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La cavalerie française à Waterloo

Michel Damiens

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Michel Damiens

La cavalerie française à Waterloo

2012

© Michel Damiens 2012 (2e édition septembre 2012)

Généralités : origines et évolutions
A Rome
Vouloir retracer l’histoire de la cavalerie reviendrait, à vrai dire, à tenter de retracer l’histoire de la civilisation elle-même. Aussi loin qu’on remonte dans l’histoire des vieux continents, on retrouve des chevaux. La tradition hébraïque veut que le cheval fût le dernier être vivant à avoir été créé avant l’homme et que les chevaux qui montèrent dans l’arche de Noé descendissent directement de ceux qui gambadaient dans le jardin d’Eden. Et il est un fait qu’aucun animal n’a été aussi intimement mêlé à l’histoire de l’homme. Il serait donc bien audacieux, dans le cadre qui est le nôtre, de vouloir remonter aussi loin et ce sera déjà fort bien si nous pouvons aller jusqu’au VIIIe siècle… avant Jésus-Christ ! On sait qu’à la fondation de Rome, selon la tradition, cent familles nobles, latines ou étrusques possédaient à elles seules terres et chevaux. Chacun de leurs ancêtres, qui a donné le nom à la famille, est divinisé et fait l’objet d’un culte familial : il est appelé le pater. Les descendants des 100 patres sont les patriciens. Les patriciens ayant le même ancêtre éponyme forment une gens avec un même nom, le nomen gentilicium. Chaque branche de la gens forme une famille ayant sa maison à Rome. L’ensemble de la gens possède un domaine à la campagne où sont élevés les chevaux et où vivaient primitivement les plébéiens. Seuls, au début, les patriciens ont des droits civiques : ce sont eux qui forment le Sénat et qui 5

Cavalier romain lors de la guerre des Daces (101-102).Rome, Museo della Civiltà Romana. Moulage de la Colonne Trajane.

fournissent les magistrats. Le patriciat constitue donc une élite économique. Il est tout à fait significatif que ce soit le fait de d’élever et de posséder des chevaux qui ait marqué la frontière entre les classes sociales de la Rome antique. C’est que seuls les plus riches avaient les moyens matériels d’entretenir ce qui constituait alors la plus importante source d’énergie mécanique. Or, chose apparemment étrange, les chevaux ne constituaient pas un élément militaire très important chez les Romains de la République. Il faudra qu’ils aillent se frotter aux Parthes pour se convaincre de l’utilité des chevaux en matière militaire. Jusque-là, on n’utilisait les chevaux que pour des missions beaucoup plus tard dévolues à la cavalerie légère : transmissions des messages ou reconnaissances. Les chevaux, sources d’énergie, étaient à ce point précieux qu’il n’était pas question de les engager dans de sanglantes opérations sur le champ de bataille. Au reste, Rome, au sommet de sa puissance, recruta sa cavalerie dans les populations qu’elle avait soumises : Gaulois, Parthes, Daces… Il faudra attendre le règne d’Hadrien pour que l’armée romaine se dote d’une véritable cavalerie lourde laquelle aura une glorieuse descendance à Byzance.

La chevalerie
Il serait trop long d’expliquer en détail comment, de cette cavalerie lourde romaine, on est passé à la chevalerie. Ce serait vouloir détailler l’histoire du bas moyen âge et de la révolution féodale. Contentons-nous de dire que chacun était bien persuadé de la supériorité du cavalier sur l’homme à pied. Nous savons d’autre part que la féodalité présente un caractère essentiellement militaire : il s’agit pour un faible de se placer sous la protection d’un plus fort pour résister aux agressions venues du dehors. C’est au sein de cette société militaire que va se créer une élite : la « chevalerie ». A l’origine, on appelait chevalier1 tout homme combattant à cheval2. Pour être chevalier, il ne fallait donc pas être noble ni même homme libre3. Les

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A l’origine, les textes en latin utilisent le mot latin « miles », soldat. Le mot « cavalier » ne remonte qu’au XVI° siècle.

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seigneurs levaient parmi leurs vassaux des hommes d’armes capables de combattre à cheval. Les exigences de plus en plus grandes et de plus en plus chères de l’équipement militaire devaient, dès l’époque de Charlemagne, éliminer les hommes libres disposant de peu de ressources. La cavalerie, l’arme la plus coûteuse, devint ainsi un corps d’élite. Par la force des choses, un grand nombre de petits chevaliers, de professionnels du combat à cheval, disparurent et la chevalerie, état de fait, se transforma en état de droit. Cette élite étant le plus souvent rétribuée en fiefs, elle s’intègre tout naturellement au système féodal et ne tarda pas à constituer une société relativement fermée. Au XIIe siècle, la chevalerie qui jusque-là n’avait été qu’une profession, devint en même temps qu’un corps d’élite, un ordre soumis à des règles sévères relatives à l’honneur, à la courtoisie, à la parfaite loyauté4.

Une figuration typique : "Le chevalier blanc" de Fred et Liliane Funcken. © Editions du Lombard, 1956

L’accès à la chevalerie était soumis à des conditions rigoureuses. Dès sept ans, le candidat chevalier entrait au service d’un chevalier confirmé en tant que page, varlet ou damoiseau. Il recevait au cours de cette période une éducation basée sur le culte de la bravoure et de l’honneur ainsi,
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Il est, à notre sens, tout à fait fait abusif de confondre « homme libre » et « noble ». Nous savons que ce dernier terme n’apparaît qu’au XI° siècle. 4 E. Poncelet – Les Œuvres de Jacques de Hemricourt – Introduction citée par Ch. Terlinden – Histoire militaire des Belges – Bruxelles, 1966

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bien entendu, que l’initiation au maniement des armes. Vers l’âge de quatorze ans, le jeune homme « sortait de pages » et devenait écuyer ; les armes qu’il avait désormais le droit de porter, à l’exclusion de la grande épée, étaient consacrées par l’Eglise. Son instruction de combattant se poursuivait par de nombreux et pénibles exercices. L’écuyer entretenait les chevaux et les armes du chevalier qu’il accompagnait dans ses expéditions. Il l’assistait dans les tournois, sans y participer, et dans les batailles auxquelles il prenait activement part5. Lorsqu’on estimait que la formation du jeune homme était suffisante, il était admis dans les rangs des chevaliers et cette admission était marquée par une cérémonie religieuse et militaire à la fois, dite ordène ou ordination de chevalerie. Une remarque au passage : à l’origine, le fait d’être chevalier n’implique pas automatiquement l’octroi d’un fief et la possession d’un fief n’impliquera jamais la qualité de chevalier. Il faudra toujours un chevalier pour faire un autre chevalier. Cependant, au sein de la chevalerie aussi, on constate des inégalités selon la fortune. Tel ne possède que son cheval et son équipement, tel autre est en mesure de se rendre aux convocations de ban avec plusieurs compagnons (milites minores) qu’il entretient. Ce dernier devient alors « chevalier à pennon » et s’il peut entretenir plusieurs chevaliers à pennon, « chevalier à bannière » ou « banneret ». Ces dénominations proviennent des étendards qu’ils arborent : pennon triangulaire ou flamme cloués à leur lance ou bannière carrée. On sait que le lien féodal si simple à l’origine, qui, on ne le répétera jamais assez, est un lien très strictement personnel, a évolué au cours des temps. La chevalerie fieffée va, à partir des Croisades, se transformer en chevalerie soldée. Ce sera chose faite lorsque l’obligation féodale du service militaire sera réduite à 40 jours. Au-delà de ce délai, le suzerain est tenu de dédommager le chevalier et sa suite. En effet, les chevaliers, quand ils rejoignent l’ost, se font accompagner par un ou, plus souvent, deux hommes d’armes et par quelques servi5

Philippe, duc de Bourgogne, fils de Jean II le Bon, gagna ainsi une belle réputation – et le surnom de « Hardi » – en tant qu’écuyer de son père lors de la bataille de Poitiers : « Mon père, Gardez-vous à droite, mon père, Gardez-vous à gauche »…

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teurs à cheval ou à pied. La réunion du chevalier et de cette suite constitue une lance fournie dont l’effectif a pu varier de 3 à 14 hommes à cheval. Le chevalier, lourdement armé, avec la lance et l’épée, combattait en première ligne, ses hommes d’armes montés garantissant ses flancs. Les chevaliers ainsi escortés se ralliaient aux chevaliers à pennon et ceuxci aux chevaliers bannerets, de telle sorte que ceux-ci marchaient à la tête d’un corps de 25 à 80 lances fournies, ce qui pouvait représenter de 150 à 600 hommes à cheval. Enfin, en France, toutes les bannières se rassemblaient autour du chef suprême, représenté par la cornette blanche du connétable, par la bannière fleurdelisée du roi ou par l’oriflamme rouge de l’abbaye de Saint-Denis quand celle-ci avait été levée. Dans cette armée, pas de grade. La hiérarchie est basée sur le nombre d’hommes que le chevalier emmène au combat et, donc, de son état de fortune.

Etendard, pennon et bannière de Jeanne d'Arc (XVe s.)

La chevalerie au combat L’usage de la grosse cavalerie sur le champ de bataille n’a guère évolué au cours du moyen âge. Constituée par l’élite – et du fait que l’infanterie, constituée en grande partie de serfs ou, au moins de « petits », est méprisée – elle tient invariablement le premier rang. Au XIIe siècle, les deux rangs de chevaliers adverses se chargent l’un l’autre. La bataille se résout alors en un ensemble de combats singuliers, les fantassins, coutiliers et autres valets, se chargeant de « terminer le travail » sur les cavaliers désarçonnés ou renversés qui, s’ils présentent le moindre caractère de richesse apparente, se voient épargnés dans l’espoir d’une juteuse rançon. Au cours des âges – l’évolution dure cinq cents ans ! – la guerre devient 9

moins « sportive ». La limitation du service militaire féodal à quarante jours a pour résultat qu’il faut conclure très rapidement les opérations. Sans quoi, la chevalerie devenant soldée, commence à coûter fort cher. Il faut l’épargner… Le chef de guerre donnera donc un rôle plus important à l’infanterie, infiniment moins coûteuse. Tout doucement, l’armement des fantassins évolue jusqu’au moment où les Anglais constatent l’extraordinaire habileté des Gallois au tir à l’arc et se dépêchent d’en engager dans leurs armées. Certes, c’est toujours leur chevalerie qui mène les chocs, mais son intervention est désormais préparée par un « tir de barrage » des archers. La réponse de la chevalerie française, qui tient évidemment cet usage de l’infanterie pour une « perfidie », consiste à perfectionner leur protection. Le casque se ferme et devient heaume ; le haubert fait place à l’armure de plates… Quant à la tactique, elle n’évolue guère. Le rang de haie reste la règle ; tout au plus, place-t-on les archers sur les flancs qui préparent la charge des chevaliers par un tir intense de flèches sur les rangs ennemis. Mais aussi bien à Azincourt qu’à Courtrai assiste-t-on au même spectacle : « Dans de semblables agrégations, pennon et bannière, le premier rang se composait des hommes d’armes. Derrière de rang de lances, il y avait d’ordinaire un deuxième et troisième rangs, l’un composé d’archers et l’autre de coutiliers, se tenant à des distances assez considérables l’un de l’autre. Cette formation, dite coup de lance, des chevaliers sur un seul rang était la seule usitée, la seule possible, car nul d’entre eux n’eût souffert d’être masqué, couvert par un autre chevalier. L’ordre en haie, conséquence de cet excessif amour-propre, laissait le rôle important des réserves aux cavaliers de qualité inférieure. Ainsi la troupe la moins solide était chargée du rôle décisif, tactique d’autant plus dangereuse que l’infanterie, qui eût pu servir d’appui final, était souvent absente et dans tous les cas méprisée. Quand la haie des chevaliers faisait lances basses pour donner sur l’ennemi, les archers, après avoir escarmouché sur les ailes en lançant flèches et viretons, venaient se grouper en arrière. Les chevaliers renversés au choc étaient perdus s’ils n’étaient promptement secourus. Pendant que les hommes d’armes restés à 10

cheval poussaient leur pointe, les coutiliers et valets se précipitaient sur l’adversaire désarçonné ; ils se mettaient quatre contre un, brisaient son armure à coups de haches et de masses et l’égorgeaient, à moins que l’appât d’une rançon n’arrêtât leurs bras, ce qui, à vrai dire, arrivait le plus souvent.6 » Dans tout cela, pas d’idée de manœuvre… Retraiter eût été signe de lâcheté, s’en prendre à l’ennemi par derrière aurait été synonyme de félonie. Parfois, contraint par les circonstances, l’ennemi exploite le terrain, comme les communiers flamands à Courtrai ou Henri V à Azincourt. La réponse de la chevalerie est la même : la charge aveugle, parfois au mépris des ordres… Les compagnies d’ordonnance Certes, plusieurs chefs de guerre tentèrent de remédier à cet état de choses : Jean le Bon, en 1351, tenta de régulariser la hiérarchie et d’établir la formation par compagnies mais il semble que cette réforme, heurtant de front les principes de la noblesse, n’eût de suite que dans les quelques compagnies formant la Garde personnelle du roi et n’empêcha pas le désastre de Poitiers. Nouvelle tentative de Charles V, cette fois, en 1373. Le roi règle la revue des troupes, la composition des routes et compaignies, la nomination des capitaines, la responsabilité des officiers et la solde. Mais cela s’adresse d’abord à l’infanterie ; la chevalerie reste accrochée à ses vieux principes et la réforme n’aboutit qu’à créer un antagonisme mortel entre chevaliers et capitaines. Il faudra attendre Charles VII pour que les choses prennent enfin une autre tournure. La chevalerie décimée par cent de guerre quasiment ininterrompue, avait fini par admettre dans ses rangs une multitude de gentilshommes sans domaine, d’aventuriers de race noble, de gens d’armes de profession. Ceux-là étaient prêts à accepter de se mettre dans la main du roi, pour autant qu’il les payât convenablement, plutôt que de vivre de rapines et de chevauchées.

Général Louis Susane – Histoire de la Cavalerie française, 3 vol. – Paris, Hetzel & Cie, 1874, I, p. 16. Nous avons fait de très larges emprunts à cet ouvrage qui est, à notre connaissance, le plus complet sur le sujet et qui n’a encore jamais trouvé de remplaçant.
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Enfin, les Etats d’Orléans en 1439 virent la création des Compagnies des Ordonnances du Roy.

Les compagnies d'ordonnance de Charles VII, représentées par Charles Aubry dans un détail de la gravure consacrée aux lanciers pour l'ouvrage de Joachim Ambert, Esquisses historiques et pittoresques des différents corps qui composent l'armée française (1835)

Le devoir féodal disparaissait définitivement au profit du service soldé, régulier et permanent. La Pragmatique Sanction du 2 octobre 1439 portait sur « l’establissement d’une force militaire permanente à cheval et la répressions des vexations des gens de guerre » : « Désormais, les capitaines des gens d’armes ou de traict seront esleus par le Roy, et à chacun capitaine seront baillez certain nombre de gens qui par luy seront esleus de faict et d’office… « Défense à tout autre de lever, conduire, mener compaignie de gens d’armes ou de traict, sinon que ce soit du congé et licence du Roy… « Défense à tout capitaine de recevoir aucun homme d’armes ou de traict en outre le nombre qui leur sera ordonné… » Charles VII confia la réalisation de ce projet au connétable de Richemont qui la mena avec énergie mais y travailla durant dix ans, aidé par Jean de Brézé. Les compagnies des ordonnances étaient conduites par un capitaine, auquel étaient subordonnés un lieutenant, un enseigne, un guidon et un maréchal des logis. Une compagnie comprenait 100 lances, soit 100 hommes d’armes ou maîtres, armées de pied en cap. Chaque lance comprenait en 12

outre 3 archers, 1 coutilier et 1 page, armés et montés à la légère. Une compagnie de 100 lances représentait donc 600 hommes à cheval. En 1445, Charles VII disposait déjà de 15 compagnies d’ordonnance. Louis XI, lors de la guerre du Bien public, pouvait en aligner 22. En 1479, le roi créa (enfin) une infanterie permanente et cassa 10 compagnies afin de pouvoir disposer de leur budget en faveur de l’infanterie, mais cela lui laissait encore 15 compagnies d’ordonnance. Les capitaines des compagnies d’ordonnance étaient généralement des personnages considérables et leur position était bien supérieure à celle d’un simple capitaine de cavalerie. Il leur arriva donc, dès l’origine, et de plus en plus souvent, de se faire remplacer par un lieutenant ou capitaine-lieutenant. Ainsi le connétable de Richemont, pour exercer ses fonctions de connétable, se faisait-il remplacer par Jacques de Saint-Paul dès 1450. Ces lieutenants étaient généralement choisis parmi les plus braves des gentilshommes, riches en expérience et, le plus souvent, ayant grimpé dans l’échelle hiérarchique. Le plus connu de ces lieutenants restera sans doute le célèbre Bayard. A la mort du capitaine titulaire, sa compagnie de 100 lances était souvent partagée : une fraction restait à l’héritier du nom (parfois donc à un enfant), l’autre fraction était donnée au lieutenant ou à quelque gentilhomme qui recevait ainsi la récompense de ses services. De ce fait, on vit parfois des compagnies de 80, de 60, de 50 ou même de 20 lances. Le traitement des capitaines était proportionnel au nombre de lances qu’il commandait. De telle sorte qu’on peut voir dans cette particularité le commencement d’une échelle hiérarchique. Autoriser un capitaine à augmenter sa compagnie de 5 ou 10 lances revenait à un avancement dans la hiérarchie. Lorsque François Ier donna 100 lances à Bayard, on considéra cela comme la plus haute expression de son estime et de sa reconnaissance. Charles le Téméraire, inspiré par l’exemple français et de plus en plus méfiant à l’égard des milices communales qui, jusqu’alors, avaient constitué le gros de ses troupes, organisa vers 1470 sa chevalerie en « bandes d’ordonnances », en tout point semblables aux compagnies françaises. Chacune de ces bandes avait à sa tête un conducteur et comptait 100 lances fournies, réparties en quatre escadres. Chaque lance fournie com13

portait 4 combattants à cheval, à savoir un homme d’armes et 3 archers, et 3 hommes à pied : un couleuvrinier, un arbalétrier, un piquenaire. En outre, chaque homme d’arme entretenait un coutilier et un page. En campagne, les cavaliers et les fantassins se séparaient pour former des corps de combat distincts avec leurs chefs particuliers. Le premier soin de Philippe le Beau lorsqu’il gagna l’Espagne fut de constituer là-bas des bandes d’ordonnance semblables appelées capitanias. C’est l’infanterie de ces capitanias qui va donner plus tard les très célèbres et très redoutés tercios, réputés invincibles jusqu’à Rocroi ! La cavalerie légère Dès le début des guerres d’Italie, on constate dans les armées françaises la tendance grandissante à retrancher les archers à cheval des lances de cavalerie lourde pour les faire combattre séparément. Ils formèrent bientôt leurs propres compagnies avec leurs guidons et leurs cornettes particuliers. Cette évolution était naturelle du fait de la différence essentielle dans la manière de combattre des uns et des autres. C’est sans doute Venise qui a inauguré cette clarification : on y distinguait en effet nettement les cavallarmati et les cavalleggieri. La Sérénissime alignait aussi des estradiots, mercenaires albanais reconnus pour leur habileté à cheval. En 1499, Louis XII engagea lui aussi des cavaliers albanais qu’il plaça sous le commandement du sieur de Fontrailles « capitaine général de tous les Albanais et chevau-légers » à sa solde. En 1509, on remarque dans l’armée française 400 lances moresques, appelées compagnies nouvelles de cavalerie légère. Mais si la cavalerie lourde continuait à exiger des gens d’armes la qualité de chevalier et à appliquer la tactique rudimentaire de ces derniers, il n’en était rien de la cavalerie légère qui s’ouvrait très largement aux volontaires de toutes les classes. Cependant, la production de quartiers de noblesse était toujours exigée des officiers. Les jeunes nobles avaient donc le choix : ou bien, ils constituaient une lance dans la cavalerie lourde ou ils prétendaient à une place d’officier dans la cavalerie légère. Le meilleur moyen d’obtenir une telle position était encore de faire son apprentissage dans les rangs des gens d’armes et d’y briller pour obtenir un brevet dans la cavalerie légère. 14

Ainsi s’établit la distinction qui devait subsister jusqu’à la fin de la monarchie : d’une part la Maison du Roi et la Gendarmerie de France, qui prétendaient remonter aux compagnies d’ordonnance de Charles VII, et, d’autre part, la cavalerie légère composée de régiments de toute nature : cuirassiers ou hussards, les dragons étant mis à part, nous verrons pourquoi. Mais la Renaissance a pour effet d’ouvrir les esprits. On relit Polybe et César ; on constate que la force brute doit s’incliner devant l’habileté tactique. On recommence à considérer la manœuvre comme une manière de combattre… Ce qui n’empêche pas François Ier d’appliquer les vieilles recettes à Pavie et, après une folle charge de la « fine fleur de la chevalerie française » contre les tercios, de se retrouver prisonnier des Espagnols. C’est aussi l’époque ou les armes à feu se « miniaturisent ». Apparaissent ainsi l’arquebuse puis le mousquet. Mais l’encombrement de ces armes les réserve encore aux fantassins. Vers 1530, le pistolet commence à se répandre. Le premier résultat de l’apparition des armes à feu est que les gens d’armes cherchent d’abord à renforcer leurs protections. Les armures s’épaississent au point que le maniement du cheval et de la lance devient impossible. Ainsi, les gendarmes sont-ils le plus souvent gardés en réserve. Cette simple indication suffit à comprendre l’évolution des mentalités. Jadis, aucun chevalier n’aurait accepté de combattre ailleurs qu’au premier rang… Quant à la lance, devenue impossible à manier et, de toute façon, inefficace devant les rangs de piquiers et d’arquebusiers, elle disparut définitivement des rangs de la cavalerie lourde à la fin du XVIe siècle. Mais elle tombe aux mains des fantassins et notamment des redoutable tercios espagnoles, comme on peut l’apercevoir sur la droite du célèbre tableau de Velasquez représentant la reddition de Breda et montrant Justin de Nassau remettant les clefs de la ville à Spinola le 5 juin 1625.

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La reddition de Breda par Diego Velasquez (Madrid, Musée du Prado)

C’est sous Henri II, en 1549, que la cavalerie légère fut placée sous l’autorité d’un colonel général. La cavalerie lourde resta, jusqu’en 16277, sous le commandement immédiat du roi ou du connétable, formant ainsi ce qu’on allait appeler la Maison du Roi et des Princes. Le ban et l’arrièreban de la noblesse, assimilés à la cavalerie légère, subordonnèrent leurs bannières à celle, entièrement blanche, du colonel général. La charge de colonel général de la cavalerie légère a subsisté jusqu’en 1788 ; c’est ce qui explique que les commandants de régiments de cavalerie se sont appelés jusque-là mestre de camp et non point colonel. A partir de 1552, et à plusieurs reprises, le colonel général se vit adjoindre un mestre de camp général ; cette charge devint permanente en 1578. Un troisième dignitaire vint s’adjoindre aux deux premiers : l’intendant général ou commissaire général. Ces charges, devenues honorifiques, furent supprimées en 1788. En 1552, l’effectif de la cavalerie légère était double de celui des compagnies d’ordonnance. Le traité de Cateau-Cambrésis qui amena la fin des guerres d’Italie eut pour conséquence la démobilisation d’une grande partie de l’armée française. Les troupes étrangères furent congédiées et la plupart des compagnies françaises de cavalerie légère furent licenciées.
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Date de la suppression de la charge de connétable.

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Celles qui subsistèrent furent transformées en compagnies de gendarmes. De telle sorte qu’en 1560, au moment où allaient éclater les guerres de religion, il existait 65 compagnies de gendarmes des ordonnances, comprenant pas moins de 2 590 lances. Trois ans plus tard, le 10 juin 1563, on comptait 103 compagnies et 4 210 lances. Ce chiffre était beaucoup trop important et le roi Charles IX, très méfiant quant à la fidélité des commandants de compagnie, promulgua l’édit de Meulan (20 septembre 1563) « portant que les compaignies qui viendroient cy après à vaquer par mort ou forfaiture, seront et demeureront étaintes et supprimées, sans que, pour quelque cause que ce soit, il puisse y être pourvu d’une manière quelconque ». De telle sorte qu’à la revue du 7 avril 1564, il n’y avait plus que 91 compagnies et 3 170 lances ; à celle du 15 mars 1567, 69 compagnies et 2 300 lances. En septembre quand le prince de Bourbon-Condé se souleva (la surprise de Meaux), un grand nombre de compagnies le suivirent, pendant que d’autres capitaines se maintenaient dans une prudente réserve, se contentant d’asseoir leur autorité sur les places qui leur avaient été confiées. Le roi, ne pouvant plus compter sur eux, fit pour la cavalerie ce qu’il fit pour l’infanterie : il fit appel à la main d’œuvre étrangère… Aux 6 000 fantassins suisses que commandait le célèbre Louis Pfiffer, vinrent s’adjoindre 6 500 reîtres allemands ainsi que des cavaliers Italiens ou espagnols. En même temps, on cassa aux gages un certain nombre de compagnies françaises dont la fidélité était douteuse. Pour montrer l’évolution des choses, on peut citer les effectifs de la cavalerie de l’armée royale engagés à Moncontour sous le commandement du duc d’Anjou, futur Henri III : 21 compagnies françaises totalisant 10 500 chevaux ; 7 000 Allemands ; 2 000 Italiens ; 1 200 Espagnols et 1 000 Badois. Henri IV n’était pas convaincu de l’efficacité de la cavalerie lourde. Alors qu’il était encore roi de Navarre, il avait remplacé sa propre compagnie de gendarmes par une compagnie de chevau-légers qu’il intégra à la Maison militaire du roi lorsqu’il monta sur le trône. L’année suivante, il débarrassa l’ensemble des compagnies de gendarmes de leurs lourdes armures. Ne restait comme différence entre gendarmes et chevau-légers que le nom, les soldes et les préséances. 17

Mais à cette époque, la cavalerie légère offrait une belle variété… On y voyait des archers, des argoulets (armés d’arquebuses), des genétaires (montés sur de petits chevaux espagnols appelés « genêts »), des pistoliers (armés de pistolets), des chevau-légers, des arquebusiers, des dragons (cavaliers sans botte qui marchent à cheval mais combattent à pied) et des carabins (armé d’une petite arme à feu qui tire avec un rouet) à quoi il faut ajouter les troupes étrangères, reîtres (dont le nom vient de l’allemand reiter et qui ne s’applique donc qu’à des cavaliers) et Albanais. Il faut ici préciser que les archers, dont nous parlons ici, s’ils étaient bien armés d’arcs ou d’arbalètes sous Louis XII, avaient remplacé ces armes par le pétrinal, sorte de long pistolet dont la crosse s’appuyait sur la poitrine. On continua à les appeler archers par tradition. Quant aux argoulets, sans doute s’agissait-il à l’origine d’archers montés italiens (arcoleti) ; ils remplacèrent l’arc par une arquebuse et subsistèrent jusque sous Henri III puis s’amalgamèrent avec les carabins. Les dragons méritent qu’on soit un peu plus bavard à leur sujet. Leur création est due sans doute au maréchal de Brissac qui, de 1550 à 1560, avec une poignée de fantassins d’élite, parvint à maintenir la mainmise de la France sur une partie du Piémont. Ses hommes, très expérimentés, possédaient pour la plupart des chevaux pris sur l’ennemi. Pour l’exécution de leurs hardis coups de main, ils prirent l’habitude de monter à cheval pour gagner rapidement le théâtre de leurs exploits. Arrivés sur place, ils confiaient leurs chevaux à quelques « goujats » pendant qu’ils montaient au combat avec leurs piques ou leurs arquebuses. Susane pense que ces fantassins à cheval se donnèrent à eux-mêmes le surnom de « dragons », à cause de la terreur qu’ils suscitaient. Ménage fait dériver le terme du latin draconarii que l’on trouve chez Végèce avec la signification de soldat. Mais sans doute est-ce Furetière qui a raison quand il dit que le mot dérive de l’allemand tragen (ou draghen) qui signifiait « infanterie portée ». En tout cas, les spécialistes ne confondent jamais les dragons ni avec l’infanterie ni avec la cavalerie. Et ceux qui hésitent à classer les régiments de dragons dans la cavalerie lourde ou dans la cavalerie légère perdent leur temps : ils ne font tout simplement pas partie 18

de la cavalerie mais tiennent leur rang à eux et forment une arme à part entière. Même si ce particularisme avait un peu disparu en 1815, on fit remplir aux dragons des missions auxquelles rien ne les destinait : le général Exelmans qui commandait le 2e corps de cavalerie, entièrement composé de dragons, se plaignit à voix haute qu’on les utilise comme unités de reconnaissance, ce pour quoi ils n’étaient pas faits.

Chevau-léger (1560-1600) par Félix Philipotteaux.

Restons un instant à la fin du XVIe siècle pour voir comment combattaient ces cavaliers. Quoiqu’on constate une très grande variation dans le chiffre de cet effectif, la force des compagnies se montait en principe à 80 chevaux qui se rangeaient en bataille sur trois rangs au moins, mais le plus souvent sur cinq ou six. On réunissait la cavalerie sur les ailes, protégeant à coups de pistolets ou d’arquebuses l’infanterie, qui occupait le centre, contre toute 19

manœuvre tendant à la prendre de flanc. On pouvait placer des compagnies isolées dans les intervalles des bataillons, afin de les appuyer de plus près. Dans tous les cas, la manœuvre la plus courante était la caracole. Il s’agissait de rompre en colonne par un successivement dans chaque colonne, au trot ou au galop, pour venir raser le flanc de l’ennemi. Chaque cavalier faisait feu en passant et venait reprendre sa place par deux demi-voltes à la queue de la colonne. Après quoi, il rechargeait son arme afin d’être prêt à une nouvelle intervention. Les charges massives contre l’infanterie étaient extrêmement rares : les fantassins tenaient les cavaliers à bonne distance grâce à la longueur de leurs piques – les piques espagnoles mesuraient 5,2 mètres – ou à l’efficacité de leurs arquebuses, portant plus loin et plus juste que les pistolets ou carabines de la cavalerie. Lorsque la cavalerie avait à affronter la cavalerie ennemie, le combat consistait le plus souvent à charger puis, après déchargé son arme, à s’affronter à l’arme blanche. Cette méthode qui rappelait la vieille tactique des chevaliers resta en usage jusqu’au début du XVIIIe siècle. En 1598, après la paix de Vervins, Henri IV supprima pratiquement toute cette cavalerie légère, qui, à vrai dire, n’avait de léger que le nom : les cavaliers étaient protégés par de lourds corselets et d’encombrants morions. Ils étaient à peine plus légers que les cavaliers des compagnies d’ordonnance, bardés de fer ainsi que leurs chevaux et cela réduisait considérablement leurs capacités manœuvrières, les montures étant vite essoufflées à cause de leur lourde charge. La réduction radicale de la cavalerie par Henri IV répondait, il faut le dire, à des impératifs plus politiques que militaires. Il faut comprendre que jusqu’en 1600 la profession des armes était – faussement – censée anoblir celui qui l’exerçait. En tout cas, les militaires arguaient de ce prétendu privilège pour échapper à la taille. En 1578, Henri III avait supprimé le prétendu anoblissement par le fief8 ; en 1600, Henri IV profita d’un édit sur la taille pour redire que le service militaire n’anoblirait pas, et que la noblesse ainsi acquise depuis 1563 – date du début des guerres
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On prétendait acquérir la noblesse en acquérant un fief noble.

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civiles – n’était pas parfaite. Il n’était en effet pas question qu’un quidam qui avait enfourché un cheval durant les guerres de religion – ce que tout le monde avait plus ou moins fait – s’en prévale pour échapper à la taille… L’édit de 1600 suscita plus que des murmures parmi les gendarmes et les chevau-légers. Le roi régla le problème en les renvoyant purement et simplement dans leurs foyers. A la fin du règne d’Henri IV, ne subsistaient donc que la cavalerie de la Garde personnelle du roi : sa fameuse compagnie de chevau-légers, 4 compagnies de Gardes du corps, 100 arquebusiers et carabins. A quoi il faut ajouter 19 compagnies ordinaires réduites à 25 ou 30 maîtres. Au total, guère plus de 1 500 chevaux. Tout au plus, le roi se contenta-t-il de créer une compagnie de gendarmes au service du Dauphin et encore en préleva-t-il l’effectif dans les compagnies existantes.

Naissance de la cavalerie moderne
Naturellement, on ne pouvait pas ignorer qu’à l’étranger, la cavalerie avait évolué. L’Espagne, l’Empire, continuellement en guerre depuis Charles Quint, avaient modifié leur conception de la cavalerie. Tout comme en France, la chevalerie et ses techniques de combat étaient résolument obsolètes et disparurent des champs de bataille. Mais les raisons mêmes qui avaient engagé Henri IV à se séparer des compagnies d’ordonnance provoquèrent leur dernier sursaut d’agonie. La renaissance de la guerre civile sous la régence de Marie de Médicis et celle d’Anne d’Autriche, vit renaître des compagnies franches dont les capitaines suivaient l’un ou l’autre parti d’après leurs intérêts. Richelieu En 1615, dans l’armée royale, on adjoignit une bande de carabins, armés de mousquetons et commandés par un lieutenant, à chaque compagnie de chevau-légers. La supériorité de l’armement des carabins fit que les chevau-légers ne tardèrent pas, de leur propre initiative, à adopter eux aussi le mousqueton. La raison qui avait motivé l’adjonction de carabins cessait dès lors d’exister. En 1621, devant La Rochelle, on regroupa donc les bandes de cavalerie pour en former un corps séparé que l’on plaça sous le commandement d’Isaac de Corbeville, à qui, l’année suivante, on 21

accorda le titre de mestre de camp général des carabins et que l’on subordonna au colonel général de la cavalerie légère. Le corps des carabins subsista jusqu’en 1661. Mais le titre de mestre général des carabins continua d’exister jusqu’en 1684 lorsque son dernier titulaire, le comte de Quincy, après 23 ans de sinécure, se décida à revendre la charge au comte de Tessé, mestre général des dragons.

Richelieu en chef de guerre : "Le siège de La Rochelle (1628)" par Henry-Paul Motte (1881)

Le siège de La Rochelle eut une autre conséquence. On avait constaté, lors de la revue générale qui précéda le siège, que la cavalerie était composée de nombreuses compagnies, certes, mais d’importance inégale. Les services de piquet et de grand-garde étant assurés par roulement des compagnies, le cardinal de Richelieu s’avisa des dangers courus lorsque la compagnie de service était trop faible. Il réussit donc, non sans peine, à persuader les capitaines des compagnies les moins fortes à se réunir par 2, 3 ou 4 pour former des escadrons de 100 chevaux. Encore fallait-il tenir compte de la susceptibilité des capitaines : le commandement de l’escadron revenait quotidiennement à chaque capitaine à tour de rôle… Plus tard, l’escadron deviendra l’unité tactique des troupes à cheval, comme le bataillon pour les troupes à pied, mais les 2, 3 ou 4 compagnies qui le composaient, conservèrent leurs étendards particuliers tandis que les capitaines s’habituaient progressivement à marcher sous le comman22

dement unique du plus ancien d’entre eux. Cette organisation s’est perpétuée dans la Maison du Roi et dans la Gendarmerie de France jusqu’en 1788. En 1633, profitant de l’expérience acquise à La Rochelle, le cardinal dont le but était de détruire les privilèges, de réduire les capitaines de cavalerie à l’obéissance et de mettre les compagnies « franches » à l’ordonnance, frappa un premier coup en supprimant la distinction entre vieilles compagnies – celles qui avaient survécu à Henri IV – et nouvelles compagnies, ne faisant plus d’elles qu’un seul corps. Dans l’ordonnance qu’il fit signer au roi le 29 septembre 1633, il précisait que le capitaine qui achèterait une compagnie vieille ne bénéficierait plus de la préséance attachée à cette compagnie mais prendrait place à la suite des capitaines appartenant déjà au cadre à la date de l’achat ou de la commission. Deuxième coup porté par le cardinal au vieux système : le règlement donné le 3 octobre 1634 qui, enfin, donnait une forme officielle aux essais de La Rochelle : la cavalerie française était formée en 91 esquadres de cavalerie et 7 esquadres de carabins, chaque esquadre étant en principe formée de 100 chevaux. Enfin, en 1634, il fait signer à Louis XIII une ordonnance qui prescrit la formation de 12 régiments de cavalerie légère, composés chacun de 7 compagnies, ce qui fait un total de 84 compagnies. Richelieu ne prit aucune disposition pour les 7 compagnies restantes, détenues par de trop grands personnages de souche royale ou de la très haute aristocratie pour qu’on s’en prît directement à eux. En même temps, il faisait admettre à la solde de France deux régiments levés précédemment à l’étranger, l’un en Savoie, l’autre en Allemagne. Quant aux 7 esquadres de carabins, elles étaient réunies en un régiment. Neuf compagnies étrangères de carabins étaient réunies dans un régiment confié au favori de Louis XIII, le futur duc de Saint-Simon, père de l’illustre chroniqueur. Et pour couronner le tout, le 27 mai 1634, le cardinal prescrivait la formation de 6 régiments de dragons, dont l’un était placé immédiatement sous son commandement.

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Le 26 octobre 1635, 16 vieux régiments allemands – en fait des Ecossais, des Liégeois, des Lorrains, des Suisses, des Polonais, etc. et des Allemands – qui appartenaient au duc de Saxe-Weimar furent mis à la solde du roi et définitivement incorporés à la cavalerie française à la mort du duc en 1639. Ainsi donc, à la fin de la campagne de 1635, les troupes à cheval se montaient à une cinquantaine de régiments dont 28 étrangers. On comptait 22 329 chevaux, y compris les 7 compagnies séparées appartenant au roi, aux princes ou à certains Grands dont le cardinal lui-même. Ces régiments étaient composés de 2 escadrons, chacun comptant 2 compagnies : une ancienne (dite chef d’escadron) et une nouvelle. Les régiments furent donnés à des mestres de camp choisis parmi les officiers déjà pourvus d’une compagnie ancienne ; cette compagnie personnelle, propriété du chef de régiment, est appelée compagnie mestre de camp et se trouve placée à la tête du 1er escadron. Autrement dit, le commandant du régiment était aussi celui du 1er escadron ; celui du 2e escadron était le plus ancien capitaine du régiment après le mestre de camp et on lui donna le titre de major. Au bout de sept mois seulement, le cardinal fut obligé de renoncer à son système. Des difficultés de préséance sans nombre et le peu de résultat obtenus sur le terrain le forcèrent à en revenir au vieux système, à peine modifié. Le 26 juillet 1636, le secrétaire d’État à la guerre, Sublet des Noyers écrivait au cardinal de la Valette, ami et confident de Richelieu : « Le Roy met la cavalerie en escadrons au lieu de régiments. Son Eminence n’a point de satisfaction de son régiment, ni du vôtre.9 » On ne peut être plus clair… On distribua donc la cavalerie française par escadrons de 3 compagnies chacun, selon le rang de leur ancienneté. Mais le cardinal n’était pas homme à renoncer à une bonne idée et le lendemain même du licenciement des régiments de cavalerie légère, il fit supprimer le recrutement de la cavalerie par « l’élément noble et désobéissant ». Après 18 mois de réflexion et de consultation, le 24 janvier 1638, on délivra des commissions pour 36 régiments de cavalerie légère française,
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Cité par Susane, p. 97.

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composés uniformément de 8 compagnies de cavalerie légère et d’une compagnie de mousquetaires. Avec les 25 régiments étrangers, qui avaient subsisté, on avait donc maintenant 61 régiments, chiffre bientôt porté à 70. Le règlement du 15 mai 1638 disposait que « chaque régiment marchera selon l’ancienneté de son mestre de camp depuis qu’il est capitaine, excepté ceux du colonel général et du mestre de camp général ». Et le roi précisait : « Sa Majesté ayant voulu que la compagnie de la Reine, celle de Monsieur, de M. le Prince, et quelques autres, demeurassent franches, sans être incorporées dans aucun régiment, S M. entend qu’elles ne rouleront point et resteront auprès du général de l’armée, ou auprès de Sa personne, à l’instar de la compagnie de la Garde de S.M. Les carabins prendront l’ordre du colonel et du mestre de camp général de la cavalerie. » Mais ces règlements furent appliqués avec la plus grande difficulté : les capitaines se montraient toujours aussi arrogants et la tête aussi près du bonnet. Il fallut plusieurs arrêts du Conseil d’État cassant aux gages les officiers les plus turbulents pour arriver à maintenir un certain ordre dans la cavalerie légère. C’est ainsi que le roi écrit personnellement au marquis de Praslin, mestre de camp général pour « lui défendre de venir à la cour et lui ordonner de se retirer chez lui à la campagne, à cause du mécontentement qu’a S.M. du mauvais ordre qu’il a laissé introduire dans la cavalerie de l’armée en Champagne ». Certains historiens, à la fin du XIXe siècle, voyaient dans les difficultés rencontrées par le cardinal-duc pour réformer la cavalerie et en faire une arme efficace, la manifestation de l’orgueil d’une noblesse frondeuse et portée à sauvegarder ses privilèges féodaux : « Il est bon que l’on sache à quelles difficultés se sont heurtés les anciens gouvernements, même les plus vigoureux, et combien les préjugés, les intérêts particuliers, les passions de quelques-uns, l’ignorance et la vaniteuse sottise de la foule, et par-dessus tout cette maladie française, ce besoin de braver l’autorité, ont de tout

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temps fait perdre de vue les intérêts généraux du pays et causé de maux à la France…10 » Et c’est un officier général français qui le dit !... Et le même enfonce douloureusement le clou : « On exalte beaucoup trop l’importance du rôle joué par la bravoure du soldat et par l’esprit d’aventure de l’officier. On entretient ainsi chez les Français la croyance à une certaine supériorité naturelle qui doit lui tenir lieu de tout et les porte à mépriser l’adversaire, quel qu’il soit.11 » Et il ne s’agit pas de football… En outre le cardinal-ministre se heurte au particularisme féodal des seigneurs français. La règle qui voulait que le vassal dût le service militaire à son suzerain n’avait jamais été abrogée. Déjà, le 31 juillet 1636, le roi Louis XIII avait signé une ordonnance qui relevait le gentilhomme de l’arrière-ban de l’obligation du devoir militaire personnel et l’avait autorisé à se faire remplacer à l’armée par un cavalier entretenu à ses frais. Cela ne suffisait pas : la plupart des gentilshommes concernés s’abstinrent de profiter de cette facilité et préférèrent continuer à fournir le service personnel. Or, ainsi qu’il a été dit, le cardinal avait pour but de se débarrasser de ces féodaux cabochards et de constituer une véritable armée de métier. Mais comment faire pour dégager l’arrière-ban de ses obligations militaires sans toutefois rompre le lien féodal en lui-même ? Richelieu usa d’une astuce, bien dans sa manière : il fit abroger l’ordonnance de 1636 et, le 14 mai 1639, soumit à la sanction royale une ordonnance qui précisait que le gentilhomme, au lieu de fournir un homme à cheval, devrait fournir 2 hommes à pied. Aucun gentilhomme n’aurait pu consentir à servir comme simple fantassin. Passez muscade !... Quoi qu’il soit, à force de rigueur, le cardinal de Richelieu, contraint par les événements (on est en plein dans la guerre de Trente ans et la France est menacée de partout) autant que par le sens rationnel qui le caracté10 11

Susane, p. 101. Id., p.103.

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rise, finit, à la fin 1638, par obtenir 70 régiments de cavalerie instruits et organisés qui montrèrent leur pleine mesure à Rocroi. Et le système subsista 20 ans jusqu’au traité des Pyrénées qui mettait fin à la guerre de Trente ans. D’après les périodes, le nombre de régiments de cavalerie a varié de 60 à 170. Nous possédons un état complet de la cavalerie française à la date du 24 février 1647 et il n’est pas inintéressant de le reproduire :

Hors de l’autorité du colonel général de la cavalerie légère
La Garde du roi : 4 compagnies de Gardes du corps, 1 compagnie de gendarmes et 1 compagnie de chevau-léger. Les 22 compagnies de gendarmes, de chevau-légers ou de mousquetaires appartenant à la Reine-Mère, au duc d’Anjou, au duc d’Orléans, au prince de Condé, au cardinal Mazarin et aux 17 maréchaux de France. La cavalerie légère proprement dite (sous l’autorité du colonel général) 68 régiments (300 cornettes) dont 12 d’origine étrangère. La cavalerie auxiliaire 62 régiments étrangers (italiens, catalans, anglais, allemands, lorrains et wallons) sous les ordres de colonels particuliers. L’ordonnance du 30 mars 1654 avait fixé la force des compagnies à 46 maîtres ; les escadrons étaient donc de 92 hommes pouvant former, avec le cadre, 3 rangs et 30 à 32 files. Turenne Le 24 avril 1657, Louis XIV nommait colonel général de la cavalerie légère, le maréchal Henri de la Tour d’Auvergne, vicomte de Turenne. Mais Turenne exerçait déjà une considérable influence sur le cardinal de Mazarin avec lequel il s’était réconcilié lors du rappel définitif de celui-ci en décembre 1651. Dès 1654, le maréchal avait soutenu que dans une guerre où cinq ou six armées 27

Le Vicomte de Turenne par Charles Le Brun (1665) Musée de Versailles

étaient engagées, deux postes de général de cavalerie n’étaient pas suffisants. Il obtint donc la création d’une charge de commissaire général de la cavalerie qui fut finalement confiée, après bien des difficultés, au marquis d’Esclainvilliers12. Une fois nommé colonel général, Turenne, dans la même optique, proposa la création de charges de brigadiers de cavalerie. Depuis 1654, trois officiers généraux étaient aptes à commander la cavalerie : le colonel général, le mestre de camp général et le commissaire général. S’il y avait plus de trois armées, une fois que les trois généraux s’étaient répartis les commandements des cavaleries faisant partie de ces armées, il n’y avait plus personne pour commander les autres, de telle sorte que les mestres de camp se livraient chacun à de sournoises machinations pour prendre le pas sur les autres. Comme les généraux commandant d’armée n’avaient pas à s’abaisser à régler les détails de fonctionnement de leur cavalerie, Turenne était d’avis de donner à des officiers généraux la possibilité de commander plusieurs régiments. Le maréchal rallia Mazarin à ses vues et le 8 juin 1657, était créée la charge de brigadier général de la cavalerie. Les brigadiers étaient officiers généraux mais n’en gardaient pas moins leur régiment dont ils restaient mestres de camp ; ce n’est qu’en campagne qu’ils prenaient le commandement d’une brigade. La première fournée de brigadiers commissionnés en 1657 comptait 13 mestres de camp, jugés les plus aptes à commander des masses de cavalerie. A la fin de la guerre franco-espagnole, l’armée française comptait 700 cornettes ou compagnies de cavalerie, nationale ou auxiliaire, et 112 régiments constitués. Mais avant même que fût signé le traité de Pyrénées, (7 novembre), le roi signa la dissolution de tous les régiments de cavalerie, dont il ne conserva qu’une ou deux compagnies et toutes les compagnies d’ordonnance ou franches furent supprimées sauf celles du roi et des princes du sang. Mais cette mesure radicale ne fut appliquée que progressivement. Fin 1661, on n’avait conservé que 4 régiments : le régiment Royal, le régiment du Roi, les carabins du Roi et Royal Étranger.
C’est à ce personnage que le 3e régiment de cuirassiers français, définitivement dissous en 1998, faisait remonter sa création.
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Les compagnies des Princes ne comptaient plus que celles de la Reine, de la Reine-Mère, de Monsieur et du duc d’York. En 1662, la cavalerie était donc composée comme suit : Maison du Roi o 4 compagnies de Gardes du corps o Gendarmes de la Garde o Chevau-légers de la Garde o Une compagnie de mousquetaires o Gendarmes écossais Gendarmes et chevau-légers de la Reine Gendarmes et chevau-légers de la Reine-Mère Gendarmes de Monsieur Une soixantaine de compagnies franches (légères) appartenant à d’anciens mestres de camp 4 régiments organisés. C’était évidemment fort peu en cas de conflit. En 1663, le grave incident qui avait impliqué l’ambassadeur de France à Rome exigea l’envoi en Italie de 26 compagnies, qui, une fois l’incident aplani, séjournèrent quelque temps à Parme et à Modène avant d’être envoyées en Hongrie à l’aide de l’Empereur aux prises avec les Ottomans. Après que 14 autres compagnies venues directement de France les y rejoignirent, il n’y avait pratiquement plus de cavalerie en France, au point que le roi, ayant à envoyer en novembre 1665, un corps expéditionnaire contre l’évêque de Münster, dut détacher une partie de ses Gardes du corps, deux compagnies de mousquetaires (dont l’une de création récente) et les chevaulégers du Dauphin, créés en janvier 1663. Lorsque la mort du roi Philippe IV d’Espagne laissa entrevoir le risque d’une guerre, Turenne obtint le recrutement de 37 régiments, ce qui en porta le nombre à 41, et les confia à d’anciens mestres de camp licenciés en 1659 et 1661. Quelques autres régiments furent créés par la suite, de sorte qu’en avril 1667, la cavalerie française pouvait se décomposer ainsi :

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Maison du Roi et des Princes (2 800 hommes) o Gardes du corps (4 compagnies, 800 h) o Gendarmes du Roi (1 compagnie, 200 h) o Chevau-légers du Roi (1 compagnie, 200 h) o Mousquetaires du Roi (2 compagnies, 600 h) o Gendarmes écossais (1 compagnie, 200 h) o Gendarmes et chevau-légers de la Reine (2 compagnies, 200 h) o Gendarmes et chevau-légers du Dauphin (2 compagnies, 400 h) o Gendarmes et chevau-légers de Monsieur (2 compagnies, 200 h) Cavalerie légère (10 800 maîtres, 820 officiers) o 9 régiments à 6 compagnies o 32 régiments à 4 compagnies o 3 régiments à 3 compagnies o Le régiment des carabins du roi (14 compagnies) L’année suivante, on porta le nombre de ces régiments à 95. Les dragons étaient définitivement constitués en 2 régiments (Royal et Colonel Général) entre lesquels on répartit les carabins qui comptaient alors un total de 22 compagnies. Après la signature de la paix d’Aix-la-Chapelle, le roi qui, dit-on, n’avait pas été entièrement satisfait par ses régiments de cavalerie, les réduisit en compagnies franches, maintenant ainsi 10 000 chevaux, y compris ceux de sa Maison. Toutes les compagnies furent complétées à 100 maîtres et Turenne chargea le marquis de Fourilles de les organiser uniformément et de les instruire, « l’intention du Roi étant de les reconstituer en régiments » aussitôt que cette instruction serait faite. Le 1er février 1670, on dédoubla les compagnies, chacune comptant maintenant 50 maîtres ce qui donna 66 escadrons de 2 compagnies de 50 maîtres chacune. En examinant la liste de ces escadrons qui, comme le veut la tradition, portent le nom de leur commandant, le général Susane constatait qu’on n’y voyait fort peu de patronymes appartenant à la grande noblesse. Il en tirait la conclusion, certainement fondée, que Turenne avait préféré confier ses escadrons à des officiers de mérite plutôt qu’à des rejetons de familles au nom étincelant. Il suggère même que la manière feutrée dont avait opéré Turenne pour dissoudre les anciens régiments et à mettre trois ans pour les remplacer par de nouveaux esca30

drons à 2 compagnies (et non plus des régiments) avait justement pour but d’éliminer les mestres de camp les plus turbulents, encore pénétrés de l’esprit féodal contre lequel la monarchie bataillait depuis près d’une cinquantaine d’années maintenant. Le 1er juillet 1671, les compagnies furent portées à 100 maîtres et un peu plus tard, on prit 30 cavaliers dans chacune de ces compagnies, pour former la troisième compagnie de chaque escadron. Dès lors, l’escadron comptait 3 compagnies de 60 à 70 maîtres chacune. En 1672, nouveaux bruits de bottes : Louis XIV prépare la guerre de Hollande. Les 66 escadrons sont portés à 6 compagnies chacun et retrouvent le nom de régiment. Ce n’est qu’alors que, pour la cavalerie, s’inaugure le régime de la permanence, en vigueur déjà depuis près de cent ans dans l’infanterie.

Mousquetaire noir de la Maison du Roi (1724) d'après Humbert et Liénard - Les uniformes de l'armée française, planche 25.

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Les régiments permanents En 1678, la guerre de Hollande se termina par la paix de Nimègue. A l’issue du conflit, la cavalerie française se décomposait de la manière suivante La grosse cavalerie La Maison du Roi o 1ère Division de réserve (1 400 hommes)  4 compagnies des Gardes du corps commandés de droit par le capitaine de la compagnie écossaise. e o 2 Division de réserve (1 200 hommes) dite Maison Rouge  1 compagnie des gendarmes de la Garde  1 compagnie de chevau-légers  2 compagnies de mousquetaires  1 compagnie de grenadiers de la Garde (depuis 1676) La Gendarmerie : 1 division de réserve (1 200 à 1 600 hommes) o 1 compagnie de gendarmes écossais du Roi o 1 compagnie de gendarmes anglais du Roi o 1 compagnie de gendarmes de Bourgogne du Roi o 1 compagnie de gendarmes de Flandre du Roi o 1 compagnie de gendarmes de la Reine o 1 compagnie de chevau-légers de la Reine o 1 compagnie de gendarmes du Dauphin o 1 compagnie de chevau-légers du Dauphin o 1 compagnie de gendarmes d’Anjou o 1 compagnie de chevau-légers d’Anjou o 1 compagnie de gendarmes d’Orléans o 1 compagnie de chevau-légers d’Orléans o 1 compagnie de gendarmes de Bourgogne (à partir de 1690) o 1 compagnie de chevau-légers de Bourgogne (idem) o 1 compagnie de gendarmes de Berry (idem) o 1 compagnie de chevau-légers de Berry (idem) La cavalerie légère  99 régiments de 8, 6, 4 ou 3 compagnies suivant leur ancienneté ou la qualité de leur commandant, soit un total de 47 100 cavaliers.

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Le corps des dragons  14 régiments, organisés comme la cavalerie légère, soit un total de 9 840 dragons Il n’existait à cette époque aucune école de cavalerie. C’est la Maison du Roi qui en tenait lieu, en particulier les deux compagnies de mousquetaires. Ces deux compagnies, organisées pour combattre tant à pied qu’à cheval, étaient les seules troupes de cavalerie de la Maison du Roi casernées à Paris dans des hôtels construits pour elles : l’une au Faubourg Saint-Antoine, l’autre au Faubourg Saint-Germain. C’est par elles que passèrent la plupart des officiers, tant cavaliers que fantassins, de l’armée royale. Les jeunes nobles de province y étaient accueillis dès l’âge de 15 ans et soumis à une discipline sévère et à une instruction soignée. Cette instruction n’était pas seulement théorique puisque les compagnies de mousquetaire marchaient au combat comme les autres. C’est le plus souvent au cours de ces combats que les jeunes mousquetaires décrochaient un brevet de cornette ou de sous-lieutenant. C’est dans les corps euxmêmes que se formaient les sous-officiers, distingués dans la troupe, elle-même composée de volontaires blanchis sous le harnais. L’effectif d’une compagnie de cavalerie – comme d’une compagnie de dragons – se Guidon du 5e dragons, mod. 1804) composait en temps ordinaire (et selon l’état du Trésor…) de 20 à 60 hommes. Chacune avait un capitaine, un lieutenant, un cornette ou un guidon, parfois un sous-lieutenant, toujours un maréchal-des logis et un brigadier pour 12 à 16 maîtres. A la différence de notre époque où le brigadier équivaut à un caporal et fait partie de la troupe, le brigadier était alors un véritable sous-officier. Tant qu’elle demeura la propriété de son capitaine, la compagnie s’administra séparément et posséda sa propre enseigne, appelée dans la cavalerie, étendard, chez les dragons, guidon. Cette enseigne était rectangulaire dans la cavalerie mais chez les dragons, le bord opposé à la hampe était découpé en deux demi-cercles. Il faut remarquer que cette 33

forme particulière d’étendard est restée très longtemps en usage, même sous l’Empire, et qu’elle se perpétue étrangement de nos jours au Canada : la forme du guidon de la Gendarmerie royale du Canada est tout à fait caractéristique. On reconnaît dans les étendards et guidons les successeurs des bannières du temps de la chevalerie et les capitaines et mestres de camp en étaient bien conscients. Un régiment qui avait été porté à 12 compagnies durant une guerre et puis réduit à 4 à la paix conservait ses 12 étendards ou guiGuidon de la Gendarmerie royale du Canada

dons…

Il est important de retenir que, sur le terrain, en manœuvre comme à la guerre, les compagnies n’agissent que comme fractions de l’escadron, devenu, comme le bataillon dans l’infanterie, l’unité tactique dans la cavalerie. Lorsque le régiment fut définitivement constitué, en 1671, l’escadron comptait 3 compagnies. En 1733, on porta ce nombre à 4 compagnies de 40 hommes, soit 160 maîtres pour un escadron. En 1762, le nombre de compagnies de l’escadron fut réduit à deux, mais l’effectif des compagnies fut doublé. Après quelques hésitations, ce système prévalut en 1788 et le grade de chef d’escadron fut créé. Jusqu’alors, les compagnies de l’escadron se rangeaient de droite à gauche, dans l’ordre d’ancienneté des capitaines, et étaient placées sous le commandement du capitaine le plus ancien, dont la compagnie personnelle, confiée à un lieutenant, prenait le titre de compagnie chef d’escadron. Le régiment n’avait qu’un officier supérieur, le mestre de camp étant luimême capitaine titulaire d’une compagnie qu’il confiait à un lieutenant de la mestre de camp. En 1685 et 1686, furent réglés la situation des lieutenants-colonels et majors. Il s’agit là de titres de fonction et non de grades : ils restent capitaines, mais exercent d’importantes fonctions au sein du régiment : le lieutenant-colonel le commande en l’absence du mestre de camp ; en sa présence, il commande le 2e escadron. Le major, quant à lui, est un adjoint du chef de corps, particulièrement affecté à l’administration et à la police ; il ne prend jamais le commandement d’une unité. 34

Nous avons montré combien le nombre de compagnies ou d’escadrons pouvait avoir varié au cours des temps ou selon la qualité de leur chef. En 1779, cependant, les régiments de gentilshommes ayant pratiquement disparus, on put, sans trop de douleur, les mettre sur le même pied. Tous les régiments furent uniformément portés à 5 escadrons de 2 compagnies : 4 escadrons de guerre et 1 escadron auxiliaire ou de dépôt. En temps de guerre, on réunissait 2, 3 ou 4 régiments sous les ordres d’un brigadier général et, dans les grandes armées, l’ensemble de la cavalerie était commandé par le colonel général, le mestre de camp général ou le commissaire général.
Louis XV en cuirasse (1727). Ainsi qu’on l’a constaté, les régiments de cavaAtelier de Van Loo, Musée des Beauxlerie appartiennent tous à la cavalerie légère, Arts, Nancy (RMN) alors que la Maison du Roi et la Gendarmerie, constituées en compagnies franches, constituent la grosse cavalerie. Mais il faut aussi remarquer qu’il n’existe guère de différence entre ces deux catégories. Même armement : pistolet, mousqueton et épée longue, remplacée le 22 février 1679, par le sabre ; même harnachement : selle « à la française » avec housse ou tapis, fontes et couvre-fontes… Ne font la différence que la taille des chevaux (d’où le terme de « grosse cavalerie »), la couleur et la richesse de l’uniforme.

