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Archives Marocaines Vol.11

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ARCHIVES MAROCAINES
PUBLICATION

MISSION SCIENTIFIQUE DU MAHOC

VOLUME

XI

PARIS
ERNEST LEROUX, ~~DITEUR
28,
RUE BONAPARTE, VI"

t907

TABLE DU TOME XI
(1907)

Pages

Les Musulmans d'Algérie au Maroc, par M. ED. MICHAUX·BELLAIHE. Traduction de la fetoua du faqîh Sîdi 'Ali Et Tsouli, par M. ED. MICHAUX- BELLAIRE. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Une fetoua de Cheikh Sidia, par M. ED. MICHAUX-BELLAIRE . Ouvrages entrés à la Bibliothèque . ~ L'organisation des finances au Maroc, par M. ED. MICHAUX-BELLAIRE ~Description de la ville de Fès, par M. ED. MICHAUX-BELLAIRE. ~ Internement au Maroc de Si Sliman ben Qaddour et des Oulad Sidi Cheikh R'araba de sa famille en 1876, par M. ED. MICHAUX· BELLAIRE • L'Industrie à Tétouan, par M. A. JOLY (suite) • _Traduction de la fetona du faqîh Sîdi 'Ali Et Tsouli, par M. ED. MICHAUX-BELLAIRE (suite) . . . . . . . • . Khorâfa d"Ali Ch-Châtar, par M. L.-R. ULANC .... 'fI·aduction d"une note en arabe sur l'alchimie, par M. ED. MICHAUXBELLAIRE " . . . . . . . . . ..__ . Ouvrages entrés à la Bibliothèque " " " .
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Les invasions successives et les déchirements intérieurs qui constituent, depuis tant de siècles, l'histoire du Nord de l'Afrique, le long de la Méditerranée, en ont empêché, jusqu'à ces derniers temps, le partage définitif en territoires politiquement distincts. Les relations entre des populations chez lesquelles la patrie ne dépassait guère le territoire de la tribu, dont la principale ressource était le pillage, et pour lesquelles l'étranger était forcément l'ennemi, se bornaient à des alliances passagères, motivées par l'intérêt du moment. L'influence civilisatrice de l'Égypte ne s'est pas fait sentir vers l'ouest, et les établissements grecs, phéniciens et carthaginois n'ont jamais constitué des États. Carthage elle-même, le seul centre politique que l'Afrique septentrionale ait jamais eu, n'a pas cherché à former une nation avec les peuplades qui l'entouraient 1. Elle les opprimait, leur faisait durement sentir son autorité en les opposant les unes aux autres, y prenait des mercenaires pour ses armées ou des esclaves pour ses travaux. Elle n'a jamais tenté d'en faire un ]~tat, en leur donnant
1. "Au temps de sa plus grande puissance, sa domination (de Carthage) s'étend du fond ùe la Grande-Syrthe, aux Colonnes d'Hercule. sur une étendue de plus de IG.aaO stades, mais ne dépasse pas la zone étroite du littoral, ou, pour mieux dire, la limite fort restreinte des villes phéniciermes ou puniques placôes sous sa suzeraineté. Elle ne possède en somme, que la contrée qui l'entoure. En dehors des ôlroites frontières de son territoire propre, elle n'a que des alliés ou des tributaires.» - Tissol.
ARCH. MAROC.

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un régime administratif qui ptlt les réunir sous son autorité par d'·autres liens que la force. La puissance romaine a ensuite employé son remarquable génie d'organisation à créer des colonies dont les ruines imposantes révèlent l'importance. :Mais là encore il s'agissait de l'exploitation des peuples conquis, au profit de la métropole, et non de l'organisation de ces peuples, selon leurs propres besoins, cn HIC d'augmenter progressivement leur production ct leur bien-être. Les conquêtes ct l'occupation musulmanes ont plus tard créé dans le Nord de l'Afrique une unité religieuse, sans y établir d'unités politiques nettement définies. Avec des relations imprécises et des frontières incertaines, les ]~tats musulmans de l'Afrique septentrionale n'avaient même pas l'unité politique intérieure. On peut s'en rendre compte aujourd'hui par le Sfaroc, qui, sans administration, sans armé~es, sans finances, sans cohésion, s'épuise dans le rôle d'empire que lui a imposé la politique européenne. L'histoire du Maghreb n'est qu'un long récit de luttes sanglantes, d'assassinats et de trahisons; les dynasties non seulement se succèdent et se renversent, mais s'entrecroisent, et les tribus, jetées les unes contre les autres, par les prétendants au pouvoir, peu vent arriver à reconnaître ou à subir des maîtres, mais non pas il concevoir qu'elles fassent partie d'un tout qui constitue une nation. Le Nlaghreh El Aqça, l'Extrême-Occident, le Maroc moderne, présente encore le même spectacle, et l'on peut dire que les souverains musulmans ont agi jusqu'à présent vis-il-vis des peuplades qui leur sont soumises,comme les conquérants qui les ont précédés. Leur œuvre est une conquête inachevée, utilisée à la hâte pour satisfaire à des besoins immédiats, et non pas l'organisation et la mise en valeur méthodique des pays conquis. De même que les colonies de Carthage et de Rome se

LES MUSULMANS n'ALGÉRIE AU MAROC

contentaient de pressurer les populations qu'elles pensaient dominer, au profit de la métropole, de même le « Makhzen )) des souverains du Maroc vit sur les tribus comme en pays conquis, s'efrorçant de tirer d'elles le plus possible, sans autre souci.

Tandis que le :Maroc, livré à lui-même, incapable de s'unifier, voit se préparer sa dislocation avant que la réunion de toutes ses parties ait jamais pu se produire, et sc ruine, au milieu de ses richesses naturelles improductives, en soutenant le principe extérieur de sa souveraineté, l'Algérie, malgré bien des erreurs et bien des fautes, devient chaque jour une preuve plus évidente de ce que peuvent devenir les populations africaines soumises à un n~gime sagement civilisateur. Jamais pareille tentative n'avait été faite, jamais les populations du :Maghreb et de l'Ifriqya, restées barbare,;, au conLact des différentes civilisations, n'avaient été conquises dans un autre but que celui de l'exploitation par le conquérant, et jamais elles n'avaient été conviées, comme elles le sont aujourd'hui par la France, à participer aux bénéfices de la civilisation qui leur est imposée, tout en conservant leur liberté religieuse et leur statut personnel. Sans doute, il peut y avoir encore beaucoup à faire; mais comment ne pas reconnaître (lue les indigènes de l'Algérie, conquis par la France, Oll t des garanties d'existence et de liberté réelle qui manquent absolument aux ~Iarocains. Les quelques vexations admini stratives dont les premiers peuvent être l'objet ne sauraient se comparer au manque absolu d'administration, qui met les seconds à la merci de tous les caprices et de tous les appétits d'un qaïd, d'un homme puissant ou d'un voleur. Au moment de la conquête de l'Algérie cependant,

ARCHIVES MAROCAINES

beaucoup d'indigènes avaient quitté leur pays pour se réfugier au Maroc. Les sentiments divers qui les poussaient à s'expatrier étaient compréhensibles et excusables. D'une part la crainte de l'envahisseur, d'autre part l'idée religieuse les éloignaient du chrétien. [ls redoutaient d'ètre gènés dans l'exercice de leur religion, humiliés, maltraités, et plus encore de voir violée par les étrangers l'intimité de leur vie. Ils partaient, d'ailleurs,d'autant plus aisément qu'ils étaient convaincus que leur exil ne serait que temporaire, et qu'ils ne tarderaient pas il pou voir l'entrer chez eux après le départ des Françai s. En voyant notre prise de possession devenir définitive, beaucoup sont rentrés en AJgérie, mais un grand nombre sont restés au Maroc. Quelle y est leur situation?

CAHACTEHES GÉNÉHAUX DE L'ÉMIGRATION

Le sentiment religieux n'a certainement pas été le seul (lui ait poussé les musulmans d'Algérie à abandonner leur pays au moment de la conquôte fran<,~aise. Sous la domination turque, en eO'et, des émigrations s'étaient également produites, il di verses époques, surtout des habitants de Tlemcen, il Fès. On a cependant donné il l'exode provoclué par notre conquête le IlH\me nom qu'à la fuite du Prophète, dc~ la ;\[ecquc à Médine :
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LES MUSULMANS n'ALGÉRIE AU MAROC

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comme les compagnons de ]\Johammed dans sa fuite. Cela implique bien l'idée de musulmans fuyant devant des ennemis religieux. Les émigrés se faisaient d'ailleurs de grandes illusions sur l'accueil qui leur était réservé au Maroc. Malgré le caractère religieux qu'avait pris leur fuite, ils furent reç.us avec froideur et méfiance,tant par le Makhzen que par les populations. Quoique musulmans, c'étaient des étrangers et on ne laissait pas que de leur témoigner un certain mépris parce qu'ils avaient été vaincus par les chrétiens. C'est principalement à Tétouan et il Fès que vinrent se réfugier les « Mouhâdjirîn» et on en compte clans ces deux villes plusieurs centaines de familles.

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Outre les deux courants d'Algériens réfugiés au ·Maroc après la domination turque et après l'occupation française, de nombreux émigrants sont venus il différentes époques. On retrouve ainsi des vestiges des 'Âmer et des Hâchem, décimés sous Moulay 'Abderrahmân; des tentes réfugiées à des dates difI'érentes dans les tribus de l'Est marocain, chez les Beni Guil, au Figuig et au Tafilelt. Lors des nombreux soulèvements des Oulâd Sîdi Cheikh, plusieurs d'entre eux avaient quitté leur territoire d'origine pour rejoindre Boù 'Amâma. Ne trouvant pas clans le sud des moyens suffisants d'existence, ni parfois la sécurité nécessaire, leurs tentes sont remontées vers le nord. Entre Fès et Milmès, dans la plaine du Saïs, on compte cinquante tentes d'Oulâd Sîdi Cheikh R'araba, une centaine de tentes de « El H'ouat », des Oulâd Sîdi l'ahia. Ces derniers se trouvent également en grand nombre il « Boùjemana »,entre le Sebou et l'Ouargha. Entre les deux

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ARCHIVES MAROCAINES

mêmes nVleres, plus à l'est dans « El S'hirat », près de Sîdi Hajoùh, le village connu sous le nom de Douar El IIâdj El Heïrej est composé de « Hamian )).1~ Sebou etOuargl~g<rlement, cinquante tentes des Oulâd Sidi Cheikh Cheraga,qui étaientaupal'an:nt étahlies à Châbanat, en Cherarda. Ces cinquante « Kheïma )), dont le chef est Moulay Saïd, avaient en 1895 demandé à M. de ~lonbel lors de son passage en amhassade, pour Fès, la protection française. Cette protection leur fut refusée, mais il leur fut accordé de retourner en Algérie. Dix-huit « Kheïma )) profitèrent de cette autorisation et furent embarquées à Tanger en 1896, à destination de l'Algérie, mais elles ne tardèrent pas à revenir au J\Iaroc, par terre. De nouvelles démarches furent faites par ces Algériens,en 1898, au consulat de Fès pour être reconnus comme sujets français. Sîdi Eddîn hen IIamza, bachagha cles Oulâd Sîdi Cheikh, et Sidi IIamza hen BolÎ Beker, détenteur de la Baraka de Sîdi Cheikh, avaient appuyé par des lettres cette revendication, mais vainement. En 1906, les mêmes Algériens ont fait une nouvelle requête au même consulat, mais sans plus de succès. Sur la rive droite de l'Oued Redai;:' se trouve un village d'Oulâd Zyâd 1 (Oulâd ben Yahia beni M'hammed beni Zyâd), serviteurs des Oulàd Sîdi Cheikh, originaires du Chott Ech Chergui. Au marché « Soùq El Had Kourt » le
1. OulM Zyâd. Voici, d'après 8id el Hàdj Boù Haous 'Omar ben Cheikh, ben Mohammed ben Zyàn, des Oulàd Sidi Cheikh R'araba, habitant Marrakech, l'origine des Oulàd Zyàd : Au neuvième siècle de l'hégire (quinzième siècle de l'èl'e chrétienne), le vingtième descendant du Khalifa AlJOù Beker Esseddik, Sidi Maamàr ben Sliman El Alia, quitta la Tunisie pOUl' venir dans l'Ouest. Il s'endormit un jour avec ses deux serviteurs, Akerm et Hezine (dont sont issus les Akerma et les Rezaïna), au bord de l'Oued El Golita. A leur réveil, les trois voyageurs constatèrent la présence d'un quatrième dormeur, venu on ne sait d'où. Les serviteurs du marabout lui demandèrent qui était cet étranger: (( C'est Ez Zeïd » (celui qui est en plus), répondit Silli Maamùr. Le nom de Zeïd lui resta, ct il devint le pèl'e des Oulàd Zyàd.

LES MUSULMANS n'ALGÉRIE AU MAROC

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village dit « Douar El 'Arab » est également habité par des Oulâd Zyâd (Oulâd }'(ala beni Zyùd). Deux villages des Oulâd SI'di Cheikh Cheraga et H'araba se trouvent clans le n'arb, tribu des Sdian, à quatre heures, environ d'Elqçar El Kébir au sud-est, au lieu dit « El Fouarat ». Ils sont établis dans un azib du Sultan qui était autrefois administré par l'Amin Si Edrîs ould Ed Daouia, et par son frère, l'Amîn Si }lohammed ould Et Talba ould Ed Daouïa, qui est aujourd'hui protégé français i. Cet azib a été concédé à Moulay El IGHn'r, frère du Sultan.

On trouve également au ::vlaroc de nombreux descendants de Sidi Ahmed ben Yoùscf, le patron de Milianah 2. GPhez les Oulâd ben 'Aïssa, fraction des Beni Malek, dans le R'arb, entre le Sehou et l'Ouargha, habitent un assez grand nombre de ces chorra, dont le plus notable est Sîdi Boù Zyân hen ~Ioumen, qui fut arrêté en 1905, et dont notre ministre à cette époque, M. Saint-Hené Taillandier, en ambassade à Fès, exigea la mise en liberté, avec payement d'une indemnité et pr:ésentation d'excuses au GOll-

1. La famille des Oulâd Ed Daouïa doit ce surnom à une de leurs aïeules, qui s'appelait" Ed Dnouïa )) ln lumineuse; le véritable nom est El Messaoudi. Sid Idris était fils d'une négresse; son frère Si Mohammed était fils d'une femme blanche, un peu lettrée; c'est pourquoi il est COnnu sous le nom de Ould Et Tùlba, le fils de l'ôtudiante, ou de telle qui a étudié, qui s;til le Qorân pnr cœur. 2. Voici la généalogie de Sidi Ahmed ben Yoùsef telle qu'elle est donnée dans les manâqib conservés par ses descendants: Ahmed ben Mohammed ben Ahmed ben Abdallah ben Yoùsef, ben 'Abdel· jeli! ben Ymras, ben 'Abdelha<Ji, ben Mousa El Mourtadi, ben Djafar Es Sadiq ben Mohamed En NatiqbenAhmedbenZein El 'Abidin, ben Hamoud, ben 'Ali ben Idris El Asghnr, ben Idris El Akbar, ben 'Abdallah El Knrnel ben Mohammed, bel Hassan Es SiM, ben 'Ali ben Abi Taleb. Cette généalogie semble absolument fnntaisiste; elle ne peut se rattacher à aucun des arbres généalogiques connus ct mélangés des descendants des deux fils d"Ali et de Fatma, El Hassan et El Hosseïn. L'annlyse détaillée en sera fùile dans J'élude des" Manaqib de Sidi Ahmed ben Yousef El Miliani.

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vernement français, par le grand-vizir Si Feddoul R'arnit. Dans la môme tribu ,au nord du Sebou, en face des Cheraga, Sîd El 'Abbâs Eli\Iiliani a occupé pendant plusieurs années une situation considérable dans la région. j\ utant par ses propres maladresses que par les intrigues du Makhzen, cette situation a beaucoup diminué. Entre Beni Ilassen et Chel'anla, près de Sîdi Gueddùr, se trouve égalernent un important village de chod'ù ~\Ielaïna, dont les principaux habitants sont Sîdi El Miliani ben 'Abclelhaqq, son frère Sidi Ettayeb, ot un de ses parents, Si di Ahmod ben ~loumon qui est assez lettré. Des descendants de Sîdi Ahmed henYoùsef hahitent chez les Zekkara, où ils semhlent l~tre ù la tôte d'une sorte de schisme qui fait l'ohjet de l'intér'essante (Stude de :M. Mouliél'as. Les chorffl Melaïna des Oulàd 'Aissa.ont également autour d'eux cles « Khoddùm )) connus sous le nom de « Bedadoua )). La maison de Sid El ',\ bbâs, sur le Sebou, est même considérée comme une Z;wuïa de cette secte dont les pratiques et l'origine exactes ne sont pas encore connues. Il y allrait, paraît-il, des Oulâd Sîdi l\hmed ben Yot'Isof ù El ]J'halil, entre Fès et Sefron, et dans la tl~ihu des n'jata. Dans le nord du Maroc, Il j\Ielaïna » et l( Becladoua » semblent désigner la même caUSgorie d'indi viclus. Il n'en es t pas de même dans le sud, où habitent également des descendants de Sidi Ahmed bcn''{oùsef. Onen tI'o u '"c près de :Marràkech, dans le « Bled El !lamaI' » Ù la Zaouïat El Boùsounia. D'autres, les Il En Nouftcer, )) sont désignés selon le liou où ils hahitent sous les noms de « En Nouàcer El B'hei['a », «( En Nouâcer El Ârid », « En Nowlcer Chichaoua; » ces derniers sc trouvent ù la Zaouïat Ben El Thoul. Dans le Haouz, le village dit Il 'Azîl) El Qariat Oulâd j\li hon l\Iossaoud » est habité par des Oulftd Sidi Ahmcd ben YoÙscf.

LE" ~IUSULMANS n'ALGÉRIE AU MAROG

Tous ces Algériens sont venus au Maroc à des époques difl'érentes, les uns peut-être avant même l'arrivée des Turcs en Algérie, un grand nombre après la conquête française, mais à des dates qu'il serait difficile d'établir, D'autres, des Oulùcl Sîdi Cheikh et leurs serviteurs, ont été transportés au Maroc par la France, en 1876, au moment de la soumission de Si Slîmân ben Qaddoù [' au Sultan ~Ioulay El Hassan, par l'entremise du chérîf d'Ouezzan Sîd El Hâdj 'Abdessalâm. Il pourra être intéressant d'étudier un jour de plus près les :raisons et les conditions de l'enyoi au ~Iaroc de ces Algériens i. Ceux qui sont venus d'Algérie par terre ont été internés à Méquinès; d'autres, envoyés pal' mer à Tanger, puis de là à Mazagan, ont été conduits à ~Iarrftkech,

Les Oulâd Sîdi Cheikh de Méquinès reconnaissent comme chef Sîdi Et Taïeb bel Hâdj Larhi, yenu au Sfaroc en 1883, après l'assassinat de Si Slîmân ben Qaddollr à Boucha6uen, par les Berbères, à l'instigation, dit-on, de l'Amel d'Oujda, Si 'Abdelmâlek Id Hâchemi Es SaÎdi Er LW;. Les compagnons de Si Slîlllùn avaient été tués avec lui, mais plusieurs de ses parents, l'estés chez les Angad, ayaient
1. Deux de ces Oulàd Sidi Cheikh, qui avaient été transportés en 187(; à Marrùkech, Si El Hàdj Boù Haous 'Omar ben Cheikh ben Mohammed ben Zyan ben 'Abdelhakem, et son frère Si El Hàdj Mohammed, sont venus ü Tanger au mois de mars de cette année sur les conseils du docteur i\Iallchamp assassiné peu après, dans les circonstances que l'on sail, pour demander à la légation de France de les reconnaitre comme sujets algériens. On apprenait le mem'tre du docteur au moment où une suile favorable était donnée à leur requète.

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ARCHIVES MAROCAINES

été arrêtés au nombre d'une cinquantaine par le qaId El BoùzegaouI, ct conduits à Méquinès, entre autres, Sidi Allâl ben Cheikh ben Et Taïeb, ct Sîdi Et Taïeb El mldj Larhi. En route, Sidi 'Allttl put s'échapper avec quelques compagnons, gagner Fès et se réfugier au sanctuaire de ?lToulay Idris, d'où, au bout d'un certain temps, il s'enfuit à Tanger; il s'y réfugia chez le Chérif d'Ouezzan, Sid El I-Iâdj'Abdessalâm et ses compagnons étaient campés auprès de la Meçalla au haut du Souq. Des pourparlers furent entamés au sujet de ces fugitifs entre le ~Iakhzen et M. Ordega, ministre de France à Tanger. Leur résultat fut que Sidi 'Allâl et ses gens furent installés par Sid El I-Iâdj'Ahdessalâm à son 'azîb de El }\Iazeria, dans la tribu des I-Iajaoua, SUI' le Sehou. Plus tard, Sidi 'Allâl regagna le Sahara sans être inquiété; il est actuellement à El Aricha et vient de se marier avec une fille de Si Mohammed ben Daoud, le frère du colonel de ce nom. Il restait exactement quarante-quatre prisonniers, dont Sidi Et Taïeh bel I-Iâdj, qui furent incarcérés à ~réquinès. Tous moururent en prison, sauf quatre: Sieli Et Taïeb bel IIfldj, Sidi Moumen hen Cheikh, Sidi Slimân bel Ilâdj et Mohammed ould Sid El I-Iâdj Ibrâhîm. En 189!l, lorsque le nouveau Sultan Moulay 'Abdel 'aziz arriva pour la première fois à Méquinès, où il fit arrêter les deux anciens ministres de son père, Sid El Hâdj El Maati, et Si Mohamed Eç Çr'ir Ed Djamaiin, il mit en liberté Sîcli Et Taïeb et ses trois compagnons, grâce à l'intervention du nouveau grand-vizir, Si Ahmed ben Moùsa (Ba Ahmed), qui était « hajib » (chambellan) de Moulay El Hassan, et du Hacha Hama Ed Draouï, gouverneur de Méquinès. Le Sultan leur donna des maisons à Méeluinès, un douro de mouna par jour à chacun, ct des terres à El Qattnoufa, au pied de la montagne de Zerhoun, entre El }['hadollma et les Oulfld Sidi Yahia. Les trois compagnons de captivité de Sidi Et Taïeb sont morts: il\t

LES MUSULMANS n'ALGÉRIE AU MAnoe

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est donc aujourd'hui le seul survivant des quarante-quatre Oulâd Sidi Cheikh emprisonnés à Méquinès en 1883. Sicli Et l'aïeb accompagna le Sultan àMarrâkech, en 1895, et obtint la mise en liberté de son frère Sieli En Naïmi, incarcéré dans la prison de « El ~leçbah )), dans cette ville. Ille ramena à Méquinès avec sa famille, ainsi q ne Sîdi Slîmàn ben Slîmân hen Cheikh ben Et l'aïeh, Sidi Cheikh ben Ed Din, ben Moul Fràa ben Cheikh, et 'Ahderrahmân hen 'Atâ Allâh, des 'Abld Sidi Cheikh, leurs serviteurs et leurs esclaves; ils s'établirent il 1Iéquinès et il El Qanrtoufa. Sidi En Na 'imi est mort depuis. Les Oulàcl Sidi Cheikh de Marrâkech et des environs comptent, avec leurs « Khoddâm )) venus avec eux, de Hzaïna, El Maadba, El B'ouar, plus cle cinquante tentes. Ils ont pour moqqadem, nommé par le ~lakhzen, Sidi El 'Arhi ben Boù Haous ben Cheikh ben Et l'aïeb. On trouve également des Oulâcl Sicli - Cheikh chez les Haïaïna, dont le qâdi, Si El Hâdj ~Iohammed ben Cheikh El ~Iecharfi, est également d'origine algérienne. Ce faqih, qui est un homme d'une haute valeur et d'un réel savoir, a écrit une histoire du ~\Iaroc qui s'arrête au commencement du règne actuel. Il ne veut pas la continuer encore par le récit des derniers événements parce qu'il préfère, dit-il, attendre la solution de l'affaire de BOtl Hamara. A Méquinès, vivent d'autres Oulâd Sidi Cheikh, descendants de Sidi Maamâr ben Slîmân El 'Alia, c'est-à-dire des collatéraux et non des descendants de Sidi Cheikh. A Marrâkech, on trouve quelques familles de la tribu des I-Iâchem, parmi lesquelles celles de Sidi Mohamed El Moustafa, des Oulttd Sîcli Mahi Ed Din, dont le père était qàdi ù.\larr~îkcch, celles de Si MohammedEIBcer, du Hâdj Ahmed hell L\clj El II<\chemi ; sept tentes des Hâchem, non chorfa, vivent dans les environs de Marrftkech il El Gafaï.

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ARCHIVES MAROCAINES

Une famille algérienne est également établie à Sefrou. A Elqçar El Kébîr, on trouve les Chaouch originaires d'Alger, les Adda originaires de ?lJostaganem, les Qondaqji qui viennent de Blidah. Ces trois familles vivaient autrefois il Tétouan, qu'elles ont quitté lors de la guerre de 1860. La famille des IIâchem, de Qaddoùr El ~Iiloùd hen Qaddoùr, qui fait partie des Hàchem décimés il El Mazeria et internés ensuite à :Marrâkech, est venue s'établir à El Qçar, après être retournée en Algérie. Dans la même ville sont également les Oulàd ben 'Atà Allah de la famille du même nom établie dans le Gharb, entre le Sebou et Merdj El Kébîr. Les Oulâd ben 'Atâ Allah sé prétendent d'origine algérienne, ainsi que les Oulùd Khalîfa leurs voisins, fraction des Beni "Malek, mais cette origine n'est pas encore établie sur des preuves suffisantes. Dans le Gharb également, dans la tribu des Sefian, se trouve une famille algérienne d'une grande importance, celle des Oulàd ben Aouda,descendants de Sidi Mohammed hen Aouda des Flitah. Cette famille a une très grande situation et des propriétés importantes. Il y a une soixantaine d'années, environ, que les Ben Aouda sont établis au Maroc. La famille du Hàdj i\bdelqàder El Hàchemi, des Uâchem internés il }\Iarràkech après Mazeria, est établie au douar des Oulttdben Cehah dans la tribu des Beni Malek. Une autre famille algérienne de la tribu des « 'Amer)), les Oulùd Ounnan, habite aux Oulâd Moùsa du Bedour, près des Beni Gorbet, sur la route d'El Qçar il Tanger. Enfin, il Tanger même se trouvent plusieurs familles algériennes, dont la plus importante est celle des Oulàd Beu Tàleb. Cousins et alliés du IHdj 'Abdelqader ben j\Iahi Bd Din, les HerY Tâleb sont venus il Fès au moment de l'émigration « El Hidjra )). Les représentants des deux

LES MUSULMANS n'ALGÉRIE AU MAROC

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branches qui hahitent Tanger, sont le Hâdj 'Ali h~-Tâleh et Moulay Ahmed ben Tâleb; le premier est fils de Sîdi Ahmed h'l" Tâleb, le second de SîdiSlohammed ben 'Abdelqâder, qui était frère de Sîdi Ahmed. Le Hâdj 'Ali b(ij{ Tâleb, aujourd'hui très âgé, a eu une existence assez agitée. Venu il Fès avec l'émigration, il est allé il Tanger, d'où il s'est embarqué pour la Syrie et a séjourné assez longtemps il Damas avec le Hùdj 'Abdelqâder. Revenu en Algérie, il a été tl'ansporté au ~faroc, vers 1878. Un malentendu le fit mal accueillir il la légation de France. Il s'adressa il la légation d'Allemagne où était alors ministre M. VVeber que le lHidj 'Ali avait connu en Syrie comme consul général. Très cordialement accueilli par M. 'iVeber, qui avait compris que le Hùdj 'Ali pouvait être pour lui un instrument utile, il continua il avoir de bonnes relations avec la légation d'Allemagne. Il accompagna en 1879 le docteur Lenz dans son voyage il Timhouctou, et fut il ce propos décoré de l'Aigle rouge. En 1884, il fut de nouveau expulsé du Maroc et renvoyé en Algérie, où on ne voulut pas le recevoir puisqu'il en avait été expulsé auparavant. Il revint au Maroc, où il fut arrêté, et, fatigué par les expulsions qui le renvoyaient d'Algérie au Maroc et réciproquement, le Hâdj 'Ali prit le parti d'abandonner la nationalité française, alla il Constantinople, et revint à Tanger comme sujet turc. Le Hâdj 'Ali ben Tâleb accompagnait le comte de TaUenbaeh lors de son ambassade à Fès en 1905, il Y retourna en 1906 avec un ingénieur allemand qui cherchait il ohtenir, dit-on, des concessions de mines. Il e"t en très bons termes avec le gouvernement marocain, tant il Tanger qu'il Fès. C'est un homme intelligent, qui semble regretter d'avoit, lh'l qllitler le service de la France. Les Oulâd SÎcfj Cheikh avaient allirefois il 'ranger une

ARCIIIVES MAROCAINES

Zaouïa, connue sous le nom de Zaouïa de Sîdi Cheikh l . Cette Zaouïa est occupée aujourd'hui par la confrérie delO Tidjanyin.

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SITUATION CÉNÉHALE DES ALGÉRIENS É1\IlCflÉS

Quelles qu'aient été les raisons qui arnenôrent au Maroc un grand nombre de familles algériennes, ces émigt'és n'en constituent pas moins une partie du peuple que nous avons COHlmenC(S par conquérir et que nous continuons il nous rattache!' pal' une assimilation progressive (~n AlgéL'ie. Tous les Algériens, d'ailleurs, sont encore considéL'("s au Maroc comme des étrangers; il de rares exceptions près, ils ne se sont pas fondus avec la populatiun du pays; ils ont conservé leurs usages et souvent leur accent. Il ne semble pas qu'on se soit préoccupé de l'iupOl'L « Il n'y a pas à Tanger de ZaouFl Tidjanya: les adeptes de cette confrérie sc réunissent en cc moment ù la Zaouya de 8idi Cheilih, Cettc Z;wuya située au ([ll:utier de Fuente Nucva, est très ancienne, et l'on ignorc l'origine dc sa eOllstl'Ut:!ioll pnr quelque client des Oulad Sidi Cheikh ....... ................... " Les Tidjauyin s'étant multipliés ù Tangcr" .................................. « ils obtinrent du Nadher de la Grandc Mosquée, dont dépendaient la zaouïa de Sirli Cheikh et ses habous, ['autorisation de sc réunir dans cet édifice. Il fut alors remis il neuf (avec le produit de la vente d'ulle partie de ses propres lwbous) « pourvu d'un imàrn, etc. " (Archives Marocaines, t. II, fasc. 1, « Confréries et Zaouyas de Tanger ", G. Salmon.) Des Oulùd Sidi ClH'ikh venus ù Tanger dernii~remcnt ont cherclul à reprendre possession de la Zaouïa de leur confrél'ie, mais Hleur a été J'épondu, pal' les autorités compétcntes, que le Sullan ayant donné cette zaouya aux Tidjanyin, il fallait un ordrc du Sultan pour la restituer aux Oulac! Sidi Cheild1.

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tance que ces colonies algériennes du Maroc pourraient avoir pour la France, si on pensait à les utiliser, à les organiser, à s'en servir. Il ne faut pas que les malentendus inévi tables des premiers jours de la conquôte, que les dissentiments qui ont pu se produire aient pour résultat de nous priver des services que peuvent nous rendre des gens qui, de leur côté, comprennent, maintenant, l'intérêt qu'ils auraient à vivre sous notre tutelle. En relisant aujourd'hui les circulaires des Affaires lt1rano'ères1, relatives à la situation des Alœéû riens à l'étranger, on ne peut pas ne pas l~tre frappé de leur ostracisme arbitraire et excessif. Si on les applique à la lettre, la très grande majorité des Algériens qui habitent le Maroc « n'auraient plus aucun droit à notre protection». Ils rentrent tous en eO'et, à quelques rares exceptions près, dans la deuxième catégor.ie, celle des Algériens qui, pour des motifs de religion, ou autres, ont volontairement abandonné l'Algérie. D'autres rentrent dans la troisième catégorie, celle des Algériens, établis au Levant ou en Barbarie à l'époC[l1C de notre
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1. Circulaires des Affaires ÉLrangl~l'eS du 31 janvier 1834 ct du BO jonvier 1869. De la protection ù accorder aux Atgériens. Distinction des Algériens en diverses catégories
« Les instructions du départemenL des Affaires l~trangères qui tr-acent aux consuls la ligne de conduite il tenir à l'égard des musulmans et des juifs (a) algériens, aujourd'hui placés ROUS la protection française, rangent ces individus en cinq classes distinctes: " 1° Ceux qui depuis l'époque de notre conquête ont été déportés de l'Algérie; " 2° Ceux qui l'ont abandonnée volontairement pour des motifs de religion, ou autres' ,,3° Ceux qui établiR, ou voyageant dans le Levant ou èn Barbarie il l'époque de notre occupation, n'annoncent pas l'intention de revenir en Algérie; ,,4,0 Ceux qui dans la méme position manifestent l'intention contraire; " 5° Ceux que, depuis notre conquète, leurs allaires ont conduiLs loin d'Algérie. " Les individus compris dans les Lrois premières classes ne peuvent plus

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occupation, et qui n'ont pas annoncé l'intention de revenir en Algérie. Les derniers, enfin, comme la plupart des Oulâd Sîdi Cheikh, rentrent dans la première catégorie, c'est-à-dire de « ceux qui depuis l'époque de notre conquête ont été déportés de l'Algérie ». Tous ces individus n'auraient aucun droit à la protection que nous accordons à un certain nombre d'entre eux, en petite minorité, d'ailleurs. "l\Iais, l'article 7 du traité de la Tafna, du 18 mars 18h5, établit, au contraire, des réserves précises au sujet des Algériens réfugiés au Maroc: « Tout individu qui se réfugiera d'un État dans l'autre ne s:era pas rendu au gouvernement qu'il aura quitté, par celui auprès duquel il se sera réfugié, tant qu'il voudra y rester. « S'il voulait, au contraire, retourner sur le territoire de son gouvernement, les autorités du lieu où il sera réfugié ne pourront apporter la moindre entrave à son départ. S'il veut rester, il se conformera aux lois du pays, et il trouvera protection et garantie pour sa personne et pour ses biens. » Ce traité, qui est l'instrument légal et constitue la hase du droit, ne prévoit pas l'abandon qui figure dans les circulaires. Il est d'ailleurs assez naturel que la situation des musulmans d'Algérie hahitant le Maroc soit restée indécise,
être considérés comme appartenant à l'Algérie; que leur éloignement d'Alger ait été l'effet de Jeur propre mouvement, ou la suite de menées coupables, ils n'en doivent pas moins subir toutes les conséquences d'une expatriation volontaire ou de la déportation. Dans le premier cas, ils ont renoncé eux-mêmes au h(\néfice de la nationalité; dans le second, ils ont nécessaire/rient perdu tous leurs droits, et ,sous l'un ou J'autre de ces rapports, ils n'ont plus au cUrie espèce de titre ;\ la protection française. " La position des individus compris d:ms les deux autres classes est toute dilférente; ils ont conservé leur qualité d'Algériens et sont en conséquence l'ondés à demander l'appui de nos consuls. " (a) Depuis la loi Crémieu les Juifs Algériens sont citoyens Français.

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puisque celle de l'Algérie elle-même s'est à plusieurs reprises transformée, de même [lue l'état des Algériens habitant l'Algérie. Le régime administratif a été d'abord hésitant. Du régime de la conquête, l'Algérie a passé au régime des colonies, puis à celui de l'assimilation progressive à la métropole. L'occupation provisoire a été transformée en possession française par l'ordonnance du 22 juillet 18311, et c'est la constitution du Il novembre 18118 [lui a déclaré le territoire de l'Algérie territoire français, en posant comme règle l'assimilation à la métropole. La nationalité des indigènes musulmans est restée indéterminée jusqu'en 1865 et le sénatus-consulte du 111 juillet 1865 a décidé qu'ils étaient sujets français. Deux décrets du 8 aoùt 18511 prescrivent aux cheikhs en territoire civil de recevoir les actes de l'état civil concernant les naissances et les décès des Arabes. Les actes rédigés en arabe devaient être transmis aux maires et transcrits en français sur les registres des actes de l'état civil de la commune, sous peine d'une amende de 10 à 15 francs et d'un emprisonnement de 1 à 5 jours. Le décrtlt du 10 août 1868 supprime cette sanction et la prescription n'est pour ainsi dire plus appliquée. La loi du 26 juillet 1873, article 17,sur l'organisation de la propriété décide qu'un nom patronymique sera donné à tout propriétaire reconnu. Enfin, la loi du 23 mars 1882 ordonne la constitution de l'état civil pour les indigènes musulmans algériens. Un recensement par commune est ordonné. Les chefs de famille prennent un nom qui doit être transmis à leurs enfants. Une carte d'identité,dont le numéro correspond aux registres matricules, est remise à chaque indigène; les naissances et les décès doivent être déclarés à l'officier de l'état civil et faire l'objet d'actes rédigés dans la forme prescrite par la loi française. Une simple déclaration est prescrite pour les mariages et divorces qui continuent à
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être rédigés par la loi musulmane, pour la preuve et la céléhration.

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Il Y a plus de trente ans ([ ue la Légation de France à Tanger donne aux Algériens établis au Maroc des patentes de nationalité, mais jamais aucune recherche sérieuse n'a été faite pour réunir sous notre autorité les nombreux Algériens qui habitent le pays, ni même pour en connaître il peu près exactement le nombre, les noms et l'origine. Tantôt la protection des Algériens était considérée comme un moyen d'action qu'il ne fallait pas négliger, tantôt comme une source de difficultés avec le ~\[akhzen. La reconnaissance de la nationalité algél>ienne pour quelq ucs indi vi (lus isol('~s semhle a voi r été une faveur, une gracieuseté personnelle, di ['ecte ou indirecte, plutùt que la conséquenCü d'un priucipe nettoment défini. La rcconnaissance des Algériens créait une catégorie d'exception ne profitant qn'allx héJl(;riciaires. Il en résultait pOUl' notre administration des difficnltés sans compensation d'influence. Les faits acq uis n'en montJ:ent pas moins que les circulaires contraires il la lettt'ü conmw il l'esprit du traité de 18115 n'oll'raient qu'un intérêt de curiosité. On sc trouve aujourd'hui en pn\sence d'une situation consacrée depuis plus de trente ans, et contre laquelle le Makhzen n'a jamais pr()test(~, si ce n'est en '1905 au moment de l'aO'aire Bot'! Zyùn ben Moumen El Miliani.Le Sultan voulait considérer cet Algérien comme son administré, par le seul fait qu'il (\tait musulman. Il (~tait un peu tan!. Depuis, l'application du principe de l'exterritOl'ialité aux musulmans originaires d'Algérie a été admise, par l'in-

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tervention de la France en faveur de Si Et Tai'eb fils de Doù 'Amama, qu'elle a réclamé comme llli appartenant malgré son état d'insoumission. Le ~Iakhzen le lui a rendll, un peu pour la forme, en protestant. Le principe de notre droit de protégel' les musulmans d'Algérie, habitant le Ylaroc, à quelque catégorie qu'ils appartiennent, est donc indiscutable en raison de l'évolution de l'Algérie, établi par une jurisprudence sérieuse.

Le principe d'exterritorialité n'est au reste pas en opposition avec les idées de l'administration marocaine. Dans l'idée musulmane, la conquète no constitue pas seulement la prise de possession du sol, mais aussi celle des habitants qui en sout originaires: ils deviennent, pour ainsi dire, la propriété du conquérant. C'est ainsi <pte le pouvoir administratif, au ~raroc, n'ost pas relatif seulement au territoire, mais à l'individu. Si quelques habitants d'une tribu vont s'établir dans une tl'ilm voisine, ils ne sont pas de ce fait soumis à l'administration du qaïd de cette tribu, mais restent les administrés dn qai'd de Ienr ll'illll d'origine. Les Ou1[ld Eli\Jejdotd) (descendants de "\bi Zei'd Sidi 'Abderl'ahmàn El ~le.idoùb) qui habitent dans le g'arb au milieu de la tribu des Beni Slalek, et dans la tribu de. Meçmouda, entre El Qçal' et Ouezzan, n'obéissent pas aux qai'ds de ces tribus, mais l'clôvcnt du gouvcrnem' du Khlot et du Tliq, parce qu'ils appartil'uneut ù la trilm 'rliq. Les Hifains, qui, pour des raisons quelconques, ont dù quitter leurs pays, et habitent les villes de l'intérieur ou de la côte ouest, sont placés sous les ordres d'un moqaclclem ; il les administre et leur fait payer les redevances ct les impôts; ils ne sont pas confondus avec le reste de la population.

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Les chorfâ des clifré l'cntes familles sont administrés dans chaque ville, où ils sont en nombre surftsant, par un « naqib » ou « mezouar » nommé directement par le Sultan. Les gens du Touat, à Fès, où ils sont très nombreux, sont également administrés par un moqadclem nommé par les chorfa d'Ouezzan; le Touat, en effet, est, pour ainsi dire, un fief religieux de ces chorra. Depuis des siècles, ils perçoivent sur ses habitants, outre de nombreuses « ziara », un droit souverain: la part des successions qui revient au tl'ésor des musulmans, au « Dît el mâl El },Iouselmin ». La perception de ce droit leur est concédée par les Sultans SUl' les gens du Touat, qui habitent le Maroc: le moqaddem des « Ehl Touat », à Fès, remplit donc vis-à..vis d'eux les fonctions de « Abi :Maouârit » (administrateur des successions) et de « Oukîl Er Roiah » (représentant des héritiees absents); c'est au nom des chorfa d'Ouezzan qu'il instrumente pour les villes de Fès et de Méquinès et pour les campagnes des environs de ces villes. Un cas assez curieux s'est présenté il y a quelques années à ce sujet. Un Touati étant mort à Méquinès sans héritiers, le moqaddcm « Ou Salem » de Fès voulut administrer sa succession, conformément à l'usage. Le gouverneur de ~Iequinès, le Hâdj ben 'Aïssa, fils du Pacha Hammo Ed Draouï,prétendit que le défunt, quoique Touati, n'appartenait pas à la confrérie des Touhama ou des Taïbiin, qu'il était « Hamdouchi », c'està-dire de la confrérie de Sîdi 'Ali ben Hamdouch de Zerhoun, et que les chorfa d'Ouezzan ne pouvaient pas prétendre à recueillir sa succession qui devait revenir du Makhzen, c'est-à-dire, dans l'espèce, au gouverneur de Méquinès lui-même. A l'appui de ses dires, le Hâdj ben <Aïssa produisait la hache (Ech Chqour), la massue (Ej Dje-

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boudj) et le boulet (El Koura) 1 du défunt. L'affaire, portée par le moqaddem Ou Salem au consulat de France, fut renvoyée il Moulay 'Arftfa,khaUfa du Sultan il Fôs (le Sultan était il ~Jarrâkech). Aprôs de longues discussions, il fut décidé que le fait qu'un Touati était Hamdouchi ou appartenait il telle ou telle confrérie n'enlevait pas aux chorfâ d'Ouezzan le droit de percevoir sur sa succession la part du « bît el mâl )) ou de recueillir cette succession en entier, au lieu et place du « bit cl mâl », si le défunt n'avait pas d'héritiers. En un mot, le droit souverain des chorffl cl'Ouezzan SUI' les successions des Ehl Touat habitant le -Maroc était re1. Hamdouchi. Les" Khouan » de la confrérie de Sidi Ali ben Harr:douch, ou plus exactement de Sidi Ahmed Ed Dr'our'i, son disciple, sont portp-urs d'une hache, " chqour ", d'une sorte de massue garnie de grosses tétes de clous, « djeboudj » ou "zeronat» et d'un boulet de fer" el koura ". Lorsqu'après_ avoir répété ensemble et en cadence un certain nombre de fois: Allah! Aboud Allah! ct suivi cette cadence d'un mouvement du corps, de haut en bas, qui s'accentue progressivement, les Khouan sont pris du " hal " (sorte de transport causé par le mécilnisme de J'invocation), ils se frappent la tète successivement avec un de ces trois instruments; le sang coule abondamment sur leurs visages et leurs vêtements, mais les blessures sont rarement dangereuses; il arrive cependant parfois qu'un maladroit lance trop haut le boulet qu'i! doit recevoir sur la tête, le reçoit trop perpendiculairement et que son crâne est brisé comme une coquille d'œuf. On explique cet accident par' le fait que lil victime n'était pas en état de pureté, c'est-à-dire qu'il n'avait pas fait ses grandes et ses petites ablutions, Les" Hamâdcha » purs ne sc livrent pas à ces exercices violents, ils se contentent de réciter le" dikr " laissé pal' Sidi 'Ali ben Hamdouch. Ce sont les Dr'our'iin, disciples de Sidi Ahmed Ed Dr'our'i qui ont la spécialité de se frapper la tête; quoique confondus avec les Hamâdcha, ils sont reconnaissables par le fait (IU'ils sont tous chauves et portent sur le haut du crâne des cicatr'ices visibles. L'origine de cette subdivision des Hamâdcha est la suivante: Lorsque Sidi Ahmed Ed Dr'our'i, disciple de Sidi 'Ali ben Hamdouch, apprit la mort de son cheikh, il fut pris d'un accès de désespoir', et se frappa la tète avec tout ce qu'il tl'ouva sous sa main; d'autres disciples de Sidi 'Ali l'imitèrent et la coutume se perpétua dans une partie des lIamàdcha qui prirent le nom de Ed Dr'our'iin. Sidi 'Ali ben Hamdouch était un chérit' Alami originaire du village de " El Hamadeuch " en Ahl Sérif. Il est enterré au djebel Zerhoun sur le versant qui regarde Méquinès, ainsi que son disciple, Sidi Ahmed Ed Dr'our'i, dans deux villages portant chacun le nom du marabout qui y est enterré.

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connu, ilHkpelldallllllell1. de la conrJ'l~l'i() religieuse à laquelle le Touati défunt pouvait (\tre af{iJil~. Pour recueillir ce m(\me droit de succession sur les Marocains hahitant l\~ll'anger, l(~ Sultan du Maroc a des agents ~q)pelt'·s « Ouk kùl El NI 'r'ral'ha» (chargé des intérôts des .Marocaius) dans tous les pays musulmans; il en a en Algôrie et eu Tunisie et IIH\me il Gihl'altar, où cet agent est appelé « le Consul du Nlaroc )). Un incident s'est produit en {89S il propos de l'Oukîl El M'r'rarba du Caire, (lui était un Ben Chekroun de Fès. Ce personnage, (lui avait, paraît-il, conservé, pour son usage personnel, tout ou partie des droits perçus SUI' les successions des '\larocains décédôs au Caire, et quelquefois les successions el1es-lJJènws, étant revenu il Fès, le l\Takhzen lui demanda des comptes et voulut le faire arrôter. Le vice-consul d'Angleterre :\ Fès s'opposa il cette arrestation en prétendant ([u'il était protégé anglais. L'aJl'aire fit un certain bruit, et l'ou prétendit môme que l'Angleterre protc\geait les quinze mille Mal'ocains établis en l::gypte. Vérification faite, il se trouva qu'il n'y avait en ]~gypte (ju'ellvil'Cm douze cents Marocains, null(~ment protégés ~lllglais, mais dont quelques-uns ('~taient uatlll'alisés ]~gyptiens. L'ancien Oukî! El ~\l'J"ral'ba du Caire dait de ce nomhre, et se trouvait portenr d'un document tout il fait J'{\gulier, lui conférant la natjonalit(~ égyptienne. C'est à ce titre ([ue le vice-consul d' 1\ ngje terre à Fès le couvrait de sa protection, et il ne fut plus inquiété dans la suite. Ces diH'érents exemples étahlissent d'une fa~'on suffisante que le principe de l'exterl'itorialité est admis et pratiqué par l'a(!llliuistmtiou marocaine. De plus, par' l'exercice du droit consuétudinail'e de protection, réglementc\ par plusieurs conventions, les puissances européennes peuvent retirer à la juridiction du Sultan des sujets marocains, pour en faire des justiciables

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des différentes juridictions consulaires; à plus forte raIson, semble-t-il, pouvons-nous èlendre notl'e juridiction à des musulmans originaires d'Algérie, qui ne sont pas sujets du Sultan. Tout dernièrement, un fait s'est produit à ce sujet, qui ne laisse pas (fue de présenter une certaine anomalie. Comme on l'a vu plus haut, deux villages du Il'arb, dans la tribu des Sefian, au lieu dit « BI Fouarat », sont habités presque exclusivement pal' des Oulàd Sîdi Cheikh Cheraga et n'araLa, qui ne sont pas reconnus comme sujets algériens. Ils sont « 'azzaba » du Sultan, et un des oumana chargé de leur administration, Si Mohammed Ould Et Tàlha, sujet marocain, vient d'ètre reconnu comme protégé français; de sorte que l'ancien administrateur pour le Sultan, des Oulàd Sîdi Cheikh de Fouarat, est aujourd'hui justiciable de notre légation, tandis que les Algériens, qu'il régissait, sont sous la juridiction marocaine. En 1892, il avait éü'~ convenu verbalement, entre le sultan ~Joulay El Hassan et Nf. le comte d' Aubi gny, lors de son ambassade ù Fès, que tout individn poursuivi par les autorités marocaines, et amené devant le gouverneur de Fès, qui revendiquerait la qualité d'Algérien, serait immédiatement amené au consul de France qui jugerai t de la validité de ses titres il réclamer la protection françaIse. Il semble qu'il y ait là Ulll~ reconnaissance formelle de notre droit d'intervention en faveur des Algériens, sans tenir compte des cat{'gories illégales établies autrefois par des circulaires particulières, La question des Algériens hahi tant Fès, où ils forment un grand nomhre de familles, a peut-ètre éll'~ une des préoccupations de notre [{~gation lors de la création du vice-consulat de Fès en 189[1. A-t-il été réellement <luestion il cette époque de chercher

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à ramener à nous tous les Algériens habitant Fès? Quoi qu'il en soit, les intrigues des Algériens eux-mêmes ont empêché la réalisation des projets que l'on pouvait avoir. Il est aisé de comprendre que les quelques rares Algériens immatriculés que nous comptions à Fès (ils étaient une vingtaine et ont diminué depuis), ne tenaient pas à voir leur nombre augmenter. }\[oins ils sont nombreux, plus ils constituent une exception, et plus, par consécluent, leur situation est privilégiée: plus ils ont personnellement d'importance. C'est là ce qu'ils recherchent, d'autant, qu'à quelques exceptions près, ces immatriculés sont les membres les plus infimes de la colonie algérienne. Tous les chodâ des Hàchem, ceux de Tlemcen, et autres gens d'un certain rang, à cause même de l'importance qu'ils avaient et qui n'aurait fait qu'augmenter, avaient toujours été soigneusement tenus à l'écart; quant à la masse, elle avait été jugée inutile et encombrante. Il ne fallait pas qu'à l'arrivée du vice-consul, la colonie algérienne sérieuse se groupât autour de lui. Cela eùt été la condamnation de l'administration précédente. Par l'intermédiaire d'un haut fonctionnaire marocain, originaire lui-même de Tlemcen, l'Amîn El Hâdj 'Abdessalàm El Nlokri, et moyennant la promesse faite par le Makhzen de l'exemption des impôts, outre la distribution d'une soixantaine de mille pesetas, trois cents des principanx membres de la colonie algérienne, réunis à la mosquée de « Er Redf », se sont reconnus, par écrit, sujets du sultan Moulay 'Abdel 'azîz. Peut-être tout le bruit mené par le Makhzen était-il parfaitement inutile et peut-être le vice-consul de France à Fès n'avait-il aucunement l'intention de couvrir de la protection française tous les Algériens habitant Fès. Quoi qu'il en soit, l'idée seule de la possibilité de la chose a fortement ému le Makhzen, qui n'a rien négligé pour faire échouer des projets problématiques.

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Rien n'a été fait depuis pour essayer de ramener à nous les nombreux Algériens qui habitent la ville de Fès, quoiqu'ils semblent disposés à recourir à notre protection contre les abus des autorités marocaines. C'est ainsi qu'il y a plusieurs années les boulangers de Tlemcen, qui formaient il cette époque une corporation assez nombreuse, ayant eu quelques difficultés avec le « J\Tohtaseb » de Fès, demandèrent l'intervention du vice-consulat. Ils faisaient un pain SI)(~cial, connu sous le nom de « El Khobz El Harcha», ainsi nommé parce que, avant d'envoyer le pain au four, on le saupoudre de semoule un peu grosse, ce qui donne il l'extérieur du pain une certaine rudesse. Les ouvriers non mariés, les muletiers, les gens de passage, tous ceux enfin qui ne font pas leur pain chez eux, non seulement ne se plaignaient pas de ce genre de pain, mais le recherchaient. Les autres boulangers intrignèrent auprès du Mohtaseb et lui firent un cadeau, de telle sorte que ce magistrat interdit aux boulangers de Tlemcen de 'continuer la fahrication de « El Khohz El Harcha » qu'il était d'ailleurs tout prêt à autoriser à nouveau, moyennant paiement d'une certaine somme. Afin de donner plus de force il son interdiction, le Mohtaseb fit simplement saisir dans les fours « El Khobz El Harcha » dans l'espoir que les boulangers de Tlemcen, pour qui cette saisie constituait une perte relativement considérable, viendraient à composition. Au lieu de cela, ils. s'adressèrent au vice-consulat de France, dont l'intervention, suffisamment autorisée par le procédé du Mohtaseb, leur permit non seulement de retirer leur pain du four, mais de continuer la fabrication de « El Khobz El Harcha ». La situation des Algériens cOInplètement installés il Fès, n'ayant plus en Algérie que des parents très éloignés, que souvent ils ne connaissent pas et dont ils ne sont pas connus, et n'y possédant plus rien, cette situation ne peut

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dormer lieu il aucun l'apport administratif ou judiciaire entre les deux pays; mais certains cas peuvent se présenter, soit pour les Algériens propriétaires en Algérie et au :Maroc, soit pour les J\larocains ayant des hiens dans leuL' pays et en Algôrie, qui n'ont jamais ôté prévus. Ce manque de réglementation est forcément très préjudiciable aux intéressés, et il l'extension des relations commerciales entre les deux pays. l,a loi du 23 mars 1882 l'end obligatoires les actes de l'état civil pour les musulmans d'AlgérÎl~; sauf il Tanger, cette loi n'est pas appliqu(~e au J'lJaroc aux sujets algériens. Cependant, il peut ôtl'(~ nôcessail'e ([U'ULl acte permette d'ouvrir en Algérie la succession d'un AlgérÎlm mOl't au Maroc, comme il peut èlL'e nécessaire également que la mort d'un Marocain, mort en AIgôL'ie, et ayant des biens au Maroc, soit régulièrement ôtablie. Deux cas se sont prôsentés, il y a quelques années, qui peuvent servir d'exemples. En voici un : Un musicien de Tlemcen, Cheikh En Nouâl', qui était marié et propriétaire il Tlemcen, ôtait également nlaL'le et propriétaire il Fès. Il hahitait tantàt ulle (le ces villes, tantàt l'autre. Il mourut il Fès. Il a dé impossible de procéder régulièrement au règlement de sa succession, de façon que les hiens sis en Algérie et ceux sis au Maroc fussent réunis, comme cela devait ôtre, en une seule succession, partag(~e entre les veuves du défunt et ses héritiers, conformément à la loi musulmane, qui est la nll\me en Alg(~rie qu'au Maroc, et par la(luelle seule était régie la succession du défunt, en vertu du statut personnel. D'après la loi musulmane, Il les successions s'ouvrent par la mort, que cette mort soit réelle ou présumée: réelle, lorsqu'elle est constatée par un acte ['('gillier ou par des témoignages présentant toutes les garanties nécessaires; présumée lorsque la personne dont on réclame

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l'héritage a disparu et qu'elle a atteint la limite extrême de la vie humaine, c'est-à-dire soixante-quinze ou quatrevingts ans d'apri~s le rite makkite, cent vingt ans d'après le rite hanéfite ... » « '" Le pw-tage de la succession de l'homme perdu, porte le texte (Sîdi Khalil) sera différé jusqu'au moment où on devra le regarder par jugement comme mort. « En consécruence, la cour d'Alger a décidé, par son arrêt du 22 janvier 18G2, qu'en conformité des principes admis en cette matière pal' le droit musulman, les biens que possédait l'individu disparu, restent tels cruels, tant que l'on peut supposer que l'absent est encore vivant, soit pendant quatre-vingts ans à partir de la date de sa naissance; que ce n'est qu'à l'expiration de cette période que sa succession est ouverte; que jusque-tl, ses biens ne sont entre les nwins des détenteurs qu'un dépôt; que ceuxci en doivent compte aux héritiers au moment où il est procédé aLI partage. Cette jurisprudence a été consacrée par un arrêt de la Cour de 187'1, par un jugement du qâdi de Dellys du 1''1' octobre 1873 et par un arrêt confirmatif rendu à la date du 9 février 1871l 1 ». Il est aisé de comprendre l'importance considérable qu'il y aurait, pOLIr faciliter les relations entre l' j\ Igérie et le Maroc, à examiner les moyens d'établir entre les tribunaux musulmans des deux pays des accords permettant de régler les successions musulmanes se trouvant ouvertes simultanément au "Maroc et en Algérie. Outre le cas du cheikh En Nonâl', q ni vient d'être cité, il peut s'en présenter d'autres; en premier lieu ,celui d' llllmusulman d'Algérie propriétaire ou marié,ou les deux, au Ma1. SAUTAYRA et CUERDONNEAU, Droit musulman, " Du statut personnel et des successions" lS74, t. Il, ehap. XXII, sect. l, n" GOi, p. lOS. De la protection à accorder 'aux Algél'iens. Distinction des Algériens en diverses catégories,

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ARCHIVES

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roc et mourant en Algérie, où il pourrait ètre également propriétaire et marié; celui d'un sujet marocain musulman, marié et propriétaire au Maroc, nlOurant en Algérie, où il pourrait ètre également propl'iétaire et marié, Il y a une dizaine d'années, est mort à Saïda (Algérie), dans une assez mauvaise posture commcrciale, un }[arocain originaire de Figuig qui faisait du commerce en Algérie depuis de longues années. Les créanciers n'avaient pour se paycr que ce qu'il pouvait IWss("der en Algérie, tandis que ses héritiel's du Maroc, qui avaient Lien sous la main ses propriétés de Fès, et SUI' lesquelles, naturellement, aucune opposition n'avait été mise, ne pouvaient entrer en possession de leur héritage, rien n'établissant la mort dc celui dont ils voulaient hériter. On trouve, dans ce cas, un exemple du dommage causé tant aux créancicrs et aux héritiers d'Algérie, qu'aux héritiers de Fès par le défaut d'entente entre l'Algé;'ie et le }[aroc relativement au règlement des successions musulmanes, ouvertes simultanément dans les deux pays. Si les Liens constituant l'héritage avaient pu ~tl'C réunis en une seule succession, les créanciers d'Algérie auraient eU,pour se payer, les Liens du défunt, tant en Algérie qu'au Maroc, d'une part; d'autre part, les héritiers d'Algérie auraient participé aux Liens laissés par le défunt au Maroc; tandis que si la portion d'héritage laissée par le défunt en Algérie était insuffisante, ou juste suffisante pour payer les créanciers, les héritiers d'Algérie se trouvaient complètement dépouillés, et injustement, puisqu'une part de cet héritage restait à Fès, sans contribuer au paiement des créanciers et se trouvait indùment partagé entre les héritiers habitant Fès. Ces héritiers, de leur càté, sans preuve régulière de la mort de celui dont ils voulaient hériter, ne pouvaient entrer en possession de l'héritage laissé à Fès, avant le temps légal, qui peut être très long et permettre à 1'« Oukîl El R'oïab )) (le représentant des héri-

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tiers absents) de s'emparer de la succession et de l'ahsorber. Enfin, les créanci ers eux-mêmes pou ,'aient ôtre en partie frustrés, si la part d'hél'itage laissée pal' le défunt en Algérie n'était pas suffisante pour les désintéresser. Sous bien des rapports, les points de contact entre l'Algérie et le Maroc sont insuffisants. Il ne saurait s'agi i' d'autoriser l'administration algérienne il s'ingérer dans les a!faires du ~laroc présentant un caractôre international, ni il empiéter sur les attributions de la légation de France à Tanger ou des consuls français au ?llaroc; mais il conviendrait d'empêcher que la frontière algérienne isole complètement de leur pays d'origine les Algériens qui viennent habiter le Maroc, et réciproquement. Examinons encore les différents cas qui peuvent se présenter: 1° Mort au Maroc d'lm Algérien, ayant des héritiers au .Maroc,. des héritiers en Algérie, des biens au ~raroc et ~les biens en Algéri e ; 2° Mort au Maroc d'un Algérien ayant des héritiers et des biens en Algérie; 3° ~Iort en Algérie d'un Marocain ayant des héritiers au Maroc, des héritiers en Algérie, des hiens au ~raroc et en Algérie; 4° :Mort en Algérie d'un Marocain ayant des biens et des héritiers au Maroc et n'ayant rien en Algérie; 5° Enfin, mort en Algérie d'un :Marocain ayant des biens et des héritiers en Algérie et des héritiers également au Maroc sans y avoir de hiens. . Il suffit de songer il ces cinq cas, auxquels peuvent s'en ajouter d'autres, pour se rendre compte de l'importance qu'il y aurait à ce que la question des successions entre l'Algérie et le Maroc fùl réglementée. Cette réglementation ne serait pas seulement un moyen de créer un rapprochement entre les deux pays, et de per-

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ARCHIVES MAROCAINES

mettre aux indigènes d'Algérie et du Maroc d'acheter indistinctement des propriétés au Maroc ou en Algérie, sans craindre que lem' héritage ne puisse pas être réuni en une seule succession; elle constituerait également une garantie au point de vue commercial. Un certain nomhre de commerçants de Fès vont s'établir en Algérie et au Sénégal. Il arrive souvent qu'ils achètent des immeubles il Fès; ces immeubles se trouvent échapper il leur responsabilité commerciale s'ils meurent en Algérie ou au Sénégal, en laissant une situation em· barrassée. L'étendue des pouvoirs consulaires sur les Algériens n'a jamais été établie. D'après 1es circulaires des Affaires étrangi~res relatives il la protection, « les protégés relèvent des consuls au même titre que tous les sujets français, et ils sont soumis il la juridiction consulaire, tant civile (PH) criminelle n. De même que les consuls sont substitués vis-il-vis des citoyens français l'tablis au }[aroc, aux différents pouvoirs puhlics de la mfilI'opole, il semble qu'ils doivent avoir sur les Algl'riens les mômes pouvoirs administratifs que ceux des fonctionnaires civils en Algérie. Cela pal'aH logique, mais cela n'a jamais filé officiellement étahli. La situation des musulmans algrlriens prot('~gés au ~Ia­ roc est, (l'ailleurs, heaucoup plus enviable que celle de leurs coreligionnaires restés en Algérie. Ils jouissent an l\Iar'oc de toutes les immunit(;s dont jouissent les citoyens français, sans soutrl'il' de l'exclusivisme (lont sont fr'appés ces derniers connne chrétiens en pays musulman. Au :Maroc, les Algériens ne payent aucun impôt, ne sont sOllmi~; :\ aUCllll() charg(' ; comme ils se rendent parfaitellIellt compte q ne cette situation exceptionnelle et privilégwe d ispal'aîtra it forcément si l'influence française pou-

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vait apporter un certain ordre dans l'administration marocaine, ils sont aussi opposés que les gens du pays à notre pénétration. Ce serait une erreur de penser que, dans les conditions actuelles, ils peuvent ôtre d'un secours quelconque à notre Œuvre. Tant que les « Protégés » ne sont qu'un très petit nombre, l'inconvénient de leur situation exceptionnelle n'est pas considérable. Il était d'ailleurs difficile de la modifier; la France ne pouvait pas exiger d'eux des impôts en pays étranger. Elle ne pouvait pas non plus les obliger à payer au gouvernement marocain des impôts qui ne sont déterminés par aucune règle fixe, dont l'importance et les époques de paiement dépendent uniquement du caprice ou des besoins des gouverneurs. Le « Tertîb ») (règlement cles impôts) qui a été établi en 1902, d'accord entre le gouvernement marocain et toutes les puissances représentées au :\Iaroc, présente un moyen d'obliger les Algériens à un impôt qui n'aurait rien de vexatoire. :\Iais depuis plus de quatre ans ([u'il est promulgué, le TerUb de 1902 n'a pas encoro {·té mis en pratique pal' le gouvernement marocain. Il risque d'avoir le même sort que celui de 1881, qui est mort-né. Cependant, l'application do ce ri'glolllCnt sOJllhlo ôtl'e le seul moyen de faire cesser progressivement ]0 pillage administratif qui ruine le pays et rend impossible toute entreprise agricolo sérieuse. Le Tertll> doit être ohligatoire pour tout le monde, même pour les Européens, môme pOllr les chorfâ; mais personne ne vout en commencer le premier l'application. Le ~Iakhzen semble désireux que les puissances commencent à le faire payer par les protégés, pour donner l'exempIe; le corps diplomatique, avec apparence de raison, demande que cet exemple soit donné par les sujets du Sultan. En l'(;unissant sous sa protection tous les sujets algé-

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riens qui habitent le Maroc, la France pourrait les obliger à payer le Tertib par l'intermèdiaire de ses agents. Le gouvernement marocain n'aurait plus de raison pour ne pas appliquer également cet impôt régulier. Les Algériens, sans être exposés ù aucune vexation, seraient replacés par le fait IHème dans une situation plus conforme à celle de leurs coreligionnaires restés en Algérie. Cela nous permettrait de les remettre un peu dans notre dépendance; tandis que jusqu'à présent, ils constituent une catégorie d'exception qui s'exagère son importance et ses droits sans en profiter.

