbagage universitaire:
bac +4 enmarketing et commerce interna-
tional. Avant de devenir visiteuse médicale,
elle a travaillé comme chef de rayondans un
grand magasin de bricolage, été assistante
communicationet assistante import-export.
Depuis août, Léocadie Mpindy est au chô-
mage, mais elle n’est pas encore inquiète:
«La dernière boîte de prestation pour laquelle
j’ai travaillé est prête à resigner un CDD. J’ai
une carence de six mois, je pourrai redémarrer
enfévrier oumars.»Enparallèle, elle a toute-
fois repris des études: «J’anticipe, au cas où
le truc me lâcherait. Je prépare une licence de
droit à la Sorbonne par correspondance.»
CATHERINE COROLLER (à Lyon)
Avec 2844800demandeurs
d’emploi inscrits encatégorie A,
la France a battu, ennovembre,
unrecordvieux de douze ans.
Selon Léocadie Mpindy, il faudrait «un miracle» pour qu’elle décroche un CDI. FÉLIXLEDRU Asix ans de la retraite, Dominique Giraud s’inquiète du niveau de sa pension. BRUNOCHAROY
LIBÉRATION LUNDI 16 JANVIER 2012
ECONOMIE • 17
«ChezFranceTélécom,
nousnesommespasdesescrocs»
Delphine Ernotte-Cunci, directrice exécutive de l’opérateur, réagit à l’offre de Free Mobile:
S
ecouée par l’offensive de
Free sur les offres mobiles,
et les attaques de sonpatron
Xavier Niel à l’encontre de
ses concurrents, Delphine Ernotte-
Cunci, directrice exécutive de
France Télécom-Orange France, ri-
poste.
«Pigeons», «escrocs», Xavier Niel
n’a pas été tendre avec vous…
Nos salariés ont été choqués par la
virulence des
échanges. La
violence des
propos de certains clients dans les
boutiques et sur les plateaux d’ap-
pels a surpris. Cela tient plus à la
forme des annonces qu’au fond.
Cela se calme. Qu’on accuse l’en-
treprise dans laquelle les agents
travaillent, et pour 30%d’entre eux
depuis plus de trente ans, d’escro-
quer les clients, ce n’est juste pas
audible. Moi-même, j’ysuis depuis
vingt-deux ans. A la fin des an-
nées 70, la France était très en re-
tarddans la téléphonie. L’entreprise
s’est construite autour de cette
mission: apporter des nouveaux
services d’abord aux usagers et
maintenant auxclients. Et ces mots
très durs, c’est contraire à l’esprit
de la maison. France Télécom-
Orange, c’est 80%d’unsecteur qui
emploie 120000salariés enFrance,
dont 80000chez Orange. Cela fait
beaucoup de gens maltraités.
Les écarts de prixénormes brocar-
dés par Xavier Niel entresonoffreet
celle de ses concurrents n’ont pas
été inventés, tout de même…
Non, nous ne sommes pas des es-
crocs. Regardez les chiffres publiés
par le régulateur! Le prix du télé-
phone a baissé de 7% entre 2005
et 2011 et pour unusage qui n’a plus
rien à voir avec ce qu’il était il y a
six ans. Dans le même temps, les
prix dutransport oude l’électricité
ont progressé de 15%. Ondit que le
prixdumobile enFrance est le plus
cher d’Europe! Ce n’était pas vrai
pour les offres SIMonly [sans mo-
bile, ndlr]. On se trouvait plutôt
dans la moyenne européenne.
Maintenant, depuis l’arrivée de
Free, et à l’exceptionde l’Autriche,
nous sommes les moins chers
d’Europe. Nous étions déjà les
moins chers dans l’ADSL…
Xavier Niel critique vos marges…
Je rappelle que Free affiche près de
40%de marge dans l’ADSL, c’est
le championdusecteur. Ces marges
sont parfaitement dans la tendance
des opérateurs enEurope. La ques-
tionn’est pas de savoir si elles sont
trop fortes, mais de regarder ce
qu’on fait de cet argent. Les télé-
coms sont une industrie à fort be-
soin d’investissement financé par
nos marges ; ils représen-
tent 2,6milliards enFrance en2011.
C’est aussi 2 milliards en France
d’ici à 2015, dans la seule fibre!
Nous avons des investissements co-
lossaux à réaliser pour améliorer la
couverture mobile et la capacité de
nos réseaux à écouler le trafic. Les
marges servent aussi à acheter des
fréquences. Nous avons investi
1,2 milliard pour acheter les fré-
quences 4G [Internet mobile à très
haut débit], ce qui permettra
d’améliorer l’Internet mobile.
Allez-vous lever lepiedpour les di-
videndes, commelesuggèrelerégu-
lateur des télécoms?Ouallez-vous
tailler dans les investissements?
Les investissements, cela sert aussi
à payer les gens qui vont creuser
des tranchées, à acheter du maté-
riel. C’est pour cela que nous avons
embauché 4 000 personnes à
France Télécom l’an dernier, et
nous avons 5000jeunes encontrat
d’apprentissage. Les marges ser-
vent aussi à rémunérer des action-
naires et à verser des dividendes
aux petits porteurs qui ne sont pas
tous riches, dont nos salariés qui
sont à 80%nos actionnaires.
Free brocarde l’opacité de vos of-
fres, laminutedevoix, sept fois plus
chère que la sienne, ou le SMS, dix
à quinze fois plus coûteux…
Vous voyez bien que nos offres ne
sont pas si touffues que cela puis-
qu’il a réussi à comparer! Si nous
multiplions nos offres, c’est pour
mieux satisfaire chacun de nos
clients. Et nous les avons beaucoup
simplifiées. En 2010, nous avions
47 possibilités de moduler le forfait
Origami. Nous n’enavons plus que
15 aujourd’hui. Et nous continuons
d’écouter nos clients. La commu-
nauté des abonnés à Sosh [la
gamme low-cost vendue sur Internet]
nous a dit qu’elle n’avait pas besoin
de la voixenillimitée, mais qu’il lui
fallait beaucoup de SMS. Nous
avons donc revunotre forfait d’en-
trée de gamme: 2 heures, les SMS
et les MMS enillimité et le wi-fi en
illimité abaissé à 9,90 euros. Pour
5 euros de plus, vous avez en sus
1 God’Internet mobile. Et le tout il-
limité est à 24,90euros. Certes, elle
est 5 euros plus cher que celle de
Free, mais il y a le service Orange
en boutique.
Certains se félicitent que Free soit
venu secouer le marché…
C’est bien pour le consommateur
que le prix du mobile recule. Mais
que va devenir l’équilibre que l’on
avait avant, entre des investisse-
ments très lourds, une juste rému-
nération des actionnaires, et une
marge de 35%nécessaire à l’inves-
tissement. Oùensont les Nokia, les
Alcatel, et les autres champions
européens, comparés aux leaders
américains qui n’ont pas cette
pressionsur les prix? Oui, onpeut
se féliciter de l’arrivée de Free dans
le mobile pour les consommateurs
français à court terme, mais on
peut s’interroger sur l’avenir de
ces champions, de leurs investisse-
ments et aussi de leurs emplois.
France Télécom emploie
100000 salariés en France, dont
66%de fonctionnaires. La question
pour nous qui n’envisageons pas de
plan social, c’est comment nous
mobilisons nos équipes, nos
1200boutiques, nos 200sites pour
gérer les appels, nos 12000techni-
ciens d’intervention. Il ya toujours
quelqu’un en boutique pour aider
les gens à mettre leur carte SIM
dans le terminal, ou à régler leur
sonnerie. S’il y a un marché du
«SIM only», il y aura toujours un
marché pour les offres incluant le
mobile. Mais on ne touchera qu’à
peine à notre gamme classique.
Face à Free, opérateur low-cost,
nous répondrons avec Sosh, notre
low-cost. A la différence que nos
clients Sosh ont le droit de venir
chercher du conseil dans nos
1200 boutiques! •
Recueilli par CATHERINE
MAUSSION
PhotoBRUNOCHAROY
INTERVIEW
«France Télécom, c’est 80%d’un secteur qui emploie 120000salariés en France, dont 80000chez Orange.»
REPÈRES
19,99
C’est le prix, en euros, du
forfait mobile proposé par Free
en abonnement illimité.
La marge de la maison mère,
Illiad, atteint 39,2%.
35,8%
C’est la marge revendiquée par
Orange et SFR. Le nombre de
clients s’élève à 27,4 millions pour
Orange et 21,8 millions pour SFR,
selon le cabinet Morgan Stanley.
26,2%
La marge revendiquée par
Bouygues, troisième opérateur
en France en nombre de clients,
avec 11,7 millions d’abonnés, selon
Morgan Stanley.
24,90
euros, le forfait illimité chez
Orange, prix proposé par l’opé­
rateur en réponse à l’offre
annoncée par Free Mobile
mardi.
LIBÉRATION LUNDI 16 JANVIER 2012
18 • ECONOMIE
U
n espion se met à ta-
ble. Mario Brero, pa-
tron d’une officine
suisse mandatée par Areva,
a couché son expérience
dans un rapport remis à la
justice française, révélé hier
par le Journal du dimanche.
Histoire de ne pas plonger
tout seul dans l’imbroglioqui
empoisonne l’actuelle et
l’ancienne directions du fa-
briquant de centrales nu-
cléaires.
Greenpeace. Ce détective
privé, à la tête ducabinet Alp
Services, dit avoir été mis-
sionné début 2011 par Sébas-
tiende Montessus, directeur
des mines chez Areva, qui
lui commandera quatre rap-
ports facturés plus de
600000euros. Il yest parfois
question de Greenpeace,
l’ennemi de toujours, mais
aussi d’Uramin, cet investis-
sement désastreux(1) qui
coûtera son poste à Anne
Lauvergeon(2) enjuillet 2011.
«Nous évoquons des points gé-
néraux, politiques, profession-
nels et personnels.»Sur cette
pente glissante, le cabinet
Alp ira jusqu’à éplucher les
relevés téléphoniques du
mari de la dirigeante, Olivier
Fric. Ason insu.
«Sébastiende Montessus n’est
pas comptable des méthodes
éventuellement critiquables
d’Alp Services», rétorque son
avocat, M
e
Patrick Maison-
neuve. De fait, on imagine
mal une grande entreprise
prendre le risque de com-
mander unpiratage télépho-
nique. Dans le milieu très
controversé du renseigne-
ment économique, les con-
trats signés sont plus abs-
cons: il n’yest généralement
question que d’une mission
très générale de «veille».
Sondéfenseur précise égale-
ment qu’il n’a «jamais de-
mandé la moindre investiga-
tionsur M. Fric.»MarioBrero
le dément sur ce point : le
nom aurait été mentionné
lors de ses rendez-vous ini-
tiauxavec Sébastiende Mon-
tessus, au printemps 2011.
Son compte rendu d’entre-
tiens précise: «Deux person-
nes pourraient être impliquées,
dont Olivier Fric, le mari
d’Anne Lauvergeon.»Puis «le
mandat est problématique et
délicat, car il pourrait impli-
quer Olivier Fric.»
Que vient faire le mari de
l’alors dirigeante d’Areva
dans cette galère? Ses dé-
tracteurs cherchent à savoir
s’il a touché, d’une façonou
d’une autre, de l’argent sur
le dossier Uramin. Ousi tout
du moins elle a manqué de
prudence avec son spécia-
liste en énergie d’époux.
«J’entends dire que mon mari
aurait travaillé directement ou
indirectement pour Areva et
ses filiales. Cela est totalement
faux», a répliqué, hier, Anne
Lauvergeon dans le JDD.
Sentant entout cas l’atmos-
phère s’alourdir après la ré-
vélationde sonenquête pri-
vée par le Canard enchaîné,
suivie d’une plainte du cou-
ple Lauvergeon-Fric, Mario
Brero raconte avoir, fin dé-
cembre 2011, rejoint Sébas-
tiende Montessus envacan-
ces, «pour faire le point sur la
crise qui s’annonce».
«Prix excessif». L’addic-
tiond’Areva aux enquêteurs
privés n’est plus à démon-
trer. Unanplus tôt, sa direc-
tion de la protection
du patrimoine avait
missionné Marc Ei-
chinger à la tête de la
société de conseil
Apic. Toujours afin
de revisiter le rachat
d’Uramin. Dans unentretien
auParisien, Eichinger affirme
que son rapport concluait
qu’Areva a été «victime d’une
escroquerie en payant un prix
excessif», puis a tenté de le
camoufler. Il parle de «publi-
cation d’informations men-
songères», visant explicite-
ment Lauvergeon (dont on
ne sait si elle a été avertie de
ce rapport) : «En fé-
vrier 2008, elle a prétendu de-
vant les actionnaires que le site
d’Uramin serait en production
unanplus tard. C’était impos-
sible! Et çan’apas été le cas.»
RENAUDLECADRE
(1)Acheté 1,8 milliard d’euros
en 2007, Uramin n’a toujours
pas extrait un gramme
d’uranium. Ses permis
d’exploration en Namibie, seul
actif tangible, se sont révélés
très décevants.
(2)Présidente du conseil de
surveillance de Libération.
Areva: unespionlivre
saversion
NUCLÉAIREMario Brero, mandaté par le groupe,
avait mis sur écoutes le mari de l’ex-dirigeante.
AIRFRANCELes pertes d’ex-
ploitation de la compagnie
aérienne dépasseront les
500millions d’euros en2011,
selonsonPDG, Alexandre de
Juniac. Un chiffre confirmé
samedi de source syndicale.
Jeudi, le patronavait évoqué
une perte de 700 millions
pour le groupe Air France-
KLM, mais sans distinguer
les deux compagnies. C’est
donc fait : l’essentiel de ces
pertes vient ducôté français.
RAFFINAGE Le ministre de
l’Industrie, Eric Besson, a
révélé hier que le raffineur
suisse Petroplus, en graves
difficultés financières, a
obtenu de ses banques les
financements nécessaires
à son exploitation jusqu’à
vendredi.
ESPAGNELe nombre de chô-
meurs a culminé fin 2011 à
5,4 millions, selon le Pre-
mier ministre, Mariano Ra-
joy, ajoutant qu’il s’agit d’un
«chiffre astronomique». L’Es-
pagne affiche le taux de chô-
mage le plus élevé des pays
industrialisés (21,5%).
30%
C’est la baisse des recettes touristiques l’an dernier
en Egypte (8,8 milliards de dollars contre 12,5 milliards
en 2010). Chute liée, selon le ministère, au «contexte
sécuritaire» pendant la révolution au printemps. Mais
aussi, peut­être, à la percée électorale des salafistes, hos­
tiles à l’alcool et au bikini.
Le doyen des juges d’ins­
truction de Lille a ouvert
une information judiciaire
pour abus de confiance et
faux, visant le marché de
distribution d’eau au profit
du tandemSuez­Veolia. Il
est question des provisions
pour travaux accumulées
par les distributeurs, mais
pas toujours dépensées.
Une cagnotte nichée dans
un maquis comptable. A
Lille, il y en a pour 160 mil­
lions d’euros, que Pierre
Mauroy, à la tête de la
communauté urbaine, refu­
sait de réclamer à Suez et
Veolia. L’association Eau
Secours avait déposé une
première plainte en 2007,
enterrée par le parquet.
Puis retenté sa chance de­
vant un juge du siège l’été
dernier. Avec plus de suc­
cès. R.L.
À LILLE, UNE
ENQUÊTE POUR
ÉCLAIRCIR LE
MARCHÉ DE L’EAU
L’HISTOIRE
«Gandrange, c’est
avec le Fouquet’s
la faute originelle
duquinquennat
[de Sarkozy].»
Michel Liebgott député(PS)
deMoselle, àpropos de
l’aciérieferméeen2009
Par RENAUDLECADRE
Pétroleiranien: les pays
industrialisés divisés
P
artie de poker men-
teur? L’Iran est monté
au créneau ce week-
endenmenaçant de pertur-
ber singulièrement le marché
du pétrole. A la base, la vo-
lonté affichée par les Etats-
Unis d’instaurer unembargo
sur les exportations de brut
iranien, enréponseàlapour-
suite de sonprogramme nu-
cléaire. L’Unioneuropéenne,
qui importe 18% de la pro-
ductionde brut iranien, doit
trancher d’ici à fin janvier.
Mais l’opportunité de sanc-
tionner l’Irandivise les pays
industrialisés, inégalement
dépendants de l’or noir.
Qui ne souhaite vraiment
pas l’embargo?
Le Japon, qui importe 10%
de sonpétrole depuis l’Iran,
se dit «extrêmement circons-
pect», car un embargo ris-
quant d’entraîner une flam-
bée des cours «pourrait avoir
des effets négatifs sur l’écono-
mie mondiale.» C’est du
moins la positionduministre
nippon des Affaires étran-
gères.
Sonhomologue des Finances
entend plutôt «prendre au
plus vite des mesures concrètes
et planifiées pour réduire» la
part du pétrole iranien dans
les importations. Si l’Europe
se tâte, les clients asiatiques
de l’Iransemblent prêts à lui
rester fidèles : la Chine,
l’Inde et la Corée du Sud ne
sont guère favorables à l’em-
bargo. La Russie l’a déjà re-
jeté.
Quel impact sur
les cours de l’or noir ?
L’une des clés du débat est
l’attitude des autres pays du
Golfe. Accepteront-ils d’au-
gmenter leur propre produc-
tion pour compenser l’em-
bargo, aurisque de se fâcher
avec Téhéran?Hier, le repré-
sentant de l’Iran à l’Opep,
MohammadAli Khatibi, s’est
fait menaçant : «Si les pays
pétroliers du Golfe donnent le
feu vert pour remplacer notre
pétrole, leur geste ne sera pas
amical et ils seront responsa-
bles des incidents qui se pro-
duiront.»Des incidents? Le
chef de la diplomatie ira-
nienne évoque un éventuel
blocage dudétroit d’Ormuz,
par lequel transite 35% du
pétrole mondial.
Selon les prévisions de
l’Agence américaine d’infor-
mation sur l’énergie, les
cours dubrut devraient con-
tinuer à augmenter, mais un
peu moins vite: après une
moyenne à 95 dollars le baril
en2011, il devrait s’établir à
100dollars en2012 puis à 106
en 2013.
La consommationde pétrole,
elle, devrait continuer à croî-
tre (1,1% en 2011, 1,4%
en2012, 1,6%en2013). L’es-
sentiel de la demande sup-
plémentaire viendrait des
pays asiatiques, logiquement
peu enclins à l’embargo. •
DÉCRYPTAGE
Le leader de la CFDT a
annoncé sur Europe 1 hier
que son bureau fédéral
examinera jeudi l’exclusion
de la section syndicale de
SeaFrance (CFDT Mari­
time­Nord), «qui a refusé
d’étudier d’autres pistes que
la coopérative, ce qui n’est
pas raisonnable». Chérè­
que dit aussi sa «honte» des
soupçons de malversations:
«Il y avait une présomption
d’innocence, maintenant il y
a des faits concrets. Cette
CFDT­là, ce n’est pas nous.»
Aux marins, il propose de
rejoindre la section CFDT
de Louis Dreyfus, dont le
plan de reprise est sur la
table. PHOTOAFP
CHÉRÈQUE
DÉCIDERA JEUDI
DUSORT DE LA
CFDT SEAFRANCE
LES GENS
Le siège d’Areva à La Défense, en 2009. PHOTOLOÏCVENANCE. AFP
Onimagine mal une
grande entreprise se
risquer à commander
unpiratage téléphonique.