Il n’existait qu’un régiment cuirassé : les Cuirassiers du Roi, appartenant pourtant à la cavalerie légère. Mais le port de la cuirasse était obligatoire pour les officiers et une ordonnance de Louis XIV, datée du 5 mars 1676, vint le rappeler vigoureusement : les officiers qui ne se soumettraient pas à cette obligation verraient leur charge interdite. Il ne s’agissait sans doute pas de donner une protection supplémentaire aux officiers, mais plutôt de permettre de les distinguer plus facilement sur le champ de bataille. Le hausse-col que les officiers ont très longtemps porté comme marque de service n’est rien d’autre que la subsistance de cette cuirasse. Remarquons aussi que les souverains ne s’excluaient pas eux-mêmes de 35

cette obligation ainsi que le montrent de nombreux portraits de Louis XIV et de Louis XV. Nous passerons très vite sur diverses ordonnances modifiant l’organisation de la cavalerie légère dans la mesure où la plupart des mesures prises n’eurent pas de lendemain. Mais il nous faut faire mention de celle du 26 décembre 1679 adjoignant 2 carabiniers à chaque compagnie. Il faut en effet y voir l’origine du corps des carabiniers qui suivirent une évolution comparable à celle des grenadiers dans l’infanterie : d’abord dispersés dans les compagnies, ils finirent par être réunis en compagnies spéciales puis réunis en régiments. L’encre du traité de Nimègue n’était pas sèche que Louis XIV envisageait un nouveau conflit, lequel passera à l’histoire sous le nom de guerre des Réunions (1683-1684). Et le roi entreprit à nouveau d’augmenter ses capacités offensives. En 1681, le roi disposait de 18 000 chevaux, 380 compagnies de cavalerie à 30 maîtres et 126 compagnies de dragons à 36 hommes. Le 8 mars 1682, la cavalerie est augmentée de 160 compagnies formées en régiments nouveaux. Le 7 mai, nouvelle augmentation de 250 compagnies ; celles de dragons sont portées à 40 hommes. Le 27 septembre 1683, les compagnies de cavalerie sont mises à 40 hommes ; on lève 205 compagnies nouvelles dont 25 compagnies franches de dragons pour le service des côtes. Arrive alors la trêve de Ratisbonne qui soulage un peu l’Europe : les compagnies de cavalerie et de dragons sont réduites à 35 hommes. Mais Louis XIV n’était pas homme à laisser sécher l’encre des traités. Voilà donc le pays dans le conflit qu’on appellera la guerre de la Ligue d’Augsbourg., et c’est à nouveau l’occasion de lever de nombreux régiments. Le 30 août 1690, les compagnies de gendarmes et de chevau-légers de Bourgogne, d’Anjou et de Berry sont créées et confiées aux trois petits-fils de Louis XIV. Le 29 octobre 1690, les carabiniers sont retirés des compagnies et affectés à une compagnie spéciale attachée à chaque régiment. Durant cette année, le nombre de régiments de dragons atteignit le chiffre-record de 43. Il convient de préciser ici que Louis XIV, en décembre 1689, avait ordonné que les dragons, lesquels faisaient toujours roulement avec 36

l’infanterie, roulassent désormais avec la cavalerie, avec la restriction importante qu’ils continueraient à rouler avec l’infanterie lors des sièges. Le 1er novembre 1693, Louis XIV, fort content du comportement des compagnies de carabiniers lors de la bataille de Neerwinden ordonna que ces compagnies fussent réunies en un seul corps sous le nom de Royal-Carabiniers et placés sous le commandement de son fils, le duc du Maine, alors âgé de 24 ans. Il plaça ce régiment dans la hiérarchie immédiatement au-dessous du régiment de Berry, appartenant à son plus jeune petit-fils légitime. Encore Royal-Carabiniers fait-il figure de monstre : 5 brigades, 50 escadrons, 100 compagnies. Certains historiens, s’interrogeant sur cette anomalie, n’y ont pas trouvé d’autre explication que la volonté du roi d’imposer à l’armée son fils bâtard qu’il s’apprêtait à légitimer et dont la commission au grade de général des galères puis de lieutenant général avait bien fait rire… en dehors de Versailles. Nous savons que dès 1635, des régiments de cavalerie d’origine hongroise existaient. Mais c’est le 19 novembre 1693 que fut créé le premier régiment entretenu sous le nom de hussards, dont les traditions de corps se sont perdues, l’actuel 1er hussards parachutistes ne prétendant faire remonter les siennes qu’aux hussards de Bercheny, créés en 1720. Il faut aussi citer, fin 1694, la création de charges de directeurs généraux et d’inspecteurs généraux de la cavalerie. Ces créations eurent pour effet de réduire considérablement le rôle du colonel général. Certains ne purent s’empêcher de voir dans ces créations une manœuvre destinée à humilier le comte de Turenne, fils et successeur du maréchal, qui avait eu le toupet de refuser de revendre sa charge de colonel général au duc du Maine. La conclusion du traité de Rijswijk en 1699 amena encore une modification de l’effectif de la cavalerie : ne subsistèrent que 60 régiments de cavalerie et 15 de dragons. Court répit : deux ans plus tard, la guerre de Succession d’Espagne fit renaître toutes les unités dissoutes et en créer de nouvelles : durant cette guerre, on connut jusqu’à 135 régiments de cavalerie et de dragons. Après la paix d’Utrecht et le traité de Rastatt, en 1715, il fut à nouveau procédé à une vaste démobilisation : ne subsistè37

rent que 58 régiments de cavalerie et 15 de dragons. Le 28 avril 1716, le régent ramena l’ensemble de ces régiments de 12 à 8 compagnies de 25 hommes. Ce système dura jusqu’en 1740, si ce n’est la levée du régiment de hussards de Bercheny en 1720 et celle du régiment de hussards d’Esterhazy en 1734. Le 1er février 1727, tous les régiments furent mis sur le pied uniforme de 3 escadrons de 3 compagnies. Durant la guerre contre l’Autriche de 1733, l’escadron fut porté à 4 compagnies de 40 maîtres chacune. En dehors de cette parenthèse, à cette époque, les régiments étaient tous formés de 4 escadrons de 2 compagnies chacun, chaque compagnie portant son étendard et comptant un effectif de 25 hommes en temps de paix et de 40 hommes en temps de guerre. La formation en bataille était sur trois rangs, et l’on rompait en colonne par 3, par demi-compagnie, par compagnie et par escadron. Chaque compagnie avait 2 trompettes ; la compagnie de dragons, 1 tambour et 1 hautbois. En outre, la plupart des régiments avaient un timbalier. L’armement se composait d’un sabre, d’un mousqueton et d’une paire de pistolets dans la cavalerie légère, exception faite des carabiniers qui remplaçaient le mousqueton par une carabine, un peu plus longue. Les dragons étaient armés d’un fusil, plus court que celui de l’infanterie. Un seul régiment, les Cuirassiers du Roi, portait la cuirasse ; tous les autres, exceptés les hussards, portaient une veste de buffle bientôt remplacée par une veste de chamois. Quant aux officiers, ils avaient abandonné la cuirasse qui ne fut plus portée que par les officiers généraux. Deux ordonnances royales de 1737 mirent un terme définitif aux débats sur les étendards. Désormais, chaque régiment porterait autant d’étendards (ou de guidons, pour les dragons), que de compagnies, tous semblables dans le même corps, excepté dans les régiments des colonels généraux dont la compagnie colonelle porterait un étendard ou un guidon blanc. Ceci établi, on constate quelques particularités, dues à quelque tradition ou privilège particulier. Quelques régiments avaient des étendards dont les deux faces n’étaient pas de la même couleur : l’étendard du régiment de Condé, par exemple, était bleu (couleur 38

royale) d’un côté et « ventre-de-biche » (couleur du prince propriétaire) de l’autre. Par ailleurs, les étendards et guidons ne portaient pas la croix blanche comme les unités d’infanterie, mais étaient pleins d’une seule couleur, le plus souvent bleu ou rouge mais parfois jonquille, vert, cramoisi ou noir, frangés d’or ou d’argent et rehaussés du chiffre royal. Nous avons décrit la forme particulière des guidons de dragons mais il nous faut noter celle des étendards de hussards qui avaient une forme allongée et étaient fendus en pointes et non en demi-cercles. Cette particularité prit fin avec l’ancien régime.

Etendard des hussards de Chamborant. (Vignette publicitaire des Grands Economats français, société d'Alimentation et d'Approvisionnement (vers 1910 ?).

La cavalerie ne reçut pas d’uniforme avant 1690. Jusque-là, la tenue était restée à la fantaisie des mestres de camp. Mais à partir de cette date, le roi fixa les uniformes, à commencer par ceux portés par sa Maison. Un document trouvé dans les papiers du roi nous donne une idée des uniformes portés dans la cavalerie française.

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 Les Gardes du corps portèrent l’habit bleu « turquin », un bleu tirant vers le gris13, revers rouges, les compagnies se distinguant par la couleur de la bandoulière supportant l’épée.  Les mousquetaires, gendarmes et chevau-légers furent habillés de rouge.  Les grenadiers à cheval de la Garde en bleu de roi14, doublé de rouge et agrémenté de blanc.  87 régiments de cavalerie légère en habit gris, revers rouges  14 régiments (au Roi ou aux Princes : Royal, du Roi, Royal Étranger, Cuirassiers du Roi, Cravates, Royal-Piémont, Dauphin, Dauphin Etranger, Bourgogne, Royal Allemand, Berry, GrandsRoyaux, Anjou) : habit bleu, revers rouges ; une exception : RoyalRoussillon : habit bleu, revers bleu.  1 régiment (Noailles) : habit rouge, revers rouges  1 régiment (Aubusson La Feuillade) : habit gris blanc, revers rouges  4 régiments (Souastre, Châtelet, Bissy, Châtelet 2e) : habit gris à revers bleu  Le document n’indique aucun uniforme pour 2 régiments français (Rassent et Fiennes) ainsi que pour 7 régiments étrangers, sans doute auxiliaires (Royal Allemand 2e, Quadt 2e, Rottembourg, Legall, Manderscheid, Fürstenberg et Geoffreville). Le document du roi recense 31 régiments de dragons mais ne fixe pas la tenue de 15 d’entre eux. Les autres :  Dragons du Roi : habit bleu, revers rouges  Dragons du dauphin : habit bleu, revers bleus

Un officier de Royal Allemand (1784)

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Code Hexa : 425B8A. Code Hexa : 318CE7.

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 Colonel Général et Mestre Général : habit rouge, revers bleus.  Dragons de la Reine, Sailly, Languedoc 1er et Languedoc 2e : habit rouge, revers rouges.  Marquis de Gramont et Asfeld Etranger : habit rouge, revers verts.  Fontbeausard et Wartigny : habit rouge, revers jaunes.  Royal Gramont : habit rouge, revers isabelle.  Asfeld : habit vert, revers rouges  Fimarcon et Boufflers : habit vert et revers verts. Petite remarque : alors que tous les régiments sont vêtus de couleurs dérivant des couleurs de la Maison du Roi (bleu, rouge et gris pour le blanc, trop salissant), la couleur verte fait son apparition chez les dragons. Elle sera appelée à un bel avenir… Si aucune prescription ne règle la couleur des harnachements, celle des chevaux comporte quelques particularités : les compagnies des mousquetaires montaient, l’une des chevaux gris : les mousquetaires gris, l’autre des chevaux noirs : les mousquetaires noir ; les compagnies personnelles du colonel général de la cavalerie et du colonel général des dragons étaient seules montées sur des chevaux gris. A la fin de la Régence, les cavaliers portaient le grand habit à la française, gris, bleu ou rouge, avec revers parements, doublures de couleurs variées suivant la distinctive, manteau, culotte de peau, bottes molles, bandoulière et ceinturon de cuir blanchi et piqué, parfois des aiguillettes, chapeau noir bordé d’or ou d’argent avec la cocarde noire. Quelques corps portaient une coiffure particulière : le Royal-Allemand avait le bonnet à la polonaise ; les hussards, le shako sans visière et entouré d’une banderole flottante. L’équipement du cheval se composait d’une housse ou tapis et de couvre-fontes rouges ou bleus et bordés d’un galon de laine à la livrée du mestre de camp – ce même galon qui apparaissait sur l’habit des trompettes, tambours et hautbois. Les dragons, généralement en bleu ou en rouge se distinguaient par un bonnet de forme particulière qui est à l’origine du bonnet de police. Le turban de ce bonnet était généralement de la couleur distinctive. 41

Après la guerre de Sept Ans Alors qu’il n’existe aucune rupture entre la cavalerie telle qu’elle existait à la mort de Louis XIV et celle de la guerre de Succession d’Autriche, la guerre de Sept Ans va voir l’arme évoluer très vite. En 1756, la Maison du Roi et des Princes était sur le même pied qu’en 1690, mais la cavalerie comptait 64 régiments et le corps des dragons, 17. Le régiment de Carabiniers comptait 25 compagnies en 5 brigades, ce qui le rendait équivalent à 5 régiments ordinaires. En totalisant l’ensemble de ces corps, on arrive à un total de 60 000 hommes à l’entrée de la guerre de Sept Ans. Mais les opérations démontrèrent que la cavalerie ne répondait pas à ce qu’on attendait d’elle. Dès la dernière bataille perdue par la France contre le Hanovre sur le théâtre européen le 16 juillet 1761, le gouvernement s’attaqua vigoureusement à la question. Le 1er décembre, 31 régiments de cavalerie disparurent et leur effectif redistribué dans les régiments restants dont l’effectif des compagnies fut doublé. La cavalerie légère ne compta plus que 31 régiments, y compris les carabiniers mais non compris les hussards. Tous les régiments de gentilshommes disparurent, excepté celui de Noailles, ils prirent soit le nom de princes soit devinrent royaux avec le nom d’une province. Voici la liste des 31 régiments tels qu’ordonnés le 1er décembre 1761 : 1. Colonel Général 2. Mestre de camp général 3. Commissaire général 4. Royal 5. Le Roi 6. Royal Étranger 7. Cuirassiers du Roi 8. Royal-Cravate 9. Royal-Roussillon 10. Royal-Piémont 11. Royal-Allemand

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12. Royal-Pologne 13. Royal-Lorraine 14. Royal-Picardie 15. Royal-Champagne 16. Royal-Navarre 17. Royal-Normandie 18. La Reine 19. Le Dauphin 20. Bourgogne 21. Berry 22. Carabiniers-Provence 23. Artois 24. Orléans 25. Chartres 26. Condé 27. Bourbon 28. Clermont 29. Conti 30. Penthièvre 31.Noailles.

Dragon du Régiment du Roi (1736)

Trois régiments de hussards subsistèrent : Bercheny, Chamborant et Nassau. Les dragons restèrent formés en 17 régiments, au nom de gentilshommes et à la constitution des troupes légères mixtes. C’est là que se situe la nouveauté. Il s’agit de faire évoluer ensemble des troupes légères, tant à pied qu’à cheval. Le but recherché est l’allègement des troupes, de rendre leurs mouvements plus souples, autrement dit de sortir du carcan des règlements sur la tactique. A dire vrai, il faut faire remonter la naissance de ces troupes mixtes à 1743, quand un mercenaire allemand du nom de Johann Christian Fischer, inspiré par les pandours autrichiens, réunit cavaliers et fantassin dans la même unité : la Compagnie franche de Chasseurs. La légende veut que Fischer ait été frappé par le fait que les hussards autrichiens aient pris l’habitude de voler les chevaux français pour assurer leur remonte. Il se serait agi d’aller récupérer ces chevaux, d’aller les « chasser ». D’où le nom de Chasseurs… En réalité, il semble bien que Fischer, pour recruter ses hommes, ait préféré s’assurer le con43

cours des meilleurs tireurs, à savoir les garde-chasses et les braconniers, pour une fois unis sous la même bannière. Quoi qu’il en soit, la première compagnie de chasseurs comptait 45 hommes à pied et 15 cavaliers. En 1747, Fischer commandait une compagnie mixte dont l’effectif avait été fixé à 600 hommes, deux tiers fantassins, un tiers cavaliers. L’exemple de Fischer fut suivi : les unités mixtes fleurirent. En 1744, les Arquebusiers de Grassin ; en 1745, les Fusiliers de la Morlière ; en 1746, les Volontaires de Gantès, les Volontaires bretons, les Volontaires du Dauphiné ; en 1747, les Volontaires du Hainaut… La paix revenue, toutes ces formations peu orthodoxes furent supprimées. Mais leur absence se fit cruellement sentir durant la guerre de Sept Ans. On reforma donc, dès 1761, un certain nombre d’unités mixtes de volontaires dont aucune d’ailleurs ne porte le nom de chasseurs. Mais c’est bien là qu’il faut voir l’origine tant des chasseurs à pied que des chasseurs à cheval. Le 1er mars 1763, le nombre et la composition des corps mixtes sont fixés à 6 légions organisées en 17 compagnies dont 8 de dragons. Il y avait les Légions de Conflans, Royale, de Flandre, de Hainaut, de ClermontPrince et de Soubise. Le même jour, le 1er mars 1763, la gendarmerie est diminuée de 6 compagnies par l’amalgame des compagnies de gendarmes et de chevau-légers de même nom. Subsiste donc 4 compagnies appartenant au roi et constituant la Grande gendarmerie : gendarmes écossais, anglais, bourguignons et de Flandre, ayant ses quartiers près de Versailles, et 6 compagnies appartenant aux princes formant la Petite gendarmerie : gendarmes de la reine, du Dauphin, de Berry, de Provence, d’Artois et d’Orléans. On surnomma parfois cette Petite gendarmerie la « gendarmerie de Lunéville » parce que le roi leur avait assigné cette garnison où elle rendait les honneurs au roi Stanislas. On ne peut s’empêcher, à voir la concomitance de ces deux décisions, de penser que le but de ces mesures est bien l’allègement de la cavalerie et l’augmentation de ses qualités manœuvrières. 44

Le règlement de 1762, qui reçut exécution au cours de l’année suivante, fixa la tenue de ces cavaliers. Tous les régiments de la cavalerie, à l’exception de ceux de la Maison du Roi et de la Gendarmerie, porteront l’habit bleu, aux parements, revers, collet et une simple épaulette de laine à la couleur distinctive du régiment ; manteau gris blanc doublé comme l’habit avec trois brandebourgs sur chaque côté des faces. Les trompettes des régiments de la Reine, des Princes du sang et de Noailles portent seuls la livrée des propriétaires. Dans tous les autres régiments les trompettes portent l’habit de la troupe avec un petit bordé de galon de soie. La coiffure reste le chapeau noir bordé d’un galon blanc ou aurore – un jaune doré15 – avec la cocarde noire. Le buffle, devenu gilet, et la culotte en peau de chamois, bottes molles à l’écuyère. L’équipage du cheval est en drap bleu bordé d’un galon de livrée. Les hussards conservèrent le dolman à la hongroise, avec trois rangs de boutons, ceux du milieu plus gros, boutonnières en cordonnet en forme de trèfle, petits parements en équerre, les poches et les coutures de la culotte garnies de cordonnet. L’aile du shako est de 18 pouces dont la moitié repliée ; fleur de lys sur le devant du shako ; écharpe-ceinture en laine rouge ; manteau vert avec trois agréments de couleurs. Les officiers ont les galons et le cordonnet d’argent. Les dragons reçoivent un habit vert et un casque de cuivre, l’aiguillette de la couleur distinctive sur l’épaule droite et une patte sur l’épaule gauche. Le manteau est gris blanc avec trois brandebourgs. Les tambours des régiments du roi portent la livrée du roi ; ceux des autres régiments, la livrée du mestre de camp. Les officiers portent l’aiguillette à droite et, à gauche, une épaulette entièrement en or ou argent pour les capitaines et officiers supérieurs. L’épaulette de lieutenant contient un tiers de soie aurore ou blanche ; celle de sous-lieutenant, deux tiers ; les maréchaux-des-logis portent l’épaulette entièrement en soie. En 1769, après l’annexion de la Corse, une septième légion mixte fut créée sous le nom de Légion corse.
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Code Hexa : FFCB60

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On avait constaté sur le terrain le peu d’habileté des cavaliers à manier les armes à feu. On réintroduisit donc 4 carabiniers bons tireurs dans chaque compagnie dont l’effectif se décompose dès lors comme suit : 1 capitaine, 1 lieutenant, 1 sous-lieutenant ; 1 fourrier, 2 maréchaux-deslogis, 4 brigadiers, 4 carabiniers, 24 cavaliers et 1 trompette. Le régiment compte 3 escadrons de 4 compagnies ; son effectif se monte donc à 432 cavaliers. En 1771 et 1773 sont créés 2 compagnies de Gardes du corps – Provence et Artois – pour les deux frères du futur Louis XVI. Sous Louis XVI Le règne de Louis XVI allait consister en une constante chasse aux déficits. Et cette recherche d’économies à tout prix allait amener de vrais bouleversements dans l’armée royale. Pour commencer, dès le 15 décembre 1775, le roi supprima la compagnie des grenadiers de la Garde, les 2 compagnies de mousquetaires, les gendarmes de Berry et ceux d’Orléans. Le 25 mars 1776, la composition du régiment des carabiniers fut modifiée et fixée à 8 escadrons partagés en 2 brigades. Tous les autres régiments de cavalerie durent mis à 6 escadrons, dont 4 de cavalerie, 1 de chevau-légers et 1 de dépôt. Le même jour, le roi porta le nombre de régiments de dragons à 24 et les organisa de la même manière que les régiments de cavalerie légère, si ce n’est qu’à la place des chevau-légers, on y inclut un escadron de chasseurs à cheval. Cette apparente augmentation ne doit pas tromper : il s’agit à la vérité d’un tour de passe-passe. Sept régiments légers furent transformés en dragons : Condé, Bourbon, Clermont (qui devint Conti), Conti (qui devint Boufflers), Penthièvre, Chartres et Noailles. Les hussards de Nassau étaient licenciés. Les sept légions légères étaient elles aussi licenciées : une était transDragon du régiment d'Orléans (17611778)

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formée en hussards, les hussards de Conflans. Les 48 compagnies des autres formèrent les 24 escadrons de chasseurs à cheval des 24 régiments de dragons. Et pour fournir les chevau-légers aux régiments de cavalerie, on n’eut qu’à réunir les carabiniers placés en 1772 dans les compagnies. En même temps, on s’occupa de simplifier les uniformes. Désormais, tous les régiments porteraient l’habit bleu de roi, revers garnis de « portes 16» et agrafés, au lieu d’être boutonnés. L’équipage du cheval est également bleu. Le manteau est gris blanc piqué de bleu ; le gilet et la culotte blancs, les boutons blancs sauf quelques exceptions ; chapeau noir, comme dans l’infanterie, bordé de noir et cocarde blanche17. RoyalAllemand fait exception et porte le bonnet à poils. La tenue des dragons n’est pas différente, si ce n’est que le drap en est maintenant vert pour tous les régiments et qu’au lieu du chapeau, ils portent un casque de cuivre à crinière. Pour distinguer les régiments de cavalerie et les régiments de dragons entre eux, on institua un système complexe : les régiments sont partagés en séries de trois. Chaque régiment à les revers et les parements d’une couleur dite distinctive ; les régiments d’une série se distinguent par la couleur du collet et le métal des boutons.

Furetière nous indique qu’une porte est « un petit anneau en boucle où on passe une agrafe, & qui sert à la retenir. » Il s’agit donc en quelque sorte d’un faux bouton. 17 C’est la première fois que la cavalerie arbore cette cocarde blanche. Jusque-là, elle était noire.
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Les régiments de cavalerie légère (1776-1779) Régiment Colonel Général Le Roi La Reine Mestre de camp général Bourgogne Artois Commissaire général RoyalNormandie Orléans Royal Royal-Allemand Dauphin Royal Étranger Royal-Navarre Berry Cuirassiers Royal-Roussillon Royal-Piémont Royal-Cravate Royal-Pologne Royal-Picardie Royal-Lorraine RoyalChampagne Carabiniers Distinctive Ecarlate Collet Ecarlate Blanc Jaune Cramoisi Blanc Cramoisi Rose Blanc Jonquille Rouge Rouge (piqué de Blanc blanc) Jonquille Blanc Blanc Ecarlate Jonquille Jonquille Jonquille Rose Blanc Gris argentin18 Gris argentin Blanc Ecarlate Aurore Aurore Jonquille Ecarlate Boutons Jaune Blanc Blanc Jaune Blanc Blanc Jaune Blanc Jaune Blanc Blanc Blanc Blanc Blanc Blanc Blanc Blanc Blanc Blanc Blanc Blanc Blanc Blanc Blanc

Cramoisi

Rose

Ce « gris argentin » suscite des discussions passionnées entre figurinistes. A défaut d’autre moyen de retrouver la nuance exacte de gris dont il s’agit (il existe 256 nuances de gris), il nous semble opportun de nous référer au « gris argent », code Hexa CECECE, RVB 206,206,206.
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Les régiments de dragons (1776-1779) Régiment Distinctive Colonel général Ecarlate Mestre de camp général Royal Monsieur Le Roi Rose Orléans La Rochefoucauld La Reine Le Dauphin Artois Chartres Lorraine Condé Bourbon Conti Boufflers Penthièvre Custine Jarnac Belzunce Noailles Lanan Languedoc Schomberg Cramoisi Rouge (piqué blanc) Chamois Condé Chamois Conti Jonquille Blanc Collet Ecarlate Vert Blanc Jonquille Rose Blanc Vert (et retroussis) Cramoisi Jonquille Rouge piqué de de blanc Blanc Jonquille Chamois Condé Rouge Rose Chamois Conti Jonquille Ecarlate Blanc Ecarlate Rose Aurore Vert Jonquille Boutons Jaune Jaune Blanc Blanc Blanc Blanc Blanc Blanc Blanc Blanc Blanc Blanc Blanc Blanc Blanc Blanc Blanc Blanc Blanc Blanc Blanc Blanc Blanc Blanc

Aurore

Les hussards (1776-1779) Régiment Pelisse, dolman, culotte Bercheny Bleu de ciel foncé Chamborant Marron Esterhazy Conflans Parements Boutons et Shako et retroussis passementeries Garance Garance Blancs Blancs Blancs Jaunes Doublé rouge Doublé rouge Doublé rouge Doublé vert

Gris argen- Garance tin Vert Garance

Mais cette organisation de la cavalerie n’eut qu’une existence éphémère. Le 1er janvier 1779, une nouvelle ordonnance venait encore tout chambouler.

L’ordonnance du 1er janvier 1779 Tout d’abord, les escadrons de chevau-légers furent retirés des régiments de cavalerie et regroupés en 6 nouveaux régiments, dénommés régiments de chevau-légers et, pour la première fois, numérotés de 1 à 6, de la droite à la gauche, sans aucun titre particulier. Même chose pour les escadrons de carabiniers qui sont enlevés aux régiments de dragons pour former 6 régiments de chasseurs à cheval, numérotés de 1 à 6, de la droite à la gauche, et sans titre particulier non plus. Protocolairement, les régiments de chevau-légers viennent immédiatement après les régiments de cavalerie, prenant leur gauche, et avant les régiments de hussards qui, regroupés et portés à 5 régiments, forment maintenant une arme particulière dont le duc d’Orléans devient colonel général. De la même manière, les régiments de chasseurs à cheval viennent après les dragons. En 1779, l’ensemble de la cavalerie se présentait donc de la manière suivante : Maison du Roi o 4 compagnies de Gardes du corps o 1 compagnie des gendarmes de la Garde o 1 compagnie des chevau-légers de la Garde Maison des Princes o 2 compagnies des Gardes du corps de Monsieur o 2 compagnies des Gardes du corps du comte d’Artois Grande gendarmerie o 1 compagnie des gendarmes écossais o 1 compagnie des gendarmes anglais o 1 compagnie des gendarmes bourguignons o 1 compagnie des gendarmes de Flandre Petite gendarmerie o 1 compagnie des gendarmes de la Reine o 1 compagnie des gendarmes du Dauphin o 1 compagnie des gendarmes de Monsieur o 1 compagnie des gendarmes d’Artois

Régiments de cavalerie o Colonel Général o Mestre de camp général o Commissaire général o Royal o Le Roi o Royal Étranger o Cuirassiers du Roi o Royal-Cravate o Royal-Roussillon o Royal-Piémont o Royal-Allemand o Royal-Pologne o Royal-Lorraine o Royal-Picardie o Royal-Champagne o Royal-Navarre o Royal-Normandie o La Reine o Le Dauphin o Bourgogne o Berry o Carabiniers de Monsieur o Artois o Orléans o 6 régiments de chevau-légers, numérotés de 1 à 6 Hussards o Colonel Général19 o Bercheny o Chamborant o Esterhazy o Conflans Dragons o Colonel général o Mestre de camp général o Royal
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Le régiment Colonel Général des hussards ne fut finalement formé qu’en 1783.

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o o o o o o o o o o o o o o o o o o o o o o

Le Roi La Reine Le Dauphin Monsieur Artois Orléans Chartres (ex-cavalerie) Condé (ex-cavalerie) Bourbon (ex-cavalerie) Conti (ex-cavalerie) Penthièvre (ex-cavalerie) Boufflers (ex-cavalerie) Lorraine Custine La Rochefoucauld Chabot Lanan Belzunce Languedoc Noailles Schomberg 6 régiments de chasseurs à cheval numérotés de 1 à 6.

En même temps, on modifiait les tenues. La cavalerie et les dragons prennent l’habit à la française, bleu pour les uns, vert pour les autres ; veste de drap, culotte de peau de nuance naturelle, manteau gris blanc piqué de bleu. Pas de changement dans les coiffures. Les chevau-légers gardent l’habit bleu et le chapeau ; les chasseurs sont en vert et reçoivent un casque un peu plus petit que celui des dragons, sans crinière flottante, mais avec une aigrette noire suivant le contour du cimier, préfiguration de la future « chenille ». Pour les couleurs de distinctives, etc., on adopta un autre système, théoriquement plus simple… Les régiments de cavalerie ont tous les poches en travers, la veste chamois et sont divisés en huit classes, ayant chacune sa couleur distinctive. Seule la première classe a les boutons jaunes, toutes les autres, des boutons blancs. Le premier régiment de chaque classe a les revers et les pa53

rements de la couleur distinctive, le deuxième les revers seulement, le troisième les parements seulement. Ce qui donne : Cavalerie Régiments Colonel Général Mestre de camp général Commissaire général Royal Le Roi Royal Étranger Cuirassiers du Roi Royal-Cravates Royal-Roussillon Royal-Piémont Royal-Allemand Royal-Pologne Royal-Lorraine Royal-Picardie Royal-Champagne Royal-Navarre Royal-Normandie La Reine Le Dauphin Bourgogne Berry Carabiniers Monsieur Artois Orléans Distinctive Revers Ecarlate Ecarlate Ecarlate Parements Ecarlate Boutons Jaune Jaune Jaune

Ecarlate Ecarlate Ecarlate Ecarlate Ecarlate

Blanc Blanc Ecarlate Blanc Jonquille Jonquille Jonquille Blanc Jonquille Blanc Jonquille Blanc Cramoisi Cramoisi Cramoisi Blanc Cramoisi Blanc Cramoisi Blanc Aurore Aurore Aurore Blanc Aurore Blanc Aurore Blanc Rose Rose Rose Blanc Rose Blanc Rose Blanc Gris argen- Gris argen- Gris argentin Blanc tin tin Gris argenBlanc tin Gris argentin Blanc de Bleu de Bleu de ciel Bleu de ciel Blanc ciel Bleu de ciel Blanc Bleu de ciel Blanc

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Les chevau-légers avaient la patte de poche en long (et non en travers), les boutons blancs, les revers et parements des couleurs suivantes : 1er régiment : écarlate 2e régiment : cramoisi 3e régiment : bleu de ciel 4e régiment : chamois 5e régiment : aurore 6e régiment : blanc Pas de changement essentiel dans la tenue des dragons. Enfin, les chasseurs à cheval, en vert, n’ont pas de poches marquées, leurs boutons sont blancs, les revers et parements sont : 1er régiment : écarlate 2e régiment : cramoisi 3e régiment : jaune citron 4e régiment : chamois 5e régiment : aurore 6e régiment : blanc. En 1784, on en revient aux formations mixtes et les 6 régiments de chasseurs à cheval sont « remariés » aux chasseurs à pied pour former 6 légions auxquelles furent donné les noms de Chasseurs des Alpes, des Pyrénées, des Vosges, des Cévennes, du Gévaudan et des Ardennes.

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La refonte de 1788 L’ordonnance du 30 septembre 1787 était radicale : suppression pure et simple de la Maison du Roi à la date du 1er avril 1788. Les gendarmes de la Garde, les chevau-légers de la Garde, l’ancienne gendarmerie, grande et petite, disparaissaient. Ne subsistaient à cette date que les 4 compagnies des Gardes du corps, lesquelles n’allaient d’ailleurs pas tarder à disparaître à leur tour (1791). Ainsi, pour des raisons uniquement budgétaires, se perdaient les traditions de corps d’unités qui remontaient parfois au moyen âge… En même temps, disparaissaient les colonels généraux, les mestres de camp généraux et le commissaire général de la cavalerie. Les chefs de régiment prirent alors le nom de colonels. Mais leurs anciens noms restèrent aux trois premiers régiments. Le 17 mars 1788, on supprima les légions mixtes pour revenir au système de 1779, mais on donna des noms aux six régiments de chasseurs à cheval : Picardie, Guyenne, Lorraine, Bretagne, Normandie et Champagne. Par ailleurs, six régiments de dragons (Boufflers, Montmorency, DeuxPonts, Durfort, Ségur et Languedoc) furent transformés en chasseurs : Chasseurs d’Alsace, des Evêchés, de Flandre, de Franche-Comté, du Hainaut et du Languedoc. Ces six régiments, du fait de l’ancienneté prirent dans cet ordre la tête de l’arme. Les six régiments de chevau-légers qui, en 1784, avaient été intégrés dans la cavalerie légère sous les noms de Orléanais, des Evêchés, de FrancheComté, de Septimanie, de Quercy et de La Marche, étaient supprimés sauf Orléanais qui devint Royal-Guyenne-cavalerie. Les carabiniers sont partagés en 2 régiments et forment désormais une brigade. En 1791, ces deux régiments perdraient leur nom de Carabiniers de Monsieur, le comte de Provence ayant choisi l’exil, et prirent le nom de Grenadiers à cheval, en même temps qu’ils prenaient la tête de l’arme. Ainsi donc, outre les Gardes du corps, la cavalerie en 1788 se décomposait en 26 régiments de cavalerie, dont 2 de carabiniers, 18 régiments de dragons, 6 régiments de hussards et 12 régiments de chasseurs à cheval, soit au total 62 régiments de 4 escadrons chacun : 56

4 compagnies de Gardes du corps Cavalerie : 1. Colonel Général 2. Mestre de camp général 3. Commissaire Général 4. Royal 5. Le Roi 6. Royal Étranger 7. Cuirassiers du Roi 8. Royal-Cravate 9. Royal-Roussillon 10. Royal-Piémont 11. Royal-Allemand 12. Royal-Pologne 13. Royal-Lorraine 14. Royal-Picardie 15. Royal-Champagne 16. Royal-Navarre 17. Royal-Normandie 18. La Reine 19. Le Dauphin 20. Royal-Bourgogne 21. Berry 22. 1er Carabiniers de Monsieur 23. 2e Carabiniers 24. Artois 25. Orléans 26. Royal-Guyenne Hussards : 1. Colonel Général 2. Bercheny 3. Chamborant 4. Salm 5. Saxe 6. Lauzun Dragons : 1. Colonel Général 2. Mestre de camp général 57

3. Royal 4. Le Roi 5. La Reine 6. Le Dauphin 7. Monsieur 8. Artois 9. Orléans 10. Chartres 11. Condé 12. Bourbon 13. Conti 14. Penthièvre 15. Lorraine 16. Angoulême 17. Noailles 18. Schomberg Chasseurs : 1. Alsace 2. Evêchés 3. Flandre 4. Franche-Comté 5. Hainaut 6. Languedoc 7. Picardie 8. Guyenne 9. Lorraine 10. Bretagne 11. Normandie 12. Champagne. Telle apparaissait la cavalerie jusqu’à la loi du 1er janvier 1791. Telle, sur le fond, resta-t-elle à travers la tempête révolutionnaire.

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La loi du 1er janvier 1791 Le but du législateur en promulguant cette loi était de supprimer les références aux personnages qui les commandaient en titre et de rétablir les régiments dans leur véritable ancienneté. Autant le dire, le but ne fut pas atteint : faute de sources fiables, les rédacteurs de la loi commirent quelques grosses erreurs. Voici ce classement dans l’ordre adopté en 1791 REGIMENTS 1er carabiniers 2e carabiniers 1er de cavalerie 2e de cavalerie 3e de cavalerie 4e de cavalerie 5e de cavalerie 6e de cavalerie 7e de cavalerie 8e de cavalerie 9e de cavalerie 10e de cavalerie 11e de cavalerie 12e de cavalerie 13e de cavalerie 14e de cavalerie 15e de cavalerie 16e de cavalerie 17e de cavalerie 18e de cavalerie 19e de cavalerie 20e de cavalerie 21e de cavalerie 22e de cavalerie 23e de cavalerie 24e de cavalerie ANCIENS NOMS Carabiniers de Monsieur 2e carabiniers de Monsieur Colonel-Général Royal Commissaire Général La Reine Royal-Pologne Le Roi Royal Étranger Cuirassiers du Roi Artois Royal-Cravate Royal-Roussillon Le Dauphin Orléans Royal-Piémont Royal-Allemand Royal-Lorraine Royal-Bourgogne Berry Royal-Normandie Royal-Champagne Royal-Picardie Royal-Navarre Royal-Guyenne Mestre de camp général 59

Le 24e de cavalerie aurait en fait dû prendre le 6e rang après RoyalPologne. Mais il avait été cassé en 1790, après les troubles de Nancy ; rétabli quelques jours plus tard, il prit la queue de tous les autres. Au printemps 1792, le Royal-Allemand, qui portait le n° 15, émigra massivement. De telle sorte que tous les régiments qui suivaient montèrent d’un cran. Le numéro 24, resté vacant, fut repris en 1793 par le premier des deux régiments créés à l’Ecole militaire de Paris, tandis que le deuxième prenait le numéro 25. Les dragons prirent les numéros suivants REGIMENTS 1er dragons 2e 3e 4e 5e 6e 7e 8e 9e 10e 11e 12e 13e 14e 15e 16e 17e 18e ANCIENS NOMS Royal-Dragons Condé-Cavalerie Bourbon-Cavalerie Conti-Cavalerie Colonel-Général La Reine-Dragons Le Dauphin-Dragons Penthièvre-Cavalerie Lorraine-Dragons Mestre de camp généralDragons Angoulême-Dragons Artois-Dragons Monsieur-Dragons Chartres-Cavalerie Noailles-Cavalerie Orléans-Dragons Schomberg-Dragons Le Roi-Dragons

Trois nouveaux régiments furent ajoutés à cette liste en 1793 : le 19e, composé des volontaires d’Angers et des légions du Nord et des Francs ; le 20e avec les volontaires dits de Jemappes ; le 21e avec les dragons de la Manche et la cavalerie de la légion de police, qui provenait, en partie, des Gardes-françaises. 60

Il ne fut rien changé au classement des 12 régiments de chasseurs à cheval qui reçurent les numéros tels que nous les avons donnés plus haut. Un décret du 24 septembre 1791 prescrivait le retour aux légions mixtes, mais il ne reçut pas application. De 1793 à 1795, 13 régiments de chasseurs à cheval furent ajoutés aux 12 premiers : REGIMENTS 13e Chasseurs cheval 14e 15e 16e 17e 18e 19e 20e 21e 22e 23e 24e 25e PROVENANCE à Légion américaine Hussards de l’Egalité, de la Mort, etc. Chasseurs bretons et bourguignons Chasseurs de la Bretesche Chevau-légers belges Chasseurs et dragons bruxellois Légion de Rosenthal Légion de la Moselle Hussards braconniers Légion des Pyrénées orientales Hussards de la Légion des Ardennes Chasseurs-volontaires de Bayonne Chasseurs de la Montagne

Les hussards furent également numérotés : Régiments 1er hussards 2e 3e 4e 5e 6e Anciens noms Bercheny Chamborant Esterhazy Saxe Colonel Général Lauzun 61

En 1792, le régiment de Saxe émigra en masse, les deux derniers régiments montèrent donc d’une place. Mais entre 1792 et 1794, vinrent s’ajouter à la liste 8 autres régiments de hussards Régiments 6e hussards 7e 7e (bis) 8e 9e 10e 11e 12e Provenance Troupes légères à cheval de Boyer Hussards de Lamothe 1er hussards de la Liberté Eclaireurs de Fabrefonds 2e hussards de la Liberté Hussards de Jemmapes Légions germaniques et révolutionnaires Volontaires des Pyrénées occidentales

Pour résumer, la cavalerie régulière de la Convention se composait de : 2 régiments de carabiniers 25 régiments de cavalerie 21 régiments de dragons 25 régiments de chasseurs à cheval 13 régiments de hussards TOTAL : 86 régiments Malgré quelques velléités de modification, les choses restèrent en l’état jusqu’au Consulat, si ce n’est la suppression en 1795 de deux régiments de chasseurs, les 17e et 18e, d’origine belge dont les numéros restèrent vacants et, en 1798, du 21e dragons.

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Le Consulat Le 8 fructidor an IX (26 août 1801), le Premier consul incorpora le 1 er régiment de dragons piémontais dans l’armée française où il prit le numéro 21, tandis qu’un autre régiment de dragons piémontais devenait le 26e chasseurs à cheval. Le 2 nivôse an XI (23 décembre 1802), les 5e, 6eet 7e régiments de cavalerie recevaient une cuirasse comme le 8e (ex-Cuirassiers du Roi). Mais c’est le 1er vendémiaire an XII (24 septembre 1803) qu’une grande réorganisation toucha la cavalerie. De cette date, la cavalerie compterait 80 régiments : 2 régiments de carabiniers 12 régiments de cuirassiers 30 régiments de dragons 26 régiments de chasseurs à cheval 10 régiments de hussards

Pour arriver à ce résultat, on procéda comme suit : Les 12 premiers régiments de cavalerie sont dotés de la cuirasse (tout comme l’était jadis le seul régiment des cuirassiers du Roi) et prennent le nom de cuirassiers. Les régiments portant les numéros de 13 à 18, passèrent dragons et prirent dans cette arme les numéros 22, 23, 24, 25, 26 et 27. Les régiments portant les numéros de 19 à 25 étaient dissous et leurs effectifs répartis entre les autres unités. Le 7e bis de hussards, le 11e et le 12e de hussards devenaient les 28e, 29e et 30e dragons. Dans les chasseurs à cheval, les numéros 17 et 18 restant provisoirement vacants, ne comptèrent donc à ce moment que 24 régiments. Voici donc un tableau qui montre à quelles unités de l’ancien régime, les unités de l’an XII doivent faire remonter leurs traditions de corps :

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ANCIEN REGIME 1er carabiniers de Monsieur 2e carabiniers de Monsieur Colonel-Général cavalerie Royal Commissaire général La Reine Royal-Pologne Le Roi Royal Étranger Cuirassiers du Roi Artois Royal-Cravate Royal-Roussillon Le Dauphin Royal-Dragons Condé ex-cavalerie Bourbon ex-cavalerie Conti ex-cavalerie Colonel-Général dragons La Reine Le Dauphin Penthièvre ex-cavalerie Lorraine Mestre de camp général Angoulême Artois Monsieur Chartres ex-cavalerie Noailles ex-cavalerie Orléans Schomberg Le Roi Orléans-cavalerie Royal-Piémont-cavalerie

AN XII 1er carabiniers 2e carabiniers 1er cuirassiers 2e cuirassiers 3e cuirassiers 4e cuirassiers 5e cuirassiers 6e cuirassiers 7e cuirassiers 8e cuirassiers 9e cuirassiers 10e cuirassiers 11e cuirassiers 12e cuirassiers 1er dragons 2e dragons 3e dragons 4e dragons 5e dragons 6e dragons 7e dragons 8e dragons 9e dragons 10e dragons 11e dragons 12e dragons 13e dragons 14e dragons 15e dragons 16e dragons 17e dragons 18e dragons 22e dragons 23e dragons
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Royal-Lorraine-cavalerie Royal-Bourgogne-cavalerie Berry-cavalerie Royal-Normandie-cavalerie

24e dragons 25e dragons 26e dragons 27e dragons

Pas de changements chez les chasseurs à cheval ni chez les hussards.

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Sous l’Empire Le 30 septembre 1806, les chevau-légers belges du duc d’Arenberg devinrent le 27e chasseurs à cheval. Le 29 mai 1808, un corps de dragons toscans fut amalgamé et prit le 28e rang des chasseurs. Le 10 mars 1808, coup de canif dans cette belle ordonnance quand l’empereur constitua, avec des compagnies détachées, des régiments provisoires de grosse cavalerie, de dragons et de cavalerie légère en vue de la guerre d’Espagne. L’un de ces régiments, le 3e de cavalerie légère, devint dès le 22 août suivant le 29e chasseurs à cheval et, le 24 décembre, les deux premiers de ces régiments provisoires de grosse cavalerie formèrent le 13e régiment de cuirassiers. Le 1er régiment de cuirassiers hollandais passa à la Garde impériale pour y former le 2e régiment de chevau-légers lanciers (les fameux Lanciers rouges), tandis que le 2 e cuirassiers hollandais devenait le 14e cuirassiers. Le 25 décembre 1810, on forma à Hambourg un 30e chasseurs à cheval, tandis que le 2e hussards hollandais devenait le 11e hussards. En 1807, on avait levé à Varsovie un corps de lanciers polonais qui furent peu de temps après incorporés à la Garde. Cette unité donna pleine satisfaction à l’empereur qui, le 18 juin 1811, décréta l’organisation de 9 régiments de chevau-légers lanciers. Les 1er, 3e, 8e,9e, 10e et 29e dragons, les 1er et 2e lanciers polonais de la ligne et le 30e chasseurs à cheval constituèrent ces 9 unités. Le 7 septembre 1811, les numéros 17 et 18 des chasseurs à cheval, qui étaient restés vacants jusque-là furent pris par deux nouveaux régiments : le 17e à Lille et le 18e à Metz. Un 31e régiment était formé par la fusion des 1er et 2e régiments provisoires de cavalerie légère de l’armée d’Espagne. Le 10 janvier 1812, constitution en Espagne d’un 9e régiment bis de hussards qui deviendra le 12e hussards le 17 février 1813. Enfin, le 1er janvier 1814, les hussards du roi de Westphalie devinrent le 13e régiment de hussards et le 28 du même mois, le 14e hussards est cons66

titué par la fusion de deux unités levés en Italie, l’un à Rome par le général Miollis et à Florence par la grande-duchesse de Toscane et l’autre, à Turin, par le prince Camille Borghèse. De telle sorte que quand Napoléon prit le chemin de l’exil, la cavalerie française de ligne, compte tenu des 6 numéros vacants de dragons, se présentait comme suit : 2 régiments de carabiniers 14 régiments de cuirassiers 24 régiments de dragons 9 régiments de chevau-légers lanciers 30 régiments de chasseurs à cheval 14 régiments de hussards.

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La cavalerie de la Grande Armée et ses devanciers
Préalable : la filiation
Avant d’assister au défilé des troupes à cheval de Napoléon, il convient de faire tout d’abord une importante mise au point. Nous voulons parler de la filiation et, surtout, de la succession de chacune de ces unités. Nous n’ignorons pas que la question est réglée par des textes légaux comme la circulaire ministérielle du 18 Avril 1839 qui fixait les règles suivant lesquelles devait s'établir la filiation des corps de troupe. Confirmée depuis par celles du 3 Juin 1872 et du 16 Mai 1886, elle est toujours en vigueur. Le général Andolenko, dans son Recueil d’historiques des régiments d’infanterie français, écrit : « Il est admis que chaque unité perpétue les traditions d'un numéro. L'historique du régiment à proprement parler, n'est pas l'historique d'un corps déterminé, qui continue sans cassures, ni interruptions, malgré les changements de nom et de numéro, mais l'historique d'un numéro à travers l'Histoire. Cette entorse aux règles élémentaires de la généalogie a été rendue nécessaire par suite de nombreux remaniements subis par l'Infanterie.20 » Dans son ouvrage consacré à la cavalerie, le général Andolenko avançait déjà : « De 1635 à 1815, les régiments continuent sans interruption. Ils sont plus heureux que leurs collègues d'infanterie, cassés et disloqués une première fois en 1794 et une deuxième en 1796. Certains, comme les régiments de gentilshommes, changent fréquemment de nom (à chaque mutation de colonel). En 1791, les noms sont remplacés par les numéros, mais jusqu'en 1815, la filiation est directe. La cavalerie de l'Empire est issue de celle du Roi ; le retour des Bourbons en 1815 détruit tout ce qui rappelle le Grand Empereur. Tous ses régiments sont disloqués, dissous, proscrits, le numéro même disparaît de l'annuaire. Fin 1815 voit la naissance de nouveaux corps qui ne se rattachent pas à l'armée impériale. « Les législateurs de 1815 ont fait de l'armée française la plus jeune d'Europe. Ses régiments n'ont aucune histoire, aucune tradition. C'est la Monarchie de
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Serge Andolenko – Recueil d'historiques de l'infanterie française – Paris, Eurimprim, 1969.

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juillet qui les dotera d'un passé. Il n'était pas en effet juste de priver l'Armée de l'héritage de gloire accumulé par des générations successives de Français sur les champs de bataille de la Royauté, de la République ou de l'Empire. Rétablir la filiation réelle de nouveaux régiments était peut-être encore possible pour certains corps de cavalerie mais en ce qui concerne l'infanterie, il ne fallait pas y songer, les coupures ont été trop profondes, trop bien faites. On admit alors le principe général que chaque régiment serait déclaré héritier de ceux qui ont porté le même numéro que lui dans les armées de la République ou de l'Empire.21 » Or, nous ne saurions admettre cette philosophie. La définition anthropologique du mot « filiation » est trop claire pour que nous puissions la négliger : « Suite unilinéaire d’individus directement issus les uns des autres soit par les hommes (filiation agnatique) soit par les femmes (filiation utérine) ; descendance, lignée.22 » Et nous insistons sur les mots « unilinéaire » et « directe ». Dans le cas d’une unité militaire, nous ne saurions admettre de véritable filiation que si l’unité en question n’a jamais été dissoute. Or, comme on le verra, toutes les unités de cavalerie françaises ont été dissoutes dans la seconde moitié de l’année 1815 ou, plus rarement, au début 1816. Il ne nous apparaît pas que le simple port d’un numéro soit la base d’une bonne filiation. On remarquera d’ailleurs que la circulaire ministérielle de 1839 répond à des impératifs politiques. Il était important pour la Monarchie de Juillet de s’accrocher dans le passé. Considéré comme usurpateur par les légitimistes, Louis-Philippe avait intérêt à faire référence à l’autre usurpateur, celui qui l’avait précédé de 1799 à 1815 aux Tuileries, et à sa glorieuse armée, mais aussi à faire remonter cette armée aux plus brillantes époques de l’Ancien régime. La circulaire de 1872 ne répond pas à une autre préoccupation. La catastrophe de 1870-1871 avait annihilé l’ « esprit » de l’armée française : il fallait lui rendre la fierté de son passé et comment mieux faire qu’en expliquant à ses soldats que leurs ancêtres n’étaient autres que ceux qui avaient combattu sous Richelieu, Louis XIV et Napoléon ?

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Serge Andolenko - Recueil d'historiques de l'arme blindée et de la cavalerie – Paris, Euriprim, 1968 Petit Larousse Illustré, 2009.

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Ainsi donc, aussi paradoxal que cela paraisse, il nous paraît approprié d’admettre le raisonnement du général Andoleko quand il dit que « Rétablir la filiation réelle de nouveaux régiments était peut-être encore possible pour certains corps de cavalerie mais en ce qui concerne l'infanterie, il ne fallait pas y songer, les coupures ont été trop profondes, trop bien faites. » Mais de refuser absolument d’admettre que le simple port d’un numéro suffise à établir une filiation quelconque entre un régiment de la guerre de Crimée, son « synonyme » de 1815, et celui qui avait reçu le numéro en fonction de la loi de 1791. Tout au plus, laisserons-nous subsister un cousinage entre un régiment et celui qui reçut son dépôt et parfois une partie de son effectif à la fin 1815 ou en 1816.

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La Garde impériale
Dans notre article sur la Garde impériale, nous avons évoqué l’évolution de la cavalerie de la Garde impériale. Ce qu’il nous faut retenir ici, c’est qu’aucune des unités de la Garde impériale ne va chercher ses traditions dans la cavalerie de l’ancien régime. En effet, établir une filiation entre la Garde impériale et la Maison du Roi aurait paru politiquement « exagéré » et, en tout cas, très difficile à établir. Voici l’ensemble des régiments composant la cavalerie de la garde impériale : Cavalerie lourde de la garde Grenadiers à cheval Le régiment de Grenadiers à cheval de la Garde impériale est l’héritier des grenadiers à cheval de la Garde de la Convention. Il a été organisé le 2 décembre 1799 comme régiment de cavalerie légère de la Garde des Consuls et compatit deux escadrons. Un an après, en décembre 1800, il prenait officiellement le nom de grenadiers à cheval. Dissous le 23 juillet 1814 pour former le Corps royal des Cuirassiers de France », il fut rétabli le 8 avril 1815 en quatre escadrons. Dissolution définitive le 25 novembre 1815. Dragons de l’Impératrice Le régiment de dragons de la garde impériale fut créé par décret le 15 avril 1808. Il comptait alors 3 escadrons. Le 1er escadron comptait 296 vélites et les deux autres, chacun 476 cavaliers. On y rajouta deux escadrons en 1807 et en décembre 1813, le 3e régiment des éclaireurs de la garde impériale lui est incorporé.