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P(~RIODE DE L'ÉMIGRATION

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FÈS

Avant de procéder au dénomhrement des familles algériennes qui, à différentes époques, sont venues s'établir à Fès, il peut être intéressant d'étudier, d'après les auteurs marocains et d'après des renseignements recueillis chez les descendants des « Mouhttdjirîn », les événements contemporains de la conquête de l'Algérie, depuis la prise d'Alger, jusqu'à la reddition du Ilùdj 'Abd-el-Qâder ben Mahi Eddîn. On pourra se rendre compte que l'occupation par les chrétiens d'une partie du territoire musulman n'a pas causé au Maroc un mouvement religieux bien considérable, en dehors des platoniques manifestations des Ouléma. Moulav 'Abderrahmân s'est efforcé surtout de mainu tenir l'intégrité de son territoire ou même de profiter

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des circonstances pOUl' reculer, du côtô de l'Est, les frontières de son empire et pour en établir, au moins dans le Nord, la délimitation d'une façon plus précise et plus avantageuse pour lui.

Le voisinage des Turcs était, depuis plus de tl'ois siècles, une perpétuelle menace pour les Sultans du :Maroc. Déjà, au moment de la chute des Mérinides et de l'avènement de la dynastie Saadienne, le Sultan de Constantinople, Soliman, avait cherché à meUre les souverains du Maroc dans sa dépendance, en soutenant les derniers Mérinides, et en donnant à Boù Hassoùn El Outassi le moyen de rentrer il Fès avec le concours des Turcs d'Alger. Ils avaient toujours traité les sultans Saadiens avec mépris, et pendant tout le règne de cette dynastie, ne cessèrent d'intriguer au ..\laroc, avec les chorfa et les marabouts. Les premiers sultans Filâla, ancêtres cLe Moulay 'Abderrahmàn, qui cherchaient à étendre leurs possessions du côté de l'Est, eurent à lutter contre les Turcs . ..\loulay Mohammed ben Moulay Chérîf, après s'être emparé d'Oujda et avoir poussé jusqu'à Tlemcen, dut revenir sur ses pas, et signer une convention qui 1ixait à la Tafna la limite des deux territoires. Moulay Er Hachîd El Filâli, à proprement parler le premier sultan de cette dynastie, eut également à lutteicontre les intrigues des Turcs d'Alger, qui soutenaient le Gorfeti Ahmed n'aïlàn dans sa lutte contre les Filâla, et donnaient asile à Tlemcen aux marabouts de Dila expulsés. Le long règne de Moulay lsmà 'H se passa en grande partie en luttes contre les Turcs, qui refusèrent toujours de le reconnaître comme Sultan et ne l'appelaient que l'Émir de Fès. En 1692, battu par les Turcs sur la Moulouïa, Moulay lsmâ 'H dut les reconnaître pour maîtres du pays
ARCH. MAROC.

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ARCTIIYES MAROCAINES

jUSqll\l CC Iteuyc. Lcs TIlI'CS nc fUl'ent pas étrangers non plus aux luttcs que se livn\l'ent cnLl'e nlX, pen<lant plus <k vingt ailS, les fils dl~ \Ioulay ISlllù',l. acharnés ù Sl~ disputer II' Il'(\w' (Il' 1('Ul' [)(\l'C, qui lillit pal' l'Ostel' Ù ~Ioulay i\ hdaIlah, détl'ùlu:~ et p/'Oclaml; six fois. L'alitol'ili~ du Sultan de COllsLlIItinople, diminuant dans le gOllvernement lL\lgCI', des tentatives de rapprocilelIU'III l~Ul'Cnt lieu entl'c la /'Ol'Ie el Silli Mohammed ben ;\ hdallah ; mais, profitant dl~ la faihlcsse des Turcs, "'Ioulay SliJllùn occupa Oujda salls coup f(;rir, en cherchant Ù SOli tOl1l' il soulever contJ:e lcs TIII'CS l('s populations arabes par 1'illl1ucnce dcs Derqaolla ('[ des Tidjaniin.Le sOlllôvement de IA1hChé"ir l\\\'ait ml\IllC rail 1'('COllllaili'C comme souvcl';lill pa,'I('s hahitanls de Tlelllcen. La reprisl' (1(. ceLtc ville pal' l(~s Tu!'cs ('[ les massaCI'('S qui sllj\il'l'nt, PL'Ovoqu(','enl lill(\ deuxii'llll' ('migTation (ll's :\hl Tll'mcl'n Ù Fios. La p"emii're élnigl'alioll ;nail. eu \i(~u t'Il 'lflln, SOIIS lto "(\gne de ~"oul;)y '!\hdallùh, ù propos d'un SOli 1(\v<'nwIll des l\ollrollglis el. des hahitants de Tlemcen contl'o YO(,SOIlI' Bey. "'lou!ay '!\\)derrallIu;\n continua, vis-ù-\'is des Turcs lL\lgôril~, ln 1fl()IIIC pol iliq ut' <[ut' sesIH'I;<lt'-cesselll's. SOli bul était d'é'tendl'l~ ses possessions Vl'J'S l'Est. Il ne devait dOIlc pas lui dépIail'e de voir la puissance des deys dt',t,'uite [Jal' la France; il pouvait esptSl'cl' Voil' la sienne gl'andir 'en proportion, ct ]'éalis(~r le rêve de tous les 80Uv('l'ains du ~Iaghl'eh, pal' la l'ecoIlstitution, au moins pal'lieUe, de l'Empire Almollacle. ~ul ne pensait, il cette époque, pas mômc en France, que l'occupation de l'Algt'H'iü clùl l'tre dl~finilive, et l'opinion g'l)/1l)/'ale ('tait que les FralH:ais se l'etireraient, aprôs avoir obtenu les sal.isfacl.ions qu'ils se cl'o,raienl en droit d'exige!'. Le J(i!âb Rl Istiqçâ de Si ,\Iuned ben IZltftled En T\'ùciri Es-SIaouï, imprimé au Cai,'c, et le Houllal El RaMa fi jl1ou!oûk Ed Doula! El'Alaouïa, ouvrage manuscrit inédit,

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écrit par le faqih El Hadj Mohamed El 'Icchedi, d'ol'igilll' algérienne, présentent les l\vt'~IH~ments de la ccmquI\le dl' l'Algérie ù peu pri's sous le Il)(\llle jouI'. Les deux OllVI'ages traitent uniquement les én'mements de celte COllquôte où le :Maroc a été m<'1é, Sans doute, l'auteur de I1ou!lal El BahYa, qui, enem'e enfant, était venu d'AIg<;rie avec le f~)li ih Saqqat son parent, dont la famille est une des plus ililistres df's IlilclJcm e! dont les parents étaient au service du Hàdj 'Ahdelcl'ider, at~rait pu raconter d'intéressants (kt ails sur le rôgne de l'Emir et sur ses relations avec le SII1tan ::VIonla,'" '"\l)(lerrahmân; mais El IIfldj::\Iohamecl El Mechedi est aujourd'hui non sen /l'rnent sujet du Sultan, mais q:ldi de la tribu des Hayiiyna, par conséquent fonctionnaire dll l\lakhzen; il est donc tenH à une grande l't"sene, afin que rien ne puisse froisser la sHsceptibilité du gOll\ernelnent marocain, le jour où son histoire de la dynastie régnante sera livrée il la publicité. Dans les petits détails, on sent cependant le respectueu", souvenir fJu'il a conservé de ]']~mir et de son père Sîdi 'Iahi Eddin. Tandis que En T\ùciri appelle assez dédaigneusement ce dernier: « El Faqîh El :Moràhet ::vrahi Ed Dîn 'Ahdelqùder », El ::\feelJerfi lui donne les titres de « El ChérÎf El Baraka Sîdi::\Iahi Eddin El ?lrokhtùl'Ï Ed Drîsi Ellfassani 1».
1. Il semble qu' 'Abdc!'jùder ,(~tait réellement de famille chérifienne; voici sa g(\néalogie COlllml.llliqué(~ par un de ses descendants, !\Ioul"y Ahmed ben Mohammed !\où Tùleb, {lui habite Tangel' : " 'Abùelqùder ben !\Iahi Ed !lltl ben Moustafahcn 1\Joh'llllCd El 1\lokh1ùl', ben 'Abdelqttder (connu dan~ la tribu des Hùchcm ~OllS le non1 de (lada bel MokhtflLï, ben Ahmecl hel :\Tokhtal' (dont la '1011bIJH ~c tl'ouve dan,; ln plaine de Eghl'i~; c'('~L en souvenir de cc I"')'sonll,,ge 'Ille la r,\Inil!,~ ;1 pris le nom de " El Moldil~ùl' ,,), lIen" 'AIJdcl'I'ider benltiwr/,la " (du nom de ~,) mère; (~'e~t lui qui e,;L venu le premier dans la tribu <les )\"lcheJtI); beJt Ahmed, ben 'Vlohamme<! hen ',\I"le1llollï, ben Ali, ben Alllned {)l'II ',\hdelqouï ben Kh:îled (~on toml)(~a\l se lrouve dans la trihu des Beni 'Amer), ben Yoùsouf hen Ahll)('d hen lleclwr ben Ahmed hen Mohamed ben l\Ie-

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ARCHIVES lIIAnOCAINES

Quant à l't~mir lui-même, non seulement En Nâciri, dans le /{ilâb El Istiqçâ, ne lui prodigue pas ces qualificatifs élogieux dont abusent les écrivains arabes pour les moindres personnages musulmans, mais il ne fait même pas précéder son nom de la qualification (( El Sîd », qui est généralement donnée à tout le monde. Malgré ces diJIérences de nuances, les récits des deux auteurs sont sensiblement paeeils. En voici le résumé: Fatigués des actes de pirate6e des gens d'Alger, les Franç~ais avaient probablement porté phlinte contre eux au sultan l\Iahmot'HI El 'Otlllntmi. Le dey d'Alger, Ilosseïn Hacha, se considérant comme indépendant, le Sultan de Constantinople répondit au roi de France de l'attaquer (c'est donc avec le consentement dll SlIltml de Constantinople que les Français ont pris Alget,). Il en n'sulta ce que l'on sait, et ce qui arriva fut causé pal' la mauvaise conduite des gens d'Alger et par la m:tl(\diction prononc('e contre eux par le cheikh Sîdi Lm'hi Ed Del'qaouï. Le 22 doi"! hiddja 12!lil (th juin 18:30), la flotte feançaise forte de quatre-vingt-dix-sept navires (léharqua les troupes qui s'emparèrent d'Alger le 13 moharrem '12116 (il juillet 1830). Moulay 'Abdel'rahmtm était il ce moment ;\ :\Iarrâkech ; il revint à Méquinès dans le mois de safar. La prise d'Alger et la victoi l'e des chrétiens causôrcnt une grande inquiétude aux gens de Tlemcen, qui se réllni['eut, et décidèrent de reconnaître la souveeaineté de :\loulay 'Abderrahmân. Ils se rendirent chez l' 'âmel d'Oujda, le q:îïdEdrîs hen Uammân Ed Djirâl'i, et lui demanclèrent d'êtee leur intermédiaire auprès du Sultan dont ils demandi'l'ont il êlTe les sujets. Des lettres furent échangées entre
~:lnl1d !len Ta()\l~ (?) ben Yaqoub ben 'Abdelqouï (:-on tombeau se trouve il Til f'('j'sin dans [t, Hif; c'est 'Abdelqouï qui a quitté Fès au moment de la

Ahllled JWli

JlCI'S('~('.lllilln de ~I()usa Abi El Afya ~l()klJn!lJed ben EdrÎs ben

contre les Chorfù Edrisites), ben Edl'is, lien 'Abdèillnh El !\;)l1Iel, etc, "

LES MUSUL1\L\NS D'ALGÉI1IE AU i\IAHOC

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'Abderrahmfm et le gouve['neur d'Oujlla, et il fut décidé qu'une d('~i)Utation des gmls de Tlemcen irait ùFôs trouver le sultan '\loulay ·.\bderrallluùn, afin de lui soumettre la requlHe de la ville. Cette d()putation arriva à Méquiuès au mois de relJi cl ouel 12/16 (septembre 1830). ~\Ioulay 'Abderralunùn l'e(o~ut admi l'ablement la députation, la logea, la ddraya de ses d()penses pendant son séjour, et écouta les propositions qui lui étaient faites. POUl' ne pas prendre une décision qui aurait pu être contraire aux prescriptions de la loi musulmane, il en orclonHa l'examen par les 'Oulemf\ cle Fès, se réservant de baser sa réponse sur leur décision. Les 'Oulemà se réunirent sous la présidence de Moulay El Hftdi E<,~ Çqalli, qfldi ed djemùa de Fès. Leurs opinions furent partagées, Les lins étaient d'avis d'accepter les propositions des gens de l'lemcen ; les autres, s'appuyant SUl' ce rait (lue Tlemcen avait fait acte de soumission au Sultan de Constantinople et l'avait officiellement reconnu comme souverain, prétendaient que le Sultan du Maroc ne pouvai t pas reconnaître les gens de ce pays comme ses sujets. Moulay Abderrahmân partagea l'opinion de ces derniers, et refusa d'accepter les propositions des gens de Tlemcen; mais ceux-ci demandèrent à répondre à la décision des Oulema, et adressèrent à Moulay 'Abderrahmân la lettre suivante:
« Nous portons à la connaissance de notre Seigneur, centre et colonne de gloire, asile sôr et redoutable, source et fondement de la noblesse chérifienne, en qui se réunissent toutes les hautes vcrtus, le Sultan magnifique et glorieux, descendant de souverains illustres, notre Seigneur et notee ,Maître, ',c\bderrahmftn benou Ilicham (que Dieu le conserve aux musulmans, qu'il prolonge son existence ct lui accorde les récompenses qu'il mérite, que

~Toula'y

ARCHIVES MAROCAINES

la décision juridique de nos maîtres les 'Oulemfl de Fès ne repose sur aucun fondement. Ils p"étendent en effet que nous sommes liés pal' la proclamation que nous avons faite de la souveraineté du Sultan de Constantinople. En admettant que le fait soit exact, il ne saurait être invoqué contre nous et de plus il n'en est pas ainsi. On entendait bien prononcer chez nous le nom du Sultan de Constantinople, mais le gouverneur d'Alger qui s'imposait il nous, se jouait de la religion et Dieu l'a puni par ses injustices, son orgueil, ses exactions et sa mauvaise conduite. « Dieu patient(~ avec le coupable jusqu'à ce qu'il le saisisse, mais lorsqu'il l'a saisi, il ne 10 laisso plus échapper. « Ce gouverneu,' agissait en maîtl'e absolu et indépendant, sans se soucier de l'autorité de l' 'Othmtmi; il ne lui obéissait pas et ne tenait aucun compte de lui ni en paroles ni en actions. Comment se fait-il que le Sultan lui ayan t ordonné de trai ter avec les chrétiens, il ait refusé de lui obéir, et que le Sultan lui ayant demandé certaines sOlIlmes pour l'aider dans les difficultés qui lui étaient survenues avec les chrétiens, il ait absolument refusé de lui rien envoyer, de telle sorte que l'ennemi infidèle s'empara de ces SOIlllues ? Telle est la récompense de tout impie et de tout libertin: Dieu ne le laisse pas profiter de l'argent qu'il a accumulé par cles crimes. Tout cela provient de son endurcissement, qui est visible, et qui l'a empêché de tenir compte de tous ces avertissements. Toutes les créatures sont les serviteurs de Dieu et ses esclaves; le Sultan est une de ces créatures et il tient sa souveraineté de Dieu. Celui qui gouverne avec justice, èquité et bienveillance, camIlle notre Seigneur (que Dieu lui donne la victoin; !) celui-là est le représentant de Dieu SUI' la terre et son ombre protectrice sur les serviteurs de Dieu; il est en grande faveur auprès de Dieu tout-puissant, mais s'il gouverne avec injustice et tyrannie, s'il est

LES MUSULMANS n'ALGÉRIE AU MAROC

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corrompu comme cc despote, il s'insurge contre le pouvoir divin, il est inlposé SUl' la tetTe sans ,'aisoll, ct auire SUl' lui la vengeance ddestc ct la mall~diction divine. « En admettant que nous ayons l'cconlHlla souvcraineté du Sultan El Otlullùni, cela ne saurait Nl'e invoqué contl'e nous. « En efl'et, son pays est trôs éloigné de IlOUS, ct sa souveraineté ne peut nous ètreutile en rien, étant donnée la distance qui nou s s6 parc, les déserts, 1es mers, les te l'ri toi l'cS, les villes ct les capitales qui sont enlre lui et HOUS. « Nous serions pcul-('lre plus prl's de lui par la mer, mais jusqu'ici les infidMes l'<'mIH'clwut dc pouvoit, s'y cmharquer. « De plus, il est étahli, pal' Ulle succession de nouvelles certaines, qu'il est occupé de ses propres aH'aires, et qu'il est iInpuissant même il défendl'e les parties de son empire les plus l'approchées de lui, ;\ leI point: (1 u'il s'est fait accorder par les chrétiens un délai de cinq années pOUl' le payement de sommes consi<lérahles, et qn'il a dù donner des garanties de son engagement de payer dans le délai indiqué, de façon il sc mettre lui-même et son honneur à l'abri. Comment poun'ait-il aITiver il défen<lre notre pays étant donné la distance qui nOlis sépal'e de lui:) D'autant plus que le hruit est répandu <lue [cs ennemis de la religion occupent l' J~gypte et la Syrie depuis plus de cinq ans, et qu'il ne trouve aucun moyen de les en chasser sans l'aide de l'infidde. « Dieu peut-il envoyer, an secours de la religion, l'infidèle et le COITOnqlu il « Comme le dit El A bi dans le conllnenlaire du « ,\Iouslim » en étu<liant un cas semblable au nùtre, si (Imâm n'est pas capable de gouverner son pays, un autre profilera des moyens qu'il n'a pas su employer el de la proclamation de la souveraineté. La trop longue attente de la victoire conduit il la défaile. De même <]Lw les cous et les regards

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ABCIllVES

~IABOCAINES

étaient tondus dans cett(~ aLLellte, nOLIs avons recherché la victoi l'e de tous les côV-s, et avons li ni pal' nous dèloLlrnel', d(~couragés, nous dil'igeant vers Ic~ seuil de la porte de notre Seigneul' (que ])i(~L1 lui donne la victoire !J, décidés il nous SOUllwttl'e il lui, il ('Ire il son service: et il nOLIs laisser diriger, villes et tribus, pal' ses (k'Cl'ets et pal' sa prévoyance. « NOLIS avons la conviction que notre S('igneur (que Dieu lui donne la victoiw!) a tous les droits pOLll' lui dans cette question qui est dablie SUl' des bases profondes, et (lU'il peut nOLIs reclwilli,' ell se confol'lliant aux lois rl~dles de l'Imtlln, comme un homme puissant reclwille la succession d'un autre homlne puissant, dont la puissance est arri vée ù son tenne. Nous su ppliOllS notre Seigneur (que Dieu lui accorde la victoire l) d'accepter notre soumission ù sa souveraineté, au nom de son illustre ancc'tre le Prophète (q ue Dieu le glorifi e ainsi que ses pal'ents e t ses serviteurs !), nous terminons not['e supplique en disant: Louange et ù Dieu, ln maître dns 11Icmdes, )) CeUe lettl'e modifia les sentillH'llts de .\Ioulay '1\I)(lerrahmân qui se décida ù acceptel' les pl'opositions des gens de Tlemcen. Il les l'envoya avec de nombreux cadeaux en leur donnant pOUl'le représenter son cousin, ~Ioulay 'Ali, fils du sultan ~Ioulay Slîmân, accompagne) des notables et d'une troupe considérahle des Oudaïa ct des 'Ahid. Cne lettre adressée au qaïd Idris ben Hamman Ed Djirùri, lui recommandait les Ahl Tlemcen et l'associait il nJoulay 'Ali, pour la conduite des 01)(~l'ations. Une lettre de l'Ouzil' Abdallah ben Idris dounait également au gouverneul: d\ }!ljda des iustructions particuliôres SUl' ce qu'il aurait ù faire. Peu apl'ès le dépal't de ~IoLllay 'Ali, le Sultan lui envoya il Oujda cinquante cavaliers, cent fantassins et des artilleurs de Babat ct de Salé.

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}Toulay '.\li ben Slîm~îll (~t le q:1ïd IdrÎs Ed Djir;îri, accompagn(;s de leur al'lll('(', S(~ miront en route pOUl' Tlemcen, où ils furent accueillis pal' la population qui leur renouvela « El béa » la reconnaissance de souveraineté de ·Moulay 'Abderrahmùn. Seuls, les KouL'ouglis, au service des Turcs, refusèrent de reconnaître la souveraineté du Sultan du Maroc, et s'enfermèrent dans la qaçba de Tlemcen. Ils furent attaqués par Moulay '.Ali et en partie massacrés. Ceux qui survécurent firent leur soumission. Les deux tribus des « Daouaïr » (~t des « Zmala 1 )), des environs de Tlemcen, rcfus(\rent (le reconnaître ~\I oulay 'AlJderrailmân; battues pal' ~Ioulay 'Ali ben Sliman, elles dnrent se soumettre momentanément. De Tlemcen, le khalifa du Sultan sc fi t précéder par des qâïds qu'il désigna dans toutes les villes et dans toutes les tribus du gouvernement d'.:\lger, et envoya le qùï(l IdI'Îs Ed Djirâri ù Mascara, au commencement du Blois de ramaclân 12116 (avril 183'1). Outre la ville de ~rascara, les tribus des llùchenl, El ~Iach:dlil, IlcIlOl\ Chouqran, Ouarghia, 'l'halit, Ilamian, et Je,; .\!:u·;\IJOuts Je Chris, reconnurent la soU\'craineté de :JIoulay 'Abderrahmùn. Un document écrit de cette proclamation fut établi et envoyé au Sultan. Pendant que .Moulay 'i\li ben Slîmân et le qilïcl Idrîs ben llamman Ed Djirari, tra vaillaient il établir dans le gouvernement d'Alger la souveraineté de ~Ioulay 'Abderrahmân, celui-ci, de son côté, ne restait pas inactif; il s'occupait de
1. Daouaïr et Zmala. L'origine de ces deux trihu,.; date d'une des campagnes malheureuses de Moulay [srnù 'il dans la région de Tlemcen. " Ed Daouaïr " sc composent des descendant,.; des gens qui composaient la" Daïra " de Moulay Ismù 'il; " Ez ZmaIu " de ceux qui composaient le convoi, " Ez Zmal ", dn Khalifa (lu Sultan. !lesté,.; dans le pays aprè,.; la dél;lite ,le !\IoulilY Ismù 'il, ils s'y Nablirent, s'y mal'il~relü ct formèl'el1t ces deux tribus. Ed Daollil'ir et Ez Z:n:11:\ ,'o::l les deux premières tribus, 'lui, sous le COllllltanuenlenl de ~louslaLI ben blllÙ 'il onl reconnu l'autorité de la France.

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ARCHIVES llABOCAINES

tout ce qui pouvait être utile à l'extension de SOn autorité, et ne IIl(;nageait pas les (l(~penses lIéccssaires. Il envoya chns la région de Tlemcen, l(~ cll<''l'îf Sidi El Ilùdj Larbi ben Ali El Ouazzani l, qui y avait une grande influence, pour engager les trihus ù reconnaître son autorité; en même temps il faisai t partir pou [' Tlemcen le chérîf Ahdessalùm Eillot',anùn;, avec de l'artillerie ct des munitions. En un IlIOt, il ne négligea rien pour réunir à son empire le gouvernement d'Alger'. L'entrée des chrétiens ù Chan r(~duisit ù néant tous ces projets; les tribus perdi ['ent confiance; les chefs de la ~\Iahalla de ~roulay 'Abderralullùn pillèrent les Kourouglis, les Daouaïr et les Zmala, ct se livrèrent ù tous les abus SUl' les tribus qui leur étaient soumises. De nombre uses plaintes furent portées contre eux à ~Ioulay 'A li hen SIÎlnùn. On trouve ici unc divergence entre El istiqçâ et le ]JoLZlal El B'haïa. D'après le premier, ~roulay 'Ali aurait communiqué au Sultan les plaillles qui lui avaient été faites contrc les qâïds, et ~loulay 'Abderrahmùn aurait fait revenir son aI'ln{~e. D'après le second, le khalîfa, de sa propre initiative, serait rcvenu avec l'al'nl<'~e lll:u'ocaine. Le Sultan lui en ayant témoigné son déplaisir, ~loulay 'Ali aurait répondu que la conduite des qàïcls et le mécontentement général (lui s'en était suivi avaient rendu la position intenable; q u'ilramcnai t donc l'armée, en laissant au sultan le soin d'agir envers elle conune bon lui semblerait. Quoi qu'il en soit, "\Ioulay 'Abclc'I'rahmùn fit arrêter le qâ'id Idrîs ben Hanllnan Ed Djirùl'i, qui avait ol'ganisé le pillage, et gard{~ pour lui les objets de valeur; il lit arre\tel'
1. El Hùdj Larbi étnit le père du Hùdj AbdessaWm, devenu protégé français, C'étnit le sixii~me descendant de Moulay 'Abdallnh Chérir, le fondateul' d'Ouezzan, qui était contemporClin de Moulay Er l{nchid, le pl'eIll:el' ~'IU~!(Hl

FiJali.

LES MUSUL~IA!\'S n'ALGÉRIE AU ;\IAROC

également les qftïds des OudaTa, et ces aL'restations provoquèrent la révol te de cette tribu Makhzen, révolte qui se termina pal' sa dispersion.

Après le départ de Tlemcen (le ~lüulay 'Ali ben Slimùn et de son armée, la lutte recommença entre les gens de la ,"ille et les J\.ourouglis, et de graves d(~sürdrcs se pl'Oduisirent dans les tribus qui avaient un moment reconnu l'autorité du Sultan du J'llaroc. Pour mettre un terme il cette si tuation, les 'Oulemft et les notables de la tribu des Il àchcm, ct d'une partie de celle des Beni 'AHwr, r(~solurent de désigner un « Émir )} et fixèrenlleur choix sur le « Cheikh l » Mahi Bd Din, qui vi,"ait dans sa Zaouïa de El Chris, cbez les "'rachachil, dans la tribu des Bâchent. Sidi ",Iahi E(l Dln refusa, en prétextant son grand àge, et proposa il sa place un de ses fl1s, le Hâdj 'Abdelqùder, ftgé de vingt-quatre ans. Celui-ci fut solennellement proclamé ]~mi[' dans la plaine de El Chris, en moharrem 12b8 (juin '18:1'2). Les l'enseignements qui sllivcnt ont été donn(;s verbalelllent Ù Fès pal' Si Mohamed ben Cheikh El }lecherfi, cousin de l'auteur du HOllllal El B'haïa. Aussitàt proclamé, l'J~mir avait envoyé des ambassadeurs il difl'érentes puissances: En France, El :Miloùd ben Jlarrâch El Mascry: LouisPhili ppe lui répondit qu'il n'é lait lu i-méme qu'un Françai s parIui les autres Français et lie pouvait par conséquent prendre aucun engage men t, lIlai s ([ u' il COli seillai t personnellement ù l'Émir de traite," avec la Fral1(;"e ct qu'il n'aurait certainement pas il s'en repentir. Au Caire: Sîdi 'Abdclqùder ben Qleha. Le Khédive
1. "Cheikh »(1ûiqçâ). - E/Houl/a/ BI B'haïa l'appelle El Ch<'rîf El Dal'ùka Sîdi 1\I:lhi Ed mn El Mokhl;îr Eddrisi.

AHCIIIVES i\lAHOCAINES

lui r(~pon(lit qu'il n'dait lui-m('mc ([IL<' pacha, el: n'avait pas quai i t(~ pOUl' ]lreud I"C nu cugagcnwnt ,(lu dconque. A Constalltinopl<~, l'amhassad(~ul' dc l'Emil' ne t'ut m<\me pas l'(~<o~ u. Enfin, :.\Ioulay 'Abdel'l'alunùn I"e<,:ut Si lwn 'Abdallùh ben Cheikh El :.\Iecherfy, slu'uomm<\ cc Saqqat 1 )), qui avait été des (pdis il Oran sous le gOUv(~l'll('nlent Turc, puis ensuite qadi de ~\Iascara pOUl' 'Abddq àder. Le faqih Saqqat était chargé d'i nt'ormer'le Sultan <lue les Français ofl'raient il l'l~mil" <le traitel", et de lui demander' son avis il ce sujet. Le Hùdj 'Abddqùdcl" avait, en efl'et, reconnullJoulay 'Abden'ahlllùu COlllllle Su1l:an, ('[: se considér'ait comme son I\:halîfa pour le telTiloirc alg<;rien. Le Sultan dissuada l'l::lni l' de tl'ai ter en l'engageant ?t la résistance; il lui promit des tl"oupes et de l'argent. Saqqat, qui se rendait compte des choses, considérait la lutte contre la France COllIIne irnpossible. Il n'avait aucune confiance dans les promesses de Moulay 'Abderrahmùn, et résolut dc venir lui-uH\me sc meUI'c à l'abri au :'\[al'Oc. Il demanda donc au Sultan d'écril'e au nùdj 'AIHlelqàder pour demallClm' ;\ cdui-ci de le laisser revenir il Fès. :.\foulay 'Abdenalunàn écrivit la lettre suivante: « Au KhaHfa qui conduit la guerre sainte dans la voie du Maître de l'univers, le Hàdj 'i\hdeIqùder llel1 \fahi Ed Diu, que le salut de Dieu soit sur' vous, et sa miséricorde. Le faqîh Si ben 'Abdallùh ben Cheikh El.\Iecherfi nous demande de se réfugier aupr(~s de nous et d'y demeurer; aussi nous vous prions de l'aider il transporter il F(~s ce
1. « Saqqat ". Si ben Abdallah ben ;\louslat'a hen Cheikh ben 'Abdallùh El Meched'y El HÙelWllli, descendant ùe Sidi Yoùsouf El Figuigui enlerré il (Jaryal El 0:II't, dans une mosquée ù minaret prl's de Mascara. Sîdi YOÙSOIlI', est lui-I1l<\rne de la descendance de Sidi 'Aïssa ben Idris, ben Idris, ben Ahdallah El Kamel, ete., c'est-à-dire des chOl'!'a IdrisiLes Ed-Uebar'yin, de Habat, Salé, Le surnom de « Saqqat ", appliqué au l'a<lih ben Abdallah, provenait de son mauvais étal physique: il avait une taie sur l'œil dl'oit, le bras droit infirme, et boitait de la jambe droite.

LES JI!VSüL)[ANS D'ALG]~IlIE AU MAROC

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qui lui app;n'lient, ses livres ct sa famille, afin qu'étant donné son geand ftge, il ne soit pas sépal'é~ des siens; ct le salut. )) Le Hùclj 'AbdelqfHkr ne s'opposa pas d'aborcl au départ de Sacrcrat q.ui, rentl'él Ù Slascara, envoya ses livres Ù Fôs ; puis l'Émir s'étant ravisé, il les lit revenir et l'esta en .Algérie jusqu'ù la prise de la Smala au combat de Taghin en 1258 (18lI3). Pendant ces dix années, ~Ioulay 'Abclerrahmân envoya il l'l~mir de fréquents secoUl'S en argent et en m.unitions, par l'intennécliaire de l'amîn El Uâdj Et Tâleb ben Djelloul El Fasi. ~laisl(~s nonlhreux échecs supportés par le Hùdj 'Abdelqft(ler éloignaient de lui les trihus qui commençaient il se rapprocher de la France; sous prétexte de demander une consultation juridique aux 'Oulemâ de F(\s, sur les obligations des musulmans pour la guerre sainte, et sur les moyens (lue l'J;:mil' pouvait employer pour les contraindre à remplir ces obligations, le llâclj 'Abdel([âder adressa, le 19 dOlllhiddja 1252 (':27 mars 1837) une lettre il ces 'Oulemâ. Son hut était évidemmeilt d'essayer ainsi d'obtenir de nouveaux secours de.\loulav 'Abclerrallmfm. La réponse se fit attendre pr($ de quatre mois, ct ce n'est que le 1h l'eh,' el aouel '125:~ ('18 juillet 18:n), aprôs la signatlll'e du traité~ de [a Tafna (30 mai 1837 = 2h safar 1253) qui donnait;\ n::lllir une situation considé~rable, que les 'Oulemù répondirent SUI' l'ordre de Moulay '.Abderrahmân. Leur réponse étai t IllW longue consultation sur la théorie de la guerre sainte, dont la conclusion formée (le lamentations SHI' l'{~tat actuel, d'espl~rances ct de VŒUX pour l'avenir, ne constituait en aucune façon un engagement, tout en témoignant Ù l'émir de la sympathie. La lettre du Ilùdj 'Ahdellplder se trouve (lans le J(z'tâ6 El Istz'qçû et dans le Houllal El Ba'lûa.Les auteurs ajoutent que les Oulema de Fôs ont fait une longue ré• . ,J

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panse, mais ne la reproduisent pas. Cette réponse,retrouvée dans un recueil manuscI'it, forme avec la lettre de l'I:;mil' uni' véritable consultation SUl' la guelTe sainte, comprenant « Es Soual » et « El Djouùb », la question et la réponse, c'est-à-dire un tout, complet au point de vue juridique. La tl'aduction de cette consultation sera publiée comme suite à cette étude sur les Algériens. La réponse des 'Oulemà de Fès est rédigée et signée par le faqih Aboù El Hassan 'Ali Et Tsouli, dit « ~ledidech », auteur d'une Charlw a/a Benoa 'Jl cim , imprimée au Caire en 1317 (1899-1900) et qui fait aujourd'hui autorité au ~laroc en matiôl'e juridique.

D'aprôs les l'enseignements fournis par Si ~lohamed hen Cheikh, après la bataille de Taghin, et la prise de la Smala de l'l~mir, le fallîh Saqqat quitta l'Algérie avec sa famille et plusieurs parents du Hadj .i\bdelqàder. Ils cherchôrent d'abord un refuge chez les Oulàd Sidi Cheikh H'al'aha, mais le chef de cette tribu, Sîdi Cheikh hen Et-Taieh voulut piller la caravanc, ct les émigrants, pour consel'vel' leurs bieus, durent paycr' une assez forte somme à Sidi Cheikh. C;elui-ci, d'ailleurs, après avoir reçu ce qu'il voulait, escorta lui-môme la caravane jusqu'à Oujda. De cette ville, le faqîh Saqqat écrivit à Moulay 'Ahderrahmân, qui lui envoya des mules, des chevaux et cent cavaliers pour l'escorter' jusqu'à Fôs, où il arriva sans encombres. Le MakhzcIL mit ;\ sa disposition une maisoll dite Dar Zemmoury, dans le « Darh Tadlù», mais Saqqat y envoya sa farnille seulemcut, et continlla à habiter la Zâouïa des chodâ Çalpllyiu, dans la l'LW des « Saba 1:1louyat n, près du pont de « Beïn El Madouu n. Puis il énivit au Sultan qui se trouvait il Méquinôs, pour lui a1moncel' son arrivée, a.foutant qu'il était très vieux, que la mai-

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son que le IV[akhzen lui avait donnée était trop éloignée de la mosqnée de El Qal'aouyrn, qu'il en \()l[dl'ait une autre plus l'approchée de cette lIl()s(Il[('~e où il aimait il fair!' ses pri(\res ; enlin il delllandait au Sultan de lui faire rcmcLLre COlnIIH~ ch(~r1f Idrisite sa part sur le tronc du sanctuaire de ?\Ioulay Idris. :Mou]ay '~\bderrahlnfm répondi t il sa lettre, en l'invitant à venir lc voir il '\[éq uin<\s, et il passel' avcc lui les l'ôtes du :\Iouloùd qui étaient proches, lui promettant de satisfaire il tous ses désirs. Saqqat partit ct mourut il « El ?\Iahdoùnta », dans la plaine du Saïs, il moitié route de :\Jéquinès. Ses descendants pensent qu'il a dù ètre empoisonné. Son corps, transporté il Sféquinès, fu t enterré dans le sanctuai )'e de Sicli S['hammecl hen 'Aïssa,le fondateur de la conf]"(~rie des 'A'issaoua. Plusieurs memhres de la famille de Saclqat l'avaient accompagné. D'abord ses quatre neveux: 1° Si 'Ahdelqùder hen Cheikh El Sfecherfi, qui a laissé deux fils (pli vivent encore : Si ~\l ohammed hen Cheikh, sujet français, le pl'incipal informateur d'Eugc\ne Auhin pour la pal'lie de son ouvrage, le Maroc d'Q[~jourd'hlli relative il Fôs et au Makhzen, et qui a fourni également heaucoup de nmseignements pour la présente étude; un autre vi vant il Habat. Il a laissé également quatre filles. 2° Si Et ]'ùher, qui est retourné en Algérie, où il est mort, en laissant un fils, mort (;galemcnt, et sans post<~­ rité. i3° Si.\[ohalllm(~d, mOl't il F(~s sans enfants. aO Ben '"\lHlallùiJ (lui est l'eLOI1I'I1<') il '\[asclI'a où il yit enCore. Il a deux enfants. Puis Si ~\loustafa hen "\ bhou El "'[echerlt, secrétaire d' 'Ahdelc]<lrlcl'. 11 est mort ilFi~s, laissant un fils, Si X[ohamme(l mort lui-nH'llle il Fôs en laissant un fils, Sid Sard

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El ~\rechert'y, qui vit encore et qui est reconnu co III Ille sujet français ainsi que son lils. Le frère de Si "Ionstafa heu Ahbou. Si 'Abclelqflcler, qui était adel il ;\Iasca,.a. 11 cc;t mo,.t il Fès en laissant que des fillos. Sîcli Abbou ('Abclall,\h) (1 ui était qfldi do la ~lahalla de l'I~mir. Il mourut à Fès sans postérité. &î<ii Aluned J)el Qftdi, de :Mascara, qui mourut il Fès en laissant un fils, .\Ioulay El ,\Iokhtùr, IIlOl,'t il Fès en laissant deux fils, dont l'un est adel il Fès El .Jclîd, ot l'autre fou. Enfin, Si 'Ahdelqftder ben Na'oulIl, qui est mort il Fès. Son potit-fils, (lui est encOl'o dans cetto ville, est Khammùs (lahoureur). Outre los Oulâd Cheikh El ;\lecher/i, plusieurs membres de la famille de l'l~mir avaient accompagné le faqîh Saqquat il Fès. Un frère du Uùdj ',\ bdelqùcler, Si }foustafa ben }fahi Ed DI'n: il a été le premier des compagnons de Saqqat qui ait quitté Fès et le \\al'Oc. II a rejoint l'l~mir en Algérie, avant son départ pOUT' la France, où ill'a accompagné. Les Ouhî.d Sidi 1l0lÎ 'l'Meh, cousins d' 'Ahdel(lâdof'. Sidi Hoù Tùlob (Stail fr(\r'e de Sidj \lahi Ecl Dîn, pèn~ Ile l'l:~mir ; sos doux fils, Silh Ahmed et Sîdi 'Abdelqftdel', viIll~ent égaloment il Fès avec Saqqat. Le premier alla du ~lar()c en Syrie, d'où il revint iI~[as· cara, où il mourut. Il laissa trois fils: 1" Si Mohammed, mort en Syrie; 2° Le Jltldj 'Ali BOIÎ 'J't'l1eb l, aujourd'hui sujet turc, qui vit encore à Tanger; 3" Si 'Ahdallfth, qui aprl~s avoir' été en Syrie avec son
1. Il a été parlé précédemment de cc personnage qui a cu une existence assez aventureuse. C'est lui qui a accompagné le doctelll' Lenz dans son voyage ü Timbouctou.

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père et ses frères, est revenu à ~\Iaseara où il était qàdi quand il est mort. Le second, Si 'Ahdel(Flcler Boù Tfl1eb, est mort à Fès; il a laissé plusieurs enfants, dont l'un, Si .Mohammed, est allé s'établir à Tanger, oùil faisait un petit commerce et où il est mort il y a quelques années. Il était reconnu COInme sujet français ct a laissé un fils qui vit à Tanger, où il est connu sous le nom de « Xloulav Ahmed » Doù Tàleh. (Tn autre 1301\ Tàleb, Si Ell\liloùd, qui était également venu à Fès, est parti ('nsuite pour la Syrie, où il est mort. Les OuIàd Bot, 'J'ùleb hahitaient particulièrement à Fès le quartier de Sîdi 'Ahdelqàdcr El Fasi, où ils avaient loué des Inaisons.
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En venant à Fès, le fa(IÎh Bell 'Abdallùh Saqqat, avait apporté avec lui sa bibliothèque, qui contenait environ seize cents volumes. Cette hibliothèque était avec lui il la zaouïa des ÇaqallYÎn, où il avait reçu l'hospitalité. A la mort de Saqqat, Sur la route de ~\léqllinès, son hôte, le qùdi nloulay El Uâdi Eç ÇaqaIli, garda pour lui la moitié de cette hibliothèque, c'est-à-dire huit cents volumes, et les huit cents autres furent partagés entre les l}(~ri­ tiers. Il est inutile d'ajouter que J\Ioulay El Hùdi garda pour lui les oUVl'ages qui avaient le plus de valeur: ils se trouvent encme à la Zaouïa Eç ÇaqaIliya. On prétend que le l-Iù(lj 'Ahdel(lùder lui-lll(~me serait venu ;\ F<'~s, les uns disent avant, les autres après la bataille d'Isly. Il n'y aurait passé qu'une nuit à la Zaouïa ES~ Çaqalliya, ct en serait reparti après avoir été en pèlerinage au tombeau de J\loulay Idris. D'après El lfollllai E'l B'Izai"a, Moulay 'Abderrahmân était lin fougueux partisan de la guerre sainte ct avait en affection ceux qui la faisaient.
AnCII. ]\{AHOC.

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AHCHl VE';

~L\HOCAINES

Il aida El LJùdj 'Abdelqùdel', lorsque celui-ci commença la lutte contre les FraIH,:ais <lans le pays d'AJger, de tout ce qui était nécessaire aux comhattants pour la guerre sainte, et même, dans une de ses lettres en réponse il l'~=mir, qui l'informait d'une victoire 1 remport(~e sur l'ennemi, au grand profit des musulmans, il lui disait, en appliquant il la situation un verset du Qorân: « Si j'avais été avec eux, nous aurions remport(~ uue victoire éclatante et méritoire. )) Une autre fois, il le pria de lui en voyer sa chemise, « messagère de bonne nouvelle )), pour profiter, il l'heure du combat, de l'iufluence favOl'ahle attachée il la sueur dont elle est impn\gnée:.'. C'étaientlil des preuves d'une grande affection· qui disparut pl us tard et fit place il des sentiments hostiles. Le penchant de'\Loulay '.\hderrahmân pour la guelTe sainte et pour les gens de religion a vaiént amené la rupture des bonnes relations qui existaient entre le .~Jaroc et La France depuis Sic! i Slohallllned hen 'Abda11àh :', ~Ioulay 'AbdelTaiJ IIlfm, en cfret, clonna son aide au Hàdj 'Abdelqùcler, en lui etlYoyant des chevaux et des lllUnitions, et en soulevant en sa faveur les Beni Iznasen et d'autres tribus qui l'elevaieut de son autorité. Après de fréquentes escarmouches, près d'Oujda, et
1. Bataille de la Macta, juin 1835. 2. D'après les renseignements fournis par NI. Lucien Bruœaud, de Tangel', le lIàdj 'Abdelqàder' aurait etrectivelllcnt envoyé sa chemise à l\loulay 'Abderrahmàn, Cette chemise anrait été transportée au sanctuaire de Moulay BOL! Chela El Khammàl' ou au Vjebel Moulay BOL! Cheta, dans la tribu de Fechtala. entre Sebou et Ouargha, à une journée de [<'ès, où elle serait encore. JI est il remarquer que Moulay Boù Cheta est le patron des cavalier .;, tireurs et escrimeurs de la région et que c'est sous son invocation que sont placées les confréries militaires, dans le Gharb, Cherarada, Chel'aga, Oulàd Djama, Beni Hassen, ainsi que celles des tribus des montagnes voisines, Setta, Beni '\Iesguilda, Beni Zerouàl, et que ces confréries militaires ont pour but la préparation au " djihàd" à la guerre sainte. 3. Traité passé cIll/'e Loub XV ct Sidi Mohammed ben 'Abdallàh, le 2S Illai 1767. C'est dans ce traité 'IU'il est pOUl' la premièl'e fois parlé du droit de pl'otection l'eCOIlIlU pOUl' les LlgCnts (censaux) des négociants français.

LES MUSULMANS D'ALGltRIE AU MAROC

avec les Beni Iznasen, les Franç,ais finirent pal' s'emparer d'Oujda, et s'y installèrent. Moulay 'Ahderralunân, considérant l'occupation de cette ville comme une violation de son telTitoire, prépara la guelTe 1. Il envoya en avant son cousin, ;, roulay El Mamoùn bel Chérît, à Oujda. Des engagements eurent lieu avec les postes français qui s'y trouvaient, et le Sultan en prit prétexte pour lever une armée, réunir les tribus et proclamer dans le pays la guerre sainte. L'armée réunie par :Moulay 'Abderrahmân était consiclé1. Au commencement de l'année 184-1, le général de Lamoricière avait franchi la Tafna et fait occuper Lalla '\Iaghnia Moulay 'Abderrahmàn tenait il maintenir sa frü!üière il la Tarna, sous prétexte que c'était cette rivière qui indiquait la séparation l~n lre son empire et les possessions turques. Cette question de frontière tranchée à notre préjudice par le traité du 18 mars 1845 a été souvent discutée. Géographiquement et historiquement, la frontii,re des deux Mauritanies, Césarienne et Tingit:me, comme des deux Maghreb, El Ouaset et El Aqça, qui les ont remplacée,;, a toujours été la Malva ou la Moulouïa. Lorsque le royaume de Tlemcen a occupé le territoire du Maghreb El Ouaset, c'est encore la Moulouïa qui servait de limite entre ce royaume et celui du Maroc. Quand les Turcs se sont emparé du rOyclUme de Tlemcen, la Moulouïa séparait les possessions des Turcs de celles du Sultan de Fès. Sans doute ceLle frontière n'était pas immuable, et les populations des tribus situées entre la Moulouïa et notre frontière actuelle changeaient fréquemmcnt de maitre. C'est ainsi qu'au commencement du règne de la dynastie actuelle, Moulay Mohammed ben Chérîl' El Filàli et ses frères llui lui succédèrent l'un après l'autre, Moulay Er Hachid et Moulay ISlll:l'îl, signèrent avec les deys d'Alger des conventions plaçant il la Tafna la limite qui séparait le Maroc des territoires soumis aux Turcs. Plus tard, Moulay Ismà'il', battu sur la Moulouïa pal' Cha 'bàn, dey d'Alger, en mai IG92 (ramadàn 1103) fut obligé de reconm1ître les uroits des Turcs, jusllu'à la Moulouïa. Les expéditions fai tes ensuite par ce même Sultan pour repousser sa frontière vers l'est ne furent pas heureuses, et il dut y renoncer. Ce n'est que sous le règne de Moulay Slimàn, en 1795 (120!)-121O), que les Marocains occupèrent de nouveau.Oujda sans coup férir et rétablirent leur autorité sur les tribus il l'est de la lVIoulouïa, c'est-à-dire qu'ils y perçurent l'impôt. La formule employée dans le traité de 1845, et d'après laquelle la frontière entre les deux États (l'Algérie et le Maroc) serail la même que celle qui sépnrait le Maroc des possessions turques, prêtait à l'équivoque et pouvait être interprétée par chaque parti de la façon la plus avantageuse pour lui. Il semble que ce soit la manière de voir marocaine qui l'ait emporté dans cette circonstance.

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ABCII!VES 'L\BOCA1NES

l'able, et ne comptait pas moins de trente mille cavaliers, et un g,'and nombre de fantassins. Il en donna le commandement il son fils, Sîdi Mohammed, qui était son khalîfa. L'armée se mit en route et alla camper au bonI de l'Oued Isly. Le Hùdj 'i\bdelqâder l attendait le eésultat de la lutte entre les musulrnans et les Français, et {~pl'OuYait une indignation religieuse en voyant le désor(lre et le manque d'organisation de cette immense armée. Il fit remarquer à Sîdi }Iohalluned que ce luxe encombrant, ces objets nombreux, ces tapis qu'il avait apportés devant l'ennemi, ne faisaient pas partie des pl'éparatifs de bataille, et que tout cela ne lui paraissait pas de bon augul'e ; il conseilla cl'éloignel' avant le combat tout cet encombrement qui ne servirait qu'il excitel' le courage de l'ennemi par l'appflt du butin. Puis il se retira, fùc1wuscment impressionné. Ses conseils ne furent pas suivis, et après une heure de combat les troupes du Sultan cé(Ièrent. Ce fut la défaite. Les fuyards se précipitèrent sur leur propre camp, se tuant les uns les autres dans le délire du pillage. C'était le 25 cha 'Mn 12GO (tll aoùt 1844). Pendant ce temps, les Français bombardaient Tanger et Mogador. Moulay 'Abderrahmân, qui revenait de :Marrakech, était il Rabat; il rentra pr(~cipitammentil Fès. L~\, le Sultan reçut très mal les troupes vaincues en leur reprochant violemment leur lâcheté; il fit ensuite aerètee les principaux chefs, leur fit raser la barbe et leur donna sa malédiction. Sidi Mohammed, qui avait gagné Taza après sa défaite, l'esta quatre jours dans cett(~ ville et regagna Fès. Après la bataille d'Isly, l'l~mir (lui, rentré en Algérie
1. Il était revenu au Maroc avec ce qui restait de la smala après la bataille de Taghin. Les auteurs marocains cités ne parlent pas de la pri'le de la smala d"AiJdelqùder.

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(combat de Sidi Ihrùhîm, 23 septernbre 18115), avait dù se retil'er chez les Ou1{ld Sîdi Cheikh, l'evint au .\lal'Oc pal' le Figuig d'où il gagna la tl'ibu des G uelaya dans le nif. Le Sultan ?lloulay 'Abderrahmtul voulait s'emparel' du Hâdj 'Ahdelqàder tant pOUL' l'emplir les engagements pl'is envers la ,,'rance, (l'le pOUL' se d('~baLTasser luimême d'une personnalité il laquelle le rôle de champion de l'Islam contre la cilr(\tienté donnait, malgn\ ses revers, une importance inquiétante. Il envoya des troupes contre lui, sous le cOllunalldeuHmt du qftùl El i\hmal' El Ghar~aouï El ~lalki. Cette année alla campel' il l'afersift, SUI' l'Oued El <tyU't dans le Hîf l . GlIe nuit, l'I::mil' monta il cheval, surprit les troupes du Sultan au point du jour, ct leur infligea une défaite complôte. Le qaùl El AlUnaI' fut tué. Cette victoire releva le prestige de l'Émir et les trihus des llàchem et des Beni 'Ame;', qui, aprôs avoir ('~té les premiôres il proclamer le Ilàdj 'Ahdelqtlder hel :\Iahi Eddin, l'avaient ahandonllé pOUl' se retirer au l\laroc, cherchèrent il le rejoindre. D'après le Kifâb El Istiqçâ, l'émigration des I1ùchem et des Beni 'Amel' s'était accomplie d'accord avec l']~lnir, qui pensait de cette façon se cl'c'~er des partisans au Maroc et pouvoir, il Ull moment donné, y provoquer un soulè\'(~­ ment en sa faveur. Il semble plus prohable que, d'accord avec les principaux (les :'\Iouhadjirîn étahlis il Fès, avec lesquels il était resté en correspondance, le Hâdj 'Abdelqàder chercha il profiter de la présence des Ilftchem et des Beni 'Amel' au ..\laroc pour tenter un dernier e11'0rt en sc réunissant il ces trihus. A leur arri\'(~e au Mal'Oc, les Beni 'Amel' avaient étl~ inslal1c"s par le Sultan SUI' la rive gauche
1. C'est il Tafersift que sc ll'ouve le tombeau de Sidi 'Abdelqouï, ancêlre du Hàdj 'Abdelqùder. Il semble que l't~mir ait cherché à se rapprocher de la région où sa famille avait cu jadis une inlluence religieuse, pour profiter de cette inlluence.

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AllCIlIVES M\IlOC.\INES

du Sehou, près du guè de « El :\Tcchra' Ech Chérifa Jl, dans la tribu des Cher'aga, et les ilùc!lem sur le Sebou également, et sur' la môme rive, plus en aval, prôs du confluent de l'Oued :\Jekkes, cn face de « El :Mazeria )), 'azib des chorl'â d'Ouezzan. Ces tribus avaient émigré avec leur bétail et leurs tentes. Elles restôrent 1<\ prôs d'un an. Ce qui semble indiquer que ces tribus étaient toujours en rapport avec le Hüdj 'AIJ(lelqCtder et q n'eUes continuaient à lui obéir, c'est que l']~mir leur avait donné rClldez-vous il « Oal'at El Hamra)), entl'c 'Isou! ct Br<1lu's, où il d'lit allé les attendre.

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?lIoulay 'Abdei','allln:\n, informé de cette circonstance, et prétextant certaines difficult(~s qui s'étaient produites entre les Belli 'Amel' et les gens (lu pays 1, craiguait,d'autre part, que la tribu des Chet'aga, trilJu arabe qui compte une fraction de Beni 'Amer~, ne finit par faire cause com1. Une de~ raison~ du mécontentement des Beni 'Âmer provenait de ce que le Sultan les avait plae(,s SOllS la jUl'idietion du q;ùd Faradji, gouverneur de Fès Ejjdi,.l, 'llÜ ôtait 1](\gTL', Les Beni 'Âmer disaient qu'ils ne reconnaissaient môme pas il un nl,gl'e Je dl'Oit d'abreuver leurs chevaux, il plus forte raison de les administrel' eux-mômes. Ils disaient ironiquement:

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Allâh inçar Mouhy 'Abd(,rrahmùn, Ou inçol' Sidi Mohamed ouldou, Ou hatta Faradji 'Abdou. Que Dieu rende vietorieux: i\Ioulay 'Abderrahmùn ct son fils Sidi Mohamed ct jusqu'il Faradji son ni,gre 1 2. La tribu guiche des Cheraga se compose de trois fractions: Beni 'Âmer, Beni Snous et Cejah. La famille des Oulùd Ba Mohamed Ech Chergui, qui administre lu tribu depuis plus d'un siècle, appartient à la fraction des Beni Snons. Une des craintes dn Makhzen, an moment de l'affaire Boû l'.i;\n El Miliani, en 190,;, que la France revendicpwit comme lui appartenant, parce qu'il est originaire d'Algérie, était de voir cette revendication s'étendre il. toute la tribu des Cheraga, qui peut se réclamer de la même origine.