LIBÉRATION LUNDI 16 JANVIER 2012
ECONOMIEXPRESSO • 19
LaFrance, étalon-or
duhandball
Trustant tous les titres depuis 2008, les Bleus abordent, aujourd’hui,
l’Euro serbe avec la réputationde meilleure équipe de l’histoire.
Par SYLVAINMOUILLARD
Envoyéspécial àNovi Sad(Serbie)
C
ela fait quatre ans que l’équipe de France
de handball n’a plus disputé de compéti-
tion internationale sans goûter à la vic-
toire finale. C’était lors de l’Euro 2008,
bouclé à la troisième place. Depuis, les «Experts»
sont devenus la meilleure équipe de l’histoire de
ce sport, compilant quatre médailles
d’or consécutives (Jeux olympi-
ques 2008, Mondiaux 2009 et 2011 et
Euro2010). Les hommes de Claude Onesta remet-
tent aujourd’hui enjeuleur titre obtenuil ya deux
ans. Ça se passe en Serbie et commence par un
matchcontre l’Espagne, ce soir à 18h15. Avec, en
toile de fond, les Jeuxolympiques de Londres dans
sept mois.
LES BLEUS VONT­ILS JOUER L’EUROÀ FOND?
Claude Onesta reconnaît qu’il a été tenté de laisser
plusieurs de ses «vieux»à la maisonpour les re-
poser en vue des JO. Didier Dinart (34 ans),
Thierry Omeyer (35 ans), Jérôme Fernandez
(34 ans) ou encore les frères Gille (35 et 33 ans)
commencent à cumuler les kilomètres; les saisons
à rallonge (plus de 60matchs par an) n’arrangeant
pas les choses. Le sélectionneur s’est finalement
décidé à emmener l’ensemble de songroupe. «En
voulant soulager nos anciens, on les aurait frustrés.
Ils ont envie de venir, de jouer. Les priver de ce plaisir
pour éviter une blessure aurait fait de gros dégâts»,
expliquait-il ce week-end dans l’Equipe.
Au hand, le championnat d’Europe est reconnu
comme la compétitionla plus dense et exigeante:
endeuxsemaines, les joueurs devront se fader huit
rencontres de très haut niveaupour décrocher l’or.
Unrythme «inhumain», selonGuillaume Gille. «A
l’Euro, ce n’est pas forcément le meilleur qui gagne,
mais celui qui va durer le plus longtemps. C’est là que
lagestiondugroupe est essentielle, abonde le méde-
cindes Bleus, Pierre Sébastien. Physiquement, on
est beaucoup plus forts que la moyenne.» Lors de
l’Euro de 2010, les Français avaient peiné au pre-
mier tour, avec deux nuls et une seule victoire,
d’unpetit but. Aux «pisse-vinaigre qui ont toujours
quelque chose qui les gratte», Onesta avait alors
rappelé la difficulté de la tâche.
Bien que raccourcie, la préparation a été bonne,
et prévue pour une compétitivité immédiate. «Il
nous a fallu remettre les joueurs à niveau en dix jours,
mais sans trop les fatiguer non plus, juge le prépara-
teur physique, AlainQuintallet. On joue notre cu-
lotte contre l’Espagne dès le premier match.» Les
Bleus auront le temps de souffler enfinde saison.
Grâce à leurs titres, ils sont d’ores et déjà qualifiés
pour les JOet les prochains Mondiaux. «Au mois
d’avril, pendant que les autres s’étriperont dans des
tournois de qualification, on sera tranquille», sourit
Pierre Sébastien.
Les Bleus l’assurent, ils ont toujours faim. Hors de
question, donc, de faire l’impasse sur l’Euro. Le
groupe de 17 sélectionnés par Onesta (1) est au
complet. Alors qu’il a toujours manqué unoudeux
éléments majeurs lors des dernières campagnes
des Bleus (Jérôme Fernandez en 2008, Bertrand
Gille en2009et 2010, Daniel Narcisse et Guillaume
Gille en2011), aucunne manque à l’appel. Blessés
en début de préparation, Michaël Guigou et
WilliamAccambrayont été jugés bons
pour le service. Tous les postes sont
doublés efficacement et l’équilibre en-
tre anciens (Fernandez, Dinart…), cadres enpleine
force de l’âge (Nikola Karabatic, Luc Abalo) et ga-
mins aux dents longues (Xavier Barachet, William
Accambray) est parfaitement réalisé. La compéti-
tiondans le groupe sera féroce. L’Euro est la der-
nière occasionde se montrer avant les Jeux, où le
contingent sera limité à 14 appelés. Cela fait deux
noms à rayer, parmi lesquels, vraisemblablement,
une légende.
«Etre les meilleurs sur le papier, ça ne veut rien dire,
prévient le directeur technique national, Philippe
Bana. La différence ultime, c’est unpoteau, une main
au milieu, un arbitre qui prend telle décision, comme
lors de la demie du Mondial 2007, avec ce marcher
sifflé contre Michaël Guigou alors qu’il va égaliser.
Ce n’est pas parce qu’on a la meilleure équipe que ça
nous donne une assurance supplémentaire. Au con-
traire, les blessures étaient une forme de vigilance.»
Quant aux adversaires, Danois entête, ils se font
de plus en plus menaçants : «Quand tu gagnes
comme nous, tu crées la famine derrière. Celui qui
pourra donner le coup de couteau ne se gênera pas»,
estime Bana.
LA FRANCE EST­ELLE EN FIN DE CYCLE?
La questionles fait suer. Invariablement, tous les
anciens réfutent l’idée qu’après les Jeux sera venu
le temps de la quille. Aucun trentenaire n’a an-
noncé vouloir ranger sonmaillot bleu au placard.
«Chaque fois qu’on parle de retraite à Omeyer, il ré-
pond: “Après 2012, il faudra que vous me tuiez pour
me sortir de l’équipe de France. Je vais m’accrocher
comme un morpion”», en sourit Philippe Bana.
Pour Pierre Sébastien, c’est parce que «les joueurs
trouvent dans cette équipe un espace de liberté qu’on
leur offre de moins en moins en club»qu’ils y sont
si attachés.
Reste qu’unrenouvellement générationnel devra
être opéré d’ici aux JOde Rio de 2016. Les cadres
de demainsont déjà là: Karabatic, Guigou, Abalo,
Barachet et Accambray, ça fait une ossature solide.
De quoi éviter une rétrogradationbrutale dans le
gotha mondial ? «On peut faire une comparaison
avec l’équipe de Suède qui a dominé le handball dans
les années 90, juge Bana. Ce qui les a tués, c’est la
consanguinité. C’était une famille, ils partaient en
vacances ensemble. Nous, nos joueurs ne sont pas
forcément amis. On a su tourner les pages, changer
DÉCRYPTAGE
les entraîneurs. L’équipe de France est un lieu d’ex-
cellence ouvert. Les joueurs sont impitoyables entre
eux. Personne ne protège personne, et quand le type
se rate, il y a une police interne terrible. Cette équipe
est propriétaire du jeu, de son passé et de son ave-
nir.» Dans les couloirs de la fédé, on parle
«tuilage», «compagnonnage»et «transmissioncul-
turelle»: «l’assurance-vie»de cette équipe, selon
le DTN.
BARACHET SERA­T­IL LA RÉVÉLATION­
CONFIRMATION DE L’EURO?
Dans une liste sans surprise (mis à part le Parisien
Kevynn Nyokas, venu faire son stage d’observa-
tion du haut niveau sur le banc de touche), on se
demande qui apportera le petit grain de nou-
veauté. Prenons le pari que Xavier Barachet con-
firmera les promesses largement entrevues
en2011. Le Chambériende 23 ans, déjà présent à
l’Euro 2010 (pour 1 minute et 37 secondes de
temps de jeu), explose lors du Mondial suédois.
Beaucoupvoient enlui le successeur des Stoecklin
et Cazal, ces arrières droits gauchers, une denrée
rare dans le hand.
Le joueur à la tête de poupon, mais aux méthodes
d’équarrisseur n’a pas la force de frappe de ses
aînés. Sontruc, c’est avant tout la défense, et une
visionde jeuauservice des autres enattaque. Pour
Philippe Bana, Barachet est le «gendre idéal comme
Fernandez ou Karabatic», le joueur bien élevé et
bienformé dans le système des pôles espoirs. Privé
de quelques matchs l’an passé pour une entorse
à la cheville, le Niçois devrait être largement solli-
cité en Serbie. La saison prochaine, il partira en
Espagne, à l’Atlético Madrid (le club de Dinart et
Abalo), parfaire ses gammes au contact du génie
espagnol Talant Dujshebaev.
LE HAND NOURRIT­IL SON HOMME?
De plus en plus, oui. Le salaire brut moyen en D1
est de 5000euros par mois. La star des Bleus, Ka-
rabatic, émarge à environ500000 euros annuels
(en comptant les revenus de sponsoring). Le
championnat de France, peu à peu, réduit l’écart
qui le sépare des meilleures ligues, allemande et
espagnole. Canal + a acquis cette saison, et jus-
qu’en2015, les droits télé duchampionnat. Ce qui
permet d’envisager unrapatriement des interna-
tionaux. Karabatic et Fernandez, revenus ces der-
nières années, pourraient être suivis en 2012
d’Omeyer (Montpellier) et des frères Gille (Cham-
béry). Restent enfinles primes de victoire versées
par la fédération(40000euros par joueur pour une
médaille d’or), qui représentent à la longue unsa-
cré budget. «On avait fait assurer les titres de 2001
et 2008, explique Bana. Mais aujourd’hui, plus un
assureur ne veut de nous! On prend plus de risques
que par le passé.» Tant que ça gagne…•
(1) Le pivot Grégoire Detrez a été pris en plus pour
pallier la légère blessure de Cédric Sorhaindo. La star del’équipedeFrance, le19janvier 2011, Nikola Karabatic, lors duMondial suédois remportépar les Bleus. PHOTOFRANCKFIFE. AFP
LIBÉRATION LUNDI 16 JANVIER 2012
20 •
SPORTS
Par MICHAËLGUIGOU*
C’est bizarre,
ces militaires
qui fouillent
monsac
P
our notre arrivée samedi, ona eu
le droit à unaccueil avec des dan-
seuses à l’hôtel. Machines à fu-
mée, à l’ancienne, et double chorégra-
phie. C’était marrant. Ça ne vaut pas le
haka, mais c’est
un peu plus sexy.
Le soir, tout le
monde dormait à
21 h 30. La se-
maine a été com-
pliquée, et on
avait besoin de se
poser. On a eu
beaucoup de sollicitations de la presse
et des partenaires. Il y a toujours un
journaliste dans le coinet, du coup, on
est moins pointus à l’entraînement, on
ne se dit pas les choses de la même fa-
çon. Onsait tous qu’onest loinde notre
meilleur niveau.
Hier, c’était réveil à 9h30-10 heures.
Onétait beaucoupplus concentrés lors
de l’entraînement de l’après-midi et
pendant la grosse séance vidéo. En
même temps, on commence à se con-
naître. Ona fait deux matchs de prépa-
rationcontre l’équipe de Norvège, des
rencontres avec une bonne intensité. Ce
n’est pas la même chose que si onavait
joué contre le Japon. Dans ce cas-là, on
aurait dû faire des séances d’entraîne-
ment beaucoupplus soutenues. La salle
est toute proche de notre hôtel, à peine
deux minutes. Il y a un seul truc bi-
zarre: les militaires qui sont tout le
temps là. Ils étaient déjà là à l’aéroport.
C’est la première fois qu’on m’arrêtait
dans les couloirs enme disant «security
check», avant qu’ils ne fouillent mon
sac. Ils doivent avoir peur de quelque
chose.
Aujourd’hui, c’est l’Espagne, le gros
matchde la poule contre undes favoris
de la compétition. Il faudra vraiment
être présents. Nos trois dernières ren-
contres contre eux se sont soldées par
des nuls. Mais enmême temps, je ne me
souviens pas avoir souvent perdu face
à l’Espagne. Je ne sais pas ce qu’en di-
sent les statistiques, mais bon…Les Es-
pagnols, onles croise à l’hôtel, puisque
les quatre équipes de la poule sont lo-
gées au même endroit. C’est toujours
un peu particulier, notamment pour
ceux qui évoluent avec eux en club: tu
leur claques la bise, et le lendemain tu
joues contre eux. Mais bon, le logement
est mieuxque l’anpassé auMondial. En
Suède, il yavait une odeur de clope pas
possible dans les chambres, onétait les
uns sur les autres. Là, c’est nickel. Les
chambres sont confortables, la déco un
peu kitsch… Et le hall est immense,
donc on n’est pas trop près de nos
adversaires. •
*Pendant l’Euro, l’ailier ou demi­centre
montpelliérain raconte la vie en bleu.
THIS IS THE HAND
R
O
D
O
L
P
H
E
E
S
C
H
E
R
La star del’équipedeFrance, le19janvier 2011, Nikola Karabatic, lors duMondial suédois remportépar les Bleus. PHOTOFRANCKFIFE. AFP
LE PALMARÈS
DE LA FRANCE
w JO1
re
en 2008;
3
e
en 1992.
w Mondial 1
re
en 1995, 2001,
2009, 2011; 2
e
en 1993;
3
e
en 1997, 2003, 2005.
w Euro 1
re
en 2006, 2010;
3
e
en 2008.
8
C’est le nombre de
joueurs français évoluant
à l’étranger (4 en Espagne,
4 en Allemagne) sur les 17
que Claude Onesta a
emmenés en Serbie.
REPÈRES
GUIDE DE L’EURO
w Tour préliminaire
Groupe A Pologne, Dane­
mark, Serbie, Slovaquie. La
Serbie a battu la Pologne,
hier, 22­18.
Groupe B Allemagne,
Suède, République tchè­
que, Macédoine. Les Tchè­
ques ont battu les
Allemands, hier, 27­24.
Groupe CFrance, Hongrie,
Espagne, Russie.
Groupe DCroatie, Nor­
vège, Islande, Slovénie.
w Tour principal
Groupe 1 Les trois pre­
miers des groupes A et B.
Groupe 2 Les trois pre­
miers des groupes Cet D.
Les deux premiers de cha­
que groupe qualifiés pour
les demi­finales.
w Tour préliminaire de la
France Aujourd’hui Espa­
gne (18h15); mercredi Rus­
sie (18h15); vendredi
Hongrie (20h15). Matchs
en direct sur Canal + Sport.
w Finale 29 janvier.
«Nous n’avons pas
le meilleur joueur
dumonde à chaque
poste. La richesse
unique de cette
équipe, c’est
toujours sonétat
d’esprit.»
ClaudeOnestaentraîneur
des Bleus, dans l’Equipe,
samedi
Belgrade
CROAT
BOSNIE-
HERZ
HONG ROUM
B
U
L
G
A
R
I
E
MAC
MONT
KOS
20 km
SERBIE
Novi Sad
LIBÉRATION LUNDI 16 JANVIER 2012
SPORTS • 21
«J’ai envie
demefaire
confiance»
Numéro 6 mondial, Jo-Wilfried
Tsonga entame l’Opend’Australie
ensolitaire et sans complexe.
T
ête de série numéro 6, Jo-
Wilfried Tsonga devrait
entamer endouceur la nuit
prochaine contre l’Ouzbek
Istomin(n°67) l’Opend’Australie.
Après avoir terminé l’année 2011 en
fanfare (finales à Bercy et au Mas-
ters), il a démarré 2012 en trombe
(victoire à Doha). Derrière la bande
des quatre (Djokovic, Nadal, Fede-
rer, Murray), il fait partie des favo-
ris de rang 2 à Melbourne, où il fut
finaliste en 2008.
Depuis votrefinalelorsquevous re-
venez à Melbourne, vous avez le
droit aucouplet «c’est un
endroit si particulier…»
Est-ceuntrucdejourna-
listeouquelquechosequevous res-
sentez vraiment?
Ce qu’il ya de particulier, c’est que
c’est un endroit qu’effectivement
j’aime bien. Mais finalement,
quand je suis à Roland-Garros, je
suis tout aussi content de revenir.
Quandje suis à l’US Openpareil. Et
quandje suis à Wimbledon, c’est la
même chose. Dans chacun de ces
tournois, je suis content de revenir,
justement parce que c’est différent.
Après, c’est clair qu’ici c’est génial!
Il fait beau…enfinengénéral (rires)
parce que l’année dernière ce
n’était pas terrible. C’est plutôt un
tournoi à la cool, ça fait plaisir
d’être là mais…c’est quand même
un «truc» de journaliste, oui !
(rires)
Vous avezvisiblement perdupas mal
de poids à l’intersaison, vous avez
gagné à Doha et semblez très en
forme…Celaressembleàdes condi-
tions idéales…
Oui, je sens que je suis dans les
meilleures conditions: j’ai bienjoué
à Doha, je suis sur une bonne lan-
cée, donc il n’ya aucune raisonque
je stresse.
Vous confirmezquevous avezbeau-
coup travaillé physiquement?
C’est là-dessus que j’ai mis l’ac-
cent, effectivement. J’avais besoin
de me refaire une grosse «caisse».
La saison dernière a été longue, je
n’ai pas eu forcément trop l’occa-
sion de travailler parce
que j’ai beaucoup, beau-
coup joué. Donc la petite
trêve de find’année m’a permis de
me remettre unpeuauboulot et de
retrouver les capacités physiques
qui étaient les miennes il y a quel-
ques années.
Cela fait un petit moment mainte-
nant que vous n’avez plus d’entraî-
neur attitré. Pensiez-vous que cela
allait durer aussi longtemps ?
Enfait, je m’étais dit que j’allais ar-
rêter [avec Eric Winogradsky, ndlr]
parce que j’avais besoin de ça. Et
puis il se trouve que ça marche
bien. Au fur et à mesure, je trouve
une façon de fonctionner qui est
différente mais qui me plaît aussi et
dans laquelle je m’épanouis. Donc
pour le moment, je continue…Et ça
ne m’empêche pas de bénéficier de
conseils extérieurs. Simplement, je
n’ai pas quelqu’un d’attitré avec
moi tout le temps.
Vous aviez évoqué la possibilité de
faire ponctuellement appel à des
collaborateurs surdes gros tournois.
Est-ce que cela pourrait être un
Agassi sur Roland-Garros ?
Oui, après pour moi ce n’est pas…
(il réfléchit) comment dire?, ce
n’est pas quelque chose de déter-
miné, voilà. Je pense qu’on peut
aussi apprendre des choses aucours
d’une discussion avec quelqu’un
dans unbout de couloir ouunbout
de vestiaire. Parfois il ya des choses
un peu plus concrètes, parfois des
choses pas forcément concrètes, je
ne sais pas, ce n’est pas…(il coupe
court) Pour le moment, il n’ya rien
de déterminé voilà.
En revanche, vous avez avec vous
une structure très professionnali-
sée: kiné, préparateur physique,
agent…Ce qui peut faire penser au
fonctionnement d’unFederer. Pour
quelqu’un qui, comme vous, a at-
teint le très haut niveau, il peut en-
core être un modèle?
