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Liberation_N°9561_-_Mardi_07_Février_2012

Liberation_N°9561_-_Mardi_07_Février_2012

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  • VOUS
  • CULTURE

PATRICKSW

IRC

REUTERS

JEAN-LUCMÉLENCHON

INVITÉSPÉCIAL

«Ilfaut
frapper,
frapper,
frapper»

PAGES2À9

Unpactecontretoutes
lesdiscriminations

APPELIlrendvisibleslesinvi-
sibles, bruyants les silencieux,
égauxlesmarginaux.Cen’estpas
tout à fait un hasard si Louis-
Georges Tin, 37 ans et nouveau
responsable du Cran (le Conseil
représentatif des associations
noires),estl’initiateurdu«Pacte
pour l’égalité et la diversité»:

«100%desFrançaissontdiscrimi-

nables.Noirs,juifs,femmes,handi-
capés,homosexuels,habitantsdes
quartiersdéfavorisés…Cesminori-
tésforment80%delapopulation.»

Cetexted’interpellation,àlama-
nière du Pacte écologie proposé
par Nicolas Hulot en 2007, est
lancéaujourd’huidansLibération
etsurlesiteLepacte.fr.

PAGES16-17

Sarkozyloue
le«bonsens»
deGuéant

LePrésidents’estfélicitédes
déclarationssurlahiérarchie
descivilisationsdeson
ministredel’Intérieuret
rabatteurdesvotesde
l’extrêmedroite.

PAGES14-15

EnSyrie,
témoignages
desmassacrés

LeshabitantsdeHoms,
lavillerebelle,racontent
l’enferdesbombardements.
Etdisentneplusrien
attendredelacommunauté
internationale.

PAGES10-11

•1,50 EURO. PREMIÈRE ÉDITION NO

9561

MARDI7FÉVRIER2012

WWW.LIBERATION.FR

IMPRIMÉ EN FRANCE / PRINTED IN FRANCE Allemagne 2,20 €, Andorre 1,50 €, Autriche 2,80 €, Belgique 1,60 €, Canada 4,50 $, Danemark 26 Kr, DOM 2,30 €, Espagne 2,20 €, Etats-Unis 5 $, Finlande 2,60 €, Grande-Bretagne 1,70 £, Grèce 2,60 €,
Irlande 2,35 €, Israël 19 ILS, Italie 2,20 €, Luxembourg 1,60 €, Maroc 16 Dh, Norvège 26 Kr, Pays-Bas 2,20 €, Portugal (cont.) 2,30 €, Slovénie 2,60 €, Suède 23 Kr, Suisse 3 FS, TOM 410 CFP, Tunisie 2,20 DT, Zone CFA 1 900 CFA.

Jean-LucMélenchon,leaderduFrontdegauche,
estlepremiercandidatàvenirdébattreà«Libé».

«Nousn’avons
pasbesoin
desmarchés»

Al’heure de la conférence de

rédaction,hiermatin,lecan-
didat du Front de gauche,
Jean-LucMélenchon,égale-
mentdéputéeuropéen,alonguement
répondu aux questions de l’ensemble
desjournalistesdeLibération.Unentre-
tien collectif qui inaugure une série
d’invitationsquenotrejournaladécidé
delanceràdifférentscandidatsàl’élec-
tionprésidentielle.

Lessondagesvousaccordentdésormais
9%d’intentionsdevote…

Toutcelanevautrien!

Pourquoi?

Aforcederépéteràlongueurdejournée
que machin et bidule seront au
deuxième tour, cela signifie que les
autresencombrentinutilementlepay-
sagesanstenircomptedecequisedis-
cute.Unjourj’ai1%d’ouvriersquisont
d’accordavecmoietlelendemain,c’est
multipliéparhuit,alorsquelesartisans
quim’adoraientlaveillemedétestent
cejour-là.Toutcelaestgrotesque…

RecueilliparLIBÉRATION
PhotosPATRICKSWIRC

généraledesétudiantsdeBesançon,membre
del’Unef-US.

w1972Iladhèreàl’Organisationcommuniste
internationaliste(OCI),formationtrotskiste-
lambertiste.Sonpseudonyme:«Santerre».

w1976Radiédel’OCI,Mélenchonrevientà
Lons-le-Saunier,travaillecommejournaliste
pigisteetadhèreauPartisocialiste.

wAoût1979Ilestnommédirecteurdecabinet

dumairesocialistedeMassy(Essonne),
ClaudeGermon.

w1981-1986Mélenchonestélusuccessivement
conseillermunicipal,conseillergénéral,puis
sénateurdel’Essonne.

w24juillet1988AvecJulienDray,ilfondele
courantdelaNouvelleécolesocialiste(NES)
quideviendralaGauchesocialiste,avec
Marie-NoëlleLienemann,en1991,aprèsleur

w19août1951NaissanceàTanger(Maroc).

w11août1962Arrivéeavecsafamilleà
Marseille.PuisdirectionYvetot,enNormandie.

wMai1968Ildébarqueendébutd’annéedans
leJura,Mélenchons’imposecommeleleader
delacontestationlycéennedanslapréfecture
deLons-le-Saunier.

w1971Enfacdephilodepuisdeuxans,Jean-
LucMélenchondevientprésidentdel’Union

LABIOGRAPHIE

LIBÉRATION MARDI7FÉVRIER2012

2 •

EVENEMENT

L'ESSENTIEL

LECONTEXTE

Jean-Luc Mélenchon était hier
devant la rédaction de
«Libération» pour une interview
animée et approfondie.

L'ENJEU

Combatif, le candidat du Front
de gauche tape sur la presse et
les sondeurs, sur la droite et les
marchés sans oublier ses
camarades socialistes et articule
une politique radicalement autre.

ParNICOLAS
DEMORAND

Appétit

Mélenchonencampagne,
invitédeLibérationpour
uneinterviewmenéepar
l’ensembledelarédaction.
Aucœurdecechaudron
médiatiquedontilaime
tantpointerles
contradictions,parfois
réelles,quitteàsulfater
sansdistinctiontéléde
masseetjournalismede
qualité,divertissementet
information.Quitteaussià
nepasrépondre,en
dialecticienhabile,aux
questionstropprécisessur
sonprogramme
économiqueoula
sociologiedesonélectorat.
Maisaufondqu’importe:
lecombatdeMélenchon,
depuisqu’ilafondéson
propreparti,vised’abord
àancreràgauchelecentre
degravitéduPS.Aéviter
cesalliancesaucentre
dontilestimequ’elles
furentpolitiquement
meurtrièresenEurope.A
contraindrelesocial-
libéralismeàs’assumer
commetelouàse
réformer.Afaire,carla
modernitén’arienchangé
auxvieuxrapportsde
force,delapolitiqueà
l’ancienne:classecontre
classe.Jamaisiln’adévié
decettelignequi,dans
cetteprésidentielle,le
conduità«frapper,
frapper et frapper encore»

lecapitalismefinanciarisé,
lestenantsduréalisme,les
timorésdelalaïcité,avec
uneforceetunappétit
disparusdelonguedatedu
camprépublicain.A
cognersurleFront
national,lesxénophobes,
avecunebrutalitéquine
portepasencoresesfruits
maisrouvreuncombat
qu’unepartiedelagauche
considéraitàcepoint
perduqu’elleavait
commencéàthéoriserson
renoncement.Pour
l’instant,lachimie
électoralevoitHollandeet
Mélenchongrimper
ensembledansles
intentionsdevote.La
dynamiqueneserapas
paisiblemaiselleestréelle.

ÉDITORIAL

LecandidatduFrontdegaucheest
créditéde9%danslessondages.

Unecampagne
planifiée

Dans le train qui le ra-

menaitdesonmeeting
nantais mi-janvier,
Jean-Luc Mélenchon dé-
taillait,dansunemétaphore
militaire,sonplandebataille
hivernal: «Pour nous, c’est
l’assaut.Onsonneleclaironet
on sort de la tranchée.»
Le
premier mois de l’année
écoulé, le candidat du Front
degauches’affichesatisfait:
3,4 millions de téléspecta-
teurssurFrance2,le12jan-
vier,dessallesbondéesetdes
militants surmotivés. «Tous
les objectifs ont été atteints»,
dit-ilàLibération.Enjanvier,
Jean-LucMélenchonaaussi
résisté au lance-
ment de la fusée
FrançoisHollande.
A défaut d’une
vraie percée dans
les sondages, il a
passé le palier des
9% des intentions
devoteaumomentoùleso-
cialisteredécollaitaprèsson
discoursduBourget.
Ciblesyndicale.Disparues
lesattaquesdugenre«capi-
tainedepédalo»,
l’anciensé-
nateursocialisteachangéla
stratégie d’approche de ses
ex-camarades.Pouratteindre
labaseélectoraledesonan-
cienneformation,ilaprivilé-
giélaciblesyndicale:dansles
entreprisesetl’éducation.
Faire le tour des boîtes pour
«essaimer»etfinirlacampa-
gne«FrontcontreFront»face
à Marine Le Pen. Avec un
nouveau tract anti-FN,
l’eurodéputé veut voir les
bataillons Front de gauche
poursuivreleschargeslancées
enjanvier.AttaquerleFNsur
unflancpourmieuxprendre
Hollandeàreverssursa«Ré-
publique contractuelle»
, ses
cafouillagessurleConcordat
et«lenouveautraitéeuropéen»
aveclequel«toutlemondeva
êtremisaupieddumur»
.
Voulant rejouer 2005 et la
victoiredunonàlaconstitu-
tioneuropéenne,Mélenchon
apourtantdéjàessayé–sans
succès– de transformer la
présidentielleenréférendum

sur les nouvelles règles de
l’UE.«Onn’avaitpasdeprise
en termes de calendrier»,
ré-
pondFrançoisDelapierre,son
directeurdecampagne.Cette
fois-ci, le coup doit partir
le21février,lorsquelesdépu-
tés examineront le méca-
nismedesauvetagedel’euro
et le 29, jour de manif euro-
péenne. L’Europe et le FN
viennentenrichiruntripty-
que de campagne «usines-
médias-meetings»
, donnant
l’impression de champs de
batailles restreints. «On fait
aussi beaucoup de banlieues,
peut-êtrequeçanesevoitpas
assez»
,convientDelapierre.

Maisàcerythme,lecandidat
fatigue:«J’appuiesurl’éponge
mais je n’ai pas le temps de la
reremplir.»
Il a donc prévu
unepaused’unesemainemi-
février avant de lancer l’as-
sautfinal:le18mars,placede
laBastilleàParis,pourparler
VIeRépublique;placeduCa-
pitoleàToulouse,le5avril,et
d’autresmeetingsenpleinair
àMarseilleetencoreParis.
Voteutile.D’icilà,ilespère
atteindre un score à deux
chiffres.«QuandHollandeest
haut,toutestbonpourmoi.On
ne m’embête plus avec le vote
utile.»
Saufques’ilveut«con-
testerlaplace»
deHollande,il
faut que le socialiste baisse.
«Non,répond-il.Ilfautqueles
abstentionnistesviennentvers
moi. Après, le reste, je l’aurai
gratis.»
Ildevraréglerunese-
conde équation: en disant
qu’il appellera à «battre la
droite»
ausecondtourmaisen
excluant d’entrer dans un
gouvernement,lecandidatse
refuse d’emblée à peser de
l’intérieur. Il prend aussi le
risque de se priver de ces
électeurssocialistesqu’ildit
vouloiraccrocher.

L.A.

prend, alors oui, on est transporté de
bonheur.Maintenant,j’attendslemo-
mentoùunsondagememettraà10%.
Acetinstantunsignalseradonné,àsa-
voir:«Cesgens-làsontcrédibles.Nous
pouvonsnousrassemblerautourd’un
drapeauquiasonefficacité.»

Vous pensez que seule une victoire de
Jean-LucMélenchonchangeraquelque
chose,oubienlasituationchangera-t-
elle aussi en cas de succès de François
Hollande?

Comprenezqueçan’estpasunefigure
rhétoriquequandjedisquejemesens
capabled’êtreentêteavecleFrontde
gauche.Jerécuselefaitquelepremier
tour est terminé et que nous sommes
rendus à traîner derrière le char des
vainqueurs.Quoiqu’ilensoit,battrele
candidatdeladroiteconstitueunpro-
grèsconsidérable,quifaitmonterleni-
veaud’exigencesocialeetpolitiquedu
pays.Maiscelanesuffitpas.Ilfautque
lesévénementsquisuiventsoientàla
hauteurdecetteespérance.Siceluiqui
gagne les élections ne commence pas
par«déprécariser»lesalariatfrançais,
il affaiblit la base de

Maisavez-vousjouienlisantqueleFront
degaucheétaità9%?

Vousavezuneidéeassezmesquinede
lajouissance…Delajoie,oui,carjesuis
unintellectueletiln’yapasplusgrand
bonheur pour un intellectuel que de
voir que ce qui, au départ, est un pur
raisonnement,devientuneforcematé-
rielle.Quandvousvoyezquecetteidée

nonàlaConstitutioneuropéenne.

w7novembre2008Avantlecongrèsde
Reims,Mélenchonannoncesadémission
duPSetfondelePartidegauche(PG).

wMai2009AllianceaveclePCFauxélections
européennessouslabannièreFrontde
gauche.Ilestéludéputéeuropéen.

w19juin2011Lesmilitantscommunistesledési-
gnentcommeleurcandidatàlaprésidentielle.

nonàlaguerreduGolfe.

wNovembre1997AucongrèsPSdeBrest,il
seprésenteaupostedepremiersecrétaire
contreFrançoisHollande.Résultat:8%.

wMars2000-avril2002Ministredélégué
àl’EnseignementprofessionnelsousJospin.

w2003-2005IlfaitallianceavecHenri
EmmanuellidanslecourantNouveauMonde.

wMai2005Mélenchondéfendactivementle

«Onfaitaussibeaucoupde
banlieues,peut-êtrequeça
nesevoitpasassez.»

FrançoisDelapierre

directeurdecampagne

Hier
àLibé.

«MÉLENCHON,
LE PLÉBÉIEN»

LilianAlemagna,journaliste
àLibération,etStéphaneAlliès,
journalisteàMediapart,ont
coécritlapremièrebiographiede
Jean-LucMélenchon,publiéeenjanvieraux
éditionsRobertLaffont(372pages,20euros).

Suite page 4

VoirDelargesextraits
del’interviewdonnée
parJean-LucMélen-
chonenvidéosur
Libération.fr

•SUR LIBÉ.FR

LIBÉRATION MARDI7FÉVRIER2012

• 3

classesurlaquelleil
repose.Siontitulariseles850000pré-
cairesdestroisfonctionspubliques,si
oninterditauxentreprisesd’avoirplus
d’uncertainquotadeprécaires,alors
desmilliersdegensretrouverontdela
visibilitédansleurexistence,delatran-
quillité,delasécurité.Maispourcelail
fautfrapper,frapper,frapperpour«dé-
financiariser»l’économie!Ilfautque
lepouvoirdegaucherassuresesbases.

Vousnepensezpasqu’ilfaillerassurer
lesmarchés?

Non!Lesmarchésdoiventêtrefrappés.
Il ne faut pas avoir peur. Nous avons
pournouslematinquiselèveetlesoir
quisecouchesurunpaysquiproduitle
doubledecequ’ilproduisaiten1980,
avecunniveaudequalificationextra-
ordinaire.Nousn’avonspasbesoindes
marchés.

Quevoulez-vousdirepar«ilfautfrap-
perlesmarchés»?

Ilyadesdizainesdemesurestechni-
quesquelaloipermetdèsaujourd’hui.
Celuiquifermesonentreprisecarc’est
unlicenciementboursier:réquisition!
Celui qui a conspiré avec un fonds
étrangerpourfermersaboîtedoitpou-
voir être poursuivi au nom de l’arti-
cle410-1ducodepénal,quipunitceux
qui«conspirentcontrelesintérêtsfonda-
mentauxdelanation…»
Laloiestlà!Les
exemplesnemanquentpas.Vouspar-
tez? Très bien! Préemption pour les
ouvriers pour faire une coopérative.
Une banque qui ne veut pas prêter ou

quidit:«Celavavouscoûtercher»…je
réponds: «C’est dommage, car c’est
vousquiallezpayer.»Ilexisteencore
lapossibilitédel’empruntforcé,c’est
danslaloi,jen’aimêmepasbesoinde
créeruneloideterrorismeéconomique.
Empruntforcésurtouteslesbanques.
Acombien?1%.Vousn’avezpasd’ar-
gent? Allez le chercher à la Banque
centraleeuropéenne.

Commentfaites-vouspourdéfinanciari-
seruneéconomiequiestmondialisée?

Je fais le pari que, par rapport à la fi-
nancemondiale,uneéconomiestable,
bienprotégéeestplusintéressantepour
lesinvestisseursqu’uneéconomietota-
lement volatile. Il y a mille clés pour
«définanciariser». D’abord, on sup-
primelesstock-options,puisonvireles
agences de notation. Ensuite, on

changelespouvoirsdevoteàl’intérieur
desconseilsd’administrationcapitalis-
tes.Quelqu’unquiainvestisurcinqans
adeuxpouvoirsdevote;quelqu’unqui
neveutpasdirecombienilainvestien
àun,voireaucun.

Vouspensezqu’unetellepolitiquepeut-

êtremiseenplaceindépendammentdes
autrespayseuropéensetnotammentde
l’Allemagne?

Ah, les Allemands, les Allemands, les
Allemands!D’abord,iln’yapaslesAl-
lemands, il y a le gouvernement de
droite allemand. En Allemagne, il y a
des Allemands de droite et des Alle-
mandsdegauche.LesAllemandsvont
voterenoctobre2013.Sinous,lesFran-
çais,nousouvronslabrèche,lesAlle-
mandss’yengouffreront,carlamasse
du peuple allemand est maltraitée,
sous-payée,humiliée,traitéed’unefa-
çonabsolumentindignesurleplanso-
cial, du fait des réformes absurdes et
criminellesdeGerardSchröder–quiest
maintenantunmarchanddegazpour
laRussie.Jefaislepariqu’unepolitique
progressisteenFrance,étendueensuite
àl’Allemagne,auraitimmédiatement
dessuites.
Nous avons donc une discussion qui
n’estpasfranco-allemande.C’estune
discussiongauchecontredroite.Etpuis
nous sommes la France, la deuxième
puissanceducontinent,lacinquième
puissancedumonde.Nousnesommes
pas des gens qui sont là pour dire:
«Pardon, s’il vous plaît, Mme Merkel,
voulez-vousbienêtregentilsavecnous
et nous permettre de ne pas crever.»
Nousdevonsparlerfort.

Quepréconisez-voussurladésindus-
trialisation de la France, qui a grosso
modoperdu750000emploisendixans
dansl’industrie,quienfaitaujourd’hui

un des pays les moins industrialisés
d’Europe?

Jevoudraisprendremesdistancesavec
lesmodes.Pendantuntemps,lamode
c’était:«Certainspays,c’estbienleur
tour,ontle droitde se développer,ils
vontfairel’atelier,nousferonslesser-
vices.» Le modèle de l’économie de
service…Dois-jevousrappelerlenom-
bredekilomètresdepagesdejournaux
consacrésàl’apologiedel’économiede
service,àlaringardisationdel’indus-
trie,auxsouriresironiquessurleTGV
français,Airbus,lafuséeAriane?Cela
soulevaitbeaucoupdemépris.
Maintenant, la mode a changé. Nous
voicitousentichésderéindustrialisa-
tion.Cettemodeestaussiaveugleque
laprécédente.Biensûr,jesuispartisan
delaréindustrialisation.Noussommes
tous pour la réindustrialisation. Mais
surquellebase?Lapolitiquedel’offre
ou la politique de la demande? Cela
change tout. Tout le monde dit: «Ah
oui!Ilfautréindustrialiserparl’inno-
vation,labaisseducoûtdutravail.»La
baisseducoûtdutravail,produire,pro-
duiren’importequelproduitinnovant
dansn’importequellesconditions,dans
n’importe quelle quantité. Si les gens
n’enveulentpas,unboncoupdepub
pourfaireavalertoutcela.Celaporteun
nom:c’estleproductivisme.Jenesuis
pasd’accord.
Toutcequiserattacheàcetteidéedela
politique de l’offre doit être jugulé. Il
fautdoncfaireunepolitiquedelade-

«Celuiquifermesonentreprisecarc’est
unlicenciementboursier:réquisition!
Celuiquiaconspiréavecunfondsétranger
pourfermersaboîtedoitpouvoirêtre
poursuivi.Laloiestlà!Jen’aimêmepas
besoindecréeruneloideterrorisme
économique.»

Enconférencede
rédaction,hier
matin,dansla
salledu«hublot».

PHOTOVINCENT

NGUYEN.RIVAPRESS

Suite de la page 3

LIBÉRATION MARDI7FÉVRIER2012

4 • EVENEMENT

mande. Le cœur du programme du
Frontdegauche,c’estlaplanification
écologique. C’est ramener du long
termedansl’économie.

Laquestiondunucléaireafaitbeaucoup
devaguesentreécologistesetsocialistes.
On voit bien avec la vague de froid,
qu’EDF a du mal à répondre à la de-
mande.Commentvoyez-vousl’avenir
énergétiqueenFrance,enEurope?

AuFrontdegauche,toutlemonden’est
pasd’accord.Personnellement,j’aiété
convaincuqu’ilfallaitensortir.Parmi
toutesleschosesqu’ilfautplanifier,il
yad’abordcelle-là:latransitionéner-
gétique.Nouspouvonsavoiraccèsàdes
ressourcesimmenses.Ilnes’agitpasde
direaumilieud’undiscours:«Ahoui,
lesénergiesrenouvelables…»Parceque
l’écologieramenéeauxpanneauxsolai-
res,jetrouvecelagrotesque.Nousavons
lapossibilitéd’avoirrecoursàuneéner-
gieabondante.Onaétécapablededé-
velopperleparcnucléaireendixansà
partird’unedécisionpriseparl’Etat.Je
vousprendslepariquel’onarriveraà
enfaireautantavecd’autresénergies.
Maiscelaneréglerapasleproblèmedu
nucléaire. Pourquoi? Parce qu’il faut
démanteler dans tous les cas. La pre-
mièrecentralequel’onacommencéà
démanteler,onyesttoujours!
Ilyadesgensdedroitequisontpourle
nucléaireetdesgensdedroitequisont
contre.Qu’est-cequ’onfait?Onvote.
Levotenevautpasconviction.Maisil
vaudradécision.Voilàpourquoiilfaut

un référendum. Je vous rappelle que
c’est la proposition numéro 38 des
110deFrançoisMitterrand.Alorsqueje
demandeàFrançoisHollandepourquoi
ce qui était bon il y a quarante ans ne
l’estplusaujourd’huietpourquoic’est
luiquidécidetoutseulquel’onvacon-
tinuer.Surtoutquandonnesaitmême
pas ce qu’est le MOX! Pourquoi
M. Sarkozy décide-t-il tout seul que
l’onvacontinuer?Pourquoinedeman-
de-t-onpasaupeuplefrançais?Ilssont
tropbêtes?Biensûrquenon!Puisque
laquestionestposée,ehbienposons-la
aupeuple,c’estsimple!

Commentfinancez-vousvotreproposi-
tiond’augmenterleSmicà1700euros.
Quelestlechiffragedevotreprojetde
planificationécologique?Commentfai-
tes-vouspourdevenirlapremièrenation
écologiquedumonde?

A tous ceux qui me demandent com-
ment je fais pour financer les
1700euros,jeréponds:commentfai-
tes-vouspourvivreavec1000euros?
Enfait,laréponseestévidente:ilfaut
penser l’économie en dynamique. Si
vousaugmentezlespetitespaies,vous
augmentezlescarnetsdecommandes
carlespetitespaiesdépensentplus.

Pourvous,larelanceparlademandeva
créerdelacroissance,maissivousache-
tez un produit allemand ou slovaque,
celaneprofitepasaupays…

Tantquel’onauradesfrontièrestotale-
ment ouvertes, sans visas sociaux, la
saignéecontinuera.Ledumpingsocial

mondialcontinueraàviderl’économie
de sa substance. Donc par rapport au
cadreeuropéen,ilfautmettredesfiltres
autourdel’Europe.

L’une des différences majeures entre
vousetlePS,est-ellequ’ilestducôtédu
contratetdelanégociationetvousdu
côtédelaloi?