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mune avec les émigrants, et à reconnaître la souveraineté du TIâdj 'Abdelqâder. Il décida d'envoyee les Beni 'Amer dans les environs de\[arrftkech, et chargea le qftïcl Larl)i Ech Cherqi de leur conununiquer sa décision en les accompagnant jusqu'à leur nouvelle résidence, avec un certain nombre de cavaliers. Les Beni 'Âmer se mirent en route et traversèrent le Sebou; mais à leur arrivée au Soùq du Tleta des Chel'aga, à l'endroit où se trouve aujourd'hui la « Qal'iat Ould Ha Mohammed», une discussion s'éleva entre eux ct les ca\'aliers qui les escortaient. Cette discussion ne tarda pas à dégénérer en bataille. Les Beni \i\mer, très nomhrenx (ils étaient plusieurs milliers), eurent le dessus, et pendant trois jours, mirent au pillage la tribu des Cheraga; ils se dirigèrent ensuite sur les lIayâyna et arrivèrent au « SotU] El Had Er Hedfa l), sur les berges de l'Ouargha. Leur idée était certainement de ne pas suivre la direction qu'on voulait leur faire prendre et de m"rc1wr vers l'est, pour rejoindre l'J~miI', qui leur avait donné rendezvous et se trouvait, en efl'e t, :\ Qal'at El Ilamra le jour où les Beni 'Amer arrivaient au Souq El Had. Craignant, s'ils essayaient de les reteni r par la force, d'avoir le même sort que les Cheraga, les Hayâyna usèrent de ruse, leurs déclarèrent qu'ils étaient leurs hôtes et immolèrent devant eux des moutons et des bœufs, poür les obliger:\ accepter leur hospitalité. Confiants dans la bonne foi de lenrs hùtes, les Beni 'Amer consentirent à s'arrêter. Pendant la nuit, nu courriel' envoyé par les flaY<1yna avertit j\lonlay 'Abllerralmuln, ct le lendemain matin, les Beni -Amel' se tl'ouVl~rent entourés par la Mahalla du Sultan, les Hayâyna et toutes les tribus des environs. Ils se défendirent avec une f(~rocc énergie, et la bataille dura trois jours. Se voyant perdus, ils précipitè'I'ClIt avant

ARCHlVES MAROCAINES

de mounr, du hauL des herges, dansl'Ouargha, leurs filles, et les femmes encore je ulles po lIr ne pas les la LSSI~ l' tomber vivanles aux mains de leul's ennemis. Ils jeli'rent également d:ms la l'ivii're leul' aL'genL eL leurs ])ijoux, et pendanL des ann<"es les gens du pa,Ys plongeaienl il ceL ench'oit eL en reLil'aienL des Jli<'~ces de mOL1Ltaie eL des ohjeLs précieux d'or el d'argent. Les Beni '1\ mer qui ne furent pas tués pendant ce massacre furent faits pl'isonniers et amenés ù Fi~s. Ils restôrenL pendant q lIelq ue telll [ls campés ù « Has Qll~ah ») ù l'inLérieur cie Bfth El FLOI'dl, où les gens de la ville leur oll\oyaienL du pain et des:\lIlllcJlleS, en leUl' faisanL dil'e: « Allüh inl,'al' »), que Dieu vous sail en aide, Le mot inçar (louvait [ln\ler Ù une confusion vouluc, et pouvait signific!' : que Diou HOUS donne la victoire, L'intl'ntion dait d'autant plus maL'ql[("I~ que les vaincus l~taienL Iles (~migl'('~s « ~louhàdjidn » et li uo les gens de",l (Sdine qui aidèrent le Prophi~te, 10l's de sa fuite de la.\lccquc ù?lfédine, « El llidjra lJ, prirent le IlOm de « El i\nçâl' )), ceux qui aicknt. Les Beni 'Amcr furent cnsuitc mis en prison; ceux qui survivaienL qlland ils [III'cntmis en liherté apI'l~s plusieun.; annécs, reLoUl'll(\I'cllt pOUL' la plupart Cil Alg<~,'ie.

i\ peu pl'i~s :\ la HU\IIW ('~polJue où les Beni ';\1I1CI' <'~taicnt massacrés chez les IlaytlYIlH, les HüchcllI, instaUés pri~s dc l'Oued ?llekkcs, pl'ÔS ùe Sîùi Malek hen 1\.11:1<lda, re~~UL'ellt égalemenL l'ordre de partir pour s'étahlir dans les environs de Mal'râkech. Us tl'avel'SÔl'ent le Sehou, et se rdugièl'ent à El~Jazel'iH, 'azih et zaouïa des CllOl'fa d'Ouezzan, où se trouvait alors Sidi 'Abdelkedm ben 'Ali l, frôL'e de Sîdi El I-làdj Lm'Li.
1. Sicli 'Abclelkerim ben' Ali alla plus ta l'cl s'établir il Zel'houn, où il fît bâtir une maison il l'est el au-clessus cie la zaou'ia dc Moulay Iclris, Dans une meçl'ia au-dessus de la porte cie cette maison, il tenait ennués un ut'lgre, un coq, un sanglicr, un chacal et un relHll'd avec sa

LES MUSULMANS n'ALGéRIE AU ~IAROC

Les TIàchem prièrent le cllérîf d'intercéder auprès du Sultan, pour éviter d'ôtre transportés près de Marrflkech et obtenir de rester il l'endroit où ils ;naient été établis, ayant commencé il cnltiver et il faire des tl'avaux. Le cllérîf leur promitd'(~crire au Sultan et lui écrivit en e11'et, mais uniquement pOUl' fillformeL' de la prt)sence des 11<\chem. Ceux-ci déposènmt entre les mains du chérîf tout leue a1'gent, tous leurs hijoux pour les mettre il l'abri de la convoitise des agents du Sultan. Le lendemain matin, la zaouïa était entourée de troupes réguli(~res et de cavaliers des trihus, qui attaqlLèl'ent les Jlüchem; ceux-ci sc défendirent d(;sespérément et se battirent pendant toute la jOllrU()e ; le plus grand Hombre fut lllassacré,le reste fait prisonniel' et conduit il Fès puis il ::\I;uTùkecll. {Juant aux SOUllnes d'argent et aux objets p,'(;cieux confiés il Sîdi 'Abdelkérîm,il les garda. Les lIùchelll ôtaient riches, il devait donc yen avoir pour une valeuL' considérable. Les Hâchem emprisonnés à l\larràkech fUL'ent plus tard mis en liberté, et le ~lakhzen leur donna des terres chez les Hahfunna.Les concessions leur ayant été retirées sous le règne de Moulay El Hassan, les IBchem se dispersèrent; quelques familles rentrèrent en "\lgérie d'autres restl~rent dans les environs de .\lal'L'ùkech. On en retrouve une famille ù El Q<:aL' El KéhÎr (El :Milotl(l ben Qaddotn') qui après (\tl'e rentrt)e à Mascara est revenue s'établir au .\olaroc; une autre LUllill() est alll'e jusque chez les Beni
femelle. Le nègre habitait avc;c ces animaux, ct ne sortait pas de la meçria. On lui passait sa noulTiture et celle des animaux enferm()s avec lui par une petite fenêtre qui sc fermait entii)rement. Lors de l'avènement Je Moulay El Hassan, quand le nou veau Sultan se rendit pour la première fois de Méquinès ù Fès, les Berbères étant venus sc placer SUl' la route pour s'opposer il son passage, on eut recours il Sirli 'Abdelkérirn qui avait sur eux une grande inl1uencc: on l'envoya quérir il sa maison de Zer\loun. II facilita le passage du Sultan et lui permit d'arriver aux portes Je Fès. Sidi 'Abdelkérim est mort il y a une vingtaine d'années, et sa maison de Zerhoùn est abandonnl~e, toule en ruines.

AHCHIVES )IAROCAINES

Iznasen, où elle a séjouené quelque temps, puis revenant sur ses pas, elle est venue s'installer chez les Oulùd hen Sebah près du Soùq de l'~\rba de Sidi 'Aïssa ben Lassen dans le Gharb (El IIâdj '"\hdclqà(ler El Hàchemi). Ce qui fait supposer (pIe de mème que les Beni 'Amer, les I-Iâchem obéissaient il un mot d'ordre en essayant de ne pas quitter les environs de Fès, c'est que plusieurs des chorfa des Hàchem qui habitaient Fès avaient rejoint le reste (le la tribu il ~Iazeria, entre autres le Ilâdj Larbi El ?tfecherfî, auteur' d'un ouvrage de généalogie intitulé Yâqoùla En J'vTaçab )), « Lapure noblesse )), qui avaitégalement écrit une relation de tous ces év(mements, malheureusement perdue. Il était le père de l'auteur des HOl/llal El B'lzafa. Voyant que leurs projets étaient irréalisables, les Hàchem s'enfuirent il temps et regagilèrent Fès où ils avaient laissé leurs familles. Après les rnassacres des Beni 'Amel' et des Hâchem, tous les individus de ces deux tribus qui habitaient Fès, au quartier de I(eddall, furent art'êtés par ordre du Sultan. Si 'Allâl Chamy, gouverneUl' de Fès, protesta auprès de Moulay 'Abderrahmân, contl'e ces arrestations, s'appuyant sur cet argumcnt, que la ville de ~Iou1ay Idris était « horm )), lieu d'asile, et que ceux qui y étaient réfugiés ne devaient pas (~tre inquiétés. Le Sultan se rendit il cette raison et fit relâcher les Hâchem et les Beni 'Amer habitant Fès, sauf cependant Sîd El Hâdj Larbi El ?lIecherfi auqunl on montra une lettre écrite par lui an Ilâdj 'j\helelqflder..\Ioulay '~\bdclTa1ull<\n voulait même le faire décapiter. Les membres de la famille Ben Cheikh EI.\[echerfi prétendent encore aujourd'hui que cette lettre était apo1. Ce manuscrit fait partie des ouvrages rapportés de Fès par M. G. Salmon en ]906.

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ri!)

cryphe; il Y a cependant de fortes probabilités que des relations devaient exister entre l'l~mir et les notabilités des Hflchem. La présence du IIâdj 'Abelelqâder à la Qal'at El Hamra, où il attendait les Beni 'Amer, semble en être une preuve évidente. Certains descendants des « Mouhâdjirîn » de Fès prétendent que si l'J~mir avait pu être prévenu à ce moment, de la présence au Hac! des llayâyna, des Beni 'Amer, il aurait pu arriver à temps pour les secourir, et que sa présence, dans cette circonstance, aurait pu changer la face des choses, ct mettre sérieusement en danger' le trône de Moulay 'j\helerrahmân et la dynastie des Filâla. Le Hâdj Larbi El :Mecherfi resta en prison jusqu'à l'avènement de Sîc!i Mohammed auquel il envoya un placet en vers, sous forme de « Qacîela )), pour lui demander de le mettre en liberté. Le nouveau Sultan accéda à sa demande, et lui fit des cadeaux. Le Hâdj Larhi avait épousé la sœur du Ilàdj :\Iohammed El Mecherfi, aujourd'hui qâdi des [-Iayâyna. Le Hâdj 'Abclelqâder, après avoir vainement attendu les Beni 'Amer à Qal'at El Bamra, et mis au courant de ce qui s'était passé retourna dans le Rîf. :Jloulay 'Abderrahmân envoya contre lui ses deux fils, Sîdi :Mohammed, son khaHfa, et Moulay Ahmed; les troupes étaient sous le commandement effectif du pacha des r:herZlg;-t, le crâïd Mohanimed ben 'Ahdelkâïm Ech Chergui, connu sous le nom de Ba :\Iohammed. Cette armée arriv;-t à « El Qaçbat Es Selouan » (aujourd'hui le centre d'action du prétendant \Joulay M'hammecl, alias Bd Djilani El IsG Ez Zerhot'!ni, dit Boù Hamara). L'l~mir envoya à Sîdi IVlohammecl son propre khalîf;-t, Si :Mohanuned El Botrl1âmidi, pour renouveler auprès de lui sa soumission au sultan -;\Ioulay 'Abderr;-thmân. Si Mohammed El Bot'! Hàmidi, qui comprenait que la

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ARCIIIYES MÂROCAINE~

fortune del']~mir étaitarriv('e il son terme, profita de cette circonstance po Ill' se d<"tacll()L' de lui. Malgré les conseils du Uùdj ',\lHlelq:hleL', il partit pour Fès sous pr()texte de s'entretenir directement avec ~Iou­ [ay 'Abdel'rallInùn. Ce dm'nier le reçut parfaitement, lui fit donner une « mot, ua)) journalière considérahle et le logea dans une maison du « Derb Et[ Dl'ouj », il El ~\doua. Si ~lohammecl El BoC! Ufunidi épousa alol's une fille du faqih Si llen 'Ahdallûh Saq([ al. Qudques mois après, I\Iou[ay 'Abderrahmün le fit aL'!'lL ter, interner ù Dùr BOl', Dellaha :\ Fès Ej .Jdid (où fut emprisonw'~ (~galernent ~lou[ay Et TayyeL fils de Bot, Amftma, ([ ue le gouvernement fraw:ais fi t mettre en li beI'lé l'anld~e derni(~re). Si l\lohalumed El Botl Ilùmidi mourut peu de temps après, empoisollw~, dit-on. 11 ne laissait pas (['enfants de la femme qu'il avait ('~pousée ù Fès et (illi mourut peu après lui. Ses autres enfants (~taient rest(~s ù Tlemcen.

Pendant cc temps, le IJùdj '~\bdelqüder, traqué par les troupes françaises qui l'aUt~ndaiellt ù la frontih'e, et pal' celles du Sultan, abawlc)]lw') pal' les triJms, et n'ayant plus avec lui que peu de tl'oupes, lass("es et d(lmoralis{~es, r()solut de frapper un grand coup, et de s'c~lIIparer de Sîdi Mohammed, lils et khalifa de I\loulay 'Abderralunün. Pour arriver ù son but. pendant une nuit, il mit SUl' des chameaux de la paille enduite de goudl'On, y mit le feu, et les lança sur le camp d(~s troupes chérifiennes. Son intention était de profiter du désordre causé pal' les chameaux et de pénôtrer dans le camp en suivant la lumière des feux, dissi IIHIl<" lui-m('nl() dans la fumée que les chameaux laisseraient derrière eux. Mal dirigés, les chameaux passèrent entre le camp de Sîdi :Mohammedet celui de }[oulay Ahmed. L'Émir s'apel'-

LES MUSULMANS n'ALGÉRIE AU MAROC

fil

çut trop tard de l'erreur, et aprôs avoir tué du monde dans les deux armées du Sultan, il revint SUI' ses pas, laissant derrière lui plusieurs cadavres de ses propres troupes. Les armées de SÎdi NIohammed et de~Ioulay Ahmed, réveillées par l'attaque du Hàdj 'Abdel(làder, ne se rendant pas compte dans l'obscurité de la position de l'ennemi, s'entretuèrent jUS(lu'au matin. Au jour elles s'aperçurent de leur erreur, et virent les cadavres des soldats du IIfldj 'Abdelqàder. Les troupes chérifiennes se rendirent alors compte qu'elles avaient été attaquées par l'Émir, d'autant plus qu'on retrouva un fin voile de laine brodé de soie et d'or, que le Ilftdj 'Abdelqâder portait habituellement autour de la tôte et du cou, ce qui prouvait qu'il avait pris part lui-même il l'attaque de la nuit. L'armée chérifienne pOUl'suivit les troupes de l'Émir et les rejoignit près de la Moulouïa, au gué de « Cherâa )) (c'est à ce même gué de « Cherfta )) que les troupes de n'loulay 'Abdel 'azÎz ont franehi la :;\'1oulouïa pour aller attaquer le prétendant il Selouan). La lutte s'engagea entre les partisans d' 'i\bdelqftder (l'IÏ avaient passé la Moulouïa et les troupes du Sultan (lui voulaient franchir le fleuve. l;~puisés, los soldats de l'Émir étaient devenus incapables d'une résistance sérieuse; seul un agha d' 'Ahdelqftder, BenYahia Bd Djin, tenait tête aux cavaliers du Sultan et les empêchait de passer la Moulouïa. Ennn, frappé d'une balle, il tomba, et l'armée chérifienne traversa le fleuve. L'l~mir s'enfuit avec quelques cavaliers et presque tous ses soldats furent pris et conduits il Fès. Un frère du IIftdj 'Abdelqftder, Sîdi Bot'! Beker, agha des troupes de l'l~mir, fut pris également, et mis il la chaîne avec les autres. Au pont du Seboll il une heure de Fès, camIlle il refusait absolument de continuer il marcher, et d'entrer ù Fôs dans cette humiliante posture, les

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soldats qui escortaient le convoi lui coupèrent la tête, conformément à l'usage encore en vigueur aujourd'hui, qui oblige le qùïd conducteur d'un convoi de prisonniers, à amener au fonctionnaire destinataire de ce cOIwoi, le nombre de prisonniers indiqué dans la lettre dont il est porteur. S'il meurt des prisonniers en route, ce qui est fréquent, on leur coupe la tête, qui est apportée pour re~ présenter l'homme manquant. De mème, si un prisonnier tombe malade et ne peut pas suivre, ou s'jlrefuse absolument de marcher et qu'on ne puisse arriver à l'y contraindre. Il faut remarquer cependant qu'il est d'usage également de ne faire nwrcller à pied avec la chaîne au cou (lue les prisonniers vulgaires. Les gens de qualité sont transportés les fers aux pieds sur des hêtes de charge. C'est ainsi qu'en J894 on a transporté de ~Iéquinès à Tétouan, les deux anciens ministres de Moulay EllIassan, Sîd El Ilâdj El :Ylaati, qui était grand-vizir, et son frère Si Mohammed Eç Çr'îr, qui était ministre de la Guerre, ou « 'allâf ». Ils appartenaient à la tribu des Oulâd Djama" et leur tante était la mère de }Ioulay El Hassan. Arrêtés pal' ordre de Si Ahmed hen J\Joùsa (Ba Ahmed) à l'arrivée de ~roulay 'Abdel 'azîz à Méquinès, ils furent envoyés à Tétouan en prison. Le Hadj El Maati y est mort, et Si Mohammed Ee,: Çr'îr y est ouhlié. Le qàïd 'All<1l bel Hossein El Uoukhàri, qui escortait les deux illustres prisonniers, avait l'ordre formel de les tuer si on tentait de les délivrer' en route. Un neveu de l']~mir, Sîcli Ahmed, fils de Sîcli Mohammed 'Sa 'îd, faisait également partie de la chaîne des prisonniers. Incarcéré à Fès, il a été délivré par un serviteur cle sa famille, qui, déguisé en femme pour pénétrer dans la prison, fit sortir Si(li Ahmed sous son déguisement, en l'estant lui'luêulC à sa place. Sîdi .Allmed, (pIiltaut Fès avec

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un Zouaoui qui avail organisé sa fuite, put gagner Mogador où il se réhgia dans la maisoll du consul de France. Ce fonctionnaire l'a fait eJubarquer. Afin de gagner sans encombre le bâtiment qui l'attendait, le fugitif avait pris SUI' son dos une tente, et s'était fait passer pour un portefaix. Après la soumission de l'Émir à la France, presque tous les membres de sa famille, qui se trouvaient à Fès, se rendant compte que leur rêve cIe SOIl vC'l'ai neté était définitivement ()vanoui, et clu'ils Ile pouvaient tiL'ee aucun profit de leur résidence au Maroc, gagnèrent Tanger, d'où ils enllJarquèrent pOUl' la Syrie; quelques-uns sont ensuite revenus en Algérie. n n'était resté à Fès que Si Et Tayyeb et Si ~lohammed Eç Çr'îr son frère. Si Et Tayyeb partit le premier en voyant que la situation devenait mauvaise pour lui, Si ~rohammed Eç Çr'îr qui était resté ayant appris que le Makhzen voulait le faire arrêter, S'arl':Ulgea avec un « djibc1i » (montagnard) d()voué, qui lui pn\ta un de ses costumes; ils partirent ensemble pOUl' Tanger. Arrivés à « Berriane », à moitié route entee El Qçar et Tanger, ils rencontrèrent cinq « ;\Iokhaznia » envoyés pour arrêter Si Moharruned ; mais il put se dissimuler, gràce à son déguisement, et gagner Tanger, où il se réfugia à la légation de France. n alla ensuite en Syrie, puis revint en Algérie, où il fut qàdi de Mascara jusqu'à sa mort. Lors de son premier voyage à Fès, quand il y fut envoyé par le Hâdj 'Abdelqâder, le faqîh ben 'Abdallâh Saqqat, qui, ainsi qu'on l'a vu, n'avait pas une grande confiance dans l'étoile de l'ltmir, s'était fait remettre par ~roulay 'Abdenahmùn un « dahîr » exemptant d'impôts tous les descendants de Sîcli 'c\bdelqàder Cheikh El Mecherfî, et leur assurant à Fès une situation indépendante et respectée. Il comptait ainsi pouvoir décider tous les membres de sa famille il le sui \TC au Nf aroe. Ce document

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est enlL'e les mains de Si.\1ohammed ben Cheikh El ~[e­ cherfi, petit-GIs du faqîh Sa(lqat, et qui possède une partie de sa bihliolhôquc. En voici la lraduction : Sceau de ~roulay '.\hdel'l'aluuàn ben llichàm. «Louange à Dieu uniquc, ct que Dieu gloriJie notre Seigneur Mohammed, etc. « Que l'on soil inform(~ pal' notl'c présenle lettl'e - <lue Dieu fa\orise le lJUl <Iu'dle POIII'suit, ct le pl'oclame,- que nous voulons que tous les descendants de Sidi '.\hdelqùder El Mechcdi soienl hOnOI'(\s et l'espect('~s, (~u <'~gaI'<1 à leur lignag<~ ; nous les consid(;,'ons comme dignes de la considél'ation et <le la génèrosili~, et nous nons sOlllmes engagés vis-à-vis d'eux par cOllsi<\('I'ation de leur origine. Il n'appa"lient à pm'sollIw de venir à l'<mcontre (I(~ ce~e mesure, et rienu'y doit (~tre changé, ni cn plus, ni en moins. Quiconque prendra connaissance de notl'e d<'~cision de\Ta s'y conformer sans rien y changer. Telle est notre \'olonté puissante pal' la gl'✠de Diüu. (( 15 chouàl12!il CL8 mars 1832).)) Le (( dahir » a dé renouvelé pal' les successeul's de Moulay 'Abdül'ralllnàn cl en demier lieu par.\loulay '.\bdel'azîz, le Hi chouM 131;) (10 IWll'S 18(8). Mais il ne suffisait pas aux chorffl .\leclwdiin ou autres, de n'être pas eux-mêmes sOlllnis aux impôts. l-Iahitués à vivre de leurs « khoddâm », il fallait <lue ceux qui les avaient accompagnés ]lussent les fnil'e vivl'ü d(~ lcul' travail, d'autanl plus, qu'en abanclonnallll'AIg<"I'i(~où se trouvaient tous I(~ul's biens, les cllOl'l'à sc tl'ouvai(~nt à F(~s clans UlJe situa tian assez (l n"caire. Le sacriJice q n ïls avaieJlt fait,au nom de l'1S\;IIII, n'avait pas ll'Ouv(~ au .\1 a l'OC les cOlnpensatioJls mat<'~ridlüs qu'ils s(~ croyaient sans doute cn droit d'espérel' eu l'accomplissant. La cl<"sillusion fut assez forte et dure enCOl'e pOUL' lUI graml nombl'e. Quoi qu'il cu soit, il leur <'~tait difficile de continuel' Ù

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vivre noblement comme ils en avaient l'habitude, et ils étaient d'ailleurs, pOUl' la plupart, parfaitcment incapables de gagner leur vie. Il s'agissait donc, pour les chorfâ des Hâchem restés à Fès libres de faire leurs kérhoddam de charges et des impôts du Makhzen, et pour cela de faire établir leur si tuation de « l\Touhâdjirîn ». Ils présentèrent il ~\Toulay '.\ h,lelThamân les « dahîrs » que leur avaient donnés h~s hey:·; de Mascara, affranchissant de tous les impôts SÎeE 'Abdel(Flder Ell\J echerfi, ses parents, ses serviteurs, ses laboureurs, et tous les gens de sa zaouïa. Ces « (lahÎrs » son t encore en possession de Si Mohammed ben Cheikh El l\Jecherfi, ([ui habite Fès; le plus ancien, dont la date est en partie effacée, remonte il la première moitié du onzième siècle de l'hégire, il est signé par le bey El IIâdj KheU!. Après avoir pris connaissance de ces documents, }Ioulay 'Abderrahmân fit remettre aux chorfâ un dahîr exemptant d'impôts tous les l\Iouhadjirîn. Ce document n'existe plus, mais Si Mohammed ben Cheikh El Mecherfi, est en possession d'une lettre du gouverneur de Fès, Si l\Tohammedben EtTâleb EnNetifi, écrite, en exécution des ordres donnés ]>::11' ce dahîr, aux autorités subal· ternes de Fès et exemptant du payement des impôts les « Mouhâdjirîn ». Cette lettre est ainsi conçue: « Louange il Dieu uni(lue, et que Dieu glorifie notre Seigneur Mohammed, ses parents, etc. « Nous exemptons de loutes charges, par la puissance de Dieu et la volonté de notre Maître (que Dieu lui donne la victoire), tous ceux CI ui ont abandonné la terre des infidèles pOUl' la ville de Fès, la bien gardée (que Dieu la protège de toute attaque el de tout dommage). L'émigration est venue de ~lascara et des autres régions du côté de l'Est. En considération de leur émigration vers Dieu et vers le Prophète, les moqaddems des quartiers et les « 'Arifs )) des dift'érents rnarchés, qui prélèveront sur les C:~lnigranls un impôt quelconquo, Ile se reront du tort qu'il
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eux-mêmes, et le salut. 6 de moharrem. » Almée illisible. Sceau de Si Mohammed ben Et Tâleb En Netifi, amel de Fès El Bali. Cette lettre (itait accompagnée d'une liste des principaux émigrants des Hâchem non chorfü établis à Fès à cette époque. La voici avec l'indication de ce qu'ils sont devenus et des enfants qu'ils on t la i ssés : Ben Yamîna, mort en laissant deux fils, qui sont à Fès au quartier de El :Mokhfya. Çahnoùn, mort sans enfants, El ~Jousolln,.mort en laissant une fille, aujourçl'hui veuve, qui habite la maison de Si l\l'ohamed bel Aredj. AbolL Zeid, mort sans enfants. El Hatib bel Zahaf, mort sans enfants. El Batib bel Bali, mort sans enfants. El 'Arbi bel Aouni, mort sans enfants. El ~\Iiloùd ben Yahia, mort sans enfants. Out,d bell Boukach. Il n'yen a plus à Fès. L'un d'eux était, l'année derniôee, <[üdi à Oujda. 'AbdalHh EI~I.iahry, mort sans enfants. Bd Djamaï, JuoeL Un de ses descendants habite à Fès, à la Qaçbat En NowÎr (i)a(:hat El FilâIa),prôs de Bab El Mharoùq. 'Abdallâh, mort sans enfants. Ahmed Ould Moumen, mort sans enfants. Boù Zyân, mort sans enfants. Ahmed El Aouj a laissé un fils qui est mort. Ahmed Tidjini a laissé un fils, qui habite au quartier de El (; uezira, à Fès. Dakh, serviteur de Sl'cli Ahmed El Aouari, a laissé une veu ve et un fils. Abed, mort sans enfants. Ahulüd Boh Chih:llli, lllorl sans eufanLs.

LES MUSULMANS D'ALGÉRIE AU MAnoe

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Oulâd El nlouloùd, mort sans enfants. El Hàdj }Iohanuued hel Maghnia El Amràni a laissé un fils qui hahite El Guezira, à Fès. El Ilàdj Mohammed El Braz El }Ighari. Il a dix-huit ans, un de ses descemlallts hahitai t Fès au quartier de El Adoua, et avait une fabrique de savon. Il est mort il y a quelques années. Il avait un frère qui habitait à Oran, au village nègre. El HaMb Ould :Mahi a laissé un fils qui habite Derb El Qàdi, à Fès. Outre les gens de Mascara, des Hàchem et des Beni 'Âmer, la colonie des Alouhàdjirîn de Fès se compose: ioDes gens de Tlemcen, en grande majorité. Ils sont venus à di1Jérentes époques, depuis la conquête franç.aise, sans parler de coux qui avaient émigré auparavant, lors des soulèvUlnents de Tlemcen contre l'autorité turque. 2° Des gens de~Iostaganem et d'Oran, qui avaient commencé pal' se réfugier :'t'Ilascara , d'où ils sont venus à Fès,lors de la prise de la ville pal' les Français au mois de chaaban 1251 (décembre 1835). Quelques-uns s'arrêtèrent à Oujda et ù Taza, d'autres aUèrent ù Nléquinès. 3° Quelques gens d' "\lgel',en très peLit nombre. Presque tous l(~s émigrants d'Algel' sc sont, en el1'et, rdugiés ù Tétouan, où ils sont encore. 4° Les Kourouglis, dont environ trois cents se réfugiè~ rent à Oujda dès les premiers temps de la conquête de l'Algérie. De là, ils intriguaient avec les Kourouglis restés en Algérie et avec Moustafa ben Ismà 'H. On prétend même qu'ils cherchaient à devenir les maîtres d'Oujda. Quoi qu'il en soit, Moulay 'Ahclerrahmân, pour mettre fin à ces intrigues, les (lt meUre pal' trois SUl' des chameaux et transporter à Fès nwlgt'é eux. N'ayant allCUU méLiel', et ne sachant comment vivl'o, ils sc firont presquo tous cal'eticl's

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(qaouadji). Ils habitaient principalement le quartier de « Has El Denan ». Pendant plusieurs années, les « Khoddâm » des c horfâ des Hftchem continuèrent, comme ils avaient l'habitude de le faire avant l'émigration,à aidel' les chorfft des flâchem du produit de leul' travail. "\[ais, petit il petit, devant l'influence sans c(~sse amoindrie d(~ leul's patrons, ils prirent l'habitude de travailler P(lUl' eux-mêmes; quelques-uns mourlu'ent, d'autres partirent,et l'usage pOUl' les émigI'(~s des flâchem de faire vivre leurs chorfft Gnit par tomber complètement en désuétude.

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Sons le l'ôgne de Sidi Mohamed, tous les émigrés d'Algérie, habitant Fôs, se rendant compte, sans distinction d'origine, (Ille l'occupation de leur pays par les Français n'était pas provisoire comme ils le pensaient au moment de leur émigration, sentirent le besoin de se resserrer, pour n'être pas confondus avec les Marocains, et n'être pas soumis aux mêmes obligations et aux mêmes vexations que les sujets du Sultan. , Ils demandèrent l'autorisation de se donner un « naqib » dont la nomination serait approuvée et ratifiée par lfiJ Sultan. C(~lte autorisation leur fut accordée, et, sur leur propositioll, Sidi Mohammed ben Oudclah Et Tlemsàni fut nOJllmé pal' le Sultan naqih de tous les « Mouhâdjirin ). Voici comnwnt se pratique encore aujourd'hui la nomination d'un Ila(!ib pour les Algériens de Fès. Les Algériens se réunissent:\ la mosquée de S,di Boù Medine', il Er Hemila, dans le quartier de Keddàn. La
1. Sîdi Boù Medine Choaïb bel Hossein El Ançary El Andalousi, né près de Séville, au sixième sièele de l'hégire, enterré à Houbbad près de Tlemcen dont il est le patron.

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réunion est généralement orageuse; une majori té approximatiye désigne le nouveau « naqlb » et un document d'adouls relate le résultat de l'ôlection. Ce document est apporté au ~Iakhzen par une députation des Algériens, et le Sultan ratifie le choix fait, en ddivrant un « dahîr )} qui nomme « naqîb » la personne désignée dans le document d'adouls. Le premier « naqîh »,Si Mohammed hen Ouddah Et Tlemsùni, est mort au commencement du règne de Moulay El Hassan; il a été remplacé par Si Ahmed ben Mançoûr Et Tiemsfllli ; à la mort de ce dernier, il a été remplacé par Sldi ~Johammed hen Harbit, Chérîf Tlemsâni également, qui est mort il y a cinq ans, et qui a été remplacé par Si Mohammed ben Hajjy ben Mançoùr, cousin du deuxièlne naqîb. Les émigrés de Tlemcen étant en grande majorité, c'est toujours, ainsi qu'on a pu le voir, un Tiemsfllli qui est élu « naqîh )} ; la désignation de « El Mouhâdjirin)} n'est même plus employée aujourd'hui pour désigner les émigrés d'Algérie, ils sont généralement connus sous le nom de « Ahl Tlemsân », et le naqîh des Mouhâdjirîn est appelé « naqîb Ahl Tlemsân )}. Les éléments divers dont est formée la colonie algérienne de Fès, qui s'étaient unis un moment pour arriver à obtenir du Makhzen certains privilèges, n'ont pas· tardé, une fois ces privilèges obtenus, à devenir une cause de divisions et d'intrigues, et il s'est formé deux partis: 1 0 Les Ahl Tlemsân; 2 Les Hâchem, les Beni 'Âmer, les gens de Mascara, de Mostaganem, d'Oran et d'Alger. Les Ahl Tlemsân sont de heaucoup les plus nomhreux, mais se composent, à quelques exceptions près, d'ouvriers, de gens sans instruction, sans fortune, et sans autre influence que leur nombre; c'est pour ainsi dire le parti populaire.
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ARCIIIVES MAROCAINES

Les autres se composent de tolhâ, (k chorfâ, de gens aisés; ils comptent parmi enx des adonIs, des ([âdis. Quelques-uns ont une certaine situation au Makhzen; en un mot ils soutl'aristocratie des « :\fouhâdjirîn )l. n leur déplaît d'avoir comme chef un Tlemsâni qu'ils considèrent comme au-dessous d'eux; ils contestent généralement la qualité de chorfâ à laquelle prétendent certains Ahl Tlemsân, et déclarent qu'elle est usurpée. Il y a quelquelques années,une scission a failli se produire: chaque parti voulait désigner un naqîh particulier. L'influence de l'mnîn El IIâdj 'AbdessaIâm El :\foqri \ originaire de Tlémcen, a Clnpôch(~ la scission. Quoique n'étant pas « :\Iouhâdjir » puisque sa famille a (luitté l'Algérie avant l'occupation française, ce personnage, très autoritaire et très amhitieux, survei1Jait toujours de près les agissements de ses concitoyens émigrés, pour les empôcher de se mettre sous la protection de la France, comme on l'a vu précédemment. Le Ilâdj Ahdessalâm El }foqri c;'était créé, vis-à-vis de la Cour elle-même, une certaine situatio 1\ par l'influence qu'il avait toujours eu soin de se ménager sur les gens de Tlemcen, dont il exagérait souvent le danger et l'importance, pour augmenter la sienne. D'autre part, El :Moqri, en se faisant le défenseur du parti populaire des Mouhâdjirîn, représenUi par les Ahl Tlemsân, trouvait un moyen d'humilier l'orgueil des chorfà des Uâchem, dont il avait eu lui-même à se plaindre. Le naqîb des :MouhâdjirÎn a sur ses administrés une
L Le IIàdj Abdessalùm El Moqri est mort il y a quelques années; il était le père du lIùdj Mohammed, un des délégués du Sultan à la conférence d'Algésiras et qui est encore délégué à Tanger par le gouvernement marocain pour l'application de l'acte résultant de cette conférence. Les Moqara de Fès sont de la famille de l'auteur du Na/hat al Tib (imprimé à Boulaq en 181i2), Abou El Abbas Ahmed ben Mohammed Al Maqqari , né à T1emcenà la fin du seizième siècle (dizième siècle de l'hégire).

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autorité analogue il celle des qâïds. Il peut emprisonner et remettre en liberté sans rendre compte à personne. Cependant, le fait qu'il est élu, l'oblige il certains ménagements; des ahus tTOp consta]) ts risqueraient de déterminer de la part de ses administrés une protestation collective qui aboutirait il la nomination d'un autre naqîb. Son rôle com:i ste surtout il arranger il l'amiable les aH'aires entre Algériens, et il ôtre l'intermédiaire entre le Makhzen et les émigrés, et il défendre ceux-ci dans leurs difncult(~s avec les Marocains. Dans ce cas il traite au nom de ses administrés avec les fonctionnaires du I\Iakhzen. Si l'Algérien est plaignant, le naqîb le fait accompagner par un de ses domestiques devant le qâïd pour porter sa plainte et faire comparaître celui contre lequel la plainte est portée. Si, au cmllraire, c'est un :Marocain qui a il se plaindre d'un « Slouhâdjir )), il est envoyé par le qâïd au naq]'b, accompaglH~ par un mokhazni. Le naqih fait comparaHl'e son administn'~, écoute les deux parties, et fai t transmettre au qâïd, par son mokhazni, la décision qu'il a prise. Dans les cas d'une réelle gravité, le naqib va trouvee lui-même le qÙÏcl. En résumé, il remplit à peu prôs, vis-à-vis cles l\Iouht\d,iirîn, les fonctions d'un agent consulaire qui aurait été élu par ses administrés. Il peut ôtre intéressant de constater le fonctionnement de ce pouvoir protecteur contre les abus du l\Iakhzen, organisé pour ainsi dire par le :.\Iakhzen lui-môme et défendu par lui. Dans le cas, en effet, où un gouverneur refuserait de se rendre aux raisons invoquées par le naqîb en faveur d'un de ses allIninistrés, le naqîh peut en référer au Sultan, qui examine l'af!'aire, et oblige le gouverneur à se conformer au hon droit. Dans la pratique, il est certain qu'une semblable démarche du naqîh, pour avoir chance d'aboutir, coùte toujours assez chel' il celui en faveur de qui elle est faite;

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mais il n'en est pas moins vrai L[Ue le prmcIpe existe. L' exerci ce des fonctions de Haq îIl ne comporte aucun apparat, ni aucmie représentation; c'est (m général un commerçant et il tient ses assises dans sa boutique. Cette simplicité n'est pas d'ailleurs spéciale au naC[Îh des Ahl Tlelllsùn, on (les Sfouhàdjil'în. Le naqîb des chorfù Filftla, Sîdi El I\ral~oùl'd~l Fi1ùli, était marchand d'Ol' et d'argent, et fendait la justice aux Filâla dans sa boutique du « SOl\q En Nouqea ». Le naqîb est également chargé de réparti L', entre les chorfà des ~rouhù.idil·Îll, la « cila )), distLibution annuelle d'argent et de bl() que le sultan Sloulay 'AbdeL'rahmfm avait ordonnée en !eur faveur. Un'y a pas eu de « dalu'r» donné aux ~Joullùd.iil'În il cette occasion, mais inscl'iption SUL' les registres d(~ DttL' AdiiL 1, il Fès, de celte (lr)pollse ol'd()nnl~e pal' le Sultan. Cette « cila)) coUtpl'enait SOO mOIHIs de Ill('~ du IllOU(1 de Fès qui est (l'environ 25 kilos, et 800 mitq~l1s. Des cadeaux étaient, de plus, faits pal' le Sultan aux cho L'fü , il l'occasion des tl'ois grandes fôtes Utusulmanes. A l'époque où cette « cila » a (ité accord('~e, le douL'O ayant cours dans le pays, c'est-il-diL'e le douro espagnol, valait 1G onces (oukia) 2; le doUl'o français connu sous le nom de « riùl el; ÇrîL' », petit dOlll'O, ne valait que 1G onces, c'est-à-dire une once de moius que le douL'O espagnol;
1. Dàr Adiil. Endroit à Fès où sont ccntralisés Ics irnpùts non religieux: El Meks, En Neqas, ct où sont payées également la plupart des dépenses cou l'antes du JV1al,hzcn. El H;\dj 'ALclf~~sal:\rn, El Moqri était amin ù D:\r Adiil. 2, Le système monétaire maroe:ün ne (:ompl'encl efTectivement ni doul'O ni pesetas, il se compose de mit<lùls, d'onees (oukia) et de mouzounas. Il ya quatre mouzoùnas il ['oulda, clix oukias au mitqùl. Depuis un siècle, le l'apport cie la mOlJnaie IIwroc:line au douro a haissé dc fjual'Iol'ze cenl p01ll' cent; c'est-à-dil'e qu'il y a cent ans, un mitqàl valait un douro, tandis qu'il faut aujourd'hui fjUatorze mitq:\ls pour faire un douro, ceci en dehors de touLe question de change', C'e,ot 1<'1 qu'i[ faut chercher la raison de l'appauvrissement du pays et du trésol',

LES ~IUSULMANS D'ALGéRIE AU MAHoe

de ce dernier qu'il s'agissai t dans les comptes. Le <loura espa . gnol valait donc Hi onces, ou 1 mitqftl et 6 onces; 800 mitqùls rep)'(;sentaient donc ;)00 douros ou 2.500 pesetas, tandis qu'aujourd'hui que le douro vaut Ih mitqâls; la même somme de mitqâls ne représente plus que 35 douros ct 10 mitqùls, ou '178,50 pesetas. Celte « cila )) était partagée de la façon suivante: 100 mouds de blé ct 100 mitqâls aux chorfâ 100 et 100 300 et 300 150 et150 150 ct 150 800 800 d'Alger de Mostaganem de Tlemcen des Hftchem des Beni 'Amer

il moins d'indication spéciale, c'était toujours

Les quantités et les sommes revenant il chaque fraction étaient partagées entre les membres de celte fraction proportionnellement au nombre de personnes que contenait chaque famille. Lorsque les gens d'A Iger eurent disparu, le naqîb COllserva pour lui la part qui leur revenait.
]~tant donnée la diminution progressive de la valeur du mitqâl relativement au douro, la somme <l'argent accOl'dée par le Sultan devenait moindre d'annl~e en année ct serait aujourd'hui tout il fait insignifiante; mais depuis plusieurs années, cette « cila » n'est plus distl·ibuée. Depuis la mort de ~loulay El Hassan jusqu'au retour il Fès de }loulay 'Abdel 'azîz, aucune distribution n'avait été faite. Après le retour de "1\loulay 'Abdel 'azÎz il Fès, on a distribué tl'Ois fois la Il cila cn argent », celle en bk une fois seulement. A plusieurs reprises, le ,\lakhzen a fait annoncer que la distribution allait être faite, mais cette intention n'a été suivie d'aucun effet. La plus forte « cila » qui ait jamais été distribuée aux

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« Mouhâdjirîn)) est celle de 189ft, lorsque l'arrivée du vice-consul de France a pu faire croire que la protection française allait être donnée fi tous les émigrés algériens habitant Fès. Après la réunion il la mosquée de Qaraouyîn provoquée par l'amÎn El ::\[oqri, comme il a été dit précédemment, une disteibution de '12.000 douros (CiO.OOO pesetas) a été faite entre les Algél·iens. Par contre, en 1895, le ,\lakhzen ayant entre les mains la reconnaissance écrite par les principaux descendants d'émigrés qu'ils étaient sujets du Sultan, non seulement la « cila » annuelle n'a pas été rétablie, mais on a voulu exiger des « ::\Jouhâdjirîn )) les impôts que payent les sujets marocains. Les Algériens se sont adeessés alors il l'amîn El Mo([ri, dontl'intenentioll,'appllyée sur la lettre déjà citée du gouverneur de Fès, Si ::\[ohamnled ben Tâleh, a pu, sinon faire rétablir les distrihutions de blé et d'argent, du moins empêcher que les impôts soient exigés des J\[ouhàdjirîn. Ils ont continué il ell être exernpts jusqu'ici.

Le naqîb évite toujours avec soin toute occasion de conflit qui pourI'aitse présenter avec le consul de France relativement il des afI'aires où seraient môlés des .Algériens reconnus comme sujets français. Il laisse dans ce cas, l'affaire sc règler entre le consul et le pacha, ct il faudrait certainement peu de chose aujourd'hui, pour arriver il ce que le naqîb se considérât lui-même et tous ses administrés, comme relevant du consul de France, ce qui nous donnerait il Fès, près de cinq mille sujets français, répartis dans toutes les classes de la société, sans compter les gens du Touat. Au point de vue religieux, les ::\[ouhâdjirîn n'ont pas d'organisation particulière. Autrefois, ils se réunissaient ., plus spécialement à la mosquée de Er BecH. Cet usage lll'O\'cnait de cc que le fa([îh Sîdi Mohammed bel Khadir,

LES MUSULMANS :D'ALGJ~RIE AU MAnoe

très âgé au moment de la C01HJUt~te française ct qui cependant avait tenu il (;migrer, ;l\-ait l'habitude de s'asseoir d~vallt cette mosqué qui était proche de sa maison. Les « MouhâdjirîIl)) se réunissaient autour de lui et faisaient les prières sons sa direction. La lllosquée de Er Recîf était ainsi devenue un centre algérien. Apeès la Inort du faqîh Bel Khadir, cet usage est tombé en désuc'tude. Aujourd'hui, lorsqu'une réunion des }[ouhàdjirîn est jugée nécessaire, elle se fait ù la mosquc'e de Sîdi Boù ~Ie­ _ dine Er Haout, Je patron de Tlemcen, qui enseignait il Fès au sixième siècle de l'hégire ;il habitait il Lemta SUl' le flanc nord du Djebel Zalagh. C'est Ulle petite mosquée, sans minaret, qui a été bàtie il l'endroit où Sîdi Boù Medine donnait ses leçons, au fond du quartier de Er Hemila, dans FAdouat El Andalous. D'après Eç Çaloual El Anfas, des geus de Tlemcen ont apporté un morceau de marbre qui se trouvait il la téte du tombeau de Sîdi Boù Nledine. Il est placé aujourd'hui près de la porte de la mosquée de Er Remîla, appuyé COIltre l'arc où se voit le tOlnbeau de Sîdi Boùaza Et l'lemsani. Celle mosquée est très ancienne ct en mauvais état. Les descendants des « :\'r ouhâdj il'în » sont en majorité « Touhama » (confrérie d'Ollezzan). Il s'y tl'ouve également un assez grand nombre d' 'Aïssaoua et quelques Ticljanyîn en très petit nombre. Les Touhama de Fès sont partagés en quatre fractions: Fès, Tafilelt, Touat et Tlemsân. Les « l\1ouhàdjirÎn)) font partie de la fraction de 'J'lemcen. Cette fraction a un moqadclem particulier qni est actuellement Si ~Johammed JJtm Choukchou IbrùhÎln 1 ; son
1. Un [(oulr/wu!; Ibr:lhîm ét::lil pal:ha-dey d'Alger, en ]74(;. C'est pendant qu'il était au pouvoir (lu'eul lieu le souli'vem~nt de Tlemcen l:OI1tl'e Yoùsoul' Bey, qlll donna lieu il un massaere des habitants de la ville el Ù un exode des Ahl Tlemstll1 sur f"ès.

AIlCIIIVE"; MAROCAINES

lieu de l'(~u]lion est au sanctuaiee d<~ Sidi El Hùdj El Khayyat 1 , à Del'll Chen:hour, dans le quarticr <le 'Aïn Azliten, où se réunissent égal<~ment les hactions du Touat et du Tafilelt. La fraction de F('~s a sa zaouïa ù Sidi Qùsem '2, daus l(~ quartier de Zoqùq El l1ajar. Tous les vendeedis soir, les trois fI'actions de 'flemcen, (lu Touat et du Tafilelt se réunissent avec leurs moqa(ldem particuliers, à Sîdi El Hùdj El I\:hayyàt, mais lorsq l.W les fractions SOl'tent en cortôge pour une cérémonie, pour aller il la rencontre d'un chérif ouezzani arrivant ù Fôs, ou pour aller en pèlerinage à Ouezzan, la fraction de Tlemcen marche séparément, précédée de sa bannière qui est déposée chez le moqaddem de la fraction. Le pôlerinage à Ouezzan a lieu à chacune des trois geandes fêtes, 'Aïd E(: (:r'îr, 'Aïd El Kehir et Ell\Iouloùcl. Le but de ces visites aux cllOdù est naturellement de leur apporter le produit des oJfralldes et des qu<\tes r{~llni entre les mains des moqacl(lem. Ces moqacldem sont nommés pal' les chorfù. D'autl'e paet, pendant leur séjour à Ouezzan, les pôlcei ns sont les hates des chodà. Les plus aisés de ces pôlerins, en quittant Ouezzall, vont en pèlerinage à Moulay 'Ahdessalfllll et au tombeau de Sîdi'ùnlah hen l\1echich, fl'ôl'e de .\[oulay 'Abdessalùm. Les chorfù d'Ouezzan desœncl<mt de Sidi Ymlah, dont le tomheau se trouve dans la tl'ihu des Beni Al'ous. De là ils vont il l'étouan et à Tanger' avant de relOtH'nel' ù Fôs. Dans les autres cOllfnSries, les ~Iouhfldjirin sont heau1. Sidi El IIùdj El Khayyùt, de son nom « Mohammed Er Hoqaï >J, était contemporain de Moulay 'Abdallùh Chérif fondateur d'Ouezzan; il s'est rendu en pèlerinage auprès de lui et en a reçu la "baraka >J. Il est mort le 12 moha l'rem 111;, (21-: mai en 170,1), il un ùge trb; avancé, et a ét() enten'ô dans la zaouïa de son cheikh, Sidi Mohammed, fils de Moulay 'Abrlallùh Chérif, à FilS. La zaouïa prit le nom de Sidi El Hadj El Khayyat, Son fils, Sidi :\lohammed, y fut entel'l'é (:galemcnt (Salollat El Anfas). 2. Sirli Qùsem ber Hahrnoun Ej .Jcl'houni était disciple cie Sidi El Hùdj El Khayyùl (Saluat ou El Anfas).

LES }!USULMANS n'ALGÉRIE AU MAROC

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coup moins nombreux, n'ont pas de moqaddem particulier et sont môlés aux autres « Khouân », En résumé, tOIlS les émigl'és d'AIgéL'ie ont toujours conservé à Fès leul' individualité et ne se sont pas mélangés au reste de la population, Sous le nom de Ahl Tlemsân, ils sont aclIninistl'és par un naqlh et jouissent de privilèges particuliers. Les chod::î recevaient des dons annuels du Sultan, :J![ais toutes ces institutions tombent en désuétude et auraient môme déjà complètement disparu sans la crainte du ~Jakhzen de voir les descendants des Mouhftdjirîn revendiquer leur origine pour obtenir la protection de la France.

IV

LES ALGÉRIENS DE FÈS

1

Ainsi qu'on a pu s'en rendre compte par ce qui a été dit précédemment, la population algérienne de Fès, comprend deux catégories. En premier lieu, celle composée des individus et des familles (lui sont venus à Fès à diverses époclues avant la conquête de l'Algérie par la France, en second lieu ceUe composée de ceux qui ont quitté l' ldgérie au moment de notre COlH(uête. La première catégorie, tout en conservant le sou venir de son origine, ne bénéficie pas d'une situation spéciale et il ne lui a pas été accordé (le privilèges. La deuxii'llIe cat(;gol'ie, au cOJltl'ail'e, COllllll(' SOIIS Je

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ARCHIVES MAROCAINES

nom de « El Mouhâdjirîn», hélléfLcie de priyilôgcs particuliers, est exempte d'impôts, et sc trouve placC:~e sous l'autorité du « naqih des chorfâ. Ce naqib, en efret, administre non seulement les chorfà des différenles familles d'émigrés, d'origine chérifienne, mais les serviteurs « Khoddàm )l de ces chorfâ, et tous les « Mouhàdjirîn ». Ces Mouhâdjirin eux-mêmes, comme on l'a vu, se divisent en deux groupes, celui des « Ahl Tlemsàn l) qui est le plus nombreux, de telle sorte que le naqib a toujours appartenu jusqu'ici à ce groupe et qu'il est habituellement désigné sous le nom denaqib des chorfà de Tlemcen, ou naqîb Ahl Tlemsân; l'autre groupe est formé des chorfà de ~lascara, des Hâchem, des Beni 'Amer et de leurs « Khoddâm II et des gens de Mostaganem, d'Oran el d'Alger. Afin de releyer aussi exactement que possihle le nombre des Algériens installés ù Fès, il a été procédé à une sorte de recensemenl par quartier; ce recensement a été complété par une liste des gens de Tlemcen, dont le domicile exact n'a pas pu (~tl'e indiqué. Les Ahl Tlemsân, comme on l'a vu, conslituent l'élément populaire des « Mouhâdjidn II ct se composent, en gl'ande lnajoeit(), de gens pauvres el d'ouvriers. Les quelclues l'ares Algériens reconnus comme sujets français seront indiqués au fur et à mesure q ne lcurs noms se présenteront.
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QUARTIER DU KEDDÂN.

Fraction de CelTah.
Le chéri/Si 'A bdelqâder El Olldr'iJ·y, de Tlemcen.
'Ade! de Djàma' El Andalous el mème mosquée.
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moudden

II

de la

LES MUSULMAI'\S D'ALCÉHIE AU MAHOC

7~J

Est venu au moment de la prise de Tlemcen par les Français. :Mouhâdjir n. Sujet marocain. A un fils qui tient une boutique d'épicerie au « soeUl Ceffâh ».
(1

Fraction de Er Remila. Sidi 'Abdallâh EL 'Âme"i, chérîf des Beni 'Amer.
Son grand-père, Sidi BOll Aza El Ameri était venu à Fès lors du soulèvement de Ben Chérif, au commencement du dix-neuvième siècle, sous le règne de Moulay Slîmân. Comme son grand-père, Sîcli 'Abclallâh El Ameri appartient à la confrérie des Derqaoua; il est pauvre et a plusieurs enfants. Sujet marocain. Les OuLâd Chandid de Tlemcen sont venus il Fès lors de la prise de Tlemcen pal' les Français. Cc sont des tisserands. La famille des Oulàd Chandicl se compose de quatre ou cil:q personnes; elle n'est pas très riche, mais cependant est propriétaire de la maison qu'elle habite. Un Iles (Julùcl Chandid est allit'l il la famille de Si Qaddoùr ben Ghabri t, vice-consul honoraire attaché à la légation de France il Tanger; il en sera parlé au quartier de « El '.Ayoun» où il habite. Sujets marocaln.s.

Derb El Lemty. 'AbdeT'rahmân Et Tlemsâni , aveuo'le' est mondclen de b la mosquée de l( Derb El Lenity n. Sujet marocain. Sa fille a épousé un (l Oulàd Khàled) de Saïda, qui habite la même nw, et qui est très puu\Te. Sujet marocain.

80

AHCIIIVES MAROCAINES

Derb Djial'. Si ben 'A bdallrîh ben Tazerouall, de ~rostaganelll, venu il « El Ilidjr'a )), marchand de bœufs, est propriétaire de la maison qu'il habite. Sujet marocain.

Zanqat El Anolly . .''iidi Edris El Hâchemi, cousin de Ech Chadil El I-lfrchemi qui habite le quartier de « El 'Ayoun )). C'est son père Si Mohammed El Hfrchemi, qui est venu le premier à Fès au moment de la conquôte française. Il était « faqîh ) et professait dans les « Medersas )). Sîdi Edrîs est luimême tùleb ;il a un frère à Marrâkech et un cousin à Taza. Sans fortune. Sujet marocain.

QUARTIER DE

EL

QOUAS.

Oulâd Ounnich, de Mostaganem.
Il ne reste à Fès de cette famille qlll~ trois gal'çons en bas âge. Leur père, Si }Iohammed Ounnich, qui était venu s'installer il Fès longtemps après la conqnéte de l'Algérie, tandis que son propre père mort depuis habitai t Aïn Temoucllent, était reconnu comme sujet français; il est mort il ya lIeux ans enVIron. La famille Ounnich possède: 1 Une maison au quartier de « El Qouas )) où elle habite; 2° Une maison il « El Glwzira)), il Fès, qui est louée;
0

LES MVSVL:\IANS n'ALGéRIE AV MAnoe

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3° Une propriété à 'Aïn Temouchent, qui rapporte 300 francs par mois. Les enfants Ben Ounnich sont justiciables cIe l'autorité française, sous lafluelle était placé leur père en qualité cI'Algérien.

Oulâd Ben 'Abderralzmân, clzorfâ des Beni 'Âmer.
Les parents venus lors cIe l'émigration sont morts, et il ne reste que les enfants, quatre garçons et deux filles. Sans fortune; ne possèdent que la moitié de la maison qu'ils hahitent. Sujets marocains. L'autre moitié de la maison appartient à Si EdrÎs ben Goujil El Bordjy (des Gouajela cIe BorcIj, près de Mascara). Il habite cette moitié de maison. Il est cordonnier, sans fortune, n'a pas d'enfants, mais élève les fils cIe son frère {[ui est mort. Sujet marocain.

QUARTIER DE

EL

MOKJIFYA.

Derb Hanina. .. ~ ~,/'> Edrîs bel 'Aclzclzâb, de Tlemcen; négociant, a son bureau au fondaq El Hojaj. Il est propriétaire de la maison qu'il habite. Sujet marocam. Oulâd El Qarsi.
Ils sont quatre frères, habitant chacun une maison qUI leur appartient. L'aîné Si 'Abdelqâder, sujet marocain. Si 'Omar, sujet marocain. Si Alzmed, sujet marocain. Si Edrîs, sujet français en qualité d'Algérien.
ARCH. MA HOC.

G

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ABCllIVES MAHOCAINE:-:

Les trois frères alnés de Si Edds, quoique sujets Inarocain s, bénéficient de la qualité de snjet français reconnue il leur père. Les Oulftd El Qaïsi sont riches; ils ont chacun plusieurs enfants. Ils sont ()l'igi naires de Tlemcen, où ils ont encore de la famille. Il:,; appartiennent ù la tribu de Qaïs.

Glllâd El Mesollâk, de Tlemcen.
L'un d'eux, Ben AOllda, est boucher, sans fortune. Sujet rnarocarn.

Glllâd Ben Yamina, des Hâchem de 'Mascara.
Cette famille est une de celles qui figurent sur le dahîr de ~[oulay 'Abderrahmfm exemptant d'impùts les « ~[ou­ hftdjidn )). Il ne reste des Oulùd Ben Yalllîna que deux hommes, qui sont cordonniers. Ils n'ont pas de fortune, mais la maison qu'ils habitent leur appartient. Sujets marocains.

Fraction de Djeza Barqollqa. Si El 'A rbi ollld El Hrldj El Mekky El Moqri, de la
famille des « jVloqqara n. Il est neveu de l'amin El Il ft clj 'Abclessalftm El Moqri, mort il ya peu d'années. Cette branche de la famille des \loclcF'l'a n'est pas riche. Si El 'Arbi est employé par son cousin le Hâdj Mohammed hen 'Ahclessalfull El YIoqri, amîn ech Chkara du Sultan, et son clélégll('~ ù Algésiras. Originaire de Tlemcen, sa famille est venue il Fès lors du soulèvement de Ben Chérîf, sous le règne de Moulay Slîmân.

LES MUSULMANS D'ALGÉRIE AU MAROC

83

Glllâd El Hâdj El ,Jladani El Moqri. Si 1l4ohammed, employé avec ses cousins de la branche de l'amîll El lIâdj 'Abdessalfnn. Si Elllassan, son frère, « 'Allâf )) payeur des troupes, il la Mehalla de Tanger. Sans fortune. Ils ne sont mariés ni l'un ni l'autre. Originaires de Tlemcen comme tous les Moqqara; leurs parents sont venus ù Fès tors du soulèvement de Ben Chérîf. jl{ohammed El Hajjâj, dl' Tlemcen. Factelll" de la poste française. II est venu lui-lll(\me de Tlemcen, il y a une vingtaine d'années, pour {\tre boulanger. Il a un fîls qui sait assez bien le français et est tùleh. Sujet français . . Si Mohammed ben Cheikh El Mecherllf' Ch{~l"Îf Hâchemi. Descendant direct de Sîdi 'Ahdelqâder El l\Jccherfy, dit « Cheikh)). Son père, 'Ahddqâder hen Cheikhbeu ~Jou<:­ tafa ben Cheikh, est venu à Fès avee son fl'ôre le faqîh ben 'Abdallâh, sUl'nommé Saqqat, dont il avait épousé la fille. De sorte que Si Ivfohanuned ben Cheikh est en même temps neveu et petit-fils du faeJl'h Saqept, qui avait été envoyé en ambassade it",Joulay ';\hderrahmân par l']~mir 'AbdcIqâder ben 1\:Jahi Ed Dîn, et <Jontil a déjà été parlé. Sans être riche, Si Mohamme<J ben Cheikh est propriétaire de la maison qu'il habite, ù El :Vfokhfya, et a des terres dans le Gharb, près d' 'Aïn El I\.ehîr, trihu des' Deni Malek. Comme on l'a cl(ljà vu, il posse'~de une partie de la bihliothôque du faqih Saqqat; environ cinq cents volumes. Après avoir été depuis longtemps reconnu comme sujet franç:Jis, Si Mohammed hen Cheikh s'était vu supprimer cette qualit{~ il y a une douzaine d'années, sans raison apparente. Sa patente de nationalité lui a été rendue depuis. Il est inteIIigent et actif. De plusieurs enfants qu'il avait, il ne resle il Si Mohammed ben Cheikh que deux filles,

84

ARCHIVES )IAROCAINES

dont l'une, uu peu letll'{'c « fqyha )), tenait dans la maison de son père uue petite école de filles. Elle vient de se marier avec le fils de Si :Mohammed bel I1âdj El Fliti. Si Mohammed ben Cheikh a également un frère qui habite à Fès « El Guezîra » avec sa famille.
QUARTIER DE

SJDl EL

AOUAD.

Derb El Oued. Si Mohamed En)l{aJir1r, originaire de Tlemcen, « Ylouhâdjir)). Il a un fils tôJeb, qui a une boutique à « El 'Attârîn. Sans fortune, propriétaire cependant de la maison qu'il habite. Sujet marocain. Bâb Sidi El Aouad. Oulâd Khalifa, de :l\Jascara.
Leur grand-père était surnommé « KhalLfa » parce qu'il était un des principaux serviteurs des chorfâ de Hâchem. Il en l'este trois: Mohammed, qui est tanneur; sou frère Et Tâher, cordonnier, et El [-Jâdj ben Amar leuI' frère. Ils habitent tous les trois une maison qui leur appartient à Bâb Sîdi El Aouad. Sujets marocains.

QUARTIER DE

« EL

ADOUA ».

Derb Mouqâbil (en face) Derb Ed Drouj. Oulâd bel Boû Sa 'id, chorfâ de Tlemcen.
Venus lors de l'émigration. Négociants et fabricants de babouches qu'ils envoient à Tlemcen. Sans fortune, mais

LES MUSULMANS n'AU;(;nIE AU MAROC

85

propriétaires de la maison qu'ils habitent. Ils ont plusieurs enfants. Sujets marocains.