Honnêtement, je ne l’ai pas fait
parce que je me suis dit que
d’autres avant moi l’avaient fait ou
pas. J’ai fait ça tout simplement
parce que je le sentais comme ça.
Depuis que je suis tout jeune, avec
la fédération, j’ai toujours été très
entouré, je n’ai pas vraiment pris
les décisions tout seul, j’ai toujours
eu des avis extérieurs. Or il se
trouve que je suis dans une période
où j’ai envie de m’écouter moi, de
me faire confiance.
Jusqu’oùcette confiance peut-elle
vous porter? Vous placez-vous
parmi les favoris ici ?
Pas forcément. Je n’ai jamais gagné
de tournoi du GrandChelem, je ne
suis pas favori, mais je fais partie
des joueurs qui peuvent être sus-
ceptibles d’aller très loin. Pourquoi
pas ? En tout cas, moi je joue au
tennis pour ces moments-là. Je suis
6
e
mondial, le next step, c’est es-
sayer de gagner unGrandChelem.
Enparlant defavori, pour vous Djo-
kovic peut-il être aussi fort que la
saison dernière?
Oui. Pourquoi pas ? C’est ce que j’ai
envie de vous dire: Et pourquoi
pas? Et la prochaine questionc’est:
«Et Roger vous pensez qu’il peut
encore gagner?» Et là, je redirai :
«Et pourquoi pas ?» (sourire)
Mais pour Djokovic la question se
pose car ce qu’il a accompli était
tout de même hors normes.
Ehbien, peut-être qu’il ne fera pas
exactement la même chose, peut-
être qu’il fera mieux. On ne sait
pas. Peut-être même qu’il fera un
peu moins bien. Mais c’est le ten-
nis, ça. C’est le sport. Si je savais ce
qu’il allait faire, j’aurais des bons
tuyaux…(sourire) •
Recueilli par
MYRTILLERAMBION
EnvoyéespécialeàMelbourne
INTERVIEW
tournois du Grand Chelem:
w Australie Finale 2008
(16
e
de finale en 2011).
w Roland­Garros Huitième de
finale (2009, 2010).
w Wimbledon Demi­finale (2011).
w US Open Quart de finale (2011).
LES QUARTS DE FINALE THÉORIQUES
DE L’OPEN D’AUSTRALIE 2012
Hommes
Djokovic (n°1)–Ferrer (n°5)
Murray (n°4)–Tsonga (n°6)
Fish (n°8)–Federer (n°3)
Berdych (n°7)–Nadal (n°2)
Tenant du titre: Novak Djokovic
Dames
Wozniacki (n°1)–Li Na (n°5)
Azarenka (n°3)–Radwanska (n°8)
Zvonareva (n°7)–Sharapova (n°4)
Stosur (n°6)–Kvitova (n°2)
Tenante du titre: KimClijsters
JO­WILFRIED TSONGA EN BREF
Né le 17 avril 1985 au Mans
1,88 mètre, 91 kilos
Professionnel depuis 2004.
Palmarès: 8 victoires en tournoi
dont 1 Masters Series
(Bercy, 2008).
Meilleurs résultats lors des
REPÈRES
Jo­Wilfried Tsonga,
en octobre,
à Shanghai. PHOTO
ALEXANDREF.YUAN. AP
LIBÉRATION LUNDI 16 JANVIER 2012
22 • SPORTS
«J’ai décidé de retenir Pato parce
que je considère que c’est unjoueur très
talentueux. L’opérationdans sonensemble
ne me plaisait pas, ni d’unpoint de vue
technique ni économique. »
SilvioBerlusconi propriétaireduMilanAC, àpropos
dutransfert avortéduBrésilienauPSG
I
ls étaient six audépart, et
l’onne retrouvera certai-
nement pas plus de deux
clubs français enquart de fi-
nale de la Coupe d’Europe de
rugby, dont on disputait ce
week-end la cinquième et
avant-dernière journée de la
phase de poule.
Ces deux-là, ça n’étonnera
personne, sont Toulouse et
Clermont, au-dessus du lot
en Top 14, et qui ont rempli
leur contrat samedi. Sur leur
pelouse, les Toulousains de-
vaient s’imposer avec le bo-
nus offensif contre les «cas-
se-couilles»(dixit le 2
e
ligne
Albacete) irlandais du Con-
nacht. Ce fut fait sans brio
(24-3, 4
e
essai, celui du bo-
nus intervenant à la 69
e
mi-
nute), mais les hommes de
Guy Novès conservent leur
destin entre leurs pognes :
vendredi, il leur faudra s’im-
poser à Gloucester (Angle-
terre) pour composter leur
ticket pour les quarts. Même
obligation samedi pour
Clermont, mais à domicile,
face auxIrlandais de l’Ulster.
En attendant ce match au
sommet, les Auvergnats ont
gentiment atomisé (82-0) les
Italiens d’Aironi à Monza
pour le plus large succès de
leur histoire européenne.
Biarritz, très théoriquement,
peut encore se qualifier. Mais
leur défaite (16-20) hier chez
les Saracens, champions
d’Angleterre, les prive de la
première place de leur poule
et les éloigne très vraisem-
blablement d’un rang de
meilleur deuxième, même
s’ils cartonnent les Ospreys
(pays de Galles) samedi.
Plus oumoins officiellement
actées avant les matchs du
week-end, les éliminations
de Castres (battu par les Ir-
landais du Munster 26-10),
duRacingMétro(dominé sur
sa pelouse par Edimbourg
27-24) et de Montpellier (qui
remporte sa première vic-
toire dans la compétition
contre les Anglais de Bath,
24-22), sont désormais gra-
vées dans le marbre. Les pro-
vinces irlandaises du Leins-
ter (tenante du titre) et du
Munster sont les deux seules
équipes d’ores et déjà quali-
fiées pour les quarts.
G.Dh.
HCup: unpetit crupourlaFrance
RUGBYSeuls Toulouse et Clermont ont de vraies chances d’atteindre les quarts.
On appellera ça le mercato sauce curry, et c’est Bob Pires
qui en donne la recette. A la recherche désespérée d’un
club depuis son départ d’Aston Villa, en juin, le champion
du monde 1998, 38 ans, va atterrir en Inde pour disputer,
durant deux mois, la nouvelle Premier League Soccer
(mini­championnat à six franchises de l’est du pays). Avec
quelle équipe? Il n’en a aucune idée : «Je vais être mis
aux enchères! raconte­t­il dans l’Equipe d’hier. Chaque
président choisira son joueur et ce qu’il lui offre. Je ne sais
pas encore combien je vais gagner. Au minimum, c’est
500000 dollars [395000 euros, ndlr] pour sept semai­
nes. Mais si mon président me kiffe, ça peut monter à
1 million de dollars.» Dans la catégorie des «joueurs
majeurs» et dans un système un peu comparable à la draft
en NBA–sauf que là ce sont des (pré)retraités qui sont mis
à l’encan–, Pires va croiser Fabio Cannavaro, Jay­Jay Oko­
cha, Hernán Crespo ou Fernando Morientes. PHOTOAFP
ROBERT PIRES
RETROUVE UNCLUB
ENINDE, MAIS LEQUEL?
LA PERF
Jean­Baptiste Grange n’y arrive plus. Enchaîner deux man­
ches de slalomau niveau qui a fait de lui le champion du
monde de la spécialité l’an dernier est pour l’instant hors
de sa portée. Hier à Wengen (Suisse), alors qu’il avait signé
le 6
e
chrono dans la première manche, le Savoyard a croisé
ses skis au milieu de la seconde, chutant lourdement au
point de se blesser au pouce gauche. Grange, qui a du mal
à retrouver le rythme depuis son retour de blessure,
devait passer une radio pour déceler une éventuelle frac­
ture. Le Croate Ivica Kostelic, lui, est dans une tout autre
dynamique. Il a remporté le slalomsuisse, son 4
e
succès
cette saison, son 22
e
en Coupe du monde. PHOTOAP
JEAN­BAPTISTE
GRANGE NE PASSE PLUS
ENTRE LES PORTES
LE BIDE
Rendez­vous
les
27, 28
et 29
janvier 20
12
à
la
M
C
2
G
renoble
R
É
P
U
B
L
I
Q
U
E
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GRENOBLE
L
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S
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T
A
T
S
G
É
N
É
R
A
U
X
D
U
R
E
N
O
U
V
E
A
U
v
i
v
r
e
JOURS
DEDÉBATS,
D’EXPRESSION
ETD’ÉCHANGES
l
a
3
FOOTUS TimTebown’a pas
fait de miracle, samedi en
demi-finale de conférence
AFC. Les Denver Broncos du
très bigot quarterback (lire
Libération de ce week-end)
se sont très lourdement in-
clinés contre les New En-
gland Patriots (10-45).
COMBINÉ NORDIQUE Ales-
sandroPittinréussit le Grand
Chelem à Chaux-Neuve.
L’Italiena gagné les 3 courses
jurassiennes. Deuxième ven-
dredi et samedi et seulement
25
e
hier, le Français Jason
Lamy-Chappuis conserve la
tête de la Coupe du monde.
FOOT Arsenal s’est incliné,
hier, face à Swansea (2-3).
Les Londoniens occupent la
5
e
place de la Premier Lea-
gue, dominée par Manches-
ter United et Manchester
City, qui joue ce soir à Wi-
gan (19
e
).
3
C’est le nombre de points d’avance que conserve le
PSGsur Montpellier en tête de la Ligue 1, à l’issue de la
20
e
journée. Samedi, les Parisiens ont dominé Toulouse
3­1, pendant que les Héraultais battaient Lyon 1­0.
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SPORTS • 23
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ANNONCES • 25
N
ul ne sait si, dans les se-
maines qui précéderont
l’élection présidentielle
de mai 2012, un crime
particulièrement hor-
rible surviendra ou non.
En revanche, il nous
semble utile de formuler dès main-
tenant des recommandations sur les
questions qui se posent sur le fonction-
nement de la justice pénale et les atten-
tes de nos concitoyens à ce sujet car les
prises de positions des responsables po-
litiques, mandatés ounonpar les candi-
dats à l’élection présidentielle pour
s’exprimer sur les questions pénales,
ont eneffet pris jusqu’à présent untour
réellement préoccupant, quel que soit
le bord d’où elles venaient.
Tout a déjà été dit sur l’effet désastreux
de l’accumulationde lois souvent con-
tradictoires censées garantir le non-re-
nouvellement de faits divers, prétextes
à leur élaborationenurgence au Parle-
ment. Il enest de même concernant la
question des
moyens des
services publics
en charge de
ces questions,
qu’il s’agisse de
la police, de la
justice, de la
psychiatrie ou
plus largement des politiques publiques
contribuant à la préventionde la délin-
quance et enparticulier de la récidive.
Venons-en au cœur du sujet : depuis
quelques années, nous sommes, avec
la question pénale, comme sur un to-
boggan qui entraîne tout le monde en
chute libre: la dangerosité est en train
de devenir l’alpha et l’oméga, la pierre
angulaire de toute la politique pénale:
la loi du28février 2008a instauré la ré-
tention de sûreté et la privation de li-
berté perpétuelle sans crime ni délit.
Dans le même mouvement, à bas bruit,
le psychiatre et le juge se voient de plus
en plus assignés par les responsables
politiques –et l’opinion qu’ils contri-
buent à façonner–nonplus pour l’un,
à soigner et à apaiser la souffrance,
pour l’autre à dire le droit et à rendre
une décision juste, mais pour l’un et
l’autre, d’abord, à prévoir le risque de
dangerosité.
Il y a là un risque grave pour tout le
monde, sans garantie d’améliorer la sé-
curité des personnes: celui de voir le
médecin et le juge («mais le constat
vaut pour d’autres professionnels dans
le travail social, l’enseignement, la po-
lice, la recherche…») ne plus assurer
leur mission première. Déjà, les psy-
chiatres déplorent d’être mobilisés sur
des urgences considérées comme plus
sensibles oumédiatiques auxdépens des
soins à des malades qui souffrent mais
dérangent moins leur environnement.
De même, les délibérés des chambres
correctionnelles oudes cours d’assises
intègrent de plus en plus le «risque de
récidive»dans le calcul des peines qu’ils
prononcent. Tant que les malades sont
malgré tout soignés et que les peines
restent «justes», riende grave, nous di-
ra-t-on.
Mais ne voit-onpas là engerme unris-
que de dérive? Car la pollutiondes es-
prits est générale: l’étranger, le malade,
le pauvre, le sans domicile fixe, et
même l’enfant sont de plus enplus per-
çus comme potentiellement dangereux.
C’est ce qui explique la régressionhis-
torique qui est actuellement en cours
pour notre droit des mineurs, mais aussi
ce qui n’est –peut-être – qu’une
«bourde»: le récent programme dumi-
nistère de l’Education nationale dit de
«détection des risques» chez les en-
fants de moins de 3 ans, là où rien
n’aurait été sans doute critiquable s’il
s’était agi de repérage des «besoins»de
ces mêmes enfants.
Mais revenons à la justice pénale. Dans
ce domaine très surexposé, les effets de
cette obsession de la dangerosité sont
considérables: le récent quasi-lynchage
à Brest d’un marginal pris par erreur
pour un pédophile et décédé dans la
foulée d’un arrêt cardiaque, l’illustre
concrètement. On se souvient
qu’ailleurs, quelques mois plus tôt, son
ADNavait sauvé du même sort un an-
ciencondamné pour agressionsexuelle.
Le projet de loi de programmation
d’exécution des peines –présenté une
fois de plus en urgence devant le Par-
lement, et quelques mois avant
l’échéance présidentielle– en est un
autre avatar.
L’étranger, le pauvre, le SDF,
l’enfant sont perçus comme
potentiellement dangereux.
D’oùla régressionhistorique
dudroit des mineurs.
Par ALAIN
BLANC
Magistrat
et SOPHIE
BARON­
LAFORÊT
Psychiatre
(Association
françaisede
criminologie)
Quand la dangerosité devient le
grand critère de la justice pénale
Xénophobie d’Etat:
suites françaises
M
ardi 10 janvier 2012. Avec la
froide déterminationqui sied
à ses fonctions et la fierté du
devoir accompli, le ministre
de l’Intérieur, Claude Guéant, annonce
les résultats de la politique migratoire
qu’il a appliquée sous la responsabilité
de son mentor, Nicolas Sarkozy. Pour
la seule année 2011: 32912 expulsions,
soit 3,5 fois plus qu’en2001. Unrecord
absolu que ses prédécesseurs, Brice
Hortefeux et Eric Besson, n’ont pu at-
teindre. A l’aune de ces «progrès»,
comme le qualifie celui qui sévit actuel-
lement Place Beauvau, ces derniers
passeraient presque pour des amateurs
velléitaires. Tel n’est pas le cas de ce
nouveau Charles Martel en costume
gris, dont la mission est de bouter les
étrangers hors de France pour aider à la
réélectionde celui qui l’a fait ministre.
Mais cela ne suffit pas. Claude Guéant
entendpoursuivre cette offensive puis-
qu’il a fixé à ses services et aux préfets
des buts encore plus ambitieux :
35000 éloignements forcés dans les
douze prochains mois ainsi que la ré-
ductionannoncée du nombre de titres
de séjour délivrés et celle des naturali-
sations accordées.
Formidables ambitions. Elles témoi-
gnent de la radicalisation des orienta-
tions mises enœuvre par le gouverne-
ment depuis l’électionprésidentielle de
2007 et l’instauration d’un vrai plan
quinquennal d’expulsions dont Claude
Guéant est désormais le Stakhanov
incontesté. Ce plan, comme les chiffres
qui viennent d’être rendus publics, est
sans précédent dans l’histoire de la
V
e
République et il a peu d’équivalent
sur le VieuxContinent oùla France s’af-
firme comme l’une des championnes
européennes en ce domaine. Une telle
politique publique s’inscrit dans le ca-
dre voulupar Nicolas Sarkozyqui, pour
conquérir le pouvoir hier, avait décidé
de plumer la «volaille»frontiste. Ainsi
fut fait avec succès. Indispensable il y
a cinq ans, cette opération l’est plus
encore dans uncontexte où la concur-
rence entre l’UMP et le Front national
est plus vive que jamais.
Sachant que, pour parvenir auxrésultats
précités, les forces de l’ordre doivent
procéder à unnombre d’arrestations au
moins trois fois plus élevé, cela signifie
que près de 100000 étrangers ont été
interpellés l’anpassé, soit 270par jour.
Untel acharnement ravale les quelques
charters organisés par Charles Pasqua
lorsqu’il était aux affaires au rang de
gesticulations sans lendemain. Auxbri-
colages populistes et déjà racoleurs de
cet ex-ministre, a succédé undispositif
politique, juridique, administratif et po-
licier impitoyable, conçupour traquer,
rafler et expulser ceuxqui sont désignés
commedenouveauxennemis intérieurs
jugés responsables de nombreux maux
sécuritaires et sociaux qu’il faut conju-
rer auplus vitepour sauver laFrancedes
périls supposés menacer sa cohésion, sa
tranquillité et son identité.
Xénophobie d’Etat ausommet des insti-
tutions que dirigent des élites politiques
converties à un lepénisme réformé
comme le prouvent les fidèles duPrési-
dent qui entendent flatter une petite
fractionde l’électorat. De là, aussi, des
pratiques policières discriminatoires et
racistes. Elles sont les conséquences
logiques de cette politique du chiffre.
L’enquête sociologique et de terrain,
menée à Paris par deux chercheurs du
CNRS (1), d’octobre 2007 à mai 2008, le
prouve. Elle a permis d’établir que la
probabilité d’être soumis à uncontrôle
d’identité est 7,8 fois plus élevée pour
les «Arabes»et 6 fois plus importante
pour les «Noirs»quepour les «Blancs.»
Ces orientations, le prurit législatif et
réglementaire qu’elles engendrent révè-
lent l’existence de deuxordres politico-
juridiques appliqués sur le territoire
français à des populations différentes:
l’un, soumis aux principes démocrati-
ques de l’Etat de droit, est opposable
aux nationaux, principalement. L’autre
relève de l’exception légalisée et per-
manente, de l’arbitraire aussi imposé à
des centaines de milliers
d’étrangers, d’hommes, de
femmes et d’enfants con-
sidérés comme des indési-
rables dangereuxqu’il faut
chasser auplus vite. Ences
matières, le gouvernement
est fort des faiblesses et des divisions ir-
responsables des gauches parlementai-
res et radicales. Par leurs atermoie-
ments réitérés et la pusillanimité de
leurs réactions, elles laissent ainsi le
champ libre à l’UMPet au Front natio-
nal. Jusqu’à quand? «Ce n’est plus un
rideau de fer, mais une intolérance radi-
cale, celle d’une certaine classe politique
qui de nouveauchoisit d’attribuer auxmi-
norités la responsabilité des malheurs qui
accablent leur pays.»Qui est l’auteur de
ce constat sinistre établi en2010et plus
que jamais d’actualité? Denis MacS-
hane, ex-ministre britannique des Af-
faires européennes.
(1) Fabien Jobard et René Lévy.
Olivier Le Cour Grandmaison a dirigé
«Douce France: rafles, rétentions,
expulsions» (Seuil, 2009).
Par OLIVIERLECOUR
GRANDMAISONUniversitaire
Aux bricolages populistes et déjà
racoleurs de Pasqua, a succédé
undispositif politique, juridique,
administratif et policier impitoyable.
