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Les Scandinaves t2

Les Scandinaves t2

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Anonyme.

Les Scandinaves, poème traduit du swéo-gothique ; suivi d'observations sur les moeurs et la religion des anciens peuples de l'Europe barbare. Par Joseph Chérade Montbron... 1801.

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SCANDINAVES,
POEME,
TRADUIT DU SWEO-GOTHIQUE;

suivi d'observations sur les mœurs et la religion des anciens Peuples de l'Europe barbare. PAR JOSEPH-CHERADE MONTBRON.

TOME

SECOND.

A PARIS,
Chez MAn adan Libraire, rue Pavée S. Andréde«-Arcs,n*i6.

AX IX – l8oi.

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SCANDINAVES.

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LE cœur de l'homme pervers ressemble à ces cavernes profondes où les rayons du fait retentir jour ne pénètrentjamais,etque sans cesse le cri funèbre des oiseaux de la fantômes errent dans nuit; d'horribles les ténèbres là, d'impures magiciennes gravent ces caractères mystérieux, dont le pouvoir évoque les manes. Avez vous rencontré ce mortel? Son. teint a la couleur du fiel dont son ame s,ason regard sinistre comme la breuve flamme d'un incendie nocturne, s'irrite a. l'aspect de l'homme vertueux. Voit-il le spectacle du bonheur, ses lèvres livides frémissent, et semblent avoir trempé dans le snc amer de l'absynthe. Il vous rappellera souvent les saintes maximes du livre mais toujours présentes à sa méd'Odin moire, elles sont toujours absentes de son cœur. Préférez sa haine à sa trompeuse r Le Hava-Maal, ouvrage de morale attribué à co dieu.

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redoutez jusqu'à ses bienfaits. Sa langue, semblable à celle du serpent, est armée d'une triple flèche, et distille un mortel poison. Pour concevoir l'imposture et le crime, il n'a qu'à se replier sur lui-même. Il ne cherche point quelle sera sa victime la haine, cette vie de son ame, est l'affreuse lumière qui dirigera ses coups. amitié Halvard, qui jusqu'alors a gouverné seul le cœur de son maître, soupçonne Suénon de l'avoir conduit vers les princes captifs, dans le dessein de lui rendre odieux ses ministres, et d'acquérir, par leur disgrace, la faveur nécessaire à l'accomplissement de ses Mon adresse, disait-il en. sou projets. cœur, triomphera sans doute d'un courroux passager, mais il est temps de perdre uu Comment y réussir, dangereux rival quand Harald, épris d'une flamme insensée pour la fille de ce prince, ne connaît n'écoute plus que son amour? L'artificieux Hitdireïde se servira de cet amour même, pour susciter au père d'Alpaïs une redoutable ennemie. Dans ce dessein, il se rend près des Vandales, et leur apprend d'abord les nouveaux

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sujets de crainte que lui donne l'objet de leur commune haine. Volkind, pour aiguillonner encore sa jalouse méfiance lui raconte avec quelle adresse Suénon gagna jadis lc cœur du généreux Othar. Bientôt leurs noires trames sont ourdies, et d'accord avec les ambassadeurs doivent se l'IIildireide, plaindre, devant Gidda, des honneurs dont Ilarald comble le roi de Skone et sa fille. Le ministre lui-même porte ses pas aux lieux où la reine goûtait un loisir solitaire. d'un zèle ardent, lui dit-il, je -Animé viens te dévoiler les complots que mon œil a percés. Suénon, jaloux da s'assurer l'appui du fils d'IIaldan, veut l'unir à sa fille par les nœuds de l'hymen, et cette jeune beau té n'oublie rien pour soumettre le coeur de ton époux. – La fière Gidda n'avait que trop remarqué de quels yeux son volage époux regardait la fille de Suénon, mais humiliée d'apprendre qu'un ministre, rival de son pouvoir, eût également apperçu cette préférence odieuse, elle rougit, et loin de paraître reconnaissante, elle reçoit cet avis avec un tranquille dédain. Halvard qui n'en dcsirait d'autre prix que le trouble et

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le ressentiment qu'il lit dans ses traita,rompt un pénible entretien, et s'éloigne plein d'espérance. Harald cependant, toujours indigné de la cruauté de son ministre, déplorait amèrement le double malheur d'avoir remis les aux mains d'une rênes du gouvernement seule famille, et d'être lui-même presque étranger à l'art de gouverner. Les Ilildiautant d'habileté qu'ils reides montraient possédaient peu de vertus leur politique, étendue, prévoyante et ferme, contenait sous un même joug tous ces différens peuples, qu'une rapide conquête avait plus étonnés que soumis. Les sujets d'IIarakl ne jouissaient pas de ce calme heureux que répand une main paternelle et bienfaisante; mais un sceptre de fer leur imposait le repos de la servitude. La plupart des iarles s'élaien t éloignés emportant leurs richesses, ou seulement leur épée les autres portaient les fers du vainqueur,ou soutenaient ses droits. Le reste, qui jamais n'avait su qu'obéir, obéissait encore et n'avait à regretter que l'ombre de la liberté. Le monarque, irrésolu, les regards atla-

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chés à la terre, les bras entrelacés sur sa poitrine, pesait la fortune de ses ministres et les destins de son empire, quandHalvard s'offrit à ses yeux. Une fausse douceur se peignait dans les traits du cruel, et la tranquillité de la vertu semblait régner sur son front,comme celle du crime endurci régnait dans son cœur. -Grand roi, dit-il, ton ministre fidèle a-t-il donc mérité que tu refuses de l'en-» tendre? Devant qui pourrai-je mejustifier, quand c'est toi qui m'accuses; toi, dont l'intérêt et la gloire furent ma seule passion, ma seule vertu? Toute mon ambition, tous mes vœux n'ont aspiré qu'à fonder ta grandeur. Oubliant jusqu'à cet avenir qui commence aux portes de la mort, ton cœur généreux me tenait lieu du ciel et de ses récompenses. Après t'avoir honoré comme le reste des mortels honore les dieux, je croyais qu'à leur exemple, tu lirais dans mon ame, et que tu serais équitable comme eux. Entraîné par cet amour sans bornes que je porte à mon roi, pouvais-je ne pas voir autant de coupables dans chacun de ses

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ennemis ? Je les ai fait trembler tous, et j'ai sacrifié les plus dangereux. Comparele nombre de tes soldats il celui des rebelles, ou plutôt des sujets dont le coeur est resté fidèle au sang de leurs premiers maîtres? Comme on voit une étincelle allumer d'abord un feu secret, et bientôt embraser de yastes forêts, un seul de ces princes peut soulever des peuples nombreux, et les soustraire à ton sceptre; tandis qu'une guerre lointaine occuperait ton bras et tes armées. Je te le dis avec la hardiesse d'un zèle ardent et pur si quelques gouttes de sang, versées dans l'ombre et loin de toi, devaient coûter tant de regrets à ton coeur, content 'du modeste héritage de tes aïeux, il ne fallait point, d'une main à demi téméraire, dépouiller de la couronne ces têtes aujourd'hui sacrées pour toi. Ai-je dû te consulte! pour les abattre, lorsque ton refus eût trahi tes intérêts, et ton consentement terni ta gloire?Ce discours artificieux produisit sur l'esprit du roi Yeffet que Halvard en avait attendu. L'horreur qu'inspiraient à ce princo

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les crimes de ses favoris, fut affaiblie parle souvenir de leurs services, et les intérêts de l'Etat sacrifiés à ceux du trône. A peine le ministre pervers fut rétabli dans sa première faveur, que pour prévenir de nouvelles alarmes, et perdre sans retour ceux qui conjuraient sa perte, il chargea ses vils confidens d'épier Alpaïs et son prince luimême, ainsi que le héros de Skone. Tel un habile chef, instruit par ses émissaires, assiste au conseil de ses ennemis, y fait prévaloir des avis dangereux, les surprend dans leurs piéges, les fatigue de vaines alarmes tandis que son armée repose, et les plonge dans une mortelle sécurité, lorsqu'il projette une attaque,et veut achever par son courage, une victoire que son adresse a préparée. Aimable Alpais tu rappelles enfin mes regards, fatigués de suivre dans ses détours tortueux la politique d'un perfide. Agitée par les songes de l'amour, tu te réveilles avant l'heure accoutumée. Un jour serein t'invite à respirer l'air frais et parfumé. Sur le seuil du palais, ton doux éclat ressemble

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à l'éclat de l'aurore, qui déjà brille aux portes de l'Orient, et dont les plus faibles rayons enveloppent de leur clarté les étoiles pâlissantes. Tandis que ses flots d'or se mêlent à l'azur des cieux, à la verdure des bois, la fille de Suénon se rend, à travers un bocago silencieux, au temple ou la déesse do l'am ou r, lalendreFreya, respire l'encens des mortels. Harald n'a point voulu que ce temple fût construit d'un marbre insensible. Un vaste cirque, dont l'enceinte est formée de remparts inclinés, revêtus de gazon, s'élève du rivage de la mer au sommet do la colline. Mille fleurs naissantes émaillaient le penchant de cette enceinte, et s'y mêlaient à mille arbrisseaux odorans. Des pins d'une prodigieuse hauteur en marquaient les contours, et de leurs vertes couronnes ombrageaient ses bords élevés. Une immense toile de pourpre, enlacée dans leur feuillage, couvrait le sanctuaire, et retenait la vapeur de l'encens qui brûlait de toutes parts autour de la déesse. Ce nuage formait un voile magique, à travers lequel ses prêtresses vêtues de blanc et couronnées de fleurs ressemblaient aux divinités aériennes. De

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bordés par des roches limpides ruisseaux, d'albâtre et de cristal, roulaient du haut de l'enceinte en formant mille cascades, et venaient arroser le pied des plantes réfléchies dans leur onde. Une foule d'oiseaux, qui ne redoutaien t point les approches de l'homme, et dont l'éclat cédait à peine à l'éclat des fleurs, faisaient retentir ces rians bocages de leurs concerts mélodieux. Au pied de la statue de Freya s'élevait l'autel de la volupté; mais avant d'y pénétrer, on sacrifiait à ceux du desir et de l'espérance, qui, sous le nom de Vanadis, est la déesse elle-même. La place de ce temple avait été choisie près de l'océan, pour que la fille de Niord le vaste royaume de son y pût contempler père. Assise dans le bois sacré, la tendre Alpaïs attendait l'heure des sacrifices, pour aller offrir à la Déesse les vœux de l'amour alaramené par le sort, ou mé, quand Harald peut-être par le dessein de parler sans témoins à la beauté de Skone, se montra toutà-coiip à ses yeux. Frappée de surprise et

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de crainte, elle se retirait.Dissipe ton effroi, lui dit-il, ce n'est point un ennemi Eh plût aux dieux que qui t'approche. Mais mon coeur te fut j'eusse pu l'être soumis dès que je t'apperçus. Tu sembles ne pas m'entendre. Alpaïs, il est un tourment que l'on nomme l'amour. Il déchire il consume le malheureux qui l'éprouve seul. Tantôt paisible et décevant, ainsi qno les songes heureux, il nous montre les délices du ciel; tantôt sombre comme le désespoir, ipre et dévorant comme une longue soif, il nous fait éprouver les supplices des enfers. Si mes plaintes ne peuvent toucher ton cœur songe du moins songe aux nobles travaux que l'amour me fit entreprendre. Ce n'était pas pour Alpaïs que je recueillais cette gloire quels exploits m'eût inspirés l'espoir d'un tel prix Daigne avouer mon bras et je relève ton trône abattu, et je fonde sur les ruines de vingt empires un trône plus digne de toi. L'époux de Gidda ne dut ses succès qu'à la force de ses armes; l'époux d' Alpaïs devra tout à la II achevait ces mots, force de son amour. lorsque Gidda parut et s'arrêta soudain mais assez près de lui, pour qu'il pût dis-

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tinguer sur son visage la surprise et l'indignation dont elle semblait agitée. Interdit, incertain, il s'éloigne de la reine sans oser la braver et sans pouvoir recourir à la feinte. Cette princesse, poussée par les soupçons que de perfides rapports élevaient dans son cœur, était sortie du palais pour aller demander à la déesse le retour d'un époux inconstant, mais l'ayant apperçu lui-même, et brûlant d'apprendre quel dessein le conduisait au temple, el le avait suivi ses pas furtivement. Elle reste long temps immobile, et lance des regards furieux sur le roi qui la fuit, et sur Alpaïs sur Alpaïs, qui gardant un maintien noble et modeste, ne rougissait point d'un soupçon que devait démentir sa vertu. Mais Gidda ne voit dans ce calme que l'insultante fierté d'une rivale préférée. Quoi tu ne frémis pas de ton triomphe, -Et reprenant aussi-tôt le lui dit-elle?. l'achemin du palais, elle s'écrie -Que mour inquiet forme des vœuxl l'amour outragé ne se repose pas sur les dieux, du soin de sa vengeance. Au même instant Alpaïs apperçut à traJ

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vers les touffes des arbrisseaux, un inconnu c'était un des vils qui semblait l'observer émissaires que le ministre avait charges do l,i suivre en tous lieux. Son coeur sans méfiance comme sans reproche, n'en ressentit aucune alarme. Elle entre dans lo temple, et n'éprouve pas cette sainte horreur qui nous frappe à Pupproche des autres divinités. Son respect était aussi tendre quo celui d'une fille pour sa mère. Les prêtresses lui demandent, avec douceur, quel sujet l'amène au pied des autels -J'aime, leur dit-elle, je viens implorer la déesse pour le salut, le retour, la fidélité de mon amant, et sur-tout pour sa gloire. Je ne forme point t d'autres voeux.-A ces mots elle coupe une tresse de ses blonds cheveux, et la pose avec des fleurs sur cet autel, qui jamais ne fut abreuvé de sang (les autels de Freya pourraient-ils voir immoler de victime qui fût ennemie de son culte, qui ne ressentit pas son pouvoir?) Les jeunes prêtresses placées dans le sanctuaire au milieu des fleurs dont elles effacent l'éclat chantent cet hyin ne en l'honneur de la déesse

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du roi de l'onde, aimable diviet nité, reçois nos vœux, notre encens ne te lasse pas de répandre tes bienfaits sur l'univers reconnaissant. -Fille Que tu es belle, ô reine des cœurs l'iiumMe mortel, prosterné devant tes autels, soupire en regardant ton image ses vœux se changent en désirs j l'insensé ne voit plus la déesse, il ne voit que tes appas. Ta flamme, subtile et féconde comme la chaleur du printemps répand un doux elle pénètre, unit et éclat sur la nature renouvelle tous les êtres. Sans toi le monde n'eût compté qu'un jour, et ce jour eût été plus long et plus triste que la froide nuit du pôle Par toi, par ta flamme divine, le plaisir n'a plus rien d'impur, la douleur n'a plus rien d'amer. Par toi, l'amant trouve dans ses peines un charme, que l'ambitieux cherche en vain dans ses triomphes, et les dieux mêmes envieraient le sort du mortel, qui Qui dore six moû et plus.

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réunit à la gloire d'inspirer heur de les ressentir.

tes feux, le bon-

Cependant, ô déesse, il n'est plus de bonheur pour toi tes yeux versent plus de larmes encore que ta main ne répand de bienfaits. Vainement tu parcourus et la terre et les vastes régions du ciel; tu n'as point retrouvé ton divin époux. Ah puisses-tu bientôt le serrer dans tes bras amoureux, et puissent les plus tendres plaisirs vous faire oublier dans un seul instant les tourmens d'une si longue absence Le sacrifice est achevé l'amante d'Adelsian, qui veut consacrer une moitié de co jour à la déesse, va s'asseoir près du temple sur le penchant de la colline. A travers lcs planes et les sycomores qui la couvrent do leur ombre, elle voit la mer s'avancer lentement et se briser sur la grève couverte d'herbes marines, de coquillages et de corail. Une prêtresse l'a suivie, et lui montre les rochers inaccessibles dont l'île est entouréeversla plage occidentale. Leurs bases, sappées par le choc des flots, ne présentent que de noires aspérités j mais une gracieuse

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Verdure couronne leurs sommets de leurs fentes profondes s'échappent des plantes biearres et les tiges tortueuses du genévrier couvertdegrains de pourpre, et lhyeuse aux feuilles piquantes. Derrière ces rochers s'ouvre un port, oùlesilots, toujours tranquilles, ignorent la puissance des vents. Alpaïs à travers les arbres, voit se jouer les banderoles qui parent les mâts des vaisseaux. De ce rivage, l'œil suivait les côtes montueuses, jusques dans un éloignement que le plus léger navire, poussé par un vent ne pourrait franchir dans un favorable jour, La plage était semée d'îles sans nombre, qui semblaient se disputer les regards* couvertes de gras pâturaQuelques unes ges, se trouvaient assez près de la fille de Suénon pour flu'elle pût distinguer les troupeaux errans sur leurs collines. D'autres n'offraient que des écueils, et l'on entrmlait les vagues mugir dans leurs grottes profondes. Du côté du couchant, plusieurs galères dispersées sillonnaient la plaine liquide mais les yeux d'Alpaïs se tournaient souvent vers une voile enflée par le vent du midi, et qui disparaissait quelquefois
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entre les îles. Les vœux qu'elle venait d'offrir à la déesse, avaient fait naître dans son coeur une espérance vague comme lcs objets que montre la première clarté de l'aurore, à travers un nuage de vnpeurs. Les efforts de sa raison ne peuvent écarter une pensée semblable aux songe» enfans do ses desirs. A mesure que la voile s'approche, elle sent s'élever dans son ame un trouble plein de volupté, mais que mille doutes, mille craintes viennent empoisonner aussitôt. – Neferme point ton cœur à ces tendres pre6sentimens, lui dit la viergo de Freya: repousser un espoir envoyé par les dieux, c'est rejeter leurs bienfaits les plus doux. Alpaïs, ces dieux protecteurs de l'innocence ne te refuseront pas un bonheur qu'ils ont bien voulu t'annoncer.- Lalilledes héros lui rend graces de ses soins consolateurs et ne pouvant mettre un frein à l'impatience qui la presse, elle tourne ses pas vers l'endroit du port où la barque semblait se diriger. Légère comme la colombe, lorsque l'amour l'appelle et que les vents la favorisent, elle vole au rivage, et reconnaît la nef que

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son œil a suivie. Les voiles s'abaissent, et chacun saisit sa rame l'un des passagers montre plus d'ardeur que tous ses compagnons. Le soleil rait briller une armure. les rayons qu'elle lance ont pénétré jusqu'au coeur d'Alpaïs: ses yeux humides regardent le ciel ses genoux tremblans s'inclinent vers la terre – O dieux se pourrait- il?. Abuses par un songe, mes regards. C'est il me tend les bras O lui, c'est Adelstan mon père, il respire, il m'est rendu Sa voix s'éteint, et son ame, qui né suffit plus à sentir son bonheur, flotte entre les ombres du trépas et les clartés du ciel. Ses paupières s'abaissent elle sent couler dans ses veines un feu subtil et pénétrant. Le premier objet qu'elle revoit c'est Adelstan it ses pieds. Mais comment ma voix trouverait-elle des paroles pour exprimer leur félicité? Mes pensées ne sont plus que des nuages sombres, et mes accens des plaintes. Interrogez votre ame, ô vous, dont l'iune s'ouvre encore au tendre souffle du bonheur. Heureux amans, la vertu même, en

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voyant une flamme si pure, no détournerait point son œil sévère. Donnez un libro cours à vos soupirs enivrez-vous de ces regards, où le feu de l'amour brille à travers l'innocence, comme les rayons de l'astre du jour à travers un nuage éthéré. Hâtez- vous 1 injuste et cruel, déjà le sort est las de vous sourire. Apre* un timide entretien, la beauté de Skone prit le chemin du palais avec le fils d'Adelus, qu'elle conduisait aux pieds do son roi. Harald les apperçut, et fixa d'un œil jaloux ce guerrier inconnu. Suénon pousse un cri de surprise à l'aspect deson libérateur, et le presse dans ses bras avec transport. Tel un passager, à peine sauvé du naufrage où vient de périr sa famille,voit son fils échapper aux vagues furieuses, et le presse d:uis ses bras en bénissant les dieux. – O Buris, s'écrie-t-il en regardant sa fille et le jeuno héros implacable 13uris,tunem'as ravi que mon sceptre 1 roi de Skone amène devant liarald lo vois, dit-il au digne fils d'Adelus.-Tu prince, un fidèle sujet, un brave guerrier. Je te demande pour lui cette hospitalité que Le

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tu m'accordes. Il est beau de voir des mains victorieuses, essuyer les pleurs des malheureux, et c'est ainsi que le sublime Odin reçoit dans son palais les ames des héros. – Il dit, et chacun prend place au festin à la droite du monarque et près de Suénon, étaient assis Renoald et son épouse, illustres par eux-mêmes, et par les vertus de Rollon leur fils. Plus loin, l'intrépide Ilernosand Eyvind à la voix mélodieuse, et les farouches cnfans d'Hildiridis partageaient les membres fumans du chevreuil et du ou remplissaient leurs coupes sanglier quand Harald, excité par sa naissante jalousie, demande quels exploits ont rendu fameux celui que le père d'Alpaïs annonce comme un héros. – II a partagé les travaux et la glo|rq de llol dit Suénon mais au lieu tle prendre part à sa conquête, il est venu retrouver son père, et servir, par de nouveaux exploits, son prince et sa patrie.I/épouse de Renoald, que le roi n'a cessé d'honorer quoiqu'il ait pu refuser z ses larmes la grace d'un fils trop coupable, Ililda sent battre son coeur en voyant un compa0 loi gnon du vainqueur de Neustrie.

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qui suivis les pas de mon fils, lui dit-elle, ses faits éclatans la voix da apprends-moi la Renommée ne m'en apporta jamais qu'un bruit confus comme, les sons que le pâtre, couché sur la bruyère de sa montagne, entend venir d'un palais lointain, où l'on célèbre une fête. – Adelstan répondit Je vais remplir tes vœu*, ô mère du héros qui m'instruisit dans l'art des combats. Rollon, proscrit do son pays, se fut à peine rendu dans les Orcadcs qu'il invita les guerriers Scandinaves à s'illustrer avec lui par quelque entreprise hardie, qui comblât et la gloire deslils du Nord, et la terreur des enfans du Midi. Co héros promit à l'indigent les richesses, au riche les honneurs, la gloire à tous. Je voulus signaler ce bras faible encore, et dont ma patrie n'avait pas besoin alors je me rcndis sous les drapeaux du fils de Rcnoald. Ce fut contre Albion qu'il dirigea ses premiers coups et nous ne trouvâmes sur ces rives que des peuples sauvages. Ainsi que nos premiers aïeu^, aucuns vcloraens no les couvraient, et mille figures diverses étaient empreintes sur leurs corps. Noua

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une contrée montueuse: (imprudcns, c'était contre le grand Alfred que nous voulions éprouver nos forces .') Deux fois vainqueurs, le bruit dè nos succès parvint à l'oreille de ce prince; il marcha contre nous à la tête d'une puissante armée. Mais son dessein nous était encore inconnu, lorsqu'au soleil naissant, Rollon nous fait assembler autour de lui.-Compagnons, nous dit-il, la victoire a suivi nos pas, mais les dieux nous appellent sur d'autres bords apprenez le songe qu'ils m'ont envoyé cette nuit Je dormais au pied d'un chêne antique, dont les rameaux ombragent le torrent', je lorsqu'à travers un nuage lumineux vois un tssaim d'abeilles s'échapper du tronc de l'arbre, et voler vers les régions du midi. Elles a'arrôtent enfin près d'un fleuve maresserré jestueux, aux lieux où l'Océan par les côtes d'Albion et de Neustrie, ne semble plus lui-même qu'un large fleuve. Là dans une prairie couverte de fleurs, ces abeilles trouvent une pâture abondante. Les historieni du paysrapportent aussice songe.

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Leurs peuplades couvrent bientôt cette contrée délicieuse, oii de richrs moissons balancent leurs flots d'or, où do superbes coursiers foulent de gras pâturages où la main des habitans exprime d'un fruit vermeil un breuvage doux comme l'hydromel et non moins savoureuxi que le jus dcs raisins*. Trop avare pour nos climats, la nature accorde à l'homme, dans ces beauxlieux, plus de biens qu'il n'en peut desirer. N'est-ce pas dans cette région, ô mes amis, que nous attendent la fortune et la gloire? – Ainsi parle notre chef; chacun de nous croit voir dans ce songe un avertissement du èicl, et dès l'aurore suivante, pleins d'un nouvel egpoir nous remontons sur nos vaisseaux. JJeçondé.3 parles vents, nous entrons bientôt dans le fleuve que Rollon nous avait dépeint, et nous abordons ses fertiles .rivages. Tout fuit notre approche, et t!esl ù travers des campagnes désertes que nous arrivons sous les murs de la cité dus ISeustriens. Là, ce héros, déjà fameux par iao courage, déploya cette habileté profonde qui lui promet'l'immortalité. Malgré, la hauteur de se» c»tsansdoutole cidre. Cetteboisson

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remparts le nombre et le courage de ses habitans, la ville fut bientôt forcée de reconnaître nos loix. Tremblant dans son palais le roi des Francs envoya contre nous des soldats rassemblés à la hâte, et qui, loin de retarder notre marche, nous préparèrent de nouveaux succès par le bruit de leur prompte défaite. Infatigable ardent Rollon par des atratagêmes renouvelés chaque jour épuisait les fécondes ressources de ses ennemis.
En cet instant, le jeune héros remarque l'impatience et le dépit qu'ITarald allait faire éclater; il se hâte d'achever son récit en ces mots ou plutôt Lorsque nous eûmes soumis ravagé tousles pays que renferment la Seine et la Loire (i) en apportant Jeurs ondes à l'Océan, le roi, touché du malheur de ses sujets crut ne pouvoir acheter à Irop haut prix, et la paix et notre alliance il offrit à notre chef la fertile Neustrie et la main do «afille.

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L'adroit pontife* qu'il envoya vers nous, gagna le cœur du fils de Renoald, et lui persuada bientôt d'adorer le dieu des Franc?. Mais lorsque les vaincus exigèrent de lui – Roi a fléchi le l'hommage accoutumé genou devant votre dieu; n'est-co pas assez, répondit-il? – Le roi garda lo silence, et l'un des Norwégiens notre remplaçant chef dans cet humiliant devoir, satisfit à l'orgueil de tous deux. Comme la Neustrie, tant de fois dévastée,ne pouvait nourrir ses nouveaux habitans, la Bretagne nous fut cédée jusqu'au temps où de nouvelles moissons couvriraient nos campagnes. Aussi-tôt que le cri de la guerre eut fait place aux chants de la paix, content d'avoir instruit mon bras à défendre mon prince et ma patrie j'entendis leur voix quime rappelait, et la voix des dieux qui m'ordonnaient de quitter des étendards dont leur nom était effacé j'avais un père enfin. Et mon fils n'avait plus qu'une mère s'écrie – A ces mots,, elle douloureusementlIilda! jette un coup-d'oeil de reproche sur ReL'archevêque Je Rouen.

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noald, qui, par une inflexible équité, n'avait point essayé de fléchir son prince en faveur d'un fils, que lui-même il jugeait coupable. La présence du jeune héros et lesouvenir de ses exploits, élevaient dans l'aine d'Atpais un trouble que sa rougeur trahissait, et qui ne pouvait échapper à l'œil du fils d'IIâldan quel amourest exempt d'inquiétudes les dieux même, les dieux, dunt un regard fait trembler la terre, craignent sou-vent de voir leurs flammes dédaignées. Ilalvard cependant, toujours plein de ses projets, se livrait à l'espérance de les voir bientôt réussir. Un de ses émissaires qui dès l'aurore avait suivi la fille de Suénon au an temple de Freya, venait d'apprendre ministre quel violent amour semblait unir cette princesse et lç jeune guerrier de Skone. Aussi-tôt un nouveau stratagème s'offre à la pensée de l'IJildireïde – Oui, dit-il oui, j'exciterai mon maître à demander la main de cette étrangère, qui brûle pour un autre que lui. Par-là, j'attirerai sur elle et sur son père une ardente persécution parlà ,je Toilerai la haine que je leur porte et

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servant la faiblesse du prince, je recouvrerai sa faveur. Mais si mon ennemi, oubliant ce qu'il doit au sang d'Adelus, et sacrifiant le bonheur de sa fille, obtient d'elle un pénible consentement. alors plus do détours j'implore le bras de Volkind et Volkind saura tout oser. -Tels sont les noirs projets que l'IIildircïde roule dans son aine. C'est ainsi que le perfide Loko résolu de précipiter Balder dans les demeure» infernales arma contre lui la main du dieu terrible dont les yeux sont fermés à la lumière. Peu de jours s'étaient écoules depuis l'arrivée du fils d'Adelus, lorsque l'artificieux Halvard, se trouvant seul avec son maître lui dit-il, tu vas bientôt, pour la –Prince cause la plus juste et la plus glorieuse, entreprendre une guerre sanglante. llclevcr le trône d'un roi vertueux, est une entreprise digne de ton grand cœur; mais tu peux en attendre un prix qui ne convient pas moins à ton ambition héroïque. Je ne te dirai point que la fille de Suénon brille de mille appas; ni tes yeux ni les miens ne peuvent s'arrêter à ces frivoles avantages

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VIII.

Inais elle a sur la fertile Skone des droits que le don de sa main pourrait t'assurer, et lorsque son père ne serait plus, tu joindrais à tes Etats les riches provinces que tu vas oublie tes conquérir. Que la fille d'Eric sermens une constance assez longue a déjà payé ses feux. Un monarque, un conquérant, doit-il, prenant d'autres guides que la gloire et la fortune, s'asservir à la foi qu'il promit aux autels de l'hymen? La postérité ne verra pointles pleurs dont Gidda va baigner sa couche délaissée, mais elle comptera les Etats que le fils d'Haldan aura su réunir sous un même sceptre. Il n'est point d'égarement dont le souvenir ne doive être effacé par l'éclat de ta gloire. Le monarque prête l'oreille à des con«eils qui flattent le penchant de son cœur. les ondes Lorsqu'un rocher qu'entraînèrent orageuses, est enfin arrêté par quelque obstacle sur la pente des monts, le moindre choc l'ébranlé et le précipite au fond do l'abîme tel, succombeà l'effort des passions, celui qu'un coupable secours aide à franchir Ja barrière du devoir. La reine.

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SCANBI.NAVllS.

Sans tarder davantage, le prince découvre à Suénun ses projets, et l'amour dont il brûle pour Alpais. 0 mon héros quelle fut ta douleur à l'offre de cet hymen, fait pour combler les desirs d'un cœur moins généreux L'asyle qui te reçoit, et l'alliance d'un monarque glorieux, et l'espoir de punir enfin tes perfides oppresseurs, co moment te ravit tout tu te vis errant, proscrit, cherchant par-tout des bras pour, et ne trouvant pas même des le venger coeurs pour te plaindre en apprenant cet amour, tu courbas sous le poids de la fatnMais tu la relevai! lité ta tète infortunée. bientôt, jaloux de te montrer digne encore, non de ta fortune présente, mais de ta vertu passée. Le monarque, en rejctant lcs offres d'IIarald, ne voulut point dévouer Adelslan à sa vengeance, par un aveu trop sincère. – Grand prince, lui dit-il, ce pénible refus, c'est un devoir sacré qui le commande. AIpaïs a donné son cœur, et ma reconnaissance confirme ce choix dicté par l'amour seul. Heureux lorsque mon ame a besoin de répandre un bienfait, et que le sort m'a

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tout ravi, de remplir à-la-fois mes devoirs et les vœux de ma fille Plus heureux, si je n'affligeais point un héros que je révère, et dont l'accueil secourable a passé mon espérance J'en conserverai toujours la mémoire. Je vois trop à quels malheurs je m'expose, mais du moins ils ne seront pas mérités. – Je suis surpris de ta réponse, dit le prince, renfermant son dépit j cependant elle ne saurait m'offenser et lorsque tu refuses de conserver ici les droits de l'amitié, tu n'y perds point ceux du malheur, ni ceux de la vertu. Si j'ai pu t'écouter avec tranquillité, crois que je ne t'abandonnerai jamais à la vengeance de Buris menaçant, Suénon malheureux aura pu me braver impunément. – II dit, et se retire aussi-tôt dans un asyle écarté, qui le dérobe à tous les yeux. Tel on vit autrefois le beau Frey, plein (l'une audacieuse curiosité s'asseoir au trône du souverain des dieux, pour contempler les astres planant dans l'espace. De cet œil divin, qui distingue les objets d'un monde à l'autre, comme l'insecte imperceptible voit les moindres inégalités d'une

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SCANDINAVKS,

feuille d'herbe son universel apperçoit vers le pôle une jeune beauté, dont la chevelure ondoyante ressemble aux rayonsdo lumière que laisse après elle une comète. Mais à l'instant même il tombe de ce trône auguste qu'il profanait, et demeure consumé d'un feu sombre et dévorant (a). Tel et plus malheureux est le prince aux cheveux d'or, depuis qu'il a perdu l'espoir dont il s'enivrait. Ses favoris et les beautés Je sa cour, empressés autour de lui s'ef-1 forcent de dissiper sa noire mélancolie. Uno fête se prépare dans le palais mille instrumens harmonieux appellent l'allégresse, et mille torches répandent une éblouissante clarté. Les guerriers les scaldes, les iarles, épars sous les portiques ou dansles jardins, occupent leurs loisirs par des chants, (les danses et des combats le spectacle même de leurs jeux devient un plaisir pour ceux qui ne peuvent y prendre part. Quelques-uns cependant s'éloignent de la foule sous ce* bosquets, dont lu voûte redouble l'obscurité du soir, deux amans ne veulent cnlcndro que leurs soupirs. Plus loin, deux ambide leurs desseins tieux s'entretiennent

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VIII.

toujours ils embrassent l'avenir, et foulent aux pieds le présent. Lorsque la mort viendra fermer leurs yeux, ils sentiront peut-être qu'ils ont oublié de vivre. Mais déjà l'on est assis au festin, et déjà devant les tables couvertes de mets délicieux, chacun vient d'appaiser sa faim quand Eyvind averti par un signe des Hildiréïdes, prend sa lyre immortelle, et chante les voyages du dieu Thor au pays des géans (3) les épreuves qu'il y soutint, les et ses combats prestiges qui l'abusèrent, contre le grand serpent (4). Après lui, le ilivin Abellos chante la mort du dieu Balder (5), et ses funérailles, où l'on brûla, sur un même bûcher son nain, son coursier, et le corps de son épouse, que le désespoir avait conduite au trépas il n'oublia point la descente d'Herraode aux enfers, pour délivrer le dieu (6), ni la cruauté de la magicienne qui renversa ses projets. Après lui, l'enjoué Sténon, laissant errer ses doigts sur une lyre où l'argent se mêlait à l'or, célèbre la naissance de l'art des scaldes. Le monarque n'a point écouté ces récits · son ame est comme le frêle esquiftourmenté il. 5

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SCANDINAVES.

par les vents et les flots. Il regarde tristement Alpaïs, et l'image d'un bonheur dont il a perdu l'espoir, plus cruelle que la crainte de mille maux, plus cruelle que ces maux même vient sans cesse obséder son esprit. Il voudrait ne pins la trouver belle mais aussi-tôt qu'il jette les yeux sur elle, l'amour reprend dans ses yeux et dans son cœur h\ placequ'il venait decédcruu dépit. D'autres fois il regarde le fils d'Adelus, et ses dcsirs impétueux s'anéantissent à l'idée d'un rival préféré, comme on voit les vagues élancées dans les airs, se briser contre un roc inéquelques instans de calme, branlable.Après ou plutôt d'accablement,la haine élùve dans son ame un plus terrible orage. Au milieu de sa fête, il est sombre comme les dieux irrités, lorsqu'après mille oHuiscs, un peuple sacrilége se flatte de les appaiser par de vaines prières. Le héros de Skone montrait une égale tristesse, mais à travers les nuages dont se voilait son front auguste, l'on démêlait encore cette sérénité d'une ame sans reproche, que les rigueurs du sort ne peuvent altérer.

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Cependant la foule se dissipe; les Scaniens se retirent, et le monarque reste entouré de ses favoris. Tous lisent dans ses traits le trouble cruel qui l'agite les Uildireïdes seuls en savent la cause nul n'ose l'interGrand roi, dit enfin Sygtrins roger. lorsque les dieux ont prodigué leurs bienfaits pour assurer le bonheur de tes jours, de faiblesmortels n'essaieront pas de ramener la paix dans ton cœur. Mais il est un présent de ces dieux, qui dissipe nos chagrins comme les rayons du soleil naissant chassent l'obscurité. Ordonne que l'on apporte ici quelques urnes de cette liqueur délicieuse dont s'enorgueillit le pampre, et qui nourrit le roi du ciel Que la sagesse, après une longue et pénible épreuve, nous apprenne enfin à supporter nos malheurs Sygtrins lui préfère le sang de la vigne qui les fait oublier dans un instant. -A ces mots, de jeunes esclaves placent devant le roi quatre urnes d'un vin généreux, apporté du midi par le pirate ^Eger. Halvard en verse à son maître dans la corne d'un L'undciliiljireîdej. *• Odin ne le nourrissait que de vin.

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buffle monstrueux, que le chef de sa race, perça dans les forêts de Sorcdalc. lngo Honteux de son abattement, et pressé par ses favoris, le monarque vida plusieurs fois et d'un seul traitla coupe de ses aïeux. Bientôt l'IIildirâde voit briller dans les regards du fils d'IIald.ui les étincelles de l'ivresse et sollicite, par un discours adroit, l'épanchement de sa douleur. Le prince avoue son amour, et dit tout ce que peut nous inspirer la plus ardente flamme quand nous avons perdu ce peu de raison qu'elle nous laisse, et qui ne sert qu'à voiler notre égarement. Quoi tu règnes, s'écrie l'un des frères d'Ilalvard; tu règnes, et tes désirs ne sont pas desloix?Unprinccn'est-ildoncassisautrôno que pour être le premier esclave de son peuple, pour lui sacrifier son repos, son sang, et jamais n'oser prendre une récompense que ce peuple ingrat ne lui décerne jamais?A ces mots, il s'arrête, craignant que par sa générosité naturelle, Harald ne fût révolté de ce discours mais le meurtrier de Thorolfe, le perfide Ilalvard, saisit ce moment propice, et lui dit: – Le vainqueur de tant de monarques doit-il se laisser vaincre par l'amour,et ramper en esclaveaux pieds d'uno

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VIII.

ellière fugitive? Elle a méprisé tes soupirs, et que le fits qu'elle obéisse à teS'ordres, d'Haldan ne courbe pas devant une femme, un front où la victoire a placé tant de couronnes.Tandis qu'avec une coupable adresse, les favoris d'PIarald l'entraînaient à des actions indignes d'un roi, Suénon, retiré dans l'une des extrémités du palais,apprenait à sa fille et recevait de sa de nouveaux malheurs, pieuse tendresse les plus touchantes consolations. La lueur des torches s'affaiblissait, et la pâle clarté de Mona faisait seule distinguer le faisceau de colonnes qui supportait la voûte, et les superbes courtines que des anneaux d'or y tenaient suspendues. La fille de Suénon à peine a fermé la paupière, et des songes. amoureux, voltigeant autour de sa couche, s'emparent de ses sens, qu'un doux repos venait de soustraire à l'empire de la douleur. L'image de l'objet aimé, comme un génie tutélaire, est toujours présente à notre ame lorsque nos yeux s'ouvrent aux rayons du jour, c'est elle que nous voyons, et nous la voyons.

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encore après que les voiles de la nuit nous ont dérobé tout le reste. Abusée par cet enô fille de mon roi, tu joui» clantement, «l'un bonheur que ton ame pure ne conçut, n'espéra jamais. Tu vois Adelstan « tes pieds, s'enivrant de tes regards et do ton aspect plein de charmes. Tes lèvres de rose ]}rûkr(t d'une soif inconnue, qui ne peut s'étiyicher que sur les lèvres de ton amant: tu savoures cette volupté, compagne encore (le l'inpocence, et qui surpasse les coupables Tojupics autant que lu Jlaimnc élhéréc du çoleil l'emporte sur la grossicio flammo d'un bûcher. Ses bras de ly's s'étendaient vers l'objet de .son amour. Soudain un bruit tumultueux vient frapper son oreille des mains couvertes d'un frotd acier Ja saisissent, l'cnlèvent. Ses efforts «on impuissans, mais ses cris réveillent son père, son pire qui, sans armes, n'ecoutant que son désespoir, s'élancQ,el brûle de l'arracher à ses ravisseurs. C'est en vain qu'une lumière incertaine lui montre des guerriers: les viBicrcs de leurs casques sont baissées, et leurs armures lui sont inconnues, Les boucliers le repoussent

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VIII.

avec force, mais les épées semblent éviter la troupe disparaît, et les de l'atteindre portes se referment sur lui. Suénon, resté seul, les agite sur leurs gonds frémissans, mais la prévoyance des perfides enchaîne sa fureur. Eperdu de fatigue, il se jette enfin sur sa couche, et la déchire avec les dents, ainsi qu'un lion en furie. – Enfer, s'écrie-t-il, enfer, ouvre- toi invente, prépare de nouveaux supplices Ils m'ont ravi ma fille, ma fille seul bien que m'eût laissé le sort, et plus précieux mille fois que tous ceux dont il m'a dépouillé. N'entends-je pas ses cris ?. Sans doute en cet instant elle m'implore, ou peut-être, accusant son père et les dieux, elle invoque la mort, seule divinité propice aux infortunés. Asyle perfide 1 ce palais était donc l'antre de la tyrannie ? Rendez-la-moi, murs exécrables Redoutez la foudre, ou plutôt redoutez mon bras furieux la foudre tomba toujours à côté du Il dit, et parcourt d'un pas coupable égaré l'enceinte qui le renferme: ses regards étincelans comme l'éclair qui sillonne un ciel orageux, ses rapides regards en cher-

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chent en vain l'issue c'est en vain que tîù ses bras nerveux il saisit, il ébranloles colonnes la terre tremble sous ses efforts, tes voûtes en retentissent, mais sa prison demeure. Des larme.? amères s'échappent de ses yeux, et se mêlent aux flots de suenr qui ruissèlcnt sur son sein il reste enseveli dans un accablement t'-gal au repos do la tombe. Tel un taureau sauvage demeure étendu dans la fosse profonde, ou les chasseurs l'ont précipité quoique sa rage soit impuissante, ils ne peuvent le regarder sans frémir; et lorsque les forces lui manquent, son mugissement seul inspire la terreur. L'aurore brillait dc'jà dans les cieux, mais la nuit rapide avait laissa sur la trrro et le sommeil et le silence. Suénon, renfermant sa colère, prêtait une oreille attentive, et cherchait à distinguer les pas du premier Scandinave que le sort conduirait dans ces lieux. Tandis que mille soupçons s'élevaient t dans son ame oppressée, la voix d'Adelslaii se fait entendre. Cehéros appel le son prince et sur sa triste réponse, détache avec sur-

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prise une chaîne tendue devant les portes. O douleur il ne voit pas son amante, et les traits de Suénon portent l'empreinte du mais il ose à peine l'interroger, désespoir son trouble parle.-Tu cherches en vain ma fille s'écrie le roi des monstres, des Pourquoi m'ont ils laissé le jour, perfides. resqui m'est affreux sans Alpaïs -Elle pire I Volons à son secours. Songe, ô mon roi, songe que le sang d'Adelus coule dans mes veines, c'est pour le répandre en ce jour que les dieux me l'ont conservé. Dis quel mortel a pu commettre un si grand forfait, et je cours le punir. – Suénon l'instruit alors des offres d'Harald, et de l'affreux attentat que la nuit a couvert de son ombre. Tous deux s'éloignant aussi-tôt, vont dans un lieu plus secret cacher leur agitation et préparer leurs bras à délivrer Alpaïs. Tel ce fleuve superbe, qui non loin des murs de Tonsberg, s'ensevelit sous la terre, perce le sein des rocs et reparaît bientôt plus impétueux et plus terrible. FIN DU UVRE HUITIÈME

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O vous dont les regards sondent l'abîme des cœurs, arbitres do l'univers, pourquoi vous reposez-vous surl'liora me, surl'honime trop souvent faible ou criminel du soin de juger ses semblables? Quel trouble vengeur doit agiter celui qui, d'une main souillée de forfaits tient le glaive et la balance de la au mépris des loix justice Osera-t-il, épargncr le coupable qu'elles réprouvent? Osera-t-il punir un crime, lui, dont les crimes sont impunis L'arrêt qu'il vient de prononcer, la voix du remords le répète à l'instant contre lui, et cette voix retentit dans son ame comme celledes mille bouches d'airain qui sous les sombres et profondes voûtes des enfers, dévouentlespâles ombres à des tourmens éternels. Au pied des montagnes qui font reconnaître aux navigateurs le séjour du fils d'Haldan, s'ouvre une vallée ténébreuse, où les cyprès, semblables à des pyramides

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funèbres, percent l'ombrage des pins antiques. A l'extrémité de cette vallée, des rocs à demi revêtus de mousse, et noircis par les eaux du ciel forment une enceinte où l'on ne pénètre qu'avec terreur. C'est la que, sur un trône de fer, le monarque de Norwège écoute les plaintes de ses sujets. Au jour marqué pour remplir ces augustes devoirs, jour qui suivit l'enlèvement d'Alpaïs, Ilarald, accompagné de ses iarles, se rendit dans cette enceinte voisine de son palais. Sa démarche incertaine, ses yeux égarés, son silence même, révèlent l'agitation de son ame il ressemble au criminel qui va, d'un pas tardif, subir un supplice dont il ressent déjà les douleurs. A peine il est assis, qu'une femme éplorée se jette au pied du trône chacun garde un profond silence. – 0 roi, dit-elle enfin d'une voix interrompue par ses sanglots, venge la nature outragée Ce barbare (elle montrait un guerrier qui marchait sur ses pas,) ce barbare était l'époux de ma fille et sa main parricide a versé le sang d'une épouse Oui, répond d'une voix sévère le meur-

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trier;

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cette main a puni deux perfides, et vengé la foi trahie. Si mon glaive ne s'était point abreuvé de leur coupable sang, mon front rougirait aujourd'hui d'uu déshonneur non mérité. Le sang souille moins que la honte. – Les témoins n peine ont parlé, que l'iarl, interprète des loix, proclame ccllo qui permet à l'époux offensé de vendre son épouse ainsi qu'une esclave. Mais l'accusé, est controp rigoureux dans sa vengeance damné par les juges à payer la moitié de l'or dont un meurtrier rachèterait son crime. Un autre guerrier s'avance – Les matelots réparaient mon navire dit-il, et ma part des richesses enlevées à nos ennemis demeurait exposée sur le rivage des mains inconnues m'ont dépouillé pelidant la nuit, au mépris de nos loix; de nos loix qui défendent à tout Norwégie» de renfermer ce qu'il possède, et lui permettent de recourir au trésor des rois pour être dédommagé de ses perles. – Le monarque ordonne aussitôt de remettre au guerrier le prix des dépouilles qu'il réclame. Au même instant, des soldats amènent devant le prince un exilé, pris les armes à la

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main sur un navire ennemi. Que me veux-tu? dit l'infortuné celui que les bourn'a plus rien à dire à reaux attendent, ses juges. S'il est vrai que ton bras, poussé par une rage parricide, se soit armé contre ton pays, ton arrêt est prononcé la mort seule peut expier ce crime. – O patrie, patrie toujours chère à mon cœur ton nom sacré sera-t-il donc s'écrie-t-il, Ce n'est le signal de tous les attentats c'est contre toi, e point contre mon pays tyran, que ma main a levé ce fer. En vain tu prétends confondre ton intérêt et celui de la patrie. Héritier d'une race odieuse, ^de quel front oses-tu parler de la justice, quand tu n'aspires qu'à cimenter la tyrannie ? Il achève un iarl prononce à haute voix cette loi terrible: -Les exilés qui s'uniront aux ennemis de la patrie, et tourneront leurs armes contre elle perdront et leurs biens et la vie. – L'accusé, saisissant un poignard – Cruels leur ditil, à travers le nuage de l'avenir, je vois briller la foudre qui doit vous frapper le sème la vengeance et la sang innocent mort Il dit, et d'un coup affermi par sa colère, il se perce le cœur et dérobe sa

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tête au snpplice. Lo roi détourne les yeux, p et déplore en secret su puissoupire sance. Dans ce moment, Suénon paraît aved Adclstan, et le monarque, entouré do l'uppareil des grandeurs, chancHcsurson trône. Il pâlit comme s'il eût vu l'abîme ries enfers s'enlr'ouvriraux éclats de la foudre. – Justice et vengeance! s'écrie le héros prince, et vous iarles et vous dieux souverains, qui jugez à leur tour les juges des uiorlcls écoutez les plaintes d^n père, partagez les affronts d'un roi Dans ce palais, où l'hospitalité m'offrit un asyle, je me livrais sansj méfiance au doux sommeil, lorsque des inconnus m'ont arraché la fille de mon amour, la fille qui devait être et la gloire cl l'appui de ma vieillesse infortunée. Les perfides étaient couverts de toutes leurs armesrils se ilaltent sans douto d'échapper à ma vengeance, comme ils ont su se dérober à mes yeux. – Le fils d'IIaldan gardait le silence. – N'esl-il aucun signe qui trahisse l'auteur d'un si lâche attentat? dit le premier des iarles – Le jour même qui précéda cette nuit fatale uu guerrier. que j'honorais,

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m'a demandé la main de ma fille, et je l'ai refusé. – Tu n'as point d'autres preuves? Nos soupçons, -D'autres preuves! ainsi que les tiens, tombent sur celui que son amour et tes refus ont pu porter à ce coupable égarement; mais de simples soupçons ne sauraient entraîner les ministres des lcs gardes qui nous entourent, loix.-Que dit un autre juge, le suivent à la demeure dede celui que tout semble accuser.-Sa meure est inaccessible à vos poursuites. Quel est donc ce coupable si puissant?. ces mots regardant • le -Votre roi.-A prince – Oui, c'est toi que j'accu se, toi qu i m'as demandé la main de ma fille, toi que j'ai refusé, toi qui ne m'offrais ton appui Eh bien que pour m'arracher le cœur. cruel, viens assouvir ta rage, ou recevoir le prix de ton crime. Ebloui de l'éclat qui tu t'es flatté d'enfreindre avec t'environne, impunité les loix les plus saintes mais devant le fer, tous sont égaux et les dieux prononceront entre le perfide ravisseur et le père outragé. Je t'appelle au combat. Descends,descends de ce trône élevé pour la justice ne dédaigne pas un ennemi que Jes dieux ont fait ton égal. Comme toi, Suénon

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fut assis sur le trône; mais il tendit aux mal · heureux une main seeourabte, et jamais ne viola les droits de l'hospitalité (i).–A ces mots, le roi s'élance hors du tribunal, et tirant son épée: – Téméraire s'ccric-t-H c'en est trop, et tu vas porter cl)c~ les morts colère etontio une plainte arrogante.La sa voix. Déjà le père d'A]païs a levé son bras redoutable. Les iarles volent an-devant de ses coups.-Que lais-tu, grand roi? ditt l'un d'eux au fils d'Ilaldan: le chef de l'Etat, sur un insolent déli, doit-il exposer ainsi Stt tête sacrée? Ah! plutôt, ordonne que l'étranger soit il l'instant chargé de fers. Le monarque résiste long-temps à leurs la brûlante saison où l'astre prières~Dans du jour ne quitte point notre ciel, on voit deux orages accourir de l'un et l'autre pôle, et se livrer dans les plaines de l'air un comla victoire a balancé bat furieux mais bientôt l'écho des valions ne repète p]us que les roulemens d'un seul tonnerre. Ainsi Je courroux d'ilarald futvaincu parson amour. -Non non, qu'il reste libre s'écrie-t-il. L'audacieux, en recevant des fers, pourrait penser qu'HaraId a redouté son bras. L'hu-

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punite de son arrogance lui prouvera que je même après l'avoir respecte l'hospitalité. outragée. Aveu pénible dans cette enceinte sacrée, où la justice doit parler par ma voix; mais si le crime a pu souiller mes mains, l'imposture du moins n'aura jamais souille. ta fille esten mon pouvoir, mes ]évres.0ui, et non moins respectée que dans le palais de ses aïeux. Lorsque, prêt a répandre mon sang pour elle, je brûle d'obtenir sa main, la mienne ne versera point le sang de son père et n'élèvera point entre cette pieuse fille et moi une barrière éternelle. -Il dit, et ne pouvant échapper au remords sans fruit qui le presse, il veut du moins le cacher à tous les yeux, et s'cjoigne a pas précipités. Les soupçons du héros ne sont plus combattus par aucun doute; une affreuse lumière vient de lui montrer un coupable ennemi dans celui que la veille, il se plaisait à nommer son bienfaiteur. Suivi du fils d'Adelus il perce la foule, et prend un chemin détourné pour se rendre au palais du prince. Les deux guerriers passèrent le reste de cette journée déplorable en d'inutiles 4 f.