J’espèrequelePSn’estpasducôtédu
contrat!C’estundésastre…Maisc’est
unequestiongravissime.Ladernièreli-
gnededéfensequenousavonsestune
ligne républicaine. La loi est la même
pour tous. Quand elle est votée, elle
s’appliqueàtous.Sionaccepteuneloi
àgéométrievariable,nousnesommes
plus en République, nous revenons à
l’AncienRégime.Or,FrançoisHollande
aexpliquéquedorénavant,lacapacité
normativedespartenairessociauxdoit

êtreaugmentée,jusqu’aupointoùles
accords –sans qu’il soit précisé s’ils
sont de branche ou d’entreprise–, je
citelittéralement,«s’imposerontauPar-
lement et au gouvernement».
Et per-
sonneneditrien!IlappellecelalaRé-
publiquecontractuelle.Cedontilnous

parle, c’est l’Ancien Régime, c’est la
mêmechosequecequefaitM.Sarkozy.

Queferez-vousentrelesdeuxtours?

Ilyadeuxquestionssurlesquellesles
choses ne se passeront pas comme
beaucoup le croient, notamment à la
veilledusecondtour.Ilyadesprinci-
pessurlesquelsilnefautpastransiger.
Jel’aiditetredit,àsupposerque,pour
notre malheur, ce soit François Hol-
landequisoitentêtedelagaucheetpas
moi,ilestimpossibledecroirequ’ilme
suffira de claquer dans les doigts en
disant à ceux qui ont voté pour moi:
«Maintenant, il faut voter pour
l’autre.»Ilyadespointsinavalables!
Comment fait-on avec l’introduction
du Concordat dans la Constitution?
Avec la République contractuelle? Je
demande solennellement à François
Hollandedenepasmultiplierlesembû-
ches, car il le paiera à un moment
donné,pournotredésespoiràtous.

Peut-on résumer votre position à un
soutiensansparticipation?

Onverracequedirontlespartis.Jesuis
àlatêted’unfrontquimepromeutcan-
didatcommun.Unefoislepremiertour
passé,personnenesedésistepourper-
sonne,onesttoutsimplementéliminé
quandonn’estpasarrivédanslesdeux
premiers. Après, ce qui est en jeu, ce
sontlesappelsauvoteetlaparticipa-
tion au gouvernement. Personnelle-
ment,jeneparticiperaiàaucunautre
gouvernement que celui que je
dirigerais. Je représente

«NoussommeslaFrance,lacinquième
puissancedumonde.Nousnesommespas
làpourdire:“Pardon,s’ilvousplaît,
MmeMerkel,voulez-vousbienêtregentils
avecnousetnouspermettredenepas
crever”.Nousdevonsparlerfort.»

Surlaterrasse
deLibération.

PHOTOVINCENT

NGUYEN.RIVAPRESS

Suite page 8

LIBÉRATION MARDI7FÉVRIER2012

EVENEMENT • 5

Dutrotskismeenpassant
parleSénatoul’Education,
Mélenchonvuparceux
quiontcroisésaroute.

«Untype
loyal,mais
soupe
aulait»

Unjouroul’autre,ellesontcroisésonche-

min.CinqpersonnalitésontconfiéàLibé-
ration
lessouvenirsqu’ellesconservaient
deJean-LucMélenchon,àdifférentespériodesde
saviepublique.Témoignages.

Marie-NoëlleLienemann

sénatrice(PS)deParis

«J’ai rencontré Jean-Luc quand il est arrivé à
Massy (Essonne) en 1978-1979. De culture
“deuxièmegauche”,j’étaisleaderd’oppositionde
lasectionetlemaire,ClaudeGermon,
mitterrandiste,l’afaitvenirpourévi-
terquejesoismajoritaire.J’aivutout
desuitequejen’avaispasfaceàmoi
un petit techno mais un meneur
d’hommes,untacticien.Onacom-
mencépars’opposermaisonavaiten
commundenejamaislâcheruneba-
taille,mêmepartempsmauvais,etdecroireaux
causesqu’ondéfendait.J’aivuaussisesqualités
debretteur,aveclegoûtdudébatetdelarhétori-
que, et d’organisateur, qui structure et fait tra-
vailler les gens collectivement. Il n’était ni un
hommedepureidéeniseulementunapparatchik.
C’estd’abordsonprofild’hommed’appareilqui
aétémisenexergue,puisilafaitvaloirsesdoubles
qualitésdestratègepolitiqueetd’intellectuel.En
1985,onaétéélussurlesdeuxcantonsdeMassy.
Commeilneconduisaitpas,jel’emmenaisenvoi-
tureauconseilgénéral.Progressivement,ons’est
rapprochés.AucongrèsdeRennes,en1990,ona
déposéchacununemotion,moidemoncôté,lui
avec Julien Dray, et on a vu qu’on arrivait à des
chosesassezproches,mêmesansavoirlemême
piedd’appel,etonapasséaccordtouslestrois.Je
décrochaisdurocardisme,Jean-Lucdel’ouverture
de 1988. Il avait vu venir l’ankylose du courant
mitterrandiste, tout en restant fidèle à François
Mitterrand.Mêmes’ilabeaucoupespérédeLionel
Jospin,iln’ajamaisretrouvéquelqu’unàlahau-
teurdeMitterrand.»

DelphineBatho

députée(PS)desDeux-Sèvres

«Jel’airencontréenjanvier1989àlaGaucheso-
cialiste.Onétaitlaminoritédelaminoritéturbu-
lenteduPSetJean-Lucétaitceluiquiessayaitde
nous inculquer la culture majori-
taire:ilfallaitaimerlePS.Sionvou-
laitbattreladroiteetchangerlagau-
che cela ne pouvait pas se passer
ailleurs.Moi,j’étaisàlaFidl[unsyn-
dicat lycéen, ndlr]
, d’autres dans le
mouvementsocial,etJean-Lucétait
celui qui se situait le plus à l’inté-
rieurduPartisocialiste.Lorsd’unstagedeforma-
tion,j’aifaitunexposésurlesfondamentauxde
l’analysemarxistedel’économie,ils’estmisau

fonddelasalleetaprislaparolepourcompléter.
C’étaitunprofesseurbienveillantmaispasindul-
gent.Ilpouvaitfaireunedemi-heured’interven-
tionsurle“rouge,roseetvert”,aveclePScomme
colonnevertébraledel’uniondelagauche.Sapo-
sitionactuelleestunvéritabletête-à-queuepar
rapportàcequ’ilnousatransmis.C’estunaffectif,
profondément.Maisjen’aijamaisfaitpartiedu
cerclerapprochédesesadmirateurs.»

BenjaminStora

historien

«J’étaisétudiantàNanterre,MélenchonétaitàBe-
sançon,oùjel’aiconnuquelquesannéesaprès68.
NoussommestouslesdeuxnésauMaghreb,nous
avons le même âge et, à
l’époque, le même engage-
mentradical.Nousmilitions
au sein de l’OCI [Organisa-
tioncommunisteinternationa-
liste]
oùnousnousbattions,
parfois très violemment,
contrelePCFpour“prendre”
l’Unef.Al’époque,audébutdesannées70,iln’y
avaitplus,dansl’extrêmegauche,quel’OCIqui
militaitsurleplansyndical.J’aidonccroiséMé-
lenchonparcebiais-là.En1975,jel’aiperdude
vueetons’estretrouvéen1985.Ilvenaitd’êtreélu
sénateursocialiste.Laculturetrotskistedel’OCI,
ditelambertiste,de1968à1975,aététrèsforte:
toutlemondeapprenaitàêtredebonstribuns,tra-
vaillaitl’artoratoirecarilfallaitparlerdansd’im-
mensesassembléesgénérales,avoiruneautorité
naturellepouréviterlesdébordementsettoucher
l’adversaire. Mélenchon est un homme de
l’après-68,etsesétudesdephiloluiontpermisde
déployersestalents.Ilaapprisbeaucoup,sachant
que le marxisme ne suffisait pas. Et sans doute
aussidanslafranc-maçonneriedont,jecrois,ilest
membre.Ilyaapprislarhétorique,levocabulaire
etlesidéesdelaRépublique.Leplusdrôle,c’est
qu’ilseretrouvemaintenantàlatêteduPCFcontre
lequelilsebattaitférocement.Maisjepensequ’il
estrestéfidèleàunetraditionrévolutionnaire.»

Jean-PierreBel

président(PS)duSénat

«Jean-LucMélenchonétaitmonaînéauSénat.Il
aétééluen1986etmoien1998.Ilatoujoursété
trèsloyal.Lorsquej’aiprésidélegroupe,lorsdes
discussionseninterne,illui
arrivaitfréquemmentdefaire
partdesesanalyses,voirede
sesdivergences.Ilseveutli-
bredansl’expressioncollec-
tivemais,unefoisqueladé-
cisionestprise,ilrespectela
disciplinedegroupe.Quand
ilaeuàs’opposeràlapremièreguerreduGolfe,en
1990,ils’estmisencongédelaviedugroupe.»

JackLang

ancienministredel’Educationnationale

«J’aibeaucoupappréciénosdeuxannéesdetra-
vailencommunentre2000et2002.Jean-LucMé-
lenchonétaitunministresérieux,modéré,parfois
même un peu trop. Il a pris
satâchetotalementàcœur.
En deux ans, il y a eu deux
dossiersoùnousn’étionspas
enharmonie:lecollègeuni-
queetlareconnaissancedes
languesrégionales.Luiétait
plutôtcontrecesparticula-
rismes.J’aidemandéàLionelJospindetrancher
etJean-LucMélenchonaététotalementloyalune
foislesdécisionsprises.C’estuntypeprofondé-
mentgentil,généreux,mêmes’ilestparfoissoupe
aulait.Acetteépoque,nousnousbattionspour
lamêmechose,luietmoi:queLionelJospinsoit
éluetlui,sonsouhait,étaitderesteraugouverne-
mentpourêtreunbonetpleinministre.»

Recueilli parLAUREBRETTON,
MATTHIEUÉCOIFFIER,LAUREÉQUY,
CHRISTOPHEFORCARIetBÉATRICEVALLAEYS

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Ministredéléguéàl’Enseignementprofessionnel,2001.

AuSénaten1986.PHOTODANIELSTAQUET

AvecJulienDray,en1991.PHOTOSTHIERRYDUDOIT

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LIBÉRATION MARDI7FÉVRIER2012

6 • EVENEMENT

la santé

et les droits

des femmes

mGen-lmde

appel commun pour

Avec le soutien du Collège national des gynécologues
et obstétriciens français et de la Fédération nationale
des collèges de gynécologie médicale.

© Direction de la Communication MGEN - Crédit photo : Fotolia

Fermeture de centres de planifcation
familiale, augmentation du nombre d´IVG
chez les adolescentes, prise en charge
insuffsante des contraceptifs par l´Assu-
rance-maladie, éducation sexuelle inexis-
tante à l´école...

Face aux reculs inquiétants constatés
en matière de droit à la contraception
et à l’avortement, la MGEN et la LMDE
lancent un appel aux pouvoirs publics
pour le droit des femmes à un accès
universel et égalitaire à la santé, avec le
soutien du Collège national des gynéco-
logues et obstétriciens français et de
la Fédération nationale des collèges de
gynécologie médicale. Cet appel, signé
par des personnalités publiques, est relayé
par une pétition en ligne.

Pour soutenir ce combat, rendez-vous
sur mgen.fr ou lmde.com.

AP-sante-femme-248x330.indd 1

03/02/12 12:28

aujourd’huiunfront
danslequelilyadesgensquineveulent
pas entendre parler d’aller gouverner
avecuneautreformedegauche–cela
n’empêchepasdefairesondevoircon-
treladroite–etd’autrespensentqu’il
faut y aller. Je ne veux pas que quel-
qu’unquivotepourmoiendisant:«Je
votepourlesocialismehistorique,pour
laruptureaveclecapitalisme»,mere-
trouve dans un gouvernement alors
qu’il n’a pas voté pour cela. Je n’irai
donc pas, même si j’ai été ministre et
quecelam’abeaucoupplu.Jeneleferai
pasdanscesconditions.
Laquestiondel’appelàbattreladroite
n’estmêmepasposée,onl’atoujours
fait,jenevoispaspourquoionnelere-
feraitpas.Maisc’estunechosed’appe-
leràbattreladroite,c’enestuneautre
d’appeleràvoterFrançoisHollande.Si
les socialistes ne font rien pour con-
vaincre,tantpispoureux.

Commentréagissez-vousauxdernières
déclarationsdeClaudeGuéantsurlesci-
vilisations?

Claude Guéant, dans sa manière ab-
surde–quiestlefaitd’unpitoyabletac-

ticienet,desurcroît,d’unignorant–,
essaiededire:«Noussommesunecivi-
lisationquivautmieuxparcequenous
nevoulonspasopprimerlesfemmes.»
Ilsedit:«Sijeparlecommecela,tous
les Français vont être d’accord avec
moi.» Donc, Claude Guéant rend
comptedel’étatd’espritégalitairedes
Français.Illepervertitpourl’utiliserau
compte de la xénophobie. Tout le
mondeacomprisqu’ilvoulaitdésigner
lesmusulmans.Ilpensequelacivilisa-
tion chrétienne, qui a engendré la
Shoah, est d’une nature intrinsèque-
mentsupérieure.Toutcelaestabsurde.
Ce qui est profondément méprisable,
c’estque,àcôtédecettephrasestupide
et à maints égards abjecte, il se soit
sentiobligéderajouter:«Lagaucheest
relativiste.»
Maisiln’ariencompris,cet
homme! En matière de principes, la
gauche,toutelagauche,n’estpasrela-
tiviste. Nous proclamons depuis 1789
que les droits universels de l’être hu-
mainsontsupérieursàtouteautrecon-
sidérationetpréalablesàtouteconsti-
tutionpolitique.

Quellessolutionsproposez-voussurle
logement et les banlieues ou les zones
urbainesditessensiblesoudéfavorisées?

Ilyadesmesuresd’urgenceàprendre.
Par exemple, réquisitionner les loge-
mentsvides.N’importequid’autredit
celaetondit:«Tuparles!»Maismoi,
jeleferai.Ensuite,onpeutabaisserles
loyersdanscertaineszones.Onprend
deszones,oncalculelamoyenneettout
cequiestau-dessusdecettemoyenne,
onrabat.Quantauxquartiers,j’aiété
éludebanlieuependantvingt-cinqans.
Jeconnaislamusiqueparcœur.Laso-
lution des quartiers, c’est donner du
boulot.Vivredignementdesontravail.
Le principal problème des quartiers,
c’estl’économieparallèle,carl’écono-

LorsdumeetingdeMélenchonàMetz,le18janvier.«Onaunproblèmederiche:onremplitlessalles,expliquelecandidat.Maisonaunproblème
depauvre:onn’apasdequoiselespayer.Onvacontinueràl’économie.»PHOTOPASCALBASTIEN

Suite de la page 5

«Jenevaispas,pour
prendredesvoixàMarine
LePen,fairedu
“superMarineLePen”.
JelaisseGuéantfairecela.
Jeveuxcombattrele
racismeetlaxénophobie.
Jen’aipaspeur.»

LIBÉRATION MARDI7FÉVRIER2012

8 • EVENEMENT

Venuseul,Mélenchons’est
exprimépendant2h30,
menéestambourbattant.

«Pourquoi
ellemefilme
celle-là?»

«J’ai pas arrêté. C’était le bagne.» Jean-Luc

MélenchonestarrivéhiermatinàLibél’air
crevéaprèssespassagesmédiasduweek-
end. Fatigué, mais aussi remonté qu’un boxeur
avantdemontersurunring.Déjàpunchélematin
parJean-JacquesBourdinsurRMC,lecandidatdu
Frontdegauchedescenddesamoto-taxi:«Pour-
quoiellemefilmecelle-là?»
lance-t-ilàlajourna-
liste-vidéodeLibé.frquilecueilledevantl’entrée.
Onadroitd’abordàunMélenchonméfiant.Puis
joueur. Changement de ton devant la caméra.
«Regardezcequiestécrit:“DieLinke!”s’enthou-
siasme-t-ilensortantunstylooffertparsescou-
sinsdelagaucheallemande.Sarkozy,ilvoitlamère
Merkel,nous,onvoitDieLinke!»

Ilestvenuseul:pasd’attachéedepresse,nidedi-
recteurdecampagneoudeconseiller.Seulfaceà
larédactiondanslasalleduhublotpourcepremier
comitéspécialprésidentielle.«Pouh!C’estuneAG
ici!»
commencel’ancienprésidentdel’Unefdela
fac de Besançon. Pendant deux heures et demi
d’entretien, Mélenchon livre une partie à 200 à
l’heure.Aussiépuisantquelorsdesonpassageà
l’émissionDesparolesetdesactes,surFrance2.A
grand renfort de dialectique marxiste, l’ancien
trotskiste-lambertisteposed’embléelerapportde
forcesaveccesreprésentantsdu«systèmemédiati-
que»
qu’ilaenfacedelui.«C’estunmodèledans
lequellesgenssontsocialementsurexploités.Comme
jesuisunmatérialiste,jepensequelesconditionsma-
tériellesdel’existenceetlanaturedesrapportsso-
ciauxpèsentsurlamanièredontonréagit.»
L’ancien
«pigistepermanent»desDépêchesduJura,àLons-
le-Saunier, se prend en exemple: «J’étais hors
d’état d’aller voir mon chef de service et lui dire:
“qu’est-cequec’estquecettehistoire,onracontedes
salades!” et comme, à l’époque, on voulait faire le
petit
Libé…»Toutlemonderit.«Onfabriquaitdes
histoires et on rappelait le lendemain le dépôt pour
savoirsionavaitvenduplusoumoinsdejournauxque
laveille»,
reprend-t-il.
Aprèsl’ex-journaliste,NicolasDemorandinterroge
l’ancienétudiantdephilo.Mélenchonfaitpreuve
de«mauvaisefoi»?«Maisc’estunprincipephiloso-
phiquechezSartre»,
luiglisseledirecteurdelaré-
daction.«Çan’estpasSartremonbiberon.Moi,c’est
plutôtCamus»,
rétorqueMélenchon.S’ensuitune
discussionsursa«jouissance»devoirleFrontde
gaucheà9%danslessondages:«HéDemorand!
Vous avez une idée mesquine de la jouissance! […]
L’amouretlajouissancesontdeuxchosesassezdiffé-
rentes.Ilmeresteàvousl’enseigner»,
ironiselecan-
didat. Tensions, méfiance… De la défense de sa
«planificationécologique»,àcelledelahaussedu
SmicenpassantparlaChine,lalaïcité,lelogement
ou les quartiers, l’ex-PS cogne. «Ça fait du bien,
enfinlavraiegauche.Celledel’époquedePompidou
etDeGaulleetpaslagauchebobo»,
dituneassis-
tante.D’autresjournalistessesentent«insultés»
parlediscoursantimédiadudébut.Lesderniers
rounds sont plus calmes. Mélenchon évoque ses
rêvesde«cosmonaute»ousesgoûtsdejeunesse:
«PlutôtRollingStonesqueBeatles…Après,çadépen-
daitbeaucoupdemesfréquentations.»«Vousêtesin-
fluençable,enfait?»
sefait-ilchambrer.«Benoui,
répond-t-il.Jesuiscommetoutlemondeiciunefois
sortidemonengagementpolitique.»
Findecombat.

LILIANALEMAGNA

mieréellen’yentreplus.Larévolution
citoyenneestnécessaire.C’estellequi
peutvaincrelecommunautarisme,les
trafics,quipeutdonnerlegoûtdevivre
à plein de gens. Les quartiers, c’est
beaucoupdemisèreetdegalères,mais
c’estaussilanouvelleFrancequisefa-
brique.Ilyadesgensquin’aimentpas
cela, moi si, et je suis très heureux de
voir que l’on est le premier peuple
d’Europepourlesmariagesmixtes.Je
suispourabolirlesloisquiretardentle
moment où on devient Français. Qui
naîtsurlesoldeFranceestFrançais.Li-
berté,Egalité,Carted’identité.

Dans Libération hier, la politologue
NonnaMayerexpliquequevotrepropos
sediffusemaldanslesclassespopulaires,
car votre rhétorique est trop intellec-
tuelle…

Les gens ne se rendent même plus
comptedecequ’ilsdisent.Ilyaquel-
quetemps,j’aientendusurFranceInfo
unsociologuedire:«Jean-LucMélen-
chon,ceseraitformidable,maisilnes’in-
téresse pas assez aux immigrés.»
En
gros,jenesuispasassezxénophobe.Et
oui,grosmalin!Précisément,j’ail’in-
tention de reprendre le terrain et de
combattrelaxénophobie.Jenevaispas,
pourprendredesvoixàMarineLePen,
faire du «super Marine Le Pen». Je
laisseGuéantfairecela.Jeveuxcom-
battre le racisme et la xénophobie. Je
n’aipaspeur.Danstousmesmeetings,
j’expliquepourquoicequ’elleraconte,
cesontdesbêtises,inapplicables,im-
pensables.Maintenant,«tropintello»…
Non, ce n’est pas vrai. Les gens com-
prennenttout,dumomentquel’onse
donne le mal d’expliquer.C’estnotre
devoir.Lesporte-paroleetlestribuns
de la gauche doivent être des institu-
teursdupeuple.Jenesuispastropin-
tellectuel,jenelesuispasassez.

Est-ce un problème si Marine Le Pen
n’apassessignatures?

Ques’endébrouillentceuxquiontin-
ventécetterègleabsurde!Personnelle-
ment, je m’en fiche. Si elle n’est pas
candidate,jemefrottelesmains.Sielle
l’est,jemefrottelesmainsaussi,parce
quejevaismebattrecontreelle.Ona
donnélepouvoirà500notablesdedire
qui a la capacité ou non d’aller dans
l’électionmajeure.Onmystifietoutle
monde. On fait croire que c’est une
élection libre, mais elle dépend de
500 personnes qui donnent ou pas le
ticketd’entréeàl’électionlibre.
Il y a un autre sujet qui devrait vous
préoccuper. C’est la restriction sour-
noise de la démocratie qui se joue à
traversl’étranglementdesespacescol-
lectifs.Aveclesdigicodes,vousn’entrez
plusdanslesimmeublespourfairedu
porte-à-porte,lesmarchéssontdeve-
nus socialement ségrégatifs. L’espace
public, désormais, c’est l’endroit où
toutlemondeva,c’estlagrandesur-
face.Or,ilestimpossibled’ydiffuser
un tract, parce que c’est un espace
privé. Les espaces d’échanges politi-
quessontentraindeseraréfierdansle
pays.Quandvousyajoutezlanormali-
sation sondagière, c’est terrifiant. Le
résultat,c’estunappauvrissementab-
solumentextraordinairedeladiscus-
sionpolitique.

Vousallezdansdesémissionspeopleet,
en même temps, les Français ne vous
connaissent pas. Vous ne dites rien de
vous…

Celaneprésenteaucunintérêt.Jesuis
commevoustous,j’aidespassionsdé-

raisonnables,d’autresraisonnables.On
ne va pas m’élire ou me rejeter pour
cela.Enrevanche,jepratiquelacésure
absolue,quiestcelled’unrépublicain,
entre ma vie privée, mes proches, et
monactivitépublique.Jenesuispasun
hommepublic,jesuisunhommeprivé
quiadesactivitéspubliques.Lesmiens,
quienontdéjàassezbavé,jenevoispas
aunomdequoijelesdonneraienpâ-
ture et qu’ils seraient obligés de sup-
porterl’allumagedesfeuxdelarampe
surleurvie.Ilsn’enveulentpas,jedois
lesrespecter.

Lenerfdelaguerrec’estl’argent.Com-
mentcelasepasse-t-ilauFrontdegau-
che?

Cen’estpasbrillant.Lesmammouths,
les mastodontes, ils sont sûrs d’être
remboursés.Ilsvontauplafonddesdé-
penses–21,22,23millions.Nous,nous
ne savons pas. Nous sommes tout le
tempsentrel’êtreetlenéant.Onpeut
êtrerembourséounepasl’être.Donc
onfonctionneàl’économie.D’autant
quel’emprunteurfinal,c’estmoi!C’est
àméditer.Sinousnefaisonspas5%,ce
sont les partis qui payent et, au final,
c’estmoi.Celamerendunpeutièdesur
le sujet. Nous allons avoir un budget
de2,5millionsd’euros.Incontestable-
ment, on a un problème de riche: on
remplitlessalles.Maisonaunproblème
de pauvre: on n’a pas de quoi se les

payer.Onvacontinueràl’économie.