LIBÉRATION LUNDI 16 JANVIER 2012
26 •
REBONDS
D’une part, seule la dangerosité
supposée et la durée de peine des déte-
nus ysont prises encompte –à l’exclu-
sionde tout critère criminologique mi-
nimal – pour définir une priorité :
affecter 7000 places à des condamnés
à moins de trois mois, alors qu’ils relè-
vent d’unaménagement de leur peine
comme l’exige la loi du 10 novembre
2009 (c’était hier…).
D’autre part, et les suites du drame du
Chambon-sur-Lignon n’ont pas fini
d’alimenter ce débat important, le
même projet de loi prévoit que le méde-
cininforme le juge de l’applicationdes
peines sur «l’effectivité» (exposé des
motifs) des soins suivis par le con-
damné ou sur leur «régularité» (arti-
cle 5 du projet de loi). Tout cela risque
de se solder par un compromis très
approximatif autour d’un concept qui
l’est tout autant: celui de «secret par-
tagé»alors que les questions qu’il sous-
tend sont complexes.
Venons-enà trois questions de fondqui
nous paraissent déterminantes si l’on
veut définir des perspectives sérieuses
et avec un minimumde recul dans ce
domaine. L’une concerne les débats sur
l’expertise des prévenus ou accusés
avant le procès pénal, l’autre, les condi-
tions dans lesquelles la peine est définie
par les juges et les jurés, la dernière les
politiques d’exécutiondes peines et leur
évaluation.
Sur l’expertise. Si des débats doivent
avoir lieu sur les méthodes permettant
de mieux connaître les personnes vis-
à-vis desquelles la justice doit statuer,
et de repérer ce qui peut être discerné
sur leurs perspectives d’évolution
(ycompris les risques de réitération), ce
ne sont ni les affrontements idéologi-
ques ni les dogmatismes qui permet-
tront d’y voir plus clair.
Ce serait une erreur de penser qu’il faut
choisir entre la clinique psychiatrique et
les méthodes «actuarielles»(oustatisti-
ques), abusivement présentées par leurs
émules comme plus «scientifiques».
Clinique et méthodes actuarielles n’ont
absolument pas la même fonction. Elles
sont, par rapport àladéfinitiondecequi
serait une politique publique de préven-
tion de la récidive, plus complémen-
taires qu’exclusives l’une de l’autre.
Si l’on veut bien admettre qu’il s’agit
d’une questionscientifique, celle de dé-
terminer ce que les techniques et les
méthodes mises à jour jusqu’à présent
peuvent apporter, recourons, comme
cela a déjà été fait sur d’autres questions
du même ordre, à la Haute Autorité de
santé et à une «conférence de consen-
sus»qui fera le point sur les savoirs en
la matière et contribuera à unvrai débat
démocratique à partir des analyses et
des propositions qu’elle formulera.
Sur les conditions dans lesquelles la
peine est définie et prononcée. Aumo-
ment oùla peine est sans cesse critiquée
et remise en question, où certains ex-
trémistes faisant litière de tout principe
humaniste vont jusqu’à réclamer l’ins-
taurationde peines perpétuelles incom-
pressibles et non aménageables, don-
nons-nous les moyens de faire ensorte
que cette peine soit déterminée dans
des conditions sérieuses. Il est temps de
recourir à la «césure du procès pénal»
en deux temps. Celle-ci est seule en
mesure de faire ensorte que la nature et
le quantumde la peine soient débattus
contradictoirement à partir de données
examinées, pesées et discutées par celui
ou celle dont la culpabilité est acquise,
par l’accusation et par la défense.
A cette fin, un «temps du choix de la
peine»doit être instauré enlieuet place
des échanges convenus dans les procès
actuels enfinde débat sur la culpabilité,
sans autre contenu, d’une pauvreté le
plus souvent affligeante, que celui
autour de la «gravité» des faits.
De la qualité de ce débat-là, qui exige
du temps, des données riches sur la
personnalité et l’environnement du
condamné sont indispensables pour
garantir la crédibilité et la légitimité de
la peine prononcée et sa capacité à être
comprise, ycompris par celui à qui elle
est infligée.
L’exécution des peines. Nous sommes
en janvier 2012 et plusieurs maisons
d’arrêts sont obligées de mettre des
matelas par terre dans les cellules pour
garder des détenus dont beaucoupsont
condamnés à des peines de moins de
sixmois. L’articulationentre les juridic-
tions, parquet et siège, et les services
pénitentiaires, malgré la loi du 10 no-
vembre 2009 censée corriger les effets
de celle du 10 août 2007 sur les peines
planchers, n’a pas permis de généraliser
les aménagements pour ces courtes pei-
nes, dont beaucoup se traduisent par
des incarcérations impossibles à amé-
nager en si peu de temps. C’est l’une
des conclusions d’uncolloque inauguré
par le garde des Sceaux début novem-
bre 2011 à l’IEP de Paris.
La seule réponse proposée à cette situa-
tion, noncontestée enl’état par l’oppo-
sition, est de créer 7000places pour les
moins de trois mois dont onsait –mais
le projet de loi n’endit mot–qu’il s’agit
pour l’essentiel, endehors des condui-
tes en état alcoolique, de «petits
voleurs» récidivistes pour la plupart,
alcooliques et/ou toxicomanes, tous
désocialisés, sans emploi, souvent sans
hébergement.
Cette unique réponse est envisagée au
moment où l’on entre dans une crise
économique que l’on nous annonce
comme sans précédent, c’est indigne.
Tout est-il mis en œuvre pour faciliter
la mobilisation d’autres réponses? De
quelles évaluations disposons-nous et,
quandelles existent –c’est le cas sur ce
sujet –, qu’en fait-on?
Les réponses ne sont pas –ou pas seu-
lement – dans de nouvelles places de
prison. Si beaucoup dépendent de la
justice, de ses professionnels et des
politiques régionales et locales à définir
conjointement, elles dépendent aussi
des autres services de l’Etat et des col-
lectivités territoriales et du dévelop-
pement de la recherche sur des enjeux
essentiels pour la cohésionet le respect
de l’état de droit dans notre pays.
Ces propositions ne sont pas les seules
à pouvoir contribuer à une meilleure
qualité de la justice pénale et à renforcer
sa légitimité. Mais elles ont le mérite,
essentiel ences temps de polémique et
d’approximations, de faire appel à la
fois aux savoirs disponibles et à la res-
ponsabilité de chacun.
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pleine semaine électorale, à fédérer «la con-
versationnationale», aura été l’offre de télé-
phonie mobile de Free, dévoilée par sonpa-
tronaucours d’une spectaculaire conférence
de presse.
Comme le couronnement de la reine d’An-
gleterre, les premiers pas de l’homme sur la
Lune, l’assassinat de Kennedyou, à l’échelle
nationale, la mort de De Gaulle (ou encore,
pour les plus jeunes, disons,
le 21 avril 2002), chacun se
souviendra sans doute où il
était à l’instant précis où est entré dans nos
vies bouleversées le forfait illimité à
19,99euros (15,99pour les abonnés à la Free-
box) ou le forfait «RSA» à 2 euros (limité à
une heure de conversationet soixante SMS).
Ce moment marque d’abord un passage de
relais des médias fédérateurs. Aucune chaîne
de télé traditionnelle n’a choisi de casser ses
programmes pour retransmettre l’événement
endirect, alors qu’elles sont habituellement
prodigues de «breaking news»pour les dis-
cours de candidats en campagne, les funé-
railles de dictateurs, et n’hésitent même pas
à interrompre leur grille pour les libérations
d’otages, surtout s’ils sont journalistes. Mais
peuimporte. L’impact n’ena pas été amoin-
dri, la plateforme de vidéo en ligne Daily-
motion y ayant suppléé, et ce n’est sans
doute que la première fois. Ungrandévéne-
ment a été diffusé endirect, endehors de la
télévision.
Mais l’innovationétait surtout dans la nature
duspectacle. Ceux qui auront suivi la confé-
rence de presse en direct y auront vu, dans
une forme canonique inaugurée par feu
Steve Jobs, mais désormais entrée dans les
habitudes, un très grand numéro, relati-
vement inédit, de télévangéliste de la
consommation, avec pour vedette unique le
patron de Free, Xavier Niel. Transmettre de
l’émotionenénonçant des tarifs de SMS est
un de ces moments de confusion qui res-
teront unmarqueur du siècle commençant.
L’époque est pourtant fertile en confusions
de toutes sortes, et la télévisionenest le vec-
teur idéal. Par exemple, faire passer un mi-
nistre mis en examen pour une victime, un
footballeur pour un philanthrope, une
épouse de président pour une sainte, un
chanteur pour unpenseur, unpenseur pour
unséducteur, unpuissant pour unopprimé,
une miss météo pour une actrice.
Onassiste ici à une confusiond’unnouveau
type: faire passer un industriel pour le fils
naturel de l’abbé Pierre, du père Noël et de
Robindes bois. Xavier Niel est sans doute le
prototype unique d’un personnage public
capable de pleurer sur une estrade en
détaillant une grille tarifaire, d’extraire de la
colère vengeresse d’unnombre de gigas, de
déclencher une ola avec des conditions géné-
rales de vente. Le seul dont onse demande,
après l’avoir entendu énumérer les moti-
vations d’un forfait à deux euros pour les
démunis, si la tentation de se présenter un
jour à la présidentielle pour-
rait l’effleurer. Auminimum,
il aura piqué sans rémissionla
vedette à Cantona. Si le numéro a si bien
fonctionné, c’est d’abord, bien entendu,
parce que les produits Free sont en effet
moins chers que ceux de la concurrence.
C’est dit. Mais aussi, parce qu’il venait clore
des semaines d’effervescence en ligne des
fans de Free, à l’affût du moindre indice
distillé par la directionsur le con-
tenu, ou même sur la date, de la
nouvelle offre.
Tout au long de ce processus, on
vit successivement les internautes,
les journalistes spécialisés, puis
ceux qui l’étaient moins, offrir à
Free une magnifique campagne de pub gra-
tuite, que vint clore enbeauté l’apothéose de
la conférence de presse.
Mais aussi parce que la technologie et la
communication sont aujourd’hui les seuls
credos qui semblent mobiliser la jeunesse.
Que trouver d’autre, sur le marché des idées
enthousiasmantes? La révolution? Le pro-
tectionnisme? L’instaurationd’unjour férié
pour les juifs et les musulmans ? La pré-
férence nationale ? La suppression du
quotient familial ? L’élection de François
Hollande? Le droit inaliénable de joindre et
d’être joint, le droit illimité aux «t’es où?»,
aux «lol»et aux «mdr», sont peut-être les
seuls droits encore universellement mobi-
lisateurs.
«I have a dream», disait MartinLuther King.
J’ai fait unrêve, dit Xavier Niel, applaudi par
ses disciples geeks : j’ai rêvé d’une grille
simple, égale pour tous, riches et pauvres,
parents et enfants, lisible, sans petits carac-
tères, dans unmonde débarrassé des enten-
tes illicites entre Bouygues et SFR, dans un
monde oùpuisse enfinjouer la vraie concur-
rence, libre et nonfaussée, unmonde où un
gamin des banlieues puisse s’acheter, lui
aussi, un hôtel particulier, dans les rues
radieuses du VIII
e
arrondissement de Paris.
MÉDIATIQUES
Par DANIEL
SCHNEIDERMANN
Onassiste ici à une confusiond’un
nouveautype: faire passer unindustriel
pour le fils naturel de l’abbé Pierre,
dupère Noël, et de Robindes bois.
Retrouvez nos chroniques sur:
http://www.liberation.fr/chroniques
•SUR LIBÉRATION.FR
LIBÉRATION LUNDI 16 JANVIER 2012
REBONDS • 27
28 • REBONDS
I
l aura donc falluque l’Europe se retrouve aubord
du gouffre pour s’imposer enfin au cœur de la
présidentielle. Et pour que les Européens, surtout
ceux de l’Ouest, en viennent à réaliser que ce
trésor sans prix, né des charniers de la Seconde
Guerre mondiale et d’une expérience politique
sans équivalent dans l’histoire –la résistance au
nazisme–, pourrait bien sombrer dans le chaos.
Mais, comme le relevait l’anciendissident tchèque
Václav Havel : «Il faut parfois descendre au fond du
puits pour apercevoir les étoiles.»C’est, enunsens,
la bonne nouvelle liée à ce dramatique retour de
l’Europe sur le devant de la scène.
La mauvaise, c’est qu’à force d’avoir les yeuxrivés
sur l’Europe d’enhaut, celle des Etats et de la crise
de la dette, onenoublierait l’essentiel: la dimen-
sion démocratique. Autrement dit, cette Europe
d’enbas qui, surtout à l’Est, mobilise sur le terrain
des centaines de militants. Artistes, écrivains, co-
médiens, musiciens ouanciens dissidents qui, loin
des projecteurs, font chaque jour l’Europe en
œuvrant concrètement au rapprochement des
communautés et des minorités qui la fondent –de
la Pologne orientale à la Bosnie, ces terres autrefois
multiethniques, dévastées auXX
e
siècle par les pi-
res massacres que l’humanité ait jamais connus.
Et, parce que ces Eurocitoyens-là ne sont pas nés
avec la découverte du«triple A», c’est aussi parmi
eux qu’on rencontre la conscience la plus aiguë
d’une réponse pratique –et urgente!–aux succès
de partis populistes qui, comme enHongrie, mon-
trent à quel point l’Unionn’a pas jugulé les vieux
démons du nationalisme.
Ce hiatus entre l’Europe duhaut et l’Europe dubas
était sensible à Bruxelles ces dernières semaines.
Exemple: la tenue récente, à deux pas du Parle-
ment et dans l’indifférence générale –ni journa-
liste ni eurocrate à l’horizon!–d’unextraordinaire
forum international intitulé The New European
Agora, consacré à la promotiondudialogue inter-
culturel sur le sol européen. Cinqjours durant, une
centaine d’intellectuels issus des quatre coins du
Vieux Continent débattaient avec passiondusens
de leur actionenfaveur d’une Europe capable de
surmonter ses incompréhensions internes, qui à
la tête de son ONG, qui de son centre culturel al-
ternatif. L’événement était organisé par une fon-
dation trop peu connue en France –The Border-
land Foundation–, dont les animateurs se sont
établis à Sejny, une petite ville des confins polo-
nais, à la frontière de la Lituanie, de la Biélorussie
et de l’Ukraine. Son président, Krzysztof Czy-
zewski, une personnalité hors ducommunet déjà
une star aux Etats-Unis, à la fois comédien, poète
et essayiste, a su, après 1989, fédérer un impres-
sionnant réseau de «praticiens des idées», ainsi
qu’il se définit lui-même. Une vraie «commu-
nauté des ébranlés», selonle philosophe tchèque
JanPatocka, tendue vers unobjectif: reconstruire
des ponts entre groupes ethniques, religieux et
linguistiques, hier très hostiles les uns aux autres.
Avec un concept clé, celui de «culture active»,
emprunté authéâtre de JerzyGrotowski. Une en-
treprise visant à impliquer les habitants du coin,
que Czyzewski, ancien de Solidarnosc, a aussi
placé sous le patronage de penseurs juifs comme
Martin Buber (né à Lvov), Emmanuel Levinas
(à Kovno) ou Paul Celan (à Czernowitz).
Enquoi consiste ce border-crossing
qui fait des émules dans une quin-
zaine de régions frontalières d’Eu-
rope? Après avoir monté une école
de théâtre, de danse et de musique,
le déclic, pour ces outsiders, est
venu le jour où ils organisèrent une
réunion dans la vieille synagogue réhabilitée qui
sert de siège à la Fondation. L’idée était de convier
des représentants de toutes les minorités du lieu,
Roms compris, afinqu’ils se racontent et partagent
pour la première fois un espace commun, une
agora. Pour avoir tourné enAsie centrale avec Gro-
towski, Czyzewski avait la pratique de ce genre de
choses: la collecte d’histoires, de traditions, de
chants. Le résultat fut au-delà de ses espérances.
Quand l’équipe prit racine en ces lieux, il y a
vingt ans, chaque groupe revendiquait sa propre
ethno storyet scrutait avec méfiance ces alterna-
tifs venus de Varsovie enroulottes: «Les juifs re-
viennent!»entendait-onici et là. Depuis, de nom-
breux habitants de cette province limitrophe se
définissent comme des «borderlanders», fiers de
leur héritage multiculturel !
Cette formidable expérience multigénérationnelle
et multiethnique s’est prolongée à travers diverses
initiatives. Parmi celles-ci, une maisond’édition,
unextraordinaire centre de documentationmulti-
média, unvillage où se retrouvent des musiciens
roms de toute l’Europe, une performance théâtrale
sans cesse remise sur le métier tandis que chaque
générationajoute des éléments auscénario. Sorte
de chronique expérimentale retraçant l’histoire
de ces confins qui n’est pas sans évoquer le Maha-
bharata de Peter Brook.
Alors que notre creuset rhétorique prétend ces
temps-ci «refonder»à tout-va, y compris l’Eu-
rope, voilà donc des Européens qui ne nous ont pas
attendus pour travailler à la «refondation»d’un
tissuhumainet pluriculturel. L’enjeu: faire revivre
ununiversalisme européenpluriel et incarné. Ou
comment se réapproprier le meilleur des deux
grandes traditions dont l’Europe est issue, celle des
Lumières (pour sa culture dudialogue et de l’esprit
critique, moins son versant béatement progres-
siste) et celle duromantisme (pour sonrespect de
la diversité des héritages culturels, moins sonver-
sant nationaliste). Par oùl’Europe d’enbas devrait
inspirer l’Europe d’enhaut. Cette rencontre était
placée sous la houlette d’undes plus grands Euro-
péens de notre temps, le prix Nobel de littérature
CzeslawMilosz. Unpenseur qui n’eut de cesse de
plaider pour «une Europe fédérée de la Baltique à
l’Adriatique». Aujourd’hui, l’Ouest y vient. Avec,
comme toujours, une bonne longueur de retard
sur les intellectuels éclairés de l’Est.
(1) http://pogranicze.sejny.pl
Dernier ouvrage paru: «Esprits d’Europe autour de
CzeslawMilosz, Jan Patocka et Istvan Bibo», Folio­
Gallimard, 2010(prix Charles­Veillon 2005 de l’Essai
européen).
Aforce d’avoir les yeux rivés sur l’Europe
d’enhaut, celle des Etats et de la crise
de la dette, onenoublierait l’essentiel:
la dimensiondémocratique, l’Europe d’enbas.
Par ALEXANDRALAIGNEL­LAVASTINE
Philosophe, essayisteet spécialistedel’Europe
centrale
Europe d’en haut et Europe d’en bas
L'ŒIL DE WILLEM
La reproduction
de nos petites annonces
est interdite
Le Carnet
Christiane Nouygues
0140105245
carnet-libe@amaurymedias.fr
CARNET
naissanCe
Eloi est né
le 5 janvier 2012.
Anselme est très heureux.
Et nous aussi !