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recherches sur le sort d'Aipaïa. Lorsque Suénon contemplait sa détresse et la puissance d'HaraId l'inflexible nécessité lui dià ta fille, oufléclus devant sait :–Renonce l'oppresseur;-mais repoussant la honte, il se débattait douloureusement contre l'infortune. Le soleil, sur son déclin, a ramené l'heure des loisirs qui précèdent le repos. Résolu do tout oser, et connaissant les plus secrètes issues du palais, Suénon entreprend d'en parcourir)a vaste étendue. La magnificence semblait avoir présidé seule :t la construction de cet édifice, mais IIarald n'avait rien oublié pour le rendre capable de résister aux ennemis que la mer pouvait amener sous les murs ce palais était entouré d'une d'ou l'œil mesurait les galerie couverte monts les plus élevés, et dominait au loin les humides plaines de l'Océan. C'est dans cette galerie solitaire que le héros pénètre, brûlant de découvrir le lieu qui renferme sa fille. Sa main est armée d'un poignard il ffBeure à peine le marbre, et son adresse, qui

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le dérobe à tous les yeux, ne laisse rie<i échapper aux siens. Après mille détours, il se trouve enfin sur un donjon orné de ~)eurs, et couvert d'une toile de pourpre. H reconnaît Ja voix de la reine, il s'arrête. Chère Zéoiinde) disait-elle l'une de ses femmes amie de ma jeunesse et dépositaire de toutes mes pensées, tu connais les maux qui m'accablent, et les maux plus grands dont je suis menacée je veux les conjurer. Epouse, je me rappelle tout ce que j'osai comme amante j'oserai davantage encore. Je sais quelle retraite me cache une rivale odieuse tout sera légitime à mon désespoir. Mais avant de le prendre pour guide, employons près du roi de Skone les menaces, et jusqu'à la prière. Mes yeux ne l'ont apperçu ni dans le palais ni dans les jardins. Je veux lui parler; qu'il vienne! hâte-toi. et sur-tout, évite les regarda de mon époux!– Le monarque entend cet ordre, il en conçoit un présage favorable, et s'offre soudain auxyeuxdeJareine.EHepousseuncridesurd'une prise, mais se levant aussi-tôt:–Père rivale que je veux bien épargner encore,

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lui dit-elle, sois prêt à fuir avec Alpaïs, si tu veux )d sauver. A l'heure qui partago la nuit, attends-moi sur le rivage, vers l'extrémité du palais que des amis intrépides s'y rendent au même instant sur une barque Suénon voulait prête à braver les flots. – parler. Epargne-toi le soin do te justiGer, reprit-elle; je te connais et tu sais quelle est Gidda ton adresse me promet le succès. ta vie me répond de ton xele.–0 reine, tu mêles au plus grand des bienfaits la plus cruelle injure mais je suis père, et tu me rends ma fille !–II la quitte à ces mots, et court retrouver Adelstan et Théodolphe ses premiers mots font passer dans leur ame les transports de la sienne et l'ardeur dont il est animé. Ils se hâtent de proilter des rapides momens qui leur restent le danger, s'ils l'appcrçoivcnt, est peureux un nouvel aiguillon. Tandis que le roi de Skone avertit J!utlilus, les deux héros vont chercher loin du palais une barque, et tout ce qui peut être utile à l'accomplissement de leurs desseins. Dans leurs regards, brille cette puissante énergie que trouvent les grands coeur!

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pour braver l'injustice: embrasée de ce feu sublime, la vertu sans appui peut combattre la tyrannie armée de toute sa puissance. Déjà l'on n'entendait plus le rustique hautbois du berger ramenant ses troupeaux; le sommeil et le silence régnaient dans les champs et dans les bois, sous le toit du pauvre, et dans le palais des grands. Cependant, on entendait sur les collines lointaines aboyer les fidèles gardiens des bergeries, qui se répondaient à l'envi, comme les sentinelles d'un camp voisin de l'ennemi. A des intervalles égaux, les vagues venaient se briser contre le rivage, et leur triste frémissement se mêlait aux sons mélodieux que les vents apportaient de la forêt prochaine. Muets comme le marbre des portiques, les guerriers sont cachés sous de sombres arcades qui joignent le palais à l'Océan. En vain leurs avides regards scrutent l'obscurité à chaque instant qui s'écoule, leurs cœurs sont agités d'une plus. vive inquiétude. Déjà leurs yeux ont vu dispara!t)r& la lumière des flambeaux qui. brillaient dans l'intérieur de l'édiËce. Si quelque bruitimprévu vientà frapper Pair “

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leur sang s'arrête comme le torrent l'haleine glacée des aquilons.

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Cependant du sein des ténèbres, un objet s'avance, et para!t s'agrandir. – E~t ce vous? -Le héros s'écrie- t-on d'uncvoixctnunee. do Skone répond; mais il ne voit, n'entend plus rien. Un nouveau trouble s'emparait de son ame, lorsque deux femmes, semblables aux brillantes filles de la destinée s'approchent d'un pas furtif et rapide. Sucvo)c dans ses ,mon reconnaît AIjpa't's~Atpaïsa bras. Peu sensible à leu joie, la ncreGIdda .menace encore sa rivale en la rendant au bonheur. Pars lui dit-elle, et si tu ne crains pas l'amour d'un perfide époux, redoute la colère d'une épouse oficnséc. Si jamais tu m'apportes de nouveDcs alarmes, c'est la terrible Héla qui désormais me rupondra de toi.Comme elle s'éloignait, un des soldats chargés de la garde du palais, attiré par to bruit, apperçoitles Scandinaves. Leur marche précipitée, l'heure, le ticu tout les Les WttUriM. ~Mtettiote* du livre premier.

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IX.

rend suspects à sa méËance: il accourt, il les joint au moment où posant le pied sur l'esquif, ils étaient entre ronde et la terre, entre leur salut et leur perte. Théodolphe le désarme, le renverse, et le fer déjà levé sur lui Silence ou la mort –Mon devoir et la mort s'écrie le Norwégien. A moi, compagnons, vengeance! -Soudain des voix confuses etle bruit éclatant des armes, frappent l'oreille des guerriers. Suénon, touché de l'intrépidité du soldat, et pouvant l'épargner sans péril, l'entraîne dans la barque, et l'y retient d'un bras vigoureux, tandis qu'à force de rames, Ica guerriers s'éloignent du rivage. La flèche aux triples ailes pouvait les atteindre encore, quand les gardes accourent en foule, et poussent des cris de fureur eu les voyant disparaître derrière les rochers dont la plage se hérisse. Nul autre esquif ne s'est offert aux yeux des Scandinaves à l'entour du palais ils na redoutent point, en ce premier moment, les poursuites de leurs dit le prince au Norwéennemis.-Soldat, gien, j'ai payé du don de la vie ta courageuse fidélité; t'épargner fut mon devoir, J

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SCANDINAVES.

comme le tien de braver la mort. Mais quitte envers ton roi, tu vas périr, si tu ne jures a l'instant de no rien tenter contre nous. Parle tu viens de m'apprendre a compter sur ta fol.–Pénétre d'admiration et de reconnaissance, AIderos souscrit à cet ordre. Cependant AlpaYs entoure de ses bras le monarque, et déjà, dans son ame, l'étonnoment a fait place a la joie: – 0 mon père lui dit-elle, ta fille est encore digne do to! je n'ai pas démenti ie sang des héros mes aieux. Mais dans un moment si doux je à ma pensée des pourquoi retracerais rnomens si cruels ? –Tandis qu'cHe répand de douces larmes sur te sein paternel, les Scandinaves tournent leurs voiles vers les contrées quechéritlesoteit. Hurald pouvait avoir donné l'ordre de les chercher sur to rivage ils ne voulaient point y descendre. A l'heure où l'habitant des campagnes se réveille pour conduire au loin ses troupeaux, ou pour se livrer à de plus pénibles soins, ils revoyent encore Solheim, et distinguent le faîte du palais au milieu des arbres touffus qui l'environnent. De )ëger&

ijivur

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navires sortaient en foule du port, fendaient l'onde écumante et couvraient de leurs voiles blanches l'azur de l'océan. Il semblait que la colère d'Uarald leur prêtât les ailes de l'aigle. Les guerriers se trouvèrent alors près de Sclloë, vaste écueil habité par des pêcheurs plus sauvages que les Samo'ïcdes. Suénon connaissait la caverne de cette île par les récits des matelots il résolut de s'y cacher jusqu'à lanuit. Ses compagnons, pourmieux dérober leur marche tous les yeux, abaissent la voile; et s'approchant des rocs dont l'île est entourée, ils découvrent bientôt une caverne spacieuse et solitaire. C'est-Ia qu'ils abordent sans bruit. Ils trament leur barque sur le rivage, et la portent derrière une roche énorme qui s'élève à l'entrée de la caverne, et répand jusqu'au sein même de l'ombre, une ombre plus épaisse. Ils s'asseoient sur des pierres vêtues de mousse, et jettent autour d'eux des regards qui se perdent dans les ténèbres. Non loin de la, s'ouvrait dans le rocher une cavité profonde et sonore, où, de mo-

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SCANDINAVES.

mens en momens, les flots venaient, s'cngoufrrcr et mugir; co bruit, lentement rcformait pété par des échos souterrains une sauvage harmonie qui frappait tous Ic~ coeurs d'une crainte soudaine. Les héros regardaient avec etonncmcntia hauteurde cette grotte, dont une épaisse vapeur dérobait à leurs yeux en quelques endroits les voûtes irrégulières. De ses arcades qui se croisent on se succèdent et so perdent enfin dans une sombre perspective, pendent do longues flèches d'un cristal pur et limpide, qui, loin des regards du soleil, ne brillaient en ce lieu que d'un éclat incer. tain. Les pleurs de la terre s'échappaient de ces canaux transparent et tombaient goutte a goutte sur le aot glissant et sonore. Des coquillages sans nombre, à demi cachés par do vertes lianes qui flottaient en festons, décoraient t'entrée de Ja grotte. Do tous côtés des roches d'albâtre s'élevaient en pyramides, en colonnes, ou présentaient des formes étrangcres au ciseau. Les Scandinaves s'étonnaient de voir des caractères inconnus gravés ça et là sur la C'est ici, leur dit le Norpierre humide.

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wégien que loin avant le siècle de nos aïeux, les flots apportèrent des nves d'Irlande la redoutable Sonnéva. Née d'un sang illustre, elle dédaigna le trône de ses pères, et voulut porter un nouveau culte aux enfans du Sëvo mais ni ses charmes, ni la douceur de ses paroles, ni les prodiges sans nombre dont ce lieu fut témoin, ne purent arracher de leurs cœurs ]a crainte de nos dieux. L'image que vous voyez sculptée sur cette roche, est l'image de son dieu, mort pour racheter les crimes de l'homme; et les caractères qui viennent de frapper vos regards, sont les paroles de ce dieu même, tracées par la main de Sonnéva. Il cesse de parler, et les guerriers, qu'un désir curieux avait amenés sur ses pas, retournent auprès d'AIpais. Suénon, voyant t )a sérénité reparaître sur son visage lui demande commentla reine apuiasoustrairo au pouvoir du perfide IIarald. La tendre fille de Sémiris lui répond en ces mols:A peine les ravisseurs m'avaient entraînée dans un lieu secret, a l'extrémité du palais, que l'un d'eux levant la visière do son casque –Chère Alpa'ts, me dit-i), celui quo

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SCA~DINAVna.

tu vois à tes pieds est l'heureux u)~ d'ilaldan. Mais plus heureux mille fois s'il ne l'était point par un crime. Oh que ne Souveraine do mon puis je l'effacer! empire et de moi-même, quels nouveaux Etats dois je conquérir quels dangers faut-il affronter; qurts ennemis faut-il il l'amour qui t'égaro, et no vaincre?-Toi; me laisse plus voir que mon oppresseur dans un prince que j'honorais. Qti'exigcstu de moi, s'écria-t-il Je puis te sacrifier tout, hors cet amour, à qui nul sacrifice n'estimpossible. Oh qu'ilspeuventaisétncnt t condamner ]e crime, ceux à qui la vertu no défend pas le bonheur! renoncer à toi non, jamais. A ces mots, qui m'ont fait tout craindre, j'ai retrouvé ma force, et saisissant le poiest libre, ai-je gnard qu'il portait:–A)paia dit. En vain ces portes se ferment devant moi les portes du tombeau s'ouvriront *t ma volonté. Dieux hospitaliers, j'avais cru trouver près d'Harald un asyle contre le malheur, et c'esl la mort, ]a mort seule qui m'offre un asyle contre le porUdo -Ces paroles appelèrent enfin le remords dans son

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IX.

cœur. Il sembla sortir d'une longue ivresse, et je ne vis plus, dans ses discours, que le respect et la douleur. Cependant, inflexible dans ses desseins, il plaça quelques gardes aux portes de ma prison. Je laissai couler enfin des larmes que j'avais retenues jusqu'alors. 0 mon père! ô digne fils d'Adelus, ce n'est point à vous tout ce que j'ai souffert que j'apprendrai loin de vous. L'espoir, cette vie des malheureux, l'espoir même ne trouvait aucun accès dans mon âme, et dans cette affreuse tempête, le trépas était le seul port qui s'offrît à ma vertu, quand tout-à-coup la reine a paru devant moi. C'est en vain que les la menace a gardes s'eCbrcent de l'arrêter la bouche, l'or à la main, Gidda les épouvante ou les séduit.–Audacieuse étrangère, me dit-elle, ma haine égale tes offenses, et cependantj'ai pu diS'ércr de te punir. Abjure une coupable ambition entre la couronne et toi, tu trouveras toujours cette main et Lt mort. Ton père va connaître mes volontés, et s'il s'y montre rébelle, je saurai, par d'autres moyens, t'arracher i mon coupable mots elle s'éloigna, laissant ëpoiix.–Ace;

LESSCANMtNAVns.

mon ame incertaine, pérance.

entre la crainte et l'es-

Le fils dTfa!dan revint, et son trouble ]'cmpecha de remarquer le trouble que jo ressentais. Tantôt son visage rayonnait d'amour, et tantôt le dépit ou les remords venaient obscurcir son front.–A]païi), mo dit-U, je n'ai point, oublié que Suénon est ton père; ce titre est un secours plus puissant que la va!cur du héros de Skonc il Quedis-jej iibrc, m'outrage, et respire. exempt de crainte et de dangeM, il n'a point do quitté ce palais, et médite peut-être nouvelles offenses, tandis que sa fille m'acIl ne s'éloigna, qu'âpres cable de mépris. m'avoir entretenue long-temps encore d'une ilamme odieuse. Le calme régnait déjà de toute:) parts, et je rappelais à mon esprit les menaces ou ptutôties promesses do la reine, quand les portes s'ouvrent sans bruit, et nie laissent voir cette princesse armée d'un poignard ctincetant.–Ton père et ses amis t'attensuis-moi sans tarder dadent, médit-elle, ces mots, je m'empresse, et vantage.-A

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1 X.

d'un pas timide je la suis dans une galerie sombre et solitaire.-Observe un profond silence, me dit elle d'une voix animée vainement )'on arrêterait notre marche; cette nuit doit te séparer à jamais du perfide Harald.-Je pénétrai sa terrible pensée; mais rien ne pouvait ajouter à mes craintes. Nous arrivons à j'extrémité du palais elle s'arrête, balance, m'ordonne de l'attendre, et disparaît sous une voûte obscure. Restée une terreur nouvelle s'empare de seule mes sens je ne connaissais Gidda que par sa colère et ma mort semblait devoir pett me disait coûter à son bras.-Fuiras-tu une secrette voix ? Mais comment retrouver ton père ? Les détours de ce vaste édifice te sont peu connus tu peux tomber encore dans les piéges d'un plus redoutable ennemi.–Cette affreuse perplexité ne fut Gidda reparut et me pas de longue durée conduisit dans tes bras, ô mon père! Quel serait mon bonheur, si le retour des maux passés ne menaçait pas notre tête, et si deux implacables tyrans ne poursuivaient point tes jours – Ce fut ainsi que tu parlas, amour des he-

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SCANDINAVES.

touché de ton récit, Aldéros jurait au~C pieds de ton père de ne pas l'abandonner soudain un rugissement terrible, et dînèrent du bruit des vagues, se fait entendre au fond de l'antre, et porte dans l'âme des guerriers cet ctonncmcut, seule frayeur des braves. Ils se regardent, ct lo péril qui les presse n'éteint point en eux un ardent desir d'aCronter des périls nouveaux. Lofer à la main, ils s'avancent vers le fond de la grotte; mais bientôt raprc inegaUtc du terros rein ctrepaisseurdcstcncbrcs,les ob)igent à revenir sur leurs pas. Ils entendirent le même rugissement plus d'une fois encore, sans faire de nouvelles tentatives pour en découvrir la cause. La faim, cette hideuse esclave de ]a mort (a) leur faisait déjà sentir ses cruels aiguisons, et la prudence les empêchait d'aller demander du secours dans l'intérieur d'une île, si voisine de Ja demeure d'Harald lorsque le frémissement des i]ots fendus parla rame, frappa leurs orcilles attentives. Ils ne doutaient pas que les barqucj annoncées par ce bruit, ne fussent en vo~<cs contre eux sans abandonner leur retraite,

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ils saisissent leurs lances redoutables, et se préparent à les abreuver de sang. Le bruit des chants sauvages font reapproche, tentir tout-à-coup les échos du rocher. Le héros étonné s'avance, et voit une troupe formée dc pêcheurs et des rustiques habitans de ces écueils. Ils venaient déposer jeurs simples oSj'andoa sur l'autel champêtre, qui s'élevait à l'entrée de la grotte. Les guerriers gardent un profond silence, et l'un des insulaires, tendant les bras vers la caverne, s'écrie – Fille de l'Océan, puissante Sonnéva, toi qui daignes habiter parmi nous, tandis que les dieux restent dans leurs palais aériens, entends nos voix du fond de ton antre. Protége-nous contre les génies malfaisans, et contre le redoutable dieu des mers. Rends fertile cette humide plaine, que nos rames fais tomber dans sillonnent sans re]ache nos filets ses habitans vêtus d'écailles. Autant les sommets du Sévo s'élèvent audessus de nos humbles collines, autant les plus faibles effets de ton pouvoirsurpassent l'objet de nos vœux. Nous t'adorons ain~i que les dieux de nos pères lorsque tant de 5 th

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SCANDINAVES.

rois gouvernent la terre, le ciel plus vaste encore, n'obéit point sans doute nu seul Cdin. Souverains du ciel, partagez vous nos vœux et nos préscns. – Il dit, ctccscnfans de la mer, qu'un saint respect avait toujours retenus loin de la grotte, montent sur leurs barques et se disdans leurs presses de retourner persent, habitans des îles voisines s demeures.–Les renouvellent ce sacrifice à des jours marqués, dit Alderos, et quoique ce lieu semble désert jamais l'aurore ne retrouve leurs donssur l'autel. Adorateursdes fils deBore nous pouvons sans impiété nous saisir des offrandes que reçoit une déesse étrangère. – ardens à suiLes guerriers s'avançaient, vre ce conseil, mais de l'une des sombres issues de l'antre, un monstre, que les glaces de l'hiver avaient apporté sur ce rivage, une ourse énorme et d'une éclatante blancheur, s'élance, prompte à leur disputer sa proie accoutumée. Suénon, sans donner au féroce animal le temps d'atteindre l'autel,
Odin, 'M frères et M<fils.

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accourt et lui plonge dans la gueule son épée toute entière. Le monstre pousse un cri non moins terrible que les cris de deux armées il se précipite sur le fer prêtes à se heurter il renverse le qui déchire ses entrantes héros, et ne pouvant rapprocher ses dents Les guercruelles, ils'eubrcedel'étoulfer. riers volent à la défense de leur roi, mais avant que leurs lances ayent percé le flanc du monstre, Suénon, par un coup plus sûr, l'étend immobile sur la terre. Les Scandinaves ont à peine réparé leurs forces avec ces mets grossiers, qu'ils lancent leur barque à la mer, et tournent la voile vers le Nord. Ils profitent de l'instant où Niorder ramène au rivage ses ondes reet traversent heureusement tentissantes, l'étroit passage de Kilstrœm, si fatal aux navigateurs imprudens. Rébelles aux loix du dieu des mers, les ilôts de ce détroit osent combattre ceux de l'océan, et l'écho du rivage ne cesse de répéter leurs mugissemcns séditieux. A)déros montre aux guerriers
"Wig~n.

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ce chef dont Adelstan 1'1 naquit HoIIon, suivi les étendards. A cette vue les souvenirs de la gloire et de l'amitié font soupirer le jeune héros. Cette pensée fut rapide les braves no se rappellent leurs exploits, quo pour songer aux efforts que l'avenir attend d'eux. La majestueuse beau té qui conduit le char du soleil, n'a point cncoro franchi l'horizon et les guerriers abordent aux rivca do ils Syndmor. Guidés par le Norwégien traversent la vallée de Soredale avant quo nuls troupeaux n'ayent paru sur les flancs de ses vertes montagnes. Vers la moitié du, jour, ils se trouvent a t'entrée d'une longue suite de précipiccs que les patres appellent sur les rives du Sténoroë (3). Autant pôle, s'éloigne de l'humain séjour le goutTro profond des enfers, autant la terre en ces contrées se dresse, s'alonge, et comme arrachée à sa surface, va dérober le ciel a nos regards. L'ame la plus intrépide ne peut se défendre d'un mouvement de terreur, à la -vue de ces lieux sauvages. Cependant let appuyés sur leurs longues lances guerriers, gravissent péniblement le revers de l'un'

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des montagnes écroulées qui se pressent aux bords de l'abîme. Ça et là, d'énormes rochers, tombés de ces sommets découronnés, forcent le voyagenr à de longs détours sur des pentes escarpées, revêtues d'une herbe lisse et glissante. Héros de ma patrie~ mon oeil, mon cœur vous suit à travers ces périls. Je les vois, ces roches de glace, ces roches menaçantes prêtes à rouler sur vous je vois'cet abîme bouillonnant, dont l'oeil errant épouvanté dcpréeipice en précipice, peut à peine sonder la sombre profondeur. La mort est sur vos têtes la mort est sous vos pieds. Le génie de la destruction a donc plané sur ces régions désolées sa main seule a pu renverser ces antiques monumens de la nature,qui semblaient devoir partager avec elle son immuable éternité ( si toutefois la nature peut survivre à la race des hommes, aux dieux même). Les héros, à travers ces ruines, arrivent t enfin nu pied d'un roc avancé, qui domine toute la vallée c'est là que le desordre étale sa majesté terrible, et semblable à celle de la mort au milieu de son vaste empire. Là, des rochers, dont la mas~e égale celle d'uM

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SCANDINAVES.

forteresse

capable de contenir mille guerriera, pressent la terre de leur poids, et supportentdes rocl'ers non moinsénormes. IJ est peu de momens où ces colosses ne dcrobent aux vallées la lumière du solril, du soleil qui chaque jour s'étonne d'éclairer cc.t lieux, où sa clarté redouble encore l'effroi. De ces rochers, les uns sont noircis par la foudre, et fendus depuis leur sommet jusqu'à leur base jamais l'oeil Ju voyageur égaré ne s'arrête à contempler le limpide cristal et les métaux diaprés que laissent voir leurs flancs entr'ouvcrts. D'autres, inclinant leurs fronts humiliés, jonchent lit terre étonnée, de ces arbres, qui naguère portaient jusqu'aux nues leurs superbes rameaux. D'autres enfin, étalant aux regards du ciel leur base couverte de sable, reposent sur des forêts écrasées. Tel, avant la naissance des dieux, était sans doute le chaos et te] sera peut-être, après leur mort, ce monde, leur sublime ouvrage. d'une montagnû Cependant, nu-dessus dont le sommet brUie ainsi qu'une jticcho

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de diamant, les guerriers remarquent no nuage, qui d'abord ne semble qu'une tache ]égcre,mais qui bientôt se développe, s'étend, et couvre les montagnes lointaines d'une ombre épaisse qui les sépare de l'horizon. – IIfUons-nous, dit Alderos jamais on ne voit les vapeurs se rassembler ainsi vers !c sommet de Sne-IIorn (4), sans qu'un violent orage n'éclate aussi-tôt sur les vallées d'alentour. Tel est dans un ciel plus élevé, ce dieu redoutable, dont à peine le front s'obscurcit, que son bras a déjà lancé la foudre. Des bords du précipice, la beauté do Skone jette un regard suppliant vers ce ciel, que le Ilambeau du monde éclaire encore de sa lumière pâlissante. Oh! combien mon oeil aime à contempler ce tendre effroi, qu'insensible a ses propres dangers, elle éprouve e pour les dangers d'un pore et d'un amant Entends-tu fille de mon maître, entends-tu les vents mugir dans les feuilles tremblantes? Sous leurs baleines orageuses, la vette chevelure des vallées ondoie, brille; et les arbres, iléchissant avec effort, se courbent en,, voûtes mobiles, et les nuages, qui semblent

LESSCANntNAVES.
lentement !o vaste océan de l'air, leurs ombres rapides sur les promènent monts et sur les nbhnes. Si Forage surprend les guerriers avant qu'ils nient pu gagner co va))on paisible, oit le stérile granit cedo enfin la place aux prairies, commfnt sur ces pentes escarpées éviteront-ils les torrens, qui du haut des montagnes, vont entraîner avec eux les frirnats, tes rochers et lesjbrets? leur mareho; nul obsils bravent mille dangers pour échapper au danger plus terrible qui les menace. Déjitte ciel s'obscnrcit, déjà Jes monts revêtent une horreur nouvelle, et cachent dans la nue leurs fronts sourcUIeux, déjà des tonnerres lointains donnent aux c)cmens le signal do la tempute, quand les Scandinaves franchissent le seuil de la Sténor<ju.NuU)a'neau,nu!)e demeure champêtre ne s'offre à leurs yeux: ils dirigent leurs pas vers une forteresse assise sur un rocher enonnc, et qui défend l'accès de la contrée. Les rayons du soleil, perçant une fois encore la sombre voûte des nuages, frappent ces murs antiques d'une lumière Mais ils pressent tacle ne les arrête traverser

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et font distinguer Ica livide tremblante plates-formes, et des tours qui surpassent en hauteur les rochers voisins.-Sais-tu quel iarl habite ces murs, dit le prince au ô guerriers Norwégien ? – Je l'ignore mais j'entrerai beul dans la forteresse, et si la prudence vous défend d'y chercher un asyle je jure de braver avec vous la fureur des démens. -Les Scandinaves suivent ses conseils avec cette confiance, que la foi d'un ennemi n'inspire qu'aux cœurs généreux. Bientôt l'air ne peut plus supporter le poids des nuages qui le pressent, et leurs invisibles cataractes s'ouvrent tout a-coup. Le tonnerre gronde à travers leurs humicles flancs, et retentit au loin dans les vallons et dans les cavernes, tandis que circule dans les forêts un murmure continu, plus lugubre que la voix des manes crrans sur leurs tombes délaissées. Des éclairs redoublés tracent des sillons de feu sur les ondes Impétueuses qui roulant à grand bruit dans le creux des ravins vont changer en torrent le ruisseau de la vallée. Tel un conquérant, qui vient d'envahir un peuple paisible, l'entraîne sa suite, l'arme,

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SCANDINAVES.

et va remporter de nouvelles victoires avec le bras même des vaincus. Dirigés par une heureuse prévoyance les Scandinaves avaient suivi !û pied des montagnes que le Sne-Horn voit s'abaisser devant ses pyramides de cristal. Le sentier quiles conduisait à iafortercssc, était rompu dans mille endroits parle cours orageux des eaux; mais qu'étalent pour eux ces fatigues et ces obstach's au prix des dangers dont l'image appelait leurs regards .sur l'autre rive du torrent La neige, Iesgh)çon.'),]cs rochers, entrâmes &ur la pente des monts avec un bruit égal aux roulemens du tonnerre, se précipitent dans un lac épandu sur le sommet d'une montagne moins élevée. Les ondes, rcfoutéea par cet horrIMe choc, ~élancent vers ]o ciel et rompent leurs diElles arrachent les fogues impuissantes. en déchirant Jo sein de jcts, et s'ouvrent, la terre une profonde et large voie. Enflé par cette irruption soudaine, le torrent ne connaît plus d'autre ]it que le fond mcme du vallon. Les guerriers sentent ]a terre trembler, et frémissent à la vue de ce fléau qui ne peu)

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les atteindre. Au détour d'un rocher, d'oit tombent mille torrens, ils apperçoivent dea troupeaux qui fuyent sur le penchant d'une verte colline: le berger ni ses chiens ne les conduisent p]us: comme eux, ils ne connaissent d'autres guides qu'une aveugle frayeur. L'orage redoublait, lorsque les Scandinaves arrivèrent au pied de la forteresse. Tandis qu'ils se cachaient sous la sombre voûte d'une tour antique, le Norvégien, un feignant de chercher pour lui-même Myle dans ces murs, alla demander quel iarl y commandait. Mais quoique les guerriers n'eussent vu paraître aucun des habi)ans un garde enfoncé dans sa retraite Formée du tronc d'un chêne, avait observé ~eur marche et venait d'en avertir le gouverneur. C'était toi, respectable Ariomire, et tu te .endis aussi-tôt sur ses pas, à l'endroit où es Scandinaves attendaient leur guide.leur dit cet iarl 2ui que vous soyez rous essayez en vaiu de vous soustraire à ici tout criminel ~ea regards. Paraissez

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trouve un châtiment, et tout malheureux, des secours. -Ils sortent la noble staturo la touchante beauté d'AldunIsd'Adelus, pa'is et le port majestueux du roi de Skonc, les yeux du gouverfrappent tour-à-tour neur. A leur aspect, les soupçons qu'il avait conçus, s'évanouissent comme les vapcui's du matin aux rayons du soleil un pouvoir invincible lui commando soudain Jo que le sort amené devant respect.–Ceux toi, dit]e héros, ne sont ni des coupables ni des ennemis. C'est pour nous défendre de l'orage que nous sommes entrés ici. Je ]o dont le tonnerre gronde jure parAza-Thor, en ce moment sur nos têtes. Mais pourquoi recourir aux scrmcns ? L'auguste empreinte de la vertu que jo vois briller sur ton front, me le dit assez non, lu n'acca.bles point l'infortune de cette méfiance les ames vulgaires, et qui les qu'éprouvent rend complices des injustes rigueurs du sort. ditAriomire, -Etrangers, suivez mes pas dans cette enceinte puisse l'accueil que vous y recevrez vous faire oublier mes soupçons comme je les oublie. Dans ces sauvages contrées, que je gouverne sous un monarque généreux, je regarde l'hospitalité

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comme le plus sacré de mes devoirs et le souvenir plus doux de mes plaisirs.-Le d'ilarald a reveillé la crainte dans le coeur mais l'aspect d'Arlomir& des Scandinaves les rassure, et tous s'empressent de le suivre dans sa vaste demeure. Les trophées remportés sur les Trandiens* par Haldan et son fils, en décoraient les sombres murs. Au sein-même de la paix, tout en ces lieux rappelait les horreurs de la guerre. Alpaïs, tournant ses regards du côté de la vallée, contemplait avec une terreur mêlée de quelque joie les Héaux dont à peine elle pouvait se croire échappée. Les enfans d'Ariomire aux Scandinaves ces soins prodiguent qu'ils se plaisaient à rendre aux étrangers, sur-tout à ceux qui semblaient en butte aux traits du sort. Ils leur donnent des tuniques de peaux de rennes, pour étancherla sueur et l'eau du ciel qui baignent encore leur sein. Tandis qu'un feu clair et pétillant s'allume dans le vaste foyer, et dissipe la sombre horreur que la tempête répandait en ces le gouverneur s'éloigne un lieux même instant et rapporte une urne de cette liqueur Peuples deDrontheim.

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exquise dont se nourrit le maître des dieux: il conservait, dans un cellicr dont lui seul son père avait cngardait ]esc!cfs,cevinquo levé dans les champs lointainsde l'Aquitaine. Les Scandinaves, désaltérés par le brcusentent couler dans leurs vage salutaire veines une douce chaleur ils entendent, avec uno joie secrette, mugir dans le faîte de l'édifice ces vents, qui tout-a-1'hcuro faisaient chanceler leurs pas, et roulaient des tourbillons de neige au-dessus de leurs têtes. Au milieu des cmpressctncns do l'illustre famille, jours fronts perdent la tristesse dont ils étaient obscurcis. Ainsi se montrent à nos yeux les campagnes, lorsqu'à peine d('pouineM des voiles argentés de l'hiver, cHes commencent à se revêtir d'une tendre verdure. Ils remarquèrent bientôt le fils du gouverneur, le charmant Idaris qui portait dans ses soins je ne sais quelle grace noble et touchante, présage des vertus dont il devait briller un jour. Après le festin, Faitnabte enfant prend sa lyre, et d'une voix animée par son jeune courage, célèbre les exploits de l'invincible Ilerkuller (5), ou

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fait entendre le chant de mort qui sortit des lèvres du magnanime Regner, dans les prisons souterraines du tyran d'Albion Ariomire, fidèle observateur des loix de l'hospitalité, ne demande point aux guerriers les noms qu'ils ont reçus de leurs pères (6), et le héros lui tait le sien; non qu'il craigne une perfidie de la part d'un mortel si généreux, mais il veut lui sauver ]e regretd'av oir accueilli les ennemis de son roi. -Je te rends graces detes secours bienfaisans, lui dit-il demain, à l'heure où les sortant de ]a bergerie, font retroupeaux tentir les échos des montagnes, je quitterai cette demeure hospitalière. Reçois, comme un gage de mon amitié, ce bracelet, que le farouche Agantyr perdit avec le jour, en combattant contre moi.-Il achevait: les se Scandinaves, emportant leurs armes retirent dans l'endroit où leurs lits étaient préparés, et se livrent aux douceurs du sommeil. t'ameuM ode, que Regner LoJbrog fit dans les pruoni d'Ll)*. rtN DU LIVRE NEUVIEME.

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SCANDINAVES.

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0 brillant époux d'Iduna, toi qui fais retentir de tes chants iunitortets le palais aux 'voûtes d'or, source d'étoquence, père des scaldes soutiens ma voix épuisée par un long récit; qu'elle traverse la nuit des Mgea comme un pur rayon du sotci) perce l'imet qu'elle instruise les mensité des airs siècles a répéter le nom de mon héros. IIeias cette voix, qui depuis si long-temps soupire mes douleurs, et dont les plus nobles accens vont se perdre dans le silence des forêts ou frapper l'insensible rocher celte voix se mêla. souvent an cri do la guerre, et sut donner aux jeunes héros les leçons de la gloire elle Ht entendre laverito dans le palais des grands, et la lyre d'or qui résonnait sous mes doigts n'était point la récompense d'une servile et basse flatterie. Si le sort m'eût amené dans ta cour, noble fils d'HaIdan, ma voix aurait tenté de réprimer l'injuste colère qui tialliiiiia dans ton cceur en apprenant la fuite d'Atpafs.

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Peut-étre eussé-je ranimé ta vertu, ta vertu si forte au milieu des périis, et si faible la vie, cette devant l'amour. 0 prince épreuve de tant d'années, est plus difficile à supporter que la mort, cette épreuve d'un instant. IIaralJ remplit le palais de ses cris insensés. Tous ceux que le hasard offre à son courroux lui semblent autant de coupables; car il ose appeler crime, tout ce qui s'opOu sont, oà sont mes pose à son crime. gardes, s'écrie-t-il d'une voix menaçante ? Ils vont payer de leur tête une infidélité que la mort la plus cruelle ne saurait expier. Accourez, iarles, ministres, guerriers 1 Votre prince est trahi qu'il soit vengé l'objet d'un amour qui m'embrase, qui me dévore Alpâs m'est ravie que la mer Boit couverte de mes vaisseaux, les camsaisissez la perfide, pagnes de mes soldats et chargez-la de fers.Attirée par ce tumulte soudain, la reine elle même s'approche Cher et fidèle époux, dit-elle avec un calme insultant, qui peut troubler ainsi l'auguste paix de ton ame? Les enfans du Seyo n'ont-ils trouvé u. 6

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ou le: que la mort aux rives d'Albion, ondes courroucées ont-elles englouti leur: -vaissea chargés do dépouilles? Tout h Nord conjuré s'armo-t-il contro ce conque rant, à qui ta voix d'une femme fit remporter tant de triomphes? Ilois insensés que n< fera-t-il point aujourd'hui, qu'alfranchide) liens frivoles de l'amour et maître do lui. même, il combattra poursespeupleset pou] la gloire qui l'occupe tout entier! Elle parlait encore, quand le prince arrêtant sur elle un ceil irrité – Audacieuse ûte-toi de ma présence En cherchant à m< trouver coupable, no crains-tu pas do ]< devenir toi-mcmc, toi, que je puis et jugei et punir Non moins facilement que ma main briserait cette fragile couronne qu pare ton front orgueilleux, je puis rendre au néant ceux que j'en ai tirés. Je t'aimai Gidda, mon cœur s'en souvientencore pou< te donner ce conseil si tu te sens coupable fuis ma vengeance –Coupable non, je ne le suis point. Je m'éloigne cependant je croyais parler à mon époux, mais égan par sa colère et par un fol amour, IIarah n'est plus à mes yeux qu'un tyran.