Régulièrement,depuis2008etlesévéne-
mentsTibetenChine,vousvousêtesfait
ledéfenseurdumodèlechinois,quiest
peut-êtreencontradictionavecceque
vous venez de défendre sur le modèle
français.Oùenêtes-vousaujourd’hui?

Lesglissementssémantiquessontado-
rables.MevoilàrepeintenamiduParti
communistechinois,cequimesemble
contradictoireaveclerestedesaccusa-
tionsquimesontfaites,puisquelereste
du temps je suis suspecté d’être un
éterneltrotskiste.Audemeurant,ilse
trouvequejemesuistoujoursintéressé
àlaChine,depuisl’époqueoù,même
dansmonorganisation,c’étaittrèsmal
vu.Celanevautpasfascinationpourles
régimesquisesontsuccédé.Latyran-
nie,ladictature,lePartiuniqueneme
conviennentpasplusenChinequ’icien
France. Je n’ai jamais été partisan du
régimechinoisd’aucunefaçon.Jel’ai
toujourscritiqué.C’estdoncunprocès
absurdequim’estfait.Suis-jepourque
l’on réprime? Non. Suis-je d’accord
pour que des commerçants chinois
soientbrûléspardesTibétainsinjuste-
ment traités? Non plus. Il ne faut pas
nonplustuerlesmoinestibétains.Mais
vousêtesaveuglésparTintinauTibetet
cetteadmirationsansbornepourcette
bandedethéocrates,desesclavagistes
qui,en1959,ontrefusédecéderàlaré-
volution populaire au Tibet; il a fallu
quel’Arméerougeinterviennepourve-
niràlarescousse,parcequ’ilsnevou-
laientpasabolirleservage.

LafaçondontlaChinerésoutcetteques-
tionn’estpasdémocratique…

Mais qui va vous dire le contraire? Je
trouveabsurdeque,dansdesconversa-

tionsdesalons,l’onadhèreàunrégime
théocratiqueetquemêmecertainsdi-
sent: «Le dalaï-lama a tout à fait rai-
son.»Maisbiensûr!C’estlechefdela
secte des bonnets jaunes. Il se trouve
quelarevendicationdudalaï-lamafor-
muléedansuneassembléeàWashing-
tonestclaire.Onlecomprend,ilaune
constancedanssesvisions:ilestpour
l’indépendance. Nous sommes la
France.Nousavonsreconnu,en1964,la
RépubliquepopulairedeChinedansses
frontières.Sivouschangezd’avis,vous
ledites:«Jeproposequel’onchangela
reconnaissance.»Maisnelefaitespas
dansleconfortd’unesituation:«Oui,
y’aqu’à,fautqu’on.»Jeterminesurun
point:nem’amusezpasaveccettehis-
toire!Jesaistrèsbienàquoiellesert.La
géopolitique des Etats-Unis d’Améri-
que,c’estque,partoutoùilslepeuvent,
lorsqu’ils sont face à une masse trop
grossepoureux,ilfautqu’ilscoupent.
Ilsonttrouvélepointdecrispationque
représenteleTibet.L’indépendancedu
Tibetestlevéhiculedelapolitiquedes
Nord-AméricainscontrelesChinois.

Quefaut-ilfairefaceàlaSyrie?

Personnenepeutsoutenirlerégimede
Bacharal-Assad.Ilfautdesmesuresde
coercitionquipermettentd’isolerleré-
gime,d’essayerdefaireensortequ’ilne
soitplusenl’étatd’agressersapropre
population.Jenesuispasd’accordavec
la Russie ni avec la Chine
lorsqu’ellesmettentunveto,
commeellesl’ontfait,surun
textequi,honnêtement,pre-
naitencompteleursinquié-
tudes. La résolution de
l’ONUn’étaitpasbelliciste.
Ilsn’avaientpasàs’yoppo-
ser comme ils l’ont fait. Je
suis désolé qu’ils l’aient fait, car cela
renforcelapositiondeBacharquiestde
diredevantsestroupes:«Lesamis,on
tientlebonbout,ilsnenousempêche-
rontpasdefairecequel’onaàfaire.»
Mais,jenesuispaspartisand’unein-
terventionmilitaire,commeenLibye,
àlaquellejemesuisopposé.

Pourquoivousenprenez-vousvousaussi
souventauxjournalistes?

Parcequejevoiscontinuellementdes
gensaveccamérasquimedisent:«Je
viensfairececioucela.»Ilpeutsepas-
sercequel’onveutdanslasalle,ildoit
fairelesujetquiluiaétécommandé.Et
j’ai vu des choses particulièrement
odieuses.Uneéquipedetélévisionest
venue à un de mes meetings, mais a
remballé son matériel avant qu’il ne
commence.Onleurademandépour-
quoi ils partaient et ils ont dit: «On
n’estpasvenuécouterJean-LucMélen-
chon.Onestvenufairelesmoches.»

C’est-à-dire?

Ils voulaient filmer les gens à qui ils
manquentdesdentsouquiontdeslu-
nettescolléesavecduruban.Lescama-
radesleurontdoncdit:«Sivouspassez
une image, on vous pète la gueule, car
celasuffit.Onn’estpasunsujetd’amu-
sement,etsicesgensn’ontpasdedent,
c’est parce qu’ils ne peuvent pas se les
payer et non parce qu’ils sont contents
d’êtremoches.»
Lemédianerendplus
comptedel’événement,maislefabri-
quelui-même.Commentnevoyezpas
cettepentedansvotremétier,mêmesi,
ilfautlereconnaître,lapresseécriteest
unralentisseurparrapportàlatéléou
laradio,etqu’ilfautralentir,carlamise
àdistancenécessitedutemps.•

TranscritparLITTERASTÉNOTYPE

«Suis-jepourquelaChineréprime
lesmoinestibétains?Non.Mais
vousêtesaveuglésparTintinau
Tibetetcetteadmirationsansborne
pourcettebandedethéocrates,
d’esclavagistes.»

LIBÉRATION MARDI7FÉVRIER2012

EVENEMENT • 9

ASSAUT SUR ZABADANI

Parallèlementaubombardementdela
villedeHomsetdesaprovince,descen-
tainesdeblindésdel’arméesyrienneont
prisd’assaut,hier,lavilledeZabadani,au
nord-ouestdeDamas,selondesmili-
tants.Desoncôté,lerégimesyrien
accusedes«gangsterroristes»d’être
àl’originedecesviolences.

REPÈRES

Bastions de la
contestation du régime

Bases
militaires

Base
des Chabiha
(miliciens)

Bayada

Khalidiya

Bayada

Khalidiya

CENTRE VILLE

Ecole
militaire

HOMS

1 km

Baba Amr

Al-Zahra

Bayad

Khalidyeh

Inchaat

Qosor

Ghouta

Bab
Hood

Deir
Baalbeh

Al-Waer

Baniyas Hama

La aquié

Jisr-al-Choughour

Güveççi

Hama

Kfar Noubol

Alep

Deraa

SYRIE

Damas

IS

L

I

B

A

N

TURQUIE

JORD

IRAK

100 k

M

er M

éditerranée

Homs

AHoms,
«abandonnés
partout
lemonde»

EnSyrie,desbombardementsintenses
ontcontinuétoutelajournée,hier,dans
lesquartiersrebelles.Témoignages.

ParHALAKODMANI

Sa jeune voix porte au bout du télé-

phonesatellitemalgrélestirsintenses
quel’onentenddistinctement.Iltient
à parler tout d’abord de la prouesse
que vient de réaliser un chirurgien. «Il a
réussiàreconstituerlebasduvisage
d’unenfantde12ansàmoitiéarraché
parunebombe.»
Walid,militantde
22ans,travailleessentiellementcesderniers
jours comme brancardier avec les équipes
médicales des comités de coordination lo-
cauxdanslequartierdeBabaAmr,àHoms.

«Leshôpitauxdecampagneontétéparticuliè-
rementviséscelundimatin.C’étaitlapanique
pourtransférersouslesbombardementslema-
tériel,leslitsetlesblessés–certainsanesthésiés
ouperfusésenpleineopération–versd’autres
lieux.»
Hôpital de campagne est un bien
grand mot pour les centres de soin d’ur-
gence,installésdansdesappartementspri-
vés:troisouquatrematelasàmêmelesoloù
attendentlesplusgravementatteints,etun
litautourduquelopèrentunmédecin,une
infirmièreetdeuxaides-soignantsimprovi-
sés. Cinq ou six hommes plus légèrement
blesséssontdeboutdanslecouloir.

«La nuit a été calme à Baba Amr. Mais
dès6heuresdumatinlundi,undéluged’obus
s’estabattusurnostêtes»,
raconteuntémoin
endirectsurlachaîned’informationAl-Ara-
biya. Un tir par minute ou toutes les trente
secondes?Lacomptabilitéfaitdébatparmi
leshabitantsquienontvubiend’autresces
derniersmois.Cequartierpopulairedelali-
sièresuddeHomsesteneffetl’undesprinci-
paux foyers rebelles de la ville, elle-même
consacréecomme«capitaledelarévolution».
Lesforcesgouvernementalesont-ellesdécidé
d’enfinircettefoisavecBabaAmretHoms
après «le feu vert du Conseil de sécurité»
commedisentlesSyriens?«Celaneprendrait
pasplusd’unedemi-heurepourlesécraser.S’ils
n’étaientpasreliésendirectàplusieurschaînes
de télévision satellite, on l’aurait fait depuis
longtemps»,
confiait, en novembre, Assaf
Chawkat,beaufrèredeBacharal-Assadet
chef de l’un de ses principaux services de

renseignement.Cesproposontététenusdans
un hôtel de Homs lors d’une conversation
privéeavecAnouarMalek,observateurdela
Liguearabe,quiadénoncélesaberrationsde
cettemission.Lejuristealgérienaindiquéla
semainedernière,dansunerencontreavec
lapresseàParis,combienlarésistancedece
quartierqu’ilapuvisiterétaitdeve-
nueunsymboleàabattrepourleré-
gimesyrien.L’ArméedelaSyrielibre
(ASL)quidéfendcequartier,avaittentéde
menerdesattaqueslaveillecontrelesbarra-
gesdesforcesloyalistesauxalentours,«mais
celasemblaitsifutilefaceauxchars,auxvéhi-
culesblindésetauxarmeslourdes»,
commente
lecorrespondantdelaBBCsurplace.

«LARMES».Ledéséquilibreflagrantdesfor-
cesn’entamepaslaconfiancedeshabitants
de Homs et de leurs hommes armés qui
réussissentàtenirenéchec«lesbandesassa-
distes»
.Omar,combattantàKhalidyeh,le
quartieroùs’estproduit«lemassacre»dans
lanuitdevendrediàsamedidernier,faisant
plusde200morts,affirmeque«lemoralest
très élevé et la victoire certaine puisque nous
sommesencoredebout».

Survivreestunevictoireensoipourcemili-
tantde26ans,quiracontesurSkypelanuit
d’enfer qu’il a vécu avec sa famille. «Nous
venionsderentrerdelagrandemanifestationdu
vendredidelacommémorationdumassacrede
Hama de 1982. Il était 20 heures quand nous
avonsentenduuneimmensedéflagration.Les
gensdanslarueontcommencéàhurlerencou-
rantdanstouslessens.Monpremierréflexea
étéd’appelertouslesvoisinsdenotreimmeuble
desixétagesàdescendrecheznous,aurez-de-
chaussée.Peuaprès,unvoisinestarrivéaffolé
nousapprendrequedeuxobusétaienttombés
surlamaisond’àcôtéfaisantsixvictimesqu’il
étaitimpossiblededégagerdesdécombres.Je
suis parti à la rescousse sous les bombes qui
continuaientdetomberetj’aivuenchemindes
voitures brûler, des maisons défoncées et des
corpsquigisaientdanslesrues.Tousleshom-
mesduquartiersesontmobiliséspourtrans-
porterlesblessés,donnerleursangetconsoler
certains qui venaient de perdre des pro-

RÉCIT

«LaRussieetlaChinefiniront
parregretterleurdécisionqui
lesavuess’alignersurun
dictateurenfindevieetqui
lesamisesenporte-à-faux
aveclepeuplesyrien.»

SusanRiceambassadriceaméricaine
àl’ONU

LIBÉRATION MARDI7FÉVRIER2012

10 •

MONDE

Branding

Budget

Public

Campagne

Création

Affiche

Marché

Manager

Publicité

Direction
Artistique

Événe-
mentiel

Conseil

Merchan-
dising

Architecture

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cation

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AméricainsetEuropéensontpris
denouvellesmesurescontreDamas.

Maintenir
lapression

Les Etats-Unis ont an-

noncé, hier, la ferme-
turedeleurambassade
à Damas, et évacué leurs
derniers fonctionnaires

«compte tenu de la poursuite
delaviolenceetdeladétério-
ration des conditions de
sécurité».
LeRoyaume-Uni,
lui, rappelle son ambassa-
deur pour consultation.

«Nous continuerons à em-
prunterlesvoiesdecommuni-
cationsquisubsistentpoursi-
gnifieraurégimesyriennotre
horreur de la violence qu’il
exercecontresonpeuple,inac-
ceptable dans le monde civi-
lisé»,
aditleministrebritan-
niquedesAffairesétrangères,
WilliamHague.
Pression. Trois jours après
lesvetorussesetchinoisqui
ontbloquél’adoptiond’une
résolution, pourtant a mi-
nima,appelantàl’arrêtdes
violences,lescapitalesocci-
dentales veulent mettre la
pression sur Damas. «Il est
importantderésoudrelacrise
sans recourir à une interven-
tion militaire extérieure et je
pense que c’est possible»,
a
affirmé, hier, le président
américain, Barack Obama,
surlachaîneNBC.Leporte-
paroledelaMaisonBlanche
a, pour sa part, déclaré que
certains pays «ne devraient
pasessayerdepariersurleré-
gime Al-Assad, car c’est un

pariperdud’avance».Claire
allusion à la Russie et à la
Chine,quiavaientdéjàem-
pêché en octobre le vote
d’unerésolutionduConseil
desécuritésurlaSyrie.

«Hystérique». «C’est un
scandale,cequisepasse.Nous
nesommespasdécidésàac-
cepter l’indécision ou le blo-
caged’unecommunautéinter-
nationale»,
a lancé Nicolas
Sarkozy lors d’une confé-
rence de presse commune
avec Angela Merkel. Paris
avaitannoncé,avant-hier,la
création d’un groupe «des
amisdelaSyrie»soutenant
leplandesortiedecrisedela
Liguearabe,quiposelesba-
ses d’une transition démo-
cratiqueetquiainspirélaré-
solutiononusienne.Ils’agit
decapitaliserlesrésultatsdu
votedesamediàl’ONU,mais
aussi d’y associer l’Union
européenne,ainsiquelaTur-
quie, très engagée depuis
l’été au côté de la révolte.
Moscou, pour sa part, dé-
plorelaréaction«hystérique»
del’Occidentaprèssonveto,
alorsquelechefdeladiplo-
matierusse,SergueïLavrov,
serendaujourd’huiàDamas
en compagnie du chef des
servicesderenseignements
extérieurs russes, Mikhaïl
Fradkov.Ilsdoiventrencon-
trerleprésidentsyrien.

MARCSEMO

Devantunhopital
deHoms,hier.

PHOTOSHAAMNEWS

NETWORK.AP

ches.J’aicroiséunamiquivenaitdevoir
son frère tué. Je l’ai pris dans les bras et j’ai
voulucachermeslarmes.Lepilonnageaduré
jusqu’àlaprièredel’aube,vers5heuresduma-
tin.Depuisleminaret,lecheikhs’estmisàréci-
terlesnomsdetouslesmartyrstombésdansla
nuit. Cela a pris près de trois quarts d’heure.
Lorsdesobsèquesversmidi,nousétionsprès
de 10000, rassemblés sur la place centrale
autourdelamosquée.Desmilliersdevisages
remplisdedétresse,maissurtoutdecolère.Une
manifestation monstre a suivi la prière. Les
chantsdelarévolutionontreprisaussitôt.Des
enfantstenaientdesmorceauxdeboisenguise
depistolets.Sommes-nousfous?Non,maisrê-
veurs,éplorés,SyriensdeHomsetpromisàla
victoire!»

DÉSERTÉ. Hors des quartiers rebelles, la
ville,quicompteplusd’unmilliond’habi-
tants en temps normal, se vide peu à peu.
Tousceuxquiontdelafamilleailleursdans
lepayssontpartislesunsaprèslesautres,et
desmilliersderéfugiésdeHomssetrouvent
àlafrontièreavecleLiban.Lequartierchré-
tien de Hamidyeh est déserté depuis plu-
sieurs semaines, affirme l’un de ses habi-
tants, réfugié à Damas. «Les miliciens du
régimeontprisnotreimmeublecommeposte
detirsurKhalidyehetleshommesdel’ASLri-
postaient en tirant vers nous. Nous avons dû

leur laisser la place.» Jihad et sa femme se
trouventdésormaisseulsdansleurimmeuble
d’unedizained’appartementsdanslequar-
tier mixte d’Inchaat –où vivent aussi bien
dessunnites,desalaouitesoudeschrétiens–
quiaaussiétébombardélundi.Pasquestion
pour eux d’abandonner leur maison aux
hommesarmés.«Maisilestvraiquel’échec
de la résolution du Conseil de sécurité, après
lanuitdumassacre,nousredonneàréfléchir,
ditJihad.Nousgardionsunpetitespoirdevoir
unesolutions’amorceretleschosessecalmer.
Mais là, nous sommes vraiment abandonnés
partout le monde!»
LesinsurgésdeHoms,eux«n’attendaientrien
de l’ONU, ni de la Ligue arabe, ni du Conseil
nationalsyrien
[regroupementdel’opposition
enexil],selonOmar,quisedittoutdemême
écœuréparcettevictoirepourlerégime».Ils
sontlancésdansundéfiaupouvoirdeBachar
al-Assadqu’aucunelogiquenesemblepou-
voirentamer.«Homsn’estpluslenomd’une
ville.C’estunecause,unsymbole,uneidentité
volontairepourtouslesrévolutionnaires»,
écrit
sursapageFacebookuneopposanteexilée.

«C’est notre volonté qui est visée et non
passeulementnosquartiersetleurshabitants»,

considèreunautreinternautedeHoms,alors
quelavillecontinuaitd’êtrepilonnéelundi
etquelebilanfaisaitétatde80mortsdans
lajournée.•

LIBÉRATION MARDI7FÉVRIER2012

MONDE • 11

Abussexuelssurmineurs:
l’EglisefaitpénitenceauVatican

AuSaint-Siège,unsymposiumtentedeluttercontrelefléaupédophile.

«L’Eglisepourraitdevenir

leader dans la protec-
tion des mineurs»:

après les milliers de
scandales de pédophilie dans les
paroissesdumondeentier,lepère
jésuite et psychothérapeute Hans
Zollner va de toute évidence bien
vite en besogne. Mais le sympo-
siumdontilaassurél’or-
ganisation, qui s’est
ouverthiersoiràRomeà
l’université Grégorienne sous
l’égide du Vatican, a vocation de
marquerunenouvelleétapedansla
politiqueimpulséeparBenoîtXVI
pourfairesortirl’Eglisecatholique
du fléau des abus sexuels sur mi-
neurs.«C’estunévénementtrèsim-
portantcarcelarévèlelavolontéd’af-
fronterleproblèmeglobalementetpas
seulementdansl’urgence»,
analyse

lespécialisteduVaticanduquoti-
dienIlFatto,MarcoPoliti.
Plus d’une centaine de représen-
tantsdesconférencesépiscopales
et des supérieurs d’une trentaine
d’ordres religieux ont ainsi con-
vergé vers la cité éternelle pour
participer à ces assises intitulées
«Verslaguérisonetlerenouvelle-
ment».Jusqu’àjeudi,lesdélégués
et les 40 orateurs devraient ainsi
affronterlaquestionsoustousses
aspects, de la formation
desprêtresàlaréactionde
la hiérarchie en cas de
soupçons,enpassantparlerôlede
lapornographiesurInternet.Une
sorted’introspectionà360degrés
ponctuéeparuneveilléedepéni-
tenceaucoursdelaquelledesres-
ponsablesdel’Eglise«demanderont
pardon»
aux victimes qui seront
toutefois, à l’exception d’une ca-
tholiqueirlandaise,laisséesàl’ex-
térieurdelaréunion.Aupréalable,

il a été recommandé aux partici-
pantsdusymposiumdes’entrete-
niravecdesvictimes–onttenuà
préciserlesorganisateurs.

PLAIE.«C’estuneresponsabilitéma-
jeure que de pouvoir regarder cette
plaie béante dans l’Eglise, de tout
faire pour que cela ne se reproduise
pas»,
ainsistélerecteurdel’uni-
versitéGrégorienne,François-Xa-

vier Dumortier. «Le pape
BenoîtXVIouvriralestravauxparun
messageetdenombreuxcardinaux
seront présents,
précise Antoine-
Marie Izoard, responsable de
l’agencedepressespécialiséesurle

Vatican,I.Media.Trèsclairement,on
souhaite montrer que l’on a pris le
problème au sérieux.»
D’autant
qu’auSaint-Siège,onestconscient
quelaplaieestloind’êtrecicatri-
sée.Ilyaquelquessemaines,latrès
catholiqueIrlandea,parexemple,
fermésonambassadeprèsduVati-
can,officiellementpourdesraisons
budgétaires. Mais l’argument ne
convainc pas vraiment. Peu de
tempsauparavant,sur
lafoiderapportsévo-
quantdescentainesde
scandalesdepédophi-
liedepuis1975,lePre-
mier ministre, Enda
Kenny, avait dure-
ment mis en cause le
Vatican,l’accusantd’avoirentravé
lesenquêtes.
Dans ce contexte, BenoîtXVI en-
tendallerdel’avantdanslapoliti-
que de tolérance zéro contre les
prêtrespédophilesqu’ilapromise

en2010,lorsqueleVaticanavaitété
littéralement bousculé par l’ava-
lanche de révélations sur les abus
aux Etats-Unis, en Europe ou en
Australie.Depuis,quasimentàcha-
quevoyage,lepapetientàrencon-
trerdesvictimes.Ilprometdemet-
treuntermeauclimatd’omertàqui
régnait jusqu’à son pontificat, y
comprisdutempsdeJean-PaulII,
lequel considérait qu’il ne fallait
pas affaiblir l’Eglise dans sa lutte
contrelecommunismeetavaiten
mémoirequelesaccusationsdepé-
dophilieenverslesprêtresétaient
souventemployéesparlesrégimes
totalitaires pour discréditer le
clergé. Soupçonné par certains
d’avoirsoutenucettepolitique,Jo-
seph Ratzinger l’a radicalement
modifiée.

JUSTICECIVILE.L’andernier,une
«lettrecirculaire»aainsiétéadres-
séeparlepréfetdelaCongrégation
pourladoctrinedelafoi,lecardi-
nalWilliamLevada,ordonnantaux
évêquesdedéféreràlajusticecivile
lesmembresduclergésoupçonnés
de pédophilie et de les empêcher
d’exercerunministèredangereux
pourlesmineurs.Lalettreprônait
des«procéduresclairesetcoordon-
nées»,
etdemandaitauxévêquesde
les«compléterd’iciàunan»,c’est-
à-dire dans quelques semaines.
Maisentenantcomptedeslégisla-
tionsetréalitésdechaquediocèse
etpays.«C’estl’unedesinterroga-
tions concernant le symposium qui
s’ouvreàRome,
pointeMarcoPoliti.
BenoîtXVIira-t-ilplusloinenobli-
geantlesévêquesàdénoncerlesprê-
tres pédophiles quelle que soit la lé-
gislation du pays? En France par
exemplec’estuneobligationmaispas
enItalie.Quediralepape?»

L’associationtransalpinedesvicti-
mes de la pédophilie Caramella
Buona, qui a fait condamner un
prêtre à quinze ans de réclusion
pourviolsurplusieursmineurset
n’apasétéadmiseàparticiperau
symposium, dénonce d’ailleurs
l’absenced’orateursitaliens:«Les
autresEglisesontcommencéàfaire
leménagemaispaslaPéninsule,où
setrouveleVatican»,
s’insurgeRo-
berto Mirabile, le président de
l’ONG.CequeconfirmeMarcoPo-
liti:«Surles200diocèsesdupays,
un seul a affronté la question.»
Et
d’ajouter:«L’autregrandequestion
ensuspensenmargedusymposium,
c’est de savoirsi BenoîtXVI ordon-
neraàtouslesdiocèsesd’ouvrirdes
enquêtesàpartirdeleursarchives.»