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Cavalerie légère de la Garde 1er chevau-légers-lanciers (Lanciers polonais) 2e chevau-légers lanciers (Lanciers hollandais) 3e chevau-légers-lanciers (Lanciers lithuaniens) : formé le 12 septembre 1812 à Varsovie et Wilna en deux escadrons. Détruit au combat de Slonim le 19 octobre 1812. Jamais reconstitué, les survivants seront versés au 1er lanciers. Tartares lithuaniens : un escadron formé à Wilna en 1812, dissous fin 1813. Ces hommes étaient attachés comme éclaireurs au 1er chevau-légers lanciers polonais Eclaireurs de la Garde : ces trois régiments furent constitués le 29 décembre 1813 et dissous le 12 mai 1814. o 1er régiment : quatre escadrons de 250 h. chacun attachés aux grenadiers à cheval de la garde o 2e régiment : quatre escadrons de 250 h. attachés aux dragons de la garde. o 3e régiment (polonais) : quatre escadrons de 250 h. attachés au 1ers lanciers de la garde. Gardes d’Honneur : l’ensemble de ces quatre régiments a été levé le 3 avril 1813 et fut incorporé à la garde le 29 juillet 1813. Ils comprenaient chacun quatre escadrons de deux compagnies chacune. Il était constitué de volontaires provenant de riches familles qui s’équipaient, se montaient et s’armaient eux-mêmes. Ils étaient revêtus de splendides costumes et possédaient d’admirables chevaux mais ils ne savaient pas se battre. Napoléon tenta de les adjoindre à des régiments vétérans de la garde afin de leur faire subir un entraînement intensif mais le manque de temps les empêcha d’en recueillir les fruits. La Vieille Garde les surnommait les « Garde-douleur » et toute l’armée les appelait « les otages ». 74

Chasseurs à cheval de la garde Organisé également le 2 décembre 1799 en quatre escadrons, ce régiment atteint l’effectif de six escadrons en 1812. En 1813, on lui adjoignit deux escadrons supplémentaires et trois des ses 8 escadrons furent désignés comme régiment de la jeune Garde. En 1811, les chasseurs à cheval avaient été incorporés à la vieille Garde. Dissous le 28 juillet 1814 et reconstitué sous le nom de Corps royal des Chasseurs à cheval, il reprit son ancien nom et son ancien rang le 8 avril 1815 pour être définitivement dissous le 26 octobre 1815. Il faut noter que ce régiment était spécialement destiné à fournir les escadrons de service de l’empereur et que ce sont sans doute ces cavaliers qui ont côtoyé le plus intimement l’empereur au cours de ses campagnes. Sans doute est-ce cette proximité qui explique que l’empereur revêtait le plus souvent l’uniforme de colonel de son régiment de chasseurs à cheval. Petit détail à l’intention des figurinistes : les chasseurs à cheval portaient un colback de fourrure comportant une flamme rouge. Celle était dissimulée dans la coiffe sauf quand le cavalier escortait personnellement l’empereur. Mamelucks de la garde Au départ, la première compagnie de mamelucks fut engagée le 25 septembre 1799 par le général Kléber à partir des Janissaires de Syrie qui avaient pris part au siège de Saint-Jean-d’Acre. Deux autres compagnies furent recrutées en Egypte et ces trois compagnies prirent le nom de Mamelucks de la République en octobre 1800. Le 13 octobre 1801, on le réduisit à un escadron. Cette unité, plus décorative qu’autre chose, participa pourtant, à Austerlitz, à une charge qui lui permit d’emporter deux drapeaux russes. En 1811, Napoléon avait incorporé les Mamelucks à la vieille Garde et en 1814, une de leurs compagnies fut versée dans la jeune Garde. Dissous en mai 1814, tout son effectif fut versé dans le 7e chasseurs à cheval, sauf sept hommes qui accompagnèrent l’empereur sur l’île d’Elbe. On reconstitua une unité de Mamelucks en 1815. Présente à Waterloo, sous le commandement du major Chaïm, elle ne constituait qu’un peloton de 26 hommes. 75

Cavalerie lourde de la ligne
1er et 2e carabiniers Nous avons expliqué qu’en 1679, Louis XIV avait mis deux carabiniers dans chaque compagnie de cavalerie légère et comment, en 1691, il avait réuni tous ces carabiniers en une seule compagnie dans chaque régiment. Cette compagnie prit le pas sur toutes les autres dans le régiment, y compris mestre de camp. A la bataille de Neerwinden (29 juillet 1693), toutes les compagnies de carabiniers chargèrent ensemble sous le commandement du marquis de Montfort, mestre de camp de RoyalRoussillon, et cette charge détermina sans doute l’issue de la journée. C’est cette action qui détermina le roi à rassembler toutes les compagnies de carabiniers en seul corps par ordonnance du 1er novembre 1693. Ces cent compagnies furent distribuées en cinq brigades commandées chacune par un mestre de camp chef de brigade. Le cadre de chaque brigade comprenait, outre ce mestre de camp, un lieutenant-colonel, un major et un aide-major. Il s’agissait donc bien d’un régiment, son effectif étant même plus élevé que celui des régiments de cavalerie légère, lesquels ne comprenaient plus à cette époque que 12 compagnies au maximum. A cette époque, le corps des carabiniers comptait 2 500 cavaliers sur le pied de paix et 4 000 sur le pied de guerre. En 1698, la paix de Rijswijk amena la réduction de l’armée et le corps des carabiniers se vit réduire à 40 compagnies. Chaque brigade était alors composée de deux escadrons de quatre compagnies chacun. Tel resta le corps des carabiniers jusqu’après la guerre de Sept Ans. Le corps des carabiniers présentait un caractère tout particulier dans l’ancien régime : les charges n’y étaient pas vénales ce qui permettait au roi de donner directement ces emplois à des officiers méritants trop pauvres pour s’acheter des compagnies ou des régiments. Pour éviter la jalousie des officiers ayant acquis leur charge, il fut décidé de placer les carabiniers sous le commandement nominal d’un prince de la maison royale. Et, le 1er novembre 1693, Louis XIV donna les carabiniers au duc du Maine, Louis-Auguste de Bourbon, le fils légitimé qu’il avait eu de 76

Mme de Montespan. Louis XIV faisait ainsi coup double : d’une part, il donnait à son fils un rang qui le plaçait au-dessus des mestres de camp « ordinaires », préparant ainsi le terrain qui allait lui permettre l’année suivante de placer ses enfants légitimés à un rang intermédiaire entre les prince de sang et les ducs et pairs ; d’autre part, il faisait comprendre à l’armée et à ses officiers qui étaient issus de l’aristocratie qu’il était le véritable maître. Pour bien marquer le coup, le corps des carabiniers vint prendre dans l’ordre de préséance des régiments le rang suivant les régiments de la Reine et des princes légitimes et précédant les autres. Royal-Carabiniers marchait donc à la 18e place, après Berry et avant Orléans. Lorsque le duc du Maine mourut, le régiment revint à son fils, le prince de Dombes et monta au 12e rang entre Royal-Allemand et RoyalPologne. En 1758, le régiment fut donné au comte de Provence – qui n’avait que trois ans – et perdit son titre de « Royal » pour devenir « Carabiniers-Provence », puis après la mort de Louis XV, « Carabiniers de Monsieur ». A ce moment, tenant compte de l’âge du commandant titulaire, il fut nommé à la tête du corps des carabiniers un « mestre de camp commandant » ou « inspecteur ». Sous Louis XIV, les cinq brigades de carabiniers furent souvent distribuées entre les différentes armées et marchaient comme des régiments ordinaires. A la mort du duc du Maine, on préféra les faire marcher ensemble, mais c’est ce qui explique qu’en 1694, par exemple, les deux premières brigades étaient dans l’armée de Flandre et les trois autres dans le Roussillon ou qu’en 1702, trois brigades étaient en Flandre et deux en Italie. En 1733 encore, quatre brigades sont à l’armée d’Italie, la dernière étant sur le Rhin. Mais l’année suivante, les cinq brigades sont réunies en Italie et se couvrent de gloire à Parme et à Guastalla. C’est ensemble qu’elles combattent à Fontenoy. En 1763, le corps des carabiniers fut réduit à 30 compagnies toujours réparties en cinq brigades de deux escadrons chacune, chaque escadron comptant deux compagnies au lieu de trois. Les brigades sont numérotées et leur préséance fixée en fonction de leur numéro et non plus en fonction de l’ancienneté de leur chef. Cette unité d’élite était en très haute considération tant pour la manœuvre que pour l’équitation ; elle 77

servit donc, à partir de 1768, d’école de perfectionnement à la cavalerie : chaque compagnie était tenue de lui envoyer quelques sujets qui complétaient chez eux leur instruction. C’est pour les carabiniers que furent construits les bâtiments de l’école de Saumur et c’est donc à eux qu’il faut faire remonter l’origine du prestigieux Cadre noir. En 1773, les carabiniers quittent Saumur pour Metz puis reviennent à Saumur, La Flèche, Vendôme et Chinon. C’est dans ces quartiers que les atteint l’ordonnance du 13 février 1776 : Le corps des carabiniers est partagé en 2 brigades de 4 escadrons chacune. L’escadron n’est composé que d’une seule compagnie de 132 hommes. Nous avons là la préfiguration du système mis en application en 1816 quand, pour toute la cavalerie, l’escadron se confondra avec la compagnie. En attendant, le système de 1776 est encore modifié par l’ordonnance du 8 avril 1779 qui met les brigades à 5 escadrons, comme dans les régiments de cavalerie ordinaires et par celle du 1er mai 1788 qui donna à ces brigades le nom de régiment et aux officiers qui les commandaient le titre de colonel. Les deux régiments continuèrent à porter le nom de Monsieur et formèrent brigade selon le principe adopté par l’ordonnance du 17 mars précédent qui instaurait la formation de toute la cavalerie en brigades de 2 régiments. En avril 1791, un décret consacrait la scission définitive du corps des carabiniers en deux régiments distincts ayant leur propre état-major et leur propre administration. Mais, précise le décret, les carabiniers étant considéré comme les grenadiers des troupes à cheval, les deux régiments prennent le pas sur tous les autres régiments de cavalerie. C’est de cette date que leur est fourni un bonnet à poil, comme aux grenadiers de l’infanterie. Pendant toutes les campagnes de la Révolution et de l’Empire, les deux régiments de carabiniers ont toujours formé brigade. Quand la guerre éclata en 1792, ils étaient en quartier à Sedan et ils participèrent à la bataille de Valmy. On les retrouve ensuite aux armées du Nord et de Moselle, puis à celles de Mayence, de l’Ouest et du Rhin. Ils se distinguèrent à la bataille de Freising en 1796 et dans les opérations sur le Danube en 1800. Après la paix d’Amiens, les carabiniers stationnent à Lunéville et, dès la reprise des hostilités, se trouvent partout où est la grande armée : Austerlitz, Iéna, Eylau, Friedland, Eckmühl, Wagram. Au cours de cette 78

campagne de 1809, la cavalerie de la Garde étant temporairement indisponible, c’est le 1er carabiniers qui servit d’escorte à Napoléon. C’est à la fin de cette campagne que Napoléon prit la décision de revêtir les carabiniers d’une cuirasse et de leur fournir un casque au lieu du bonnet d’oursin. A Borodino, les carabiniers furent constamment en action et combattirent avec bravoure jusqu’au moment d’être mis en déroute par les chevaliersgardes du tsar. Comme ils tentaient de regagner leurs lignes, ils furent chargés par des cuirassiers français qui, abusés par leur tenue blanche, les prirent pour des cavaliers de la garde russe. La retraite de Russie fut effroyable pour les deux régiments de carabiniers et, semble-t-il, leur brisèrent définitivement le moral déjà fort mis à mal par les événements de la Moskowa. A Leipzig, ils furent pris de panique lors d’une charge des hussards hongrois. Cela ne les empêcha pas de combattre avec distinction à Montmirail, Craonne, Laon et Reims en 1814. Les carabiniers avaient toujours été choyés par la monarchie et sans doute le corps se souvenait-il avoir été la propriété du comte de Provence. Toujours est-il qu’il se rallia à Louis XVIII sans état d’âme suivant l’exemple de son chef de corps, le colonel Charles François Joseph, chevalier de Bailliencourt de Courcel dont le parcours est caractéristique. Colonel du 1er carabiniers depuis le 28 septembre 1813, il combattait encore et était blessé à La Chaussée le 3 février 1814. Le retour de Napoléon dut lui poser un problème de conscience qu’il résolut en démissionnant le 19 mai 1815 quand il devint clair que la guerre était imminente. Le régiment passa alors au colonel Arnaud Rogé qui sera blessé à Waterloo. Bailliencourt fut nommé le 20 septembre 1815 colonel du régiment de Cuirassiers de Condé puis en 1823 du 2e régiment de Cuirassiers de la Garde royale. Il est vraisemblable que bon nombre d’officiers se soient posé bien des questions. Toujours est-il que dans l’armée du Nord, on chuchotait que les carabiniers étaient de « f… royalistes » et qu’on ne pouvait pas leur faire confiance. A Waterloo, les carabiniers étaient réunis dans une brigade commandée par le général Blancard. Le 1er régiment, sous Rogé, comptait 434 hommes en trois compagnies et le 2e, sous le colonel Brugnat, 413 79

hommes en trois compagnies. La brigade Blancard appartenait à la 12e division de cavalerie, sous Roussel d’Hurbal et donc au 3e corps de cavalerie de réserve commandé par le général Kellerman. Les deux régiments de carabiniers qui marchaient donc ensemble subirent un retard considérable en traversant la Sambre, ce qui ne leur permit d’arriver aux Quatre-Bras que tard dans la soirée du 16 juin… Trop tard pour combattre. La 12e division eût-elle participé aux charges que mena Kellermann le 16 juin que la physionomie du combat en aurait été très modifiée. Une certitude cependant : les charges vaines du 16 juin avaient conforté Kellermann dans son opinion qu’une charge de cavalerie contre des carrés d’infanterie sans préparation et sans appui de l’infanterie était une chose inefficace et dangereuse. Lorsque, le 18 juin, après plusieurs échecs, le maréchal Ney lui ordonna de charger les carrés alliés, Kellermann le suivit à contrecœur tout en intimant aux deux régiments de carabiniers de rester dans un creux non loin d’Hougoumont. Les carabiniers auraient sans doute pu échapper au massacre si le maréchal Ney n’avait aperçu cette masse inoccupée. Il fonça dessus et, hurlant et menaçant, força Blancard à charger malgré ses protestations. Les réticences de Blancard étaient pleinement justifiées : les deux régiments subirent de lourdes pertes, laissant ensemble 8 officiers tués et 24 blessés dont un mortellement sur le terrain. Un aparté : Le « traître de Waterloo » Un incident, raconté par Houssaye23, et qu’on peut vérifier chez Cotton, chez Mauduit, dans une lettre du colonel Frazer, dans des lettres du général Adam, du colonel Colborne et du major Blair à Siborne et à d’autres sources, a suscité des tempêtes de polémiques et des flots de discussions sur les forums napoléoniens. Selon Houssaye, vers 19.00 hrs, au moment où le général Drouet mettait en position les bataillons de la garde en vue de l’ultime attaque sur la ligne anglo-alliée, « un capitaine de carabiniers, traversa tout le vallon au grand galop, défiant les boulets et la grêle des balles, et aborda, le sabre au fourreau et la main droite en l’air, les tirailleurs avancés du 52e anglais. Conduit au major de ce régi-

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Houssaye, p. 391.

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ment qui causait avec le colonel Fraser, commandant l’artillerie légère, il s’écria : « – Vive le Roi ! Préparez-vous ! ce b… de Napoléon sera sur vous avec la garde avant une demi-heure. » Le colonel Fraser rejoignit Wellington pour lui transmettre l’avis. 24» Certains auteurs considèrent que ce déserteur, en donnant des informations sur la direction dans laquelle la garde allait donner, avait fait basculer la bataille en permettant à Wellington de repositionner ses troupes en vue de résister à cet assaut. Autant dire que cet officier est responsable de la défaite… Les auteurs les plus récents nous servent cette histoire sans sourciller. Jean-Claude Damamme nous donne même le nom de cet officier : c’est le « capitaine du Barrail 25 ». Malheureusement, comme d’habitude, Damamme néglige de nous donner ses sources. Or, l’histoire est assez extraordinaire pour que l’on s’y arrête un instant. Le plus simple pour aborder le sujet est sans doute de consulter d’abord les sources que nous donne Houssaye. Le général Frazer, qui commandait l’artillerie à Waterloo, écrit : « Nous étions au courant de sa dernière attaque que nous avons ainsi repoussée : un officier des Cuirassiers impériaux – je ne pourrais déterminer s’il était déserteur ou non – m’en informa, montrant le côté par où il disait que l’attaque aurait lieu dans le quart d’heure. Il était nécessaire de trouver le duc dont je m’étais éloigné un moment (…) ; mais trouvant mon ami le général Adam à la tête de sa brigade d’infanterie, je lui remis le cuirassier et m’en allai pour corriger immédiatement une autre erreur, et avant que j’ai pu rejoindre le duc, Adam lui avait rapporté cette importante information, de telle sorte que les dispositions nécessaires avaient été prises.26 » Le général Adam – alors à la tête de la 3e brigade d’infanterie – écrit :

Houssaye, p. 390-391. J.-C. Damamme – La Bataille de Waterloo – Paris, Perrin, coll. Tempus n° 38, 2003 ,p. 249 26 Letters of Colonel Sir Augustus Simon Frazer ,XXV – London, Longman, Brown, Green, Longmans & Roberts, 1859, p.552
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« Nous étions dans cette position quand un officier français déserta et vint où la brigade se trouvait et donna l’information que la Garde impériale se formait pour attaquer cette partie de la position.27 » Le colonel Blair, major de brigade à la brigade Adam : « J’étais à l’arrière de la ligne des 52nd et 71st en conversation avec feu Sir Augustus Fraser, Horse Artillery, quand l’officier des Hussards français, un déserteur, mentionné par le colonel Gawler, accourut et nous rejoignit. Il dit que nous allions être attaqués par la Garde française dans la demiheure. Sir Augustus s’éloigna pour informer le duc, alors vers la gauche, désirant que je surveille le
Carabinier (1812) par H. Bellangé

déserteur, dont l’information se trouva exactement vérifiée.28 »

Le général Lord Seaton – qui à l’époque de Waterloo était le colonel Sir John Colborne et commandait le 52nd Foot – écrit de son côté : « Nous montions sur la hauteur quand un colonel français des cuirassiers galopa hors des rangs français, criant « Vive le Roi » à plusieurs reprises et, se dirigeant vers moi, s’adressa à moi en disant « Ce – Napoléon est là avec les Gardes. Voilà l’attaque qui se fait. » Cet officier resta quelques temps avec moi.29 » Enfin, Cotton : « A ce moment, un officier français de carabiniers se porta sur la droite du 52nd en désertant et annonça au major Blair et au colonel

H.T. Siborne – Waterloo Letters, n° 120 (sans date, 1838 ?), p. 276. Id., n° 122 (29 novembre 1835), p. 280. 29 Id., n° 123 (24 février 1843), p. 282.
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Sir A. Frazer que Napoléon était sur le point de nous attaquer à la tête de sa garde impériale, ce qui fut porté à la connaissance du duc…30 » Et il ajoute en note : « J’ai rencontré cet officier français sur le champ de bataille en 1844 ; il était capitaine au 2e Carabiniers, ou cuirassiers à la cuirasse de cuivre ; la raison qu’il donnait pour ne pas être venu à nous avant la onzième heure était qu’il espérait qu’une bonne partie de son régiment le suivrait.31 » Donc, pour nous résumer, il ne fait aucun doute qu’un officier a déserté pour gagner les rangs de l’ennemi et lui annoncer l’imminente intervention de la garde impériale. D’après nos témoins, cette désertion a dû être commise vers 19.00 ou 19.15 hrs. Mauduit, cependant, situe l’incident vers 16.00 hrs, avant que les carabiniers ne chargent, et il parle bien d’un capitaine de carabiniers32. S’agit-il du même ? Sans doute : Mauduit n’est pas, en l’occurrence très crédible. Au moment où se déroulait l’incident, il était très occupé du côté de Plancenoit. Et, sans doute, dans sa note, nous transmet-il le contenu d’une rumeur qui a dû faire le tour de l’armée. Sans doute aussi, comme Houssaye, ne peut-il comprendre qu’un officier qui a chargé à plusieurs reprises à la tête de ses hommes déserte alors qu’il est en théorie hors de danger : « Le plus singulier, c’est que cet officier avait vaillamment chargé deux fois les Anglais… 33» dit Houssaye. Le plus logique, pour Mauduit, consiste à penser que le capitaine de carabiniers est passé à l’ennemi par lâcheté, avant d’avoir chargé, donc avant 16.00 hrs. Maintenant, où Damamme va-t-il chercher que ce capitaine s’appelait « du Barrail » ? Il nous a fallu un peu chercher avant de tomber sur le volume LX, n° 1230 de l’Intermédiaire des Chercheurs et des Curieux, daté d’août 1909, et où, à la colonne 276, on pose la question de savoir qui est ce « traître de Waterloo ». Deux correspondants ont répondu à la question et ces réponses se trouvent dans les colonnes 404 et 405 du numéro

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E. Cotton – A Voice from Waterloo, 5e édition – Mont-Saint-Jean - Chez l’auteur, 1854, p. 107

Id., note * Mauduit, p. 342, note (b). 33 Houssaye, p. 391, note 1.

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du 20 septembre 1909. La première, signée X, est plutôt évasive et à dessein : « Nous sommes nombreux à savoir ce nom : c’est l’un des plus estimés de nos annales militaires. Il a été porté par le fils de l’officier que l’on vise, et avec tant d’honneur, de bravoure et de loyauté que l’on s’est fait scrupule de l’écrire. Il y a des heures troubles dans la vie des peuples et des individus. En tout cas, si ce nom doit être imprimé ici, il évoquera à côté d’une inexplicable défaillance, le souvenir d’un soldat admirable, dévoué à sa patrie et devant lequel nous nous inclinons respectueusement. On ne veut pas, j’en suis sûr, atteindre le souvenir du fils, en révélant cette particularité de la vie du père. M. Houssaye, qui ne pouvait passer l’incident sous silence, a omis à dessein le nom que l’on demande et que, pour ma part, je ne donnerai pas. »
Le général du Barail

Malheureusement, un autre correspondant et la rédaction du journal se montrèrent moins scrupuleux. Un certain H. Baguenier-Desormaux écrit en effet : « Il s’agit du capitaine Du Barail, père de l’ancien ministre de la guerre. On trouvera des renseignements sur ce personnage dans les Waterloo Letters, dont un exemplaire se trouve à la Bibliothèque du Ministère de la guerre, et dans le dossier individuel de cet officier, aux Archives administratives du même Ministère. Dossier que le général Du Barail, devenu ministre, s’est refusé à faire « expurger »…. » Et voilà… La cause est entendue, le « traître de Waterloo » s’appelle du Barail que Damamme et les forumeurs (ce terme est-il français ?) affublent d’ailleurs d’un « r » superfétatoire : Du Barrail… On admettra que le seul témoignage (peut-on parler d’un « témoignage » ?) de M. H. Baguenier-Desormeaux est un peu léger pour jeter 84

l’opprobre sur un officier, quel qu’il soit…Or le général du Barail, le ministre de la guerre dont parlait le correspondant de l’Intermédiaire, a laissé des souvenirs – par ailleurs passionnants – et il parle abondamment de son père. Naturellement, il ne fait pas allusion à l’incident de Waterloo. Toutefois il explique que son père, né en 1786, avait émigré avec ses parents mais qu’il avait fui la maison paternelle pour s’engager dans la grande armée dès 1805. Son père l’avait rattrapé et avait réussi à le faire réformer. L’année suivante le jeune homme avait réussi à se faire engager et avait été incorporé dans la 1ère compagnie des Gendarmes d’ordonnance, assimilés aux Guides de la Garde, où il s’était lié d’amitié avec le futur général Labédoyère. Après quoi il avait été muté comme sous-lieutenant au 10e dragons sous le guidon duquel il avait combattu à Friedland puis lieutenant au 2e carabiniers. Il avait été très gravement blessé à Wagram. Il fit avec le 2e carabiniers, à la tête de sa compagnie d’élite, les campagnes de Russie, de Saxe et de France. « En 1815, écrit le général du Barail, il passa, comme capitaine, mais avec le rang de chef d’escadron, au 1er régiment de grenadiers à cheval de la Garde royale.34 » Malheureusement, le général ne nous dit pas dans quel mois de l’année 1815, son père reçut cette flatteuse promotion. Mais l’Annuaire officiel de l’armée française pour l’année 1820, nous indique un « Dubarail », chef d’escadron aux Grenadiers à cheval de la Garde royale, ayant reçu brevet le 12 octobre 181535. Confirmé par le même annuaire pour l’année 182136. Il s’agit donc bien de notre
Général du Barail – Mes Souvenirs, I, 1820-1851 – Paris, Librairie Plon, 1894, p. 3. Annuaire de l’état militaire de la France pour l’année 1820 – Paris, Levrault, 1820, p. 153. 36 Annuaire de l’état militaire de la France pour l’année 1821, p. 158.
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Colonel du 1er régiment de carabiniers (Vernet pour le projet de règlement Bardin (1812)

Du Barail. Et, par déduction, nous pouvons comprendre que Du Barail était toujours en juin 1815, au 2e carabiniers. Donc, à ce stade, rien qui vienne démentir que le père du Barail ait été le « traître de Waterloo ». La suite de la carrière de Charles du Barail fut régulière jusqu’en 1830. En 1822, il quitte la garde royale pour passer chef d’escadron au Cuirassiers d’Orléans (n° 5) avec lequel il fait la campagne d’Espagne et le 27 juillet 1825, il est nommé lieutenant-colonel au 2e carabiniers37. La révolution de 1830 fut l’occasion d’un bouleversement dans la vie de du Barail. Son fils raconte : « Le régiment, en garnison à Cambrai, était commandé par le colonel Gussler. Officier de l’ancienne armée, le colonel Gussler avait commencé comme trompette, et il avait conservé toutes les passions et tous les préjugés de la Révolution. Sous son influence pernicieuse, aussitôt que les évènements de Paris furent connus à Cambrai, le régiment s’insurgea et réclama le départ de tous les officiers soupçonnés de sympathie pour le gouvernement déchu. Mon père dut s’éloigner. Il se retira d’abord en Belgique, puis il se rendit en Angleterre pour porter ses hommages au roi détrôné. Il resta un an hors de France. Mais sa fortune, déjà ébranlée par son imprévoyance, avait été tout à fait compromise par la révolution de Juillet, et il dut demander à reprendre du service. Cette faveur, prodiguée à tous ses camarades, lui coûta de longues démarches qui épuisèrent ses dernières ressources. Enfin, en 1833, réintégré sur les contrôles de l’armée comme lieutenant-colonel de cavalerie hors cadres, il fut envoyé à Oran.38 » Après quelques temps passés à combattre en Algérie et avoir notamment participé à la prise de Mostaganem, Charles du Barail revint en France où, selon son fils, il eut de la peine à se voir maintenu en activité. Il fut finalement nommé au commandement de la place de Verdun39. Le général du Barail, décrivant la carrière de son père, ne cherche pas à cacher que, très en faveur sous la Restauration, Charles du Barail fut frappé de
Annuaire de l’état militaire de la France pour l’année, 1830, p. 434. Du Barail, op. cit. p. 8. 39 Id., p. 194-195.
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disgrâce sous la Monarchie de Juillet. Lorsqu’au début 1842, le Prince Royal, Ferdinand-Philippe d’Orléans, vint visiter Verdun pour inspection, il offrit un banquet aux autorités civiles et militaires de la ville et le colonel du Barail ne fut pas invité. « Peu après, il fut emporté par un accès de goutte qui se porta à l’estomac, puis à la tête. Il accueillit la mort avec le calme, la fermeté et le courage qu’il avait montré dans tous les dangers de la vie… » Le général du Barail ne donne malheureusement pas la date exacte de cette mort. Toutefois, il nous indique qu’il portait le deuil de son père lorsque le duc d’Aumale prit la tête d’une des colonnes de l’expédition contre la smala d’Abd-el-Kader et dont il faisait partie. Or celle-ci quitta Médéah le 2 mai 1843. Charles du Barail est donc mort avant cette date. Le duc d’Orléans, pour sa part, mourut d’un accident le 13 juillet 1842. Il faut donc situer la date de la mort du père du général du Barail avant cette date. Nous n’insisterions pas sur ce détail si le sergent Cotton ne nous avait pas dit qu’il avait rencontré le « traître de Waterloo » en 1844 ! Lieutenant et capitaine du 2e carabiniers Donc de deux choses l’une : ou la mémoire de Cotton lui joue des tours (dix ans après !) ou le « traître de Waterloo » n’est pas Charles du Barail. Or tout nous laisse penser que Cotton ne se trompe pas. S’il avait eu le moindre doute, il n’aurait pas fait imprimer « 1844 » et se serait contenté de mentionner la rencontre sans préciser de date. Donc nous pouvons conclure que le personnage en question n’est pas du Barail. Pourquoi, dès lors, a-t-on accusé Charles du Barail d’être le « traître » ? Il faut dire que le personnage avait vraiment tout contre lui. Issu d’une famille émigrée – mais amnistiée et rentrée en France en 1807 – il était lui87

même légitimiste et le resta sans doute jusqu’à sa mort. Le général du Barail explique que son père, alors qu’il était chef d’escadron aux Cuirassiers d’Orléans, « négligeait » de rendre la visite que ses camarades rendaient traditionnellement chaque année au duc d’Orléans, censément colonel propriétaire du régiment. C’est ce manque d’égard pour le futur roi Louis-Philippe qui aurait provoqué le mépris dont le colonel du Barail a été victime dès l’avènement de la monarchie de Juillet et qui l’a poursuivie jusqu’à sa mort. L’explication est d’autant plus plausible que du Barail, chassé du 2e carabiniers en 1830 pour ses opinions, avait fait l’année suivante le pèlerinage d’Holyrood pour rendre hommage à Charles X. Y reçut-il la permission de se rengager dans l’armée française ? En tout cas, il était suffisamment connu pour que le ministère de la guerre le fasse patienter jusqu’en 1833 pour le réintégrer dans les rôles de l’armée avec le grade de lieutenant-colonel. Mais il est un fait qu’il fut réintégré et même promu. Il n’est absolument pas imaginable que tel eût été le cas s’il était passé à l’ennemi à Waterloo.

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Dès lors, qui est le « traître de Waterloo » ? Voilà un joli sujet d’études… Mais comment l’aborder ? Nous avons cité plusieurs témoins et ils ne sont même pas d’accord entre eux. Lord Seaton parle d’un officier de cuirassiers, Adam d’un officier sans plus, Blair d’un officier de hussards. Mauduit parle bien d’un carabinier, mais comme nous l’avons dit, cet auteur rapporte un fait dont il n’a pas été témoin et qui pourrait n’être qu’une rumeur. Il est en tout cas bien étrange que Mauduit cite les noms des deux officiers que le « traître » aurait tenté d’emmener avec lui (le capitaine Début et le lieutenant Bachelet) et pas celui du « traître » luimême, qu’il accable des pires malédictions… En tout cas, outre Mauduit, seul Cotton nous indique qu’il s’agissait d’un officier des carabiniers. Mais il n’a pas été témoin du fait non plus. Il nous rapporte qu’il a rencontré cet officier en 1844 et, à cette époque, le colonel du Barail était mort et enterré depuis bien longtemps. Il n’en reste pas moins que le manque de clarté des trois officiers britanniques à propos de l’origine – cuirassier, hussard ou même lignard (tous les capitaines de la ligne étaient montés) – serait difficile à comprendre si le déserteur avait effectivement été un carabinier. La tenue de ces régiments d’élite était tellement caractéristique qu’aucun officier britannique n’aurait pu la confondre avec celle d’un autre régiment de cavalerie. Quelle était cette tenue ? Ici aussi, les sources sont divergentes. Jusqu’en 1810, les carabiniers étaient vêtus d’un habit bleu, collet et pattes de parement bleu passepoilés de rouge, revers et retroussis rouges. Ils étaient coiffés d’un bonnet à poils justifiant ainsi leur appellation révolutionnaire de « grenadiers à cheval ». La légende veut qu’à Ratisbonne, Napoléon, impressionné par le peu d’efficacité de cette coiffure contre les coups de sabre, avait décidé de munir les carabiniers de casques. Il nous semble bien que ce soit une légende dans la mesure où, si cela était vrai, l’empereur n’aurait pas maintenu le bonnet à poils des grenadiers à cheval de « sa » garde… Peu importe… Effectivement, à partir de 1810, les carabiniers reçurent un casque très caractéristique. Du type « à la Minerve », il est formé de deux demi-coques en laiton(en cuivre pour les officiers), surmontées d’un cimier garni d’une chenille en crin rouge. Un bandeau en métal blanc (en acier pour les officiers), frappé d’un N cou89

ronné, réunit les deux demi-coques. Les jugulaires sont constituées d’écailles bombées agrafées sur du cuir et les rosaces qui fixent cette jugulaire au casque portent une étoile. Ce modèle est à l’époque unique dans l’armée française et ne permet pas de le confondre avec un casque de cuirassier, de dragon ou même de chasseur. Sous la première restauration, le chiffre impérial fut remplacé par un écu de France aux trois fleurs de lis.

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FCarabinier par T. Géricault

Les carabiniers furent aussi dotés d’une cuirasse recouverte d’une feuille de cuivre jaune sur laquelle était frappé un soleil rayonnant40. Mais que portaient-ils sous cette cuirasse ? Ici, nous entrons dans un débat acharné entre « uniformologues », figurinistes et dessinateurs militaires de tout poil… Officiellement, les carabiniers étaient vêtus d’un habit-veste blanc, collet et retroussis bleu ciel, des derniers frappés d’une grenade blanche, parements écarlates pour le 1er carabiniers, bleu ciel pour le 2e, pattes de parement blancs. Les cavaliers portaient des épaulettes rouges, signe des régiments d’élite : les épaulettes des sous-officiers étaient de laine mêlée blanche et rouge ; les officiers portaient des épaulettes d’argent, à gros bouillons pour les officiers supérieurs. C’est ainsi que le représente le
Ce détail est lui-même sujet à caution. Ni Vernet, ni Géricault, ni Bellangé ne représentent jamais ce soleil.
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miniaturiste du portrait du lieutenant de La Riboisière au musée de l’Empéri à Aix-en-Provence, de même que le peintre Gros quand il représente le même lieutenant de La Riboisière avec son père. Géricault, dont on sait qu’il a brièvement servi dans les mousquetaires du roi et qu’il a accompagné Louis XVIII à Gand, a dessiné un grand nombre de carabiniers et en a peint plusieurs. Le musée de l’Empéri expose deux mannequins revêtus de l’uniforme des carabiniers : un officier et un cavalier. Plus tardivement, Detaille a représenté à plusieurs reprises des carabiniers dans ses compositions. Le projet de règlement sur l’habillement écrit par Bardin en 1812, et jamais publié, contient plusieurs planches, dessinées par Carle Vernet, représentant des carabiniers41 : nous en montrons sept dans ce chapitre. La planche 45 nous montre le colonel du 1er régiment, aisément reconnaissable à ses parements rouges et ses épaulettes argent à gros bouillons ; la planche 50 : un homme du 1er carabinier à cheval : la planche 52 : un lieutenant et un capitaine du 2e carabiniers, reconnaissables à leurs épaulettes et à leurs parements bleu ciel ; la planche 57 : un homme de troupe en cuirasse et un lieutenant du 2e carabinier. Dans la légende de la planche 60, Vernet précise que le personnage de gauche est en bonnet de police, veste d’écurie et manteau. La planche 51 nous montre une étrange scène : un maréchal-ferrant, en tenue blanche, est occupé à ferrer un cheval alors qu’un brigadier l’aide en tenant le pied du cheval. Le brigadier, en bonnet de police, est en veste ou en tenue d’écurie : bleu ciel, sans parement ni ornement mais avec les galons de grade bien visible. Enfin, Bellangé,
La planche n° 30 de Rousselot
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Bardin – Projet de Règlement de l’Habillement – Volume IV, planches 45, 50, 51, 52, 57 et 60.

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dans sa série, nous montre un cavalier des carabiniers porteur d’un pli sans qu’il soit possible de dire à quel régiment il appartient. L’ensemble de ces sources nous montrent les carabiniers en blanc, sauf ceux qui sont en tenue d’écurie ou en veste bleu ciel.

Le général de Lariboisière et son fils Ferdinand à la veille de la bataille de la Moskowa par Antoine Gros

Cependant, nous avons trouvé sous la plume de certains auteurs que, à Waterloo, les carabiniers avaient combattu en habit bleu, alors que leurs officiers étaient en blanc. Cabaret et Courcelle représentent dans leurs dessins les cavaliers en bleu clair, tandis que les officiers sont en blanc. 93

Nous nous sommes demandé d’où venait cette curieuse idée qui va contre tous les règlements connus de l’époque et contre toutes les représentations des artistes que nous avons cités. Certaines sources nous disent que l’idée en revient à Lucien Rousselot, en 1987, dans le bulletin d’information de « La Sabretache ». C’est encore brouiller les pistes ! En réalité, Lucien Rousselot, peintre officiel de l’armée française et très sérieux auteur de nombreuses planches d’uniformologie, réunies, notamment, dans une superbe série intitulée « L’Armée française »42, a effectivement publié (mais en 1991) un article sur « La deuxième tenue des carabiniers cuirassés » dans le Bulletin de la Sabretache, n° 108. Rousselot – qui jusque-là avait toujours dessiné les carabiniers dans leur tenue blanche – nous dit que les officiers et sous-officiers, comme ceux de tous les autres régiments, disposaient d’une tenue de ville qui consistait en l’occurrence en un frac bleu ciel. En fait, Rousselot n’invente rien : la planche 54 du projet de règlement de Bardin nous montre en effet un major du 2e carabiniers en cuirasse et en manteau… L’occasion de voir que les officiers étaient dotés d’un manteau bleu à la différence de la troupe qui, comme le montre la planche 60, possédait un manteau blanc identique à celui des cuirassiers. Mais aussi celle d’admirer un autre major en « tenue de société », ainsi que l’indique la légende. Et de fait, comme nous l’avait dit Rousselot, il s’agit d’un frac bleu, sans parement. Mais contrairement à ce qui a été parfois prétendu, Rousselot ne suggère pas dans le texte explicatif de sa planche n° 30, où il représente également un officier de carabiniers en tenue de ville bleue, que les cavaliers aient combattu en bleu et non en blanc : « Le portrait naïf de Jean-Antoine Guillot, Maréchal-des-Logis au 1er régiment des carabiniers le 16 mars 1813, conservé à la Bibliothèque du Musée de l’Armée, nous le montre vêtu d’un frac bleu ciel, à collet et parements en pointe de même couleur, fermé par une rangée de huit boutons. Le collet et les parements, les devants et le bas du frac étaient liserés de blanc. Malheureusement les
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Réédité en 2008 en deux volumes chez « Le livre chez vous ».

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basques sont invisibles et nous ne pouvons dire si les retroussis étaient blancs ou bleu ciel liserés de blanc. Nous pensons qu’ils étaient bleus et ornés de grenades bordées de blanc. Les galons de grade en argent et les épaulettes de Maréchal-des-Logis étaient posés sur ce vêtement. (…) Le chapeau très simple porté par ce sousofficier n’a d’autre ornement que la cocarde, maintenue par une ganse en argent. Cette tenue était complétée par la culotte de peau, les bottes fortes, l’épée à garde et bout de fourreau en cuivre43, la dragonne rouge mélangée d’argent et la cravache en jonc torsadé. En tenue hors de service, les officiers faisaient usage du frac, de la veste, de la culotte d’étoffe, des bas, des souliers, du chapeau, de la redingote et du bonnet de police. (…) En tenue de société, les officiers des carabiniers revêtaient l’habit bleu à basques longues, de même couleur et composition que l’habit-veste et avec les mêmes ornements et insignes de grade. » A ce stade, nous remarquerons deux choses. Rousselot base toute sa description sur le seul portrait « naïf » du maréchal-des-logis Guillot. C’est à notre sens un peu court. Ensuite, il décrit la tenue « hors-de-service » ou la « tenue de société » des carabiniers en se limitant aux officiers et sousofficiers. Il ne fait pas allusion aux cavaliers. Or, le fait que les carabiniers eussent deux tenues de couleurs différentes semble pourtant tout à fait exact : Joseph Abbeel, dans ses Mémoires écrit bien : « 4 mars 1810, après l'hiver, nous regagnons nos cantonnements dans le Hanovre. Bientôt nous reprenions la route de la France ; après plus de quatre années de campagne, nous retrouvions Lunéville où la population nous acclamait au son des cloches. Après un mois de repos, nous rejoignions la garnison. Nous y reçûmes un nouvel équipement : un habit blanc avec parements rouges, un habit bleu sans parement, une cuirasse de vingt à vingt-deux livres, un casque en cuivre "à la romaine" du poids de six à sept livres, ainsi qu'une paire de bottes rigides.44 »

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Il s’agit d’une épée « de ville », certainement pas destinée à combattre. Joseph Abbeel – Mémoires d’un Carabinier – Paris-Bruxelles, Jourdan éditeur, 2010, p. x

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Abbeel n’était pas officier ; il a bien reçu un habit bleu. Mais également un habit blanc… II était donc prévu que la troupe portât au combat la tenue blanche. La confusion qui règne chez les témoins britanniques ne permet pas de déterminer si finalement, l’officier qu’ils ont vu venir était un carabinier ou non, s’il était en blanc ou non. Mais, comme il est certain que les officiers des carabiniers ont combattu en blanc, que ce trait – ajouté à la cuirasse dorée et au casque à chenille rouge (mais notre « traître » peut l’avoir perdu) – ne serait très certainement pas passé inaperçu des témoins qui donc auraient donc été unanimes à décrire le traître comme un carabinier, on peut dire presque à coup sûr que le « traître de Waterloo » n’était pas un carabinier. Et sans doute, s’agit-il d’un officier du 10e cuirassiers dont, fait unique, les états signalent la désertion le jour de Waterloo Pour être complet, nous pouvons encore ajouter qu’au 15 juin 1815, le 1er carabiniers comptait 32 officiers (et 46 chevaux) et 402 sous-officiers et cavaliers (et 426 chevaux). L’inspection faite ce matin-là mentionne qu’ils portaient 257 cuirasses seulement font 86 venaient d’être réparées. Le 2e carabiniers avec 30 officiers (et 41 chevaux) et 383 sous-officiers et cavaliers (avec 373 chevaux) n’avait que 225 cuirasses dont 71 venaient d’être réparées. Au soir de Waterloo, le 1er carabiniers avait perdu 21 officiers (sur 32) : 1 major, 1 chef d’escadron, 2 lieutenants et 3 sous-lieutenants tués ; 1 colonel (Rogé), 1 chef d’escadron, 5 capitaines, 2 lieutenants et 4 souslieutenants blessés. Le capitaine Vincenot fut porté blessé et disparu. Le 2e carabiniers, quant à lui, déplora la perte d’1 capitaine (mort de ses blessures le 1er février 1816), d’1 lieutenant (mort de ses blessures le 1er juillet), d’1 sous-lieutenant tué, de 3 chefs d’escadron, de 2 capitaines, de 2 lieutenants et de 6 sous lieutenants blessés, soit une perte totale de 16 officiers sur 30. 1er Cuirassiers Ce régiment est l’héritier du régiment Colonel Général, lui-même issu du régiment de Turenne. Une erreur – communément admise mais qui 96

n’en est pas moins une erreur – veut que ce régiment ait été créé en 1635 sous le nom Colonel Général et ait appartenu au duc d’Angoulême, ou plutôt à son fils, le duc d’Alais, qui exerçait, en survivance de son père, la charge de colonel général de la cavalerie légère. En fait, ce régiment perdit son titre de Colonel Général lorsque la charge de colonel général sortit de la famille Valois-Angoulême pour passer dans la maison La Tour d’Auvergne. Le régiment lui-même fut licencié en 1656. Le titre de « Colonel Général » revint donc au régiment de Turenne, puisque le maréchal de Turenne, mestre de camp propriétaire de ce régiment, exerçait les fonctions de colonel général de la cavalerie légère. Le régiment de Turenne était, après le traité des Pyrénées, le seul des seize régiments weimariens cédés par le duc de Saxe-Weimar à Louis XIII en 1639. Il avait sans doute été levé en Allemagne en 1631. Il était à la solde de la France depuis le 26 octobre 1635. Il combat sous les noms de ses colonels Trefski, Flechstein et Nimitz, pour être définitivement assimilé aux régiments français en 1647. Il passe aux mains du maréchal de Turenne en 1651 et en prend le nom à la date du 3 juin 1651. A ce moment, du fait de l’ancienneté de son mestre de camp, il prend la 11e place dans la liste des régiments de cavalerie légère. Turenne ayant été nomme colonel général de la cavalerie en 1657, le régiment en prend le titre et sa première compagnie porte la cornette blanche. Il est dès lors, le premier des régiments de la cavalerie légère et conservera ses privilèges jusqu’à la fin de l’ancien régime. Devenu 1er régiment de cavalerie en 1791, il est de 1792 à 1794 à l’armée du Nord et combat à Jemmapes, Tirlemont et Neerwinden. Après un bref passage dans l’armée de l’Ouest en 1795, il est appelé à l’armée d’Italie : Caldiero, Rivoli, le Tagliamento, la Trebbia et Novi. Depuis 1803, 1er régiment de cuirassiers : Austerlitz, Iéna, Eylau, Friedland, etc. En 1809, au 3e corps de cavalerie : Essling, Wagram. En 1811, en Allemagne ; en 1812, en Russie. De 1813 à 1814, à Hambourg et à Leipzig avec le 2e corps de cavalerie. A la première Restauration, le 1er cuirassiers prit le titre de « Cuirassiers du Roi ». 97

En 1815, il appartenait à la 1ère brigade (Baron Dubois) de la 13e division de cavalerie du général comte Pierre Watier, dans le 4e corps de cavalerie de réserve du général comte Edouard Milhaud. Il était composé de quatre escadrons et totalisait 465 hommes sous les ordres du colonel comte Michel Ordener, lequel fut d’ailleurs blessé à Waterloo de même que 12 autres officiers du régiment tandis que 4 étaient tués à l’ennemi. Ce régiment, d’abord tenu en réserve à l’est de la chaussée de Charleroi, vint avec le 4e cuirassiers soutenir les efforts du 5e régiment de ligne de la division Quiot sur la ferme de la Haye-Sainte. Vers 13.30 hrs, il dégagea l’espace à gauche de la ferme où le bataillon hanovrien de Lüneberg et deux compagnies du 1er bataillon KGL étaient descendus. Ayant dispersé ces opposants, les deux régiments de cuirassiers foncèrent sur le chemin creux où ils purent se défiler vers la gauche et revenir à leur position de départ par la chaussée. Le 1er cuirassiers serait donc le régiment dont Victor Hugo décrit le martyre avec tant d’émotion. Il s’agit heureusement d’une légende… La réalité est bien différente. Voici en substance comment Mark Adkin décrit cette charge du 1er cuirassiers : 1. Le 1er cuirassiers avance au pas sur le flanc de Charlet et couvre son attaque en direction de la Haye-Sainte. Il est sur deux rangs, sabre au clair, mais n’aperçoit aucun ennemi. 2. La cavalerie, toujours au pas, descend la pente au milieu d’une abondante végétation de céréales. Il arrive donc sous un angle mort et ne peut être aperçu par l’ennemi. 3. Les cavaliers montent maintenant l’escarpement et, malgré la fumée, finissent par apercevoir le bataillon de Lüneberg qui descend vers la Haye-Sainte. 4. Les tirailleurs hanovriens se retirent, les cuirassiers poussent en avant, mais le terrain glissant et les cultures l’empêchent d’aller très vite ; il ne peut adopter qu’un trot un peu rapide. Le bataillon de Lüneberg en désordre est pris en flagrant délit et n’a pas le temps de former le carré. Les trompettes français sonnent la charge 98

5. La charge est menée au trot rapide, disperse le bataillon hanovrien qui perd un de ses drapeaux. 45 Ceci fait, les cavaliers sont entraînés par leur élan et sont trop avancés sur le coteau pour tourner bride. Ils avancent donc, toujours au grand trot, jusqu’au chemin de la Croix, y descendent, tournent à droite et sous le feu du 1er bataillon KGL, gagnent le pavé de la chaussée qu’ils redescendent vers leur position de départ. Le 1er cuirassiers participa ensuite, à partir de 16.00 hrs, aux grandes charges. Le régiment, en tant que tel, fut licencié à Loches le 24 décembre 1815. Quelques-uns de ses débris sont versés l’année suivante dans la formation des deux régiments de cuirassiers de la garde royale et son dépôt est entré dans la composition du régiment des cuirassiers de la Reine, lequel recueillit en même temps les traditions du 10e cuirassiers, jadis RoyalCravates. Ce régiment de cuirassiers de la Reine a été créé par le comte de Béthune en 1816 et prit le premier numéro vacant dans la liste des régiments de cavalerie, à savoir le numéro 4, qu’il gardera désormais et qu’il portait encore en 1997, lors de sa dissolution. C’est donc un abus de la part des militaires appartenant au 1er groupe d’escadrons (nom actuel du 1er cuirassiers) de faire remonter leurs traditions à Turenne-Cavalerie. La tenue des cuirassiers après 1812 était un habit court, sans revers et boutonnant par 9 boutons jusqu’à la ceinture. Bleu « impérial » pour tous les régiments, à collet et retroussis de la couleur distinctive du régiment. Pour le 1er cuirassiers : écarlate, tout comme son ancêtre du Colonel Général. Le collet est passepoilé de bleu. Les poches sont en long. Les retroussis sont ornés d’une grenade bleue. Pattes de parements et parements de la couleur distinctive, soit écarlate. La culotte est en peau et les bottes à l’écuyère. En campagne, les cuirassiers portent le plus souvent la surculotte dite à charivari. Le manteau est à rotonde et blanc, doublé écarlate. Les cuirassiers, considérés comme unité d’élite, portent les épaulettes rouges et le plumet rouge sur le casque.

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Adkin, p. 239.

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Une petite controverse s’est fait jour à propos de la couleur distinctive des régiments de cuirassiers. Certains auteurs affirment qu’en 1815, les six premiers régiments de cuirassiers portaient l’écarlate comme distinctive et les six derniers, le jonquille. C’est faux ! Le décret du 7 février 1812 est formel. Il apportait de profondes modifications dans l’habit des cuirassiers : suppression des revers, adoption de basques courtes et changement des couleurs distinctives : écarlate pour les trois premiers régiments, aurore pour les 4e, 5e et 6e, jonquille pour les 7e, 8e, 9e, rose pour les 10e, 11e et 12e.46 Tout laisse à penser que c’est dotés de cette nouvelle tenue que les cuirassiers ont fait la campagne de 1812. En tout cas, c’est celle qu’ils portaient en juin 1815. A partir de 1812, les couleurs distinctives des régiments de cuirassiers étaient distribuées comme ceci : RG T 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14
Collet Parements Pattes de parements Passepoil des pattes de parement

Ecarlate Ecarlate Ecarlate Aurore Aurore Aurore Jonquille Jonquille Jonquille Rose Rose Rose Lie-devin Lie-devin

Ecarlate Ecarlate Bleu Aurore Aurore Bleu Jonquille Jonquille Bleu Rose Rose Bleu Lie-devin Lie-devin

Ecarlate Bleu Ecarlate Aurore Bleu Aurore Jonquille Bleu Jonquille Rose Bleu Rose Lie-de-vin Bleu

Sans Ecarlate Ecarlate Sans Aurore Aurore Sans Jonquille Jonquille Sans Rose Rose Sans Lie-devin

J. Margerand – Le Centenaire des Cuirassiers – in Carnet de la Sabretache, 2e série, vol. 4, n° 145, janvier 1905, p. 1.
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La cuirasse, du modèle 1804, est en tôle laminée de fer, épaisse de 3 mm et son poids approche des 7 kilos. Elle est constituée d’un plastron et d’un dos réunis par des épaulières à écaille en cuivre jaune et par une ceinture de cuir. Les rivets en cuivre que l’on aperçoit sur le pourtour de la cuirasse servent à retenir à l’intérieur une matelassure de grosse toile, rembourrée de crin. L’enveloppe de cette protection appelée parfois « fraise » était en drap cramoisi bordé de blanc, dépassant très fort de la cuirasse proprement dite. Le casque, inspiré par celui des dragons, est à bombe de fer ; le cimier est en cuivre jaune surmonté d’une houppette et une longue crinière noire y est fixée. Visière de cuir noir cerclée de cuivre. Turban de fourrure noire. Jugulaire à écailles de cuivre fixée au casque par des plaques circulaires portant une étoile. En parade, les cuirassiers portent un plumet rouge, mais en campagne, ce plumet est remplacé par une « carotte » destinée à distinguer les compagnies et les escadrons du régiment. Voici le « code couleur » prévu par le règlement de 1812 pour toutes les unités de cavalerie :

Escadron 1er 2e 3e 4e

Compagnie 1ère 5e 2e 6e 3e 7e 4e 8e

Couleur du pompon Ecarlate Ecarlate centre blanc Bleu ciel Bleu ciel centre blanc Aurore Aurore centre blanc Violet Violet centre blanc

Le cuirassier est armé d’un sabre de cavalerie de ligne modèle an XIII, à quatre branches de garde, monture de laiton, poignée de cuir filigranée. La lame droite est à double pan creux et à rigole. Le fourreau est en tôle et possède deux bracelets auxquels sont fixés deux anneaux. La dragonne est en cuir blanchi. La giberne est en cuir noir frappée au centre d’une grenade dorée. Elle est supportée par une banderole de cuir blanchi, fixée à un porte-mousqueton de cuir blanchi également, au moyen d’un bouton de cuivre. Le ceinturon et les courroies de bélière sont en 101

cuir blanc, garni de cuivre jaune. Pistolet du modèle an XIII à partir de 1806. Mousqueton de grosse cavalerie an IX (longueur : 1,172 m ; longueur du canon : 0,758 m ; poids 3 212 gr ; calibre : 17, 1 mm), porté à la botte, c’est-à-dire fixé sur le côté droit de la selle, le canon vers le bas glissé dans un demi-fourreau de cuir noir. La selle est en cuir naturel, de même que les sangles, coussinets et étrivières. Les étriers en métal noirci ; la housse « croupelin » est en drap bleu galonné de blanc, une grenade blanche cousue dans les angles. Demi-schabraque de mouton à feston de la couleur distinctive. En théorie, en 1815, cette schabraque était remplacée par un chaperon mais très peu de régiments avaient été dotés de cette nouvelle pièce d’harnachement et gardaient donc leur schabraque. Porte-manteau rectangulaire, enfin, en drap bleu galonné de blanc portant sur les côtés le numéro du régiment. A Waterloo, le 1er cuirassiers perdit 2 capitaines et 2 lieutenants tués ; 1 colonel (Ordener), 2 chefs d’escadron (Rennenberg et Patzius), 3 capitaines, 2 lieutenants et 6 sous-lieutenants blessés. 2ème Cuirassiers Cette glorieuse unité est l’héritière du régiment Royal-cavalerie et il faut en faire remonter l’origine aussi loin qu’au 16 mai 1635. Il est un des douze à avoir été recruté par le cardinal de Richelieu qui fut ainsi son premier mestre de camp-propriétaire et son nom (ou plutôt ses titres) y fut donc attaché : Cardinal-Duc. Le grand cardinal plaça à sa tête François (I) Barton, vicomte de Montbas qui fut son premier mestre de camplieutenant. Il était à l’origine composé de vieilles compagnies de gendarmes et de chevau-légers. Réduit en compagnies séparées le 30 juillet 1636, il participa au siège de Corbie et aux prises de Landrecies, Maubeuge et la Capelle l’année suivante. Rétabli le 24 janvier 1638, sous le nom de Cardinal-Duc et sous le commandement de Montbas, il ne subit plus aucune éclipse jusqu’en 1815. On le rencontre au siège de SaintOmer en juin 1638 et à celui d’Arras en 1640. C’est à cette époque que les capitaines du régiment se prirent de querelle pour savoir à qui revenait la préséance. Le roi Louis XIII dut intervenir lui-même pour fixer que les compagnies marcheraient selon l’ancienneté de la commission de leur capitaine et non selon la date de leur incorporation dans Cardinal-Duc. 102

A sa mort, le 4 décembre 1642, le cardinal légua son régiment au roi. Il combattit encore sous le nom de Cardinal-Duc à Rocroi (19 mai 1643) et reçut son nouveau nom de régiment Royal le 1er août 1643. On rencontre le régiment sur à peu près tous les champs de bataille ; en 1655, il comptait 15 compagnies. Louis XIV passa pour la première fois en revue son régiment à La Fère, le 11 juin 1657. Après la batailles des Dunes (14 juin 1658), il fut mis au cantonnement dans le Boulonnais où il resta jusqu’en 1666. Sous le commandement du prince de Marsillac, le fils de La Rochefoucault, l’auteur des Maximes, il participa à la conquête des Flandres (1667) et de la Franche-Comté. Par une ordonnance du 22 octobre 1664, Louis XIV plaça Royal au quatrième rang de ses régiments de cavalerie légère, après Colonel-Général, Mestre-de-Camp-Général et CommissaireGénéral. On retrouve Royal dans la guerre de Hollande puis dans le Brandebourg, en Alsace et dans le pays de Bade. En 1676, il est à l’armée de Flandres. Il signe une de ses plus belles pages lors du siège de Kehl (1678) lorsqu’il met en déroute 1 500 cavaliers impériaux sortis de Strasbourg. Citer toutes les batailles auxquelles participa Royal reviendrait à citer toutes les batailles dans lesquelles la cavalerie française fut impliquée jusqu’en 1791. En 1791, il perd son nom et devient le 2e régiment de cavalerie ; il sert sur le Rhin jusqu’en 1799. Après un bref séjour dans l’Ouest, il est affecté à l’armée de réserve et suit le Premier consul en Italie. C’est l’un des trois régiments qui livra la fameuse charge contre les grenadiers autrichiens à Marengo. Devenu 2e régiment de cuirassiers en 1803, il participe à toutes les campagnes de l’épopée : Allemagne, Pologne, Russie (Smolensk, Borodino), France (Brienne, Arcis-sur-Aube). Durant la première Restauration, le régiment reçut un moment le titre de « Cuirassiers du Dauphin ». En 1815, le 2e cuirassiers, sous les ordres du colonel Grandjean, appartenait à la 2e brigade (Donop) de la 12e division de cavalerie commandée par le général baron Nicolas François Roussel d’Hurbal du 3e corps de

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réserve de cavalerie (Kellermann). Il comptait alors 311 hommes en deux escadrons. La division d’Hurbal éprouva de sérieuses difficultés lors du passage de la Sambre et fut retardée au point de ne pouvoir participer à la charge que mena Kellermann avec la 11e division aux Quatre-Bras. Il est évident que l’appoint des 1 796 sabres de cette division eût modifié entièrement les choses sur ce champ de bataille.