Derb Ech Cheikh El Foûqâni de Tlemcen. Oulâd Ben HaUâl. Le Httdj :Mohammed, venu lors de l"émigration, est mort en laissant un fils, mort également, qui a laissé deux filles de deux femmes difrérentes. Sa veuve est fille du llùdj 'Abdessalùm El Moqri. La fille de sa premiôre femllle a épOLLS<'\ Si Edrîs El :'IJoqri, frère du Httdj ~lohalllmedl'Amîn Eeh Chkara. Les Oulâd Bell Hattàl possèdent ulle trôs belle maison il Derb Ech Cheikh. Le Hâdj Mohammed avait été amîn au fondaq En Najàrîll il Fès, amîn il ~Jelilla et il Oujda, où il a une belle propriété. Cette famille, qui était riche il Tlemcen, l'est encore. Sujets marocains. Si i~1ohammed Senol/ssi ben Hatlâl, frère cadet du Hâdj :Mohammed, a été « 'Allftf » payeur des troupes du Sultan il Oujda, et « Amîn El ~Joustafttd )) il Larache. Il est aisé. Une de ses nlles a épousé le Hâdj Mohammed El :Moqri.

QUAHTIER DE «

EL

QALQLYIN ».

Oulâd Boû Khari'ouba de

~Iostaganem.

C'est une famille de tanneurs et de commerçants. Il en est venu un grand nombre au moment de l'émigration. Les Oulâd Boù Kharrouba possèdent il Fès plusieurs maisons. Ils sont riches et très nombreux. Cette famille est alliée il plusieurs familles de Tlemcen et d'Alger. Sujets marocains. Les quartiers de El Qalqlyin, de Has Ed Djenàn et de El 'AvoLLn ont été habités l)ar un b crrand nomhre de « OOH.1 . ,,_ rour'lis)) lorsque :Yloulay 'ALdenahmttn, pour faire cesser

86

ARCIlIVES MA HOCAINES

leursintl'igues, les fit conduire ù Fils, d'Oujda où ils s'étaient réfugiés cn quittant Tlemcen. Les tl'ois quartiers sont également Ilabiu~s plus sl)(~cialement par les « 1\1011hâd.iir'ÎII » de "l'lemcnn. On raconte qne, ])('U de temps aprôs l'arrivée des Qouroul,'lis Ù F(~s, un homme assis de bonne heure un matin à la porte du (luartie,' de El Qalqlyin, en vit sortir près de 1l'ois ceuts « Qahouadjis». C'étaient des « Qouroudis, habitant ce quartier, et (lui, ne sachant aucun métier, s'étaient tous faits « Qahouadjis » pOUl' gagnel' de quoi ,"ivre. Il l'este encore des Qoul'oul"lis dans le qual'tiel' de El Qalqlyin, mais il sont aujourd'hui assez difficiles ù l'etl'OUVCI' ct Sl~ sont fondus avec la population de la ville. On ci te parmi eux: Les Oulâd Ben 'Othmân, Cette famille vint tout entière ù F(\s nu monH~nt dl) l'émigration. Ce sont des commerçants aisés. La famille est tl'ès nombreuse et habite une maison lui appartenant. Sujets marocains.

Derb Beni Ades. Oulâd Ben
«

Clwukchou

»

ou

«

](oulchouk

»

Ibrâhim.

Sans doute de la famille de KOlltchouk Ibrâhîm Pacha, dey d'Alger en 1711G. « Qoul'our'lis » de Tlemcen. Deux mcmbl'cs de cette famille sont établis ù Tlemccn, où ils font du comlnercc, avec Si J\JohamHlcll ben Choukcllou Ihl'ùhîm établi ù F(~s avec un de ses fl'èl'cs: ils sont fabricants de habouches, qu'ils envoient ù Tlemcen. Ils sont propriétaires d() la maison qu'ils habitcnLt:n de leurs frèrüs habite ;\lal'rükcch, où il est marié et fait du COlllHICl'Ce.

Si Mohamnwd ben Choukchou Ihrühîm est llloqaddem de la fraction des Ahl Tlemsân des Touhama de Fès.

LES MUSULMANS n'ALGÉRIE AU MAHOC

87

lkloulay El Mokhtâr bel Qôdi, de

~JascaI'a.

Venu au moment de l'érnigratioIl, il est mort en laissant deux fils, dont l'un est ade! il Ft~S Ej Jdid, et l'autre fou. Ils sont aisés et sont propriétaires de la maison qu'ils habitent. Sujets marocains.

DriM Er Riôl. Oulôd El Faqih Sidi Mohammed bel Khadir El M'haji El Hôchemi Chérit' Hâchemi de Mascara.
Venu au moment de l' innigl'ation, IJlOI'l en laissant deux fils. Le Makhzen avait donné au faq îh 13ellGwdir la maison où habitent encore ses descendan Ls dans le Dribt El' Hiâl. Cette maison fait par Lie des biens habous de Sîdi Frej. Elle 'a été concédée aux Oulâd bel Khadir sans paiement d'aucun loyer. Des deux fils du faqîh Sidi jVlohammed, l'un est retourné en Algérie en hissant sa femme il Fès: il s'est ]'emarié il :Mascara, où il a des enfants. Il esL culLivateur. L'autre, Moulay Ahmed, est rest(~ il Fôs et fait du commerc(" avr"c son frère étahli ù }fascara. Deux de leurs cousins habitent avec eux. Sujets marocaIns.
QUARTIER DE « RAS BD

D.JEN~Nl).

Derb

«(

El Hammûm ).

Dùr ben flamdân. Si jVlohammed ben Hamdân. Barhier, est venu de Tlelllc<'11 au 1I10111(~IIL«e l'<~migl'aLion. IlaIaissé un fils, barbier également, «(mt la bouLique se trouve dans le quartier au ( Soùq Et TouLa l). Sans fortune, propriétaire- de la maison qu'il hahite.

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ARCHIVES MAROCAINES

Si Mohammed ben Hamdân avait deux frères, qui vivent encore et qui habitent en loyer au quartier de El Qalqlyin. Moustafa, qahouadji au Soôq El Haïk. Ahmed, « Dellâl )) au Soùq El 13àli. Sujets marocains. Si Edrls ben Roukach. Le dernier survivant des Oulâd ben Houkach des Hftchem inscrits sur le dahîr de Moulay 'Abderrahmtm, dont il a été parié. Si Edrîs a un petit t~m­ ploi du ministre de la guerre: il est surveillant il Btd) Sidi Boù Jida, afin d'empêcher les fusils d'enteer il Fès ou d'en sortir par cette porte. Sans fortune, loue une maison qui lui appartient. Sujet marocain.

Derb Sejour à El' RaMat Ez Zbib. Si Mohammed bel Hâdj, chérîf de Flétah.
Sa famille est venue il Fès lors de l'émigration. Si Mohammed est secrétaire, « kâtib» du pacha des Cheraga, Si 'Abdelkérîm Ould Ba Mohammed Ech Chergui. Il a deux sœurs, dont l'une est veuve du Hâdj M'hammed Ould Ba Mohammed Ech Chergui, qui était pacha de Larache, et l'autre de Si El 'Abbâs Ould Ba Mohammed, qui était amel d'Oujda. Ces deux veuves sont dans la maison de Si 'Abdelkérîm Ould Ba Mohammed. Le fils de Sîdi Mohammed bel Hâdj a épousé une fille de Si Mohammed ben Cheikh El Mecherfi qui habite le quartier de El Mokhfya. Sujets marocains.
QUARTIER DE

EL 'AyouN.

Fraction de

«

Ed Douh ".

Le Hâdj Mohammed El Moqri. Amîn Ech Chkara du Sultan, délégué à Algésiras aujourd'hui, délégué du Sultan à Tanger.

LES ~1USUUIANS n'ALGÉmE AU MAHoe

8:)

La famille des :\Joqqara de Tlemcen, à laquelle appartient le Hâdj Mohammed, jouit d'une grande célébrité et son histoire ne saurait trouver sa place dans cette étude, d'autant plus que les Moqqara sont venus il Fès avant la conquôte française, lors <lu soulèvement du Der<poui 'Abclel<Jàder ben Chérît, sous le règne de nloulay Slîmân. Le premier des Moqqara venu de Tlemcen il celte époque s'appelait Si « El KMl ». Il a laissé trois fils : 1" El Hàdj El Mekky, qui était négociant il Oujda. Son fils Si Lm-hi hahite, comme ou l'a vu, il « Djeza BarcloucP; il Fès. 2" El Hàdj El i\Jadaui, COllllU sous le nom de « Zamakhchari » parce qu'il avait toujours il la bouche des citations de cet auteur; il était professeur il Qaraouyîn. Ses deux fils, Si l\Iohammed et Si El Hassan, habitent également à « Djeza Barqouqa )). Il en a été parlé plus haut. 3" Le Hâdf 'Abdessalâm a d'abord été amîn au fondaq El Djeld, des peaux, avec le Hâdj Mohammed bel Madani Bennîs. Tous les deux y ont commencé leur fortune. Le Hâdj Mohammed bel Madani Bennîs a fait bâtir la maison au quartier de « Ed Douh )) qui sert il loger les ambassadeurs qui viennent à Fès. Le Hâdj 'Abdessalâm qui, comme tous les Oumanâ, prélevait pour lui la plus grande part des revenus de l'impôt sur les peaux, s'est vu plusieurs fois retirer ces fonctions, qu'il rachetait ensuite en restituant une partie de ses prélèvements. Plus tard, il a été nommé Amîn El l\Ioustafâd, à Dâr Adiil, et il a ensuite réuni à cette fonction, déjà lucrative, celle de amîn des constructions du Sultan. Sa fortune ne tarda pas à devenir considérable. De sa première femme qui était une Zr'arya de Tlemcen, il a eu le Hâdj ~Mohammed. De sa deuxième femme, Kaclda bent Ben Hattàl, de Tlemcen également, il a deux fils:

!Jü

AIlCIIIVES MAROCAINE"

Edris (lUi a ôté amîn il :Mazagan, et Ahmed (lui est aveugle. Le Hftdj J\Iohammcd a d'abol'd t~lé adjoint il son pôrc pOUL' les conslJ'LLclions du Sullan. Cc sonl nux qui onl (~l<"~ chargés des t1'avaux d() la consll'uclion de la fa!Jriqr](l d'armes de Fès Ej .Jdîd, dirigé(~ pal' des oHicieL's italiens. Lo['s des changerrwnls qui sn passè['nnL à la Cour après le dernier relo ur il 1"(\s de ?lIo ulay .Abdel'azîz, le Hftdj 'Abdessalùm El .\[oqri fulremplac(~, i ly a (IuatJ'(~ ans, (lans ses fonctions d'l\mÎll El.\lousla/';ld il ])ùr l\diil pal' le nouveau l'avol'i du Sultan, El Ilùdj '(hnal' Et Tazi. On dit que le cltag'l'in que Ini causa cette n)vOcaticlU nI) fut pas dl'allgel' il sa mort; il avait euviron soixant(~-quillze ans. Son Jîls le IJàdj JVlohaulIned lui succéda coullue amin des constl'uctions du Sultan, mais POIU' peu de temps. Ces fonctions furent confiées il Si El Abhaslen Dfwud, ancien gouverneur de Marràkech, qui les partage aujourd'hui avec le Hâdj 'Omal' Et Tazi. Il y a quelques anu()es, El IIùdj Mohammed El.\loqri fut charg(') d'obtenir d(,s 1\LÎssancüs une augmünlation des droits de douane. Il écllOlla dans cette mission et, se sentant en disgràce, l'apporta d'un voyage à Constantinople plusieurs Gircassienues au Sullan. Le mônw procédé avait déjà réussi autrefois avec }:IOllby El Bassan, au lIâdj El 'AI'lJi Bricha de Tétouan, et une des Cil'cassiennes (Ju'il avaitl'amenées, « NOl'tr Ech Chems » Hayon de Soleil, que l'on appela au :\'Iaroc Il Lalla Hekia », fut la mère lIe Moulay 'Abdel'aûz. Le IIftdj :Mohammed El :\Ioqri fut ~tlOI'S nommé « Amîn Ech Chkara )J, administl'atem' de la hou L'se du Sultan, fonction qui lui donne Illi ]JIlI'(~aU (1 Beniqa » au ~\1echollal', comnw nn vizir. Alin d'doiglU'/' de Fr\s cette pel'sollllalilé jntelligenl<~ ct vjgou['eus(~ qun sa g'l'andn fortunn puuvait rendre clallgel'cusc pour eux, les « Touaya » ( luLld Tazi, El IIâd.i 'Omal' Cheikh Tazi, ministl'e des lilLauœs et

LES MUSULMANS n'ALG{;HIE AU 1IIAnOC

:M'hammecl l'Tohtaseb, qui vient, dit-ou, d'être noullné gouverneur de Fès) firent nommer El nùdj l'lohanuned EBToqri délégué du Sultan ù la Conférence d'i\lgésiras. HetoUl'lH\ il Fès après cette conférence et assez froidement reçu il la Cour, il fut éloign{~ de nouvcau et enyoyé il T'luger comme délégué du Sultan pour la mise en pratique de l'acte (L\lgésiras. Les « Touaza » écartent ainsi de Fès toutes les persounalités dont ils peuyent cminclre la valeur. j\près S'(\tl'e par leurs iutrigues déhal'l'aSS(\s dcJ\Tcnnebih, ils ont éloigné le Hùdj l\lohammed El i\Toclri, puis le ministre de la guerre, El C uebhùs, qui est toujours il Tanger pOUl' diriger la caulpagnc contre Haïsouli et organiser la police. Ils cherchent actuellement il faire parti!' le qùïd l'Iechoua!', Edris hen l\Ïch, qu'ils veulent enyoyer comBle délégué du Sultan il Oujda pour régler l'application de la conyention de 1902. Le Ilâdj :Mohammed El }[oqri a épousé une Ben IIattùl de Tlemccn ; il en a deux fils : Hammûd, khalîfa dc son père pour ses fonctions d'Amîn Ech Chkara. Et Tayeb, chargé de la fabrique d'm'lues ù Fès. Tous deux sont encore très jeunes et ne sont mariés ni l'un ni l'autre, La maison de Ed 00uh est habit(\c pal' la seule famille du Hâdj .Mohammed; c'est un véritable palais qui comprend une cinquantaine de chamhres et de très beaux jal'dins en terrasse, d'où on dccou\Te un magnifique panorama de la ville de Fès et de ses envi l'Ons. Ses deux J'l'ères, Edrîs et Ahmed, hahitent avec leur mère une tl'ès helle maison il « ZanqatEr Htal ». Les fils du nùdj '.i\hdessalàm El ;\[oqri ont, outre ces deux maisons (pl'ils hahiten l, un grand nomhre de p!'oprié1As Ù Fès. 11s sont sujets marocains. Le naqîb des l'Touhùdjirîn ou des 1\111 Tlemsâll, Si l'Iohammed bel Hajjy des chorJà Oulftcl BOIl Ilajja de Tlelll-

\12

AHClllVES l\IAllOCAl.'ŒS

cen, a épousé une fille du Hùdj '.l\bdessalâm BI ~IofF'i, et habite avec elle dans la maison de Zanqat Er Hetal; sa famille est venue ù Fès au moment de l'émigl'ation; il est sujet marocain.

Ousa'ai El 'Ayoun (Peiite Place de El Ayoun). Zanqa Taklzarbichl. Sîdi Ahmed El Meclzerfi. Chédf Uàchemi.
Fils de Sidi Lal'hi El }[echel'ti, auteur de l'ouvrage de généalogie El Yâqoûl En Naçab, veuu au moment de l'émigration. Sans fortune, cordonnier en chaussures de femmes. Sujet marocain.

Derb El Mouqâbil Takharbichl. Si .~fohammed El Barqany, mort en 1897, était tâleb du vice-consulat (aujourd'hui consulat) de France à Fès. Son grand-père, venu lors de l'émigration, était khalîfa de l'l~mir à }Iédéah. Avant l'é tablissernent du vice-consu.lat ùFès, Si }Iohammed EI13arqany avait été secrétaire de l'agent consulaire de France à Fès, El Hüdj Hammüdi El Oujdi, dont il sera parlé plus loin. Les Braqa se prétendent chorfâ; ils ont été riches autrefois, mais il ne leur reste plus que la maison où habitent aujourd'hui la veuve, les enfants et les sœurs de Si ~lohammed. Celui-ci n'a laissé qu'un fils, encore jeune. Sujet français. Derb 8idi Hàkim. Olllâd El j)'fokhtâr El Oujdi. Qoul'..}ur'lis de Tlerncen, ou plus exactement des Qourour'lis d'Oujda, venus plus

LES MUSULMANS D'ALGÉRIE AU MAROC

93

tard habiter Tlemcen; d~ns cette ville, en effet, on les appelait déjil « Oulùd El Oujdi )). El Ylokhtùr faisait paetie des Qourour'lis, que Sioulay 'Abc1erralullùn a fait transporter il dos de chameaux d'Oujda il Fès. A cette époque, le droit de griller et de piler le café était un privilège du SIakhzen et constituait la régie du café. Il y avait dans chaque ville un pilon appartenant au :Makhzen, qui en louait la ferme il un particulier. Tous les qahouadjis étaient tenus d'acheter leur café moulu il cette régie et il leur était interdit de griller et de piler leur café eux-mêmes. Cette interdictioil s'étendait même aux particuliers. L'arrivée ùFès des « Qourour'lis)) qui se firent presque tous « qahouadjis,)) et l'augmentation qui se produisit, de ce fait, dans la consommation du café il Fès, donna plus d'importance il la régie du café. El ~Iokhtùr El Oujcli acheta cette ferme. Le pilon se trouvait il El '1\qbat El FirmI )) et El Mokhtàr avait un magasin de vente de café moulu il Bâb Ech Chemaïn, près de ~Ioulay EdrÎs. Ce privilège a été supprimé il y a une douzaine d'années. La légation de Fi'ance avait eu comme premier agent officieux ù l,'ès un Juif, qui était surtout l'agent de la fami Ile Ben Chimol. Il .Y a trente-cinq ans envi l'OU, cet agent juif a été remplacé par le Mokhtftr El Olljdi,qui s'est trouvé bénéficier ainsi de la protection française, L'origine vulgaire de cet agent et sa situation modeste empêchaient sans doute qu'il pÎlt devenir dangereux en prenant trop d'influence, mais, d'autre part, il était incapable de l'amener il nous les familles émigrées d'Algérie ayant une certaine importance et qui auraient pu être le point de départ d'un groupement sérieux. Les familles de chorfâ des Hâchem, de ~Iascara et des Beni 'Amer, les letteés, tous ceux qui occupaient en j\lgérie un certain rang, n'auraient jamais admis, en effet, de sc ranger derrière un Qourour'li, marchand de café moulu, et complètement illettré.
l(

ARCHIVES MAROCAINES

1\ sa mort, il .Y a vingt-cinq ans (mviron, il fut remplacè comme agent de la légation pal' son neveu, El llùdj Hammâdi ben (2ada El Oujdi, dont il sera padé plus loin. Les deux fils d(' El Slokhtâl' El Oujdi, tenus à l'écart par le HfHlj flammfldi, n'ont étè l'econnus comme sujets fi'ançais qu'il .Y a lWU de temps. Ils sont pl'opriétai l'es de la maison qu'ils habitent, Del'h El Ilâkim, et n'ont pas de fortune. Ils sont cordonniers.

Derb au-dessus du four de El 'Ayoun. Si Mohammed El Karadji, chérîf des Beni 'Amel'
de la Dâyat El Kharâdj . La famille d(~ Si STohammed est venue ù l'émigration. Il est né'gociant ('t a un fils qui fait du comnl.el'ce à Oujda. Sans fortune, propriétaire de la maison habitée pal' sa famille. Outre le fils (')tabli ù Oujda, Si Mohammed a deux autres fils avec lui il Fôs. Sujets rnal'ocains.

'Aqbal El FiNlIL Mohammed bel Boukhr1ri El 'Azzoazi.
Se prdelldch<'n'[f et originail'e (["Aïn Sfîsifa dans le SudOranais. Son p(\re,venu du Sa!lal'a, était cbau1l'eur de Halllmflnl. ::V[ohamme([ El Houkh;lri est meuniel' et a été) autl'efois pl'Ot<'~gé français comme <')tant au sel'vice du Ilüdj IIammàdi El Oujdi. Il avait épousé) une femme edôhl'e ù F(~s pal' sa Jwaut('~ et connue sous le nom de « Et Tahalouis », parce qu'dIe avait l'habitude de portel' en l'elTonnière, SUI' le front, llll louis d'ol'. Cette f(mllUe, qui était cll(~l'ifa « '1\laouïa », c'est-à-dù'e de la l'amille du Sultan, dut fail'c (;[ablil' pal' dl' l'au" t('~JlI()igllages Ull documeIlt d"adouls dablissant qu'elle étail chél'il'a « 'Alamia» pour pouvoir

LES MUSULMANS O'ALGÜUE AU MAnoe

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6pouseL' Bel Boukhâri, attendu qu'une chédfa « 'Alaouïa » ne peut épouser qu'un chédf « 'Alaouï » appartenant comllH' elle il la famille l'l~gnante. Le moulin de ::\Ioharillned bel Boukh:lri se tl'Ouve il « Ed Douh », IH'('s du consulat de France et de la maison du Hâdj 'Omar Et Tazi. Mohammed ben Boukhâri, outre la maison qu'il habite, est propriétaire d'une autre maison à Fès Ej ,Idid ; il est dans une situation aisée. Sujet français.

El Hâdj Hammâdi El Oly'di, mort il y a trois ans.
SOli père, « l\ mmi Qada » ('Abdelq:lder) El Oudji, faisait partie du convoi de Qouroul"lis que :Moulay 'Abderrahmân avait fait tl'ansporter SUL' des chameaux d'Oujda ;\ Fès. Le Hàdj Hamm,îd i (·tait né il Fès; rest(~ orphelin de bonne Iwul'<~, il a été éley(~ par son oncle El Alokht<îl', qui l'envoyait vendre du café en tasses il Er Hahbat Et Teben, sur une « deqiqna », hanc en Inaçonnel'ie où se trouve encore aujourd'hui un qahouadji. Plus tard, son oncle lui fit vendre du café moulu dans une houtique de « Er Hedf », près du marché aux poissons. A la mort de El Mokhtâr El Oujdi, son neveu lui succéda dans la ferme de la ,.égic du café et comme agent de la légation de Francc. Le lIùdj Ilanuntuli fut reconnu plus tard comme agent consnlai,'e. Les mômes raisons qui avaient elllp(\ch<'~ les «f\[ouh:ldjirÎn ) d'un ceL"Lain rang de se rapprocher dl' son oncle les <'llIp<'ehè,'ent <'~gakment <le se rapprocher de lui. Le Hàdj Ilam luâd i se ,'endai t compte, d'aiJleurs,qu'il avait tout int<'~l'<'t ;\ laissel' dans l'ombre des gens aux(ludsil dait notoircnwnt iLlf(~rimll' sous t011S les rapports. Sans l'tl'e d'li ne inl.<~lligellce remarquable, ct complètementiUeLtI'(~,leIl:ldj Uamlllüdi ne man<luaitpas d'une certaine habileté pour ses propres intél'l\ts ct son caractèrc Présentait un sino'ulier mèlano'c de sou11lesse et de vanit6. b b

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ARCHIVES MAROCAINES

Il avait su se crécr auprès du !lfakhzen une certaine situation, et Jit une assez jolie fortune, grâce il sa situation consulaire. On prMend <J ue le règlement des créances juives par M. Patenôtre, en ;1890, fut pour lui une source de sérieux bénéfices. Quoi qu'il en soit, le sultan J\[oulay El Hassan lui avait concédé il Djebel Qaurah, près du bastion sud, hors de Bâb Ej .Jdîd, des tert'es de labour appartenant au habous des QaraouyÎn, moyennant un petit loyer annuel insignifiant. Il lui avait donné également des « dahîrs » exemptant de tous impôts ses associés agricoles, Ould El J\Iouaïàni El Malki sur l'Oued Bedat, et Cheikh Et Taïeb El Haouachi El ~ralki à Chemakha sur l'Oued Tîn. Outee quelques autres propriétés, le Hàdj Hammâdi a laissé une maison qu'il avait fait hfttir et qu'il habitait, et qui repL'ésente une valeur de 12.000 douros environ. Il faisait également le commerce des babouches avec l'Égypte. En résumé, il a laissé en mourant une assez jolie fortune. On ne peut pas dire que le Hàdj Hammâdi ait jamais joué il proprement parler un rôle politique; ses fonctions ne l'appelaient pas, d'ailleurs, il en jouer. Il a su tirer personnellement un parti profitable de la situation qu'il occupait, et, lors de l'établissement du vice-consulat il Fès, sa fortune était faite. Sans doute, il a vu de mauvais œil l'établissement du vice-consulat qui diminuait son importance; il a peutêtre, comme on l'a dit, intrigué contre notre premier viceconsul, mais ses intrigues n'avaient aucun but politique; elles tendaient simplement à tâcher de faire croire que le vice-consulat ne serait pas maintenu, uniquement pour donner il supposer qu'il serait lui-même rétabli dans ses anciennes fonctions, et pour prolonger le plus possible l'importance de son personnage et les bénéfices qui en résultaient. Le Hâdj Hammàdi a laissé plusieurs enfants, dont l'aîné,

LES MUSULMANS n'ALGÉBIE AU MAROC

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Qaddoùr El Oujdi, administre aujourd'hui la fortune paternelle. Sujet français.

Derb El Hagar. Si Jlohammed ollld ben AOllda ben DjebbolÎl'. de Tlemcen.
Son p(~re, Ben Aouda, vint au moment de l'émigration. Il laissa un fils, Si Mohammed, et une fille. Il était marié à la fille de Sîdi Ahmed ben Ghabrit, de Tlemcen. Celui-ci, venu à Fès lors de l'émigration, s'y était muié, avait eu deux filles, puis était rentré en Algérie et s'était établi à Bel Abbès où il s'était remarié; de ce deuxième mariage sont nés Si Qaddoùr ben Ghabrit, vice-consul de France honoraire à Tanger, et d'autres enfants. Les deux filles laissées avec leur mère à Fès par Si Aluned ben Ghahrit, ont épousé, l'une un des OUlflcl Chandid, l'autre Ben Aouda hen Djebbolh. Si ~lohammed ben Djebboùr est fils d'une autre femme. Il était associé du Hùdj Harrunùdi pour l'exploitation de la régie du café. Il est aujourd'hui meunier et a une JJOutique d'épicerie à Er l1ahbat Et Teben. Un autre Ben Djebbor'rr, El Hassan, considéré comme le frère de Si Alohammed, ne sel'ait pas eil'ectivement Iils de Ben Aouda, mais un enfant qu'il aurait recueilli et élevé. SiM ohammed ben DjebbOl'u' n'a pas de fortune; il est propriétaire de la maison habitée pal' lui et a un peu de labour chez les OuhÎd El Hùdj. Si j[ohammed et El Hassan sont sujets fl'aIH:ais. Si Mohamed Ez ZI"al'i. Les Oulùd Ez ZI'\ll'i de Tlemcen sont venus à Fès au moment de l'émigration, et repartirent ensuite s'étahlir à Bel Abb<'~s. Quelques-uns y sont restés, d'autres sont reVCIlllS il F(~s. Si :\rohammed est luiAHCIl. MAROC.

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ARCHIVES

M,\HOCAINES

même revenu il y a une dizaine d'ann<;es; il est pauvre et vit de secours que lui dOIllW la famille des }[o(lqara il laqudle la sienne est allié; la mÔl'e du Hùdj ~[ohammed El.\loql'i était une Zl"al'ya. Sujet maeocain. SÎdi 111o/ulmmed Er!z C!zâdili, ch('~rif des Ilùchem. Son pôre et ses oncles sont vonus il Fès au moment de l'émigl'atiOIL Son p(\('(~ est retoUl'lHi il }[ascal'a; il (~st l'esté il Fôs avec ses one/os, SOCI'(ltaù'e, « Kùtih » (k Si 'AJ)d(~lk('ll'îIll hon Slîmfm ministl'o, des Alfail'es dl'angèl'os. Sans JOl'tune. Sujet mal'ocain.

Del'b en [ace de la maison de Sidi El Amin, fils de Moulay 'Abdel'l'a!zmfÎIl.

Son pèl'o, Sîdi El flfljjy, vint il Fôs au mouwlll de l'l~mi­ gl'atioll. ~('lgociant ; a sou hUl'eau au fondal( El l3ol'ka. Si Moh:lIllHwd bd Ilùjjy ost n;1(11b d(~s "\louhflc1jil'Îlll, ou des Ahl Tloms:ln, commo on les appelle anjolll'd'hui; il a épol!s('l la fill(~ de l'amin El Jlùdj 'Abclessalùm El .\Ioi/l'i. srenl,' du lJùdj ,\[ohamrnod, et habite avec sa Jomlll(~ et ses boaux-[r(~I'eS, I·:dl'is ot .\JllllUc1, la maison (l(l Zauqat Er lIetaI. Il a un frôre qui a UIW l)ûutiqu(~ au Sot"'fl EI13ùli, et qui habite avec lui. Ils sont riches tous les deux. Sujets llLaI'ocains, Ouldd El llaqiqy, de Tlemcen, Leur Jamille est VCHue à Fès lors de l'(~migration, Ils sont ;nrjounl'hui cinq ou six, tous ouvriel's cOl'doullieJ's, sans [ortullc ; sont pl'Upriétaires de la maisoll q n'ils habitent. Sujets mal'ocains. "\laison des Oulâd El BrÎl'otldi, Quoique Vl~IHlue il Chtiong Benaui, cdte grando et helle maison est encol'e conlllW sous 10 nom de scs auciolls propriétaires. Los Oulùd El l3ùl'ol'l(lide Tkmcen, qu'il ne faut pas confondro avec les Oulàd Ahàr'ut"ldi (le Tanger, qui SOHt

LES MUSULMANS D'ALGÉRIE AU MAROC

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Rifaiùs, sont venus ~t Fès lors du soulèvement de Ben Chérîfi. L'un d'eux, El Hâdj Mohammed El Bârolîdi, a été amÎn à Tanger sous le règne de :Moulay 'Abderrahmfm. Cette famille, qui était riche lors de son al'rivée au Maroc, est aujourd'hui complètement ruinée; elle ne comprend plus que quelques jeunes gens très pauvres. Sujets marocaIns.

QUARTIEH DE

EL

GUEZÎRA.

Oulûd ben Cha' bân, chorfâ des Beni 'Amer. Le grandpère des Oulâd ben Cha' bfm actuels, Si 'Abdelqâder, vint à Fès lors du soulèvement de Ben CIH~eîf. Sans fortune, ils habitent une maison dont la moitié leur appartient. Sujets Il1arOCalns. Oulâd ben 'Othmân, Qourour'lis. Leur gl'and-père, El I-Iâdj 'Abdelqâder ben 'Otlul1ân, qui étaithey de Tlemcen, vint à Fès au déhut de l'émigration. Les petits-fils sont propriétaires d'une belle maison dont ils habitent le!H'emiel' étage et louent le rez-de-chaussée. Sujets marocains. Derb El Mzerdeb. Si Mohammed El lVIisoiim ould Lemlzor, de Mascara.
Son père, le HâcIj El Milotld, qui avait été un des « Oukîls )), sorte cIe COll sul de J'l~mir dans la partie de l'Algérie occupée par la France, après k traité Des Michels, était venu à Fès au mOIllent de l'émigration. Si Mohammed El ~[isoùm faitavec Tlemcen un commerce de babouches et de haïks, et y va assez souvent. Il est aisé, habite une maison qui lui appartient. Il a quatre fils encore jeunes, et des parents qui habitent :\fascara. Snjet marocalll.

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LES ARCHIVES MAROCAINES

Olllâd ben Ikhlef, chorfâ des I-Iâchem. Cette famille cst venue à Fès lors de l'émigration. L'un d'eux est à Manchester comme représentant d'un des principaux négociants de Fès, El Hâdj Tâleb Ez Zraq, qui est propriétairc d'une marque de cotonnade anglaise à son nom. Un autre a une boutique d'épicel'ie au Soùq En Nakhkhâlin. Ils sont plusieurs cousins qui habitent ensemble une maison leur appartenant. Sujets mal'ocains. El Faqih Sid Elllûdj Mohammed ben iVlollçtafa El j}fecherfi, chérîf des Hâchem, qâdi cles Hayâyna, autcur de El HOlllal El Bûhya. Il est venu avec son pôre, lors de l'émigration. El Hâdj Mohammed habite généralement Fès et va dl' temps en temps chez les IHy' yna. Sujet marocain. Derb Chefchaollni. El Hâdj Edris ben Mar'nia, de Qal'at lIaouara, près de :}Iascara. Son père, le Ilâdj Mohammed, est venu lors de l'émigration et figure sur la liste qui accompagne le clahîr' de Moulay 'Abderrahmân. Le Hùdj Eclrîs a une fabrique de savon et est culti,"ateur. Il est riche et possède plusieul's maisons et plusieurs jardins. n a un fils et une fille. Se prétend chérîL Sujet Inarocaln. Si Mohammed ben Ichcholl, de Tlemcen. Cette famille est venue au moment de l'émigration. Si }[ohammecl est tùleb et enseigne le Qorân au Dâl' El Makllzen à des petites filles de la famille du Sultan. Il est dans une situation aisée. Sujet marocain. Derb So 'oûd. Si iWohammed bel Aredj, cles chol'fù ~Ioghraoua des Ilâchem. Sa famille vint à Fès apl'ès la bataille de Taghin.

LES MUSULMANS n'ALGÉRIE AU MAROC

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Il a un fils commerçant il Tlemcen. La maison qu'il habite appartient aux Oulùd Lebhâr, originaires de Tlemcen, mais dont l'établissement il Fès est très ancien. Si Mohammed et son fils sont sujets marocains. Dans la maison dite « Dùr Ben Edrîs », qui appartenait autrefois au vizir de ce nom, sous le règne de }loulay 'Abderrahmân, et qui appartient aujourd'hui au Hâdj Et Tâleb ben Ez Zraq, habitent Si Elllabib ben Cheikh, chérîf des Hâchem, fabricant de « zahlej» (carreaux de terre cuite coloriés et vernis, dont on fait des mosaïques), Sidi El Mamoûn, chérif Hâchemi des Oulttcl Sîcli Daha, chérîf Hammaudi d'Andalousie, qui est enterré il n'ris, près de Mascara. Tous deux sont sujets marocains. Leurs familles sont vcnues il Fès lors de l'émigration.
QUARTIER DE «

EL

QATTÂNîN ».

Çabal El Qaradîn. Olllàd ben A ollda, de Tlemcen. Famille venue il Fès au moment de l'émigration. Les Oulttd ben Aouda sont trois fils et quatre filles. Leur père, Ben Aouda, était sujet
fran~'.ais.

Zoqâq El Bér'al.

Si Djelloûl Ez Zl"ari, de Tlemcen. Sa famille, venuelors de l'émigration, est en partie retournée en Algérie il Sîdi bel Abbès. Lui-même a été commerçant dans cette ville, puis il est revenu il Fès avec ses enfants. Très pauvre. Sujet français.
Derb El Hammâm El Qal'a.

Si Yoûsollf oald Boû Beker, el son frère 'Abdel'aziz.
Leur père, Boû Beker, ancien « agha ) de l'Émir, réfugié au Maroc, a été « agha» il Taza sous le règne de Sîdi Mo-

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LES ARCHIVES MAROCAINES

hammed et pendant une partie du règne de Moulay El Hassan. Il est mort il Taza. 'Abdel 'azîz est négociant il Oujda, son frôre Si Yoùsouf est son correspondant d son associé il Fès. Ils sont il leur aise et sont propriétail'es de la maison de Derb El Halllmâm. Sujets marocains.

Zanqal Souâk, près de Moulay EdrÎs, dans le Horm . .~ Moulay 'A li ben BoLÎ 'A bdallâh el son frère Moulay Ahmed, chorfâ de Tlemcen.
Leur père est venu il Fès pendant l'émigl'ation. Ils sont libraires. Moulay 'Ali a une boutique où il vend des li\Tes aux « SbiLryîn ». Il a un fils. Ils ne sont pas riches. Sujets mal'ocarns.
QUARTIER DE CUERNIZ.

Si 'Omar ben Zerouâli de Mascara.
Son père, Si Mohammed, venu pendant l'émigration, est mort en laissant L!"ois GIs: Si Omar, Si Ahmed et Si ~Io­ hammed. Si Omar est percepteur du dl'Oit des portes il Dàb SegUl'a. Il a cinq fils. L'aîné, 'Abdelqùdet', est menuisier, trois sont cordonniers et un est il Constantinople. Si Ahmed est mOl't en laissant un {ils en bas âge. Si ~Io­ hammed est mort également, en laissant une fille qui est mariée. Ils n'ont pas de fortune. Sujets marocains.
QUARTIER DE

EL

HAFFÂRÎN.

Derb 'A ïn El Rhil. Si Zyân el Si Mohammed, des chol'fà Khalchîn des Beni 'Âmer.

LES MUSULJlIAl\'S n'ALGÉRIE AU JlIAROC

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Leur père est venu il Fès au moment de l'émigration. Si ZyâIl est fermier des « NI eks » d'une partie des marchés de Fès. Si J\Johammed est fahricant de babouches. Quoique n'ayant pas de maison il eux, ils sont il leur aise. Sujets marocains.

Derb Zyâf. Oulâd Bel Mahjoûb, de Tlemcen. Ceux qui sont vcnus pendant l'émigration sont morts. Si Hammo bcl Mahjoùb est mort il y a cinq ans, en laissant plusieurs enfants en bas âge, qui habitent avec leur mère une maison leur appartenant. Les Oulâd Bel J\Iahjoùb avaient autrefois d'importantes propriétés il Tlemcen. Sujets marocains. Derb Bou 'Oqda. El Hâdj El Raouti El Bali R'alem ben Djebboûr. Leur famille, originaire de Tlemcen, est venue il Fès pendant l'ômigration. EllIâdj El Haouti a, il Has Ech CherrfltÎn, une boutique où il vend du café en grains. Son ne"cu BOll H'alem a une boutique d'épicerie il Er Hecîf. Ils habitent tous les deux ensemble, dans une maison qui leur appartient en commun. Sujets fl'ançais.

QUARTIER DU FONDAQ

EL

YOUDI.

Oulâd Boû Zyân, de Tlemcen. Famille venue au moment de l'émig,'ation. Ce sont des tisserands de couvertures de laine. Sans fortune, propriétaires d'une maison. Sujets marocains. Oulâd Ben Harbit, Chorfâ de Tlemcen. Cette famille, veuue pendant l'émigration, était assez riche et se composait de négociants ([ui faisaient des affaires avec

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LES ARCHIVES MAROCAINES

Tlemcen et Oujda; ils sont tous morts et il ne reste plus que des enfants encore jeunes. Sujets marocains.

QUARTIEH DE ÇAR'A_

Derb Saba' Louyal. Gulâd Ben Nowla, de Tlerncen. De cette famille, venue au moment de l'émigration, il ne l'este plus que des filles et des enfants encore jeunes. Ils sont riches et habitent une maison qui leur appartient. Leurs parents étaient négociants. Sujets marocains. Souq Rahbt Qis. Oulâd Ben Thâbet, de Tlemcen. Il y a il Fès plusieuI's familles d'()ulâd Ben Thâhet. Les uns, chorfà venus pendant l'émigration, les autres non chorfâ, venus s'établir à Fès longtenlps avant. On prétend que ceux de El' Hahbt Qis appartiennent à la deuxième catégorie, Le chef de cette famille, à Fès, est actuellement Si :Mohammed ben Tâleb, négociant; il a son hureau au fondaq Et Toujjar, près de sa maison. Il est représentant à Fès, pOUl' lps sucees, de la Cie Paquet, de "Marseille. Marié à une BentAngoud, de Tlemcen, dont il a plusieurs enfants. L'aîné, Si El Hossein, a une boutique au Soùq Eç Çahat (marché aux hahouches). Les Oulâd ben Thâbet sont eiches; propri étaires de la maison qu'ils habitent. Sujets fean<:ais.

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1

Derb Jennyaral . Les Angoud, de Tlemcen. Venus il Fès avant l'émigration. Le chef de la famille, Ammi 'Ahdelqâder Angoud, est

LES l\WSULlIlANS D'ALGÉRIE AU lIlAROC

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mort il Y a un an, à un âge très avancé. Il avait été très riche et on affirme que son père lui avait laissé plus de trente maisons à Fès. Cette fortune, mal administrée, a disparu en grande partie, et à sa mort, Ammi 'Ahdelqàder n'a laissé que deux maisons et un jardin, à l'extérieur de la porte de Sîdi Boù .Jida, SUI' la route qui lnè'lw au pont de l'Oued Fès, après sa sortie de la ville, en anl (El Qantara de Ben Tato). Il a eu plus de cinquante ('nfants, tant de ses femmes légitimes que de ses nomhreus('s négresses. Presque tous ces enfants sont morts et jl ne reste qu'un fils déjà âgé et cinq ou six filles. Ammi .Ahdelqâder Angoud était sujet français.

Dl'ib çara. iVohammedEl Uuahrâni, de Tlemcen. Beste seul de cette famille, venue pendant l'émigration. Il est tisserand de couvertures de laine. Sujet marocain. Del'b Hajal' En Nhâl'. Sîd Sa'id El Mecherfi, deschodâ des Ilàchem. Sa famille est venue après la bataille de Taghin. Il est propriétaire de la maison qu'il habite et a une houtique il El 'Attâtîn El Kch'ra. Son HIs a une boutique à El 'Attflrîn Çar'îra. Ils sont aisés. Sujets français. Diouân. Oulâd Bel Habib, de Tlemcen. Venus pendant l'émigration. Il n'en reste plus qu'un grand nombre d'enfants encore jeunes, dont le père était tisserand. Sans fortune. Ils louent la maison qui leur appartient. Sujets marocains. Si Mohammed ben Amal' Koujabach, de Tlemcen. Chargé

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LES ARCHIVES MAROCAINES

de la poste française, dont le titulaire est le consnl de France. Il habite l'immeuble occupé pal' la poste ;\ Ed Diouân. Si Mohammed Koujabach est ycnu il Fôs il y a deux ans, ponr assurer le sel'yice postal; il appartient a l'administration des postes en j\lgérie. Citoyen fl'an~'ais,

QUARTIER DE « EL BLIDAII n.

Si Jlohammed ben Ncmich, chérit' des Beni 'Amel'. Sa famille est venue il Fôs pendant l'l'migl'ation. Si Mohammed est 'ûdel ilFi~s El Bùli, il a un fl'èl'e comnlerçant. Son fils, qui était retourné il Tlemcen, est revenu il Fès. Sans for· tune. Sujets marocains. Derb .fiaf. Sfdi Ahmed El 'Abddallahollï, ol'iginail'c ries em'irons d'Alger. Il est venu, ily a peu d'anné('s, il Fès, où il a été envoyé par la zaouïa mère, COlllIlle moqaddelll de la zaouïa (le Sîdi Ahmed Et Tidjùni, il F(~s. II se prétend descendant du chérif d' 'Aïn Îllahd i. Tri's ùgé, Sidi Ahmed ne sort plus; il vit (les pl'oduits de la zaouïa. Son fils, Sidi ~[o­ hammed, (lIÔ est lui,nH\me un homme d'un cel'tain àge, va assez souvent en Algét,je, d'où il est l'evenu il y a quelques mois. Sirli j\ hmed et son ms se considèrent comme sujets français, sans que leur situation ait jamais t'té régularisée. SOlllgel Ben (-'afi. Oulâd Sid El Hâdj Ed Dâolldi, de Tlemcen.
Sid El Hàclj Ed Dâoucli faisait partie des 'Oulemà de Tlemcen, il est venu il Fès au moment de l' ('migration et est mort sous le règne de Moulay 'Abdcl"rahmàll. Il ne l'este

LES MUSULMANS n'ALGÉRIE AU l\IAIWC

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qu'un de ses fils, Sîd El Habîb, qui est adoul dans la rue de Et Tala 'a. Il a lui-même des enfants et des neveux. Sans fortune, ils habitent la maison qui leur appartient à Souïqet Ben Çafi. Une autre branche des Oulâd Ecl Dâoudi habite Taza. Sujets marocains.

Tala'at El Lemlya. Si iVlohammed El Boûzidi, ch(~rîf des Beni 'Âmer.
Sa famille est venue pendant l'émigration. Il est tisserand. Sujet marocain.

Boû Tâleb, chérîf des Beni 'Amer.
Sa famille est venue au moment de l'émigration. Sans fortune. Employé du « :Meks )). Sujet marocain. El lfâdj Edris En Nemichi, des chol'fft Nemarcha des Beni 'Âmer. Sa famille est venue pendant l'émigration. Sans fortune. C'était un tâleb, mort il y a peu de temps en laissant plusieurs enfants encore jeunes. Sujet marocain.

Tala'al El Andalous. Moulay Ahmed El Khâlidi, des chorfà des Beni 'Amer.
Il est venu d'Algérie, il ya une vingtaine d'années à peine. Est aujourd'hui « 'âdel» à Fès. Il s'est marié et a plusieurs enfants; il a acheté une maison qu'il habite. Sans fortune. Sujet marocain.

Derb El lforra. 8id Khalil ben Çâlih, chérîf ~Ieriàni des Beni 'Âmer, qâdi de Méquinès.

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LES ARCHIVES MAROCAINES

Son père, Si :YIohammed ben Çàlih, fils d'une chérifa Khaldya, était, du temps de l'Émir, qâdi des Khouâled; il était venu à Fès il y a une soixantaine d'mmées et y est mort. Après avoir été « nâïb », suppléant du qâdi de Fès, Si 'Abdallâh bel Khadl'a, mort il y a un an, et remplacé pal' Si 'Abdessalâm El Haouâri~ il a été nommé qàdi de :Méquinès. Il a un fils « 'âdel» à Et Tala'a. Assez riche, il est propriétaire de deux maisons à Fès. Sujet marocain.

Liste des familles originaires de Tlemcen établies à Fès pendant l' émig rat ion.
1. Oulàd ben Athou, chorfà ; 2. Oulâd ben Qihil, chorfâ ; 3. Oulâd ben Mançoùr, chorfà ; lI. L'un d'eux, Si Ahmed, a été autrefois tâleb du viceconsulat d'Angleterre à Fès; il est aujourd'hui k{uib, secrétaire du ministre de la Guerre SiMohammedEI Guebhàs qu'il a accompagné à Tanger; 5. Oulâd Z'r'ari; 6. Oulâd Ben Yahia, chorfà ; 7. Oulâd BI ::VIehendez ; 8. Oulâd Mesouâk, chorfà; 9. Oulàd El Qaïsi, chorfà; - 10. Oulâd ben Thâbet, chorfà; 11. Oulâd Boù Telli; 12. Oulâd Embaïou Ahmed; 13. Oulâd ben Çari; il!. Oulâd Boù Chenaq; 15. Oulàd El Obbadi; 16. Oulâd Boù Allou; 17. Oulâd El Farouï; 18. Oulâd ben 11erzoùq, se prétendent chorfâ, ne seraient que « mouràbitîn }) ; 19. Oulftd ben Hamdàn;

LES ~JUSULMANS D'ALGÉRIE AU MAROC

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20. Oulâd Ben Zahaf. chorfâ ; 21. Oulâel Sîeli Berhim, chorfâ ; 22. Oulâel Sîeli ben Sa 'îcl, chorfà; 23. Oulâcl Ben Noura; 24. Oulâcl Den Doukht; 25. Oulàc1 Ben Harhitt, chorfâ; 26 Oulàd El :\Iahjoùb; 27. Oulâel Chaneliel ; 28. Oulâel Den Haelada; 29. Oulàd :\lami ; 30. Oulâel Bel Hâclj; 31. OUlflel Ben 'Allâl se prétendent chorfà ; 32. Oulâd El :\Ioustafa; 33. Oulâd Et Tâher, chorfâ ; 34. Oulâel Boù Jenân ; 35. Oulâd El I\foghl'aouï; 36. Oulàd Ben Dado; 37. Ouldd El Haïclouni , 38. Oulâel Ben Della Gahia ; 39. Oulâcl Ben Baj; 40. Oulâd Qra- 'Ali ; !l 1. Oulâel Ben Slîmàn: !l2. Oulâcl Ben Chah, se prétendent chorià; f.3. Oulàel El Ml"ari; MI. Oulâd Bel Qàïcl ; Mi. Olllàcl El Briksi; 46. Oulàc1 El Haqîqi ; !l7. Oulàd Zenaglli; 48. OulM Den Sàlek; f19. OultHI Ben Halîma ; 50. Oulâd El :\Iedelsi ; 51. Oulàcl El Oujdi ; 52. Oulâc1 Zamàn ; 53. Oulàd El Dejaouï; 54. Oulflel Ben Sacdoùn ;

110

LES ARCHIVES MAROCAINES

55. 56. 57. 58. 59. 60. 61. fi2. fi3.
()~.

G5. 66. 67. fi8. 69. 70. 71. 72. 73. 711. 75. 7ô. 77. 78. 79. 80. 8t. 82. 83. 811. 85. 8ô. 87. 88. 89.

Oulâd Ben YamÎna ; Oulùd He n YamÎn ; Oulftd :\Ilian; Oulùcl Bach; Oulùcl Ben 'Otlunân; Oulùd Bel Bey; Oulâcl Ben Es Sehâh; Oulâd Boù :\Ial'sa, chorfâ; Oulâd Youlles; Oulâd BolÎ '\Ihetal; Oulâd BolÎ Ada; Oulâd Gaïdous; Oulâd Ben Bot'! Sa'îd, chorfâ ; Oulâd Es Stambonli ; Oulùd Ben Bor'! 'Ayâd; Oulâd Ben lIa ttal; Olllâd Bell Tll/'ki; Oulâd Beu lchchou; Oulâd Ben Botl Ajar, chorfâ; Oulâd Ben CheIkha; Oulâd Ben Zar'ou; Oulfld El Adisi ; Oulàd El Meu' ouâni ; Oulâd '\lhedch; Oulàd Ben Djebboùr; Olllàd Hel Hassan ben Hassoun; Oulâd Ben Dal"ouch; Onlâd Ben "\lellClil, cllOI'ffl; Ou làd Ben Choukcholl Ibrâhîm ; Oulâd El Khallir, chorfâ; Oulüd Ben Edl'is; Onlàd Saheli; Oulàd Bot'! Mal"na; Oulàd Bot'! Dl"all; Oulâd El Qalaï ;

LES MUSULMANS D'ALG}~RIE AU ?>L\ROC

Hl

90. 91. 92. 93.

Oulâd Bot'! Chdad; Olllùd Zellâm; ()ulùd Çahim; Oulâd Chaouch; 9ü. Oulàd _\Talanwll; ~)i). Olllàd Bo(' \\.harl'ouha; DG. Oulâd 130(' Khoucha; D7. Oulàd Ben 'Abdelouàhcd; 98. Oulàd Ben l'àleb ; 99. Olllâd El Fantasi; 100. Oulâd Ben Ykhlef; 101. ()lllàd Ben Si Djelloùn ; 102. Oulâcl El Hac/dâm; t03. Olllâd En Nejar, chorfâ; HM. Olllàd Ben Hanlluâc/.

La pillpart c/es noms figurant sur ceUe liste Ile COITespondent pas simplement à des familles, mais il de véritablesU'ibus, qui comprennent elles-mêmes plusieUl's familles; ces cent quatre noms représentent donc facilement plusieurs milliers d'Algél'iens. Si on y ajoute toutes les familles relevées dans le recensement pal' quartier, et c/ont le plus grand nombre est venu il Fès après la conquête de l'.\I,-',,;rie, on arrivera cel'lainement au chiŒre de quatre ou cinq lnille personnes. Comme on l'a déjà vu, les Ahl 'rlemsâ hahitent principalement les trois quartiers de El Qalqlyîn, Has Djenân et El "l\ïoun. Les quelques familles dont les noms suivent se sont établies il Fès avant la conquête de l'Algérie par la France. Quelques-unes d'entre elles ont déjà été citées dans le recensement pal' quaL,tie,'s. Oulâd El Lcbbâr, dont l'établissement à Fès remonte à une époque très ancienne. Oulâd El Moufoq. Cette famille est alliée il celle des

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LES ARCHIVES )IAROCAINES

Moqqara. Si ~IohammecL El ~Ioufoq, à la suite de certaiaes difficultés qu'il avait eues avec un gouverneur de Fès, s'était enfui en Algérie. Après y avoir résidé un certain nombre d'années, il s'est fait naturaliser Français et a fait son service militaire dans l'artillerie. Hevenu au ~Jaroc, il faisait le commerce des babouches. LOl'squ'en 1887 le gouvernement français envoya en mission à Fès le lieutenant du génie nager, ~Ioufoq lui servit d'interprète, quoique ses connaissances de la langue française fussent assez rudimentaires. Il est mort il :" a quelques années, en laissant des enfants en bas âge. Oulàd Dehira; Oulùd Ben 'Abdallàh; Oulàd Ben Gamizo (un membre de cette famille habitait autrefois El Qçar); Oulùd Ben Djehara ; Oulàd Zemàma; Oulàd Ben Et Tahami ; Oulàd El ~Ioqri; Oulùd El Bùroùcli; Oulàd El ~Jendez; Oulàd Bot! ;\rl'a; Oulùd Bal" Jenàn; Oulàd El .\[alki; Oulàd El .\[ezr'rani; Oulùd El .\nui; Oulùd "ra/,iri; Oulàd Ben Thâbet; Oulâd Angouel. A hl TOllat. Aux familles ol'lgmaires d'i\lgérie, il faut ajouter' les gens du Touat établis à Fès et (lui comptent environ trois cenLs familles.

LES MUSULMANS D'ALGÉRIE AU MAROC

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Les gens du Touat sont principalement employés dans les travaux d'irrigation des jardins et des melonières des environs de la ville; un grand nombre sont « guerrâba », porteurs d'eau (l'eau est transportée dans des outres de peaux de chèvre appelées « Guerba »). La corporation des ouvriers employéS à la manutention de l'huile et du beurre au « Qa 'at Ez Zib ou Es Smen » (fondaq où se tient le marché de l'huile et du beurre), est composée de gens du Touat: de même les « Fahhâma», marchands et porteurs de charbon. Il y en a égalem.ent un grand nombre qui sont « baqqâla », marchands d'huile, de beurre, de miel et de savon. La corporation des « haqqâla » est formée presque exclusivement de gens du Sous et du Touat. Les Ahl Touat sont tous khoddâm, serviteurs de la confrérie Touhamia (Ouezzau, Dar Damana). Comme on l'a vu, ils forment une fraction il part dans cette confrérie qui se réunit avec celle du Tafilet et des Ahl Tlemcen, à la zaoUIa de Sîdi El Hâdj El Khayyât. On a vu également que les chorfâ d'Ouezzan perçoivent SUI' les successions des Ahl Touat la part du Bit El MM. Le moqaddem des Ahl Touat à Fès, qui est le moqaddem de la fraction du Touat de la confrérie Touhamia, est chargé de recueillir cette part d'héritage. Il est nommé par les chorfâ d'Ouezzan. Quoique simple moqaddem de confrérie, c'est-à-dire n'ayant en dehors de la zaouïa aucune autorité administrative, le moqaddem des Ahl Touat intervient dans les discussions que les gens du Touat ont entre eux. Outre la zaouïa de Sîdi El Hàdj El Khayyât où se réunit la Touhamia du Touat, les Ahl Touat de Fès ont une autre zaouïa particulière dans le Derb En Nouaryîn (quartier de Zoqâq Er Roman), à la mosquée de Sidi 'Allâl El Ouazzani. En résumé, les Ahl Touat de Fès, tout en étant soumis à toutes les obligations des sujets marocains, forment une véritable corporation avec ses usages, ses lieux de réunion et son moqaddem, sous l'influence protectl'Îce des chorfâ
ARCH. MAHOC.

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ARCHIVES 11AROCA1NES

d'Ouezzan. CeL ôtat de choses esL bien anLérieur il l'OCCll' pation du TouaL pal' la Fermee. Hien n'a (·té [ait depuis ceLLe époque ponrn\gn/arisel' la siLuation des Ahl Tonal de Fès. Un seul Touati de Fôs a {'Lé jusqu'ici l'econnu comme sujet [eanç.ais en Lant qu'(ll'iginaire du TouaL, c'est le cavalicl' du consulat de Franœ ù F(\s, El JJridj iYJohammed Et TOllali, diL Lagha. (> Touati, venu de son pays enCOl'(l enfant, a commell(:(~ pal" (\tl'e au sel'vice de Sidi '.\bdelli,J\rÎlll El Ouazzani dll Zel'houn, fl"i~l'e de Sld El HàdjLal'hi, le môme qui a teahi les Uùchem il El ,\Iazeria. comme on l'a vu préc{ldemlllent. l\ la mort de SI'di '"\hdel· kérîm,LJag!ta a ü'avai ILél au « Qa 'at Ez ZiL n, puis il est ('Iltr(', au sel'viee du Bùdj Uammâdi El Oujdi, ag(~ut consulaire de France, d'où il est passl'~ ;', celui du consulat. Le principe lIe la reconnaissance des g<~ns du Touat comme sujets 1'l'ançais esL doue {,tahli. Les J\ hl Touat [orment (,gaIement ù Fi's une compagnie de tireurs « Er Hemat Ahl Touat )), qui compte environ tl'ois cents fusils. Comllle toutes les confr(~'ries d'exercices de guerre, celLe compagnie de tireurs est placée avant tout sous l'invocaLion de « Sidna 'Ali )), mais le cheikh spécial des « El' nelllat Ahl 'rouat II est un mal'ahout ('11[('1'1'(\ ail TonaL. Ces ti['(~urs du Touat ont, Ù [<'ôs, nn moqadd('m partienliel', <lui veille il l'application des l'ôglüments en usage dans les confréries de ce genl'e et (lui ont (',L('~ (k~lTits dans les Archives Jfarocaines (Les u'ibu3 arabes de la valJ(~c du Lekkoùs). POUl' leurs exercices, les « El' lleillat Ahl Touat )) se r() UII issent en tL'e e IlX seuls, sa us se lnde l' au~ autrcs conlpagllies de « El' Hema n de Fès. Au~ l'l\tes, aux m:ll'iages des gens du Touat on d'un chèl'H Ouczzani, ces tireurs font le « la'b el hÛl'oùd n, le jeu de la pOlldl'e, mais toujOlll'S entre eux, sous la direction de leut' moqaddcm particulier, qui u'e~t pas le môme (lue le moqaddem des Touhall1a du Touat. De mêmc, lorsqu'un chérif Ouezzani entrc il Fi's,

LES lIIUSULMANS n'AU;ÉRIE AU lIIAROC

et que les quatre fractions de la confrérie des Touhama vont à sa rencontre, avec leurs bannières et leurs moqaddem particuliers, indépendamment des Touhama du Touat, les « Er Bemat Ahl Touat)) vont en armes et en corps à sa l'encon tre sons la direction de leur moqaddem. De même que les gens venus d'Algérie, les gens du Touat ont donc conservé il Fès leul' physionomie particulière. De plus, même avant la prise de possession du Touat par la France, les « Ahl Touat» qui venaient au ::\1aroc se sont toujours considérés plutot comme des serviteurs des chorfà d'Ouezzan qne comIne des sujets du Sultan. Il semble que la présence il Fès de cette quantité considérable d'individus origi naires de pays soumis il notre autorité, dont qnelques-ulls ont conservé de la famille dans ces pays et y enlJ'etiennent des relations d'afl'aires sans parler des souvenil's et des liens religieux, ne devrait pas être méconnue.

E.

::\hCHAUX-BELLAIRE.

TRADUCTION DE LA FETOUA DU FAQÎH SIDI 'ALI ET TSOULI
A

Contenant le

«

Souâl

»

du Hâdj 'Abdelqâder ben Mahi

Ed Din et la réponse.