Pour l’heure, la seule certitude,
c’estqu’uncentreconsultablepar
Internet sera créé au terme du
symposium pour permettre aux
prêtresdumondeentierd’obtenir
desinformationssurlefléaudela
pédophilie.•

ParÉRICJOZSEF
CorrespondantàRome

«LesautresEglisesontcommencé
àfaireleménage,maispas
laPéninsule.»

RobertoMirabileprésidentdel’association
devictimesCaramellaBuona

ANALYSE

3000

accusationspourpédophilieont
étéportéescontredesprêtres
de2001à2010,
selonMgr

Char-
lesScicluna,delaCongrégation
vaticanepourladoctrinedelafoi.

Desscandalesàrépétition

AprèslesEtats-Unisen2002,
l’Australieen2008,l’Irlandeen
2009,l’AllemagneetlaBelgique
en2010,c’estautourdesPays-
Basd’êtreéclaboussésparun
scandaledepédophilieausein
del’Eglise,touchantde10000à
20000mineursdepuis1945.

REPÈRES

«Soulagerlesvictimes
doitêtredelaplushaute
importancepourla
communautéetaller
depairavecunprofond
renouveau.»

BenoîtXVIausymposium,hier

Deuxvictimesdepratiquespédophilesposentdevantl’ambassadeduVatican,àLondres,le9septembre2010.PHOTOSTEFANWERMUTH.REUTERS

2500

euros,c’estlemontantmini-
mumdel’indemnisationque
l’Eglisebelge
s’estengagée,en
décembre,àverserauxvictimes
d’abussexuels.

LIBÉRATION MARDI7FÉVRIER2012

12 • MONDE

PHILIPPINES Un séisme de
magnitude 6,8 a fait au
moins 43 morts, hier,
au
centre de l’archipel des
Philippines et entraîné des
scènes de panique. Une
violente réplique de
magnitude6,2asuivilapre-
mièresecousse,quatreheu-
resplustard.

ROYAUME-UNI Omar Oth-
man, l’islamiste jordanien
recherché
en Jordanie pour
deux attentats commis
en 1998, va être libéré sous
conditions.Londrestentede
l’extraderdepuissixans,une
requête rejetée par la Cour
européenne des droits de
l’homme.

10,3

kilomètresdeclôturebar-
belées’élèverontsurune
portiondelafrontière

séparantlaGrèceetla
Turquieafindebloquerla
routeauxmigrantsirrégu-
liersquitententd’entrer
enEurope.

C’est une nouvelle

guerre en Afrique.
Ellesedérouleàhuis
clos,surunterritoiredéser-
tique grand comme la
France,etopposedesbelli-
gérants qui n’alignent, de
chaque côté, que quelques
centaines de combattants.
AuNordduMali,laviolence
descombatsapourtantdéjà
faitfuirdesmilliersdecivils.
L’insécurité est telle que
l’ONGMédecinsdumondea
mêmedûsuspendresesacti-
vitésdanslarégion.
A l’origine des combats, la
résurgence d’une rébellion
touaregqui,depuisle17jan-
vier,réclamel’indépendance
del’Azawad,cettevasteré-
giondunordMali,considé-
rée comme le berceau du
peupletouareg.Depuislafin
desannées90,plusieursac-
cordsdepaixontéténégo-
ciés entre le pouvoir et les
rebellionstouaregsuccessi-
ves.Cellequiressurgitsurle
devantdelascèneabénéfi-
ciéduretouraupaysdeplu-
sieurs centaines d’exilés
fuyantlaLibyeaprèslachute
du régime Kadhafi. Venus

avecleursarmes,ilsontcréé
le15octobreleMouvement
nationalpourlalibérationde
l’Azawad(MNLA),quimène
laguerreàBamakodepuisla
mi-janvier.
Or, très vite, les «hommes
enbleu»semblentavoirmis
en déroute l’armée ma-
lienne,remportantdesvic-
toires inattendues (bien
qu’invérifiables)àMénaka,
dans la région de Kidal, de
Gao et jusque dans les fau-
bourgsdeTombouctou.Une
situation qui a pris tout le
mondedecourt.Etpourrait
avoirdesrépercussionsiné-
dites dans une région déjà
explosive. Depuis quelques
années, le nord Mali avait
fini par être identifié à Al-
QaedaauMaghrebislamique
(Aqmi),quiyauraitinstallé

sesbasesarrièresetydétient
peut-êtreencoresesotages
occidentaux,etnotamment
français.
Or,leMNLAquiqualifiede
«terroristes»lescombattants
d’Aqmi,affirmevouloirré-
cupérerensonseinlesjeu-
nes touaregs séduits par les
sirènesislamistes.Etaccuse
lepouvoirdecomplicitéavec
Aqmi, qui favoriserait de
nombreuxtrafics.
Face à cette offensive, le
gouvernementsetait,etne
communique que pour dé-
noncerlesexactionsdesre-
belles. Une langue de bois
quiafiniparexaspérerlapo-
pulation, provoquant des
manifestations hostiles au
président Amadou Amani
Touré.Maisenlaissantlibre
coursauxrumeurs,lepou-
voiraégalementfavoriséla
montée de tensions ethni-
quesjusqu’alorsinconnues.
Parmi les populations qui
fuient les combats, nom-
breuxsontainsilesAfricains
«àlapeauclaire»quiredou-
tentlesreprésailles.

MARIAMALAGARDISavec
FABIENOFFNER
(à Bamako)

LeMalidéstabilisé
parlarébelliontouareg

AFRIQUEDenouvellesforces,venantnotamment
deLibye,infligentdesreversaugouvernement.

Selonunaccordsignéhier
àDohaparlesmouve-
mentspalestiniensrivaux
FatahetHamas,leprési-
dentdel’Autoritépalesti-
nienneetchefde
l’Organisationdelibération
delaPalestine(OLP)etdu
Fatah,MahmoudAbbas,
dirigeraungouvernement
transitoired’indépendants
chargédepréparerles
élections,dontladaten’a
pasétéprécisée.«La
déclarationdeDoha»,
signée,enprésencede
l’émirduQatar,parAbbas
etKhaledMechaal,chefdu
Hamasislamiste,vientcon-
forterl’accordderéconci-
liationconcluentreles
deuxmouvementspalesti-
niensenavril2011,etqui
piétinaitdepuiscettedate,
notammentenraisond’un
désaccordsurlechoixdu
chefdugouvernement.
Réagissantàcetaccord,le
Premierministreisraélien
BenyaminNétanyahoua
réaffirméquesiAbbas
appliquaitl’accordsigné,il
choisissait«d’abandonner
lechemindelapaixpour
sejoindreauHamas».

Laformationdugouverne-
mentprovisoiresera
annoncéelorsd’uneréu-
niondel’OLPle18février.

PHOTOREUTERS

ABBASÀ
LATÊTEDU
GOUVERNEMENT
DETRANSITION
PALESTINIEN

LESGENS

DesMaliensprotestent,jeudiàBamako,contrel’impuissanceduPrésident.PHOTOAFP

ParLORRAINEMILLOT

AprèsMonicaetBill,
voiciMimietJFK

Quatre jours après le

débutdesonstage,au
servicedepressedela
Maison Blanche,
Mimi, jolie jeune fille
de 19 ans, est présentée à
JohnF.Kennedy,45ans,qui
nageaitpourapaisersonmal
dedos.Quelquesheuresplus
tard, l’ami du Président,
Dave Powers, l’invite à une
petitefêtedanslesapparte-
mentsdelaMaisonBlanche.
Deuxautresjeunesfemmesy
attendentlePrésidentenbu-
vant des daïquiris. JFK ar-
rive, et l’invite à le suivre
dans la chambre de son
épouse,Jackie.«J’airemar-
quéqu’ilserapprochaitdeplus
en plus […],
raconte pour la
première fois Mimi dans un
livreàparaîtremercrediaux
Etats-Unis. Lentement, il a
déboutonnélehautdemarobe-
chemisierettouchémesseins.
Puisilestpasséentremesjam-
besetilacommencéàretirer
messous-vêtements…»

On sait que le 35e président
des Etats-Unis était grand
amateurdejeunesfemmes.
Mais Mimi Alford,
aujourd’huigrand-mèrede
69ans,livreunrécittrèsdé-
taillé de sa relation et des
complicités à l’intérieur
mêmedelaMaisonBlanche
quipermettaientàJFKd’as-
souvir ses besoins de chair
fraîche.Lejourdeleurpre-
mière rencontre, en 1962,
Mimi est vierge. JFK le re-
marque et s’assure: «Tu es
OK?»
Aprèsacquiescement,
leprésidentpoursuitsabe-
sogne,puisluiindiqueladi-
rection de la salle de bain,
tandis qu’il rejoint la salle

d’apéritif. «J’étais choquée,
raconte Mimi. Lui, au con-
traire, était posé, il faisait
comme si ce qui venait de se
passer était la chose la plus
naturelledumonde.»

Cetterelationadurédix-huit
mois, raconte Mimi Alford
dans son livre, intitulé, en
anglais,Ilétaitunefoisunse-
cret,monaventureaveclepré-
sidentJohnF.Kennedyetses
conséquences.
A la fin de
l’été, quand elle retourne à
Wheaton,sonuniversitéau
Massachusetts,JFKcontinue
àl’appeler,enseprésentant
souslenomdeMichaelCar-
ter,etlafaitveniràlaMaison
Blanche quand sa femme
n’estpaslà.Mimiconteavoir
ainsivisitélesiègedelapré-
sidence en pleine crise des
missiles à Cuba, en
octobre1962.Mieux,JFKlui
auraitalorsconfiéêtreprêtà
céderauxmenacessoviéti-
ques:«Jepréféreraisquemes
enfants soient rouges plutôt
quemorts.»

Elle raconte également-
comment JFK l’avait priée
d’offrirunefellationàDave
Powers,cequ’ellefit.L’exis-
tence de Mimi Alford et sa
relationsecrèteavecJohnF.
Kennedy avait été révélée
en 2003 par l’historien Ro-
bertDallek.En1998,quand
la relation d’une autre sta-
giaire avec un autre prési-
dent, Monica Lewinsky et
Bill Clinton, avait fait
scandaleetmenéjusqu’àune
procédure d’impeachment,
Mimi Alford s’était tue,
elle cachait encore son
«secret».•

VU DE WASHINGTON

Bamako

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NIGER

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LES SEMINAIRES DE

ATELIER HEBDOMADAIRE DE REFLEXION

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Un débat animé par ALEXIS LACROIX et RAPHAEL HADDAD

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CLASSES MOYENNES, CLASSES POPULAIRES : COMMENT L’EXTREME-DROITE VEUT LES SEDUIRE?
CLASSES MOYENNES, CLASSES POPULAIRES : COMMENT L’EXTREME-DROITE VEUT LES SEDUIRE?

JEAN-PIERRE LE GOFF

Sociologue, Président du club Politique Autrement

CLASSES MOYENNES, CLASSES POPULAIRES : COMMENT L’EXTREME-DROITE VEUT LES SEDUIRE?

JONATHAN HAYOUN

Président de l’UEJF

CLASSES MOYENNES, CLASSES POPULAIRES : COMMENT L’EXTREME-DROITE VEUT LES SEDUIRE?

LAURENT BOUVET

Sociologue Collaborateur de la revue Débat

Un débat animé par

CLASSES MOYENNES, CLASSES POPULAIRES : COMMENT L’EXTREME-DROITE VEUT LES SEDUIRE?

PIERRE-ANDRÉ TAGUIEFF

Philosophe, politoloque

CLASSES MOYENNES, CLASSES POPULAIRES : COMMENT L’EXTREME-DROITE VEUT LES SEDUIRE?

PASCAL PERRINEAU

Directeur du Cevipof

LIBÉRATION MARDI7FÉVRIER2012

MONDEXPRESSO • 13

ClaudeGuéant,
le10janvier,au
ministèredel’Intérieur.

PHOTOVINCENTNGUYEN.

RIVAPRESS

L’Elysée
adoubele
croiséGuéant

Lechefdel’Etatasoutenuhiersans
réserveleministreetsespropossurles
«civilisations»,semblantconfirmerune
stratégiedeséductiondel’électoratFN.

ParALAINAUFFRAY

Ceuxquiespéraientunecorrection,au

moinsdevocabulaire,enserontpour
leursfrais.NicolasSarkozyl’acon-
firméhier:oui,certaines«civilisa-
tions»
valentplusqued’autres.Aucôtéd’An-
gelaMerkel,devantlescamérasdeFrance2
(lirepage18),ilasoutenusansréservelespro-
pos«debonsens»,tenussamediparClaude
Guéantdevantlesmilitantsdusyndicatétu-
diantUni.«Unecivilisation,unrégime,uneso-
ciétéqui[n’accorde]paslamêmeplace
etlesmêmesdroitsàdeshommesetàdes
femmes,ça[n’a]paslamêmevaleur»,

aassurélechefdel’Etat,citantsonministre,
ajoutantcyniquementqu’iln’entendait«pas
perdredetemps»
avecune«polémique»qu’il
contribuepourtantàentreteniretàprolon-
ger.

«CRÂNESD’ŒUF».Adeuxmoisetdemide
laprésidentielle,ladroitefaitdoncsavoiraux
électeurs du FN qu’elle défend, elle aussi,
comme Marine Le Pen, une hiérarchie des
civilisationsquelagauche,elle,relativiserait.
Dèsdimanche,leministredel’Intérieuravait
assuréqu’ilneregrettait«rien»desespro-

pos.Conformémentàlalignedroitièredé-
fendueparleconseillerdel’ElyséePatrick
Buisson,Guéantchoisitdeseplacer«surle
terraindesvaleurs».
Illaisseàd’autreslessa-
vantesquerellessurlesréformesnécessaires
aurétablissementdelacompétitivitéfran-
çaise.«Cen’estpasavecdesdébatsdecrânes
d’œufquel’onvagagnerlaprésidentielle»,
ex-
plique-t-ondanssonentourage,allusionaux
récentesprestationstéléviséesd’AlainJuppé
faceàFrançoisHollandeetdeFrançoisFillon
face à Martine Aubry, toutes deux jugées
beaucouptroptechniquesparlesstra-
tègesdeladroite.Aveclabénédiction
de l’Elysée, Guéant se charge donc
d’expliquer aux Français que la droite etla
gauchesedifférencientbienplusdansleurs
jugementssurla«civilisation»musulmane
quedansleurspropositionspourenfiniravec
lesdéficitspublics.PlaceBeauvau,onrap-
pellequel’Intérieurest«leministèredel’ordre
etdesconservateurs»
etqu’ilestdonc«tout
naturel»
quelerappelauxvaleurssoitconfié
àsonlocataire.«PlusGuéantsedroitise,plus
ilserafacilepourSarkozydeserecentrerlemo-
mentvenu»,
indique-t-onàl’UMP.
Pour alimenter sa charge contre le «relati-
visme»
degauche,leministreestabreuvéde

RÉCIT

LIBÉRATION MARDI7FÉVRIER2012

14 •

FRANCE

LecontroverséMohamedHammami,septuagénairetunisien,pourraitêtreexpulsé.

Unimamdansleviseurdel’Intérieur

Figurehistoriquedel’islamenFrance,

Mohamed Hammami, âgé de près
de77ans,pourraitfinirsesjoursdans
sonpaysd’origine,laTunisie.Danslecolli-
mateurdeClaudeGuéant,ilfaitl’objetd’une
procédureinitiéeparleministèredel’Inté-
rieur. Il devrait être vite fixé sur son sort
aprèsl’examendesondossier,aujourd’hui,
parlacommissiond’expulsion.Cequiluiest
reproché?Desproposàcaractèreantisémite
etdesencouragementsà«fouetteràmort»les
femmes adultères. Le vieux cheikh est, en
France, l’un des chefs de file du tabligh,
mouvanceultrarigoriste.
MêmesiMohamedHammamisentlesouffre
depuislongtemps,mêmesisadéfensed’un
islam résolument fondamentaliste et son
idéologieréactionnairesontellesaussicon-
nuesdelonguedate,ilavaitacquisuneforme
denotabilité.Avecd’autresresponsablesde
l’islam,MohamedHammamiavaitétéreçu,
enseptembre2010,àl’Elysée.Foietprati-
que,l’associationqu’ilacréée,estl’unedes
composantes du Conseil français du culte
musulman(CFCM).SonfilsHamadiHam-
mami, chauffeur de bus à la RATP, siège
d’ailleursaubureaudel’instance.
Jihadisme. Hammami est loin d’être un
imamobscur.C’estunepersonnalitéàl’in-
fluenceréelle,quiadonnédupoidsauta-
blighenFrance.Dèslesannées70,l’ancien
ouvriertunisienajouéunrôlemajeurdans
la réislamisation des milieux immigrés
maghrébins.AParis,soutenuparunepoi-
gnéedecommerçantstunisiensprospères,
ils’esttailléunfiefdanslequartierdeBelle-
ville.IlyaimplantélamosquéeOmar,rue
Jean-Pierre-Timbaud,dansleXIearrondis-
sement,quidemeurel’unedesplusfréquen-
téesdelacapitale.Aquelquescentainesde
mètres de là, l’association Foi et pratique,
qui constitue l’une des deux branches du
tablighdansl’Hexagone,disposed’unse-
cond lieu de culte.
Autourdecesdeuxmosquéess’estdéveloppé
unintensecommerceislamiquedeboutiques

vendantlivres,vêtementsetproduitshalal
entousgenres.Cetteenclavecontinued’être
unlieud’attractionetderalliement,surtout
le week-end, pour une population musul-
maneprochedesmilieuxultraorthodoxeset
ultrarigoristes.
Prudent,MohamedHammamin’avaitjus-
qu’àmaintenantjamaisétéinquiétépoliti-
quement.DumoinsenFrance:aucoursdes
années 90, retiré un temps en Tunisie, il y
avaitétéplacéenrésidencesurveilléeparle
gouvernementBenAli,intraitableàl’époque
avec les islamistes. En fait, selon l’un des
meilleurs experts de l’islam en France qui
souhaitegarderl’anonymat,lechefdefiledu
tablighauraitrefuséalorsde«coopérer»avec
lesservicessecretstunisiens.
Danscesannées-là,autourdel’enclavede
larueJean-Pierre-Timbaudgravitaientles
milieuxprochesdujihadisme.BoualemBen-
saïd, l’un des instigateurs de l’attentat,
en1995,dumétroSaint-Michel,fréquentait
la mosquée Omar. Comme le raconte
aujourd’huilerappeurAbdal-Malik,quifut
untempsprédicateurfondamentalisteavant
dedevenirsoufiste,lagalaxiedutablighétait
unesortedesasversdesengagementsplus
radicaux.
Cesdernièresannées,levieuxcheikhs’était,
semble-t-il,retirédansunchâteaudeSeine-
et-Marne,àGrisy-Suisnes,oùilavaittenté
sans succès d’établir une école coranique.

PourlechercheurSamirAmghar,spécialiste
dusalafisme(auteurnotammentdulivrele
Salafismed’aujourd’hui,
auxéditionsMicha-
lon),MohamedHammamiétaittoujourssol-
licité pour prononcer les prêches lors de la
grandeprièreduvendredi,au-delàdescer-
clesdutabligh.
Marketing.Pourquoilegouvernements’en
prend-t-ilaujourd’huiàlui?Aucabinetdu
ministredel’Intérieur,c’estlesérieuxdela
procédured’expulsionquiestmiseenavant.
La mesure, selon l’un des conseillers de
Claude Guéant, n’est pas prise à la légère.
Depuisleprintempsarabe,lecheikhseserait
enfait«lâché»,moinsprudentdanssesprê-
chesqu’àl’accoutumée.Lecalendrierélec-
toraljoueégalement.L’expulsiondeHam-
mami est un geste fort de marketing
politique.Personneneveutprendrederisque
avecMarineLePen,quiavaitsemélapertur-
bation,endécembre2010,enlançantlapo-
lémiquesurlesprièresderueetluilaisserla
main sur ce dossier sensible. Bref, Claude
Guéantoccupeleterraindel’islam.
Restequ’ilfallaittrouverl’imamàexpulser…
Lesservicesduministèreontunpeuracléles
fondsdetiroir.Danscesmouvancesproches
duradicalisme,lesprédicateursontdeplus
en plus la nationalité française. A ce jeu,
MohamedHammamiasansdoutegagnéun
billetpourlaTunisie.

BERNADETTESAUVAGET

notes sur les thèses des «bobos libéraux».
Dans les études de Terra Nova, think tank
procheduPS,leshommesdeGuéantontno-
tamment déniché la «citoyenneté musul-
mane»
,unconceptàleursyeuxlourddeme-
nacespourla«civilisation».

«INADÉQUAT».Hierencore,lesgaullisteset
lescentristesdel’UMPontvainementtenté
dedésamorcerlapolémiqueenplaidantl’ap-
proximation sémantique. Comme Alain
Juppé,Jean-PierreRaffarinaestiméaumicro

de France Info que le mot civilisation était
«inadéquat».Toutenaffirmantqu’ilnedou-
taitpasqu’ilsoit«unvrairépublicain»,l’an-
cienPremierministreareconnuqueGuéant
était «meilleur ministre qu’ethnologue». De
soncôté,leministredel’Agriculture,Bruno
LeMaire,ajugéutiledepréciserque,pour
lui,«touteslescivilisationssontégalementres-

pectables».Tenantdelalignedroitière,lepa-
trondel’UMP,Jean-FrançoisCopé,apoursa
part appelé ses troupes à ne pas céder au
«politiquementcorrect».Selonlui,l’UMPdoit
se donner les moyens de faire comprendre
auxélecteursdeMarineLePenqueladroite
estmobiliséecontre«lesdérivesintégristes»,
tandis que la gauche fait preuve, sur ces
questions«d’uncertainlaisser-aller».
MohammedMoussaoui,présidentduConseil
français du culte musulman, a invité hier
ClaudeGuéantàdirequiétaitvisédansses
proposduweek-end.Faus-
sement candide, il révèle
dans un courrier adressé
placeBeauvauque«nombre
denosconcitoyensdeconfes-
sionmusulmanesesontsentis
visés par ces déclarations et
[…]l’ontfaitsavoir».
Encon-
séquence,ildemandeauministredel’Inté-
rieur,chargédesCultes,deles«rassureren
[leur]précisantlesensde[ses]proposetqu’il
nes’agissaitpasdelacivilisationmusulmane
comme certaines interprétations médiatiques
l’ontclairementlaisséentendre».
Cettemiseau
point, Mohammed Moussaoui a peu de
chancedel’obteniravantlaprésidentielle.•

REPÈRES

«Contrairement
àcequedit
l’idéologierelativiste
degauche,pour
nous,toutesles
civilisationsnese
valentpas.Celles
quidéfendent
l’humaniténous
paraissentplus
avancéesquecelles
quilanient.»

ClaudeGuéantsamedisoir
lorsd’uneréuniondel’UNI

«[ClaudeGuéant]
estmeilleurministre
qu’ethnologue.
Cen’estpasun
ethnologueaverti.
Ilyalàeneffet
quelques
imprudences.»

Jean-PierreRaffarin

sénateurUMPetancien
Premierministre,hiersur
FranceInfo

Guéantsecharged’expliquerauxFrançais
queladroiteetlagauchesedifférencient
bienplussurla«civilisation»musulmane
quedansleurspropositionspourenfinir
aveclesdéficitspublics.

Le lien privilégié qui relie l’artiste à son public, c’est la scène.
Ce lien unique doit être protégé.
Aujourd’hui, les prix des spectacles fambent au bénéfce de spéculateurs qui
assèchent le marché de la billetterie et revendent les places à prix d’or.
Les fans dénoncent ces pratiques scandaleuses et les spectateurs, déroutés, ne
savent plus comment obtenir des places au juste prix.
La loi éthique et sport vient d’interdire la revente sauvage des billets d’accès
aux manifestations sportives.
Pourquoi les spectacles ne bénéfcient-ils pas de la même protection ?
Deux poids, deux mesures, alors que le sport et le spectacle fréquentent
les mêmes salles, les mêmes stades.