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Elle dit, et s'éloigne. Les HUdireiJes s'empressent autour du prince la fuite de Suénon et de sa fille les a comblés de joie, mais ils feignent d'en être plus irrités que le roi lui-mutue, et dans leur cruauté tranquille, disputent avec lui de rigueur Halvard, qui s.tns compter de nombreuses années,semble instruit au crime par une longue expérience, Halvard redoute les remords de son maître Suénon proscrit fugitif, alarme sa jalouse prévoyance.Tel on le vit jadis poursuivre, avec une féroce ardeur, les jours de l'infortuné Torolfe tel, et plus implacable il se montre dans cet instant. Un ennemi vivant lui sembla toujours a craindre, et la mort, la mort seule peut assouvir sa haine. Le roi, dont jusqu'à ce jour il a servi les faiblesses et les fureurs, s'en remet a lui du soin de sa vengeance. Mais quelles mains armera-t-il contre Suénon ? Le héros avait déjà su gagner lecoeur du plus grand nombre des iarles. Nul bras n'est plus sûr que celui d'Il more ou de Volkind. Il se rend aussi-tôt vers eux; il leur montre l'espoir de satisfaire enfin le ressentiment de leur maître. Une affreuse joie se peint dans leurs yeux, r 't munis de la hache norwégienne, signe

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des volontés du prince, ils partent, suivis des nombreux soldats destinés à seconder leur crime. Des qu'ils ont traversa le détroit, chacun d'eux prend des chemins dificrcns. Volkind tourne vers le pôle, Umorc vers la Suède, et Zoliska, le premier après eux, suit la route du sud à travers une longue chaîne de montagnes. Leurs satellites se répandent ça et là dans la campagne comme autant de meutes avides que le chasseur lance, en faisant retentir les forêts du son belliqueux de la trompe. Le jour s'écoule, et le ministre de Buris, Volkind, arrive dans la riante vallée d'Esterdai ni lui ni les siens n'ont pu rccucillir aucun indice sur la marchedes Scandinaves. Tels, pendant le règne des hivers, après avoir en vain battu les forêts ombragées de frimats, et les pâturages désertés par les troupeaux bdans des loups haletans de rage rapportent dans leur repaire et la faim qui les en fit sortir, et la fatigue qui l'irrite encore. L'ombre fuit les Vandales reprennent

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leur course, parcourant les plaines, fouillant les hameaux; et déjà le soleil touche au milieu.de sa carrière, lorsque la vallée de Soredale s'offre à leurs opiniâtres recherches. Les soldats se répandent de tous côtés. Seul, impatient de leur retour, et regardant du haut d'un rocher les flots tumultueux, Voïkind voit déjà Buris enflammé de courroux, lorsqu'il va repara! treà ses yeux sans avoir rempli sa vengeance. Un des soldats accourt. Qu'as-tu découvert? lui dit-il. -Non loin de ces lieux, aujourd'hui même, on a vu des étrangers aborder le rivage. Aveceux, était une femmed'unerare beauté. Si j'en crois un pâtre, ils se sont dirigés vers les roches escarpées que tu vois à l'issue de cette vallée sauvage.-Il n'avait pas achevé de parler sans se donner le temps de rassembler ses soldats, Volkind marche, suivi de ceux qui se rendaient a ses côtés. Dévorant déjà le prix que l'ambition lui présenta, il se sent presser aussi par l'affreux aiguillon de la haine. Cependant un orage Impétueux gronde <tM loin dans les airs tes rochers ébranlés retentissentdes éclats de lafbudre.Lafoudre

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et ses éclats ne peuvent effrayer Volkind, mais les Norvégiens s'arrêtent épouvantes: ils savent à quels dangers la fureur des c)cmens expose le voyageur dans ces contrées. En vain le guerrier les gourmande à grands cris ils se réfugient dans nn temple, qui près de ia Stcnoroë, s'élève sur les débris de la nature. Sans guide, sans soldats, io ministre do Buris est contraint d'y chercher, après eux, une retraite. Son courago s'en indigne mais combien ses regrets redoublent encore les prêtres du temple ont vu les fugitifs s'engager dans l'effrayante vallée qui s'ouvre près de ces lieux. Il J'apprend et dans sa fureur, il maudit et le destin et la tempête. Ce temple, où chaque jour ]e sang des victimes coule aux pieds d'Odin exterminateur, est construit d'énormes débris do rocher.Lcs marches, le pavé, les murail les, tout est souillé d'un sang noir; et l'homme voit avec terreur la statue même du dieu dégoutter du sang de l'homme. A la massive et souterraine architecture de cet édifice, on croit pénétrer dans une profonde caverne. Des runes magiques, des figures

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effrayantes en couvrent par-tout les sombres murs. Du milieu de chaque colonne pend un horrible trophée de crânes et d'ossemens humains. Les dépouilles des animaux gisent confusément entassées au pied de ces murailles. Vctus de sayes noirs, les druides, aux regards sinistres, parcourent lentement cette enceinte, où le silence n'est troublé que parles roulemens lointains du tonnerre. Une religieuse terreur a frappé les sens de Volkind. Dieu redoutable ô Swidrer*, a'écrie-t-il puisque les fils des hommes t'honorent par la vengeance et par le meurtre je veux aussi t'immoler une victime mais où trouver l'ennemi de mon roi, le perfide Suénon. -Sur le chemin de mon palais répond une voix d'airain, qui fait retentir les voûtes du temple et l'écho sonore des rochers. Etranger aux mystères de notre culte sa(surnom d'Odin).). Envoyer qaetqo'nn au pattu d'0d!n, c~te!t, «ton l'expreuion provcrbiitte, l'envoyer la mort. Exterminateur

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cré, l'enfant de la Baltique, loin d'approfondir cet oracle effrayant se livre aux transports d'une homicidejoie l'orage n'est point encore appaisé qu'il se remet en marche avec le peu de soldats qui consentent à le suivre dans la Stenoroë. Ils traversent mille torrens, ils bravent les plus cruels périls; mais enfin tous les obstacles sont surmontés ils entrent dans le vallon où conduit cette voie dangereuse. Le calme renaissait, et l'heure du sommeil était arrivée incertain de la route qu'il doit suivre, Volkind tourne ses pas vers la forteresse. Les montagnes versaient encore leurs ondes orageuses les forêts et les prairies réilécliissalent dans leur humide éclat la pourpre du soleil baissant.–Ces murs ont peut-être offert un asyle à Suénon, dit le Vandale, précipitant ses pas d'une ardeur aveugle et féroce. Sur le bord des tranquilles eaux qui ceignent la forteresse, il porte à sa bouche un cor d'airain, et fait retentir les échos. Al'instant un homme armé se présente sur la plate-forme, elevëo au-dessus des portes

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et de la herse pesante. – Aa nom de ton roi qui m'envoie, je demande l'entrée de ces murs, dit le guerrier de Vandalie; et bientôt le chef et ses soldats sont introduits auprès d'Ariomire, qui se livrait au sommeil. Lorsqu'il eut entendu Volkind il ne douta point que ses hôtes ne fussent les malheureux poursuivis par la vengeance d'Ilarald, mais l'affreux devoir de les opprimer s'évanouit devant les sacrés devoirs de l'hospitalité, comme au retour de l'aurore les feux allumés par des guerriers sur les montagnes lointaines disparaissent aux premiers rayons du soleil. II gardait le silence, et n'attendait qu'un moment favorable pour avertir les Scandinaves, lorsqu'au Vandale entre soudain et de Volkind -Ceux que tu s'approchant cherches reposent en ce lieu même, lui ditil, et je n'en puis douter; quelques heures se sont à peine écoulées depuis que six fugitifs ont été recueillis dans ces murs. Ordonne qu'on les remette entre tes mains.-Ariomire le regardant avec colère –Nul dans ces lieux n'obéira qu'à moi la volonté du prince absent ne peut s'y manifester que

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par ma voix.–L'ai-jebien entendu, répond 'VoïkindPQuoi' tu refuses de livrer les ennemis de ton roi ?–Je saurais les combattre; ils sont mes hôtes. je ne puis les trahir Mais ils sont coupables! -Quel est leur crime?. Ne m'as-tu pas dit que tu poursuivais une jeune princesse enlevée par son père à l'amour d'IJarald ? Ce monarque m'a choisi pour défendre l'Etat, etnonpourutre le confident descsfaiblesses,ou l'instrument de ses fureurs. -Les rois nous choisissent pour les servir et non pour les juger. Mais puisque tu méconnais les loix du devoir, c'est moi, c'est mon autorité qui va les rappeler à tes soldats. A ces mots, regardant les Norwégiens qui l'ont suivi Courez au lieu qui recèle les ennemis de d'en fermer les votre maître; hâtez-vous portes, et quels que soient les eiTorts de leurs complices, gardez ces coupables au péril de vos jours.–Et vous, dit-il encore, en montrant la hache norwégienne aux soldats de la forteresse vous fiers enfans du Sévo, montrez que l'exemple d'un rebelle ne peut rien sur vous, quand votre maître a parlé. Si le respect et la fidélité vivent encore dans vos cœurs, obéissez n qui le sert, et

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dit et les soldats, bravez qui le trahit.-Il si l'aspect du signe imposant qu'il fait briller a leurs yeux, s'éloignent à regret d'Ariomire, qui s'e&rçait de les arrêter. Le soldat ne distingue point le coupable de l'innocent, ni ses concitoyens des ennemis de la patrie aveugle comme son fer homicide, il no connaît d'autre frein que l'autorité il ne sait que d'autre vertu que l'cbcissance dit le frapper et mourir.–Norwegiens, vieillard je ne vous opposerai point ce faible bras qui jadis vous fit triompher, mais redoutez le moment terrible où les dieux décideront qui de nous a rempli son devoir en ce jour.Volkind brûle d'accomplir sa vengeance: il ordonne de saisir et d'amener les Scandinaves quand Aldéros, qui se trouvait parmi les Norwégiens élève la voix – Tous les soldats qui gardent la forteresse, dit-il, seraient )t peine assez nombreux pour conduire des prisonniers si redoutables: mais ils ne laisseront point sans défense une contrée toujours prête à la révolte. Que l'un de nous aille donc au poste le plus voisin, demander des secours néces~sures. –Ainsi parla ce gé-

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introduit dans néreux fils de la Norwego la citadelle avant les Scandinaves, soit hasard ou pfUdence, il n'avait point dit encore qu'il eût guidé leurs pas. Ses paroles n'inset chacun s'y pirèrent aucune méRance rendit aussi-tôt. Forcé de consentir à ce Volkind alla placer des gardes an retard pied de la tour qui renfermait le roi do Skone et ses compagnons. Héros de mon pays ,v&u9goûtiez dans les bras du sommeil l'oubli de vos fatigues lorsque vous en fûtes arrachés par le bruit des armes, ce bruit si familier à votre oreille guerrière. Vous saisissez vos lances, vous courez. Hélas votre asylo n'est plus. C'est en vain quo qu'une affreuse prison par leurs efforts ils en ébranlent les portes scellées avec une adresse perfide; c'est en vain qu'ils invoquent l'hospitalité les voûtes seules répondent à leurs cris par un gémissement plaintif, et le silence qui succède à ce gémissement, semble l'arrct de leur captivité. Abusés par une apparence trompeuse, ils s et celle la foi d'Ariomire soupçonnaient

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d'Aldéros, quand ils entendirent ces mots ennemi de mon Suénon – Orgueilleux Sa venroi, te voità donc en son pouvoir geance fut tardive, mais elle est sûre Moins que celle des dieux. Ces murs épais qui nous séparent, te font oublier que mon as-tu épée me reste encore.–Toi-même donc oublié qui je suis?-Eh quel autre que Volkind pourrait insulter son ennemi captif, et vaincu par une trahisonPMais ma bouche ne te répondra plus c'est au glaive à repousser l'injure.Le Vandale s'éloigne à ces mots, et c'est dans l'espoir d'une prompte vengeance qu'il trouve la force de réprimer son courroux. Lehéros de Skone s'adressant aux guerriers: Vous que la mort ne menace point, leur dit-il, je vous laisse ma fille à défendre et mes assassins à punir. Oui, Suénon veut être vengé mes manes se réjouiront, en voyant vos exploits ressusciter ma gloire et protéger monsang. Ce sangestpl us précieux mille fois que celui qui va couler sous le fer des assassins; ce sang m'est plus cher que ma gloire. Approche, ô ma fille viens recevoir les derniers cmbrassemens de ton

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viens répandre dans son sein ces père pieuses ]armes. Nature, nature, ctoufTo ta voix trop puissante, je suis prcs de regretter la vie! Alpaïs, rappelle ta Icrmctu; c'est pour commencer un jour éternel que je vais traverserla nuit du tombeau.–Ainsi le héros exhalait ses regrets, et loin d'imiter son courage, l'infortunée s'abandonnait la douleur, quand un bruit sourd et continu, qui, depuis quelques instaus, se faisait entendre au-dessus d'eux, s'accroît, et suspendant le trouble qui les agite, occupe seul leur pensée. – Si j'en crois un aveugle presdes mortels sccousentiment, ditSucnon, rables s'efforcent de nous rendre a !a liberté. Voyez, mes fidèles amis, voyez entre les arcs de cette voûto, quelques pierres trembleret s'entr'ouvrir.Veuillezl justes dieux. que cet espoir ne soit pas un vain songe Il parlait, la voûte s'ouvre enfin, et laisse voir la tête charmante du fils d'Ariomire. Telle paraît aux yeux du chasseur baigné des froides eaux du ciel, ~a jeune beauté qui conduit le char du soleil Jorsqu'a la fin d'une tempête, elle montre au sein d'un nuage azuré, son visage radieux. –Respcc-

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dit l'enfant d'une voix étrangers douce,je viens dérober vos jours au coup les menace. Hâtons-nous, et que pernde qui votre salut soit la récompense de mon zèle. -A ces mots, l'espoir répand dans leurs il leur semble veines sa chaleur pénétrante que lesounle des dieux vienne de renverser ces noires murailles. La liberté brille à leurs yeux, comme t'éclatant météorequi sillonne les ombres de la nuit. tables Les mains du bel Idaris font descendre sans bruit une longue échelle, que formèrent de leurs tiges réunies deux jeunes sorbiers, abattus sur la montagne tandis qu'il emploie toutes ses forces pour la rendre immobile, les Scandinaves s'élancent, et bientôt le pressent dans leurs bras. Le généreux il a seAldéros a suivi le fils d'Ariomire; de condé son jeune courage. Tremblant crainte et de joie, l'enfant saisit la main de Suénon, et le guide à travers de sombres détours. Ils descendent les degrés d'une tour solitaire mais comme ils allaient en sortir, la voix des soldats et le bruit des armes résonnent sous les voûtes de la forteresse. Le bruit redouble, et fait palpiter le

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il remonte à l'instant, suivi cœur d'ldaris de nos guerriers. Agitée comme ic jeune arbre que tour à tour des vents opposés courbent vers la terre, Alpaïs les suit d'un pied léger jusques sur un donjon écarté. Elle revoit la lumière du ciel, et soupire en ramenant ses regards sur les deux héros, objets de ses alarmes. cependant s'avance entre les créneaux, et son oeil a plongé dans l'enceinte de la forteresse: une troupe de soldats gardait les portes les autres erraient dispersés au dit-il aux pied des remparts.–Guerriers, Scandinaves, le temps presse, et bientôt vos ennemis seront plus nombreux encore. Je vais, par quelque stratagème, éloigner la plupart des Norwégiens rassemblés près de cette issue fondez aussi-tôt sur !e reste, et vous frayant un passage avec vos lances, fuyez à travers les bois épais qui couvrent le penchant de la montagne. Si Volkind tombe sous vos coups, nous saurons empêcher que nul autre ne vous poursuive. Généreux enfant, dit Suénon, ah puissent les dieux répandre sur tes beaux jours la gloire et le bonheur Puisque tu veux sauIdaris

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ver des infortunés et que tu Je peux sans péril, va !e bras de Suénon achevera ton ouvrage. Le grand nom du roi de Skone enflamme Idaris d'une nouvelle ardeur tandis qu'il court le sçrvir, Suënon regardant Aldéros et Je Vandale qui suivait Adelstan -Des hommes tels que vous, leur dit-il ne doivent pas me secourir par un crimé; sans tourner contre vos compagnons un fer parricide, vous resterez près de ma fille, et dès que nous aurons attiré le combat loin des vous les franchirez avec elle, et portes m'attendrez aux bords de la forêt. Pour nous braves amis marchons Soyez encore ce que vous f~tes, et comptez sur les dieux. A ces mots, les guerriers fondent avec des ailes d'aigles sur les Norwégiens surpris. Ainsi que sur une moisson étendue dans l'aire brûlante, tombent les coups de l'érable poli,dont un lien flexible unit deux branches inégales ainsi leurs coups redoublés tombent sur les casques et sur les boucliers. J' (u
t-* t.

Un ux tumulte

remplit

ces murs. 7

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des menaces, des Alpaïs entend à-la-fois plaintes, des cris de terreur et de rage et la terre qui tremble sous les efforts des et l'air qui siffle sous leurs combattans glaives, et le fracas des armures qui s'entrechoquent comme les glaçons de l'océan du Nord, quand la tempête les agite, les heurte, et les fait voler en éclats. Aldéros profite de cet instant il ose saisir dans ses bras Alpaïs éperdue et précédé du Vandale, qui s'élance pour écarter tout obstacle, il s'échappe de la citadelle: tous les dans l'épaisseur de la trois disparaissent forêt t. Ardent comme le dogue altier lorsqne les sons du cor ont frappé son oreille, Volkind accourt au bruit des armes. Suénon l'apperçoit, et vole à sa rencontre. J'ai vu, dans la saison des orages, deux roches de granit, roulant avec l'épouvante sur le penchant de deux monts opposés, se rencontrer dans l'étroite vallée que depuis mille siècles elles couvraient de leur ombjea d'innombrables étincelles jaillointaine

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lirent de bla sous tentirent TLorcûl

leurs fronts fracassés, la terretremmes pas, et les échos effrayés reau loin, comme si le redoutable lancé mille tonnerres à-la-fois.

Tel fut le choc des deux guerriers. Malgré leur courroux, aucune menace, aucune insulte n'est sortie de leur bouche. Toutes leurs forces, toute leur ame n'aspire qu'à donner la mort il semble que depuis tant d'années, ils n'aient renfermé dans leurs cœurs une implacable haine, que pour la mieux déployer en ce jour. Le spectacle de ce combat suspend tout autre combat; et le faible et le brave, sentent qu'à de tels bras est attaché le destin des autres guerriers, et que le vainqueur, quel qu'il soit, n'aura plus rien à redouter. Leurs épées brillent ainsi que des lames de feu chacun de leurs coups semble porter la mort, et cependant la mort, incertaine dans son choix, et sûre au moins d'une victime, plane au-dessus de leurs aigrettes frémissantes. Déjà le sang coulait en ruisseaux de pourlorspre sur leurs cuirasses entr'ouvertes, qu'après mille efforts que l'œil suivait à

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peine, et que nullevoix ne sauraitpeindre Suénon habile à saisir l'instant favorable fait tomber un coup furieux sur la tête de son adversaire. Mais.ô dieux, ô patrie I le fer, trompant sa valeur, se rompt sur le cimier de Volkind et le barbare, prompt à rappeler ses esprits ose profiter d'un affreux avantage. En vain quelques guerriers laissent échapper des cris d'indignation Jo combats pour sa mort et non pour ma – Sans reculer d'un seul gloire s'écrie-t-il. pas, et plus fier que s'il eût triomphé Suénon opposait son bouclier aux coups qui pleuvaient sur lui, quand tu courus, ô fils d'Adelus, et lui donnas ta glorieuse épée. Dans sa main, cette épée devient semblable à la foudre, lorsque du sein d'uu tourbillon de nuées, Thor frappe de ses traits enflammés les monstrueux fils de Belgemcr lo premier des navigateurs. Sa colère, longtemps enchaînée, lui prête des forces nouvelles. Son glaive rapide remplit l'air, et menace à-la-fois la tête, le sein les flancs de son adversaire ébloui. Les géan».Ce Belgemcrse «auvad'an déluge 4peu-près commeNoë.

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Inaccessible à la terreur, V olkind n'éprouve que le regret de ne pouvoir frapper, quand le froid acier, pénétrant dans sa gorge, interrompt les sons rauques et presses qui se formaient dans son sein. Des flots de sang s'échappent avec un cri défaillant de ses lèvres pâlissantes. Soulevant son bras il veut donner la victorieux, jusques-là mort, mais la mort le saisit lui-même: le fer échappe à ses doigts tremblans qui se tendent et se roidissent. Le Vandale tombo sur ses faibles genoux, ainsi qu'un fardeau sans appui. Suénon retient son épée prête à frapper encore sa colère s'évanouit à l'aspect d'un ennemi terrassé. Les compagnons de Volkind accouraient le venger, mais par un signe il leur commande de s'arrêter, et conserve jusques dans les bras de la mort son imposante autorité. Jamais, non, jamais tout sentiment généreux n'est éteint dans le cœur du brave le lâche seul peutse montrer toujours perfide, sur le roi de toujours cruel. LeVandalejette SJsonc un regard fier mais calme; et levant

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avec effort ses mains vers le ciel il veut dire au héros que l'affreuse vengeance n'y suit point les guerriers. Tandis que les brilion amc au lantes Valkiries conduisaient séjour des dieux, Suénon pressait dans ses bras le bienfaisant Idaris. Cependant la forêt retentit du nom d'Alpaïs, que les Scandinaves appellent à grands cris. Dès que cette princesse a reconnu les accens de son père, de son père qu'elle a laissé sous le glaive des assassins son coeur passo tout-à-cou p_del'excès de l'inquiétude à l'excès de la joie. Tels devaient paraître nos premiers aïeux ,lorsqu'après la longue et triste absence du soleil, assis sur les plus hautes montagnes du Nord, ils découvraient au milieu d'un horizon éclatant, cet astre que chaque hiver ils désespéraient de revoir d'une pieuse allégresse, leurs transportés cris répétés de vallous en vallons, apprenaient aux habitans de la plaine ce bonheur dont ils ne jouissaient pas encore, et tous Jes échos de la Scandinavie retentissaient d'un chant solemnel (i): simples hommages de ces cœurs purs, et que les dieux peutêtre préféraient à l'or qui brille dans leurs

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temples, aux victimes dont le sang inonde leurs autels. Alpais retenait encore Suénon dans ses bras Aldéros se disposant à partir: – Vaillant héros, dit-il à ce prince, après avoir satisfait à la reconnaissance, un devoir non moins sacré me rappelle auprès de mon roi. Si tu ne veux que te soustraire à sa poursuite, ces monts sauvages déroberont ta marche à tous les yeux, et tes pieds fouleront bientôt le sol d'un autre empire. Placé dans un rang obscur, je n'ose te dire que mes voeux te suivront par-tout ah pourquoi ne suis-je pas né ton sujet, et pourquoi ne puis -je t'offrir aujourd'hui tout mon Tandis que les enfans d'Ariomire sang pansaient les blessures du monarque, Adelstan s'approche du Vandale qui l'a suivi Je ne veux point t'associer plus long-temps à mon infortune, lui dit-il, et je te rends ta promesse. Si tu reçus de mui quelque bienfait, ton zèle a déjà su l'acquitter, et tu ne dois plus servir désormais celui qui brûle de répandre le sang des tiens.Après de tendres adieux, les Scandinaves s'éloignent d'Ariomire et de sa famille, mais

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ni leurs yeux ni leur pensée ne peuvent quitter ces généreux hôtes. Ils marchent encorequelques heures à travers les rochers et les forêu solitaires, en se dirigeant vers la Suède et long-temps avant quo la lumière du soleil ne commence à pâlir ils s'arrêtent t à l'entrée d'un superbe vallon. Rassemblant au pied d'une roche les branches du frêne, du hêtre, et les feuilles desséchées, vestiges de l'hiver impitoyable ils y forment des lits, tels que la terre en offrit à nos premiers aïeux. Comme l'air, dégagé des orages de la veille, portait au sein de la nature une douce fraîcheur; de même, après le trouble des nuits passées, le sommeil descendait plus pur et plus serein sur les yeux des Scandinaves.

FIN

DU

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DlXIlijir.

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TANDIS que le sommeil répand sur les yeux des guerriers ses doux pavots, le jour à peine absent vient remplacer la nuit fugitive. Les premiers traits qui s'échappent de l'horizon, dorent les cimes des sapins et des rochers confondus dans une vapeur bleuâtre. Pénétrées d'une douce chaleur, mais humides encore, les feuilles brillent comme des émeraudes. Les fleurs sentent leurs tiges se courber sous le poids de la rosée; et leurs vives couleurs s'embellissent de l'éclat de ses per] es. Une fraîcheur virginale se répand sur la nature. On n'entend d'abord que le murmure égal des ruisseaux et le souffle entrecoupé des zéphyrs, mais les oiseaux saluent bientôt de leurs chants l'astre du jour; ils commencent à s'ébattre dans le feuillage, et du mouvement de leurs ailes font tomber une nouvelle rosée. Cependant les vapeurs dont la vallée est couverte ainsi que d'un voile, s'élèvent et

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be rassemblent en nuages lumineux. Alors be découvre une immense perspective. D'un côté des rochers d'un granit pourpré s'entassent en amphithéâtre les premiers sont couronnés de verdure; ceux qui les surmontent, chauves, arides, se hérissent, et vont séparer les campagnes do l'air. L'œil attristé se détourne, et se repose enGn sur les flancs arrondis des montagnes opposées. Les moins élevées sont couvertes d'un gazon velouté, que de nombreux troupeaux tondent sans cesse. Sur les autres croissent t à travers la fougère, à travers les myrtylcs et les autres arbrisseaux, le sycomore, le troène, l'axel aux grappes de corail. Le daim le renne aux agile et le timide chevreuil pieds légers, l'élan au bois superbo, y bondissent en se jouant, et si le mouvement du feuillage vient à frapper leur oreille, disparaissent avec la rapidité de l'éclair. Des montagnes plus élevées encore sont couvertes d'antiques forêts un rayon horizontal pénètre sous leurs ombrages, et marque d'un trait de lumière la haute tige des sapins. Çà et là, quelques roches aiguës percent la voûte verdoyante.

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Un lac immense s'étend jusqu'au fond de cette vallée délicieuse, et les divers tableaux qu'elle étale vont se retracer dans le cristal des ondes. Le sourcilleux Sévo, qui lui verse ses eaux limpides, arrête enfin l'oeil ébloui. Son front, couronné defrimats, embellit cependant la contrée qui s'abaisse devant lui. Tel, au milieu d'un hyménée où lajeunesse folâtre s'abandonne aux plaisirs, un vieillard semble par ses cheveux blancs et son aspect vénérable, répandre sur la fùte un caractère plus solemnel. Monts altiers, que des mains divines élevèrent sur les fondemens de la terre, la présence des héros vous ennoblit encore, et vos tranquilles ombrages vont s'animer aux soupirs de l'amour. Adelstan s'est arraché des bras du sommeil, et ses pas timides l'ont amené près d'Alpaïs. Non loin de son père, elle se livrait bras éblouisau repos, la tèteappuyéesurson sant. Un tendre abandon, un calme céleste régnent dans ses traits charmans quelquefois cependant une rougeur passagère trahit la douce agitation de son coeur. L'inno-

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SCANDINAVES. et présente un

cence repose sur les lèvres, nouvel attrait à la volupté. Sa blonde

au gré des vent» chevelure, légers, voltige sur son sein, et développant ses ondes dorées voile et découvre tour-àtour des trésors plus précieux. l'uro comme le souille du zéphyr qui vient d'effleurer les son haleine est entrecoupée do prairies soupirs. Jeune guerrier, tu n'oses y mùler les tiens Le respect commande à ton trouble tes genoux lléchissent devant elle. Alpaïs respire le même air que son amant, et sans être moins doux, son sommeil en est moins tranquille le nom d'Adclslau s'échappe de ses lèvres. Son œil enfin s'entr'ouvre languissamment. Un songe avait offert le héros à sa pensée; elle ne s'étonno mais à peine elle a repris point de le voir l'usage de ses sens, qu'elle rougit d'amour et de pudeur. Soulevant sa paupière, elle jette sur son amant un regard enchanteur. – Charme de mes jours, lui dit le guerrier, Tes regards sont plus doux que les rayons de l'aurore: que tes beaux ycuxs'arrê tent sur les miens Le chasseur, qui dans le milieu

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des étés, languit accablé sous le poids des traits du midi,desire moinsvivement l'onde des pure qui doit appaiser sa soif. -Fils héros, répond Alpaïs, les voiles de la nuit n'ont pu te dérober à mes yeux tandis que le sommeil enchaînait mes sens, mon cœur veillait encore pour t'aimer.Elle dit, et de sa main timide s'appuie sur l'épaule de son amant. Le fer insensible qui couvre Adelstan et qui repoussa tant de fois l'atteinte d'un fer meurtrier, ne peut le défendre de cette douce atteinte. En vain il s'efforce de recevoir innocemment une innocente caresse; son trouble s'augmente des efforts qu'il fait pour le vaincre. Entraîné par un transport dont il n'est plus le 0 maître, il presse Alpaïs sur son sein mon épouse s'écrie-t-il. -Et ce nom abusant son chaste amour, sa bouche ose chercher celle de son amante. Leurs ames volent sur leurs lèvres brûlantes, et s'y confondent dans un délire enchanteur ils frémissent et d'amour et de crainte. La pudeur allait voiler son front. Un rayon de lumière, un rayon soudain vient

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éclairer le cœur vertueux du héros il s'arrache avec eflbrt des bras de son amante. C'est aux âmes vulgaires de combattre faiblement un faible penchant c'est aux héros d'éprouver toute la force de l'amour, et de savoir le surmonter. Dans le trouble qui les agite, Alpaïs Adelstan, se jurent un éternel amour. – Puissante Freya, s'écrie le fils d'Adelus et vous aimables déesses qui réunissez les cœurs amoure ux,Siona,Lovna, et toi Synia, la terreur des parjures, recevez nos vœux et nos sermens. 0 fille de mon maître jo vivrai,je mourrai pour toi Monts augustes, antiques forêts, et vous dieux qui nous entendez, soyez les témoins de ma foi ce que la nature a de plus doux, je l'atteste ici par tout ce que le ciel a de plus sacré. Cependant, du lit de feuillage où le roi de Skone repose, il entend les paroles du jeune guerrier. 11 se lève – Oma fille, s'écrie-t-il, ce n'est et toi, fils d'un autre moi-même, plus par des trésors ni parledond'unsceplre que jepuis payer votre piété: maisdépouillé, proscrit, je puis bénir vos transports, et du

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eein de l'adversité, sourire à vos beaux jours. C'est votre roi, c'est votre père qui vous unit à la face du ciel soyez époux, soyez heureux !-il s'approche à ces mots, et veutjoindre leurs mains tremblantes. Mais Alpaïs s'éloigne, et toute la fierté îles héros a brillé soudain dans ses traits -Et toi, dit-elle, et toi mon père, tandis que l'amour versera sur nous ses douceurs, tu t'abreuveras d'amertume, tu traîneras à travers d'obscurs dangers et d'infructueux travaux, une vieillesse qui devait être paisible et glorieuse !Et nous, ingrats, nous pourrions vivre auprès de toi comme les insensibles rejetons d'un chêne que les Autans 0 le meilleur des viennent de renverser? rois,ô le plus tendre des pères, est-ce comme fille ou comme sujette, qu'en te perdant,j'aurais le plus à pleurer Si méprisant la fortune, Suénon peut vivre sans ses Etats, le peuple qu'il a gouverné ne saurait vivre sans lui. Je ne rougis pas de l'avouer; les vœux d'un héros ont touché mou ame mais mon père, au sein du malheur. ne verra point s'allumer pour moi les flambeaux de l'hyménée. Noble et cher Adelstan, sans doute Ob

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assez d'exploits t'ont rendu digne de la fille c'est pour se rendre digne de de Suénon Mais toi, qu'elle s'impcse un tel sacrifice. pourquoi mes yeux sont-ils mouillés do pleurs ? Quand Adelstan s'apprcte à combattre, ses ennemis seuls doivent trembler. Va ranimer le courage du Scandinave asservi que l'adresse et la force te conduisent à la victoire. Sujet fidèle tu retrouveras une fidelle amante. –Ali dit Suénon, des amis tels que son père et tels que lui, mo sont plus chers qu'une couronne Un roi sans vertu peut seul renoncer au trône où l'amour de ses sujets le rappelle mais pour y remonter, c'est lui qui le premier doit exposer sa vie. Non, je ne laisserai point oublier à mon peuple, que la gloire jadis m'ouvrit un chemin vers ce trône. Ne donnons point à nos ennemis le temps de so faire aimer des Scandinaves, en adoptant leurs loix et leurs mœurs. Ainsi que d'habiles chasseurs, ardens à délivrer leur paya des loups qui le dévastent, rassemblent do puissantes meutes, et couvrent de filets la campagne, dressons des embûches ces barbares, et réunissons pour la vengeance toue ceux qu'ils on t unis par l'injure.
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Lesgnerriers se sont approcliis – Non s'écricnt-ils n'exposons point une tète si i-hèrc '.–w Au milieu des paroles confuses qu'un incniesentimentleurinspire,Butiilus be jetteaux pieds deSuéilon: – Omonmaître, 1 ni dit-il, jamais ta sagesse ne s'est démentie que pour céder à ta valeur, à ta générosité. Comme l'astre du jour permet aux étoiles de montrer pendant la nuit leurs faibles clartés, sôuffre que bravant seuls un péril vulgaire, nous allions préparer tes brillans exploits. A me de l'Etat, en croyant t'immoler pour lui, c'est lui que tu sacrifierais. Tout notre espoir, toutes nos ressources sont dans ton coeur magnanime c'est là que respire encore la patrie. Tu sais par quelle haine envenimée, Buris s'est armé contre toi pour lui, c'est peu d'être assis au trône de Scanie; ta mort, ta mort seule peutaffermir sa puissance, assouvir sa haine. Ne te livre point en fugitif aux coups de ce tyran; Suénon doit attendre le moment, où secondé par ses sujets belliqueux, il pourra combattre et triompher en roi.Le souille aride de la vieillesse n'avait point refroidi le cœur de Bulhlus; deux il. 8

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ruisseaux de larmes inondent son visage, et – Chers coulent sur sa barbe blanchissante. amis, répond le monarque je cède à vos prières; mais pour ce moment seul, et par des motifs plus puissans. Je crains do voir succomber mon peuple sous le nombre do ses oppresseurs, et de J'ensevelir dans ma ruine. Il lui faut un secours étranger pour repousser de nos rivages les hordes qui couvrent la Skonc. L'intérêt le salut des autres Scandinaves les enchaîne à ma cause. Egaré par un fol amour, le Norwcgien s'est inoutré sourd à la voix do la justice et de la gloire: je vais la faire entendre au roi d'Upsal et quand nous aurons épuisé les ressources de la prudence, il nous restera celles du désespoir. Ainsi leur parlait le héros. Habile dans l'art de fonder, de régir, ou de relever les Etals il donne à ses nobles compagnons des conseils sur l'entreprise où les appelle une t>i rare fidélité. Appuyé contre un rocher, Adelstan écoute les discours de son maître et sa jeunesse recueille avec respect les avis de l'expérience. L'amour se fait encore entendre au fond de son coeur, mais il songe

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que le père do son amante lui montre les et trouve dans cet moyens de la mériter espoir la force de commander à son trouble. De lâches regrets ne se mêlent point au sacrifice que vient de s'imposer Alpaïs: le même effort qui l'inspira, retient encore ses larmes, mais elles retombent plus amères sur son coeur oppressé. Immobile, elle est assise au pied d'un chêne-, et ses regards sont attachés à la terre. Sa pensée cependant, rapide comme la pensée des dieux, embrasse et les tourmens de l'absence, et les périls de la guerre, et toutes les terreurs de l'avenir. La nature même, qui sourit à l'homme dans ces beaux lieux semble aggraver les peines d'Alpaïs. Douces images qu'il est cruel de nous inviter au bonheur, quand le bonheur nous fuit La beauté de Skone regarde le bocage, dont les rameaux se balancent mollement sur sa tête; elle soupire, et l'espoir semble s'échapper de son cceur avec ce douloureux soupir. Le soleil planait vers le haut de sa carrière, et mille gerbes de feux jaillissaient

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ûe son front. L'ombre des arbres se repliait sous leur feuillage; et l'œil découvrait, sur les montagnes lointaines, des cabanes, des bois,etdes rochers qu'il n'avait point encore de légers sillons de lumière y apperçus faisaient distinguer les torrens dans les obscures sinuosités des ravins. A l'instant où les guerriers allaient s'éloiLorsque gner, Suénon ajoute ces mots J'astre au visage inconstant, aura, dans son cours invariable, repris le même aspect qu'il nous a montré cette nuit, vous me vous trouverez dans les murs de Troja m'y trouverez prêt à vous guider dans la voie glorieuse que vos bras auront su m'ouvrir. N'oubliez pas que mon but est plutôt de délivrer mon peuple, que de punir mes ennemis ménagez votre sang et celui do mes sujets, jusqu'au jour où j'irai verser le mien pour eux. Parlez de ma justice à mes serviteurs fidèles ne parlez que de ma clémence à ceux qui m'ont offensé. Employez tous les ressorts, depuis le respect dcs dieux et menacez de la honte jusqu'à l'intérêt, Villa da Smoland,voiiine de la Skonc.

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ceux dont les faibles yeux n'osent envisager la gloire. II parlait et voyant de si braves guerriers prêts à soutenir ses efforts il se à croyait encore aux jours de sa grandeur, ces jours où de nombreux bataillons se déployaient devant lui, dans les bruyères d'Ellasor. Ainsi, lorsqu'un temple antique semble près de succomber sous l'effort des siècles, tout le poids quelques piliers supportent de l'édifice, et bravent encore les outrages du temps. Le monarque voit déjà flotter dans le vallon les aigrettes des Scandinaves et l'amant d'Alpaïs n'a pu s'éloigner de son amante. Elle lui jette un regard aussi tendre que ceux de la fée aux larmes d'or quand son divin époux lui dit un dernier adieu. – Alpaïs,tule vois, peut consentir à tes dangers, lui dit-elle; mais sone qu'elle ne pourrait survivre à ta perte -A ces mots, un soupir elle étend vers qu'interrompt 4 Frcya.

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lui sa main tremblante. Le guerrier la porte à ses lèvres, et s'éloigne d'un pas quo précipitaient et le désespoir et l'honneur. Telles on voit deux tendres colombes surprises par un orage soudain lorsqu'elles s'ébattaient sur la bruyère, au sommet du des vents opposés, qui d'abord les rocher enveloppent et les routent dans leurs tourbillons, les séparent bientôt, et les entraînent t au loin dans les airs. Le roisuitencore des ycuxlcs guerriers, et soutenant sa lille chancelanle, marche veis l'extrémité de la vallée. Alpaïs, oppressée par les sanglots qu'elle étouffait, et respirant à peine, arrachait lentement ses pas d'un sentier suspendu sur les bords do l'onde. Ce chemin, fréquenté par les seuls bergers, s'élevait jusqu'à la crête de la montagne, qu'il ceignait comme une longue écharpe. Suénon voit une subite pâleur s'étendre sur les traits do sa fille. [1 la prend dans ses bras, et la porte sur la bruyère du rocher; bientôt le souille rafraîchissant quii s'élève de la surface des eaux, lui rend l'usage de ses forces. Elle tourne ses regards vers l'entrée du vallon elle apperçoit les

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Scandinaves, qui, dans leur route vers le fleuve Clammis côtoyaient les roches escarpées voisines de ses rivages. A peine, dans l'éloignement, l'oeil apperçoit il les héros près de ces masses énormes. Le fils d'Adelus se tournait souvent vers les lieux dont il s'éloignait. Quoique les regards les plus perçans n'eussent pu distinguer ses traits, son amante croyait y lire le même désespoir qui déchirait son cœur. Un bois sombre et touffu lui cache quelmais bientôt ils que temps les guerriers, reparaissent, à l'extrémité des rochers dont ils ont suivi la chaîne. Fille de Suénon, c'est alors que, près de les perdre de vue tes regards s'attachent plus tristement à ces héros peut-être ralentir leur voudrais-tu marche, ou voler sur leurs pas. Déjà tu les vois atteindre cette roche escarpée qui telle qu'une tour menaçante, semble défendre l'issue de la vallée. Ton coeur palpite Adelstan s'arrête il étend vers toi ses qui n'apbras, et se dérobe à tes yeux. perçoivent plus qu'un affreux désert. Fleuve qui arrose la Norwè»edans presquetoute sa touguenr.

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Du plus haut de la voûte céleste, le soleil embrasait la terre de ses feux, lorsque la beauté de Skone et son père sortent d'un bois de chênes,et touchent enfin au sommet de la montagne. A leurs pieds s'ouvre un ravin profond et sauvage, à l'extrémité duquel ils découvrent le fleuve, derrière les roches grisâtres suspendues sur la doublo vallée. L'espoir s'est glissé dans le cœur d'Alpaïs; elle regarde, – Monpère, s'écriet-elle, n'apperçois-tu pas des voyageurs fi l'extrémité de ce bois qui s'étend de l.i montagne au fleuve? Je vois étinceler de.i armes ce sont nos guerriers ils entrent dans ce hameau, qu'un nuage couvre de sout ombre. – Après quelques instans de silence -Je les vois dans cette barque à demi cacl îée les nautonniers lèvent par les roseaux l'ancre, tendent la voile. Que les vents sont prompts à les éloigner La fille du héros, sans songer aux précipices qui s'ouvraient à ses côtés, marchait près de lui sur la crête de la montagne, et suivait des yeux la voile, à travers les îles verdoyantes. Long-temps elle la reconnut à sa blancheur, sur le cours azuré du Neuve.

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Elle gémit enfin, et sa pensée suit encore l'objet que son œil ne distingue plus. Telles, dans le temple de la grande déesse*, au milieu d'une nuit d'hiver, des vierges pures comme la rosée du ciel, voyent, avant la douteuse clarté de l'aube, vaciller et s'évanouir la lumière d'une lampe suspendue devant l'autel. Vers Ja fin du jour, Suénon et sa fille se trouvaient dans la sombre vallée d'Ollisdale, et remontaient le cours du torrent qui la dans ces lieux dévaste. Ils n'appercevaient écartés, ni hameau, ni cabanes, et cherchaient une retraite inaccessible aux bêtes féroces; quand les ravages du torrent fixèrent leurs tristes regards. Les flots, repousses par le dur granit qui défendait une de leurs rives, s'étaient ouvert un passage en sappant la montagne opposée. Les pins et les 1-ocliers dont elle fut couronnée, confondus, en tassés, formaient sur le précipice un pont, effrayante image du chaos. Là des chênes encore verds, voyent le feuillage de leurs tancimes nager sur les ondes écumantes Frigga, ou la Terre.

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dis que leurs racines desséchées se dressent x: dans les airs. D'autres, réunissant les deux rives, fléchissent sous le poids des rochers dont ils ombragèrent le front. A la vue de ce désordre sauvage, Alpaïs et le héros s'arrêtent frappés d'horreur et car la nature est comme les d'admiration rois dela terre, que nous aimons pour leurs bienfaits, et que nous admirons sur-tout dans lcurs ravages. Le mngissement des eaux et des vents quand un bruit suspendait leur pensée soudainappela leurs regards sur l'autre rive. dont l'armure briséo Un jeune guerrier, laissait le sein à découvert, s'y défendait contre un loup monstrueux. Apres un long et pénible combat, le chasseur, rappelant tout Eon courage, saisit à la gorge le féroce animal, l'éloigno et le retient d'un bras vigoureux, tandis que de l'autre main il déet l'en frappe à gage enfin son poignard coups redoublés. Mille blessures semblent donner au tyran des forets une nouvelle furie, mais bientôt il chancelé, et son intrépide adversaire le précipite dans le torrent. Hors d'haleine, sanglant, le vainqueur

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du monstre s'assied sur la roche inondée de son sang. Suénon le voit près d'expirer, il vole à son secours. Alpaïs le suit, et cueillant aussi-tôt les herbes salutaires qu'elle apprit à connaître, sa main bienfaisante en exprime le suc surles blessures de l'inconnu. Acquittée de ces devoirs généreux, elle jette cnfin sur lui des regards plus attentifs. Les roses de l'adolescence, flétries par le désespoir, ne brillent plus sur son visage, mais la noblesse et la beauté de ses traits annoncent qu'il est du sang des héros, ou plutôt un héros lui-même. Près de goûter le repos dans ce lieu solitaire, ils apperçoivent au loin une épaisse fumée, qui roulait ses nuages blanchissans sur la cime des chênes. Tournant aussitôt leurs pas vers l'endroit d'où la fumée semblait sortir, ils y trouvèrent un vieillard qui les reçut avec douceur. Sûr d'honorer les dieux en exerçant l'hospitalité sa vaste chaumière était, dans ces lieux inhabités, la retraite du voyageur. Une forte enceinte de pieux la défendait contre les farouches hôtes du désert et de cette rustique demeure, l'œil, franchissant un

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labyrinthe de montagnes et de vallées, couvrait au loin la vaste mer.

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Le tronc embrasé d'un chêne répand la chaleur et la clarté. Une liqueur de pourpre, verséeparlesmainsduvieillarddanslacoupo du jeune guerrier, et dont il répand quelques gouttes sur ses légères blessures, lui rend bientôt les forces qu'il avait perdues. – O vous, qui que vous soyez, dit.il à ceux hommes généreux et sequi l'entourent, courables, pourquoi me rappelez-vous à la vie? Mes mains sont coupables, et le remords, le remords dévorant habite dans mon cœur. Ah sans doute le trépas était un trop faible châtiment. Dieux vengeurs, accablez-moi! c'est votre rigueur que j'imet deux ruisseaux do plore. – II parlait larmes coulaient de ses yeux. – Jeune infortuné, dit Suénon, quel que soit le sujet d'un si cruel repentir, il prouve quo tu naquis pour la vertu. Soulage ton cœur par la confiance, et que le sein des malheureux de ta douleur. reçoive l'épanchement Après un simple etfrugal repas, l'inconnu commença ce récit, souvent interrompu par ses pleurs.

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-Gustave, mon père. commandaitl'armée du roi de Gothie, et venait d'étendre, par ses nombreux exploits, la domination de son maître. Le monarque, alarmé de la puissance de Gustave, ou peut-être jaloux de sa gloire, envoya des assassins chargés de lui ravir le jour. Mon père sut en triompher, et profita de l'indignation de l'armée pour marcher à l'instant contre son oppresseurLe roi succomba, périt, et les soldats posèrent la couronne sanglante sur le front de mon père victorieux. La reine échappe aux meurtriers de son époux; éperdue, et tenant son jeune fils dans ses bras, elle vient se jeter à nos pieds. Ses pleurs ajoutaient encore à ses charmes, la fierté du trône, elle imlorsqu'oubliant plorait notre pitié pour les tendres fruits de son hymen.Beauté fatale que l'amour, dont je me sentis brûler à ton aspect, ne m'éclairait-il sur le dangereux pouvoir de tes larmes! N'écoutant que sa générosité, mon père ordonna de la respecter et de la servir en reine. Je retournai près d'elle et mes soins assidus triomphèrent de l'horreur qu'elle

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semblait éprouver pour le sang do l'usurme dit-elle un jour, pateur.-Vélamir, cruel Vélamir et garde ma couronne laisse-moi mon cœur! – Le sang de mon époux coule entre nous deux, son ombre me crie de le venger mon devoir l'emporte. Oublieton amante crains uneepousc, crains une mère; fuis, tandis que la pitié me parle encore pour toi. Souvent de tels discours s'échappèrent de ses lèvres, mais son trouble ajoutait encore à mon amour, lorsque, elle toujours entraînée par sa tendresse m'ordonnait do la fuir, et ne trouvait pas la force d'éviter ma présence. Mon père cependant, montrait, sousl'éclat de la couronne, un front plus sombre. Il fuyait son palais, délaissait son épouse, et se dérobait aux respects de son ûls. Voulant lui cacher ma folle ardeur pour la veuve de son ennemi, je ne la voyais qu'aux approches de la nuit et dans ses jardins solitaires. Des larmes des sanglots échappaient quelquefois à la reine, et quelquefois paraissant oppressée par un secret affreux et

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pénible, elle me regardaitd'un oeil attendri mais, prête à m'ouvrir son ame, sa bouche se fermait soudain avec terreur, comme si quelque ombre menaçante lui défendait de me parler. 0 toi, me disait-elle enfin, toi dont le cœur vertueux ne brûla jamais que d'un innocent amour, abandonne la faible et trop coupable Azollis. Freya règne dans mon ame, il est vrai, mais elle y règne avec la plus terrible des divinités. – Ces paroles obscures, ces discours cent fois interrompus, éveillèrent ma défiance; j'observai la conduite d'AzoUis et deux fois je vis sortir de son palais un guerrier; que sa marche furtive et les voiles de la nuit ne me permirent pas de reconnaître. Comme on voit, de l'épaisse fumée qui s'élève du sommet d'un bûcher, s'élancer une flamme dévorante, mes alarmes sans objet se changèrent tout-à-coup en jalousie. Le jour suivant, poussé par une funeste inquiétude, je me rends vers mon amante avant l'heure accoutumée. Ne la trouvant poiut sous l'ombrage qui devait nous réunir, je la cherche dans ses jardins. Des chants lugubres coinmeleschanUde l'oiseau

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des enfers, m'attirent sous des ombrages épais je m'avance, et sur une tombe élevée au pied d'un autel, je vois un enfant nu berceau. Eperdue prosternée Azollis tenait embrassés le berceau,la tombe, et l'autel. Près de-la, sur l'herbe fumante, un corps sanglant, (c'était la victime,) un corps sanglant frappe mes yeux. Un vieillard issu du sang des rois, Ilialmar, le fer à la main et fixant la terre avec effroi, 1 évoquait et les mânes et les plus terribles divinités. – Odin, et toi redoutable Thor, s'écriait-il A ces elle pousse un mots, la reine m'apperçoit cri de su rprise, se précipite,et m'entraîne do ce lieu d'horreur. Après un instant de silence: – J'ai voulu, me dit-elle, appaiscr par un sacrifice les mânes de mon époux, ces mânes irrités de ma flamme parricide. -Loin d'approfondir un mystère, qui devait détruire à-la-fois mon amour et ma jalousie, je me livrai plus que jamais à ce double égarement. Azollis semblait de jour en jour plus sombre et plus agitée, mais jusqu'à l'instant marqué par mon aiTreux dcs–

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tin, rien ne pouvait rompre le charme qui m'aveuglait. Il était arrivé, ce jour fatal. Vers ledéclindusoleil,f,Uiguéde la chasse, je dormais au sifflement des vents orageux qui pénétraient dans ma demeure, et qui soulevaient de ma couche la dépouille des loups et des ours; tout-à-coup mon oreille est frappée par des sons aériens, et semblables à la voix des mânes. – Vélamir ton rival soupire aux pieds de ton amante, et tu sommeilles? Faible Vélamir, le laisseras-tu vivre plus long-temps ? Cours et frappe 1 A peine éveillé, je restais furieux, mais inet frappe! – répète la terdit. -Cours voix d'un accent plus terrible, et ces mots retentissent long-temps sous les voûtes solitaires de mon palais. Je saisis mon épée, j'accours altéré de sang l'aveuglement du sommeil me suit encore dans le délire de la vengeance. Les voiles de la nuit ne peuvent me dérober un guerrier assis près d'Azollis: je vole; il est frappé: le fer, plongé tout entier dans son sciu n'en sort que pour s'y replonger uneseconde-fois. – Rival abhorré, meurs sous les coups de Vélainir – A ce nom, un cri douloureux, qui semble lui échapper avec la vie, porte le trouble dans »9

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jnon cœur. Les gardes s'élancent;leurs flambeaux répandent laclarté: je tourne les yeux vers ma victime. C'était, (malheureux; le dirai-je!) c'était mon père! mon père baigné dans son sang, et près de rendre les derniers soupirs La force m'abandonne je tombe sur mes genoux tremblans. Ce vieillard que j'avais vu près d'Azollis,et dont je reconnais trop tard la voix perfide, llialmar entraîne la princesse éperdue il la conduit au milieu des conjurés qui venaient et parlant à la foule qui les a de paraître suivis vous ne Peuples, s'écrie-t-il, balancerez pas entre l'épouse d'un maître légitime, et le parricide fils de cet usurpateur expirant sur la poussière. Abjurez aux pieds de votre souveraine, l'erreur qui vous fit obéir à d'autres loix Mon père cependant, relève avec effort 9a tête, et présente à son assassin une main – Fils malheureux, me dit-il, défaillante non, tu n'es point le meurtrier de ton père: une femme perfide un dieu vengeur a dirigé tes coups. Dérobe à leur furie ta tête infortunée. Mais la mort me saisit approche ô mon cher fils, je te pardonne.