Marie Masi &Xavier de
Miscault
ConférenCes
La Fédération de Paris de la
LICRA
(Ligue Internationale Contre
le Racisme et
l'Antisémitisme)
organise une
conférence-débat
avec Mme Laurence PARISOT
Présidente duMEDEF
Sur sonouvrage
écrit avec
Mme Rose LAPRESLE
(Calmann-Levy)
« Un piège bleu Marine »
Le Jeudi 19 janvier 2012
à 19 h 30 à la Maison du
Barreau
2, rue de Harlay 75001 PARIS
(Métro : Pont-Neuf)
Entrée libre
Inscriptionpar e-mail :
cclisson@licraparis.org
Le Carnet
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la veille de 9h à 11h
pour une parution le lendemain
LIBÉRATION LUNDI 16 JANVIER 2012
Après plusieurs saisons d’angoisse et de crise, le moral revient
doucement à l’industrie italienne du prêt­à­porter pour homme.
Le bilan de certaines marques se révèle très positif, comme
Ermenegildo Zegna qui a connu 14%de croissance en 2011, comme
Prada ou Salvatore Ferragamo qui multiplient les ouvertures de
boutiques. Les marchés russes et chinois, très portés sur le luxe
masculin, doperaient ces chiffres, les ventes européennes restant
pour l’instant timides. Dans les pages de l’International Herald Tribune,
samedi, Suzy Menkes, la papesse de la presse mode, consacrait un
article à ce retour en grâce du made in Italy, tout en rappelant la
mainmise des groupes français: PPR, propriétaire de Bottega Veneta
et Gucci, a annoncé jeudi le rachat total de Brioni ; et LVMH, qui
possède Fendi et Pucci, mise sur la griffe Berluti (désormais dirigée
par Antoine Arnault), en organisant son premier défilé pendant le
calendrier parisien qui suit Milan, cette semaine. C.Gh (à Milan)
LE LUXE MASCULINREDÉMARRE
Au défilé Burberry, samedi. Avant même de monter sur le podium, les mannequins étaient pris en photo, et les images aussitôt publiées sur Twitter. PHOTOLUCABRUNO. AP
COLLECTIONS MASCULINES AUTOMNE­HIVER2012­2013 AMilan, la marque anglaise
a continué d’innover, alors que Zegna et Armani ont misé sur le tradi-chic.
Burberry, lignehigh-tech
L
a presse italienne ne fait
pas ses gros titres sur le
début des soldes, ni sur le
début de la fashion week
masculine automne-hiver 2012,
mais sur le derbyde la Madonnina,
le match de football organisé di-
manche soir entre les deux équipes
locales, et hautement rivales: l’In-
ter de Milan et le Milan AC.
La petite cohue que l’on retrouve
habituellement à l’entrée des défi-
lés est éclipsée par celle, plus mas-
sive, des tifosi. Le cirque de la
mode se tient bien loin des stades,
comme l’a prouvé cette première
journée milanaise où l’allure était
celle de la haute société et du rétro.
Ainsi, la seule activité physique
évoquée chez Ermenegildo Zegna,
une marque en plein essor (lire ci-
contre), est l’alpinisme. Mais dans
sa version chiquissime, comme si
les mannequins revenaient de
classe de neige à Cortina d’Am-
pezzo, le Megève transalpin. Les
gilets sombres sont tricotés en
grosse laine, les vestes en cuir
doublées d’épaisses fourrures de
mouton, et en hommage au
trench, la collection décline le
manteau dans les tons gris, don-
nant à la silhouette une allure très
classique.
En septembre, Dolce & Gabbana
annonçaient qu’ils arrêtaient de
faire défiler leur ligne sport et
jeune, D&G, pour l’intégrer dans
leur collectionprincipale. Cela n’a
guère eu de suites puisque samedi
après-midi, dans ses locaux mila-
nais, le tandemde créateurs met en
scène, sur un air de Verdi chanté
par Pavarotti, des mâles très tradis,
sans le moindre soupçonde fun. De
la fourrure noire double les lourds
manteaux, les broderies dorées sont
baroques. L’allure se veut cinéphile
et va puiser dans les costumes des
acteurs du Guépard, de Luchino
Visconti.
Roberto Cavalli, lui, retourne aux
prémices du blues. Dans une ca-
serne militaire, avec enfondsonore
et visuel le concert, projeté en
ombres chinoises, d’un chanteur
soul, les garçons sont vêtus de
stricts costumes de prêcheurs amé-
ricains puis se transforment en
rockeurs glams. Les vestes devien-
nent roses ou jaune poussin, un
pantalonest coupé encroco violet
et des total looks zébrés apparais-
sent sur le podium.
Chez Emporio Armani, on lorgne
vers le classicisme. Les manteaux,
dont quelques duffle-coats, sont
longs. Les vestes en cuir et les
couleurs sombres (bordeaux, gris)
donnent une allure martiale aux
mannequins, applaudis par des
centaines d’invités –dont quelques
footballeurs qui semblent ailleurs.
Christopher Bailey, chez Burberry,
réalise untour de force particuliè-
rement subtil : regarder à la fois en
avant et enarrière. Le directeur de
la création, nonseulement respon-
sable d’avoir remis au goût du jour
le trench et l’imprimé à carreaux
mais également d’avoir fait de la
marque britannique unmodèle de
l’économie digitale, a réalisé son
premier tweetwalk: undéfilé oùles
mannequins, avant même de mon-
ter sur le podium, sont pris en
photo, les images illicopubliées sur
Twitter et les habits directement
disponibles enligne. Mais Baileyne
dessine pas des silhouettes futu-
ristes et retourne vers Savile Row,
la rue des tailleurs anglais. Ses
mannequins filiformes sont enre-
dingotes ouencomplets, la cravate
fine nouée autour du cou et une
casquette en tweed sur la tête.
Leurs mains, parfois gantées de
cuir noir clouté, baladent des
parapluies dont les poignées sont
sculptées de têtes de cygne ou de
chien. Les accessoires, notamment
quelques pochettes à iPad, sont en
patchworkde daimocre ou violet,
couleurs pop un peu fanées qui
couvrent aussi le bas des trenchs.
Christopher Baileyréalise sonHugo
Cabret fashion, unmélange de nos-
talgie et de high-techparfaitement
dans l’air du temps. •
Par CLÉMENTGHYS
Envoyéspécial àMilan
LIBÉRATION LUNDI 16 JANVIER 2012
MODE
• 29
L
a probabilité que deux person-
nes qui ne se connaissent pas
fassent exactement le même
parcours aufestival néerlandais
Eurosonic est bieninférieure à celle de
cocher six bons numéros sur une grille
de Loto. Créée il ya vingt-sixans à Gro-
ningue, la manifestationest eneffet un
dédale sonore qu’il est préférable d’ap-
préhender avec des vêtements chauds,
une paire de chaussures confortables et,
si possible, un peu de flair.
TUYAUX. De mercredi à samedi soir,
l’édition 2012 a vu défiler environ
300groupes et artistes qui ont joué une
fois, quarante-cinq minutes, plus ou
moins simultanément, sur une des
32 scènes dispersées dans la ville étu-
diante. Tout ce que Groningue compte
de clubs, pubs, brasseries, salles de
concert, théâtre, chapiteauouécole de
Eurosonic représente précisément cette
pépinière oùchacunvient fureter. Tous
les principauxfestivals français (Euroc-
kéennes, Vieilles Charrues, Transmusi-
cales de Rennes, Printemps de Bour-
ges…) dépêchent ainsi des émissaires
qui, au lieu de privilégier la
concurrence, ont plutôt tendance à fa-
voriser la concertation. Usant dustrea-
ming sur Spotify, certains ont déter-
miné en amont une liste de noms,
classés vert, orange ou rouge, selon
l’intérêt supposé. Sur place, à deux
doigts du tic, chacuntriture sonappli-
cationiPhone décrivant le profil des ar-
tistes.
FANTASQUE. La nuit tombée, les salles
sont en général bondées, entre public
local (25000billets vendus) et pros
(3000 accrédités) qui lancent leurs fi-
lets. Certains outsiders sortent du lot,
comme cette année le trio pop norvé-
gienTeamMe, oul’electrodéviante des
Autrichiens d’Elektro Guzzi. Objet de
consensus aussi, l’Anglais Benjamin
Francis Leftwich –faux airs ruraux de
Noel Gallagher mâtiné de HughGrant–
marque des points avec ses ambiances
guitare-voix finement ourlées qui en
imposent. Idem, dans un volume so-
nore plus poussé, des Belges de Great
MountainFire, dont l’indie rockdense
et très accessible est à l’évidence appelé
à s’exporter dans unproche avenir. Une
prédictionqu’onaurait aimé formuler
Par GILLES
RENAULT
Envoyéspécial
àGroningue
(Pays­Bas)
FESTIVAL Chaque année,
3000professionnels viennent de
toute l’Europe faire leur marché rock
dans le norddes Pays-Bas.
Eurosonic,
pépinière
de décibels
teurs, agents, manageurs ou produc-
teurs à venir faire un saut.
D’autant que le festival est stratégique-
ment bienplacé, à plus d’untitre. Pro-
che de la frontière danoise, il constitue
un carrefour entre le bassin nordique,
l’Allemagne, la France, l’Angleterre, les
pays du Sud et la mosaïque de petites
nations de l’Est. Positionné début jan-
vier, il se déroule enoutre à unmoment
de l’année propice: plus personne n’est
envacances, mais les campagnes inter-
nationales n’ont pas encore repris, et il
n’est pas troptardpour que les festivals
d’été puissent accrocher encore quel-
ques noms à leur guirlande, de préfé-
rence du côté des découvertes qui
abondent ici.
D’une manière générale, la scène pop
vit une période confuse. L’effondre-
ment du marché du disque fait que le
rythme des tournées
s’intensifie, au risque
de voir l’offre expo-
nentielle submerger la
demande. Observateur
avisé, Paul-Henri Wau-
ters, du Botanique à
Bruxelles, dresse le constat suivant :
«Quand une machine se grippe, soit elle
s’arrête, soit elle se détraque. Ici, il s’agit
un peu du deuxième cas de figure, à tra-
vers une sorte de bipolarisation de l’acti-
vité live. Ce qu’on pourrait appeler la
“classe moyenne” se raréfie, et l’on
trouve une infime minorité de gros
groupes qui exigent des cachets ahuris-
sants et une immense majorité de petits
qui, pour exister, vont se négocier une
misère –on arrive maintenant à descen-
dre dans les 750 euros – à des cadences
infernales, avec l’espoir de décoller
un jour.»
Certains outsiders sortent dulot,
comme l’Anglais folkBenjaminFrancis
Leftwich, oul’indie rockdes Belges
de Great MountainFire.
musique est mobilisé pour la circons-
tance. Mais l’ubiquité restant undonil-
lusoire, il vaut mieuxprédéfinir unpar-
cours, avant, au gré des tuyaux,
rumeurs et pressentiments, de modifier
continuellement la trajectoire avec la
conviction du barreur emporté par la
houle des décibels.
Chaque année, 3000 professionnels
convergent de la sorte dans le norddes
Pays-Bas, en quête de la perle rare.
Eurosonic est né Noorderslag, rendez-
vous primitivement axé sur le vivier in-
digène, jusqu’à ce que ses initiateurs
aient l’idée judicieuse d’élargir le spec-
tre à l’échelle continentale. Avec l’appui
de diverses radios dans chaque pays, ils
tissent alors leur toile, décrochent au
passage des subventions européennes
et ne tardent pas à se tailler une réputa-
tionenviable qui incite dorénavant tout
ce que l’Europe compte de programma-
LIBÉRATION LUNDI 16 JANVIER 2012
30 •
CULTURE
à propos de DVA, fantasque duo arty
originaire de Hradec Králové, accom-
pagné de projections vidéo rappelant
les riches heures de l’animation tchè-
que. Undes jolis moments d’Eurosonic,
inventif et tonique, qu’undes prospec-
teurs présents dans l’assistance épar-
pille pourtant aussitôt par petits bouts,
façon puzzle : «Très touchant, mais
invendable!»•
La chanteuse française, qui compte sortir sonpremier albumcet
automne, était endémarchage jeudi soir sur scène à Groningue.
Petit à petit, Mesparrow
fait sonnid
P
résentée dans ces colonnes au
printemps dernier (Libération
du 23 mai), à l’occasion d’un
concert délocalisé chez un caviste,
dans le cadre du festival mayennais
Les 3Eléphants, Mesparrowest notre
meilleur espoir féminin 2012. Pas à
pas, la chanteuse française aupseudo
trompeur continue de faire ses gam-
mes, jusqu’à esquisser ces jours-ci
les contours d’une «tournée mon-
diale», façonaimable de galéjer dès
l’instant qu’on voudra bien voir,
dans un raid aux Pays-Bas, suivi
d’une escapade enInde, les prémices
d’une carrière qu’on lui souhaite
longue et prospère.
Victoire. Mais pour l’heure (tar-
dive), la jeune femme en est encore
à jouer des coudes, parmi les quelque
300impétrants qui figurent augéné-
rique d’Eurosonic. Partie de Paris le
matin même en train, Mesparrowa
mis une dizaine d’heures pour rallier
Groningue –un cadavre sur la voie,
avant Bruxelles, ayant fini de plom-
ber le trajet. Arrivée en fin de jour-
née, elle a néanmoins le temps de
faire unsoundcheck, avant de monter
sur la petite scène coquette duGrand
Théâtre, jeudi soir.
Sa prestationva durer quarante mi-
nutes, amputée d’un morceau,
comme on le lui a conseillé, afin de
ne pas devoir subir la concurrence
déloyale du groupe de reggae islan-
dais (sic) Hjalmar, qui doit lui succé-
der à l’étage inférieur. Comme par-
tout ailleurs, Mesparrowimpose une
ambiance délicatement térébrante
où, entre boucles et claviers, son
timbre voilé enveloppe unalliage de
folk urbain et de gospel blême sans
compromis. Nous vient par exemple
à l’esprit que sa superbe
complainte Street Kid( «I
amwalking in the cold/ I
have no coat/ But I keep
the smile», «Je marche
dans le froid/ Je ne porte
pas de manteau/ Mais je
garde le sourire») aurait
à voir avec le Courage des
oiseaux de Dominique A,
manifeste early 90’s endescente fé-
minisée de Cascadeur démasqué(e).
Sorte de parente éloignée de l’Alela
Diane des débuts et de la Camille
d’aujourd’hui, Mesparrow a déjà
remporté une victoire à Groningue:
la directiondufestival, qui n’a pour-
tant que l’embarras du choix, a mis
en évidence sa chanson The Sym-
phony, sur les radios partenaires. Le
public présent dans la salle paraît
aussi conquis, ce qui n’empêche pas
des poignées de spectateurs de
s’éclipser entre les morceaux, lais-
sant la place à d’autres curieux. Telle
est la règle d’untrekking rockqui ne
laisse aucun répit.
Redevenue Marion Gaume, la Tou-
rangelle n’est pas mécontente de son
passage, dont elle peine cependant à
évaluer la portée. «Je suis venue
chanter ici sans me rendre compte des
enjeux, précise-t-elle, et j’en ignore
encore les retombées éventuelles. C’est
un aspect auquel est plus sensible mon
agent.» Lequel, bien sûr, guette
l’écho. Plusieurs sympathisants
français ont fait la claque, dont un
représentant des Vieilles Charrues;
mais JoranLe Corre a surtout repéré
ungros poissonallemand,
dont il va attendre le re-
tour, après celui, positif
l’an dernier, de The
Agency, un influent pro-
moteur anglais. Au prin-
temps, Mesparrow va
d’ailleurs tenter sa chance
à The Great Escape, un
des deux ou trois autres
festivals de référence orientés sur les
découvertes européennes, celui-là
plus spécifiquement ciblé sur le diffi-
cile marché britannique, puisque si-
tué à Brighton. Objectif de Joran Le
Corre, en amont: négocier pour sa
protégée une salle parmi les moins
inconfortables de la cité côtière.
Séjour. Apeine les amplis débran-
chés à Groningue, Mesparrowtran-
site le lendemainpar Paris, avant de
s’envoler vers le sudde l’Inde, «pour
deuxoutrois dates calées avec l’aide de
la région Centre, dans des alliances
françaises». Durant sonséjour d’une
semaine, la chanteuse –qui a signé
sur le label Warner et va s’atteler à la
confectiond’unpremier albumpos-
siblement automnal–espère «décou-
vrir des chants traditionnels». Tandis
que sonagent, lui, voit la possibilité
de mettre unorteil sur unautre mar-
ché d’envergure, oùil arrive que pas
mal d’Australiens, par exemple, fas-
sent leurs emplettes.
Envoyé spécial à Groningue G.R.
Retrouvez
le vainqueur du
Prix BD 2012
dans le libé bd
du 26 janvier
Vendredi,
à Groningue. La ville
étudiante installe
pour l’occasion
32 scènes dans
des clubs, pubs,
brasseries, théâtre.
PHOTODALLEAPRF
D
R
LIBÉRATION LUNDI 16 JANVIER 2012
CULTURE • 31
EXPOS D’une figure de l’école de Nancyaux diverses techniques dugenre à Reims, l’art duverre refleurit.
L’expérienceinvitrauxdeGruber
JACQUES GRUBER
ETL’ARTNOUVEAU
Galerie Poirel, Nancy (54). Jusqu’au
22 janvier. Rens.: 03 88 32 31 25.
Catalogue (Gallimard) 35 euros.
COULEURS ETLUMIÈRES
Musée des beaux­arts de Reims (51).
Jusqu’au 26 février. Rens.: www.reims.fr
L
e nom de Jacques Gruber
évoque peu, comparative-
ment à Gallé ou Daum. Il fut
pourtant un maître de l’école de
Nancy, qui voulait répandre dans le
quotidienune esthétique de la na-
ture. Meubles imposants, vases et
coffrets, reliures de cuir, affiches et
menus de réception–et biensûr la
verrerie, qui fit sa célébrité –, cette
expositiondonne unbel aperçu de
la variété des arts auxquels il eut
recours.
Innovations. Gruber a rencontré
Daum devant un vase de Gallé au
musée du Luxembourg. Jolie his-
toire qui le conduira à travailler
pour les Daumcomme créateur de
leur collection de prestige. Il fut
ainsi le premier à inclure unvitrail
éclairé de l’intérieur dans une
spectaculaire cheminée. Cepen-
dant, maître du dessin et de la
composition, il n’était pas un in-
venteur. Mais il assimilait vite les
innovations, de Gallé pour la verre-
rie à Tiffanypour le vitrail. Il colla-
bora avec Majorelle, mais ses meu-
bles sont plus massifs.
Formé par unprofesseur qui était à
la fois décorateur et botaniste, il
trouva sonpropre langage dans les
sinuosités d’une végétation idéale
d’ancolies, chardons, clématites et
coloquintes. Avec Victor Prouvé, il
fut cependant un des seuls créa-
teurs de l’Art nouveau à inclure
quelques figures humaines, dé-
pouillées de toute narration. Il éta-
blit un atelier familial en réalisant
des décors de verre vibrants et co-
lorés destinés aux résidences bour-
geoises, églises et bâtiments plus ou
moins officiels (l’Hôtel de Ville de
Paris…) ou aux grands magasins
(les Galeries Lafayette). La com-
mande qu’il a réalisée pour le tem-
ple maçonnique de Saint-Dié, dans
les Vosges, est assez impression-
nante. La municipalité de Nancy
propose enparallèle untour enville
de ses réalisations qui ont survécu
à la pression immobilière.