Cuirassier (1809) par H. Bellangé

A Waterloo, le 2e cuirassiers resta en réserve avec le corps de Kellermann sur le côté ouest de la chaussée jusque vers 16.00 hrs quand furent lancées les grandes charges. La division d’Hurbal suivit la division 104

L’Héritier dans ses efforts désespérés pour briser les carrés alliés. Elle y éprouva de très lourdes pertes : environ 1 000 hommes sur les 1 796 qu’elle comptait au début de la campagne. Le 2e cuirassiers aurait perdu, à lui seul, 123 hommes et 117 chevaux. En tous les cas, il perdit 1 chef d’escadron (Petitot) blessé et mort de ses blessures le 29 août, 1 lieutenant blessé et disparu, 1 colonel (Grandjean), 1 major, 3 capitaines, 3 lieutenants, 6 sous-lieutenants blessés Le 2e cuirassiers fut licencié en décembre 1815, son dépôt entra avec celui du 8e dans l’effectif du nouveau régiment d’Angoulême qui reçut le n° 3. Un 2e régiment de cuirassiers fut recréé de toutes pièces en 1816 sous le nom de « Cuirassiers du Dauphin » et prit le numéro 2, parce que c’était le premier numéro libre dans la nomenclature. Comme nous le suggérions à propos du 1er cuirassiers, la filiation de ce dernier 2e cuirassiers avec Royal-cavalerie est donc forcée. L’habillement et l’équipement du 2e cuirassiers sont en tout point semblable à celui du 1er cuirassiers, collet, revers (depuis 1806), parements et retroussis écarlates (ainsi qu’au Royal-cavalerie depuis 1757), mais les pattes de parements sont de la couleur du fond, bleu, les poches en travers. 3e Cuirassiers Le 15 octobre 1645, Timoléon de Séricourt, marquis d’Esclainvilliers, reçut commission de former un régiment de cavalerie légère, lequel comprenait à l’origine 3 compagnies de formation ancienne et 3 compagnies de formation nouvelle. Logiquement, ce régiment porta le nom de son mestre de camp, Esclainvilliers. C’est sous ce nom qu’il est en campagne en Flandre, au siège de Courtrai, et qu’il suit le maréchal de Gramont dans son expédition vers Anvers. En 1648, il participe à la bataille de Lens. Au cours des années suivantes, il est continuellement en campagne : Cambrai, Dunkerque, Vervins, Etampe, Faubourg Saint-Antoine. En 1653, sièges de Bellegarde, de Rethel, de Mouzon et de SainteMénehould. Le 25 mai 1654, le marquis d’Esclainvilliers se voit attribuer provisoirement par brevet la charge de commissaire général de la cavalerie ; le ré105

giment garde pourtant son nom d’Esclainvilliers. On le retrouve la même année au siège de Stenay, à Arras et au Quesnoy. Le 1er juillet 1655, durant le siège de Landrecies, il est occupé à fourrager quand il tombe sur quatre escadrons croates qu’il poursuit et auquel il fait 80 prisonniers. Quelques jours plus tard, le 5 juillet, il met en déroute 800 chevaux et ramène 200 prisonniers. En avril 1656, le marquis d’Esclainvilliers devient définitivement commissaire général de la cavalerie, charge érigée en office de la couronne au même titre que celles de colonel général et de mestre général. Le régiment devint donc Commissaire Général. D’Esclainvilliers mourut en décembre 1656 ; il est vraisemblable que le cardinal Mazarin racheta la charge aux héritiers du marquis pour la donner à Balthazar de La Cardonnière qui était, à ce moment mestre de camp général-lieutenant d’un régiment appartenant au cardinal, Son Eminence-cavalerie. Son Eminencecavalerie fut donné au comte de La Feuillade qui commandait en chef l’armée d’Italie. Et Commissaire général reçut La Cardonnière comme mestre de camp. Commissaire général fit les campagnes de 1656 et 1657 en Flandre et en Champagne. En 1658, il est la bataille des Dunes, à Dunkerque, Bergues, Furnes, Audenarde, Menin, Ypres… Le régiment subit comme les autres les différentes vicissitudes de la cavalerie qui suivirent le traité des Pyrénées mais au moment où s’engagea la guerre de Hollande, il était rétabli « momentanément » en 1665 et participa aux opérations de 1667 à Bergues, Furnes, Armentières, Courtrai et Audenarde. Rétabli définitivement au 3e rang, sur le pied de six compagnies, le 4 février 1672, il combat, entre autres, à Arnhem et à Nimègue. En 1673, il est au siège de Maastricht. En 1674, en Franche-Comté et à Seneffe ; en 1675, à Dinant et à Limbourg ; en 1676, à Condé, à Bouchain, à Bouillon et à Deux-Ponts ; en 1677, à Valenciennes et à Cassel, où il se distingue en culbutant l’aile gauche de l’ennemi. La même année, il est encore à Charleroi et à Saint-Ghislain. 1678 le voit en Flandre et en Allemagne.

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En 1684, il est au siège de Luxembourg et, jusqu’en 1697, participe à toutes les campagnes. En 1688, il est commandé par le futur maréchal de Villars qui avait payé 50 000 écus la charge de commissaire général. Et il continue à combattre sur tous les fronts où il est appelé : guerre de Succession d’Espagne, guerre de Succession d’Autriche, guerre de Sept Ans au cours de laquelle il manque être totalement détruit à Corbach et à Warburg. En 1791, il perd son titre pour devenir le 3e régiment de cavalerie. Il participa brillamment à la bataille de Jemmapes et alla occuper Anvers où il passa l’hiver. En 1793 et 1794 à l’armée du Nord ; en 1795 à l’armée de Sambre-et-Meuse ; en 1796 et 1797 aux armées de Rhin-et-Moselle, de Mayence, d’Allemagne et d’Helvétie. A partir de 1799 en Italie. En 1802, en quartier à Lyon où il retrouve son effectif normal en incorporant le 2e escadron du 25e de cavalerie, puis, en 1804, en quartier à Saint-Germain. Devenue le 3e régiment de cuirassiers, il fait la campagne de 1805 dans le corps de réserve de cavalerie, les trois suivantes aux 1er et 4e corps de réserve, celles de 1809 et 1810 à l’armée du Rhin, celles de 1811 et 1812 au corps d’observation de l’Elbe et en Russie. Après la retraite de Russie (au cours de laquelle il fit partie de l’Escadron sacré), il fait partie du 1er corps de cavalerie à Hambourg. A son retour en France, il est mis en quartier à Sarreguemines. En 1815, incorporé dans l’armée du Nord, il forme brigade – sous le général Donop – avec le 1er cuirassiers dans la 12e division de cavalerie de Roussel d’Hurbal. Il comptait 480 hommes en quatre compagnies et était placé sous le commandement du colonel Lacroix qui fut mortellement blessé au cours de la bataille et qui mourut le 30 juin à Paris. Le capitaine Richter fut tué au combat tandis que 4 autres capitaines étaient blessés de même que 2 lieutenants et 5 sous-lieutenants. Le régiment fut définitivement dissous sur la Loire le 24 décembre 1815. Son dépôt fut versé dans un nouveau régiment, le 6e de cuirassiers que l’on appela d’abord « Condé » ou « Colonel général des cuirassiers et dragons » et qui reçut également le fond du 9e cuirassiers. Un nouveau régiment fut créé de toutes pièces sous le nom de « Cuirassiers d’Angoulême » 107

et reçut le numéro 3, lequel était le premier vacant. Ce régiment devint le 3e cuirassiers en 1830 mais n’a donc aucune filiation avec le 3e cuirassiers de l’Empire ex-Commissaire Général-cavalerie de la monarchie. La tenue du 3e cuirassiers était semblable à celle du 1er mais : collet, revers, pattes de parements et retroussis écarlates, parements bleus ; poches en travers. 4e Cuirassiers On a longtemps pensé que ce régiment avait été créé dès la formation de la cavalerie en régiments, en 1635. Or la chose paraît bien peu croyable. Anne d’Autriche n’était guère appréciée à cette époque et elle ne disposait même pas d’une compagnie d’ordonnance avant que le roi lui en donnât une alors qu’elle était enceinte en 1638. Ce n’est qu’après la mort de Louis XIII, alors qu’elle exerçait la régence, que la reine fit lever un régiment dont elle devint colonel-propriétaire : le régiment Reine-Mèrecavalerie. Le 4 juillet 1643, le comte Claude de Maugiron en fut commissionné mestre de camp-lieutenant. On connaît même les douze compagnies franches qui le constituèrent : Maugiron, Fruges, Saillant, Bailleul, Saint-Hérem, Vic, Lénoncourt, Vaucellas, Baradat, Maugiron fils, SaintMartin, Polignac et Boury. La levée de ce régiment fut très rapidement fait puisqu’il participe déjà à la reprise de Thionville en août 1643. En 1644, le régiment fut séparé : 4 compagnies servent en Flandre (Gravelines, Menin, Béthune) tandis que les 8 autres combattent en Allemagne (Marienthal, Nordlingen, Heilbronn, Trèves). Ces dernières compagnies furent ensuite envoyées en Normandie puis en Guyenne mais commirent tant d’abus sur le chemin qui les y menait que le cardinal Mazarin les fit dissoudre. Les 4 compagnies restantes (Bailleul, Vic, Lénoncourt et Vaucellas) furent envoyées en Italie (Orbitello, Piombino). Elles fournirent 60 mestres à l’expédition contre l’île d’Elbe. En 1647, le régiment est à Crémone. En 1649, il participe à la répression des troubles qui agitent la Guyenne. Passé à 6 compagnies, ils restent dans le Berry avant de rejoindre l’armée du maréchal du Plessis-Praslin en Champagne pour combattre l’armée rebelle de Turenne et contribua à la battre à Rethel. 108

Pour des raisons inconnues, le régiment est dissous en février 1651. Dès le mois d’octobre, son premier capitaine, le chevalier de Baradat, est chargé de le reformer sur le pied de 6 compagnies. Après un passage dans le Berry, il combat sous Turenne au faubourg Saint-Antoine puis retourne dans le Berry. Successivement en Guyenne, Champagne et dans le Piémont, il fait partie de la garnison de Casal en 1654. En 1655, en Flandre, en 1656, à nouveau au Piémont où le marquis de Nantouillet succède à Baradat en 1656 comme mestre de camp-lieutenant. En Flandre en 1658 Dunes). Au licenciement général de 1661, on ne lui conserve qu’une seule compagnie, celle du mestre de camp. En décembre 1665, Nantouillet reçut l’ordre de le reconstituer sur le pied de six compagnies. La reine Anne d’Autriche mourut le 20 janvier 1666 et son régiment fut donné à la reine régnante Marie-Thérèse. C’est alors qu’il prit le nom de La Reine. Porté à 9 compagnies sous les ordres du mestre de camp-lieutenant, le marquis de Villiers, il combattit en Flandre et en Franche-Comté. Réduit à une seule compagnie en 1668, il est remis sur le pied de 6 compagnies en 1672 et combat en Hollande et en Allemagne dans l’armée de Turenne. En 1674, à Seneffe ; en 1677, à Cambrai et Cassel. En 1689, il est dans le Roussillon ; en 1691, dans les Flandres (Walcourt, Fleurus, Leuze, Steenkerke, Neerwinden) ; de 1696 à 1697, sur la Meuse. En 1701, il est sur le Rhin et de1702 à 1706 en Italie (Luzzara, Castiglione) ; en 1707, dans le Dauphiné puis en Flandre ; en 1708, en Espagne ; en 1709, en Flandre (Malplaquet). En 1712, à Denain ; en 1713 en Allemagne (Landau, Fribourg). En 1719, fait partie de l’armée d’Espagne ; en 1727, sur la Sambre ; en 1732 et 1733, en Alsace (Kehl). L’année suivante à Ettlingen, à Philipsburg et à Klausen. A la paix, il prend ses quartiers à Landau et Wissembourg. La guerre de Succession d’Autriche le voit en Bohême, à Dettingen, à Augenheim et en Bavière. En 1745, en Alsace ; en 1746 en Flandre (Charleroi, Rocourt, Bergen-op-Zoom) ; en garnison à Anvers, puis, en 1749 à Rennes et Ancenis, en1750 à Hesdin, en 1751 à Saint-Maixent, en 1752 à 109

Strasbourg, en 1753 à Orléans, en 1754 à Châteaudun, en 1755 à Douai et en 1757 à Limoges et Valenciennes. La guerre de Sept Ans ne le voit pas moins actif : Haastembeck, Hanovre, Rosbach, Krefeld, Minden. A la paix, il est stationné à SaintMihiel. Au cours des années 1761 et 1762, la transformation de plusieurs régiments lourds en régiments légers fit reculer La Reine du 13e au 18e rang et il absorba les hommes du régiment Sainte-Aldegonde supprimé. A ce moment, les hommes de la Reine, qui avaient jusque-là, porté un uniforme rouge avec distinctives bleues, reçut l’habit bleu avec distinctives rouges. En 1771, alors qu’il était en garnison à Moulins, le régiment de la Reine reçut un nouveau mestre de camp-lieutenant en la personne du chevalier du Barry. Il ne s’agissait de personne d’autre que du mari, bien accommodant, de la dernière favorite de Louis XV. Au reste, le chevalier, puis marquis du Barry se montra un excellent chef de corps et quand Louis XVI monta sur le trône et que le régiment devint automatiquement propriété de Marie-Antoinette, du Barry en resta le colonel même s’il préféra se faire appeler du nom un peu moins lourd à porter de comte d’Hargicourt. En 1776, il permuta avec le comte de Roucy, mestre de camp de Royal-Champagne. En 1791, La Reine-cavalerie devint le 4e régiment de cavalerie. Ce saut du 18e au 4e rang s’explique par la volonté du ministère de la guerre de rendre aux régiments de cavalerie leur véritable ancienneté. Mais, mal documenté, il se trompa plusieurs fois en établissant sa liste. C’est ainsi que le 4e aurait dû figurer à la 2e place puisque levé 8 ans après Royal, 11 ans avant Commissaire général et 13 ans après Colonel général… Qu’importe : c’est bien sous le numéro 4 qu’il s’illustra à Valmy et qu’il servit jusque 1794 dans l’Armée de Moselle puis dans celle de Sambre-etMeuse (bataille de Fleurus). En 1795, à l’Armée de Rhin-et-Moselle et puis successivement aux armées de Mayence, du Danube et du Rhin. De 1801 à 1805, en garnison à Charleville et Donchery, puis Metz et, enfin, 110

Lodi. C’est durant cette période qu’il fut augmenté du 3e escadron du 25e de cavalerie (dissous) pour devenir le 4e régiment de cuirassiers. En 1805 et 1806, à l’armée d’Italie ; de 1807 à 1810, en Allemagne et en Pologne. En garnison à Caen, à Cambrai et ay camp d’Utrecht durant l’année 1811. En 1812, il est affecté au 3e corps de la Grande Armée et se distingue à Borisov et à la Bérézina. En 1813 et 1814, il fait partie du 1 er corps de cavalerie à Hambourg. En 1814, on lui attribua la dénomination Angoulême mais l’année suivante, durant les Cent-Jours, il reprit son numéro 4. Comptant 314 hommes en trois escadrons, le 4e cuirassiers participa à la campagne de Belgique sous le commandement du colonel Habert. Il faisait partie de la 1ère brigade du général baron Dubois, dans la 13e division de cavalerie (Watier) du 4e corps de réserve de cavalerie (Milhaud). Il vécut donc les mêmes aventures que le 1er cuirassiers avec lequel il était embrigadé. Au soir de la bataille, 2 capitaines et 1 sous-lieutenant étaient tués au combat tandis que 2 lieutenants étaient blessés et moururent de leurs blessures. En outre, le chef d’escadron De Morell, 2 capitaines, 1 lieutenant et 7 sous-lieutenants étaient blessés. Définitivement licencié le 21 décembre 1815, son dépôt est versé dans un tout nouveau régiment formé en 1816, portant le numéro 1 et appelé « Cuirassiers de la Reine », qui reçut aussi le dépôt du 10e cuirassiers, héritier de Royal-Cravates. C’est donc erronément que le 4e cuirassiers, dissous en 1997, faisait remonter ses traditions de corps au 4e cuirassiers impérial et au régiment de La Reine-cavalerie. L’uniforme et l’équipement des cuirassiers du 4e est semblable à celui de leurs camarades des autres régiments. La distinctive du régiment est aurore, un jaune tirant un peu sur le rose. Le 4e cuirassiers porte le collet, les revers, les parements et les pattes de parement aurore sans passepoil. 5e Cuirassiers Ce régiment a été un régiment de gentilhomme jusqu’au 30 mars 1737 quand il est entré dans la catégorie des régiments royaux. Cela explique l’histoire un peu chahutée de ses premières années d’existence. 111

La commission reçue le 30 mai 1653 par Armand de Beautru, comte de Nogent, l’autorisait à lever un régiment qui fut très rapidement mis sur pied puisqu’il servit dès cette année aux sièges de Vervins, de Rethel, de Mozon et de Sainte-Ménehould : l’année suivante, il est devant Stenay, Arras et le Quesnoy. Certains ont cru expliquer la rapidité avec laquelle Nogent réussit à lever son régiment par le fait qu’il aurait acheté un régiment étranger au maréchal de Navailles. Or, Philippe de MontautBénac ne devint duc de Navailles qu’en 1654, à la mort de son père – lequel avait été créé duc de Navailles en 1650 par lettre patente. En 1653, il était capitaine-lieutenant des chevau-légers de la garde et il ne deviendra maréchal qu’en 1675, à l’âge de 65 ans. Par ailleurs, on ne trouve pas trace d’un régiment portant le nom de Montaut-Bénac ou de Navailles dans les listes de 1634, 1635 ou 1638 ni dans les régiments levés à l’instigation de Turenne. Le régiment Nogent ne doit donc pas chercher d’autre ancêtre que lui-même. Cela dit, tenant compte de la rapidité de sa mise sur pied, Nogent-cavalerie peut fort bien avoir été constitué de compagnies franches existant déjà et dont l’une aurait eu un rapport avec le premier duc de Navailles. En 1656, le comte de Nogent le cède à son frère, le marquis de Vaubrun et le régiment devient Vaubrun-cavalerie. En 1658, Vaubrun devient mestre général des carabins et cède le régiment à son plus jeune frère, le chevalier de Nogent : retour au titre de Nogent-cavalerie. Le 18 avril 1661 est réduit à une seule compagnie, la compagnie mestre de camp mais est rétabli par son créateur, le comte de Nogent, en 1665. En 1668, il est à Audenarde quand il est à nouveau réduit à sa compagnie mestre de camp. Rétabli une troisième fois le 9 août 1671 sur le pied de 6 compagnies. En 1672, le régiment est divisé en deux : les trois premières compagnies forment le régiment de Sainte-Ruth, les trois dernières le régiment de Vins, lequel sera licencié à la paix de Nimègue. C’est donc sous le nom de Sainte-Ruth que le régiment fait la campagne de Hollande et qu’il participe au siège de Maastricht en 1673. L’année suivante, il passe aux mains du marquis de Saint-Germain-Beaupré et combat sous ce nom à Seneffe.

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En 1679, il est à nouveau réduit à sa compagnie mestre de camp et ses autres compagnies sont incorporées dans le régiment de Saint-Aignan. En 1684, le marquis de Saint-Germain reçoit l’ordre de rétablir son régiment qui sera en 1688 dans le Palatinat. A la fin de la campagne de 1692 en Flandre, le régiment change de mestre de camp et devient Gournay, nom sous lequel il combat à Neerwinden. En 1693, le comte de Gournay est tué et le roi donne le régiment au comte de Lillebonne avec permission de le vendre, ce qu’il s’empressa de faire, au marquis de Nesle. Mais Nesle est mauvais payeur et ne solde pas son achat. Lillebonne remet le régiment en vente et, cette fois, c’est M. de Vandeuil qui s’en porta acquéreur mais qui n’en put acquitter le prix… Finalement, c’est le comte de Cossé, futur duc de Brissac, qui devient le nouveau mestre de camp en 1694. Deux autres mestres de camp succèdent à Cossé entre 1704 et 1710 : Magnières et Monteils. C’est sous ce dernier nom qu’il fait partie de l’armée d’Espagne en 1719. Lors de son mariage, Louis XV acheta le régiment et le donna à son beaupère, le roi de Pologne Stanislas Leczinski, avec le comte Wiltz comme mestre de camp-lieutenant. Le régiment reçoit donc le nom de StanislasRoi et prend place immédiatement derrière le régiment de la Reine mais il ne sort pas encore de la catégorie des régiments de gentilshommes pour entrer dans celle des régiments royaux. Il a fait la guerre de Succession de Pologne sur le Rhin. C’est par une curieuse aberration que des auteurs ont résumé l’épisode en disant que Louis XV avait offert le régiment à Stanislas pour l’aider à reconquérir son trône : le roi de Pologne le reçoit en effet en 1725 alors que cette guerre ne commence qu’en 1733. Au reste, Stanislas n’attend pas la fin de la guerre (1738) pour rétrocéder le régiment au roi. Louis XV prit donc le régiment à son service et le fit passer dans la catégorie des Royaux Il devient alors Royal-Pologne prend le 13e rang derrière les Carabiniers. Lorsque ceux-ci prirent la forme d’une arme autonome, Royal-Pologne devint 12e. Les mêmes auteurs, abusés par le nom du régiment, en tirèrent la conclusion que le régiment était constitué de cavaliers polonais. Il n’en est rien. 113

Réorganisé en 1763 après incorporation du régiment de Marcieu, il parcourt toute la France de garnison en garnison jusqu’en 1791, où il devient le 5e régiment de cavalerie. Sous ce nom, il participe à la conquête de la Savoie et au siège de Lyon. Passé en Vendée, il capture deux drapeaux des insurgés à la Châtaigneraie, puis sert en Italie (Rivoli, Sacile, le Tagliamento, Gradisca). Après la bataille de Rivoli, il reçut un drapeau d’honneur des mains du général Bonaparte. Rentré en France après Marengo, il incorpore le 1er escadron du 23e de cavalerie supprimé et devient en 1803, le 5e cuirassiers. A Austerlitz, il s’empare d’un drapeau russe et à Hollabrunn, il prend 6 canons et un drapeau. Prusse, Pologne et un moment à Metz et à Pont-à-Mousson avant de rejoindre la Grande Armée pour la Russie. Campagne de Saxe en 1813, à Hambourg avec Davout, puis en France à partir de juillet 1814. En 1815, sous le commandement du colonel Gobert, ses trois escadrons appartiennent, avec le 10e cuirassiers, à la 1ère brigade (Farine) de la 1e division de cavalerie, elle-même partie du 4e corps de réserve de cavalerie (Milhaud). C’est donc un des quatre régiments de cuirassiers à avoir combattu à la fois à Ligny et à Waterloo. A Ligny, après avoir été tenue en réserve, la division Delort livra la contre-charge au cours de laquelle le maréchal Blücher lui-même fut renversé. A Waterloo, sa brigade charge en appui des lanciers de Jacquinot et détruit les cavaliers de la cavalerie lourde britannique qui s’étaient aventurés jusque dans la grande batterie. Son chef de corps ainsi que 12 autres officiers sont blessés un peu plus tard dans la journée au cours des grandes charges. Le chef d’escadron Delaroche et un autre officier, le lieutenant Demulder, y perdirent la vie. En outre, le colonel Gobert, 4 capitaines, 2 lieutenants et 5 sous-lieutenants furent blessés. Définitivement dissous le 24 décembre 1815. En 1816, un nouveau régiment vit le jour : les cuirassiers d’Orléans qui reçurent le dépôt de l’ancien 5e ainsi que celui de l’ancien 11e (Royal-Roussillon) et prit le premier numéro vacant : 5. Comme pour les 4 premiers régiments de cuirassiers, il est donc abusif de dire que le 5e régiment de cuirassiers, dissous en 1992, descendait de Royal-Pologne. 114

La distinctive du 5e cuirassiers était aurore : collet, revers et parements aurore, pattes de parements du fond avec passepoil aurore. Poches en long. 6e Cuirassiers En 1635, le 27 mai, très exactement, le cardinal de Richelieu chargea un de ses proches, le comte de Quincé, de former pour lui un régiment de dragons dont il s’attribua à lui-même la charge de mestre de camp. Il s’agissait là d’un des six régiments de dragons que Richelieu forma à partir des compagnies de carabins existantes. Le régiment dont Quincé devint mestre de camp-lieutenant prit le nom de son propriétaire : Dragons du Cardinal. Insistons : il s’agissait bien d’un régiment de dragons et pas d’un régiment de cavalerie légère. Les Dragons du Cardinal se virent immédiatement soumis au feu dans l’armée que commandait sur le Rhin le cardinal de La Valette. Il comptait alors pas moins de 500 chevaux… En 1636, le voilà réduit en compagnies ainsi que tous les régiments français, mais, en janvier 1638, il fut reconstitué sous le nom cette fois de Fusiliers à cheval de Son Eminence. On appelait ordinairement ce régiment « Son Eminence » afin de ne pas le confondre avec « Cardinal-Duc », appartenant, lui, à la cavalerie. On le retrouve en 1638 en Flandre (Saint-Omer), en 1639 au siège d’Hesdin et en 1640 à celui d’Arras. En 1641, sous le commandement de La Mothe-Saint-Cyr, il est la prise d’Aire, de La Bassée et de Bapaume. Richelieu, dans son testament, légua ses régiments au roi. C’est ainsi que le 1er août 1643, après avoir combattu à Rocroi, « Son Eminence » devint « Fusiliers à cheval du Roi ». Notons bien que ses missions restèrent bien celles d’une unité de dragons puisque essentiellement remplies au cours de sièges : en 1645, on le voit sous Cassel, Mardijk, Lencke, Bourbourg, Menin, Bethune et Saint-Venant. C’est le 16 février 1646 que le régiment perd son caractère de dragons, qu’il est versé dans la cavalerie ordinaire et reçoit le nom de régiment du Roi. La même année, il servait aux sièges de Courtrai, de Bergues et de Dunkerque en même temps que Royal (ex-Cardinal-Duc), ce qui fait qu’on parfois confondu Le Roi avec Royal. De cette date, on le rencontre sur 115

tous les fronts jusqu’en août 1656 où, devant Valenciennes, il perd un étendard. Le 11 juin 1657, le jeune roi Louis XIV le passa en revue à La Fère et, dit-on, il en fut content parce qu’il y avait dans ce régiment les trompettes « les meilleurs du monde »… Sur quoi se base un jeune roi de 18 ans pour juger de la valeur militaire de ses régiments !... En 1668, le régiment comptait 9 compagnies et le 9 août 1671, la compagnie franche de chevau-légers du comte de Gacé y fut incorporée. Remis le 4 février 1672 sur le pied de tous les grands régiments, c’est-à-dire à 6 compagnies, Le Roi fait la campagne de Hollande et participe au siège de Maastricht. Jusqu’en 1681 où il est mis en quartier en Basse Alsace, il participe à toutes les grandes actions. En 1682, il est au camp d’Artois ; en 1684, au siège de Luxembourg ; en 1685, il est au camp de la Saône jusqu’en 1688 où on le retrouve aux sièges de Phillipsburg, Mannheim, Frankenthal. En Flandre de 1691 à 1699 (Leuze, Namur, Steenkerque, Neerwinden, bombardement de Bruxelles, Ath). A nouveau en Flandre de 1701 à 1703 (Nimègue, Tongres, Ekeren), il passe en 1704 sur la Moselle puis en Allemagne. Retour en Flandre pour être impliqué dans la déroute de Malplaquet. Le Roi fait la campagne d’Espagne (1719) puis, durant la guerre de Succession de Pologne, il est à l’armée du Rhin. En 1738, il est en garnison à Phalsbourg et Sarrebourg. En 1741, il est à l’armée de Westphalie et durant les quatre années qui suivent, on le retrouve à Dettingen puis aux sièges de Menin, Ypres et Furnes, au camp de Courtrai, à Fontenoy, à la prise de Tournai, à celle de Termonde et enfin, à celle d’Ath en 1745. L’année suivante il assiste à la prise de Bruxelles puis à celle d’Anvers et à la bataille de Rocourt. Il participe au siège de Maastricht en 1748. Durant la guerre de Sept Ans, incorporé dans l’armée du Hanovre, il se distingue à Haastembeek, à Bork, à Westhoven. En 1761, on incorpore le régiment d’Archiac dans Le Roi et il est réorganisé selon la nouvelle ordonnance le 14 avril 1763. 116

En 1791, Le Roi devient le 6e régiment de cavalerie. Il participe à la conquête de la Belgique. En 1793, à la bataille d’Hondschoote. A partir de 1795, à l’armée de Sambre-et-Meuse et en 1798, aux armées d’Allemagne jusqu’en 1802. Il est cuirassé dès 1802 et devenu en 1803 6e cuirassiers, il est employé en Italie de 1804 à 1806. En 1807 et 1808, incorporé au 3e corps de réserve ; en 1809, dans le corps de cavalerie de réserve d’Allemagne. En 1811, à Utrecht et donc l’année suivante dans le corps d’observation de l’Elbe. En Russie en 1812, en Saxe en 1813 (Leipzig), en France en 1814 (Champaubert). Lors de la campagne de Belgique, en 1815, le 6e cuirassiers était embrigadé avec le 9e cuirassiers dans la 2e brigade du baron Vial de la 14e division de cavalerie (Delort) du 4e corps de cavalerie de réserve (Milhaud). Il combattit à Ligny (2 officiers blessés) puis à Waterloo, où le général Delort le conduisit, non sans réticence, à l’assaut des lignes alliées lors des grandes charges de cavalerie. Le colonel Martin, 2 chefs d’escadrons (De Tilly et Kehl) y furent blessés ainsi que 4 capitaines, 2 lieutenants et 7 sous-lieutenants. Habit-veste bleu, collet aurore, parements du fond (bleu), pattes de parement aurore, passepoil aurore, les poches en long. Le 6e cuirassiers a été définitivement dissous le 24 décembre 1815 et son fond versé au régiment de cuirassiers du Dauphin (n° 2), lequel reçut également le fond du 12e cuirassiers. Le 6e cuirassiers qui a été dissous à Saumur en 2009, quoi qu’il ait prétendu, n’a donc rien de commun avec le 6e cuirassiers de l’Empire, ex-régiment du Roi. 7e Cuirassiers Le rang, le 7e, qu’occupe ce régiment semble être un peu usurpé. Si l’on se fie aux règles établies par la loi du 1er janvier 1791, il devrait se trouver au 12 ou 13e rang. C’est que les députés qui ont voté la loi de 1791– ou plutôt les bureaux du ministère de la guerre qui l’ont préparée – se sont mis dans la tête que Royal Étranger – car tel était son nom sous Louis XVI – était l’un des régiments étrangers engagés par la France et incorporés en 1635. Or il n’en est strictement rien : il n’y a pas moyen d’établir 117

une filiation entre ce régiment et ceux de 1635. Si Royal Étranger était classé si haut, ce n’est pas dû à son ancienneté mais au fait qu’il appartenait au roi. Ajoutée au fait que le ministère crut rendre son ancienneté à La Reine en le faisant monter de la 18e à la 4e place et que Mestre général fut rétrogradé à la dernière place en 1790, cette erreur fit prendre à Royal Étranger le 7e rang alors que, sous Louis XVI, ses boutons portaient le n° 6. En réalité, Royal Étranger est né le 16 février 1659, après la paix des Pyrénées, par absorption de débris de plusieurs régiments étrangers licenciés dont le plus important était le régiment que le comte de Roye avait levé en 1657 et qui avait combattu à la bataille des Dunes, à Dunkerque, Bergues, Audenarde, Menin et Ypres. Si, au moment de sa création, son titre était donc bien une réalité, elle changea très tôt puisque depuis cette date, le régiment n’ plus recruté qu’en France. C’était en 1659, avec Royal-Cavalerie, Le Roi et les Dragons du Roi, l’un des quatre régiments conservés personnellement par le roi. A cette époque, il était stationné en Picardie. En 1664, campagne d’Allemagne (Erfurt), en 1665, il marche avec le corps qui vient au secours des Hollandais contre l’évêque de Münster. Il passe en Hollande en 1666 et revient l’année suivante pour prendre part aux sièges de Tournai, de Douai et de Lille. Participe à la conquête de la Franche-Comté. Mis en quartier à Lille et Courtrai, il y subit la réforme qui le réduit à sa seule compagnie mestre de camp. Remis sur le pied de six compagnies au début 1672, il fait la campagne de Hollande et participe notamment au siège de Maastricht puis va rejoindre Turenne en Allemagne. En janvier 1675, il passe en Flandre puis sur la Sarre et sert enfin sur le Rhin avec le maréchal de Luxembourg. En 1677, avec le maréchal de Créqui à la prise de Fribourg, en 1678 à Rheinfeld, Ortenberg et au siège de Kehl ; en 1679, aux deux combats de Minden. En 1680, Royal Étranger est en garnison à Caen, l’année suivante au camp d’Artois jusqu’en 1684 quand il participe au siège de Luxembourg.

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De cette époque jusqu’en 1698, il participe à toutes les campagnes de l’armée française en Allemagne, dans les Flandres ou sur le Rhin. Pendant la guerre de Succession d’Espagne, Royal Étranger ne quitte pas les Flandres jusqu’en 1713 quand il est déplacé sur le Rhin. Royal Étranger participe à la campagne d’Espagne de 1719. Durant la guerre de Succession d’Autriche, Royal Étranger fait les mêmes campagnes que Le Roi. La guerre de Sept Ans le voit en Allemagne (Hanovre, Krefeld, Minden, Corbach, Warburg, etc.). En 1761, il absorbe le régiment de Charost et est réorganisé en 1763. Il est en garnison à Dijon et Dôle quand lui est appliquée la loi de 1791 et qu’il prend le nom de 7e de cavalerie. C’est sous ce nom qu’il sert aux armées de la Moselle, des Ardennes et du Nord. En 1794, il est à l’armée de Sambre-et-Meuse, puis à celles de Mayence, du Danube et du Rhin. En 1802, il est en quartiers à Verdun quand il absorbe le 3e escadron du 23e régiment de cavalerie. Devenu le 7e cuirassiers, il fait les campagnes de 1805 et 1806 en Italie, puis de 1806 à 1809 avec la grande armée en Allemagne. Après Wagram, il revient à Strasbourg puis à Rouen qu’il quitte en 1811 pour aller à Bruxelles puis au camp d’Utrecht ; en 1812, il appartient au 3e corps de cavalerie avec lequel il fait la campagne de Russie. En 1813 et 1814, après Leipzig, il est à Hambourg puis revient en France (La Rothière, Craonne, La Fère-Champenoise. En 1815, composé de 180 hommes seulement en deux escadrons, commandé par le colonel Richardot, il fait brigade avec le 12e cuirassiers dans la 13e division de cavalerie (Watier) du 4e corps de réserve de cavalerie du comte Milhaud. Ce corps de cavalerie viendra en appui à la 14e division de cavalerie lors des grandes charges de 15.30 hrs. Deux de ses officiers, un lieutenant et un sous-lieutenant, y seront tués. Le lieutenant Ordener, fils du commandant du 1er cuirassiers, y fut mortellement blessé : il mourut le 10 juillet. Le chef d’escadron Loup, 2 capitaines, 3 lieutenants, 5 sous-lieutenants y furent blessés. L’uniforme du 7e cuirassiers à Waterloo était semblable à celui de tous les cuirassiers, si ce n’est que sa couleur distinctive était jonquille, un 119

jaune tirant un peu sur le blanc : collet, parements, pattes de parement (sans passepoil) jonquille ; les poches en travers. Licencié le 24 décembre 1815, son dépôt sera versé dans le nouveau régiment de Berry qui prendra le numéro 4. En 1825, il sera créé un tout nouveau 7e régiment de cuirassiers – dissous à Noyon en 1962 – qui, encore une fois n’a rien de commun avec le 7e cuirassiers impérial ou avec le glorieux Royal Étranger. 8e Cuirassiers S’il fallait chercher un ancêtre commun à tous les régiments de cuirassiers, c’est sans doute à celui-ci qu’il faudrait remonter. Il est en effet le seul de tous les régiments de cavalerie légère à avoir gardé sa cuirasse alors que tous les autres s’allégeaient en remplaçant cette pièce d’armure par un pourpoint en cuir. Et lui accorder le 8e rang est sans doute très injuste. Il faut effet remonter à 1638 pour le retrouver au treizième rang des 36 régiments de cavalerie organisés par le cardinal de Richelieu, sous le nom de Charles, marquis d’Aumont. De ce moment et jusqu’à celui où il devint royal, le régiment est toujours resté dans cette famille. Le général Susane explique cette injustice par le fait que la famille d’Aumont collectionnant les titres de noblesses (Aumont, Villequier, Chappes, etc.), le législateur de 1791 s’est perdu dans ses dénominations et n’a cru trouver sa première mention qu’en 1665 ou 1666. Quoi qu’il en soit, c’est bien notre régiment, sous le nom d’Aumont, que l’on retrouve dès 1638 au siège de Saint-Omer et l’année suivante à celui de Hesdin. Nous ne réciterons plus la litanie des combats où il participe avec la plupart de ses homologues. Il nous faut pourtant parler du 5 octobre 1644, date à laquelle son mestre de camp est mortellement blessé devant Landau et remplacé par son frère le marquis de Villequier. Le régiment devient donc Villequier-cavalerie avant de devenir Chappescavalerie quand, l’année suivante, Villequier cède la mestrise de camp à son neveu, le marquis de Chappes. Quand en 1651, suite à la promotion du marquis de Villequier au titre de duc d’Aumont et au maréchalat, Chappes devient lui-même marquis de Villequier, le régiment retrouve son nom de Villequier. Pas très longtemps : l’année suivante, le maréchal d’Aumont qui, de son côté, avait levé un nouveau régiment, récu120

père la mestrise de camp et incorpore son nouveau régiment à l’ancien régiment de famille. C’est donc sous le nom d’Aumont qu’il paraît devant Stenay et Arras, effectivement commandé pourtant par le jeune marquis de Villequier qui exerce les fonctions de mestre de camplieutenant. En 1661, Aumont-cavalerie est réduit à sa compagnie mestre de camp. Pas étonnant donc si, en 1791, les fonctionnaires du ministère de la guerre se soient un peu perdus quand il s’est agi de déterminer l’ancienneté du régiment. Le 2 décembre 1665, le roi reprend à son compte le régiment d’Aumont et lui donne le titre de Cuirassiers du Roi qu’il ne perdra plus. Réduit à une compagnie à la paix d’Aix-la-Chapelle, il est remis sur le pied de six compagnies quatre ans plus tard par le marquis de Revel. Le régiment s’illustre au siège de Maastricht puis à la bataille de Seneffe au cours de laquelle le capitaine de Bezons, futur maréchal de France, est blessé. De la guerre de Hollande jusqu’à la guerre d’Espagne, on voit le régiment des Cuirassiers du Roi sur tous les champs de bataille et, notamment, en Italie au cours de cette dernière. Après avoir combattu un peu partout durant les guerres de Succession d’Autriche et de Sept Ans, le régiment est réorganisé en 1763 après avoir absorbé l’ancien régiment de Ray. En 1791, il devient le 8e régiment de cavalerie et l’année suivante, il est à Béthune puis, en 1793, est versé dans l’armée du Centre et se trouve le 10 juin à la défense de Saumur contre les Vendéens. De 1794 à 1796, à l’armée de Sambre et Meuse. En 1800, il prend ses quartiers à Thionville, à Toul, puis à Lodi. En 1802, il reçoit la moitié du 24e de cavalerie licencié et, devenu 8e cuirassiers, il sert en Italie jusqu’en 1806. En 1807, il est à Augsbourg. Après un bref séjour en Catalogne en 1808, il est à nouveau en Allemagne en 1809 : Essling, Wagram. En 1810, il revient en France où il prend ses quartiers à Evreux et Beauvais. Puis campagne de Russie (Borodino, Vinkovo, Viasna, Bérézina), de Saxe (Leipzig). En 1814, à Hambourg puis en France (Châlons, Château-Thierry, Vauchamps). En 1815, il est embrigadé avec le 11e cuirassiers pour former la 2e brigade (Guiton) de la 11e division de cavalerie du 3e corps de réserve de cavalerie (Kellermann). Il compte alors 300 hommes en trois escadrons commandés par le colonel Garavaque. Engagé lourdement aux Quatre-Bras, 121

13 de ses officiers y sont blessés, dont le colonel Garavaque et le chef d’escadron Guillaume47. En comparaison, au cours de la bataille de Waterloo, du fait qu’il est engagé tardivement, ses pertes sont relativement limitées : il ne compte que 4 officiers blessés. Le 24 décembre 1815, le 8e cuirassiers était définitivement dissous. Lorsque, en 1816, on forma le nouveau régiment des cuirassiers d’Angoulême, on y versa les dépôts du 8e ainsi que ceux du 2e. Les cuirassiers d’Angoulême recevront le numéro 3. Même tenue pour les cuirassiers du 8e que pour tous les autres à la différence que sa distinctive est jonquille : collet et parements jonquille, pattes de parement du fond (bleu) avec passepoil jonquille ; poches en travers. Dans la suite des temps, plusieurs régiments portèrent le nom de 8e cuirassiers : le premier, créé en 1828 fut dissous en 1918 ; le deuxième, créé en 1939, et qui s’est illustré dans la défense des ponts de Tours en juin 1940, fut dissous par Vichy en 1942, maintenu dans le maquis, remis sur pied en 1944 et définitivement dissous en 1964. Bien entendu, aucune de ces deux unités ne peut revendiquer une filiation avec les Cuirassiers du Roi. Elles n’ont en commun avec lui que le numéro 8 attribué en 1791 à un régiment qui, sous Louis XV, portait sur ses boutons le numéro 7. 9e Cuirassiers A l’heure où nous écrivons, on cherche encore par quelle aberration le ministère de la guerre de 1791 fit sauter le régiment d’Artois du 23 e au 9e rang des régiments de cavalerie. Fondé en 1665 (et encore est-ce discutable), cette unité ne peut se prévaloir d’aucun titre qui le fasse précéder Royal-Cravates ou Royal-Roussillon, par exemple. Ce régiment n’était pas même « Royal » mais seulement princier, et depuis trente ans seulement… La naissance même du régiment est enveloppée d’un flou artistique assez opaque. Une seule certitude : le 7 décembre 1665, M. de Baleroy de
A. Martinien – Tableaux par corps et par batailles des Officiers tués et blessés pendant les guerres de l’Empire (1805-1815) – Paris Charles-Lavauzelle, s.d. – commet une légère erreur en faisant figurer le 8 e cuirassiers à Ligny. Digby Smith – Napoleon’s Regiments. Battle Histories of the Regiments of the French Army, 1792-1815 – London, Greenhill Books ; Pennsylvania, Stackpole, 2000.– reprend l’erreur sans la corriger.
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Choisy obtint commission de former un régiment dont il serait mestre de camp et où il incorporerait la compagnie franche dont il était capitaine et dont on ne connaît pas l’origine. Et Baleroy n’eut guère de facilités pour lever son régiment puisqu’un ordre de formation lui est réitéré le 15 janvier 1667. En 1668, il comptait 4 compagnies quand, le 24 mai, il est licencié. La compagnie mestre de camp fut-elle maintenue ? On l’ignore mais il est certain qu’elle ne figure pas sur la liste des 66 compagnies qui furent choisies pour former des escadrons ou des régiments. Elle resta donc sans doute à l’état de compagnie franche jusqu’au 9 août 1671, date à laquelle M. de Baleroy fut autorisé à rétablir son régiment. En 1672, M. de Baleroy fut tué au siège d’Utrecht et remplacé par le marquis de Courcelles, lequel fut tué à son tour en 1674 à Seneffe. Le régiment passa alors au main du marquis de Villars, futur maréchal, sous le commandement duquel il s’illustra à Cassel, à Saint-Omer et surtout à Kehl, où il culbuta un corps de 2 000 hommes, et à Kokersberg où il chargea six fois. En 1679, le régiment était réformé et ses compagnies incorporées dans le régiment de Choiseul-Beaupré. Si Villars-cavalerie subsista, c’est parce que sa compagnie mestre de camp resta aux mains de M. de Villars qui, cinq ans plus tard, obtint l’autorisation de reconstituer son régiment. Le 20 mars 1688, le roi racheta son régiment à Villars, devenu maréchal de France, pour le donner à son petit-fils, Philippe d’Anjou, le futur roi d’Espagne. Le régiment devint donc Anjou-cavalerie et passa du statut de régiment de gentilLe lieutenant Legrand par Antoine Gros

homme à celui de régiment de prince. De 1701 à 1706, il est en Ita-

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lie, et en 1707, il passe en Espagne (Almanza, Lérida). Après un séjour dans le Dauphiné, il retourne en Espagne pour servir au siège de Barcelone (1713). En 1753, il prend le nom d’Aquitaine. Jusqu’à la fin de la guerre de Sept Ans, il sert sous ce nom sur tous les théâtres d’opération. Le 1er décembre 1761, il est donné au plus jeune petit-fils de Louis XV, le comte d’Artois, futur Charles X. Artois-cavalerie était en garnison à Haguenau quand, en 1791, il reçut ce fameux numéro 9 auquel il avait si peu de titres… Durant les guerres de la République, il a constamment fait partie de l’armée du Rhin et du Danube. De 1800 à 1804, il est en garnison à Epinal et à Mayence. En 1803, il vient 9e régiment de cuirassiers. Il combat à Austerlitz, à Iéna, à Friedland ; se trouve en Espagne en 1808 et 1809. C’est à ce régiment qu’appartenait le sous-lieutenant Charles Legrand, fils du général, dont Antoine Gros a laissé un saisissant portrait48 (au Los Angeles County Museum of Art), et qui mourut un peu bêtement lors de l’émeute du 2 mai 1808 à Madrid lorsque, se précipitant à l’appel de rassemblement de son escadron, il tomba victime d’un pot de fleur habilement lancé d’une fenêtre… Au moins, cela évita-t-il au jeune officier de se retrouver à Baylen où l’armée du général Dupont capitula. En 1809 : Eckmühl, Wagram. En 1812, campagne de Russie : à Vilna, le 5 décembre 1812, le caporal Ponomarenko des Hussards de Mariupol s’empara de son aigle qui est encore exposé au musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg ; en 1813, en Saxe ; en 1814, campagne de France (Brienne). En 1815, le 9e régiment de cuirassiers était avec le 6e cuirassiers dans la 2e brigade du baron Vial de la 14e division de cavalerie (Delort) du 4e corps de réserve de cavalerie du comte Milhaud. Il comptait 412 hommes en quatre compagnies. Son commandant était le colonel Bigarne, un solide
Peint en 1809 ou 1810, après la mort du lieutenant, à la demande du général Legrand. Ce portrait a suscité une petite polémique. Un examen rapide du tableau laisserait penser que les parements du lieutenant sont jonquille, ce qui exclurait qu’il appartînt au 9 e Cuirassiers, puisque ce régiment portait des parements bleus. A y regarder de plus près, ce sont bien les pattes de parement – et non les parements eux-mêmes – que le peintre laisse entrevoir par la fente des gants. De toute façon, le problème ne se pose pas : le 9e était le seul régiment de cuirassiers stationné à Madrid le 2 mai 1808. Par ailleurs, Martinien (p.531) signale bien le sous-lieutenant Legrand comme tué à Madrid le 2 mai 1808 lors de l’insurrection.
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quinquagénaire bourguignon qui avait été stationné en Hollande en 1801 et qui fut transféré au service hollandais en 1806 pour remplir les fonctions d’adjudant supérieur du Palais du roi Louis. En décembre de la même année, il était promu chef d’escadron à la Gendarmerie et chef d’État-major du capitaine général de la Garde royale hollandaise. Après l’annexion de la Hollande, il passa au service piémontais comme commandant d’un régiment de marche de cavalerie destiné à l’Espagne où il reste de 1811 à 1813 comme commandant du 13e dragons. Il sera blessé à plusieurs reprises à Waterloo en même temps que 10 autres officiers (dont 2 capitaines, 3 lieutenant et 4 sous-lieutenants) du 9e cuirassiers, dont aussi le chef d’escadron Fouquier et le chef d’escadron Debatz qui mourra de ses blessures. Le colonel Bigarne finira ses jours le 24 août 1820 à Bastia à la tête de la 17e légion de Gendarmerie. C’est sous les ordres de ce chef décidé que le 9e cuirassiers livra avec le 6e cuirassiers du colonel Martin une des charges les plus meurtrières au soir de la bataille de Ligny. Au cours de cette charge, il renversa le maréchal Blücher de son cheval, mais passa à côté sans s’apercevoir qu’il s’agissait du grand chef prussien. La tenue des cuirassiers du 9e est identique à celle de ses homologues avec la couleur distinctive jonquille : collet et retroussis jonquille, parements du fond (bleus), pattes de parement jonquille avec passepoil jonquille ; poches en travers. Le 9e cuirassiers fut dissous le 24 décembre 1815 et en 1816, son fond affecté au 6e cuirassiers lors de la création de ce nouveau régiment... En 1825, un nouveau régiment de cuirassiers fut créé et reçut la numéro 9. Il fut dissous en 1939. Un troisième 9e cuirassiers fut créé en 1944 pour être dissous définitivement en 1946. 10e Cuirassiers Le 13 août 1643, moins de trois mois après la mort de Louis XIII, la reinerégente Anne d’Autriche signait une commission délivrée au comte de Balthazard l’autorisant à lever un régiment de cavalerie. A dire vrai, le brevet dit que Balthazard peut « reconstituer » son régiment sur le pied de trois compagnies dont « une ancienne ». Or, on commença à appeler ce 125

régiment « Cravates » ou Croates en 1667. Il est donc permis de penser que Balthazard a recruté ses hommes dans les trois régiments hongrois (Espenan, Sirot et La Meilleraye) soldés par Louis XIII à partir de 1635 et recrutés dans les bandes d’origine hongroise abandonnées par GustaveAdolphe en Alsace, en Lorraine ou en pays wallon. Rappelons que la Croatie constituait alors une partie du patrimoine de la couronne de Saint-Etienne. Espenan est licencié en décembre 1637. Sirot est presque complètement détruit à la bataille de Duttlingen en 1643. Quant à La Meilleraye, il survivra jusqu’en 1656 pour être incorporé dans un régiment du même nom, lui-même licencié en 1661. A cette époque, paraissent deux régiments croates soldés par le roi : les Croates de Raab et les Croates de Wumberg. Les premiers survivront sous divers noms jusqu’en 1661 ; les seconds, admis en avril 1643, combattront à Rocroi et seront licenciés à la fin de la campagne. Il existe donc suffisamment de Croates ou de Hongrois mis au chômage par la disparition d’Espenan, de Sirot et de Wumberg pour pouvoir recruter rapidement trois compagnies de ces audacieux cavaliers. Toujours est-il que Balthazard, à peine constitué, est envoyé en Catalogne et qu’il participe aux sièges de Llorens et de Balaguer (1645), puis à ceux de Lerida (1646 et 1647). Balthazard, qui avait servi sous les ordres de Condé lors de ces campagnes, se mutina quand celui-ci fut arrêté en 1650. Les mutins, rayés des rôles, fourragèrent en Catalogne et en Roussillon durant trois ans avant d’être réadmis par le cardinal Mazarin le 31 mars 1653. Il va sans dire que l’historique de Royal-Cravates est extrêmement muet sur les événements survenus durant ces trois années… Après un bref passage en Dauphiné, Balthazard revient en Catalogne et participe aux sièges de Villefranche, de Roses et de Puycerda. Le 1er janvier 1657 voit le régiment passer aux mains du comte de Vivonne et c’est sous ce nom qu’il mène encore campagne en Catalogne avant d’être appelé, en 1658, à l’armée de Champagne. Le 15 février 1659, il est en garnison à Nancy quand Vivonne, qui reçoit le commandement du régiment du Roi, rend le régiment à Balthazard. Très étrangement, on ne retrouve pas le nom de Balthazard dans la liste des régiments entrete126

nus dressée en 1659. Mais, tenant compte du fait qu’il était en garnison à Nancy, on peut légitimement penser qu’il était affecté à la surveillance du turbulent duc de Lorraine et que ses frais d’entretien incombaient à ce prince. En tout cas, Balthazard apparaît bien dans la liste des régiments réformés le 18 avril 1661, de même d’ailleurs que l’autre régiment croate, successeur de Raab et alors commandés par M. de Saint-Lieu. Ne reste donc, en 1661, que la compagnie mestre de camp qui continue à tenir ses quartiers à Nancy. La tradition veut que Balthazard ait fait partie du corps de 6 000 hommes que Louis XIV envoya en 1664 en Hongrie contre les Ottomans, sous les ordres du comte de Coligny et du prince Charles-Léopold, le neveu du duc de Lorraine. La même tradition veut que le régiment se soit reconstitué sur place. En tout cas, le 20 mai 1667, le roi donne à Vivonne le commandement du régiment en l’appelant officiellement Royal-Cravattes. Et c’est sous ce nom que le régiment fait la campagne de Flandre en 1667. Remis à six compagnies en février 1672, sous le commandement du futur maréchal de Tallard, il est avec Turenne en Hollande et en 1673, au siège de Maastricht. S’ensuit la liste habituelle des théâtres d’opération et des points chauds où Royal-Cravattes est présent durant les guerres de Louis XIV. Alors que durant le règne de celui-ci, le régiment avait constamment été en Allemagne et en Flandre, en 1719, il passe en Espagne et participe à la prise de Fontarabie, de San-Sebastian et de Roses. Plus tard, en 1733 et 1734, sièges de Kehl et de Phillipsburg. En 1743, il est partie prenante dans la bataille de Dettingen qui se termine par une cuisante défaite et l’année suivante, juste revanche, à Fontenoy, à Rocourt et à Lafelt49. Pendant la guerre de Sept Ans, il est au Hanovre et sur le Rhin. Avant d’être réorganisé en 1763, il absorbe le régiment dissous de Chabrillant. C’est alors qu’il est en quartiers à Angers, qu’il devient le 10e régiment de cavalerie et c’est sous ce numéro qu’il participe à la journée de Valmy et à la poursuite qui s’ensuit. Mis en garnison à Sarrelouis, il rejoint en-

Lafelt – parfois orthographié dans les sources Lawfeld ou Lauffeld – est un lieu-dit situé sur le territoire de Riemst, un peu à l’ouest de Maastricht.
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suite l’armée de Sambre-et-Meuse, puis celle de Mayence, du Danube et du Rhin et sert en Allemagne jusqu’en 1800. En 1803 : 10e régiment de cuirassiers et absorption d’un escadron en provenance du 19e de cavalerie dissous. Ulm, Austerlitz, Iéna, Eylau, Eckmühl, Essling, Wagram. Le 14 mai 1810, on retrouve un de ses escadrons à Minorque, sous Port-Mahon. Il fait la campagne de Russie puis celle de Saxe dans le 2e corps de cavalerie de réserve. En juin 1815, le 10e Cuirassiers est sous le commandement du colonel baron de Lahuberdière et compte 359 hommes en trois escadrons. Il fait partie, avec le 5e Cuirassiers, de la brigade Farine de la 14e division de cavalerie (Delort) du 4e corps de réserve de cavalerie de Milhaud. Nous avons déjà dit comment cette brigade combattit à Ligny le 16 juin et que le 18, tenue en réserve à la droite de la chaussée de Charleroi, elle ne fut engagée qu’avec réticence par le général Delort dans les grandes charges de cavalerie. A signaler le fait rarissime qu’un des officiers de ce régiment a été porté déserteur au cours de la bataille. Martinien signale un lieutenant Collin disparu… Peut-être est-ce là le fameux « traître de Waterloo » dont nous avons tant parlé. A Ligny, le 10e cuirassiers avait perdu un sous-lieutenant tué, 2 capitaines et 2 sous-lieutenants blessés ; à Waterloo : le chef d’escadron Dijon fut mortellement blessé (il mourut le 29 septembre), 4 capitaines furent blessés, 3 lieutenants et 4 sous-lieutenants. Son uniforme, semblable à celui de tous les cuirassiers, se distinguait par ses collet, parements, pattes de parement (sans passepoil) et retroussis roses ; poches en long. Licencié le 24 décembre 1815, son dépôt fut versé au régiment de cuirassiers Colonel Général (n° 1). En 1825, on créa un tout nouveau 10e régiment de cuirassiers qui se maintint jusqu’en 1919, date à laquelle il fut dissous. En 1939, on constitua un nouveau régiment de cuirassiers avec le n° 10 qui, en réalité était un régiment de découverte destiné à être affecté à la 4e division légère mécanique. La brutalité de l’attaque allemande du 10 mai 1940 fit affecter d’urgence le 10e RC à la 4e division cuirassée du colonel de Gaulle. C’est à ce titre qu’il participe à la bataille de 128

Montcornet et qu’il a porté les mots Laonnais 1940 sur son drapeau. Mais quelle qu’ait été la valeur de ce nouveau régiment, aujourd’hui dissous, il ne pouvait en aucun cas faire remonter ses traditions au 10e Cuirassiers de Waterloo ou au Royal-Cravattes. 11e Cuirassiers Le 13 octobre 1652, Joseph de Pons de Guimera, baron de Montclar, reçut commission de lever un régiment de cavalerie sur les deux versants des Pyrénées orientales. Dès l’année suivante, on retrouve le régiment à l’armée de Picardie sous le nom Montclar Catalan. En 1657, il est porté à neuf compagnies mais réduit à sa compagnie mestre de camp en 1661. En 1665, cette compagnie sert de noyau au rétablissement de Montclar, porté à quatre puis à huit compagnies. En 1668, le régiment est partagé en deux : quatre compagnies continuent à constituer Montclar et combattent en Franche-Comté, les quatre autres formant le régiment de Bartillat et restant en Flandre. Le 1er avril 1668, le régiment revenu à Lille, son commandant reçoit l’ordre de le réorganiser sous le nom de Royal-Roussillon sur le pied de 9 compagnies. Mais le baron de Montclar n’eut pas le temps de satisfaire à cet ordre puisque le 24 mai suivant, le régiment, comme tous les autres, est séparé en compagnies indépendantes. Le 4 février 1672, au moment d’entrer dans la guerre de Hollande, le régiment est reconstitué à 6 compagnies par Montclar. Et c’est ainsi qu’il participe à toutes les guerres de Louis XIV, en Allemagne, en Flandre et en Italie. En 1719, il participe à l’expédition espagnole et 1733, aux sièges de Kehl, Phillipsburg et Worms. En 1742 et 1743, il est en Allemagne et impliqué dans la désastreuse retraite de l’armée française sur le Rhin. Il prend sa revanche à Fontenoy : soumis au canon et la mousqueterie durant six heures, il ne cède pas un pouce de terrain et empêche la redoute du Barry d’être encerclée et, quand sonne la charge générale, il est un des premiers à pénétrer dans la colonne anglaise. Louis XV témoigna personnellement de sa satisfaction à son chef, le prince de Croÿ-Solre. Royal-Roussillon participa également aux batailles de Rocourt et de Lafelt, où, franchissant un ravin difficile, il dégage quatre canons et met en déroute un régiment hessois. 129