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et te bénis – Désespéré furieux, j'arrache l'épée d'un soldat, je veux frapper Hialmar, et les guerriers d'Azollis,et peut-être Azollis elle-même – Mais bientôt, désarmé par tant d'ennemis, j'allais périr, si la princesse n'eût arrêté leurs coups: -Respectez les jours d'un infortuné, leur dit -elle le coupable tu n'as que trop est puni. Fuis,ô Vélamir! attendu A ces mots, la foule s'éloigne de ce lieu d'horreur,j'y reste seul, prosterné devant le corps de mon père. Les rayons de la lune, écartant un nuage, éclairaient son visage auguste, où la clémencede ses derniers momens brillait encore sous la main sévère do la mort Mon père, m'écrié-je,ô ô toi que la guerre épargna si long-temps, toi que la victoire a couronné tant de fois, tu tombes sous les coups d'un faible assassin; et qui t'a surpris sans défense Hélas le souvenir de mon crime suivra le souvenir de ta gloire; et l'obscurcira peut-être 1 – Je ne pus me résoudre à laisser le corps de mon père au milieu de ses ennemis. Mon esprit égaré conçut un projet qu'une horreur secrète combattit quelque temps, mais bientôt cette horreur même sut m'y déter-

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je me dévouai dès-lors à l'cLerncllo vengeance, et chargeant sur mes épaules ce fardeau précieux et terrible je dirigeai mes pas à travers la forûl voisine des jardins d'Azollis. Je marchai pendant onze nuits, évitant l'approche des hommes, cl jo m'arrêtai dans ces lieux déserts. Là, mes mains encore sanglantes allumèrent le bûcher de mon père, et lui creusèrent uno tombe. que chaque jour j'ose arroser do mes pleurs. Depuis deux années, j'erre dans ces forêts, etleurs hôtes farouches m'offrent une proie souvent achetée par de longues fatigues et toujours empoisonnée par la remords. Pendant la froide nuit, couché entre la tombe de mon père et le feu quo mes mains ont allumé pour écarter les betes féroces, je crois démêler, au milieu du bruit des vents et des eaux, la voix qui m'ordonna le parricide: je cours, je frappe, le sang coule, j'entends les derniers mots, le dernier soupir de mon père et quand l'excès de ma terreur interrompt enfin mon sommeil, ma main qui va toucher cette tombe glacée, me dit que ce n'est point un songe, ou que cette illusion est l'image fidelle dq mon forfait.miner:

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Ainsi parla Vélamir. Bientôt le doux sommeil ramène la paix dans son ame, et chacun se livre à ses douceurs, tandis que l'astre du jour achève et recommence aussitôt sa course lumineuse. Près de quitter cette cabane hospitalière, Suénon prenant la main du jeune guerrier: -Victime d'un remordsvertueux, lui dit-il tes malheurs ont touché mon ame. Assesf d» larmes ont expié ton crime tu n'as plus- à pleurer que ta perte. Aujourd'hui fugitif, je puis encore, dans mon triste destin, t'offrir deux consolations dignes de ton cœur généreux les conseils de l'expérience, et les secours de l'amitié. Accablé sous le poids de la et détestant la vie, poursuis la douleur, gloire, cette vie qui franchit les siècles, et qui, sous le joug même de la douleur, nous fait respirer l'air que respirent les dieux. Son heureux souille peut encore te ranimer, tendre fleur, qu'avant le temps, des orages cruels ont flétrie Sortons d'un empire où la tyrannie saurait enfin m'accabler. Si le prince des Suédois, l'intrépide Olaiis me refuse les se-

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cours que la politique môme lui commamfc de m'accorder, je n'attendrai plus rien que de mon bras et de l'amour de mes sujets. Quelle que soit la réponse d'Olaiis à peine la faucille aura séparé du stérile chaume les épis jaunissans, que les combats ensanglanteront les vallées de Skone. Là, sur les pas de Suénon,tu pourras ainsi que lui signaler ion courage. – 11 dit, et Vélamir se résout sans peine à le suivre. Les guerriers et leur noble compagne s'éloignent du vieillard qui, d'un oeil attendri, les regarde longtemps encore.

FIN

DU

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ONZIÈME.

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DIGNE fils d'Adelus, et vous, ses braves compagnons, hâtez-vous, venez secourir la patrie expirante! Le peuple regarde ses fers; il soupire, et demande si vous n'êtes plus. Quelle gloire pour vous Le maître des rois peut seul vous récompenser c'est parm les enfans du ciel, c'est au lieu le plus brillantde leur palais aérien, qu'est laplace des héros amis de l'infortune. Mais pourquoi vous montrer l'immortalité qui vous attend, ames sublimes? j'ai parlé des malheureux qui vous appellent. La voile qui flottait légèrement sur vos panaches touffus s'enfle et reçoit dans ses flancs arrondis un souffle qui la force à devancer les flots. L'aulne et le peuplier balancent dans les airs leurs têtes majestueuses le vent siffle dans le feuillage du frêne immobile, qui s'élève ainsi qu'une tour de verdure: les roseaux agités rendent un son harmonieux. Les montagnes, les

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rochers et les forêts voient leurs t reitihlan tes images fendues çà et là par le scintillement des eaux. Un air rafraichissant vient tempérer les ardeurs du midi. Les héros laissent derrière eux la longue» chaîne du Lima, qui s'élevant des bords do la Dali5karli« d'un lac transparent,sépare les campagnes de la Norvrège. Pressés par un zèle infatigable, les cataractes mugissantes peuvent seules interrompre leur course. En vain les matelots leur montrent les champs fertiles qui nourrissent l'IIédien et les indompté: les moissons jaunissantes prairies couvertes do troupeaux, et les bocages riansoù folâtrent de jeunes bergères, altircnt à peine leurs regards pjeins d'une enbelliqueuse ardeur. Ils appercevaient core les monts voisins des bords du lac Mios, si fameux par ses tempêtes, et côtoyaient le rivage, lorsque dans Tanacluumicrc à peine ils virent und armure relatante. achevée La lance homicide est entourée des paisibles instrumens du labourage. Un casque, surmonté d'un horrible dragon, sert de corbeille, et l'humble tribut des jardins s'y mêle à celui des vergers. – Que vois- je

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tout -à-coup Adelstan le bouclier tl'Edolphe dans cette rustique demeure! Arsachons si ce guerrier n'habite rêtons-nous point ces lieux quel bras est plus digne que le sien de secourir, de venger la patrie? – Les Scandinaves ont à peine touché la rive, qu'ils apperçoivent au loin unjeune homme arrosant des aibrisseaux fleuris. Près de la chaumière, une femme, aussi belle que nos cueillait les fruits pourprés de déesses Taxe). L'amour se peignait dans ses regards, et tous ses mouvemens respiraient une voluptueuse langueur. Telle on vit la tendre Freya, lorsque parcourant la terre pour retrouver son époux, elle daignait porter à ses lèvres divines les fruits dont se nourrissent les mortels. La jeune beauté reconnaît l'armure scandinave; elle rougit, détourne les yeux c'était Vellina Vellina, l'épouse d'Onfoldar, guerrier de Skone. Buthlus étonné s'approche – Fille de Gernand, je te salue, et je rends graces au destin qui nous réunit sur ces bords étrangers. Mais dis quel est celui qui dans ces vergers, et d'un bras fait pour de plus nobles travaux, prodigue ses soins à la terre ?.J. ce n'est point l'heureux Onfoldar. – Cons'écrie

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fuse, Vellina gardait le silence; mais l'inconnu s'approche, et bientôt à ses traits, ou. brille une mâle beauté, les guerriers reconnaissent Edolphe. Ils l'embrassent, et l'engagent à partager les périls et la gloire de leur entreprise. -Un trop long repos, lui tranchant du glaive, ditBullilus,cmousselc ôte à l'arc ses ressorts, amollit le bras et lo cœur du brave. Suénon veut périr ou nom délivrer; triomphons ou périssons avec lui Aussi-tôt que, dans les champs do la patrie, nous aurons rassemblé quelques soldats, notre roi viendra se mettre à leur tète, et le perGde Burissentira ce que peu vent des peumots ont rallume ples au désespoir.-Ces dans le cœur d'Edolphe la noble ardeur dont il brûla jadis: le héros reparaît. Tel dans lespâlurages delà rianteDalie, un coursier paissant l'herbe émaillée deJlcurs, et laissant tomber négligemment sa noble tête, entend tout-à-coup la trompette percer les airs de ses sons bell iqueux il se rcdresse, f tressaille, et porte de tous côtés ses regards audacieux sous son poil lisse et luisant, l'œil suit les ressorts de ses muscle»; et tandis que dressant une oreille hardie, il pousse

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au loin des tourbillons de fumée, son pied impatient appelle les combats. -Non! s'écrie Vellina, j'en atteste les dieux et ce fer prêt à percer mon sein, il ne partira point, il n'ira pas, pour une gloiro incertaine, exposer sa vie, rachetée par le sacrifice de ma gloire Vous le savez tous ô guerriers, ce cœur aujourd'hui si faible, fut long-temps soumis aux loix de la vertu. La fille de Gernand, qui déjà brûlait pour Edolphe, devint,par une douloureuseobéissance, l'épouse d'Orifoldar, et fut irréprochable jusqu'au jour où l'ennemi pénétra dans nos murs. Victime de l'amour et du devoir, je n'osai pas même disposer d'une vie odieuse c'est dans la coupe du désespoir, que je m'abreuvais d'un poison trop lent à me donner la mort. Rappelez vous cette nuit funeste où Suénon perdit le sceptre, oùlaSkone, plus malheureuse, perdit son roi. Je venais de soustraire au glaive des assassins, ce père qui m'opprima, lorsqu'au milieu d'une troupe de barbares j'apperçus celui que je n'ose appeler mon 'amant. Sanglant, chargé de fers il faisait encore trembler ses perfides vainqueurs.

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Je cours,et j'apprends qu'il doit périr, pourr avoir, entre mille victimes, frappé du coup mortel un prêtre d'iïerllia qui venait, suivi du fer et des flammes, nous apporter le culte de sa déesse. Honneur fidélité, vertu noms hélas trop sacrés vous ne fûtes plus à mes yeux que des fantômes. Cet amour, qui dévorait mon cœur en secret, ne connut plus de frein ni de bornes. D'autantplus hardie queje crus n'obéir qu'à la pitié j'enlevai de mon palais ces vains joyaux, chaînes frivoles et superbes, que le vulgaire appelledes trésors, et quecet instant t seul me rendit précieux. Je vole àla prison qui renfermait le fils de Sirmond, je demande Vectam, Vectam à qui sa garde avait été confiée (grands dieux où trouvai-je tant d'audace!)-Fier étranger, lui dis-je assc* de meurtres ont signalé ta fureur; un guerrier généreux n'aime point à répandre le sang hors des combats. L'infortuné que tu destines au trépas est mon frère. ah daigne le sauver 1 Ces préDaigne sens. sont le moindre prix dont je puisse A ces mots jo payer un si grand bienfait. tombe à ses pieds et les arrose de larmes, tandis que son cœur farouche baïance entre

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l'or et le sang. Relève-toi, me dit-il Et tout-à-coup je visses yeux étinceler d'une ardeur plus effrayante mille fois que toute sa colère. Amour, moi qui vis sous tes loix, je n'appellerai point de ton nom si doux une flamme grossière mais ce barbare osa le Sans remarquer l'horreur que profaner m'inspire un tel langage, il saisit les présens, promet tout, et m'ordonne de le suivre je revois Edolphe Edolphe dans les fers et bientôt l'amour remplit d'une force nouvelle mon ame déchirée. Je retourne auprès de Vectam, et j'essaie de feindre.L'étranger parut croire ce que ma bouche à peine pouvait prononcer.

J'attendais avec impatience que la nuit, répandant ses plus épaisses ténèbres, permette à l'étranger séduit, de favoriser la fuite d'Edolphe, lorsque ce guerrier, instruit au langage des Vandales, entendit de la bouche de Vectam ce discours qu'il me Il n'est rien que n'autorise le répéta – droit de la guerre le captif restera pour la déesse je ne garde que la rançon et la jeune beauté.Peum'importcqu'ellepleure,pourvu qu'elle se console dans les bras de Vectam.

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-A ces mots, Edolphe accusant le sort et les dieux, imprime sur ses chaînes une dent impuissante. Je m'efforce de l'appaiser, et me tournant vers l'esclave fidèle qui m'avait suivie: Vole à ma demeure, lui dis-je, et prends, dans un réduit connu de toi seule, deux urnes d'un vin exquis, dont le roi fit présent à mon père au retour de la Vandalie hâte-toi de les apporter. –Offensant ainsi mon époux, les dieux, et mon amant lui-même, jeflattai, par un pénibleartifice, le penchant du barbare, et j'embrasai de mille feux son cœur, que je voulais percer. Mon esclave revient enfin, et les coupes, s où brille une délicieuse liqueur, se vident le crédule et se remplissent tour-à-tour Vectam se rit de notre feinte crédulité. Toi le stupide habitant des eaux s'élance vers une proie, où le pêcheur habile a caché la mort. Mais l'ivresse bien tôt succède à ce banet lè sommeil à l'ivresse. quet tumultueux, Au milieu de ses soldats assoupis, et contre mon espérance, le chef seul reste éveillé, bnilant d'assouvir une farouche ardeur. Edolphe dévoré d'inEdolphe lui-même quiétude, feignait de goûter dans les fers un – Otc ce paisible repos. casque menaçant

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dis-je au Vandale; il effraye la volupté dans les doux combats de l'amour, le vainqueur doit-il conserver ce terrible aspect?-Tandis que sa main docile délie les courroies de son casque, mes regards, à la faveur des torches pâlissantes, vont chercher les regards de mon amant; et je sens une force nouvelle ranimer mon cœur abattu. Le monstre cependant m'entoure de ses bras audacieux. 0 mon héros, quel trouble dut s'élever dans ton ame, quand tu vis ses lèvres impures recueillir sur mes lèvres les soupirs de la terreur! Mais son heure est venue ma main a'est armée du large poignard qui pend à côté de son glaive; ma main, et cruelle et perfide, se détourne, et, plongeant le fer dans sa gorge à l'endroit où naît la chevelure, le pousse, et ne s'arrête qu'après avoir fait sentir à mon sein la pointe acérée de l'arme qu'elle dirige. Ses bras, qui se roidissent dans les angoisses de la mort, me serrent d'une horrible étreinte; sonatne en courroux s'exhale sur mes le vres, avec un sourd frémissement interrompu par le fer, et son sang inonde mon sein glacé. Edolphe s'élance et le soutient, de

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peur que le bruit de sa chute n'ovcillc ses compagnons. Me dégageant aussi-tôt des mains de ma victime, j'affranchis celles de mon amant des indignes fers qui les pressaient. Je suis coupable, grands dieux, et vous devez me punir; mais soitqu'Aza-Tlior me frappe de sa foudre, ou que l'hideuso Héla m'entraîne dans ses froides cavernes, nul tourment ne me verra déplorer ^ect instant de bonheur i Edolphe saisit un glaive, j'enlève les dons que j'avais apportés, et nous sommes prêts à fuir avec mon esclave. Un soldat se lève chancelant, etveut arrêter nos pas;ilrcçuit la mort nous partons. Je ne vous dirai point qu'après ce coup sanglant je ne pouvais rester au milieu de nos ennemis oh que la crainte était loin de mon cœur Vellina no veut point déguiser son crime; elle ne sait ou peut-être en fait-elle qu'en rougir. aux yeux de son amant un coupable trophée. Père, époux, famille, patrie, j'oubliai tout ou plutôt il devint tout pour moi. Enivrée du bonheur de le posséder, mais tremblant de le perdre, je inaicJi.il.') devant lui, heureuse d'appeler sur ma tC-lo

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les périls qui menaçaient la sienne. Mille fois mon amour enchaîna son courage imQue me resteraprudent je lui disais t-il si je te perds, toi, cher Edolphe, à qui j'ai tout sacrifié 1 Nous arrivâmes sur ces bords, et retrouvant dans le calme de la nature l'image de cette innocence que nos cœurs avaient perdue, nous résolûmes de vivre dans ces paisibles champs, de vivre loin des pères inloin de ce vuljustes, des époux barbares gaire enfin, qui méprisable lui-même, croirait avoir acquis le droit de nous mépriser. Bonheur inespéré, félicité du ciel, délicieux épanchemerts de deux cœurs pleins d'amour, ah pourquoi ne laissez-vous pas dans mon ame enivrée de place au repentir Edolphe ne me quittera point; il lit dans mon coeur sa main peut répandre mon sang, qui s'embrase à son approche, mon sang dont je paierais un seul de ses regards il peut, avec ce glaive, déchirer mon sein où son image respire, mais il ne m'abandonnera jamais! il m'appartient.u. ioO

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A ces mots,Edolphe jette sur elle nn clouNi regard et ses yeux laissent échapper quelques larmes de tendresse. Touché de tant voulait partir, sans troud'amour,Adelstan bler plus long-temps leur bonheur, quand le sévère Buthlus l'arrête, et s'approchant de Vellina qui fondait en pleurs – Fille de Mais ouGernand, épouse d'Onfoldar blions ces titres sacrés; ils sont muets devant le transport qui l'égaré IJutlilus, poussé d'une pitié que sa vertu condamne l te parle au nom do ce coupable amour. 11 t'inspira. des efforts trop généreux pour que la seule beauté l'ait fait naître (l'amour qu'enfante et que nourrit le charme de ces dons frivoles, ne donna jamais que le coun'étaitrage de braver la honte). Itépotids ce pas la gloire de ce jeune héros qui t'enflammait pour lui? -Il est vrai,diten souEh bien cette gloire pirant Vellina s'évanouira comme un songe, s'il reste dans un flétrissant repos, tandis que tous les guerriers de Skonc exposeront leurs jours pour le prince et pour la patrie. Femme indigne de l'amour d'un héros, tu souffrirais qu'un sujet de Suénon arrosât d'une main avilie les fleurs de ce rivage, tandis que Sué-

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non lui-même prodiguera son sang pour le salutde ses sujets? Humiliés, confus, bientôt tu ne. verras plus en lui qu'un vil esclave de la volupté; bientôt, te reprochant et sa honte et la tienne, il irait, loin de toi, chercher dans les combats et dans la mort l'oubli de ton fatal amour. Ah qu'il vienne, qu'il vienne plutôt; et que ses nombreux exploits ne laissent point à la renommée, le temps de publier vos mutuelles faiblesses s'écrie la fille de Ger-Ciel impitoyable nand, je vois dans un sombre avenir lc sort qui nous attend. Mais partons; ne suis-je pas certaine de ne perdre Edolphe qu'avec la vie – Elle dit, et les guerriers montent sur la nef avec elle consolés de ces retards en voyant Edolphe au miils s'éloignent promptement lieu d'eux du rivage. – Alpaïs est aussi tendre, disait au fils d'Adclus la voix de son cœur mais combien son ame est plus amoureux forte et plus héroïque Elle préfère au bonheur de son amour, la gloire de son amant, et son père il tout le reste. Eh quel amant pourrait être jaloux des droits d'un père, et ne pas voir dans la piété filiale, un gage assuré de la tendresse et de la fidélité d'une

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épouse Toutes les vertus doivent régner ensemMedans le coourd'AIpa'tS: dès son aurore, cette beauté me parut comme l'arbre où les fruits les plus doux de Neustrie succèdent aux plus brillantes fleurs. Cependant les guerriers, entraînes par les Hots rapides, voient fuir devant eux les campagnes d'Osterda], de Romerik, et les rivesdësolées qu'habitcn t]cs Vingéliens *Ils s'arrêtent enfin au fort do Waldis l'amanto d'Ledolplie y revêt une armure légère, et cache sousuncasque d'airainses traitscharmans, dont ]a vue pourrait trahir les secrets de son amour. Montés sur d'agités coursiers, les Scandinaves s'avancent dans ics humides champs de la Dalie. Déjà deux fois le soleil, élancé des extrémités do la terre jusqu'au sommet de la voûte des cieux, s'était plongé dans les ondes occidentales, quand ils arrivèrent aux lieux où l'Albis, se précipitant du haut d'un rocher, jaillit en tourbillons d'écume, et roule ses flots bruyans à travers deux roches les ruines et les débris Le pommier. La Wmgu!'narehie anciennom. C'est la cascadede Tro)hoett)t, l'une Jet plus

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énormes divisent le fleuve à l'endroit où la terre venant à lui manquer tout-à-coup, ses nappes transparentes se précipitent dans l'abîme de frêles arbrisseaux s'échappent de ces roches sourcilleuses, et dans le sein même de la tempête, se balancent mollement t au sounio des zéphyrs. L'ceil effrayé n'apperçoit de toutes parts que des précipices, ombragés par de noirs sapins. Les guerriers descendaient le courant de !'Atbis cherchant des yeux une barque pour le traverser, lorsque d'une caverne qui s'ouvre dans le rocher, une troupe da Aux armes crie brigands s'élance Buthius.–Et déjà l'air a siiïlé, fendu par des flèches perfides. Adelstan reconnaît l'armure des fils de la Skone il s'avance, étend la main et sa voix porte Is respect et l'effroi dans le coeur des assaillans.–

fameuses de la Suède.On en trouve la description dansle voyagede Co~e. Cette caverne fut de tout temps on repaire de voleurs.

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AI" par cette voix, à laquelle ils sont accoutumés d'obéir, les soldats tombent aux pieds du héros. Deux rebelles osaient élever la voix,et Conle fils servaient une attitude menaçante d'Adelus, se précipitant sur eux, perce l'un de sa lance, et renverse l'autre du chod do son coursier. Que faut-il faire, 6 braves chefs ? s'écrient leurs compagnons. Déjà mille fois nous avons vaincu sur vos pas nous brûlons de vous suivre encore. Marchez à notre tète, et vousretrouverez cnnoua. .–Entraînés

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des soldats.- Buthius s'avançant vers eux: -Renouvelez donc le serment que vous fîtes au. pied du mont Slipare, leur dit-il, lorsqu'éblouis de la gloire de Suénon entraînés par ses vertus vous rélevâtes sur l'auguste pavois Jurez de lui rester fidèles, et de venger la patrie i –Nous le jurons par Odin et par nos glaives, s'écrient-ils en frappant leurs boucliers! -Le serment répété d'échos en échos, est suivi d'un silence imposant; et la terre et le ciel semblent l'avoir reçu, semblent le garantir. Les iarles, à la tête de leurs soldats, remontent le cours du fleuve, jusqu'à lahaute citadelle antique demeure des rois de la contrée. Ils cherchent un asyle dans ces s murs entourés des flots. Le chef à qui la garde en fut confiée, leur apprend que les Vandales portent la guerre dans les Etats de la tristeAzollis toujours plus avide et plus injuste, le fils d'Othar, voyant le sceptre do Gothie aux. mains d'un vieillard et d'une femme, brûlait de s'en saisir, et menaçait Skara la reine des cités. Au momentoù p E<M)org, rèa le lac Weaer. Cxptttle doit Gothie.

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la nuit vint, par des ombres rapides, séparer ce jour du jour prompt à le suivre Hiidmar fugitif arriva. Co perfide oppresseur de Véiamir déplorait la perto d'un d'AzoUIs, il por~ sceptre que, sousje~om tait depuis trois années, Pleurs de l'ambition trompée, du crime détrôné, vous ne pouvez rien sur mon cœur. Loin de moi, coupables victimes de la fortune, vous, qui mettant vos crimes en oubli, lie déptorcz que vos malheurs que, plongée dans une amcrc tandis Azollis desire la mort douleur court implorer le monarque qu'HinJmar les Scandinaves qui n'attennorwégien dent plus rien lue de leur vertu rfprcnncnt le chemin de la Skone travers d'épaisses forêts. Fameuse enceinte ou nos dieux reçoivent tant d'offrandes (t); et toi, fontaine sacrée de Torstan, ]e desir do conne put les détempler vos merveilles tourner dans leur course. Dès qu'ils ont reconnu les champs de la patrie, Adclstan ordonne aux soldats de se rendre dans la forêt d'Ilallaryd, et d'attendre, sous les antiques édifices qu'elle recèle, les ordres de Tandis

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leur monarque. Téodolphe se charge de les y conduire et de veiller sur leur foi. Les autres guerriers, de peur d'être reconnus, effacent les devises de leurs boucliers. Après un tendre adieu, brûlant de réveiller dans tous les coeurs l'amour de leur digne monarque, ils suivent des chemins diHercns, ethri)ientsur la verte bruyère comme trois météores, qui, vers la fin d'un jour d'été, fenden les vastes plaines du ciel. Montée sur un agile coursier, la tendre VeHina marche à côté de son amant, heureuse de partagerses périls. Seule avec Edolphe, son cœur palpite d'une douce joie, et son amour, que réprimait Focit sévère de Buthlus, s'exhale ainsi que le parfum d'unejeune rose. Tandis qu'i)~ s'abandonnent à des feux criminels, Adclstan songe a mériter lebonhcur promis à sesexploits. Les ma)henreux habitans de nos campagnes avaient tenté de résister aux barbares, et leurs hameaux réduits en cendres, attestaient l'impuissance de leurs efforts et la cruauté des vainqueurs. Le fils d'Adelus les trouva retirés sous des cabanes de feuil]ages, élevées près de ces ruines déplorables, L'on y voyait suspendues les dépouilles de leur dileurs troupeaux égorgés. –Amis,

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sait le jeune héros, l'étranger vous réserve l'esclavage et la mort, mais espérez tout du courage de Suénon. C'est lui qui m'envoie vers vous; il brûle de vous délivrer. Fuyez dans vos forets, et que la conquête des barbares ne leur offre plus qu'un désert. Des que le soleil aura vingt fois fourni sa course, réunissez-vous autour des ruines ombravous y gées par les chênes d'lla))aryd trouverez votre roi, vos dieux, et la vicioire 1 et par tout te parle Adelstan peuple obéit à sa voix. Tout favorise ses desseins, et le respect attaché au grand nom de son père, et l'horreur des Vandales, et ]eur invasion en Gothie qui les affaiblit dans la Skone et cette ardeur enfin dont les cœurs généreux embrasent tous les coeurs. Ainsi Mais pour donner des armes et des chcfa a ces nouveaux soldats, il fallut recourir aux iarles qui restaient encore dans leurs forteresses. Les tours du puissant Ladiskar s'élevaient non loin de-là, sur le penchant d'une colline couverte de sapins et de hêtres le fils d'Adelus y vole. Nulle ombre ne voi-

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lait encore l'éclat des cieux, mais le silence de la nature donnait aux voyageurs tardifs le signal du repos. L'amant d'A!païs fait retentir des sons du cor les sonores échos du rocher le mobile pont s'abaisse à son approche, et soudain se relève derrière lui. Ladiskar le reçut avec cette froideur dont les grands savent si bien régler les apparences, et qui souvent est le langage de leur haine un souris ironique fut la seule réponse du lâche àl'appel de la gloire, et c'était le favori du monarque! ô! mes chants, flétrissez à jamais ce nom infâme, et que la honte au moins arrête les ingrats 1 Assis au festin'avec l'iarl et ses vassaux, Adelstan était triste et silencieux comme l'hôte ailé du bocage, lorsque privé de sa douée liberté, il se voit entouré d'oiseaux captifs dès leur naissance, et qui n'ont point appris dans l'ombre des forêts, ni dans l'immensité des airs, a détester l'esclavage.–' l'ils d'Adelus, lui dit Ladiskar, je vois quo Suénon, jaloux de payer les services et la mort de ton père, t'a fait, ainsi que lui, )e premier de son empire. Pourquoi viens-tu donc ici sans gardes, sans appareil et comme

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un fugitif, m'annoncer les volontés de ce grand roi ? Un semblablemessage n'est pomniprudent. Ladisl:ar,&tjeunetém<5peux. raire, n'est fidèle qu'à]afortune:!acausodu vainqueur est la cause des dieux même, et la mienne Buris a reçu mes sermons.–lari, dit le héros, parmi les sujets de mon roi, je ne connais qu'un traître, et vois dans tout il parle reste autant de vengeurs.-Comme lait, le perfide fait approcher un de ses gardes, et lui donne un ordre secret.–Fits tu suis de près les d'Adelus, reprend-il, traces de ton père, et bientôt tu seras immortel aussi. –AdeJstan voit le danger dont il est menacé, mais sa grande ame n'en est point troublée. Tel un aigle aux larges ailes plane au-dessus de la tempête, fixe d'un œit assuré les éclairs éblouissons, et ne hite point son vol aux soudains éclats de la foudre. Les convives se livraient a leur bruyante joie, quand le héros, en élevant la tcte, apperçoit un écuycr dont les yeux sont nxës sur lui. Plus fidèle à son roi qu'à son le Scanien regarde tourindigne maître son cimetcrre et les portes de la à-tour

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salle, pour faire entendre au fils d'Adelus s'il ne cherche son salut qu'il va périr dans la fuite. Mais l'amant d'AIpa'is ne répond à ce conseil qu'en lui montrant son seules ressources d u brave cceuretsonépée, dans tes plus grands périls. L'écuyer répète avec fierté ces mouvemens et d'un cottpd'œil, le héros l'avertit de s'éloigner. A l'instant, (ô courage, 0 force qui surpassent la force et le courage des enfans des hommes ) il soulève l'immense table de marbre chargée du festin, et la renverse avec fracas sur l'iarl et sur ses convives Prompt comme le regard, il s'élance aux portes, il engage les pesans verroux dans leurs anneaux d'airain. Frappés de sa redoutable épée, ses ennemis éperdue tombent avant d'avoir pu se mettre en défense. -Traitres s'écriait-il en tes immolant, il est des dieux vengeurs L'écuyer de Ladiskar, l'intrépide Raoul le seconde mais, malgré le devoir plus sacre qui l'attache à son roi, sa généreuse main se refuse a frapper son maître et content d'avoir sauvé l'innocent, il renonce à punir le coupable. Snr ceux qui se trouvent en face de )ni.

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Ladiskcr cependant s'eHorce de soulever le poids qui l'accable, et déjà sa tête paraît au milieu des débris cpaM. Ce fut ainsi qu'aux premiers jours du monde, et lorsque les siècles succédaient aux siècles sans être comptés, le pere des géans et des dieux naquit des arides ilancs d'un rocher. Terrible dans sa juste colère, Adelstan saisit le cimeterre de Raoul et tranche d'un seul coup la tête du perfide iarl. Son sang, qui s'échappe à grands flots, forme avec le vin et les mets répandus un horrible mé)ang< Les deux guerriers cherchent encore des ennemis et ne voyent plus que des cadavres mais les soldats de la forteresse, avertis par le tumulte, étaient accourus, et lieurtaient à coups redoublés les portes ébranlées. Rassasié de victimes, et trop sûr do ne pouvoir résister seul à tant d'ennemis Adelstan arrache l'immense rideau qui sépare la salle des festins et l'asyle du sommeil il l'attaclie à l'étroite issue qui donne un passage à la lumière (~), confie le poids de son corps àla toile flottante, et se laissant t glisser dans les plis, que pressent tour-àtour ses mains et ses genoux, il descend au

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pied des murailles. L'intrépide Raoul a suivi son exemple, et c'est dans la forêt voisine que tous. deux cherchent un asyle. Des sapins touffus les couvraient déjà de leur ombre, lorsqu'ils entendirent les soldats briser les portes, et se précipiter vers leurs chefs expirans. Une course rapide les a bientôt éloignés du péril. Digne fils d'Adelus, tu serres dans tes bras victorieux le bienfaiteur à qui tu dois la vie, et lui, charmé de ta valeur, prend les dieux pour témoins de l'obéissance et de la Edélitë qu'il te jure. Ils ne se livrèrent au sommeil qu'après une longue marche la grotte de Lona leur offrit une retraite assurée sous ses voûtes solitaires. Le guerrier, à peine a goûté quelque repos, qu'il s'apprête à poursuivre ses nobles desseins. Non loin de-la s'élevait un temple où le retour d'une fête solennelle amenait en foule les malheureux Scandinaves il y vole, suivi de Raoul, et leur apparaît toutcomme un dieu protecteur qui a-coup, vient armer pour eux les élémens.–Victimes du courroux céleste, s'écrie-t-il, espérex-vous iléehir par de vulgaires sacri-

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fices, des dieux qui ne reçoivent d'autre cotte que la gloire, d'autres offrandes que ]c sang des vaincus? Vainement vous leur donandez votre délivrance, et les fatiguer de vos plaintes; ces dieux vous répondent ce ne sont pas des par ma voix Hommes pleurs de femmes que vous devez'répandre au pied de nos autels. Retevcz vos frout.t humiliés, et le joug tombera. Arrachez ccs inutiles bandelettes, couvrez votre tête d'un casque, et pour toute prière n'en tonnez que des hymnes belliqueux. La faveur divine accompagne celui qui compte sur son bras. -A ces mots un murmure d'espérance et de joie échappe il la multitude étonnée. Ainsi, dans le vase d'airain assiégé par des ilammes pressées, i'oude frémit et bouillonne, avant que ses flots mutinés ne franchissent leur prison, et ne courent éteindre ce feu qui la tourmente et la consume.de aux armes! s'écrie-t-on Aux armes toutfs parts; le fer, le fer seul doit nous fils d'Adstua affranchir, nous venger.–Le sait profiter d'une ardeur si généreuse; il indique aux habitans de la Skooe le moment de se réunir, et choisissant les plus intrépides, marche avec eux à la forteresse

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de Ladiskar. Manquent ils de lauce ou. d'épée? ils arrachent aux arbres de noueux et pesans rameaux; tout dans leurs mains, devient dard, pique, ou massue, et le génie de ces forets (5) voit avec joie ses antiques chênes fournir des armes contreles ennemis de la patrie. Le jeune héros, suivi des enfans de la Skone, sans peine a franchi des murs où règne le désordre. H voit accourir les soldats que son glaive a privés de leur chef; il fond sur eux avec furie. Tel le torrent de feu vomi par un volcan, se précipite au sein des ondes rugissantes. Les échos de la forêt peuvent à peine répéter le bruit des boucliers et des casques, retentissans sous mille coups pressés. Autant de fois que l'amant d'Aï pais fait briller son épée, une victime tombe en songeant il la précieuse récompense qui l'attend, il voudrait trouver de plus dignes adversaires; il voudrait que la résistance des vaincus honorât du moins le bras du vainqueur. Mais il triomphe, et nos combattans rassasiés de carnage s'élèvent seuls au milieu de leurs ennemis renversés. Le fils d'Adelus ordonne
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de rassembler toutes les armes renferet s'éloigne do mées dans la forteresse ces murs, dont il laisse la garde au fidèle Raoul. les campagnes, Déjà lesilencerégnaitdans et le héros cherchait des yeux quelque hameau solitaire quelque antre quelque asyleenfin pour y passer les heures déjà nuit, lorsqu'il apperçoitsurunecoHine lointaine, la demeure d'un iarl puissant. Le souvenir de la perfidie de Ladiskar ne le détourne pas de se rendre auprès du vertueux Sivald. triste fille de l'erreur, Mais l'expérience, avait instruit son ame pure a connaître une sage méfiance. Il voulut éprouver la foi de l'iarl avant de lui découvrir ses desseins. fils du plus généreux des mortels, lui dit ce guerrier, je rends grâces au dieu qui t'ameuc. Adelus se~endit dans ces murs, lorsque son jeune frère y reçut la main de ma sœur, ( ta mère alors te portait dans son sein. ) Voilà les traits et le port majestueux d'Adelus. Il avait ton âge et le feu divin quand nous qui brille dans tes regards combattîmes ensemble sous les ordres du vaillant Sigefroi; mais il me quitta bientôt

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pour suivre son princeen des contrées loinet c'est après nous avoir montré taines leurs vertus dans la dangereuse épreuve du souverain pouvoir, que le destin nous les ravit tous deux. 0 jour funeste source de larmes éternelles Mais, dis: sais-tu quels lieux offrent nu asyle à notre roi? –Ilélas~ répond Adelstan qui commando à peine à son trouble, une forêt de Smoilande l'a vu tpmber sous le glaive des assassins Et mon bras, qui tenta vainement de le défendre, n'a pu qu'élever à ses manes un simple et rustique tombeau!–A l'instant, la. fille de Sivald arrêtant des yeux pleins de larmes sur le fidèle et courageux animal qui ne verras donc reposait a ses pieds:Tu et c'est en plus ton maître, s'écrie-t-elle, vain que mes boins te conservaient pour lui Un jour il reviendra, me disais-je et foulant aux pieds ses ennemis terrassés, il remontera sur son trône. Alors, l'heureuse Elvanire osera lui présenter le chien fidèle que savigilance a su dérober à l'avide étranger, et que ses mains, chaque jour, s'empressaient de nourrir. Le roijetera sur elle un regard de bonté, de reconnaissance. Il Espoir trop doux 1 cruelle destinée

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SCANDINAVES.

s'écrie l'amant n'est plus *Il respire, De ses augustes mains d'A!pMS, il respire il vient essuyer vos pleurs, briser vos fers. c'est Pardonnez un coupable stratagème outrager vos cœurs que de les éprouver.– A ces mots le vieux guerrier ne peut contenir sa joie; il presse dans ses bras le fils d'Adelus, comme s'il venait d'en recevoir )o plus grand des bienfaits. Le jeune héros expose les projets de Suénon, et les heureux efforts qu'il vient de faire pour seconder lo monarque. L'espoir, l'admiration, le desir même de la vengeance paraissent tour :'t d'heureuses tour sur les traits d'Ëlvanire ]armes coulent sur ses joues vermeilles et semblables a la fleur de l'églantier, lorsque les rayons de l'aurore viennent frapper les gouttes d'argent qui roulent sur ses feuilles veloutées. Tous les soins, tous les honneurs sont prodigués au fils d'Adelus. Après qu'une onde limpide et parfumée a rafraîchi ses C'o.t une petite circonttanco mai<en <crappelant la simplicitéde ce peuple, et son go&tpnMionnA pour la chasse,il paraîtra tout simpleque le roi pume attacher un grand pru 4 la contervation de ton me~ leur chien.

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membres fatigués après qu'une vigueur nouvelle a coulé dans son sein avec les flots <to pourpre d'un vin exquis, deux jeunes esclaves, qui n'avaient point encore subi le joug de l'hymen, le conduisent dans un où de superbes courtines asyle solitaire ombrageaient une couche revêtue de la dépouille des monstres du désert. Il y trouve, non pas l'incertain sommeil de la mollesse au bras impuissant, mais le sommeil, enfant de la fatigue, leprofondsommeil du chasseur et du guerrier. Déjà les oiseaux, qui viennent de chercher leur pâture dans les arbrisseaux du vallon, chassés par les brûlans rayons du soleil voltigent sous l'épais feuillage des sapins, et suspendent leur chant matinaI.Le jour n'a pas encore frappé les yeux de la tendre Elvanire, mais elle n'a point cessé de voir l'image du jeune héros. Doux songes d'une ame sensible et pure, ah! pourquoi vous évanouir' II est triste, le réveil qui vous suit. Adelstan est parti Sivald l'actous deux brûlent de signaler compagne leur zèle. L'iarl, par sa prudence, tempère, dirige la bouillante ardeur du fils d'Adelus.

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Ainsi la main du guerrier retient la il~rhe homicide prête à fendre l'air, jusqu'à l'instant où l'oeil aura marqué la place qu'elle doit frapper. Par une marche et rapide et secrète, ils se rendent sur nu mont voisin des remparts do Krona, de Krona la plus redoutable des forteresses qui défendent tes vallées de Skone. Un bois épais tes couvre de son ombre j leurs regards pcrçans plonle gent à loisir dans l'enceinte guerrière nombre, la vigilance des soldats, et l'cndroit le plus favorable pour surprendre la citadelle, voilà ce qu'ils brûlent do connaître. Tel au pied du rocher dont une aire d'aigle couronne le sommet aigu, deux chasseurs épient le moment où, dans l'absence de ces terribles oiseaux, ils pourront dérober aux aiglons les animaux sanglans prêts à 1 eur servir de pâture. Les guerriers voyent enfin sortir de la au milieu d'uno escorte nomcitadelle breuse, douze chars qui bientôt reviendront chargés des utiles dons, que lcs bras du laboureur obtiennent de la terre. L'iarl

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regardeAdelstan; Adelstan brute de parler: tous les deux ontformé le mêmedessein. Ils insuivent quelque temps leurs ennemis terrogent les pâtres des environs, et volent à la forêt où le fils d'Adelus est attendu par de nouveaux soldats. Le soleil, de ses obliques rayons, éctairait déjà les sommets des montagnes, lorsqu'il vit Adelstan et Sivald revenir dans ces lieux à la tête de leurs cohortes. Les deux che& se hâtent de cacher nos vengeurs au sein d'un bois touffu, dont les rameaux entrelacés s'étendaient au-dessus de la route, et la dérobaient aux regards du jour. Immobiles, muets, ils attendent le retour des cent guerriers ennemis, et l'impatience aiguillonne encore leurs courages. Ils ne voyent, ils ne respirent que le sang. Enfin, sous de lointains ombrages, un tourbillon de poussière s'élève, s'avance. Bientôt, des flancs de ce nuage poudreux, jaillissent des éclairs lancés par les casques et les boucliers bientôt le fils d'Adelus distingue et les chevaux et les soldats, qui de l'un et l'autre côté, forment une mobile )jaie, et les chariots, dont le faix vacillant obéit aux inégalités du sol. Le bruit approche, !a terre tremble, les piéges de la mort

LESSCANDtNAVFS.

déjà le Vandale imprudent. enveloppent Cent javelots part.is du sein do l'ombre silHent, frappent; et la forêt vomit autant de guerriers dès le premier choc un horrible desordre règne dans le champ du combat. Ernest, jeune guerrier justement enorgueilli de tenir par le sang à la maison d'Adelus, Ernest venait de renverser Isernador; il allait lui percer la gorge avec son poignard, lorsque tous deux sont écrasés sous les roues d'un pesant chariot, entraîné par des chevaux éperdus et sans guide, à travers la foret les éclats de leurs cuirasses ont pénétré dans leurs chairs palpitantes. Ainsi ces coquillages, dont se hérissent les ilancs d'un rocher battu des flots de l'Océan, sont brisés par le choc d'un esquif, pousse par la vague orageuse. Sivald reconnaît le chef des Vandales à son maintien orgueilleux, à l'éclat de son immense panache trois fois il vient de le frapper, et trois fois son glaive émoussé n'a fait jaillir, au lieu de sang,que devaines étincelle*). Alfagar Irrite s'élance, et presse le vieux guerrier datts ses bras vigoureux il allait l'étendre à ses

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pieds, lorsque tu fondis sur le Vandale, ô fils d'Adelus, et d'un coup de cette épée qui jamais ne trompa ta valeur fis gémir l'airain de son casque. Troublé de cette atteinte soudaine, il renonce à la victoire, et ne songe plus qu'à défendre sa vie. Ses soldats, accourant aussi-tôt, pressent de toutes parts son redoutable adversaire. La cuirasse, le bouclier et le casque d'Adelstan tremblent et retentissent, comme si le marteau du forgeron eût une foisencore dompté l'airain rebelle. Tandis que le héros est assailli par cette horde tumultueuse, son âme reste ferme et tranquille comme le rocher de Torga (4), lorsque de sa cime superbe, il voit les vagues en furie battre ses flancs impénétrables. Son sang a déjà coulé, mais d'une plus large blessure, tout le sang d'Alfagar s'échappe avec la vie. Le bras du jeune guerrier sème par-tout la mort; le silence annonce la victoire. Moins éloquente et moins terrible eût été la voix des vainqueurs. Cette victoire elle-même n'est qu'un preTorg-IIttten.

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SCA~Dt~AVES.

micr pas vers celle où le héros aspire. Uoo troupe d'habitans desarmés et lcs mains liées, avait été conduite jusques-là par les Vandales le fils d'Adchis les déHvre, leur présente des armes, et leurdit de le suivre chargés de fers, comme s'ils étaient encore enchaînes. L'iarl donne un nouvel ordre, et les Scandinaves déposent sur la terre le faix de ces rustiques chars, que leurs mains couvrent des rameaux de l'omble et du chêne. Ce toit léger supporte les épis moissonnés dans nos guérets, et cache ;'<tous les yeux des soldats prêts à donner la mort Leurs compagnons, revêtus de l'armure des et suivis des chars plus pesans Vandales tournent leurs pas vers la forteresse. L'iar!, instruit au langage des fils de la Baltique, s'est armé du casque et de la cuirasse d'A)fagar il s'avance hardiment à la tête de ses guerriers. des Cependant au milieu des rochers bois, et des ruisseaux étincelans, s'élèvent devant un chaos de monts entassés, des
Ruse de guerre souvent mise en nM~e et mtrnc Jin)]e<iec)e dernier.