Epiderme. Dans le même temps,
Reims offre une présentationillus-
trative duvitrail ausiècle passé. Les
techniques ont changé avec l’usage
des verres plus épais, anglais ou
américains, permettant d’en mo-
deler la surface comme un épi-
derme sensible. Tiffany avait ima-
giné de superposer des verres pour
jouer des effets colorés. La peinture
déposée sur la vitre s’est jointe à la
teinture dans la masse en fusion.
Du renouveau de l’art sacré, as-
sumé par des peintres comme
Maurice Denis et le père Couturier,
à la reprise de l’abstraction, des ar-
tistes aussi importants que Chagall
ou Soulages se sont emparés de
cette entrée dans la lumière. L’expo
accompagne l’accrochage des nou-
veaux vitraux de l’Allemand Imi
Knoebel dans la cathédrale, qui,
même s’ils rendent le clergé assez
grognon, tiennent bien le coup.
Envoyé spécial à Nancy et Reims
VINCENT NOCE
La verrière à décor de clématites réalisée par Jacques Gruber en 1901 pour le Crédit lyonnais, à Nancy. PHOTODR
ROBERTBREER
Musée Tinguely, Bâle (Suisse).
Jusqu’au 29 janvier. Rens.: (0041) 61 681 93 20.
R
obert Breer est unartiste passionnant,
qui a apporté du mouvement dans
l’abstraction. Il a lui-même pu tra-
vailler sur cette rétrospective, la plus com-
plète jamais présentée de son œuvre, juste
avant sa disparition, le 11 août à Tucson(Ari-
zona), à 84 ans.
AParis, durant les années 50, il a suivi l’abs-
traction géométrique. Avec Calder, Du-
champ, Tinguelyet Vasarely, il fut de l’expo-
sition sur la plastique cinétique montée par
Pontus Hulten à la galerie Denise René
en1955, sous le titre «Mouvement». Il se pla-
çait alors au cœur de son sujet, qu’il n’a ja-
mais abandonné depuis, tout en se servant
de supports très différents. Il disait que pour
Mondrian, «le rouge était rouge», alors que
pour lui, «le rouge était rouge et sang». Dans
cette pureté formelle, il cherchait le flux.
Fils d’un ingénieur dans l’aérospatiale, il
imagina, pour l’Exposition universelle
d’Osaka, au Japon, en 1970, d’étranges
coques blanches se déplaçant imperceptible-
ment dans l’espace grâce à unmoteur caché.
Il a utilisé le même procédé avec des feuilles
d’aluminiumplissées. Présentant ces engins
sous les colonnes de l’Entrepôt de Bordeaux
il y a un an, Alexis Vaillant soulignait la pa-
renté de cette poésie flottante avec celle de
Merce Cunningham et John Cage. C’est la
sculpture «dans la rencontre entre minima-
lisme, arte povera et le mollusque», s’amuse
Laurence Sillars dans le catalogue de Bâle.
Mais le cœur de l’expositionest formé par le
cinéma expérimental qu’il a développé tout
au long de sa carrière. Ayant tâté des flip-
books ou des appareils anciens comme le
Mutoscope, manœuvré par une manivelle,
pour faire défiler ses dessins abstraits, il a
réalisé une série de petits films dans la lignée
des productions des années 20 de Fernand
Léger ou de Hans Richter. Il a ainsi peint sur
la pellicule les défilements du paysage et du
mont Fuji au rythme d’un train. En mélan-
geant les couleurs grâce à l’aquarelle, aux
craies et aux encres, il a également sorti des
montages incohérents de plus enplus explo-
sifs. Jusqu’à une successiond’images –dont
beaucoup ne dépassaient pas le 24
e
de se-
conde–mêlant photos, lignes, points et in-
décises silhouettes à de fugaces pigeons, rats
et couteauxsuisses, le tout auxbruits de cas-
seroles, miaulements et aboiements, et au
vacarme d’hélicoptère ou de coups de feu.
Entrecoupés de brefs silences et d’éphémères
tableaux noirs.
Envoyé spécial à Bâle V.N.
ARTS ABâle, rétrospective des peintures, sculptures et films expérimentaux duplasticienmort l’andernier.
Robert Breer, l’abstractionavant tout
Sans titre, 1949­1950, de Robert Breer.
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LIBÉRATION LUNDI 16 JANVIER 2012
32 • CULTURE
R
ed Ingle and The Na-
tural Seven (Ohio),
SamCastendet (Mar-
tinique), Wilmoth Houdini
(Trinidad), Orquesta Herma-
nos Palau (Cuba) : c’est le
menurécent d’une émission
de radioinsolite, Melodias Pi-
zarras, sur Radio 3, la station
jeune de la Radio nationale
espagnole. Chaque vendredi
et samedi à 20 heures, les
frères Pizarropro-
posent une heure
de sons vintage
du monde entier,
suivant des règles
maniaques, qu’un
des deux (faux)
frangins nous expliquait, il y
a peu, dans unlieu secret de
Madrid. «Pour commencer,
nous ne diffusons que les
78 tours originaux que nous
possédons, jamais de repiqua-
ges ou rééditions. Puis nous ne
passons que ce que nous
aimons: ni classique ni chan-
sons lentes ou sentimentales.
Nous privilégions le rapide et le
joyeux, c’est notre côté punk.»
L’éventail reste large: swing,
rockab, hillbilly, western,
jazz, rumba, tsigane, ca-
lypso, mento, Hawaï… Et
pour le quota tricolore,
Django Reinhardt, Stéphane
Grappelli ou Gus Viseur. Il
existe des 78 tours des
Beatles ou des Rolling
Stones, pressés pour l’Inde
ou la Colombie, mais on ne
les entendra pas sur Melodias
Pizarras: «La pop ne fait par-
tie de notre répertoire, nous
nous arrêtons au rockabilly.»
Autre règle: «Nous ne repas-
sons jamais un titre. L’émis-
sion a débuté en 2008, et nous
venons de fêter la 300
e
. A
14titres par programme, faites
le calcul.»
Les Pizarro, qui prétendent
vivre dans un donjon, re-
tranchés parmi les cires lé-
guées par leur père, sont de
purs collectionneurs. Le nom
de l’émission est un jeu de
mot entre «bizarre» et «pi-
zarra»(ardoise), les 78 tours
étant fait d’un mélange de
gomme-laque («shellac») et
de poudre d’ardoise. Al’an-
tenne, chaque chanson est
présentée avec humour et
érudition. Le succès de
l’émissionva croissant, et les
mails indiquent que, via le
podcast, Melodias s’écoute
dans le monde entier.
Le 78 tours revient, comme
entémoigne la récente paru-
tion du coffret afro Opika
Pende, consacré aux 78 tours
du continent africain (Libé-
ration du 3 janvier). Notre
animateur a sa théorie: «Le
support shellac est certes fra-
gile et cassable, mais le son ne
se détériore pas. Nous diffu-
sons des galettes de 1910 au
son fantastique. C’est sans
conteste en 78 tours qu’ont été
opérés les meilleurs enregis-
trements de l’histoire. En di-
rect studio, sans mixage ni in-
tervention postérieure.»
Quelle tête auront nos CD
dans un siècle? D’ici là, les
lecteurs MP3 disparus, qui
sait s’il n’y aura pas un gra-
mophone à pavillon chez
chaque mélomane.
Envoyé spécial à Madrid
FRANÇOIS-XAVIER GOMEZ
Podcast: http://www.rtve.es
/podcast/radio­3/melodias­
pizarras
Blog avec le menu de chaque
émission et commentaires (en
espagnol): http://blog.rtve.es/
melodiaspizarras
NOSTALGIEJazz, swing, tsigane…AMadrid, une
émissionde radio remporte unsuccès grandissant.
Le 78 tours fait tourner
le vintage espagnol
«Nous privilégions des
titres rapides et joyeux,
c’est notre côté punk.»
Les frères Pizarroprogrammateurs
De nouveaux fragments du
Colisée sont tombés
samedi, relançant le débat
sur la restauration d’un des
monuments les plus visités
d’Italie. «Les travaux ne
peuvent être repoussés», a
admis le surintendant pour
les biens culturels de la
capitale italienne. Le maire
de droite a fait chorus:
«Maintenant assez! La
situation frôle le ridicule.
Nous ne pouvons renvoyer
la restauration.» L’état du
Colisée ne cesse de se
dégrader depuis la fin de
l’année dernière. La direc­
tion du site avait joué la
montre, moquant «une psy­
chose de l’effondrement».
Les travaux de restauration
d’un coût de 25 millions
d’euros, financés par le
chausseur local Tod’s,
devraient débuter en mars
et s’étaler sur trois ans
environ. Le nombre de visi­
teurs annuels au Colisée,
plus grand amphithéâtre
de l’Empire romain, est
passé en dix ans d’un mil­
lion à six millions.
LE COLISÉE
ENMORCEAUX
L’HISTOIRE
Mort ducritiqueBernardThomas
Signature culture duCanardenchaîné et duMasque et laPlume
sur France Inter, BernardThomas est mort jeudi à 75 ans. De
l’aventure de l’Idiot international de Jean-Edern Hallier
en1970, il avait signé unlivre sur la Bande à Bonnot. Etrange-
ment, pour ce lettré mort dans un train, le Voyage de Yann,
son dernier livre, rendait hommage à son fils gravement
blessé dans un accident de métro.
LeRotarycontrelecancer ducerveau
La FondationRotarypropose de reverser une partie de la re-
cette des entrées de l’avant-première duCheval de guerre de
Steven Spielberg, à Paris et en province, le 26 janvier, à la
recherche sur le cancer du cerveau. Araisonde 8 euros par
place payée 15 euros.
Comédienne, elle avait officié
au théâtre de boulevard, à la
Comédie­Française, au TNP de
Jean Vilar, à la radio (les Maîtres
du mystère) et au cinéma. Mais
Rosy Varte restera d’abord
comme Maguy, feuilleton télé populaire des années 80
sur Antenne 2. Morte vendredi à l’hôpital américain de
Neuilly (Hauts­de­Seine) d’une infection pulmonaire, Rosy
Varte fut dix ans durant «Ma’me Maguy», pétroleuse
bourgeoise, mariée à Jean­Marc Thibault, dans 333 épiso­
des («Elle voit souvent rouge, avec elle ça bouge…»). Elle
était née en Turquie, dans les années 20, Nevarte (Rose)
Manouélian. D’où son nomd’artiste. PHOTOAFP
ROSY VARTE: ADIEU
MA’ME MAGUY
DISPARITION
Michel François, héraut de l’affiche à Tours
Besoin d’une affiche de 120 x 180 cm pour
décorer votre salon? L’installateur, scéno-
graphe et vidéaste belge Michel François en
a disposé enpile 22500auCentre de création
contemporaine de Tours, rééditant 45images
(photo: L. à l’atterrissage des avions, 1999)
prises depuis 1994.
Michel François est connupour ses modifica-
tions (souvent drôles) de nos façons de per-
cevoir l’usage et la forme de l’espace par des
objets, parcours, sculptures. Ici, c’est la dis-
persion et la disparition qui sont en jeu. Le
public, invité à choisir sonaffiche, l’enrouler
et s’en aller avec, finalise en effet l’œuvre
(qui ne sera donc visible que le dernier jour
de l’exposition) entant qu’elle est réappro-
priation. PHOTOMICHEL FRANÇOIS. MAC’S
Michel François, «22500affiches», 1994­2011.
CCC, 55, rue Marcel­Tribut, Tours (37).
Jusqu’au 29 janvier. Rens. : www.ccc­art.com
14 invitations pour la
représentation du
24 janvier 2012.
14 invitations pour la
représentation du
25 janvier 2012.
Pour recevoir une invitation
pour deux personnes,
adressez votre demande à :
liberationinvitation@liberation.fr
Précisez impérativement votre
adresse postale complète.
Vousdisposezd’undroitd’accès, derectificationetdesuppressiondevosinformationspersonnelles(art.27delaloi informatiqueetlibertés). Lesinformationsre-
cueilliessontdestinéesexclusivementàLibérationetàsespartenairessaufoppositiondevotrepartennousretournantunemail àl’adressementionnéeci-dessus.
invitation
Du 19 janvier
au 12 février 2012
Texte et mise en scène
Jacques Rebotier
Avec
Caroline Espargilière
Nicole Genovese
Vimala Pons
Les 3
Parques
m’attendent
dans
le parking
Les habitants de Prague encerclent les chars soviétiques.
Prague, Tchécoslovaquie, 21 août 1968, AFP.
www.nanterre-amandiers.com
01 46 14 70 00
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m o c . s rs e i
s n
e s e v o n
e r è i l i g ar p s
Libération et le Théâtre des Amandiers vous invi-
tent à découvrir Les 3 Parques m’attendent dans
le parking. Un spectacle dédié au fil de la pensée,
que décortiquent ces 3 déesses du destin au fil
de leur discussion en parlé-chanté.
PARQUES:Mise en page 1 10/01/12 16:30 Page1
LIBÉRATION LUNDI 16 JANVIER 2012
CULTURE • 33
34 •
ECRANS&MEDIAS
CATAPolitique
de rigueur, chute
de la pub, virage
numérique: dans
toute l’Union,
les groupes de
communication
cherchent
des stratégies
pour enrayer
une vague de
licenciements
et de fermetures
sans précédent.
E
n Espagne, près de 5000 emplois
perdus depuis 2008 dans le secteur
dujournalisme, ungouffre. EnItalie,
des coupes claires dans les aides à la
presse mettent en péril une centaine de ti-
tres, une cata. EnGrèce, unquotidienhisto-
rique, Elefthérotypia, est au bordde la faillite
et ses 800 salariés risquent de perdre leur
boulot, undésastre. EnFrance, l’arrêt dupa-
pier à France-Soir a fait disparaître 89 em-
plois, tandis que plus de 120salariés de laTri-
bune, quel que soit le repreneur qui
l’emportera finjanvier, devraient se retrou-
ver sur le carreau. Qui dit pire?
De ces constats alarmants sur l’Europe se dé-
gagent des tendances d’ensemble. Enpartie
provoquées par la concentrationdes médias:
«On trouve des éléments globaux, avance le
sociologue des médias Jean-Marie Charon.
Les grands groupes comme Lagardère, RTLou
Mondadori ne sont plus dans une dynamique de
développement, mais cherchent à se recentrer
sur le plus sûr, le plus solide de leur activité,
pour maintenir leur rentabilité.»
«SOUS TENSION». De là à comparer cette
crise européenne de la presse à celle qui a ba-
layé les Etats-Unis? Depuis 2007, près d’une
quinzaine de journaux américains ont mis la
clé sous la porte; plus d’untiers des journa-
listes professionnels ont été licenciés aucours
des dix dernières années, dont 11000depuis
seulement trois ans, d’après la dernière en-
quête sur les médias américains publiée par
la fondationPew. «On n’est pas dans le même
ordre de grandeur, constate Jean-Marie Cha-
ron. Mais comme aux Etats-Unis, on voit, en
Europe, des médias traditionnels sous tension
qui accélèrent leur développement sur le numé-
rique.»Une presse déjà endéclinà qui la crise
économique est venue couper les jarrets –les
annonceurs diminuent les budgets attribués
aux médias traditionnels pour leur préférer
les supports numériques, où la pub coûte
moins cher–, en plus de la concurrence du
Web, cause et conséquence dumarasme ac-
Par ISABELLEHANNE
Europe: lacrisejette
les médias àlarue
Dans les locaux
madrilènes
de l’industriel
suédois
Holmen Paper.
PHOTOLUIS DAVILLA.
COVER. GETTY
IMAGES
LIBÉRATION LUNDI 16 JANVIER 2012
ECRANS&MEDIAS • 35
tuel. Les différences culturelles, institution-
nelles et politiques entre les pays d’Europe
vont sûrement nuancer les conséquences de
cette crise. «Il y a de très grosses différences
entre l’Europe du Nord et l’Europe du Sud, et la
France est à la charnière des deux, précise le
sociologue. En Europe du Nord, la presse est
dynamique à l’échelon local et national, une
presse populaire et des titres haut de gamme
coexistent. En Europe du Sud, il y a un déficit
évident de presse populaire.»Ce qui fragilise
le secteur, la presse haut de gamme étant très
dépendante du marché publicitaire.
«EFFETTAMPON». L’Europe ne répondra pas
à cette crise comme unseul homme. Grande
variable, le rôle que joueront les Etats en
matière d’aides publiques. En France, les
aides à la presse, qui doivent être réformées
cette année, conservent pour l’instant leur
«effet tampon». «Mais certains pays sont so-
cialement beaucoup plus brutaux que la
France; par exemple, la Grande-Bretagne ne
retiendra pas la presse par les bretelles», cons-
tate Jean-Marie Charon, qui rappelle que
pour mettre unterme à la grève du Sun et du
Times, en 1986, Margaret Thatcher n’avait
pas hésité à envoyer des policiers à l’impri-
merie de Wapping. •
Italie Haro sur les aides à la presse
L
es catholiques italiens
comme les militants de la
Ligue du Nord, les
communistes autant que les
populistes de droite: tous ris-
quent de voir leurs journaux
disparaître aunomde la rigueur
et de la rentabilité. «Une cen-
taine de titres, des quotidiens
mais aussi des hebdomadaires et
des mensuels sont menacés»,
s’inquiète la Fédération natio-
nale de la presse italienne
(FNSI).
Le gouvernement de Mario
Monti a eneffet confirmé la di-
minution des aides publiques
aux journaux qui, depuis des
décennies, permettent à tout
une série de titres à faible tirage
de survivre et de maintenir en-
tre autre une vitalité de la
presse politique. Grâce auxsub-
ventions, presque chaque parti
a pu jusqu’à présent entretenir
unjournal et une petite rédac-
tion, provoquant parfois des
abus et des dérives. Au centre
d’unrécent scandale, le quoti-
dienL’Avanti (qui avait repris le
titre de l’ancienorgane duParti
socialiste italien) recevait par
exemple des aides de l’Etat
mais restait introuvable en
kiosque.
Après des années de débats et
de polémiques, le précédent
gouvernement de SilvioBerlus-
coni avait décidé de couper les
vivres. Son successeur, Mario
Monti, qui demande des sacrifi-
ces budgétaires à ses conci-
toyens, a pris le relais confir-
mant que les subventions
tomberont pour 2012 à 53 mil-
lions d’euros pour pas moins de
288demandes (radios, agences,
télés locales, etc.) contre
70 millions d’euros en 2010.
De quoi mettre enpéril l’avenir
de L’Unità, qui fut le grandjour-
nal communiste, Il Manifesto, le
quotidien des intellectuels et
des dissidents du PCI, mais
encore La Padania d’Umberto
Bossi (Ligue du Nord) ou
L’Avvenire, le journal de la
conférence épiscopale ita-
lienne.
Le couperet risquait même de
tomber avant la fin2011. Fina-
lement, le gouvernement a
donné unrépit auxjournauxen
versant 150millions d’euros qui
font figure d’arriérés. Mais il
maintient la volonté de réduire
l’enveloppe budgétaire. Mario
Monti a jugé qu’il était «impen-
sable d’éliminer totalement les
subventions qui garantissent une
information pluraliste»mais que
«dans une période où chaque
euro que l’Etat dépense doit faire
l’objet de vérifications», on ne
peut repousser indéfiniment le
problème.