PLACES DE SPECTACLES REVENDUES 5 FOIS LEUR PRIX
SUR INTERNET : LES ARTISTES SE MOBILISENT CONTRE
CETTE PRATIQUE SCANDALEUSE !

Les artistes demandent aux pouvoirs publics de mettre un terme
aux abus qui portent atteinte à la diversité culturelle.
L’accès à la culture ne saurait être un luxe.

AnorAAk
AsA
BénABAr
CAmille
CAsCAdeur
dionysos
FéloChe
GérArd dArmon
miChel delpeCh
Jérémy FerrAri
pAtriCk Fiori
GotAn proJeCt
GréGoire
niColA sirkis (indoChine)

philippe lellouChe
lilly Wood & the priCk
Christophe mAé
mimie mAthy
kAd merAd
yAel nAim
yAnniCk noAh
pAsCAl oBispo
lAurent ruquier
shy’m
skip the use
ArnAud tsAmere
ChristiAn VAdim
ZAZ

À suivre...

(Publicité)

«Cespropossont
undangereux
détournementde
pensée[…].Ilya
autreunevolonté
dedresser
lessociétéslesunes
contrelesautres.»

FrançoisBayroucandidat
duModemàlaprésidentielle

LIBÉRATION MARDI7FÉVRIER2012

FRANCE • 15

Minoritésenparoleetenpacte

Unappelréunissantl’ensembledesdiscriminationsinterpellelescandidatsàl’Elysée.

ParCHARLOTTEROTMAN
PhotosBRUNOCHAROY

Ilestnoir,gay.Fier.Activisteet

intello.Ilalephraséetleven-
trearrondis,estprofesseurde
littérature.Maisonpeutaussi
bienleretrouverderrièrelesbar-
reauxàMoscouaprèsunegaypride
interdite.Ilesttoutàlafoisl’initia-
teurdelaJournéemondialecontre
l’homophobieetlenouveaupatron
duCran(Conseilreprésentatifdes
associations noires). Il se dit «ni
universaliste ni communautariste
maislesdeuxàlafois».
Cen’estpas
toutàfaitunhasardsiLouis-Geor-
ges Tin, 37 ans, est l’initiateur du
«Pacte pour l’égalité et la diver-
sité»,dontl’unedesoriginalitésest
de regrouper les discriminations
sousunemêmebannière.Cetexte
d’interpellation, à la manière du
PacteécologieconcoctéparNicolas
Hulot en 2007, est lancé
aujourd’huidansLibérationetsur
lesiteLepacte.fr.Ilrendvisiblesles
invisibles,bruyantslessilencieux,
égauxlesmarginaux.

«EXPLOSION».«100%desFrançais
sont discriminables,
pose Louis-
Georges Tin. Noirs, juifs, femmes,
handicapés,homosexuels,habitants
desquartiersdéfavorisés…Cesmino-
ritésforment80%delapopulation.
Ceuxquirestentontétéjeunesetsont
appelésàvieillir:ilspeuventdonceux
aussiêtrediscriminés.»
Ladémons-
trationcouledesource:«Ladiscri-
mination concerne tout le monde.»

Louis-GeorgesTinaretenulescinq
critèresreconnusparledroiteuro-
péen: le sexisme, l’âge, le handi-
cap, les origines, l’orientation
sexuelle.Danschaquechamp,ila
fait appel à deux associations de
terrain.Unpeuprovoc,ladémar-
che «Minoritaires, unissons-
nous!»asacohérence.«Lesdiscri-
minationsrelèventdesmêmesméca-
nismes.Lastigmatisationjustifieles
inégalitésetlesinégalitésengendrent
lesdiscriminations,
analyseMathieu
Nocent,porte-paroledel’Associa-
tion des parents et futurs parents
gaysetlesbiens(APGL).Sions’unit
tous,onestunemajorité.»
Thomas
Lancelot, le cofondateur de Mix-
Cité,associationféministemixte,
renchérit: «Le combat féministe
n’est pas la propriété des femmes,
toutcommelaluttecontreleracisme
ne doit pas être seulement dévolue
auxNoirsetauxArabes.»

Aufinal,prèsde200propositionset
unlivrequiparaîtrademain(1).«La
criseéconomiqueestencoreplusrude
aveclespopulationsdiscriminées.Il
nefautsurtoutpasquelacampagne
présidentiellesefassesansoucontre
nous»,
prévientLouis-GeorgesTin.
«Ilfautagirsurlesdiscriminations,
y compris, maintenant pendant la
crise,sinon,onrécolteralacolère,la

résignationetlerisqued’explosion»,

dit aussi Kag Sanoussi, secrétaire
généraldelaChartedeladiversité,
–lancéeparClaudeBébéaretYazid
Sabeg–etpartenaireduPacte.«Le
Pactenes’estpasfaitsuruncatalo-
gueàlaPrévert,c’estunlivreouvert,
écritpourquelespolitiquespuissent
piocherdedans.»

«PÉDAGOGIE». Favorables à des
statistiquesdeladiversitéetàdes
classactionspouraméliorerlalutte
contrelesdiscriminations,lespar-

tenaires du Pacte demandent la
création d’un ministère d’Etat
chargédelapromotiondel’égalité
etdeladiversité.«Cesouciduvivre-
ensemble n’est pas un supplément
d’âme:c’estunpréalableàtoutepoli-
tique,
analyse Louis-Georges Tin.
Aujourd’hui,lespolitiquespubliques
etlesstructuresadministrativessont
éparpillées. Le racisme est traité au
ministèredel’Intérieur,àlapolitique
delaville,ouaucommissariatàladi-
versité.LehandicapàlaSantéetàla
Cohésionsociale,leslesbiennes,gays,

bisexuelsettransgenres,nullepart…
Il n’y a pas de cohérence.»
Dans le
mêmeesprit,lePacteplaidepourla
mise en place d’un intergroupe
(transpartis)àl’Assembléenatio-
nalesurlesdiscriminations.«C’est
ce qui a permis au Parlement euro-
péendedégagerunecultureducon-
sensussurcesquestions.»
Ilsouhaite
aussilacréationd’unobservatoire
international pour connaître les
modèlesétrangersetservir,ici,de

«réservoird’analysesetd’idées».

D’autrespropositions,plusclassi-

ques,sontmisessurlatabledepuis
plusieursannéesparlesmilitants
etassociations.«Onfaitunepéda-
gogie de la répétition»,
admet Kag
Sanoussi.«Engénéral,chacuntra-
vailledesoncôté.Là,onaunevoix
forte,unie.Etonseravigilants,
pré-
vientLouis-GeorgesTin.Silesen-
gagements ne sont pas respectés
pourunepartie,ceserauneoffense
pour tous.»

(1)«LePacte.Pourenfiniravec
lesdiscriminations»,sousladirection
deLouis-GeorgesTin,éd.Autrement.

ORIENTATIONSEXUELLEDELPHINEJARRAUD

«Zoéestamputée
d’unparent»

«Pouravoirrecoursàun

dondesperme,inter-
dit ici aux couples de
lesbiennesouauxfemmesseu-
les, on a dû s’expatrier…
commelesfemmesavantpre-
naientletrainpouravorteren
Grande-Bretagne.Célines’est
fait inséminer en Belgique et
celaamarché.Quandonafait
ladéclarationdegrossesseàla
CAF,onabarré“père”,etécrit
“mère2”.
«Jesuisalléedéclarerlanais-
sancedeZoéàlamairie.Jeme
suis inscrite comme “décla-
rante”,
on me dit: “Vous êtes
qui?”
Moi: “La mère.” Puis:
“Onestdeuxmamans.”Onme
présente comme la “mère so-
ciale”
deZoé,jedis:«Jesuisla

mère.»Cetenfantestlenôtre,
maisiln’aqu’unparent.Jen’ai
pas d’autorité parentale sur
Zoé:cequijoueencasd’hos-
pitalisation, de scolarisation,
deresponsabilitépénaleetci-
vile… Zoé est amputée d’un
parent.
«Encasdepépin,elleestsou-
miseauconseildefamille:mes
beaux-parents ont plus de
droitsquemoi.Encasdesépa-
ration,Célinepeutpartiravec
Zoé.Lajurisprudenceprenden
comptelesliensaffectifs,mais
c’estaléatoire.Sionpouvaitse
marier,toutseraitréglé.Lafi-
liation est reconnue dans le
mariage:celapermetquel’en-
fantaitdeuxparents.»

Recueilli parC.R.

LESORIGINESREDADIDI

«L’ethnieestun
marqueurvisible»

«En France, quand on a

unprojet,ilfautavoir
les bons réseaux. On
estdanslacooptation.Sivous
n’appartenezpasdéjàauxbons
cercles, vous n’avez aucune
chanced’yentrer.Cescercles
sontaussidépendantsdevotre
lieu géographique. Parce que
l’on ne voit pas des Français
noirsouarabesàdespostesde
responsabilité,onpensequ’il
yaunediscriminationethni-
que, mais c’est d’abord une
discriminationsociale.L’eth-
nieestunmarqueurvisiblequi
permetdeconfirmerladiscri-
minationsociale.
«Aujourd’hui,danslesquar-
tierspopulaires,lesmeilleurs,
ceux qui ont une motivation

quilesaamenésàsortirdeleur
milieu, à accéder à de hautes
études,cesgens-là,laFrance
nes’ensertpas.Ellelesforme,
investit.Maisc’estl’étranger,
les Etats-Unis et, de plus en
plus,leQatarquis’enservent.
Celaposedesdifficultéssurle
sentimentd’appartenancena-
tionale.Deplusenplusdejeu-
nes issus de ces milieux-là se
projettenthorsdeFrance.Pour
eux,êtreenFrance,c’estquel-
que chose de naturel et, en
mêmetemps,c’estuncombat.
Ilsestimentnepaspartiravec
lesmêmesarmes.Cen’estpas
une relation affective qu’ils
cherchent. Mais que le cadre
soitlemêmepourtous.»

Recueilli parALICEGÉRAUD

RedaDidiestlefondateurdeGrainesdeFrance.

DelphineJarrauddel’Associationdesparentsetfutursparentsgaysetlesbiens.

LIBÉRATION MARDI7FÉVRIER2012

16 • FRANCE

ÂGEJEAN-MARCCOURSIN

«Lesquinquasn’accèdent
mêmepasàunentretien»

«A50ans,sionalemalheurd’en-

voyersacandidature,leCVpart
directementàlapoubelle.Parmi
unéchantillonreprésentatifdelapopula-
tion, les quinquagénaires qui envoient
leur CV sont les moins convoqués à un
entretiend’embauche.Nouscumulonsles
cas de personnes diplômées et fortes
d’expériences de haut niveau. Cette
femme trilingue qui se trouve à faire
“quelques heures dans un Quick”. Cette
autre,“chasseusedetêtes”,quinetrouve
jamaisrienpourelle.
«Le physique joue pour quelque chose
chezlesquinquas,maisleproblème,c’est
quelesgensn’accèdentmêmepasàl’en-
tretien,ilssontbarrésd’emblée.Letaux

dechômage,danscettecatégoried’âge,
a augmenté de 14% par rapport à l’an
dernier.Lesgensontquasimentintégré
l’idéequecettediscriminationestnor-
male,ilsneserévoltentpas.
«Quandquelqu’unperdsontravailàcet
âge,ilsesentvitedéchoir.S’ils’adresse
àdespostesinférieursàcequ’ilavait,on
luirépondensubstance:ceneseraitpas
“digne de vous”. Cette femme qui a fait
Normalesupetseretrouveauchômage
medit:“Jenesorsplus,jenesupporteplus
devoirlesgensalleràleurtravail
.”Elleen-
tre dans cette spirale de l’ostracisme.
L’âge est une marque qui vous exclut
d’office.»

Recueilli parDIDIERARNAUD

SEXISMEDALILATOUAMI

«Lesfemmessontencore
dessous-citoyens»

«Beaucoup de jeunes, en Ile-de-

Franceouailleurs,n’ontpasac-
cèsàuncentredeplanificationet
àunecontraception.Niàlapiluledulen-
demain.Desjeunesfillesnousappellent
auPlanning,ellesn’ontpaspul’obtenir
àlapharmacieetracontent:“Lapharma-
cienne m’a dit que ça rend stérile.”
Ou
alors:“Ellearefuséparcequec’estlatroi-
sièmefoisquejelademande.”

«Lasexualitédesjeunesn’estpasrecon-
nue. On le voit partout, pas seulement
danslesquartierssensibles.J’interviens
danslescollèges,descentresdeforma-
tionspourapprentis:lesgarçonspensent
quelacontraception,cen’estpasleuraf-
faire.C’estdonclafillequiest“coupable”
siçanemarchepas.L’avortementesttrès
malvu.Bienplusqu’avant.Lesfemmes
quicontactentlePlanningdisentqu’elles
ont“honte”,qu’ellesn’enontpasparlé.

Ilyaunerégressiontrèsimportante.Ilya
de moins en moins de médecins mili-
tants:certainsparlentde“récidivistes”.
Onassisteàunemontéedesreligieux,des
anti-IVG. Dans certains hôpitaux, les
femmes ne peuvent obtenir de rendez-
vous après huitouneufsemaines,alors
quelaloiprévoitqu’ellespeuventavorter
jusqu’àquatorzesemaines.Ellessontsou-
ventmalreçues.Ledroitàdisposerdeson
corpsestremisencause.
«JesuisnéeenAlgérie,avantl’indépen-
dance, et je suis arrivée ici en 1993. J’ai
été très étonnée des sous-entendus
sexuels,duregardsurlesfemmes.Elles
sontencoreenFrancecommedessous-
citoyens.Pourmoi,c’estl’équivalentdu
racismequej’aipuvoirenAlgériedela
partdesFrançaisavantladécolonisation.
C’estlemêmemécanisme.»

Recueilli parC.R.

HANDICAPSTÉPHANIEGUY

«Marrederestercoincée
àunestationdemétro»

«Depuis Intouchables, il règne un

sentiment d’allégresse dans la
société au sujet du handicap.
Commesilabellehistoirequeracontele
film faisait tout fonctionner par magie.
Personnellement, j’en évalue la portée
touslesjours.C’estcommesiIntouchables
avaitserviàéduquerlapopulation.Cequi
me gêne beaucoup, c’est que le film ne
montrepaslaréalité:ilmetenscèneune
personnerichissime.Or,avecl’argent,on
peutadoucirbiendeschoses.Lehandi-
cap,c’estsouventlaprécarité.Jeconnais
quelqu’unquidoitemployer6personnes
pours’occuperdeluiet,àlafindumois,
ilneluirestepresqueplusrien.Quantà
moi,j’enaimarrederestercoincéeàune
stationdemétroparcequelesascenseurs
nemarchentpasetquepersonnen’ala
forcedemeporter.Priverquelqu’unde
samobilité,c’estlepriverdesaliberté.

Aujourd’hui, je ne paye mon titre de
transport que lorsque le matériel fonc-
tionne.Sinon,jefraude.Etjerêvedujour
oùonmecontrôlera!
«Pourtant, il suffirait d’un peu de sens
desresponsabilitéspourchangerlescho-
ses.Ilfaudraitconstruirepourtousetnon
pour le plus grand nombre. La vérité,
c’est que le handicap n’intéresse pas la
politique.Mêmeenpériodeélectorale,il
nefaitpasrecette.Jen’aipasentenduun
candidatenparlerdefaçonconvaincante.
Lorsquel’onestensituationdehandicap,
onnepeutcompterquesursoi-mêmeet
sonentourage.Pourpreuve,j’aienchaîné
destonnesdeforumspourl’emploiettrès
peud’entreprisesontdaignémerépon-
dre. J’ai trouvé mon posteactuel par le
boucheàoreille.Ilesttristequ’enFrance
ilnefaillesouvents’enremettrequ’àça.»

Recueilli parWILLYLEDEVIN

Jean-MarcCoursinprésidel’associationQuinquascitoyens.

DalilaTouami,permanenteduPlanningFamilial.

StéphanieGuymiliteàl’AssociationdesparalysésdeFrance.

LIBÉRATION MARDI7FÉVRIER2012

FRANCE • 17

SIGNATURESL’eurodéputée
(Modem)MarielledeSarnez
a expliqué, hier, ne pas
croire que Marine Le Pen

n’aurapasses500signatures
ets’estditecontre«l’anony-
mat des parrainages». «Je
verrai si je suis démentie ou
pasparlesfaits»,
a-t-ellees-
timésurFrance2.

ACCIDENTUnecollisionen
chaîne au niveau de Chan-
tillac(Charente)
aimpliqué
deux poids lourds et cinq
voitures, hier, faisant huit
blessés,dontquatregraves,
et occasionnant d’impor-
tantsbouchons.

JUSTICE Une nouvelle
plaintepourviolationduse-
cret de l’instruction après
des fuites dans la presse

d’élémentsdel’enquêtesur
l’affaireduCarltondeLillea

été déposée vendredi par
l’avocatd’unejeunefemme
entenduecommetémoin.

POLICELedirecteurdel’IGS
(lapolicedespolices)Claude
Bard,
dontleserviceestac-
cusépardesfonctionnaires
delapréfecturedepolicede
Parisd’avoirtruquéuneen-
quête,aannoncéhierporter
plainte pour «dénonciation
calomnieuse».

Précision.LionelJospinindi-
quequ’iln’estpersonnelle-
mentintervenuàaucunmo-
mentetàaucunniveaupour
laréservationdelacircons-
cription de La Rochelle en
faveur de Ségolène Royal.
L’entouragedelacandidate
maintientqueplusieurspro-
chesdel’ex-Premierminis-
tre lui ont fait part de leur
soutien.

«Jesuisconvaincuqueleprogramme
dessocialistesnepeutpass’appliquerdans
ladurée.J’attendsquelquesmoispourque
leprogrammesoitcorrigéparlesmarchés
[queFrançoisHollande]alui-même
dénoncés.[…]Làoùaprès1981ilavaitfallu
attendre1983,cettefois-ciilnefaudraque
quelquesmois.»

DominiquedeVillepinhieràDijon

1995

enfantsétrangersontétéadoptésenFranceen2011,
contre3500en2010et3000en2009.Cettebaisse
estdueengrandepartieàlasuspensiondesadoptions
enHaïtientre2010et2011.
La France a repris les adop-
tions dans l’île le 23 décembre. A mesure que les pays
ratifient la convention de La Haye et interdisent l’adop-
tion individuelle (sans organisme intermédiaire), les
conditions d’adoption se durcissent un peu partout,
diminuant les possibilités dans certains pays et, par un
effet de report, allongeant encore les délais pour adop-
ter dans d’autres. Cette baisse inquiète Enfance et
famille d’adoption, qui estime que «le dispositif français
semble plus inadapté que jamais à l’évolution de l’adop-
tion internationale»
.

Angela Merkel a donc

officialisélacandida-
turede…NicolasSar-
kozy.Hiersoir,surFrance2,
la chancelière a oublié de
prendre les précautions
d’usage.Alaquestiondesa-
voirpourquoiellesoutenait
Nicolas Sarkozy, elle a tout
simplement répondu: «Il
m’a soutenu, c’est donc tout
naturelquejelesoutienspen-
dantlacampagne.»
Oubliant
le conditionnel de circons-
tance.Silesgrandsstratèges
del’Elyséeespéraientencore
un (tout petit) effet de sur-
prise sur la candidature du
chef de l’Etat, c’est désor-
maisfichu.
Enrevanche,s’ilyauneffet
qui n’a pas été loupé, c’est
bienleprocèsenirresponsa-
bilitédeFrançoisHollande.
Lenumérodeduettisteentre
Sarkozy et Merkel a fonc-
tionné à merveille lorsque
DavidPujadasademandéà
lachancelièrequelleseraitsa
réactionlorsquelecandidat

socialisteviendraluideman-
der une renégociation du
traité européen, pour y in-
troduiredesmesuresenfa-
veur de la croissance.
D’abord,ellefaitcompren-
dre qu’elle n’était pas très
presséedelerecevoir.«Ona
d’autres problèmes à régler
pourl’instant»,
a-t-elleba-
layé. Puis, Angela Merkel a
rappelé que les «25 pays
d’Europeontsignécetraité»
et«qu’ilestnéfasted’opposer
rigueur budgétaire et crois-
sance».
L’allusionétaitlim-
pide:leprojetderenégocia-
tiondessocialistesest,pour
Berlin, politiquement im-
possibleetéconomiquement
nuletnonavenu.EtMerkel
d’enfoncerleclou:«L’Europe
estuneaffairedeconfiance.»

PuiscefutautourdeNicolas
Sarkozy d’embrayer, cette
fois plus frontalement, en
rappelantquerespecterlasi-
gnature de son pays, «ça
s’appelle avoir un comporte-
ment d’homme d’Etat», «ça

s’appelle la continuité de
l’Etat».

MaisinviterAngelaMerkelà
un20heures,danslafoulée
d’un Conseil des ministres
franco-allemand (lire aussi
page 22)
à moins d’un mois
d’unetrèsprobabledéclara-
tiondecandidature,n’estpas
dénué de risque. Cela peut
renforcerunpeupluslaposi-
tiond’inférioritééconomique
delaFrancevis-à-visdeson
partenaire, et donner l’im-
pression que la future cam-
pagne de Sarkozy sera sous
influencegermanique.Alors,
hiersoir,lechefdel’Etata,
unenouvellefois,rappeléque
l’Europen’impliquaitpasun

«abandon de souveraineté»,
mais «l’exercice en commun
d’unemêmesouveraineté».
Et
qu’ilne«s’agitpasdecopier»
le modèle allemand, mais

«de converger». «Les Fran-
çaisdécideronteux-mêmes»,

a tenu à rappeler Sarkozy.
Nousvoilàrassurés.

GRÉGOIREBISEAU

Merkel,attachée
depressedeSarkozy

2012InvitéeàParis,lachancelièreaconfirméqu’elle
soutiendralesortantlorsdesafuturecampagne.

Desparentsd’élèvesoccupaient,hier,deuxécolesdu
Doubsoùilsdevaientrestertoutelanuitavecleurs
enfantspourprotestercontrelapossiblefermeturede
plusieursclassesàlarentrée2012.Depuishiermatin,une
dizainedeparentsoccupentl’écolematernelleetpri-
mairedeNancray.Ilsontenchaînéleportailetdéposé
desbottesdepaillespourbloquerl’accèsàl’école.Les
enfantsetlessixinstituteursontétéaccueillisdansla
sallepolyvalentedelacommune.ASaône,unequaran-
tainedeparentssesontrelayéspouroccuperl’école.Ala
placedescours,ilsontfaitdesjeuxaveclesenfants,en
présencedesenseignants.D’aprèslesyndicatSnuipp-
FSUduDoubs,«lesproblèmesd’effectifssonttelsque
12écolessetrouveraientavecdeseffectifsmoyensde26
à31élèvesaprèsfermeturedeclasses»
.Pourlerectorat,
avec«23élèvesparclasseenmoyenneen2011,laFran-
che-Comtéestmieuxlotiequ’auniveaunationaletdes
ajustementssontfaitsjusqu’àlarentrée»
.

DANSLEDOUBS,CLASSES
MENACÉES,ÉCOLESOCCUPÉES

L’HISTOIRE

Lachancelièreallemandeetleprésidentfrançais,hieràl’Elysée.PHOTOCLEMENSBILAN.AP

Nadia Lavoignat, la professeure de
sciencesphysiquesarrivéetroptard
àsonagrégationenraisond’unpro-
blèmedebusàDijon,a-t-elleétévic-
timedudéplacementprésidentielqui
avaitlieucejourdejanvier,comme
ellel’affirme,oudestravauxdutram
qui perturbent la circulation dijon-
naise depuis des mois, comme l’as-
surelapréfecturedelaCôte-d’Or?La

questionestouverteaprèslecommu-
niquéofficieldevendredi,répondant
à la lettre adressée le 27 janvier par
l’enseignanteàNicolasSarkozypour
luidemanderréparationdeluiavoir
fait raté l’agrégation. La préfecture
assurequeledéplacementn’aprovo-
qué«aucuneinterruptionduservicedes
busle26janvier»
etqu’iln’yaeuque
«desaménagementsdedessertetrèsli-

mitéssurquelqueslignes,uniquement
àproximitéimmédiatedelacourd’ap-
pel».
Leprésidentseraitdonchorsde
cause…MaisNadiaLavoignatmain-
tient:«Jen’airienàgagnerdanscette
affaire, je demandais simplement des
excuses.»
Unjournalistelocal,con-
tacté,s’avoueperplexe:«Difficilede
sefaireunavisprécissansêtrepasséà
lagarecematin-là.»
V.S.