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tours, des donjons et des remparts. Déjà les Scaniens voient briller au-dessus des créneaux, les casques etles piques des sentinelles. Une ardeur inquiète fait bouillonner leur sang: plus le danger leur paraît grand, et plus leur courage hâte une marche trop tente au gré de leur impatience. H était l'heure où le paisible moissonneur retourne à sa chaumière citoyens et soldats prenaient le repas du soir. A l'approche du guerrier qui brille sous les armes d'Alfagar, les mobiles ponts s'abaissent, et bientôt ils tremblent et crient sous l'énorme poids des chariots. Les gardes, à qui fut confiée la défense des portes, se réjouissent en voyant le rustique butin dont ils espèrent se nourrir. Mais frappés de mille coups, ils tombent aussi-tôt un cri formidable retentit sous les voûtes. Les chars, à ce signal ont enfanté cent guerriers, et chacun des captifs devient un combattant. Md'ins impétueux sont les flots de l'Albis, lorsque du haut des monta, et franchissant les airs, ils tombent et ravagent le vallon épouvanté. Ma voix essaierait en vain de nommer

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a C A N D t N A V E S.

cette foule de victimes. Mes yeux ont vn le jeune Kasan abandonner les festins, et recevoirle trépas delamain deSivald. Avant d'expirer, il voit nos soldats lui ravir le collier d'or que lui donna sa tendre épouse, Si tu lo lorsqu'il s'arracha do ses bras rapportes, lui dit-elle, jetais vœu de le sus' pendre dans le temple de la grande Déesse et si mes yeux ne revoyent plus tes traits chéris c'est moi c'est ton Adélise qui sera l'offrande, la victime! -Du seuil qu'I) s'efforce de défendre, Jnorox tombe, et vomit avec son sang, l'hydromel dont il venait do s'abreuver. Au milieu de la place d'armes et des machines guerrières qui la couvrent, s'élève un orme colossal, que depuis trois siècles, chaque printemps couronne d'une verdure éclatante. Nombre de Vandales accourent, s'adossent à cet arbre antique,et présentant la mort de tous côtes, soutiennent un combat meurtrier sous ses voûtes frémissantes. Mon bras, à présent enchaîné par les glaces de la vieillesse, mon bras immole dix guerriers mais que ses coups sont lents et faibles auprès de ceux que porte IcHIad'AdeJtis!

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et quel guerrier oserait partager avec lui l'honneur de la victoire 1 Bialla Podols et Mozyr l'attaquent à-lafois Mozyr, Podols et Bialla tombent expirans à ses pieds. Son casque fracassé laisse à découvert sa tête majestueuse que mille c'est en guerriers lèvent le fer contre lui! les frappant du coup mortel, qu'il dérobe sa tête à la mort. Je vois son épée voler en éclats; mais il n'est point désarmé tant que son bras lui reste. Il apperçoit d'énorme~ il y cailloux entassés près des catapultes vote, et les lance avec autant de force et de vitesse que ces machines redoutables. Baltimor tombe; Atbarazim tombe Zytomir s'agite dans la poussière, comme l'oiseau percé d'une flèche empoisonnée. Tout fuit le débris de rocher que les mains du héros tiennent encore suspendu son oeil étincelantne trouve plus àqui le lancer. Safureur n'est point appaisée mais déjà les habitans de Krona viennent embrasser ses genoux à travers mille cris d'allégresse. ils font retentir jusqu'aux voûtes du ciel le nom de leur libérateur. Avant que le sommeil eût répandu ses doux pavots, le Scalde, assis

LESSCANDfNAVns.

au festin et s'accompagnant de cette lyre qui soutient aujourd'hui sa voix affaiblie, fit àl'oreIHc des vainqueurs ceiater l']tymno de la victoire. Le jour qui suit cet heureux jour, est consacré sans reh~cho a des travaux guerriers. Les Scandinaves réparent les créneaux ils traînent sur les plates-formes, des ballistes, des catapultes, et ces longs balanciers armes d'un fer recourbé (5), qui plongeant au milieu des ennemis avec la rapidité de l'aigle, enlèvent les coubattans, et les apportent déchires dans l'enceinte qu'ils assiégeaient. Plus loin, s'apprêtent d'autres machines, destinées il rompre l'effort du terrible bélier. Par-tout s'oirrcnt aux regards des amas de cailloux, des faulx, et de longues solives armées de mille dards. A la vue de tant d'instrumcns terribles qu'il inventa pour exterminer l'homme, l'homme recule, ejfrayé de lui-même.

FIN

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I-tESoieit, au milieu de sa course, bannit l'ombre du pied des monts les plus élevés, et verse une pesante chaleur dans les valjées les plus profondes. Suivi d'Alpaïs et de Vé!amir, le monarque a franchi ces rochers, limites majestueuses de la Norwege. J) foule d'un pied fatigué la terre qui vous nourrit, ô généreux Dalékariiens (i) Souvent trompé dans ses vœux et dans son espoir, il n'invoquera point le génie de vos montagnes, ni les divinités hospitalières sa noble pensée plane sur le tumultueux empire de la fortune, comme le regard des dieux sur les orages, et défie l'avenir menaçant. Les guerriers apperçoivent, a travers des vaHées sauvages, les ondes lointaines du lac et descendent vers des prairies ramone, semées d'ombrages touffus, et baignées de mille ruisseaux. A leur approche, l'élan, le chevreuil et le timide lièvre, tressaillent,

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disparaissent. Dans leur pénible fuyent, marche, ils suivent, au bruit des torrcns, p les bords de la Dala. Ils ont déjà traversé ]'épaisse forêt de Tohnenc, et le soleil a trois fois parcouru les cieux, lorsque sur une frêle barque, ils se confient aux rapidcl eaux du fleuve. Vers le milieu du jour, les fertiles champs d'IIëdemora se découvrent n leurs regards. C'est ta qu'un d'autres temps, ]es fils du verger étalent, sur leur verl'or et la pourpre do doyante couronne, leurs fruits (a) le jour où les habitant de la vallée vont recueillir ces fruits dans de vastes corbeilles, semble tous les yeux un jour de fcte les échos retentissent de chants d'allégresse, et l'automne radieux s'enor. gueillit de ses présens. Mais alors, (quel aITreux changement)) pâles et décharnés,des hommcs~c disputent ces fruits, à qui le soleil n'a point encore dispensé les couleurs de la maturité. Le plus terrible des Héaux la famine (3), conjurée quelque temps par Olaüs, accablaitde nouveau ses sujets infortunés. Les fontaines sacrées, rêvé) ant l'infécondité de la terre(4~, ne laissaient pas même espérer un plus he u-

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rcux avenir.–Monpère,ditAlpaïa,voistu. ces femmes chancelantes moissonner les roseaux du rivage, et les presser de leurs lèvres desséchées D'autres, sous les remparts de la cité, ne dédaignant point les plus viles racines, les arrachent et les dévorent. dans Non loin d'elles, des malheureuxerrans la campagne, consument le reste de leurs forces à chercher le soutien d'une vie défaillante. Tout ce que la terre présente à leurs yeux, leur bouche avide brûle de s'en repaître. Eux-mêmes, 6 dieux, de quel air Une égale défarouche ils se regardent un mutuel effroi les tresse les a réunis vain sépare. Et ces mères éperdues en se débattent et leurs tendres nourrissons s'attachent à leur sein.0 désespoir, ô comble de misère après mille efforts des ils n'en tirent qu'un sang appauvri larmes des larmes stériles sont le seul tribut que ces infortunées puissent payer à 0 mon père, quel sort affreux la nature nous attend sur cette terre, qui semble déTendre vouée à la mort Alpals, répond le roi, pleure sur un désastre si cruel, mais n'en redoute point les atteintes épuisés par de longues souËiances, ceux que tu plains la u.

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n'ont plus la force d'aller poursuivre, an fond des déserts et sur d'après rochers, le daim, et le chevreuil agile. Avant que la faim nous ait fait sentir ses cruels aiguillons, habile à manier l'are, j'aurai percé de mes flèches les timides Ilotes des bois. La chasse pourvut seule à mes besoins, lorsque, dans ma jeunesse, je traversai les désc.rts que parcourt le Sarmate indompté. – II parlait: déjà. les rapides flots entraînaient la barque loin de ces murs habités par le désespoir. Bientôt les Scandinaves découvrent de noirs rochers, qui, formant au-dessus du ileuve une voûte hardie, vont porter leurs forêts entre les nuages et les ondes. C'est en ce lieu qu'ils abordent, et tandis que la beauté de Skone, assise au pied d'un frêne, laisse flotter sa mélancolique pensée entre les souvenirs de l'amour et aca les ravins ils franchissent inquiétudes la battent les baillera épais parcourent bruyère émaillée de pourpre, et reviennent chargés d'un jeune faon tombé sous les flèches de Suénon. Le fer a frappé le caillou le feu s'allume: ils prennent un simple repas, sans rompre le silence l'imago du

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XIII. attriste leur

~éau dont gémit cet empire, pensée.

Sans tarder plus long-temps, ils remontent surlabarque fugitive. A)païs sommeille au doux frémissement des eaux eilleurées par sa blonde chevelure, et Suénon, la main appuyée sur le gouvernail, tourne vers elle un regard plein de tendresse !e repos dont il ht voit jouir, lui tient lieu de repos. Le bonheur d'une fille si chère sera le prix de cet espoir a ranimé son couses travaux rage, et son front devient serein comme le ciel, lorsqu'au matin d'un jour de printemps, le soleil dissipe les vapeurs de la terre,et dore le nuage qui s'élève aux portes de l'orient Les guerriers, en poursuivant leur route, apperçoivent au loin ces monts, qui renferment dans leur sein les métaux les plus précieux (5) vaines richesses, qni, dans ces jours de désastres, ne peuvent prolonger d'un seul instant la vie des misérables Séandinaves 1 Aleurs yeux désabuses, les trésors ne sont plus qu'une stérile poussière, et les <eu!es moissons paraissent des trésors. Ces

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montagnes à peine ont disparu que le mugissement d'une cataracte avertit les héros du danger qui les menace ils abordent la rive du fleuve et marchent sous de noirs ombrages. Devant une Me, où le trrmblc et l'arbre h. sombres la chevelure nottante*,mdcntaux sapins leurs tiges argentées et leur pâle verdure, la Data se partage, et tombe du haut des rochers (6). La, ses ondes limpides s'épandent en nappes majestueuses plus loin, elles se courbent en arcades transparentes, ou s'échappent en ûlets de cristal du iein des rochers verdâtres. Non loin de là, les guerriers apprennent delà bouche d'un voyageur, qu'O-uis vient de se rendre dans Upsal (7), impatient d'uppaiser les troubles de cette ville antique et chérie des dieux le père d'Alpajs y tourne ses pas, et se rappelle avec horreur les profrères ontformés contre jetsqu'HaIvardctses le monarque. Prêt à répandre son sang pour défendre de ces vils complots la tête sacréa Le bouleau.

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d'un roi, le héros hâte encore sa marche à travers des provinces désolées. Les habitans, par un pénible travail, cherchent quelque remède aux maux qui les accablent comme les castors de leurs forêts, ils se nourrissent de l'aride enveloppe des arbres. Là, sur une braise fumante, l'écorce des jeunes pins épanche sa résine ici, pressées par un âpre besoin, des femmes partagent et broyent cette écorce. A peine réduite en poudre, on l'arrose d'une liqueur et dé)A, d'un oeil avide, le ]iourrissante jeune enfant la voit a'alonger ou s'arrondir en pains: lui-même, il les porte dans l'antre brûlant, où ces fruits de l'industrie des malheureux, vont recevoir une soudaine maturité. L'écorce du bouleau flexible, répi dépouillé de ses grains, et la plante secouMble (8) que le marais voit flotter sur ses ondes épaisses, soumis au même tpprét, offrent les mêmes ressources. Le monarque applaudit tristement à cet art, inconnu dans les fertiles champs de la Sbone. Il laisse sur sa droite et loin de lui, le chemin de l'antique Arosia (9) la tour des trais Divinités

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brille enfin à ses yeux, azurée.

et perce la Toute

Un saint respect a saisi la princesse et les deux guerriers en foulant la plaine do Mora (10), cette plaine où de nombreux monumens attestent la grandeur de tant do la pierre rois, et le néant des grandeurs couverts do runes pompeuses, triomphale qui devaient apprendre à la postérité le jour de leur couronnement, disparaît ensevelie sous l'herbe à côté de leur tombe. Des sépulcres de ces princes, dit lo héros à Vélamir, j'entends une voix qui nous crie: nous étions assis sur letrune, -Passant, et la mort nou&amoissonncs; et l'oubli, plus cruel encore, va dévorer notre mémoire. Notre puissance fut un songe, notre gloire un éclair. La vertu, la vertu seule peut te conduire à l'immortalité – Mais le temple déjà se découvre à leurs regards (i i). Quatre tours inégales couronnent son faite éclatant trois furent dédiées au sublime Odin, à son épouse, à son fils. trois divinités Laquatrieme,consacréeaccs tnscmble, s'élève au-dessus des autres, aa-

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tant qu'Axa-Thor surpasserait les guerriers de la plus haute stature, si, revêtu de ses armes divines, il daignait se mêler à nos combats. La plus riche des offrandes dont jamais la piété des mortels ait embelli les demeures des dieux, une chaîne de l'or le plus pur, soutenue par un marbre semblable à l'émeraude, forme en dehors du temple une prejmère enceinte. C'est la qu'au pied de l'arbre divin, couvert d'une éternelle verdure, la fontaine lustrale roule ses flots paisibles c'est-Ia que s'élève le bois sacré, sombre asyle du silence et de la terreur. Les noirs oiseaux, actions au souqui,chaque soir,révèlentnos verain des dieux, nourris sous cet ombrage, y sont eux-mêmes des objets révérés. 0 Suénon û mon maître la vois-tu celte pierre imbue de sang humain 7 C'est-là que les victimes expirent sous le fer des sacrificateurs. Arrête, ô mon héros Si des cruels voulaient, par une hécatombe sacrilège, Si tes jours. Mais appaiser le ciel irrité. hélas tu t'avances et tes regards tranquilles sa promènentsurlaci te. Ainsi, quand

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aucun souille orageux n'a troublé le repos des airs quand le soleil jette encore un éclat perûde, le voyageur continue sa marche dans une imprudente sécurité, tandis dont les flancs portent la que le nuage tempête et la foudre, passe lentement sur sa tête. Cependant la sédition a levé dans Upsal un front plus menaçant. Poussés par un besoin aveugle et par un instinct furieux, les citoyens brûlent d'assouvir dans le sang Ja rage qui les tourmente. C'est à travers leur tumultueuse assemblée, que les héros se rendent à l'antique palais d'01aus(i3). Le monarque, plongé dans une morne douleur, tenait conseil avec ses iarles et ses ministres; mais contre vos décrets, dieux implacables, que peuvent les conseils de l'humaine sagesse, et quelasyle pourrait nous défendre de vos coups C'est par des plaintes que tous répondent n ses plaintes. Anscarius, qui lo premier osa porter dans nos contrées io culte des chrétiens (i3), Anscarius se levé.–Monarque, et vous amis, leur dit-il, ne mur-

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murez.point des rigueurs d'un dieu qui vous éclaira tous les maux dont il nous frappe dans cette vie déplorable, ne sont que des épreuves :~souurons espérons. Lorsque notre.courage ne peut vaincre la fortune, souvent, par un effort plus sublime, il nous élève au-dessus d'elle, et sous uncdépouille mortelle, nous fait déjà goûter l'immortalité qui nous attend. Vains discours, s'écrie le monarque mon peuple souffre, et m'accuse. Comme ils parlaient, le roi de Skone se présente,suivi d'A)pa't's et de Véiamir:–Prince trop malheureux, dit-il au fils d'Inge!, c'est un prince non moins à plaindre,que son infortuneetlarenomméedeles vertus amènent devant toi. Mon nom peut-être ne t'est point tu pas que inconnu; peut être, n'ignores sons un sceptre paternel, Suénon gouvernait la contrée ou se brisent, aux yeux du Ciinbre, les flots de l'Ore-Sond. Mon peuple, jadis libre et fier, gémit sous un joug étranger. Avant de l'exposer aux malheurs d'une guerre où nos forces sont trop inégales, j'ai voulu, j'ai dû solliciter l'appui des autres Scandinaves. Mais jusqu'au jour

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où ta prudence aura su conjurer les orages. qui grondent au pied de ton trône, loin d'implorer ton secours, je t'offre celui de mon bras. – Héros de Skone, répond Olaus, quel fils du Nord peut ignorer ta gloire et tes malheurs ? J'oublie que les Scanicns ont vengé, sur le reste de ma famille, les crile dieu des chrétiens mes de ma sœur Aza étouCe dans mon cœur tout sentiment de haine. Si le sceptre prut t m'échapper demeure dans mes mains, je jure de relever le trône où t'ont fait asseoir tes exploits. En do Duris le sombre vain l'ambassadeur Ilmore, avant même que ma cour t'offrît un asyle, m'a pressé de lui livrer l'ennemi de son maître et du monarque aux cheveux (Tor si le roi de Skone est entré dans mes Etats,ai-je répondu, jene lui refuserai point cet appui que l'homme doit à l'homme, que les rois accordent aux rois, et que les malheureux s'empressent d'offrir aux malheureux. C'est ainsi que parlaient ces princes,poursuivis tous les deux par une égale injustice Voyez la note 19 du livre premier.

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du sort Le reste du jour se passe dans l'inquiétude et dans la douleur. Suénon espère que lea vaisseaux envoyés par le roi pour chercher ces grains, le plMuti)edesprésena de la terre, vont ramener sur ces bords l'abondance et la paix. II a résolu d'attendre le secours d'OIaus, jusqu'au jour où ses fidèles amis brûlent de le revoir lui-même sur les limites de ses Etats rien alors ne pourra plus l'arrêter, et seul, ou suivi d'une armée, il ira combattre avec eux. L'heure du repos s'est écoulée sans que les Scandinaves aient pugoûterlerepos.La faim, toujours plus cruelle et plusnpre, ronge,déchire leurs entrailles: ils se croyent dévorés parmilleaerpens. Lesprêtres, profitant do ladésolation publique, aouulentaucoeurdes habitans d'Upsal la rage dontiissontanimos contre Olaüs, contre Olaiis, qui le premier déserta leurs temples. Le peuple assemblé vient d'entendre la statue d'Odin prononcer un oracle terrible, et le pontife entraîne au palais des rois une multitude furieuse. Cha* cun a saisi des armes le désespoir et la vengeance ont prêté de nouvelles forces. Tels, dans les mers du pôle, ces poissons avides

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que chaque automne le navigateur apporte par milliers, forment une îlc mouvante en leur proie. Telles, autour de poursuivant leur demeure entr'ouverte, se pressent et s'agitentles abeilles, quand, armé d'un tison fumant, le pâtre vient leur ravir ie doux fruit de leurs travaux tels enfin s'élèveront, au dernier jour du monde,tes gcnies du de la terre embrasse, 1 feu, lorsqu'au-dessus au-dessus des cieux écroules, ils iront détrôner les dieux, et les soumettre a l'empira de la mort. Le monarque, avec une majesté douce, un courage sans audace, paraît sur le donjon étevë qui couronne les portes.-Peuples, s'écrie t-it, peuples Infortunes, que voulezvous?–Tonsang'ton sang! répondent mille voix feroces. -Après un lugubre silence dit le souverain pontife, tel est de -Oui, nos dieux outragés l'arrêt inflexible. Au milieu de ses adorateurs fidèles Odin :t ces mots ces mots terribles ont reparlé tenti sous les voûtes du temple, etjusqne~ au fond de nos coeurs épouvantés:–C'est en vain que par des larmes, des vœux, et de vous essayez de me vulgaires offrandes

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fléchir il faut a macolère une victime éclatante que le sang d'un monarque abreuve mes autels!Le se tait. grand-prêtre Les factieux poussant au ciel d'homicides forcent les gardes. clameurs, renversent, Leur foule impëtueuseinonde les portiques. Mon héros s'élance; il a saisi sa foudroyante épée. Seul, il ferme le passage tout entier; seul, il remplace et les portes et les gardes. Le peuple effrayé, croit voir le dieu d'Oaus armé pour défendre ce prince. Ainsi, lorsqu'au milieu de la tempête, les flots obéissent au soude de l'aquilon, soudain un souffle opposé les repousse; incertains et pressés, ils forment une mobile montagne entre la ciel et les abîmes. Mais l'ambassadeur de Buris le sombre Ilmore, s'élance au milieu des rebelles. Près d'abandonner ces lieux, les conseils de la haine l'ont retenu tout-à-coup inspiré par elle, il s'écrie – Peuple, prêtres, et toi monarque de la Suède, arrêtez, écoutez! C'est la voix d'un étranger, c'est ma voix qui va vous accorder tous en ce jour. Vos dieux irrités vous demandent le sang d'un roi?. Apprenez qu'au même instant, ces

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dieux vous ont amené la victime moimême, ils m'ont conduit sur ses pas pour diriger vos coups. Suénon est devant vo~ yeux, il vous brave; et si vous refusez do l'immoier, le ciel va joindre au ûéau qui vous accable, un Héau plus terrible encore armée de la famine et de la guerre, comme d'un double glaive, la mort achèvera do vous moissonner. C'est le monarque des fiers Vandales c'est Buris qui vous l'annonce par ma bouche.-Ces mots ont semé dans le sein du désordre, un désordre nouveau.–Lâche ennemi, s'écrie Suénon, et toi peuple crue!, avant que sur la foi d'un oracle imposteur, trahissant l'hospitalité, vous abreuviez vos lèvres dans le sangd'un. roi, mon bras aura puni mille assassins.Il dit, et ses menaces, étoufTées par le cri do la discorde, sont à peine en tendues. En vain les prêtres s'eSbrcent d'arrêter Je peuple, les mains qui viennent de le pousser à la révolte, sont impuissantes pour t'arrêter. Le rocher menaçant qui penchait aux bords de l'abîme un seul bras l'a précipité, mille bras ne sauraient le retenir. Que de victimes tombent aux pieds du

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Mais pourquoi les nomme. et rais-je ?. 0]aûs et tous ses guerriers l'intrépide Véiamir, accourent le défendre. Sans respect pour la majesté des rois, sans pitié pour l'infortune, cette horde insensée combat avec acharnement. Le héros, malgré son courage et sa force, aurait succombé mais ils ne veulent point répandre un sang dévoué par Odin au fer de ses ministres. Outrageant les morts pour honorer les dieux, ils lancent au vainqueur les cadavres même des vaincus. Epuisé par les coups sans nombre qu'il a portés, enseveli sous ses trophées sanglans il ne peut donner ni repousser le trépas, mais il le brave encore. Inutile valeur Des perfides le saisissent, et le chargent de liens. Telle, couverte de sueur, et de sang, et d'écume, rugissant, et faisant trembler la terre sous ses efforts, se débat une ourse que le chasseur vient d'enfermer dans ses filets. mon héros! Le vaillant fils d'Ingel, Anscarius et Vélamir, s'élancent une seconde fois, et veulent arracher à ces furieux leur victime la foute, se précipitant sur eux comme une vague de l'océan déchaîné, les repousse dans

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]e palais, et leur eu ferme l'issue par un front de boucliers,hérissé de millepiqucs et dc mille dards. Mais, du sein de ce tumulte, quels cris douloureux ontpercé les airs les cheveux épars, les bras étendus, entraînée par lo plus affreux désespoir, une femme franchit les portiques ensanglantés. Mon pure mon père! s'écrie-t-ellc.–Le héros a reconnu la voix de sa fille son cœur trcsMais hélas! saille. Il répond, il s'agite. les cruels l'entraînent. Ils s'cfforcent do hâter ses pas, ralentis par un charme plus puissant que leurs cfforls et lâchement féroces, lui prodiguent à l'cnvi les outrages. Le héros, jetant ça et là des regards inquiets, apperçoitenHn sa fille. AtraversmUIecpées menaçantes, elle se frayait une route vers lui. Pour affronter une troupe ennemie, pour retrouver son père, sa piétc courageuse est à-la-fois son guide, son bouclier, son glaive. Elle se précipite, et de ses bras tremblans, presse le sein paternel.–Cruels! ah par pitié, n'immolez que moi seule, ou Désarme-t-on les prenez deux victimes dieux en foulant aux pieds cette hospitalité

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qu'ils nous commandent; en frappant d'un ier sacritegc les rois, leur auguste image sur !a terre? Vous ne répondez pas. Sourds !t mes plaintes n'est-il donc pas un de vous qu'une fille, un fils, aient appelé du nom de père? La faim a-t-elle étouHc dans vos cœurs -tout sentiment humain, et votre rage no peut-elle s'assouvir que dans notre sang?Elle s'arrête, et reprimant une juste horreur, elle a recours n la prière vaine espérance Les sanglots étoufTent sa voix, et ne sont pas moins impuissans pour attendrir ces coeurs d'airain. Cependant ils arrivent sous les murs du temple, et tous deux sont poussés dans uit réduit souterrain. C'est-Ià, que dans Je silence et dans la nuit du tombeau, les victimes, destinées aux supplices les plus cruels, endurent une attente plus cruelle encore. Mais que peuvent sur l'ame du monarque et ]e Il essuie les pieuses trépas et ses terreurs larmes de sa fille, et s'efforce de la consoler. Le jour venait de fuir il reparaît, sans que la lumière ait éclairé leur affreuse prison. 3 l3 ~f.

i.rsscANni~Avns.
L'heure des sacrifices, l'heure fatale est une foule innombrable remplit le arrivée temple, et se répand au loin dans la campagne. Comme si i'abondanec etfe-mcmo devait sortir de cette funeste source, chacun veut repaître ses yeux du sang qui va rouPrêgir la terre. 0 démence ô barbarie tres, et vous chefs du peuple, ni les larmes, ni le sang, ne fécondent la terre qu'ils arrosent! T)éjà]es sacrificateurs ont arrache le héro9 des bras de sa fille éperdue. Chargé de pesantes chaînes, il est conduit en pompe au pied d'un autel sangIant.Mais Alpaïs, échappée de aa prison, que les gardes avaient négtigé de fermer, Alpaïs accourt dans Jo temécoutez-moi! s'écric-t-eDe: le pte.–Peuples, sang d'un roi vertueux, d'un héros égal aux dieux même, mérite que ces dieux vous la demandent une seconde fois, et que par d( s signes éclatans, plus certains que la voix d'un oracle, ils prononcent l'arrêt de la victime. Dieux du ciel, de la terre et des ondes, qui d'un souille avez enfanté l'homme et la nature, qui d'un souffie pouvez les anéantir dieux terribles qui punissez le crime,

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dieux justesque l'innocence n'impiore point en vain si ]e sang de mon père doit abreuver vo~autets, que votre tonnerre gronde a l'instant sur nos têtes. et frappe la triste AJpaj's < – Inutile prière Avant qu'elle eût achevé ces mots, les prêtres avaient, d'une entonné l'hymne de la voix sépulcralc mort. Ainsi quand des foups aiTamés fondent sur un troupeau fugitif, leurs seuls hur]emënsse font entendre,et la brebis sanglante y mêle en vain ses bdemens plaintifs. Dëja les satellites avaient ramené la n~e des rois dans les prisons du temple une flamme sinistre embrassait l'autel revêtu de fer les prêtres avaient traîné Suénon sur la pierre des sacrifices; ils l'avaient dépouIHë de son armure, et versant l'onde lustrale sur son front et sur son sein,ils choisissaient la place de leurs coups: le fer et l'airain étaient prêts. Couvert d'une robe éclatante, où sont le grandtracées des runes mystérieuses La patère, vase d'airain, destiné à recevoir )e on~ des victimet.

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prêtre s'avance lentement. Ses yeux ne brilson air c:)t lent point d'une sainte fureur au gré de ses desseins lu calme, réûechi perfide sait, par une voix mensongère, abuser le peuple au nom des dieux. 11 saisit lo A l'initiant. les voûtes du couteau fatal. temple retentissent de sons terribles, et tels que nulle orcillo n'en a jamais entendu sur la terre. La statue d'Odin a frémi sur son immense piédestal, et le bronze agitu une voix formidable parcourt murmure ses flancs sonores, et s'échappe avec la ter~reur de sa bouclie menaçante. –Arrêtez! Qu'un sang inutile no coule point sur mes autels! L'ennemi demon culte respire; que dis-je, il règne et vous espérez Héchir ma colère? Lesacrifice est prêt; mais lavictime manque au &acriuce.–A ces mots le grandprêtre s'élance, et l'aveugle multitude le suit. Vainement le héros élève sa voix géentraîne dans un souterrain du néreuse temple, auprès desachèroAIpa't's, des portes de bronze le séparent des hommes et de 1~ lumière. Cependant une rage parricide entraîne ces malheureux vers le palais, où déjà par une

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coupable audace leur prince était retenu prisonnier. Nul frein, nul obstacle ne peut arrêter dans son cours ce torrent destructeur. Avec eux marchent la cruauté, la révolte, et l'horrible fanatisme, traînant, au nom du cibi, tout l'enfer à sasuite. Désarmés des le jour précèdent, les gardes tombent le glaive frappe au même instant fgorgés quelques sujets fidèles, qui défendaient encore leur roi. FaibIenombre~Auxapproches du danger, les courtisans avaient disparu. Tels on voit ces insectes dorés, enorgueillis de la brillante poussière qui les couvre pendant un jour; dans le calme du soir, ils puisent leur nourriture au sein de ce beau mais si le qu'ils semblent caresser lys soufHo de l'aquilon vient il frapper ce roi des prairies, ils s'éloignent rapidement, et lorsque satûte Ilétrie aura tombé, ils ne daigneront plus s'arrêter près de lui. Amans de la fortune des rois, cette foule égarée qui brûle de répandre le sang de son maître, ce vil rebut du peuple est moins vil encore que vous. Affaibli par de profondes blessures, 01ai:s, après une courageuse défense, tombe enfin

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au pou voi r d e cest raît res. Ansiarius a voul u partager son sort, cltousdcuxsoulconduils au temple à travers un peuple fuiieux, qui ne diffère son crirno que pour le consacrer. Ces rebelles, semblables aux betes féroces, contemplent avidement les deux victimes, et leur rage, qui s'irritede no voir quo deux victimes à dévorer, s'en dédommage par mille affronts; et qu'ils sont grands, qu'ils sont terribles, les outrages que reçoit un front couronné Mais la vertu d'Olaiis lVlève au-dessus de l'orgueil des rois, et sa grande aine atsiég^o par mille douleurs, n'est accessible qu'à la dit-il à quels pitié. – Peuple infortuné malheurs on te conduit, et par quels crimes! 0 vous naguère mes sujets, mes cnfans, vous qui n'aspirez aujourd'hui qu'à me percer le cœur, je vous plains encore plus que vous ne me haïssez 1 Cettevie, quo vous m'arrachez pour obéir à vos dieux cruels, chaque jour je l'offrais à mon dieu pour qu'il daignât vous éclairer, vous secourir.-C'est ainsi qu'il parle à ses assassins. Anscarius qui le soutient, conserve, sous le glaive de la mort, ce calme austère

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que n'avait pu troubler maines grandeurs.

le rêve des hu-

cette foule Que! tumulte! quels cris 1 Déjà pressée touche aux portes du temple. Tel un torrent orageux, renversant le toit solitaire élevé sur ses bords entraîne aux abîmes de Niorder, deux enfans couchés dans leur frêle berceau. Tout ce que rage ou le sexe-, la crainte ou la faiblesse a retenu près des murs sacrés, reçoit ces parricides avec de féroces clameurs. Ainsi, voyant leur mère apporter dans sa gueule sanglante une proie qui palpite encore, rugissent des lionceaux affamés. La flamme se ranime, et les apprêts du sacrifice recommencent à l'instant. Grands dieux, vos foudres vengeurs le laisserontils s'achever? L'ombre de Domalder percé de coups, s'est offerte à mes yeux. je frémis. Au siècle de nos aïeux, à la voix du même oracle, la tête de ce roi. tomba sur le même autel. Les prêtres étendent leurs bras au-dessus des victimes adossées, et ces mots sortent

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de leur Louche, ainsi que d'un profond souterrain – Père des combats terreur do toi dont la voix nrraclio de leurs l'univers, tombes les manes éperdus; voilà du sangt. -Des chants harmonieuxs'élcvcntdu sanctuaire les vierges de Frigga l'ont entendre ces paroles – Grande déesse, que nos vœux ardens et purs comme cette immortelle comme elle arrivent jusqu'à toi. flamme Reine des dieux, source do richesses, mère féconde et bienfaisante, tesenfans sont près Etends à travers les cieux ton d'expirer bras tout-pnissant; ouvre ta main protectrice, et l'abondance, comme une pluio do fleurs, va se répandre sur la terro. – Tandis que les voûtes du temple retentissent de ces accens Olaiis et sou favori étendus sur la pierre des sacrifices, sentent presser leurs membres par la main des bourEnnemi de nos dieux, dit reaux sacrés. au roi l'un des douze Druides qu'il vienne te secourir, ton dieu terrible, qui no veut partager avec nulle autre divinité les homarmé de toute sa puismages de l'univers sance, qu'il foudroie et nos idoles et nousmêmes qu'il suspende enfin la massue

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prête à t'écraser! – II fait plus, répond le monarque; il me donne la force de vous Toi qui précédas les temps pardonner. toi qui leur survivras, ô souverain créateur, qu'avec mon dernier soupir cette prière monte jusqu'à toi! Que mon sang, versé par un crime ne rejaillisse point sur mon peuple, et qu'immolé par ses mains, je te serve pour lui de victime! – O le plus tu généreux des rois s'écrie Anscarius sembles déjà respirer le souille de la divinité! 0 mon maître j'eusse voulu souffrir et mourir pour toi, mais nous mourons ensemble, et c'est toi qui me donnes l'exemple des vertus que je croyais t'apprendre. Conserve un si noble courage au lieu de cette couronne, hélas trop fragile, tu vas receyoirfdans les cieux une couronne immortelle. Ils ont parlé le grand-prêtre qui les écontait avec une feinte modération, voit couler quelques larmes sur le visage des Scandiet ces larmes deviennent le signal naves. du meurtre. Les deux massues dont les bourreaux sontarmés, s'élèvent, tombent, etlcs fronts des victimes retentissent, écrasés sur

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la pierre. Leurs visages n'offrent plus qu'un hideux mélange de sang et do chairs palpitantes. Les prêtres aussi-tôt leur plongent un poignard dans la gorge, et tendent leurs vases d'airain. Les dieux sont appaisés, s'écrie le pontife Vois, ô peuple, vois avec quelle impétuosité* jaillit le sang que nous leur offrons – 11 dit; ctbaibarementildèlo aux rites sacrés, ordonne d'nrraclier du sein des victimes lo coeur et les entrailles. Il promène sur ces affreux trophées des regards où se montre une feinte curiosité. La foule des prêtres croit lire la volonté divine dans ces restes déplorables, où seule est écrite la cruauté de l'homme. L'un d'eux trempo l'anneau d'or dans le sang un autre arrose avec ce sang et le peuple et les murs (lu temple le reste est répandu sur lau statue et son horrible vêd'Odin exterminateur Tandis que tement s'en épaissit encore* le feu sacré consume le corps du prince et le corps du ministre leurs âmes entrent avec étonnement dans le palais d'Odiu C'était un présagefavorablo. Voyezla note i5 da livre 6. Onappelaitcet statues Blottriel.

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(touché de leur sublime courage, ce dieu les admettait à partager le bonheur de ses héros ). Tous les coeurs se partagent entre l'espérance et le repentir. Le peuple troublé s'éloigne, se disperse, et retourne sous ses toits. Ainsi, lorsque la foudre a tombé, les nuées plus légères cessent de voiler la voûte des cieux, et s'évanouissent aux bornes de l'horizon. Le reste des rébelles, voyant leur vengeance assouvie, abandonne les portes du retenu jusqu'alors dans palais, et Vélamir ces murs désolés, recouvre enfin la liberté. Sensible et généreux les vertus de Suénon avaient gagné son cœur. Il vole au temple, demande aux prêtres la délivrance du héros, et sur leur refus, il ose les menacer au milieu de leurs satellites. – Faible étranger, dit le pontifo le sang d'Olaüs fume encore, et tu viens nous braver Le prince, dont le bras sacrilége a défendu la victime demandée par les dieux, ce prince est dans les fers. Puisqu'un si vif intérêt t'attache à son sort, tu vas le partager jeune imprudent, Les

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satellites ces mots saisissent le fils de Gustave, et malgré ses efforts malgré les coups tlont il perceleur sein, l'entraînent vers lii prison. L'orcilleduliéros captif est frappée d'un bruit tumultueux, qui s'approche comme 10 bruit des escadrons prêts à se heurter dans leur course. Il se prépare à fondre sur les satellites, et brûle de voler au secours d'Olaiis ( il ne pouvait croire que le monarque eùtsuccombé si'-tôlàla fureur de ses sujets. ) La prison s'ouvre avec fracas et Vélainir est poussé dans la sombre enceinte. Au même instant Suénon poussant d'un saisit la porte pied vigoureux la muraille revêtue de fer, et l'arrache aux mains do ceux qui la retenaient. Le jour et l'espoir mais sain de la liberté brillent à ses yeux Alpaïs, sans une fille si chère, que ferait il du jour et de la liberté? Il enlève d'un seul bras la princesse, et se fraye une large voie à travers la cohorte en désordre. Vélamir le seconde, et marche sur ses pas. En vain cette foulede prêtres, et de soldats dont le fer n'a vu tomber que des victimesles suit jusqu'aux portes du désarmées temple c'est en vain qu'au nom des dieux,

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ils excitent le peuple à servir leur vengeance sourd à leurs cris, et rassasié de sang, le peuple reste immobile. En apprenant que le monarque n'est plus, Suénon s'éloigne; mais il laisse dans ces murs un son retour est aussi grand crime à punir certain que celui des flotsde Nioder, quand un pouvoir caché les force à montrer aux regards des cieux les limites de son empire. Le héros et son jeune compagnon volent aux bords du Mêler, s'élancent dans une barque la voile s'enfle, les rames s'agitent; déjà la nef inclinée a fendu l'onde frémissante, et vogue dans le port de Birca. La famille d'Olaiis s'abandonnait au désespoir; le palais retentissait de cris perçans la plus horrible confusion régnait de toutes parts. La crainte, la douleur, l'ambition partas geaient tous les cœurs. Les guerriers, les chefs du peuple et le peuple entier couet le parvis vraient les places publiques des temples. Suénon s'adresse au généreux Idallan, qui commande en l'absence du monarque; et se faisant connaître à lui, le picssc de venger la mort d'Olaiis, et de

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placer la couronne sur le front du noble hcrilicr des rois. Lui-même il l'aide à rassembler l'élite des soldats, et traverse avec eux les ondes argentées du Mêler où vont so peindre tant d'îles, tant de riches campagnes, et tant de villes superbes. Le fils d'Olaüs, quoiqu'il comple moins do printemps encore qu'un jeune hêtre dont la têlo du chasseur est à peine ombragée, suit le fidèle Idallan et voudrait le devancer. Malheureux déjà tu décou vres le faîte du tonple, de ce temple où ton père vient d'expirer assassiné 1 Du haut des murs où le crime triomphe, le peuple voit flotter les étendards de son roi. Avec la crainte d'un juste châtiment, le repentir a pénétré dans tous les coeurs mais leurs forfaits les enchaînent iL des forfails nouveaux chacun arme ses bras languissans, et s'apprête à repousser la vengeance. A travers les créneaux hérissés de dards et de piques étincelantes mille – Votre roi n'est voix criaient aux soldats plus Les dieux ont demandé sa tête nous avons obéi. – Semblables à des montagnes de fer, les bataillons s'avancent ves les rem-

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parts, et le sang de la patrie va couler sous le glaive de ses enfans. Le grand-prêtre paraît, entouré d'une pompeéclatante: – Que fais-tu, roide Skone, s'écrie-t-il; et toi noble Idallan, où t'emporte une aveugle furie, toi, qui fidèle à ton prince, es cependant resté fidèle à nos dieux? Proscrit par leur volonté suprême, Olaiis a péri. C'est son peuple entier, ou plutôt c'est Odin lui- même qui l'a frappé. de l'inexorable Aujourd'hui prisonnier Héla ni les Scandinaves, ni leurs prêtres, ni leurs divinités, ne sauraient te rendre ton roi.Tunepeux réparer ton crime, le prince, mais nos bras sauinterrompt ront le venger. – Venge donc sur tout un peuple le trépas d'un seul homme, et pour appaiser ses manes offre-leur cette hécatombe impie Mais tremble toiplutôt mcme à la voix des dieux irrités ce jour, ce jour de sang, pourrait être fatal à d'autres s'écrie Suénon il victimes – Oui, sera fatal à d'autres victimes! – Et dans le flanc du pontife, il plonge sa redoutable épée. Du revers de cette épée sanglante, il frappe, il chasse la horde des bourreaux, 7

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et présente aux habilans sa main désarmée. -Ne craignez plus, leur dit-il; la veugeance est accomplie. Tous, oui tous, vous êtes coupables; mais quel barbare oserait bravrs Marchons punir tout un peuple soldats; pénétrons dans ces murs, et détournant nos lances, 'lue nos boucliers seuls repoussent un fer parricide. – 11 dit, et marche contre les rébelles. Sa fermeté décide en sa faveur ceux qui redoutaient le sort des combats, et sa modération désarme les plus audacieux. Ils ouvrent leurs portes. Epuisés par une longue faim, et le cœur navré do remords, leur désespoir est muet; un calme sinistre règne au sein Je l'horreur. Telles sous le sceptre de lïéla, dans les vastes et froides cavernes du pôle, languissent les pâles ombres Le sommeil déployant ses ailes pesan les sur le reste de la terre, y versait des pavois consolateurs ici chaque heure chaque succomber instant voyait des malheureux au supplice de la faim. Mais au milieu do la les vaisseaux envoyés par Olaüs nuit
On sait qu'ils plaçaient l'enfer loua le pôle.

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arrivent, et sur ces rives désolées, portent avec eux l'abondance. Au moment où le laboureur, s'arrachant de sa couche, renaît à la fatigue, le bruit de ce retour long-temps desiré, se répand dans les murs d'Upsal. Une joie tu muI tueuse succède au plus morne tous ceux que leur faiblesse ne désespoir retient point dans les remparts, courent, ou se traînent au rivage. Le marchent peuple suit en chantant les nombreux chariots qui couvrent les voies publiques, et gémissent sous le poids des divins présens de la terre. Par-tout l'on voit un heureux mélange d'allégresse et d'activité. Ici les grains sont pressés, agités, broyés par un marbre roulant là, leur poussière, déliée comme les sables du Halland et blanche comme le duvet de la cana*, se détrempe dans une eau limpide, s'arrondit sous une main empressée plus loin, dans une fources présens des guérets naise étincelante, reçoivent une saveur nouvelle. Les premiers besoins à peine sont satisfaits, qu'Idallan et le roi de Skone envoyent La u. cana eat an roseau du nord. l~

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detous côtés des hérauts porter aux peuples, avec cette heureuse nouvelle, le signe révéré* qui les invite au choix d'un maître. Le jour suivant, Idallan rassemble dans la plaine de Mora ]es iarles, et les Imbilans d'Upsal, et ceux de Sigtuna qui, nombreux comme les oiseaux que le printemps ramène, s'empressen t d'accourir à ses ordres. Le fils d'Olaiis a suivi les deux guerriers, et son jeune cœur, encore étranger l'ambition, est plein du sentiment de sa perte. Il demande son père à chaque citoyen. – Peuples, s'écrie le héros de Skone, voilà le fils de votre roi, de ce roi qui fut aussi votre père! Le bonheur dont une funeste rago vous a privés, il peul un jour vous le rendre. ( s'il en est avec lcrcmordsl ) Jîxpievs votre crime, et réparez votre perte. Mais, je le vois à la tristesse de vos fronts humiliés, mes reproches seraient faibles et superflus les traits déchirans du repentir ont C'était une petite hache, ou une représentation de la massuedu dieu Tlior. Ce fut dans la suite une croix. Voyezla note i5 du sixièmelivre. Cetteville très-grandeautrefois, et siluée sur le lac Méler, a été la capitaledu royaume.