Après avoir absorbé le régiment dissous de Balincourt, il est réorganisé le 26 mars 1763. De cette date, il va de garnison en garnison jusqu’en 1791 où il est à Saumur avec un escadron à Vendôme et un autre à SaintJean-d’Angély. Devenu 11e régiment de cavalerie, il est à Toul en 1792. Il fait les campagnes de 1794 et 1795 à l’armée du Rhin et Moselle. En 1796, il est en Italie avec le général Bonaparte et, en 1798, participe aux expéditions de Rome et de Naples. En Italie jusqu’en 1802, il revient en France et reçoit le 3e escadron du 19e de cavalerie dissous, En 1803, il devient 11e régiment de cuirassiers et, l’année suivante, est attaché au corps de réserve de cavalerie puis en 1806, au 4e corps de cavalerie. Ulm, Austerlitz, Iéna, Eylau, Eckmühl, Essling, Wagram. Il fait la campagne de Russie avec le 1er corps de cavalerie : Moskowa, Vinkovo, Viasna, Smolensk, Niémen. En 1813, à Lützen, à Dresde et à Leipzig. En 1814, à Laon. Au retour de Napoléon, en 1815, il est incorporé, avec le 8e cuirassiers, à la 2e brigade (Guiton) de la 11e division de cavalerie (L’Héritier) du 3e corps de réserve de cavalerie (Kellermann). Il est alors fort de 241 chevaux en 2 escadrons sous le colonel Courtier. Il se distingue aux QuatreBras où il enlève l’un des drapeaux du 2e bataillon du 69th Foot britannique. Il perdit dans cette rencontre un officier tué et trois blessés. Deux jours plus tard, à Waterloo, il attendit pendant quatre heures sur le côté gauche de la chaussée que l’ordre lui vienne, vers 17.00 hrs seulement, de charger la ligne anglo-alliée. Il perdit un officier tué (le lieutenant Scherb) et le chef d’escadron Grandeau blessé et disparu, le colonel Courtier, le chef d’escadron Deville, 3 capitaines, 3 lieutenants et 7 souslieutenants blessés dans cette unique action qui dut être d’une rare violence puisque la 11e division de cavalerie y perdit 800 de ses 1 812 hommes. L’uniforme du 11e cuirassiers était bleu, collet, parements et retroussis roses, pattes de parement bleue passepoilées de rose ; poches en long. Le 11e cuirassiers fut l’un des premiers à passer à la trappe puisqu’il fut définitivement dissous le 18 décembre 1815. Son fond a été versé dans les cuirassiers d’Orléans (n° 5) avec celui de l’ancien 5e, ex-Royal-Pologne. 130

Ce régiment n’a donc rien de commun avec le 11e régiment de cuirassiers qui, créé en 1871, n’a pas pu combattre à Gravelotte en 1870, comme le prétend Wikipédia, encore une fois dans l’erreur. Le 11e RC, privé de ses chevaux, combat bravement à Verdun et au Chemin-des-Dames. C’est lui qui, dissous par Vichy, se reconstitue dans le maquis et s’illustre dans le Vercors dont il est le seul à porter le nom sur son étendard. Mais tout son héroïsme ne fait pas qu’il ait le droit de prétendre être l’héritier de Royal-Roussillon… 12e Cuirassiers Le créateur de ce régiment n’est pas totalement un inconnu pour nous : il s’agit de Jean-François de La Baume-Le Blanc, marquis de La Vallière, le propre frère de Louise, duchesse de La Vallière et de Vaujours. Le marquis était déjà à la tête de la compagnie des chevau-légers du Dauphin et il n’y a aucun doute qu’il devait cette faveur à la position de sa sœur. Il y a quelque ironie à constater que le roi avait confié une compagnie appartenant à son fils légitime au frère de la femme qui lui donnera deux bâtards : la future princesse de Conti et le comte de Vermandois. Et ce n’est pas sans un sourire en coin que les courtisans apprirent, le 24 mars 1668, que le roi avait ordonné au marquis de La Vallière de former, à partir de sa compagnie de chevau-légers, un régiment de cavalerie légère appelé Le Dauphin… Le régiment Le Dauphin eut donc neuf compagnies. On ne sait pas si La Vallière eut le temps de réunir tout son monde. En effet, le 14 mai, le régiment était réduit à sa compagnie mestre de camp. Mais c’est précisément l’époque où la toute fraîche émoulue duchesse de La Vallière se voit supplanter par la pétulante marquise de Montespan. Personne à la cour ne s’étonna donc si le marquis de La Vallière se vit évincer et si Charles de Lusignan, marquis de Saint-Gelais se vit confier le 15 mai 1669 la mission de remettre Le Dauphin sur le pied de six compagnies. A partir de ce moment, Dauphin-cavalerie est présent sur tous les théâtres d’opération des armées de Louis XIV. En 1719, il est en Espagne et 1733 en Italie. Après avoir combattu, heureusement ou malheureusement, sur les théâtres d’Allemagne et d’Italie durant les guerres de Louis XV, on le retrouve en garnison à Sedan quand lui sont incorporées les 131

compagnies de Dauphin-étranger. Il est alors réorganisé d’après l’ordonnance du 6 avril 1763. En 1791, il devient le 12e de cavalerie ; en 1803 : 12e régiment de cuirassiers. En 1804, il absorbe 3 compagnies en provenance des 20e et 22e de cavalerie, dissous. En 1805, il est versé dans le corps de réserve de cavalerie : Ulm, Austerlitz ; puis dans le 4e corps de réserve de cavalerie : Iéna, Eylau ; puis dans le 3e corps de cavalerie : Eckmühl, Essling, Wagram. En 1812, on le retrouve à la Moskowa, Krasnoïe, Vilna, etc. En 1813, en Westphalie puis en Saxe ; en 1814, campagne de France : Brienne, Grèzes-Saint-Louis… En 1815, au 4e corps de réserve de cavalerie (Milhaud) dans la 2e brigade (Travers) de la 13e division de cavalerie (Watier). Tenu en réserve à Ligny jusqu’à la fin de la bataille, il entame le soir une esquisse de poursuite vite interrompue. Le surlendemain, vers 15.30 hrs il part du côté droit de la chaussée pour aller soutenir la 14e division de Delort dans la première grande charge française de la journée. Deux officiers y laisseront la vie, 12 autres y seront blessés, dont le chef d’escadron Vernerey, et 2 seront portés manquants (le capitaine Monsch, blessé et disparu, le sous-lieutenant Delobel, disparu). La distinctive du 12e cuirassiers était le rose : collet rose, retroussis roses, pattes de parement roses avec passepoil rose, mais parements bleus ; les poches en long. Le 12e régiment de cuirassiers disparut définitivement le 24 décembre 1815 et son dépôt fut versé dans celui du nouveau régiment des Cuirassiers du Roi (n° 2). Sous le Second Empire, on vit la création en 1854 d’un régiment des Cuirassiers de la Garde impériale. Un tel régiment n’avait jamais existé même à la plus glorieuse époque du Premier Empire. Le nouveau régiment n’avait donc aucune tradition à revendiquer et il ne le fit pas. L’année suivante, un deuxième régiment de cuirassiers de la Garde impériale fut créé et son devancier se vit attribuer le numéro 1. En 1865, les deux régiments fusionnèrent en un seul pour former le régiment des Cuirassiers de la Garde impériale. En 1871, à la chute de l’Empire, les 132

Cuirassiers de la Garde furent versés à la ligne et prirent le premier numéro vacant qui était le 12. C’est dans ce régiment que l’auteur LouisFerdinand Céline servit comme engagé volontaire de 1912 à 1914 quand il fut blessé en mission. Cette expérience lui fournit la matière du début de son roman Voyage au bout de la nuit publié en 1932 et celle, plus détaillée, de Casse-pipe (1949). Ce régiment fut dissous par Vichy en 1942. En 1943, on dédoubla le 12e régiment de Chasseurs d’Afrique et l’une de ses parties prit le nom de 12e régiment de cuirassiers pour combattre dans la 2e Division Blindée du général Leclerc. Après avoir fait partie du 6e-12e régiment de cuirassiers, il devint en 1994 le 6e groupe d’escadrons de cuirassiers, puis après dissolution de celui-ci, fut réorganisé pour reformer le 12e Cuirassiers en 2009. Il est fort clair que cette unité ne peut en aucun cas faire remonter ses traditions à Dauphin-Cavalerie… Et s’il est peut-être légitime que l’ont ait décidé de lui confier l’étendard du vieux 12e cuirassiers de Waterloo qui portait les noms d’Austerlitz 1805, Iéna 1809 et de la Moskowa 1812, il est abusif d’y avoir ajouté les noms de Solférino 1859, L’Yser 1914, L’Avre 1918, Saint-Mihiel 1918, Paris 1944 et Strasbourg 1944. Ce sont en effet trois unités totalement indépendantes les unes des autres qui ont inscrit ces pages de gloire dans leurs annales. Ceux qui auraient le moindre doute à ce sujet se rappelleront qu’en 1804, quand Napoléon remit leurs aigles aux régiments de cuirassiers, il n’a pas cru utile d’y faire broder les honneurs qu’auraient pu arborer Le Dauphin malgré le fait que les cuirassiers puissent établir avec certitude leur filiation avec les régiments de cavalerie légère de l’ancien régime. Les 13e et 14e cuirassiers Ces deux régiments de cuirassiers n’ont pas combattu à Waterloo. Nous en ferons cependant mention afin d’être complet. Le 13e cuirassiers fut créé à partir des escadrons surnuméraires du 3e régiment provisoire de grosse cavalerie qui provenaient des 1er, 2e et 3e cuirassiers et des deux régiments de carabiniers. Jusqu’en 1813, le 13e n’a compté qu’un seul chef de corps, le colonel d’Aigremont auquel succéda le colonel Bigarne qui, à Waterloo, commandera le 9e cuirassiers. Il servit essentiellement en Espagne puis, en 1813, en Saxe – notamment à Leipzig – et en 1814, durant la campagne de France. Le régiment fut dissous en 133

juillet 1814 et jamais reconstitué. Couleur distinctive : lie-de-vin : collet, parements et retroussis lie-de-vin, pattes de parement bleus, passepoilés de lie-de-vin ; poches en travers. Le 14e Cuirassiers a une histoire toute particulière. C’est en effet en Hollande qu’il faut aller chercher son origine. Le 1er juillet 1795, la République batave procédait à une vaste réforme de ses forces armées. Les anciens régiments de cavalerie de Willem, landgrave de HessenPhilipsthall (qui remontait à 1672), de Willem Hendrik baron van der Duijn van Maasdam (1672) et de Barend Hendrik baron Bentinck tot Boekhorst (1688) furent amalgamés pour faire le 1ste Regiment Zware Cavalerie. Le 20 octobre 1803, ce régiment fut réorganisé pour constituer le 1ste Regiment Lichte Dragonders (dragons-légers). Quelques jours après la prestation de serment de Louis Bonaparte comme roi de Hollande, le régiment fut renommé 2de Dragonders. Le 7 septembre 1806, nouveau changement : 2de Regiment Cavalerie ; enfin, le 15 novembre 1807 : 2de Kurassiers. Les cavaliers du 2de Kurassiers portaient un uniforme très semblable dans la forme à celui des cuirassiers français, si ce n’est qu’il était blanc, collet, retroussis et parements bleu barbeau. Lorsque le royaume de Hollande fut annexé par l’Empire français, les régiments hollandais passèrent au service de la France et notre 2de Kurassiers devint le 14e régiment de cuirassiers. Mais il ne perdit son bel uniforme blanc qu’en 1812 lorsqu’il toucha le même uniforme que tous les cuirassiers : habit-veste bleu ; collet, parements et retroussis lie-de-vin, pattes de parement bleu passepoilées de lie-de-vin. Le commandant du régiment était alors le colonel Albert Dominicus Trip van Zoudtlandt qui le conduisit en Russie et chargea à sa tête lors du passage de la Bérézina permettant par cette action de mettre une bonne partie de l’armée à l’abri. C’est le même Trip, devenu général, que nous retrouverons à la tête de la grosse cavalerie néerlandaise à Waterloo. Il avait honorablement démissionné le 14 avril 1814 pour passer au service du Prince souverain des Pays-Bas. Un grand nombre de cavaliers d’origine hollandaise suivirent leur chef ; le régiment, vidé de sa substance, fut dissous le 12 mai 1814 et les hommes qui restaient furent versés au 12e cuirassiers. 134

Le 14e cuirassiers avait reçu une aigle et un étendard modèle 1804 le 30 juin 1810. L’étendard fut remplacé par un autre, modèle 1811, peu avant la campagne de Russie. Ramené à Paris, le modèle 1804 fut brûlé en janvier 1814 dans la cour des Invalides. Le nouvel étendard fut pris sur la Bérézina le 28 novembre 1812 par le régiment des dragons de SaintPétersbourg et se trouve actuellement au musée de l’Ermitage. Pour être sincère, le « coucou » de Saint-Pétersbourg n’est pas authentique : l’original était tellement abîmé que, par ordre du 18 décembre 1812, l’arsenal d’artillerie en fabriqua une copie. C’est cette copie qui est exposée à l’Ermitage.

Dragons
Nous avons dit que la légende attribuait à Gustave-Adolphe l’ « invention » des dragons. Dans les faits, il y a toujours eu depuis Henri II des arquebusiers à cheval, des carabins ou des mousquetaires. Par définition, ces hommes se déplaçaient à cheval mais combattaient à pied, ce qui est très exactement la vocation des dragons. Le service des carabins avait été organisé dès 1615 quand chaque compagnie de chevau-légers se vit adjoindre un peloton de carabins. En 1621, ces pelotons étaient réunis en un seul corps sous le commandement du mestre de camp général Arnauld de Corbeville. Richelieu comprit 6 régiments de dragons dans son organisation des troupes à cheval de 1635. « Louis XIV fixa le service des dragons en leur accordant un état-major et des privilèges qui en ont fait une arme à part et attrayante pour la jeune noblesse. L’institution des compagnies de mousquetaires comme école et pépinière des jeunes officiers eut une influence considérable sur les idées de ceux-ci et sur l’importance que prit l’arme des dragons.50 » Toujours est-il que Louvois proposa et que le roi accepta le 2 avril 1668 la création de la charge de colonel général des dragons et le 17 mai 1669 l’ordonnance qui organisait le corps. L’ordonnance commençait par ces mots : « Considérant que nous avons sur pied 2 régiments de mousquetaires à cheval, dits dragons… »

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Susanne, II, p.274

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Louvois créa quatre autres régiments de dragons pendant la campagne de 1672 en Hollande et, après la paix de Nimègue, alors que les effectifs de toutes les armes était considérablement réduit, 14 régiments de dragons subsistèrent. Jusqu’alors, les dragons n’avaient jamais combattu qu’à pied et leurs chevaux ne leur servaient qu’aux déplacements. Ils étaient mêlés à l’infanterie et servaient comme elle sans essayer de faire concurrence à la cavalerie. L’ordonnance du 25 juillet 1665, qui précédait donc l’organisation du corps des dragons, précisait que le régiment des dragons du roi (alors unique), et les régiments semblables qui pourraient être créés, tiendraient rang dans l’infanterie, « en toutes marches, logements, gardes et autres fonctions militaires… et qu’ils seraient réputés du corps de l’infanterie. » La création de la charge de colonel général des dragons fit de ceux-ci une arme à part ; leurs régiments n’appartenaient plus à l’infanterie. La guerre de 1688 vit la création de nombreux régiments de dragons : il y en eut jusqu’à quarante-trois !... C’était manifestement exagéré et les généraux furent obligés de faire servir des dragons à cheval, non seulement pour les déplacements, mais aussi sur le champ de bataille en les plaçant dans les lignes aux ailes de la cavalerie. C’est ce qui justifie l’ordonnance du 1er décembre 1689 qui prescrit que lorsque les régiments de dragons et de cavalerie se trouveront ensemble, la cavalerie prendrait toujours la droite mais que l’officier commandant l’ensemble de ces corps pourra faire marcher les dragons à la place qu’il voudra. Le statut des dragons n’en resta pas moins hybride : ils étaient considérés comme fantassins en garnison et devant les places et comme cavaliers en rase campagne. Tout cela amena des querelles de préséance entre les officiers des diverses armes. Finalement, il fallut une ordonnance (du 30 juillet 1695) pour déterminer que lorsque trois officiers se trouvent réunis dans une place fermée, l’officier d’infanterie a le pas sur les deux autres, alors qu’en campagne, c’est l’officier de cavalerie. Les dragons cédaient donc toujours la droite à la cavalerie. Progressivement, pourtant, les dragons commencèrent à se fondre dans la cavalerie fournissant les services de reconnaissance, d’escorte et d’éclairage qui reviendront plus tard aux 136

hussards. A la création de ceux-ci et des chasseurs à cheval, les dragons subsistèrent grâce à leur capacité à se battre à pied aussi bien qu’à cheval. Finalement, le règlement du 1er janvier 1790 a placé les dragons dans les troupes à cheval, à leur rang d’ancienneté, c’est-à-dire immédiatement derrière la cavalerie proprement dite. En 1815, les dragons portaient tous la même tenue verte. Ne les distinguaient les uns des autres que la couleur distinctive de leurs régiments et les numéros frappés sur leurs boutons. Numéro Collet du régiment 1 Ecarlate 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 Rose Cramoisi Rose foncé Cramoisi Cramoisi Ecarlate Ecarlate Ecarlate Cramoisi
Revers Parements Retroussis Pattes de parements Poches

Ecarlate Ecarlate Ecarlate Ecarlate Ecarlate Ecarlate Cramoisi Cramoisi Cramoisi Cramoisi Cramoisi Cramoisi Rose foncé Rose foncé Rose

Ecarlate

Travers Ecarlate Ecarlate Travers Ecarlate Ecarlate Travers Ecarlate Ecarlate Ecarlate Long Ecarlate Ecarlate Long Ecarlate Ecarlate Long Cramoisi Cramoisi Cramoisi Travers Cramoisi Cramoisi Travers Cramoisi Cramoisi Travers Cramoisi Cramoisi Cramoisi Long Cramoisi Cramoisi Long

Ecarlate

Ecarlate

Cramoisi Cramoisi Long Rose foncé Rose foncé Rose foncé Rose foncé Rose Rose foncé Travers Travers Tra-

Rose

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16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30

foncé Rose foncé

foncé Rose foncé Rose foncé Rose Rose foncé foncé Jonquille Jonquille

foncé Rose Rose foncé foncé Rose Rose foncé foncé Rose foncé Jonquille Jonquille

foncé Rose foncé

vers Long Long

Jonquille Jonquille Jonquille Jonquille Jonquille Jonquille

Jonquille Jonquille Jonquille Jonquille Jonquille Jonquille Jonquille Jonquille Jonquille Jonquille Aurore Aurore Aurore Aurore Aurore Aurore Aurore Aurore Aurore Aurore Aurore Aurore Aurore Aurore Aurore Aurore Aurore Aurore Aurore Aurore

Rose Long foncé Jonquille Travers Travers Jonquille Travers Jonquille Long Long Jonquille Long Aurore Travers Travers Aurore Travers Aurore Long Long Aurore Long

Les dragons portent un habit-veste vert foncé à basques courtes (depuis 1812). Les revers sont de la couleur distinctive ainsi que les retroussis. Les collets et parements sont soit de la couleur distinctive, soit verts avec un passepoil de la couleur distinctive suivant le tableau qui précède. Les cavaliers de la compagnie d’élite de chacun des régiments, à savoir la 1 ère compagnie du 1er escadron, portent des épaulettes rouges ; les autres, des pattes d’épaule du fond avec un passepoil de la distinctive. Les boutons sont en étain frappés du numéro du régiment. La veste-gilet sans manche est en drap blanc avec des petits boutons d’étain. La culotte est en peau de daim ou de mouton blanche ocrée, genouillère blanche. Les gants à crispin sont blancs. Les bottes, du même modèle que celles des 138

cuirassiers, sont en cuir noir. La buffleterie des dragons est en cuir blanc à boucles de cuivre, ils portent une giberne noire. Le ceinturon, blanc lui aussi, comporte des bélières supportant le sabre et la baïonnette. Le sabre est un sabre de cavalerie du modèle An IX à lame droite de 98 cm semblable à celui des cuirassiers. Toutefois, à la différence de ceux-ci dont le fourreau est en acier, les dragons portent le sabre dans un fourreau de cuir noir à garnitures de cuivre. La dragonne est en cuir blanc. Les dragons qui, rappelons-le, peuvent avoir à combattre à pied sont armés d’un fusil de dragon, dérivé du fusil d’infanterie mod. 1777. Pesant 4,534 kilos, d’un calibre de 17,5 mm et d’une longueur totale de 1,463 m (soit 57 centimètres de moins que le fusil d’infanterie), il est plus long (40 cm) et plus précis que le mousqueton des hussards. Les garnitures sont en laiton. Le fusil est porté dans une botte en cuir noir, canon vers le bas, fixée à droite de la selle. Le port de ce fusil est typique des dragons. Il est absurde de dire – nous l’avons lu – que les dragons ont pu, à un moment quelconque, laisser leur fusil au dépôt ou dans leurs bagages. Ce fusil est en effet leur raison d’être. Les dragons du général Exelmans le prouvèrent à suffisance quand ils descendirent de cheval le 15 juin au soir pour faire le coup de feu et précipiter la retraite des Prussiens vers Fleurus. L’emploi que l’on a fait à Waterloo des dragons est une absurdité et le général L’Héritier ne s’est pas fait faute de le faire remarquer. Les dragons sont également munis de deux pistolets : il s’agit le plus souvent du modèle an IX : longueur totale : 352 mm ; longueur du canon : 207 mm ; poids : 1 290 g ; calibre 17,1 mm. La balle en plomb tirée par ce pistolet est d’un calibre de 15,98 mm. Le vent très important permet de recharger très rapidement : un bon tireur doit pouvoir tirer deux à trois coups à la minute. Mais sa portée est réduite : 5 à 10 mètres tout au plus. Cependant, le pistolet du modèle An XIII commençait en 1815 à se généraliser : longueur : 352 mm ; longueur du canon : 207 mm ; poids 1 269 grammes ; calibre 17,1 mm ; calibre de la balle : 16,54 mm. On trouvait encore quelques exemplaires de l’ancien pistolet mod. 1777 : longueur : 350 mm ; canon : 189 mm ; calibre 17,1 mm ; poids 1 420 gr. La selle des dragons est en cuir fauve, recouverte d’une demi-schabraque en peau de mouton bordée d’un feston en dents de loup de la couleur 139

distinctive. Le manteau bien roulé est placé sur les fontes et caché sous la demi-schabraque. (Il arrive que le dragon, par temps menaçant, porte son manteau en bandoulière.) La housse croupelière est en drap vert foncé ornée d’un galon blanc et porte le numéro du régiment ou, peut-être, pour les compagnies d’élite, une grenade blanche. Le porte-manteau est vert à fonds rectangulaires ornés s’un galon et du numéro du régiment. Etrivières blanches, étriers noircis, sangles grises et filet de cuir noir, mors de fer à bossette de cuivre. Mais l’attribut le plus caractéristique du dragon, celui que l’on remarque de loin, c’est son casque. Entièrement en métal, du cuivre laitonné, il est surmonté d’un cimier en trois parties : les joues garnies de palmettes et le masque portant une gorgone ; un bandeau en fourrure de veau pour la troupe, en léopard pour les officiers. Les jugulaires sont à écailles de laiton fixées par des rosaces, la visière en cuir cerclée de laiton, un marmouset en crin. Au sommet du cimier est fixée une crinière de crins de cheval dont le but est de dévier les coups de sabre portés d’estoc. En parade, les dragons portent un plumet rouge, mais en campagne, ce plumet est remplacé par une « carotte » destinée à distinguer les compagnies et les escadrons du régiment. Voici le « code couleur » prévu par le règlement de 1812 pour toutes les unités de cavalerie : Escadron Compagnie Couleur du pompon 1er 1ère Ecarlate e 5 Ecarlate centre blanc e e 2 2 Bleu ciel e 6 Bleu ciel centre blanc e e 3 3 Aurore e 7 Aurore centre blanc e e 4 4 Violet e 8 Violet centre blanc Un mot encore à propos de la tenue de ville : le dragon porte son habit avec une culotte de casimir ou de nankin, des bas de soie et des souliers à boucle. Il est coiffé d’un chapeau bicorne et son côté est orné d’une épée de ville droite. 140

1er dragons Ce régiment ayant été transformé en régiment de lanciers en 1811, nous le retrouverons sous la rubrique consacrée au 1er régiment de Chevaulégers lanciers. Le numéro 1 resta vacant jusqu’à la fin de l’Empire. 2e dragons Ce régiment fut l’un des douze régiments de cavalerie organisés par Richelieu le 16 mai 1635 et fut confié à Louis de Bourbon, duc d’Enghien. C’est le chevalier de Tavannes qui en devint mestre de camp-lieutenant et qui le conduisit à l’armée d’Italie dès l’année de sa création. En 1636, on le retrouve à l’armée de Bourgogne où il est réduit en compagnies franches le 30 juillet à l’exemple de toute la cavalerie française. Rappelons que les régiments de dragons, s’ils sont constitués comme les régiments de cavalerie, ne sont pas des régiments de cavalerie… Rétabli en 1638, Enghien-cavalerie est sur les Pyrénées et sert, notamment, au siège de Fontarabie, puis en Italie où le chevalier de Tavannes est tué au combat. Sous le commandement du marquis de Livry, il participe au siège de Turin en 1640. En 1642, aux sièges de Collioure, Perpignan et Lérida. En 1644et 1645, il est en Allemagne sous son mestre de camp propriétaire, le duc d’Enghien. Le marquis de Livry est tué à la bataille de Nordlingen et remplacé par le marquis de Lanques avec qui le régiment participe à la prise d’Heilbronn et de Trèves. Il est ensuite en Flandre, au siège de Dunkerque. Suite à la mort de son père, le 26 décembre 1646, le duc d’Enghien devint prince de Condé et son régiment prit ce nom qu’il n’allait plus abandonner avant longtemps. Lorsque Condé prit la tête de la Fronde, son régiment de dragons suivit son sort. Un arrêt du 20 janvier 1650 le cassa aux gages comme rebelle puis un autre du 26 février 1651 le rétablit suite à une brève réconciliation entre Condé et Mazarin. Nouvelle dispute entre les deux hommes en septembre de la même année et nouvelle radiation du régiment qui, toujours fidèle à son chef, combat avec lui dans les rangs ennemis avec les Espagnols et les Lorrains.

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Après la réconciliation définitive de Condé avec le roi, le régiment de Condé-cavalerie réintégra l’armée française le 7 novembre 1659. En 1661, il était dissous et on n’en conserva que la compagnie mestre de camp qui appartenait en propre au prince de Condé. Rétabli le 7 décembre 1665, Condé passa l’année 1666 au camp de Compiègne et, en 1667, participa aux prises de Tournai, Douai et Lille. En 1668, il est en Franche-Comté. A la conclusion de la paix, il est à nouveau réduit à sa compagnie mestre de camp. Rétabli lors de l’organisation définitive des régiments de cavalerie le 9 août 1671, Condé-cavalerie fait la campagne de Hollande en 1672 et participe au siège de Maastricht en 1673. Bataille de Seneffe, prise de Dinant, de Huy et de Limbourg, sur la Sarre en 1676, il termine la guerre sur la frontière allemande. A la mort du grand Condé, le régiment passe à son fils Henri Jules et combat sur tous les fronts lors de la guerre de Ligue d’Augsbourg : Fleurus, Neerwinden, siège d’Ath… La guerre de Succession d’Espagne le voit en Flandre, en Hollande (Nimègue), puis à l’armée du Rhin (siège de Kehl, bataille de Blenheim). Entre 1704 et 1713, il fait la navette entre les Flandres et l’Allemagne. En 1727, Condé-cavalerie qui, entre-temps était passé sous la mestrise de camp du duc de Bourbon, est au camp de la Sambre, puis à celui de la Saône pour reprendre la route du Rhin (Kehl, Phillipsburg). A la paix, il est mis en quartier en Bretagne. En 1740, il devient la propriété de LouisJoseph de Bourbon, prince de Condé. En 1741, il est en Westphalie, puis en Bavière et en Bohème. En 1743, rentré en France, il sert en Alsace puis, en 1746, en Flandre (siège de Mons, bataille de Rocourt). Il fait toutes les campagnes de la guerre de Sept Ans puis est réorganisé à Lille le 28 mars 1763 quand il incorpore le régiment de Toulouse-Lautrec.

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Dragons sous Louis XVI d'après Humblet et Liénart

Il est en garnison à Hesdin lorsque l’ordonnance du 25 mars 1776 le transforme en régiment de dragons en lui incorporant le 3e escadron de chasseurs de la légion de Lorraine et en lui donnant le 11e rang dans l’arme. On le retrouve donc sous le nom de Condé-dragons à Fougères, à Saint-Malo, au camp de Paramé, à Metz, à Stenay. La loi de 1791, considérant son ancienneté, le transforme en 2e régiment de dragons et c’es sous ce nom qu’il fait partie de l’armée des Ardennes en 1792, puis à l’armée du Nord dans laquelle il se distingue à Neerwin143

den. Envoyé ensuite en Vendée, il retrouve l’armée de la Sambre en 1795. En 1797, à Mayence ; en 1798, sur le Danube. De 1801 à 1805, il stationne à Lille, Ypres, Bruges, Dunkerque, Amiens et Péronne. Dans la grande armée de 1805 à 1808, puis en Espagne (5 escadrons) jusqu’en 1813. Il est en effet continuellement divisé entre deux théâtres : une partie en Espagne, l’autre dans la grande armée, en Prusse, en Autriche et en Russie Début 1814, il est enfin réuni et participe à la campagne de France (SaintDizier, Brienne). Enfin, il revient à Paris pour recevoir le titre de Dragons du Roi et recevoir le numéro 1 de l’arme, resté vacant depuis que le 1er dragons était devenu le 1er lanciers. Le 23 avril 1815, l’empereur lui rendait son numéro 2. Lors de la campagne de Belgique, le 2e dragons était embrigadé avec le 7e dragons dans la 1ère brigade (Picquet) de la 11e division de cavalerie du général baron L’Héritier et se trouvait englobé dans le 3e corps de réserve de cavalerie commandé par le général Kellermann, comte de Valmy. Comptant 543 cavaliers et 40 hommes en quatre escadrons, c’est le régiment de cavalerie le plus étoffé de toute l’armée du Nord. Sa brigade ayant été retardée dans sa traversée de la Sambre, le 2e dragons n’arriva qu’assez tard le soir du 16 juin aux Quatre-Bras et ne combattit pas. Le 18, il était aligné à l’ouest de la chaussée de Charleroi et assista aux charges livrées par le 4e corps de cavalerie de Milhaud, avant d’intervenir lui-même vers 17.00 hrs. Dans les archives du corps, on trouve cette citation : « Le régiment s'est particulièrement distingué par des charges audacieuses et répétées contre des masses de cavalerie ennemie, en face desquelles il a donné l'exemple d'un dévouement héroïque et soutenu. Avant de quitter le champ de bataille où il n'avait pas cessé d'être en première ligne, il s'est précipité tête baissée au plus fort de la mêlée et a rivalisé avec les régiments de la Garde impériale dont il a partagé un instant la gloire, les triomphes… et bientôt les malheurs d'une honorable retraite; les pertes qu'il a éprouvées dans cette journée ont été considérables. » Le général L’Héritier écrivit dans son rapport : « Le 2e régiment de Dragons formait la tête du corps de grosse cavalerie sous les ordres du général de division Kellermann. Ce régiment s'est couvert d'une gloire immortelle au milieu des carrés ennemis pendant toute la 144

journée du 18. Il est impossible de citer les prodiges de valeur et de l'excès extraordinaire de bravoure, pour ne pas dire d'héroïsme, avec lequel le 2e Dragons s'avança sous le feu effroyable de la mousqueterie et d'une immense artillerie. Rappeler que la conduite du régiment a excité de la part de l'armée anglaise une noble admiration, c'est faire du 2e Dragons un éloge complet. Ce régiment s'est distingué par ses charges audacieuses contre les masses de cavalerie ennemie. Il s'est constamment maintenu en première ligne, se précipitant tête baissée au plus fort de la mêlée et rivalisant avec la Garde impériale dont il a partagé la .gloire. Les pertes éprouvées par le 2e Dragons sont immenses, mais il a fait retraite en bon ordre, emportant son aigle. » On évalue les pertes de la 11e division de cavalerie à environ 800 hommes sur les 1 812 qu’elle comptait à son entrée en campagne. Le 2e dragons éprouva effectivement de lourdes pertes si l’on en juge par les chiffres de pertes de ses officiers : 4 lieutenants tués au combat et 1 mort des suites de ses blessures ; 3 sous-lieutenants tués ; 3 capitaines, 3 lieutenants et 5 sous-lieutenants blessés. L’ordonnance du 16 juillet 1815 procédait à la dissolution du 2e régiment de dragons mais n’entra en application que le 4 décembre. A cette date, les officiers, sous-officiers et cavaliers se mirent en route pour Besançon où ils étaient convoqués pour former le régiment des Dragons du Doubs qui reçut également le dépôt du 2e dragons. Ce régiment reprit le numéro 2 de l’arme. C’est donc légitimement que l’actuel 2e dragons devenu, après fusion en 2005 avec le Groupement de défense nucléaire, bactériologique et chimique, le 2e régiment de défense NBC, peut revendiquer sa filiation avec Condé-dragons. Il est bien l’un des seuls… 3e dragons Comme le 1er dragons, le 3e fut converti en chevau-légers lanciers le 18 juin 1811.Nous le retrouverons lui aussi sous la rubrique consacrée aux 2e lanciers. 4e dragons Levé par ordre du 8 juillet 1667 en tant que régiment de cavalerie, cette unité a fait sa première campagne en Franche-Comté sous les ordres de 145

Jacques François, marquis de Choiseul-Beaupré, son premier mestre de camp. Licencié à l’exception de sa compagnie mestre de camp le 24 mai 1668 qui figure donc dans la liste des 66 compagnies qui allaient chacune servir de noyau à autant de régiment de cavalerie. En 672, en Hollande, en 1673, sous Turenne dans le Brandebourg, en 1674-78 dans la Palatinat et en Alsace ; en 1679, sur la Sarre. Le 18 février 1684, le régiment Choiseul-Beaupré devient la propriété de Philippe d’Orléans, duc de Chartres, et c’est sous le titre de Chartrescavalerie qu’il passe au 15e rang de son arme. 1688-1692 : dans les Flandres (Fleurus, Steenkerque, Neerwinden…). En 1701, en Flandre, à l’armée du Rhin en 1703. 1705-1707, en Italie. 1708-1712 : de retour en Flandre. 1713 : sur le Rhin. Le 15 août 1714, il recueille les restes du régiment de Simiane. C’est à la tête de ce régiment que le futur régent se tailla une belle réputation militaire qui lui porta ombrage dans l’esprit d’un Louis XIV vieillissant qui ne se consolait pas des déboires de son fils légitimé le duc du Maine… L’occasion de l’une ou l’autre belle page de Saint-Simon. En 1719, en Espagne (Fontarabie, Saint-Sébastien). A la mort du Régent, son fils, le duc de Chartres devint duc d’Orléans et prit possession du régiment d’Orléans-cavalerie, tandis que Chartrescavalerie passait aux mains de Louis de Bourbon-Condé, alors comte de Clermont. C’est sous ce nom qu’on le trouve en Lorraine en 1733 puis sur le Rhin. La paix revenue, il est mis en quartier à Limoges. En Flandre pour l’ouverture de la guerre en 1741, puis sur le Rhin. Rentré en France en 1743, il part de Sedan pour aller rejoindre l’armée de Noailles avec laquelle il subit la défaite de Dettingen. Sert en Flandre les années suivante (Fontenoy, Tournai, Audenarde…) En 1747, à Lafelt, en 1748, à Maastricht. Durant la guerre de Sept Ans, le comte de Clermont exerce les fonctions de commandant en chef à la bataille de Krefeld au cours de laquelle il est surpris et battu. Le régiment manqua se faire prendre tout entier à la bataille de Minden (1er août 1759). A la paix, Clermont-cavalerie vint tenir garnison à Metz où il subit une réorganisation le 23 mars 1763. En 1770, suite à la mort du comte de 146

Clermont, le régiment devient propriété du prince de Bourbon-Conti, comte de La Marche. Six ans plus tard, le comte de La Marche étant devenu prince de Conti, le régiment devient Conti-cavalerie. C’est à la même époque que le régiment de cavalerie fut transformé en régiment de dragons : Conti-dragons. En 1791, la loi lui donna le numéro 4 dans l’arme des dragons. En 1792, il est à l’armée des Ardennes, puis à l’armée du Nord et à l’armée du Rhin. De 1795 à 1797, à l’armée de Rhin-et-Moselle. En 1798, à l’armée de l’Ouest et de 1799 à 1800, en Hollande avec l’armée « gallo-batave ». Un de ses escadrons fut stationné à Saint-Domingue pendant que le reste stationnait à Amiens et Abbeville. En 1804, au camp de Boulogne. A partir de 1805 jusqu’en 1808, dans la grande armée. En 1808, en Espagne et au Portugal. En 1813, en Saxe (Leipzig). Le 4e dragons fit la campagne de France dans le 6e corps de cavalerie. Le 1er juillet 1814, Louis XVIII lui donne le titre de la Reine et le numéro 2 de l’arme. Napoléon lui rend son numéro 4, quoique deux numéros (1 et 3) soient laissés vacants devant lui. En juin 1815, il fait partie du 2e corps de cavalerie sous le commandement du lieutenant général comte Exelmans. Commandé par le colonel Bouquerot des Essarts, embrigadé avec le 12e dragons sous les ordres du général baron de Bonnemains, il comptait 35 officiers et 330 hommes. Impliqué à Ligny, le régiment n’eut aucun tué mais le chef de corps, le colonel Boucquerot fut blessé ainsi que le chef d’escadron Réqui, 3 capitaines, 2 lieutenants et 3 sous-lieutenants. Affecté à l’aile gauche avec le maréchal Grouchy, il poursuivit les Prussiens durant toute la journée du 17 pour finir par ne les trouver que le 18… Le 4e dragons fut licencié à la seconde Restauration et son fond ainsi que la plus grande partie de son personnel furent versés dans le 6e Chasseurs à cheval de la Charente. C’est ce même régiment qui deviendra le 1er chasseurs à cheval en 1831. En 2009, on recréa un 4e régiment de dragons en changeant de dénomination le 1er-11e cuirassiers. C’est sans doute un hommage au vieux Conti-cavalerie ou à son successeur et il est légitime de donner la dénomination que l’on veut à un régiment, mais lui faire porter comme insigne les 147

armes des Choiseul et inscrire sur ses drapeaux les noms de Valmy, d’Eylau, de Badajoz et de Nangis est totalement hors de propos. Depuis la dissolution définitive du 4e dragons en 1815, six unités successives ont porté ce numéro et ce nom : en 1825, le régiment des dragons de la Gironde ont reçu le numéro 4 et ce régiment a subsisté comme 4e dragons jusqu’en 1926 où il a été dissous. En 1929, on créait un 4e bataillon de dragons portés qui devint régiment en 1935 pour être dissous en 1940. En 1947, on créait un nouveau 4e bataillon de dragons portés, devenu régiment en 1948. En 1950 : 4e régiment de dragons ; en 1954 : dissolution ; 1955 : création d’un nouveau 4e dragons dissous en 1962. En 1990 : création d’un groupe d’escadrons de dragons n° 4 dissous en 1994… Si une unité pouvait revendiquer les traditions du 4e dragons, ce serait le 1er chasseurs à cheval. Mais celui-ci a été dissous en 1928. La vraie place du vieux guidon du 4e régiment de dragons est donc aux Invalides parmi les drapeaux et étendards des régiments dissous. 5e dragons Si le législateur de 1791 n’avait pas pris comme principe de s’en tenir strictement aux dates de créations des divers régiments et s’il avait opéré la distinction entre régiment de cavalerie devenus ultérieurement régiments de dragons et régiments de dragons proprement dits depuis l’origine, ce régiment devrait porter le numéro 1. En effet, il est l’héritier du régiment de dragons Colonel Général, lui-même héritier des Dragons étrangers du Roi créés en 1656. L’affaire est assez complexe et nous allons tâcher de la schématiser le plus proprement possible. En 1651, le maréchal de La Ferté avait levé en Alsace et en Lorraine un régiment de dragons sur le modèle de ceux de Gustave-Adolphe. Les compagnies de ce régiment furent incorporées en septembre 1660 dans le régiment levé en 1656 et portant le nom de Dragons étrangers du Roi et dont Antoine-Nompar de Caumont de Puyguilhem (le futur duc de Lauzun) était mestre de camp-lieutenant depuis 1658. En 1668, on décida de faire de ces 22 compagnies deux régiments de dragons de 16 compagnies de 60 hommes chacun. Puyguilhem était un ami personnel de Louis XIV et le roi le nomma colonel général des dragons en lui donnant un de ces deux régiments, se réservant l’autre qui devint Royal-Dragons. Le régi148

ment de Puyguilhem prit logiquement le nom de Colonel Général qu’il garda même quand Puyguilhem en fut privé en 1669 pour être remplacé par le marquis de Rannes. Mais Colonel Général-dragons pourrait revendiquer une origine plus ancienne encore puisque, lors de sa création, il incorpora les deux compagnies subsistant des carabins d’Arnaud de Corbeville créés en 1622. Colonel Général participa avec honneur aux combats de la guerre de Hollande, à Seneffe notamment où, à lui seul, il chargea l’ennemi à deux reprises pour aboutir à le rompre. En 1688, quand éclate la guerre de Ligue d’Augsbourg, il est envoyé en Flandre puis en 1692-1693 en Allemagne et, enfin, à nouveau en Flandre. Son mestre de camp SaintFlorentin se fit tuer à la bataille de Steenkerque et son successeur, SaintMars à celle de Neerwinden. Le régiment termine cette guerre par le siège d’Ath. La guerre de Succession d’Espagne le voit en Flandre, à Brisach, à Landau, à Spire. Il est avec Villars en Flandre en 1708 et subit avec lui le revers de Malplaquet. En 1741, il était à Sedan quand il fut commandé en Westphalie où il passa l’hiver et, au mois d’août suivant, se porta sur les confins de la Bohême. Il était embrigadé avec ChabotDragons quand il surprit un parti d’Impériaux qui avaient franchi le Rhin et qui marchaient sur Rheinweiler et les détruisit entièrement. Toujours sur le Rhin en 1745, il est l’année suivante transféré en Flandre (prises de Bruxelles, Namur, Charleroi, bataille de Rocourt, prise de l’Ecluse, du Sas de Gand, du fort Philippine, du fort d’Hulst, bataille de Lafelt, siège de Bergen-op-Zoom et enfin, siège de Maastricht). Engagé en Allemagne au début de la guerre de Sept Ans (bataille de Krefeld), il est ensuite commis à la surveillance de la côte de Saintonge. En 1776, il incorpore le 1er escadron de chasseurs de la Légion royale. La loi de 1791 lui donne le numéro 5 dans l’arme des dragons et le régiment fait les deux premières campagnes de la Révolution à l’armée du Nord (Valmy, Jemmapes, Neerwinden). En 1794 et 1795, à l’armée de Sambre-et-Meuse. En 1796, il est à l’armée d’Italie sous le commandement du colonel Milhaud. Le 9 janvier, Louis Bonaparte, le jeune frère du Premier consul, en reçoit le commandement qu’il voulut garder jusqu’en 1803, malgré le fait qu’il était passé général de brigade. En 1804, le 5e 149

dragons est incorporé dans le 2e corps de réserve de cavalerie de la grande armée ; en 1806, au 4e corps de cavalerie et en 1807, au corps d’observation de la Gironde ; de 1808 à 1813, presque constamment en Espagne et au Portugal. Le régiment fut ensuite affecté à la garnison de Dantzig tandis que ses escadrons de dépôt participaient à la campagne de France (Brienne, Vauchamps, Braisnes, Châlons, Craonne, Laon, Reims, La Fère-Champenoise, Paris). Le 25 avril 1814, le régiment reçut le numéro 3 avec le titre de Dauphin. Les Cent-Jours lui rendirent son numéro 5. Sous le commandement du colonel Canevas Saint-Amand, ses 41 officiers et 465 cavaliers firent la campagne de Belgique dans la brigade du général Burthe avec le 13e dragons, dans la 9e division de cavalerie (Strolz) dans le 2e corps de cavalerie du général Exelmans. Engagé à Ligny, il voit le chef d’escadron Letellier blessé – qui sera blessé à nouveau le 1er juillet lors d’un combat à Versailles – ainsi que 2 capitaines, 1 lieutenant et 3 sous-lieutenants. Deux jours plus tard, il participe à la bataille de Wavre : un souslieutenant tombé à l’ennemi, un capitaine blessé et un sous-lieutenant blessé. Dissous en 1815, son dépôt entra dans la composition du régiment des Dragons de la Garonne, lequel recevra ultérieurement le n° 3. 6e dragons Voici l’un des quatre régiments de dragons mis sur pied par l’ordonnance du 14 septembre 1673. Son premier mestre de camp était le chevalier d’Hocquincourt qui fut tué à sa tête à Gamshürst en 1675.Le régiment fut alors « repris » par le roi qui le donna à la reine : La ReineDragons fut complété à 12 compagnies de 60 hommes chacun au moyen de compagnie tirées de Royal et de Colonel Général. Avec Turenne en Alsace et en Allemagne de 1674 à 1679. En 1688, à l’armée du Rhin : en 1690, en Flandre. En 1701, à l’armée du Rhin, de 1707 à 1712, à l’armée de Flandre, puis en 1713, en Allemagne. En 1733, en Italie. En 1741, à l’armée de Westphalie. En 1744, en Italie et en 1745, à nouveau en Allemagne. En 1747, sur les côtes de Normandie.

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La loi de 1791 lui accorde le sixième rang dans l’arme et il participe aux trois premières campagnes de la République en Belgique. Le colonel Vincent prit sa tête le 6 mai 1794 ; six jours plus tard, il était tué près de Courtrai. A Rastadt et à Marengo. Resté en Italie après la paix d’Amiens, le 6e dragons rentra en France en 1803 et fit partie de la grande armée de 1805 à 1808 (Autriche, Prusse et Pologne). En 1809, le 6 e dragons passe à l’armée d’Espagne ; de 1810 à 1813, il est au Portugal. Fin 1813, il est au corps d’observation de Bavière. Il fait la campagne de France avec le 5 e corps de cavalerie. A la première Restauration, le régiment prend le numéro 4 et le nom de Dragons de Monsieur. Napoléon lui rend son numéro 6 en 1815. Il retrouve alors son ancien chef de corps, le colonel Mugnier. Le 26 mars, le 6e dragons est affecté à la division de cavalerie du corps d’observation destiné à se constituer à Thionville sous le commandement du général Gérard. Depuis mars, la cavalerie légère – et trois régiments de dragons – avait été organisée en divisions affectées à un corps d’armée : le 1er corps en avait deux, le 2e trois, le 3e, le 4e et le 5e une chacun. La division affectée au 4e corps de la Moselle (Gérard) était composée des 6e et 16e dragons et portait le numéro 7. Le 3 juin, Napoléon ordonna une réorganisation de fonds de la cavalerie : il s’agissait essentiellement de ne laisser dans chaque corps d’armée qu’une seule division de cavalerie légère, les autres (4e et 5e divisions) allant constituer un corps de réserve placée sous le commandement du maréchal Grouchy51. Cette réorganisation reçut application le 4 juin 1815.La division de cavalerie du 4e corps prit donc le numéro 6. C’est donc dans cette 6e division de cavalerie (Maurin) que se retrouve le 6e dragons où il fait brigade avec le 16e dragons sous le commandement du général Berruyer. Il compte 40 officiers et 448 hommes. Le sous-lieutenant Niay est blessé à Charleroi lors de la traversée de la Sambre le 15 juin 1815. A Ligny, le 6e dragons perd un capitaine et un sous-lieutenant, tués, 2 capitaines, un lieutenant et 4 souslieutenants blessés.
Nous donnons en annexe un tableau reprenant les transferts opérés à l’occasion de cette réorganisation.
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Dissous en septembre 1815, il verse son dépôt dans celui du régiment de dragons du Calvados nouvellement constitué, lequel, en 1825 deviendra le 1er dragons. Celui-ci serait donc le seul habilité à se réclamer des traditions de La Reine-dragons. Plusieurs autres régiments de dragons porteront le numéro 6 au cours des temps pour être dissous à chaque fois. Le dernier de ces régiments fut créé en 1964 et reçut les effectifs et les traditions du 3e régiment de Spahis Algériens. En 1992, cette unité était dissoute à son tour. 7e dragons Créé en 1673 à Tournai par le marquis de Sauveboeuf, ce régiment a été repris par le roi en 1675 qui l’a attribué au Dauphin, suite à la mort au combat de son créateur. En 1673, il inaugurait ses exploits par la prise du château de Sarrebourg. Il participe à la guerre de Hollande. Se place ici un incident rare : après la campagne de 1674, le régiment était cantonné près de Rodemack (dans l’actuel département de la Moselle) lorsqu’il fut surpris dans ses quartiers. Le lieutenant-colonel de Beuzelet fait rapidement monter ses dragons à cheval, repousse l’ennemi, délivre les prisonniers qu’il lui avait fait, le poursuit et lui enlève deux étendards et deux paires de timbales. La guerre de la Ligue d’Augsbourg le voit à Walcourt, à Leuze, à Steenkerque et à Heidelberg. Il fait partie de la garnison assiégée de Namur en 1695. Son chef de corps, le comte d’Albert, était à Paris quand il apprend que la place est assiégée. Aussitôt, il monte vers Dinant et se déguise en batelier pour rejoindre Namur. Il franchit les lignes de l’ennemi et plonge dans la Meuse qu’il traverse à la nage pour retrouver ses dragons à la tête desquels il combat courageusement. En 1699, il se prend de querelle avec un autre jeune officier et le provoque en duel. C’est ce que le roi ne pourrait tolérer : il intime l’ordre à d’Albert de se constituer prisonnier à la Conciergerie. Le jeune comte s’y refuse absolument. Et pour échapper à la colère royale, il s’enfuit en Bavière. Il faut dire qu’il avait épousé quelque temps auparavant la maîtresse de l’Electeur de Bavière, Mlle de Montigny. Son frère, le duc de Chevreuse, et sa belle-sœur, la fille de Colbert, avaient beau être très bien en cour, ils étaient indignés par l’attitude de leur parent et n’intervinrent que faiblement en sa faveur. Le 152

comte d’Albert entra au service impérial et, à sa mort, il était prince de Grimbergen et du Saint-Empire, conseiller d’État de l’Empereur, feldmaréchal de Sa Majesté impériale, colonel de ses gardes, etc., etc.52 Bien entendu, le commandement de Dauphin-dragons lui avait été retiré pour être confié à César de Brouilly, marquis de Wartigny. La guerre de Succession d’Espagne voit Dauphin-dragons d’abord en Flandre, puis en Italie et notamment, en 1702, à Luzzara où le régiment charge à pied et décide du succès de la journée. Cette bataille lui a coûté très cher puisque tous ses capitaines et 300 dragons y furent tués. Il n’en revint que 18 officiers… Pendant la guerre de succession de Pologne, Dauphin-dragons servit encore en Italie ; on le retrouve notamment à la bataille de Guastalla. La guerre de Succession d’Autriche l’emmène en Bohême où il prend part à la défense de Prague. En 1744, il est en Flandre et l’année suivante, il rallie l’armée des Alpes. Durant les trois premières campagnes de la guerre de Sept Ans, il est affecté à la surveillance des côtes de Guyenne ; les deux campagnes suivantes le voient à Dunkerque et à Bergues. En 1761, il est en Allemagne ; il combat à Hohenkirchen où il fait une centaine de prisonniers alors qu’il couvre la retraite. Le Dauphin est en garnison à Stenay quand, en 1774, il incorpore le 2 e escadron de chasseurs de la Légion de Flandre. En 1791, il prend le titre de 7e régiment de dragons. De 1792 à 1794, successivement aux armées des Ardennes, du Nord et du Rhin et se distingue à la bataille de Jemmapes. Puis aux armées de Sambre-et-Meuse et de l’Ouest. En Allemagne en 1797 avec le général Hoche. Il est à la bataille de Marengo et reste en Italie jusqu’en 1809, date à laquelle il part en Hongrie avec le prince Eugène. En 1812, en Russie ; en 1813, en Saxe. En 1814, il est au 1er corps de cavalerie pendant la campagne de France : La Rothière, Magdebourg, Vauchamps, La FèreChampenoise, Paris.