ARETOURSURL’ENSEIGNANTEQUIARATÉL’AGRÈGETACCUSESARKOZY

Pasd’excusesdel’Elyséepourlaprofretardée

Lecandidatsocialisteà
l’Elyséeaproposéhiersoir
defaire«voteruneloisup-
primantlaCourdejustice
delaRépublique»
(CJR),
quijugelescrimesetdélits
imputablesauxministres
dansl’exercicedeleur
fonction.Lorsd’unesoirée
débatsurlajusticeau
théâtreDejazet,àParis,
FrançoisHollandeaexpli-
quéquela«composition
[delaCJR]créeundoute
sursonimpartialité»
.«Les
ministresdoiventêtrecon-
sidéréscommedes
citoyenscommelesautres
etilsserontsoumisauxjuri-
dictionsdedroitcommun»
,
aajoutéledéputédela
Corrèze.Interrogéunpeu
plustôtdanslajournéeà
Dijonsurcettequestion,
FrançoisHollandeavait
déclaréquelesmembres
dugouvernementn’avaient

«pasbesoind’uneprotec-
tionparticulière»
.Lesjuges
delaCourdejusticedela
République,crééeen1993
sousFrançoisMitterrand,
sont15:3magistratsdela
Courdecassation,
6députéset6sénateurs
élusparleurspairs.Toute
personnequiseprétend
victimed’unmembredu
gouvernementpeutporter
plaintedevantla«commis-
siondesrequêtes»dela
CJR,forméede7hauts
magistratsdelaCourde
cassation,duConseil
d’EtatetdelaCourdes
comptes.Lecandidat
s’exprimaitdevantles
membresduclubDroits,
justiceetsécurités,qui
comptenotammentson
amil’avocatJean-Pierre
Mignard.PHOTOAFP

HOLLANDEVEUT
ABOLIRLACOUR
DEJUSTICEDE
LARÉPUBLIQUE

LESGENS

LIBÉRATION MARDI7FÉVRIER2012

18 • FRANCEXPRESSO

LaGrèceengrève
contrel’austéritéàrépétition

Lessyndicatsappellentaujourd’huiàundébrayagedevingt-quatreheures
contrelenouveaupland’économies.UnpremiertestsocialpourPapademos.

«Cen’estpasunenégocia-

tion, c’est la chronique
d’une mort annoncée
parlatroïka,quiexerce
unchantagecyniquesurtout
unpeuple.»
Leprésidentde
laconfédérationsyndicale
GSEE,YannisPanagopoulos,neca-
chaitpassacolère,hiermatin,en
annonçant la grève générale
d’aujourd’hui,etlerassemblement
devantleParlementdécidéenur-
gence par ce syndicat du privé et
son homologue du public Adedy.
Lepremiergrandtestsocialpourle
cabinetdeLoukasPapademos,qui
n’ajamaisbénéficiéd’unvéritable

étatdegrâcedansl’opinion,mal-
gré une cote personnelle encore
positivepourlePremierministre.

QUASI-FAILLITE.Objectifdecette
mobilisation,quiadébutédèshier
soir,sousunepluiediluvienne,par
la manifestation des com-
munistes et radicaux à
Athènespourexigerleren-
versementdelacoalitionaupou-
voir:s’opposeràunnouveautrain
demesures,comprenantunebaisse
de 20% du salaire minimum (ra-
menéà600eurosbrut),uneréduc-
tionsimilairedesretraitescomplé-
mentaires, dont certaines caisses
sont en quasi-faillite, le non-re-
nouvellementdesaccordsdebran-
chearrivantàexpiration,15000li-

cenciements immédiats dans le
secteurpublic,etuneréductionde
plusd’unmilliardd’eurosdesdé-
pensesdesanté…Desmesurescon-
tenuesdansl’accordentrelegou-
vernementPapademosetlatroïka

(Unioneuropéenne,Fondsmoné-
taireinternationaletBanquecen-
traleeuropéenne)–dontlasigna-
turesembleimminente.Iljettede
nouveau dans la rue ceux qui de-
puisdeuxanss’opposentauxcures
d’austéritédictéesparlesbailleurs

defonds,enéchangedeprêtscen-
séséviterlafaillite.Unultimeplan
quiapouroriginelesommeteuro-
péen du 26 octobre, qui a décidé
d’unenouvelleaidede130milliards
d’eurosetl’effacementde100mil-
liards de dette publi-
que,soit50%desobli-
gations détenues par
descréanciersprivés,
suruntotaldeplusde
350milliards.Unplan
bien plus draconien
quelesprécédents,carl’échecétait
attribuéaunon-respectparlegou-
vernement socialiste de Georges
Papandréoudesengagementspris:
réformes structurelles, réduction
del’état,privatisations,luttecon-
trelafraudefiscale.

Cettepolitique,pourtant,adéjàré-
duitleniveaudevie,reculél’âgede
laretraite,augmentélesimpôtset
conduitàlafermeturedesdizaines
demilliersdecommerces.Sansré-
sultatvraimenttangible:ladettea
bondià159%duPIB,ledéficitreste
supérieurà9%,lechômageaex-
ploséàprèsde20%selonleschif-
fresofficiels,(bienplusenréalité,
surtoutparmilesjeunes)etlepays
connaîtra cette année une cin-
quièmeannéederécession.
C’estdoncàunenouvelleexplosion
sociale que risque de s’exposer
aujourd’hui la Grèce. Le ministre
desFinances,EvángelosVenizélos,
reconnaîtlui-mêmeque«lesGrecs
se sont appauvris»
, que «nous vi-
vonsundrame»,
maisque«ceque
noustentonsd’éviterestinimagina-
ble»
. Un sentiment partagé par
l’ensembledespartispolitiques,y
compris ceux qui soutiennent le
gouvernementetquiontl’impres-
siondediscuterdosaumur,avec
unrevolversurlatempepourten-
ter de sauver les meubles. D’où
cette polémique surréaliste entre
lestroispartisreprésentésausein
delacoalitionaupouvoir(socialis-
tes, conservateurs et extrême
droite) pour savoir qui a réussi à
éviter la suppression des 13e et
14e mois dans le privé. Une de-
mandequinefiguraitmêmepassur
l’agendainitialdelatroïka…

ÉLECTIONS. Reste que les trois
chefs de parti ont donné leur ac-
corddeprincipedimanchesoirsur
lesgrandsdossiersdelanégocia-
tion: baisse des dépenses publi-
ques,«viabilité»desretraitescom-
plémentaires, amélioration de la
compétitivité par la baisse des
coûtsdutravail,etrecapitalisation
desbanquessansnationalisation.
Ils doivent se réunir aujourd’hui
pour en préciser les modalités,
aprèsdespourparlersentregouver-
nement et troïka… et à la lumière
delamobilisationsyndicale.
Restera ensuite à faire voter les
nouvellesmesurespardesdéputés
confrontésàlafureurdeleursélec-
teurs,etdeplusenplusréticentsà
compromettre leurs chances de
réélection. Paradoxalement, la
frondepourraitvenirdesrangsdu
Pasok(partisocialiste)dontlesélus
s’interrogentsurlasuccessionde
Georges Papandréou. La gauche,
dont les 4 partis sont crédités de
40% dans les sondages, continue
deréclameruneautrepolitiqueet
desélections.Prévud’abordenfé-
vrier,puisenavril,cescrutinsem-
bledeplusenplusrepoussé,sinon
auxcalendes,dumoinsàdesjours
meilleurs.•

ParPHILIPPECERGEL
CorrespondantàAthènes

Lagauche,dontles4partis
sontcréditésde40%dansles
sondages,continuederéclamer
uneautrepolitique.

RÉCIT

LesGrecsentrentdansleurcinquièmeannéederécessionéconomique.PHOTOYIORGOSKARAHLIS.REUTERS

3,3

C’est,enmilliardsd’euros,les
nouvelleséconomies
surlesquel-
lessesontentendusdimanche
soirlestroispartisaupouvoir.

REPÈRES

«Onavaitespéréque
lesdécisionsauraient
étéprisesauplustard
ceweek-end.»

Leporte-paroleducommissaire
européenauxAffaires
économiques
surlaGrèce

Aprèsunepremièremobilisa-
tionhiersoirdedeuxpartisde
gauche,
lescentralessyndicales
appellentaujourd’huiàunegrève
généralede24heuresquidevrait
perturberécoles,liaisonsavec
lesîles,transportsetadminis-
trations.Unemanifestationest
prévueàlami-journéeàAthènes.

«Soitonaugmentela
croissancedelaproductivité
[…]etongardelacroissance
dessalairesmodérée,soit
ondiminuelessalaires.»

OlivierBlanchardéconomisteenchef
duFondsmonétaireinternational

LIBÉRATION MARDI7FÉVRIER2012

ECONOMIE• 19

Unevictoire
degérant
contreCasino

Uncouplegestionnairenon
salariésd’unesupérette
dugroupe,àArras,agagné
leprocèsquil’opposaitau
distributeurpourrupturede
contrat.Toutavaitcommencé
parlacrisecardiaquedumari.

ParHAYDÉESABÉRAN
EnvoyéespécialeàArras
PhotosOLIVIERTOURON.
FEDEPHOTO

Gérantd’unesupéretteCasino,

un couple va toucher
270000 euros de sa maison
mèrepourrupturedecontrat
sanscauseréelleetsérieuse,etrappel
d’heures supplémentaires. Ainsi en a
décidé la cour d’appel de Douai,
le31janvier,sansavoireubesoindere-
qualifierlecontratcommercial
encontratdetravail.
ChristopheetCathyLéger,an-
ciens«gérantsmandataires»d’unesu-
péretteSpardanslecentre-villehisto-
rique d’Arras, travaillaient chacun
soixante-dixheuresparsemaine,pour
un gain de 2000 euros à eux deux,
plus un logement de fonction.
Le30décembre2007,onzemoisaprès
avoirrepriscemagasin,Christophepart
se coucher. Il grelotte, transpire, ne
tient plus sur ses jambes. Quand il se
réveillelelendemain,lemalempire.Il
appellele15,décritsessymptômes.Le
Samudébarque.Àl’hôpital:«Crisecar-
diaque»,
puis«sixsemainesdecoma»,
racontel’ex-épicierquin’ajamaisre-
prisletravaildanslasupérette.
Depuis,ilsebatcontreCasino.Etvient
deremporterunesacréevictoire.Une
décision qui «enchante» son avocate,
Claudine Bouyer-Fromentin. La cour
d’appeladécidéquelegérantnonsala-
riéd’unesupérette,payéàlacommis-
sionsurlesventes,pouvaittoucherdes
heures supplémentaires et bénéficier
d’uneindemnitédelicenciement.«Une
décision insolite»,
minimise William
Bourdon, avocat de Casino, qui a fait
appel.Insolite,maisaussi«encontra-
diction avec la jurisprudence»,
etdonc
«temporaire»,veutcroirel’avocat,qui
vasepourvoirencassation.

L’histoire du couple avec Casino avait
commencé en 2005, dans la Somme.
Cathyestanciennecommerciale.Chris-
topheestungarçonéclectique:ex-che-
minot,ex-instituteur,maisaussicofon-
dateurduprestigieuxCentrerégionalde
laphotographieetex-directeurartisti-
que de la maison d’édition de livres
photoMarval.Ilsontenvied’uncom-
mercedeproximitéenmilieurural.Et
sontséduitsparlacommunicationde
Casino:«Sansapportpersonnel,ondeve-
naitnotreproprepatron,avecperspective
d’évolutiondecarrièreetpossibilité
departiciperauliensocialaucœur
de la cité… Ce genre de baratin»,

soupireChristopheLéger.Ilssontvite
déçus.S’épuisentpouràpeineunSmic.

LAVER,RANGER,COMPTER.Aprèsun
anetdemi,CasinoleurproposeArras,
leurville.Commetouslesgérantsnon
salariés,ilsontdroitàunlogementde
fonction.Leleurestjoli,avecparquet
vernietvuesurlebeffroigothique.La
supéretteestàdeuxpas,entrelesdeux
placesflamandes,danslavieilleville.
L’affaire,pourtant,vavirerau«cauche-
mar»,
assureChristophe.Casinomini-
mise: «Sur 2000 couples, nous
avons12à15contentieuxparan,lamajo-
ritédesgérantssontsatisfaits.»

Horairesd’ouvertureimposés,semai-
nes à rallonge, bricolages… «Tu com-
mandesunecagettedetomates,tuenre-
çois trois et si tu n’arrives pas à les
vendre,c’estpourtapoche.Tuesobligé
d’ouvriruncompteenbanqueàtonnom
pourlemagasin,maistun’aspasdenu-
mérodeSiret,tun’espasinscritauregis-
treducommerce.»
Lescagettesdetoma-
tes imposées, Casino assure que ça
n’arrivejamais.Lecompteenbanque,
queçan’ariend’illégal,puisquelegé-
rantest«mandataire».Quantauxho-
raires,ladirectionrépondquelesgé-
rants sont «libres», mais «en accord

avec le commerce local».Problème:ils
travaillentcinquante-troisheures,rien
quependantl’ouverturedumagasin,y
comprisledimanche,ceàquoiilfaut
ajouterdeuxheuresparjour,sixjours
sur sept pour laver, ranger, compter,
plus les livraisons deux fois par se-
maine, et enfin le lundi, seul jour de
congé,environcinqheuresdeménage
etdecomptabilité.ChristopheetCathy
baissentleurrideauà21heuresleven-
dredietlesamedi,età20heuresledi-
manche.«Quandondemandedel’aide
endisantqu’onvaylaissernotresanté,on
nous répond: “Il vous appartient d’em-

baucheruncollaborateur.”Quandontou-
che1000euroschacun
[2245eurosbruts
àdeux,enmoyenne,selonladirection,
ndlr]?“Trouvezunesolutionenfamille.”
Çaveutdireletravailaunoir?»
Ladirec-
tion réfute: «Ce n’est pas un message
quepassentnoscommerciaux.»

«SANSSTATIONDEBOUT».Lecouplene
tient plus. «Mon médecin traitant m’a
parlé d’épuisement professionnel»,
dit
Christophe. Il pose une affiche sur sa
vitrineavecson«bulletindecommis-
sion», l’équivalent du bulletin de sa-
lairepourlesgérantsnonsalariés.Une

RÉCIT

LIBÉRATION MARDI7FÉVRIER2012

20 • ECONOMIE

DIRECTION DE L’URBANISME

RAPPEL - AVIS D'ENQUÊTE PUBLIQUE

Par arrêté municipal en date du 02/01/2012 Monsieur le Maire de Paris
ouvre une enquête publique à la Mairie du 18ème arrondissement - 1 Place Jules
Joffrin - 75877 PARIS cedex 18 du lundi 06 février 2012 au vendredi 09 mars
2012 inclus.

Travaux d’investissement routier relatifs à l’aménagement
d’une voie nouvelle sur le site de l’Ilot Binet 60-66 rue René
Binet et 16-34 avenue de la Porte de Montmartre à Paris 18ème
arrondissement.

Le dossier d'enquête incluant une étude d’impact déposé à la Mairie du
18ème arrondissement sera mis à la disposition du public qui pourra en prendre
connaissance et consigner éventuellement ses observations sur les registres
d'enquête les lundis, mardis, mercredis et vendredis de 8h30 à 17h00, les jeudis
de 8h30 à 19h30 et le samedi 11 février 2012 de 9h00 à 12h00 (les bureaux sont
habituellement fermés les samedis, dimanches et jours fériés), ou les adresser
par écrit, à l’attention de Madame Lisa VINASSAC-BRETAGNOLLE,
(Consultante en urbanisme, économie et aménagement) chargée de la fonction
de Commissaire enquêteur, à la Mairie du 18ème arrondissement, en vue de
les annexer aux registres.
Madame Isabelle LESENS, (Consultante), est nommée en qualité de
Commissaire Enquêteur suppléant.
Le Commissaire enquêteur siégera à la Mairie du 18ème arrondissement pour
informer et recevoir les observations du public les jours et heures suivants :

Samedi

11 février 2012 de 9 h 00 à 12 h 00

Jeudi

16 février 2012 de 16 h 00 à 19 h 00

Mardi

21 février 2012 de 9 h 00 à 12 h 00
Mercredi 29 février 2012 de 14 h 00 à 17 h 00
Lundi

5 mars

2012 de 9 h 00 à 12 h 00

Vendredi 9 mars

2012 de 14 h 00 à 17 h 00

La maîtrise d’ouvrage des travaux est assurée par Paris Habitat et la Mairie
de Paris. Les informations concernant le projet soumis à enquête peuvent être
demandées auprès de la Mairie de Paris – Direction de l’Urbanisme – Sous
Direction de l’Aménagement – 17 boulevard Morland – 75181 Paris cedex 04.
Toute personne qui en fera la demande pourra prendre connaissance
du rapport et conclusions du Commissaire enquêteur à la Mairie du 18ème
arrondissement, à la Préfecture de Paris, D.R.I.E.A. UTEA 75 – UT3, 5 rue
Leblanc, 75015 Paris ou à la Mairie de Paris, Centre Administratif Morland -
Direction de l'Urbanisme, PASU (Pôle Accueil et Service à l’Usager) - bureau
1081 (1er étage), 17 boulevard Morland 75004 Paris, et ce pendant une durée
d’un an à compter de la date de clôture de l’enquête.
Au vu du rapport et conclusions du Commissaire enquêteur, une déclaration
de projet prononçant l’intérêt général du projet d’aménagement de la voie
nouvelle sera soumise à délibération du Conseil de Paris.

EP 12-006

APPEL D’OFFRES - AVIS D’ENQUÊTE

01.49.04.01.85 - annonces@osp.fr

émission de Là-bas si j’y suis, sur
FranceInter,luiestconsacréequandil
estdanslecoma.Àsonretour,laméde-
cine du travail le déclare inapte au
poste,qu’ilya«obligationdereclasse-
mentsansmanutentionrépétéedecharges
supérieuresà15kilos,sansstationdebout
prolongée,nibrasenélévation»
.Casino
propose le magasin de Lambersart,
à 60km, avec «du matériel adapté».
Christopherétorquequ’ilestinapte,le
couplerefuse.C’estlarupturedecon-
trat, puis le procès. Et maintenant, la
cassation. «Même pas peur», affirme
ChristopheLéger.•

DanstoutelaFrance,desenseignessedéchargentsur
des«partenaires»quidépendententièrementd’elles.

Lalocation-gérance,
contrattousrisques

«Devenirchefd’entre-

prise», «gérer de
manière autonome
sonmagasinetsessalariés»,
«devenir propriétaire d’un
fonds de commerce»
. Ainsi
sontrédigéeslesoffresallé-
chantes,pleinesdepromes-
ses d’indépendance, faites
parlesgroupesdelagrande
distribution. Problème:
quandlesbénéficesplongent
etquel’autonomiepromise
n’estpasaurendez-vous,la
relationpeutrapidementvi-
rerauconflit.Lajustices’est
déjàpenchée,àplusieursre-
prises,surlescontratsdegé-
rance mandat, comme ré-
cemment avec Casino (lire
ci-contre),
requalifiantpar-
foislarelationencontratde
travail.Désormais,c’estsur
ceuxde«location-gérance»,
pourtant réputés plus sou-
ples,qu’ellecommenceàse
prononcer.
DansleSuddelaFrance,en
régionparisienneouencore
dans le Centre, des gérants
locataires, œuvrant pour le
comptedeCarrefour,enga-
gent ainsi des poursuites
contre leur ancien «parte-
naire».«Legroupeinciteune
personneseuleouuncoupleà
prendre un magasin en loca-
tion-gérance
,expliquePascal
Lavisse,avocatdeplusieurs
plaignants. Puis il l’oblige à
créer une boîte bidon, sous
formedesociétéàresponsabi-
lité limitée, et impose un ex-
pert-comptable maison.
Quand le groupe a pressé le
gérantcommeuncitron,ils’en
débarrasse, en lui faisant si-
gneruneconventionderésilia-
tion à son seul avantage. Le
gérant,lui,seretrouvedehors,
criblé de dettes et placé à la
têted’unecoquillevide.»
«Grotte».ContactéparLi-
bération
,Carrefourrappelle
«qu’unlocatairen’estpasun
salariédugroupeCarrefour».

Etqu’àcetitre,lesrapports
avecleslocatairesgérantsne
sontpasrégisparuncontrat
de travail classique. Même
s’ils sont formés, puis ac-
compagnés par le groupe,
danslecadred’une«relation
deconfiancequireposesurle
principegagnant-gagnant»
.
«On suit une formation de
plusieurs semaines pendant
laquelle,dumatinausoir,on
respire Carrefour, on mange
Carrefour,onvitCarrefour
,se
souvient Geoffroy, ancien
locataire gérant dans l’Es-
sonneetleLoiret.Lapropo-

sitiond’intégrerl’écoledefor-
mations’estfaitelemardipour
uneréponselevendredi.Vous
ne réfléchissez pas, vous ac-
cepteztoutdesuite.»
Cetan-
cien directeur salarié d’un
Franprix découvre alors sa
premièreaffaire.«C’étaitune
grotteàmoitiéplongéedansle
noir avec des frigos pourris,
descaissesantiquesetdesfui-
tesd’eau,
dénonce-t-il.J’ai
alerté à maintes reprises le
groupe pour que des travaux

soienteffectués,maisenvain.
Quandilssesontdécidésàles
faire, il était trop tard, j’étais
prisàlagorgeavecunedette
de 120000 euros.»
Dans la
foulée,Geoffroytentedere-
monterunesecondeaffaire,
sanssuccès.«Ilsontfinipar
mejeteralorsquejemedéfon-
çais soixante heures par se-
maine,sixjourssursept.Tout
étaitimposéparlegroupe:les
marchandises,leshoraires,la
basetarifaire…Touslesincon-
vénients des salariés sans les
avantages.»

Pascaletsonépouse,ex-gé-
rantsd’unesupéretteàFay-
aux-Loges(Loiret),affirment
avoirconnulesmêmesdésil-
lusions. «Nous n’avions
aucune idée de ce qu’était la
location-gérance.Nosforma-
teurs nous disaient que nous
pouvionsgagnerassezentrois
anspourdevenirpropriétaires
denotreenseigne.»
Lecouple
semetàtravaillerseptjours
sur sept, mais se plaint des
margesbénéficiairesdeplus
enplusserrées.«Pourarriver
à des résultats honorables, il
fallait tricher,
explique Pas-
cal. Et nous avions tout le
tempsuncontrôleursurledos,
celui-làmêmequiétaitcensé
nousaccompagner.»
Amer,le
coupleespèrequ’unevictoire
judiciaire «serve d’exemple
pourlesautres»
.
MêmesdémêléspourKatiaet
Laurent.Euxontpuprocéder
directement à l’acquisition
d’unfondetdemursàChâ-
teauneuf-sur-Loire(Loiret).

«Unconcurrentestarrivéavec
un indice de prix très bas.
NousavonsdemandéàCarre-
four de s’aligner, mais sans
résultat; notre dette s’est
creuséeetlegroupeacesséde

nousfournirdujouraulende-
main.»
L’entreprise, et sa
cinquantaine de salariés, a
étéplacéeenliquidation.

Jurisprudence. «C’est un
Boeingquel’onvidedesones-
sence tout en lui demandant
d’atterrir»,
résume Pascal
Lavisse qui compte s’ap-
puyer sur la jurisprudence
YvesRocher,quiareconnuà
deslocatairesgérantslesta-
tut de gérants salariés. «Le
pauvregarsquirêvededevenir
patronsignen’im-
porte quoi. Alors
quec’estlegroupe
quidirigetout,qui
impose ses choix,
quidécidedester-
mes de la rupture
et,cerisesurlegâ-
teau,legérant,chefd’uneen-
treprisebidon,seportecaution
àtitrepersonnel.C’estsimple-
mentinacceptable»,
poursuit
l’avocat.

De notre correspondant
à Orléans

MOURADGUICHARD

LeTGIdeParisa
ordonné«derespecter
lesrèglessurlerepos
dominicaletlejourde
fermeture»
àdes
Franprix,CarrefourCity,
G20,Casino,etSuperU.