Au nom cie Dieu clément et miséricordieux. Que Dieu répande ses bénédictions sur Notre Seigneur :Mohammed, sur sa famille et sur ses compagnons. Louanges il Dieu il qui nous n'associons personne, en dehors de fi ni nous ne trouvons pas de secours, qui pénètre les cœurs des croyants afin de distinguer le bon des méchants, et qui reconnaît les signes du courage. Que la b(;nédiction et le salut soient sur Notre Seigneur Mohanlllled, qui nous a sauvés des dangers et du péché, qui s'est interposé pOUl' nous obtenir la miséricorde de Dieu après la Yic, qui a frappé victorieusenlent les ennemis de la religion, flui a fait la guerre sainte il ceu,," qui s'écartent de la bonne voie, qui a lutté contre ceux qui ajoutent ;\ Dieu un fils, que la hénédiction et le salut soient sur lui, sur sa famille et sur ses compagnons, qui ne redoutaient pas les escadrons nombreux malgré leur petit nombre, ct qui ne craignaient pas les infirlèles dont le nombl"e et les armes (~taient très supérieurs aux leurs. Il y a quelque temps, il est venu de la région d'Alger (que Dieu la conserve il la foi !) une lettre de son khalîfa, champion de la guerre sainte dans la voie de Dieu, Sîdi El Hâdj 'Abdelqâder Mahi Ed Din. Que Dieu protège ses

TRADUCTION DE LA FETOUA DU FAQÎH SÎDI

'ALI ET TSOULI

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escadrons, que la victoire lui soit en aide et qu'elle soit son soutien et son compagnon. Cette lettre est relative il diverses questions, ainsi qu'on le verra dans ce qui suit. Notre Seigneur, l'Imam, grandprêtre de l'Islam, qui le gouverne tout entier, représentant du peu pIe de notre Seigneur Mohammed (que la meilleure bénédiction et le salut soient sur lui !), qui a vaincu les tyrans idolâtres par la lame et l'épée, l'Émir des Croyants qui tient dans sa main le Livre et la Sounna, descendant de princes illustres, le victorieux par la grâce de Dieu, Moulay 'Abderrahmân ben Hichâm (que Dieu lui accorde de longs jours, que ses vœux soient exaucés et que la victoire lui soit assurée par le Maître généreux !), lorsqu'il prit connaissance de cette lettre, chargea son esclave, conscient de sa faiblesse et de son incapacité, de répondre aux questions contenues dans cette lettre, comme il le jugerait convenable. Il obéit il cet ordre et répondit conformément il ce que lui dictait sa conscience. Il (le Sultan) avai t ordonné de faire une réponse courte et de ne pas l'allonger par des amplifications. Lorsque le Sultan (que Dieu le soutienne dans son amour du saint !), dans son désir de le divulguer et d'empêcher les innovations apportées il la religion, eùt pris connaissance de cette réponse, afin de dompter les hérétiques oppresseurs ct les ennemis de la doctrine et de ses principes si conciliants, afin de convaincre ceux qui sont hostiles il cette doctrine, ou qui la méprisent, il jugea que la réponse serait ainsi trop courte et ne suffirait pas. Il donna alors l'ordre il l'auteur de faire une étude com plè te de toutes les propositions apportées, qui traite tous ses différents sens et qui s'étende à ce qui peut être dit il ce sujet, jusque dans les détails, et satisfasse complètement en s'étendant dans la réponse et en répondant à tout ce qui peut avoir trait à la question, de façon à ce que la vérité

us

ARCIIIVES MAROCAINES

soit hien étahlie. Conformant ma réponse il ce que les faits ont de contradictoil'es avec les règles de l'Islam, je dis que l'étude approfondie de toutes les questions qui s'y rattachent, exige une connaissance appl'Ofondie de la jurisprudence et de ses lois. Il faut une science très étendue il laquelle ne suffit pas un ignorant comme moi qui se perd dans ses détails et ne possède pas une base suffisante. Il s'égat'e dans une semblable étude, et c'est pour son intelligence llll pémihle travail que de mettre ù jouI' la vérité sans y ôtl'e suflisanunent préparé. Slais l'ordre reçu m'a pOUl' la deuxième fois chargé de répondl'e comme je pouvais le faiJ'e avec mes faibles faculté's, ct 1(" voyageur qui marche aussi J'apidement qu'il le peut estpal'donné si, malgré ses efforts, il est en retal'd, C'est en Dieu, qu'il soit exall<~, que je trouvet'ai mon aide, c'est le meilleur maître et le meilleur guide.

Voici le texte de la proposition (Es Souâl) : Louange il Dieu, ù Nos Seigneuries les docteurs, la gloire de la religion, flarnbeau des ténèbres, les jurisconsultes cie la ville de Moulay EdrÎs, qui donnez les solutions de tous les problèmes, auprès de qui viennent s'instruire les étudiants étrangers, (lui soutenez la religion, ce que vous admettez est juste et C(" que vous repoussez est sans fondement, vous qui savez dans les apparences distinguer le vrai du faux. Votre réponse (que Dieu vous garde!) set'a conforme il l'importance de la question, qui a trait il la calamité qui pèse sur le pays d'Alger, livré aux intrigues des illlidôles. En efl'et, les ennemis infidèles s'emparent du domaine

TRADUCTION DE LA FETOUA DU FAQln slDi

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des ~lusllhnans, tantôt pal' l'épée et tantôt par les ruses de leur diplomatie. Il se t!"Ouve dos ~[usllhnans pOUl" faciliter leur pénétration et pOlI 1" proclamor 101lr souveraineté; ils lonr procurent des chevaux, et poussent lour servilité jusqu'à dévoiler aux infidèles tous les seCl'ets des .\Iusulmans. D'autres Arabes, voisins de ceux qui se cond uisent ainsi, inclinent il la résistance aux lois et aux refus do 10Llr obéir, et si on leur demandelellr aide, no bougent pas, ct l'état actuel (tlo la région tl'Algol') est uno pl"euve évidente de leul' fa<,'on d'agir, apparente ou cachée. Qu'ordonne la loi divino pmu les uns et pour les autres, tant pour leurs personnes que pOUl" leurs hiens ? Faut-il les punir ou les laisser il leur manic~re de faire? Quelle est la punition que méritent ceux qui se dérobent il la défense de leurs femmes et de leurs enfants, lorsque 10 représentant de l'lwanl COnVOf[Ue les peuples à la résistance pOUl' repousser l'ennemi:l Doit-on les chàtier, et quel doit être leur châtiment? Ils ne se soumettront pas sans combat, faut-il s'emparer de leur al'gent et de leurs biens? Que faut-il faire vis·à-vis de ceux qui refusent de payer « Ez Zakat )) (partie de l'aumône religieuse) ou qui refusent d'en aCfTuiUer une partie, du moment que l'on a la certitude qu'ils sont actuellement en mesure de payer? Faut-il croire il leur déclaration, étant donné le manque de foi d'aujourd'hui? y a-t-il des délais pour la guerre sainte? Comment entretenir Fannée (lui doit défendre les Musulmans, empêcher les envahisseurs de franchir leurs portes, sans tn:'sor publi c ? Ce qui peut être réuni par le payement de « Ez Zakat )) est insuffisant il l'armement, a ux approvisionnements, à -l'achat des chevaux et à leur nourriture.

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ARCHIVES MAHOCAI:\TES

Faut-il laisser les infidèles envahir le pays? Est-illégal d'obliger tous les Musulmans à contribuer à la guerre sainte, ou seulement les gens riches, étant donné la grossièreté des Arabes et leur ignorance? Faut-il obliger les gens à contribuer, de gré ou de force? Et l'argent exigé ainsi à l'improviste pour les besoins immédiats de la guerre sainte est-il conforme il la loi de le restituer ensuite ou non il Répondez à tout ce que nous venons de dire, par ce que vous jugerez conforme à la situation JH'ésente et par ce qui pourra apporter un soulagement à notre situation (que Dieu nous garde !). La force est détruite par tous ces événements, celui qui a pris la charge des intérêts des Musulmans est impuissant devant le manque de moyens et a la tentation d'abandonner son entreprise, de rejeter le manteau du commandement en se voyant sans soutien. Et le salut. Le 19 doùl hidja 1252 (28 mars 1837). f:crit sur l'ordre du Hâdj 'Abdelqâder ben Mahi Ed Dîn (que Dieu le favorise !).

HÉPONSE. Louange à Dieu unique (que Dieu répande ses bénédictions sur Notre Seigneur Mohammed !). La première question comprend plusieurs points: 1 0 Quelle mesure faut-il prendre vis-il-vis des tribus qu'actuellement on excite il combattre et qui refusent leur concours? 20 Que peut-on régulièrement faire contre ceux qui pactisent avec les espions et les maraudeurs, et autres gens de la même espèce contre lesquels tout est permis? 30 Chacun doit-il être rendu personnellement- respon-

TRADUCTION DE LA FETOUA DU FAQÎH SiDI 'ALI ET TSOULI

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sable des fautes commises par les siens comme si elles lui étaient personnelles? 4° De ce qu'il est interdit de vendre aux chrétiens et de leur remettre sous aucun prétexte; 5° De l'amende à imposer à ceux qui opposent de la résistance, et de la différence qu'il y a à ce sujet entre la situation ancienne et la situation actuelle; 6° Examen plus approfondi de quelques points qui précèdent, et quelles sont les prescriptions islamiques à leur sujet; 7° Sur l'interdiction à l'Imam de laisser son peuple abandonné il lui-même et de la manière dont il doit agir vis-à-vis de son peuple, selon la conduite de ce peuple. Dans la deuxième question, il y a deux points distincts: 1 ° Ce que l'on doit faire vis-à-vis de celui qui n'agit pas conformément à la recherche de la gloire, et quelle est la punition que Dieu lui réserve? 2° Ce qu'il faut commencer par faire, ce que méritent ceux qui abandonnent le culte, et ce qu'il faut faire pour avoir l'expérience des choses et énoncé des difficultés que l'Imam doit surmonter pOul' arriver à la victoire. La troisième question se compose d'un seul point et ne comporte pas de divisions. La quatrième question comprend quatre points: 1° Ce qui est obligatoire à l'Imam pour raf1'ermir son peuple, afin qu'il soit toujours prêt, parce que l'ennemi est toujours en face de lui; 2° Est-il permis d'accorder la paix à l'ennemi lorsqu'il la demande, ou seulement lorsqu'elle est demandée par l'Imam? 3° De quoi l'armée doit-elle tirer ses ressources, si le

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AHCHIVES MAROCAINES

« bit el mâl » (trésor public) est \'ide, et si un secours est

urgent de suite, pour les besoins de la situation? 4° Que m.éeitent ceux qui logent l'ennemi infidèle, et qui consentent à habiter avec lui, dans le pays dont il s'agit? La cinquième question ne contient aucune division et ne comporte qu'un seul point. Tout ce que contiennent ces différents chapitres se trou \"e réuni dans ce que vous dites à la fin de votre lettre: « Hé pondez àce que nous venons de dire par ce que vous jugerez conforme à la situation présente et pal' ce qui pourra apporter un soulagement à notre situation, etc. »

Réponse au premier point de la première question:
Sachez qu'il est évident qu'actuellement la plupart des tribus, ainsi que cela est visible, ne sauraient ètre divisées en deux catégories, et qu'elles sont toutes également désobéissantes; si une tribu n'est pas en grande majorité bien disposée, chaque fraction protège sa voisine et l'oblige à l'imiter, et on ne peut établir de différence enLre leur conduite également scandaleuse; ces gens entraînés dans le péché et dans le crime n'entendent plus rien et n'ont plus aucun souci des prescriptions de la loi, auxquelles ils se dérobent et se trouvent arrachés. Si le chef envoie rechercher les coupables, ils les cachent, les dissimulent et renvoient l'émissaire déçu dans sa mission; souvent ils font échapper les coupables, et l'émissaire les trouve enfuis; et ils coupent les routes et ne changent pas leur manière de faire qui n'a de guide que leur caprice, sans se soucier du bien ni du mal. La force seule peut avoir de l'inlluence sur eux, et c'est à propos de gens se conduisant comme eux que l'on dit

TRADUCTION DE LA FETOUA DU FAQÎH SÎOI 'ALI ET TSOULI

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que Dieu empêche par le Sultan ce qu'il ne peut pas empêcher par le Qorân. Dieu a dit: « Si Dieu ne gouvernait pas les hommes les uns par les autres, le monde serait bienLàt corrompu, c'est-il-dire que si Dieu n'avait pas donné aux Sultans sur la terre le pouvoir nécessaire pour J))'oülger le faihle contre le puissant, le mondo serai t on révolution, los créatures se précipiteraient les unes contre les autres; aucune richesse ne durerait, personne ne séjournerait il un endroit fixe. " Les docteurs des temps passés et ceux d'aujourd'hui ont toujours conseillé aux Sultans de combattre les rebelles des trihus ou quels qu'ils soient, qui se conduisent comme ceux qui nous occupent. Et de ce que vous avez dit de leur conduite, elle dénote clairement un manque de soumission, et cette attitude des tl'ibus dans les cil'constanccs actuelles entraîne Je droit et l'obligation do les combattre et de les punir, parce qu'elles s'écartent des lois de l'Islam et sont en opposition avec elles. L'Imam Ibn El 'Arhi a dit co qui suit, que les docteul's sont (['accord pour enseigner que tous ceux qui pratiquent la désobéissance doivent être combattus et anéantis. Et il n'y a pas de désobéissance plus grande que celle des tribus, décrite par vous, si cette désobéissan·ce s'étend à tout ce que vous dites. La direction et les actes de ces tribus sont contraires à tout principe religieux; elles n'ont pas de mosquée, ne font plus la prière du vendredi, n'ont même plus l'appel à la prière, etc. Comme l'a dit Dieu lui-môme: « Ceux qui sont en opposition avec Dieu et avec le Prophète, et qui vivent en impies SUI' la torre, méritp.nt, en toute justice, d'être crucifiés, de se voir couper les mains et les pieds alternativement (c'est-il-dire la main gauche et le pied droit, ou réciproquement) ou de disparaître de la terre )) (Qorân, hezb ( Qàla Hadjoulânî ))). A ce propos El Berzaly (ou El Ferzaly) dit ce qui suit: Quand les Arabes avaient envahi

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la Tunisie, ils voulaient entl'er dans les jardins pour y détruire les vignes, selon leu!' coutume de pillards, pour faire du tort aux Musulmans, Notre Cheikh l'luulm, que Dieu lui accorde sa miséricorde, a réuni du monde pour les combattre, leur citant ce que dit ~[;Uek relativement il ceux qui envahissent le terl'itoire musulman, et demanda l'appui des autres cheikhs de l'ép()(lue, Ceux-ci refusèrent, sous prétexte que ces gens ne pouvaient repousse!' les ;\rabes parce qu'ils n'avaient aucune notion de la guerre et que dans la majorité des cas les Arabes les avaient battus, et invoquèrent la faiblesse des }[usulmans pour se refuser il cette lutte. Notre Cheikh l'Imam leur dit alors: S'ils avaient tous une confiance égale en leur foi, ils seraient vainq ueurs, mais ce qui les rend incapables de combattre, c'est leur manque de foi; il n'y a que des gens de religion et complètement à Dieu qui puissent aff'ronter ces Arabes, et les gens de cette espèce sont d even us rares en notre tem ps. Le Khalifa, (lue Dieu lui donne la victoire, partagea l'opinion de notre Cheikh l'Imam; il était brave et audacieux; seul avec sa troupe, que Dieu le bénisse, il les attaqua, les battit, et les abandonna nus pour la plupart. Il faut remarquer que l'Imam a dit: conformément il leurs habitndes, et il a dit: ses gens (de Dieu) diminuent. Plusieurs des ( foqahù » sont d'avis qu'il faut anéantir les tribus voisines de Fès et de ses environs, qui ont quelque point de ressemblance avec cellcs dont il vient d'être parlé. Le Cheikh Slyara, l'Imam El Abar, le cheikh ';\bdelqùder El 1"asi et d'autres sont du même avis. S'il faut anéantir ceux qui dévastent les vignes et les oliviers, comme on l'a dit, quelle punition méritent ceux qui corrompent la religion, en cachant les espions et en transmettant les nouvelles, ceux qui proclament l'autorité des infidèles il lis sont plus méprisables que les ennemis eux-mêmes, car ils pactisent avec les infidèles, et ceux qui pactisent avec les infidèles, sont infidèles eux-mêmes,

TRADUCTION DE LA FETOUA DU FAQÎH SÎDr 'ALI ET l'SaULI

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Il sera parlé plus loin, en tn1Ïtant le premier point de la deuxième question, cl cs mesu l'es il prend re relativement aux biens de ces gens. Dans le dernier article Lle toutes les questions posées, il s'agit des gens qui, sans ètre convaincus Ll'une conduite indigne par le témoignage universel, comme ceux dont il vient d'être parlé, sont fortement soupçonnés d'avoir une conduite pareille, sans qu'aucun témoignage puisse être invoqué contre eux, mais qui ont la réputation généralement établie de se conduiTe COlllme les tribus dont il a été fluestion. Voici, d'apl'ès l'auteur de Et Tabçira comment on doit agir vis-à-vis d'eux: Lorsque quelqu'un est soupçonné de mauvaise conduite, de brigandage, (le vol, d'adultère, de cacher des espions, des gens cherchant à faire violence, ou autres du même genre, on doit faire une enquête qui doit être dirigée de façon à l'encire évident que les faits sont conformes aux soupçons. Pour parvenir à la vérité, il est permis d'employel' les coups et l'emprisonnement, ou l'emprisonnement sans les coups, selon l'importance des soupçons. Les arrangements et les négociations sont en contradiction avec les prescl'iptions des Imams, des quatre doctrines et des autres. Il est contl'ail'e il la procédure de se contenter du serment des accusés ct de les remettre en liberté en déclarant qu'on ne peut les mettre en jugement que sur la déposition de deux adouls. Celui qui pense que l'on peut entrer en arrangement avec ces gens et négoci cr avec eux, se trompe grossièrement et est en contradiction avec les instructions du Prophète et l'ensemhle des savants. L'auteur ajoute: Ceux des gens soupçonnés qui opposent de la résistance sont passibles de recevoir des coups et d'<~tre emprisonnés. El Charafi dit dans sa « Dakhirat »: Sachez que la

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ARCIIlVES MAROCAINES

liherté laissée au juge pour les besoins de la politique ne va pas jusqu'à lui permettL>e de ne pas se conformer il la loi, car la corruption a augmenté et s'est l'épandue contrairement il ce qui se passait dans les premi ers temps (de l'Islam) par le fait des convenances personnelles. Si les gens soupçonnés sont, comme nous l'avons dit, d'une façon évidente cn grand nombre, et comme cela est d'ailleurs d'accord avec les llW'U rs des Arabes, a ppliq uez-leur ce qui vient d'ètre dit. Des explications plus complètes il ce sujet seront données en traitant le sixième point. Si les gens soupçonnés, dont vous parlez, ne sont pas en nombre exactement connu, et si leur résidence n'est pas bien indiquée, mais si l'on a siulplement de fortes raisons de croire qu'ils ne sont qu'un certain nombre d'individus répandus dans la tribu, qui se livrent il ces actes coupables, et qui ne soient pas exactement connus, il est bon et il est particulièrement recommandé que l'Imam les prévienne et les oblige il surveiller' chez eux les espions, les volem's, les n('gociants, et les aver'tissc que si l'on découvre parmi eux un espion ou un volem', ou quelqu'un qui vende quoi que ce soit aux infldèles, ils seront punis en masse et condamnés tous il payel' tout ce qui aura été volé. Il est impossible en etl'et de connaître un espion, ou un voleur, si cc n'est pal" les gens de la IJ\(\me tribu, qui habitent avec lui ou dans son voisinage. Il n'est pas douteux pour un homme de bon sens que les tribus et les villages n'ignorent pas les faits et goestes des espions qui y habitent, ni leues correspondances; ils connaissent de même les bandits et les voleurs. Il est évident que si l'Imam les prévient ct les oblige à ce qui vient d'ètre dit, ils ne manqueront pas d'exercer une surveillance acti ve et y me ttront heaucou p de z(\le, et s'aideront mutuellement il mettre tin au désordre; pOUl' éviter les rcsponsabilités que l'Imam leur a imposées.

TRADUCTION DE LA FETOUA DU FAQlf1

sirlI

'ALI ET TSOULI

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Dès que l'Imam les aura prévenus et les aura obligés à ce qui a été dit, il établira des gardes SUl' les chemins, choisis parmi des gens de confîance, épl'OUVl~S, n'étant pas connus des habitants de la tribu et des vill~ges, et ne leur appartenant pas, Si ces gardes s'empal~ent d'un des espions ({u'ils sont chargés de sUl'veillee, ou que des preuves positives SUl' q nelqu' un soient l'ecueillies, pal' des d éposi ti ons on des témoignages, il n'y a pas de doute que toute la tribu doit être punie. La punition de l'espion c'est la mort, et son repentir est inutile; sa Illort doit ètl'e immédiate, nU\1l18 si on lui accorde l'amam: en elfet, le Slusulman traître (le texte porte « zindîq » littéralement « dualiste » ou « manichéen n) COllune Averroès (1 bn Hochd) 1 est plus coupable que celui qui combat OUVCl'tcment. Quant aux cOlflmer<,~éUlts des tribus, ils ressemblent aux espions ct sont souvent leurs complices, cal' il est certain tlue les chrétiens les intel'l'ogcnt sur l'état des biens des J\Iusulmans, et leur réponse ne peut ètre tIlle prl'judiciable, ainsi que l'aide qu'ils 1cU!' donnent en leur fournissant des marchandises etsurtout des armes. Quiconque aide les chrétiens pal'tage avec eux le sang des SlusulJuans, comille on va le voir. D'après Sirli S[ohamlJled ben Souda, Ch(~ikh EIl\Iyara, ét l'Imam El Abal', d'accor(1 avec « Ena naouazil » de Ez Zyati, celui qui vend des peopriétés il l'ennemi, mérite la mort du moment qu'il ne veut cesser ses agissements que si on le tue, parce qu'il est de ceux ({ui contl'ilJLlent au mé1. Ihn Rochd (Aboù Ouald) Mohammed ben Ahmcd ben Aboù Oualid Mohammed Ibn Rochd), né il Cordoue en :;20 de l'hégire, mort il Marrakech le 9 sarar 5!)o, avait été accusé, sous le règne de Ya 'qoùh El Mançoùr AI Mouhaddi de préférer la philosophie aux prescriptions de J'Islam. Les mesures édietées contre lui ne tardèrent pas à ètre l'apportées, mais le nom d'Ibn llochd resta toujours pOlir les Musulmans entaché d'impiété. C'est ainsi que 1'lm:1ffi 'Abd El Alim, dalls le Kat/as, ne cite mèrne pas son nom,

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ange (des gens de d iffél'entes religions) et qui introduisent le mal chez les Musulmans; leur décision est la m(hne pOUl' les commeI;çants, si L'on ne peut faire autrement; on peut également examiner s'il devra être puni dans ses biens ou par la mort, ce qui sera examiné plus loin dans le chapitre de la punition SUI' les biens. Quant à ceux qui cachent des espions et des maraudeurs, et qui négligent de surveiller les gens de !nUl' tribu, après qu'ils ont été avertis de le faire, ils doivent être punis: sans doute ils ne méritent pas la mort, mais doivent être l'objet d'une punition, parcc que le fait de cachcr les espions et ceux qui se dissimulent sous l'apparence de commerçants, cst un acte de guerre, et l'état de guelTe est étahli pal' l'indication de l'Imam, ctc., ou pal' ses sous-ordl'es. Les gens qui cachent les espions ct ceux qui négligent de les l'echercher ont été informés par l'[mam lorsqu'il lem' a donné l'ordl'e de surveiller' les espions et gens du même genre, et ils ont désobéi et leur conduite a été révélée par l'arrestation de quelques-uns de ceux qui a\aient été chargés de cette surveillance; les soupçons qui pesaient sur eux ont été contirmés et leur culpabilité étahLie, et ils m(~I'itent une punition parce (lue par leur cl{~sobéissance ils ont r{~sisté aux ordres cle Dieu et du Prophète. Leur' punition est nécessaiI'e, comme on le vel'ra dans le chapitl'ü suivant. Il sel'a établi cbns l'étude du troisième point qu'il est nécessaire de punir les UIlS pour atteindre les autres.
POUT' tT'aduction
1 :

ED.

~IrcHAux-I~ELLAmE.

1. Ces extraits donnent une id(\e de celte Fetoua remat'quaule et qui conserve la valeur d'une consultatiun doctrinaire.

UNE FETOUA DE CHEIKH SIDIA
Approuvée par Cheikh Saad Bouh ben Mohammed El Fâdil ben Mamin, frère de Cheikh Mâ El 'Aïnln 1.

Dès le huitième siècle de l'hégire (quatorzième siècle ap ..T.-C.), les :sayants soudaniens jouissaient d'une certaine célébrité dans le monde musulman, et au milieu des luttes politiques et religieuses qui ont déchiré le Soudan pendant des siècles, l'Islam ya fait d'immenses progrès, et les études mystiques s'y sont continuées par une chaîne non interrompue de « Cheikhs » jusqu'au Cheikh ~Iâ El 'Aïnîn ben Mohammed El Fâdil ben :Mamin. Le Cheikh ~Jà El 'Aïnîn se rait actuellement remarquer par son activité et par les ell'orts qu'il tente depuis plusieurs années pour entraîner le ~raroc il étendre ses prétentions tenitol'iales au Sud de l'Oued Drâa, et il l'aider par tous les moyens en son pom"oir il résister il la pénétration française. Sans e:'\agérer son importance, Mà El 'Aïnîn peut (1tre un ennemi dangereu:'\ et dont il faut tenir compte. Son frère, Cbeikh Saad Bouh, est au contraire rallié à la cause française, de méme que Cheikh Sidia: l'auteur de la consultation dont on ya lire la traduction. Tous lI'ois procèdent de la confrérie Qadiria des « Beqqaya ~ '),
1. Document communiqué par M. Rohert Arnaud, administrateur adjoint de eommune mixte hors cadl'p, 2, Beqqaya. La famille deR Beqqaya ùescend ùu premier conquérant de la Beruc\rie, Siùi 'Oqi>a hen Nâl1', au premiel' si(,cle de l'hégire. L'arbre généalog'ique de edte famille est ùonné dans Marabouts et [(houan, de Louis Rinn, pages 335-3li, ct dans les COllji'éries religieuses
ARcn.
~lAROC,

9

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AIlClllY ES

~IAIlOCAI:"IES

L'origine de l'illustration de la famille de Cheikh Sidia remonte à son arrière-grand-pèl'e, un 1\ounli nomlllé Il ci ba, disciple de Sîdi El ~rokhtâr El I~ébÎr El Beqqay, mort en 1226 de l'hégire ('1812 ap ..J.-C.). A LI moment de mOlll'il',
musulmanes, de Depont et Coppolani, pages :321-22. Ces deux généalogies sont identi'lueR. si ee n'eRt que le sixième descendant d'Oqba, indiqué dans les Con/i'éries musulmanes sous le nom de :\[ohammed Yakhsta (OU Aslda), est dédoublé dans la généalogie de Marabouls el Khouan, où Mohammed cst Je sixième descendant, ct Yakhsta le spptième. 11 se trouve ainsi une génération de plus dans l'ouVl'age de Louis Ilinn. D'apl'ès Depont et Coppolani, Mollill11med Yakhsta serait le mème personnage que le H:\dj. Mohammed Askia. ancien lieutenant du roi des Songhaï Souni 'Ali, et qui lui sllccéda, sous le règne de ~on fib Aboù Beker Daou. La généalogie des Beqqaya est peut-être exactl', l'Ile n'est cel'tainement pas complète; il semble peu probable, en efTet. que celte famille ne compte que vingt-deux générations en douze siècles. . Les Bell'laya établis dans le Touat, convertil ù J'Islam par un rie leur,; ancêtres, Abdelkérim hen Sa'ïd ben Yadl'oub !)en Sakel'i ben 'Ol[ba ben Nùfi', le quittèrent 1000s de la rleuxième invasion arabe avec la tribu des Kountab :lU milieu de laquelle ilR habitaient. Elle doit son nom à Sieli Ahmed El Bel[qay, fils de Sidi Almed El [~ounti. En quitant le Emat, Sidi El Beqqay alla s'installel' à Oualata. où il mourut, el. où une grande qoubba qui existe eneol'e lui rut éle\'ée (LE CIlATELIEn, l'Islam dans l'Afrique o"cidenlale, p. 137). Depont et Coppolani classent les Beqqaya parmi les eonfrér'ies Qadiria. Louis Rinn les l'atlaclte aux Cllùdelya. Cette rlivergence provient de ce que 'Omar EI:h Cheikh, qui mourut en %0 de l'hégire (15;;3 .I.-C.), était élève de Djelùl Ed Din .\hoù f,tdél 'Abderrahmim Mohammed Es Soyoùti, dit El Maghrebi, 'Iu'il él.ai t allé visiter avec son premier maitre, •,\hdel Kérim El Mongheli. " DjeléH Ed Vin était. [lU C<.>ire. un des ,'ep"ésentants attitrés des rioe, " trines chadelyennes; mais comme tous les adeptes ries dOe!rines mys" tÎllues, il professait J'autres ['('gles, notamment celles de la confl'érie " plus stricte dans lespratilples extatiques, dont Sidi ,\bdelq,\der Ed " Djila'li avait été le chef à Bagdad. " A son l'etour dans son pays natal, Cheikh 'Omal' s'adonna ainsi aux " exel'ciees d'une variante du cuIle primitif de l'Islam, et parmi tous les « t'lus qu'il avait appri;; à connaitre, Sidi 'Abdel'Iàder El Djilani fut " celui auquel il rntlnl:ha de préférence l'mspiration de la vie qu'il choi" sissait. " (Le Chatelier.) L' !"zam dans l'A/,rique occidentale, p. 1:38. Il est d'aillcms hors de doute 'lue les 13eqqaya suivent la tariqa Qadiria, et flue Cheikh Sidia et les fils de Cheikh Mohammed El F<\dil appartiennent ù cette même école. Ce dualisme de doctrines se rencontre assez rr"(IUernment; c'est ainsi que, dans ses propres rnan,~.qibs, on trollve deux chaines mystiques de Sidi Ahmed ben Yoùsouf El :\Iiliani, l'une Qadiria, l'aul/'e Childelya.

UNE FE TOUA DE CHEIl{H SIDIA

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le Cheikh El ~Jokhtâr fit venir Heiha et lui donna l' « Ouerd » de la confrérie en lui recommandant de le donner à son toue à son fils encore jeune, lorsqu'il aurait l'àge voulu. Hoiba éleva ce fils, puis, aprôs lui avoir passé l'Ouerd, selon les instructions de Cheikh El ~Iokhtàr, il alla lui-même s'établir dans la famille maraboutique des Oulàd Biri, chez les Braqa. Cheikh Sidia est aujourd'hui le chef temporel dos Oulftd Biri, il a rendu de grands services il la pénétration française, et au moment ou Coppolani pénétrait dans le Taghant, en "1905, il a envoyé cent vingt guerriers des Oulâd Biri dans l'Aclrar, pour faire diversion. Après deux \ictoires, El Ilezzou a été détruit par les Oulàd BoLÎ Settah. Cheikh Sidia avait une réelle amitié pour Coppolani et a pleuré en apprellantsa mort. Son dévouement il la cause fraW,'aise l'lemble sincère. Non seulement, en eJ1'et, il a toujours résisté aux teJltatives faites sur lui par ~Iâ El 'AïnÎn, mais il a même communiqué les lettres (lue celui-ci lui envoyait aux autorités françaises. Cheikh Sidia réside habituellement dans les environs du poste de BOl', Tilimi,'; ce poste est d'ailleurs installé dans la lllail'lon mt~me du Cheikh, qui a confié il sa garde sa bibliothèque, qui comprend environ quatre mille volumes. La branche des Qadiria de ~Iohammed El Fâdil, père du Cheikh Saad Douh, et du Cheikh ~Jà El 'Aïnîn est beaucoup plus importante que celle de Cheikh Sidia, par le fait qu'elle est d'origine chérifienne J. Dans l'Afriq'H'
1. Voici la généalogie de Cheikh Mà El 'Aïnin, frère de Cheildl Saad Bouh, qui se trouve dans un de ses ouvrages, Mohammed El Moustafa Mà El 'Aïnin ben Mohammed El Fàdil, ben Mamin, bel Mokhtàr, bel Habib, ben 'Ali, ben Mohammed, ben Yahia, ben Chems Ed Din, hen Yahia El Qalqami (c'est le premier de cette famille qui porte le nom d'origine de El Qalqami, que ses descendants portent encore aujourd'hui), ben Mohammed ben 'Othman ben Aboù Bekr, ben 'Abderrahmàn, hen Zaql, hen Ajemlani, hen El Ouàfi Ihrahim, ben Mesaoùd, ben 'Aïssa, ben 'Othman, ben Ismà 'îl, ben Yoûsouf, ben

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ARCHIYES MAROCAINES

occidentale, en e[J'et, comme le fait remarquer ~l. Le ChateliC'[,l, (( au lieu de se contenter de la chaîne mystique coutumière dans l'Est, d'une selsala qui le relie doctrinaireIllC'nt, mysti(l uement au Prophète, le Cheikh Et Triqa, le chd d'ordrC', prélude à son enseignement en s'assurant une généalogie chérifienne. La noblesse de sang C'st la condition préalable de la sanctification myslique, qui passe ainsi au second rang ll. L'approbation dC' Cheikh Saad Bouh hen .\fohammed El Fâdil ajoute donc il l'importance de la cousultation de Cheikh Sidia, non parce ([ue la science du premier peut ètre sup('rieu['e, ou son loyalisnlt' musulman plus il l'abri du soupçon, mais paece que cette approhation lui apportE' lIlW sOI'te de consécration chérifienne.

FETOUA DU CHEIKH SIDIA BEN ~IOHAMMED.

Proposition. - Faut-il <Illc les Musuhnans fassent la guen'e sainte, 'orsque les c!ll'éliells occupent leur tel'1'itoire, et que non seulement ils ne s'opposent il rien de ce qui touche à la J'eligion, mai.. qu'au contraire ils favorisent la pratique de cette religion en étahlissallt des qftdis el en organisant l'administration .iudiciail'(~ :' Il fant considérer également que les chrétiens agissent ainsi avec des ~[uslllmans qui sont dans l'impossihilitl'·
'Omar, ben Yahia, hen '.\bdalL'th, ben Erlrb, hen Edl'Îs, hen 'AhdalLl.h, El l\ùmcl, bel Hassan El Monlena, hel Hassan Esseht, ben 'Ali ben Abi Tùleh, D'après cel.le gônéaiogie, le cheikh M,'t El 'Aïnin serail chérif Eth'îsi de la desecndance de Sirli '.\hdalltl.h hen Erll'is. Lors du pal.'lagil des lel'riloires du :\Iaghreb à la mort de Moulay Edl'is, son fils 'AbdaIL'th avait re\,u le gouvernement d'Ar'mat (prés de l'endl'oil où sc trouve aetucllcmcnt Manakceh) el lcs pays de ;\cfys, des ~Ia':a­ Illoùda, eL du Sous El Aq\;a. J. L'Isiam dans l'Afi'irjlle occidenlale, - PrMace, p. lG.

UNE FETOUA DE CHEIKH 81OIA/ ..(',/ l
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-

matérielle de faire la guerre sainte, d'&cc1'litême que ceux qui habitent il l'est du .\[aghreh (Algérie et Tunisie). Louange il Dieu le maitre des mondes; que la bénédiction et le salut soient sur notre Seigneur -:\Iohannned, le PL'ophète, sur tous nos Seigneurs les prophètes et sur tous les saints.

Réponse. - Il est pr3sc['it anx '\fusulmans qui se trouvent dans de semblables conditions, de ne pas attaquer les chrétiens et de ne rien négliger pom' \,ivre en paix avec eux. Comme le prescl'ivent la loi et les commentai L'es, ils ne doivent pas s'épuiser illulilemellt il lutter contl'e les chrétiens. Le Cheikh Khalil dit dans son Mok/zlaçar (Précis de jurisprudencei l : ( Il appartient il l'imam de faire une tn\\'e ponr l'avantage des :;\Iusulmans, si pour l'obtenir il n'est pas tenu il de certaines condilions, comme par exemple d'ahandonner un ~\lusullllan (prisonnier chez les chrétiens), fùt-ce contre une somme d'argent, il moins cependant qu'il n'y soit contl'aiut par un danger pressant. La durée de la paix n'est pas limitée, mais il est préfél'able (lu'elle ne soit pas conclue pOUL' plus cie quatre mois. Dans le cas où la trahison lIes chl'étiens serait évidente, l'imam s'éloignera d'eux et les surveillera. Toutes les conditions du traité doivent l\tre exécutées, même si elles obligent il la restitution des otages, et que ces otages se soient convertis il l'Islam ou qu'ils y aient élé convertis et qu'ils aient été envoyés COIllme otages (et non pas faits prisonniers et gardés), il la condition qu'il s'agisse d'hommes. ))
1. Mohhlaçal' de Sidi Khalil. Chapitre de "Ed Djihùd n. La guerre Paragraphe de" Ed Djeziah n. L'impôt SUl' les infidèles.
~ainte.

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ARCHIVES MAROCAI1ŒS

Les avantages doivent être égaux pour les deux contractants, sinon il ne faut pas traiter, comme le disent 'Abd El Bâqi et El Khorchi. Il dit (Khalil), c'est licite même moyennant argent. C'est une concession sur le principe, pour en facilitel" l'application, et il n'en reste pas moins établi que, si l'on n'est pas exempté de conditions contraires aux lois, le traité est nul. Si le fait de verser de l'argent devait être pour les Musulmans une cause de dommage, il faudrait s'y refuser, à moins cie ne pouvoir faire autrement, et dans ce cas l'acte serait valable (A rafat- El Jlazâl'i). L'imam ne saurait donner de l'argent, dans la crainte de voir les chI'(:~tiens se suhstituer aux Jrusulmans. Cela est, en elret, conUaire aux bénéfices de la loi divine qui donne aux musulmans le privilège de prélever le droit de « djezia » (sur les non-musulmans). Ce priYilège existe, sauf le cas où il y aurait inconvénient à en user. Le Prophète (que Dieu le bénisse et le salue!) lorsque les tribus enveloppaient Médine, consulta Saael ben Moâel et Saad ben 'Obida, sur la question de savoir si, dans la crainte (lue les « Ançâr » ne soient las de se hattre, il n'y aurait pas lieu d'abandonner aux idolàtres un tiers du butin (pour obtenir la paix). Ils répondirent: « Si cette idée vient de Dieu, qu'il soit exalté, nous n'avons qu'à obéir à sa parole; sinon, les idolàtres, dans leur ignorance de la civilisation, ne doivent profiter d'aucune part du butin fait par les croyants, si ce n'est par achat ou pal" désir d'hospitalité. Quel avantage, s:ms cela, aurions-nous de l'Islam qui nous a été donné par Dieu. ) L'envoyé de Dieu (que Dieu le glorifie et le bénisse!) les voyant résolus à combattre, renonça à son projet. Si le fait de donner quelque chose pour éviter un dommage n'était pas conforme à la loi divine, le Prophète n'aurait pas demandé leur avis aux Ançàl'.

UNE FETOUA DE CHEIKH SID!A

lB!)

Ibn Ghâzi a reproduit textuellement, à ce sujet, les paroles de El Mazàri, il faut s'y reporter; cela constitue le meilleur argument en fayeur des paroles du .\Iouçannif. Le dire de Hensâni: « La paix est sans limites)), c'est-àdil'e qu'elle n'a pas de limites obligatoires, ne contredit pas le principe « qu'il est préférable que le traité d0 paix ne soit pas conclu pour plus de quatre mois »). L'l prolongation de la paix est licite dans l'hypothèse que cette prolongation doit seryil' à augmenter la puissance des :\Iusulmans et leur territoire. Il faut que les avantages soient réci[Jl'Oques pendant cette période de paix, sinoll, il faut faire ce qui est le plus avantageux. Tel est l'ayis d"Abdelllô(li, de El Khorchi et de Es SolÎdôni. Sîdi KhaLîl ajoute: sauf en cas de guerre, c'est-à-dire dans la crainte d'un danger'. Il est dans ce cas licite, de la part de l'imam, de Yel'ser de suite de l'argent aux infidèles. Les Musulmans, en ell'et, se tl'ouyent alors dans la situation de Pl'isollniers entl'e leul's mains, et la remise d'argent devient licite comllle de l'acheter des prisonniers à l'aide d'une rançon. Le Cheikh Khalîl dans un précis, dit également 1 : « Au conquis :< on peut autoriser la construction d'une
1. Molihtaçal' de Sidi Khalil, elc. 2. "Au conquis" (El Anouïl pal' opposition ù celui qui a obtenu des conditions. (Eç Çalhi). La loi musulmane élnblit une di/Térence dans le traitement il [ail'e subir Fi I"infidè.lc, splon que son lerritoire a été eonquis par la fOl'ee des armes, ou qu'il a évité la conquél(~ elTecliV(' en traitant avec les l\lusullllans sans eOlllbalire el en oblenanl d'eux des conditions de paix. Les pays eonquis pal' i:J fOl'ce s'appellent " El l3led El Anoua. LB territoil'e de eeux (ILli onl oblenu des condition" de paix s'appelle" El Bled Eç Çolhà ". Les habitants dont le lerriloil'e a üté eOIHjllis n'pn sonl plus pl'opl'iétaires, c'est-il-dil'e Iluïls Ill' peuvent plus en disposel' il leur gl'é cl, pOUl' eonlinuel' il en jouil', ils payent aux COlllluéranls le "Kharàdj H. Au contraire, les habilants des pays dont la conquéte n'a pas été etTective, cl qui onl obtcnu des condiliolh. l'eHent }Jl'opl'i(d,]ires de leur sol, ne payent pas de " Khal'ùdj H, mais ,u:I[uitteut le trihut fixé dnns les conùitions ùe

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«

ARCHIVES MAROCAINES

église SI cela est stipulé dans le traité, mais pas autrement. On peut aussi lui restituer des ruines « (d'églises) à celui qui a obtenu des conditions. On peut « autoriser la construction d'une église et on peut vendre « un terrain pour la construction d'une église, avec un « mur, sauf sur la terre d'Islam, à moins cependant <[ue « cela soit nécessaire pour éviter de plus grands dOIll« mages. » C'est-à-dire que la construction d'une église est licite dans le cas où elle constitue le moiIl<lre de deux dOIll«
paix qu'ils ont obtenues. Celte distinction pel'sisle mème apl'ès (lue les infidèles se sonl faits Musulmans. Elle subsiste encore au Maroc. Le " Kharàdj" n'y existe plus; il a l'lté confondu avec le " Nàïba ", droit de l'emplacement payé pal' les Ir'ibus conquérantes qui ont occupé le" Bled El Anoua ", les territoires COl1lluis, ou plus exactement par celles de ces tribus qui ne font plus de service efTectif. Ces tl'ibus payent alors, pour conserver la jouissance des tenes q<li leur onl été distribuées au moment de la con1luéte, un droit de l'emplacement " En Nàïba " Ilui tient lieu du service effectif qu'elles ne font pas. En cas d'expédition, elles fournissent également une" harka ", c'est-ù-dire un certain nombre de cavaliers, proportionné à \'irnporlanee de la tt'ibu. Le nombre des eavaliel's de " hm'ka" est fixé pour chal[ue tribu de " Nàiba ". Les tribus Makhzen ou Guîch, qui continuent à fournil' un serviee effectif constant, ne payent pas de " Nàïba " et ne fournissent pas de harka. Les habitants primitifs des tribus conquises, confondus aujourd'hui avce les tribus conquérantes, ne payent plus le" Kharùdj " mais" la Nùïba " avec les tribus dont elles font partie. Les habitants des tribus qui ont obtenu des conditions de paix, c'està·dire au l\laroe la plupart des tribus montagnardes, sont reslés propriétaires de leur sol ct ne payent pas" El Khar:\dj ". Ces tribus ne payent que Ezeà! ct El \\ChOUI', 'lui eonstituent l'aumône religieuse obligatoire pour tous les Musulmans, payent également " Ehedia ", don ofTert au ehef des Musulmans il chacune des trois grandes fétes religieuses, et payent le tl'ibut, sous le nom de" El Qnatar, " lorsque le Makhzen est assez fort pour en exiger le paiement. POUl' réduire les populations et les obliger à payel' ce lt'ilmt sans ètre oJJligé d'cil voyer eOllll'e elles une non velle expédition, le l\Iakhzen en use avee elles eomme en usaient autl'efois les Musulman!" avec les tl'ibus infidèles, il exige d'elles des otl1ge!", " El' Hh:lïn " qu'il,; conservenl en prison,pourgarantir la soumission des tribus aux1luelles appal'tiennent ces otages. Ce procédé, qui était courl1rnmentpratiqué il y a quelques années encore, est tombé en désuétude sous le règne de Moulay El Hassan. Le résultat a été d'au gmenler l'insoumission de toutes les tl'ihus:des montagnes, à lei point (lu'elles sont aujourd'hui pl'esque absolument indépendantes, ct que plusleul's expéditions on! été nécessaires contre elles sans grand succès.

UNE FETOUA DE CHEIKH SmIA

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mages, comme on le trouve dans 'Abd El Bàqi, El Khorchi et Es Soùdâni. Sîdi Khalîl dit: « sauf en terre d'Islam », dussent-ils (les chrétiens) payee son emplacement au poids d'or. Sauf pour éviter un dommage plus considerable (pIe l'établissement de cette église. Dans ce cas, on la laisserait s'établir, choisissant ainsi le moindre de deux dommages. C'est une obligation générale, une règle absolue, conforme aux tl'aditions, prescrite à plusieurs reprises par les commentateurs de Khalîl, et dans les autres ouvrages de jurisprudence. Tous les auteurs sont unanimes sur ce point, de conserver le plus possible les avantages et, entre deux dommages, de choisir le moindl'e. Il est évident, d'après cela, que l'obligation de la guerre sainte dispal'aît devant l'impuissance à la faire. Dieu a dit: « Il n'y a pas de reproches à faire aux faibles, aux malades et aux indigents qui agissent a H'C sincérité envers Dieu et envers le Prophète, s'ils n'accomplissent pas ce qui est ordonnéilceux qui sont en état d'accomplir. ,) Dieu est clément et miséricordieux. D'après le précis de Khalîl, les obligations n'existent que pour qui est libre, màle, pubère, etc. Tous les auteul'S entendent dans ce sens L'impuissance de ce pays il luttel' contrc la fo['ce des chrétiens est reconnue. Tout homme tle sens, Ci ui entend et qui voit, se rend compte du manque d'union des Musulmans, de l'absence de Trésor public, indisDcnsable il toute action, ct de l'infériorité de leurs armcs vis-il-vis de celles des chrétiens. De même que non seulement ils sont excusés de Ile pas faire la guene sainte, mais qu'il leur est prescrit de ne pas la fail'e, de même il ne leur est poi nt imposé d'émigrer, en masse ou partiellement, de leur territoire conquis par l'infidèle, tant à cause de leur pauvreté qu'à

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ARCIIIYES

~IAROCAI:'\ES

cause du manque d'entlroits où ils pourraient émigrer et où ils trouyeraienl. la sécurité et les ressources nécessaIres. Dieu a dit: (( Exception est faite pour les faibles pal'mi ·les hommes, pour les femmes et pour les enfants, pOt)" tous ceux fjui n'ont ni les moyens ni la possibilité. » Dieu leur pardonnel'a, il est clément ct miséricordieux. En Nasafi dit: moyen d'en sor/ir, c'est-ù-dil'e, étant donné leur pau'Teté et leur impuissance. Et la possibilité, c'est-à-dire leur ignorance des routes. El Biclaouï dit : moyen, c'est-à-dire trouyer un motif d'émigration et ce qui est nécessaire il la faire réussir. Quant il fa possibilifé, il s'agit de la connaissance des chemins, soit pal' des indications, soit gI'àce il des guitles, comme le disent également d'autres commentateurs. Si le sentiment de l'émigration yenait de Dieu, elle serait obligatoire, cal' le Clément, s'il fait naître le sentiment d'une chosc, cette chose deyient une obligatioll. C'est ce que disent En Nasafi et d'autres commentatcurs. Il faut remarCjuer, en outre, Cjue la conduite des chrétiens est celle indiquée tIans la proposition, il sayoir (lUC Hon seulement ils ne s'opposent pas il l'exercice tle la religion, mais lui pl'êtent leur concoul's cn faisant construire des mosquées, cn nommant dcs qàdis ct en donnant ù toutes choses un8 bonne organisation. Ils répl'illlent le '-01 et le brigandage ct maintiennent la paix entI't~ les tribus insoumises de ce pays sans gOLln~l'­ nement, ct font beaucoup d'autl'es choses de cc genre. II est éyiclent (IU'ils réussissent très bien en cela. Dieu (qu'il soit exalté!) les a enyoyés clans sa miséricorde pOUl' les Cl'éatllres et dans sa bonté. Toutes les cf'éatures lui appaeticnnent et tout se l'apporte à lui. Dieu a dit: « Dieu ne vous interdit pas d'être hons et jnstes ayc'c ceux qui ne vous combattent pas il propos de

UNE FETOUA DI:: CHEIKH SIDIA

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votre religion, qui ne vous chassent pas de vos maIsons. » Dieu aime les hommes justes. Vous les honorerez, vous serez généreux avec eux, et vous aurez pour eux des égards tant en paroles qu'en actions. C'est ce que dit En Nasafi. Dieu a dit: « A moins que vous n'ayez absolue confiance en eux. )) Dans Ed Djelâlaïn et d'autres: « Cela se passe ainsi dans tous les pays où l'Islam n'est pas puissant. )) Dieu (gloire à lui et qu'il soit exalté!) a dit, en I~appor­ tant l'aventure de Yoùsouf (q ue la bénédiction et le salut soient sur lui!): « ]~tablis-moi sur les magasins de la terre (les silos), cal' je suis un gardien savant » (Qorân hezh « Oua ila Mediana )). Yoùsouf s'adresse à 'Azîz ministJ~e du Pharaon, et lui dit ces paroles en sortant de prisonpouJ' lui expliquer un songe). En Nasafi a dit: « Il m'a dit qu'il y avait là une indication qu'il est licite qu'un homme reçoive des fonctions de la main d'un sultan injuste. )) Les anciens s'emparaient de la magistrature, si elle s'exerçait injustement. Si le Prophète ou le savant se rellCl compte qu'il est impossible de réaliser l'exercice du gouvernement conformément à la volonté de Dieu, ni à écarter l'injustice, si ce n'est en donnant le pouvoir à l'infidèle, c'est à lui de savoir ce qui lui l'este à faire. Il est certain que le souverain agit selon sa volonté, on ne peut s'opposer il rien de ce qu'il ordonne, et ses décisions sont exécutées, ainsi que le disent El Bidaouï et d'autres auteurs. Dieu (gloire il lui, qu'il soit exalté!) est le seul savant. Consigné pal' l'humble serviteur de Dieu Sidia hen ~Io­ harnmed Sidia. Que Dieu leur accorde son pardon. Amen. Fait la cinquième nuit de chouâl132û. (Sceau de (' Sidia ben ~Iohammed )))

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Approbation de la feloua. Dieu seul me suflit. Ce ([u'a écrit le Cheikh, inspiré pal' Dieu gL'âce il sa piétt), je veux dire le saint des saints, le savant descendant des savants~ le Cheikh Sidia, est véridique et conforme il l'Islam. Il n'a été conduit il écrin~ ce qui précède et à étudieL' cette question que pal' la générosité et pal' l'amour pour les .'I[usullllans (lui emplissent son cœur, pal' l'expérience et le jugement qu'il a hérités de ses illustres ancêtres. Qu'il soit avec eux agL'éé par Dieu et que Dieu leur témoigne sollici tude ! Celuiqui sait que les chl'diens sont en nombre immense, ([u'ils out renversé de puissants et populeux empires en Orient et en Occitlent, {pli sait également que le cheikh inspiré pal' Dieu pour sa piélé (que Dieu l'agrée ainsi que ses ancêtr()s!) est des premiers parmi les héritiers du Prophète, et celui des .'Ilusulmans qui a conseL'vé leur souffle plus que tout autL'e, se soumettL'a à ce qu'il a éCL,it avec raison. Que celui qui a des doutes SUL' les paroles du cheikh, apporte des actes, sinon tout ce (lU'il pouua dire sera sans fondement, et ses doutes seront gratuits et le salut. Signé: Saad I~onh ben Cheikh .\fo!lalllmed El Fâdil hen '\lamin El Qalqami. Les citations de SîdiKhalil contenues dans celte feloua sont inlel'pétées comme snil pal' Sidi Ahmed Ed Del'lliri, dont les explicalions sont inleL'[>rétées il leur tom' pal' le Cheikh '.\L'afa Ed Desouqi. Première citation. - « Il appartient il l'imam de faire une trève pour l'a\'antage des musulmans, si pour l'obtenir

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il n'est pas tenu à de certaine::, conditions, comme pal' exemple d'abandonner un ~[llsulman(prisonnier chez les « chrétiens), fùt-ce contre une SOlllnl(~ d'argent, àmoins ce« pendant qu'il n'y soit contraint par un danger pressant. La " durép de la paix n'est pas limitée, mais il est préférable « {lu'elle ne soit pas conclue pour plus de quatre mois. Dans « le cas où la trahison des chrétiens serait éyidente,l'imam " s'éloignera d'eux et les sUl'Yeillera.Toutes les conditions « du traité doivent être exécutées, même si elles obligent « à la restitution des otages, et que ces otages se soient « convertis à l'Islam ou qu'ils y aient été cOlwertis, et « qu'ils aient été envoyés comme otages, il la condition « (]u'il s'agisse d'hommes. » A l'imam, c'est-à-dLre « à l'imam ou il son représentant sculement» (Bd Derdil'i). D'après Ed Desouqi, cela signifie que l'imam peut instituer des représentants pour prendre les mesures nécessail'e,.; en cas de nouvelles certaines. Si la paix a été faitc en dchors de l'imam ou de ses représentant,.;, elle est valable, d'après Sahnoùn, si elle est avantageuse, mais elle est nulle si la « djezia» n'a pas été payée aupara\'<l1lt, même si elle avait été conclue par l'imam ou par ses représentants. La paix, c'est-à-dLI'Ü une suspension d'armes, alors que l'infidèle n'est pas encore soumis il l'Islam (Ed Derdiri). Cela signifie, dit Ed Desouqi, un al'rèt dans la tucrie et le djihâd. A son avantage, c'est-il-dire s'il est dans l'impuissance de continucr la lutte d'unc façon génél'ale ou dans le moment présent. La paix est indiquée si elle doit être avantageuse, sinon elle est interdite. L'imam a {lualité pour distinguer l'avantage du désavantage, non pour choisir entre eux. Bd Derdiri dit: « Si la lI'è\'(~ n'est pas avantageuse, elle est interdite », c'est-il-dire, d'après Ed Desouqi, que s'il y a égalité entre ses avantages et ses désavantages, elle est licite, et ce que dit Ed Denliri : « l'illlâm a qualité pOUl'
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distinguer», se l'apporte, d'après l'in tel'prétation de Ed Desouqi, à ce qu'établit dès l'origine le ~[ouçannir d'ulle façon générale relativement aux tl'OlS conditions que pellt p['ésenter la paix (c'est-à-dire: JO égalité entre les avantages; 2° supériorité d'avantages pOUl' les ~[usulmans; 30 supér'ic)I'ilé d'avantages pOUl' les infidèles). Ce que dit Ed Dercliri « non pour choisir», signifie, d'après Ed Desouqi, que clans l'impossibilité d'obtenir mieux ([ue cc ([ue l'on a, il faut s'en contenter, et pas autre chose. S'il n'est pas tenll, c'est-à-dire, d'après Ed Derdiri, la conclusion de la paix dépend de la pos'3ihilité de faire des comparaisons entre les difl'érelltes conditions proposées. La mème proposition, s'il n'est pas tenu, est expliquée par Ed Desouq i de la façon sui.vante : c'està-dire que la trêve n'est licite qu'ù quatre conditions. : La première, qu'elle soit faite pal' l'imam ou par son représentant. La seconde, qu'elle soit avantageuse. La troisième, d'en exclure toute clause rédhibitoire. La quatrième,([ue sa duréesoit établie pal' l'imam après examen et qu'eUe ne soit pas conclue pour plus cie ([uatre mOlS. A de certaines conditions. Une condition illicite, si elle n'est pas écartée, n'est pas applicable (Ed Derdiri). Comme par exemple d'abandonner llll iVIlIsulman, c'està--dire un Musulman qui est entre les mains des infidèles. Il peut s'agir également d'une ville abandonnée par les Musulmans et occupée par les infîdèles, ou de l'application de la loi des infidèles aux questions qui pourraient être soulevées entre :\Iusulman et infidèle (Ed Dercliri), A propos des « villes », Ecl Desouqi ajoute: c'est-à-dire d'une convention laissant entre les mains des infidèles une ville abandonnée par les ~Iusulmans et occupée par les infidèles. Fat-ce contre une somme d'argent. Tel est, dit Ecl Der-

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dil'i, le principe ah:.;olu, mais, dans l'application, cela dépend de la convention. Il reste établi que si l'on n'écarte pas du tl'aité des conditions illicites, le traité est nul, c'est-,\-dire qu'il est valable si les infidèles doivent verser de l'al'gent aux Musulmans et, dans le sens propre, même si l'imam devait leur "eL'sel' de l'al'gent. A pl'OpOS du passage de Ed Denliri : « si les infidèles doivent verser de l'al'gellt aux ~Iusulmans )J, Ed Desouqi donne les explications suivantes: Si le tl'aité doit être nul relativement ,\ l'a l'gent CI ni est versé aux SInsulmans pal' les inflllèles et qu'il n'est pas tenu compte de ce cas de nullité pal' le fait que les clll'étiells vel'sent de l'a l'gent aux~rusulmaTls, il en sera de même s'il arrive que les ~rusulmans doivent verser de l'argent aux chrétiens, A pl'OpOS de l'expression de Ed Derdiri : « dans le sens propl'e )J, Ed Desouqi ajoute: le sens [)J'0pl'e est d'éviter toute clause mauvaise, c'est-à-dire que l'imam a le droit de tL'aiter de la paix ell évitant toute mauvaise condition, même en versant de l'argent aux infidèles; la q uestiolJ pour lui est d'examiner s'il ne résulte pas de cela Uli dommage, et de ne sc décider à le faire que si ce dommage n'existe pas. De plus, lorsque le fait de verser de l'argent aux infidèles ne rend pas illicite la convention, cela ne chang(' en rien le principe qui a été exprimé précédemment. Relativement à quelques points relatifs au sens propre, se trouve le cas où il s'agit d'une convention (lui est mauvaise et (Iu'on u'a pas le pouvoir (l'évite!', c'est-à-dire qu'une convention trompeuse (qui sertit tromper l'ennemi) peut paraître mauvaise pa!~ce qu'ily estquest:on d'argent. Par llll danger pressant. Si un dommage doit résultCl' (lu fait de recevoir tle l'argent tles inlidèles ou de leul' 811 donner, indistinctement, le principe devient applicable. dans la pl'atique et au sens propre. (Ed Derdir·i.) Ed Desouqi ajoute: « Si c'est une mesure fa"orable aux

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AHCHIVES MAROCAIl'ŒS

.\Iusullllans, il leur est licite de yeeser de l'argent, ou d'en recevoir. Le Prophète (que Dieu le bénisse et le salue !), lorsque les teibus enveloppaient M(~dine, consulta Saad ben .\Ioâd et Snd ben 'Ubida, SUI' la question de sayoir si, dansla crainte que les « Ançür» ne fussent las de se battre. il n'y aurait pas licu d'abandonner aux idolâtres un tiers du butin (pOUl' olitenir la paix). » Ils répondil'cnt: « Si celte idée ,ient de Dieu, qu'il soit « exalté, no'us n'avons qu'à obéi,' il sa parole; sinon, l<~s « idolâtl'es, da us leu!' ignol'a1Jc3 de la ciyilisation, ne {{ doivent pl'Ofiter d'aucune rad du butin fait pal' les « croyants, si ce n'est pal' achat ou laI' tU'sir d'hospitalité. « Quel avantage, sans cda, aurions-nous de l'Islam qui {( nous a été donné par Dieu. » L'enyoyé de Dieu (que Dieu 1e g<c)J ifie et le bénisse !) les yoyant f'(~solus il combaLtre, renO:H:a il son projet. Si le fait de donne" quelque chose pour ("viter un dommage n'était pas con1'orllle il la loi divine, le Prophète n'aurait pas (Jemandé leur avis a~lx .\W:~Îr. (Celte anecdote est la lllême que celle qui est citée dans la fetoua de Cheikh Sidia, qui semble avoir emprunté il Et! Desouqi le commentaire qu'il dOlllle du même texte de Sidi Khalil.) La trëlle n'est pas limitée. Sa dUl'ée doit être intliquée, mais celte tl'the doit être conforme ,\ la décision de l'imam (Ell Del'diri). Bd Desouqi ajoute: Il n'est pas dit que l'imam chargera ([uclqu'ull d'dabli,' les conditions de paix, afin que sa durée soit établie par les Musulmans; le buttlu traité doit ètr'c que la dUl'ée de la paix soit indiquée et qu'elle ne soit pas tl'OP Jll'Olongén, et quelle ne soit pas yague. Cette durée n'est pas limitée en peincipe, lll:iis ces limites soat inditlul~es par la décision de l'imam . .lIais il est préférable qu'il ne dépasse pas, c'est-il-dire S:l dUl'l'e (Ed Derdiri).

UNE FETOUA DE CHEIKH SI nIA

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Plus de quatre mois. Ce qui est nécessaire, c'est d'obtenir pour les Musulmans la puissance et de faire le possible pour y parvenir, c'est-à-dire que si elle peut s'obtenir pendant ce délai, il faut s'y tenir; sinon, il faut indiquer un délai suffisant (Ed Derdiri). Pour expliquer ce passage, Ed Desouqi ajoute: « c'est-àdire )) si on ne peut pas obtenir un délai de plus de quatre
mOlS.