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Ernest Bertin – Les mariages dans l’ancienne société française – Paris, Hachette, 1879, p. 223

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Le régiment changea de titre en 1814 pour devenir le régiment de Dragons d’Angoulême avec le numéro 5 et recueillit les deux derniers escadrons du 28e dragons (jadis 7e bis de hussards). La campagne de Belgique le voit incorporé à l’armée du Nord dans le 3e corps de cavalerie du général Kellermann, dans la 1ère brigade du général Picquet avec le 2e dragons. Sous le commandement du colonel Léopold, il comptait alors 41 officiers et 475 hommes. Arrivé trop tard pour participer aux combats des Quatre-Bras, le 7e dragons fut posté, deux jours plus tard, sur la gauche de la chaussée de Charleroi et resta en réserve jusque vers 17.00 hrs quand il fut envoyé à l’assaut de la ligne alliée pour soutenir le 4e corps de réserve de cavalerie. Cette action eut le résultat que l’on sait malgré le fait que le 7e dragons y combattit avec ardeur, le nombre de ses officiers touchés en témoigne : le lieutenant Houry tué, le colonel Léopold blessé, le chef d’escadron Lerminier blessé, 4 capitaines blessés, 3 lieutenants blessés, 5 sous-lieutenants blessés… Le 7e dragons a été licencié à l’armée de la Loire et son fond est entré en 1816 dans la composition du régiment de dragons de la Manche, lequel devint en 1825, le 7e régiment de cuirassiers, de telle sorte que c’est légitimement que le 7e cuirassiers dissous en 1962 aurait pu revendiquer les traditions de Dauphin-dragons. Il n’en a jamais rien fait. (8e dragons) Ce régiment ayant été transformé en 3e Chevau-légers lanciers en 1811, c’est sous cette rubrique que nous l’évoquons. (9e dragons) Comme le précédent, ce régiment fut transformé en 1811 en 4e Chevauléger lanciers. (10e dragons) Devenu en 1811, le 5e Chevau-légers lanciers. (11e dragons) Ce régiment de dragons fut créé en 1674 à Tournai par M. de SaintSandoux dont il porta d’abord le nom. N’ayant pas combattu en Belgique en 1815, mais en Alsace dans le 6e corps de cavalerie, nous nous 154

contenterons de retenir qu’il a participé à toutes les campagnes menées par la France sous plusieurs dénominations différentes avant d’être donné en 1788 à Louis-Antoine, duc d’Angoulême, fils du futur Charles X. Devenu 11e dragons en 1791, il est réorganisé en 1814 avec le numéro 6 et le titre de dragons de Berry tout en incorporant les 3e et 4e escadrons du 21e dragons et les deux premiers escadrons du 28e dragons. Il combat autour de Strasbourg du 14 juin au 9 juillet 1815, y perdant 3 officiers. Licencié à l’armée de la Loire, il verse son dépôt dans celui du nouveau 6e régiment de dragons de la Loire. 12e dragons Créé le 5 février 1675 par le marquis de La Bretesche, ce régiment était composé en grande partie de volontaires de compagnies franches levées en principauté de Liège, par autorisation exceptionnelle de Son Altesse Sérénissime le prince Maximilien-Henri de Bavière, prince et évêque de Liège. M. de La Bretesche était un officier « spécialisé » dans la petite guerre, ainsi qu’on appelait alors la guerre de partisans. Aussi, jusqu’à la paix de Nimègue, son régiment fait-il la guérilla le long de la Sarre et de la Meuse, menant des expéditions périlleuses sur l’une ou l’autre ville de la région. En 1689 – il s’appelle alors Caylus – il participe aux opérations de l’armée de Flandre et combat à Walcourt où il perd quatre officiers. En 1692, il participe à la prise de Namur et à la victoire de Steenkerque. En 1695, il est dans la garnison assiégée de Namur. Au début de la guerre de Succession d’Espagne, sous le nom de Lautrec, il est en Italie et se distingue notamment à Montechiaro quand il passe le Pô à la nage et s’en va culbuter la cavalerie impériale, lui enlevant deux paires de timbales. En 1719, il est en Espagne et contribue aux prises de Fontarabie, de Saint-Sébastien, d’Urgel et de Roses. En 1734, sous le nom d’Harcourt, il participe à la prise de Trêves. En 1742, il est en Bavière et sur la frontière de la Bohême. En 1745, deux de ses escadrons appartiennent à l’armée de Flandre, tandis que les autres sont employés à la défense de l’Alsace. En 1746, le régiment est réuni au complet des les PaysBas : Mons, Saint-Ghislain, Charleroi, Namur, Lafelt, Bergen-op-Zoom, Maastricht. Au début de la guerre de Sept Ans, il est embrigadé avec Le 155

Roi-dragons. Il est réorganisé à Maubeuge en 1763 – son nom est alors Coigny – il est donné au jeune comte d’Artois en 1774, prend le 8e rang de l’arme et le nom Artois. Il est à Metz quand la loi de 1791 le désigne comme 12e régiment de dragons. De 1792 à 1794, dans l’armée du Nord et de 1795 à 1797, successivement aux armées de Sambre-et-Meuse, de l’Ouest et de Mayence. Fin 1797, le 21e dragons – qui avait été créé en 1793 – lui est incorporé. En Italie en 1798 et 1799, puis en Allemagne. Partie de la Grande Armée, il fait les campagnes d’Autriche, de Prusse et de Pologne. En 1808, il est envoyé en Espagne jusqu’en 1813. Après avoir partie de la garnison de Dantzig, il participe à la campagne de France de 1814. Le 26 août 1814, il devient le régiment de Dragons d’Orléans n° 7 pour reprendre le numéro 12 le 1er mai 1815. Dans l’armée du Nord, il est embrigadé avec le 14e dragons sous le général baron de Bonnemains dans la 10e division de cavalerie, elle-même partie du 2e corps de réserve de cavalerie du général Exelmans. A Ligny, il est lourdement impliqué à l’aile droite et perd le chef d’escadron Gorius qui mourra de ses blessures le 7 juillet 1815. Deux capitaines, deux lieutenants et quatre sous-lieutenants y furent blessés. Le 17 juin, Napoléon affecte le corps d’Exelmans à l’aile droite qu’il confie au maréchal Grouchy. Le soir et une grande partie de la nuit, la brigade Bonnemains cherchera les Prussiens en retraite, observera le corps de Bülow qu’il prendra erronément pour ceux-ci, le laissant filer pour ne les trouver que le lendemain à Wavre. Licencié le 11 décembre 1815, son dépôt servit à la formation des Dragons de la Seine n° 10, lequel deviendra le 10e régiment de cuirassiers en 1825. 13e dragons L’histoire de ce régiment de dragons est assez difficile à retracer. Nous savons avec certitude que le 20 mai 1774, il prit le nom de Dragons de Monsieur. C’est logique dans la mesure où le régiment appartenait au comte de Provence (le futur Louis XVIII) depuis le 21 février 1774. Or le comte de Provence prit le titre de Monsieur, réservé au frère aîné du roi, lorsque Louis XVI monta sur le trône. Nous savons aussi que le corps, 156

avant d’être au comte de Provence, appartenait au chevalier de Montécler depuis 1763, au comte de Chabrillant depuis 1761, au marquis de Marboeuf depuis 1753, au comte d’Egmont depuis 1744 et au chevalier de Mailly-Rubempré53 depuis 1740. On sait aussi qu’en 1724, le régiment était devenu propriété de la maison de Condé, portant successivement les noms de Condé et de Bourbon jusqu’à la mort, le 21 février 1740, de Louis-Henri de Bourbon – le père du duc d’Enghien, fusillé en 1804 à Vincennes. Donc, pas de souci : c’est bien le régiment qui, auparavant, en remontant dans le temps, s’était appelé Goësbriant, Châtillon, Tilladet, du Cayla et Fimarcon. Or, nous savons qu’un chevalier de Fimarcon a été tué à la tête de son régiment de dragons lors de la bataille de SaintDenis (non loin de Mons) le 1er ou le 2 août 1678. Nous rencontrons un régiment de dragons nommé Fimarcon qui a été levé en 1673. On serait donc tenté de croire que les dragons de Monsieur sont les héritiers de ce dernier régiment. Or il n’en est rien. La nouvelle de la victoire de SaintDenis et la mort du chevalier de Fimarcon fut apportée à Versailles par le marquis de Barbezières, lui-même propriétaire d’un régiment de dragons. Louis XIV, soucieux d’honorer le porteur de la bonne nouvelle, demanda quelle faveur il pourrait accorder au marquis. Celui-ci, considérant que le régiment Fimarcon-dragons était plus ancien et mieux constitué que le sien demanda à en devenir propriétaire. Le roi accepta, à la condition que le régiment de Barbezières soit cédé au jeune chevalier de Fimarcon qui n’avait pas à subir les conséquences de la mort de son père. De telle sorte que Fimarcon-dragons devenait Barbezières-dragons alors que Barbezières-dragons devint Fimarcon-dragons. Le nouveau Barbezières-dragons deviendra le régiment de dragons d’Aubigné. C’est donc bien Barbezières-dragons qui est l’ancêtre du 13e dragons… Le régiment avait été créé en 1676 par Charles-Louis de Chémerault, marquis de Barbezières. C’est cette histoire qui a rendu la tâche des historiens et

François de Mailly-Rubempré était chevalier de l’Ordre de Malte. Il y a une certaine perfidie chez les historiens qui laissent entendre qu’il n’aurait dû son régiment de dragons qu’à la faveur dont jouissait la famille de Mailly auprès de Louis XV à cette époque. Il est vrai que le roi eut successivement pour maîtresses les trois filles de Louis (III) de Mailly, marquis de Nesles. Mais ces trois charmantes jeunes filles, dont Nattier a laissé de beaux portraits, étaient des cousines assez éloignées du mestre de camp de Mailly-dragons.
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celle du législateur de 1791 un peu plus difficile et qui explique que le 13e dragons est passé devant le 14e, pourtant son aîné de quatre ans. Quelque soit le nom qu’il ait porté, ce régiment combattit sur le Rhin, en Italie puis en Flandre (Steenkerque où le marquis de Fimarcon, son mestre de camp fut tué, Neerwinden). Sous le commandement du frère du colonel tué à l’ennemi, Jacques de Cassagnet de Tilladet, marquis de Firmacon, il participe au siège de Bruxelles (1695). En 1701, on le retrouve en Italie dans l’armée de Catinat, puis dans celle de Vendôme. Il participe aux opérations des Cévennes contre les Camisards (1703) puis retourne en Italie où il reste jusque 1713 quand il est versé dans l’armée de Villars en Allemagne. En Espagne en 1719. En 1743, il est en Allemagne et participe à la bataille de Dettingen. Il est à Fontenoy et à Rocourt. Deux de ses escadrons participent aux opérations en Allemagne en 1758, tandis que les autres surveillent les côtes bretonnes menacées par les Anglais. C’est ainsi qu’il rejette à la mer un corps anglais qui avait débarqué à Saint-Cast. En 1759, il fait partie des troupes retenues pour participer à une expédition projetée en Ecosse. Cette opération ayant été annulée, il continue à tenir garnison en Bretagne, sauf deux escadrons qui guerroient en Allemagne. Réuni à Pontivy, il y est réorganisé en 1763. En 1791, le régiment devient le 13e régiment de dragons et sous ce numéro qu’il participe à la répression des troubles de la garnison de Nancy en 1791. On le retrouve à Valmy et à Jemmapes, dans l’Ouest puis en Allemagne et en Suisse. Il a fait les campagnes d’Autriche (Austerlitz), de Prusse et de Pologne et, en 1808, est envoyé en Espagne et au Portugal. En juin 1812, en quittant Madrid, il mit son aigle à l’abri au fort de Retiro. Quand, quelques jours après, la place se rendit, l’aigle tomba aux mains des Britanniques. En 1814, il reçoit le numéro 8 mais les Cent-Jours lui rendent son numéro 13 sous lequel il combat en Belgique dans le 2e corps de cavalerie de réserve de Kellermann. Sous le commandement du colonel Saviot, il comptait alors 35 officiers et 389 hommes, dans la brigade du général baron Burthe (9e division Strolz). Le 16 juin, chargé d’empêcher les Prussiens de déboucher de Tongrinelle, il opérait à la droite de l’armée française et s’empara de trois pièces d’artillerie. Le 17 juin, il fut affecté au corps de 158

Grouchy chargé de retrouver les Prussiens en retraite après Ligny. Le régiment ne les retrouva que le 18 juin et les chargea à Wavre d’où quatre officiers blessés. Le régiment fut dissous en 1815. Chose surprenante, on ignore totalement à qui fut affecté son dépôt mais il est vraisemblable que ce fut à celui des dragons du Rhône (n° 8) qui devint en 1825 le 8e régiment de cuirassiers. L’actuel (et très efficace) 13e régiment de dragons parachutistes qui montre ses prestigieux bérets rouges sur tous les théâtres d’opération de l’armée française – aussi bien en Afghanistan qu’en Côte d’Ivoire ou à Haïti – ne se rattache donc en rien aux vieux dragons de Monsieur. 14e dragons Le marquis de Seyssac, le 3 mars 1672, reçut commission de créer un régiment de cavalerie. En 1675, le marquis de Seyssac – il s’agit du futur maréchal de Villeroy – obtint le commandement du régiment d’Humières et Seyssac-cavalerie passa dans la famille Vassinhac d’Imécourt dont trois représentants furent mestres de camp jusqu’en 1702. Durant cette période, ce régiment de cavalerie combattit sur tous les théâtres d’Allemagne et de Flandre. Comme tous les autres régiments de cavalerie, il avait été réduit à sa compagnie mestre de camp en 1679, mais rétabli en 1688. La guerre de la Ligue d’Augsbourg le voit combattre à Mons, sur la Moselle, à Namur, à Steenkerque, puis à Neerwinden et sur la Meuse. Au début de la guerre d’Espagne, il est en Allemagne, puis l’année suivante en Italie. En 1702, il passe sous le commandement du marquis de Montauban (un membre de l’illustre famille de la Tour du Pin) puis sous celui du marquis de Forbin. Sous ces noms, il combat en Italie et en Provence. En 1708, le marquis de Chépy (apparenté au marquis de Gribeauval) prend son commandement, puis le cède à son fils en 1728 tout en conservant le commandement d’une de ses compagnies avec lequel il combat en Italie. Quand la guerre de Succession d’Autriche éclate, Chépy-cavalerie est envoyé à l’armée de Bavière. En 1743, il est en Haute-Alsace et sur la Moselle. L’année d’après, il devient Bellefonds-cavalerie, revient sur la Sarre. Il combat à Rocourt et à Lafelt et, enfin, en 1748 au siège de Maastricht. Lors de la guerre de Sept Ans, en 1757, il combat à Hastenbeck, au bord de la Weser, et participe ainsi à 159

la mainmise française sur le Hanovre. Le 7 mai 1758, le régiment est donné au duc de Chartres (le futur Philippe-Egalité) qui n’a alors que 11 ans. Le commandement effectif est alors assuré par le chevalier de Durfort-Rosine, puis par le vicomte de Durfort-Boissière. C’est donc sous le nom de Chartres-cavalerie que le régiment combat en Allemagne jusqu’au printemps 1761. Réorganisé en 1763, comme tous les régiments de cavalerie, il est en garnison à Commercy quand il est transformé en régiment de dragons le 25 mars 1776 et qu’il prend le 10e rang de cette arme en fonction de la position de son propriétaire dont il conserve d’ailleurs le nom : Chartres-dragons. Dernier avatar : Chartres-dragon devient le 14e régiment de dragons en application de la loi de 1791. Dans l’armée du Nord, puis à l’armée de Moselle, il prend une part importante à la bataille de Woerth. On raconte que, voyant faiblir l’armée française qu’il commandait, le général Hoche pour soutenir le moral de ses troupes qui combattaient dans des conditions climatiques épouvantables et qui avaient à faire face au feu d’une redoute garnie de 20 pièces d’artillerie, parcourut les rangs en hurlant qu’il donnerait 600 livres pour chaque pièce qu’on lui ramènerait. Le 14e dragons s’empara de quatre pièces et le général qui tenait scrupuleusement ses comptes lui octroya la somme de 2 400 livres… sur le compte du Trésor public. De 1795 à 1797, il est sur la Sambre et sur la Meuse. Il participa à la campagne d’Egypte et se distingua à la bataille d’Aboukir où il perdit son brigadier, le général Duvivier. Participant à l’armée d’invasion de l’Angleterre, le régiment est stationné à Beauvais ; de 1805 à 1809, il est intégré à la Grande Armée (Autriche, Prusse, Pologne). De 1810 à 1813 en Espagne et en 1814, à la campagne de France. La Restauration lui donna le numéro 9, le 10 août 1814, mais aux Centjours, il récupéra son numéro 14. Composé de 34 officiers et 339 dragons et commandé par le colonel Séguier, le 14e appartenait à la brigade Berton de la 10e division de cavalerie du général baron Chastel (2e corps de cavalerie d’Exelmans). Engagé à Ligny, il y perdit deux officiers morts des suites de leurs blessures et trois blessés qui survécurent. Parti dès le 17 au matin, la brigade Berton s’engagea sur la route de Namur et arrivé sur les bords de l’Orneau, apprit de la bouche de paysans rencontrés en 160

chemin que les Prussiens s’étaient dirigés vers Gembloux54. Après avoir rendu compte, Berton reçut l’ordre de se porter vers Gembloux dans les environs duquel il arriva, d’après lui, vers 09.00 hrs. Il put observer le corps de Thielmann bivouaqué qu’il prit d’ailleurs pour le corps de Bülow et, vers 14.00 hrs, vit le 3e corps prussien lever le bivouac. La brigade ne fournit plus rien de concret durant le restant de la journée, se mit au bivouac pour ne repartir que le 18 au petit matin quand, par Walhain, il ouvrit la route du détachement de Grouchy pour finir par se porter vers Dion-le-Mont avant d’être rappelé vers la droite et en arrière du corps du général Vandamme. Il ne passa la Dyle que le lendemain par Limal. Le 19, le corps d’Exelmans se dirigera vers Namur afin de s’y assurer du pont sur la Sambre. Il y arrivera vers 16.00 hrs. Dissous en 1815, il disparaît purement et simplement. On ne sait pas à qui son dépôt fut versé mais le général Susane pense qu’il est possible que ce soit au 9e dragons de la Saône, constitué à Nancy le 6 mai 1816 et qui, en 1825, devint le 9e cuirassiers. 15e dragons Ce régiment a appartenu pendant une petite centaine d’année à la cavalerie légère avant de devenir un régiment de dragons mais il a toujours porté le nom de Noailles, du fait que cette grande famille en a toujours conservé la mestrise de camp jusqu’en 1788. Fondé en application d’une ordonnance du 20 décembre 1688 par le duc (Anne-Jules) de Noailles, on le rencontre pour la première fois sur les théâtres d’opération de la guerre de la Ligue d’Augsbourg. Noaillescavalerie combattit à Fleurus (1690) avant de passer en Allemagne puis de revenir en Flandre où il participe aux sièges de Charleroi et de Namur. Il combat à Steenkerque.
Le général Berton prétend que ces paysans lui avaient indiqués que les Prussiens avaient pris la direction de Wavre. La chose est absolument impossible. En effet, si les paysans qui se promenaient dans ces parages avaient éventuellement pu voir le 3 e corps prussien se retirer vers Gembloux, ils ne pouvaient absolument pas en déduire qu’il avait pris la route de Wavre et ce, pour deux bonnes raisons : 1° : le 3e corps fit une longue halte immédiatement au nord de Gembloux de là, il pouvait aussi bien marcher sur Hannut et Liège que sur Wavre ou toute autre point situé entre Wavre et Hannut. 2° : Le mouvement des 1er et 2e corps prussiens vers Wavre par Tilly ne pouvait absolument pas être vu par des civils qui se trouvaient à plus de 10 km à l’est de l’axe de ce mouvement. (Général Berton – Précis historique, militaire et critique des batailles de Fleurus et de Waterloo…– Paris, Delaunay, Pélicier, Eymery, etc. 1818, p. 47.)
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En 1693, il passe dans le Roussillon ; en 1695, de retour dans les Flandres, il passe dans l’armée du duc de Boufflers. En 1701, il participe à l’occupation des Pays-Bas espagnols ; l’année suivante, sur le Rhin avec le maréchal de Villars. En 1703, à Brisach et Landau ainsi qu’à la bataille de Spire et à celle d’Höchstädt. En Catalogne de 1705 à 1714, sauf en 1709 où on le trouve engagé au Palatinat. De 1733 à 1735, il combat sur le Rhin. En 1742, à l’armée de Bavière. Rentré en France en 1743, il fait partie de l’armée de l’armée du Mein et subit avec elle le désastre de Dettingen. En 1744, il est en Flandre (sièges d’Ypres, de Menin et de Furnes) puis en Alsace. En 1745, à nouveau en Flandre (Fontenoy, Tournai, Audenarde) puis, en 1748, à la bataille de Lafelt et au siège de Maastricht. A la paix, stationné dans plusieurs garnisons du nord de la France. En 1757, il rejoint l’armée du Hanovre et opère en Allemagne jusqu’en 1761. Réorganisé le 28 mars 1763, et toujours aux mains de la famille de Noailles, en la personne du duc d’Ayen, il est en garnison dans le nord de la France (Maubeuge, Arras, Hesdin, etc.) C’est alors qu’il est en garnison à Metz qu’il est transformé en régiment de dragons avec le numéro 23 de l’arme et qu’il incorpore le 3e escadron de chasseurs de la Légion du Dauphiné. La loi de 1791 le classe au 15e rang des régiments de dragons et c’est sous ce numéro que le régiment fait les deux premières campagnes de la Révolution sur les Alpes et en Italie, sous le commandement des colonels La Barre et Montarnail, ce dernier guillotiné à Grenoble sous la Terreur. En 1794, le 15e dragons fait partie de l’Armée des Pyrénées orientales. En 1796 et 1797, avec le général Bonaparte en Italie (Lonato, Arcole, Cerea). Toujours avec Bonaparte, en Egypte. Rentré en France dans un assez triste état, il est remis à l’ordonnance à Montélimar puis transféré à Versailles. En 1804, à l’Armée des Côtes-de-l’Océan et l’année suivante dans la grande armée (campagnes d’Autriche, de Prusse et de Pologne). En 1808, le 15e dragons appartient au corps d’observation de la Gironde qui devient l’armée du Portugal et sert donc dans la Péninsule jusqu’en 1813 (Luga, Alba de Tormès, Vitoria, Ciudad-Rodrigo) En Saxe (Leipzig) ; campagne de France (Brienne, La Chaussée, Saint-Dizier). 162

En 1814, la réorganisation du corps des dragons lui donne le numéro 10 mais il retrouve son numéro 15 lors du retour de Napoléon de l’île d’Elbe. Il a fait la campagne de Belgique sous le commandement du colonel Chaillot. Il était alors embrigadé, sous le général Vincent, avec le 20e dragons dans la 9e division de cavalerie du général Strolz du 2e corps du général Exelmans. Il comptait alors 34 officiers et 381 cavaliers en 4 escadrons. Dès le soir du 15 juin 1815, le 15e dragons escarmouchait devant Fleurus contraignant le 1er corps prussien à se retirer derrière cette ville. Peu engagé à Ligny, il fut le lendemain affecté à l’aile droite de l’armée commandée par le maréchal Grouchy. Le 18 au matin, il était à l’avant-garde de cette aile marchant vers Wavre quand, ayant atteint La Baraque, un de ses escadrons est envoyé en détachement à Blocry. C’est alors qu’il est arrêté à Blocry que la brigade Vincent laisse échapper le lieutenant-colonel Ledebur (Le 10e régiment de Hussards, 2 bataillons détachés de la 16e brigade (1/1 Landwehr Silésie et 3/2 Landwehr Silésie) et 2 pièces de la batterie à cheval n° 1) qui arrive à passer sans être aperçu entre le Biéreau et Blocry pour gagner Lauzelle où il est recueilli par les deux bataillons prussiens de Brause et de Reckow. Le 15e dragons a été dissous le 16 novembre 1815 à La Rochelle quoique son conseil d’administration ait subsisté jusqu’au 21 février 1816. Du fait de la proximité, Susane croit pouvoir émettre l’hypothèse que son effectif a servi à constituer le régiment des Dragons de la Gironde (n° 4) formé à Bordeaux mais il dit bien qu’il ne possède aucun renseignement certain sur la « destinée de ses débris ». En tout cas, ce qui est certain, c’est qu’aucun régiment postérieur à 1815 ne peut revendiquer une filiation avérée avec les Dragons de Noailles. Toutefois, Noailles-dragons est resté célèbre dans l’armée française pour de tout autres raisons que ses faits d’armes. La « Marche des dragons de Noailles » est en effet connue de tous les militaires français – en tout cas, ceux de l’arme blindée – qui en apprennent les paroles lors de leur instruction et qui leur sert de chanson de marche55.

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http://www.youtube.com/watch?v=r0Q6ZsdrEKE&feature=related

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On s’accorde à dire qu’il s’agit d’une composition de Lully, qu’elle date de 1678 et qu’elle un hommage au maréchal de Turenne. Ce serait bien intéressant si Noailles-cavalerie avait été créé avant 1688 et était devenu un régiment de dragons avant 1776… et si Noailles-dragons avait servi sous Turenne. Au reste, les paroles de cette chanson expriment assez clairement qu’il y a « erreur sur les personnes » : le 1er couplet dit Ils ont traversé le Rhin Avec Monsieur de Turenne Au son des fifres et tambourins Ils ont traversé le Rhin Or l’événement dont il est question doit être le passage du Rhin en 1674. Quatorze ans avant la création de Noailles-cavalerie ! Le 2e couplet, plus violent : Ils ont incendié Coblence, Les fiers dragons de Noailles, Et pillé le Palatinat. Ils ont incendié Coblence. Or c’est en juillet 1674 qu’a lieu l’épisode sinistre au cours duquel l’armée de Louis XIV se livra aux pires excès dans le malheureux Palatinat qui n’avait rien demandé à personne. On se demande donc ce qui valut aux dragons de Noailles la malchance de voir leur nom associé à l’un des plus sanglants et des plus indignes épisodes de l’histoire de l’armée française… 16e dragons C’est pour le Régent que son ami le comte de La Fare-Tornac mit sur pied Orléans-dragons. L’intention de Philippe d’Orléans était de donner un emploi aux nombreux officiers de dragons restés sur le carreau après les réformes consécutives à la paix de Rastadt. Composé à l’origine de 12 compagnies, on y incorpora six compagnies franches levées naguère pour combattre les faux-sauniers. Du fait du rang du prince, Orléansdragons prit la 6e place dans le rang des dragons. A la création du régiment du Roi, en 1744, il recula à la 7e place pour aboutir à la 9e en 1776, 164

lorsque l’on intercala entre Le Dauphin-dragons et lui, les régiments de Provence et d’Artois. En 1733, Orléans-dragons fit la guerre de Succession de Pologne sur le Rhin et, la paix revenue, fut mis en garnison à Nancy. Durant la guerre de Succession d’Autriche, on le rencontre en Westphalie, en Bohême et en Bavière. En 1746, il est en Flandre, participe aux sièges de SaintGhislain, de Mons, de Charleroi et de Namur, ainsi qu’à la bataille de Rocourt ; l’année suivante à Lafelt et en 1747 au siège de Maastricht. Il fait la guerre de Succession d’Autriche en Allemagne. Après que la loi de 1791 lui ait donné le numéro 16 du fait de sa création relativement récente, le régiment voit, en 1792, un de ses escadrons passer aux Antilles, tandis qu’un autre est à l’armée de Custine et un troisième à Saint-Germain. En 1793, il est porté à cinq escadrons par l’incorporation de compagnies de cavalerie de volontaires. Mais, l’année suivante, n’ayant pas donné satisfaction en Vendée, le 16e dragons est entièrement réorganisé par le Comité de Salut public qui l’envoie sur la Moselle. En 1795 et 1796, aux armées du Nord et de la Sambre-et-Meuse, en 1797 à l’armée de Mayence puis en Italie. En 1798, il participe aux expéditions de Rome et de Naples. En 1799, à l’armée d’Helvétie puis à l’armée gallo-batave. De 1805 à 1808, il fait avec la Grande Armée les campagnes d’Autriche, de Prusse et de Pologne. De 1808 à 1813, en Espagne (Ocaña, Vitoria). En 1813, on le retrouve en Allemagne avec le 3e corps d’armée. En 1814, il reçoit le numéro 11 mais récupère son numéro 16 aux CentJours. Durant la campagne de Belgique, placé sous le commandement du chef d’escadron Fortin et composé de 28 officiers et 298 cavaliers en 3 escadrons, il appartient à la brigade Berruyer de la 6e division de cavalerie du général Maurin laquelle constitue la cavalerie organique du 4 e corps du général Gérard. A Ligny, quatre de ses officiers sont blessés.56 Le 16e dragons a été définitivement licencié le 16 décembre 1815.

Digby-Smith (p. 250) donne 5 officiers blessés et le place dans erronément dans la 5 e division de réserve de cavalerie.
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17e dragons Voici un régiment qui, quoique de création récente, mérite qu’on s’y intéresse d’un peu plus près. Il est en effet à l’origine de beaucoup de particularités qui ont distingué les dragons des autres cavaliers de l’armée française. C’est en même temps qu’il recevait le bâton de maréchal de France que Maurice de Saxe reçut du roi l’autorisation de lever un corps de troupe sous le nom de Volontaires de Saxe. Recruté en grande partie en Allemagne et Pologne, le corps des Volontaire de Saxe comptait six brigades de 160 hommes chacune dont 80 uhlans et 80 pacolets. Le uhlan était, à l’origine, un gentilhomme polonais armé d’une lance et le pacolet, d’origine paysanne, armé d’une carabine, était l’acolyte du uhlan. On voit qu’on n’est pas trop loin de l’ancien système de la lance fournie avec son archer attaché à l’homme d’armes. Le uhlan des volontaires de Saxe était vêtu d’un habit vert, de bottes à la hongroise, d’un casque en « similor », c’est-à-dire fait d’un alliage de zinc et de laiton qui ressemble à de l’or, garni d’un turban de cuir de Russie et d’une mèche de crin de couleur variable selon les brigades. On voit donc se profiler très exactement la silhouette du dragon de l’Empire et aussi le système de pompons de couleurs différentes selon les escadrons ou les compagnies. Le uhlan était armé d’une lance de deux mètres environ, d’un sabre et d’un pistolet porté à la ceinture. Le pacolet avait également un habit vert, avec les parements, collet et revers « à la bavaroise », doublure écarlate. Leur casque, semblable à celui du uhlan portait un bandeau en peau de chien de mer. Ils étaient armés d’un fusil, d’un sabre et de deux pistolets. Après une période assez courte, les uhlans, de recrutement assez difficile, disparurent et les Volontaires se trouvèrent uniquement composés de pacolets qui prirent le nom de dragons, quoique n’appartenant pas officiellement au corps des dragons. Les Volontaires de Saxe ne quittèrent pas le maréchal durant les campagnes suivantes : en Souabe et en Bavière en 1743 et 1744, puis en Flandre jusqu’au traité d’Aix-la-Chapelle. Après avoir passé l’hiver de 1745, on les retrouve à Fontenoy, à Rocourt et à Lafelt. Après le siège de Maastricht, on les fit venir à Paris où leur curieux équipement suscita la 166

plus vive curiosité. Il faut dire que le maréchal de Saxe, qui avait des goûts quelque peu fastueux, avait voulu que sa garde personnelle soit uniquement composée d’une compagnie de cavaliers d’origine africaine montés sur de splendides chevaux blancs. En 1749, les Volontaires accompagnaient le maréchal de Saxe à Chambord. Le maréchal rendit le dernier soupir l’année suivante et le corps, réduit à 360 hommes, fut donné au comte de Friezen, qui en était le colonellieutenant, et prit son nom. Le 22 juin 1755, ils étaient donnés au comte Gottlieb-Louis de Schomberg, le petit fils du maréchal, et devinrent ainsi les Volontaires de Schomberg. Finalement, le 1er avril 1762, le corps augmenté de deux compagnies fut définitivement intégré dans l’arme des dragons avec le 17ème rang. En 1776, il incorpora le 4e escadrons de chasseurs de la Légion du Dauphiné mais fut rétrogradé au 24e rang, du fait de la transformation de plusieurs régiments de cavalerie en régiments de dragons. En 1788, à cause de la transformation de plusieurs régiments de dragons en régiments de chasseurs, Schomberg-dragons remonta au 18e rang, pour finir, grâce à la loi de 1791, par recevoir le numéro 17. Quand la guerre éclata en 1792, le dépôt du 17e dragons était à Tournai et le régiment appartenait à l’armée du Centre. Il se distingua à Valmy puis en Belgique jusqu’à la bataille de Neerwinden. En 1802, il est à Metz et, en 1804, à l’armée des Côtes-de-l’Océan. En 1805, il marche avec la grande armée dans le corps de Murat (Ulm, Austerlitz, Iéna, Friedland). En 1808, il est envoyé en Espagne où il reste jusqu’au début 1813 quand on l’envoie en Saxe. Après la bataille de Leipzig, une partie du régiment reste à Dantzig tandis qu’une autre partie fait la campagne de France. Après avoir brièvement porté le numéro 12 durant la première Restauration, le régiment reprend son numéro 17 en 1815. Commandé par le colonel Labiffe, le 17e dragons comptait 39 officiers et 287 hommes en trois escadrons. Il appartenait, avec le 14e dragons, à la brigade Berton, ellemême partie de la 10e division de cavalerie du général Chastel dans le 2e corps de cavalerie du général Exelmans. C’est avec ce corps qu’il combattit à Ligny où il perdit un lieutenant, tué, cinq lieutenants blessés et un 167

sous-lieutenant, blessé. Avec sa brigade, il vécut les jours suivant les péripéties que nous avons contées en parlant du 10e dragons. Le régiment fut dissous sur la Loire et on ignore à qui fut dévolu son dépôt. (18e dragons) Créé par l’ordonnance royale du 24 janvier 1744, le régiment du Roi est mis sur pied le 1er mars suivant par le comte de Creil, jusque-là souslieutenant de la Compagnie des Grenadiers de la Maison du Roi. Le Roidragons est donc le plus récent des régiments de dragons créé sous la Monarchie. Le régiment offre la particularité d’avoir été composé à l’origine de 15 compagnies tirées des 15 régiments de dragons existant alors. Ses guidons portaient donc la devise « Multorum virtus in uno » au lieu du traditionnel « Nec pluribus impar ». Engagé dès sa création dans la guerre de Succession d’Autriche avec l’armée de la Moselle, il passe l’hiver en Souabe, il reste sur le Rhin en 1745 ; en 1746, à l’armée de Flandre (Mons, Charleroi, Rocourt). En novembre de la même année, on le rencontre en Provence où il contribue à faire lever le siège d’Antibes et à repousser les Impériaux au-delà du Var. En 1747, à Valence puis à Briançon. La guerre de Succession d’Autriche le voit en Alsace, à Lyon, à SaintChamond, au Puy, au Vigan, puis à Neuss, dans l’armée du Bas-Rhin avec laquelle il participe à la prise des duchés de Gueldre et de Juliers, à la conquête de la Frise orientale… En décembre, il rejoint l’armée du Hanovre avec laquelle il subit le désastre de Krefeld en 1758. En novembre de cette année-là, il s’illustre en prenant seul la ville de Schwartzhausen et le château du Katze En 1759, à la bataille de Minden, en 1760, à Corbach et Warburg. A la fin de la guerre de Sept Ans, le régiment est réorganisé et mis en garnison à Strasbourg. En 1792, avec son nouveau numéro 18, il est à l’armée des Alpes puis de 1793 à 1795 dans les Pyrénées occidentales et, après un court passage en Vendée, en 1796 et 1797 à l’armée d’Italie. De 1798 à 1801, le régiment est en Egypte et, à son retour, cantonné à Nevers. En 1805, dans la Grande Armée, il fait la campagne d’Autriche (Austerlitz), celle de Prusse (Iéna) et celle de Pologne. 168

En 1808, il passe en Espagne. Le 7 décembre, trois de ses officiers sont assassinés à Ledrija, en Andalousie. L’aigle du 1er escadron est perdu lors de la retraite du Portugal en 1809. En 1813, il repasse en Saxe (Leipzig), fait la campagne de France (Brienne, Montereau, Saint-Dizier). Le 1er août 1814, le régiment est renuméroté 13 puis récupère son numéro 18 aux Cent-Jours. Se place ici un insondable mystère qu’il nous a fallu beaucoup de temps et beaucoup de patience pour essayer de résoudre. Wikipédia consacre un article fort incomplet au 18e dragons qu’il illustre avec l’étendard de l’actuel 18e dragons. Sur cet étendard sont brodés les honneurs de victoire suivants : La Moskova 1812 Hanau 1813 Champaubert 1814 Fleurus 1815 Alsace 1914 Artois 1914 AFN 1952-1962 Par ailleurs, le général Susane écrit : « Il fait la campagne de France au 5e corps de cavalerie, et celle de 1815 au 7e corps d’armée. Il s’est distingué à Ligny.57 » Or, si l’on consulte le Martinien, il n’est comptabilisé aucune perte en officier pour le 18e dragons en 1815 58. Ce que Digby Smith traduit par un sec « 1815 : nil 59». Cela ne prouve rien : un régiment de cavalerie peut parfaitement s’être distingué sur un champ de bataille sans y avoir perdu aucun officier. Mais cela est quand même hautement suspect. La première chose à faire est de vérifier si l’illustration de WP n’est pas erronée. Il faut donc consulter la « DÉCISION N° 12350/SGA/DMPA/SHD/DAT relative aux inscriptions de noms de batailles sur les drapeaux et étendards des corps de troupe de l'armée de terre, du service
Susane, p. 321. Martinien, p. 558 ; Martinien, Suppl., p. 94 59 Digby Smith, p. 251.
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de santé des armées et du service des essences des armées » que l’on trouve dans le Bulletin officiel des armées BOC n° 27 du novembre 2007 (texte 3). Effectivement, nous y trouvons la mention de « Fleurus 1815 » dans les honneurs de victoire portées sur l’étendard du 18e dragons. Cette mention est rare : outre le 18e dragons, seuls le 9e cuirassiers et le 16e dragons en bénéficient. Et, comme nous l’avons vu, ces deux derniers régiments étaient bien à Ligny et s’y sont distingués. Mais voilà : on aura beau fouiller : aucun ordre de bataille ne mentionne le 18e régiment de dragons parmi les unités incorporées dans l’Armée du Nord en 1815… Il fallait donc chercher où pouvait se trouver le 18e dragons en 1815. Tous les auteurs mentionnent que, outre l’Armée du Nord, sept autres armées composaient l’armée française à cette époque : l’Armée du Rhin (sous Rapp), l’ Armée du Jura (Lecourbe), l’Armée des Alpes (Suchet), l’Armée du Var (Brune), l’Armée des Alpes (Suchet), l’Armée des Pyrénées orientales (Decaen), l’Armée des Pyrénées occidentales (Clauzel), l’Armée de l’Ouest (Lamarque), à quoi, il faut ajouter la garnison de Paris (Davout). Malheureusement, aucun de ces auteurs ne donne un ordre de bataille de ces armées et c’est tout juste si, obnubilés par ce qui se passait en Belgique, ils donnent un bref compte-rendu de leurs opérations (quand ils en parlent). Nous en étions là de notre recherche, quand, désespérant de jamais trouver le mot de l’énigme, la chance ne nous avait souri en nous faisant tomber par le plus grand des hasards sur un document mis en ligne par la « Société d’Etudes historiques révolutionnaires et impériale ». Nous ne connaissons pas cette société, mais l’authenticité du document60 ne saurait faire de doute : il s’agit d’un : « Bon pour Deux Rations de Pain pour deux ordonnances près Mr le Mal de camp Montfalcon pour le 12 du courant. A Miribel le 12 juillet 1815, (sé) L’aide de camp Pautrier. » Une mention porte : « Pour la commune de St Maurice de Beynost » et le tout est surmonté d’un grand « 18e régimens de dragons » souligné.

http://assosehri.monespace.net/18edragons/page3.html Le document porte dans la série le numéro « sehri p605 ».
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Or, effectivement, Miribel-les-Echelles est très voisin de Saint-Maurice de Beynost ; tous deux se trouvent dans le département de l’Ain le long de la D 1084 (qui conduit à Genève) à une quinzaine de kilomètres de Lyon. La mention simultanée des deux villages ne laisse aucune place au doute. D’autre part, nous savons avec certitude que le maréchal de camp Montfalcon se trouvait en Savoie le 27 juin 1815, qu’ensuite, il retraita lentement pour se porter vers Oyonax, le 6 juillet, et que, par après, il revint vers Lyon. Il se trouvait donc bien dans les parages de Miribel le 12 juillet. Donc, selon toute vraisemblance, le 18e dragons devait faire partie de l’Armée des Alpes, sous le commandement du maréchal Suchet, duc d’Albufera, dont le centre d’opérations était à Lyon. Et cette armée ne comptait qu’un seul corps d’armée : le 7e ! Nous avons ici une parfaite illustration de ce que l’on ne cesse de répéter aux étudiants : « Lisez bien la question avant d’y répondre. » Susane ne nous avait-il pas dit que le 18e « avait fait (la campagne) de 1815 au 7e corps d’armée »… Et, quoique nous ayons fait beaucoup de détours pour y arriver, c’est exactement la conclusion à laquelle nous sommes parvenu. Du reste, nous aurions évité bien du travail si nous avions consulté avec un peu plus de soin l’ouvrage d’Henri Couderc de Saint-Chamant consacré aux dernières armées de Napoléon et tout spécialement ses annexes61… Il n’en reste pas moins que Susane nous dit aussi que le 18e « s’est distingué à Ligny ». Là, nous sommes bien en peine de trouver une explication rationnelle. La seule hypothèse que nous ayons envisagée est que l’écriture du général Susane ait induit le compositeur de son livre en erreur et qu’il ait lu « Ligny », là où Susane avait écrit « Lyon ». Or, l’ouvrage de Susane, depuis sa parution, a été la « Bible » de tous ceux – dont nous-même – qui voulaient retracer le passé des régiments français de cavalerie et, donc, plus que vraisemblablement, des fonctionnaires des Archives de la guerre, puis du Service historique des Armées, dont émane finalement la « Décision n° 12350… » dont nous avons parlé. ParHenri Couderc de Saint-Chamant – Napoléon, ses dernières armées – Paris, Flammarion, 1902, pièces justificatives n° 28 et n° 30. Voir notre annexe p. 230., qui montre que le 18 e dragons était destiné à prendre ses quartiers à Chambéry.
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tant du principe que Susane ne se trompe que très rarement, du fait qu’un régiment dont Susane dit qu’il s’est « distingué » s’est effectivement très bien comporté, ils auront donc fait comme ils l’on fait pour le 9e cuirassiers et le 16e dragons et ils auront accordé l’honneur de victoire « Fleurus 1815 » au 18e dragons. Voilà comment un régiment de dragons qui escarmouchait avec les Piémontais et les Autrichiens dans les contreforts des Alpes voit son drapeau orné du nom d’un bourg dont il était distant de plus de 700 kilomètres. Et l’on voudrait que nous ne soyons pas extrêmement méfiant quand nous manions les sources… Le plus étonnant, c’est que tout cela n’ait jamais été remarqué par personne… Fin 1815, le 18e dragons était licencié et l’on ignore où a été versé son dépôt. Il est possible que bon nombre de ses hommes, stationnés à Chambéry, aient été rejoindre les Chasseurs de l’Isère (n° 11), régiment formé le 1er avril 1816 avec des volontaires et d’anciens cavaliers d’origine dauphinoise. Ces Chasseurs de l’Isère reçurent le numéro 6 en 1831. (19e dragons) Avec le 18e régiment de dragons se clôture la liste des régiments créés sous l’ancien régime. Le 19e dragons fut constitué le 24 février 1793 par assimilation des Volontaires d’Angers et de parties des régiments de volontaires de la Légion du Nord et de celle des Francs. Il fit les campagnes d’Autriche, de Prusse et de Pologne avant d’être envoyé en Espagne. En 1813, il était à Leipzig et en 1814, en France (Saint-Dizier, Brienne) En 1815, il faisait partie de l’armée du Rhin sous le général Rapp et combattit autour de Strasbourg. Définitivement dissous fin 1815. 20e dragons Le 20e dragons trouve son origine en 1793 quand il fut constitué avec les éléments des dragons volontaires de Jemappes. Il a fait partie des expéditions d’Italie, sous Bonaparte, d’Egypte, sous Bonaparte également. En 1805, il fait partie de la grande armée, fait les campagnes d’Autriche (Ulm, Austerlitz), de Prusse (Iéna) et de Pologne (Eylau, Friedland). En 1808, on l’envoie en Espagne, où il arrive assez tôt pour être compris 172

dans la capitulation de Bailén. De retour en Saxe en 1813 (Leipzig) et enfin, en France (Brienne, Saint-Dizier). En 1815, le 20e dragons faisait partie, avec le 15e, de la brigade Vincent dans la division Strolz du 2e corps de cavalerie d’Exelmans. Lors de la retraite du corps de Grouchy, il eut à combattre rudement devant Namur y perdant un officier tué et six blessés. Définitivement dissous fin 1815. (21e dragons) Un premier 21e dragons fut constitué en 1793 à partir d’éléments des Dragons de la Manche et de la cavalerie de la Légion de Police. Le régiment fut dissous en 1798 et ses hommes furent répartis entre les 1er, 2e, 7e,11e ,12e et 16e dragons. Un deuxième 21e dragons a été créé par le Premier consul le 21 août 1801 recueillant les cavaliers du régiment de dragons volontaires du Piémont. Le régiment a été définitivement dissous en mai 1814. (22e dragons) Nous ne donnerons pas de détails à propos de ce régiment. Il a en effet été dissous sans retour lors de la première Restauration et n’a donc pas combattue en Belgique en 1815. Il ouvre la série des six anciens régiments de cavalerie transformés en régiments de dragons en 1803. Nous nous contenterons de dire qu’il s’agissait d’un des plus anciens régiments de cavalerie, puisque, organisé au Piémont en 1630, il passa à la solde de France en1635 sous le nom de Tupalden. En 1647, il était acheté par Anne d’Autriche pour son second fils, le duc d’Anjou. En 1791, il devint le 13e régiment de cavalerie. C’est alors qu’il est en garnison à Amiens qu’il est transformé en régiment de dragons avec le numéro 22. Le 14 mai 1814, son 1er escadron fut incorporé dans le 3e dragons, son 2e escadron dans le 5e dragons, son 3e escadron dans le 13e dragons et son 4e escadron dans le 18e dragons. (23e dragons) Ce régiment a connu un sort semblable à celui du 22e dragons. A l’origine, il a été levé en 1670 par le duc de Savoie qui le céda à Louis XIV pour prendre le nom de Royal-Piémont en 1690. En 1791, il prit le 14e 173

rang dans les régiments de cavalerie. L’arrêté du consul du 24 septembre 1803 le transforma en régiment de dragons avec le numéro 23. Licencié par l’ordonnance du 12 mai 1814, ses escadrons furent répartis en les 8 e, 10e, 13e et 15e dragons. (24e dragons) L’ancêtre du 24e dragons, le régiment de cavalerie Royal-Lorraine, créé en 1671, est resté un régiment de gentilshommes jusqu’en 1761, portant le nom de ses mestres de camp : Grignan, Flesché, Luynes, Chevreuse, Ancenis, Brancas, des Salles. En 1791, la loi lui donne le numéro 16, mais après la désertion en masse de Royal-Allemand, il prit son numéro 15. Le 24 septembre 1803, il devient le 24e régiment de dragons. Licencié par l’ordonnance du 11 juin 1814, son 1er escadron est partagé entre les 7e et 12e dragons, le 2e escadron entre les 11e et 16e dragons, le 3e escadron entre les 12e et 17e dragons, le 4e escadron entre les 9e et 14e dragons et le 5e escadron entre les 3e et 5e dragons. (25e dragons) Formé par le marquis de Paulmy en 1665, ce régiment de cavalerie a successivement porté les noms de D’Auger et La Roche-sur-Yon. LouisFrançois de Bourbon, prince de la Roche-sur-Yon ayant quitté la France sans l’autorisation du roi, celui-ci cassa le régiment le 5 juin 1685 pour le rétablir le jour même et le donner à son petit-fils le duc de Bourgogne. En 1711, le régiment prit le nom de Bretagne, son colonel propriétaire, le duc de Bourgogne étant devenu Dauphin et ayant cédé son régiment au duc de Bretagne, son fils aîné. Quoique le duc de Bretagne soit lui-même mort en 1712, le régiment n’en conserva pas moins son nom jusqu’en 1751. Le 15 septembre 1751, il fut donné au duc de Bourgogne, frère aîné du futur Louis XVI, et reprit donc le titre de Bourgogne. En 1788, il devient Royal-Bourgogne tout en gardant le 20e rang dans les régiments de cavalerie. La loi de 1791 le classait au 17e rang et il monta au 16e rang après la désertion de Royal-Allemand. Le 22 octobre 1803, le Premier consul le transformait en 25e régiment de dragons. Le 11 mai 1814, il était définitivement dissous, ses escadrons passant aux 15e, 20e, 14e et 19e dragons. 174

(26e dragons) Du fait de la confusion qui a longtemps existé entre ce régiment, créé par le comte de Roussillon, et le régiment portant le nom de la province de Roussillon, son origine exacte est un peu hypothétique. La seule certitude, c’est que Roussillon-cavalerie fut levé par le comte de Roussillon en vertu de l’ordonnance du 30 janvier 1673. A la fin de l’année, il fut cédé au comte d’Illes avec pour mestre de camp-lieutenant, un officier très expérimenté, M. de Saint-Louis. Cela créa encore un peu de confusion, certains parlant de Illes-cavalerie, d’autres de Saint-Louis-cavalerie. Confusion levée quand, en 1675, M. de Saint-Louis obtint le régiment, M. d’Illes exerçant des fonctions de général. M. de Saint-Louis, fort âgé, obtint lui aussi une charge de brigadier et, en 1685, reçut permission de quitter l’armée pour entrer à la Trappe. Le régiment passa alors à un membre de la famille Colbert, le marquis de Villacerf. En 1689, le roi acquit le régiment pour le donner à son troisième petit-fils, le duc de Berry, Villacerf continuant à exercer les fonctions de mestre de camp-lieutenant. En 1791, la loi lui donne le 18e rang dans les régiments de cavalerie ; il monte au 17e rang après l’émigration de Royal-Allemand. Le 17e de cavalerie combattit en Allemagne jusqu’en 1794. Fait singulier à signaler, son chef de corps, le colonel Pierre de Prysie et quatorze autres officiers du 17e de cavalerie furent accusés et convaincus de connivence avec Dumouriez et, à ce titre, guillotinés le 27 mai 1794 ! Le régiment fut transformé en régiment de dragons en 1803 et reçut le numéro 26. Après avoir combattu dans les rangs de la grande armée (Autriche, Prusse, Pologne), il fut envoyé en Espagne, revint en Saxe en 1813 et fit la campagne de France. Définitivement licencié en 1814 ; son 1er escadron fut réparti entre les 7e et 12e dragons ; le 2e entre les 12e et 17e dragons ; le 3e dans les 13e et 18e dragons et le 4e dans les 2e et 4e dragons. Il n’a donc pas participé à la campagne de Belgique en 1815.

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Cavalerie légère
Chevau-légers lanciers Nous avons vu que la Maison militaire du Roi avait compté une compagnie de chevau-légers jusqu’en 1787 quand la suppression de la Maison militaire entraîna sa disparition. Indépendamment de cette compagnie, destinée à assurer la garde rapprochée du roi lors de ses déplacements, il y eut par l’ordonnance du 29 janvier 1779 création de cinq régiments de chevau-légers destinés à remplir les fonctions traditionnellement dévolues à la cavalerie légère : observation, transmission, éclairage. Ces cinq régiments disparurent en 1788 : le 1er devint Royal-Guyenne ; les quatre autres furent transformés en régiment de chasseurs à cheval. Il ne semblait en effet pas utile de créer des distinctions entre chevau-légers et chasseurs, leurs missions étant très semblables. Aucun des régiments qui a porté le nom de chevau-légers par la suite n’a du reste demandé à faire remonter ses traditions à ces cinq régiments – d’ailleurs dépourvus de lance – qu’il faut donc bien considérer comme un accident de parcours… D’autre part, nous avons dit que le corps de Volontaires de Saxe, levé par le maréchal de Saxe, et qui devait devenir le 17e dragons, avait compté parmi ses cavaliers des uhlans polonais armés de lances. Il s’agit là des seuls lanciers utilisés par l’armée française durant l’époque moderne. Les difficultés de recrutement mirent assez rapidement fin à l’expérience. Il convient de préciser ici que le métier de lancier est sans doute le plus difficile de tous les métiers de cavalerie. Non seulement, il faut être un cavalier très habile, mais le maniement de la lance est terriblement difficile et dangereux. Nous y reviendrons en temps utile. Impressionné, nous dit-on, par les exploits des lanciers polonais sur les champs de bataille, Napoléon voulut avoir à sa disposition des unités propres à être opposées aux uhlans prussiens et autrichiens et aux cosaques. Si c’est exact, il faut bien convenir que cette idée eut quelque peine à se réaliser. Le 2 mars 1807, il était créé à Varsovie un régiment de chevau-légers incorporé à la Garde impériale. Entièrement constitué de cavaliers polonais, il était organisé en quatre escadrons de 2 compagnies chacun. C’est seulement en 1809 que ce régiment est transformé en régi176

ment de lanciers sous le nom de régiment de Chevau-légers Lanciers Polonais de la Garde. A partir de 1811, l’unité perd son caractère exclusivement polonais et devient le 1er régiment de Chevau-légers Lanciers de la Garde. Il s’agit des lanciers « bleus » : kurtka bleu de roi; collet, revers, parements et retroussis cramoisis, bordés d'un galon d'argent, passepoil cramoisi sur toutes les coutures; épaulettes et aiguillettes en fil blanc; pantalon cramoisi à bandes de drap bleu; chapska quadrangulaire, cramoisi et cannelé, avec un soleil en cuivre, entourant un N couronné. L'armement se composait d'une lance à fanion cramoisi sur blanc, d'un sabre à la hussarde et de pistolets. En 1810, lors de l’annexion de la Hollande, la Garde impériale absorba le régiment de hussards de la Garde royale hollandaise en le transformant en régiment de lanciers par décret du 13 septembre 1810 : le 2e régiment de Chevau-légers Lanciers de la Garde. Il est constitué de quatre escadrons à l’origine, se verra adjoindre un cinquième escadron en 1812 et, en 1813, comptera 10 escadrons dont les cinq premiers (à majorité hollandaise) appartiendront à la Vieille Garde et les cinq derniers (à majorité française) à la Jeune Garde. Ce sont les célèbres lanciers rouges : leur kurtka était écarlate, et la couleur distinctive bleu de roi, les épaulettes et aiguillettes jaunes, le pantalon écarlate, le chapska rouge. L'armement est le même que celui du 1" régiment. Toutefois, le pennon de lance se distingue du fait que le blanc est placé au-dessus du cramoisi. En 1812, un 3e régiment de chevau-légers lanciers de la Garde sera créé : les lanciers lithuaniens. Ce régiment sera dissous après la campagne de Russie et ses effectifs versés dans les deux autres. C’est finalement le 18 juin 1811 que l’empereur créa 9 régiments de chevau-légers lanciers de la ligne. Pour ce faire, il prit 6 régiments de dragons et les transforma en régiments de lanciers. Les trois derniers étaient constitués de lanciers polonais et de chasseurs à cheval hanovriens. Les six premiers régiments portaient la veste verte, épaulettes rouges pour la 177

compagnie d’élite, patte d’épaule verte, collet, parements, revers de la couleur distinctive, à savoir : 1er 2e 3e 4e 5e 6e Ecarlate Aurore Rose Cramoisi Bleu ciel Garance

Les trois derniers régiments (7e, 8e et 9e) avaient la veste bleue, les pattes d’épaule bleues, les couleurs tranchantes jaune pour les Polonais et chamois pour les Hanovriens. Sauf la compagnie d’élite du 6e lanciers qui portait une chenille rouge, les chevau-légers lanciers de la ligne portaient un casque en laiton doré à chenille noire, sans crinière, et à bandeau et visière en cuir (veau marin pour la troupe, panthère pour les officiers). Les trois derniers régiments de lanciers furent dissous en mai 1814. La lance La lance mesurait 2,7 mètres de long et pesait 7 livres. Le corps de la lance était en bois noirci et elle comportait une pointe en acier, une sangle de poignet en cuir et une virole. Le pennon, attaché sous la pointe, était, pour la ligne, en tissu rouge sur blanc taillé en queue d’aronde. Certains officiers le firent nouer à la hampe, considérant que le flottement de ce bout de tissu était facilement repérable par l’ennemi et facilitait donc l’esquive. D’autres, au contraire, estimaient que le pennon, claquant et flottant, effrayait les chevaux ennemis lorsque les lanciers chargeaient. A vrai dire, l’adoption de la lance avait suscité de vastes débats parmi les cavaliers. A l’avantage de la nouvelle arme, on avançait qu’elle avait un effet psychologique certain sur l’ennemi. Il est vrai qu’un fantassin, en ligne ou en carré, qui voit surgir devant lui une masse de chevaux avec cette lance menaçante contre laquelle il ne sait pas très bien se défendre, doit vivre une assez pénible épreuve. De même, le fait que la lance dépasse d’un bon mètre la tête du cheval fait qu’elle peut blesser ou tuer avant que le cheval soit à portée de baïonnette. Si pour une raison quel178

conque, le fantassin ne pouvait faire feu, il était une victime désignée pour le coup de lance. De plus, le coup de lance est généralement mortel, du fait de la force qui lui est imprimée par le mouvement même du cheval. C’est, enfin, l’arme idéale lors d’une poursuite ou contre un homme à terre. A son désavantage, en revanche, on pensait généralement que la lance n’était pas efficace contre la cavalerie, dans la mesure ou au cours d’une mêlée, lorsque le cavalier est plus ou moins statique, le lancier n’arrivait pas à se dépêtrer avec cette longue perche. C’est bien pourquoi, les lanciers étaient munis d’un sabre de cavalerie légère, bien qu’ils pensassent qu’abandonner leur lance était une indignité. On a aussi remarqué que le coup de lance était parfois trop fort et qu’il devenait impossible de retirer l’arme du corps du malheureux qui l’avait reçu ; le cavalier se trouvait ainsi bloqué brutalement, sinon désarçonné. Dans un autre domaine, on ne pensait pas que la lance fût une arme bien appropriée aux missions de reconnaissance : cette longue perche avec son pennon indiquait trop bien la présence d’un parti de cavalerie à un ennemi dissimulé et empêchait l’usage de la carabine. Enfin, dernier argument des « contre » : il fallait un sérieux entraînement pour produire un lancier convenable. Lorsque les Britanniques se décidèrent à adopter la lance, ils commencèrent par rédiger un manuel dans lequel on s’aperçut qu’un bon lancier devait maîtriser 55 différents exercices avec sa lance : 22 contre la cavalerie, 18 contre l’infanterie et 15 autres plus généraux pour faire bonne mesure62.

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Adkin, p. 247.