Le gouvernement entend no-
tamment octroyer à l’avenir les
subventions en fonction des
ventes effectives et non du ti-
rage annoncé. Au siège du
Manifesto, onestime que le pro-
blème est en amont, à savoir
«unmarché publicitaire confisqué
par la télévision», qui absorbe
près de 50%du total.
De notre correspondant à Rome
ÉRIC JOZSEF
Grèce Faillites et grèves à la une
D
epuis deux mois, les
téléspectateurs de la
chaîne Alter sont ac-
cueillis par unécrannoir oùdé-
filent les communiqués des
350 employés grévistes qui
n’ont pas été payés depuis près
d’unanet occupent les locaux.
Le principal actionnaire et son
associé, PDG de la chaîne, se
rejettent les responsabilités
alors que ce dernier, poursuivi
pour des dettes envers l’Etat,
vient de fermer un hebdoma-
daire économique dont la via-
bilité ne semblait pas menacée.
Ce ne sont là que les plus ré-
cents tourbillons de la tempête
dans laquelle les médias grecs
se démènent depuis deuxans et
dont la seule planche de salut
semble l’article 99. Il s’agit
d’un dispositif du code sur les
faillites qui protège les entre-
prises de leurs créanciers. Le
premier à y avoir recours fut le
journal Apoghevmatini, il ya un
an, suivi par Alter enaoût et par
le grand quotidien de centre
gauche Elefthérotypia, fin dé-
cembre. Deux groupes de
presse magazine et deux agen-
ces de pubont été placés sous le
même régime. Dénominateur
commun: l’asphyxie financière
dans un étau formé par les
baisses de diffusionet de recet-
tes publicitaires.
Dans un paysage aussi opaque
que pléthorique oùdes journa-
listes travaillent pour deux ou
trois supports avec des salaires
ne dépassant pas parfois les
700 euros, où on dénombre
18quotidiens généralistes (dont
le premier atteint péniblement
les 40000 exemplaires), dont
5 économiques, 21 journaux
dominicaux, 13 sportifs,
12 hebdos et plus d’une ving-
taine de télés, les conséquences
de la crise ont été catastro-
phiques: recettes pubenbaisse
de 50% depuis 2008 pour la
presse, diffusion en recul de
près de 20%l’andernier. Acela
s’ajoute la dévalorisation des
actifs des groupes cotés en
Bourse, comme le conservateur
Kathimerini, et l’assèchement
des prêts bancaires pour un
secteur habitué à des crédits ja-
mais remboursés. Les remèdes
des propriétaires sont les mê-
mes: réductions de personnels,
baisse des salaires et signature
de contrats individuels. Au
groupe DOL, les rémunérations
ont été réduites unilatéralement
de 20%endécembre après l’ar-
rêt du papier du quotidien To
Vima. L’allemandRTL Groupa,
lui, décidé de se désengager de
la chaîne Alpha dont il détenait
70%du capital.
Côté public, la situation n’est
pas meilleure: bienque bénéfi-
ciaires, les trois chaînes de ERT
financées par la redevance et de
maigres recettes pub sont
appelées à une cure d’amaigris-
sement avec le projet de ferme-
ture de l’une d’entre elles, la
suppression de 900 CDD et
l’alignement sur le régime
commun des fonctionnaires.
Depuis des semaines, les télé-
spectateurs sont soumis à une
cure de rediffusions.
L’Etat prévoit la suspension de
la taxe de 20%sur la publicité
télévisée pour donner une
bouffée d’oxygène aux annon-
ceurs. D’ici là, les Grecs seront
de nouveau privés d’informa-
tions mardi et mercredi pour
cause de grève dans tous les
médias.
Correspondance à Athènes
PHILIPPE CERGEL
Espagne De la pub, sinonplus rien
«N
ous sommes une espèce
en voie d’extinction.»
C’est en ces termes
que Magis Iglesias, présidente
de la Fédération des associa-
tions de journalistes espagnols,
a désigné ses confrères de la
presse. Il faut dire qu’enquatre
ans, quelque 4827 journalistes
ont perduleurs postes de travail
en Espagne, selon la Fape
(Fédérationdes associations de
la presse).
La crise financière qui frappe de
pleinfouet le pays depuis 2008
et qui a fait exploser le taux de
chômage à 23% de la popula-
tion active, n’a épargné ni la
presse ni la télévision. Si le pas-
sage aunumérique a fait chuter
quelque peules ventes des jour-
naux papier, c’est surtout la
baisse drastique des recettes
publicitaires qui a entraîné
cette hécatombe. «Entre 2007
et 2010, lavente brute de publicité
dans les journaux a été réduite de
42,9%», indique Ignacio
Benito, directeur général de
l’Aede (Association espagnole
des éditeurs journaux).
Plusieurs médias ont déjà dû
mettre la clé sous la porte, tels
le gratuit Metro, le quotidien
provincial El Mundo de Almeria,
la chaîne du câble LocaliaTV
mais aussi le fameux journal de
petites annonces Segundamano,
l’équivalent de l’hebdofrançais
De particulier àparticulier. L’une
des dernières victimes est le
quotidien de gauche Público
qui, après avoir déjà taillé de
20% cet automne dans son
équipe de journalistes, vient de
se déclarer en cessation de
paiement. Afin que le journal
puisse continuer à sortir en
kiosque le temps de trouver un
repreneur, il a été demandé aux
journalistes et aux collabora-
teurs de se porter volontaire
pour continuer à écrire sans ga-
rantie d’être rémunéré.
Pour l’audiovisuel, la situation
est également critique. La pre-
mière chaîne publique valen-
cienne, Canal Nou, a annoncé
une réduction de près de 50%
de son personnel, soit près de
1000salariés. Les télévisions et
les radios de l’audiovisuel pu-
blic espagnol (RTVE) devraient
également subir une cure
d’amincissement. Le nouveau
gouvernement conservateur de
MarianoRajoya évoqué une ré-
ductionde 200millions d’euros
du budget de l’audiovisuel
public. Afin de trouver des re-
cettes de substitution, une nou-
velle loi pourrait même réintro-
duire la publicité dans les grilles
de la télé publique, alors que
celle-ci avait été supprimée
en 2010 à la suite de la France.
Or, les chaînes privées ont déjà
fait savoir qu’elles s’oppose-
raient à cette mesure qui les
obligerait à partager ungâteau
publicitaire qui n’est déjà plus
extensible.
Correspondance à Madrid
DIANE CAMBON
LIBÉRATION LUNDI 16 JANVIER 2012
LIBÉRATION LUNDI 16 JANVIER 2012
36 • ECRANS&MEDIAS
A LA TELE CE SOIR
20h50. Une famille
formidable.
Téléfilm de Joël Santoni :
Vive la crise !
Avec Anny Duperey,
Bernard Le Coq.
22h45. Esprits
criminels.
Série américaine :
Blessures de guerre,
Les profilers,
Par feu et par flammes.
Avec Shemar Moore.
1h05. Au Field de la
nuit.
20h35. Castle.
Série américaine :
Mort d’une miss,
Le troisième homme,
Duel à l’ancienne.
Avec Nathan Fillion.
22h50. Mots croisés.
Magazine présenté
par Yves Calvi.
0h10. Journal de la
nuit.
0h30. Au clair de la
lune.
La petite renarde rusée.
Spectacle.
20h35. Aventures de
médecine.
Un visage, une vie.
Documentaire de
Bernard Faroux.
22h15. Soir 3.
22h45. Docs interdits.
Ces français qui ont
choisi Hitler.
Documentaire.
0h00. La case de
l’oncle Doc.
Un printemps en
méditerranée.
Documentaire.
20h55. Camelot.
Série américaine :
Guenièvre,
La dame du lac.
Avec Joseph Fiennes,
Eva Green.
22h40. Spécial
investigation.
Produits du terroir :
pièges et attrape-gogos.
Documentaire.
23h35. Mensomadaire.
Magazine.
0h10. Le fils à Jo.
Film.
20h35. La dame de
Shanghaï.
Drame américain de
Orson Welles, 87mn,
1948.
Avec Rita Hayworth,
Orson Welles.
22h05. Assurance sur
la mort.
policier américain de
Billy Wilder, 107mn,
1944.
Avec Fred MacMurray.
23h55. L’usage du
monde.
20h50. L’amour est
dans le pré.
Portraits des
agriculteurs.
Magazine présenté par
Karine Le Marchand.
22h30. L’amour vache.
Téléfilm de Christophe
Douchand.
Avec Delphine
Chanéac.
0h10. On a échangé
nos mamans.
Séverine et Flore.
Magazine.
20h35. Business
Angels : 60 jours pour
monter ma boîte.
Épisodes 1 & 2/4
Documentaire.
22h40. Muriel Robin :
Toute seule comme
une grande.
Spectacle de Gérard
Pullicino.
Avec Muriel Robin,
Pierre Palmade.
0h30. Dany Boon en
parfait état.
Spectacle.
20h35. La maison des
Rocheville.
Téléfilm de Jacques
Otmezguine :
La maison des
vengeances, 3/5.
Avec Virginie
Desarnauts.
22h20. C dans l’air.
Magazine présenté par
Laurent Bazin.
23h25. Dr CAC.
23h30. Avis de sorties.
23h40. J’irai dormir à
Bollywood.
20h40. Iron man
Film d’action américain
de Jon Favreau, 130mn,
2007.
Avec Robert Downey
Jr, Terrence Howard.
22h55. Spartacus : le
sang des gladiateurs.
3 épisodes.
Série.
1h35. Zemmour et
Naulleau.
Magazine.
2h40. Progarmmes de
la nuit.
20h35. L’art de la
guerre.
Film d'action de
Christian Duguay,
117mn, 2000.
Avec Wesley Snipes,
Marie Matiko.
22h50. Sniper 3.
Téléfilm de P.J. Pesce.
Avec Byron Mann,
John Doman.
0h30. Sniper 2.
Téléfilm.
2h00. Poker.
20h45. Alerte !
Thriller américain de
Wolfgang Petersen,
128mn, 1994.
Avec Morgan Freeman,
Kevin Spacey.
22h55. Daylight.
Film d'action américain
de Rob Cohen, 114mn,
1996.
Avec Sylvester Stallone,
Amy Brenneman.
0h55. Justice finale.
Téléfilm.
2h20. TMC météo.
20h50. Enquêtes
criminelles :
Le magazine des faits
divers.
Magazineprésenté par
Sidonie Bonnec et Paul
Lefèvre.
22h45. Enquêtes
criminelles.
Magazine.
0h50. Enquêtes
criminelles.
Magazine.
2h50. Programmes de
la nuit.
20h35. Total wipeout
made in USA.
Divertissement.
22h15. Un prof en
cuisine.
Téléfilm de Christiane
Leherissey.
Avec Smaïn,
Valérie Karsenti.
23h55. Dr. Quinn,
femme médecin.
La rage.
Série.
0h00. Dessins animés.
Jeunesse.
20h40. Quartier
général.
Les infirmières,
héroïnes du quotidien...
Documentaire
présenté par
Adrienne De Malleray.
22h30. Quartier
général.
Documentaire.
0h15. Quartier général.
Documentaire.
2h00. Morandini !
Magazine.
20h45. Tous différents.
Mon complexe me
gâche la vie.
Magazine présenté par
Émilie Mazoyer.
22h20. Tous différents.
Couples différents :
l’amour plus fort que
tout ?
Magazine.
23h55. Le mariage de
Moundir.
Télé-réalité.
1h30. En mode Gossip.
20h40. Star report.
Dubaï,
Yachts de luxe : quand
les milliardaires n’ont
plus de limites.
Magazine présenté par
Claire Arnoux.
22h40. Le zap Direct
Star.
Divertissement.
0h20. Star story.
Documentaire.
1h20. Nuit rock :
Cœur de Pirate.
TF1
ARTE M6 FRANCE 4 FRANCE 5
GULLI W9 TMC PARIS 1ERE
NRJ12 DIRECT 8 NT1 DIRECT STAR
FRANCE 2 FRANCE 3 CANAL +
Dans ta face
France 3, 20h35
Gloups: les images de
greffe du visage du docu
Aventures de médecine…
Mais Michel Cymes est
bon en blagues de fesses.
Dans ta famille
TF1, 20h50
Vingt ans qu’Une famille
formidable de TF1 revient
chaque année. Et là, ils
sont fourbus, les Beau­
mont. Ça sent le caveau.
Dans ton cœur
M6, 20h50
Youhou! C’est l’épisode de
présentation de L’amour
est dans le pré. Avec Kaka
et ses nouveaux amis: des
jumeaux, un jovial berger…
LES CHOIX
Voilà qui risque de beau­
coup plaire à la rédaction
du Monde, pas particulière­
ment habituée à voir un de
ses actionnaires lui dicter
sa conduite: l’un des plus
importants, le vendeur de
téléphones mobiles Xavier
Niel, ne souhaite pas que le
journal donne de consigne
de vote et ce, au motif que
ça fait baisser les ventes.
Il a ainsi déclaré vendredi
sur la radio BFMBusiness:
«Mon avis, c’est que le
journal le Monde ne doit
jamais s’engager pour un
candidat, sauf quand il y a
danger pour la démocra­
tie.» Et de préciser:
«Achaque fois que
le Monde s’est engagé pour
un candidat, il a moins
vendu, personne ne veut
qu’il soit partial.» Il est de
tradition que le Monde se
prononce lors de l’élection
présidentielle: en 2007,
c’était en faveur de
Ségolène Royal. PHOTOAFP
NIEL POUR UN
«MONDE» FREE
DE CANDIDAT
LES GENS
84%
des retweets contiennent
du lol. En clair, chaque fois
qu’un utilisateur de Twitter
renvoie à ses propres
abonnés un micromessage
qu’il a trouvé sur le réseau
social (ouais, un RT, quoi),
c’est parce que c’est rigolo,
selon le site spécialisé dans
la pub Ad Age Blogs. Mais
la première raison du RT,
c’est parce que le tweet
original est intéressant.
Toujours selon le site, 40%
des utilisateurs ne tweetent
jamais rien, se contentant
de lire ce qu’écrivent
les autres. Et, à 55%,
les twitterers pratiquent
depuis leur portable.
«Il ya ici beaucoup
de questions
et de blagues
sur MySpace.
Réponse simple:
ona tout foiré.»
Rupert Murdochqui, sur
Twitter, aexpliquél’échecdu
réseausocial qu’il aacheté
458millions d’euros en2005
pour lerevendre28petits
millions en2011.
Par OLIVIERSÉGURET
Gamificationgénérale
O
ui, le terme est af-
freusement moche,
mais le concept, lui,
reste passionnant: la «gami-
fication» est une tendance
très lourde du monde mo-
derne et elle concerne à peu
près toutes les activités
sociales. Le travail, le busi-
ness, la culture, la sexualité,
la cuisine, l’éducation, le
tourisme et tout ce qu’on
voudra sont des domaines
susceptibles de passer un
jour à la moulinette de ce
barbarisme. Mais aufait, ké-
zaco? La gamification (ou
«ludification»pour les mili-
tants de la francophonie) dé-
signe le transfert des méca-
niques du jeu dans d’autres
domaines, afinde les rendre
plus accessibles, amusants,
accrocheurs et d’en aug-
menter ainsi l’efficacité.
Au pays du capitalisme tou-
jours renouvelé, les Etats-
Unis, c’est le nouveau man-
tra dumilieudes affaires, qui
ena fait le vecteur moderne
d’innombrables stratégies
marketing. Le magazine For-
tune, qui est un peu le petit
livre rouge des décideurs
planétaires, a récemment
placé la gamificationentête
des techniques les plus fruc-
tueuses pour tous les diri-
geants en quête de profit.
«Les entreprises s’aperçoivent
qu’il s’agit d’une méthode ef-
ficace pour faire des affaires»,
conclut le magazine, après
avoir relevé que de nom-
breux experts la jugent
comme la plus importante
technologie récemment mise
au service de l’industrie.
Grimper des niveaux, gagner
des points, débloquer des ré-
compenses, créer des avatars
de soi-même, etc. sont quel-
ques-uns de ces exemples
par lesquels une certaine
culture du jeu a infusé les
pratiques commerciales. Les
programmes de fidélité des
compagnies aériennes, avec
leurs «miles»cumulés, sont
parfois désignés comme un
ancêtre de la gamification.
La mise à disposition par le
Louvre de consoles Nintendo
3DS pour guider les visiteurs
en forme l’une des plus ré-
centes occurrences, tout
comme le déluge de télés
«intelligentes» présentées
autout frais Consumer Elec-
tronique Showde Las Vegas,
avec leurs commandes par la
voix, le geste ou même la
pensée, dans un évident
prolongement de la gram-
maire inventée par le Kinect
de Microsoft.
La meilleure théoricienne du
phénomène est certainement
l’Américaine Jane McGonigal
dont l’ouvrage Reality Is Bro-
ken ouvre le concept de ga-
mificationtrès au-delà d’une
déprimante (et peut-être
passagère) mode commer-
ciale. Les réseaux sociaux du
futur, l’éducation, peut-être
même la science devraient
eux aussi bientôt profiter de
l’air frais que pourrait ap-
porter une gamification
bienveillante. Mais il faudra
souquer habilement entre les
écueils de l’infantilisme et
dunouveauconformisme qui
guettent cette tendance.
Alors, peut-être, s’accom-
plira la prophétie de cette
chronique qui promettait il y
a déjà dixans undevenir-jeu
au monde tout entier…•
MOI JEUX
Canal+: AraAprikianencharge
des chaînes gratuites
A46 ans, Ara Aprikian, jusqu’alors «directeur dupôle flux»
de Canal +, retrouve ses premières amours nontarifées: cet
anciendirecteur des divertissements de TF1 a été nommé à
la tête d’unpôle des chaînes gratuites auseinde Canal+. C’est
lui qui sera donc responsable de Direct 8et Direct Star, acqui-
ses par la chaîne cryptée auprès dugroupe Bolloré enseptem-
bre. Canal + a aussi recruté chez l’agence de pub BETCEuro
RSCGson président, Raphaël de Andréis, pour le nommer
à la tête des chaînes payantes. Aprikianet Andréis sont sous
la responsabilité de Rodolphe Belmer, DGadjoint dugroupe.
110départs dans lapressedel’Est
Selonles syndicats SNJ de l’Est républicain, des Dernières Nou-
velles d’Alsace (DNA) et de Vosges Matin, 110journalistes ont
quitté ces trois titres dans le cadre de la clause de cession,
après leur rachat par le Crédit mutuel. Aux DNA, les départs
représentent 30%des effectifs. «Une véritable saignée», selon
les syndicats, qui dénoncent «un climat d’opacité»entretenu
par le nouveau propriétaire.
Strasbourg
Dijon
Lyon
Toulouse
Bordeaux
Orléans
Nantes
Caen
Brest
Lille
Paris
Montpellier
Marseille
Strasbourg
Dijon
Lyon
Toulouse
Bordeaux
Orléans
Nantes
Caen
Brest
Lille
Paris
Montpellier
Marseille
Nice Nice
Strasbourg
Dijon
Lyon
Toulouse
Bordeaux
Limoges
Orléans
Nantes
Caen
Brest
Lille
Paris
Montpellier
Marseille
Nice
Ajaccio
Nuageux Soleil Couvert
Faible
Modéré
fort
Calme
Peu agitée
Agitée
Averses Pluie
Éclaircies
Orage
0,3 m/11º
LE MATINTempératures froides
avec des gelées parfois sévères. Plus
nuageux au sud, averses possibles en
Méditerranée.