Dans le cas où la trahison des chrétiens serait évidente.
« ]~vidente », c'est-à-dire si l'imam la suppose (Ed Der-

cliri) . ((La trahison » avant l'échéance du traité par des preu ves visibles (Bd Derdiri). Il s'éloignera. C'est obligatoire, parce que l'engagement qui établissait la confiance n'existe plus et a été remplacé par des signes de dommage (Bd Derdiri). D'après Bd Desouqi, il faut s'éloigner (et non attaquer immédiatement) en égard à l'engagement pris par les ~I usulma ilS et par les ch l'étiens de vivre en paix et de ne pas faire la guerre sainte. A propos de l'expression « dommage » employée par Bd Derdil'i, Bd Desouqi ajoute dommage », par la crainte qu'il anive quelque malheur en continuant à observer l'engagement pris. Et les surveillera. Il n'y a plus d'engagement vis-il-vis des infidèles, si leur trahison est démontl'ée, ct on s'éloignera d'eux sans les surveiller (Bd Derdiri). Les conditions doivent être exécutées. C'est-à-dire celles auxquelles les infidèles se sont engagés vis-il-vis des ~Iuslllmans (Bd Derdiri). Sur cette même phrase du ~\[ou~:aJlnif,Ed Desouqi ajoute: c'est-à-dire que si les Musulmans se sont engagés vis-;\vis des inlidôles à vivre en paix et il aITètel' les combats pendant un cel'tain temps, et que les )[usulmans ont reçu d'eux des otages et qn'ils ont posé aux )[llsulman'3 comllll' condition que, lorsque le temps fixé sera écoulé, ils leur
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AHCIJ. MAHOC.

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ARCHIVES MAROCAINES

rendront leurs otages, il est obligatoire aux }Iusulmans d'exécuter ces conditions et de rendre aux infidèles leUl's otages, alors même qu'ils seraient faits Musulmans pendant lem captivité. Même si les ~Iusulmalls se sont engagés vis-il-yis des infidèles (Ed Derdiri). A la restitution des otages. lnGdèles chez les.\lusulmans (Ed Dcrdiri). Ht que ces otayes se soient convertis à l'Islom. S'il a él("' COnH~JlU qu'oilles rendrait, et même s'il n'a pas été COIIvenu qu'on les rendrait, s'ils se sont faits ~llIsulmalis (Ed Derdiri). Sur la phrase « s'il n'a pas été convenu, etc. Jl, Ed Desouqi s'exprime ainsi: D'après la niouâïat (version) de }Iâlek et de Ben El Qâsim, il est permis de les garder (les otages) s'ils s'enfuiellt de chez les inl1dèles et reyiennent chez les ~J usulmans, même si les in fidèles les poursui vent. D'après Ben El Habib, les ~lusulmans ne doivent pas l'end rc les otages ni les messagers s'ils se sont fai ts Srllsulmalls, même s'il a été convenu de les ['endre. Il semble (ajoute Ed Desouqi) que s'il a été COllyenu de rendre les otages, même s'ils se sont faits ~Iusulmans, il faut les rendre, mais non si cette condition n'a pas été stipulée, ou qu'ils aient été convertis à l'Islam. S'il a été convenu de restituer ceux d'entre les infidèles qui ont été faits Musulmans, et qui ne sont pas des otages, cela doit s'exécuter (Ed Dercliri). Voici ce que dit il ce sujet Ed Desouqi: C'est-à-dire que s'il est convenu avec les inl1dèles de leur rendre ceux d'entl'e eux qui sont venus chez les Musulmans et ont été faits ~Jusulmans, cela doit être exécuté, il la condition qu'ils soient enyoyés (comme otages), mais s'ils sont envoyés, cela doit être laissé à leur choix. « El Majachoun » est en contradiction (avec le Mou-

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çannif), en ce qui concerne ceux qui sont envoyés, mais ils semhlent êtl'e d'accord et leur opinion est précise en ce qui concerne ceux qui sont venus cn se sauvant, sans être ni soumis (à l'Islam), ni envoyés, ainsi que SUl' le paiement de la rançon. A ce sujet la règle est universelle. Et qu'ils aient été envoyés en otage. Pour ètre rendus (Ed Derdil·i). A la condition qu'il s'agisse. C'est-à-dire à la condition qu'il s'agisse des hommcs faisant partie des otages qui se sont ou qui ont été faits ~ILlsulmans (Ed Derdiri). Ed Desouqi ajoute: qui ont été faits ~Iusulmans, c'està-dire et quiconque est venu de chez les infidèles chez les ;\Iusulmans et a été fait :Musulman. Des hommes. Si c'était des femmes on ne les rend l'ait pas, quand même il aurait été convenu de les rendre, sans amhage (Ed Derdiri). A ce sujet, Ed Desouqi ajoute: Aux ignorants, le Tout-Puissant a dit: Si vous avez connaissance que c'est une Musulmane, vous ne la retournerez pas aux infidèles. C'est donc une règle formelle, à moins cependant qu'il ne s'agisse d'éviter un dommage encore plus grand. L'interdiction de la restituer persiste comme le prescrit le verset du Qorfm qui vient d'être cité, à moins que les infidèles ne détiennent une Musulmane (c'est-àdil'e de famille musulmane) et qu'ils refusent de la rendre aux Musulmans autrement qu'en échange de l'infidèle qui s'est faite Musulmane, et qui est entre les mains des JYfusulmans. Au conquis, on peut autoriser cela est stipulé dans le « traité, mais pas autrement, ainsi que la restauration de « ruines (d'églises). A celui qui a ohtenu des conditions, « on peut autoriser la construction d'une église, et on peut « vendre un terrain pour la construction d'une église avec « un mur, mais non sur la terre d'Islam, à moins CepAll«

Deuxième citation. -

« la création d'une église, si

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« dant que cela ne soit nécessaire pour éviter un plus

(( grand dommage. » Au conquis, on peut autoriser la création d'une église. En territoire conquis (Ed Derdiei). Si cela est stipulé, C'(~st-à­ dire après que le droit de « Djezia » aura été établi (SUl' le conquis). S'il (le conquis) le demande à l'imam, il lui répondra à ce sujet, et si le conquis est dans l'état de COIltl'ainte, il n'y a pas lieu de lui accorder de conditions (Ed Derdiri). Mais pas autrement, C'est un point de peu d'importance. La question est de sayoi l' s'il ya lieu d'acconler des cond itians aux infidèles et d'accepte]' de traiter avec eux ou non (Ed Derdiri). Ainsi que la restauration des ruines. Il y a un doute sur le terme du Mouçannif, mais pas auiJ'ement; et il J'este douteux s'il est généralement pel'mis de restaurer des ruines, que ce soit spécifié ou non. Quant aux territoi,'ps où sont établis les J[usulmans, comme le Caire, il n'est pas permis d'y accorder la construction d'une église, c'est une loi absolue comme on le ven'a plus loin. Cepelldant, les souyerains d']::gypte, pal' leur manque de foi et leur peu de croyance, ont mis les infidèles en possession de ce droit (Ed Derdirii. A celui qui Cl obtenu des conditions on peut autoriser la création d'une église. Que cela soit pl'éYU dans le tl'aite ou non, mais seulement sUl'les territoires où les ~Iusulmans n'habitent pas avec les infidèles (Ed Del'diri). A propos du traité, yoici l'opinion cIe Ed Desouqi. Il s'agit relativement il une reRtauration d'église de savaii' si, après avoir été consulté, l'imam peut !'autol'isel' ou nOIl. Ed Desouqi examine ensuite si, dans un pays habité pal' desin!idèles et par cles ~Iusulmans, la création d'églises est licite, Ben El Qâsim, El ~Iajachoun et Ben 'Arfifa prétendent (lue non. Il semble q ne le conquis ne doit pas L'tre autorisé à créer des églises dans le pays conquis, (lue ce pays soit

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habité uniquement par des infidèles ou qu'il soit habité par des infidèles et par des Musulmans, si ce n'est en vertu d'une convention. Quant ù la restauration de ruines, elle est autorisée sans qu'une com'ention spéciale soit nécessaire. De plus, il sera permis ù ceux qui ont obtenu des conditions de prix, de construire des églises sur des territoires où n'habitera aucun Musulman avec les infidèles; cela sans qu'une autorisation spéciale soit nécessaire, ni qu'il soit indispensable de le consigner dans la convention. D'après Ben El Qâsim, en contradiction en cela avec El Majachoun, cette autorisation pourrait être accordée également s'il y avait sur le même territoire quelques ~Iusul­ mans avec les infidèles. Les infidèles, dit Ben El Qâsim, seront également autorisés ù restaurer les ruines, sans convention spéciale à ce sujet. Il, celui qui a obtenu des conditions (Ed Derdiri). Vendre un terrain, c'est-ù-diJ'p un terrain pour bâtir une église (Rd Derdiri). Ou (sous-entendu) vendre (Ed Derdiri). Un mur (sous-entendu) qui entoure ce terrain. Cela ne peut pas être accordé au conquis, qui a été contraint de détruire ses murailles (Bd Derdiri). Non. La construction d'églises est licite pour tous les conquis et pour tous ceux qui ont obtenu des conditions de paix (Ed Derdiri). Sur la terre d'Islam. Quand même elle serait habitée par des infidèles conquis et ayant obtenu des conditions (Rd DerdiJ'i). Serait habitée, d'après Ed Desouqi; c'est-à-dire, dit El ~Iajachoun, s'il s'y rencontrait, avec des ~lusulmans, des infidèles conquis ou ayant obtenu des conditions. A ce sujet Ben El Qâsim (lit que si ce territoire est habité par des infidèles ayant obtenu des conditions, la création d'églises y est licite, même si des Musulmans habitaient

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ce même tenitoire avec eux et lui quoique cette autorisation soit interdite en principe par le premier commentaire. Il est dit dans la loi qui règle l'habitation COmmUIJe qu'il n'est pas permis aux infidèles de construire des églises sur les tenitoir'es habités uniquement pal' des Musulmans, mais sur ceux où les infidèles ont été transportés et où ils vivent avec les ~rusulmans. A moins que cela ne soit nécessaire pour éviter llll plas grand dommage. La construction d'une église ne doit pas ètre empèchée, lorsqu'il s'agit en conscience de choisir le moindre entre deux dommages. La consultation de Cheikh Sidia n'apporte pas une contribution nouvelle aux efforts de certains lettrés musulmans, pour essayer de mettre d'accord l'ostracisme musulman avec les nécessites de la vie moderne. Cette consultation, en effet, reproduit les mèmes arguments, qui se teouvent dans la « fetolla » donnée ù Léon Roches par les 'Oalamâ de Qaïrouân et du Caire en 18'rl, et approuvée en 18/12 par le Grand Chérif de la ~Iecque. Voici le résumé de la conclusion de cette fetoua, qUi constitue un immense document:
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« Quand un peuple musulman, dont le territoire a été envahi par les infidèles, les a combattus aussi longtemps qu'il a consené l'espoil' de les en chasser, et quand il est certain que la continuation cle la guelTe ne peut amener que misère, ruine et mort pour les .\fusullllans, sans aucune chance de vaincre les infidèles, ce peuple, tout en conservant l'espoir de secouer le joug, avec l'aide cle Dieu, pellt accepter de vivre sous leur domination ù la condition expresse qu'ils conseneront le libre exercice de leur religion et que leurs femmes et leurs filles seront respectées!. »
(1) Li:ON ROCHE";, Dix Ans il travers l'Islam, p. 241.

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c'est ù peu près textuellement la proposition de la « fetoua » de Cheikh Sidia. Cette fetoua est de '1320 de l'hégire: elle a donc cinq ans; il peut être intéressant de constater qu'en soixante ans la toléeance musulmane n'a rien trouvé de nouveau pour rendre plus faciles les rapports des chrétiens et des Musulnwns. Les ~u'gllments de Cheikh Siclia en notee faveur sont pour la pillpaet tirés péniblement des règlements de Sîdi Khalll et de ses commentateurs,et malgré le désir évident de nous être agréable, il lui a été impossible de trouver une formule nette préconisant un eapprochement sans alTière-pensée entre chl'étiens et ~rusulmans. Le chl'étien reste l'ennemi, qu'il faut supporter quand on n'est pas assez fort pour le combattre et pour le vaincre, mais sans jamais abandonner l'espoir de la revanche. La compréhension de l'Islam reste toujours la même: c'est-à-dire que l'Islam a été donné par Dieu et que ceux qui l'ont reçu ont acquis par le fait même sur les autres hommes une supériorité absolue, c[ui doit se manifester non seulement par des récompenses après la mort, mais pal' des bénéfices immédiats dans ce monde. A quoi nons servirait l'lslam, que Dieu nous a donné, « répondaient les Ançâr au Prophète, si les infidèles profitaient d'une part du butin qui est réservé aux seuls « Mlisulmnns? » Il s'agit clone bien d'une suprématie en ce monde sur tout ce qui n'est pas musulman, et le sentiment que le .Musulman doit vivre aux dépens de l'infidèle conquis (anoui) ou de l'infidèle qui a obtenu des conditions pour n'être pal' l'objet d'une conquête eŒective (çalhi) subsiste toujours. C'est-à-dil'e que les ~Iusulmans en sont restés à la compréhension de l'Islam des premiers jours, qui était une
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ARCHIVES MAROCAINES

religion de conquête, dont toute l'organisation consistait à partager entre les conquérants musulmans le butin fait sur l'infidèle conquis ou s'étant racheté. Toute autre organisation devait être superflue, tant que le monde entier n'était pas soumis à l'Islam. Les circonstances ayant fait que, de conq uérants, les Musulmans sont devenus conquis à leur tour, les principes basés sur une continuelle victoire de l'Islam sont devenus inapplicables, et il a fallu chercher, dans l'interprétation des textes, un modus vivendi pel'luettant de supporter la mauvaise fortune sans être obligé de lutter jusqu'à l'extinction. C'est ainsi que toute la politique musulmane s'est trouvée basée sur le principe des deux dommages, ,Lont il faut toujours choisit' le moindre, à défaut d'avantage:-;. Il semble, dans ces conditions, que l'on peut considérer comme une utopie de demander à un sou\'eI'aiu musulman des améliorations et des réformes, qui seront fOl'cément considérées par lui comme un dommage, par le seul fait d'être proposées par des chrétiens, si l'on ne prend soin de lui faire entendre qu'il échappera, en acceptant ces améliorations et ces réformes, à un dommage plus considél'ahle que celui qui pounait résulter pour lui de leur application. Et il en sera ainsi tant que les ~Iusullllans continuel'ont il être hypnotisés par celte compréhension de l'Islam, qui leur donne la conviction que le seul fait d'être Musulman fait d'eux, d'ores et déjà, une catégorie supérieure il l'humanité tout entière. • Il en résulte qu'ils font ce que font, dans les commencements, toutes les aristocraties de race ou de religion, qui se voient dépouillées de leurs privilèges et de leur suprématie; ils boudent, en espérant le retour de leur. puissance et se tiennent à l'écart dans un état d'infériorité plutàt que d'accepter une égalité 'Ju'ils dédaignent.

UNE FETOUA DE CHEIKH SIDIA

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Cel état de choses tend à se modifier en Orient depuis quelclues années, et il est hors de doute que l'Occident suivra le mouvement et que les Musulmans y comprendront également qu'ils peuvent avoir à gagner dans leurs rapports avec nous et que la prospérité dans ce monde, d'une part, n'est pas faite de la domination universelle et, d'autre part, n'est pas en contradiction avec les joies du paradis. Dalls l'approbation qu'il donne de la fetoua de Cheikh Sidia, Cheikh Sa ad BOllh ne s'arrête pas à l'interprétation des textes et envisage la question à un point de vue plus pratique et plus simplement vécu. Après avoir constaté que les chrétiens sont très n0111beeux, qu'ils ont renveesé en Orient et en Occident de puissants empires, il termine en disant: « Que celui qui « a des doutes sur les paroles du Cheikh, apporte des « actes, sinon tout ce qu'il pourra dire sera sans fOllde« ment, et ses doutes seront gratuits. Et le salut. » On sent que Cheikh Saad Bouh a dù entendre autout' de lui de nombreuses protestations vaines contre l'état de choses actuel et contre l'occupation française. Sans rechercher dans les textes ni dans les commentateurs le moyen de mettre sa conscience d'accord avec le fait accompli, il constate ce fait et s'y soumet, en ajoutant, avec une certaine ironie, que dans les circonstances actueI1es les paroles sont inutiles et qu'il faut des actes.
Eu.
~hCHAUX-BELLAIRE.

OUVRAGES B~NTR~S A LA BI BLIOTHÈQUE
1906

26G5. lB:"! AnI ZERA'. El Anis El Motreb El Qartas. Fès, UO.5, Lith.) in·4, 26GG, Es SIDA'Y. Naçret Ech Chorfà t1 redd 'ala ahl El Dj:lfù. Fès, s.d.) in-4.
IAcquisilion.)

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(Don du Comilé dll Maroc.)

2GGS. EL R'AOUTIlY, Kitàb Kachf El Qina 'an alàt Es Sama'. Alger, 1904, in-S. 2GG!). (AXO:"lYME). Projet de codification du dl'oit musulman. "tlger, 190G,

in-S.
21370. VARNIER. Rapport sur les opérations des sociétés indigènes de

prévoyance, in·4.

.
(Don dll Gouo. Gén. d'Alyérie.)

2G71. De Madrid il Tétouan. Madrid, l!lm, Alger, ElOG, in-S.
(Don de M. A. Joly.)

2G72. (ANo'\nlE). Revue africaine: Cinquantenaire de la Société. Alger, 190G, in-4.
,Don de M. René-Leclerc.)

2G73. Bulletin de l'Institut égyptien. ,\nnée ElO!. Le Caire, 190.>, in-S.
(Don de l'Instilllt ('(fUptlen.)

2G74. Société de géographie et d'archéologie de la province d'Oran .

.\nnée l!)ü6, in-S.
(Don de la Société.)

21375. II UGO:"!:"! ET. En Égypte. Paris, 1903, in-S.
(Don de ('auleur.)

2G7G-77. I. II.UIET. Les musulmans français du Nord de l'Afrique. Pm'Is, Hl06, in-II'. 2 exempl.
(Don de ['allleul'.)

2G7S. G. DEHORS. Voyage à Rabat. Alger, 190±, in-S.
(Don de ['al/leur.)

2G79. (ANoNnlE). Journal asiatiflue, t. VII. Paris, 19(1(;, in-S.
(Don de la Sociélé usiatique.i

l5G

OUVRAGES ENTRÉS A LA BIBLIOTni'QUE

26S0. ESCRIBA'IO. Tanger y sus abrcdedol'es. Madrid, 1901i, in-S.
(Don de l'autenr.)

26SI. (ANONYME). Bulletin de géogl'aphie historique ct descriptive. Année Hl05. Paris, 1!l05. 26S2. (A'lONYME). Bulletin archéologique du Comité des travaux historiques. Année 1!l05. Pari~, in-S. 21iS3. Id. Année l!)()H. Paris, in·S. 2HS4. Nouvelles Archives des missions scientifiques, t. VIII, fascicules 2, in-S.
(Ministère de l'Instruction publique.)

26S5. CUAIlI'lY. Relation d'un voyage de Fès à Timbouctou. Paris, s. d., in-S. 26S(;. (A"(O:'lYME). Oftenstücke iibet· Marokko. Berlill, H)06, in-4. 2HS7. EIS'IER. Der Sultan des Weltkt'ieges. Dresdell, 190H. in·8. 268S. AUEIl. Marokkanische Sittenbildel'. Be1'l1, 1901i, in-S. 268!J. BEHm:DEz REI:'IA. Geografia de Man'uecos. Barcelolla, in-S. 2li90. BOUTlN. Les traités de paix ct de commerce de la France avec la Barbarie. Paris, 1902, in-4. 2691. PLAn'AIH .\ biblingraphy 01' Alger;rl, f~Olldoll, 1888, in-4. 26!J2. LT-COL. SALMO:'l. Les Français au Marol'. Paris, s. d., in-18. 21;93. G. COLI:'I. 'Abderl'ezzàq el-Djezùil'i. JfOlllpellier, 190;;' in-S. 2694. DE CASTI1IES. Les gnomes de Sid: .\bd er-Rahman El·Medjidoub, in-S. 2li95. DIT GUIGUES. Le livre de l'art du traitement de Najm ed-Dyn Mahmoud. Beyroulh, 1!J03, in-8. 21j91j. 'Ail/) EH nAflM~:\' BE:\' 'ABD EL Q~DER. La plantation à frais communs en droit malékite. ,·llger. lS!);;, in-S. 2H97. l'hIION. Le système de protection individueIle au Maroc. Alger, 1902, in-S. 26!J8. 'ABD Etl REZZ~Q. Kachf Er-Hollmouz. Alger, s. cl., in-S 26!J!l. LEBLûNn. Une métropole africaine. Marrakech. Paris, 1905, in-S. 2700-01. M. J. MÜLLEH. Beitra::re ZUI' Geschichte der \Yestlichen Araber. Miillchell, 1878, 2 v~l. in-8.
(Acquisitions. )

Dm, t. Vf, in-4. 2703. EnGAtl. Gt'œco-Egyptian glnss. Le Caite. 1(10;;, in-4. 2704-~. QUIBELL. At'chaic objects. Le Caite, 1!J05, 2 vol. in-4. 270G-7. AlBlEJ) BEN KAMAL. Stèles ptolémaïques et romaines. Le Caire, ~ vol. in-4. 270S. GAILLAHD ct DARESSY. La faune momifiéc de l'antique Égypte. Le Cail'e, l!JO'--i, În-4.
(Dons du Service des Antiquités de n;·yyple.)

270~. (.\"IO,,(YME). "\nnales du scrvice des antiquités d'Égypte. Le Caite,

2709. (.\NoNnlE), Bulletin de l'fnstitut français d'archéologie orientale, 2" fascicule, in-4. 2710. MAI(HlZI-CASANOVA. Description his\. ct topographique de l'Égypte, 3" l'ascicule, in-4.

OUVRAGES ENTRÉS A LA BIBLIOTHÈQUE

1ii7

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_ _ _ _ _(_O_Jns de l'IllS/' d'archéol. orient.)

2712. VA:\' DE PUT. Hispano-:\l:oreSfjue Warc of the XV cent. London, 190±, in-±. 2713-4. S. DE SACY. Gl'ammail'e arabe, 3' édit. l'cvue par :\I:achuel, 2 vol. Tunis, 1904-190\ in-S. 2715-16-17. CHAUVI:\,. Bihliogl'aphie des ouvrages arabes, VU, VIII, IX, 3 fascicules in-4. 271S,19. BEN CHENEB. Proverbes arabes de l'Algérie et du Maghr'ch. Paris, 190:;-6, 2 vol. in-S. 2720. GILllARD. IIistory of' GilJraltar. Gibraltar, 18S2, in-±. 2721. FOUREAU. Essai de cataloguc des noms arahcs ct herbères de quelques plantes. Pari,ç, 1S%, in-±. 2722. MIGEO:\'. L'exposition des arts musulmans. Pari,ç, 1904, in-±. 2723. FOUQUET. Contdhntion à l'étude de la céramifluc orientale, Le Caire, 1!l00, in-4. 272±-5-6. D' LECLERC. Tl'ailé dcs simplcs par lhn-el-Beïthar. Paris, 18SB, vol., inA. 2727. hnIANUEL. Marokko. BerUn, I!lOB. in-±. 2728. G. BOHLFS. Mcin erstcr Aufenthalt in Marokko. Norden, 188:;, in-8. 2729·30. GOEIlE:\'. Beise und Lagcl'. Brierc aus Spanien und vom spanischen Hcer'e in Marokko. !!al/nover, 18G4, 2 vol. in-8. 2731. G. D··: LAvrr.'iE. Les Espagnols au Mar'oc, PI/ris, 1889. in-18. 2732. MACHAH. Documents sur le,.; étahlÎ>.;semenl,.; franç.ais de l'Afri'lue occidcntale au dix-huitième siècle. Paris, 190n, in-8,
(Ac'Juisilions,)

2733. 2734. 2735. 2736. :17:-l7-40. 2N1. 2H2. 2743. 2744. 2745-6-7. 2748.

(Axo:\,Y)lE), Qùnoùn-nùlI1ch Et Tobdjyah. Boulaq, 12U1, in-S ohlong-. Tadhyilùl el hatl'yeh. Boulaq, 12H2. Qùnoùn ta'lim eeh ehîeh ous sif, 12~la. Qùnoùn-nùmeh Et Tohdjph-ta'lirn cl arhayeh, Qànoùn-nùmeh Et Tobdjyah. Boulaq, 1291, 4 1'01. in-1S oblong. Qànoùn el qt'a'a I-askal'ya. Bouloq, 18S;). Fi talirnat el flilùl. BouhH!, 12~)2. El MOllddakara cl lalifa. Bouloq, 128!l. Khoulùçal el afkùr el ·askar)'a. Boulaq, 12U3. Qànoùn-nùmeh es samary. Bouloq, 12H1, 3 vol. IIoukm ou neeùib 'oull1oùmyn. Boulaq, 1288.
(Dons de JI. Coul'ten,)

274!l. G. SALMOX. Bibliolhè,!ue des arabisants français, t. 1., S. de Sacy, Le Caire; 1UO;') , in-4.
(Don de l'au/w!'.)

2750. (AXOXY)IE). Recueil d'anecdotes SUl' les saints de l'Orient, salis

titre ni dal e. Manuscrit Habat, in-t. 27;)1. (Al'\OXYME). El Ouçoùl ou'l daouùbit moul,lkima li'i içtilal.l. Manuserit. Habat, in-4. 2752-4. J. BADIA. Voyag-es d'Ali Bey en Afl'i'iue et en ,\",ie. Paris, 1814. 3 vol. in-8,

Vi8

OüYRAGES ENTRÉS A LA BIBLIOTHÈQUE

2ï5;,"5. J. BADH. Voyages d'Ali Bey, Allas.

27f)G. 2757. 2758.

2760. 2761. 2762. 2163-4. 276,j-8. 27G9. 2770. 2771. 2772. 2773. 2774. 2775. 277G. 2777. 2778. 277!J. 2780.

Paris, 18l-!, in-4 oblong, acquis. MARÇAIS. Musée de Tlemcen. Paris, 190G, in-4. PELLISSIEH et RÉ~ICSAT. Histoire de l'Afrique de Kairouâni. Paris, 1845, in·4. R. BASSET. Les manuscrits arabes des bibliothèques <les zaouias de Ain Madhi cl Temaim. Alger, 18<G, in-4. R. BASSET. Mission scientitique en Algérie el au Maroc. Paris, s. d" in-8. DE MO:\'TOÉSIH. Le Nord-Est marocain. Alger, 1!l05, ill-8. JOl'ŒS. Ibn Abd cl Hakem's history of the conquest of Spain. London, 1858, in-8. E. DouTT~:. Les las de pierres sacl'l\es ct quelques pratiques connexes dans le sud du Maroc. Alger, 1903. IBN .IÙlALOOUN. Histoire cles Berbères, texte arabe, éd. De Slane, 2 vol. in-4. D.~LL. Spicilegium florœ maroccamc. London, 1878, 4 fascicules in-8. Dr LECLEBC. Kflchf Er Roumouz. Paris, 1874, in-8. FAURE·BIGUET. Histoire cie l'Afrique septentrionale sous la dominalion musulmane. Paris, 1!J05, in-4. (A:\'o:\'nn:). Madjmoù comprenant: Nozhet el hacli, Zemmoury,etc. (AXONYME). Rihla fi'l-Inguiltel'l'a. Copie manuscrite de Tanger, in-4. AL I;IABBAK. Nail El Matloub. Copie manuscrite cie Tanger, in-4, acquis. (Al'\oXYME). Ouchàh El Makàtib. Copie manuscrite cie Tanger, in-4. Ecu Cn.HIRY. Risàlat 'aIa' l-astorlàb, in-4. BEl'\NAXY. 'Ala'l-astorIâb, in·4. EL OUAHZAZY. Charl.l li-nacll.un Es Soùsy, in-4. BEN ZÂKOÙH. Kifàyat Hahib (suivi de Siht el MariclIssy et 'Abd el' Rahmàn el Fàsy), copie manuscrite cie Tanger, in-4. Ec ÇAFAH. Risaiat cl astol'làl), id. P. :VIOHH. Marokko. Eine politische, wirtschafentliche Stuclie. Ber'lin, 1902, in-8.
(Acquisitions. )

2781. I. HAMET. Les Musulmans français clu Norcl cie LHrique. Paris, l!JOG. in-18.
(Don du Gouvernemenl général de l'Algerie.)

271;2-83. (Arw'IYME). The Times of Mm'occeo, 1884-03, n° 1 il 200 et 201 il 382, 2 paquets in-fol.
,DOl! de M. Budyell Meakin.)

278L A"ioXYMF. (Extraits et coupures cie journaux relatifs au Maroc (1871-1893) réunis pal' cie Cuenas, in·fol. oblong. 278.;-89. PEHROT ETCHIPlEZ. Histoire de l'art dans l'antiquité. Paris, 1882-!J0, Gvol. in-4.
(Acquisilions, i

OUVRAGES EN rRl~S A LA BIBLIOTHÈQUE

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27!)0-92. De l\lI;:NEIWILLE. Dictionnaire de la législation algét·ienne. Alf/e,., 18G7-72, 3 vol. in-4. 27!J3-94. V. Dunuy. Histoire de France. Paris, 1873,2 vol. in-S. 2795. IA:'\o:'\YME). I\:it:'!.b el 'ahd el djadid. London, s. d., in-IG. 27~IG. ;A:'\O:'\LlIE). Madjmoù' lalif. S. 1. n. ct .. in-IS. 2797. (A:'\O:'\Y.\IE;. ,\lmanach du Bachir, 11/04. Beyro<lth, 1904, in-4.
(0011 cle M. René-Leclerc.)

27H8. DEssoLlEns. Organisation politique de l'Algérie. Pari.~, 1894, in-8. 279H. A. LECLEHC. De l'Application de L\ct Ton'ens dans la régence de Tunis. Tunis, 18!!9. in-8. 2800. VILLE. Situalion de l'industrie mini~re des départements d'Alger, Oran et Constantine. Alger, 1875, in-4. 2801. Le CII.HELIEH. Note,.; sur les villes et les tribus du Maroc. II. Paris. 1!j(J3. in-8. 2.~02 SCHI1ADEI1. G,'ammaire tut'que. Leipzig, 18:~;" in-8. 2803, GAUTIIO"ŒT. L'Afrique du NOI'd. Algét'ie et Tunisie. Alger, 18!!11, in-8. 280L RICHARD. De l'esprit de la législation musulmane. Alger, 1849, in-Hi. 2805. BOI1DIEI1. La voie transafricaine de Tuni" à Loango. Montpellier, 1!J04, in-1. 28()!;. RICHET. Essai de psychologie génél'ale, 1887, in-tl. 2807. DOLLFUS. Études sur le moyen âge espagllol. Pal'is, 1894, in-S. :lS08. TUI1RAs. Note sur la question douanière cn Tunisie. Tunis, 189G,
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280H, RA YNAUD. l\Iorceaux chanU)s. daos Alahah Allah. Alger, 1900, in-8. 2810. J. BLONDEL. Deux mois aux Etats-Uni,.; d'Amérique. Paris, HlOO, in-8. 2811. BOI1DtEn. La Tunisie en 1900. Montpellier, 11101, in-8. 2812. (A'IOXYME). Le drogman tUl'C. Paris, 18;i-l, in-8. 281B. R. BASSET. La. poésie arabe anté-isJ8Illiquc. Paris, 1880, in·18. 2814 (A'Io:'\nIE). Taqouim el Bachir. Beyrouth, 1!J04, in-4. 2815. Nt-:UBUHGEH. Les gisements pétrolifèrc,.; ùu départ. d'Oran. Mustapha, 1901, in-8. 28lG. (A'Io:'\nIE). Discours pl'Ononcés illa séance génér'ale du Congrès des sociétés savantes à Algel'. Paris, 180.;, in-l. 2817. PaMEL. Texte explicatif de la car'te géologique provisoire. Alger, 1892, in-8. 2818. ROBERT. Métiers et Types algériens. Atger, 18!!", in·S. 2819. JUDAS. SUI' l'écriture et la langue berbèrc,.;. Paris, 1863, in-S. 2820. MOUHET. Esquisse géologique des environ" de Bt'ive. Brive, 1880, in-8. 2821. (A:'\oNYME). AI Machriq, n' 23. Beyrouth, 1904, in-S. 2822. (A'IONYME). L'Enfir1a, son passé et son avenir. Pflris, s. d., in-4. 2823. ÉON. Les indigènes devant la loi pénale et les jut'idictions répressives. in-8. 2824. DANIEL. Uu syslème TOtTens compal'é au régime hypothécaire. Bourges, 1887, In-l. 282;,. SABATIEH. Études sur les l'éfoJ'me,.; algériennes. Oran, 1891, in-8. 2826. GARAT. De l'assimilation des institutions de l'Algérie avec celles. de la métropole. Alga, 1894, in-8.

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OUVRAGES ENTRÉS A LA BIBLIOTHÈQUE

2827. (c\NoNnlE). Questions diverses relatives à la voierie départemen· tale. Cons/anline. 90, in-4. 2828. MOULIÉRAS. Nouvelle chrestomatie arahe. Conslanline, 1889. in-Ho 21'29. ROUSSEAU. Parnasse oriental. Alger, 1841, in-4. 2830. ÉLIE DE PRIMAUDAIE. Les Arahes et les Norrn:mds en Sicil!' et en Italie. Pari.ç, 1868, in-8. 2831. CHEIKHO. Anis el Djoulsà fi charh diouàn El Hansa. Beyrouth, 18\J;'. in-8. 2832. FÉnAu~. Les interprètes de l'armée d'Afrique. Atger, lS74. in-8. 2833. DnoUIN. Dictionnaire comparé des langues. ellen, 1H6ti, in-8. 2834. TISSOT_ Texte explicatif de la carte géologique. Alger, 1881, in-8. 2835. BOURROUILLOU. De l'origine ct de l'étahlissement des institutions municipales en Algérie. Alger, 18!!3, in-8. 2836-7-8. ORTOLAN. Explication historique des Institutes de Justinien. l'aris, ISm, :3 vol. in-S. 2S39. BACIBIA"f. Étude SUI' la condition des personnes en _\Igérie. iVanry, 18~H, in-8. 2840. SAUTAYHA et CIIEHBO"fl'ŒAU. Du statut personnel et des succe~sions. Paris, 1873, 1. 1, in-8. 2841. BOEIIMER. Romanische Studien. Bonn, 18!!;" in-4. 2842. Gow et REI"fACH. Minerva. Paris, 1!!00, in-8. 2843. STHAl:SS. Code manuel du voyageur de commerce. Paris, 1894. in-8. 2844. (_\NoNnIE). Chefs-d'œuvre de l'éloquence française. Louvain, 184>,
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OUVRAGES ENTRÉS A LA BIBLIOTHÈQUE

161

2869-70. 2871. 2872. 2873. 2874. 2875. 2876. 2877 . 2878. 2879. 2880. 2881. 28S2. 2883. 2884. 288';. 2886. 28S7. 2888. 2889. 28!J0. 28!Jl. 2892. 2893.

BRILLAT-SAVARI'I. Physiologie du goùt. Paris, 1866, 2 vol. in·18. CYRA:\'O DE BERGEilAC. OEuvres comiques, t. II. Paris, 1882, in-18. PERRAULT. Contes. Paris, 1897, in-18. BEAUMAilCHAIS. Mariage de Figaro. Paris, 1876, in-18. (ANO'lYME) . .lournal asiatique, t. XX, n' 3. Pùris, 190:3, in-8. (ANoNnIE) . .lournal asiatique, 10" série, t. l, incomp. Paris, 1903, in-8. (ANONYME) . .lournal asiatique, 10" série, t. II, incomp. Paris, 1904 in·8. (ANONYME) ..Journal asiatique, 10" série, t. III, incomp. Paris, 1904, in-S. (ANONYME) . .lournal asiatique, 10" série, t. III, entier. Paris, 1904, in-S. (ANONYME\. .loumal asiatique, 10" série, L. IV, entier. Paris, 190:3, in-8. (ANO'lYME) . .loumal asiatique, 10" série, t. V, entier. Pari~, 1905, in-8. (ANONYME) . .loumal asiatilIue, IO c série, t. VI, n" l, entier. Pa ris, HJOi5, in-8. La Géographie, t. X, incomplet. Paris, 190;'5, in-4. La Géographie, t. XI, incomplet. Paris, 1906, in-4. La Géogl'aphie, t. XIII, incomplet. Paris, 1906, in-4. La Géographie, t. XII, incomplet. Paris, 190:;, in-4. La Géographie, t. JX, complet. Paris, 1904, in-ci. La Géographie, t. VIII, complet. Paris, 1903, in-4. La Géographie, t. VII, complet. Paris, 1!J03, in-4. Bulletin de la Société de géographie d'Oran, 1882, incomp. Oran, in-8. Bulletin de la Société de géographie IL\Jger, 190::;, complet. Alger, in-S. Bulletin de la Société de géogmphie d'.\lger, 190., complet. "lluer, in-S. Bulletin de la Société de géogr3phie J'Alger, 1902, complet. Alger, in-S. Bulletin de 13 Société de géogr3phie d'Alger, 190:3, incomplet. Alger, in-S.
(Don de M. René-Leclerc.)

2894. (A"(ONYME). Allas de la guerra de Tetuan. Madrid, 1860, in-fol.
(Acquisition_)

2895. E. Dnoz. La critique littéraire de Taine. Paris, 18!JG, in·8. 289G. ALAUX. Histoire de la philosophie. Paris, 1882, in 8. 2397 . .1. VHAU. Proudhon et son système économirlue. Paris, Id,;3, in-S. 2898. GAHNIER. Du principe Je population. Paris, lS,,7, in-8. 2899-2900. Fr. BASTIAT. OEuvres complètes. PaI'is, 18G3, 2 yo1. in-8. 2901. HUGGIEHI et G~:RAHD. Nouveau dictionnaire de poche franç3isitalien et italien-français, in-24. 29(}2. LA FONTAINE. OEuvres diverses. Paris, 1758, in-IS. 2903. TIlIPIEIL Code de procédure civile. Paris, s. d., in-2-t, 2904. (ANONYME). 'Achyat el ahd. Beyrouth, 1890, in-24. ARCH. MAHOC.
11

162

OUVnAGES ENTRÉS A LA DInLiOTHI~QUE

290,;. (AXOKYMEI. Bougie (monographie). BfJ11gie, 1900, in·8. 2!I()G. CEALIS. LeUres SUl' la camp<lgne de Tunisie. Pal'i8, s. d., in-8. 2!J07. (AXO:\YME). Les Fran(,ais en Égypte. Paris, s. d., in-S.
iDons de M. nené-Lec/el'c.)

2908. AL ()AD(:ny. ::\achl' cl Mathùny. Ms. rie Fè8, 1. II, in-l. 2909-10. D.JOULll.\KY. Et TarJl'ih fi asr:)r et lal'kih. Copie du manuscrit de Fè8, 2 vol. in-·L 2911, D.JOULDAI,Y. J\il:)h nih:)yal ct tall:)h. Copie du manuscrit de Fès, in·'L 2!H2. l\UALlIl nE:\ Yr,:zio. Kit,Îh el OuM,r fi ladhir el IIMy. Copie du manuscril héhrl'u de Fè8, in-l. 2!llH. 'IYAn HE:\' IVAo. Fahr:lS'l. Copie du manuserit de Fès, in-l. 2!lll-15. FLnOUZAllADY. El ()UÙIllOUS cl nlOl.Ji1. Bouldlt, 1:,01.2 vol. in-l. 2!llIi. TAILIBOLOUSY. l'':ir:''yat el mOLlI.linrnl.lh. BeYl'oulh. 1HO;;, in-~. 2!117. ABn EL BASIT. Tùsis l'! mnh:)ny. fJe!ll'oulh, lB11, ilh~. 2!llS. (A:'iONYME). l\itùh nw'rad el l":holulil cl 'nrahya. Beyrouth, 181-'5, in-8. 2!11!1. EL AI.:~LI.'Y. l'':il,\h en nohat oueh ehndjal'. BeYl'oulh, 18!J8, in-4. :!!120. CUABKA. Kil:)]) el Foulolilwt 1'1 il:)h~a. MI18C11l'a. 18%, in-4. 2D:?1-t. (A'o'O""YME.) Kil:'dl ,III' Ll'iln ou J(·ila. Le Caire. IBO,>, .\ \'01. in-'!. 2!1:J,;-7, BI:HTn!\'. A pilgrinwge ln l\leecn and l\Tedina. Leipzifj, 1874, 3 vol. in-lii. 2D2S. GAVET. L'nrl nrnhe. Paris, s. d., in·S. Z!I:?!!. GAYET. L'nl'\ pel'''nll. 1'm'i", S. (L, in-8. 2!IBO-I. C.\T. !Tisloil'e !ln l'\lgéri('. A/pcl', 18!ll, 2 yol. in-8. 2~J~2-B. l\hcul'EL. l\lnnill'I de I·arni,isnnl. Ali/er, 1881, 2 yol. in-8. 2!J34. L/<O:\E. Mannel rl':lIl(;aiS-:II·alJ<' . •I/f/el', 1~!J7, in·S. 2!J3;;. CI NI')":c. (;,'ograpllie mililaii'c . . 1I[/':l'ie el Tunisie, in-S.

i .lcquisilions.)
2!IH6-37. (A:\O'<:HIE). Inslruelion pnllr ln ('onduile dcs fouilles al'chénlo~dqu('~

cn .\Ig'{'l'ip ..\lgpf·, l~IOIJ 2 pXl'lnpl. in-S.

2!JB8. (;AUTIEIL Du Toual:1ll '.ig('j·. ]'al'is, J:1I11i, ill-4. :?!I:l!l. DE L~~IlBFn(;. La Inngue arabe el "CS di:llecles. I.eide, IDO,;, in-~. 2!IHl. i\ . .JOLY. La plnine d,'s Ileni-Slimnnn et f'('S ailol'ds. A If/el', 1!1(1,), in-8. 2:141. P. GALllOS. Carlos VI cn 1;1 Hnpila. Madl'id, 1!JO,;, in-8. 2!112. P. GALllOS. Ailn Tellauen. Madl'id, 1!10.), in-S. 2!14:l. (.\:\O:\DlE). DidioJll1i1ire fl'anrais-:u':lile. A/f/I'I', S. d., in-~. 2\141. Fmscu el DAVIIJ. Gnilll' pl'alique en pays nl·abe. Pal'is, 18!12, in-S. 2\14;;. BEAUSf'lEn. llielionnail'c arahe·rl'alll,ais. il/gel', 188-[ (l"" pal'lie jus· qu'ù 2 inclus). in-4. 2!J4G. KIIALIL BE:; IsuÂn. '1oukhl:ll>'Ii'. Le Caire, 1BO:I, Iii., in-4. 2:147. 11 [1'"1'1-: n. Le Dieh(~1 Arnoul' el'Ief' llIonis dcs Oul:lIl ::\:1\'1, in·4. 2!llS-!I. l'miEL. Ilt~f'('_l'ipliOl1 sI l'ni igraphiqne générale de j'.\lgl'rie. il/Uel',
18S!), in-8~ 2 eX(\lllJdtlil·~~. 2H50. AZ(:\LI. ,""sai slll'I'hydl'ologie ella g'éolog-ie de la ]'(\gion cle Saïùa.

()mll,I!IIJO, in-L 2D51-2. BATTA:\OIEH. 1{(~suHnls bol:Jllil[ues cle la mission Flamand. Paris, 1:100, :~ ('xn1iJl'lail'e", in-L 2%3. LA\'OH!'\]'L Sti'udure du DjehelMatlliic1. Paris, 190J, in-4.

OUVRAGES E:"THÉS A LA IHBLIOTIIh:QUE

Hi3

29i'!. l'OMEL ct FlclIEun. Les formations éocènes de l'Algérie. Paris, lH!H, in--L 2~.15. GAlTTIEIt. SUI' les tel'nJins paléozoïques de l'oued Saoura. Paris, 1!)(12, in·l. 2!)-,6. GAUTlLH. Sahal'a oranais. Paris, 1!J()3, ill-4. 2!J,'7. 1"LAMA'iIl. Note SUl' la géologie du Sahara nord-occidental. Pa-

ris, lH!H;, in·4-. 2!Jf)S. (.bONYlIEI. i\otice sur les sources thermales el minérales de 1'.\lgérie. Alger, ISoS!J, in-Ho 2959. L. GE:';TlL. Etude géologique du bLlssin de la TLlfna. .-tlger, l!J0i3, in-4. 29GO. E. 1"1<;11I·:er:. Les élude8 gèologiqlles "écenles de M. .\. Brèves sur le Maroc. Vie/l'le, IHU4, in-i. 2Htil. P. LALLE",UNlJ. Excursions 5111' le l'éseau de la Compagnie des chemllls de fer de l'l'si. algèrien, .tlger, 1889, in-12.
2:Hi2. FAG:'\A:'\. Concordances du
1;--:8!)1 În·EL
1l1L1llUel

de droil de Sidi Klwli!. A/ycr,

2%-l.

2:)65. 29G(;. 2!JG7. 29GH. 29G9.

2!!70. :lU7l. 2:172. 2()7:1
:?!Jï+.
2!lï5.

il!!7!î. 2:J77.
2~ïS.

2!J79.

2!!80. 2:)81
2~IH2

IhY.\!:ll. El BiriLl, pelit lrailé des l'onnes du VCI']W. cllyer, IH:J~, in-Ho MAncEL. L'étude des J:Hlglles p:1l' la lecture. Pw'is, s. d., in-18. BOULE el FAnc;ES. Le Canlal. Pal'is, s. d., in-Ho BOILLE el GLAUGEAUD. Le Puy-de-DùllIe et Vichy. Paris, J!JOl,in-H. 1"AlIUIAfBE. Coléoptères. Paris, s. d., in-S. BEHCE. LJlpidopUll·es. Paris, s. d., in-oS. 13AHTII. Thé'l'apeuli([ue des maladies des organes respiratoires. j:J a l' is , IHH7 , in-S. A. .rOLY. 'lallipulations chimiques. Pw'is, IH()H, in-Ho A. JOLY. Chimie gélllèl·ale . .\[<\[:llloùles. Pah8, lS!!!, in-Ho A. JOLY. :\!l'l,:ll\X, dlimie ()l·gani(\\H'. Pal'is, IH'd\\, in-S. l' FO~<:I:';. G(\ogl'al'hie hislol'ique. Pal'is, IHHH, in-t. (A;>(o~nLE). Allas ell l'usse. S. 1. n. d., in-! oblong. FI·:HIlIHI. i\!OUVll:lU didioll!l:lire itaii,·n-i'I':lllf.::lis, J'I"l!l(:aL-italien. Paris, s. d., ill-2i. HIISTUL\YI'I. tliGr:iollario illgks-espaüol. Pal'i.<, 1:103. in-24. Vu:, S,\LVA. NllIll'O diccioll:l:'io fl'<1ueès-espaClOl.l'w·is, I:HH, iu-2+. LECOQ. ,\dvallced Engli"h Header. Paris, S. d., ilh~. BH"~CIll:T. Didi';nnaire èlymologique de [a langUI: l'l',lI!(:aise, PartS, fi. d., m-H. P. JANET. T",lilé élèmenlaire de philo,'ophie. PW'is, lS,~7, in-S.
TOOIL\IEH

et

BI

E~IAN~. Pl'erniel'~ éJ(~nlelll s de gT~lInlllail'c grcequ~.

PUl'is, lSb2, in-S.

2983. 2HH4. 2HS". 2!ISG. 29H7.

J'm'is, S. d., in-S. G. CAP:;". L'œuf. Paris, ]8S~, in-~. Il JOLY. L'imaginai ion. PIHis, 1HS7, i nS. POTTlEIL Les slatuelles de letTe cllite. Pm'is, ]S!!n, in-S. (,\'iO'iYMI':;. Annuail'e du Cluh alpiu fl'aIH:ai,.;, IHSi. Paris, ],':8", in-oS. 1\[I,:U"IEI\-CUALMAS el DE LAPPAllE"T, Nole Slll' la nOll1end:llul'e (ks lenaill'i sélllimenlail'es. Pari", IH!I-I, in-S. 2!)SH. A. Vlll(:. Inllll(~llce dll 1:, Iumièl'(~ et l'o!Jscul'ilô SUI' la Ir;Ulst'ol'm:1I,ion de" :lllilllaux. Paris, 1!!02, in-+. 29H9. (,\"'O'iYilIE). L'hygiime des l:hevaux des brigade .; de gendarmerie. Paris, lS!I1, in-S.
. 1\1. DUVAL. Préeis d'anatomie .u'listiqlle.

164

OUVRAGES ENTRÉS A LA BIBLIOTHÈQUE

2()90, PERRIEI1, Anatomie ct physiologie :mimales. Paris, IS82, in-S. 2991-2(J9R. AUBERT. Histoire natul'elie des êtres vivants. Paris, 18D8, R yol. in-8. 2994. DE L.~I'PAREJ\'T. Cours de minéralogie. Paris, 1890, in-8. 299i5. COMBETTE. Cours de méeanique élémentaire. Paris, 1882, in-IL 2996. SEnnET. Traité de trigonom(~tl'ie. Paris. ] 862, in-8. 2mJ7. SO:\:\:ET. Dietionnaire des mathématiques appli,[uées. Paris, IS67, in-4. 2g()8. BElITHAXD. Traité d'algi~hre. Paris, 18iJ"" in-S. 2999. (A:so:\Y1IE). Complément de trigonométrie, Paris, 1886, in-8. ROOO. (A:so:snlE). Exereiees d'algèbre. Paris, 1882, in-8. R001. SAFFHAY. Catalogue raisonné des musées des écoles. p(lri.~, lRRiJ, in--L 3002. DEsnouEs. QlIeslion de trigonométrie. Paris, lS72, in-S. 3003. BnTAT et BOCQUET. Leçons de trigonométrie. Paris, 1R82, in-S. 3004. A~1l~1:- ?olutions misonnées des prohlèmes de géométrie. Paris,
IS;J<"Î. ln-S.

ROO,). DESBOUES. Queslions de géométrie. Pm'is, 1870, in-S. R006. GEOBGIN. Commenlaires dC'tl dauses ct eondilions générales imposées <lUX entreprC'neurs. Paris, ]S!I!I, in-4. R007. EYHOLLES, TnstruC'\ion pOUl' la r(~rlaetion d'un rapport sur une :lfTaire de s('I·Yiee. Paris, 189!1, in-4. 3008. EYnOLLES. Cours de routes et pratique du sen-iee. Paris, ]8!)!), in-L ROO!). EVHOLLES. COUI'S de pratiejlJe des trayaux. Paris, 1S!JS, in-4. ROlO. EVROLLES. Instruction sur la cubation des \erl'assC's. Paris, 1S9S, in-4. ROll ..\LI.E(;m:T. Instruelion sur le mouvement des terres. Paris, 1900, in-" :~012. lh:snocEs. Questions d'algèbre élémentaire. Pari.<. 18ïR, in-R. SOIR. VACQUA:\T. Leçons d'algi'!Jre (~I{~menlaire. Paris, IS8!J, in-S. HÙU. i\lL;"SAT. Hésumé des eonnais"anct's mathémati'llles, PUl'is, 1880, in-S. ROL). l\f?HE,L. Leçons résumées de g,~oméll'je descripliye. Paris, ]88S
]TI-S.

iJO](). MOIIEL. Le\:ons résllm{~('s de güomélrie, 2" pal'lie. Prtr'i.<, 181'8. 3017. MORI'!. :'\olice descriptive Slll' les 11léadoliles lachiomèlres. Paris, 190n, in-S. 30IS. (ANO:\D!E'. Traité de zoologie. S. 1. n. (l., incomp., in-S. 30l!J-20. LEHOY. Tr;lilé de g,)ome\trie descriptive. Par'is, L%!f, 2 vol. in-4. R021. SO:'o/:\ET el FnoNTEHA. 1~lélllenls de g"oméll'ie ;malyti'llle. Paris, l~;)"l, in-8. 3022-2.~. BnrAT. Leçon" d'algèbre. Paris, ]1'9:),2 yol. in-S. R021, PonCHO'!. Cours de cosmographie. Paris, 18S8, in-S. 302;). SUPA:\. Grundziige dei' physisell(~n Erdkunde. LeifJzirJ, ]1'1'4, in-S. 302fi. Iüm'l. Elevage du mouton. Paris, IS!JR, in-IS. 3027. GOCPIL. Le pastel. Paris, S. d., in-S. :~02S. FHAIPO:\T, L'art de peindre les luarines. Paris, S. d., in-S. 302!). LFco:\TE. Grammaü'e hort icole. Dijol1, IS8D, in-S. Rü:lO, IJIDIJ·:n LAUIIE:\". Hecueil de lIlots français tir,'~s des langues etrang(~res., Pa1'Îs s. d., in-f:. RO:n. DUVAL. (iuide prati'Iue pOUl' les herborisations. Paris, lR94, in-S.
1

OUVRAGES E'\'THÉS A LA 13II3LIOTHÈQUE

165

3032. DUPUlS. Table de logarithmes. Paris, lS96, in-S. 3033. TOPFFEI1. Hénexions et mènus propos d'un peintre génevois. Paris, 1\)01, in-S. 3034. VUlLLEMI:"'l. Bassins de::. grands neuves de la France. Paris, s. d., in-4. IW.');). VUILLEMl;>i. Carte physique de la France. Paris, 11-:82, fol.-plano. 303(; . .JOURDA'\. Cades des étapes de la province d'Alger. Alger, 18\)0. 3037. VUILLE~I1'\. Carte politique ct administrative de la France. Paris, 1887. 30J8. VlJILLEMI:\". Carte physique de l'Europe. Paris, 1886. 303H . .JOt;RDA:"I. Carte de la province d'Alger, Alger, s. d. 3040. (A'\O'\DIE). Carte des environs du lac de Cherguy. Alger, s. d. 3041. (A"IO'\YME). Carte ùe la province d'Alger. 3042. ('\'\O'\YME). Planisphère céleste en arabe. S. 1. n. d. 3043. (A!'WNYME). Carte des environs d'Alger. S. 1. n. d. 30H. (Al\'O'\Y~IEI. Sud de la province d'Alger. S. 1. n. d. 304G. (ANo:"lDIE). Carle du nivellement général de la France. Paris,
Iin8.

304G. (ANo:\Dm). Plan de Marseille. Paris, s. d. 3047. (:\!'\o:\"Dmi. Carte de la France dI'essée par ordre du ministère de l'lntérillUl'. Brioude. Paris, 18!18, fol. pIano. 3048. (,\'(o:\"nIE). Carte de la France dressée par ordre du ministère de l'Intérieur. Le Puy. 1\)02. 3049. (,\'(O:\Y)IE). Carte de la France dressée par ordre du ministère de l'lnlérieur. Langeac. 1900. 30GO. JOLY. Cahier manuscrit de prosodie, in-S. 30,.,1. JOLY. Cahier manuscrit de notes sur l'explieation du Coran, in-S. 30G2. JOLY. Noles et explieations, Qalaïd i1ldian. Cahier manuscrit, in-S. 30:":~. JOLY. Notes sur le diouan d'El Khansa. Cahier manuscrit, in-S. 30G4 . .JOLY. Notes sur l'histoil'e d'Ibn Adhari. Cahier manuscrit, in-S. 3055. JOLY. Notes sur l'explication des Mille et une Nuits. Cahier manuserit, in-S. 3056. JOLY. Formules d'analytique. Cahier manuscrit, in-S. 3057-58. JOLY. Formules algébriques. 2 cahiers manuscrits, in-S. 3059. JOLY. Formules géométriques. Cahier manuscrit, in-8. 30GO-Gl . .J OLY. Formules et relations trigonométriques. 2 cahiers manuscrits, in-8. 30G2. JOLY. Formules géométriques, surfaces. Cahier manuscrit, in-S. 3063. JOLY. Formules de mécanique. Cahier manuscrit, in-S. 3064. (A:\IONYME). Sornmait'e de la comptabilité du conducteur. S. I. n. d., in-8 oblong. 30G5. JOLY. Notes sur le Mokhtaçar de S. Khalil. Cahier manuserit, in-S. 30f36. HAFNy-EFE"IDY. Ed douroùs en nal.lOuya. 3' vol., copie manuserite, in-4o. 3067. JOLY. Mollusques (Lamellibranches). Cahier manuscrit, in-4, 30(i8. (ANONYME). Géographie de l'Afrique. S. 1. n. d. incomp., in-S. 30ou. JOLY. Résumé de l'histoire des Arabes. Cahier manuscrit, in-4. 3070. JOLY. DOEosier manuscrit se rapportant aux travaux publics, in-4. 3071. MAUSCH. Ce qu'il faut savoil' d'espagnol pour voyager en Espagne, in-2!.

Hi6

OUVRAGES ENTRÉS A LA BIBLlOTHJ~QUE

3072. BEAUMARCIIAIS. Le mariage de Figaro. Paris, s. cl.. in-"f.
(Dons de;\1. A. Joly.)

3073. 'l'mAL. Conte du marchand et du génie. Miliana,

]~!):~,

in-4.

(Don de "11. René Lee/el'l:.)

3074. E. DocTTi:. Merrûl<ech, 1'" fascicule. p([ris, t!lO,'. in-4.
(!Jon de JI. DOHUé.)

3075. M. DE COCRTE:'oI. Plan de Tanger. P([ri.~, ]!IOO, in-fol. pl. 3076. MAHGOLlOllTII. Mohammed and the rise of Isl,mL London, 1!)05, in-~. 3077. CL. III;ART. Littérature arabe. P([/'is, ]!)1I2, in-S. H07S-7!!. C. BIlOCKELMANN. Gcschichte der arabischen Liltel·,ÜUI'. Reimar. 1:-;!)8. Berlin, H102, 2 vol. in-~. 30S0. MAX LOIlH. Der vulgilrariJbische Dialekt Yom Jel'Usalem. Giesse/).
}\)O;"
:J0~1.

lS!)!), in-S.

S. GE:\'TIIE. l\Iar01<1<o. Heiseschilclerungen. Berlin. ]!)Oli, in-I'" iJOS2. L. GENTIL. Explorations ,lU !\Iaroc. Paris, l!II)li, in-4. 3083. E. l)ollT·r(:. MeIT:\kech. 1)([ris, 1!IO;" ] c,· fascicule in-4.

iJOS4. (ANONYME). Insll'uctions nautiques Fur Je l\Ial'Oc, L\lgérie, la Tunisie. Paris, 1~9!), in-~. iJOS5. P. EurH:L. DicLionnail'e des bijoux de l'.\fl'ique du NOI'd. ]'aris, l!JCHi, in-4, 3086. Dmm:",.;. j)i,~ ~l,lrnkkofrage IIIHl die Konferenz l'mIl "\Igeciras" lJerlin, Ulllli, in-S. 30~7. G. SAIlIlAL. i\1:Jrruecos. Madrid,UlOti, in-I~. ilOS~. AllnEL-1\iAnI-UEN-HA~[A";. PerIm; negraF. Madrid, ]!IO:), in-~. BOS!) . .1. DU TAILLIS. Le Mal'oc pillol'esqlle. Pari.', !!lU". ill-8. iJO!)O. VICO ~lAt'o:TEI;AzZA. Il l\Iaroc,:o e !'Europa. lIlilano, 1901i, in-'L 30m. l\!O:'olTIJAHD. A trav('r~ le i\larr)!'.. POl'i", I!JO:l, in-"l. :J0!J2. P. LOTI. "\u Maroc:. POJ'l,', s. d., in-~. ilO!JB. V. BI::nAHIl. L'affame' maro('aine. Paris, ]DO{;, in"8. 30\)4. (A'SOt'o:YME). ])o('nmenLs diplomatiqueR. At1'aires dn :\Iaroc, pl'OloeoteR et eOlllples rendus de la Conférence d',\lgéciras. Pori", I!IO(;, in-4. ,WH". G. HEMma. Historia de i\Iul'eia musulmana. ZW'([!Jo:o, 1!)0", in-~. BO%. II::" IYAS. Kitùb Had:i'y' ez Zouhoùr. l1ouMf], ]il12, in"~. HOH7. EL BJnLAOUY. Fihrist i>ad:i'y , ez zou!lour. l1ouhilJ, 1:1H, in-l';' 309S-3112. (.\NONYMI':)' Bulletin de eOITC'fipond:mee africaine. Aiger, 18S2-~I'" L, f:l,.;cieules, in-4. :1113"BI1\). CLEI1MONT-GA"'<EAU. Recneilll'archéologie orielltalc'. Pm'is, lS~;;­ l!JOii, 17' vol. in-K. HI20-21. S(:IlILLOT. Traité cks in,.;trnments af'tronomi'lues des ;\raj,,~f', Paris, IS34, 2 vo!. in-·l, iJ122. V. II Et'o: HY. La magie dau~ l'Inde anti(lue. PW'is, l!JlH, in-S. H123. V. HEt'o:I:Y. Le ParSiFlIle. Pw'is, I!JU5, in-~. HI24-B140. (ANONYME). Bevue des traditions populaires. Paris, 1~S8-1!IOii, li l'al. in-4. Tome III il IX, XI il XIV, XVI il XX et table,.;. 3H1. HENAt'o:. La soeiété berhère \Hevue des Deux MondeR, 187:1). Pari,;, ill"S, 3142-4:\. S. HEINAcn. Culles, myLhes et religion. Paris, I!)O.;' 2 vol. in-k. iJ144. IUN DOlTKilIAIL

OUVRAGES ENTHÉS A LA BlRLroTHI~QUE

11)7

3145. BLOCHET. Le messianisme dans l'orthodoxie musulmélne. Paris, I~JOô, in-1'I.
(Acquisitions.)

314G-47. (A~O"Y~lE). Archives marocaines, 3141'1-49. (A"o:'iY~m). Archives marocaine;;, 31!)0-61. (ANONYME). Archives mal'ocaines, 3162-63. (ANO:'iY"IE). Archives maroeaines, 31M-5·G-7. N. SLOUSCII. 1~t.ude Maroe. Paris, 190(;,

V, fasc. 3, 2 ex., in-1'I.
V, fasc., 2, 2 ex., 1l1-1'1.