REPÈRES

«Lesgérants
mandatairesnon
salariésontdes
garantiesprévues
pardesaccords
collectifs.»

LadirectiondeCasino

Casino

Legroupeadégagéun
bénéficede529millions
d’eurossurunchiffre
d’affairesde29milliards
en2010.Sesenseignes
sontGéant,Casino,
FranprixetMonoprix.

«Toutétaitimposé
parlegroupe…Tousles
inconvénientsdessalariés
sanslesavantages.»

Geoffroyancienlocataire-gérant

ChristopheLéger,
anciengérantde
lasupéretteSpar,
dugroupeCasino,
enpleincentre
d’Arras(Pas-de-
Calais).

BELG

SOMME

NORD

30 km

PAS-DE-
CALAIS

BELG

Mer du Nord

Arras

LIBÉRATION MARDI7FÉVRIER2012

ECONOMIE • 21

FINANCE Un ancien trader
delaCaissed’épargne,Boris
Picano-Nacci, est jugé
aujourd’hui pour «abus de
confiance»
aprèslapertede
751 millions d’euros par la
banqueen2008.Ilestsoup-
çonnéd’avoiroutrepasséson
mandatenprenantdesposi-

tions hors normes sur les
marchés.

ÉNERGIEL’électricitéflambe
aveclefroid.
Leprixspotau
mégawattheureenFrancea
atteint129euroshier,contre
99,45dimanche,et52,81en
milieudesemainedernière.

ParNATHALIERAULIN

Ledoublediscours
desbanquesdémasqué

Lesattaquesdescandi-

datsàlaprésidentielle,
déclarés ou putatifs,
contrelafinanceengénéral,
etlesbanquesenparticulier,
pourraient-elles n’être
qu’incantationsopportunis-
tes,promisesauxoubliettes
desfaussesbonnesidéesde
campagne,unefoisrendule
verdict des urnes? A lire
l’opusculedePascalCanfin,
le risque est loin d’être né-
gligeable. Question de rap-
portdeforce.Ceteurodéputé
d’EuropeEcologie-lesVerts
a expérimenté in vivo la
forcedeconvictiondulobby
de l’industrie financière,
longtempsdétenteurexclusif
de l’information et de l’ex-
pertise en la matière. Un
quasi-monopolequiluiper-
metdetenirentouteimpu-
nitéundoublediscourspour
freinerlesvelléitésderégu-
lationdespouvoirspublics,
toutenpréservantsonimage
auprès de l’opinion. Et les
banques françaises ne font
pasexception.

Parmilesexemplesdistillés
parl’auteuraufildesonpe-
tit ouvrage aussi pédagogi-
quequ’efficace,ilenestun
d’uneactualitébrûlante:la
spéculationsurlesdettesdes
Etats.Alorsqu’enoctobre,la
Fédération bancaire fran-
çaiseaffirmaitàgrandcoup
d’encarts publicitaires que

«les banques françaises ne
spéculent pas sur la dette
grecque»,
lesmêmesconser-
ventdesfilialesdontlaspé-

cialité est de financer des
fondsspéculatifs.Orlarai-
son d’être de ces hedge
fundsestdeparier,notam-
ment, sur les obligations
d’Etat.BNPParibascompte
ainsiparmilesleaderseuro-
péens de cette activité. De
leurcôté,laSociétégénérale
etleCréditagricoleontune
filialecommuneégalement
destinéeàfinancercesfonds
spéculatifs… On comprend
mieux pourquoi, après la
crise de 2008, les banques
françaises n’ont pas plaidé
pour un encadrement plus
strictdecesentitésqu’elles
accusent,cotécour,detous
lesmaux.

«L’histoire selon laquelle la
France serait le fer de lance
mondial de la régulation du
capitalisme est une belle fa-
ble»
, insiste Pascal Canfin.
Lequelalerte:«Faireensorte
que le politique reprenne la
mainsurlafinanceestl’undes
enjeux majeurs de la période
historique dans laquelle nous
noustrouvons.»

EN HAUT DE LA PILE

DR

Lafiscalitéfranco-allemandeesten-
core un doux rêve, mais Français et
Allemandssaventdésormaissurquels
sujetsilssontprêts,peut-êtreunjour,
àconverger.C’estl’objetdulivrevert
remishieràNicolasSarkozyetAngela
Merkel à l’occasion du conseil des
ministresfranco-allemand(lireaussi
page18).
Trèstechnique,ildétailleles
pointssurlesquelslesdeuxpayssou-

haitentserapprocher,commelesrè-
glesd’amortissement,etceuxsurles-
quels chacun souhaite garder son
régimepropre,commelecréditim-
pôt-recherche. L’idée n’est pas de
taxerplusoumoinslesbénéficesdes
entreprises des deux côtés du Rhin
mais d’harmoniser la base de taxa-
tion,l’assiette.«L’Allemagneauntaux
plusbasmaisuneassiettepluslarge
,a

expliquéNicolasSarkozy.Doncnotre
idée est d’élargir l’assiette de l’impôt
surlessociétésfrançaisetainsidepou-
voirbaisserlestaux.»
Autrementdit,
lasuppressiondediversesnichesqui
profitentsurtoutauxplusgrandesen-
treprisesviendracompenseruneim-
position réduite sur le papier. Plus
qu’uneconvergence,celaressemble
àunalignementsurl’Allemagne.C.Al.

ARETOURSURLECONSEILDESMINISTRESFRANCO-ALLEMAND

Fiscalité:Sarkozyaimel’assietteallemande

Unemanifestation,le14octobre,placedelaBourse,àParis.PHOTOJULIENMIGNOT.ÉTÉ80

«Soit tout le monde

l’adopte, soit nous
ouvrirons la voix tout
seuls.»
Voilà,ensubstance,
ce que n’a cessé de répéter
NicolasSarkozyaurestedes
payseuropéens,etàl’Alle-
magneenparticulier.L’objet
del’avertissement?Lataxe
Tobin.Dèsdemain,jourdela
présentationduprojetdeloi
en conseil des ministres, le
Présidentpourradirequ’ila
tenu parole. Problème: le
grain de sable qu’il lance
dans les rouages du capita-
lisme-casinonedevraitpas
changergrand-chose.
«Exemptions». Selon les
Echos
, qui ont obtenu copie
duprojet,lescontoursdela
taxe sur les transactions fi-
nancières sont arrêtés. La
date n’est pas fixée, mais le
tauxdecetimpôtestcalibré
à 0,1% et ne concerne que
les entreprises cotées dans
l’Hexagone, de nationalité
française,etdontleniveaude

capitalisation est supérieur
au milliard d’euro. A ce ni-
veau,lataxeestcenséerap-
porter1,1milliardd’euros.
Pasdequoirassurersespar-
tisans. Il est vrai qu’on est
loindesintentionsdedépart,
lorsque le gouvernement
laissaitentendrequ’ilserait
prêt à taxer toutes les tran-
sactions financières, quelle
que soit la nationalité des
entreprises,dèslorsqu’elles
seraient cotées en France.
Déception, donc, pour la
plupart des ONG. «Le gou-
vernementauraitvouluenter-
rerlaTTF
[taxesurlestran-
sactions financières, ndlr]

avantdelamettreenplace,il
ne s’y serait pas pris autre-
ment. Ce n’est plus une taxe
surlestransactionsfinancières
quiestprésentéemaisunein-
terminablelisted’exemptions,
unvraigruyère»,
lancepour
Oxfam,LucLamprière.
Autitredesreproches?L’ab-
sencedetaxesurlestransac-

tions d’actions concernant
lesentreprisesdontlacapi-
talisation est inférieure à
1milliard.Etriensurlesen-
treprises étrangères. Bercy
veutainsiéviterdedécoura-
gerlesgroupesétrangersde
secoteràParisetpréserver
sa place financière. Epar-
gnéesaussilesobligationset
autresproduitsdérivés.
8milliards.Nombred’ONG
fontpourtantvaloirqu’une
taxe de 0,2% sur tous les
typesdeproduitsfinanciers
aurait pu rapporter 8 mil-
liards d’euros. Leur décep-
tionestd’autantplusgrande
que le gouvernement a dé-
cidéd’affecterleproduitde
cettetaxeàlaréductiondes
déficitspublics.Etnonaufi-
nancement de l’aide publi-
queaudéveloppement,ouau
profitdelaluttecontreleré-
chauffement climatique.
Commel’avaitpromisNico-
lasSarkozy.

VITTORIODEFILIPPIS

TaxeTobin,laFrance
édulcoreàl’ouvrage

FINANCESLePrésidentlancerademainunetaxesur
lestransactionsfinancièresàlaportéetrèslimitée.

Aumoisdejanvier,Airbus
aengrangé91commandes
etlivré37appareilsaux
compagniesaériennes.
88commandesconcernent
desappareilsdemoyen-
courriers(A320),lesautres
étantdeslong-courriers
(A330).Airbusrestetoute-
foisdistancéparsoncon-
current,l’américainBoeing,
quiaenregistré148com-
mandeset38livraisons
grâceaulancementd’une
versionremotoriséedeson
avionvedette(A320)etqui
économise15%decarbu-
rant,unfacteurimportant
enpériodedecriseetde
prixélevédukérosène.

LESCOMMANDES
D’AIRBUSSURUNE
BONNELANCÉE

Lemontantdescrédits
immobiliersaccordéspar
lesbanquesenjanvier
enregistreuntrèsfort
recul(-25,7%parrapportà
janvier2011).Lacriseaeu
uneffetbrutalsurlesparti-
culiersquiontdifféréleurs
projetsd’emprunt(-49%
entredécembre2011et
janvier2012).Cereculest
aussidûàlafortediminu-
tiondutauxdel’avantage
fiscalpourlesinvestisseurs
achetantunlogementneuf
(de22%à13%)etàlasup-
pressionduprêtàtaux
zéropourlesacquéreurs
d’habitationsanciennes.

LESCRÉDITS
IMMOBILIERS
S’ÉTIOLENT

CONTRE-PERF

-0,66 % / 3 405,27 PTS

2 426 333 471€ -28,51%

RENAULT

CAP GEMINI

VEOLIA ENVIRON.

VALLOUREC

SOCIETE GENERALE

CREDIT AGRICOLE

-0,28 %

12 826,28

-0,28 %

2 897,65

-0,25 %

5 886,59

+1,10 %

8 929,20

«Cequelesbanquesvous
disentetpourquoiilnefaut
presquejamaislescroire»,
Ed.Lespetitsmatins;5euros.

65%

C’estlaproportionde
volsassuréshierpar
AirFrance,
àcausedela
grève,parrapportàson
programmenormal.Elle
annonceunvollong-cour-
riersurdeuxaujourd’huiet
7moyen-courrierssur10.

PERF

LIBÉRATION MARDI7FÉVRIER2012

22 • ECONOMIEXPRESSO

Eau:despuitsenvoied’épuisement

Uneétudesonnel’alarmesurl’utilisation,danscertainesrégionsdumonde,del’eau«non
renouvelable»pourl’irrigationagricole.Aveclerisquedeprovoquerdescrisesalimentaires.

«L’eau se mange plus

qu’elleneseboit.»Tous
les agriculteurs le sa-
vent, même si cette
formule lapidaire, mais toute de
vérité,estissued’unlivre
scientifique (1) de Daniel
Nahon, spécialiste de
l’agriculture en pays chaud,
quiavancecechiffre:86%del’eau
utiliséeparleshommesl’estpour
l’agriculture.
Mais quelle eau? A l’agriculture
pluviale, les hommes ont ajouté
depuislongtempsl’irrigation.Elle
a permis d’augmenter les rende-
mentsetfaitpartiedespréconisa-
tionsdesagronomes,enparticulier
pour les pays où l’agriculture ne
suffit pas à nourrir la population.
Mais cette «mise sous perfusion»
desterresnevapassansproblème,
avertitNahon.Leursalinisation,en
raisond’uneirrigationtropabon-
dante,aprobablementparticipéà
deseffondrementsdecivilisations,
et continue de détériorer les sols
agricolesàgrandeéchelle.

Surtout se pose la question de la
ressource.Ilpeuts’agirdeseauxdi-
tes «vertes» ou «bleues» par les
agronomes, celles des pluies, des
coursd’eau,deslacsnaturelsouar-
tificielsoudesnappesphréatiques
directementreliéesauxpluies.Dans
cecas,nonobstantlesca-
pricesduclimat,cetteres-
source se renouvelle, du
moinssilesoutiragenedépassepas
cette capacité sur la durée. Tout
change lorsqu’il s’agit d’eau non
renouvelable, ou fossile, que l’on
puisedanslesous-solprofond.Avec
uneaccélérationconsidérableces
dernièresdécennies,carlesforages
modernespermettentd’atteindre
2à3kmdeprofondeur,oùseniche
cette eau précieuse. Combien de
tempslesagriculteursvont-ilspou-
voir«tirer»surcestock,épuisable
pardéfinition?

ÉCHELLE PLANÉTAIRE. Si cette
questionexigeuneréponseaucas
parcas,unlongarticleparudansla
revueWaterRessourcesResearch(2)
permetdelocaliseretd’estimerla
gravitéduproblème.Uneétudein-

quiétante,carellemontrequedes
régions,voiredespays,ontrecours
demanièrecroissanteàuneirriga-
tionnondurable.Autotal,20%de
l’eauagricoleutiliséeenl’an2000
pour l’irrigation serait d’origine
fossile. Les surfaces irriguées ont
ainsi été multipliées par trois
depuis 1960, atteignant 17% des
terres cultivées, mais 40% de la
production.
L’impactdescrisesdel’eauagricole
enraisondecetusagenondurable
dépasseraitlesrégionsdirectement
touchéesetpourraitavoirdeseffets

à l’échelle planétaire, expliquent
lesauteursdel’article,troisscien-
tifiques de l’université d’Utrecht
(Pays-Bas),YoshihideWada,Ludo-
vicus Van Beek et Marc Bierkens.
Pour réaliser cette étude, ils ont
utilisé des bases de données géo-
graphiquesethydrographiques,des

observationsparsatellitedustoc-
kagedanslessols,etunemodélisa-
tion des besoins des cultures. Le
toutafind’estimerlapartdel’eau
nonrenouvelabledansl’irrigation.
La cartographie détaillée réalisée
parlesscientifiquespermetd’iden-
tifierchaquerégionoùleproblème
sepose.
Si l’on classe les pays par la pro-
portion d’eau non renouvelable
dans les usages agricoles, on
retrouvesanssurpriselesEtatsdé-
sertiques(ArabieSaoudite,Libye,
Koweït,Qatar,Emiratsarabesunis)
oùl’eaufossilepeut
représenterjusqu’à
78%dutotal.Mais
tant que les res-
sourcesdesaquifè-
res fossiles ne
seront pas correc-
tementestimées,cespaysnesau-
rontpasàquellevitesseilsserap-
prochentd’unepénurie.
Plus surprenant est le classement
par quantité d’eau pompée. En
tête:l’Inde(68km3/an),puislePa-
kistan, les Etats-Unis, l’Iran, la
Chine,etleMexique.Lespropor-

tions d’eau non renouvelable de
l’agriculturedecespaysmontrent
leur degré de vulnérabilité:
24%pourlePakistan,23%pourles
Etats-Unis,22%pourleMexique,
19% pour l’Inde, 15% pour la
Chine.S’yajoutentdesEtatsdéjà
fortementutilisateursd’eaufossile
et où le changement climatique
provoquéparlesémissionsdegaz
àeffetdeserrepourraitfairebaisser
lesprécipitations(Algérie,Tunisie,
Maroc,Italie,Espagne).

DURÉED’UTILISATION.Cetableau
justifiel’alertelancéeparlesscien-
tifiques. Car en raison de la taille
des populations vivant de cette
agriculturenondurable,lescrises
agricoleetalimentaireserépercu-
terontsurle«commerceinternatio-
nal».
Sidesétudespermettantde
quantifierladuréed’utilisationdes
ressourcessontnécessaires,cette
alerteplaideenfaveurd’unusage
de l’eau le plus économe possible
dèsmaintenant.•

(1)«Sauvonsl’agriculture!»éd.Odile
Jacob,264pp.;23,90euros.
(2)Wadaetal.WRL,20janvier2012.

ParSYLVESTREHUET

Plussurprenantestleclassement
despaysparquantitéd’eaupompée:
l’Inde,lePakistan,lesEtats-Unis,
l’Iran,laChine,etleMexique.

ANALYSE

REPÈRES

Irrigationavec
del’eaufossile
àAs-Sulayyil,
enArabieSaoudite.

PHOTOGEORGE

STEINMETZ.CORBIS

Qatar Arabie Saoudite Libye E.A.U.*

*Emirats arabes unis

Koweït Oman Iran

Yémen Algérie Jordanie Tunisie Pakistan

Part d’eau non renouvelable dans la totalité de l’eau utilisée en agriculture

Source : Water resources research

LIBÉRATION MARDI7FÉVRIER2012

TERRE• 23

24 •

SPORTS

SanctionsaignantepourContador

Reconnucoupablededopage,l’Espagnolécopededeuxansdesuspensionetsevoitdéchude
sa3e

victoiresurleTour.LeTribunalarbitraldusportn’apascruàsonhistoiredesteakcontaminé.

L’honneur de la filière bo-

vine espagnole est sauf.
AlbertoContador,29ans,
n’apasétécontaminépar
unsteakvéroléauclenbutérollors
duTourdeFrance2010,maisétait
bienchargéàcestéroïdeanaboli-
sant.AinsienaconcluleTribunal
arbitral dusport(TAS),qui a sus-
pendu hier l’Espagnol pour deux
ansetl’adéchu,entreautres,desa
troisième victoire sur la Grande
Boucle. C’était la sanction la plus
sévèreàlaquelleétaitexposéCon-
tadorqui,comptetenudessixmois
purgés à titre conservatoire au
deuxièmesemestre2010,nepourra
remontersurunvéloquele5août.
Trop tard pour le Tour et les Jeux
olympiques de Lon-
dres.«Laformationar-
bitraleseprononceraul-
térieurement et, dans une décision
séparée,ausujetdelademandedé-
poséeparl’Unioncyclisteinternatio-
nale d’imposer une amende d’au
moins 2,485 millions d’euros à Al-
berto Contador»,
précise le TAS.
L’Espagnolpeutencorefaireappel
decettedécisiondevantletribunal
fédéralsuisse.Sesavocatsavaient
évoquélapossibilitédedéposerun
recoursdevantlaCoureuropéenne
desdroitsdel’homme.

BOUCHER. La victoire sur la
GrandeBoucle2010revientdoncau
LuxembourgeoisAndySchleck,qui
avaitfinideuxième.«Onnesavait
pas comment il pouvait gagner un
Tour de France. Maintenant c’est
fait»,
raillait, hier sur Twitter,
JackyDurand,ex-coureurrecon-

vertienconsultant.Schlecknerit
pas: «Il n’y a aucune raison d’être
heureux maintenant,
a-t-il com-
menté.J’aitoujourscruensoninno-
cence.C’estunjourtrèstristepourle
cyclisme.Lesseulesnouvellespositi-
ves, c’est qu’il y a un verdict
après566joursd’incertitude.Nous
pouvonsenfinpasseràautrechose.»

Iladoncfalluplusd’unanetdemi
àlajusticesportivepourtrancher.
Quelquessemainesaprèslavictoire
de Contador, on apprenait qu’un
contrôleeffectuélorsd’unejournée
dereposavaitrévélédanssesurines
une dose infinitésimale (50 pico-
grammes)declenbutérol,unpro-
duitvétérinaireauxvertusstimu-

lantesetanabolisantes.Ladéfense
de l’Espagnol n’a pas varié. Un
morceau de barbaque contaminé
dégotté chez un boucher de ses
amis expliquerait sa positivité.
L’explicationn’estpasscientifique-
mentextravagante.Dansdespays
auxnormessanitairesmoinsstric-
tes qu’en Europe
(Chine, Mexique), le
clenbutérolestutilisé
pouraméliorerleren-
dement de l’élevage
animal.Dessportifsy
ayant séjourné et in-
gurgité de la viande
ont été innocentés après un con-
trôlepositif.
Contadorn’acompténisonénergie
ni son argent pour faire valoir sa
thèse.Elleaconvaincul’opinion,
lesautoritésespagnoles–l’ex-Pre-
mierministreZapaterol’avaitpu-
bliquementsoutenu–et,surtout,
safédération,quil’ablanchiilya
unan.Unedécisioncontrelaquelle
l’Agence mondiale antidopage
(AMA)etl’Unioncyclisteinterna-
tionale(UCI)avaientfaitappel.Sur
labasedel’observationdesespa-
ramètresbiologiques,lesdeuxins-
tancespenchaientpourundopage
beaucouppluslourdqueleclenbu-
térol:uneautotransfusionsanguine

(ilseseraitinjectésonsangprélevé
lors d’une cure du stéroïde),
commelelaissaitsupposerlapré-
sence dans ses urines de résidus
d’unplastiqueutilisépourlespo-
chesservantàconserverlesang.
LeTASn’aretenuniladéfensede
Contador ni les accusations de
l’AMAetdel’UCI.Si«lescénariode

lacontaminationdelaviandeetcelui
delatransfusionsanguineétaient,en
théorie, des explications possibles
pourjustifieruncontrôleantidopage
positif, ils étaient tous deux haute-
ment improbables. La présence de
clenbutérolaétéplusvraisemblable-
mentcauséeparl’ingestiondesup-
pléments nutritifs contaminés»,

énoncent les trois arbitres dans
les98pagesdeleurdécision.Rap-
pelantlegrandprincipedelajus-
ticeenmatièrededopage:lavali-
dité du contrôle n’ayant pas été
contestée et un sportif étant res-
ponsabledetoutesubstanceexo-
gènetrouvéedanssonorganisme,
Contador ne pouvait échapper à
unesuspensiondedeuxans,auto-
matiqueencasdepremièreinfrac-
tionauxrèglementsantidopage.

BALLOT. «C’est une journée triste
pournotresport:certainspourraient
croirequel’onagagné,maiscen’est
pas du tout vrai»,
a réagi Pat Mc-
Quaid, président de l’UCI. Pour
certains, voir le meilleur cycliste
descoursesàétapesdesagénéra-
tion, que le soupçon a toujours
poursuivi, tomber pour un truc
aussiballotqu’uncontrôlepositif
auclenbutérol,c’estaussiréjouis-
santqu’AlCaponesefaisanttoper
pourfraudefiscale.Unautredoitse
tapersurlescuisses.LanceArms-
trong, qui avait pourri Contador
pendantleurcohabitationchezAs-
tanasurleTour2009,vientdevoir
lajusticeaméricaineabandonner
les poursuites contre lui. «Alors,
c’est qui le boss Alberto? –C’est
vousmonsieurArmstrong.»•

ParGILLESDHERS

«Laprésencedeclenbutérolaété
plusvraisemblablementcausée
parl’ingestiondesuppléments
nutritifscontaminés.»

LesreprésentantsduTribunalarbitraldusport

RÉCIT

LecoureurdelaSaxoBankaétécontrôlépositifauclenbutérolsurleTourdeFrance2010qu’ilavaitremporté.PHOTOTHOMASSJORUP.AP

REPÈRES

Lenouveauclassement
duTourdeFrance2010…

1.AndySchleck(Lux)
2.DenisMenchov(Rus)
3.SamuelSanchez(Esp)

…etduTourd’Italie2011

1.MicheleScarponi(Ita)
2.VincenzoNibali(Ita)
3.JohnGadret(Fra)

«Cequiestvraiment
pourridansle
cyclisme,cesont
sesdirigeants,
millionnairesgrâceà
notresueur.»

L’EspagnolOscarPereiro

vainqueurduTour2006

13

C’estlenombredevictoires
dontestdéchuContador.

OutreleTour2010,ilperdle
Giro,lestoursdeMurcieetde
Catalogne2011etplusieurs
étapesdanscescourses.

LeTribunalarbitraldusport
aétécrééen1984
àl’initia-
tiveduComitéinternational
olympiquepourrépondreà
l’augmentationdesconten-
tieuxetàl’absencedetoute
autoritéindépendantespécia-
liséeenlamatière.Ilestbasé
àLausanne(Suisse).