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A l’origine, dans une compagnie de chevau-légers lanciers placées en ordre de bataille, seul le premier rang était armé de lances. Fin 1811, on distribua des lances aux deux rangs63. Il ne faut toutefois pas réfléchir très longtemps pour comprendre que, sur une unité de lanciers placée en ordre de bataille sur deux rangs et un rang surnuméraire, seul le premier rang peut utiliser sa lance de manière efficace. C’est ce qu’on constata lors de la campagne de Russie. Dès lors, depuis 1813, une compagnie de lanciers de 125 hommes était disposée de la manière suivante : Au premier rang : o 2 sergents, chacun avec un sabre et deux pistolets ; o 4 caporaux chacun avec un sabre, un mousqueton, une baïonnette, un pistolet et une lance ; o 44 cavaliers chacun avec un sabre, un pistolet et une lance Au deuxième rang : o 4 caporaux et 44 cavaliers, chacun avec un sabre, un mousqueton, une baïonnette et un pistolet. Au rang surnuméraire : o 1 sergent-major, 2 sergents, un fourrier, chacun avec un sabre et deux pistolets o 2 trompettes, chacun avec un sabre et un pistolet o 2 fourriers chacun avec un sabre et un pistolet o 9 cavaliers chacun avec un sabre et une carabine o 9 cavaliers chacun avec un sabre et une lance. Au total, nous avons donc, pour 125 hommes : 125 sabres, 109 pistolets, 52 mousquetons, 52 baïonnettes, 9 carabines et 57 lances. Ainsi que le fait remarquer Mark Adkin, une disposition « très complexe, confuse et probablement inefficace »64… 1er régiment de chevau-légers lanciers On se rappelle qu’en 1668, le régiment des Dragons étrangers du Roi fut partagé en deux régiments. Louis XIV se réserva 12 compagnies qui formèrent Royal-Dragons, les 8 autres servant de noyau à Colonel général63 64

A. Pigeard – Dictionnaire de la Grande Armée – Paris, Tallandier, 2002, p. 157. Adkin, p. 246.

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dragons. De telle sorte que Royal-Dragons doit être considéré comme le continuateur des Dragons étrangers du Roi. Ce régiment avait été formé en Allemagne sur le pied de quatre compagnies en vertu d’une autorisation spéciale accordée par le roi le 14 juin 1656 au célèbre général Montecucculi à l’époque où celui-ci était en délicatesse avec l’Empereur. Le régiment arriva en France au mois de septembre 1656 sous le commandement du comte degli Oddi et fut passé en revue personnellement par Louis XIV qui voulut en être mestre de camp titulaire et nomma son favori, le marquis de Puyguilhem – le futur duc de Lauzun – mestre de camp-lieutenant. Royal-Dragons s’illustra sur tous les champs de bataille jusqu’en 1791, quand la loi lui donna le 1er rang dans l’arme des dragons. Le 1er dragons fut à Valmy, à Fleurus et à Würzburg. En 1800, à Marengo. Il entame la campagne de 1805 en s’illustrant à Wettingen où il culbute deux régiments de cuirassiers, fait prisonnier un bataillon hongrois et prend six pièces d’artillerie. Ensuite à Ulm, à Austerlitz, à Iéna, à Eylau et à Friedland. En 1808, en Espagne (Vimiero, Talavera). Il est sous les murs de Cadix quand il est rappelé en France pour y être transformé en régiment de lanciers et, sous cette forme, faire partie du corps d’observation de l’Elbe. En 1812, en Russie (Smolensk, Moskowa), en 1813, à Lützen et à Bautzen. On retrouve le 1er lanciers à Dresde, à Kulm, à Leipzig, à Hanau et à Montmirail. Sous la première Restauration, il prend le nom de 1er régiment de lanciers du Roi. Napoléon revenu de l’île d’Elbe, le 1er lanciers reprend son nom d’origine et est affecté à l’Armée du Nord, dans la 5e division de cavalerie du général baron Subervie ; il est embrigadé avec le 2e lanciers dans la 1ère brigade commandée par le général comte Louis de Colbert, qu’il ne faut pas confondre avec le général Pierre (dit Edouard) de Colbert-Chabanais, son frère aîné, qui commandait les Lanciers rouges de la Garde. Le 1er lanciers était placé sous le commandement du colonel Jean-Baptiste Jacquinot, à ne pas confondre avec son frère le lieutenant général baron Claude Charles Jacquinot, qui commandait la 1ère division de cavalerie (au 1er corps d’armée, Drouet d’Erlon). Le 1er lanciers comptait 415 hommes en 181

quatre escadrons. C’est ainsi qu’à Ligny, placé à la gauche du dispositif français, il escarmoucha avec la droite de l’armée prussienne. Le lendemain, il participa à la poursuite des troupes de Wellington, combattant à la sortie de Genappe. Le 18, placé à la gauche de l’armée française, il combattit avec le 6e corps pour tâcher d’empêcher les Prussiens d’atteindre Plancenoit. Subissant de lourdes pertes, il mit longtemps en échec la cavalerie du corps de Bülow, y perdant le chef d’escadron Dumanoir, tué, six capitaines, le lieutenant porte-aigle Guedelin, deux lieutenants et quatre sous-lieutenants. Le 1er régiment de chevau-légers lanciers fut dissous en 1816 ; son dépôt et les effectifs subsistants furent versés au 8e chasseurs à cheval de la Côte-d’Or, lequel devint en 1854, le 3e chasseurs à cheval. 2e chevau-légers lanciers A l’origine, ce régiment de cavalerie a été levé sous le nom d’Enghien en 1649 pour le fils du grand Condé. Il a donc suivi son mestre de camp dans tous les retournements de la Fronde : cassé aux gages le 20 janvier 1650, rétabli le 26 février 1651, rayé à nouveau le 13 septembre suivant et, enfin, réintégré le 7 novembre 1659, après avoir combattu pendant huit ans dans les rangs des ennemis du roi… Réduit à une compagnie après la paix des Pyrénées, il est rétabli fin 1665, participe aux sièges de Tournai, de Douai et de Lille, à la conquête de la Franche-Comté. Réduit à une compagnie en 1668, il est définitivement reconstitué le 9 août 1671. En Allemagne et en Belgique durant la guerre de Hollande puis au siège de Luxembourg (1684), il reçoit en 1686 le nom de Bourbon en devenant la propriété de Louis-Henri, duc de Bourbon. Sur le Rhin, à Namur, à Neerwinden durant la guerre de la ligue d’Augsbourg, puis, durant la guerre de Succession d’Espagne en Italie, dans le Tyrol, dans le Dauphiné, sur le Rhin et en Flandre. Il est sur le Rhin durant la guerre de Succession de Pologne et, lors de la guerre de Succession d’Autriche, combat en Bohême. En 1743, il est en Alsace et, en 1745 à l’armée des Flandres (Rocourt, Lafelt, Bergen-op-Zoom, Maastricht). Pendant la guerre de Sept Ans, on le retrouve dans l’armée du Hanovre (Haastembeck, Rosbach). Après une période de reconstitution, il est à Sundershausen, à Minden, à Cassel, à Corbach, à Warburg, à Clostercamp. Alors que le 182

gros est en garnison à Besançon, quelques-uns de ses escadrons participent aux opérations de pacification de la Corse. En 1776, il devient régiment de dragons avec le 12e rang dans son arme. En 1791, il devient le 3e régiment de dragons et l’année suivante il participe aux opérations de conquête de la Belgique puis se bat en Italie, en Helvétie et en Egypte. Au camp de Boulogne, puis en Autriche (Ulm, Austerlitz). En Prusse (Iéna, Eylau, Friedland). En 1808, il est envoyé en Espagne. Où, en 1811, le touche le décret le transformant en régiment de lanciers. Il rentre donc en France où sa réorganisation est achevée le 4 février 1812. Le 2e régiment de chevau-légers lanciers fait les campagnes de Russie, d’Allemagne et de France. A la Restauration, il incorpore les débris du 7e lanciers (polonais). En 1815, il est dans la brigade Jacquinot avec le 1er lanciers, dans la 5e division de cavalerie et, donc, attaché au 6e corps (Lobau) après Ligny. Commandé par le colonel Sourd, il comptait 41 officiers et 379 cavaliers en 4 escadrons. C’est ainsi que le 17 juin, il est à la tête de la cavalerie qui pourchasse l’arrière-garde alliée et qui se heurte à la cavalerie lourde britannique à la sortie de Genappe. Le combat est acharné et Sourd y récolte six blessures. Il se fait asseoir sur une borne et encourage ses hommes de la voix quand survient le chirurgien Larrey, envoyé personnellement par l’empereur, qui, séance tenante, l’ampute de son bras droit. Une heure après, le colonel Sourd remontait à cheval et reprenait la poursuite… Les lanciers auraient recueilli le bras amputé et, après lui avoir rendu les honneurs, l’auraient enterré et lui auraient dédié un petit monument sur lequel ils auraient inscrit : « Au bras le plus vaillant de l’armée ». Napoléon, qui n’était pas très loin de l’endroit où se déroulaient ces événements, aurait voulu promouvoir Sourd au grade de général de brigade mais le colonel aurait refusé, ne voulant pas être séparé de son régiment. Effectivement, il ne le quitta pas jusqu’à sa dissolution, sur la Loire. Refusant de servir les Bourbons, le colonel Sourd fut réintégré en 1830 et reçut enfin ses deux étoiles le 1er mars 1831. Le combat de Genappe, où il se heurta à l’élite de la cavalerie lourde britannique, fut extrêmement meurtrier pour le 2e lanciers : on ne compte pas moins de 14 officiers blessés : outre le colonel Sourd et le chef 183

d’escadron Fauconet, le sous-lieutenant Mahieu, porte-étendard, 3 capitaines, 3 lieutenants et 4 sous-lieutenants y furent blessés. Le 18 juin, le 2e lanciers fut utilisé, avec le 1er lanciers, pour mettre en échec la cavalerie de Bülow dans le secteur de Plancenoit : 3 sous-lieutenants y furent encore blessés. Licencié sur la Loire, le 2e lanciers a versé son dépôt dans un nouveau régiment, les chasseurs de la Marne (n° 12), lequel allait devenir en 1831 le 7e chasseurs à cheval. 3e chevau-légers lanciers Ce régiment, resté un régiment de cavalerie jusqu’en 1776, a été levé le 1er mars 1674 par Michel de Sublet, marquis d’Heudicourt. Réduit à une compagnie à la paix de Nimègue, il a été remis sur pied en 1682 sous le nom de Praslin. Le 28 août 1693, il devient la propriété d’un des fils bâtard de Louis XIV, Louis Alexandre de Bourbon, comte de Toulouse. A la mort de celui-ci, en 1737, Toulouse-cavalerie passe à son fils, Louis Jean Marie de Bourbon, duc de Penthièvre et prend son nom. Sous ces divers noms, il a combattu sur tous les théâtres. Le 7 mai 1776, il est transformé en régiment de dragons (en portant le numéro 14 sur ses boutons) et on lui incorpore le 2e escadron de chasseurs de la Légion de Condé mais il garde son nom : Penthièvredragons. En 1791, la loi lui donne le numéro 8. Le 8e dragons a fait partie de l’armée des Alpes, puis de l’armée du Rhin (1793), de l’armée de la Moselle (1794) et, les deux années suivantes, de l’armée d’Italie. Il se distingue à Rivoli. En 1797, il est sur le Rhin et sur le Danube. Puis après avoir été occupé sur les côtes, il est appelé à Paris peu de temps avant le coup d’État de Brumaire (1799), dans lequel il est involontairement impliqué. Il est à Marengo, l’année suivante où avec deux autres régiments, il parvient à envelopper six bataillons de grenadiers autrichiens qu’il fait prisonniers. En 1801 et 1802, à Naples. En 1805, il fait partie du 2e corps de cavalerie de la grande armée (Autriche, Prusse, Pologne). De 1808 à 1811, en Espagne. Le 18 juin 1811, il est transformé en régiment de lanciers (3e régiment de chevau-légers lanciers) et rappelé en France. En 1812, dans le corps d’observation de l’Elbe et cam184

pagne de Russie. En 1813 et 1814, dans le 1er corps de cavalerie. La Restauration lui donne, le 1er septembre 1814, le titre de Lanciers du Dauphin. Redevenu le 4e chevau-légers lanciers en avril 1815, il est affecté à l’Armée du Nord et fait partie de la 1ère division de cavalerie (général baron Jacquinot), dans la brigade Gobrecht, affectée au 1er corps (Drouet d’Erlon). Placé sous le commandement du colonel Martigue, il compte alors 27 officiers et 379 cavaliers en trois escadrons. Resté avec le 1 er corps d’armée durant la journée du 16 juin, il participe à la poursuite de l’armée de Wellington le 17 juin. Le 18 juin, placé à l’extrême droite du 1er corps, le 3e lanciers participe à la charge que livra la brigade Gobrecht contre l’Union Brigade. C’est un cavalier du 3e ou du 4e lanciers qui poursuivit le commandant de cette brigade, le major général Sir William Ponsonby, mal monté et embourbé, et lui donna un coup de lance fatal. Le 3e lanciers laissa sur le terrain le chef d’escadron Dubouit, tué, perdit les capitaines Lepage, Gros et Morin, blessés, ainsi que 2 lieutenants et 2 sous-lieutenants, dont l’un disparu. Dissous le 14 février 1816, le 3e lanciers a versé ses débris dans un nouveau régiment de chasseurs de l’Allier, devenu le 1er lanciers en 1831 et le 14e dragons en 1871. 4e chevau-légers lanciers Régiment de dragons dès ses origines et jusqu’en 1811, cette unité vit le jour le 14 septembre 1673 et porta le nom de son mestre de camp, le marquis de Listenois, un membre de la famille Beauffremont dans laquelle le régiment resta jusqu’en 1773, avec une interruption de 1646 à 1710, quand il appartint au comte de Grammont et à M. de Payssac. Le 3 mars 1773, il sortit de la famille Beauffremont pour entrer dans la maison de Lorraine, son mestre de camp étant alors le prince de Lambesc, puis le prince de Vaudémont. En 1791, il devient le 9e régiment de dragons. Attaché en 1792 à l’armée des Alpes, il participe à la conquête de la Savoie. Après un bref séjour en Vendée, on le retrouve en 1794 sur les Alpes. On le trouve au passage du Mincio et au pont d’Arcole. Il resta en Italie jusqu’en 1798, quand il passe en Helvétie. 1799 le revoit en Italie. Il est à Marengo. Dans la grande armée, il participe aux campagnes d’Autriche, 185

de Prusse et de Pologne. Fin 1807, au corps d’observation de la Gironde et donc, dès l’année suivante en Espagne. Le 18 juin 1811, il est transformé en régiment de lanciers : le 4e chevau-légers lanciers. Il rejoint alors la grande armée sur l’Elbe et fait partie de l’expédition de Russie en 1812. En 1813 et 1814 au 2e corps de cavalerie. Sous la Restauration, il incorpore les 3e et 4e escadrons de lanciers de la jeune garde pour devenir le régiment de Lanciers de Monsieur. Redevenu 4e lanciers en 1815, il suit le même sort que le 3e lanciers. Sous le colonel Bro, il comptait 22 officiers et 274 cavaliers en 2 escadrons seulement. Les pertes subies à Waterloo sont assez conséquentes puisque le capitaine Denys y fut blessé et mourut de ses blessures le 24 juin ; le sous lieutenant Cudorge, blessé, mourut le 25 ; le sous-lieutenant Briot fut tué à l’ennemi. Le colonel Bro fut lui-même blessé, ainsi que 3 lieutenants et 4 sous-lieutenants. Licencié le 14 février 1816, le 4e lanciers versa son dépôt dans celui du nouveau régiment de chasseurs de Vendée (n° 22), lequel devint en 1825 le 10e régiment de dragons. 5e chevau-légers lanciers Il faut remonter au 25 mars 1674 pour retrouver les origines de ce régiment. C’est en effet par une ordonnance portant cette date que le comte de Tessé (futur maréchal de France) reçut l’autorisation de recruter un régiment de dragons. Le régiment porta donc le nom de Tessé-dragons jusqu’en 1684, quand le comte de Tessé fut fait mestre de camp général des dragons après achat de la charge de mestre de camp général des carabins dont jouissait encore le vieux comte de Quincy. Le régiment prit alors, le 10 mars 1685, le nom de Mestre de Camp Général-dragons. Jusqu’en 1748, le régiment fut commandé personnellement par le mestre de camp général des dragons. A partir de cette époque, c’est un mestre de camp commandant qui assuma le commandement, sans que la propriété du régiment soit remise en cause. Le régiment fit toutes les campagnes de Louis XIV et de Louis XV. En 1791, la loi lui assigne le n° 10 dans l’arme des dragons. A ce titre, il a fait partie de 1792 à 1794 des armées des Ardennes et du Nord, de 1795 à 1796, de celles de Sambre-et-Meuse et de Rhin-et-Moselle, enfin de 1797 à 1799, de Mayence et de l’Ouest. En 1799, il est en Batavie, en 1800, en Italie et en 1801 à l’armée des Grisons. 186

En 1805, il est incorporé au 1er corps de cavalerie de réserve de la grande armée. En 1807, à l’armée du Centre et au camp de Boulogne, en 1808 au corps d’observation de la Gironde. Il passe donc en 1809 en Espagne et au Portugal. Le décret du 18 juin 1811 en fait le 5e régiment de chevau-légers lanciers. C’est sous cette forme qu’il fait la campagne de Russie. Nous ignorons si Honoré de Balzac avait connu le chef de corps du 5 e lanciers à cette époque. Toujours est-il que celui-ci s’appelait François-Félicité Chabert… Le colonel Chabert n’avait pas froid aux yeux ; il eut deux chevaux tués sous lui durant la campagne de Russie et deux autres à la bataille de Leipzig. Ce qui ne l’empêcha pas de continuer à combattre à la tête de son régiment durant toute la campagne de France. La première Restauration ne changea pas son numéro mais lui donna le titre de Lanciers d’Angoulême en même temps qu’elle le renforçait du 5e escadron de lanciers de la jeune garde. Durant la campagne de Belgique, le 5e lanciers formait brigade (Wathiez) avec le 6e, dans la 2e division de cavalerie du général comte Piré. Cette division constituait la cavalerie légère organique du 2e corps d’armée (Reille). Le 5e lanciers était composé de 412 hommes en trois escadrons. Le 16 juin, aux Quatre-Bras, il chargea efficacement contribuant à mettre en déroute les deux unités de la brigade de cavalerie légère du général van Merlen. Le surlendemain, il était situé à l’aile gauche du dispositif français, couvrant le 2e corps du côté de la chaussée de Nivelles et opérant sur cette chaussée durant toute la journée. C’est cependant aux Quatre-Bras65 que le 5e lanciers a subi le plus de pertes : le souslieutenant Penin tué et le chef d’escadron Crapard blessé ; trois capitaines, deux lieutenants et trois autres sous-lieutenants blessés. Comparativement, la journée de Waterloo fut plus facile à vivre puisqu’on ne trouve dans ses pertes qu’un capitaine et deux sous-lieutenants blessés.

Etrangement, Martinien fait combattre le 5e lanciers à Ligny et non aux Quatre-Bras (Martinien, I, p. 575)
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Licencié le 21 novembre 1815, le fond du 5e lanciers a été versé l’année suivante dans celui des chasseurs à cheval des Vosges (n° 24), lequel deviendra en 1825, le 12e régiment de dragons. 6e chevau-légers lanciers Un régiment qui n’a aucune filiation avec une unité quelconque datant de l’Ancien régime mais qui n’en a pas moins eu une existence quelque peu chaotique. Le 26 juin 1793, Carnot amalgama en effet la cavalerie de la Légion germanique et le Corps de cavalerie révolutionnaire pour former le 11e régiment de hussards. C’est sous ce titre qu’on le retrouve dans les armées de la Moselle, de l’Ouest, de Rhin-et-Moselle, d’Allemagne, d’Helvétie et d’Italie. En 1802, on transforma ce régiment en régiment de dragons avec le n° 29. Le 29e dragons resta en Italie jusqu’en 1809 quand il monta en Autriche pour combattre à Wagram. Le 18 juin 1811, il est transformé en 6e régiment de chevau-légers lanciers. Il fait toute la campagne de Russie, celle d’Allemagne et, enfin celle de France en 1814. Sous la première Restauration, on le renforce avec les restes du 12e régiment de hussards et on lui donne le titre de Lanciers du duc de Berry. En 1815, il était tout comme le 5e lanciers dans la brigade Wathiez de la 2e division de cavalerie du 2e corps d’armée. Composé de quatre escadrons, il comptait 405 hommes sous le commandement du colonel Galbois. Aux Quatre-Bras, ses pertes sont encore plus nombreuses que celles de son régiment frère, puisqu’il eut trois officiers tués sur un total de 35 : le chef d’escadron Brard, le lieutenant Chasseigne et le sous-lieutenant Morel. Le colonel Galbois y fut blessé ainsi que 3 capitaines, 1 lieutenant et 3 sous-lieutenants. A Waterloo, neuf autres officiers furent blessés : 2 capitaines, 3 lieutenants et 4 sous-lieutenants. Le 6e lanciers fut dissous en 1816 sans qu’il nous ait été possible de déterminer dans quelle unité son fond fut versé. Il nous faut signaler une particularité que nous n’expliquons pas non plus : les hommes de la compagnie d’élite du 6e lanciers portaient un casque à chenille écarlate. Ce sont les seuls chevau-légers lanciers à bénéficier de cette distinction. 188

Nous avons expliqué que les trois derniers régiments de lanciers (d’origine polonaise ou hanovrienne), les 7e, 8e et 9e avaient été dissous le 12 mai 1814 et qu’ils ne furent jamais recréés. Ils n’ont donc pas combattu à Waterloo.

Chasseurs à cheval
Les chasseurs à cheval aiment à rappeler que les premières unités de leur arme remontent à un corps de partisans mis sur pied durant la guerre de Sept Ans et ils content la chose de la manière suivante : « Les origines des Chasseurs à cheval remontent à la création des Corps de partisans recrutés en premier par un simple domestique d'origine lorraine, Johann-Christian FISCHER, pendant la guerre de Sept Ans, pour lutter contre les Croates et Pandours de MarieThérèse sous les murs de Prague. « Les Hussards autrichiens réussirent à plusieurs reprises à enlever les chevaux d'officiers français aux domestiques qui les conduisaient à l'abreuvoir ou aux pâturages. Pour y répondre, FISCHER rassembla les plus adroits et les plus décidés d'entre eux avec lesquels non seulement il mit fin à toutes ces entreprises, mais créa chez l'ennemi un climat d'insécurité, en allant "CHASSER" au galop sous son nez. Sa bravoure, son initiative intelligente attirèrent sur lui l'attention de ses chefs et il fut autorisé à constituer des détachements légers et rapides destinés à aller fourrager devant l'ennemi. « C'est ainsi qu'est né le premier corps de chasseurs, les "Chasseurs de FISCHER". Celui-ci reçut en 1743 un brevet de capitaine et sa troupe fut reconnue par l'ordonnance du 1er novembre 1743 « Compagnie franche des Chasseurs » à l'effectif de 60 hommes (15 à cheval et 45 à pied). 66 » Il y a pourtant tout lieu de croire que cette origine est légendaire. Tout d’abord, si, effectivement, le premier corps de chasseurs fut créé en 1743, ce serait durant la guerre de Succession d’Autriche (1740-1748) et non
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http://www.lesanciensdesffb.com/11eme_RCH/Chasseu/chasseu.htm

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durant la guerre de Sept Ans (1756-1763). Ensuite, l’histoire ressemble trop à celle que l’on a racontée à propos de l’apparition des premiers dragons, près d’un siècle plus tôt. Il n’en reste pas moins que l’on rencontre effectivement une compagnie franche de Chasseurs, officialisée par l’ordonnance du 1er novembre 1743 et placée sous le commandement d’un Johann Fischer. Mais le fait qu’il s’appelle « Corps franc de Chasseurs » n’est, semble-t-il, qu’une coïncidence historique. Les Chasseurs à cheval de l’Empire ne remontent pas plus aux Chasseurs de Fischer que les Cuirassiers ne remontent au régiment des Cuirassiers du Roi (n° 18), seul régiment pourtant à porter la cuirasse sous l’Ancien régime… La petite compagnie de Fischer, dont l’existence est avérée, fait partie de ces corps mixtes dont on a effectivement vu la floraison dès 1741 et, plus encore, à partir de 1756. En tout cas, Le comte d'Argenson, secrétaire d’État à la guerre, autorisa la création de troupes mixtes: les Arquebusiers de Grassin (1744), les Fusiliers de la Morlière (1745), les Volontaires de Gantès, les Volontaires Bretons, les Volontaires du Dauphiné (1746), les Volontaires du Hainaut (1747), les Volontaires Royaux. C’est donc bien au cours de la guerre de Succession d’Autriche que le commandement français prit en compte les expériences faites en Allemagne et la nécessité d’imiter les armées impériales qui, depuis longtemps, confiaient les tâches d’observation et d’éclairage à des cavaliers légers, croates ou hongrois, lesquels, à l’occasion, ne dédaignaient pas recourir à la « petite guerre », c’est-à-dire à d’audacieux coups de main sur les arrières ennemis. Les corps mixtes français dont nous parlons offrent la particularité d’être composés à la fois de cavaliers et de fantassins, dans la proportion, généralement, de 25 cavaliers pour 75 hommes à pied. Le corps franc de Fischer adopta une tenue verte, évidemment destinée à rendre les hommes moins visibles dans leur environnement et bientôt l’insigne portant une trompe de chasse ou un cornet devint le signe de reconnaissance des chasseurs de l’Europe entière. Les unités mixtes rendirent de grands services durant les guerres de Succession d’Autriche et de Sept Ans mais, la paix revenue, se montrèrent extrêmement difficiles à gérer. Le général Susane attribue cet état de 190

chose au fait que dans un corps mixte, les cavaliers, même moins nombreux, finissent par prendre la pas sur les fantassins et que l’instruction, les habitudes et même l’amour-propre de ces derniers finissent par souffrir67. Pour notre part, nous sommes enclins à penser que l’état d’esprit, somme toute assez peu militaire, qui avait présidé à la formation des corps francs, s’il était un « plus » à la guerre, était un inconvénient pour la discipline générale des armées. Tout comme en 1944, quand les corps de partisans issus de la Résistance furent dissous et leurs combattants incorporés dans des unités régulières, en 1762 et 1763, les ministres de Louis XV remanièrent les corps mixtes pour leur donner une organisation uniforme. C’est ainsi qu’ils furent organisés en six légions, comprenant chacune 17 compagnies : une de grenadiers, huit de fusiliers et huit de dragons : La légion de Conflans qui incorpore le corps franc de Fischer La légion Royale La légion de Flandre La légion de Hainaut qui devient la légion de Lorraine en 1768 La légion de Clermont-prince qui devient la Légion de Condé en 1766 La légion de Soubise. En 1769, une septième légion est créée sous le titre de Légion Corse, laquelle prendra en 1775 le nom de Légion du Dauphiné. Cette organisation, qui ne répondait pas au principal souci, celui de la mixité, ne donna pas entière satisfaction puisqu’en 1776, le comte de Saint-Germain, secrétaire d’État à la guerre, soumettait à la signature de Louis XVI une nouvelle ordonnance, tout à fait radicale : les sept légions étaient dissoutes. Les compagnies de cavalerie de la Légion de Conflans formaient un régiment de hussards, les hussards de Conflans, devenus en 1788 les hussards de Saxe. Les 48 compagnies de dragons des six autres légions étaient transformées en 24 escadrons de chasseurs à cheval, attachés aux 24 régiments de dragons. Chacun de ces régiments comptait

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Susane, III, p. 38-39.

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donc maintenant quatre escadrons de dragons et un escadron de chasseurs. Nouveau revirement trois ans plus tard : l’ordonnance du 20 janvier 1779 détachait ces escadrons de chasseurs de leur régiment de dragons et les rassemblait en six régiments de chasseurs à cheval de quatre escadrons chacun. Ces régiments ne portèrent aucun nom particulier et furent simplement numérotés de 1 à 6, ce qui constituait une nouveauté. Et nouvel avatar : l’ordonnance du 8 mai 1784 créait six bataillons de chasseurs à pied, de quatre compagnies chacun, et les attacha aux régiments de chasseurs à cheval. Ainsi en était-on revenu, sans en avoir l’air, au système de 1762… Les régiments mixtes ainsi constitués reçurent des noms correspondant à leur région de recrutement : 1er chasseurs des Alpes 2e chasseurs des Pyrénées 3e chasseurs des Vosges 4e chasseurs des Cévennes 5e chasseurs du Gévaudan 6e chasseurs des Ardennes Il en alla ainsi jusqu’à la grande réforme de 1788. Le 17 mars de cette année-là, les cavaliers et les fantassins furent à nouveau séparés et constituèrent dès lors deux armes séparées et qui le resteront. Les chasseurs à pied ainsi créés constitueraient six régiments d’infanterie légère. Les six régiments de chasseurs à cheval furent rejoints par six autres qui étaient des régiments de dragons transformés. Ces six régiments prirent la tête de l’arme, tenant compte de leur ancienneté. Selon la tradition, on rendit des noms aux 12 régiments de chasseurs à cheval: Chasseurs d’Alsace Chasseurs des Evêchés Chasseurs des Flandres Chasseurs de Franche-Comté Chasseurs de Hainaut Chasseurs de Languedoc 192

Chasseurs de Picardie Chasseurs de Guyenne Chasseurs de Lorraine Chasseurs de Bretagne Chasseurs de Normandie Chasseurs de Champagne L’ordonnance du 1er octobre 1786 avait donné de nouvelles tenues aux six premiers régiments de chasseurs et les six régiments de dragons transformés en 1788 les adoptèrent : « L’habillement des bas officiers et chasseurs sera composé d’un habit de drap vert foncé, doublé de serge ou de cadis de couleurs réglées pour chaque régiment ; d’une veste de drap vert foncé, et d’une culotte de drap vert semblable. « L’habit et la veste seront, à l’exception que l’habit n’aura point de poches marquées en dessus, absolument semblables, quant à la forme et la position des boutons, à ceux de l’infanterie. Les retroussis des habits seront garnis d’un cor de chasse en drap vert, et les épaulettes, qui seront garnies, entre le dessus et la doublure, d’une plaque de tôle à côtes, seront en laine blanche, losangées de la couleur de la distinction. « Les culottes des chasseurs à cheval seront faites à la hongroise ; les ouvertures, l’échancrure et les coutures de derrière seront garnies d’une ganse plate de laine, large de quatre lignes, et de la couleur de la culotte… « Indépendamment des parties d’habillement ci-dessus, les bas officiers et chasseurs à cheval seront pourvus d’un surtout et d’un gilet de drap vert… « Le manteau pour les chasseurs à cheval sera de drap vert… Le devant ne sera point parementé. « Les chasseurs porteront pour coiffure des chapeaux à visière, coupés ronds, de trois pouces six à huit lignes de hauteur d’aile, relevés des deux côtés avec des ganses noires, qui s’attacheront à un bouton cousu sur le milieu de la forme. Ils seront bordés d’un bord de laine noire de neuf lignes de large, et garnis en temps de guerre d’une calotte de fer évidée. 193

« Chaque compagnie de chasseurs… sera distinguée par une houppe de laine ronde et aplatie, de six lignes d’épaisseur et de vingt lignes de diamètre, qui sera portée au-dessus de la cocarde. Celle de la première compagnie sera écarlate ; celle de la seconde bleu céleste ; celle de la troisième rose ; celle de la quatrième, souci68. « Chaque bas officier et chasseur portera un bonnet de police, façonné à la dragonne,… vert. « Mêmes insignes de grade que dans la cavalerie et les dragons. « Les trompettes porteront l’habit de drap bleu, avec les revers, parements et doublures des couleurs déterminées, et les boutons réglés pour chaque régiment ; les galons à la livrée du roi… disposés comme dans la cavalerie et les dragons. « Le sabre sera conforme à celui des dragons, ainsi que le ceinturon. « La giberne et ses accessoires sera comme dans les hussards. « Les porte-manteaux seront de tricot, dans les mêmes formes et proportions que ceux des hussards… « La selle et tous les équipages qui en dépendent… seront façonnés à la hongroise… « L’armement des chasseurs à cheval, outre le sabre, se compose d’une carabine et d’un seul pistolet, en opposition duquel ils porteront à l’arçon une hache à marteau. » A l’époque de la Révolution, chaque régiment de chasseurs à cheval – ils restèrent 12 jusqu’en 1793 – se distingua par une tenue différente de celles des autres, adoptant très souvent une « ligne » fort proche de celle des hussards. En 1802, on remit un peu d’ordre dans les tenues des 12 premiers régiments qui se caractérisèrent donc par un dolman, un surtout, un pantalon et un manteau vert ; le gilet était blanc et la coiffure était un shako. En 1808, les chasseurs adoptèrent un habit à la française à pans longs de drap vert foncé. Collet passepoilé. Pattes d’épaules lisérées. Revers en pointes passepoilés. Parements en pointe passepoilés et fermés par 2 boutons. Retroussis de la distinctive passepoilés de vert or-

Ce système était déjà d’usage dans les régiments mixtes : les chasseurs à pied portaient ces couleurs pleines ; les chasseurs à cheval mi-partie blanc. L’état-major portait des houppes blanches.
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nés de cors blancs. Poches à la Soubise simulées par un passepoil de la distinctive. Boutons de métal blanc. Enfin, en 1811, on « coupa la queue » des chasseurs et ils portèrent donc un habit à revers agrafés et à pans courts avec les mêmes agréments. La plupart des unités adoptèrent le shako, mais, nous le verrons, il existait des exceptions. Les compagnies d’élite portaient le même habit que la troupe mais avec des épaulettes écarlates. Colback de fourrure noire à flamme verte soutachée de la distinctive et orné d’une grenade ou du numéro du régiment en laiton ou en métal blanc. La flamme glissée dans la coiffure restait invisible la plupart du temps. Plumet écarlate. Les sous-officiers portaient l’habit de la troupe avec galons de grade blancs ou argent lisérés de la distinctive sur les manches. Pour les compagnies d’élite : épaulettes à tournante argent et franges mêlées d’argent. Cordon du shako en fil blanc ou argent mêlé d’amarante ou d’écarlate (pour les compagnies d’élite). Les officiers portaient l’habit de la troupe, mais souvent de drap plus fin, à pans longs avec insignes de grade (épaulettes, cordon et galon en haut du shako et souvent chevrons sur les côtés du shako) argent. Shako à plaque, cordon et cercle de visière dorés et pour les compagnies d’élite, colback à flamme soutachée d’argent. Buffleterie de cuir noir bordée de métal argenté en grande tenue. Schabraque de drap vert à galon argent et passepoil extérieur de la distinctive ornée dans le coin postérieur gauche d’un cor en fil d’argent et dans le coin postérieur droit du numéro du régiment de même. Les trompettes portaient la tenue de la troupe mais en couleurs inversées : habit en drap de la distinctive. Collet et parements ornés d’un galon de livrée blanc bleu et rouge et, parfois, à damier blanc et amarante. Revers, retroussis et, pour les trompettes des compagnies du centre, pattes d’épaules verts passepoilés de la distinctive. Plumet de la distinctive à sommet vert. Trompette de laiton à cordon mêlé blanc et amarante 195

Dans le tableau qui suit, nous donnons les couleurs distinctives des 31 régiments69 de chasseurs à cheval tels qu’organisés à partir de 1793 : Regt Collet et retroussis 1 Ecarlate 2 Vert 3 Ecarlate 4 Jonquille 5 Vert 6 Jonquille 7 Rose 8 Vert 9 Rose 10 Cramoisi 11 Vert 12 Cramoisi 13 Orange 14 Vert 15 Orange 16 Bleu ciel 17 Vert 18 Bleu ciel 19 Aurore 20 Vert 21 Aurore 22 Capucine 23 Vert 24 Capucine 25 Garance 26 Vert 27 Garance 28 Amarante 29 Vert 30 Amarante 31 Chamois Passepoil Collet Vert Ecarlate Vert Vert Jonquille Vert Vert Rose Vert Vert Cramoisi Vert Vert Orange Vert Vert Bleu ciel Vert Vert Aurore Vert Vert Capucine Vert Vert Garance Vert Vert Amarante Vert Vert Parements Ecarlate Ecarlate Vert Jonquille Jonquille Vert Rose Rose Vert Cramoisi Cramoisi Vert Orange Orange Vert Bleu ciel Bleu ciel Vert Aurore Aurore Vert Capucine Capucine Vert Garance Garance Vert Amarante Amarante Vert Chamois Passepoil parements Vert Vert Ecarlate Vert Vert Jonquille Vert Vert Rose Vert Vert Cramoisi Vert Vert Orange Vert Vert Bleu ciel Vert Vert Aurore Vert Vert Capucine Vert Vert Garance Vert Vert Amarante Vert

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A la vérité, des trente régiments : le 30e régiment, prévu dans les tableaux, n’a jamais existé.

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En 1815, les chasseurs à cheval portaient, en théorie, un pantalon vert à galon de la distinctive. Néanmoins, tenant compte des difficultés qu’avait éprouvées l’armée à rhabiller et rééquiper ses hommes, il est fort possible que beaucoup de chasseurs aient fait la campagne en pantalon à charivari – à dire vrai plus confortable – ou en culotte du modèle adopté en 1811. Même remarque en ce qui concerne les coiffures. En théorie, la tenue réglementaire comportait un shako en feutre noir à renforts en V et bandes du haut et du bas en cuir noir, agrémenté d’une plaque en écu de métal blanc estampée du numéro du régiment, sans cordon et mais avec une jugulaire en écailles de métal blanc et une visière de cuir noir. Une carotte, verte et à sommet de la distinctive, prolongeait un pompon de la couleur de la compagnie, la cocarde tricolore dissimulant l’attache de cet ensemble sur la coiffure. Les officiers de plusieurs régiments de chasseurs à cheval se distinguaient par un schako « rouleau » de forme plus cylindrique. Cette coiffure ne semble pas avoir été réglementaire mais correspondait aux critères de la mode et fut, d’ailleurs, adoptée officiellement à la Restauration. La buffleterie est en cuir blanchi. Le chasseur porte une giberne de cuir noir ornée d’un cor de métal blanc. Le ceinturon est à bélière « à la hussarde » et fermé d’une boucle en S. Le cavalier porte un sabre de cavalerie légère à lame courbe et dont la garde comporte
1er chasseurs à cheval en pantalon à charivari (1815) Dessin de Pierre Benigni

trois branches ; le fourreau est en fer. En outre, le chasseur à cheval

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est muni d’un mousqueton du même type que celui du dragon. Le harnachement est en cuir noir, la selle de type hongrois est recouverte d’une schabraque de mouton blanc bordée de dents de loup de la couleur de la distinctive. Le porte-manteau est cylindrique en drap vert galonné et numéroté. Les compagnies d’élite se distinguent des autres par des épaulettes écarlates, un plumet écarlate porté sur un colback en fourrure foncée, à flamme verte soutachée de la couleur distinctive. On n’aperçoit d’ailleurs que très difficilement cette flamme, dans la mesure où elle est glissée dans le colback. Une exception : les chasseurs de la garde impériale sortent leur flamme quand ils escortent la personne de l’empereur. 1er chasseurs à cheval L’arme des chasseurs à cheval est la plus jeune de toute la cavalerie française. C’est pourtant à 1651 qu’il faut faire remonter l’origine du 1er chasseur à cheval. C’est en effet le 24 septembre 1651 que Louis XIV signa l’ordonnance qui autorisait le marquis d’Humières à lever un régiment de cavalerie. Ce régiment de gentilshommes, a servi sous le nom d’Humières jusqu’au 18 avril 1661 quand, comme nombre de ses pairs, il fut réduit à sa compagnie mestre de camp. En 1667, il était rétabli à quatre compagnies, pour revenir à l’effectif de deux compagnies le 24 mai 1668. En 1672, il revient à six compagnies pour participer à la campagne de Hollande, toujours sous le nom d’Humières, le fils ayant succédé au père à la mestrise de camp. En 1675, il passe dans la maison de Villeroi et prend le nom de Seyssac-cavalerie d’après le nom porté à cette époque par François de Neufville de Villeroi, comte de Seyssac, lequel deviendra en 1693 le fameux maréchal de Villeroi. En 1695, le régiment passant aux mains d’un neveu de Villeroi, lui-même chevalier de Villeroi, il devient Villeroi-cavalerie, nom qu’il conserve quand le maréchal reprend son régiment en 1700. En 1718, c’est un autre membre de la famille de Villeroi, le marquis d’Alincourt qui devient mestre de camp mais le régiment change de nom : Alincourt-cavalerie. En 1733, le régiment devient la propriété de Louis François de Bourbon, prince de Conti, qui en laisse le commandement effectif à M. de Bourzac : le régiment n’en devient pas moins Conti-cavalerie. 198

C’est sous ce nom qu’il combat en Allemagne, puis en Italie. Il est sur le Bas-Rhin en 1745 et en Flandre en 1746. On le retrouve à Rocourt et à Lafelt. En 1757, il quitte Sedan où il était en garnison pour rallier l’armée du Hanovre. En 1758, il est entièrement fait prisonnier à Minden, mais 80 maîtres et 60 chevaux parviennent à s’échapper et à gagner Metz où ils constituent le noyau d’une unité reconstituée et envoyée à Gray en 1759. Jusqu’au 25 mars 1776, Conti était resté un régiment de gentilhomme. A cette date, il devient régiment de dragons et lorsque le prince de Conti meurt, le 12 septembre 1776, il devient propriété du marquis de Boufflers-Rouvrel, lequel l’avait commandé durant six ans comme mestre de camp-lieutenant, et recueille le 3e escadron de chasseurs de la Légion de Condé. Boufflers-dragons devient le 17 mars 1788 le régiment de chasseurs d’Alsace, incorpore un escadron constitué de cavaliers tirés des six régiments de cavalerie dissous à cette époque et prend le premier rang dans l’arme nouvellement créée, ce qui se justifie amplement du fait de son ancienneté. Devenu le 1er régiment de chasseurs à cheval, il combat à Valmy et à Arlon. En 1795 et 1796, il fait partie de l’armée de Sambre-et-Meuse. Au passage du Rhin, le 1er juin 1796, il perd son chef de corps, le colonel Dubois-Crancé. Le régiment gagna ensuite Verdun qu’il ne quitta que pour s’intégrer à l’armée des côtes de l’Océan ; il tint notamment garnison à Bruges et à Gand (1804). Parti avec un peu de retard, il ne rejoint la grande armée que peu avant Austerlitz mais c’est pour s’y distinguer et ne la quitta plus avant Wagram. En 1810, il est à Nimègue puis, à nouveau, à Bruges. Il rejoint l’armée de l’Elbe en 1811, fait la campagne de 1812 dans le corps de Davout avec lequel il reste à Hambourg en 1813 et jusqu’en juin 1814. Rentré à Paris, il est réorganisé le 1er juillet 1814 sous le titre de Régiment du Roi. A cette époque, le 1er chasseurs – et lui seul dans cette arme – reçut un casque à chenille noire en cuir bouilli noir orné d’un écu ovale portant les armes du Roi. Le 1er chasseurs fit plus que vraisemblablement la campagne de 1815 coiffé de ce casque non sans que les cavaliers aient martelé ou brisé les fleur de lys. Mais les sources sont assez divergentes et il n’est pas exclu que certains, au moins ceux de la 199

compagnie d’élite, aient repris le shako qu’ils avaient porté depuis 1812 jusqu’à la chute de l’Empire. En tout cas, ils arrachèrent la belle fourragère blanche qu’ils avaient reçue pour les distinguer comme régiment royal. Le 1er régiment de chasseurs à cheval fit la campagne de 1815 dans l’Armée du Nord. Fort de 40 officiers et 445 hommes, il appartenait à la 2e division de cavalerie légère du marquis de Piré, dans la brigade Hubert. Il appartenait donc organiquement au 2e corps du général Reille. Commandé par le colonel Simoneau, il subit sa première perte dès le 15 juin 1815 à Charleroi. A dire vrai, la victime était le lieutenant Sénarmont qui fut blessé alors qu’il était employé comme ordonnance du général Exelmans. Le 1er chasseurs à cheval intervint aux Quatre-Bras (deux officiers blessés) et à Waterloo où il subit d’assez sévères pertes en blessés. Le colonel Simoneau lui-même fut touché ; il qui ne quitta pas son commandement pour autant puisqu’il était toujours à la tête de son régiment le 1er juillet quand celui-ci mit très sévèrement à mal les 3e et 5e régiment de hussards de réserve prussiens, ce qui valut à Simoneau l’étoile de général de brigade. Le général Simoneau venait d’avoir 40 ans quand il fut mis en disponibilité le 20 décembre 1815. Outre le chef de corps, le chef d’escadron Dubourg, 4 capitaines, 2 lieutenants et 5 sous-lieutenants dont le porte-étendard Schmaltz furent encore blessés à Waterloo. Quant au régiment, on perd sa trace après sa dissolution fin 1815. 3e chasseurs à cheval Il faut remonter à 1675 pour retrouver l’origine de ce régiment. Il fut levé à Phillipsburg par le gouverneur de cette place, Charles du Fay, et porta dès lors le nom de Fay-dragons. En 1678, il devint propriété de JeanBaptiste du Deffant, marquis de La Lande et sous ce nom, occupa Casal et fit le siège de Luxembourg. En 1696, il appartenait à César de SaintGeorges, marquis de Vérac, puis, en 1706, à son fils, le chevalier de Vérac. A cette époque, on le rencontre surtout en Italie. Sous les noms de Caylus puis de Beaucourt, il opère en Guyenne puis au Piémont. En 1725, il prend le nom de Vitry-dragons et participe dès 1733 aux opérations sur le Rhin. En 1739, il passe au marquis de L’Hôpital, frère du marquis de Vitry. On le retrouve en Bohême en 1741. Très sévèrement 200

éprouvé à la bataille d’Augenheim (1744), il est envoyé en Bretagne pour se refaire et, en 1746, prend part à la défense de Lorient contre les Anglais. En 1749, il devient la propriété du comte de La Ferronais, puis, en 1762 du vicomte de Chabot, membre de l’illustre famille de Rohan. Entre-temps, il avait participé à toutes les actions importantes de la guerre de Sept Ans (Krefeld, Minden, Corbach, Warburg…). En 1775, il recueille le 3e escadron de chasseurs de la Légion de Soubise et prend le 19e rang de son arme. En 1788, suite à la réforme générale de la cavalerie, il est transformé en régiment de chasseurs avec le numéro 3 et le titre de Flandre. Trois de ses escadrons sont détachés en 1792 à l’armée du Nord : ils se distinguent à Jemmapes. En 1795, il passe à l’armée de Sambre-et-Meuse. En 1797, on le retrouve à Neuwied où il fait l’objet de l’admiration générale pour avoir subi une demi-heure sans broncher le feu d’une batterie de sept pièces de canon. Puis il est envoyé en Bretagne faire partie de l’armée dite d’Angleterre. En 1798, il est en Italie où il a servi jusqu’en 1806. En 1805, en Italie, puis en Dalmatie en 1806, il rejoint la grande armée en 1807, dans le corps de réserve de cavalerie (Friedland). Après un bref retour en Dalmatie, il est rappelé et se bat à Essling et à Wagram. Campagne de Russie, campagne de Saxe et, enfin, campagne de France. A la première Restauration, le 3e chasseurs à cheval porta brièvement le nom de Chasseurs du Dauphin et reçut le 25e chasseurs réformé, le 4e escadron d’éclaireurs de la garde et les 3e, 6e et 7e compagnie de chasseurs à cheval de la jeune garde. Après avoir retrouvé son numéro, il fut affecté à l’Armée du Nord où, sous le commandement du colonel Alexis de la Woestine, il comptait 29 officiers et 336 hommes en trois escadrons. Embrigadé avec le 7e hussards du colonel Marbot, il appartenait à la 1ère division de cavalerie du 1er corps d’armée. Le 18 juin 1815, alors que Marbot avait été envoyé établir une ligne de postes de cavalerie sur la droite de l’armée vers Ottignies, le 3e chasseurs à cheval fut employé avec les 3e et 4e lanciers pour contrattaquer l’Union Brigade qui venait de mettre le 1er corps d’armée en déroute mais qui avait commis la meurtrière imprudence de monter 201

jusqu’à la grande batterie française. Quelques temps après, la division de cavalerie de Jacquinot fut disposée de telle manière à protéger le flanc droit du 6e corps d’armée en direction de Fichermont alors que le 4e corps prussien de Bülow s’apprêtait à sortir du bois de Paris. Le régiment subit d’assez lourdes pertes au cours de la journée puisque, outre le chef d’escadron Pozac, 3 capitaines, 3 lieutenants et 4 sous-lieutenants furent blessés dans l’action. Précisons que le 3e chasseurs ne reçut pas de casque à chenille à la Restauration et qu’il continuait donc à porter le shako qu’il avait porté jusqu’en 1814. Le régiment fut dissous fin 1815, ce qui met définitivement fin aux traditions de ce prestigieux corps de cavalerie. 4e chasseurs à cheval Voici encore un régiment dont l’origine remonte au règne de Louis XIV. Il fut créé en 1675 par Claude Antoine de Dreux, comte de Nancré, à l’époque gouverneur de la place d’Ath. Le brevet fut cédé l’année suivante à M. de Bursard, capitaine d’une compagnie franche qui recruta trois autres compagnies à Maastricht. On perd la trace de ce régiment jusqu’en 1681, à la mort de Bursard, quand le régiment devint la propriété du comte de Tessé. On le signale à Luxembourg et à Fleurus. En 1692, le régiment passe au comte de Sennectère (siège de Namur, Steenkerque, Charleroi). En 1693, en Italie ; en 1696 en Espagne, en 1697, au siège d’Ath. Lors de la guerre de succession d’Espagne, il est employé aux Pays-Bas puis en Italie. En 1705, il devient propriété du marquis de Belabre et, en 1727, celle de Louis Robert de Bréhan, comte de Plélo. En 1729, il passa au marquis de Nicolaï qui le passa à son frère, le chevalier de Nicolaï, quand il devint président au Parlement de Paris. C’est sous le commandement de celui-ci qu’il combattit en Italie avant de revenir en garnison à Chinon. La guerre de Succession d’Autriche le voit en Bohême dans l’armée du Bas-Rhin. Passé aux mains du comte de Bartillat en 1744, on le retrouve sur le Rhin. Sous le nom d’Apchon, il combat à Rosbach où il est sévèrement éprouvé. On le retrouve à Bergen le 13 avril 1759 et, 202

quelques jours plus tard, le 19, il enlève deux étendards au régiment de Finkelstein. On le voit encore à Minden, à Corbach, à Warburg et au Johannisberg. Il avait entre-temps repris le nom de Nicolaï (20 février 1761). En 1763, il devint propriété du chevalier de Lanan en même temps qu’il était réorganisé. En 1775, à Besançon, il absorbe le 4e escadron de chasseurs de la Légion de Soubise. En 1782, il passe aux mains du marquis de Durfort et devient régiment de chasseurs à cheval en 1787 en prenant le numéro 4 de l’arme et en absorbant un escadron du régiment de cavalerie des Evêchés dissous. En garnison à Besançon, il fut attaché en 1791 à l’armée du Rhin. C’est alors qu’il subit une cruelle aventure : fait presque entièrement prisonnier au Fort-Vauban, il fut envoyé en Autriche. Les cavaliers qui avaient échappé à cette déportation n’en illustrèrent pas moins leur étendard à Wantzen, à Kaiserslautern, à Rastadt et à Neubourg pour finir par être envoyé en Italie. De leur côté, les prisonniers de guerre furent échangés en 1796 contre des prisonniers autrichiens faits durant la campagne d’Italie et servirent en Vendée et en Bretagne avant de rejoindre l’armée de Batavie. Finalement l’ensemble du régiment fut réuni en Italie en 1800. En 1804, le 4e chasseurs à cheval envoya un escadron à la Martinique d’où il ne rentra qu’en 1812. Les autres partirent pour Turin en 1805, fournirent de la cavalerie au blocus de Venise et, l’année suivante, se rendirent à Naples où ils restèrent jusqu’en 1811. L’escadron antillais rejoignit à Hambourg, d’où il partit pour la campagne de Russie. Il s’illustra particulièrement au début de cette campagne, puisque, avant la bataille de la Moskowa, il avait déjà vu 33 de ses cavaliers décorés de la Légion d’honneur. Son chef de corps, le colonel Boulnois, était d’une rare intrépidité : à Krasnoïe, il reçut deux coups de feu et eut son cheval tué sous lui ; à Voloutina-Gora, il reçut une balle à la tête, et à la Moskowa, il eut trois chevaux tués ou blessés sous lui. Son successeur, le comte de Vence, ne lui cédait en rien : il fut blessé trois fois à Leipzig et eut son cheval tué. Après avoir participé à la campagne de France, il fut reconstitué par Louis XVIII, par absorption des débris du 19e chasseurs, avec le titre de Chasseurs de Monsieur. Retrouvant son numéro 4 aux Cents-Jours, il fut 203

affecté à l’Armée du Nord dans le 3e corps du général Vandamme dans lequel, embrigadé avec le 9e régiment de chasseurs, il appartenait à la 3e division de cavalerie du lieutenant général Domon. Comptant 31 officiers et 306 hommes en 3 escadrons, il était commandé par le colonel baron Desmichels. Dès le 15 juin 1815, le 4e chasseurs à cheval eut affaire à l’ennemi : avec le corps de Pajol, sa division repoussa les postes prussiens à Ham-sur-Heure puis se dirigea vers Marcinelle où il tenta d’entrer. Les tirailleurs prussiens, bien embusqués, l’obligèrent à se retirer. Rejoint par de l’infanterie, il put s’emparer du village, libérant ainsi le passage vers Marchiennes. Dans ce combat, le 4e chasseurs perdit le sous-lieutenant Rink, tué, le chef d’escadron Sassemayous et le souslieutenant Grasmouck, blessés. Le lendemain 16 juin, la division Domon couvrit le flanc gauche de la division Girard en face de Saint-Amand durant toute la journée mais repoussant dans la soirée deux brigades de cavalerie prussiennes, il n’éprouva pas de pertes notables. Le 17, quittant le 3e corps et affecté au 6e corps (Lobau), il précéda l’empereur sur la route des Quatre-Bras. Arrivée le soir à la Belle-Alliance, en vue de Mont-Saint-Jean, la division força l’ennemi à ouvrir le feu, découvrant ainsi sa position. La division Domon passa la nuit la nuit dans les champs autour de la Belle-Alliance, le long de la route à gauche, et ne les quitta que le lendemain vers 15.00hrs, quand, avec la division Subervie et bientôt rejoint par le 6e corps, il fut envoyé sur la droite du dispositif français pour surveiller les Prussiens qui s’amassaient dans le bois de Paris. Au cours de la journée, le 4e chasseurs à cheval perdit 2 capitaines, 1 lieutenant, et 5 souslieutenants, blessés. Licencié en décembre 1815, le régiment céda ses effectifs au nouveau 21e chasseurs du Vaucluse, lequel deviendra en 1825 le 9e dragons. 6e chasseurs à cheval S’il faut aussi remonter à Louis XIV pour retrouver les origines de ce régiment, il présente un caractère particulier. Dans les papiers du roi, on trouve une minute écrite de sa main et datée de décembre 1676 dans laquelle il dit aux Etats de Languedoc qu’il leur « sçait gré de leurs soins pour la levée d’un régiment de dragons ». Ce sont effectivement les Etats de Lan204

guedoc qui confient le 4 octobre 1676 à François de Vissec de Latude, chevalier de Ganges, la mission de lever un régiment de dragons dans l’intention de garder les côtes. Dès l’origine, le régiment s’appela Languedoc-dragons et jusqu’à la révolution, il ne changea jamais de nom. Grâce à une lettre de Louvois datée du 30 décembre 1676, nous savons que le régiment fut recruté et équipé sur le pied de 17 compagnies aux frais des Etats, mais que c’est le roi qui a engagé la première dépense. Les Etats se firent-ils tirer les oreilles pour rembourser ?... Toujours est-il que Languedoc-dragons fut réformé le 8 août 1679 à l’exception de sa compagnie mestre de camp qui fut incorporée dans Royal-dragons. Le régiment fut rétabli le 5 janvier 1684 pour être à nouveau réformé le 26 septembre. Sa compagnie mestre de camp fut alors versée dans Firmacon-dragons. Finalement, le rétablissement définitif et son admission dans l’armée permanente des dragons de Languedoc datent du 20 août 1688. Un deuxième régiment fut mis sur pied en même temps : Languedoc 2e, qui disparut à la fin de la guerre de Succession d’Espagne. Dès ce moment, le régiment est soumis au même traitement que tous ses pareils : on le retrouve en Catalogne, en Italie, sur les Alpes, sur la Meuse, sur le Rhin, etc. Pendant la guerre de Succession de Pologne, il opère sur le Rhin. La guerre de Succession d’Autriche le voit en Bohême. En 1744, il est sur le Var et à Nice. Languedoc-dragons est réorganisé le 28 mars 1763 à Sarrelouis et, en 1775, il incorpore le 2e escadron de chasseurs de la Légion de Dauphiné. En 1787, il est transformé en régiment de chasseurs à cheval, devient le 6e régiment de chasseurs à cheval du Languedoc, et forme un 5e escadron en incorporant les régiments réformés de la Marche, de Quercy et de Franche-Comté. Lorsque la guerre éclate en 1792, ses trois premiers escadrons servent à l’armée du Nord, le 4e à Arras. En 1804, il est envoyé en Italie et sert en Calabre et dans les Abruzzes jusqu’en 1808 quand il est transféré en Catalogne. Retour en 1809 en Italie puis en Autriche (Piave, Wagram). Campagne de Russie puis campagne de Saxe et de France. La Restauration de 1814 fait du régiment le régiment des Chasseurs à Cheval de Berry. Lorsque Napoléon revient de l’île d’Elbe, le 6e chas205

seurs retrouve son numéro d’ordre. Il est affecté à l’Armée du Nord. Digby Smith le situe dans la 3e division de cavalerie (Domon) du 3e corps d’armée. Susane, de son côté, le place dans le 2e corps d’armée (Reille) et c’est lui qui a raison, la nouvelle organisation de la cavalerie mise en place le 4 juin étant passé par là : placé sous le commandement du colonel de Faudoas, il comptait 34 officiers et 526 cavaliers (en quatre escadrons). C’est donc le régiment de cavalerie le plus étoffé de l’armée du Nord après le 2e dragons (583 hommes). Il appartenait effectivement à la 1ère brigade (Hubert) de la 2e division de cavalerie du général Piré et, donc, à la cavalerie organique du 2e corps d’armée. C’est donc tout à fait normalement qu’il est impliqué dans la bataille des Quatre-Bras et y provoque un incident digne d’être détaillé. On sait que jusque vers 15.00 hrs, seules des troupes néerlandaises – un peu moins de 8 000 hommes – dirigées par le prince d’Orange, défendent la position des Quatre-Bras. A partir de 15.00 hrs, des renforts commencent à lui arriver, à commencer par la brigade de cavalerie légère du général van Merlen, composée du régiment de Hussards n° 6 (Boreel) et du régiment de Dragons-légers n° 5 (de Mercx). Arriveront ensuite, progressivement, les unités d’infanterie de la 5e division alliée du général Picton, partis de Bruxelles vers 02.00 hrs du matin. Le duc de Wellington qui a fait une apparition dans la matinée pour constater que les Français restaient inactifs, revient à la même heure du moulin de Bussy où il a tenu une conférence avec le maréchal Blücher. En voyant les renforts arriver, les troupes hollando-belges, durement éprouvées, reprennent confiance et le 5e bataillon de Milice nationale s’avance fermement vers la ferme de Gémioncourt dont il reprend les alentours avec l’appui de la batterie du capitaine Bijleveld. Il est alors chargé avec violence par le 6e chasseurs à cheval français mais résiste bien. Lorsqu’il aperçoit cette charge, le prince d’Orange, pour donner un peu d’air aux miliciens, ordonne à van Merlen de charger à son tour et va se placer au milieu des jeunes miliciens afin de soutenir leur moral. Le 6e Hussards néerlandais fournit une charge qui, menée sans beaucoup de méthode, aboutit à un échec : ils sont refoulés par le 6e chasseurs qui poursuit sa charge contre le 5e M.N. Le prince d’Orange manque être pris 206

et ne doit son salut qu’à la vitesse de son cheval Vexy. Les Français contournent le 5e M.N., dûment formé en carré, et vont s’en prendre au 2e bataillon d’Orange-Nassau qui leur tient tête et les force à tourner bride. Quand le colonel de Mercx s’aperçoit de ce mouvement, il fait avancer ses dragons-légers, fait sonner la charge, et dévale la pente à la poursuite des Français. Les Belges finissent par se retrouver en face des cavaliers lourds des 8e et 11e cuirassiers qui avancent, très menaçants, et les forcent à remonter vers leur position de départ. Le 6e chasseurs qui a profité de ce court répit pour se reformer remonte alors à la poursuite des dragonslégers belges. Les Néerlandais, avec cette masse à leurs trousses, remontent la pente, mêlés aux chasseurs français qui, reconnaissant d’anciens camarades, les épargnent relativement tout en leur hurlant, en français, de venir les rejoindre. A quoi, les Belges répondent, en français toujours, par quelques insultes bien senties. Or – et vraiment, la coïncidence est extraordinaire – les chasseurs français et les dragons-légers belges portent un uniforme en tous points identiques. Les Ecossais du 92nd qui, entre-temps, se sont alignés le long de la route de Namur, voient venir à eux cette masse de cavaliers. Ils n’ont naturellement pas le temps de saisir les subtilités de la situation, prennent les Belges pour des Français et livrent un feu meurtrier qui a pour résultat de mettre les dragons-légers néerlandais hors de combat pour un sérieux moment. Le 6e chasseurs français revient une fois de plus à son point de ralliement et, de là, avec ses camarades lanciers de la 2e brigade, fournira encore plusieurs charges dont l’une aura pour résultat la mort du duc de Brunswick. Le 18 juin, le 6e chasseurs opérera à gauche du dispositif français, le long de la chaussée de Nivelles. Tenant compte de la lourde implication du régiment durant la journée du 16 juin, on pourrait penser que ses pertes ont été assez lourdes et c’est sans doute le cas. Malheureusement, Digby Smith ne donne qu’un officier blessé à Ligny, alors que le 6e chasseurs n’y a jamais mis les pieds et Martinien ne cite même pas la bataille des Quatre-Bras… Par contre, pour la bataille de Waterloo, il donne deux capitaines morts des suites de leurs blessures, trois capitaines, un lieutenant et sept sous-lieutenants blessés, ce qui donne un total de 13 officiers hors combat, ce qui est con207

sidérable. Il faut donc considérer que dans ces chiffres sont additionnées les pertes subies lors des deux batailles. Le 6e chasseurs fut dissous le 30 novembre 1815 et ses hommes versés dans les effectifs d’un nouveau chasseurs n° 6, formé à Avignon le 1er février 1816 avec le nom de chasseurs du Cantal. Ce régiment deviendra en 1831 le 5e lanciers puis, sous le Second Empire le 17e dragons. La IIIe République verra la naissance d’un nouveau 6e chasseurs à cheval, mais il s’agira du 6e chasseurs d’Afrique dont il est impossible de faire remonter les traditions à l’ancien Languedoc-dragons. 8e chasseurs à cheval Nous n’entrerons pas dans le détail de la création de ce régiment. Il s’agit en effet de l’amalgame de plusieurs corps de volontaires à pied autant qu’à cheval. Le 1er août 1749, était constitué le corps des Volontaires de Flandre constitué par les Arquebusiers de Grassin (1744), par les Fusiliers de La Morlière (1745) et par les Volontaires bretons (1746). L’effectif de ce corps était considérable et une ordonnance du 25 mars 1757 prescrivit son partage en deux corps – les Volontaires de Flandre et les Volontaires du Hainaut – composés chacun de 6 compagnies de 70 hommes, 30 cavaliers et 40 fantassins. En 1762, ce corps devint la Légion de Flandre en y adjoignant les Volontaires du Dauphiné supprimés. En 1776, la Légion était supprimée et ses 4 escadrons de cavalerie furent distribués dans les régiments de dragons de la Reine, du Dauphin, de Monsieur et d’Artois. Trois ans après, on reprenait ces 4 escadrons pour former le 2e régiment de chasseurs à cheval. Associé à un bataillon de chasseurs à pied en 1784, il constitua le régiment des Chasseurs des Pyrénées. A nouveau séparé de ses fantassins en 1788, mais rejoint par un 5e escadron, il forma les Chasseurs de Guyenne et prit le numéro 8 dans l’arme. Après avoir servi à Valmy, sur le Rhin, dans le Palatinat, certains escadrons passèrent en Vendée tandis que d’autres se distinguaient à Fleurus. A nouveau réuni à l’armée du Rhin et Moselle, puis aux armées du Danube, d’Helvétie et du Rhin. En 1801, il était en Batavie et y resta jusqu’en 1804 quand il rejoignit la grande armée. Il combat à Iéna (1806) 208

avant de rejoindre l’Italie. En 1809, contre l’Autriche, en 1810, dans le Tyrol. Campagne de Russie en 1812. A nouveau divisé, certains escadrons sont dans la garnison de Hambourg, tandis que les autres font la campagne de France (Montereau, La Fère-Champenoise). Le 1er juillet 1814, le régiment prend le titre de Chasseurs de Bourbon. Après avoir repris son numéro en avril 1815, il est, à la suite des ordres du 3 juin 1815, embrigadé avec le 6e hussards dans la brigade du général Valin faisant partie de la 6e division de cavalerie affectée au 4e corps d’armée (Gérard). Et c’est avec ce corps qu’il fit toute la campagne. S’il combattit à Ligny, ce qui n’est pas assuré, il n’y subit aucune perte. Le lendemain, il suivit le 4e corps vers Gembloux et, le 18 juin, l’escorta, assurant la garde de son flanc. On ne peut guère en dire plus. De façon assez extraordinaire, il semble bien qu’avant le 18 juin dans la soirée, personne ne se soit soucié de la 6e division de cavalerie… S’il est à peu près certain qu’elle passa la Sambre à Châtelet à la suite du 4e corps dans la matinée du 16 juin, c'est-à-dire fort tard, puisque le 4e corps du général Gérard – si prompt à reprocher aux autres leur retard dans les publications qu’il fit paraître après la défaite – n’arriva en vue du champ de bataille de Ligny que vers 13.00 hrs, on ne peut qu’émettre des suppositions sur la position que prit la 6e division de cavalerie à cette heure. Selon toute vraisemblance, et pour suivre l’avis des spécialistes de War Games, elle prit place à gauche de la route Fleurus – Sombreffe, à peu près à hauteur de la Tombe de Ligny. De ce moment, on n’en trouve plus trace dans les récits de la bataille. Or, si l’on en croit Martinien, le commandant de la division, le général Maurin, fut mis hors combat par un coup de feu qui l’atteignit au sein gauche, le forçant à céder son commandement au général Vallin, le commandant de sa 1ère brigade. Le général Berruyer qui commandait l’autre brigade fut, lui aussi, blessé. Si l’on en croit le général Pajol, la division Domon qui protégeait le flanc gauche de l’armée du côté de Saint-Amand fut mis en difficulté par la cavalerie prussienne qui cherchait à le tourner et Pajol, qui tenait l’aile droite du dispositif français dut lui envoyer la division Subervie. Il semblerait logique que Napoléon, avant d’aller chercher une division de cavalerie sur sa droite pour renforcer sa gauche ait d’abord songé à utiliser 209

une division de cavalerie qu’il avait sous le nez, au centre du dispositif, totalement inactive. Serait-ce à ce moment que Maurin aurait été blessé ? Possible, mais nous n’en avons aucune certitude. Tout cela est bien étrange : alors que Maurin et Berruyer sont dits blessés à Ligny dans les rapports officiels, seuls les 6e et 16e dragons sont réputés avoir eu des pertes à Ligny, alors que le 8e chasseurs à cheval et le 6e hussards n’ont subi aucune perte. Est-il possible que Maurin n’ait employé que sa 2e brigade ? Nous savons aussi que, tard dans la soirée, Grouchy fit charger Vallin en direction de Sombreffe afin de tâter la résistance des Prussiens qui y restaient. Apparemment, cette charge n’eut pas de suite. Le mystère continue à planer sur cette division de cavalerie, désormais commandée par le général Vallin, puisque nous ignorons tout de ce qu’elle fit le 17 juin. Seule présomption : elle marche avec le 4e corps d’armée jusqu’à Gembloux. Le lendemain, elle suit le 4e corps, marchant sans doute en partie sur son flanc et en partie formant son arrière-garde. Nous retrouvons pourtant le général Vallin à La Baraque, sur la route de Wavre. Le maréchal Grouchy, au moment où il se dispose à faire attaquer Bierges par Gérard, dispose la cavalerie d’Exelmans en arrière de la droite du 3e corps, soit vers Basse-Wavre et laisse la division Vallin à La Baraque pour observer Limal et Limelette. Dans la très bonne biographie qu’il consacre à son père, le général comte Pajol 70 nous explique que le 4e corps dépasse La Baraque et vient se placer sur la gauche du corps de Vandamme « depuis le Trou-Dehoux jusqu’en face de Bierges, sur les hauteurs qui dominent la Dyle ». Il est alors 18.00 hrs. Le général Pajol – qui est à la tête du 1er corps de cavalerie de réserve – avait reçu instruction de se porter de Tourinnes où il était à 15.30 hrs, vers Limal. Il arrive « avant sept heures » à La Baraque où « il trouve le général Valin, mis dès ce moment sous ses ordres ». Les deux généraux s’entretiennent de la position de Limal « en face de laquelle les cavaliers de Valin manoeuvraient depuis le matin… » On peut donc supposer qu’une des deux brigades de Vallin a précédé le 4e corps et a opéré des reconnaissances en
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Général comte Pajol – Pajol général en chef, III – Paris, Firmin Didot, Dumaine, 1874, pp 230 et sq.