VI, rase., 1,2,2 ex., in-S.
Vf, fase., 2,3,2 ex., in-S.
(Mission du JJa,.oc.)

SUI'

2

l'histoire des Juifs et du judaïsme élU vol. in-S, 2 exempt.
(Don de M. S/ou8ch.1

316S. A. BEL. Les Benou Ghanya. Pat'is, 1!J03, in-S. 3159. Tratados y eonvenias entre Espaüa y Marl'Ueeos Melilla, 1904, in-8. 31GO. DOUTTÉ. Merrùkech. Paris, 1!10,), in-.L

(l7!J~)-lS!J;j).

(Acquisitions.)

3IG1. F. J. La Franee illustrée géogt·aphique. Paris, 1SS!I, in-8.
(Don de M. Rene-Lecle,.c.)

3162. BLOCHET. Le messianisme délns l'hétérodoxie musulmane. Paris, 1!Jû3, in-S. 3lG3. MAX VAN:,BERCIiEM. L'art musulman au musée de Tlemceu. Paris, I!JUG, in·4,
(Acquisitions.)

3lG4. PALLARY. Reeherehes palelhnologiques dans le N. du Maroc. Paris, in-S.
(Don de M. Palla,.!!.)

il1G5. MUSTAFA BEY IIJRAIlDl. La police maroeaine. Tanger, l!10G, in-S.
(Acquisition.)

31(;6. (ANol'\nlE). Projet de codiflcation du dl'Oit musulman, in-8.
(Acquisitwn.)

3167-68.

(ANo'iY~IE).

Archives marocaines, V. III, n'II, 2 fascicules, 190;',
(Don du Gouvernement de l'A/gé,.ie.)

in-S.

31G!J-70. (ANo!'\YME). Archives marocaines, V. III, n'III, 2 fascicules, 1~)05, in-S. 3171-72. (ANoNnIE). Archives marocaines. V. VII, n'II, 2 fascicules, l!10G, in-S.
(Mission dll Ma,.oc.)

3173. BERNARD et LACHOlX. Historique de la pénéLraLion saharienne. Alger, 1900, in-S.

168

OUVRAGES ENTRÉS A LA BIBLIOTHÈQUE

3174-75. PASCAL. Lettres provinciales. Paris, 1846, 2 t. in-HL
(Don de M. René·Leclerc.)

317G. PERRON. Le Nàcerî, traité d'hippologie ct d'hippiatrie arabes, in-8.
(Don de M. Le Chatelier.)

31n. BENI\:ÎS. Opuscule en arabe sur le Ouard d'Ahmed Et Tjani. Fès,

in-8. ;;178. (ANOl"YME). Institut colonial international (statuts). 3179. JOLY. l'.'otes d'anlhropométrie.
(Don de M. A. Joly.)

;;180. DAUDET. l.es lettres de mon moulin (incomplet). Paris, in-S.
(Don de M. René-Leclerc.)

3J81. (Al\:oNnlE). Musica e musicisti (Gazette italienne). Milall, 1905, in-8.
(Don de M. A. Joly.)

3182. ROLLAND. Histoire de la maison d·Autriche. Paris, in-16. 3183. PIIILIPPE DE KEIUIALLET. Manuel de la navigation il la côte occidentale. Paris, 18;J1, in-8.
(Don de M. René-Leclerc.)

3184. LOUIS MASSIGNON. l.e Maroc dans les premières.années du seizième siècle. Alger, 190G, in-8. 3185. (AI\:ONYME). l.es Annales coloniales. Numéro du 1" octobre 1904. Paris, in-8. 3186-3191. V. CHAUVIN. Bibliographie des ouvrages ar<Jbes. Liége, 1892, fase. l, II, Ill, IV, V, VI, in-8.
(Acquisitions.)

3192. ZELLER. Saint-l.ouis (extraits de Joinville, Guillaume de Nangis). Paris, 1884, in-1G. 3193. G. BARRAL. Missel de l'amour sentimental. Paris, J884, in-Hi. 3194. J. GUYOT. Bréviaire de l'amour expérimental. Paris, 1882, in-lB.
(Don de M. René-Lec/e! c.)

3195. BUCHET. Rapport sur une mission scientifique dans le N. du Maroc. Paris, 18$)3, in-4.
(Don de M. Buchet.)

319(;. (ANO"YME). Del cuHo de Cibele presso gli antichi. Rome, 1753, in-4. 3197. CLERMONT-GANNÉAU. Recueil d'archéol. orient., t. VII. Paris, 1906, in-8.
(A cquisitions.)

3198. BEN CHENEE. Tohfat El adab fi Mizan ach'àr El 'Arab. Alger, 1906, in-8.
(Don du Gouv. d'jllyérie.)

OUVRAGES ENTRÉS A LA BInLIOTHÈQUE

3199. Revue des Deux-Mondes, 1'" septembre 1S73. PW'is, in-S. 3200. J. MA:"IEn DE LA CLOSEDIE. Lettre du C"· Ben Aycha pour demander, au nom de Moulay Isma'il, la main de la princesse de Conti. 3201. (ANo:-';Hm\. Mer'at El Maqàcid fi def'i cl mafùsid, in-S. 3202. BE:" EL KHODJA. Tenouir Adhàn, petit in-t·;. 3203. TnmIELET. Les saints de l'Islam. Paris, 18S], in-S. 3204 . .1. IIEHAIL. Contribution il l'étude de la matière médicale algérienne. Alger, 1897, in-L 3205. R. vo" AH:-';[;15. Extrait. du journal d'un chef de compagnie, 2e partie. Paris, 1S74, in-16.
(Don de M. il. Joly.)

3206. (_\'\'ONYME). Sociét.é de géographie d '_\lger. Annee 1903, 3 trimestres, in-S.
(Don de M. René-LeclCl'c.)

3207. IA"ONYME). Société mestre, in·S. 320S. (.\NoNnm). Société mest.res, in-S. 320!). (A:-,;oNnlEl· Société mp5lres, in-tL 3210. (A:-.;o:-.;nlE). Société Il)est.l'es, in-8.

de géographie d'Alger. Année 1901, 1 tride géogL'aphie d'AlgeL'. .\nnée 190:;, 4 tride géographie eI'Alget'. Année 190G, 3 tl'Ïde géographie d'Alger. .\nnée 190:;'
(Don de M . .i1. .Toly.)
2

t.ri·

3211. (A"ONYME). Bulletin de l'Inst.itut. égyptien. _\nnée l!)O.), 2 fascicules, in·8.
(Don de l'Inslilul égyptien.)

3212. (A'io,nlE). Bevue africaine. Année 1900, 3e ct 4 e t.rimest.res. ,1Iger, in-S. 3213. (A'\'oNnm). Revue africaine. Année 1903, il exemplaires du 2" t.rimest.re, Alger, in-S. 3214. (.\'\'O"YME). Bevue africaine. Année 190(;, 1ee t.rimest.re.Algel', in-S.
(ilcquisilions.)

(j-G-07. -

TÛllI'S; imp. E. AnnAULT et

Cie,

,

t

PUBLICATION
DE l,A

MISSION SCIENTIFIQUE DU .\IABOC
.u

VOLUME XI
N° Il

SOMMAIRE:
Pages.

UOI'!lunisalion des finances au Maroc, par M. Eo.

MICHAux-BEI:LAIRE .

17] 3iW

J)e.,cJ'i/i'ioll de la IJille de Fès, pal' M. Eo. MICHAUX-BELLAIRE'.

PARIS
ERNEST LEROUX, ÉDITEUR
28,
QUE BONAPARTE, VI"

1907

L'ORGANISATION DES FINANCES AU MAROC

En étudiant les institutions marocaines, on est frappé de l'inutilité des efforts tentés successivement par les souverains de toutes les dynasties pour créer une administl'alion politique s'accordant avec les principes religieux de l'Islam. L'organisation financière, qui est la hase de toutes les autres, parce qu'en même temps qu'elle s'alimente des ressources du pays, elle doit en entretenir la vitalité et en assurer l'indépendance, s'est toujoUl'? manifestée au Maroc sous la forme d'un impôt de guerre perçu au seul profit de la minorité qui constitue le gouvernement, le Makllzell. Le pays est exploité par cette minorité gou vernementale, à l'entretien de laquelle chaque tribu contribue, non pas en proportion de sa richesse, mais en proportion de la dépendance plus ou moins grande où elle se trouve vis-à-vis du ;\lakhzen et des moyens d'action que le Makhzen peut employer contre elle.

Comme dans tous les pays musulmans, le régime fInancier du Maroc est basé avant tout sur les prescriptions du Qoran et des Hadiths. La perception des impôts est facilitée de ce fait, que le refus d'acquitter les charges prescrites, constituerait pour les musulmans une violation des principes religieux; quant aux tributaires (non musulmans), leur situation, qui sera examinée plus loin, ne leur permetARCH. MAROC.

12

1i2

AHClllVES .\UHOCA1:'\ES

tait d'oppose!' aucune résistance, Toutefois, si les illlpôts fixés dans les premiers temps de l'Islam étaient suffisauts pour les besoins de l\~poque, pour les dépenses d'llnc société Ill'imitive qui IW l'ccherchait la conquête quc dal:s le but de convertir les infidèles, il devait aITi\'el' "Il moment où ils ne suffiraient plus aux dépenses néc\'ssaires pour une société organisée, pour un l~tat. Les conquêtes augmentèf'ent d'abord les reSSOUITl'S des musulmans, pal' Il' pillage et par les tributs impos\"S aux vaincus. Slais le jour où la période en fut terminé!' et, pal' coilséc[uent, où le butin et les impôts sm' IC's \'aineus disparUf'C'nt, le luxe dC's chefs dut ("tre aliul('ut(', comme le budget de l'l~tat pal' les impôts religicu\: ell);mêmes, et pal' les charges abusives imposées au'\. pOjllllations musldmanes. ,\ussi, après plus de dix sièc1C's d(' domination nmsulmane, l'organisation fillanciè!'e du ~LlI'oc n'est-elle t'lIcore pas constituée au profit dll pays. Elh' n'l'st pas ol'ientée en vue de son édifîcatiou politique. Elle n'a d'autre objectif que le ~Iakhzen, sans souci des contribuables 1. Il semble hien, d'ailleurs, (pIe l'idée qui a tOlljoul's pt'ésidé aux actes du gouverJlement lllal'Ocain a été uniquement de créer, au milieu de la désorganisation géné,'ale (ju'il entretenait, ulle puissance organisée tirant sa fOl'Ce de la désorganisation mème du pays: celle-ci, seule, lui permettait de se maintenir, comme un hloc, absorbant à son profit particulier tontes les ressources des trilJus qu'il pouvait atteindre et soumettre. Quelques-unes de ces tl'ibns, la moindre partie, sont dans un état habituel de soumission au SIakhzen et pa,\'l'ttt
1. Il suffit de \il't~ la propu>-'ilioll des délégués de S. M. Chél"itlenne il \:.1 Conl'{'renee d'Algésiras, le 29 janvicl' 1906, pOUl' sc ]'endre l:ompte qU'alljlHlI'll'hlli eneure l'idée fixe du :\[akhzell est uniquement de profiter de toutes Jes eireonstanees POIII' augmenter ses propres revenus, sans ('l'aindre lie eOlllpromettre la l'orl une du pays pal' des char'ges exeessives. (Protocoles el comples-rendus de la Conférence d'Algésiras, p, 51'\.)

L'ORGANISATlO~ DES FINAl"CES AU 1\IAROC

173

()

saLIs difficulté et sans lutte tous les impôts qui sont exiO'("S d'eH(·s: connues œénél'alcment sous le nom de tribus du « Blad EI-~[akhz('11 », dIes constituent cnvil'on un cinquième de l'Empire nWI'ocain.
... .J

Les quatre autl'CS cinquièmes fonnent le « Blad EsSaïba )), Tout en reconnaissant l'autorité du Sultan, ces Il'ibus sont loin de lui être soumises effectivement; elles acquittent l'aumône religieuse, Zekat et Achoul', très irl'éo'ulièrement et seulement IOI'sc/ue le . • ohliœe n . Sultan lcs v pal' de véritables expéditions, qu'il commande souvent lui1I[(\me 1.
~

L'IMPÔT

sous

LES PREMIÈRES DYNASTIES

.\vant (l'étudier l'organisation actuelle des finances marocaines, il est han de rappeler rapidement les transformations qu'elle a suhies depuis l'origine. Les seuls impôts réguliers admis pal' la loi musulmane consistent dans l'aumône légale, Zekat et AciloUJ'. L'Achour se compose du dixième des récoltes et peut s'assimiler à un impôt de tO p. tOO sur le revenu. Le Zekat est prélevé SUl' les tl'Oupeaux et sur l'argent
1. Lc sultan Moulay El ll'l,.:.an a pn,.:.,.:.é tout ,.:.on "èguc à dirigcr de,.:. expéditions contre le,.:. t,·i!m,.:. insoumises pour faire l'entrer les impùts. Il a pu ainsi donner l'musioll qu'il exel'(;ait une vél'itable autorité dans ,;on ~;Illpil'e, quoique les expédilions fOl\tinuelles qu'il l'lait ohligé de faire, lussent au eonlraire la preuve que cette autoJ'ité était 'l,.:.,.:.ez précaire. Son !ils Moulny Abd El Aziz, le Sultan ne/uel, enfe"lllé peuùant de,.:. années, tantôt à '\Iarrnke(~h, /anlùl, ô\ Fl~S, voit diminuer tous les jouI''':' son autol'ité,IHèltle ~l1l'le~ t l'jhu~ nag'uèl'c ~ol1ll)i~es.

]74

ARCHIVES MAROCAINES

monnayé; il correspond à peu près à lUI impôt dB 3 et demi p. 100 SUI' 'le capital. Pal' une anomalie singulière, cet impôt ne s'applique pas aux inuH('ublPs, qui représentent cependant un capital. L'aumône légale représentée par le Zekat et L\.chour est versée au BitEI:\lal. Dès les premiers temps de l'Islalll (~t lors des premières concluétes, d'autres ressources ne tardèrent pas à s'ajouter à l'aumône légale. Ce fut d'abord le butin, dont un cinquième était prélevé pour le BitEl:\1al l , puis la « Djezya )), impôt de capitation que durent payer les infidèles vaincus cntrés dans la « dhernma )) '2 des Srusul· mans. La « Djezya )) est également versée au nit El Mal ~J. Plus tard, lors de l'institution du Kharadj (droit payé pal' les conquis pour conservc)' la jouissance de leurs terres concluises pal' les musulmans, et qu'il ne faut pas confondre avec la Djezya), cet impôt fut égalernent versé au Bit El Mal. Celui-ci rcçoit aussi les biens l'estés sans maîtres connus et la part afférente des successions qui ne sont pas complètement absorbées pal' des héritiers directs. L'administration du Bit El Mal appartient de droit au Khalife, c'est-à-dire au Sultan: il doit disposer des biens des musulmans selon les mêmes principes qui règlent la conduite du Ouali relativement aux biens d'un orphelin", c'est-à-dire qu'il doit en user clans l'intérêt de
1. Les quatre autres cinquiômes du butin étaient divisés comme suil : t,'ois cinquiômes pOUl' les cavaliers, un cinquii~me pour les fantassins. ,2. L'infidèle soumis devient dhemmi. C'est le terme employé au :\Iaroc pour désigner les Juifs. l~tre dans la,dhemma de quelqu'un, c'est dépendre de lui en ét:JIlt en mème temps sous son autorité et sous sa protection. Un dhemmi Ile pOlte pas d'armes, puisqu'il n'a pas ù sc dMendre luimême: il est défendu pal' ceux sous la dhemma desquels il vit. 3. En l'an 21 de l'hégire, Amr Ibn El Aci, sous le khalife Omal' Ibn El Khattah, accorde aux habitants de Bal'ka la paix moyennant une capitation de 13.000 dinars (le dinar valait environ 10 l'ranes) et les autorise à vendre tels de leurs enfants qu'ils voudraient pour payer J'impôt. (lB:'! ABD EL I-IAIŒM, traduction de Slane - Appendi(~e l'' de la traduction d'Ibn Khaldoun, 1. 1, p. 302.) 4. En vérité, disait Omar Ibn El KhatlaIJ, le deuxiôme Khalife, je me

L'OHGA:'IISATION DES FINANCES AU }IAf\OC

1ï5

l'ensemble des musulmans, et non pas s'en servÎr pour ses dépenses personnelles. La façon dont le Sultan peut disposer' des sommes versées au Bit El Mal varie d'ailleurs suivant l'origine de ces sommes. Le produit cles aumùnes est l'objet d'affectations particulières, dé terminées par des testes formels (En Nouçouç). Le produit des tases, au contraire, peut être employé par le Sultan, suivant son i Ilterprétation (Idjlihad) des textes, pour les dépenses d'utilité publique 1. Helativement il la création de l'organisation fillancière proprement di te, on ne saurait Inieux faire que ci ter ce qu'en dit Ibn JÜwldoun dans ses Prolégomènes'!. « Le premier qui introduisit l'administration financi(\I'e dans l'Empire musulman fut le khalife Omal' et cela, dit-on, pour la raison qu'Abou Horeïra avait apporté de Bahreïn une somme d'argent tellement forte que l'on ne savait pas comment s'y prendre pour en faire le partage enlre les musulmans. Cela fit souhaiter un moyen de tenir compte de ces sommes, d'enregistrer les paiements de la solde et de sauvegarder les droits de l']~tat. Khalid Ihn El Oualîd recommanda l'établissement d\lJl dioudn tel qu'il l'avait \'u fonctionner chez les princes de la Syrie, et Omar agréa ce conseil.. ... )) « Il donna l'ordre il Akil, fils d'Ahou Taleb, il .\[akhrellla fils de Noufil, et à Djoheïr Ibn .Motâem d'en organiser un. Ces trois hommes qui étaient du peLit nomhre cles Qoraïchides sachant écrire, dressèrent le diouan, la liste
considère, par "'lpport aux biens du Très-Haut, comme le Ouali d'un orphelin. (EL MAOlJAllOl- EL AHI{AM Es-SouLTHANIYA, titre 1" : " le Califat ", p. 164, note 7. Tradue1ion Ostrorog). 1. EL MAOUAllDI - EL AHI{A~I ES-SOULTIIAXIYA, titre 1" :" le Califat », p. 164, note 4. Traduction Ostrorog. 2. IBN KHALDOUN, Prolégomènes. Trad. de Slane, t. II, p. 19 et seq.

17tl

ARCHIVES

MArHJCAI"'E~

de toutes les troupes musulmanes pal' ordre dl' Jamillcs et de tribus. Ils commencèrent par les parenls du Prophète, ellSU ite ils passèrent aux parents de ceu.x-ci, et ainsi de suile. Telle fuI l'origine du diOl/an de l'armée. Ez Zo!ll'i rappoIte, SUl' l'autorité de Saül Ibn El ~IozC'Ïyh, que l'da eut lieu dans le mois de moharrem de l'an 20 de l'hégil'e (déc(~mh"e-janyier6/,3-6!d de .1.-C.). » « Quant au bureau (diouan) de la contribution fonci('re el des impùls, il resta, apr('s la Ill'omlilgalion de l'Islamisllll', t('l qtI'il était aupar;l\"ant. Dans l('s bureaux de l'Irac, ou employait la langue persan(', el dans cehli de la Syrie la langue gl'ecque (t'oumiyai; les (;crivains étaient des sujd.s trilmtain's, appartenant il l'un(' ou l'autre lll' ces nalions. Lors de l'avènement d'"\hd el ~[alek Ihn .\lcI'ouan, le khalifat était d('yenu un ('mpil'(', ct Il' peuple ,l\"ait renonc(' aux usages gr'ossiers dl' la yie 1I0made pour s'entoul'er de tout l'(;clat de la civilisation, qui se développe dans la yil' sédentaire; les Arahes, sOl,tis de leur ignorance pl'imitive, s'étai('llt exerc('s daus j'art de l'écriture, dl' sOI'le que, pal'llli eux et parmi leurs a/l'ranchis, il se tt'ouva de bous calligraphes et des ca1culateut's hahiles. Pour l'eUe raison, le khalifl' Abd el ~Iald, donna il Soleïman Ihn Saad, gouverneur de la pl'ovince du Jourdain, l'm'dl'e de faire traduire (lu gt'ec en aralw 1(' diOl/an de la S.Hi(~. Celte tùche fut lel'luin('e clans l'espace d'uu an » ..... « Sous les Abhacides, le diouan fut rangé ,.al'lui lus institutions soumises il la slll'Yeillance (du yizir); aussi, les Bal'lllekides, l<'s 1I1s de Se1r<'1 Ihn Nouhakht et les alltres vizirs de cette dynastie le cOlll)ltai('Ht au Homhre de lUlIl'S attrihutions.- )) « Quant aux règlemunts qui concernent le diOl/an et q IIi sont fondés sur la loi di vi ne, savoir : ceux qui se t'a pportent il la solde de l'armée, aux recettes et dépenses du TrésOJ' puhlic, il la distinctioll qu'il faut faire entr<' les pays soumis pal' capitulalion (çolhai ou de vive force

L'OrtGA:"ISATIO]'; ilES FI:-\\]';CES AU MAROC

H7

(àlloua:ll, il la personne qui peut légalement nommer le directeur de ce diouan, aux qualités requises dans le directeur et dans les commis, et aux principes qu'il faut observer dans l'établissement des comptes, tout cela est en dehors de notre sujet, et fait partie des matières que \<'8 livres intitulés El Ahkam Es-Sollaniya doivent traiter, et, en effet, cela se trouve rapporté dans ces ouvrages 2. » Dès les premiers temps de l'Islam, la contradiction entl'e les besoins des empires, qui se formaient au fur et il mcsUl'e de la conquête, et les règles de la loi religieuse (l'li ne pef'lllettait de prélever que le Zekat et L\chour SUl' les musulmans, se fait sentir et empêche d'établir une organisation financière SUl' des bases solides f'l durables. On la retl'ouve dans les autt'urs musulmans qui ont particulièrement traité cette question. Dans ses Prolégomènes 3, Ibn Khaldoun intitule un chapitre: Une tribu s'anilit qui consent à payer des impôts et des contributions. « l'ne tribu, dit-il, ne consent jamais à payer des impôts tant qu'elle ne se résigne pas aux humiliations. Les impùts et les contributions sont un fardeau déshonorant,' qui ['(~pugne aux esprits fier's. Tout peuple qui aime mieux payer ces tributs que d'afl'r'onler la mort a beaucoup perdu de cet esprit de corps qui porte il combattre ses ennemis el ù faire valoir ses dl'Oits, etc. )) Et plus loin: « Nous lisons dans le Sahih que le Proph('~te s'écria: « Dieu nous pr('sel've des impùts! » On lui demanda pourquoi il faisait cette prière, et il répondit: « L'homme qui paie un impM parle et dit des lJlenson« ges; il pl'omet pOUl' ne pas tClli 1'. » Il s'agit, bien entendu, des impôts qui ne sont p~lS cOllfol'l1leS aux prescr'iptions
1. Celle ùist.indion sera étudié .. plus loin, au point ùe vue particulier du Maroc. 2. lB:\" IÙULDOUX, Prolégomène.~. 1. Il. p. 20 et 21. TI'M/uelion de Slane. :J. In:\" KlIALDOUX, Prolégomènes. l. 1. p. 2117. Traùuction ,le S/ane.

178

AnCHIVEs lIlAnOCAI'lES

religieuses; le texte dit: L'homme qui paie une nouveauté, c'est-à-dire, un impôt de création nouvelle. D'autre part, dans le chapitre intitulé: (c Bureau des finances et des contributions », Ihn Khaldoun déclare qu'un royaume ne saurait, se « maintenir sans armée, sans argent et sans moyen de correspondre avec ceux qui se trouvent au loin 1 ». Cette contradiction se manifeste dans l'histoire des peuples musulmans jusqu'à notl'e époque, par une lutte incessante el11I'e les hesoins (l'argent, exigeant la création d'impàts nouveaux, et les prescl'iptions religic'uses qui défendent de le faire. Tant que dura la période des conquêtes, les difficultés financières ne se fil'ent pas sentir, grâce au pillage et aux impôts extraonlinaires exigés des vaincus. La perception de ces impàts donna (["ailleurs lieu à une organisation particulière tew1ant ù éviter dans la mesure du possihle, sinon les ahus dans la perception, au moins le désordre dans l'administration des fonds' perçus. Dès la fin du premier siècle de l'hégire, Hasan Ihn En Nouran El Chassani (sous le khalife Abd El ::\falek), « l'entré à Qaïrouan, organisa des bureaux pour l'administration du pays et moyennant le paiement de l'impôt (Kharadj) il accorda la paix à tous les Berbères qui oJ1'raient leur soumi ssion. Par une ordonnance écrite, il soumi t au même tribut les individus de race étrangère qui selrouvaient encore en Ifrikia, ainsi que celte portion des Berbères et des Beranès qui était restée fidèle au christianisme 2. » Les prescriptions religieuses donnaient lieu parfois aux interprétations les plus irrégulières. C'est ainsi que, vers l'an J20 de l'hégire, Omar Ibn Abdallah El ::\foradi, gouverneur de Tanger et de la province (lui en dépend, voulut
1. InN KHALDOU:'\, Prolégomènes, L. JI .. p. 23. 2. IBN KHALDOU'\, His/oire des Berbères, t. l, p. 215.

L'ORGA:\'ISATlON DES FINANCES AU ~IARC)(:

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prélever le cinquième, non pas sur les jJiens des Berbères, mais sur leurs personnes même, sous' le préll'xte que le peuple conquis était, jusq lie dans les individus, un butin acquis aux musulmans. Cette mesure, d'un arbitraire excessif, ne fut appliquée qu'aux populalions qui refusèrent d'embrasser l'Islamisme, cl pro\'(Jqua en 122 (740 .L-C.) UJW révolulion dans les teibus berbères 1. Vers la Hn du deuxième siècle de l'hégil'e, une tenlative fut faile pal' "\boll El .Abbas Ahdallah hen Ibrahim El Aghlehi, pour introduire dans la perception ele l'impôt religieux lui-même une mod ificalion semblable il celle qui, onze cents ans plus lard, devait Ggurer dans le Tertib de 1321 (1903 .J.-C.). Afin de donner plus de stabilité aux recettes en ne les laissant plus dépendre de l'importance des récoltes, ce qui rend les prévisions impossibles, i\bdallah El j\ghlebi avait ordonné au directeur des impôts de ne plus recevoir la dîme en nature et d'imposer un droit annuel de 8 dinars pal' paire de bœufs employée il la culture des terres, Clue les récoltes fussent bonnes ou mauvaises::. La réprobation générale que souleva celle meSUl'l' ne permit pas de la meUre en pratique. Elle était de même que Je Terlib de 1903, qui transforme é)galement l' .:\chour SUl' les récoltes en unimpôl fixe sur les paires de hœufs employées au labour. Aux termes de cc règlement, la paire de bceufs devait être imposée de ;) douros par an, le lahour fait à l'aide de chevaux ou de mules payant 10 douros par charrue, en raison d'un meilleur rendement. Le sentiment de réprobation contre le Terlib de 1321 fut le même que celui qu'avait soule\'é la tentative de
L EN NOUEïl\l, appendice XIX de l'lIisloire des Berbères, d'In:" IÙIALDOUl'(, t. l, p. 359. Trad. de Slane. 2. El'( No UF.:ïm , appendice XXXVIII; In:s KUALDOUN, Hisloire des Berbères, t. 1. p. 404, trad. de SIane.

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AHCIIIV ES MAROCAINES

n"Iol'lne de 198. Jusqu'it présent il n'a pas pu être applicJué. Non seulement il nI it l'encontre des prescriptions l'e1igieuses, mais il hlesse Je sentiment supcl'stitieux des populations agl'icoles, en eseomptantl'avenil'. Dès le troisième sii~cle de l'hègil'e, on commence a scntir une réaction cOI1tI'e Jes impôts autl'es CJLle les imflùts religieux. Certains souvel'ains lPs suppriment pour satisfaire aux observations des Ouléma et flour établil' leul' popularité au moment de leul' avènement. On les l'établit quand les JJl'soins d'argent se font senti/'. C'est lJuelquefois le cas de ceux-lit mêmc qui Jes avaient abolis au eOIlllnClleemcllt de leur l'ègne. Eu :22[1 de l'hégire (840 J .-C,) Ahou Eleal El Aghkh, surnommé Khazer, « aholitles taxes nouvelles, El Ahdath (innovations), imaginées flal' les administrateurs eles fll'Uvinees, auxquels il assigna un salail'e convenahle ainsi que de fortes gr'atifieations, les emfle\chant ainsi de pOl'tel' la main SUl' Je hicn d\wtl'ui et d'agir comme ils avaicnt coutumc de le faire préeédellllnent t ». Le seul l'enseignement relatif aux impôts que l'on trouve sons le règne cIes Edl'isides, cst l'établissement de la djezia SUl' les Juifs qui se réfugièrent it Fez il la fin du deuxième siècle de l'hégirc, Edl'is hen Edl'is les autmisa ù s'établil' depuis Aghlen jusqu'ù la porte Ilisll Sadolln, moyennant un tl'ibnt annuel (djezya) de :30.000 dinars (environ 300.000 fl'.)~. A la lin de la dvnastie des Zenata, vers 440 de l'hégil'e, les populations, fatiguées des abus de toutes SOl'tes dont elles étaient victimes, cpssc\r'('I1t dc' payer l'impùt. La dynastie "\lnJoravide r'epl'l"sente pendant tontc' sa dll1. Ex NOCEïlll, appendice Xll de l'Histoil'e des Bel'bèl'es, d'IIJ" L l, p, 414, tl'ad, de Slane, 2, HOUIIl EL f{,IIIT.\::, tl'ad, n('1Jllllliel', l', ;i,;.
KUALDOU::\,

L'OHG.\,\/SATI{)N DES F/N.\NeES AU MAnoe

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rée, de 4G'2 Ù :>40, un retour aux prescriptions religieuses les plus pUI'es, en matiôI'c dc perception d'impoL Abdallah Ibn YasYll, aprôs avoir contraint les trihus lemtouniennes, guedalienlles et messoufites ù emhrasser' la vraie l'(~ligion, autorisa ses disciples à prélever la d/Ill(' SUl' les biens des musulmans. Sous le nom d'AlulOl'avidE's (El .\Iol'abetin), il les plaça sous les ordres de l'émir Yahya IlHL Omae, qui était le chef de guerre, le généraI rks troupes, Knimille, le cheikh Abdallah hen Yasyn l'estai 1 Ir) chd de la religion, de la loi et le pel'cepteur de Lllllnone el de la dîme. Sur la plainte des gens de Sidjilmassa, qui se disaient opprimés pal' leur émil' SIessaoud hcn Ouanoudin. El Maghraouy, les .\lorahetins lIlarclrô/'Cnt SUI' cett{) ville et s'ell empari'l'euL Ayant ensuite rMahli l'ordre daus ce pays en faisant dispal'aître les ahus qui choquaient la religion et eu supprimant les conll'i!Jutions illégah's telles que les « ~\Iagharem » et les «:\Iokous 11, ils reprirent le chemin du désel'l. Anllrt de partir, ils relevèrent la dîme partont et confièrent le gouH'l'Uelllent du pays à des officiel's de leur propre nation 1. Les Alokous, pitll'jpl de Meks, - dont l'application a do/lIl(> lieu, COIllIlW on le verra dans la suite, ù talll de controverses pOUl' finil' cepelHlant pal' entrer {Ians les mœurs, - l'taient donc dl'jù en usage avant le règne des Allllol'ayides, c'est-à-dir(~ au cinfluième siècle de l'hégire. Le tel'llle dl' Jleks cOllljll'end tous les impots relatifs aux transactions commerciales, deoits rie mal'Chl" dl'oits dr~ l'ègie, dl'Oilsdes POl'lf'S. Les Mag/zarem ou G/lUl'Uma sont plus partieulièl'ement les impots arbitrail'e,.; et exll'aordillail'es, Pris dans son sens eX,l('t df' l'f'lllholll'semellt, le IllO!
1. RocDU EL KAIlTA~, trad, Bc;\u[l\icl', p. t73 cl ~uivanlc~. Ilisloit'c drs Berbères, d'InN KHALDOUl", trad, de ~Iane, t. l, p. (;9 cl suivantes.

182

AHCIIIVES MAROCAINES

Gharama s'applique spécialement à un impè>t frappl' SUI' une tribu ou SUl' une ville, lorsqu'il s'agit, soit de payer un vol ou un dommage Llont quelque personnage important a l,té victime, soit de punir dans cette ville ou dans cette tribu des manœuvres séditieuses dont l'auteur n'a pu ètre retl'Ouvé ou n'est pas en mesure de compenser il lui seul le dommage causé. En un mot, El Gharama est la conséquence financière et l'application du système de la responsahi li té collec tive. Le principe de la responsabilité collective estévidemment en contradiction avec toute idée de justice. Ce n'en est pas moins la i'ieule al'llle d'un gouvernement dont l'o['ganisation insuffîsante ne lui permet pas (l'atteindre les véritables coupables. L'injustice du procédé est fortement ternpérèe pal' le fait que les parents ou les contrihules des coupables sont, la plupart du temps, plus ou moins ses com pliees. Les docteu['s musulmans des différentes époques ont longuement discuté la question de la responsabilité collective, en interprétant dans un sens et dans l'autre !cs textes qui traitent le point tle tlroit. L'application {lu principe se prèle aux longues discussions d'ordre purement juridique. Au point de vue pratique, les autoriléslllarocaines, en agissant administrativement, l'appliquent journellement. Pendant tout son règne, de '153 il 500 de l'hégi ['e, l'émir almoraYide Yousef ben l'achefyn s'appliqua il ne prélever que les charges religieuses et, sa vie durant, on Ile paya d'autres impàts, droits ou tributs, dans les villes ct les ca III pagnes, que ceux ordonnés par Die u et prescri ts par le Qoran et la Sounna, c'est-à-dire le Zekat el L\chour, la Djezya (droit de capitation) sur les noms musulmans et le cinquième du butin fail en guerre sainte. Sa réputation d'interdire la perception des impàts qui ne sont pas prescrits par la loi religieuse était si bien éta-

L'OHGA]'(ISATlON DES FINANCES AU MAHGC

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blie, (lue, lO"squ'en h8J (1088 .l.-C.) il passa en Espagne pour la seconde fois, les Émirs indépendants mirent peu d'empressement à venir le recevoir. Ils se souvenaient du lnécontentement qu'il avait déjù éprouvé cn les voyant accabler leurs sujets d'impôts, de corvées et de vexations de toute pspôce. Après an)ir soumis leur conduite au jugement des légistes d'Espagne et du ~laglll'eh, il détrôna les Émil's coupahles, l'opinion des docteurs consultés ayant été qu'il en avait le dl'Oit 1. En résum(\ pendant la dynastie des Ahnoravides, c'està-dire de l!G2 Ù 5110 de l'hégire, le gouvernement ne perçut d'autres impôts que ceux autorisés par la loi religieuse: Zekat et L\choul', Dôs les premiers temps des Almohades, au comlllencement du sixième siècle de l'hégire, leur fondateu!' Mohammed Ibn Toumert, qui s'était fait passer pour le JYJahdi, annonC(S par le Prophôte, et qui était connu sous ce nom, afin de se procurer des ressources, s'empara de la ville de Tinmelel et la mit au pillage. Douze mille personnes furent massacrées et El ~lehdy partagea entre ses compagnons les biens des morts '2. C'est sous la dynastie almohadc que l'impôt se tr'Ollva pour la première fois établi SUI' des bases administratives, par Abd ElI\Ioumen ben Ali, successeur de El Mehdy (524558 de l'hégire). Après avoir terminé ses conquêtes, il ordonna d'arpenter toutes ses possessions de l'Ifl'iqya ct du Maghreb, qui furent mesurées depuis Barka jusqu'à l'Oued Noun clans le Sous El Aqça. Les territoires ainsi arpentés furent ensuite fractionnés pour la répartition de l'impôt, qui devait être payé soit en nature, soit en argent. Il ne
EL KIIALDOUK, Irad. de Slane, t. II, p. ï9. trad. Beaurnier, p. 176 et. suivantes. 2. Kamel Et Taouarilih, d'IBN EL ATlIIn; appendice V de l'Ilistoire des Berbères d'lnx KHALDOUl\', trad. de Slane, p. ôï3. ROUDH EL KARTAS,

1. Histoire des Berbères, d'In:-:

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s'agissait pas de LIUmÔJle l'e1igieuse, Zekat et Achoul', niais du Kharadj, c'est-il-di('(~ de l'impôt il payel' pal' les populations conquises, pOUL' conSerYel' la jouissance de leHl' terre, En effet, Ahd EI.\fonmen hen ;\li sc hasait pOHl' faire paye]' cet impôt: SUl' ce principe que le Slaghl'eh étant une terre conquise pal' les armes c'est donc hien du Kharadj qu'il est question, Voici le passage relatif il cette ol'ganisation d' llne lettl'e du sultan Ahoul ~Iaali Zidan ]wn.\fan(our Es Saadi au cheikh Ahou Zaka,'iaYahya hen .\hdallah hen Saül hen .\1)(1 El }foumin El Hadi cité pal' El Oufl'ani (lans le Nozhel El Hâdi: /( Le premier souverain qui étahlit l'impôt dans ceUe contrée, Ahd Enloumen hen "\ li, le fit portel' SUI' les terres, sc fondant sur cc principe que le Sfaghreh était une terre conquise pal' les armes, Celle doctL'ine a été acceptée par certains docteurs, mais d'autl'ps prétendent que Ips plaines seules sont des terres concluises par les armes, tandis que les montagnes sont des tel'l'es de capitulation. » /( Si l'on admet cette dc'r'nièr'e distinction, en tenant compte de cc que, COn111Le vous le savez, les populations qui détenaient les terres au moment de la conquète ont entièrement disparu, toutes les plaines, sans exception, appar·tiennent, par' voie d'héritage, au domaine puhlic, ct il est clair, dès lors, que lïmpùt peut les fl'apper au gré du propriétaire du sol, qui est le Sultan, /( Pour les pays de montagnes, il y aurait eu lieu de distingue!' les parties qui avaient été l'ohjet d'une capitulation, mais comme il n'existait aucun moyen d'obtenir une certitude il cet égard, il y a clonc eu nécessite'> de l'ecoul'ir il l'intel'pl'étation juridique '. » Cette lettre est t1'(>s intéressante en ce qu'ellc ()tahlit cIeux points importants, Il en "ésulte, que la dim'rence
1. No:het El Hadi, Ir;lll. O. lIolld;j,:, p. il.

L'OI1G\:\'ISATIO"l DES FI:'\A:'\CE'; AU ~IAnOC

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étahlie dans 5idi Kbalil, an chapitre de la guerre sainto (Bah Ed Djihad), entre les tenltoil'es conquis par la force (El Blad El Anoua) et ceux qui Ollt obtenu une capitulation (El Blad Eç Çolha), continue il existe,', même après que les propriétaires de ces tel'rltoires se sont convertis ou ont été convertis il l'Islam, Jluis, ces deux genres de territoires ne doivent pas être traités de la même façon, au point de vue de l'impôt de IUzaradj . .\bd El ~Ioumen ben Ali, L\lmohade, s'appuie sur la loi religieuse qui attribue au Bit EIlVlal des musulmans le cinquième du butin, pour prélever sur les territoires conquis par la force, et comme tels assimilés il un butin fait sur l'ennemi, un impôt annuel. Ce système financier basé sur une interprétation plutôt exagérée du princip(~ religieux, vient il l'appui de l'idée que le Makhzen a toujours traité le Maroc en pays conquis, et que le régime de la conquête a persisté jusqu'à nos jours. Non seulenlent, en effet, les terres conquises doivent payer le Rharadj tant qu'elles sont en la jouissance (le leurs premiers possesseurs, qui paient cet impôt pour pouvoir jouir des terres conquises SUl' eux et considérées comme butin, mais, ajoute le sultan Zidan ben Mallçour: « les populations (lui détenaient ces terres au moment de la conquête, ayant complètement disparu, toutes les plaines, sans exception, appartiennent par héritage au domaine public et il est clair dès lors que l'impôt peut le fl'apper au gré du propriétaire du sol (lui est le Sultan. }) Le Sultan est (lonc considéré comme l'héritier dps possesseurs primitifs des terres, qui ont été dépossédés par la conquête et qui ont pu consel"Yer la jouissance de leurs terres en payant le I(haradj. Le souverain hérite de ces biens d'après la loi qui fait héeiter le Bit El Mal des successions vacantes. Sous les Almohades, le chef du diouan (administra-

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ARCHIVES MAROCAINES

tion des impôLs) devait appartenil' à la race dominante. Il dirigeait avec une autorité absolue la perception de l'impôt; il réunissait les recettes dans une caisse centrale et . . les faisait inscl'i,'e dans un registre; il revoyait les états de ses chefs de services et de ses percepteurs et les rendai t exécu Loires à des époques déterminées et pour des sommes dontle monLant était spécifîé. On le désignait par le titre de Sa/wb El Aclz.rJlzal. Quelquefois, dans des 10caliLés éloign(·es de la capitale, les chefs de service étaient pris en dehors de la classe des Almohades, à condition qu'ils fussent capables de bien remplir l'emploi 1. Sous le règne d'Abou Yaqouh Yousef, fils et successeur d'Ahd El l\Ioumen hen .Ali, 558 de l'hégire (1163 .J.-C. à 580 H. U8!1 .J.-C.), tous les peuples compris dans les limiLes de son empire, c'est-à-dire l'Ifriqya et le ~Iaghreb, jusqu'aux del'l1ières villes du Blad Noun, dans le Sous El Aqi,,~a, payaient l'égulièrement les impôts ordinaires et les finances s'acceurent prodigieusement sous son règne 2. C'est son fils Ahou Yousef Yaqouh El Mançour, le vainqueur d'Alarcos, qui, après avoir soumis les Arabes de l'lfriqya, les introduisit dans le Maghreb en 58f. de l'hégire (U88 .J.-C.), ainsi qu'on le verra plus loin. Cette meSlll'e eut pour conséquence, quatre siècles plus tard, l'établissement du clroit de Naz'ba par Mohammed Ech Cheikh Es Saadi, lorsque les trihus arabes, auxquelles une gl'ande partie cles terres conquises avaient été données, en récompense de la réunion de leurs contingents auprès clu souverain, furent renvoyées dans 1f~urs foyers. Malgré les efforts cles Almohacles pour mettre de l'ordre dans l'administration des finances, la désorganisation générale du pays, les guerres continuelles, rendaient
1. InN KHALDOUX, Prolégomènes, t. II, p. 23, trad. de Slane. 2. ROUDII EL KAHTAS, trad. Heaumier, p. 2!l1.

L'ORGANISATION DES FINANCES AU MA HOC

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inévitahles les ahus ues fonctionnaires chargés ue cette administration. A la mort d'El Mostancir Billah, en 620, son successeur Ahou Mohammed Abd El Ouahed El Makhlouc (le déposé) commença son règne en faisant rendre gorge au ministre des Finances de son prédécesseur, Abou Ali Ihn Achrefti 1. Ce système du gouvernement marocain de se procurer de l'argent en dépouillant les fonctionnaires prévaricateurs est encore en usage aujourd'hui; s'il n'cst plus usité de la part du Sultan vis-à-vis de ses ministres qui, plus que jamais, cependant, s'enrichissent des deniers publics, il est constant de la part des minisü'es vis-à-vis des gouverneurs, et de la part des gouverneurs vis-à-vis des fonctionnaires subalterncs.

•*•
Après la chute de leur empire, les Almohades, écrasés par la domination des Zenata (~Iérinides), se résignèrent à payer tribut an vainqueur et furent à leur tour inscrits au nombre des populations soumises à l'impôt ~. Le deuxième émir rnérinide, Ahou Saïd Othman hen Abd El Haqq, en 620, après avoir vaincu et massacré les Riah qui avaient tué son père, accepta leur soumission, à la condition qu'ils lui payeraient un fort trihut chaque année. Grâce à la faihlesse de plus en plus grande des Almohades, les Mérinides pénétrèrent plus avant dans le pays; dans toutes les parties du ~Iaghreb, on vit alors éclater l'esprit de révolte: les peuples se re{œsaient d'acquitter les impôts; des troupes de hrigands infestèrent
1. IBN KHALDOUN, 2. IBN KHALDOUN
ARCH.

His/oire des Berbères, t. II, p. 22(1, trad. cie Slane. His/oire des Berbères, t. II, p. 25!.l. MAROC. 13

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ARCH! VES

~IAHOCA1NE:-;

les gl'a nd s chcm ins; les émirs ct les agents du gou vel'nement s'enfermèrent dans les villes; tout le pays ouvert tomha au pouvoir des }lérinides, et les gens de la campagne l'estc'~r('nt sans protection. Les euvahisseurs trouvant le pays sans défenseurs, s'empressôrent d'en prendre possession et, sous la direction de leUl' émi l', Abou Saïd Othman, ils parcoUl'urent les gl'andes routes et les sentiel's du ~Iaghreh en lll'élevant des contl'ihlltions SUl' les hahitallts. Bientôt, la majorité de la populatioll fi 1 sa soumission. Les Chaouïa llomades, les Haoul'l'a, Zegl'aona, Teçoul, .\Iiknaça, Bokoüya, 1"echtala, Sed l'ata, Behloua, .\Iédiouna, etc., reconnurent l'autorité d'Ahou Saül, qui leur imposa, le KhaJ'adj, en sns de l'impôt ol'(linaire ct installa chez eux des percepteurs. Fès, Taza, .\Ieknès,El Qçar Ktama (El Qçal' El Khir) et plusieurs autl'(~s villes consentirent ù lui paY(~I' un tl'ihut annuel, a/in de se gal'antil' contre des hostilités et d'avoir leurs communications libres [. Le pl'emier souverain J\Iél'inide celui qui peut être considéré comnl(' le fondateur ]'éel de cette dyuastie, ~\bou l'ahya, hen Ahd El Haqq, donna, au CO]1lJ1H:'ncement de son l'(~glle une sorte de constitution f{'odale ù ses l~tats. Il constitua ù cet efl'et de véritables fiefs, en concédant ù chaque gl'ande famille lllérinir1e une portion du tel'l'itoire du Maghl'eb, avec le (lroit d'en jouir ù pel'flétuité et de s'approprier les impôts que payaient les t]'ihus de cette localité. Ce s familles, qui consti tua ient (le véri tahles grands vassaux, tiraient des tribus ainsi concédées, df's ressources suffisantes pour équipel' f't monter tous lellrs hommes de guel'l'e et pour organisel' les contingents des tribus qu'ils gouvernaient. De cette manière, le nombre des troupes mérinides se trouve considérablement augment(~.
1. 1JJN lÙIALDOU'i, His/Dire des Berbères. t. IV. p. tard. 13caulllier, p. 411j412,

:n.

HO(;1J1l EL I\Al\T\~.

L'OHGANISATION DES l'INA:\CES AU MAHOC

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La puissance de la dynastie m<,rinide s'établit défin itisous le règne du f['ère de l'émir' Abou Yahya, l'émir Abou Yousef )-aqouh hen Abd El Haqq, proclamé en 65G, qui acheva la conquête du ~Iaghreh. L'émÎr Yaqouh donna à ses conquêtes l'organisation d'un royaume et créa un grand nomhre d'institutions pour le hien de son peuple. Il fit construire des hôpitaux pour les malades et pour les fous; il pOlllTut à tous les fmÎs de leul' entretien, et il donna ord,'e aux médecins de leur faire deux visites par jour, une le matin, une le soir, le
n~ment

tout aux (l'ais du Bit El Mal.
Il en ftt autant pour les lépl'eux, pOUl' les aveugles et pour les pauvres, auxquels il alloua des secours tirés de la Djezya des Juifs. Il bâtit des {'colC's et y établit des Tolha pour y lire le Qo nUl , et d'autres pOUl' étudier les sciences; illeut' alloua des traitements mensuels 1. Le successeur de l'émir Yaqouh, Abou )'aqouh Yousef, e1l montant sur le trône, en fi85, supprima les droits de marché (jleks) , ce ([ui proun~ que cet impôt avait été ,'dahli pal' les ~Iérinides et plusieurs autres impôts. Il ]ll'it e1l outre, relativement à la perception d'une charge l'e1io'ieuse, El Fetra 2, une dçcision d'une très gTancle b
u

EL KAHTAS, tl'ad, lleè1umiel', p. 42,;. 2, El Felm, la nourriture, ou plus exae!entent Ez Zelw! El Feira la I~U­ l'ilication de 'la nOlll'I'iture, aumône 'lui sert de purification aux grmns donl on sc nourrit pcndant l'année el 'l'Ii e,,\ ,li"tl'iiluée aux pauvres, le jOlll' de la ruplure du jeùne de ramadan, ilïd El FeIra ou Aïd Eç Cegh, la l'l'le de la nOIlI'l'ilure ou la petitL' 1'<\1 l', pn)' oppo"ilion à la fêle du sacrilice, Aïd El lt'ebir,'la grande fête. Il est di"II'ilJtlé aux paU\Te,.;, le malin de Cl'lte 1'l\le, une petite mesure appelée SOlllllli (c'est-à-dil'e l'on1'ol'lne ,\ la SOlllma), pour chaque tête d'habitanls d'une maison, et pour chnque e"p,\ce de grain", 1.lé, dl'ùa, orge, et consommé dan" celle nwisoll pendant l'année, Avant la modification apporlée pal' l'émil' Ahou Yaqoub Yousef, ceUe 'l'wntité de grains était ve)'"ée ù l'llllùm, qui en l'ai,.;ail 1,1 )'éparlition aux paU\Te,.;: depuis ceUe époque, C(,tte di"lribution est l'aile diredemellt pal' le" mnsulmans et le mntin de L\ïcl Er Ceghir les pOl'les cles maisolls sont a,.;siégées di's ln premii're h,'m'(' plI!' lin grlllld nom1))'e de paunes. Il est Jusle de constater qu'il n'y 1\ pa" 1111 l1luHIIlI1nn qui se refuse ù cclte

1. Hol'ou

190

ARCHIVES MAROCAINES

importance, encore en pratique aujourd'hui. D'après Si di Khalil, El Fetra doit être versé entre les mains de l'Imam, et il en a été ainsi jusqu'à Abou Yaqoub Yousef qui a décidé que El Fetra serait remise directement aux pauvres,s'en remettant pour cette aumône à la bonne foi d'un chacun. La plupart des souverains mérinides créèrent des hôpitaux et des collèges (J\Iedersa). C'est ainsi qu'en 720, l'émir Abou Saïd fit construire la grande Académie de Fès Eddjdid et il y établit des Tolbas pour lire le Qoran et des docteurs pour étudier les sciences, en accordant à tous l'entretien et des traitements mensuels. Il dota cet étahlissement du quart des revenus des récoltes l , c'est-àdire du quart de l'Achour. Il doit s'agir probablement du quart de l'Achour versé en nature à Fès même, c'est-àdire des tribus voisines de la ville, et particulièrement des Ouled El Hadj. En 721, l'émir Abou El Hasan ben Abou Yousef ben Ahd El Haqq fit bâtir la médersa située au midi de la mosquée El Andalous à Fès; elle fut construite avec le plus grand soin et munie d'un grand réservoir (çahridj, d'où le nom qu'elle porte encore aujourd'hui lvledersat Eç Çahridj), d'installations pour les ablutions, et d'un caravansérail servant de delneure aux étudiants. Tous ces établissements reçurent leurs eaux de la source située au dehors de Bab El Hadid, et coùtèrent plus de 200.000 dinars. L'ltmir y établit des docteurs, des étudiants et des lecteurs, et pourvut à leu!' entretien et à leurs vétements. Il dota enfin cet établissement de rentes considérables 2.
aumùne. Le Soulllli est la mesure individuelle qui représente la part de chaque habitant de la maison. On ne donne pas un SoU/mi ù chaque pauvre, mais une simple poignée de grains. Les grains mesurés par autant de Soullllis qu'il y a d'habitants puhères dans la m;1ison sont mélangés ct une poignée du mélange est donnée il d1aque paUHe. La capacité du Soulllzi est d'environ 4 litl'es. 1. BOUDH EL KAHTAS, trad. Beaumier, p. r;70. 2. HOVDH EL KAHTAS, trad. Heaumier, p. 571.

L'ORGANISATION ilES FINAi\"CES AU MAROC

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Plus tard, en 75~), le sultan 1\bou Inan fit construire à Fès entre les deux Taala, la médersa Bou Inania qui porte encore son nom, et à El Qçar El Khir, la médersa de Djama El Kbir, aujourd'hui ruinée, et à l'entretien de laquelle il avait consacré un bain (hammam) qui existe encore sous le nom de Hammam de Sidi ~[imoun. Une inscription de marbre, qui se trouve aujourd'hui au musée d'AIgel' en fournit la preuve. Pour assurer l'entretien de ces hôpitaux et de ces médersas, les sultans mérinides a vaient constitué en {Iabous des immeubles ou des établissements publics, comme des fours, des fondaqs, des bains, dont les revenus étaient affectés aux dépenses nécessitées par ces institutions. Il convient à ce propos de dire un mot de l'institution des I.Iabous, qui, pal' certains côtés, peut se rattacher à l'organisation fin'ancière marocaine. En effet, pendant des siècles, les ~Iahous, se composant de fondations pieuses en faveur des sanctuaires et comme on vient de le voir, d'hôpitaux et de collèges, ont été, à diverses époques, considérablement enrichis pal' les dons des souverains eux-mêmes. Les fonds des I.Iahous, quelle que fùt leur origine, échappaient complètement au contrôle du gouvernement. Chaque mosquée, ou chaque sanctuaire, avait un administrateur particulier (Nadir) nommé non par le }[akhzen, mais par les notables du quartier ou de la tribu et chargé de l'administration des ~abous, de l'entretien de la mosquée, du paiement des différents fonctionnaires du culte, Imâm, mouadden, etc. Sur les fonds des ~abous il achetait également les nattes et l'huile pour l'éclairage; de plus, il était chargé de l'entretien et du bon fonctionnement des institutions telles qu'hôpitaux, ou médersas, don t les fondations étaient rattachées à la mosquée qu'il administrait. Les économies faites pal' cette gestion

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AI1CIIIVES

~IAI10CAI;';ES

étaient employées à augmenter les l:lahous de la mosquèn dont quelques-unes avaient ainsi fini pal' avoir des rcn'llllS considérables. Ces ~Iabous, dans l'administration dcsquels le gouvernement du pays n'avait rien à VOil', formaient pour ainsi dire les trésors communaux des villes et des tribus et leur fournissaient souvent les ressources nécessaires pour résister à l'autorité du Sultan. Souvent ainsi les chefs de révoltes, les compétiteurs du tr<Jne en prolîtaient 1. Aujourd'hui encore, dans les pays de montagnes, les biens I;Iahous ont conservé cette ancienne a<lministration communale, et leurs réserves sont utilisées pal' lt's montagnards pOUl' acheter des annes et des munitions, soit dans leurs luttes intérieures, soit pour résister aux annél's du Sultan. Cela vient de se produire tout dernièrement encore pour la tribu de El Khemas, dans la lutte victol'ieuse <lu 'elle viept de soutenir contre les armées de .\Ioulay Abd El Aziz, pour défendre en mt~nw temps le chérif Monlay Ahmed Er Hisouli et son indépendance. 1 On peut dire que tandis (lue le Bif El Mal El MOllslimil2 qui dans l'ol'igine était le tl'ésor de tous les lIIusldmalls, est petit à petit devenu le ITésOL' du seul .\fakhwfI, If's trésors formés par les réserves des I,Iahous étaient devenus le v('rilable tL'ésor des musulmans et il est important de constater l'existence de celte espèce df) ll'l"SOI' popnlail'e en face du tl'ésOl' du ~rakhzen. Les hiens IIaholis conservèrent leur adlLlinistl'ation indépendante jusqu'au l'ègne de ~[oula'y .\bd El' HahllLall, Pour supprimer cette caissn des l'évoltes intérieul'es, il résolut d'en rattacher l'adlllinistL'ation au ~Jakhzen. POUl' cela, il supprima les nadil's pal,ticuliers des mosquées et des sanctuaires et les l'clllplaça dans chaque ville pal' deux nadirs nOlllmés pal' le Sultan.
~. ~

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1. Nloulay El Haf1d, qui vient d't\ll'., proclamé Sultan à Marrakech, aurait, dit-on, l'eçu de la eaisse des I:IalJOus d., celle ville une somme dn 50,000 franes pour l'aider dans son entreprise,

L'ORGANISATION DES FINANCES AU ~L\!HlC

Depuis cette époque, 10s I:Iabous ont eu le sort de tout ce qui dépen(l de l'administration financière dn ~Ial'OC; ils se sont appauvris. Aujourd'hui, loin d'avoir des réserves, la plupart des I:Iabous des villes ont des dettes; quant aux ~Iabous des sanctuaires des campagnes, leurs biens ont disparu pL'esque complètement. Seuls les ~Ia­ bous des pays (le montagnes et des territoires indépendants, qui ont consern' leur ancienne administration communale, sont enCOL'e prospères. Les droits de maL'ché (~Ieks)supprimés par l'émir Abou Yaqoub Yousef, en 685, avaient été l'établis dans la suite; en effet, lors de sa proclamation, en 710, le sultan Abou Saïd Othman ben Abou Yousef 'Yaqoub a suppl'iml~ de nouveau ces ([roits et d'autresimpàts oppressifs, entre autres l'impôt sur les maisons, taxe qui pesait lourdement sur les habitants de Fès 1. L'impàt SUL' ks immeubles existait donc au :Maroc plus de six cents ans avant L\cte général de la ConféreJ.lce internationale d'Algésiras, qui, dans l'article (H, admet en principe qu'une taXA pOlllTa être établie Slll' les const['ucLions urbaines~. Quoiqu'on ne retrouve pas tL'ace au
1. IBN KUALDOCN, /lis/oire des Berbères, t. IV, p. 18!), tl'nù. de Slane, D'après le HOl'DH EL KARTA~, tl'ad, Benumier, p. 530, ln lnxe ~ur les maisons avait déjù été abolie une fois pal' l'émir Abou Yousef Ynf{oub, au commencement de son 1'(lgne, ninsi que les melis, En étudiant la (Iuestion des impôts, on s'apel'(:oit qu'assez généralement, lors de leur al'ènement, les Sultans supp"iment certains impôts, pour se j'nil'e bien l'enil'' et les rétablissent une l'ois ]PUl' pouvoir suffisamment étnhli. 2. Ac/e génél'al de la Con/ëtence Ï!l/ema/ionale d'AlgésiT'as (aI'l. lin. Dans le huI, de créel' (le nouvelles ressources au :\'Iakhzen, la Conférence reconnail en principe (]l,'une taxe pOUlTa ètl'e établie SUl' les con~lruc­ lions urhaines. Une partie des l'ecelles ainsi l'éalisées sel'a alTeclée aux services de la voirie et de l'hygiène Illllllicipaies et, d'une façon générale, aux dépenses d'amélioration et d'entretien des villes. La taxe sera due P;\I' le pl'Opl'iélaire marocain ou étranger sans aucune distinction; mais le lo('ntaire ou le détenteur de la clef en sel'a re;.:pon·sahle envers le Trésor marocain. Un r.\glelllent édicté d'un ('ommun ;)4"('01'<1 pal' le gouvernement chéri

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AHCIIIVES

MAHOC,\I:"E~

Maroc d'un semblable impôt depuis sa suppression par Othman El 1VIerini, en 710 de l'hégire, rétablissement ou plutôt le rétablissement de cette taxe ne devrait donc pas être considéré comme une innovation due à l'introduction des coutumes européennes dans les finances du Maroc.

Il
LA DYNASTIE SAADIENNE

C'est de la dynastie Saadienne que date rétablissement de l'impôt de N al'ba qui est gén<'Talement, à tort, attribué à Moulay Ismaël El Filali. La Nal'ba fut définitivement établie dans tout l'Empil'e par le sultan }[ohammed Ech Cheikh, peoclamé en 951 de l'hégire ('15!J!1-.a5 J.-C.); mais le principe de cet impôt était dù, dit-on, à son père, fondateur de la dynastie Saadienne, Abou Abdallah El QaIm bi Amr Allah, et voici ce que rapporte la légende à ce sujet: « Après avoir été proclamé souverain dans la province du Sous, Abou Abdallah El QaIm, considérant sa situation rrécai re et la modicité de ses ressources pour conserver la royauté qui ne saurait se maintenir sans argent, 01'donna aux habitants du Sous de donner un œuf par chaque feu. On réunit ainsi une quantité innombrable de milliers d' œufs, tant les gens avaient trou vé cette imposition
lien et le Corps diplomatique à Tanger lixertl le taux de la taxe, son mode de perception et d'application et déterminera la quotité des ressoUt'ces ainsi créées qui devra ètre affectée aux dépenses d'amélioration et d'entretien des villes. A Tanger, cette quotilé sera versée au Conseil sanitaire international, qui en réglera l'emploi jusclu'ù la cl'c\ation d'unl' org'anisation municipale.