LIBÉRATION MARDI7FÉVRIER2012

ParFABRICEROUSSELOT

SupercoupdeBowl
pourlesGiants

Unefoisn’estpascou-

tume,lestabloïdsont
fait dans la sobriété.
«Champions!»titraientsim-
plementenuneleNewYork
Post
et le Daily News hier,
après la victoire des Giants
de New York dans le Super
Bowl de football américain
dimanche.LesNew-Yorkais
ontcélébréjusqu’àl’aubeun
nouveau succès à l’arraché
contre leurs rivaux de tou-
jours,lesPatriotsdelaNou-
velle-Angleterre.Ilyaqua-
tre ans, les Giants leur
avaientdéjàrafléletitreàla
surprisegénéraleetàlader-
nièreminute.Ilsviennentde
remettreça.

Drôledecouronnementpour
unclubquiaconnuunesai-
son chaotique et a même
faillinepassequalifierpour
les playoffs. Un «champion
improbable après une saison
improbable»,
a reconnu le
NewYorkTimes,quiaquand
même consacré six pages à
l’événement. Le scénario
était quasi parfait, avec des
Giants dans le rôle d’outsi-
ders,etsurlesquelslescom-
mentateursnepariaientpas
undollar.Depuisdessemai-
nes, la presse faisait ses
choux gras de l’opposition
entre les quarterbacks
vedettes des deux forma-

tions. Avec, côté Patriots,
Tom Brady, le play-boy
extravertimariéàlasublis-
simetop-modelbrésilienne
GiseleBündchen,quin’avait
aucunedifficultéàassumer
sonstatutdefavori.Etpour
les Giants, Eli Manning, le
petit prodige d’une grande
familledequarterbacks,aussi
timideetréservéqueBrady
estbavard,quiadéjàconduit
lesGiantsàl’exploiten2008.

Cette fois encore, c’est Eli
Manningquiasuconserver
son sang-froid pour admi-
nistrer, à une minute de la
fin, une passe de 38 yards
(35 mètres) à l’un des wide
receivers
(ailiers) les moins
utilisés de la saison, Mario
Manningham.Uneréception
parfaite,enformededanse
lelongdelalignedetouche,
etlesGiantsmarquaientun
ultime touchdown, prenant
l’avantage (21-17). Restait
57 secondes à Tom Brady
pour se révéler à la hauteur
de sa réputation. Mais il a
suffidetroispassesmalas-
surées pour que Times
Square s’enflamme. En at-
tendant la parade monu-
mentale annoncée pour
aujourd’hui par Michael
Bloomberg, maire de
New York, «afin que la ville
fêteseshéros»
.•

VU DE NEW YORK

FOOT Tensions entre Fabio
Capelloetlafédérationan-
glaise.
Seloncettedernière,
le sélectionneur national
n’auraitpasdûrendrepublic
sondésaccordavecleretrait
du brassard de capitaine à
John Terry pour une affaire
d’insultesracistes.

FOOTTroismatchsdeshui-
tièmesdefinaledelaCoupe
de France reportés à cause
du froid.
Dijon-PSG prévu
aujourd’huietBourg-Péron-
nas-OM(demain)sedispu-
terontle15février.Quevilly-
Orléans se jouera le mardi
21février.

PabloInfante,meilleurbuteurdelaCoupe,lorsdumatchallermardifaceàBilbao.I.LOPEZ.AP

En2007,uneétudeava-

lisée par les Nations
unies dressait un hit-
paradedesvilleslesplusco-
caïnomanes de la planète,
baséesurlamesuredansles
eaux fluviales du taux de
benzoil-ecgonine.Surprise:
derrièreNewYorketdevant
Londres, on trouvait une
bourgade de la province de
Burgos, Miranda de Ebro.
Stupeuretcolèresurplace.
L’ONUmettroismoisàdésa-
vouerl’étudeàlaméthodo-
logiefantaisiste,etMiranda
deEbroretourneàsonpro-
vincialanonymat.
Depuis quelques semaines,
la ville n’a pas besoin de
drogue pour vivre sur un
nuage;pensionnairedeSe-
condeB(3edivision),leCD
Mirandés fait un parcours
héroïque en Copa del Rey
(Coupe du roi), éliminant
trois formations de l’élite:
Villareal(quidisputaitlaLi-
gue des champions à
l’automne), le Racing San-
tanderetl’EspanyolBarce-
lone, actuel 5e de la Liga. Il
vise la passe de quatre en
demi-finale,contrel’Athle-
tic Bilbao. Pas mal pour un
clubenpartieamateur,dont
lebudget(600000euros)ne
paierait pas un mois de sa-
lairedeCristianoRonaldo.
Arbitre.Commecefutlecas
en France avec Calais
en 2000, toute l’Espagne a
prisfaitetcausepourlePetit
Poucet,incarnationutopique
d’unfootballnonpolluépar
le fric. La star de l’équipe,
PabloInfante,avaitbouclésa
journéedetravail(ilestem-
ployédebanque)avantdese
rendreenvoitureàSantan-

der,oùsonbutavaitqualifié
le Mirandés. Commentaire
del’intéressé:«Nous,joueurs
deSecondeB,sommesforcé-
mentdegauche.»
L’autreve-
dette est le coach Carlos
Pouso,véritableanti-Mou-
rinhodanssespropossages
etmesurés.Nonseulementil
adressedesmotsdeconsola-
tionàsonhomologuedeVil-
lareal, limogé dès la fin du
matchretour,maisildéfend
l’arbitredumatchallercon-
tre l’Espanyol, alors que sa
formation,battue3-2,s’est

objectivementfaitspolier.
La présence d’un club mo-
deste à ce stade de la Copa
delReyestinsolite:seulsles
CatalansdeFigueresontac-
complil’exploiten2001.La
faute au système espagnol:
nedisputentlacoupequeles
équipesde1èreet2edivisions,
et les meilleurs de 3e. Et la
formulealler-retourréduitle
risquedesurprises.
Souffle.Mardi, toute l’Es-
pagneavaitlesyeuxfixéssur
le minuscule terrain d’An-
duva(5800places)oùsedis-
putait la demi-finale aller,
remportée par Bilbao 2-1
(doublé de l’international
FernandoLlorente).Lesro-
jillos
(petits rouges), en ré-
duisantl’écartdanslesarrêts
dejeu,ontgagnéledroitde
rêverpourleretour,cesoir.
Mêmesil’aventures’arrête
là,leMirandésauramarqué

les esprits dans un pays où
lesclubspuissantsquirivali-
sent à coups de millions
d’euros sont aussi les plus
endettés d’Europe. Des
groupesFacebookréclament
même la sélection de Pablo
Infantedansl’équipenatio-
nale. Geste symbolique qui
feraitéchoàlaconvocation
dans la Squadra Azzurra de
Simone Farina, joueur de
Gubbio (D2) qui a refusé de
se laisser corrompre et dé-
noncél’affaireàlapolice.
Pour le Mirandés, l’objectif
restelamontéeenD2,man-
quéed’unsoufflel’anpassé.
Le club est leader de son
groupeavecuneavancecon-
fortable.Mais,mêmeencas
d’accessionmiracleenfinale,
leplusdifficileseradegérer
l’après-Coupe.Ladescente,
commedisentlestoxicos.

FRANÇOIS-XAVIERGOMEZ

LesPetitsRougesduMirandés,
hérosd’uneEspagneencrise

FOOTLeclubde3e

divisionrencontreBilbaoendemi-finaledelaCoupe.

Méditerranée

Mer

Madrid

300 km

FRANCE

PO

RTUGAL

Miranda
de Ebro

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LIBÉRATION MARDI7FÉVRIER2012

SPORTS • 25

L’ Europea«puni»l’Iranenprononçantle

23janvieruntraindesanctionsapplica-
bles après publication d’un ou plusieurs
règlementscomplétantceuxdéjàparus.
Ellescomportentplusieursvolets.
Lepremierestl’interdictionimmédiatede
signerdenouveauxcontratsd’importation
etdetransportd’hydrocarburesiraniens.Lescontrats
conclusavantle23janvierpourrontêtreexécutésjus-
qu’au1erjuillet.Romepourraitsefournirauprèsdes
Saoudiensmaisyperdraitlepaiementdesdettesira-
niennes. Sauf à bénéficier de l’exception d’autori-
sationd’apurementdepassifprévuedanscetextequi
semblecorrespondreàceprofil.Plusdifficileestlecas
grec.Aucunebanqueneconsentantplusdecrédits
àAthènes,l’Iranenapro-
fité pour vendre son pé-
trole à crédit. Les Euro-
péens sont-ils prêts à
financer les importations
grecques? La date du
1erjuilletestcenséepermettredetrouverdessolutions
àcesdeuxsituations,maisestenfaitlecalendrierdes
négociationspossiblessurlenucléaire.Letexteajoute
unesemblableinterdictionsurlesproduitspétrochi-
miques,maisaussisurlafournitured’équipements
etd’assistancetechniquedanscesecteur.Lemotif
officielestqu’ilspourraientservirauxactivitésnu-
cléaires.Leblocageduprogrammeiraniendeconver-
sionurgented’unitéspétrochimiquesenproductions
d’essence avec une période de grâce plus brève
(1ermai)n’est-ilpaslevraimobile?

Le second volet est le gel européen des avoirs de la
Banquecentraleiranienne(BCI).Leurmodestierend
cecisymbolique.
Letroisièmeestl’interdictiondetoutfinancementou
assistancefinancièreenliaisonaveclestransactions
illicites,cequirevientàécartertouterelationfinan-
cièreaveclaBCIdanslessecteursvisés.Acontrario,
seraientliciteslestransactions«légitimes»surdes
bienscommelemédicament,l’alimentaire,l’automo-
bile…Maislepérimètreexactresteàdéterminer.L’in-
terdictionducommercedel’or,desmétauxprécieux
etdesdiamantsaveclaBCIviseàtarirlemarchénoir,
et les nombreuses transactions où ils servent de
moyendepaiementàunmomentoùlerials’effondre.
Laprohibitiondel’envoidemonnaieiraniennecible
lesdifférents«bureauxdechange»servantd’abrià
des activités suspectes. Enfin, de nouveaux noms
d’individusetd’entitéssanctionnésontétéajoutés.
Outre des officiers pasdaran, la banque Tejarat est
frappée (simultanément par Washington), laissant
subsister le «commerce légitime» via la BCI qui
échappeauboycottgénéral.
Le grand gagnant est Pékin. La Chine a condamné
(commelaRussie)cequ’ellevoitcommeungesteuni-
latéralhostileetnesesentpasliéeparlui.LesChinois
ontunestratégiecohérente:siauxsanctionsetpres-
sionsaméricaineseteuropéennessejoignentcelles
d’autres pays (Corée, Japon, Turquie, Inde) qui ont
demandéàWashingtondesaménagementsauxpéna-
lités qui les menacent, la Chine deviendra le client
principaldupétroleiranien.Elledevraitobtenirde
grosrabaisdel’Iransurunbrutqu’ellepayeenyuans

nonconvertiblesqueTéhéranestcontraintd’utiliser
pour des achats de produits chinois. Le recours au
«barter»[trocinterentreprises,ndlr]attestedesdiffi-
cultésdecesystème.Enréduisantfortementsesim-
portationsdepétroleiraniensurjanvieretfévrier,Pé-
kin exerce des pressions sur son «allié», tout en
diversifiantauprèsdeRiyadetdansleGolfedesappro-
visionnementsconfortéspardescontratsd’investisse-
ment énergétiques dans le royaume. Cet ensemble
persuadera-t-ill’Iranderenonceràlapoursuitedeson
programmenucléairemilitaire?Diversaléaspèsent
surlestentativesdenégociationsdelaTurquie.Elles
dépendent d’une baisse de tension dans le détroit
d’Ormuz,etsurtoutd’unconsensusauseindesfac-
tionsiraniennes,entreleGuideetAhmadinejaden
lutte pour leur survie politique. La bataille pour les
échéances électorales de 2012 et 2013 complique la
compréhensiondesperceptionsetdesprocessusde
décisioniraniens.
BarackObamaaadresséunmessageàAliKhamenei
(leGuidesuprême)partroiscanauxdifférents(cequi
montrelesdifficultésdecommunication,rappelant
que le blocus du détroit d’Ormuz est une «ligne
rouge»
,toutenrenouvelantuneoffredenégociations.
L’Europedevraitchercherdesinterlocuteursofficieux
pour s’assurer que, du côté des décideurs iraniens,
toutaccordnerisquepasd’êtretorpilléparunefac-
tion.UneépéedeDamoclèspèsesurletout:lestenta-
tionsdefrappespréventivesisraéliennesoudeprovo-
cationsd’unprotagoniste.Laprudencerestedemise.

Dirige un ouvrage collectif:«L’Iranetlesgrandsacteurs
régionauxetglobaux»,l’Harmattan,2012.

LaChineaunestratégie
cohérente:devenirleclient
principaldupétroleiranien.

ParMICHEL
MAKINSKY

Chargé
d’enseignement
àl’Ecole
supérieure
decommerce
dePoitiers

Europe-Iran:dessanctionsvaines

Sortirenfindel’èrepostcoloniale

L e 18 mars prochain, nous com-

mémorerons le cinquantième
anniversairedelasignaturedes
accordsd’Evian,etdonclafinde
laguerred’Algérie.Maislaguerred’Al-
gérieest-ellevraimentderrièrenous,
loinderrière?Enavons-nousfiniavec
notrepassécolonialetaveclesimplica-
tionsdeladécolonisation?
Notrepaysn’enfinitpasderessasseret,
àbiendeségards,derefoulerl’avantet
l’aprèsdelacolonisation,etlesmoda-
litésdupassagedel’uneàl’autre.Iln’y
apas,enFrance,demuséedelacoloni-
sation,alorsmêmequ’ilexistequelque
vingt-troismuséesdusabot,commele
ditPascalBlanchard(1).EnFrance,les
immigrés et
leurs enfants
sont largement
perçus comme
d’ancienscolo-
nisés, ce qui
alimenteunra-
cisme aux relents nostalgiques. Non
seulement, notre passé algérien ne
passepas,maisnousneparvenonspas
à faire notre deuil de l’ensemble des
processusdecolonisationetdedécolo-
nisationquiontsiprofondémentmar-
quénotrehistoire.
Depuislesannées80,l’adjectif«post-
colonial»s’estsouventimposé,ycom-
pris sur un mode littéraire, mais à
l’étrangerplusquecheznous.
Danslemondeanglo-saxon,lespost-

colonialstudies,sontparticulièrement
critiques envers les anciens pouvoirs
coloniaux et l’empreinte culturelle
qu’ilsontlaisséeauseindesanciennes
colonies, notamment en termes
d’identité.Pourleurstenants,«post»
signifie ici non pas tant «après»,
comme on peut le penser sponta-
nément, mais «au-delà», il désigne
doncundépassement,uneruptureim-
pliquantunautreregardsurl’histoire.
Lesapprochespostcolonialesontconnu
unessorfulgurantdanslesannées80
et90,promouvantunesorted’arrache-
ment intellectuel à l’égard de tout ce
qui incarne l’ère coloniale, sans pour
autant être capable de s’en dégager
pleinement.Lesancienspayscolonisés
se pensent eux-mêmes de moins en
moins à partir de l’expérience colo-
niale. Il en est ainsi, en particulier,
pourl’Indequifutleberceaudesintel-
lectuels,parmilesplusinfluents,ayant
donnéleurimportanceauxidéespost-
coloniales.
D’unepart,certainesanciennescolo-
nies deviennent des pays émergents
affichantleurautonomie,leurcapacité
àproduireleurpropreexistenceécono-
mique, sociale, politique, culturelle,
sansavoirenpermanenceàseréférer
au passé colonial; elles trouvent leur
placedanslaglobalisation.Ellescontri-
buentdemanièresignificativeàl’inno-
vation,àl’échelledumonde,sansêtre
àlatraîneintellectuelleouscientifique

des puissances dites «occidentales».
La référence à la colonisation devient
pourellessuperflue,ellessontentrées
pleinementdanslamodernitécontem-
poraine.
D’autrepart,certainsautrespayscolo-
nisés, sans véritablement émerger,
mettentfinàlalonguepérioded’erre-
mentspolitiquesquiasuivileurindé-
pendance.Ilenestainsi,toutparticu-
lièrement,pourlessociétésdumonde
arabeetmusulman,quisedébarrassent
derégimesautoritairesetenappellent,
nonsansdifficultés,àladémocratieet
àlajusticesociale.Cespays,sil’onpeut
dire,deviennent«normaux»,tentent
d’accéderàl’autonomie,sedéfinissent
eneux-mêmesetpoureux-mêmes,ne
ressassent plus le passé colonial, et
rejettent l’aliénation consécutive à la
décolonisation,avecsesidéologies,sa
corruptionetsesviolences.Euxaussi
commencent à appartenir à une mo-
dernitéquisedétachenonseulement
del’èrecoloniale,maiségalementdes
convulsionspolitiquesdelaphasehis-
toriquesuivante.
Les anciennes puissances coloniales
peinentparcontrebeaucoupplusàse
penser autrement que comme post-
coloniales. Entre mélancolie et mau-
vaiseconscience,ellesneparviennent
pas très bien à digérer la perte
d’influenceetderessourcesdestemps
coloniaux,àreconnaîtreetàassumer
les violences qu’elles ont imposées

ParMICHEL
WIEVIORKA

Sociologue

alors,puisensuite,lorsdeladécoloni-
sation.Telle la France avec la França-
frique,ellesvoudraientparfoispouvoir
continuer à traiter leurs anciennes
coloniescommeleurprécarré.Surtout,
elles reçoivent souvent beaucoup de
migrants venant en bonne partie de
leursanciennescoloniesqu’ellessont
tentéesderejetersurunmodeplusou
moinsraciste.
Unmondenouveausedessine,quine
peutplusêtrecomprisenréférenceau
passé colonial. Il est grand temps que
celadevienneaussil’horizondenotre
pays.
Celaimpliqueuneffortsurnous-mê-
mes,unereconnaissancemieuxassu-
méedupasséetnotammentdesévéne-
ments les plus douloureux et les plus
honteux, par exemple sous forme
muséographique. Cela implique, tout
autant, une politique internationale
nouvelle,notammentàl’égarddenos
anciennescoloniesafricaines.Celaexige
deseffortsrigoureuxpourréduirelera-
cisme,laxénophobieetlesdiscrimina-
tionsdontpâtissentlesmigrantsetleur
descendance.Celapasse,enfin,parun
examenapprofondidecequel’outre-
merconstituecommesurvivanced’un
empirecolonial–maisaussicommees-
poir pour un futur réellement débar-
rassé de ce passé. Vaste programme,
dontonespèrequelagauchesesaisira
dèsqu’elleaccéderaauxaffaires.

(1)Lireaussi«Libération»du4février.

Iln’yapas,enFrance,de
muséedelacolonisation,alors
mêmequ’ilexistequelque
vingt-troismuséesdusabot…

LIBÉRATION MARDI7FÉVRIER2012

26 •

REBONDS

L'ŒILDEWILLEM

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bertés). Les informations recueillies sont destinées exclusivement à la SLL et à Libération sauf opposition de votre part
en cochant cette case r

SLL_122X163:Mise en page 1 16/03/10 13:53 Page1

Lasagadela
restructuration
deladette
grecque

Lasagadelanégociationsurlarestruc-
turation de la dette grecque entre
Athènes et les créanciers privés –des
banques,pourlaplupart–duredepuis
octobre2011.Touteslesdeuxsemaines
est annoncée la signature imminente
d’unaccordetriennevient.Letemps
presse:enmars,laGrècedoitrembour-
ser 15 milliards d’euros de dette (lire
aussipage19).
Ellenepourrapasfaire
faceàcetteéchéancesansunaccordde
réductiondeladetteavecsescréanciers
privés.
L’objectifdelanégociationestd’aboutir
àuneréductionsignificativedumon-
tantdeladetteetàunétalementdans
le temps des remboursements. En
principe,lesdeuxpartiesontintérêtà
un tel accord. La Grèce
est dans une situation
classiqued’étranglement
oùleniveaudeladetteestsiélevéque
les chances qu’elle soit honorée sont
minces.Réduirelemontantdeladette
rendrait celle-ci soutenable avec, à la
clé,demeilleuresperspectivesderem-
boursementspourlescréanciers.
Quelssontlespointsdeblocagesdela
négociation?
Le premier est l’objectif affiché d’un
accordderéductiondeladette,surune
basedevolontariat,aveclaquasi-tota-
litédescréanciersprivésdelaGrèce.
Lesecondpointdeblocageestlerefus
delaBanquecentraleeuropéenne(BCE)
–quidétientenviron45milliardssurun
totalde200milliardsd’eurosdedette
grecque–d’envisagertoutepertesurla
dettequ’elledétient.
Lavolontédeparveniràuneréduction
deladettegrecquesurunebasevolon-
tairerépondàdeuxmotifs.
Lepremierestdenaturepolitique:une
restructurationvolontairepermettrait
àl’Unioneuropéennedesauverlaface
en maintenant que la zone euro n’est
passoumiseaurisquededéfautunila-
térald’unEtat.
Lesecondmotifestqu’unerestructura-
tionvolontaireéviteraitquelesproduits
dérivésdecrédit–creditdefaultswaps
(CDS)–quiserventàassurerlesinves-
tisseurscontrelespertesliéesaudéfaut
d’unEtatnesoientactivés.
Prenons l’exemple d’une banque qui
détientunedetted’unevaleurde100,
etquiaacquisuneassurancecontrele
risquededéfautdelaGrèceviaunCDS.
Si la négociation aboutit à un accord
avec l’ensemble de créanciers sur la
base d’un échange volontaire de 100
d’anciennedettecontre50denouvelle
dette,labanquenerecevraaucunpaie-
mentvialeCDSetperdra50.
Si,parcontre,deuxtiersseulementdes

créancierssemettentd’accordetquela
Grèceimposeuneréductionforcéede
la dette au tiers restant, il s’agit d’un
défaut et le CDS compense intégra-
lementlabanquepourles50depertes.
Le contraste entre les deux situations
décriteséclairedeuxproblèmesfonda-
mentauxpourlaGrèceetau-delà.
Enpremierlieu,quelleestl’incitation
pourunebanqueassuréecontreleris-
quededéfautviaunCDSàaccepterun
échange volontaire? Aucune puisque
sonassurancenevaudraalorsplusrien.
En deuxième lieu, présenter comme
volontaire une restructuration qui se
traduit par une réduction de 50% ou
plus du montant de la dette aura des
conséquencesconsidérablessurlemar-
chédesCDSàtraversle
monde.Lesinvestisseurs
protégéscontrelerisque
de défaut via des CDS en viendront à
douter fortement de la valeur de leur
protection puisqu’elle n’assure pas le
risque d’une réduction massive mais
volontairedeladette.
Leparadoxeestqu’enfaisantensorte
quelesCDSgrecsnesoientpasactivés
–et évitant ainsi une perte pour les
vendeurs de CDS une perte entre 3 et
5milliardsd’euros–onpourraitmena-
cerlastabilitédel’ensembledumarché
des CDS sur le risque de défaut sou-
verain, avec un risque maximum de
300milliardsd’euros.
LerefusdeparticipationdelaBCEest
unautreproblèmemajeur.LaBCEaac-
quis pour 45 milliards d’obligations
grecques au plus fort de la crise. Si la
BCErefusederéduirelemontantdela
dette grecque qu’elle détient, cela si-
gnifiequeladiminutiondufardeaude
la dette grecque sera nettement plus
faibleetquel’effortderéductionsera
exclusivementportéparlescréanciers
privés.
Une façon de sortir de cette situation
seraitquelaBCEaccepte,elleaussi,une
réduction de la valeur de ses titres.
Celle-cidevraitêtremoinsimportante
quepourlesecteurprivéafindepren-
dreencomptelerôlestabilisateurjoué
parlesachatsd’obligationd’Etatparla
BCEpendantlacrise.Unesolutionsim-
pleseraitquelaBCEaccepteuneréduc-
tion de la dette égale à la différence
entre la valeur comptable de la dette
initialeetleprix,plusfaible,auquella
BCEl’aacheté.Cefaisant,laBCEnefe-
raitaucunepertemaiscontribueraità
finaliserunenégociationquis’estdéjà
beaucouptropéternisée.

RomainRancièreestchercheuràl’Ecole
desPontsParis-Techetprofesseuràl’Ecole
d’économiedeParis.

ÉCONOMIQUES

ParROMAIN
RANCIÈRE

LIBÉRATION MARDI7FÉVRIER2012

REBONDS • 27

LIBÉRATION MARDI7FÉVRIER2012

28 •

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