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pénétré dans vos cœurs. Ombre d u vertueux Olaiïs vois cette foule de coupables que tes bienfaits viennent de rendre à la vie contemple du haut des cieux leur affliction, profonde. Que leurs soupirs et leurs sanglots s'élèvent jusqu'à toi comme la fumée d'une hécatombe pardonne – Pardonne, ont répété mille voix! -Et toi, dit le sage Idallan, et toi, mon fils, (car tout l'Etat aujourd'hui doit te servir de père,) pardonne aussi! Au milieu de ces tombeaux antiques, sur cet autel sacré qu'entourent en ce moment les manes de tes aïeux, par ce glaive enfin qui ne t'est confié que pour la gloire et le salut de ton peuple, jure dene point le punir d'un forfait qu'il déplore, et qu'il voudrait racheter au prix de tout bon sang. Il est, mon fils, il est des crimes dont un monarque doit laisser la vengeance aux dieux. IdaUan cessait de parler le jeune prince, attendri, prononce le serment solennel. Aux acclamations d'une foule immense, il est porté par les iarles surceite rochevénérable qui fut le trône de cent rois insensible ù tant de gloire, le tendre fils d'Olniis l'arroe

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de ses larmes. Mona, divin enfant, tel fut ton désespoir, quand les dieux t'arrachant des bras paternels, confièrent à tes jeunes mains ce char, dont les rayons argentés percent les voiles de la nuit. Les rênes du gouvernement et la garde du jeuneprince ont été d'une voix unanime confiées au courageux Idallan et dès ce jour, par les ordres du guerrier, Suénon reçoit les honneurs dûs aux plus grands rois. Aussi-tôt que le monarque l'eut informé de ses desseins – Noble prince, lui dit-il, je sais quel puissant secours le fils d'Olaüs a reçu de ta prudence et do ton bras dis à ton tour ce que tu désires magnanime de lui. – Puisse- 1- il (!tre heureux sur le trône, répond le héros Si j'ai pu lui prêter quelque appui dans ses malheurs, je ne veux pas que sa reconnaissance l'expose à des en le privant des malheurs nouveaux forces, hélas trop nécessaires au soutien de son autorité. Vois, dans ces contrées où la révolte à peine est assoupie, et que ravagent le sceptre aux les plus terribles fléaux mains d'un faible enfant. Qu'il garde près de lui son armée, et me donne quelques

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soldats pour seconder mes premiers efforts. -Monarque trop généreux, ali! combien je regrette de ne pouvoir te suivre, à la tête de nos braves légions Les dieux jaloux me refusent cet honneur, et le nom d'Idallan ne doit pas, ainsi que le tien, traverser la nuit des siècles. Choisis dans l'armée de Suède mille guerriers d'élite soutenus par tes fidèles sujets, ils peuvent remporter, ils la victoire. J'en accepte remporteront l'augure, dit le monarque au guerrier; et tous deux, accompagnés d'Alpaïs et de Vésuivent le jeune prince à Birea, lamir, ils ont séjour auguste des rois ses aïeux laissé derrière eux cent îles couvertes de et touchent enfin au rivage qui verdure, s'enorgueillit de cette ville fameuse, dont la haute citadelle domine, du sein des nuages, l'île toute entière et les flots qui la baignent. Les guerriers voyent de tous côtés ces collines funéraires qui d'âge en âge attesteront la gloire de nos antiques héros. Loin de leur route et dans une épaisse forêt, ils apperçoivent la tombe d'Ingo, sur une roche escarpée. Déjà Suénon a choisi les guerriers des-

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tinés h le suivre; après un seul jonr do repos, il marche à leur tête vers les monts qui renferment nos campagnes. Le vaillant Tanasos les commande sous ses ordres. Ilmore à peine est instruit de leur départ, qu'il tourne ses pas vers Lundeu, n'apportant à Buris que le récit d'une poursuite et la nouvelle du sccours infructueuse accordé par Idallan au monarque de Skone. Cependant le héros s'avance à travers la fertile Sudcrmanie. Naguère seul et fugitif, il ressent une joie secrète en voyant flotter dans la plaine les étendards de ses soldats. JI regarde sa fille; il soupire son coeur impatient, dévore et le péril et la gloire; favorables ou funestes, il brûle d'accomplir ses destinées. Ils s'arrêtent à Nycopia, près des champs où jadis une armée d'héroïnes cueillit des palmes immortelles. La soleil lance de nouveaux feux, et ne voit plus briller les armures des guerriers; leurs files belliqueuses marchent sous les ombrages de Kolmor cette forêt qui recèle un marbre précieux. Bientôt ils parcourent les bruyères de Bro-

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walla, fameuses par mille exploits. Dans ces plaines arides, leurmarchen'est dirigée que par l'aspect d'un mont qui s'élève des bords du lac Vater, et porte jusques dans les nues l'orgueilleuse tombe d'un roi de ces contrées. La quatrième aurore les voit entrer dans les vallées sauvages du Smoland, autrefois cachées sous les flots. Là, sur des collines pressées, la pourpre du granit se mêle au noir feuillage des sapins. Quelquesprairies, quelques guérets, épars dans ce désert et resserrés entre les rochers offrent leur consolante verdure à l'œil attristé des guerriers. A peine sortis des forêts voisines de la Skone, ils découvrent un lac transparent cle ses plaines de cristal s'élèvent des île* couronnées de bois touffus. nombreuses, Fatigués d'une longue marche, ils s'arrêtent au pied de la colline où, sous un globe de pierre embelli par le ciseau, repose la cendre d'Inghel. Non loin de-là, parmi d'ans'élèvent les tombes tiques monumens d'Ubbo, de Landur, et du secoud monarque

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des Danois *IIéros des temps passés s'écrie l'amant d'Azol lis, vos noms vivent encore et celui de Vélamir est ignoré Que de races obscures s'écoulent devant vos tombeaux, comme les vagues succèdent aux vagues, sans laisser aucunes traces de leur Grandes ombres passage sur la terre puissé-je, en affrontant, ainsi que vous, la nuit du trépas, échapper celle de l'oubli Les guerriers, étendus autour de leur chef sur des lits de feuillage se livrent au sommeil tandis que les sentinelles parcourent d'un pas mesuré l'espace dont la garde leur fut confiée. Le soleil à peine échauffait leurs armures quand Suénon les éveille, et d'un pas plus Jéger, les guide sur des monts d'où son oeil reconnaît les champs de la patrie. Vers lo milieu du jour, Troja les reçut dans ses remparts. Là, le héros apprit qu'Adclstan Edolphe, et lîuthlus avaient soulevé laSkone toute entière. Des larmes de reconnaissance ft de joie inondent son visage auguste il attend avec ardeur le jour suivant; hcullumbliu, successeur de Dui,

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XIII.

reux jour qui doit ramener près de lui ses héros. Cependant le cruel Buris, qui, dans les murs de Skara s'enivrait de ses faciles triomphes apprend que la Skone se prépare à secouer un joug odieux.-O Volkind, s'écrie-t-il, et toi, sage Ilmore, vos poursuites ont-elles donc trompé mahaine? Ah! sans doute Suénon respire, puisque le destin me trahit c'est lui qui, déchaîné par quoique dieu jaloux, vint m'enlever et ma gloire, et mon épouse, et le cœur de mon père. Aussi long-temps que le magnanime Othar a conservé le jour et la couronne, il n'a point voulu que ses sujets levassent le bouclier de la guerre pour servir mon juste ressentiment. Ma main, à peine a fermé sa paupière, que je monte sur mes vaisseaux; dans une même nuit, la Skone me voit aborder ses rivages solitaires, et saisir le sceptre de ses rois. Mais le coupable m'échappe, et c'est en vain que ma justice le seul et fugitif, toute ma puissance poursuit ne peut ni l'accabler, ni l'atteindre. Armé de la rage des enfers, c'est lui qui revient medisputer ma conquête. Marchons, et que

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le feu de la révolte soit éteint dans le sang des rébelles I – 11 dit, et le soleil à son revoit les hordes barbares s'avancer tour, vers nos campagnes désertes. Mais ce n'est point assez ô patrie, et d'autres bras encore se préparent ù déchirer ton sein 1 Sur les flots du vaste océan cette foule de navires tend d'une course rapide aux rivages de Skone. Un vent favorable remplit leurs voiles l'onde écume et frémit sous leur poids. Lefrontcouvertd'un casque où brille un éclatant diadème quel guerrier monte ce vaisseau, qui semble à l'œil surpris un énorme dragon 1 Je )o rcconnais à sa longue chevelure c'est le noble c'est le monarque des Norwéfilsd'Ilaldan, giens. Ah s>idésabusé d'un fol amour, il venait secourir mon héros et briser nos fers Vainc espérance! Le mortel ennemi de Suénon le perfide IIalvard est il ses côtés, et la voix de la générosité n'est pas moins impuissante sur son cœur, que les sons de la trompette 'sur le cœur du Jâclio Vaiueau d'Ilarald, fameux dans Iet chronique) du Nord, et qu'on appelait le Dragon.

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qui fuit lo combat, et voudrait à chaque pas atteindre l'horizon fugitif. Ses vaisseaux à peine étaient revenus d'Albion, et ce monarque avait appris de la bouche d'IIialniar que l'empire d'Azollis était devenu la proie des Vandales. Alarmé des ravages de ce torrent, dont nulle digue ne le défend plus, il veut, déployant toutes ses forces, purger des hordes étrangères le sol de la Scandinavie. Les Etats d'Azollis et la Skone seront le prix de ses exploits'; mais il espère encore une plus chère récompense; il se flatte que Suénon ne refusera plus la main de sa fille à celui qui pourra la payer d'une couronne; et pénétrant enfin la haine dont les Hildiréides sont animés contre le héros, il renferme dans son cœur les secrets de son amour. Ainsi, quand le souffle des aquilons revient attrister le printemps, les plantes retiennent dans leurs boutons verdoyans les fleurs qui se hâtaient d'éclore. Déjà les vaisseaux norwégiens remontent le cours argenté de l'Albis, et bientôt, devant les remparts de la cité royale*, aux
• Kungakella, ou Konghall, (cotir royale ).

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sons des instrumens guerriers, ils abordent Jes rives où régna la triste Azollis. Toute l'armée brûlait de combattre les barbares mais, rappelés par leur prince, ils venaient t en de quitter ces bords pour retourner Skone. Le fils d'IIaklan marche aussi-tôt à leur poursuite, et la terre disparait au loin, couverte de ses bataillons. Au milieu d'un nuage de poussière, les dards semblent des météores. Les guerriers, vêtus de fer, et la tête ombragée de panaches éblouissans, s'avancent comme les vagues surmontées d'une blanche écume, lorsque le souille de la tempête les pousse avec furie contre le rivaga tremblant

FIN

DU LIVRE

TREIZIÈME.

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XIV.

AUGUSTES ombrages, berceau de la liberté renaissante, je vous salue! Je te sal ue aussi,jour glorieux qui vas rendre un père à la patrie, un monarque à ses sujets, un chef à nos combattans Le roi de Skone et sa fille, conduits par le sageButhlus, etsuivis de trois cents guerriers, quittent les murs de Troja. La forêt d'ilallaryd les reçoit sous son ombre, qui déjà recèle une foule de soldats. Les échos de ses vallons retentissent d'une clameur au choc éclatant de nos armes, solennelle les rochers, les arbres tressaillent, et les hôtes de la forêt croient entendre le fracas du tonnerre. Tous les cœurs sont émus, et nos larmes ne sont pas des larmes de faiblesse une mâle et brûlante énergie les a faitjaillir de nos yeux. A l'aspect de Suénon, 1 chacun voit disparaître tous les maux dont le peuple gémit depuis son absence. Chacun à l'ombre de son bouclier croit trouver un

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asjle contre la tyrannie; mais les éclairs Je son épée nous semblent ceux de la foudre prête à frapper les tyrans. Le héros attendri garde un long silence. – Queljour, dit-il enfin Puisse la gloire qu'il me promet, égaler le bonheur dont il me fait Soljouir Je suis aimé de mes sujets amis de Suénon les dats, compagnons, momens nous sont chers vos bras sont armés le feu des héros brûle dans vos coeurs, et votre roi guide vos pas marchons!– répètent mille voix, et l'arMarchons mée à l'instant s'ébranle. Avant la fin du jour, précédée de la terreur, elle entre et se déploie dans les campagnes de Skone; avant la fin du jour le sang des Vandales a rougi la terre. Le second soleil vit l'étendard des Scandinaves Le JîIsd'AdcJlottersouslesniursdeKrona. lus en est averti plein de trouble et de joie il vole, et le père d'Alpaïs le reçoit dans ses bras. Alpaïs elle-même s'approche en rougissant instruite par Buthlus des exploits du jeune héros elle voudrait le récompenser par l'aveu du plus tendre amour. Oh que son cœur est agité elle craint de trop

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XIV.

dire et ne peut dire moins la voix expire sur ses lèvres, et ses regards seuls ont parlé. Ainsi du haut des airs, aux premiers sourires du printemps, l'aimable divinité dont l'éclat fait l'orgueil de* cieux*, répand dans sa course silencieuse des feux qui raniment et qui embrasent les hommes et la nature. Nombre de soldats entrent dans la forteresse, et les autres déploient leurs tentes au pied des remparts. Dans une salle antique, où pendent mille trophées remportés par nos aïeux Suénon rassemble ses héros. Assis près du monarque et formant un cercle d'airain ils examinent ce qu'ils ont fait, et délibèrent sur ce qu'ils doivent entreprendre. La voix d'Adelstan a soulevé les campagnes orientales. Bullilus a répandu dans les cités de Skone le noble feu qui l'anime; et ceux que l'occident a vu naître, ont volé sur les pas d'Edolphe. Par-tout, au nom de leur roi de fidèles sujets se sont armés; par-tout, au nom sacré de la patrie, la patrie a levé son front obscurci par le deuil, et secoué ses chaînes. La décuc da soleil.

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Combattre, voilà le dcsir, l'avis de tous ces dignes chefs. Dès le jour suivant, iuiblo par le nombre, et forto cle son courage, l'armée se met en marche. Mûri par les années, Butlilus doit défendre les murs do Krona:Sivald et Raoul commanderont dans les deux autres forteresses. Théodolphe Adelstan Vélamir et le sombre Onfoldar, et le fier Tanasos, montés sur d'agiles coursiers, brillent au front des cohortes qui leur obéissent. Onfoldar ignore que son épouse, que la tendre Vellina, cachée sous l'appareil des combats, marche confondue parmi les guerriers; il n'a point encore appris ses égaremens, et déplorant sa perte, il n'accuse que la mort. S'il savait ton amour, ah il laverait dans beauté trop malheureuse, ton sang son honneur outragé 1 Cependant les Norwégiens ont déjà franchi les limites qui séparent la Skone et l'emau nom de son pire d'Azollis. Halvard maître, se présente à l'entrée du camp des veux parler à votre roi, Vandales. -Je devant Buris au mileur dit-il. -Conduit lieu des chefs assemblés il s'incline et proTerreur de la Baltique, fère ces mots

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XIV.

monarque des fiers enfans de Hertha, le dominateur de l'Océan te déclare la guerre Mes vaisseaux connaissent l'Océan, interrompt Buris, et ne connaissent pas son dominateur quel est-il ? Ses exploits l'ont appris à tout le Nord; ils te l'apprendront aussi. Mais Harald ne m'envoie pas te défier dans un vain combat cle paroles. Il admire ta valeur, et ne t'offre point la paix, trop sûr que tu ne voudrais pas l'acheter au prix de tes conquêtes et de ta gloire mais jusqu'au jour où vous aurez abattu votre commun ennemi, tous deux un égal intérêt vous presse de tourner contre lui seul tout l'effort de vos armes. Mon roi te propose une trêve, dont le terme sera la mort de Jîuris était près d'accepter des Suénon. conditions qui semblaient servir à souhait son implàcable haine il regardait ses généraux. llmore à l'instant se lève Fils tl'Othar, s'écrie- t -il, n'écoute point des offres qu'un moment et le coup-d'œil d'une femme peuvent rendre perfides. L'amour, ce tyran des ames faibles asservit Harald à ses loix. Si la guerre s'est allumée entre ce prince et ton ennemi, le refus de la main d'Alpaïs eu est la seule cause. Voilà le digne i5 il.

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objet pour qui va couler le sang des braves. Mais Suénon, pressé de toutes parts, ne persistera point dans ce refus insensé, ( qui, peut-être, n'est qu'un stratagème,) et tout deux réunis en secret pour te trahir, scelleront de ta ruine leur perfide alliance. Toisouviens-tu des décemême, Halvard*te vantes promesses par qui tu me retins à la courdeton maître? Quels effets les suivirent? Volkind est mort assassiné; ( car je ne croirai pas que Suénon, seul et fugitif, ait pu triompher autrement d'un héros suivi de nos braves soldats.) Il n'est pas d'ennemi déclaré que ton bras doive redouter, ô et point d'ennemi secret qui no Buris puisse triompher des plus grands courages. et s'il le faut, Guerre aux Norvégiens guerre à tousles Scandinaves conjurés – Ainsi parla le guerrier de Vandalie. Entraînés par son discours, Buris et les chefs refusèrent d'entendreplus long-tempsl'JIildiréïde. Plein d'un farouche dépit, ce ministre s'éloigne, en portant la main à son épée c'est par ce fer qu'il brûle de confondre un langage trop altier. Telle une vaguo énorme, que les autres vagues ne soutiennent plus, fuit le rivage, et s'y précipitera

LIVRE bientôt avec uns fureur vclles.

XIV. et des forces nou-

Mille feux s'allument dans le camp des nuages de fumée roulent sur les vertes collines, et vont obscurcir les airs. Là les membres du bœuf et de l'innocente brebis, cuisent sous la pierre brûlante, ou sur un ardent brasier; et plus loin, le soldat les voit bouillir dans l'airain, pressé des flammes. Les guerriers, couchés dans leurs tentes, sur la dépouille de l'ourse, attendent la fin de ces apprêts bientôt chefs et soldats se rendent au festin du soir la bruyère aux fleurs de pourpre leur sert et de sièges et de tables. Déjà la faim est appaisée. Le sommeil, appelé par la fatigue et la satiété vient enchaîner tous ces farouches enfans de la terre. Les feux du jour qui se renouvelle, ont dissipé les vapeurs du matin, et l'ombre des rochers ne voile plus les vallons. Les échos tout-a-coup retentissent de sons belliqueux: à la voix aes chefs, se forment les bataillona et les escadrons. Après un moment de silence, ils s'ébranlent, se resserrent, et volent à la rencontre de l'ennemi. Leurs files

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sinueuses s'écoulent entre les collines, comme les flots d'un torrent qui brille aux ô mon maître! rayons du midi. Suénon quelle ardeur entraîne contre toi ce peuple, jadis préservé par ta vaillance de l'esclavage et de la mort Mais une plus noble ardeur te précipite au-devant de leurs coups cette ardeur brille dans tes regards; elle elLicc do ton front majestueux le sceau des années. Que tu es grand sous les armes, ô mon roi 1 A l'issue d'une vallée sombre, et dans ces vertes campagnes où s'élèvent à peine des collines arrondies, l'armée de Skone se déploie, et marche contre les Vandales, qui s'avancent à pas précipités. L'arc et Ja flèche demeurent oisifs une âpre impatience no permet point de s'en servir. D'effrayantes clameurs ont déjà frappé les airs; déjà les s'éclatent avec boucliers s'entrechoquent, fracas. Mille glaives étineelan* s'élèvent, se relèvent teints de sang, retombent, tombent avec la mort. Les deuy armées se pressent et se repoussent. Le tumulte a'accroît, et sur l'aile des vents le rugissement de la guerre va porter au Join l'épouvante. Le voyageur éperdu croit entendre,

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et ]a voix grontt la chute des torrens dante des orages et les éclats de la foudre, et l'horrible combat des élémens déchaînés. La victoire balançait, indécise entre la valeur et le nombre; mais une redoutable armée s'avance vers les Scandinaves et dévore la campagne. Suénon reconnaît l'étendard norwégien. Souvent voit deux un affreux blancheur sur ses rives désolées, le pôle ours à la dent cruelle se livrer combat déjà le sang a souillé la de leurs poils et l'éclat de la neige, lorsque, porté par un glaçon flottant, un monstre non moins terrible atteint le rivage, et fond avec furie sur l'un et sur l'autre adversaire. Tel, et poussé par une rage plus aveugle, Ilarâld vient porter la guerre au sein de la guerre. A la vue d'un nouveau danger, Suénon trouve un nouveau courage et des ressource» nouvelles. Aussi prompte que son coup-

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d'œil et que ses ordres, son armée présente un double front, et repousse uno double attaque. De tous côtés nos soldats donnent, ou reçoivent la mort.t. Tel, aux lieux où le vaste Océan connaît enfin des bornes, paraît aux regards du ciel un vaisseau arrête, heurté par les glaces entassées. Sous leurs coups redoublés, ses flancs retentissans ploient, crient; et les flots que sépare la carène frémissante, sont près de se rejoindre à travers ses débris. Cependant le pilote habile autant qu'intrépide, présente aux vents une heureuse voile le navire s'échappe et les glaçons courent se briser contre les glaçons. Tels sont les périls qui menacent le héros, et telle est son adresse pour les surmonter. son L'ennemi trouve par-tout glaivc, et par-tout son bouclier nous protège. Sa valeur et sa prévoyance nous entou. rent comme un secourable rempart mais si nos rangs ne sont pas enfoncés, à combien de guerriers l'honneur de la patrie mes yeux, mes tristes yeux n'ont-ils pas vu mordrela poussière! Ilernosand, Alpeholm,

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et toi, sage Helsin und, vivez dans mon souvenir, et si mes chants échappent à l'oiseau de l'oubli, vivez aussi dans mes chants Tandis que le premier et le dernier de nos rangs soutiennent seuls le choc des ennemis, Suénon ordonne la retraite aux rangs placés entre ces combattans. A mesure qu'ils se retirent, ceux qui de l'un et de l'autre côté présentent un front menaçant, reculent de quelques pas. Adossés à leurs compagnons, ils se défendent encore, en suivant insensiblement, et par une marche oblique, le reste de l'armée. Ainsi, comme Suénon l'a prévu, nos bataillons s'écoulent entre les Norwégiens et les Vandales les soldats de Buris et ceux d'Harald se trouvent lance contre lance, et souvent leur fer égaré, se trompant de victime, va frapper de nouveaux adversaires. Déjà la moitié de nos cohortes, s'éloignant à regret, ne prend plus de part à la bataille. Téodolphe, Adelstan, et le valeureux Edolphe, secondés par une troupe d'élite, tournent leurs lances contre le flanc de l'armée Norvégienne, et protègent notre retraite. Le roi de Skone, suivi deTanasos et desa troupe belliqueuse, arrête les Vandales à la vue des

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ennemis qui le menacent, et de son armée qu'il voit échapper au plus affreux péril son aine ardente et généreuse ressent un double plaisir. Telle, en d'autres climats, une lionne arrête et les cbiens et les chasseurs, tandis que ses chefs lionceaux se dérobent au redoutable épieu. Mes yeux la voient encore, cette plaine eanglante. Un combat non moins terrible s'engage sur nos pas, entre les soldats do ces fils du Nord, Buris et les Norwégiens qui répandaient à regret notre sang, trouvent, à l'aspect des barbares, une nouvelle ardeur. Frappésde mille coups, les Scaniens qui marchaient les derniers, succombent presque tous à leurs blessures, et nos enfoulent nemis s'élançant l'un sur l'autre aux pieds leurs corps expirans. Tels des oiseaux, surpris dans la plaine par une grêle- impétueuse, s'envolent à tired'ailes vers les ombrages touffus qui, chaque soirleur offrent un asyle mais frappés ils tombent avec par ces grains meurtriers, eux, et jonchent le sol retentissant. Meurtris, sanglans, et sans force, quelques- uns cependant échappent à la mort.

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Nos soldats sont à peine dégagés des rangs ennemis que Suénon et le fils d'Adelus s'éloignent sur leurs pas, et les couvrent de leurs boucliers. Monté sur un coursier rapide, notre prince revole à la tête de ses légions, et nous conduit dans une étroite vallée. Nous respirons enfin dans ceslieux, où le nombre serait impuissant contre la valeur. Cent guerriers, couverts d'armes pesantes, forment à l'entrée du passage un mur d'airain. Sur le penchant des montagnes, et derrière les roches dont elles se le roi place d'habiles archers. hérissent Tantôt il promène sur nous ses regards paternels, et tantôt il contemple au loin les flots orageux de la bataille. Les hennissemens des chevaux le tumulte, les cris parviennent à son oreille il soupire. Cependant il voit les cohortes de Buris, semblables à l'incendie qui dévore les forôls renverser les bataillons norvvégiens. Pour affaiblir davantage et les vainqueurs et les vaincus, mon héros veut différer la victoire. Suivi de trois cents cavaliers léil atteint le gèrement armés, il s'élance champ de carnage à peine abandonné par

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A travers des monceaux do cadavres, Suénon s'avançait: un cri do fureur a soudain frappé son oreille. Il regarde, il reconnaît Halvard expirant, Ilalvard quo le glaive de Buris venait d'abattre après un long et terrible combat. Le héros voit sans plaisir et sans regrets la mort prête à saisir s'écrie le pervers 1 l'Hildiréide. – Arrête Apprends du moins que je te hais. Je meurs, mais tu ne triomphes ni de moi, ni de ta destinée je te laisse en mourant le courroux avant Peut-être, d'Harald, et la guerre. que mon ame s'envole au séjour des dieux verrai-je tomber ma viclime. – Les vents emportent ces vaines menaces, que déjà le roi n'entend plus. Le Norwégien se relève: appuyé sur son bras défaillant, il suit des yeux le héros, et se flatte de vivre assez encore pour voir succomber long-temps une troupe si faible en nombre. Mais, à l'instant, un épais nuage lui dérobe et les guerriers et la lumière; il frissonne, il se débat: semblable à la vapeur empestée qui s'exhale des cadavres son ame venimeuse échappe à son corps glacé. les combattans. Impétueux comme le souffle des orages,

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Suénon a fondu sur les Vandales étonnés. Ils tombent sous le glaive de ses braves soldats, ainsi que les débris d'un édifice embrasé tandis que la tête de l'armée poursuit le cours de ses triomphes, les derniers rangs sont en proie à la confusion, à la terreur. Le fils d'Othar est contraint de partager ses forces, et frémit de rage en voyant tout-àcoup, au milieu de ses ennemis,la victoire, transfuge de ses étendards. Il recule, mais à chaque pas il immole tout téméraire qui lève l'épée contre lui. Dès que le héros de Skone voit les deux armées se disputer le champ du combat, poussées par une égale fureur; dès qu'il voit la mort triompher seule et triompher partout, il s'éloigne rapidement, et rejoint nos bataillons inquiets de son absence. Bientôt les fils de la Norwége sont victorieux à leur tour. Tu voulus combattre encore, ô mon maître, mais une fois nous méconnûmes ton autorité: nous t'arrêtâmes. Tels de pieux enfans, qu'un père infortuné nourrit du travail de ses mains, le voyant chaque soir revenir épuisé de fatigue, le

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conjurent, au nom de son amour même, dd conserver aux objets de son amour leur unique soutien. Mais le fils d'Adelus vole, combat, et revient couvert d'une gloire nouvelle. Le soir vit les Norwégiens et les Vandales, vaincus parleurseule lassitude, se sépareretdéposer leurs armes sanglantes. Notre armée se retire alors avec sécurité, devant des ennemis enchaînés par la fatigue. Chargés de troles braves marchent phées infructueux et leurs aigrettes poudreuses tristement s'inclinent vers la terre. à tour le repos suspend notre course, et le signal du départ nous arrache au repos. Nous arrivons au pied des sourcilleuses tours de Krona. Suénon appuie l'aile droite de son armée aux roches qui supportent les remparts de la forteresse l'IIelgéa roule devant l'autre aile ses ondes tutélaires. Nos derniers rangs enfin sont adossés à la forêt prochaine, où des pièges divers attendent l'ennemi qui tenterait do nous surprendre. Tel un bélier, l'honneur et le soutien d'un nombreux troupeau, ne Tour

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présente jamais aux combats que son redoutable front. Le monarque cependant a franchi les portes de Krona. Il rassemble dans une enceinte écartée les chefs les plus illustres. Leurs armures étincelantes brillent sous ces voûtes obscures, ainsi que les colonnes de les grottes de cristal dont s'enorgueillissent nos montagnes. Après un long et morne silence, ces mots sortent de la bouche du prince. – Héros dignes d'un meilleur sort, trop fidèles sujets du plus infortuné des rois, les dieux ennemis font succéder aux périls que sut braver votre courage, des périls plus terribles encore. Ce n'était point assez de nous secourir contre qu'IIaraldeùtrefusé un peuple de brigands; lui-même il arme contre nous. Son amour dédaigné, telle est la cause de son courroux. Mon peuple gémit dans les fers; et pour le délivrer, je suis prêt à répandre tont mon sang je le puis, je le dois, je le veux. Mais la gloire et ma reconnaissance, mais le bonheur de ma fille! Non, je ne puis me résoudre à de pareils sacrifices Ce n'est pas

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la soif de régner, c'est l'infortune de mon peuple qui m'appelle à de nouveaux combats. J'en atteste et les dieux et les enfers; mon bras ne reposera plus qu'au sein de la victoire ou de la mort. Vous, guerriers, dont les devoirs envers la patrie sont moins sacrés que ceux d'un roi, vous, qu'un dévouement généreux attache seul à ma fortune, vous êtes libres encore si quelque dieu secourable n'offre pas à votre pensée une voie pour sauver la Skone; si vos bras ne peuvent soutenir le glaive et le bouclier contre tant d'ennemis soumettez vous à Il se tait au milieu d'un leur empire. bruit confus, ces mots se font entendre de et la crainte et la toutes parts -Périssent honte! Au prix de tout notre sang, nous voulons la liberté, la vengeance. Guerre! guerre et jusqu'à la mort – Ils disent, et le héros a lu dans leurs âmes il n'exige point d'eux les sermens trop faible frein pour le lâche, aiguillon superflu pour le brave. – Protégés par le fleuve, par nos rochers et nos forêts, reprend Suénon, nos intrépides soldats peuvent disputer la victoire à nos ennemis con-

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jurés. Que le Norwégien et le Vandale s'affaiblissent dans leurs sanglans débats, et que l'un d'eux enfin triomphe. Nous, peut-être, nous saurons triompher du vainqueur. – Les guerriers, à ces mots, portent ki main sur leurs glaives, et par ces gages terribles jurent au monarque une immuable fidélité. Chacun sent naître dans son cœur avec l'espoir d'un meilleur sort, cette force qui brave et subjugue le tort. AI pais est présente; elle gémit: mais son sein, gonflé de soupirs renferme une ame de héros une ame que vient d'embraser la généreuse ardeur des Scandinaves. En silence, elle roule dans son cœur ces sombres pensées. – Quoi je verrais immolera moi seule, à ma félicité, tant de braves guerriers, mon père, et ma patrie! Si ma main ne sait point combattre, elle sait plus encore, et c'est par elle que vous allez triompher Dans son trouble, elle s'approche du héros qu'elle aime, et le regarde du même œil dont Balder expirant regardait les cieux, qu'il allait quitter pour jamais. Elle souses paupières en s'élevant laissent pire

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échapper de brûlantes larmes, et sa bouche, qui s'ouvrait pour dire un triste, un long adieu, se referme soudain sans avoir pu le prononcer. Elle jette un coup-d'œil sur l'auteur de ses jours, réprime sa douleur, et disparaît dans lafoule des guerriers, comme une étoile qui se cache au sein des nuages. Elle se rend près des jeunes beautés qui laservent depuis son retourdans le royaume paternel; et d'un signe avertit celle qui lui semble mériter le mieux sa confiance. Chère Elizène, laisse tes fuseaux., lui ditelle, et suis ta princesse infortunée qu'ap– en d'autres lieux ses destins pellent Elizène la suit d'un pas timide, et n'ose l'inun voile terroger. Les soldats reposaient de pourpre enveloppait l'or du soleil et les tranquilles ombres dusoirse mêlaient à ses rayons affaiblis. Les portes s'ouvrent à la voix d'Alpaïs; elle entraîne sa compagne, et s'éloigne de nos remparts. Bientôt ses yeux les distinguent à peine elle se tourne, et tend les bras vers ces lieux où respirent Je les aurai donc son père et son amant. – vus pour la dernière fois, s'écric-t-elle

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sur sa compagne, et's'appuyant encore ses pas.

Il faut un guide à ces tremblantes beautés mais les hameaux qu'elles traversent sont dépourvus d'habitans et le silence des déserts règne dans leur enceinte. Cependant vers le milieu dela nuit s'offre à leurs yeux un jeune pâtre, que son zèle amenait sous les étendards de Suénon. Séduit par l'espoir d'un riche salaire, il consent à les conduire au camp norwégien. Sur ses pas elles s'avancent à travers les bois et les sinueuses vallées dont silencieux, mille ruisseaux limpides raniment la verdure. Tantôt à l'ombre des noirs rochers tantôt sur la cime des monts leur pied lécouverte de la rosée ger effleure l'herbe comme d'un voile d'argent. Mais, fille des héros quelle est cette chaumière que tu viens de reconnaître avec une tendre suret tu pleures C'est-là prise ? Tu t'arrêtes qu'un fidèle sujet voulut conserver au prix de ses jours les jours de Suénon. Le silence, et la nuit habitent ces murs solitaires le seul zéphyr pousse un triste murmure eu 6 16 ji.

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agitant le lierre dont ils sont revêtus. Devaut le seuil infrérjuenté nul vestige ne paraît Cette pierre est une tombe. La fille des rois, coupant une tresse de sa chevelure dorée, la dépose sous la pierre, et sa main y grave ces mots – ^4 la mémoire d'un sujet fidèle la fille d'un roi malheureux l – Semblables à deux biches qui parcou ren t, d'un pied furtif, le bois où leur oeil inquiet a reconnu les traces d'une louve, les deux vierges de Skone découvrent enfin les étenC'en est assez dards norwégiens. dit Alpaïs au berger; retourne vers ton prince, et dis-lui qu'il n'a plus de fille. Qu'Adelslau le console, et lui serve de fils? Puissent-ils Puiscouler des jours sereins et glorieux sent-ils honorer ma cendre, et cliérir ni;i mémoire – Elle a parle toutes deux s'éloignant avec rapidité, laissent le Scandinave plongé dans un profond étonnement. JGIiQue dis-tu, fille de Sut-non zène éplorée et quel est ton funeste dessein? Arrête respecte des projets dont va dépendre le salut de l'Etat. Une amie t'en conjure, et ta princesse te l'ordonne. – A ces mois la parole expire sur les lèvres de sa compagne.

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Alpaïs, armée de tout son courage, entre dans le camp des ennemis. Les guerriers accourent en foule, et ne se lassent point de Tcllepa rut au céleste conlcniplcrsesattraits. banquet, la tendre fille du dieu desmers. Les Norwégiens croient voir cette déesse, qui toujours malheureuse et toujours fidelle, vient chercher son divin époux. Alpaïs avec une modeste fierté qui relève encore l'éclat de ses charmes, demande aux chefs de la conduire devant le prince aux cheveux d'or. Elle s'arrête auprès de la tente du monarque: il l'apperçoit et pousse un cri tel que jamais il n'en sortit de sa bouche, à l'aspect de la victoire la plus glorieuse dit Alpaïs et la moins attendue. -Prince, lorsque Suénon implora ton secours, ma main fut l'humble prix que tu mis à ton al] tance. Mon père te crut généreux il osa te refuser. Alors, tu lésais, ma bouche confirma ses refus et dans cet instant même, elle ne sera point souillée par un mensonge: elle ne prononcera point les paroles de l'amour. Les maux qui déchirent mon pays, le sang de mon père prêt à couler voilà les raibons qui m'amènent. Peut-être, voulant

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SCANDINAVES.

donner à tes peuples une reine, h tes successeurs une mère sauras-tu préférer en elle, au feu passager de l'amour, le noble amour de la patrie, et la piété filiale.Charme des héros s'écrie le monarque, si tu consens à mon bonheur, n'en trouble point l'ivresse en m'avouant ton indifférence. Tou image et l'amour sont restés dans mon cœur. Moins pure et moins ardente est l'immortelle flamme qui brûle dans nos temples aux pieds de la reine des dieux. Tout ce que j'ai promis, mon bras est prêt à l'accomplir. Au milieu de l'appareil de la guerre, vont s'élever les autels do et ses flambeaux éclaireront la l'hymen, C'en est assez dit ruine de tes ennemis. Alpaïs pourvu qu'au pied de ces autels tu jures de remettre aux mains de mon pèrc le sceptre de la Skone, en y renonçant toiFille de Suénon rémême pour jamais. pond le monarque, je souscris aux loix que tu m'imposes. Quand je vais posséder Alsa couronne – Et païs, puis je regreter se tournant vers sa cour – L'heure du sommeil s'approche, reprend-il mais aussi-tôt que, dissipant la jalouse nuit, ce soleil qui i doit amener le plus beau de mes jours, aura

TjIVRE

XIV.

brillé de nouveau dans les cieux, faites retentir tout le camp de vos chants solennels, et déployez toute la pompe de mon empire dans Icsapprôts d'un auguste hyménée. Sous ces chênes, quis'élèvent aux bords du ruisseau, dressez une tente magnifique. La modeste Alpais, rassurée contre le tumulte des camps par une garde nombreuse, y goûtera les douceurs du repos. Il dit, et contemplant avec orgueil cette beauté dont l'hymen lui promet la conquête, il s'enivre à longs traits du poison de l'amour. Mais c'est en vain que son œil enflammé cherche à rencontrer les yeux d' Alpaïs à surprendre sur ses lèvres le sourire du bonheur il souDouce félicité de l'amour. Ah tu pire. ne peux être goûtée que par deux coeurs qui te partagent f La fille des rois ne répond que par des mots timides, entrecoupés mais succombant au trouble qui l'agite. Prince, lui dit-elle, daigne excuser mes larmes, et souffre que je me retire. Au milieu même de l'éclat et des honneurs destinés à ton épouse, mon coeur regrette un père que j'ai quitté et pour long • pour la première fois.

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SCANDINAVES.

temps Demain je remplirai ma destinée. Ce jour sera pour Alpaïs un jour à jamais glorieux. L'instant qui doit unir ma main à ta main si féconde en exploits cet instant commencera mon immortalité. – Ello s'éloigne à ces mots, et suivie de la seuleElizène, marche vers la tente dressée pour lui servir de retraite. Les regards du prince atla suivent, et demeurent long-temps tachés sur les toiles épaisses qui lui dérobent la vue de son amante. Tel le voyageur, que les doux rayons du flambeau des nuits éclairaient dans sa marche, regarde tristement le jaloux nuage où l'astre vient de cacher sou front d'argent.

FIN

DU

LIVRE

QUATORZIÈME.

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L I V R E XV.
A lp aïs cependant, environnée du silence, et le bras appuyé sur la couche superbe que l'hymen en vain lui destine contemple et les jours qui sont d'un œil tranquille déjà loin d'elle, et le jour fatal qui s'approche. L'amour, de ses liens de fleurs, essaye de la retenir, et n'obtient que des larmes.Cher Adelstan, dit-elle, ah du moins ne sois pas injuste envers ton amante en renonçant au jour, le seul effort qui lui coûte est de renoncer à toi. Qu'il est pénible! A peine ai-je fait, dans la carrière de la vie, sans rencontrer encore le quelques pas bonheur; et la mort vient déjà me saisir. 0 mon père toi dont la sagesse fut pour mon jeune âge comme lalumière bienfaisante, qui dirige au sein de la nuit le voyageur égaré, reçois ce sacrifice, et s'il peutte rendre heureux, Alpaïs n'a rien à regretter. Ouvre les yeux, fille trop timide, et vois, une double tempête gronder sur la Skone gémissante. Vois ton pays en proie à toutes les horreurs

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SCANDINAVES.

de la guerre. Vois couler sous un fer étranger le sang de ses derniers citoyens, et ton enseveli sous les ruines de pèreJui-mcme, sa puissance Et que faut-il pour conjurer tant de maux? Le trépas d'une Infortunée. N'hésitons plus, mourons et qu'un ]~cha regret ne ternisse point l'immortel honneur d'avoir sauvé la patrie. –EUo dit, et plus calme, repose dans le sein de la vertu triomphante. Telle, quand les étés reviennent mûrir nos moissons, la majestueuse déesse du soleil semble immobile au sein de sa lumière Tandis que ]a tendre Elizène s'abandonne à l'excès de sa douleur, Aipaïs songe encore aux objets chéris, dont la Mort, qui déjà s'avance, va la séparer pour jamais. Quelques heures, qui s'écoulent avec la rapidité de l'éclair, composent tout l'avenir de cette jeune princesse, tendre Heurquin'a vu britler qu'une aurore Au milieu de ses sombres pensées, je vois son front paiir. Soncourage n'est point inébranlaUe comma le courage du guerrier qui, chaque jour, Dans le M'!tMe-

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XV.

son ame est devant du trépas exempte de terreurs, niais non pas de regrets. –Chère Elizène, dit-elle, dés que la mortaura tranché le fit de mesjours, prends cet anneau trempe-le dans mon sang, et si les derniers vœnx d'AJpaïs sont sacrés pour toi, remets-le au digne fils d'Adelus. vole au Le jour se renouvelle, et la fille des rois entend, de toutes parts, retentir des chants d'allégresse. Son oci) langu issant n e voi t, dans les appruts de son hymen, que l'appareil de ses funérailles. Au bruit de mille instrumens guerriers, et suivi d'un cortège pompeux, l'impatient Harald se présente. Son manteau de pourpre estdiapré de l'or le plus pur, et des perles de la Manda). Surson cimier, se balance un panache plus éclatant que la neige entassée sur la crête du Sévo, mais sa riche couronne ne décorait plus son casque portée devant lui sur un voile magnifique, par deux enfans d'une beauté parfaite, elle devait parer le front charmant d'Aipais. Les armes nouvellement polies, réfléchist-tlentct les fetixdu~our et Ja clarté de mille

LES

S C A N n r N A v J; s.

flambeaux: la terreétait jonchée de rameaux et de fleurs que l'aurore avait verdoyans vu s'épanouir. –Viens ô la plus belle et !<i plus vertueuse des filles, s'écrie le monarque viens partagermon trône et couronner mon amour – A peine il a parlé, que les iarles, aux acclamations de toute l'armée, emportent la princesse sur leurs épaules vigoureuses. Une double haie s'ouvre devant leurs pas, jusqu'au pied des autels. La, brillent les guerriers les plus beaux, les plus richement vêtus, etceuxsur-tout qui, pour laissent voir d'honorables tout ornement, cicatrices. Telle, dans un auguste sacrifice, t.'avance à pas lents lavictime dévouée aux tourmens. Arrête < prince un aveugle moment encore, et ces ileurs seront arrosées de larmes; et ces chants d'allégresse vont se changer en gemissemens plaintifs et les flambeaux de l'hymcnéc s'éteindront dans le sang le plu3 pur Mais il s'avance, il arrive. Sous des pins antiques, un dais de pourpre augmente encore la fraîcheur des ombrages qui le couronnent. Là, se balancent entrelacées mille <:ha!nes de Heurs; là, devant une lance ())

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arborée dans la terre, s'é!ève un autel sacré; là, ruissetent sur l'herbe, ou brûlent sur les trépieds des parfums dignes de nos dieux. Plus loin, un double trône brille au milieu des trophées. Déployés et flottans, mille drapeaux entourent l'enceinte guerrière. L'amour, la gloire, et la religion semblent former dans ces lieux une alliance éclatan te. Le monarque presse d'une main la main tremblante d'Alpars; il étend l'autre vers J'autel: -Dieux de mon pays, s'écrie-t-il, et toi sur-tout, dieu de l'univers*, écoutez! 1 Les écoutez, iarles, prêtres et guerriers promesses d'Ilarald sont infaillibles comme les arrêtsdu destin. Je te prends pourépouse, A~pa'~s, et par ces dieux qui nous regardent, par cette main que j'unis à la tienne, par cet amour enfin qui m'embrase et qui me dévore, je jure de rendre à Suénon sa couronne, et je renonce pour jamais aux droits que ta main peut me donner un jour sur ses élevant ses regards vers le Etats.–Aipais ciel.-Grands dieux vous avez entendu Voye*la note <4du livre tu.

LESSC\~n!NAVES.

ses sermens. C'est à vous d'en être et les garans et les vengeurs. Reçois, fils d'IlaJdan, le don, le triste don de ma foi ô mon père ô patrie, recevez celui de mon sang! -Elle dit; prompte comme l'éclair, elle tire un poignard, et le plonge tout entier dans son sein. Elle allait redoubler. le roi s'écrie, saisit sa main, la reçoit dans ses bras, et s'efforce de retenir le sang qui rejaillit sur lui. La tête d'AIpa'i's se penche languissamment sur son sein, ses joues se décolorent, ses lèvres tremblantes palissent, ses yeux se ferment, et déjà la mort est empreinto dans tousses traits. Soncorps frémit,et bientôt s'affaisse sans mouvement. On accourt, on s'empresse, on l'emporte dans sa tente, où sa compagne était restée par ses ordres. Elizène à cette vue arrache ses blonds cheveux, et meurtrit ses tendres appas les guerriers les plus farouches sentent ruisseler des pleurs sur leurs mates visages. leurs Les magiciennes lui prodiguent et leurs soins elles étanchent son sang mains expriment sur sa blessure le suc des plantes sacrées. Au milieu d'elles le monarque éperdu – 0 toi, que )e n'ose appeler

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mon épouse, chère Alpa'm, c'est donc moi qui t'entraîne au-tombeau; moi, qui donnerais tout mon sang pour prolonger ta vie, reje suis ton assassin! 10 funeste pensée mords éternel, (si je pouvais te survivre. ) ne l'arrachez pas à mon amour; 0 dieux et s'il faut m'en séparer, si mon coeur n'est ne me pas digne d'un cœur si vertueux, laissez que le temps de la combler de biens, et tranchez le fil de mes jours Alpaïs, ma chère A)paM< non, tu ne me seras point ravie. J'ose encore implorer ta pitié, demeure sur la terre, ou délivre-moi du jour. Si tu voulus me punir, je ne le suis que trop. Ëpargnc une tête si chère; épargne un bois aussi généreuse malheureux époux que cet époux fut barbare. 0 mes amis, et vous, mes fidèles soldats, allez; que vos vasux s'élèvent jusqu'au ciel, qu'uu pur encens fume sur les autels, et que le sang des victimes inonde l'enceinte sacrée c'est aujourd'hui que votre roi connaîtra votre amour. Ainsi s'exhalait la douleur du monarque désespère. A sa voix, a ses cris, A)paMrcvientdes portes du tombeau. Elle tourne les des paroles consoyeux vers son époux iantcs coulent doucement de sa bouche.

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SCANDINAVES.

Mais quel est ce jeune guerrier, qui, sous l'armure scanienne, s'avance, guidé par des soldats norwegiens? il s'approche d'Ilarald – Roi de l'Océan, lui dit-il, je t'apce prince porte les paroles de Suénon marche sur mes pas, et voit déjà briller tes étendards; mais il ne vient point suivi do la guerre. Il sait, par un messager fidèle, que de sinistres projets ont amené près de toi la vertueuse AJpa's, et tremblant pour les jours de sa fille, il demande ta foi pour &orendre en ces )ieux.–Atpai's l'entend et secours trop s'ccrie:–Mon père!–0 tardifs, répond Uara)d! Approche, et vois sa fille expirante. Qu'il vienne la bénir, la pleurer, Ja venger)

A ces mots Edolphe s'éteigne en gémiscomme la flèche sant, et bientôt,~prompt aux triples ailes, il reparaît suivi du hcruj de Skone. Le malheureux père se précipite, à l'instant il tombe sans il s'écrie.mais voix et sans mouvement. oub)iant sa lui-même, propre douleur, s'approcite du monarque. -Ne le repousse pa.?, o mon père, dit AILe fils d'IMdan

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pais avec un pénible eubrt Ce n'est plus un ennemi qui te parle, le plus saint des sermens vient de t'unirata&))e,etd'encha!ner son bras à ta juste cause. Que la gloire de mon trépas balance dans ton cœur les regrets de ma perte Tu vas régner; la patrie va renaître de mon sang, et les Scandinaves en diront, a l'aspect de ma tombe: ~~a~, renonçant CM~'o~r, noM~ rendit notreprince et la liberté 0 mort 1tu peux finir mes souffrances. j'ai vu mon père, et tnamain défaillante a pressé ses mains glorieuses t'~rissent et mon trône et ma gloire, s'écrie Si tu meurs, j'ai tout perdu. Rh Suénon que ferais-je sur la terre! Dieux cruels, la patrie n'accepte point son salut à ce prix. rendez-moi ma fille, et reRendez-moi, mettez le sceptre en d'autres mains. Je ne suis plus roi, je suis père.–A ces paroles ptaititives succède un morne silence. Mais tout-a-cou le bruitdes armes répond aux sons de la trompette. La nouvelle du trouble qui règne parmi les Norwégiens, a volé dans le camp des Vandales. Ils s'avancent comme l'orage menaçantquicachet'axur dct cieux, et couvre d'ombres épaisses les

LESSCANHINAVES.

champs épouvantés. Ces cris, aux armes.' se prolongent et sont répètes aux armes jusqu'aux extrémités du camp. L'un se couvre à la hâte de sa cuirasse, l'autre saisit sonépée, ceux-ci brillent déjà. sous )o fer et courent à leurs postes. Plus loin, les cavaliers s'élancent sur leurs coursiers hcnnL)Sans:amt)itieu d'eux, lescliefs, couverts de toutes leurs armes, gourmandent tes plus tardifs. Tout marche, tout s'assemble, tout se presse. Enfin les bataillons et les escadrons présentent leurs fronts étiucetans. Ainsi lorsque les nuages vont se briser contre les sommets du Sévo, leurs ondes orageuses, se précipitant dans les vallées, forment des lacs qui bientôt &odéborderont en torrens. La mort plane entre les deux armées, et marque déjà ses victimes. Les piques, les les dards lancent au loin d'efhaches la soif du carnage emfrayantes clartés ditllaraht brase tous les coeurs.Votons, au héros de Skone; le brave sent tarir ses larmes à l'aspect du danger, et sa douleur est muette à la voix de la gtoire. Ma main brûle de donner le trépas. Le sang d'Atpam

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a coulé

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Qu'un déluge de sang inonde la la fureur dans les yeux: terre)–Suénon, cours à mes soldats; -Cours, Edolphe qu'ils se joignent aux fils de Id Norwège, et que le Vandale, auteur de mes maux, ait vu le dernier de ses jours. Songe, pour te hâter, que nous allons combattre sans toi. Edolphe s'éloigne à regret du carnage, et son front s'attriste à mesure que le bruit des armes s'affaiblit. Déjà ce bruit ne semblerait plus a l'oreille du voyageur, que le mugissement d'une cataracte lointaine. Plus impatient encore, il franchit les campagnes, et bientôt il découvre nos étendards.–Aux Au momentoù je parle armes,s'écrie-t-IH le sang des ennemis a coulé sous le fer dé votre prince, et c'est ainsi qu'il attend ses mots,II s'approche du nls guerriers.–Aces mais il n'ose lui révéler toute d'Adclus ce l'étendue de son malheur, decrainteque héros, poussé par un désespoir furieux, ne cherche et ne reçoive la mort Il lui 'dit* après avoir reçu les serme!]~ qu'Alpa'tS d'Haratd, a voulu sepercer le coeur, mais que son bras arrêté par la main du prince,' n'a porté qu'une atteinte légère. Quoiqu'A-' il. J 7,

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SCANDtNAVt:S.

des maux plus terribles encore, chaque parole de ce récit, h61as si din'érent de la triste vérité, fait il son cœur une blessure nouvelle. La jalousie même a versé, dans ce cœur si pur, son venin dévorant. Nos cohortes s'avançaient il pas précipités, et les chefs, étendant leurs boucliers et leurs lances devant le front de l'armée, ne pouvaient nous retenir dans nos rangs. et baisse la Le jeune héros vote à touriste, visière de son casque il ne veut point montrer dans les combats un visage inonde do Jarmes. –' Cependant des mains habites prennent soin des jours de son amante, qu'une garde nombreuse emporte loin de l'horreur des combats. – C'est à vous que je ta connc, dit IIarald sauvez-la sauvez-moi A peine les deux rois ont atteint tes premiers rangs, que le cri de la guerre retentit déboutes parts. Une obscure nuée de traits yole et retombe eurFarmëo vandale, qui, lentement, en silence, s'avance. Dix guerd'armures impénëtrabte~ rier~ couverts composent tout son front (3) mais ej)e &'ë-

delstan redoutât

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XV.