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direction de Limal. Sans doute cette brigade est-elle celle qui comprend les hussards et les chasseurs à cheval, dont la reconnaissance est le métier plutôt que celui des dragons. Nous savons en tout cas avec certitude, grâce à Pajol, que c’est un escadron du 6e hussards qui marchait en tête de colonne. Et que c’est la 1ère brigade de Vallin « composée de cavalerie légère » qui emporta le pont de Limal, suivi par 2e brigade, « composée de dragons » qui occupa à la suite le village de Limal. C’est donc au cours de cette action que notre 8e chasseurs, commandé par le colonel Schneit et composé de 30 officiers et 371 cavaliers en 3 escadrons, subit la perte du chef d’escadron Lambert, blessé, des capitaines Loubet et Brousse, blessés, du lieutenant Maynard et du sous-lieutenant Pinet, blessés. Le 8e chasseurs à cheval fut définitivement dissous en novembre 1815. 9e chasseurs à cheval Nous avons dit plus haut comment l’ordonnance du 1er avril 1757 avait divisé le corps des Volontaires de Flandre en deux régiments : celui des Volontaires de Flandres et celui des Volontaires du Hainaut. C’est de ce dernier que descend le 9e chasseurs à cheval. Et le moins qu’on puisse dire c’est que ce régiment des Volontaires du Hainaut fit une entrée en fanfare dans l’histoire militaire : en 1757, il s’empare par surprise d’Harburg, aujourd’hui dans la grande banlieue de Hanovre, y fait 888 prisonniers, prend deux drapeaux et s’empare de vingt canons ! Il est moins heureux l’année suivante à Minden où il est en grande partie fait prisonnier. Rétabli en 1759, il est embrigadé avec les Volontaires de Flandre, les Volontaires étrangers et les Volontaires liégeois et remporte succès sur succès au cours des campagnes de 1759, 1760 et 1761. A la fin 1762, les Volontaires du Hainaut et les Volontaires d’Austrasie sont amalgamés pour constituer la Légion du Hainaut. En 1768, cette légion devient la Légion de Lorraine et, sous ce nom, fait la campagne de Corse de 1769. L’année suivante, les fantassins de la Légion restaient en Corse, alors que sa cavalerie stationnait dans le Languedoc. Supprimée en 1776, la légion de Lorraine a versé ses quatre escadrons de cavalerie dans les quatre régiments de dragons d’Orléans, de Chartres, de Condé et de Bourbon. En 1779, ces quatre escadrons sont à nouveau 211

réunis pour former le 3e régiment de chasseurs à cheval qui prendra en 1784 le titre de Chasseurs des Vosges, puis celui de Chasseurs de Lorraine en même temps que le numéro 9. Le 9e chasseurs a combattu à Valmy et le 14 septembre 1793 à Pirmasens où, à lui tout seul, il tailla en pièces trois régiments de cavalerie allemands. En 1795 et 1796, il est à l’armée de Moselle, passe en Italie en 1798 et y restera jusqu’en 1809. En 1809, il combat sur la Piave et fait la campagne d’Autriche sous le prince Eugène. En 1812, il est en Russie et, en 1813, à Leipzig. Enfin, en 1814, il fait la campagne de France. La restauration lui donna le titre de Colonel général de l’arme, mais il retrouva son numéro aux Cents-Jours. Appartenant primitivement à la 4e division de cavalerie du 2e corps d’armée de Reille, le 9e chasseurs fut, lors de la grande refonte de la cavalerie imposée par Napoléon le 4 juin, envoyé à la 3e division de cavalerie (Domon) du 3e corps du général Vandamme. Embrigadé avec le 4e chasseurs dans la brigade Dommanget, il comptait 25 officiers et 337 hommes en 3 escadrons commandés par le colonel d’Avrange du Kermont. Le 9e chasseurs perdit deux officiers à Ligny et à Waterloo, il combattit les Prussiens sur la droite du dispositif français. Il y perdit le chef d’escadron Rattelle et 9 autres officiers blessés. Jean-Pierre de Potter, dans son excellent ordre de bataille de l’Armée du Nord71 accompagne le nom du chef de corps « Col baron du Kermont » d’une petite note : « du Kermont, passé à l’ennemi le 17. » En cherchant, nous avons retrouvé le colonel du Kermont. Il s’agit de François Eugène d’Avrange du Kermont, né à Versailles, le 30 juin 1784, décédé le 16 août 1863, fils de Jean François, avec lequel Wikipédia le confond allégrement. Mais nulle part, nous n’avons trouvé qu’il était passé à l’ennemi… Cela ne veut pas nécessairement dire que de Potter a tort. Si la désertion du colonel du Kermont a un jour été portée sur ses états de service, il est clair que les archives ont pu être épurées durant la Restauration et que cette mention a pu être effacée. Et le fait que nous trouvions la confirmation du titre de baron en faveur de Jean-François-Eugène, baron
J.P. de Potter – 1815-Mise à mort de l’Empire par Napoléon – Wezembeek-Oppem, Editions Graffiti, 1983, s.p.
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d’Avrange du Kermont, par lettres patentes du 28 novembre 1815 a quelque chose de suspect. Cette distinction vient bien tôt après la défaite de Waterloo… Mais la fiche du général du Kermont à la Chancellerie de la Légion d’honneur vient un peu corriger cette désagréable impression : Chevalier le 17 juillet 1809 ; officier le 13 septembre 1813 ; commandeur le 17 octobre 1823 ; grand officier le 27 avril 1846. Si la promotion d’un officier « passé à l’ennemi » en 1815 n’aurait rien de surprenant en 1823, il nous semble très difficile d’admettre que la Monarchie de Juillet, fort « revancharde », ait perdu la mémoire au point d’oublier ce « détail » et de le promouvoir à un grade aussi élevé dans la hiérarchie de la Légion d’honneur. La question reste donc ouverte… Le 9e chasseurs fut dissous en 1815 mais son dépôt a été versé dans un nouveau régiment, les chasseurs des Ardennes n° 3 qui deviendra en 1831, le 3e régiment de lanciers puis le 15e dragons. Le 9e régiment de chasseurs à cheval qui fut dissous en 1994, n’était pas l’héritier du 9e chasseurs de l’Empire, mais bien celui du 9e régiment de chasseurs d’Afrique créé en 1941. 11e chasseurs à cheval Le 11 janvier 1762, Louis XV signait une ordonnance autorisant le baron de Würmser à lever un régiment étranger composé d’une compagnie de grenadiers, de huit compagnies de fusiliers et de huit compagnies de dragons, soit un total de 684 hommes, sous le nom de Volontaires de Würmser. Moins d’un an après, à la fin de la guerre de Sept Ans, le régiment était mis en possession du prince de Soubise et prit le non de Volontaires de Soubise. En 1766, on parlait de la Légion de Soubise, organisée sur le même modèle que la Légion royale. Supprimée en 1776, ses quatre escadrons de dragons étaient transformés en escadrons de chasseurs à cheval et répartis entre les régiments de dragons de Custine, La Rochefoucauld, Jarnac et Lanan. En 1779, on réunissait les quatre escadrons pour former le 5e régiment de chasseurs à cheval, lequel prit en 1784 le titre de chasseurs du Gévaudan, puis, en 1788, celui de chasseurs de Normandie avec le n° 11 de l’arme. En 1792, le 11e chasseurs était à l’armée du Nord et combattit à Jemmapes. L’année suivante, il était à l’armée des Ardennes sauf un déta213

chement qui opéra en Vendée. De 1794 à 1796, à l’armée de Sambre-etMeuse avec laquelle il combat à Fleurus, notamment. De 1797 à 1800, sur le Rhin, le Danube et en Hollande. On le retrouve dans la grande armée (Iéna, Znaïm). En Espagne de 1810 à 1812, puis en Russie, en Saxe et, enfin, en France. En 1814, le régiment prit le nom de 11e chasseurs à cheval de l’Isère pour retrouver simplement son numéro aux Cents-Jours. Primitivement destiné à faire partie du 4e corps dans la 5e division de cavalerie, le 11e chasseurs fut muté dans le corps de réserve de Grouchy le 4 juin 1815. Il fut affecté avec la division de cavalerie du général baron Subervie au 6 e corps de Lobau après Ligny. Il comptait alors 37 officiers et 336 hommes en quatre escadrons et se trouvait sous le commandement du colonel baron Jean-Baptiste Nicolas. Epargné à Ligny, le 11e chasseurs subit de grosses pertes à Waterloo : le capitaine Mathey et le sous-lieutenant Menus, blessés et disparus ; le chef d’escadron Brugelles, trois capitaines, un lieutenant et cinq sous-lieutenants blessés. En juillet 1815, le 11e chasseurs perdra encore deux officiers dans le défense de Mézières. Définitivement dissous le 6 décembre 1815, son fonds est peut-être passé en 1816 dans le 23e chasseurs de la Vienne. 12e chasseurs à cheval Voici l’héritier de la Légion corse, formée à la suite de la pacification de la Corse en 1769. En 1775, l’infanterie de ce régiment fut incorporée dans le régiment Royal-Corse et remplacée au sein de la Légion corse – qui prit le nom de Légion du Dauphiné – par le restant des compagnies du régiment irlandais de Walsh. La cavalerie du régiment le quitta en formant quatre escadrons de chasseurs qui furent répartis en Belzuncedragons, Languedoc-dragons, Noailles-dragons et Schomberg-dragons. En 1779, les escadrons de chasseurs furent séparés des dragons et furent à nouveau réunis pour former le 6e chasseurs à cheval sauf celui qui se trouvait à Belzunce-dragons, alors à Saint-Domingue et qui rejoignit les trois autres après 1783, alors que le régiment venait de prendre le nom de chasseurs des Ardennes. En 1786, le régiment quitta sa garnison d’Auch pour se rendre à Carcassonne. En chemin, il fit halte à Toulouse. C’est là que les sous-officiers virent arriver un jeune étudiant en droit 214

canon qui manifesta l’intention bien ferme de s’engager. Ils portèrent donc sur le registre le nom d’un certain Joachim Murat… En 1788, le régiment était augmenté d’un escadron tiré des régiments des Evêchés et de Septimanie et renommé 12e chasseurs à cheval avec le titre de Champagne. En 1792, trois de ses escadrons étaient incorporés à l’Armée du Nord, le quatrième restant en garnison à Arras. C’est donc à l’Armée du Nord que le 12e chasseurs opéra durant les trois premières années de la guerre. On le trouve à Grandpré, à Jemmapes et à SaintTrond. En 1795, il est muté à l’Armée de Sambre-et-Meuse (Fleurus, Kreutznach, Würzburg). En 1800, en Italie ; en 1805 dans le 3e corps de la grande armée (Iéna, Eylau, Königsberg) et en 1810 et 1811 en Espagne. Campagne de Russie. A cette époque, le régiment était commandé par le colonel Charles Etienne Ghigny qui fut blessé d’un coup de lance à Mojaïsk. Ce Bruxellois était entré à 16 ans dans la carrière lors de la Révolution brabançonne. Il y a quelque ironie à voir que les auteurs, quand ils donnent la biographie de Ghigny, sont unanimes à dire qu’il est entré en 1787 au service de l’Autriche, alors que dans les faits, il s’est engagé dans l’un des corps francs qui formait l’armée du général Vandermersch, laquelle était au service des Etats belgiques unis… Entré au service de la France, Ghigny fournit une carrière brillante, rapide et remplie d’honneurs : dès 1793, il recevait un sabre d’honneur de la République et il était nommé légionnaire le jour même de la création de l’ordre de la Légion d’honneur. Il obtint le commandement du 12e chasseurs à cheval le 14 octobre 1811. Peut-être eût-il fini par obtenir un bâton de maréchal si Napoléon n’avait abdiqué en 1814… Quoi qu’il en soit, Ghigny obtint sa démission honorable le 11 février 1815, après avoir reçu la croix de Saint-Louis, et s’engagea au service du jeune royaume des Pays-Bas avec le grade de colonel le 25 mars 1815. Le 21 avril suivant, il était promu général-major et, à Waterloo, il commandait la 1ère brigade de cavalerie légère. Il devint lieutenant général en 1826. En 1830, il démissionna du service hollandais et fut incorporé dans l’armée belge avec son grade. Mis à la retraite en 1832, il décéda en 1844. Le 12e régiment de chasseurs se trouvait à Bautzen et à Leipzig et fit la campagne de France en 1814. Dissous le 12 mai 1814, il fut reconstitué le 215

16 juillet suivant. En 1815, il était affecté à l’Armée du Nord, primitivement dans le 2e corps d’armée. La réorganisation du 4 juin 1815 l’affecta au 3e corps d’armée du général Vandamme et il quitta ses cantonnements du Cateau pour gagner Rocroi. Il était alors sous le commandement du colonel marquis Alphonse de Grouchy, le fils du maréchal, et comptait 29 officiers et 289 cavaliers en trois escadrons. Il formait à lui tout seul la 2e brigade de la 3e division de cavalerie du général Domon. Il combattit donc à la fois à Ligny où il perdit trois officiers dont un tué et à Waterloo : le lieutenant Richard y fut tué et le chef de corps blessé ainsi que deux capitaines, deux lieutenants et cinq sous-lieutenants. Le régiment fut licencié le 21 décembre 1815. Les autres régiments de chasseurs Dans le tableau suivant, nous donnons la liste des autres régiments de chasseurs à cheval n’ayant pas combattu au cours de la campagne de Belgique avec leur date de création, leur date de dissolution et leur éventuelle affectation en 1815. Régiment Création Origine 2e 5e 7e 10e 13e 14e 1673 1676 1747 1758 1792 1793 Fimarcondragons Ségur-dragons Légion royale ClermontPrince Légion américaine Hussards de l’Egalité, Hussards de la Mort, Légion des Alpes Chasseurs des Alpes, Chasseurs de Bourgogne Chasseurs normands Appellation Affectation Dissolution 1792 1815 Evêchés Armée du 13/11/1815 Rhin Hainaut ? Fin 1815 Picardie Armée du 30/11/1815 Rhin Bretagne Armée des 1/12/1815 Alpes Armée du Fin 1815 JuraArmée du Fin 1815 Var-

15e

1793

-

Armée des Fin 1815 Pyrénées12/05/1814

16e

1793

216

17e 18e

1793 1793

19e 20e 21e 22e 23e 24e 25e 26e 27e 28e 29e 30e 31e

1793 1793 1793 1793 1793 1793 1795 1802 1808 1808 1808 vacant 1811

Volontaires belges Chasseurs Belges, Dragons de Bruxelles Légion de Rosenthal Légion de la Moselle Hussards Braconniers Légion des Pyrénées orientales Légion des Ardennes Chasseurs Volontaires Légion des Montagnes 17e ChCh Chevau-légers belges Dragons de Toscane 3e provis. Cav légère 1er et 2e prov Cav légère

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-

1795 1795

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12/05/1814 12/05/1814 12/05/1814 12/05/1814 12/05/1814 12/05/1814 12/05/1814 12/05/1814 12/05/1814 12/05/1814 12/05/1814 12/05/1814

Hussards
Les hussards firent leur apparition dans la cavalerie française en 1692. On raconte qu’un lieutenant et un cornette au service de l’Empereur se présentèrent au camp du maréchal de Lorges pour y prendre du service, bientôt rejoints par un certain baron de Kroneberg qui proposait de lever un régiment de cavalerie d’un type nouveau : les Houssarts. Le maréchal montra de l’intérêt pour la chose mais se contenta d’envoyer les trois officiers à Versailles où ils reçurent d’ailleurs un excellent accueil. Le 19 217

octobre 1692, Kroneberg recevait licence de lever un régiment, moyennant 100 écus par houssart monté et équipé. Le régiment devait compter 4 compagnies de 50 chevaux et, chose étrange à cette époque, 3 archers… Revenu à Strasbourg, Kroneberg fit circuler clandestinement des appels d’offre dans les deux régiments de hussards alors au service de l’Empereur. Ce sont donc des déserteurs que l’on plaça sous le commandement nominal de Monseigneur le Dauphin dès l’année suivante. Mais Monseigneur n’apprécia nullement le geste et se plaignit hautement auprès de Sa Majesté de l’indignité qu’on lui faisait ainsi subir. Le roi se montra très compréhensif et fit donner le régiment à un certain M. de Mortagne (ou Mortany ?) qui venait des troupes du prince de Wurtemberg et qui était venu offrir ses services. Ainsi, Kroneberg se voyait-il bien mal récompensé de son zèle. Il se vengea en jouant l’argent qu’il avait déjà reçu en avance et fila sans demander son reste. Mortany ajouta deux compagnie au régiment qui servit en Flandre jusqu’à la paix de Rijswijk pour être dissous peu après. Ses meilleurs éléments furent mutés au Royal allemand. En 1701, on forma, avec ces éléments, plusieurs compagnies qui servirent en Allemagne sous le commandement organique du marquis de Verseilles qui obtint en 1705 la réunion de ces compagnies en un régiment portant son nom. Depuis 1701, il y eut constamment et sans interruption des régiments de hussards au service de la France. Jusque sous Louis XVI, les hussards appartenaient à la cavalerie ; le 22 août 1779, une ordonnance royale en faisait une arme particulière en créant la charge de colonel général des hussards qu’il attribua au duc de Chartres. Les régiments de hussards marchaient après la cavalerie et les chevau-légers. Le recrutement était assez spécifique puisque la plupart des hussards provenaient de Lorraine et des bords du Rhin depuis Bâle jusqu’à Coblence. La tenue de ces cavaliers était tout à fait originale. Nous ne résistons pas au plaisir de citer le règlement de 1786 : « L’habillement uniforme des bas officiers et hussards sera coupé à la hongroise, en drap des couleurs qui seront affectées à chaque régiment. Cet habillement sera composé d’une pelisse, d’un dolman et d’une culotte. 218

« La pelisse sera garnie, sur le devant, de 36 agréments ou boutonnières, fermées avec des ganses carrées de laine ou de fil des couleurs qui seront réglées pour chaque régiment, à raison de 18 de chaque côté ; d’une douzaine et demie de gros boutons ronds pour former le rang du milieu, et de trois douzaines de petits demi-ronds, pour former ceux des côtés ; les coutures de cette pelisse seront recouvertes d’une ganse plate de la largeur de 4 lignes, de la même couleur que celle réglée pour les boutonnières, et elle sera bordée avec la même ganse ; la doublure sera de peau de mouton blanc bordée de mouton noir ; chaque pelisse sera garnie au collet d’un gros cordon, avec boutons en olive de la même couleur que les agréments. « Le dolman sera plus court de 7 pouces que la pelisse ; il sera garni du même nombre d’agréments et de boutons ; les coutures seront recouvertes, comme celles de la palisse, d’une ganse large de 4 lignes, et il sera bordé avec la même ganse ; la doublure sera en forte toile, et le pourtour par le bas sera recouvert d’un morceau de peau rouge de 6 pouces de hauteur ; le dolman sera de plus garni d’un petit parement retroussis en drap de la couleur réglée, coupé en équerre, et de 2 pouces de hauteur. « La culotte sera à la hongroise,… les ouvertures, l’échancrure et les coutures du derrière seront garnis d’une ganse plate de 4 lignes ;… « L’écharpe sera de laine coordonnée de la longueur de 8 pieds, de couleur cramoisie ; mais les boutons de cette écharpe seront des couleurs affectées à chaque régiment pour la garniture des bonnets… « Le manteau sera de drap,… le devant ne sera point parementé ; il y sera ajouté un capuchon. « Les bonnets ou schakos seront de feutre noir, façonnés à la hongroise ; ils seront doublés d’étoffe de laine des couleurs affectées à chaque régiment, et bordés d’un galon de 9 lignes… « Chaque bas officier et hussard portera un bonnet de police façonné à la dragonne… « Les adjudants, les maréchaux des logis et les fourriers porteront la bordure de leur pelisse en peau de dos de renard. 219

« Les adjudants porteront, en outre, sur le dehors du bras, 3 galons d’argent fin larges de 10 lignes, posés en chevron et cousus à 4 lignes de distance l’un de l’autre. « Les maréchaux des logis en chef porteront… un double chevron de galon d’argent… « Les fourriers porteront une double bande de galon d’argent… audessus du pli du bras… « Les maréchaux des logis porteront un seul chevron… « Les brigadiers porteront une double bande de fil blanc, marge de 10 lignes, cousue au-dessus du parement, à 6 lignes de distance l’une de l’autre. « Les appointés porteront une seule bande de galon… « Les hussards qui seront gentilshommes porteront pour distinction une épaulette sans frange, de galon d’or ou d’argent, large de 15 lignes… « Les trompettes des régiments de hussards porteront les habits et veste à la livrée des mestres de camp titulaires ; les habits des trompettes seront faits à la française, ils seront bordés d’un galon de 9 lignes, cousues en dehors du bras, d’une couture à l’autre, à distance égale. « Les culottes seront de peau… Lesdits trompettes seront coiffés avec des chapeaux uniformes, tels qu’ils ont été réglés pour la cavalerie. « L’habillement des officiers sera uniforme à celui des hussards, et ne différera que par la qualité du drap…, des boutons qui seront dorés ou argentés, des ganses ou cordonnets qui seront en or ou en argent, des écharpes qui seront… en poil de chèvre de couleur cramoisie, et par la bordure des pelisses, qui sera de gorge de renard… « Les officiers porteront avec le surtout, un chapeau uni, sans bord, plumet ou bourdalou, garni simplement d’un bouton uniforme, d’une ganse d’or ou d’argent, et d’une cocarde de basin blanc. « …Le collet du manteau sera bordé d’un galon d’or ou d’argent de la largeur d’un pouce.

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« Les mestres de camp porteront, à l’ouverture de la culotte et au parement, 5 galons, dont 3 de 4 lignes de largeur, et 2 de 9 lignes, placés en chevron brisé, à une ligne de distance l’un de l’autre, et alternativement, en commençant et finissant par un galon de 4 lignes. « Le lieutenant-colonel sera distingué par 4 galons, placés de même en chevron brisé ; les deux intermédiaires seront larges de 9 lignes, le premier et le dernier larges de 4 lignes. « Le major portera également 4 galons ; le premier de 4 lignes en bordé, le second de 9 lignes, et les deux autres au-dessus de 4 lignes chacun. « Les capitaines-commandants porteront de même 4 petits galons larges de 4 lignes. « Les capitaines en second n’en porteront que 3. « Les lieutenants en porteront 2. « Les sous-lieutenants ne porteront que le bordé de 4 lignes, au retroussis du parements. « Le quartier-maître trésorier portera 2 galons de 4 lignes comme les lieutenants. « Le sabre des hussards sera en cuivre, du modèle arrêté… « Le cordon de sabre sera de cuir noirci… « Le ceinturon sera à la hongroises, de buffle blanc… Il sera, en outre, attaché à chacun des 3 anneaux de cuivre,… une petite courroie de buffle,… lesquelles courroies seront destinés à porter la sabretache. « La sabretache sera de drap écarlate, soutenus d’un cuir rabattu en bordure sur le drap : elle sera ornée du chiffre du roi, formé avec une ganse plate ou cordonnet, cousu ou appliqué sur leur patelette, et bordée d’un galon de 10 lignes de large… « Le porte-manteau du hussard sera fait de tricot, des couleurs affectées à chaque régiment… les extrémités seront arrondies, bordées autour d’un galon de 9 lignes, des couleurs réglées, et croisées du même galon dans le milieu… « Les bottes… seront façonnées à la hongroise… 221

« Le sabre des officiers de hussards sera en cuivre doré… « Le sabre sera garni d’une dragonne ou cordon mêlé de fils d’or et de soie couleur de feu… le gland sera garni d’une frange conforme à celle réglée pour l’épaulette de chaque grade. « Le ceinturon sera de buffle blanc… « La sabretache, pour les officiers, aura une patelette de drap écarlate… le chiffre du roi, dont elle sera ornée, sera formé en cordonnet d’or ou d’argent, et le pourtour de la patelette sera garni d’un galon de 10 lignes. » Le règlement de 1786 prévoit également de quelle manière se présenteront la selle, les équipages et harnachements puis avoir pourvu à leur armement : deux pistolets, un sabre et, pour les brigadiers appointés et les hussards, en outre, un mousqueton. Puis il prévoit que « les cheveux des hussards seront retroussés en queue, raccourcie à la longueur de deux ou trois pouces ; les cheveux des faces seront noués à la hongroise. » Et enfin, il attribue aux régiments de hussards leurs couleurs distinctives que nous donnerons en les évoquant tour à tour. Ce règlement ne fut modifié par le règlement du 7 février 1812 que dans les détails dont le plus important est toutefois la forme et la couleur du schako. Plus léger et plus facile que le modèle adopté en 1786, la nouvelle coiffure était plus élevée, presque cylindrique – d’où son nom de « rouleau » - et comportait une visière de cuir très droite ainsi qu’un couvre-nuque relevé à l’arrière contre la forme. La plaque qui ornait le schako disparut pour être simplement remplacé par une cocarde attachée par une longue ganse de la couleur des boutons. La sabretache ne changea pas de forme, mais la couleur rouge ne fut conservée que pour certaines unités, les autres restant noires avec une aigle impériale ou le chiffre du régiment. 1er Hussards Au début du mois de juin 1815, le 1er régiment de hussards appartenait à la 4e division de cavalerie, attachée organiquement au 6e corps d’armée (Lobau). Le 4 juin 1815, il était muté, en même temps que sa division, au 1er corps de cavalerie du général Pajol et rattaché à la réserve de cavalerie 222

placée sous les ordres du maréchal Grouchy. Le matin du 17 juin, il fut attaché à l’aile droite de l’armée française chargée de poursuivre les Prussiens. C’est ainsi qu’il participa à la prise du pont de Limal et qu’il eut, le 20 juin, à livrer un combat difficile à Namur au cours duquel il perdit 7 blessés. Le 1er hussards était l’héritier direct du régiment de Bercheny, créé le 12 juin 1720 par le comte Ladislas-Ignace Bercheny, futur maréchal de France et auquel succéderont deux de ses fils et son petit-fils. Bercheny était hongrois et ce sont des Hongrois qui fournirent le premier recrutement du régiment effectué à Constantinople pendant l’hiver 1719-1720… La tradition du corps veut que cette centaine d’hommes furent débarqués à Maguelonne alors que la peste sévissait à Marseille. On aurait envoyé ces Hongrois constituer un cordon sanitaire dans les Cévennes. Le roi se montra satisfait des services fournis par ces étrangers et admit leur admission dans l’armée française. Après avoir donné toute satisfaction à ses chefs durant les campagnes de 1733 à 1735, le régiment se trouva cantonné en Lorraine, le comte de Bercheny exerçant les fonctions de grand écuyer du roi Stanislas. C’est sans doute à cette circonstance que la Lorraine dut de fournir à partir de cette époque le gros du contingent des régiments de hussards. En 1741 et 1742, Bercheny est en Bohême et se distingue en protégeant la désastreuse retraite française de 1743. En 1744, il est en Flandre puis en Alsace, où il est encore l’année suivante. En 1746, il est en Belgique et combat notamment à Rocourt. En 1747, Lafelt. En 1748, il est divisé : une partie à Louvain, l’autre en Provence. L’année suivante, réuni à Metz. En octobre 1756, le régiment se vit incorporer une partie des régiments de hussards de Linden, de Beausolre et de Ferrary que l’on ne parvenait pas à reconstituer. En 1758, c’est une partie importante des hussards de Polleretski vint le rejoindre. Lors de la formation du régiment Colonel général, c’est Bercheny qui lui fournit son premier escadron. En 1790, il était en quartier en Sarre où il resta jusqu’en 1792 quand on le rattacha à l’armée du Nord avec laquelle il se distingua à Jemmapes. En 1791, il avait reçu le numéro 1 de l’arme. Quand le général Dumouriez 223

abandonna son armée le 5 avril 1793, la plus grande partie du régiment le suivit. La Convention qui ne tenait pas à ce que cela se sache dans le public et qui tenait beaucoup à conserver un corps très populaire, amalgama les restes de Bercheny avec deux escadrons de volontaires qui avaient été levés en 1792 sous le nom de cavalerie légère du Calvados. Après quelques autres absorptions, le 1er hussards fut incorporé dans l’armée des Alpes et fit brillamment toutes les campagnes d’Italie. En 1805 et 1806, au 6e corps de la grande armée ; en 1807, au corps de cavalerie légère de réserve ; en 1808, au 4e corps de cavalerie de la grande armée ; de 1809 à 1814, aux armées d’Espagne, de Portugal et de Catalogne. En juin 1811, il absorbait trois escadrons de chasseurs à cheval de la Légion hanovrienne qui avait été levée par le général Mortier en 1804. Fin 1813, le 1er hussards est en partie en Allemagne (3e CC), en partie en Italie (corps d’observation). En 1814, en Italie. Revenu à Paris, il est transformé en juillet 1814 en « Hussards du Roi ». Affecté à la 4e division du 1er corps de cavalerie le 4 juin 1815, le 1er hussards faisait partie des troupes détachées par Napoléon sur son aile gauche et chargées de s »assurer de la mise hors-jeu des Prussiens. Il dit attendre le 20 juin pour être sérieusement engagé devant Namur où il eut 7 officiers blessés. Le 26 juin, il perdit encore 3 officiers blessés dans une sévère escarmouche à Villers-Cotteret. Licencié à la fin 1815, ses débris furent incorporés dans un nouveau régiment dit “du Nord” et qui portrait le numéro 4. Le règlement de 1783 attribua aux Hussards de Bercheny une tenue (pelisse, dolman, surtout, gilet et culotte) bleu céleste foncé ; parements garance ; bordés et ganses de fils blancs ; boutons blancs. Leur manteau était de drap vert et leur schako de feutre noir, doublé de rouge, était bordé d’un galon de laine noire et garni d’un cordon de fil blanc. Ils portaient une sabretache écarlate au chiffre du roi, formé avec une ganse bleu ciel sur fond blanc et bordé d’un galon blanc. L’apparence du 1er hussards ne changea guère sous l’Empire puisque le dolman était bleu ciel foncé, à collet bleu et parements garance avec 5 rangées de 18 boutons ; tresses et galons blancs. La pelisse, bleu ciel fon224

cé également, est bordée de fourrure noire. La sabretache en cuir reste recouverte de drap rouge mais le chiffre royal est remplacé par le chiffre 1 entouré d’une couronne de laurier et surmonté d’une couronne impériale. La culotte, bleu ciel foncé, était galonnée de blanc. Certaines représentations la montrent rouge : certains cavaliers en effet, en Espagne, eurent de la peine à se procurer les « bonnes » culottes et durent se contenter de ce qu’ils trouvaient 72. (2e hussards) Héritier du régiment de Chamborant, levé en 1735 par le comte Esterhazy, le régiment de Chamborant, devenu en 1791, le 2e régiment de hussards. En 1815, le 2e hussards fut affecté au 5e corps d’armée (Armée du Rhin). Il fut dissous fin 1815. (3e hussards) Héritier des hussards d’Esterhazy (1764) et portant le numéro 3 depuis 1791, le 3e régiment de hussards était, en 1815, affecté au 5e corps (Armée du Rhin) et fut dissous fin 1815. 4e hussards En 1779, Louis XVI décider de créer une charge de colonel général des hussards et voulut la confier à son cousin, Louis-Philippe-Joseph d’Orléans, duc de Chartres (futur Philippe-Egalité). Mais cette création impliquait la désignation d’un des régiments de hussards existant afin de lui confier la cornette blanche. Aucun mestre de camp propriétaire ne voulut céder son régiment et il fut décidé de créer un nouveau régiment « lorsque le bien du service l’exigerait ». Les impératifs budgétaires retardèrent ce moment jusqu’en 1783 où on réunit le 1er escadron de Bercheny, le 2e escadron de Chamborant et le 3e d’Esterhazy (futur 3e hussards), les plaçant sous les ordres du lieutenant-colonel Kellermann. Un 4e escadron vint le rejoindre en 1788, formé de cavaliers provenant des régiments de Quarcy, de Septimanie, de Nassau, de La Marche, de Franche-Comté et des Evêchés, tous réformés cette année-là. Le duc de Chartres eut enfin la satisfaction de voir l’étendard blanc à ses armes
Le 10e hussards portait essentiellement la même tenue, à la différence que le collet du dolman était bleu et non garance.
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porté par la compagnie colonelle du régiment mais commandé, dans les faits, par le marquis de Chastellier-Dumesnil, colonel-commandantinspecteur… En 1790, il avait reculé d’un rang mais récupéra sa 4e place suite à l’émigration massive du régiment de Saxe. Et en 1791, il recevait enfin officiellement le numéro 4. En 1792, il faisait la campagne des Ardennes puis passa à l’armée du Nord qu’il ne quitta qu’en 1795 pour l’armée de Sambre-et-Meuse, ayant au passage récupéré la cavalerie de la légion de la Nièvre. On le voit sur le Rhin, la Moselle et le Danube jusqu’en 1800 quand il revient en garnison à Valenciennes. En 1804 au Hanovre, de 1806 à 1807 au 1er corps de la grande armée, de 1809 à 1813 en Espagne puis à nouveau à la grande armée. En mai 1814, le 4e hussards recueillit les débris du 14e hussards et forma les « Hussards de Monsieur ». En juin 1815, il quitta le 6e corps d’armée pour former avec le 1er hussards la 1ère brigade de la 4e division du 1er corps de cavalerie du général Pajol. Après avoir perdu 9 officiers blessés à Ligny, il fut affecté à l’aile droite de l’armée confiée à Grouchy. Dissous après les Cent-Jours, son fonds entra dans la composition du 3e régiment de hussards nouvellement formé sous le titre de hussards de la Moselle. C’est dans le régiment Colonel général que le futur maréchal Ney a commencé sa carrière comme simple cavalier. Le régiment Colonel général avait reçu en 1783 l’uniforme qu’il porta, à quelques détails près, jusqu’à sa dissolution : pelisse de drap écarlate ; dolman de drap bleu de roi, parements et retroussis écarlates ; culotte de drap bleu de roi, manteau de même couleur. Le schako, à l’origine noir, doublé d’écarlate, bordé d’un galon de laine noire et garni d’un cordon de laine jaune, adopta ensuite la forme rouleau et la couleur écarlate pour le 1er escadron, noire pour les autres. La sabretache de drap écarlate, à l’origine au chiffre du roi, portait une aigle impériale et le numéro 4.

226

5e hussards C’est le 14 septembre 1783 que fut créé le régiment des hussards de Lauzun ; il est donc le dernier des régiments de cavalerie français créé sous la Monarchie. Il remplaçait un corps de volontaires étrangers et prit le 6e rang de son arme. Il incorporait la cavalerie de la légion de Lauzun qui avait été levée par le duc de Lauzun – le futur général Biron que la Convention fit guillotiner – pour fournir le service de la marine et des colonies. La légion de Lauzun, créée le 16 août 1778, comportait 2 compagnies de lanciers et 2 compagnies de hussards : ce furent les seules troupes à cheval du corps expéditionnaire de Rochambeau engagées en 1780 dans la guerre d’Indépendance des Etats-Unis. Rentré en France en mars 1783, la légion de Lauzun fut dissoute et le duc fut autorisé à garder ses cavaliers qui formèrent le 6e hussards. En 1788, il incorpora un escadron provenant des régiments de Nassau, de La Marche et de Franche-Comté. En 1792, il reçut le numéro 5 suite à la désertion massive des hussards de Saxe. Placé dans l’armée du Nord, il se distingua particulièrement lors de la bataille de Neerwinden le 18 mars 1793 et resta sur la frontière jusqu’en 1796, époque à laquelle il fut envoyé à Mayence et combattit en Allemagne jusqu’en 1800. A cette époque, le prince Louis Bonaparte était chef d’escadron au 5e hussards. En 1802, le régiment est dans le Hanovre et en 1805, on l’incorpore au 1er corps de la grande armée où il reste jusqu’en 1810. On l’envoie alors en Espagne et au Portugal. En 1812, il revient en Allemagne dans le corps d’observation de l’Elbe avec lequel il fait la campagne de Russie. L’année suivante, il est au 2 e corps de réserve et en 1814, au 2e corps de cavalerie. A la Restauration, il prit le nom de Hussards d’Angoulême et incorpora les 3 derniers escadrons et le dépôt du 8e hussards. En 1815, il était au 1er corps de cavalerie et combattit à Ligny, où il perdit 5 officiers blessés dont 2 capitaines, et le 17 juin, perdait le chef d’escadron Bernard, blessé lors d’une escarmouche sur la route de Namur. Dissous après les Cent-Jours, ses débris furent incorporés au nouveau régiment des hussards du Haut-Rhin avec le numéro 6. 227

L’uniforme reçu par Lauzun en 1783 ne subit pas de modification majeure avant sa dissolution en 1815 : Pelisse blanche ; dolman bleu céleste, parements blancs ; culotte bleu céleste. Bordé et ganses citron ; surtout et gilet bleu céleste. Manteau vert. Schako noir, doublé de bleu céleste, bordé de noir et cordon blanc : ce schako adopta par la suite la forme rouleau et resta noir pour l’ensemble du régiment sauf pour les compagnies d’élite où la coiffure était écarlate, gansée et bordée d’or. La sabretache était écarlate, ornée du chiffre du roi. Sous l’Empire, la sabretache de la troupe était noire et portait un écu comportant le numéro du régiment. 6e hussards Créé en septembre 1792 sous le nom de Régiment de Troupes légères à cheval de Boyer, ce régiment prit dès le mois de novembre suivant le numéro 7 dans l’arme des hussards qu’il ne garda que quelques jours puisque la désertion massive du régiment des hussards de Saxe (n° 4) lui donna presque immédiatement le numéro 6. A peine constitué, Il combattit à Jemmapes. Appartenant successivement aux armes du Nord, de l’Ouest, de la Sambre-et-Meuse, d’Allemagne, d’Italie et de Batavie. En 1805, il était sous Ulm. On le retrouve à Borodino en 1812, à Königsberg et à Leipzig en1813, à Montmirail et à Troyes en 1814. A retour du roi, il prit le titre de hussards de Berry. En 1815, il fut placé dans le 4e corps d’armée (Gérard) avec la 7e division de cavalerie (Maurin), où il formait brigade avec le 8e chasseurs. Il était alors placé sous le commandement du colonel prince de Savoie-Carignan et comptait 387 cavaliers et 26 officiers en 3 escadrons. Il perdit le lieutenant Libert, présumé mort, au cours des combats de Wavre du 18 juin. Le 6e hussards fut dissous après les Cent-Jours. Les hussards du 6e régiment portaient un uniforme calqué sur celui que l’ordonnance de 1783 avait donné à ses devanciers. Le dolman et la culotte étaient garance, la pelisse bleu de roi. Le schako, à l’origine noir, prit la forme rouleau et la couleur garance en 1812. La sabretache noire portait une aigle impériale.

228

7e hussards Le régiment des Hussards de Lamothe – d’après le nom de son premier colonel – fut créé le 23 novembre 1792. Il incorpora les débris des régiments Royal Allemand et Hussards de Saxe qui avaient massivement déserté. En 1793 et 1794, il est à l’armée de Moselle ; en 1795-1797, à l’armée de Rhin-et-Moselle ; en 1798, dans les armées du Rhin et d’Helvétie et de 1800 à 1801, à nouveau dans l’armée du Rhin. On le retrouve en 1806 à Iéna et en 1807 à Eylau et à Friedland. En 1809, il est à Wagram. En 1812, il fait toute la campagne de Russie (Moskowa, Bérézina) et en 1813, il est à Leipzig. En 1814 : Vauchamps, Montereau. C’est en 1814 que le colonel Jean-Baptiste de Marbot prit son commandement. Après avoir pris le nom de hussards d’Orléans à la Restauration, puis, très brièvement celui de Colonel-général, il retrouva son numéro 7 et son chef de corps en avril 1815. Affecté à la 1ère division de cavalerie du général Jacquinot, il formait brigade avec 3e chasseurs et appartenait donc organiquement au 1er corps d’armée du général Drouet d’Erlon. C’est ce qui fait qu’il ne combattit ni à Ligny, ni aux Quatre-Bras le 16 juin, mais qu’il fut le seul régiment de hussards présent à Waterloo le 18 juin. Envoyé dès 11.00 hrs pour battre l’estrade sur la droite de l’armée du côté de Lasne, un de ses escadrons repoussa brièvement les premiers éléments du 4e corps prussien ayant traversé la Lasne. Avec les deux autres escadrons, Marbot forma une chaîne de petits postes destinés à couvrir les communications entre le pont de Mousty – où l’on espérait, fut-il dit, voir venir des éléments venant de l’aile commandée par Grouchy – et le champ de bataille. Au soir de la bataille, le régiment comptait 9 blessés dont le colonel Marbot lui-même. L’uniforme porté par les hussards du 7e était semblable à celui des cavaliers des autres régiments de hussards : le dolman et la pelisse étaient vert clair, la culotte rouge garance. Le schako du modèle rouleau était vert. La sabretache noire portait, selon les sources, un chiffre 7 ou une aigle impériale. A la seconde Restauration, le 7e hussards fut dissous. 229

(Autres) L’armée impériale compta jusqu’à 14 régiments de hussards. Certains, comme le 13e, comptèrent jusqu’à trois avatars entre 1791 et 1814. Mais dans leur dernier état, ils furent tous dissous le 12 mai 1814.

Conclusion
Ainsi pouvons-nous refermer l’album où se trouvent inscrits les plus hauts faits d’arme de la cavalerie française jusqu’à 1815. Plusieurs lecteurs nous ont fait le reproche – très flatteur, du reste – de ne pas avoir poursuivi notre travail au-delà de cette date. Nous avons dit que l’armée française d’après 1815 n’avait rien de commun avec celle qui l’avait précédée. Il s’agit d’une autre armée, entièrement neuve, que rien ne rattache à sa devancière. Elle a autant d’attaches avec celle-ci que l’armée chinoise ou l’armée martienne… Ce serait donc abuser le lecteur que de lui laisser croire une seule minute qu’il en est autrement. Comme le disent les producteurs de films, « toute ressemblance entre une unité existante de l’armée française actuelle et une unité de la grande armée serait une pure coïncidence. » Outre le fait que notre but était de mettre en lumière les unités qui ont combattu durant la campagne de Belgique et rien d’autre, cette particularité explique à suffisance pur quoi nous nous somme arrêtés en 1815 : nous nous sommes arrêtés là où l’armée française s’est arrêtée. Ce n’est pas une des moindres conséquences de la journée du 18 juin 1815.

fin
230

ANNEXE
Nouvelle organisation de la cavalerie (4 juin 1815)
15 divisions réparties en 4 corps (armée du Nord) et 7 divisions aux diverses armées et corps d’observation

Régiments

Empl. actuel Corp Cantonn. s. 1er CA 1er CA 1er CA 1er CA 2e CA 2e CA 2e CA 2eC A 2eC A 2eC A 2e CA 6e CA 6eC A 3eC A

Destination Corp Cantonn. s. 1er CA 1er CA 1er CA 1er CA 2e CA 2e CA 2e CA 2e CA 3e CA 3e CA 3e CA 1er CC 1er CC 1er CC

Ob ser v.

1er CA

2e CA

1er CC

Division Corps 1e div

1e

2e

2e 1e div.

2e

3e 1e div.

2e 4e 1e div.

2e

Brigade

3e chasseurs 7e hussards 3e lanciers 4e lanciers 1er chasseurs 6e chasseurs 5e lanciers 6e lanciers 4e chasseurs 9e chasseurs 12e chasseurs 1er hussards 4e hussards 5e hussards

De la 2e div. cav. A la 1e div. cav.

Pas de mov

Pas de mov

J.march e

Beaumont Catillon Le Cateau Marle Laon Louelle 231

Philippeville Rocroi Rocroi

1 2 2

Pas de mov

Marle

3

5e 1e div.

1er lanciers 2e lanciers

2e 6e 1e div. 2e 7e 1e div. 2e

11e chasseurs 6e hussards 8e chasseurs 6e dragons 16e dragons 2e chasseurs 7e chasseurs 11e dragons 19e dragons

2e CC

8e 1e div. 2e 9e 1e div 2e

2e hussards 3e hussards 13e chasseurs 5e dragons 13e dragons 15e dragons

2e CA 3e CA 3e CA 4e CA 4e CA 5e CA 4e CA 5e CA C Jura 2e 1er 4e CA 1er 6e CA

Damouzier Philippeville Jamaïque

Thionville

1er CC 1er CC 1er CC 4e CA 4e CA 5e CA 5e CA 5e CA C Jura 2e CC

Marle Marle Marle

3 4 3

Pas de mov.

Pas de mov Hague6 nau Pas de mov. Pas de mov

Le Cateau Denain Thionville Hauchain Laon

Guise

1 2 8

10e div.

1e 2e

3e CC

11e 1e div. 2e 12e 1e div. 2e

4e

13e

1e

20e dragons 4e dragons 12e dragons 14e dragons 17e dragons 2e dragons 6e 7e dragons CA e cuirassiers 8 11e cuirassiers 1er carabiniers 2e carabiniers 2e cuirassiers 3e cuirassiers 1er cuirassiers 1er

2 Pas de mov.

Origny, Chevrely

3e CC

Pas de mov.

Vervins

Douai 232

4e

Cateau-

1

CC

div. 4e cuirassiers

CA

CC

2e

7e cuirassiers

12e cuirassiers 14e 1e div. 2e 5e cuirassiers 6e cuirassiers 9e cuirassiers 10e cuirassiers 10e chasseurs 18e dragons 5e CA Haguenau

Cambrésis CateauCambrésis CateauCambrésis CateauCambrésis Hirson

1

1

1

13 13 13

15e 1e div.

Aée Chambéry Aée Alpe Alpe s s

Pas de mov.

233

Table des matières Généralités : origines et évolutions .................................................................. 5 A Rome............................................................................................................. 5 La chevalerie.................................................................................................... 6 La chevalerie au combat ............................................................................ 9 Les compagnies d’ordonnance ............................................................... 11 La cavalerie légère .................................................................................... 14 Naissance de la cavalerie moderne ............................................................ 21 Richelieu..................................................................................................... 21 Turenne ...................................................................................................... 27 Les régiments permanents ...................................................................... 32 Après la guerre de Sept Ans ................................................................... 42 Sous Louis XVI .......................................................................................... 46 L’ordonnance du 1er janvier 1779 ........................................................... 51 La refonte de 1788..................................................................................... 56 La loi du 1er janvier 1791.......................................................................... 59 Le Consulat ................................................................................................ 63 Sous l’Empire ............................................................................................ 66 La cavalerie de la Grande Armée et ses devanciers .................................... 69 Préalable : la filiation.................................................................................... 69 La Garde impériale ....................................................................................... 73 Cavalerie lourde de la garde................................................................... 73 Cavalerie légère de la Garde ................................................................... 74 Cavalerie lourde de la ligne ........................................................................ 76 1er et 2e carabiniers .................................................................................... 76 1er Cuirassiers ............................................................................................ 96 234

2ème Cuirassiers........................................................................................ 102 3e Cuirassiers ........................................................................................... 105 4e Cuirassiers ........................................................................................... 108 5e Cuirassiers ........................................................................................... 111 6e Cuirassiers ........................................................................................... 115 7e Cuirassiers ........................................................................................... 117 8e Cuirassiers ........................................................................................... 120 9e Cuirassiers ........................................................................................... 122 10e Cuirassiers ......................................................................................... 125 11e Cuirassiers ......................................................................................... 129 12e Cuirassiers ......................................................................................... 131 Les 13e et 14e cuirassiers ........................................................................ 133 Dragons ........................................................................................................ 135 1er dragons ............................................................................................... 141 2e dragons ................................................................................................ 141 3e dragons ................................................................................................ 145 4e dragons ................................................................................................ 145 5e dragons ................................................................................................ 148 6e dragons ................................................................................................ 150 7e dragons ................................................................................................ 152 (8e dragons).............................................................................................. 154 (9e dragons).............................................................................................. 154 (10e dragons)............................................................................................ 154 (11e dragons)............................................................................................ 154 12e dragons .............................................................................................. 155 13e dragons .............................................................................................. 156 14e dragons .............................................................................................. 159 15e dragons .............................................................................................. 161 235

16e dragons .............................................................................................. 164 17e dragons .............................................................................................. 166 (18e dragons)............................................................................................ 168 (19e dragons)............................................................................................ 172 20e dragons .............................................................................................. 172 (21e dragons)............................................................................................ 173 (22e dragons)............................................................................................ 173 (23e dragons)............................................................................................ 173 (24e dragons)............................................................................................ 174 (25e dragons)............................................................................................ 174 (26e dragons)............................................................................................ 175 Cavalerie légère .......................................................................................... 176 Chevau-légers lanciers ........................................................................... 176 1er régiment de chevau-légers lanciers ................................................ 180 2e chevau-légers lanciers........................................................................ 182 3e chevau-légers lanciers........................................................................ 184 4e chevau-légers lanciers........................................................................ 185 5e chevau-légers lanciers........................................................................ 186 6e chevau-légers lanciers........................................................................ 188 Chasseurs à cheval ..................................................................................... 189 1er chasseurs à cheval ............................................................................. 198 3e chasseurs à cheval .............................................................................. 200 4e chasseurs à cheval .............................................................................. 202 6e chasseurs à cheval .............................................................................. 204 8e chasseurs à cheval .............................................................................. 208 9e chasseurs à cheval .............................................................................. 211 11e chasseurs à cheval ............................................................................ 213 12e chasseurs à cheval ............................................................................ 214 236

Les autres régiments de chasseurs ....................................................... 216 Hussards ...................................................................................................... 217 1er Hussards ............................................................................................. 222 (2e hussards) ............................................................................................ 225 (3e hussards) ............................................................................................ 225 4e hussards ............................................................................................... 225 5e hussards ............................................................................................... 227 6e hussards ............................................................................................... 228 7e hussards ............................................................................................... 229 (Autres) .................................................................................................... 230 Conclusion ....................................................................................................... 230 ANNEXE .......................................................................................................... 231 TABLE DES MATIERES …………………………………………………...234

237