L’APRÈS-MIDI Temps calme et bien
ensoleillé. Un peu plus mitigé des
Pyrénées à la Méditerranée. Averses
sur le Roussillon.
-10°/0° 1°/5° 6°/10° 11°/15° 16°/20° 21°/25° 26°/30° 31°/35° 36°/40°
FRANCE MIN/MAX
Lille
Caen
Brest
Nantes
Paris
Nice
Strasbourg
FRANCE MIN/MAX
Dijon
Lyon
Bordeaux
Ajaccio
Toulouse
Montpellier
Marseille
SÉLECTION MIN/MAX
Alger
Bruxelles
Jérusalem
Londres
Berlin
Madrid
New York
Neige
0,3 m/9º
0,1 m/13º
0,3 m/12º
0,1 m/12º
LUNDI Ió
Davantage de nuages au nord-ouest.
Plus ensoleillé ailleurs mais il faut
compter sur des nuages bas tenaces
en vallée.
MAÞDI I7
Les nuages domineront souvent au
nord, mais les précipitations seront
très rares en raison de pressions
élevées. Soleil au sud.
MLÞCÞLDI I8
0,3 m/15º
0,6 m/12º
-6/4
-5/4
-1/11
4/12
1/11
4/10
6/9
9/15
-3/6
6/15
1/7
0/3
2/9
-9/3
-3/5
-4/6
1/9
-4/7
-2/6
4/12
-5/4
0,3 m/9º
0,3 m/11º
0,1 m/13º
0,3 m/11º
0,3 m/12º
0,1 m/9º
0,3 m/11º
0,1 m/13º
0,1 m/11º
0,6 m/11º
LIBÉRATION
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Nous informons nos lecteurs
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nal ne saurait être engagée en
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6 5 3 7 1
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9 7 4
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1 5 9
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7 6 1 2 9 8 5 4 3
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H. I. Semontrer bestialement remuant dela queue.
- II. Vouspourreztrouver chezelledejoliesmacreuses.
- III. Tient caché. On l’espère plus offensif au fil des
mois, puis des années qui viennent. - IV. Joua sur
toute la gamme. Dès 1511, leur conseil fut chargé
d’administrer le Nouveau Monde pour le compte
de la couronne espagnole. - V. La dite couronne le
bouta hors d’Espagne peu avant la découverte du
dit Monde. Grecque. - VI. L’élection de Mme Joly
compromerait fort sonavenir. Matières premières
rue Béranger. - VII. Broutilles. - VIII. Se demanda
enmusiquecequ’il restait denos amours dès 1942.
Points. - IX. Telle une zone tourmentée ces temps
derniers. Violent. - X. Amoitié fous. Tante Yvonne
en était fille. - XI. Ade nouveau dû sortir.
V. 1. Toujours prêt àsemontrer bestialement remuant
de la queue. - 2. Pas triste. Pas bête. - 3. S’adonner
à la grimpee. - 4. Evite d’abîmer le gazon. Connut
bien sûr Mathusalemau berceau. - 5. On n’en voit
pas le bout. Aident à s’arrêter dans la descente. -
6. Rapport tout à fait logique. Touchent aux tout
débuts. - 7. Article. Pureprovocationparfois. Egins.
- 8. Crapauds et salamandres ont peu de secrets
pour elle. - 9. Ses pensées manquent de diversité.
I 2 3 4 5 ó 7 8 9
I
II
III
IV
V
VI
VII
VIII
IX
X
LES MOTS D’OISEAU
H:I. Cent jours. II. Alimentée. III. Rude. Ciel. IV. Ac. Scellé.
V. Pigée. ILC. VI. Ado. Biset. VII. Tempête. VIII. Ermite.
Fo... IX. Entrain. X. Ointe. Môn. XI. Intestine.
V:1. Carapate-toi. 2. Elucider. ...in. 3. Nid. Gomment. 4.
Tmèse. Pinte. 5. Je. Cébees. 6. Once. Itér(é). 7. Utilise.
Ami. 8. Réelle. Fion. 9. Sélectionné.
XI
w LLS MOTS D’OISLAU ³ 4óI4 Mouvements dequeue...
A B C D E F G H
8
7
6
5
4
3
2
1
yzozyzyf
zyzxzqzy
yzyzqkya
eyzyzyzn
ygwzvzyz
zyzyzwky
yzyzyhyk
zydyzyiy
a b c d e f g h i j l m n o p q r s t u v w x y z
a b c d e f g h i j l m n o p q r s t u v w x y z
Tournoi de Fremont, USA 2012
Les Blancs jouent et font mat
B. Sarkar N. Jayakumar
On se crêpe le chignon chez Tata Steel
Il est là, ce grand dadais, sûr de lui, au tournoi de
Wijk aan Zee (Pays-Bas). Lui, c’est Magnus Carl-
sen, le meilleur joueur incontesté de la planète,
un jeune Norvégien de 21 ans, au style conquérant
de Viking. Conquérant mais pas flamboyant: il
s’impose contre le n° 10 mondial, Gachimov d’A-
zerbaïdjan, avec une technique de vieux routier,
une profondeur de jeu que ne renierait pas Kram-
nik ou un Karpov jeune. Il n’obtient pas grand cho-
se de l’ouverture, une « anglaise hérisson », mais il
pose les scellés sur les cases critiques. Les ama-
teurs de parties romantiques d’aaque en seront
pour leur frais, même si le jeune homme est capa-
ble de bondir, sabre au clair, quand il le faut.
Gachimov se sent vissé, s’impatiente et tente de
se libérer par la tactique. Astucieux, mais sa posi-
tion ne fait qu’empirer, et se retrouve petit à petit
réduite en miees. Une défaite linéaire en 67 coups,
où il n’aura jamais eu sa chance. Deux autres joueurs
nous paraissent au dessus du lot dans ce tournoi
«A» batave, qui comporte 10 des 15 meilleurs joueurs
mondiaux: Anisch Giri, qui vient de remporter Reg-
gio Emilia à 18 ans, et le n°2 mondial, qui progres-
se encore et toujours, Levon Aronian. Ils rempor-
tent également leur partie, respectivement face
au challenger pour le titre mondial Boris Guelfand
et Sergueï Kariakine, le Carlsen russe ...
La carapace noire est fendue en deux par 1.Txf4!!,
un coup qui sème la désolation sur les deux ailes
à la fois! Les noirs n’insistent pas, 1-0, car après 1...
exf4 (1... Tg8? 2.Dh5 exf4 3.Dxh6#) 2.Fd4+! Dxd4
3.Txb8+ Rh7 4.Dg8 mat.
Jean-Pierre Mercier
SOLUTION

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JEUX_16:LIBE09 15/01/12 18:16 Page1
LIBÉRATION LUNDI 16 JANVIER 2012
JEUX­METEO • 37
croisière
Sombre
Naufrage du«Concordia»
LIBÉRATION LUNDI 16 JANVIER 2012
38 •
GRANDANGLE
D
eux coups de sifflet long
suivis par un court.
Alarme pour avarie. Les
4229 passagers et mem-
bres d’équipage du Con-
cordia, le paquebot italien qui a fait
naufrage vendredi soir vers 21h45 près
de l’île de Giglio au sud de la Toscane
(Italie) ne se sont pas affolés tout de
suite. Mais dans la salle à manger prin-
cipale, où nombre d’entre eux était en
train de dîner, les plats et les couverts
sont tombés par terre, les lumières se
sont subitement éteintes et le sauve-
qui-peut général s’est déclenché appa-
remment dans la plus grande improvi-
sation. Plusieurs rescapés ont décrit à
leur retour sur terre des «scènes d’apo-
calypse»et de panique avec des bous-
culades entre croisiéristes cherchant à
monter sur des chaloupes de sauvetage
au milieu des cris et des pleurs d’en-
fants et de personnes âgées. D’autres
font état de gilets de sauvetage oude lu-
mières d’urgence qui ne fonctionnaient
pas, voire, comme les pompiers qui ont
participé ausecours, de portes de cabi-
nes bloquées en position fermées en
raison de la panne électrique.
Parti moins de deux heures plus tôt de
Civitavecchia, le Concordia et ses
3200touristes essentiellement italiens,
allemands et français, s’est rapproché
tropprès des côtes. Il a heurté unrocher
qui s’est encastré dans sonflanc gauche,
occasionnant une déchirure de près de
100 mètres sur sa coque, et a brutale-
ment gîté à 80 degrés. Il reposait tou-
jours hier sur le côté, à moitié immergé
à quelques encablures des rivages de Gi-
glio. Au moins cinq personnes, dont
deux Français, sont mortes noyées,
30autres ont été blessées et 15passagers
étaient toujours portés disparus dans la
soirée. A la suite du choc, «le bateau a
embarqué une très importante quantité
d’eau en deux ou trois
minutes», a affirmé le
procureur italien de
Grosseto qui a par
ailleurs déclaré que le
commandant du pa-
quebot, Francesco
Shettino «s’est appro-
ché de manière très ma-
ladroite de l’île de Gi-
glio». La justice italienne l’a mis enétat
d’arrestationavecsonsecondpour «ho-
micides multiples, naufrage et abandonde
navire». Ces officiers, chargés au pre-
mier chef de la sécurité des passagers,
ont eneffet quitté le bateau bienavant
les derniers croisiéristes. Hier soir,
Costa reconnaissait que le commandant
avait «commis des erreurs de jugement»
et n’avait «pas suivi les procédures».
La polémique sur le naufrage faisait rage
hier enItalie oùla presse n’hésite pas à
parler de «croisière de la mort» ou de
nouveauTitanic. Dans le milieusouvent
superstitieux des marins, le Concordia
avait la réputationd’être «maudit». Son
baptême s’était eneffet déroulé en2005
sous de mauvais auspices puisque la
bouteille de champagne lancée sur sa
coque ne s’était pas
cassée. Trois ans plus
tard, il avait été déporté
par de grosses vagues
vers des rochers à son
entrée dans le port de
Palerme. Le choc avait
provoqué une vaste fis-
sure entre sa proue et
son flanc droit. •
Par GÉRARDTHOMAS
Unpaquebot s’est
échoué aularge
de la Toscane
dans la nuit
de vendredi
avec ses
4000passagers
après avoir
heurté unrécif.
Une scène digne
du«Titanic»
lors de laquelle
aumoins
cinqpersonnes
se sont noyées.
Le bateau
s’est échoué alors
que la plupart
des passagers
était au
restaurant en
train de dîner.
15 personnes
étaient toujours
portées disparues
hier soir.
PHOTOS FILIPPO
MONTEFORTE. AFP;
REUTERS
Île d’Elbe
Mer
Tyrrhénienne
Civitavecchia
Île de Giglio
50 km
Rome
Grosseto
I TA L I E
LIB120115C
38 x 34 m
LIBÉRATION LUNDI 16 JANVIER 2012
• 39
PORTRAIT ORIANNE GARCIA
après vingt ans de teinture. Sa mère, disparue il ya quelques
mois, était aussi blonde cendrée, rousse d’adoption. Mais la
teinte ne se vendpas à Shanghai, oùOrianne Garcia vit depuis
unan. L’égérie des belles années de la bulle internet, la flam-
boyantepatronnedeCaramail, messagerietrentefois million-
naire en internautes, se plie à son nouvel environnement.
Conquérante à la Stendhal, elle a débarqué à Paris pour
l’amour d’Alex Roos. Elle l’avait rencontré lors d’unweek-
end à Paris chez Christophe Schaming, devenu troisième
associé à vie, et à l’époque petit ami d’une copine de khâgne.
Alex n’aurait pas existé, elle aurait de toute façonquitté l’Al-
sace où elle vivait depuis l’âge d’un an. Elle savait qu’il lui
faudrait prendre des risques, assure-t-elle. Et quitter une
enfance épanouie entre papa, enseignant enarts plastiques
encollège, maman, employée dans unlaboratoire duCNRS,
et Géraldine sa sœur de quatre ans plus jeune, devenue avo-
cate. La belle Orianne caressait l’idée d’être prof, une tradi-
tion familiale, «un des plus beaux métiers du monde», mais
elle ne se voyait pas le rester longtemps. Peut-être n’est-ce
qu’une manière de redessiner la silhouette de la khâgneuse
du lycée Fustel-de-Coulanges à Strasbourg, unbrinindus-
trieuse, téléprospectrice la semaine, vendeuse de jeans l’été
pour affirmer sonindépendance. Et cavalière, le week-end.
Riende geeka priori chez elle, sauf son«chéri», frais émoulu
centralien. «C’est avec Alexque j’ai mis unpieddans l’informa-
tique.»Et vint unbeaulever de soleil entandem, undiman-
che matin d’août 1994, dans leur salon de la rue Gracieuse,
dans le V
e
arrondissement de Paris. «Ce bruit…Cela a été long
avant que ça arrive. Quand on a enfin réussi à se connecter à
Internet, c’était moche, lent et pourtant on s’est dit: “Waouh!”»
Un instant magique, moment inaugural de son livre, écrit
d’une plume ingénue. Un kick-off de la suite miraculeuse.
L’étudiante menait de front des études de lettres à la Sor-
bonne et unboulot de formatrice eninformatique. D’uncôté,
elle planchait sur Boris Vian, avec unmémoire sur le person-
nage du père dans le théâtre de l’auteur de l’Arrache-cœur
(«Je suis en train de mettre Boris Vian sur Internet», arguait
Orianne pour justifier ses retards), de l’autre, les prémices
d’un parcours professionnel exceptionnel.
Dans la foulée de ce fameux dimanche matin, les idées s’en-
chaînent: fondationd’une société de fourniture d’accès, du
moteur de recherche Lokace puis d’une messagerie électro-
nique Caramail en1997. Tout ça enmoins de dix ans. Et c’est
le gros lot quand, après avoir repoussé plusieurs acquéreurs
aux dents longues, les trois fondateurs acceptent de céder
Caramail à Spray pour 600 millions de francs [91,5 mil-
lions d’euros]. Jackpot, deux
mois avant l’éclatement de la
bulle. La voilà donc million-
naire. Orianne Garcia empo-
che «5 millions d’euros avant
impôts», investis dans une
maison dans le Sud et des
placements. Etre entrepre-
neure pour elle est une atti-
tude. «Si j’avais seulement été
guidée par le souci de l’enri-
chissement personnel, j’aurais
accepté les millions de Bernard
Arnault. Je l’ai vendu pour
continuer à le développer, pas
pour prendre un chèque et
partir au soleil», oppose-t-
elle. L’égérie rousse du Net a
aimé jouer avec les médias et
montre sa frimousse à la télé
de 1999 à 2003 pour débroussailler la jungle de cette Toile
encore mystérieuse. Chroniqueuse à Rive droite, rive gauche,
elle fait rire la galerie avec des sujets du genre «les emails
ont-ils un sexe?» Hilare, elle se souvient encore de la fin:
«Dans l’Internet, les femmes prennent des gants et les hommes,
des vestes.»«Orianne, t’es la reine de la chute!»l’avait com-
plimentée Thierry Ardisson.
Deux ans après la vente de Caramail, Alex et elle se séparent.
La même année, elle rencontre le père de ses deux garçons,
Jules et Noé, lors d’undéjeuner de boulot. Ce haut cadre de
marketingest le seul autour de la table à qui le nomd’Orianne
Garcia ne dit rien, même pas celui de Caramail…«Mais t’étais
où ces dix dernières années, dans une grotte?»Ses deux aco-
lytes du début, Alex et Christophe, sont restés ses associés
dans Lentillesmoinscheres.com créé en 2007, dont ils ont
revendu la majorité à Marc Simoncini, M. Meetic.
Le 4octobre 2010, elle embarque pour Shanghai, pour suivre
sonmari. Après avoir surfé pour se renseigner sur la ville, elle
a accepté de partir: «D’accord, allons à Shanghai, ça a l’air
sympa, il y a des platanes.»Elle emmène ses enfants à l’école,
prenddes cours de chinois et vante l’énergie positive qui rè-
gne dans le pays. Loind’avoir lâché les affaires, elle soutient
une copine qui a monté des sites à destinationde la «Digital
Mum», et explore la Chine pour l’agrégateur de mode Glam.
Dans sa tête, trotte une autre idée à destination du marché
chinois qu’elle ne veut pas encore dévoiler. Juste que, comme
d’habitude, elle se met d’abord à la place de ses clients. «Je
réfléchis en me positionnant.»Plutôt à droite (Bayrou au pre-
mier tour et Sarkozyauseconden2007), elle ne sait pas en-
core pour qui elle votera à la présidentielle car elle ne s’est
«pas forcément reconnue dans la politique menée». Apresque
40ans, elle admet n’avoir jamais réussi à se mettre à tweeter,
pratique peuFacebook, s’est récemment connectée auréseau
social Linkedin«pour vivre avec son temps, quand même»et
aligne quatre adresses électroniques. Le secret de ses succès?
Considérer les utilisateurs comme le plus précieuxdes actifs.
Et garde l’espoir d’un Internet «qui tire les gens vers le haut
plutôt que les niveler par le bas.» Au pays d’Orianne… •
Par FRÉDÉRIQUEROUSSEL
PhotoBRUNOCHAROY
EN8 DATES
27 juin 1972 Naissance
à Paris. 1992 Rencontre
Alex. Août 1994 Première
connection à Internet.
1
er
octobre 1997
Lancement de Caramail.
31 janvier 2001 Vente de
Caramail à Spray pour
600 millions de francs
[91,5 millions d’euros].
2005 Création de
Lentillesmoinscheres.com
Fin 2010 Départ à
Shanghai. Fin 2011 Parution
de Comment je suis
devenue millionnaire grâce
au Net… (Albin Michel).
Q
uestion de nature. Orianne Garcia semble douée
pour le bonheur. Pour le rose et le rire. Le business
et l’amour. Sur la couverture de sonlivre au titre
décomplexé, Comment je suis devenue millionnaire
grâce au Net…sans jamais rien y comprendre, elle
arbore unsourire radieux, ses mains baguées croisées, celles
de la réussite sans se fouler. Une pub vivante pour la loterie
de la vie. La jeune femme a eu des doigts d’or dans les pre-
miers temps de la bulle internet. Dans la salle de réunionchez
sonéditeur AlbinMichel, jambes croisées, Coca-Cola Light
dans la main, tenue décontractée, elle ponctue d’un char-
mant rire sonore chacune de ses phrases.
Orianne Garcia a hérité du prénomde la duchesse de Guer-
mantes, redoublé d’un«n». Comme la belle de Proust, cette
aristocrate de la générationpionnière duNet est blonde aux
yeuxbleus. Onne s’yattendait pas. Orianne Garcia, M
me
Ca-
ramail auxtemps glorieuxdes frétillants entrepreneurs fran-
çais du Net, des soirées start-up et du tchat avec Chirac, a
perdusa crinière rousse. Comment se fait-il?Elle confie avoir
retrouvé la «grande communauté des blondes»enaoût dernier,
Net millionnaire grâce à la messagerie Caramail,
cette conquérante, installée à Shanghai, joue les ingénues.
.comc’est beaula vie
LIBÉRATION LUNDI 16 JANVIER 2012

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