Jargit sur ses flancs, et de ses derniers rangs elle embrasse la vaste étendue de la plaine. fuTeHe,auxjours nébu]cuxquet'automne un. gilif dispute faiblement aux frimats voit une obscure nuée d'oiseaux planer vers ]en)idl, et former un immense triangle dans l'océan de l'air. Le combat-s'engage une grêle de dards, lancée sur les dix guerriers, frappe, et tombe impuissante. A la voix d'HaraId s'ouvre pour éviter ]'!irmée norvégienne leur choc, et de ses deux ailes qui se replient embrasse l'arm6e des Vandales. Les barbares combattent des deux côtes des deux côtés se partagent la fureur et l'épouvante, la victoire et la mort. Le fracas répond au fracas, et s'accroît dans la double bataille. Les lances simcnt, froissées par tes lances on voitvoler en éclats les casques et les boucliers. AUUe éc!airs brillent, mille coups retentissent, mille ruisseaux de sang iuondent la ptaine. Et le sang, et le bruit de< coups, et les éclairs, tout se confond dans un horrible désordre. Là, les coursiers, se dressent et heurtés par les coursiers, frappent l'air de leurs pieds recourbés: plus

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SCANDIN

AVES.

loin les escadrons se précipitent sur des bataillons écrasés. La terre au loin frémit des nuages de poussière routent en tourbillons, et tour-à-tour voilent et découvrent le carnage. Qui pourra compter tant d'exploits? Qui pourra pleurer tant de victimes? Vieillards que la mort avait épargnés jusqu'à ce jour, le glaive ferme tout-à-coup votre longue carrière! Jeunes guerriers, dont le courage naissant se promettait des exploits sans nombre, le fer vous en ravit l'espoir, et votre avenir n'estplus PareHs à deux lions aQamés qui renversent, déchirent et dévorent un troupeau, les deux princes croyent venger Aipaïs sur chacunde leurs ennemis. Fier d'un coursier nourri dans les pâturages de Mektenbourg, Karnagar dirigeait contre Suénon sa lance déjà teinte de sang le héros la détourne et sa main laisse frappe. Le Vandale pâtit échapper les rênes, et son corps chancelé aux bonds du cheval effrayé. Il tombe enfin, et près d'expirer appelle sa jeune épouse. Héla~ cette beauté, seule dans les

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XV.

murs d'Arcona, lui prépare des habits magnifiques, et monte à chaque aurore sur la tour la plus élevée, observant d'un œil inquiet si les vents ne ramènent pas le navire où flotte la bannière de son époux. Malheureuse Ernelinde, il reviendra ce vaisseau; mais il ne doit te porter qu'une froide cendre, et tes pleurs inonderont ta couche solitaire. Aussi-tôt Suénon se jette au fort de la mêlée; il perce Ricimer à la gorge, et sa lance encore fumante, se plonge dans le sein d'Olesko qui volait au secours de son frère. Le plus terrible des athlètes, Godescalk, a fait couler le san g du monarque Norwégien, mais sous le glaive d'Harald tout son sang s'échappe avec !a vie. En mordant la poussière il accuse son art, 'inutile dans les combats. Désormais suspendus aux murs de sa demeure en deuil, ses redoutables cestes ne seront plus dans les jeux la terreur de ses rivaux. Zannador, au teint éclatant, Dargun et le farouche Ogorod, immolés par le même glaive, suivent le malheureux athlète au palais de nos dieux qu'ils ont méconnus. Rien ne résiste aux deux rois. Devant eux,

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SCANDINAVES.

dans les bataillons renversés, s'ouvre une large brèche, semblable à ces golfes que laisse voir tout-à-coup le rivage envahi par le courroux des flots. Cependant avec un courage égal, que seconde une égale fortune le fils d'Othar pousse, abat, foule aux pieds l'ailo droite C'est en vain que Biorn, desNorwégiens. secouru de ses deux fils, s'efforce de t'arrêter il tombe, et voit en mourant 6'eteindro avec lui l'espoir de sa race. Les soldats fuyaient, entraînés parune Indigne frayeur: s'écrie l'intrépide Rcnoa)d Arrêtez lâches, où courez-vous? ce n'est pas pour la vie, c'est pour une mort honteuse que vous aurez fui la victoire. Demain, vos compagnons, cherchant votre dépouille sur le champ du carnage, vous verront la face contre terre et le dos hérissé des dards enneilsabandonneront mis. Justementindignës, 'vos corps aux vautours.–II dit, et d'un hrat, que n'a point glacé la vieillesse, lanco à Burlif un pesant javelot. Le trait sime, frappe, perce le bouclier, et s'arrête en frélui dit le monarque, missant.–VieUJard, si demain il te reste des compagnons, ils

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avec leurs larmes ce tombeau qui devrait, depuis tant d'années, renfermer la cendre.-Il n'avait pointachevé,que sa lance, plus rapide qu'un rayon du soleil, brille,et va s'enfoncer dans le ilancduNor-* wégien. Ses soldats, a la vue du coup qui le frappe, étouffent une honteuse terreur; ils accourent et l'emportent dans leurs bras. Ivres de sang, de gloire et de vengeance l'époux et le père d'Alpaïs apperçoivent enfin leurs bataillons rompus sous l'effort des barbares. Seuls les deux rois disputaient mœ victoire qu'abandonnait une armée. Impatient de renouveler le combat avec ses cohortes, Suénon jette au loin des regards étincelans. A l'issue d'une vallée sombre, il voit briller des armes. Courage, enfans du Nord, dit-il aux guerriers d'HaraId! l'année de Skone s'avance elle vient vous secourir et vous venger A ces mots, Fcpoux d'Alpa:is s'élance au milieu do ses soldats fugitifs il les rappelle, les excite les menace. Le courage renaît aux cœurs les plus timides, et la crainte d'Harald l'emporte sur la crainte de la mort. Man déjà nos yeux apperçoivent le hé-

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ros de Skone qui vient guider ses combattans. Le fils d'Adelus vole à sa rencontre. mais sa Le désespoir est dans son cœur bouche est muette. Ce ne sont pas des plaintes, c'est du sang qu'il faut à sa douleur. Lo roi presse nos cohortes, et sur ses pas nous courons aux lieux où Buris triomphait des Dispersés, éperdus, couverts Norvégiens. de sang et de poussière, ils allaient succomber mais à notre aspect ils poussent un cri de joie, et soutenus par nos armes, reviennent disputer la victoire a peine cédée. 0 mon maitre jamais dans les combats nos Chaque yeux ne l'ont vu si redoutable fois que ton bras s'élève, tesennemu effrayés voient s'ouvrir devant eux les portes de la ton mort. Nos guerriers, qu'enflamme exempte, s'illustrent par des exploits sans nombre: exploits immortels,si les tiens n'en avalent cS'acë l'éclat. IImore, couvert d'armes étincelantes, ct les épaules chargées de la dépouille d'un loup monstrueux, nageait dans le sang des ennemis abattus par son glaive. Adelstan le et le renverse reconnaît court, frappe <xpirant. Il s'élance, emporté d'une fureur

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son bouclier ne sert plus à le dénouvelle fendre il n'aspire qu'à la vengeance, et dans son désespoir semble moins chercher la victoire que te trépas. Mais quelle funeste image s'est offerte à ses yeux ? Fils d'Adetus, je vois couler tes larmes. Ce )eunc héros, naguère brillant de gloire, cet Edolphe qui surpassait en beauté les enfans des dieux même, ses compagnons ép!orés l'emportent, pâle, sanglant, et prêt d'exhaler son dernier soupir. Buris l'afrappéducoup mortel. Couverte de cette armure, qui dérobe tes traits à tous les yeux, tendre Vellina, tu l'attends sous ces bois épais avec une amoureuse impatience, et tu l'attends victorieux. Il approche elle a ô douleur cru le reconnaître. Les glaces de la mort ont arrêté son sang; son ccit égaré ne voit plus, sa voix ne peut gémir. Elle veut s'élancer vers Edolphe, et ses pieds chancelans refusent d'obéir. 0 toi qui m'as tout sacrLHé, dit-il, je viens expirer près de toi et jo Vellina, je connais bien ton cœur. te plains Le trépas pouvait seul nous séparer seul il peut nous réunir un jour. Mais garde-loi de prévenir les arrêts du destia.

ILESSCAKUtNAVES.

Edolphe, peut-être respire encore dans ton sein, et peut-être un autre moi-même. Mais viens. Je sens mon âme quis'échappo vers toi: viens.–Je te suis, s'écrie son amante J'ai quitté pour toi la vertu qui m'était chère ba)anceiais'-)e à quitter une vie qui m'est odieuse? -Elle dit, se frappe, tombe. Pour la dernière fuis, son sein palpite sur le sein glacé du héros et sa voix éteinte s'ouvrant encore un pasretiens un moment ton aine fusage:–Ah! Elle presse de ses bras affaihlis gitive. le corps de son cher Edolphe, et bientôt reste sans mouvementà ses côtés. La mort contemple d'un oeil satisfait ces illustres victimes, et vole à de nouveaux triomphes. L'ardeur des combattans ne s'ebt point rallentie. L'étendard des Vandales, arboré sur une colline qui dominait les ilota tumultueux de la bataille, se déployait au souIRe des vents. Un rang de soldats, couronnant le sommet de la colline, semblait en défendre seul l'accès. Sans compter ceux qu'il attaque, sans compter ceux qui le suivent, l'époux d'Aipaïs s'élance. Les ennetnis, d'abord étonnés de son audace, ne le

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sont bientôt plus que de sa force et de son courage. Semblable à l'habitant des eaux, qui, d'un élan rapide, remonte le Et du fleuve tombant à grand bruit du haut d'un rocher, il atteint le sommet hérissé de lances. Tout cédait, et sa main victorieuse allait saisir l'étendard, quand une foule de soldats cachés derrière la colline, paraissent tout-àcoup comme les nuages de la tempête s'élevant de l'horizon enflammé, ou comme des ombres irritées sortant de leurs sépulcres entr'ouverts. Ils entourent le héros, en poussant des cris féroces. Mille glaives agités se disputent son sang. La Norwège éperdue voit son plus ferme soutien près de succomber sous tant d'efforts, et pleure une funeste gloire. Appuyé contre un rocher sauvage, et couvert de son bouclier, c'est en donnant la mort que le roi la repousse. Cependant un guerrier, un héros dont les traits sont cachés par l'airain tutélaire, a vu les périls du monarque. Ardent à le secourir, il vole sur ses pas. Les éclairs de son épée annoncent les foudres de la vengeance. Il franchit les obstacles, il frappe et la tempête qui grondait autour du mo-

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narque seul, se partage entre les deux héros. En butte à mille traits l'inconnu n'est occupé que du fils d'HaIdan. Il se fraye nn chemin jusqu'à lui, et le défend de son bouclier et de son glaive, tandis que son flanc découvert appelle toute la rage des barbares. Déjà son sang a rougi son armure, lorsque les Norwégiens accourent, et du poids de leurs coups font pencher en notre faveur la balance des combats. Les ennemis tombent précipités du sommet de la colline, et peu d'instans après, nous voyous leur étendard souillé de sang flotter au milieu de nos étendards. Pénétré de reconnaissance et IIarald veut embrasser son d'admiration, généreux vengeur; mais le guerrier s'élance vers les combattons, et se confond aussi-tôt dans leur foule tumultueuse. Le roi s'efforce de rappeler à sa mémoire quelque signe, auquel il puisse reconnaître ce héros.Son bouclier portaitun aigle d'oraux ailes déployées, et cette arme, qui vient de couvrir lesein du monarque, a sur-tout frappé ses regards. Tandis qu'il vole a de nouveaux dangers, Suénon, l'oeil en feu, cherche à travers les ennemis le meurtrier d'Edolphe. Il dédai-

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gne toute autre victime. Tel, sous d'autres climats, le lion, poursuivant un troupeau, n'exerce point sa. rage contre une faible proie. Le taureau seul peut lui résister; c'est sur le taureau qu'il s'élance. Les deux rois, poussés par une égale haine, s'appellent à grands cris. Au milieu du fracas et du tuSuénon a le premier reconnu la multe, voix de son ennemi. Rapide, impétueux, iL court, et s'ouvre dans la foule des Vandales renversés une sanglante voie jusques à Roi sans trône, lui dit leur monarque. l'étranger, tes regards, il est vrai, défient mon armée toute entière; mais avant la fin du jour, mon armée victorieuse aura vu ta tcte couronner le fer de ma lance*, ou flotter sur les crins de mon coursier. -Tant d'arrogance me rappelle trop bien quel fut autrefois Buris. Mes coups vont te rappeler achevait de parler le qui je suis *–II Vandale lui darde un javelot semblable aux armes des géans. Le trait, dirigé par une fureur aveugle, s'égare, et va porterie trépas dans le sein de Vélamir. Il se roule
Voyez la note 8 da livre premier. H t't~tUt deji vaincu,

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SCAND'NAVES.

sur la poussière, et l'image de son père immolé par lui, tourmente encore sa dernière pensée. Infortuné, dit le héros, ainsi je t'ai conduit à la mort – Et soudain regardant Buris Tu mourras, s'écrie t-il – Tous deux, le cid'une voix tonnante meterre à la main, pressent les flancs do leurs coursiers, et fondent l'un sur l'autre. 0 spectacle de terreur! quel choc, quels coups quels efforts tout autre combat est suspendu. Vandales et Scandinaves s'écartent autour d'eux. Sous leurs glaives pesans éclatent casques cuirasses, et boucliers. Si jamais la foudre, lancée par les dieux en et se rallumant à leur voix, courroux, brille, gronde, et frappe à tout instant, la terre épouvantée aura vu deux fois ce que virent nos yeux. Suénon jette au loin son glaive rompu, fond sur le fils d'Othar, et le saisit. Libres du frein les chevaux effrayés se dérobent sous les combattans, qui roulent ensemble dans la poussière. Sanglans, hors d'ha!eine, ils se pressent, se débattent, s'efforcent do s'étouCer l'un et l'autre écument, et rugissent de fureur: ils se quittent, et soudain

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XV.

armés de leurs poignards, se portent mille coups précipités. Deux fois, le fer de Buris a glissé sur l'acier dont Suénon est couvert. Plus adroit, plus maître de sa rage, le héros frappe le barbare entre le casque et !a cuirasse. Le fils d'Othar tombe, se relève, de retombe. Mais appuyé sur une main l'autre il menace encore, et s'efforce de retenir le fer prêt à lui échapper. Le monarque allait pardonner; l'image d'A]païs s'éexpirante s'offre à ses yeux.–Meurs, crie t-il tu ne perds que la vie, etje perds Il dit, et plonge dans Atpaïs meurs la gorge du Vandale son poignard déjà sanglant. Le tyran croit sentir deux fois le trépas en voyant triompher le héros, objet de sa haine il déchire la terre de ses doigts frémissans,et!a frappe de son front, comme s'il eût voulu s'ensevelir avec ses armes, honteux monument de sa défaite. Il expi<e enfin la rage et l'impuissante vengeance suivent son ame indignée jusques dans le palais de nos dieux. Mais déjà le bruit de sa mort vole avec ]a terreur de cohortes en cohortes, et le bientôt plus combat,qui recommence,n'est

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SCANDINAVES.

qu'un affreux carnage. En vain le généreux Férisias, ardent a venger son frère s'élance au milieu des vainqueurs. Pressé de toutes parts épuisé de fatigue, désespérant de la victoire, il cède, et laissant sur le champ de bataille une moitié de ses soldats, sauve à peine l'autre moitié devant un ennemi toujours affamé de victimes. dans les jours qu'un long hiver usurpe quelquefois sur le règne brillant do l'été, les fleuves, revêtus de glace semblent braver l'influence qui ranime déjà la verdure de leurs rivages mais quand l'haleine des vents du midi, vient à dissiper les voiles humides étendus sur la campagne, l'épaisse cuirasse qui couvre les eaux crie, éclate et se rompt; les flots long-temps captifs, se déchaînent avec plus de furie; les glaçons heurtent les glaçons, et si dans le désordre et retardent le de leur fuite ils s'entassent, l'onde à l'instant torrent qui se précipite les surmonte, les pousse, les disperse, et lorsqu'elle les apporte à l'océan ils ne sont déjà plus. 1 Ainsi, Telles se dissipent les hordes cnnemiea devant nos étendards victorieux.

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Les deux rois dédaignent de porter les derniers coups aux Vandales abattus un intérêt plus cher et plus pressant les rappelle ils revolent aux lieux où respire encore A)pais. Des femmes étaient rangées en silence autour d'elle de longs voiles noirs descendaient de leurs fronts austères et leurs mains traçaient des runes magiques sur les feuilles de diverses plantes. Fils d'Haldan s'écrie l'une d'elles, le désespoir entraîne ton épouse au tombeau. Cet incurable poison envenime une blessure qui n'était point mortelle. Enseveli dans sa douleur comme dans la nuit du trépas, le prince ne laisse échapper ni plaintes ni regrets. Adelstan, qui dans le fracas des armes a vainement cherché la mort, Adelstan à cette vue sent les son cœur. traitsdelamortpénctrer~usquesà ïl tombe à genoux devant la couche d'AI0 pais, il l'arrose de larmes, et s'écrie: fille de mon maître, Adelstan brûle de te suivre Nos devoirs sont remplis. Plus de chaînes dans la tombe, et nos âmes libres lui dit-elle, et respecte enRn.–Arrête, des nœuds sacrés Ce n'est plus Alpaïs q)ie i3 n.

LHSSCANDtNAVKS.

tu vois c'est réponse du fils d'M~tdan. elle ne doit Dëj~ trop coupable peut-être, plus t'entendre, et s'eubree de t'oubticr.– Le monarque lançant au fils d'A<)e!us nn regard enflammé de courroux. – Rival odieux va porter qui viens irriter ma douleur, ou loin de moi tes insolens regrets fuis. Je ne sais ni fuir ni trembler tremble. n'insuhe* point un cœur au désespoir, dit le fils d'Adelus, portant la main il son épée. Harald aussi-tôt a tiré la sienne. La colère et ta jalousie répandent sur leurs visages une horrible pâleur, et de mortels éclairs jaillissent de leurs yeux. Tous deux frémissant de rage, tous deux, haïssant la vie, et brûlant de donner la mort, a'etaneent l'un sur l'autre. Adelstan oppose son bouclier ait glaive prêt à lui percer le cœur l'aigle d'or empreint sur ce bouclier frappe les regards du monarque saisi d'un vertueux effroi, il jette loin de lui son épée, et demeure innnobile. C'est lui, s'écrie-t-il! c'est mon liberateur et j'allais. Malheureux le crime s'attache a tous mes pas Coupable dans ma colère, plus coupable dans mes bienfaits ma main est condamnée au parricide. – T~t peux oublier que. je t'ai conservé ia vie

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quand je brûle Je te l'arracher. Défends-toi la mort attend une victime. Eh bien t frappe :et les maux que j'ai faits, et les maux que je ressens, tout m'accable. Frappe ou laisse-moi Mais que dis-je ? Ah demeure Héias je ne puis obéira la reconnaissance, et je ne saurais être ingrat Demenre si tu 0 désespoir) ô comt'cioignes.eHcexpire. bats que mon coeurne peut soutenir! Grands dieux perdue pour mon amour, et vivant pour un autre époux, ou perdue pour l'univers entier, et pour jamais Ah périssent plutôt Harald et sa funeste ïlamme! Arbitres de nos destinées, qu'elle vive, et que son cœur m'acquitte envers un rival Terre, cieux, écoutez je trop généreux lui rends une main que son cœur ne m'a point donnée; j'abjure un déplorable hymen et)c est libre. Mais où. m'égare une vaine espérance? Sonrde à mes cris ,etp)us. impitoyable que moi, la mort peut-être. Calme ô IIi!e des rois 1 calmel'horreur que Je ne suis plus ton t'inspire ma vue. ~poax! – Un sentiment de pitié se peint L< r~pnJittion tt la pluralité des femmesétaient foi tn uttge alors.

LESSCANDtNAVES.

sur les traits d'Alpaïs, sur ses traits que semble animer un faible rayon d'espoir. 0 prince, lui dit-elle 1j'ai mérité ta haine tes bienfaits. Que la tombe jenepuisaccepter soit mon asyle Victime volontaire, c'est mon trépas d'éteindre vos discordes, et de désarmer les dieux. -A ces mots, elle tourne vers le ciel un regard suppliant. Tandis que les deux rois et le fils d'Adelus veillent autour de sa couche, les guerriers vont réparer dans le sein du repos les fatigues d'un si grand jour. L'aurore a chassé la nuit, et bientôt dans les camps le tumulte succède au silence. Alpam se réveille moins triste et moins languissante. Quelques roses, timidcs encore, semblent colorer la pâleur de son teint. Telle, dégagée du poids des frimats, la nature sourit aux premiers regards du printemps. L'espoir renaît dans tous les cœurs. Cependant Périslas, étranger à l'ambition comme à la haine, abandonne les projets do son frère trop faible pour se défendre, il n'aspire point a se venger. Un héraut vient de sa part offrir la paix aux monarques et

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XV.

demander une entrevue pour en fixer les leurs conditions. Ils s'éloignent à regret regards se tournent souvent vers la tente qui renferme Atpaïsr, et leurs cœurs ne l'ont Le trône de mes pères m'atpas quittée. dit Périslas. Prêts à tend et me rétame, quitter ces bords, nous ne voulons emporter que nos armes et la dépouille de mon frère infortuné. Les rois souscrivent à sa demande, et tous deux ils engagent leur foi par des sermens solennels. Téodolphe et Sygtrius suivis chacun de mille guerriers, conduiront les Validâtes au rivage, et veilleront à l'accomplissement des traités. L'heure du sommeil approchait pleins d'impatience, le héros de Skone, et le fils d'Ilaldan arrivent à la tente d'AIpa'ïs. E))eyivra, s'écrient les femmes qui l'entourent IIda compte en vain sur sa proie. lllillc sentimens tumultueux agitent le coeur du monarque. Tantôt sa générosité fait pl ace aux regrets, et tantôt le repentir les étouiTe. H se lève, il s'assied il s'éloigne, il revient. tM langue est eneham.ëe mais l'attération <)eses traits décelé un pénible combat. Tels, avant que la foudre gronde, les nuages ac-

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SCANDINAVES.

courent, se croisent, s'entassent, et voilent l'éclat des cieux. L'œi) a vu l'éclair sillonner leurs sombres flancs l'oreineatteutiven'cntend rien encore. Le doux sommeil n'a pu fermer les pauet les rayons du pières du fils d'Ilaldan, jour le retrouvent abîmé dans sa douleur. Pleins d'une morne inquiétude, le héros de Skone et l'amant d'AipaYs prësagfttt de nouvelles discordes, redoutcntdc nouveaux matheurs. C'en est fait, dit IJarald et jo vais, loin de vous, loin, sur-tout, juin do celle qui fut mon épouse, accomplir un affreux sacrifice. Puissiez-vous quctquefois songer à moi sans haine, et puissé-je vous oublier –lïcros dignede ta g~ire,s'écrie Suénon, que ta doutcur se calme au souvenir de tes bienfLtits CiLaquejour nous to bénirons. -Il partait rie monarque, suivi d'une garde brillante, et devançant son armée, a dë)a tourne ses pas vers les montagnes de Norwège. voit flotter Le même soleil, ô Lunden nos étendards (4) victorieux sur tes murs toNsoIcs 0 jours de gloire et de bonheur

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Adelstan Alpaïs, que les chants d'hyménée srmDerent doux à votre oreiDe Ma lyre ne fut pas oisive; ses accords animèrent les fctes, et la voix du Scalde célébra des exploits que son bras avait partagés. Mon ma!trc, entouré d'une pompe solennelle,quis'embellitencoredelapubliqueallétrône, et brille d'une gresse, remontesurson douce majesté. Pareil à ces arbres superbes, dont la verdure inaltérable demeure au milieu de l'éclat du printemps, telle que l'ont vue les frimats, le monarque, au sein de la prospérité, conserve le même front qu'il opposait au malheur.

FIN DU QUINZt&ME ET DERNIER 1-IVKE.

NOTES.

LI VRE VI11.
o yj~oM~fc~'rM<t'yctMae//<tjLû</< Bol allait rendu maître de la uav~gauon. de la Seine j de la Loire et de la Garonne. ~oshiNtoirc~ ne parlent point assez de cet homme exfraordinano et du ~Normands, dont le saug a'cst.mdé au sang des l'rançais. Il ne fut battu que sous les murs de Chartrea. Leduc de Bourgogne et Je duc de Poitou ~prccCd~deï'quo qui portait l'enseigne et ta tunique de la Vierge, repoussèrent les JSormanda. Cependant Rot ayant eu de nouveaux auccLN~le roi lui envoya Ïtastin~ pour traiter avec lui. Voici leur entretien litfcra~cmfnt traduit des chroniques du temps.–RcdoutfihJt'agncrriers, dit Hasting~ le roides lrancs noua envoie vcra t'oua pour savoir d'nit vous venez quel suit vouN amène, et quel chef vona commande.–Nouas~nmm Danois, dit-il, et toua ~aux par Lt dignité, nous le eonimea aussi pour le commandement. J~ouj) ~cnona dans cette contrée pour en dépouiller les tu*hit~na,ct i)our la soumettre il nos toix. Ma~ toi, qui nous interrogea avec tant de courtoisie, qui ca-tu?'–Sana vous connamsez Ïc nom do cet doute, répondit-il ~tasttng, qui, banni de votre patrie, aborda dana r~ lieux avec sa Cotte et r~duMit en sa pttMsanre. ott convertit en deecrta une gr~tide pai~o du ioya.um&

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VItt. 1.

dea Franca.–Nou< connaissons ïla&ting, mais nous tavons aussi qu'il pourrait bien achever maDteureu– toncnt une entreprise commencée sous dlieureux à tout soumettre au roi auepiccs.–Contcntez-vom Charte?– Non certes. Retournez vers ce prince, et dit< t-lui que nom aurons défendre ce que nous '<imo conquérir. A CM jnott, t'un et l'autre se séparèrent. Le roi Cliarles enfin, rfduit a l'extrémité, envoya au Nor~v~ien re~fjuo de ttouen, pour qui il avait une ~rnude <cticratiott. Ce prélat )c convertit au chrMtianitmc, et conclut avec lui une paix dont tout le monde sait les condition:. Ce brigand, qu'Ilarald avait Lanni de ses Etata par une justice trop douce devint non-seulement un prince très-juste, mais encore un législateur habile. Le texte parle, quelques pages auparavant, de son expédition en An~ïcferre, et de la coutume singulière que conservaient encore les peuplades les plus sauv.;gcj de ce pays. Il est probable qu'elle a existé dans une grande ])artie de l'Europe barbare mata une eout'uncbion particulière aux Bretons, était d'altachtr du cloche! au bas de leuretaucea, et de les taire tonner avec force, pour elfrayer J'enncmi. Leurs btrttuea étaient fait« avecde* peaux étendues sur des pianche~ fort mincea. L'habillement était à-peuprès MmbtaUe à ceux que nous avons décrits. On leur en donne un particulier appelé pelt, qui était une sorte de fourrure. Lea <emmea avaient de< robes 'Je toile garnies de pourpre leurs bras et leur <em tettaieut nua.

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(~) Et resta cotMMmJ/~arun feu sombre et ~Jcorant. Ce l'my était, comme on t'a vu, fils deNiord, et frère de )a déesse Fre\a. Entrant par cet amour dont ]M!')o le texte, il promit à son écuyer Skirner le don d'uno ej'ee enchantée, s'it voulait servir M passion, l'autc d'avor su garder cette arme uninciMe, t'rry devait succomber le jour où les mouxtret et les génies du~cu attaqueraient les dieux. < ~"nj. (5) ~M Myc~M du dieu Thor <tM A cela près des aHcgorics, <'t'ite fahte rr~cmblu un peu aux contm de ma mère l'oie mais t'hiatoirc do Poiyptiomej qui n'est pas l'endroit le moins amusant de r0dy9.*ep,res'.cm))je beaucoup à cclle de l'ogre la pnMe sait tout enuoMIr. Quant à la fable dont nout jmriont, le styte n'en est pas du tout poétique maia quand ces ouvragea auraient quelque graco dans leur tangue originale, ne la perdraicnt-ils pas en étant ainsi tradui~delaMco~~o~/ro/TtC~Mttn? Lapïupart ont pas~e du gotitiquo au hmdoia, du tUL'duia nn latin et du latin au françaia. Eat-d rien au moudodo ptuainMeUequs latraduction d'un ouvrage en [angue morte, dam uneautrelangue morte? Qu'on tradui<icc~ latin les tragédies de Racine et les fables do La rontaine et que d'après cette version latine, on les traduise encore dans une autre langue, on verra qucitcs )x'aute< y resteront. blais revenons a nos poètes Man<tittave5,qui peut-être ne vahient point lapeuMqu'utt invoquât de si grandt noms. Le dieu part avec Loke, trainé par <eedf ux boucs tttcs mange toueIefMut,et moyennant la prccauUOtt

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de ;etcr leur* M dans leurs peaux, ils se retrouvent tain: et saufs le lendemain. Après quelques incident, ils entrent un soir dans une maison, qu«e trouve être le ~and d'un énorme géant couché près de )a. !h voyagent ensemble, et pendant la nuit~ sur un léger mécontentement, Thor h- frappe de sa ma~ue, et la lui enfonce enfin dana la tête. Le géant se réveille pai<ib)<'tnent, et demande ei ce n'est pa* une feuille d'arbre nu bien uneptumed'ofteau. Entuite, seséparant du dieu,dont il pénètre !anmtice,u il lui montre le chemin de la capitale des Geana. Les voyageurs arrivent auprès du roi, mais nul ne peutresterdana cette ville, a moina qu'il n'excelle dans quelque art. Lote ditqu'il mange plus que personne au monde; et tout tUMt-t&ton Jemet aux prises avec un courtisan nomme Lo(;e (~<tn:'n~). Ils se rencontrent au milieu d'nn baquet que l'on avait rempli de viandes chacun a tout dc~ore mais Loke a laissé tes os, et on le déclara Vaincu. Un jeune nomme amené par )e dieu Thor, dit qu'il courait en patins plus vïte que personne au monde. ? Le roi répondit que <~c<a<< un fort beau <a/en<, M~7~C~7/Mtyo/ <~ tM<T diligence, < voulait demeurer t'a;n~tM<i)'. On h)i donne pour adversaire nn ieu!)ecourtis.m nomme/7&~o,(/CM/<j~7Mœ). ). ('et Hugo )e devança tellement, qt)'<n revenant au but, il le M~co/t~o~ct a~aM. Deux autres épreuve & ne furent guère plus heureuses. Pour Thor, il défia qui que ce fut de boire mieux. que lui. On tui présente une corne excessivement tou~ue~et dansLqueIleJes seigneurs de la cour étaient

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obligés de boire, quand ils avaient commis quelque fautt* de bieni.uance.'i'hor ava!tsoif,ct but tong-tt )nps Mnsprendrehate)ne;cnau!teuregardaU coupe, tnais e]lc semblait encore pteine. Il boit une seconde fois de toutes ses forces et trouve la liqueur tr~s-peu diminuée.'–I~oscn~)ns,ditJcroi,s\xrrc<'ntaun jeu peu difficile, qui consiste à lever de terre mon ehd). un grand chat couleur d~yt~* Mute au –Anssi-tôt miticu de J~ salle. Le dieu ~'eiïbrce do l'enlever, n)ai< le chat, courbant le dos, ne perdit terre '}no d'un est pr.ind.dit le roi, maia Thor seul pied.–Léchât t'jt petit. Qu'il essaie à présent ses forces contre nTa nourrice llela (la mort). ces tuots, parut une vieille édentée. Aprt~ un combat terrible, Thor tomba sur un genou, et le roi leur ordonna do ~arrêter, cri disant au dieu qu'il K*yavait plus p~rM~nc out ~'o~ j0!?</;on/e~Mn< proposer de se battre avec lui. Le roi lui donna le fcndcnminun grand f'.etht,et )o['oqu'ila furent preade se 6<parer,H lui dit:–Vo)M me paraissez peu content de voa prouc~ca, mais eachez quels prestiges vous ont abusé. C'C!<t noi-)n~;no t que vous avez renconlré en chemin, et votre masaue tn'cù.t donné la mort, si les coups n'eurent (omuo sur un rocher, derrière lequel j'étais caché. Loto a Jutto contre un feu errant,et c'esl à mon ef/jr/tquc Tia)re a disputé le prix de la course. Un des bouts do h corne dans laquelle vous avez bu trempait djns la mer, et vous verrez combien < Uecst diminuée. Mon cfiat n'était autr&quetegrandserjtentqtu ceint la terre et les mers nous avons frémi, lorsque nous t'-om vnvqtre brae t'enlever si liaut, que sa tête et

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VII

r.

la terre. Quant a votre tut)e queue touchaient ptine avec ma nourrice il est bien étonnant que vous en ayez été quitte pour tomber sur un genou, car c'était tamorteUe-meme, et il n'est et ne sera jamais personna qu'elle n'abatte à la fin. Je vous conseille cependant, pour notre commun intérêt, de ne point renouveler cette entrevue. –'J'hor répondit Ace discours par un grand coup do massue; mais le i ot disparut, et torsque le dieu retourna ter* la ville pour ta saccager, u ne trouva plus à sa place que de vertes campagnes. Mus (4) ~ojt combat con~e/F~rcnf~serpp~.Thorj la figure d'un jeune garçon, s'embarque avec le géant Hytncr; il jette au monstre une ligne amorcée avct: une tc'te de boeuf Par l'effort qu'il fait pour le tirer, il perce le fond de la barque, et prend pied au fond de la mer. Hymer,qui craint d'être submergé, coupe la ligne avec ton couteau. Qudques-uns croient que Thor brim la tète du serpent au milieu des flots mais il est y~M atlr de (f<< qu'il MM<t encore au fond de l'Océan. la (5) C%a'7!M mort du dieu Balder. Balder ayant songe que s~ vie était en danger, Fngga, pour le rasturor, exigea de toutes tes choses existantes le serment de ne point nuir~ à ce Dieu. Cela fait, !et autres dieux s'amusaient à lui lancer des pierres ou des traits, sanspouvoir le blesser,ce qui était regardé corn/M un ~r~Mt~ honneur pour Balder. Cependant envieux Loj~e va, tous la figure d'une vieille, dans le palais de Frigga <t lui dit quel )oMir occupe les dieux. La déesse lui

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apprend ator< le serment qu'e))c a exige do toutes choses, à l'exception d'un seu! arbusto*, qui lui a paru trop faible. Lot~e fut aus~I-tot t arracitCt, ft engageant l'aveugle Itoder à rendre hommago au fils d'Odin il dirigea ton bras,etla falale baguette po'ça Balder de part en part. Les dieux, et sur-tout Odin, furenl inconsolables de cette perte. Ils lui dret~reut un bûcher eur son vaisseau, qui était le plus beau vaisseau du monde: Nanna~ sa~t'mntejqtu ~tait morto s de douleur, y fut brûitc avec !ui. On y ~etaau&hi on cheval et un nain qui courait devant lui. Touo t« dieux, toulea les déesses, et un grand nombre de géansassistèrent à seafuuéraiUea. Oditi posa sur le bûil cher un anneau d'or, au~M~~ donna la ~ro~rtf~ f~e produire chaque neuvième nuit, huit anneaux d'un poids pareil. Ce dernier trait, et puMieun) autres de cette fable tiotueemUcnt renfermer un ecnsn'ybterieux.O)) n'en peut chercher t~expncation <)ans le rapport que Jtudbeck etquejquesautres, trouvent entre Ha)der etA ])<))Ion !I~dda contredit formellement cette opinion mais non pas sans y tai~er un faux-fuyant, car il est dit qu'avant l'enlèvement do Mane <t de Sunna, lca dieux conduisaient la ]unc et te soleil. Il est fort probable que la ptupat-t de ces dieux, sont, ainsi que ceux des Grecs, des princes divinités, et que le fond de la fable p)'ecédente est un trait do leur histoire. Comment Odin, ]e plus pui-tant du dieux, et le perode la magie, aurait-il recours à une
'Mittit-Ttna.iethii

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vtir.

magicienne ennemie, pour mettre à flot le vaisseau de!iatder7 Ces funérailles sont tres-rEmarquables, et tout-à-fait orientales. On brûle avec le dieu M iemme.a la manitre des Indiens, son cheval, à la manière des Tartares, et tout ce qu'il a de plus cher, à l'exemple des uns et des autres. Le vai..scau, et généralement toutes les aventures de mer, auront été ajouta par In Scandinaves, aux fables tm!atiquea. Pourquoi la Voluapa et mdda dIecnt-eUe~ti trouvent que Niorder, le dicta de la mer, n'était point de la race des dieux?7 C'eat qu'Odin et ses compagnona venaient d'un pa)< ik n'avaient point oitué dam l'intérieur dea terrée de cutte pourde* divinitt's maritimes, et Kiordc«t un dieu européen, fait après coup, on peut-être antér!cur à l'émigration dea Atca- C'est le seul de tous ces dieux que les Germaine aient connu, et comme nous l'avons dit, on en conserve encore aujourd'hui quelque notion dans la basse Allemagne. L'usage de brûler les corps est encore une preuve de l'émigration asiatique; car, à l'exception des Scandinaves et des Saxons, nous ne voyons pas que nuls barbares de l'Europe aient brûlé leurs morts, et les Scandinaves eux-mêmes ne conservèrent pas longtemps cette coutume, introduite par les conquérant. La coutume de brûler des victimes sur le bûcher du mort, se retrouve aussi chez les Grecs, qui, dans les temps héroïques, étaient pour le moins aussi féroces C*Mt ne obierration importante, e) qui n'avait point u <ncure tte faite.

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que nos Scandina'cs. Achille immole desa)na'n,s)'r le buc))erdePdtroc!e,douxe jeunes Troycns,ctily y jetto quatre chevaux et deux cl'it'ns*. Nous pourrions citer encore d'auti~s exemples, mais cet article n'est que trop long. (G) La c~tefn~e d'Ilermode aux <))/!)< pour ~/t'vrer le ~<'M.Cette fable c~t assez da)is le go~t <tcar~ht~a ~tecfjucs. Orphée, Hercule, detccufttit'tit mn~i citez nuton j pour lui ratir eca Mcttmca. I~oos r<'t)voyona a l'Edda les lecteurs curieux, de peur de fatiguer tct autres par tant de récits. Les mœur! do ces peupte* sont mieux peintes dans leur Myutologiotjuedattt aucune histoire. Ici, l'on trouve quelque raison de croit o que Balder n'est point étranger « t'ApoUon grec ou le soleil. tK)avcutM\oirs'U est vrai que Balder boit aussi cher à toute la nature, qu'on le lui a dit c)tedf mande en conséquence que toutes les choses ani)))LCSet inanimées pleurent sa mort, sans quoi c!fo no )u r( n(i !t point. Les hommes, ks bêtes, la terre, les piencs, les arbres, les métaux, pleurent en effet commo dans un dégel. Une magicienne seule refuse de pleurer, et par-là on pèche la délivrance du dieu. On croit, ajoute la fable, que cette magicienne était Lo~c luimême. Cette humidité, qui couvre subitement toute la terre, semble designer l'absence du soleil. Cel Hermode, surnommé l'Aigle, était fils d'Odin. H~ous ne parlerons pas des conjectures de Itudbcck à son égard parce que c'est un dieu subalterne; un 'Hi.tde.)iv.a!.

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de CM dieux qu'enfante l'imagination des poètea dans un jour do dcaocuvrement. Son aventure porte le cachet dca moeura tcythca ou tartares avant de franchir Lt grille detenferx, il n'oublie pas de descendre de cheval pour affermir ta telle. L'ORIGINE ~aMe DE fcanf7<<tf<, LA POÉSIE, livre.

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( c'est un scalde qui parle.) JAD[< les dieux, ne trouvant plus la race humaine digne de sa noble origine, produisirent un homme aoutue de leur esprit, et renvoyèqu'ilsanimèrentdu rent ici-baa, afin qu'il portât chez toute* tes nations le lambeau de la eageme. Souvent pour répandre des bienrait~!e pouvoir des dieux aufnt à peine, niait le pouvoir du faible est encore assez grand pour nuire monstre ne de la pouMière qui o't'Ieve nous J'envie ]f3 pas do la gloire, et ton plus mortel t.nnemi, conDeux Nain* lui donnèrent jura la perte de ~Vexer la mort pur trahiwn, et de ton sang, qu'ifs mêlèrent avec du miel formèrent ce breuvage divin tource de l'art des vers. Bientôt lM dieux, alarmés sur le mrt de leur C]<, interrogentles Nains, et c~ monatres répondent avec une perfide ironie, que Y~eMer n'ayant pu trouver pcrsonnequite<outagdltpardca Le ptu~ «ge. 11. que3tio)uaœcz docte:,

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ttjit mortsu tIonnppafM science. Lo tfmjx,f)u!muvrnt €nscveM)!a mémoire dû noscrimca.Qcvoiïa cependant t cette perfidie: le grant Sctotdjr, que Jca Naina av.tit nt Onensé, venait de tes exposersur un ecucit asMitIf de tous côtés par des vagucs furit;Uf.cs prca do pcrir eu ce lieu funeste, ihoffrircntau géant, pour tunr rançon, le breuvage merfeUteux et t'ecouvrerent à ce pri~ h liberté. de Tous les dieux desiraient la pOMCsMon c<)trt'm)' mais comment réussir &l'entcver de la caverne inij)* nctrabïe qui ]e recLÏe? les diniCtthua irritent encore l'ardeur dont brûle pour cette con~ut'to Jo père dea dieux et des hommes Tu ne trahit point ton sexe, t fortune Les faveurs dont tu te montres )e plus ava<< en deviennent plus precicuset mille fois. Odin quittt) la délicleuae vallée d ïda sons les traita d'un Btmptt? mortel, et sous un nom vutgaire, il arrive au pa)t b des géans. 11 distinguait déjà parmi )e!<montngnf'a la demeure de Borester, le frère de Scioldar, et chcrcha!t, dans son divin cerveau, comme djn< un vaste areenat, tes ruse. qu'il pourrait employer lorsqu'il appcrçut, dana iea prairies du géant, des outriert qui moissonnaient la verte chevelure d6 la terre, Il leur offre d'aiguiser leurs <auit, et les rend si tranchantes en effet, que chacun d'eux ~eut acheter l'utile pierre dont il e'rst servi. L'artincieux Odin la jette en l'air an milieu d'eux, et tous, accourant à la fou pour s'en <auir, a'entr'egorgent avec leurs taubr. Qae)que~ jours après, il va trouver Boreeter, qui déplorait la perte de ses esclaves, et s'offre a remplir set!! toute leur tache, <i le géant veut eng~er tC!) Mi«to

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a lai ]ajMer boire une coupe du breuvage poétique* smené par le géant Odin a rempli sa promené vert le tna!tre da prairiea.n ]ui demande tontaia~, et tien reçoit (j'~e dca~tjua. Alors le dit presse Dorcatcr de lui pictcreonac'outt, pour obtenir, par quctque<ttratjg(*ma, le prix qu'il amorti. Aum<!me instant il lui pruente un fer pcnétrant, il rengage à percer l'un de* énormes rocher* qui renferment le breuveg~, et sous la ibruie d'un serpent, Mg!ine dans la c.tvernc' M, reprenant M beauté divine, U tcduii la fille do Scioldar qui gardait ~e sang de ~Veuer. Que peut refuser ccJIo qui n'a p~a su détendjc son cœur? L~ breuvage à peine a mouillé les in~re.) du dieu, qu'il ne reste plus rien dana le vase. Il ae change auiMi-tôt cet aigle rapide, et te dirige tera Aigard ) 4 travera les b)i[)antea pÏHmea du firmament. Instruit de la perte qu'il vient de ~<ire Scioldar prend au&.i la forma d'un aigle, et poursuit 0<tin à tire-d'ailes. H était pré* de i'attcindre aux porte) même d'A~gard tors'jue )c3 dieux prévoyant que l'aigteravi~teur ne pourr-nt conserver sa proie pendant le contbat~ expott nt à la h~te tous les VMe~de leur palais pour recevoir t.t prtcipu<e liqueur. L'et c'ttement ;UBtiCa )eur< crainte*, et le remède remplit leur attente mais une immense part du brtuvage t'échappa d'une tource immonde, et fut impure comme elle. Au~.i, tandis que Fune est le partage de quelques mortel privitégiut, tout t'abreuvent de l'autre à longs trait:. La foule est prodigieme autour des vases qui la contiennent, <t tomco niaUteureux t'emprt~entde rendre aux hom-

NOTES

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mes, par des chants discorda, les perfides bienf~!t< qu'ils ont reçus des dietm. Quelques vaU~Mdu Suvo aont arrosées par de limpidea ruts&cau~ qui d~posen~ sur leurs riws ua habto mH6 d'or les autres aont JétMt~et par dei )orrem, dont leanoh premm roulent un Kmon ftmgeu]C,ou têt ~pt'M débris de nos rochcn. – 11 dit, et dans cette maligne allégorie, aucun scalde .ne se reconnaît tous, au contraire, t'applaudi~nt avec transport Cette fable se trouve MMi dm; t'Edd.) h nm~ion teuie est différente.

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droits l'hospitalité. L'hospitalité était (i) Les en honneur chez tous les peuples du Nord, et particulièrement chez les Suédois Quand un voyageur venait à passer, ils se battaient pour savoir qui était. le plus digne de le recevoir.. a(9) La faim, cette Mf~fM~esclave de la mort. On.ar déjà vu que la faim était la tat~ de Héla, et cette. idtia est assez conforme à celle des ancien., qui appeUient muvent la faim nourrice de la mort, mor~tt alumna ~!yne<. traversent ~ur~MemFftf ~~oc~ passage de (3) A'ccyn. C'est un détroit moins dangereux et moins eclèbre que le Maehtrom, dont il est parlé pim haut. Lea e~ux en aortent d~na. le moment du flux, et y rt ntrent à l'arrivé: du reflux ce qui fait qu'elles s'entr<.c))o<~eot constamment avec les flots de la mer. Il en rt'tujte des tourbillona qui rendent le passageimpraticable, en tout autre temps que celui où la mer est haute; inatant d'équilibre et de calme. d'une ~b~MC suite (t) J~t <~ froM~~ren~~en~r~ t&!précipices {Me les /)<!<rej appellent Ntettt-OrOf~ C& fameux défilé, que l'on nomme aumi la Galerie, m tur-tout remarquable par l'état de convulsion ou

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t'y montre toute la nature, et par un chemin qui semble suspendu sur le torrent, et dont le trahit est prodigieux. Au reste, le texte en donne une description assez longue pourque noua nom dispensions d'<.)) parler, d'autant qu'ellu noua parait exacte. On peut consulter ta-dessus un execuent ouvrée sur l'histoire naturelle de la Norwego, ))at' l'ontoppidan, ev~jue de Bcrguea. Ce uTt'e, qui n'cst point traduit ctt fran~au, est plein de descriptions !nt<'):OMante);<.t pfutêtre le lirait-on avec plu* de plaisir que les cxio.~et eentimeutales de nos voyageurs petits-mai) rcs, a )~ vue dc< ~M~ gtaciert de la Savoie) et sur-tout n~H la pesante énuméralion do toutes les pierres do ce pays. 1~< Anglais ont une bonne Induction d& cet ouvrage. (5) T~M le mntmet de .Sn<Mont. Snéehorn ou Ilortiel est une dea plus ttautes montagnes de cette chaine. Skopsit~rn, dans la paroisse d'QïraLoug, n'en est pM éloigné, et se voit de seize utuc~ en tufr. Les rochers qui couronnent le sommet, ruMmUent par-. ~fitt'ment à une fortertme. C'est dans cette même pai'oime tt'Oërskoug, qu'un rocher roula du haut des monts avec tant de violence, qu'une église, ctoign~'o d'une ffemi-iit.'uo, fut mbmergM) au moment m~mo, ~c/M ro~TomnAN~ (6) (X&e led e~t)~< de <'MM~;tMe /~tK/AI~es anciens Scaldes parlent d'un roi prodigieusement fort; à qui Us donnent les noms d'Hertu))cr,d'Ue)-oHcd, etc. Tacite dit auM~ cap. 9, pi)g. 5S, ~ua /ft

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C~rnMMMconservent Z~souvenir t~ ~~F'cu/ premier des AomnMj c~6rM par leur ~orc~, ft qu'ils <n c/;an<en< tM~roueMM marchant au combat. Quelle tjonnc fortune pour Rudbeck Ajoutez à cela, comme th'Uy l'a dit d'après lui, que le nom d'Hercule est de tu~, jt'cM(t('te),titre composé de ~'(arm~e),et que l'on décernait souvent aux rou ou aux cht.Ei des armées. Max le Suédois ne t'en tient pas là, et il a toujoura plut d'un tour dans son sac. Selon lui, le nom d'ttcrcule pourraitbien venir aussi de her, i, e~ ( public), et do tM~ ( testicule ) comme ai le héros cilt consacré cette partie de son corps au service public. La première conjecture N'accorde trèa-bien aveG et dont il n'eût pat un fait postérieur 4 Rudheck manqué de s'étayer. Sur un vaoe envoyé de Malte au cardinal de Polignac, l'epitite~e d'~rcAe~«<, chef, e<t donnco a Hercule. Dureste, il cite cinquante-six mots <uedou qui commencent par her, et qui en dérivent, entr'autre~&trM, dévaster, d'oûvient Ilerian, aumom d'Odin. Tous loa ancien-t exterminateur auteurs, excepté Adam de Brème, écrivent ~ftcpar un II. H parait que ce nom ei commun n'Était pat un nom propre, mais un titre donné aux rois ou aux ~r.tnd), ainsi qu'Hertog (duc), d'Aer, armée et d& <o~ct~conduire. (Malict pense qu'Eric vient d'ehr, honneur, et de MteA ou nt, riche. Il est du même avis pour tous lea noma qui ont une terminaison semblable, com'ne Fedéric, Roderic, Thioderic, et une toute d'autres qui sont toua composes- ) L'Edda appelle Hercule enfant de tpoM, et lui donne le aurnom de ~o~M. Rudbect. Mt cadrer ce

NOTES

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nom avec l'inscription trouvée en Zctande ( 1 tereut! MagUhano) et ce dernier mot dérive, tflon Ini, de m<t, valoir, et de ma~eo force, pumance. U fait aussi derivcrie nom de fllercule gaulois ou Ogmion, d'oggur, puissant sur mer. Vossius s'appuie d'un rapport bien faible pour avancer qu'Iicrcute est !e même que Josué; et M. !o Clerc dit que ce nom n'était pas un nom propre mais appeUatif, et dérive du phénicien Anrote/, marchand. Selon lui, l'on donnait ce nom aux fameux n~ocunt qui allaient découvrir de nouveaux pays, et qui <t«!M/t< f&~ monstres en chemin faisant. On trouve dan~Niceph. Cregoras, que les Scythes ae répandirent en Pologne sous le nom de Sannates, en Allemagne sous celui de Germains, et en Franco sous celui de Gaulois. Selon lui, ce sont encore Ica ScyUtea que Manua dc'Ct sous le nom de Cimbres et de Teutons, et ce sont d'autres Scylhes qui, sou* la conduite d'Hercute,pénétrèrent jusqu'en Afrique, et soumirent l'Espagne en chemin. Mais, dans le dctail que fait Gregoras, de l'émigration des Scythes, il est assez difficile de voir d'où il les (ait partir;ct Hudbcr): en prend acte pour établir que la Suéde est la vcritable Scytttie. Je rapporte toutes ces opinions pour satisfaire la curiosité que je veux bien supposer au lecteur. Tout reta ne jette pourtant pas un grand jour sur la question de savoir si la religion et les usages des Grec* leur venaient du Nord, de l'Orient, ou du Atidi. U

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Mt probable que tous Jea ~peuplea barbares ainsi ont en, qu'étaient les Grec* au tempt d'Mercute comme eux, quelque homme célèbre par sa force, et par ]c;fservices qu'il rendit a son pays, en tuant dee monstres, des hrigands, et de< tyran.. Le Thatim de. 'l'yriens, le De~naua des Phéniciens; parmi les Egyptiens, Otochor ou Chon t'indien Dorsane, et le gaulois Ogmion, n'étaient pas autre chose; on peut les comparer mai* il y aurait de la folie a vouloir les réunir. Auaai les commentateurs de fab)ea enrayn du nombre des travaux d'Hercu]e, et de la diHicuhé de queiquee-unt de ces travaux, ont-ils partagé ceux même de l'Uercuïegrec entre une douzaine de héros. Lea proueMet dM premiers siècles furent d'abord érigées en miracles, et plus tard reléguées au rang des faMe~ t'increJuLté devint i'excme de i'jmpuueance. Cet .CUadont il est parlé dans le texte au même endroit, fut, je croia, le premier roi de Diéra ( partie · du Northumberland). (7) Connaissait trop les devoirs de l'hospitalité pour f~nMnt&r aux guerriers les noms qu'ils avaient reçus <~t! leurs pères. C'était l'u~ige des Celtes de ne demander le nom des étrangers, qu'après leur avoir donné )'ho<pita)ité pendant neuf~our*. t'il leur convenait de rester aussi long-temps. Au dixième jour, on voulait savoir qui ils étaient, et le sujet de leur voyage. Le but de cette coutume était d'assurer un aay)e aux voyageurs, même dans une famille ennemie. Alais, le plus souvent, i'~tranger prévenait aon hôte, et lui di-

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sait en arrivant Je suis un tel, fils d'un tel; et n'oxi-' liliaù rien de ce qui pouvait lo rendre reoommnndablc J'ai lu quelque part que l'usago de ne demaïuirr le nom dea étranger» qu'au bout de quelques jouis 1 existait aussi chez les Greca.

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étaient nos premier! aïeux, lortqu'apris la ( 1) -L Bh» du longue et triste abaence soleil, assit surles plushautei. montagne» du Nord, il» décentraient.C'e»tà-peu-prè» co que Procopo rapporte des habitant do Thulé, Selon lui le soleil était quarante jours «an» quitter leur horiton mais i]» avaient une nuit desix moie, ou plutôt ils n 'liaient éclairés pendant ce tempe que par un faible crépuscule, ou par la lumiùrc de la lune. Au bout de quarante-cinq jours, ils envoyaient, à la manière des anciens ( more veteri) sur les monts les plus élevasj et ceux qui découvraient le soleil à l'horizon, apprenaient son arrivée aux régiona inférieures Aussi-tôt de grandes fêtes étaient célébrées en l'honneur de cet astre ou de ce dieu, afin qu'il revint uno autre fais. On ne sait pu du tout quel paya les anciens désignaient par ce nom de TJiulè. Quelques auteurs ont pensé qu'ils appelaient ainsi { ultima Thule ) le dernier paya qu'ils découvraient dans Je !Nord. On donne vulgairement ce nom à l'Islande mais il est bien prouvé que les anciens ne la connaissaient point, et ce serait plutôt encore l'Itlande, l'Ikrosse ou la Scandinavie car Us ne se doutaient sûrement pas qu'on On monte encore, à la Chandeleur sur les mouU^nes de Laponie, pour voir reparaitre le soleil.

NOTES

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y put aller par la Bothnie, et ce pays devait leur sembler une île. En disant qu'elle était dix fois plus grande que la Bretagne ( l' Angleterre ) Piocopo comble n'avoir pu parler d'un autre pays mais co qu'il en dit, quant au climat, n'est vrai que pour I.i Laponie. Quand il serait possible que l'Islande ciU été découverte par quelque navigateur au temps de Procope, c'est-à-dire cinq siècles après Jùsiu-Clirist et en regardant comme très-vraisemblahle que l'on se trompât sur la grandeur de cette île, les habitait» seraient encore une difficulté insoluble car I'ishmlo n'a commencé d'être habitée que quatre siècles après, véritable époque de la découver lu de cette île.

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dieux reçoivent tant (i) FjHBOSXenceinte,oùnoa d'offrandes. C'est une enceinte ronde, appelée /Ettestupa, et ailuée près de Raunum, en Westrogolhie. Elle est foraiLO de gros rochers de t6 pieds de haut. L'usage de ces ex-voto subsiste encore en Lapouie mais les offrandes ne sont plus que des pierres Fontaine sacrée de Turstan. Elle est dans un bois et entourée d'une muraille. près du lac Wener Avant la conversion des Scandinaves, on y faisait dca pèlerinages et l'on y déposait aussi des offrandes» dans la persuasion que ces eaux guérissaient de toutes les maladies. (2) L'étroite ouverture qui donne un passage à la lumière. Comme les murs étaient extraordinairement /pais, les fenêtres étaient larges en-dedans, et fort petites à l'extérieur ce qui garantit aussi bien du froid que si l'on avait des vitres. Les Grecs et les Romains employaient ce même moyen. Avant l'introduction des vitres, que l'on connaissait déjà du temps d'Harald, les barbares se servaient de treillages faits avec de bel osier, ou des éclats de chêne rangés en échiquier. Quelquefois on employait la corne, et plus rarement le héril et le cristal. Les fenêtres étaient d'abord rondes par le haut, mais quand l'architecture gothique

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\int à se répandre, (en ogives).. ) elles se Iciminùrent en pointe

(3) Et k Glnie de en forêts. Il parpî) que dans la religion des Celtes comme dans celle des Grec», tous s les objets de la nature étaient soumisn cUAiiiUillgimrs. divines, identifiée», en quelque sorte à leur existence, comme la Dryade à l'arbre la Nuyadc à l'onde, etc. Ce» religions étaient maléricllea et poétiques: la nôlre n'est que métaphysique <t si ni Lie vouloir élever l'homme à la divinité, eu le dérobant à l'empire des sens mai» le cullo extérieur ce culto si hécemire au peuple, contredit tans cesse l'esprit du christianisme et tâche de ca pti\cr par les }i u\ 1rs esprits grossiers auxquels il •chappcrail «ans ce pit-stige. LrspoèlLS, qui ne sont irjimcul tels qu'en &ii mcllantàlu porléedu peuple, en parluul toujours >>ux sens ont concouru avec les peinl rx-s à consacrer des erreurs aiili-chrétiennes. Le Taaso, Mil(on,cl Klo])-* 8tok d'ailleurs tres-orthodoxes ont fuit de U rcligti^i une sorte de mythologie en prêtant à leurs dhinilia la figure et les passions humaines. T<odcrinVv ccpi'ii-* dant, qui écrivait pour un siècle jilus éclairé, a du moins spiritualisé les sentnnens le pins qu'il <'l.iil possible. L'extrême sévérité du sujet ne pourail «an» Tasser les convenances theologiques et mime poitiques, être tempérée par aucunes fictions gracieuses, comme celles du Tasse. Aussi, uialgu'la richeiso, la grandeur de son imagination dant les accessoires,eLle parti qu'il a tiré d'un sujet ptUWHre pru convenablo à l'épopte malgré la prodigieuse réputation dont il

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jonit dans son pays, Klopstofc est-il assez généralement ignoré dam le nôtre tout le monde y connaît on nom,et personne n'a lu son ouvrage. Le Tasse el l'Arioste ont été fort mal traduits pondant long-temps, mais leur langue est beaucoup plus facile et plus rc?panduo en l'rance. Il serait donc fort à aouhailer que quelque littérateur du premier ordre en traduisît, en ver» quelques morceaux, et mît le public lettré à même de prononcer sur cet ouvrage, qui peut-être aurait joui d'un grand succès, s'il eût paru dans un •iècle plus dévot. (4) Aprii qu'une onde limpide. On sait que lotis les anciens Européens, jusqu'au pays des Sarmatee, étaient de la propreté la plus recherchée et se baignaient tous les jours. J. César, Tacite, et d'autre» «'crivain» leur rendent justice à cet égard. l (5) Commee rocher de Torga. ( Torg-hatten. ) C'est 11 mont escarpé qui s'élève dans la mer, à peu de disIlyy tance du la côte, près d'AIslahoug,enIIelgeland. a daiu ce rocher, qui se termine en cône irrégulier, une ouverture de 5o aunel de haut Sur 5oo de profondeur, et à travera laquelle* on apperçoit le ciel. Audessus est un réservoir ou petit lac la pluie qui s'y ramasse dégoutte a travers les fentes de la montagne. Au piud .s'ouvre une grotte pleine de rugosités, et dont un cordeau de /Job toises n'a pn mesurer la profondeur. Ce rocher fournit de l'agate il est appelé Torghatten (Chaltière), à cause de l'ouverture dont nom avant parlé, et ressemble parfaitement à ladescription

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l'aura sûrement

de Scylla dans l'Odyssée, lludbeck remarqué avant moi.

(6) Des halhtes, des catapultes, et ces longs balancier/: armés d'un fer recourbé. L.i baliste n'est autre chose qu'une énorme arbalète. Je ne sais Ii les barbares ont emprunté des Romains l'usage de cca machines; mais ils les ont connues du Iris-bonne heure. Ausiége deMarseille on employa contreCVs:ir des b«listes terribles; ullcslançaient des ]x>ulrilloniide douze pieds de long armés de pointes de fer, qui pi rçaient quatre rangs de claies, etc. Des bas-reliefs antiques, nous ont conservé la figure de ces machines, ri des batteries ou épaulemens, derrière lesquels on s'en servait, ainsi que la manoeuvre qui les mutlait en jflu On se garantissail dcs balistes avec un biulingage de gros drap, de poil de chèvre ou d'herbes marines; c'est ce qu'on appelait des cilices. Quant aux catapultes, il y a dans l'original man~ gonneaitx et trêbuchets ce que l'on présume Oliv de petites et de grandel catapullos. A tout hasard j'ai traduit ainsi, pour ne pas hérisser ma version do mois peu connus. Le mangonel servait aussi sur les vaisseaux, et lançait des pierres; mais comme il lançait également de gros darda, appelés bolt, la description suivante montrera que ce ne pouvait être une calapulte tandis qu'au contraire le nom du trébuchel annonce unemachine de la ineme espèce. LesAngloSaxons l'appelaient warwolf, (loup de guerre). La catapulte est une gro&secuiller de bois, montée sur une sorte d'affût, et fichée dans un axe entouré de cordes

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qui forment une très-forte détente. Dans cet état on renverse la cuiller en arrière, ce qui donne au resaort une élasticité prodigieuse et en la lâchant toutà-coup on lance à J'ennemi les rocher» ou autres matières dont elle est remplie. Je crois que le jet ou ligne de tir de la catapulte, devait être moins élevé que le tir de la bombe, et beaucoup plus que celui du canon on y plaçait de* boulets de marbre qui faisaient brèche danl les remparts, et s'enflammaient '1 uclqucfois par la rapidité de leur jet les chevaux et les corps morts devenaient par ce moyen des armes ofluusivcs. ÎLorsquo les Parisiens furent assiégés par les Normands ou Norwégiens, ils leur lancèrent des On a trouvé dans la terre, près boulets de plomb de l'Arsenal, maison de Foucaud, des boulets de fer ou de grès, du poids de trois cents livres. Lapetraria, ou pierrier, lançait aussi des pierres énormes contre les murs des châteaux. Les historiens attribuent ces machine. des anciens dea effets si prodigieux (qu'un officier d'artillerie, dans un ouvrage très-eavanfëT très-curieux leur donne la préférence sur les terrible* instrumens de son art On a loué l'esprit de l'auteur, sans adopter son étrange système. 1 La troisième machine désignée danl le texte, est le corbeau à grilles c'est un long baliveau disposé urlcs remparts, à-peu-près comme ces perches dont on se sert pour tirer l'eau des puits au moyen d'une bascule. Il y avait de plus le corbeau marin, le corbeau démolisseur,le corbeau double, destiné &rompre
Abbo luge de Parii.

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l'eflbrt du bélier, et enfin le corbeau à cage ou tellenon. Les assiégea us se servaient de ce deçnicr jwur *'lo ver au-dessus des remparts une- cage, de laquelle*un ou plusieurs hommes de guerre pouvaient plonger daus la ville, et lancer dca traits enflammes. On jetait du haut des remparts ces poutres nrim'cs de pointes de fer, dont il est parlé ensuite et l'on précipitait par ce moyen ceux qui montaient à l'escalade. Les assiégeai» avaient aussi une machine nppik'» catua, «ou» laquelle Ica mineurs pou\ aient se pn'server des dards de l'ennemi. L'instrument qui servait à miner, est appelé scrophu* par Mathieu l'aria. f»ous ignorons l'usage de l'tspringoldet du brirole. Je crois qu'à l'époque de faction du poëme, on se servait déjà de Cèches qui avaient, au lieu de pointes, une petit» fiole remplie de chaux vive. Une des plus terribles machines employées par le» barbares, est la tour mobile dont parle l'acite au lit re quatrième elle avait un pontqui s'appliquailaux remparts. Pour construire ces différons ouvrages et pour les faire mouvoir, il fallait que ces peuples ne manquassent pas d'une certaine habileté dans les arts inûcaniquej.

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(i) 0 eiminBox Daléharllem. ( Dalolarla gens de vallée. ) Ils «ont fameux dans les histoire» du Nord par leur probité, leur courage, et leur fidélité pour leurs roi» on ne doit pus moins admirer leur frugalilé H leur industrie, la plupart pouvant exercer le» métiers les ]>lus nécessaires. Ce peuple, et particulièrement 1rs Jiabitaiu de la partie septentrionale, ont conservé à-peu-près la langue, les usages et l'habillehn nt des anciens Scandinaves. Le bàton runiqueleur sert encore de calendrier. Cette province s'appelle Dalarne ou Thal-Land (pays de vallées) c'est un pivs inonlueux et couvert de forets, de bruyères, de lacs, et de loiTens. Il n'offre que peu de terre» ldbourables et l'on n'y sème que de l'avoine et des pois, Uont on fait du pain il est traversé par deux fleuves qui, mime avant de se n'unir, portent toua deux la nom de J)al-Elbe. Le commerce de cette province «st celui d'un peuple sauvage; il consiste en pierres à émouleur, en écorces de bouleau, vases, houblon fjulx haches et autres instrument de fer. Les mines d'argent de cuivre et de fer, y sont très-abondantes. (2) C'est là, qu'en d'outrée temps les fila du verger étalent sur leur flattante couronne l'or et la pourpre de hurt fruit: ( à flédemora. ) Les jardins des environ» sont en rflel, renommée pour la quantité de fruits que,

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l'on y trouve. Ce ne pouvait £trc en ces tempa-ïi qiitf des poires, des pommes, des cormes > etles fruita do l'Axe). (3) La famine. Ce fléau qui ae fait encore sentir do tempa en temps dans le Nord, y éLiit très-fréquent autrefoia,avant que le commerce offrit tant de moyens (t'y remédier. La disette contribuait «ans douto à eut émigrations, à ces incursions terribles dont ]e reste de l'Europe a souflirt pendant si long-temps. On voit dans le texte avec quelle industrie les habitans savent y remédier. (4) Les fontaine* sacrées t révélantl'infécondité d* la terre. Il y a dans la Scandinavie plusieurs sources auxquelles les habitons attribuent encore cette propriété. L'une des plus fameuses est en Oslrogolliie, près de Nykirke. Les eaux y sont toujours au niveuu de celles du lac Wettcr; et lorsqu'elles montent, c'csl un signe de disette. Cette fontaine s'appelle 1lungerquelle (source de famine). Cette même opinion sur la crue de quelquea fontaines, existe dans plusieurs pays. (5) Ces monts qui renferment dans leur sein let métaux les plus précieux. La montagne«le SoIIcrocn dans le ban de Silian, fournit de la mine d'argent. La minière de Storhaars, qui renferme le même métal, cet beaucoup plus près de la Dala. l'alun ou Koperberg, n'en est séparé que par le lac de liomm. C'est la plus fameuse des mines de cuivre et l'on en

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trouve la dcscription dan» tous les voyages de Suède. 11 y a dans ccj environ» quantité d'autres mines et de forges. (6) La Dala sa partage, et tombe du haut des rocher: C'eat devant la petite Jle d'Elscar-eue que le fleuve forme deux cataractes hautea de quarante pieds. L'une est perpendiculaire; l'autre est oblique et inclinée. Oies ont quatre-vingt-dix verges de largeur. Dca roches de granit rouge et de haut» sapin» bordent la rivière. Les paysages de ce» contrée», aussi monlueux que lu Alpes, olTrentdeg aspect» tout-a-fait différons. (7) Dant Upsal. L'ancien Upsal (gamla Upsala) n'est plus aujourd'hui qu'une paroisse à un demimille <TUpsal. Cette ville, trà-célèbre avant l'introduction du christianisme, était la demeure du grandprêtre d'Odin, et comme la capitale de tous les paya où ce culte était établi, ainsi que le dit Adam de •Urtïme Tout ce qui regarde le nouvel Upsal se trouve dans des livres connus de tout le monde. On y voit le fameux manuscrit d'Ulphila» appelé Codex argenteut. (8) Cette plante secourable. Cette plante appelée miune ou ve/ila, est une sorte de calla. On la fait sécher au soleil et puis dans un four, jusqu'à ce que les feuilles tombent, et que la première écorcese détache des nœuds de la tige. On la réduit en farine, Qh caput erat barbarica lupcr&tilionîs.

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<jue l'on passe; et, pour en faire du pain on l'arro c do lie -d'oau-de-vie on la pétrit long-temps, et l'on y ajoute un tiers de farine de seigle. Ce pain s'appelle inissebnxl. Le [lalbrod et le slampebrocd qui rat fait avec des épis brodés-, sont des inventions à-peu-prta semblables, et il en est parla dans le texte. L'ccorce qui se trouve au sommet dcs pins, est encore, avec le lait,la nourriture des Lapons. Ils la prennent lorsque l'arbre jette sa sève; et après l'avoir exposa o quelque temps au soleil, ils la mettent dans de grand* paniers, qu'ils placent sous terre, et ils allument du feu par-dessus; ce qui lui donne une couleur et uu goût assez agréables. (cj) De l'antique Arosia ou AVeslcras, qui veut dire AVester-Arobia par rapport à Upsal qui s'appelait autrefois (IL>tcr-Arosia. On remarque dans les environs unegrandequantité de rochers énormes qui semblent avoir été précipites dans la plaine. (10) La plaine de Mora. C'est une prairie où l'on trouve un amas de pierres gravées et sculptée». Cet endroit, connu sous le nom de Mora-Sleen est a un mille d'Upsal. Les rois de Suède y ont été couronné pendant long- temps, et plusieurs y sont inhumes. A chaque élection on jetait une pierre qui en faisait foi. Quelques auteurs disent que cet usage est postérieur au temps d'Olaiis; mais le plus grand nomliru dit qu'il fut établi par l'rcycr, l'un des premiers roi* de Suède, et contemporain de Jésn»<3hrist. L'iuageoii «ont les rois de Suède, de porter trois couronne» sur

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L-ura enseignes remonte aux tempe les plus reculés» Ces nionujncns tléjà décrits par les savane du Nord, ont servi à retrouver l'ancienne langue runique. (11) Mais le temple déjà se découvre à leurs regarde. La description que l'on en trouve dans le texte, tut conforme aux plus authentiques, et cadre parfaitentent avec le dessin que l'on trouve à Rome dans l'église de S1"Brigitte et que cette princesse duNord y n «voit apporté si dle-mêrae el'a pasfait de sa main. On voit prùs d'Upsal un bâtiment de pierres informes, cl converti en église que l'on dit avoir été le tempte; mais il est plua vraisemblable, comme le disent beaucoup d'auteurs, qu'il fut détruit à l'établissement du christianisme. La seule chose que l'on ait omiae, est le puits qui servait aux épreuves ou aux sacrifices. Un nombre infini de victimes humaines, pendait aux branches des bois sacrés, avec uue grande quantité de chiens. On peut remarquer à ce sujet qu'Achille, immolant douze jeunes Troyens aux mânes de PaIrocle sacrifia aussi quelques chiens. Quant à la chaîne d'or qui entourait le temple, on dit que ce fut un don de Ireyer. Cette magnificence ne paraîsi l'on veut se rappeler le tra plus invraisemblable Ifixe du autres barbares le char d'argent dans lequel Galzuiridu arriva d'.Espagne à Paris, les ouvrages de Cette «amie vivait «a commencement in quatorzième éjecta. La routooae de Suèdefut ufferte à son frère Israël, qui la refusa.

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saint Eloi, etc. Ce qui est moins connu c'est la description que Malmsbury donne <loLi chapelle dîna, ir Glastenburg. « Ce roi bâtit encore une chapelle eu or et en argent, avec des va^cs et des ornement de In même matière. Deux mille sixeent quatre-vingts livre», d'argent furent employée» à la construction de IVcli– ,deux cent soixante-quatre livres ficejàcelledel'aute] d'or au calice et ù la palène, dix livres d'or; à la couverture du livre d'évangilo, vingt livres d'or, elc. etc. La couverture de l'autel et les vt-temens«acres, étaient iissus d'or et enrichis de pierreries. Enfin la totalité dea matériaux monte à plus de trois cent soixante-cinq livres d'or, et de deux mille huit cent quatre-vingt-» $ep' livres d'argent ». al Magnus croit que chacun des anneaux de la chaîne! pesait plusieurs livres, et c'est de quoi nous ne dispuw ierons pas. Adam de Brème qui vivait peu de tcmjïs après que ce temple cul i-lû di'lruit, dit en eflet qu'il était tout brillant d'or. Mais malgré la proximité de* iempa et des lieux, il parait que ce chanoine et sesconlemporains n'avaient our ta Scandinavie que des nolions très-fausaes. Il parle do l'rigga comme d'uudïcu » et l'appclle Fricco*. Il place au -delà de ljirca uno nation d'amazones, dont il rapporte mille contes, et met aussi dans leur voisinage, nombre do peuples ffw Je ne sais s'il faut regarder comme tels le». buleux Tertiut est Fricco, paeemToluptatcmqneIargieu»;cuju* etiam timulacbrum finguot mgtnti priapo. Eiiir'aulru, ln Himauiopodti lui n'ont qu'an picd. mr Ut^utl ils vont sauUQt.

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Alain» ou Albina ( que nous appelons Albinos ). naît avec des cheveux Cette espèced'horunies dil-il blancs. Ils ont dc. armées de chiens, et ne nedéfendent pasautrement. D'autres appelés Buses sont pâles vercUlrcs et d'une maigreur excessive. I'.nfm, il y a 1rs Anthropophage», ceux qui virent dans des trous comme les souris, les Loups -garonx, les Troglodytes*, etc. Voili les sources uù puisent les faiseur» de systèmes. Cet historien dit aussi quequelques personne» lui avaient assuré qu'on pouvait aller de Suède eu Grèce, sans passer la mer. C'était alon une chose nouvelle et presqu'iucertaine. (i 2) Vantiquejialai* tfOJaiit. Le père de cet Olaiis** 60 brûla dans son palais avec la plus grande partie de sa famillc, pour ne pas tomberentre les maina d'Ivar, qui venait punir de leurs crimes ce tyran et sa fille Aza. Olaii* se sauva de l'incendie et se retira dans le Vermeland dont il défricha une grande partie. Trois princes régnèrent en Suède,avantqu'il fût rappelé sur le trône de ce pays et de lTst-GolhUnd. Il embrassa le christianisme, fit la conquête du Dancmarck, y
• I) y place auui les Turrj, et icul sont doute parler des finlandais. Abo, leur capitale, s'appelle dans la langue du paya, Turc». Iïorigine de ce peuple, el les rappoils de m langue avec celle des Hébreux et dea Grecs, ont été le sujet de plusieurs diaserlalion*. 11es! diatingué par le surnom de Tnetelga ( brûleur de lmii). Quoiqu'il ail été marirr il ne faut p«s le confondra «Ttç aajnl QUns.

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laissa pour roi son fils Ennignup, et fut sacrifié à son retour. Malgré cet exemple, Slcnclûl, qui régna p u de temps «pris lui fit venir des prêtre» et périt de la même manière ce qui n'emperha pas Olaits son frère et son successeur, de persévérer dans la religion catholique. C'était un mauvais métier que dY'tre roi dans ces temps-là- Domalder, Olaiis Stcmhil, Magnus et plusieurs autres périrent do la main de leur» sujets dans parler d'un nombre infini qui étaient lia a à la guerre. (i5) Anscarius qui le premier osa porter dans nos contrées le culte des chrétiens. Je rroû que le lcaldo se trompe, et que Charlemagne avait di'jà envoyé nn missionuaii'e en Suède. Ansclicr était un ntoino dti Corwey; il fut envoyé avec Vitmar, par Louis-leIl la demande de quelques seigneurs du débonnaire,sur A ]>aVB. moitié chemin ils furent dépouillés ]xir des pirates, et la plupart voulaicnt s'en retourner; mais Ansclier persévéra dans son cnlrrprLc. Il fut trisbien reçu par le roi Biorn selon l'abbé de Fleury, et renvoyé sans succès, Iclon Puflendorf. Quoi qu'il en soit, il revint sous le règne d'Olaû's, et convertit o prince à la foi catholique. Cet Anscbcr est un saint très-fameux, dans lea églises du Nord. (i4) Ce roi fut immolé. ( Domalder.) Les Svéone» éprhuvèrent, nous Ic règne de ce prince, une grande famine qu'ils attribuèrent à la colère des dieux. La première année, ils immolèrent une biche ;lu seconde ils sacrifièrent des hommes, et donnèrent enfin la

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mort à leur roi. Selon Pufiendorf il vécnt en 55o, à-pcu-prè» et selon Torfocu» dans le siècle de J. C. (i5) Le reste (du sang) est répandu sur la statue d'Odin exterminateur. Ou a déjà parlé de cet usage et de ces statues, qui s'appelaient Iilottrics de Blut ou lilod sang; mais ce qui est digne de remarque, c'est que tout cela subdiete encore chez les Lapons, et que Thor est leur principale divinité/ll est bien clair que ce cullevient desScandinaves n'als un peuple si simple et si grossier ne pouvait avoir tant de divinités aubst Jel Lapons n'en reconnaissent -ils que trois au plus, et quelques-uns même, comme ceux de Kimiel • de Torno, n'adorent que Scyta. Leurs dieux sont donc, Tlior, Storiunchar, (le même qne Seyta) et ParjuHe*, ou leaoleil. Ces dieux sont faits d'une pierre toute naturelle, mais ordinairementunpeu bizarre* Thor est armé d'un marteau, et c'est le dieu du tonnerre. Storiunchar, c'e&tcomme qui dirait, vicaire de Thor. Il préside à tous les animaux on l'invoque pour la pêche et la citasse, et l'on place sa statue, de préférence, sur les lacs et dans Ics forêts. Ils ont aussi un tics-grand respect pour le troisième dieu, et ils adorent lc feu comme son image chose bien naturelle chez Nousavomsdéjà remarqué quedes mots à-peo-*prèssemblubles exprimaient, dan»leuanciena idiomes, tout ce qui était Tond, commejoou /orri, pour la terre; et chez les Itretoiu iul pour le soleil etc. C'estpeut-être cette pierre qu'Ouias appelle la pierra du pvUYOùr parlant des Scandinaves. en

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ces peuples, que le froid rend si misérable% Lorsque, par le son du tambour, il» ont reconnu quo leur dieu est allure de sang, ils lui sacrifient un renne màlo, dont ils percent le cœur. Ils frollent ensuite la statue avec la graisse et le sang de l'animal et mettent derrière elle le» os, les pieds et les corne». De plus, on pend d'un côlfun fd rouge orne d'ilain, et de l'autre, le» parties génitales. Lorsque le dieu est sur une montagne inaccessible, on lui jette seulement une petite pierre tremj>éo dans le sang. Il est bon de remarquer que le sacrificateur mange la victime, et ne laisse que les cornes à «a divinité. Les Lapons sacrifient aussi diJTl'rens animaux aux mânes de leurs parent et de leurs amis. Ils font et le plus connu est <lo beaucoup d'enchantement, vendre le vent. Pour cela, ils nouent un mouchoir en trois endroits. En défaisant le premier nœud l'on a un vent doux et supportable. Le second donne un venl plus fort et le troisième, une tçmpe'lc ipouvantable. leur tambour, ou kannus,esl creusé dans un morceau de bois ovale, dont le dessous est convexe, et il est recouvert d'une peau de rcnne. Ils y pendent des anneaux de cuivre et des fragmenj d'os de rennes. Sur cette peau il» peignent d'abord le dieu Thor, avec »es valel»* et SeyU elleuite, Jî.w»Christ et ses apôtrea. Au-dessus, sont la lune, le» étoiles, et des oiseaux mais au-dessous de ces lignes est le soleil, et sous lui, lus animaux, les ours, 1rs se rpens. Les figures «ont analogues à l'usage auquel on
• Ces tjIcij du dieu Tlwr sont dûignéi dans l'Edda.

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«Wineces tambour». Le marteau dont on les frappe, cet fait d'un os de renne, et a la figure d'un grand T. Les sorciers ont diilïren» indices pour marquer la chose que l'on désire. L'indice est ordinairement un morceau de cuir en forme de bossette, d'où pendent des anneaux. Lorsqu'il s'agit de savoir quelque chose d'éloigné ib se jettent ventre à terre en faisant des eontoraiona épouvantables, et pires que celles de la Pylkonisse. Ils ont encore une petite boule qu'ils peuvent envoyer aux extrémité du monde et qui porte à qui l'on veut la douleur, les maladies et la mort même. Si cette-boule enflamméerencontre quelqu'un dans son chemin, elle fait aussi-tôt son effet sur lui et s'arrête. Ils appellent ces amulettes, des Gant. Ainsi que les Turcs, ils emploient des charbons ardent pour guérir les blessures. Lorsqu'ils sont malades, ils jouent du tambour, afin de savoir s'ils doivent en moulin Ils font avaler du brindevin aux agonisans pour les dépécher, et ils en boivent beaucoup eux-mêmes pour se consoler. On abandonne, et quelquefois on détruit les maisons des morts, et cela de peur des revenana. Leurcercueil est fàitd'uri tronc d'arbre ou bien de leur traîneau et ils y mettent tout ce qu'ils ont de plus cher, arcs, flèches, lances, &c. usage qui leur est commun avec les anciens Scandinaves, le» Scythe» et les Tartarea. On y joint même une hache, un caillou et un briquet, afin qu'ilapuiesent applamr par le fer et par U feu, les obstacles qui les sépareraient du ciel. Ils enterrent les mort» dans les forêt» ou les cavernes, ils arrosent la tomba d'eau-de-vie ( ce sont les libations, ) et tuent, au bout

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de trois jours, le nmic qui a traîné le corjM. Ils en font un festin où ils boivent co qu'ils appelK nt Puligavin, (eau-de-\ie bienheureuse). Cofestin funéraire est un usage antique, et noma^ons déjà remarqué qu'il subsistait encore en beaucoup d'eudroils. Les Lapons laissent tout ce qu'iL. positdenl «ans le renfermer, comme faisaient 1rs Normands qui envahirent la Neustrie. Quoiqu'ils abandonnent quelquefois leurs maisons pendant quatre mois, il cat rare qu'ils soient voles. Ces remarques sont presque tontes tirées de Régnant, et nous les avons un peu étendues afin que l'on pût comparer les deux peuples. Le Lapon faible et paisible, a peu de ressemblance avec ces Scandinaves, dont on vante la beauté, lecourafiOitlahaiilosUituii'. Mais comme lus Lnpons étaient leurs voisins, qu'ilp avaient à-peu-près les mûmes intitulions, et qu'il* 1rs ont conservée», le parallèle uil'rirait quelqueinléi et. Un dispersant ces observations, noua aurions pu lr« placer plus à propos, mais nous avons mieux aimé le» réunir. (151") Bîrca. Quelques aulLrirs pensent que celte ville était la même que Sigtuna, et que c'était un aurnom que l'on donnait à plusieurs villes de commerce. Cela nous parait assez douteux mais comment dans un pays, aujourd'hui si désert, un espace de quelques L'eues aurait-il pu renfermer trois villes aussi pcuplées* ? Les historiens disent que liirca pouvait fournir Eirca Upwt et Sigluua.

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douze mille combattons leur absence.

sans que l'on s'y apperçûl de

(iG) L'iie toute entière. C'estl'ile de BiacrkiB où était située la ville de Birka; il y avait en effet tout ce dont parle le texte, et de plus un bois sacré. (i 7) La fertile Sudermanie. S.TtlermannUnd on demeuro du midi, (par rapport au Nordland qui ut au-dessus de l'Oplunde). C'est-là que Rudbeck place e son Mannahem ou demeure des hommes elle renferme la Sudermanie proprement dite, le Rekarna et le &cdertern ou montagnes du Sud. Tœrn ou Taurn, signifie contrée montagneuse de-là vient le nom de Taurus et de Tauride. (18) Oà jadis une armée d'héroïnes. ( Voyez le premier livre et la note. ) Les historiens de ce temps, ou plutôt les mythologistes disent que c'étaient les, vierges de Gothie et qu'elles défirent les Cimbres. N'y aurait-il point quelque rapport entre cette victoire de la reine Illanda, et la nation d'Amazones, que tous les anciens historiens du pays placent au nord de Birla. Si l'on en croit Adam de Brême, ces Amazones étaient de singulières femmes; elles n'avaient point de maru point d'amans, et devenaient grosses en buvant de l'eau claire. La recette est neuve et facile il est dommage qu'elle ne soit pas infaillible et authentique un verre d'eau sauverait bien des embarras. Les fruits de ce mariage vraiment platonique tlaicnt toujours des singea quand c'étaient dea enfans

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tnâles, et toujours des fournils parfaitement belles quand ce n'étaient pointl dis singe». Quelques gens (plus grossiers apparemment) diMmt que ces héroïnes devenaient mèi-esde la façon des marchands voyageurs, ou des hommes qu'elles tenaient en esclavage, ou bien d'autres monstres fort communs dans le pays et cela tst aussi plus croyable, dit lo chanoine, l'our moi j'aime tout autant croire au verre d'eau que do penser qu'une armée dofUles ait pu, en quittant la quenouille, vaincre un peuple aussi belliqueux quo les CxmhreshMais en faisant jouer aux Cimbrcs le rôl© du verre d'eau, il est fort possible qu'elles en aient eu raison et cela résoudrait aussi l'autre problème. (tg) De Kolmor cette forêt qui repaie un marbre précieux. (Koclmole ou Kulmorden ) à deux milles et demi de NorLoping ce beau marbre est blano et coupé de veines vertes très-compliquées. On y trouve aussi une pierre de violette rougcàtre dont l'odeur est agréable. (20) L'aspect d'un mont qui s'élève des bords du lac IVater, C'est Aoinberg, haute montagne, d'où l'on découvre cinquante clochers sur le sommet ou voit une pierre plaie, qui couvre la tombe d'un roi des GoUis. Il ne faut pas confondre cette montagne avec celle de Hutuberg, dans le Smoland. LJle a la forme d'une quille, et on la voit de huit milles. (2 1 ) Aupied de la colline ou, sous un globe de pierre tmbellipar le ciseau, repose la cendre d'Ing/itl. (ou

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Jngon. ) Ce tombeau est près d'une poste qu'on appelle Inghelstad et à unmilleetdeim de Wexias c'est une haute colline régulière et surmontée d'un rocher*. Le globe que l'on conserve à Inghclslad est couvert d'ornement et do runes. Les monument dont il est parlé dans le texte font aussi dans les environs du lac «le Taare-Tioo, et près de l'endroit où Suénon s'est arrêté. Ils consistent d'abord en une multitude de cercles de quarrts de trianglea, et autres figures mar.tjuces avec des pierres. On trouve de semblables mo11 unions en Angleterre, en Allemagne; et l'on en trouverait uiu doute en France, ai la religion catholique ne les y avait pas proscrits avec plus de sévérité, et si une culture plus aoignée n'avait pas forcé de les détruire. C'étaient apparemment des cercles magiques dana lesquels on faisait dea évocations, ou peut-être étaient-ce des ez-voto. (22) Les tombe» (I Ubbo de Laudur et du second /jionarquê des Danoit. Ilaquin, roi de Suède, ayant déclaré la guerre au roi de Danemarck «on oncle ce prit pour général le prince, qui t'appelait Ilarald J Vison Ubbo, l'un des héros du Nord, et que plusieurs auleurs appellent, sans fondement, un athlète. Les deux rois sa joignirent dans les bruyères de Browalla, avec lus deux armées les plus nombreuses que l'on eût vues dans le Nord, et s'y livrèrent une sanglante bataille. Les Danois y perdirent leur roi, leur général et trente mille hommes. Haquin fit de belles On voit «ucor« près du là un RHlrrtombeau fouilla. ai1 il.

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funérailles à tous les chefs, et fit ériger a Ubbo la tombe que Fou voit encore. D'autres placent Jel bruyères de Browalla près de Norkoping. Peut-être y a-l-il deux cantons qui portent ce nom. (Voyez la Suecia, de Dahlbcrg, et l'Hùt. de Suède, de Pulfondorf, p. 5a. ) On voit sur la tombeau du guerrier frison deux pyramidea informes. Le tombeau de Laudur est une colline entourée de pierres et le second monarque des Danois est Humblus, ou plutôt car les moines, à l'exemple des Grecs et Ilumulf des Romains ont rendu méconnaissables tous le* noms barbares. Wodan dont les savans du Nord ont défiguré le nom, pour le faire ressembler à celui d'Atlas, (car y yavaitbeaucoup &faire ) Wodan dis-je ne pourrait-il pas être le même que ce Dan qui réunit les Cimbrcs et leur donna son nom 7 Ce roi Haquin que Torfœus appelle Annius la vieux, est celui qui sacrifia successivement neuf fils pour prolongeras joursd'autant de dixainesd'année*. 11voulait mê me immoler Je dixième, qui était le dernier mais son peuple n'y put consentir, et ce roi mourut aussi-tôt. Selon cette liisloire, (qui ne peut être regardée que comme un apologue) Haquin aurait vécu au moins un siècle et demi car la mort du premier de ses fils devait prolonger sa vie de soixanle ans. Il fut enterré prè* d'Upsa) tous une haute montagne. Outre les collines funéraires dont nous avons déjà parlé les Danois et les Saxons érigeaient d'autres monumena. Les uns, appelés par les Anglo-Saxoru Cromlechs, ou tables de pierres, sont dei pierres plates,

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placée» en travers sur deux ou troi» autres, élevée» perpendiculairement: les autres «oui des coffres de pierre Le cromlech décrit par Camden, est {XUtfean). une grande pierre placée aur quatre piliers de six picdl de haut. Le tombeau de Catergerne, fils de Vortimer, roi des Bretons nom parait à-peu-près semblable». Quant aux pierres branlantes, on ne sait pas à quel usage elles étaient destinées. On les plaçait les unes sur les autres dana un équilibre ai juste, qu'on pouvait le* remuer sans les faire tomber. Les pierres immenses où il y a des trous et que l'on rencontre souvent en Angleterre servaient aux superstitions des druides. En se glissant dans, l'ouverture de ces monumens, nos pères croyaient se guérir ou se préserver de certaines maladies.
• Dans le comté de Kent.

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dtvant une lance. Dans ICIcamps, la place (i) Lj, des prier*'s, dea sacrifices et des cérémonies religieuses, éUil désignée par une lance. (2) Les magicienne* expriment sur sa blessure U suc des plantes sacrées. Les magiciennes exerçaient alors la médecine. Biles écrivaient aur les feuilles do certaines plantes, des runes appelées médicinales, et charmaient la douleur par des clianls. Ce dernier mage existait aussi chez les Creca. Dansledixneuviùnio livre de l'Odyssée, 1™ fils d'Autolyeus, pansant U blessure d'Ulysse arrêtent par la secret de vlutnta magiques le sangqui s'en érhappe. L'usage*<|ue l'on fait en médecine de plusieurs plantes sans propriétés, remonte peut-être à ces superstitions. (5) De la trompette. Elle ne ressemblait pas du tout aux nôtres. C'était une corne d'airain, (cornua, ou tuba cenea*) haute de quatre pieds environ, et qui ils avait peu de courbure. Outre cette trompette avaient un cor, plus petit, et recourbé. (4) Dix guerriers composenttout le front de l'armée. '1 Les barbares marchaient souvent d ans cet ordre qu'o ri appelait tête de porc, ou dans un autre, parfaitement t tiiangulaire que l'on appelait coin. Leur but était

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d'enfoncer l'armée ennemie, en dirigeant ainsi tous leurs coups sur le même point. A cet ordre de bataille, on en opposait un autre qui s'appelait tenaille et c'est ce que décrit le poète. On peut voir dans Polybe, de plus grands détails là-dessus. (5) Voit flotter no, étendards. Ceux des Scandinaves et des Vandales étaient d'une grande richeme. La bannière d'Ilarald ri, où l'on voyait un homme armé, élait d'or, et ecméc de pierres précieuses. Celle que l'on portait devant Ilengist et Horsa, quand ils vinrcnt conquérir l'Angleterre, représentait un cheval blanc, qui était *ans doute le cheval sacré dont on l'appelait Thpr. Uouj^en»*ji^Hc

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