L'ORGANISATION DES FINANCES AU )[AHOC

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légère. ~Iais quand le prince eut reçu ces œufs, il donna l'ordre à tous ceux qui avaient fourni un œuf d'apporter un dirhem (oukia, once, la dixième partie d'un mitqal). Il rassembla ainsi une somme considérable avec laquelle il put améliorer sa situation et accroitre ses forces militaires. Cette contribution fut la première naï1Ja imposée par le gouvernement des chérifs 1. » Lïmpàt de Nalba remplaça progressivement celui du Kharadj établi au 'Maroc par Abd El ~Ioumen ben Ali, comme on l'a vu plus haut. Les tribus arabes de l1friqya transportées au Maroc par Yaqouh El ~Iançour L\.imohade, au sixième siècle de l'hégire, avaient occupé une grande partie des terres conquises dont les habitants payaient le Kharadj ; elles s'étaient mélangées avec euxà certains endroits, dans d'autres les avaient repoussés vers les montagnes et les avaient remplacés. L'application du Kharadj, devant la disparition des populations conquises ou leur mélange avec les Arabes de l1friqya, devenait chaque jour plus difficile. Le régime de la conquête ne pouvait plus s"appliquer à ceux qui se considéraient comme les conquérants. D'autre part, le ~Iakhzen ne pouvant plus conserver en permanence autour de lui les contingents de toutes les tribus arabes, ne conserva que celles dont il était le plus sth'. Elles fournirent les tribus Djich ou J\Iakhzen, On renvoya les autres dans leurs foyers, en leur faisant payer le droit de naïba ou de remplacement, destiné à payer les contingents des tribus makhzen qui, faisant un service effectif, remplaçaient les autres. Le termc de ](hal'adj cessa ainsi (l'ètr'c employé et fut remplacé par celui de Naïba, mais l'impàt prélevé l'esta il peu près le même. La N aïba, en efi'et, est, comme le Kharadj, un impàt basé sur les terres. Les tribus Djich ou :Makhzen qui font un service efl'ec1.
NOZHET

EL HADI, trad, Houdas, p. 75.

ARClllVES .\IAHOCAI"IES

tif auprès du Sultan, payent pal' leur présence le dl'oit de jouissance des ten'es qui leur ont été concédées, tandis que les tribus de Naïha payent un impôt POU)' cette môme jouissance. On peut di!'e (lue toutes les lI'ibns, Djich, ou de Nadja, sont des lriJJUs mililaires. auxquelles des lerres cOIH[uises ont f~lé concédées ct dont [es [>1'('mières payent la jouissance pal' un service efl'ectif et les autres, qui ne font pas d(~ sel'vice, pal' un dL'oit de l'emplacement, Naïba. La distinction qui existait autl'efois pour [e Klwradj enlre les tl'L'L'itoires conquis par les al'Illes el les lenes de capitulation, existe aussi pOlll' la Naïba. D'après cerlains docteul's, les plaines élaient seules cOtH[uises, les montagnes restant tel'I'('S de capitu[atiolJ. Suivant celte thèo!'ie, les habitants de l'époque de [a cOllqu(\le ayanl tous disparu, les plaines, appartiennent par voie d'hérilage, au dOlllaine pul)lic, et [e Kharadj SUL' ces telTl'S dépend du bon plaisil' du ntaitre du sol, qui est [e Sultan, L'applicatioll de la Naïba Ile pouvait donc souj'l'l,il' d(~ diflicu1tés dans les plaines. POU)' les lIlontagnes, dant donne ([u'il y en a eu également ([c conquisf's, il,' aurait lieu de distingue)' entl'e celles-ci et edl('s qui sonl des tel'!'es de capitu[ation; litais eonLllle il n'y aUl'ait aucun nloyen d'élabli!' l'eUe di/l'erenee, il a fallu s'en fenil' Ù l'appl'éciatioll, Celte apprt"ciation a été faile [Ol'S des COllllllellc(~ments de la dynastie Saadi('nne pal' les jU!'iSCollsu[tes qui décidèl'ent que les pays de Illontagnes voisins des plaines conquises d(','ai('llt (\tl'e eux-llu\llleS consid("rès e:llllllle teLTes conquises. :Mais, dans la [lL'ati([lIl', [es pays dl) lIlontagne, lII(\lIIe voisins des plaines, ne payent pas la Nalba, Lorsque le .\lakhwn est assez puissant, il enn)ie contre eux une expédition qui leur fait payer llll(' sol'te de tl'ibut, sous le nOlll de Qinlar. ;\Jlrôs la bataille de 1'011l'd E[ .\[ahagell, le sll[lan .\bOll El "\bbas Aluner! E[ .\[an~:ou l' Ed DI)('hi, devant lesdépensl's

L'ORGANISATION DES FINANCES Au ~L\ROC

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<Ju'entrainait pour lui l'entretien d'une armée considérable, dut chercher un moyen d'augmenter ses I~essources et d'accroitre les impôts. « Il s'aperçut alors, dit le sultan Zidan dans sa leUre :1 Yaha ben Abdallah 1, que depuis J'époque il laquelle on avait établi la taxe, il s'était pl'oduit entl'e le taux auquel on avait estimé la matière illlposable, cél'éales, beurre, moutons, ct la valeur qu'avaient ces mêmes objets durant son règne, un écart du double envinlIl. ~Iù pat' un sentiment d'écJuité, il offl'it à ses sujets de choisil' entre le paiement de l'impôt en nature et son paiement proportionnellement il la vaJeur des denrées imposables sous son règne. )) Le peuple prMéra payer d'apl'(~s ce <lernier mode; il redoutait, en effet, en adoptant l'autl'e système, de voit, l(,s denrées renchérir ('ncore et Jes chal'ges de J'impôt augmenter par ce seul fait. cc Plut au Ciel, ajoute pJus loin le sultan Zidan, que nous puissions exigel' de nos sujets le paiement de l'impôt d'après les COUI'S du JOUI', Cal' <lepuis celte époque la valeul' des denré(~s a quadnlplé, »

A l'époque du sultan Abou .\ bd allah ~Iohanllued Ech Cheikh, la Naïba avait été r()pal'tie pal' foyel' et son quanIlIlU, proportionnel au nombre des habitants, était très modéré, Cette répartition est l'origine de cC' <llùm appelle encore aujourd'hui la Klzeima {el'radia, la tente POlU' la l'épartition de l'impôt 'Z, Chaque J(lzeima lel'radia de\'ait payer une naïba dont l'ensemble formait la naïba de la tl'ibu. Le partage des tribus en Klziam /eI'l'adyin remonte il Abou Abdallah Mohammed Ech Cheikh, d les différents impôts
1. NOZIIET EL IJAJH, tl',l(1, IIond .. ", p. 3t;5. 2. Voir Archives M,u'o.'ailles. \'01. l, " le-; llllpùl" J1wroc:lill"

n.

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ARCHIVES M.\ROCAINES

des tribus, naïba, harka, etc., sont encore partagés suivant le nombre des Khiam ferradyin établies à cette époque. Avec le temps, cette base est forcément devenue fausse, D'une part, certaines [(hiam ont disparu, et la part qui leur incombe est répartie sur celles qui restent; d'autre part, chaque Kheima ferra dia qui au dixième siècle de l'hégire, lors de l'établissement de la Naïba représentait un foyer, en représente aujourd'hui plusieurs, mais en nombre inégal. Les Oulad Ben Djelloul, par exemple, comptaient, du temps de Mohammed Ben Cheikh, cinquante foyers et formaient par conséquent pour l'impôt, cinquante Kheima ferradia. De ces cinquante Kheima, dix ont disparu; leur part d'impôt est répartie sur les quarante autres, qui payent cinquante parts. ~Iais ces quarante foyers, en plus de tl'ois cents ans, ont aug-menté selon le nombre d'enfants mâles OI'iginaires de la ](heima primitive, qui a créé des foyers nouveaux. Certaines Rhiam ferradyin comptent aujourd'hui trois ou quatre foyers, d'autres plus de dix. La Naïba n'en est pas moins répartie aujourd'hui conformément au nombee des ]{hiam ferradyin de l'origine. De sorte que, dans une Kheima ferradia, la part à payer de la Naïba est supportée par trois foyers et dans une autre par douze, ce qui constitue une inégalité absolue dans la répartition réelle de l'impôt. De plus, cet impôt, modéré dans les premiers temps qui suivirent son établissement, augmenta dans de fortes proportions sous le règne d'El Mançour et devint de plus en plus lourd sous ses successeurs et sous la dynastie des Filala. Aujourd'hui, on peut dire que la Naïba n'a de base que les caprices et les besoins des gouverneurs. La Mouna, fourniture de vivres, aux armées du Sultan, ou fonctionnaires du Makhzen, de passage dans les tribus, avait été fixée par le sultan Abou ;\Ierouan Abd El ~Ialek

L'ORGANISATION DES FINANCES AU MAROC

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El Ghazi dans une lettre qu'il écrivait à son frère pour faire préparer la mouna de ses troupes:
« Aussitôt que vous recevrez ces lignes, vous expédierez des gens à vous dans les districts de Méquinés, d'Azemmour, et chez les Oulad Djelloul, afin d'établi!' les réquisitions en vivres et en fourrage destinées à notre glorieuse armée et leur ferez donner l'ordre de porter le tout dans la ville de Salé. « Le taux de la réquisition sera d'une sahfa 1 d'orge et de 20 moudds Z de blé par chaque naïba, d'un sâ de beurre 3 et d'un mouton par chaque quatre naïba, etc. ". »

La préoccupation de se procurer des ressources que l'organisation financière du pays ne pouvait pas fournir, et que le butin et les tributs imposés aux vaincus ne fournissaient plus, apparaît dans le discours de Abou El Abbas Ahmed ben ~Iançour à son Conseil lorsqu'il lui communiqua sa résolution d'attaquer Ishaq Sokia, maître du Soudan, pour lui faire payer d'énormes impôts. « Aujourd'hui, dit-il, le chemin de l'Andalousie nous est fermé depuis la conquête totale qui a été faite de ce pays pal' nos ennemis, les infidèles, et nous n'avons plus de guerres ni avec Tlemcen, ni avec le reste de l'Algérie, depuis que les Turcs se sont emparé de ces territoires. » Et plus loin: « Enfin, le Soudan est une contrée plus riche que l'Ifriqya et il nous est plus avantageux d'en faire la con1. La Sah{a vaut GO moudd~. 2. Le llloudd est une mesure de c,lpacité pour les grains; mais cette mesure n'est pas fixe et varie selon les localités, Le moudd usité par le Makhzen est celui de Fès qui contient environ 32 litres, 3, Le Sil, mesure de capacité, contient 2GO à 260 litres. Aujourd'hui le beurre ne se mesure pas; il se pèse à la livre, dite Er Rlol El Baqqali, c'est-à-dire la livre usitée par les marchands de heurre, huile, miel, savon, Le poids de cette livre varie, suivant les localités, de 700 grammes à 1.000 gramrne~. 4. Nozhet El Hadi, trGd. Houdas, p. 75,

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AHCIIlVE" MAHOCAE'iE"

tluôte ([Ul' d(' lulter cuntl't' ks Turcs, CL' qui nous occasiullnerait dl' grandes fatigues pour un médiocre profit 1. » On éprouve bien, en lisant ces paroles, l'impression émise au commencement de celle étude, d'un ~Iakhzen dont la seule préoccupation était de réunir d'énormes impôts pOUl' l.~u vivre lui-môme, pour pouvoir conserver des troupes lui permettant d'eu exiger 1(' paiement, mais n'ayant nulle... ment le souci d'ol'ganise,' le pays, ni dt, le meUre en production pour lui pel'llWUI'f) dl' vjyI'(' de ses propres r('ssources.

1[1
LA DYNASTIE DES FILA LA

l . a llynastie des Filala tl ui a succédé il celle des Saadiens a continué les errements des dynastit)s précédentes, et le Maroc, enserré de plus en plus dans la ci\'ilisation qui a pénétré jusqu'en Afritlue, réduit il vine de ses seules l'essources, qui diminuai('nt chaque JOUI', tandis que ses hesoins augmentaient malgl't'~ lui, est arrivé peu il peu il la désorganisation et il la ruine. il ne semble pas que i\Toulay Er Hachid, le premrel' sultan Filali, ait pris relativement il l'impôt aucune mesure administrative. UniqtH'ment occupé de conquérir Hon Empire, il n'a pu que faire payer au fur et il mesure de ses couquc1tps les impc)ts et les tributs qui lui étaient nécessaires pOUl' établir son pouvoir, sans chercher il donnor ;\ leur perception une organisation régulière. Soucieux cependant du dé\·eloppemcnt des transactions
1. Nozhel El IIadi, traù.
IIollda~,

pp, 16[-162,

L'OIlGANISATION DES FIN.\l\;CES AU l\lABOC

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COlllmel'ciales, Moulay El' Hachid, il la fin de son règne, après ayoie fait frapper la monnaie Rachidya, prête pour une année aux négociants de Fès et d'autres lieux une SOlllllte de cinquante deux mitqals 1,
1. Kilal} El ISlilJça, p, lU, t. IV, lexie, Le mit (la] a ('onsit1éralJlement .1 illlillLl ", de valelll' depui,.; quelques siècle,.;, Il est diftlcile de rélablir exactement la valeul' qu'il pouvnit avoir sous le J'ègne de Moulay Er Rechid, Depuis cent nns, sa valeur n diminlH" de lJuatorze cenis pOUl' cent. Sous le règne de Moulny Sliman, en effet, ,111 (',OIl\lllelH'CmClÜ dn dix-neuvième siècle, le lIIil<pll valait t douro, lnnùis qu'nujolll'u'hlli il faut l± mil!j<lls pOUl' faire 1 douro hassani, c'esl-il-dire 1 douro ell IllOnnaie marocaine. Avnnt celte époque, te doum nvail vatu tl'ois quarts de mitqal, c'est-ildire 7 once,.; (oukia) et demie, le millFli vnlnut 10 onees (oukia). Il est prolJnlJle que sous le règne de Monlay El' Rachid, il la fin du onzième siècle de l'hilgire, il ya environ denx cenl cinquante an,.;, le douro vatnil envi rOll ,; olwes et demie, e'esl-à-dire ii onces et 2 mOUZOlllWS, l'once (ouki:J) se COlllpOSaJÜ de 4 mOUZOUllêlS, Celle pmlJabilité est basée SUI' ce que, ail tnux de 5 onces et demie le douro, 152,000 mit<pls représelltellt exaelement 100,000 doums, (lui constituaient une somme assez illlpol'iallte IlOlll' l'épO<j1lC I)()UI' qu'il soil adulissible (jue.Moulay;:Er Rechid l'ait avauclle nux négociants pour augillel\tel' leurs tmnsnctions, Ln que,.;tion du challge enlre la monn:tie marocaine cl le,.; aull'es monnaie,.; l'csle l'omplèlenlCllt étrangère il l'eUe diminution de valeul' dll millJal con~idérô cOlnnte hase représentaI ive de la monnaie marol~aine, relativemenl au douro, base elll'opôenne inlroduite dan,.; le syslènH~ lIlonèlai)'e marocain; cette représentation Il'a pas pu remplaeer l'aneien sysU'me basé ";UI' le mi!lpl; elle llIal'che parallèlement avec lui, et la va!enl' en a touj ours augmenté au détriment du mitqaI. Celle diminution de !<I ,'aleu)' dl' la monnaie m,lI'oeaine ayant poul'hase le milqal, reialivl'ment :1Il douro, e,.;1 nll'tainement. un des eùtés le,.; plus in~éressanls de l'hisloire des nnances marocaines, et c'est là qu'il f:ml cherchel' la raison de l'appau \'l'i,.;scmenl progres,.;if du pays, (Illi s'est accentué rapidement depuis ciI1(\Il3nte ans, c'es(-ù-dil'e dcpuis 'lue les relation;,; avec l'Eul'Ope onl augmenté, jusflu'à en être al'l'ivé aujourd'hui il IIne vlll'itaille l'Ullle. On peut. suivre aisémenl la diminution de valeur de la monnaie locall' sou,.; la dyna,.;l.ie ùes Filala. ' On a vu qu'à la fin du onzième "iècle de l'hégire (dix-septièmc J.-C,), le doum yalait G once,.; el demie. ,Sous te règne de MOU!:lY Isnl3ïl et de Sl'S SIH~ce,.;seur;,;, dix-septiènle ct dlx-huilième sii~cles, le douro a valu 7 onces et demie. A la fin du dix-huitil'lme siècle et an connnencemenl du dix-neuvième, sous le règne de Mout!l)' Slinwn, il valait 10 onces ou 1 milqal. _ En 1261 de l'hégire (HH" .I.-C.), la pia,.;tre forte "au canon" (Er Hial bl Kbil'), c'est-il-dire le douru espagnol, valait 16 onces; la petite piastre (Er Hwl Eç Ceghir) (dit" Bou Chitah!\ ", au halais, il cause des lleurs de li" 'lue les indigènes prennent puur des halais de palmier nain). c'est-ù-dirc le douro franç:Jis, valait 1,; onces, La hansse de la monnaie ditfEn N,\(~il'i

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ARCHIVES MAHOCAI;\ES

Il fit également frapper les fIous en cuivre rond, pOUl' remplacer la monnaie carrée appelée El Achqou biya et il
dans Je Ritab Ellstiqça (trad. Fumey, t. II, p. 172) produisit une élévution du pl'ix des dem'ées. Le sultan Moulay Ahd Er Rahman chel'cha il an'èter eette hausse, mai,; il n'y put parvenir. Les causes de l'eUe hausse étaient il:s suivantes: A la suite de la conclusion de la paix avec les Français et de la suppression des /ribu/s que payaien/les nations é/rangères. les voyageUl's et les commerçants européens deviennent plus nombreux dans les ports du Maghreb; leurs relations ct leUl's points de contact avec les indigènes augmentèrent. Les c0nséquences de eette nouvelle situation se manifeslèrent pour la monnaie ct les marchandises. Pour ce qui concerne la monnaie, la leur étant la plus répandue et nyant une circulation supérieure :1 celle de la monnaie du Maghreh, elle devait forcément faire nutorité et avoir la préférence. Les commercants devaient aussi l'estimer en raison des excédants et des hénéficës résultant de la différence des cours, hénéfices que ne pouvait coneurrencer le commun des négociants. Les comlllerçants musulmans les suivirent dans cette praticlue. Dans le méme ouvrage (p. 188, t. II), on trouve 'lu'en 1268 (1852 .I.-C. \, Moulay Abd Er Rahman, devant lahausse ou, plus exactement, la diminution de valeur de la monnaie marocaine qui continuait, tenta enCOl'e de l'arrêter et fixa le prix du douro espagnol il 20 onces, celui du douro français il 19 onces. " Vous punirez très sévèrement, écrivait-il aux gouverneurs, eeux qui eontreviendront à ces ordres. )) Malgl'é ces mesures, l'agiotage SUl' la monnaie loeale continuait. Le sultan Sidi Mohammed, en 1285 de l'hégire, pour aITéter l'écroulement financier du Maroe, fit frapper des pièe,es de 1 dirhem d'argent au taux légal ct voulut ramener le cours au point où il était en 1180 de l'hégire: mais tout fut inutile. En 1294, sous le règne de Moulay Et Hasan, voici où en étaient les choses d'après le Kitab E/ Istiqça (trad. Fumey, p. 317, t.I!): " Durant eette période, les flous de cuivre devinrent très rares il Morrakeeh : on faillit en manquer. Le douro européen était devenu très rare il Morrakecb, tandis qu'il était à bas prix il Fès: le ehange était ,j Morrakeeh il G:> oqiyas, tandis qu'à Fès il était ù 5:> oqiyas. Les négoeiants de Fès faisaient donc venir de Morrakech des flous de cuivre et les ehangeaient en douros à Fès; ils gagnaient ainsi 1 mi/qal environ par douro, Ils se mirent tous d'accord pour faire ees opérations ct s'y livrèrent avec acharnement, si hien que les flous devinrent rares il Morrakech, et que eeux qui en avaient les gardèrent il cause du b{méfice qu'ils pouvaient en tirer. La vie devint très difficile pOUl' les malheureux, et la population en subit un grave préjudice. Les gens faisaient le tour de tous les marehés avec 1 pese/a ou 1 douro sans trouver quelqu'un pour les ehanger; ils ne pouvaient rien aeheter pour leur nouITiture, si le pl'ix était inférieur à 1 pese/a. Cl Informé de cette situation, le Sultan (Dieu le glorifie I) éerivit dans toutes les contl'ées pour ordonner aux populations de rétahlir le ehange du douro à 3 mi/qals et quart. Cet ordre, qui fut crié dans les marchés, fut exécuté. Mais les ehoses se retournèrent contl'e les négociants. Ceux-ci tenaient en l'éserve leurs douros et leurs pièces d'une peseta:

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décida qu'il y en aueait dorénavant vingt-quatre par mouzouna, au lieu de quarante-huit 1. 'Moulay IsmaLl qui établit définitivement la dynastie des Filala, était un organisateur et, pendant son long règne, tous ses ('Œorts tendirent à doter son Empire d'une administration.
les flous envnhirent tellement les marchés que toules les Irnnsnctions sc firent. uni(IUelllenl. dam,; celle monnaie, La haisse du doul'O causa nux négociants le mème préjudice que la rareté des flous aux pauvres gens, Ils avaienl acheté leurs marchnndises en doul'Os chers, cl. étaient oblig'és de les vendre en monnnie de cuivre, avec perte, puisqu'en convertis~nnt le douro en cette monnaie ils perdaient la moitié de sa valmll', Les négociants préférèrent conserver leurs marchandises et ne pas vendre, ct alors il fut presque impossible de se fournir du nécessnire. Le Sultnn .~et'ivit une nouvelle lellre pour diminuer de moitié les prix des marchandises et des aliments, alin de rétablir la halanee entre les prix et ln valeur réelle des articles de commerce, Ccs ordres provoquèrent une gl'ande émotion et en Im\llle temps de grandes pel'!es. Dieu ne uoultll pas que la monnaie rellinl à son élal primilir '-'ous avons déjil dit d'où vient le mal; les monnaie:, et le:' pl'ix ne feront qu'augmenter tant que continuel'Ont le:' échanges avec les Européens, s'accroissant cl. diminuant
avce eux.
Il

Depuis ceLle épo([ue, c'esL-ù-dire en trente cl. un ans, la valeur de la monnaie nwroeaine a diminué de jouI' en JOUI', Aujourd'hui, le douro lwssani vaut J.! Illil.qals ct le change de cette monnaie ,nec les monnaies europél'nnes esl ,-enu ajouter eneore aux complications linancières du Maroc, 1. Ki/ab El Istiqça, 1. IV, p, 20, texte, Il n'y a plus aujourd'hui que il nous il la mOllZOlll1a, Ces il nous sonl représenlé:, IHII' deux pièees de Cllivl'e, l'tJlJe grande appelée arbaa /IOIl,> - " /lon:, - qui représente" nous, el. une autre petite qui vaut 2 nous cl 'lui est appelée lmania /IOIlS. La raison de ces contradietions d'une pièce valant le double d'une autre dont le nom indique le douhle de la valeUl' de la premÎ<"re, quoi(lU 'elle n'en vaille elTeetivement que la moitié, pl'ovient de ce qu'aulrefois, comme on l'a vu, la JlJouzouna comprenait 48 nous 'lui étnient représentés par six pil~ces de 8 nous ehacune, Lorsque Moulay Er Reehid déeida 'lue la mOllZOllna ne eom]1rendrait plus que 24 nous, celte monzouna fut l'cpré:,elllée par tJ'()is pièces de 8 nous, Ln mouzouua ayant fini pal' IH] plus comprendre que G /lou:" elle continua il èlre repré:,entée pal' les mèrnes tl'ois ]Jil~ces qui ne v,Jtaient plus que 2 nous l'une, tout en eouse""ant la dénomination de Imania flolls, 8 nous. C'est Moulay El Hasan qui fît l'l'appel', ou plutôt fondl'c, ear les /lous sont fondus, les pii'ees de " nous qui pl'irent le norn de .flrbaa IlollS, conforme ù leur valeur, tandis que la petite pil\ce, qui valait autrefois 8 nous et qui n'en vaut plus aujourd'hui que 2 a conservé son ancienne dénomination de Imallia /IOIlS, 8 nous, quoique sa valeur ne soit plus que du 'fuart de cette som Ille, c'est-ù-dire de 2 /lous. Il a existé (~galernent aulrefois des pii,,'es de 1 fels, que l'on élppelait aussi zalaghi.
Ancn,
~lAnoc,

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ARCIIlVES ;\L\ROCAINES

Parmi les mesures pr'ises pal' lui, il faut l'emar'quet' UU(' tentative de décentralisation qui est assez curieuse. Après avait' reconstruit les Qaçbas de Taourirt et de MesoUI', il y établit des gamisons (l'.\bids ainsi qu'à Taza; il désarma ensuite les tribus d'El "\hlaf, de Sgouna, Beni Iznasen, Angad, El ~Ihaya et Hamyan. Toutes les tribus de cette région reçurent l'indication de la Qaçba où elles devaient appOI'ter leur Z ekat et leur A chour pour l'entretien des Abids et la nourriture de leurs chevaux 1. Le Sultan n'avait laissé à aucune ü'ilm du )Iaghreh ni chevaux ni armes. Seuls en possé(laient les "\bids, Ips Oudaya, les Aït Zemmour, et les Rifains qui faisaient la guerre sainte il Ceuta '2. En désarmant les trihus et en ne laissant des chevaux et des armes (lu'aux tribus Djich, l'intention de ~Ioulay Ismaïl était de fail'e payer par les tribus désarmées, den-nues llaïba, l' entreti en des tt'i bus du Dj ich, les sc ules l'est(;es années. C'dait le point de d(~paI't d'une organisation sérieuse du pays au point de VlI(' administratif comme au point de vue financier. Les Oult~ma protestèrent contre cette organisati on, contrai re, di sai ent-ils, aux prpscri ptions reli gi euses, parce que les musulmans doi vent è tre toujours armés pour la guerre sainte; d'autrp part, les désot'dt'cS qui suivirent la mort de ~Ioulay Ismaïl et les prétentions toujours croissantes (les A bids, devenus de véritables prétoriens, rendirent les réformes inapplicables. Parmi les successelIrs de Moulay Isma'il qui se (lisputaientle trône, Ahoul Hasan ~Ioulay Ali, un des fils, lors de son avènement, recommanda de ne percevoir SUI' les habitanls df' Fès que les Zekals et Achours légaux, et les petitf~S taxes habituelles des Hédiyas iJ. C'est il ce môme Moulay Ali hen Ismaïl, alors dépost~,
1. Ki/ab El Isliqça, tl'3d. Fumey, t. l, p. 82. 2. Ibid., p. IO!). 3. Ibid., p. 189.

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(lue son frère 1Ioulay Abdallah, qu'il était venu visiter il DaI' Ed Debibagh, concéda les revenus des Meks de }Iequinès, qu'il avait choisi comme résidence. D'après ce (lue l'apporte En Naciri dans le Ailab El 18liqça, Sidi }Iohammed ben Abdallah, lors de son avènement en 1171 de l'hégire, commença par prendre possession, en arrivant à Fès, du tl'ésor de son père, le sultan }Joulay .\hdallah, qui sc Il'Ouvait il Dar Ed Dehibagh, ù 3 kilomètres de Fès Ed Djedid. Ce trésor consistait en grande partie en or; il élait contenu dans mille sacoches de cuir filali, que les 1Iarocains appellent S11lcd!. Ces sacoches fel'Iuées contenaient chacune 2,000 (linal·s. Elles étaient portées SUl' les selles de ses chevaux dans les voyages; dès l'arrivée (le l'année au campernent et allssitot que les tentes étaient dl'esséc's, les hommes préposés ;\ ce service enlevaient chacun le sac dont ils avaient la COIIsigne ct le portaient il la qOllhba du Sultan. Au départ, il en était de môme et les sacs ne leuI' étaient remis qu'apri's que leul' contenu avait é((~ compté et pris CH Jlote. Parmi ces biens se trouvaient aussi LOO cistres ~ d'ol" pur semblables il des rondelles de circ, du poids de 11.000 d0l1l'OS chacune. On les portait en voyage sur des lllul(·s, dans des panieL's de chat'g<~ recouveL'ts de lapis que les }Ial'ocains appellent Henabel, serrés avec des cordes; comllle dans chaque panier double on pla(:ait quatre disques, le tout était porté SUI' vingt-cinq mules qui IIwrc!Jaielll
1. Smat. Cc sont ùes sncoches douhles l'eliées enlre elles par deux handes de cuir ou ùe laiJ1(~ (selon que tes smat sont en nlir ou en lainl~! entre lesquelles passe le dossiL~1" de ln selle de telle 1';]("on LIlle les deux sacoc:hes pendent j'uue :J d l'oile, J"autre :J gauche, sur les flanc:s du
dll~vnl.

cire que les l\larocains coulent dans des Illoules pour les vendre, Ces tahlettes, qui ont la forme d(~ petites meules, ont environ 2[, centimètres de ùiamèlre sur 7 d'épaisseur.

2. CÎs/l'e,ç. Le Illot l'ha signifie eX:H'tell1ent meule. Les l'om\elles de Ghl'Î('(/ Eeh Chemilli sont ùes sortes de tahlettes rondes de c:Ïl"e fondue

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devant "Moulay ~\bdallah, et quand la colonne al'rivait au camp, on les déposait dans la tente impériale, dans les mêmes condi tions que les sacs, :\Ioulay .\bdallah ben Ismail considérait comme très prudent de port('(' son argent avec lui partout où il allai t, sans jamais s'en sèpal'er, Dans l'héritage de son père, Sidi }[ohammed trouva aussi 2:2.;) mille douros et enyit'on 20.000 mouzounas 1 minces, de la frappe ({l,'il ayait fait efl'ectuer:2. Quoique l'auteut' de l'Istiqça ne le précise pas, il est proLable que les sommes trouvées par Sid i Mohammed ben Abdallah à Dar Ed Dehibagh après la mort de son père, ne constituaient pas le BitEI:\Ial, mais le trésor de yoyage et l(~ trésor pal'ticulie,' du Sultan . .\insi qu'on le verra plus loin, le Sultan a un (résor personnel indépendant du Bit El il/al; en voyage, le Sultan emporte ayec lui une partif' du Bit El jJ;fal, sous le nom de 111al ça'm (trésor de route). Dans les pério(les troublées telles que celles que traycrsait le :'IJa1'OC il l'époqu(' de Sirli i\hdallah, les Sultans emportaient égalempnt ayec pux leur t)'ésol' particuliel' et Tm']}\(' tout l'argent du Bit El il/al, s'ils le pouvaient.

AlI comrnencmnent du règne de Sidi :\[ohammed ben Abdallah, la question des ri ,'oi ts de mal'ch(\s (Jleks) et d'autres impàts fut souleyée dc nouveau. En Naciri dans le Kitab El !stiqça consacre il cette question un chapitre enliel' qui constituc une vél'Ïtable consultation SUI' ce sujet; la voici: « Lors du séjour ((Ul' le sultan Sirli :\[ohalJllJled ben .\bJ. I\Ionzonnns mince,," C'étaient des petit"s l'ii-cc" (rargent dont il y avait 4 :'1 roukin - ou dirhem (once), ct 40 au mitqa!. Il y a unc trentaine d'années, ccs mouzounas d'nrgcnt étaient encore en cour,,: elle" ont aujourd'hui complNCl\lcnt di"l'aru. Leur v:lIeUl' réelle en !lrgent étant supl~ricul'e :'1 leur valeur rcprésentative, e!les oIlI élll èlccaparées et fondues. 2. Kilab El Istiqça, (l'ad. Fumey, 1. J, p. 273.

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dallah fit dans la capitale de Fès, après son avènement, les habitants de cette ville lui présentèrent leurs doléances au sujet des taxes (IU'ils payaient à son père :\[oulay Ahdallah et fI ui frappaient les balances, comme celles de Sidi Frédj, du lIlal'ché au beurre fondu, du marché aux huiles, etc. Ces laxes formaient un total de 300 mitqals par mois, soit 3.GOO mitqals par an. Lorsque les jurisconsultes de Fès sc rendirent auprès (le lui, le Sultan les entretint de ces taxes et de son désir de haser sur leur t'cloua la décision qu'il prendrait à cc sujet. Ceux-ci déclarèrent que si le Sultan n'avait pas d'argent, il avait le droit de percevoir sur ses sujets les sommes nécessail'es pour payer' la solde de l'armée. Le Sultan les ayant priés de lui dOline!' cetle réponse par écril,ils étahlirent un l'apport qui servit de base au Sultan pOUl' laxer les portes, les IH'Oduits de la terre ct les marchandises. Le très docte professeur Ellâoudi hen Soùda, le lr(~s docte cheikh Abou Abdallah :\lohallllnell ben (,)asem Gl1essons, le maître A]JOu Hafs Omar' El Füsi, le fqih, le jm,jsconsulte Ah ou Zél"d 1\1>derrahman Elmendj!'a, le jurisconsulte ,\!Jou ,\])llallah :\[ohalllllled hen AlJdessadeq Ett!'àhelsi, et le jurisconsulte et qadi .\IJOu :\Iohammed "\hdel(pder Bou Kheris furellt parmi ceu\: qui rédigèrent cc ]'appOl't. « Le jlleks a toujou!'s été ulle soul'ce de calamités dans tous les pays, sous toutes les dynasties et depuis les temps les plus reculés. Il n'est donc pas sans intérêt de rapporter ce que les savants ont écrit à ce sujet. « Voici quelle est en celle matière l'opinion de l'Imam, argument de l'Islam, Ahou Hamed El Ghazzali (Dieu soit satisfait de lui !) dans son livre intitulé Chit'a Elghalil: « La thèse que l'on soutiendra peut-tHre est la suivante: L'imposition du Rharadj et la taxation des immeubles sont une nécessité évidente. Sans clIcs les gouvernements n'ont pas de quoi subvenir àl'entretien de l'armée et ne peuvent ni profiter de son assistance, ni établir la puissance de l'Is-

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lam. Aussi le Rharadj a-t-il existé à toutes les époques, el les souverains, (Iuels que fussent leur politique et leur cal'actère, l'ont tous imposé et n"<mt pas pu .r échapper. C'est que les intéréts spirituels et matériels ne peuvent ô!re défendus avec frui t que pal' un pri nec ohéi, un gouyernement respecté, qui n~unit les éléments épars de la foi, qui assul'e l'autorité de la religion ()t la puretl~ de l'Islam, (l'Ii défend le bien des musulmans ('[ veille il leur prosl)(~rité. Il n'arrive il ce résultat qUl:' pal' l'c)nergie.l'autOl'it<) et l'armée. Celle-ci lui sert à COI Il battre les i ntidè les, il défendre les places fr'(lIltières, il contenir l(~s impies ré\oJIl's ('[ il les elnpêcher de pol'lel' alteinte aux richesses, aux choses sacrl'('S el aux épouses. Elle est la gardienlH' de la religion; ell() préserH~ ses colonnes de la l'uine et ]'('111p(~che de se dissoudn' sous l'ell'('[ de l'inyasion des inlidMes dans les pays I1111sulmans. Elle prot(~g<' le pouyoiJ' teluporel conlre le dl'sordre qui naît de la rl'yolt(, et du pillage suscil("s par les Ilwuvais sujets. Or,1'on sait quC'll('s dépenses considérahles entl'aÎn('ut la noul'I'itul'e des soldats. leur enll'l'tien et cl'lui d(~ leUI'S familles. C>ux-ci ont droit au dixi(~me du Jllltin d du lrihut, mais cela Jl(~ suffit pas le plus souvent à couuir leurs dépenses et il su1JH'nir il tous lem's hesoins. On n(' saurait.Y faire face qu'en taxant les riches. Donc, si yons voulez faire face aux nécessil(;s, vous deH~z admettre que cet imptlt est permis dès que la nécessi té se manifeste. (( Yoici notre 1'(~pOlISe à celte thèse: L'impôt dont il s'agit <'st l('gitime quand il est l'é'clamé pal' la nl~cessil(;. 01', <'n quoi consiste ceUe nécessité? « Nous disons, en premicl' lieu, qu'à l'époque aclllf'll(', le caractère dl' l'impo:oition et son application l'Il font nne pUl'e injustice (lue rien ne l(~gitime. En efl'et, si toulf' leur solde était ,('rsc~e à la plupart d('s soldats et si dIe était répartie également entre tous, elle leur suffirait pendant un certain t<'mps. ~fais combien en ~-t-on YU qni ont pris.

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tIes hahitudes de hien-être et de fainéantise, et qui gaspillent leur super/lu pour s'élever par la popularité et le luxe au-dessus des Chosroès! Dans ces cond itions, comment é\'aluer leurs hesoins, pour calculel' la quotité du Klzal'adj qui doit les entretenil' et les soutenir, puisque tous les riches eux-mêmes sont pauY/'es p,u' l'apport à eux? Mais si nous envisageons l'hypothèse d'un prince ohéi, (pli aurait hesoin (l'augmenter le nOllll)l'e de ses troupes pOUl' forlifier les places J'l'Ontiôres et pl'oléger un royaume agl'ancli et étendu, mais dont le trésor serait vide, et dont les tl'OU[H'S n'auraient ni ce qui leur serait suffisant ni mêllU' ce qui leur sf'l'ait iudispensahle, nous pensons que ce prince devrait imposer aux riches ce (lU'il jugerait suffisant temporairement, en auendant que l'argent revienne au !l'ésol'. Ensuite, il apprC:~ciel'ait l'opportunit(~ de faire rendre cet imput aux produits de la telTe et aux denrées, de façoll que le fait de l'ejeter les charges SUI' une minorité ne pr'ovoquàt pas de mécontentement ni de récriminations. De ceUe façon, le peu deviendrait du superflu, aucun dommage ne sel'ait causé et le résultat proposé serait atteint. » Le cheikh "\hou lIauU'd appuie cette opinion sllr des argullwnts scielltifi(llH'S ('( ph i1osop1J i(PH'S, qu'il seraiUrop long de rapporter. Dans son livre intitulé El illastara, il dit ensuite:
« L'imposition de I(lzal'adj étant une (luestion d'intérêt public, par quel moyen l'établir, dira-t-on: l .Te J'épondrai: par aucun, si les tl'oupes sont dans une gl'andc aisance. ?lIais si elles ne possèdent rien, que le Trésor ne contienne pas de quoi payer la solde des soldats, alors même que ceux-ci ne sont pas licenciés et occupés à gagner de l'argent, et si l'on craint l'illYasion des infidèles dans le pays de l'Isbnl, il est permis au Peinee de faire supporter aux riches les sommes suffisautes pour l'armée. Ensuite, s'il

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le juge possible, il n'y a pas d'inconvénient dans la répartion à imposer uniquement les terres. l'\ous savons, en em~t, qu'en présence de deux maux, il faut écarter' le pire: or, la part payée par les contl'ibuables sera peu de chose en comparaison du danger que courront leurs personnes et leurs biens. Tandis que si le gouvernement de l'Islam est dépourvu d'un Prince, qui pal' sa puissance fasse respecter le bon ordl'e des choses et coupe le mal dans sa racine, c'est la perte du pays et de ses habitants. )) Notre auteur veut dire pal' les riches ceux qui ont la possibilité et les moyens de payer quelque chose sans en souffri l'. Le (lùdi Abou Omal' ben Mançour indique, dans une réponse, que dans l'établissement du H.har([(~j et tIans SOIl application aux tIenrées, il faut ohsener certaines cond itions : '1() Il fant que le Trésor public soit vicIe etqu'il soit néd'avoir des tl'oupes. En effet, si le Trésor est ell mesure d'assumer cette dépense, il n'est pas légal d'imposer quoi que ce soit aux sujets. Le Prophète (que Dieu prie sur lui et lui donne le salut!) a dit: « Celui qui aura étahli le Meles n'entrel'a pas au pal'adis, car il aura fait payer de l'argent injustement; « 2() Le Prince doit employer les fomls d'une faç'on justc~: il lui est interdit de les dépenser pour d'autres que pour les musulmans, de les gaspiller, de les donner à ceux qui n'y ont pas droit, ou de donnel' à quelqu'un plus que sa part; « 3° Il doit haser l'emploi de ces fonds sur l'utilité etles besoins et non s.ur l'arhitraire ou sur l'intérêt (cette troisième condition l'entre dans la seconde) ; « U La taxe doit être imposée à ceux qui sont à même de la payer sans en souf1'rir : ceux (lui ne possèdent rien, ou n'ont que de faihles ressources, doivent en être exempts;
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cessain~

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« 5° L'Imarn doit exercer une vigilance constante, Cal' le moment peut arriver où il n'est plus nécessaire de rien ajouter aux revenus habituels du Trésor. « De mème si le bien public réclame l'assistance COl'POl'elle, ct que les reSSOlll'cel? pécuniaires soient insuffisantes, les gens seront contraints de la fournil' personnellement en vue de l'objet qui la rend nécessaire, mais ù condition que leurs forces le leur permettent, que le bien public la rl~clame ct que ce soit une nécessité. Dieu sait quelle est la véri té 1. ))

Le sultan Sidi Mohammed hen Abdallah qui, comme on l'a vu, s'appuyant sur la consultation écrite des Ouléma, avait rétahli les droits de mal'ché, vendit ceux de Fès pOUl' l'année '117ft au gouverneur de cette ville, El lladj }[olwmmed Es Sefar, pour 12.000 mitqals'2En '1175 de l'hégire, il les lui vendit pour 23.000 mit<raIs 3. L'année '1180 de l'hégi l'e, le sultan Sidi }[ohammed ben Abdallah conclut un traité avec le Danemal'k, Parmi les vingt articles de ce traité, s'en trouve un du plus grand intérèt, c'est celui par lequel il est stipulé <JlH' l'administration des ports marocains cesserait (l'appartenir dorénavant aux négociants danois, en raison de la dissolution de la compagnie (llii avait le mOJloJlOlc des ports; il était stipulé également fjue le consul de cette nation s'engageait à payer 12.500 clouros qui restaient dus de ce fait par les négociants de son pays, d que désormais en aucune façon les ports ne poulTaient retourner entre leurs mains". Il a été impossible de retrouver tl'ace de la convention qui donnait à une compagnie danoise la ferme des ports
1. Kiiab El I.</iqçu, traù. Fumey. t. l, p. 275 el suiv. 2. Ibid., p. 288. 3. Ibid., p. 290. 4. Kitab El Istiqça, tl'ad. Fumer, t. l, p. 310.

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marocains, et cela provient sans doute de ce que cette C011\ vention ayant été passée, non pas avec l'l~tat danois, mais avec une compagnie pal'liculière, elle n'a fait l'objet (l'aucun acte diplomatiq ue. C'est ce qui explique qu'on n'en retrouve aucune tL'ace ni dans les recueils de traités, ni dans l(~s archives diplomatiques, Il est probable d'ailleurs que le :\lal'oc n'aurait pas consenti à cette époque éloign(;(', plus que de nos jours, il donner la fel'Ine de ses doualws il un gouvernement étranger, tandis qu'il na pas tl'OUV('~ d' incon \'(~ni ents il afl'erme L' celte percep [ion il unc cOlllpagnie dl' comIllcn:ants, dont la présence et le fondj()III\C'nwnt n'avaient aucune portée politique et n\'taienl pas de llalul'C il exciter les susccptibilit(:s el le fanatisllle d('s populations. Il est illh'~I'essanl de constalcr qu'il y a celll cinquante ans,a dl"~ supprilllé définilin'm('rd au.\Iaroc le l'el'Iuage des doualll',s aux EUl'op("ens el q U(', pal' consé(lllent, avanl ccll(' époqu('I('s dOllarH's l('lll' dai('nt all'el'lnées. Dans 1'illtl'oductiou!listOl'ique de l'ollvl'age de ~Ias Latrie: Truités de paix et de commerce et Documents divers

conccrnant les ,'clations des chrétiens auec les Arabes de l'A(rÏrjue septentrionale au moyen-âge, on IL'OUH' page 20'1, chapi ll'c J V: De la perception el des (ermages des droits de douane, le passage suivant qui indi(l'le que le fermage'
d('s dl'oits de douane aux chl'éticns était fl'équcnt dans Jcs ]::tats IlIusldlllHns d(' L\fl'iquc septentL'ionale: « La perception des ([l'oits avait lieu, natltrelleuH'nt, dans l'ol'dl'e ordinaiL'e et habituel, pal' des agents lILusulm~IIIS <'l SOlts la slll'\'eillance d'aO'ellls IlIIlSulJlJalls . .\lais il n ('sI cel'Iain CJuc, pal' suile dc fCl'llIag(~s et d';lITHJlgelllcnts parliculi('l's ill/el'venus entl'C' les sultans et quelques nations eUL'oIH"cIlIH's, les elu'l'tiens ont cu sou n'Ill [l' droil de s'ocCUJH'I' eUX-lIl(\lIles de la l'ecelle d('s dl'oits dus au tl'l'sor arahc el illlèrôt ilIa sUI'\·eil1er. ))

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Le fermage des droits de douane à des chrétiens n'est <railleurs pas en contradiction avec la loi religieuse. Ces droits de douane qui ne sont pas autre chose qu'une dîme, prélevée sur les marchandises apportées par les chrétiens, sont considérés comme des revenus purs et légitimes et sont versés au Bit El Mal. Pour simplifier les opérations de la perception de celte dime, et surtout pOUl' éviter l('s détournements dont les agents musulmans sont coutumiers,1e Sultan peut vendre, mème il des chrétiens, la ferme de cette perCl'ptioIl, puisqu'elle est faite sur des marchandises importées pal' ces mèmes chrétiens. Pour ètre tout il fait réguliôre et écarter toute idée d'arrangements particuliers qui ne sauraient <~tre pris sur des sommes destinées au Bit El il1al, cetle veute aurait dù êtr'e faite aux euchôres publiques . .A cause <lu fait nll\me que les dL'oits <le douane constituent une dîme versée au Bi! El J1al, le dToit <jllC' p<'ut avoir le Sultan <l'engager ces recel tes pOUl' garantir un empl'LlIlt, COlllUl(~ ra fait .\[oulay Abd EI.\.ziz ell 1904, pal,lÎt plus contestaIJle.lJ'autl'cpart, le fait que les Ouh'nJa lI'ont pas pro!est(~ contre L'etlf' IlleSlll'e et qu'ils ont tl'Omé dans la nécessit(~ les moyens de la rendre régulière, permet de su pposer qu'en s' ap puyant su l' le même argument, ils peuvent autoriser les lIlesures que les circonstances et l'état du pays rendent indispensables. Le sultan ~Ioulay Slilllan, en montant sur le trône, (1206 IL) aholit les Jl1eks, c'est-ù-dire les droits des portes, les droits de marchés, les droits sur les peaux et le tabac. Sous le règne dl' Sidi ~lohalllllled IJI'Jl i\lJdallah, les Meks n'étaient pas per~'us pal' les agents du Makhzen, lllais yel1<lus il des pal'ticllliel's, SOI\S la l'l'spollsahilité des gouycl'lleurs des villes eL des trihus l . Cette garantie exig(~c
1. Ki/ab El lsliqça, trad. Fume~', t. II. p. H7,

2H

ARCIlIVES l\IAROCAI:'!ES

des gouverneurs avaitpour hut, d'une part, <l'empêcher leur complicité avec les acheteurs des meks pour fraudeL' ou pour fruster le TrésoL', (l'autre part, d'ohliger' ces goU\-erneurs il veiller il ce que les fermie!'s des meks ofl'rent les garanties nécessaires, et enfin de leur donner, le cas échéant, les movens de coerci lion nécessai r'esl>oUl' hl iQ'er les fe L'miers ft paye!'. La rente des diil'érents illeks produisait, sous le règne de Sidi ~[ohammed hen ~\hdallah, 500,000 mitqals par ail, c'esl-il-dire, au taux du douro il celte époflue, environ:2 lIlillions 500.000 francs. Cette somme « servait il payer ks dépenses de costumes, de selles, d'armes, de couture, pour les soldaIs, les dépenses pour les délégations des tl'ihus et POIlI' les hù[('s, la mouna des troupes, l'ent!'elien des maisons du Sultan et de tous ses gens. Ce meks suffisait pOUL' raire face il tontes les d{~pellses dn gfHlH~rnelllent et on ne versait au Trésor que l'aL'gent des pOI'ls, L\chou!' des lrijms. Ce Sultan juste (lIoulay Sliman) renonça il ces revenus et Dieu ks lui rempla(:a pal' de plus grands, pl'ovenant seulement de Sources légitimes, comme L\chour et la Zekat des tL'ihus, la Zekat lwr~'lle SUl' les hiens des marchands, l'Achour pris aux marchands chrétiens et aux juifs dans les POL'ts 1. » La pel'ception des Meks fut donc supprimée pendant tout le règne de "'Ioulay Sliman.
~

°

CI

Au commencement de son règne, ~Ioulay Ahd El' nahman ne rétahlit pas cet impùt, mais la pérnll'ie d'argent où se tl'ouvait le TrésOt, après les événements d'Algérie et la bataille d'Isly, l'ohligè'~ent il y avoir l'l'COU L'S, et les meks furent rétahlis en 12t)() de l'hégire (18GO de .J.-C,). D'après le /(itab El /stiqça, ce sultan commen<:a il percevoir le droit SUI' les peaux, par l'intermédiaire (le El
1. Ki/ab El lsliqça, trad. Furncy. t. Il, p. !Jï.

L'ORGANISATION DES FINANCES AU ~IAHOC

215

'\Iostafa Ed Doukkali Er l1ebati et de El .\Iekki El Qabbadj El Fasi 1. Non seulement .\Ioulay Abd El' Hahman fit percevoir le meks sur les IH'aux, mais il prit pOUl' lui le monopole de cc COHlntel'CC qui était considérahle, ct ses deux agents, El '\Iostafa Ed Doukkali et Qahbadj, firent tous les deux une fortune considérahle dans cette affaire. Ils avaient eux-Ulémes dans toutes les villes des agents chal'gés d'acheter loutes les IH'aux. Ce marché étant Ull monopole du ~Iakhzen, ou plus exactement du Sultan lui-méme, et Ips gens ne pouvant vendre les [lpaux à personne autre qu'aux agents du Sullan, (~taient dans l'ohligation de les leu/' vPIHll'e; il est aisé de cOlupreu(lre que ces agents pouvaient achete/'les cui/'s à très bon compte, El j\Joslafa Eel Doukkali ct El .\Iekki El Qahhadj avaient passé des contrats avec des maisons (le commerce européennes pour leur fournir les cuirs, ct le sultan j\Joulay Ahd Er Ilahman réalisa, grâce à ce monopole, des hénéfices trèsimportanls. Le monopole du .\Iakhzeu sur le comllle/'ce des peaux ne fut supprimé que sous le n\gne de Sidi "Mohammed. 'C'est également sous lel'ègne de.\Ioulay Ahd Er Hahman, après la hataille d'Isly, que fut étahli l'impot, pe/'çu uniquement il Fès, sous le nom de AchoLlI' El Fondaq En Nejjw'ùz , du nom de l'endroit où siègent les Oumanas chargés de ~ prélever cet impôt:Z. En 1877, après la guerre de Tétouan, le sultan Sidi "Mohamined réta])lit l'impôt du deoit dcs portes, que les chrétiens seuls ne devaient pas payer. A l'avènement du ;;ullan.\Ioulay El lla;;all, en 1290, de grandes difficultés sc prod uisi l'ent'ù Fès il propos des Meks, Les faits sont relatés Cil entier dans le Kitab El Istiqça, traduction Fumey, page 279, tome II.
1. Ili/ab Ellsliqça, t. If, p, 183, 2. Voir Arc/lives marocaines, t. II,

,
a

les Impôls marocams

H.

216

ARCHIVES i\IAROCAINES

Après être arrivé à Fès, en 1291, ~Ioulay El Hasan chargea l'Amin El Moustafad Aluned hen Cheqroun d'organiser la perception des taxes qui étaient payées aux pOl'tes et sur les marchés de Fès du vivant de son père. Après une nouvelle lutte contre les tanneurs, qui est l'acontée dans la traduction de l'Isliqça (t. II, p. 391), les il/eks furent maintenus. ~ En 1296, ~\roulay El Hasan nomma Amin El Oumana Si Mohammed El Hadj Mohammed Et Tazi et lui confia l'administration de tous les l'e\(~nus du ~raghreh, impôts, POI'ts, mouslafad, ainsi que des d(:'penses qui en découlent '. L'organisation financière du Maroc était donc COIIIpIètement centl'alisée. En 129S dn l'hégire (1880 (le J.-C.) fut signé le traité de Madrid, dont les al'ticlns 12 et 13 ollligent les nationaux ('[ l(~s pro tégés é tl'ange l'S à payer les d mi ts des portes et les autres meks, ainsi que les impots ag,'icoles. En application de ces denx aJ,tides, un règlement (T('I,tih) fut étahli à Tanger le 30 mars 1S81, d'accord cnU'e les l'epl'I'~S(mtants du Sultan et ceux des puissances~. Dnvant les difficult(',s de toutes sortes que pr(~:'H'nle la perception des dl'Oits des pol'les, ~\[oulay El Hasan supprima cet inlpM en 130:) de l'hégire (1885 .J.-C.), mais il maintint tous les autl'es jlleks. Enl:W/t de l'hégil~e (t88G J.-C.) ~IouIay El Hasan supprima également le d l'oit de régie rÇaka) SUl' le tahac indigène, le Kif et l'opium. c'u cOlnmencenwnt du règne de ~Ioulay "'hll EL\ziz, sous la r('w~nce du gl'and vizil' .\IIIII(~d hen ~Iousa (Ha c\IUl[(~d) cn 1316 flég. (IS9n .l.-C.), I(~ dl'Oit des pot'tes (!lafer) ct la l'('~gje (Ç~lka) furent rétahlis et on promulgua un nou1. [{ilab El ISiiqça, traù. Fumcy, t. II, p. il22. 2. Voir Archives marocaines, L l, « les Irnpùts marocains

n.

L'ORGANISATION DES FINANCES AU MAROC

217

veau règlement sur les droits des marchés (JVeks). Tous ces nouveaux règlements furent établis, d'accord avec les représentants des puissances il Tanger, pal' le Hadj Abd El Kerim Reicha, délégué spécial du Sultan il cet effet. En J90;), un nouveau règlement (tertib), relatif au paiement de l'impôt agricole tant pal' les sujets marocains que pal' les élTangers et par les protégés, a été accepté pal' le Coi'ps diplomatique il Tanger. .hIS([U'!t présent, d'ailleurs, ee tel'tih n'a pas été mis en pratique plus que ne l'avait été celui de J881. En 190ft, pOUl' la première fois, le ~Iaroc a contraclé un empnlllt d'J~tat et engagé pour G2 millions et demi les 60 p. HW des revenus de ses douanes. Enfin, en 190G, l'acte d'Algésiras a tenté de donner aux finances marocaines une organisation nouvelle, pal' la création d'une hanque d'État ([ui fait entl'cI' le ~raroc dans le réo'inw <les avances et du crédit. La facon dont les fonds b • avancés pal' l'emprunt de 190fl ont disparu sans aucun profi t pour rÉ tat marocain démon tl'e la nécessi té pou l' l~ ~Iaroc d'une véritable tutelle au point de vue financIer.

Le:\Iaroc pouvai t s'ad mi ni sll'cr financièrcmen tlui-ml'me, tant qu'il n'était pas en rapport financier avec l'extérieur. Sa monnaie, conforme à r état du pays, conservai t sa valeur ahsolue. Elle devait la perdre du jour où clIc entnlit cn comparaison avec la monnaie des pays de prod uctioll et où ceUe monnaie étrangère pénétrait au ~raroc pOUl' .Y acheter les produits marocains. Aujourd'hui, la pénurie financiè~l'() causée au ~raroc pal' cet état de choses, rayant entraîné il engager ses revenus, non pour augmenter sa production ou améliorer son état, mais simplement pour prolonger son existence, le moment ne tardera pas à arrive}>, si ces revenus ne sont pas accrus par une administration nou-

~18

ARCHIVES MAROCAINES

velle, où les recettes de l'ancienne organisation seront complètement ahsorhées par le paiernent des intérêts des emprunts.

Le sultan Moulay El Hasan avait essaye'- de luttpr contre la dépréciation de la monnaie locale et fait frapper en Europ(' une monnaie d'argent établie comme les nionnaies étl'angôres SlU' le système décimal. Il aYait fait fr'apper des pièces de l douro (5 pesetas'), 1 (lemi-doum, 1 quart de doUl'o, de 2 réaux (0,30 c/s) et 1 réal (0,55 c/s). ~Iais les indigônes ont immé(liatement appliqué il cette monnaie nouvelle leur système monétaire de mitqals et d'oukia, qui dans cette application a subi une nouvelle dépréciation. En 12911 de l'hégire le douro valait 3 mitqals et 5 onces; en 1310, le lm'me douro valait il Fès 1h mitqals; il El Q~~~u' El Kehir, '13; à Tanger, 12 mitqals et 5 onces. Le sultan ~Ioulay Ahd El ~\ziz fit également frapper- eu Europe des pièces de monnaie pareilles à celles qu'avait fait fl'apper son père. Toute cette monnaie, quoique basée SUi' le sys tème déci mal, fut l'amenée pal' r usag(' indi gène au système des mitqals et des oukia, et le taux officiel du douro hassani dans tout le ~Iaroc fut fixé à 1ft mitqals. Pal' une anomalie singuliôl'e, l'administration des fînances marocaines, jusqu'à ces dernières années, avait conservé au douro, pour la perception des impôts, son ancienne valeul' de 35 onces, ou ;~ mitqals et demi, tandis qlle pour les sommes ([ui sortaient du Trésor il était attribué au même douro la valeur de 1l! mitqals ou taO onces; c'està dire qu'il se produisait, entre une même somlne en mitqals entrée et sMtie du Trésor, une difl'él'ence eO'ectiv(~ (le plus des li'ois quarts de cette somme. Il semble que l'on puisse trouve/' là une nouvelle raison de la ruine des nnances marocaines. En 190;~, le sultan :Xloulay Abd El "\ziz fit frapI)('r ('n FI'~mce,

L'ORGANISATION DES FINANCES AU MAROC

21!)

en c\ngleterre et en Allemagne, de la monnaIe de hI'onze pour remplacer les anciens flous, Cette nouvelle monnaie de billon comprenait 4 types de pièces, marquées 1, 2, 5 et 10. Lorsqu'elle a été mise en circulation, au lieu d'être considérée comme divisionnai['e de la monnaie d'argent au point de vue décimal, cette monnaie de bronze s'est Vil attrilHler par les indigènes une valeur arbitl'aire qui la faisait rcntl'cr dans le système monétaire du pays. Les pièces lnarquécs 1 ont été appelées mouzouna; celles marquées, 2, oujeïn, celles marquées 5 klzamsaoujou; celles marquées 10 aclzra oujou ; on en a fait des oukia et des mitqals et on a continué ù s'en servir ~omme des anciens flous. Le pl~emier résultat a ét(j de faire perdre ù cette monnaie de hillon 12 p. 100 de la valeur qu'elle aurait eue avec le système décimal. D'après le système décimal, en efret, la pièce nlarfluée 1 valant 1 centime, il en fallait 500 pour 1 douro, tandis qu'en le comptant pour une mouzouna, ù 14 mitqals le douro, il en fallait 560. De plus, une monnaie divisionnaire de bronze ne saurait être utilisée (pte pOUl' les petites transactions de détail et pour des sommes ne dépassant pas un douro au maximum. ;\u lieu de cela, la grande quantité de cette monnaie jetée sur le marché de Fès, et les spéculations des négociants de cette ville, qui achetaient au rabais la monnaie de hronze dans les ports, causèrent une véritable pléthore de cette monnaie ù Fès. Celte spéculation d'agiotage étai t basée SUI' ceci, que non seulement la monnaic de billon a, comme on ra vu, perdu 12 p. 100 de la valeur qu'elle aurait eue avec le système décimal, mais qu'il s'est établi une différence entre la valeur en milqals du douro argent ct du douro cuin'c. Le douro a commencé par avoir une valeur uniforme de "4 mitqals, puis cette valeur a été uniquement attribuée au douro argent, tandis qu'en monnaie de hillon cette YaARCH. MAROC.

15

220

AnC/IlVES lIL\llOCAIXES

lem', suiyant les localités, yariait de 'If! il 20 lllitqals. Pendant longtelllps, le douro CUi\Te ilFôs s'est maintenu il 15 et il iG lllitqals tandis que, dans les ports, il a rapillenwut atteint 18 mitqals. Des H{'gociants de Fès CH ont alOl's acheté de grandes quantités qu'ils faisaient yenir de Tanger et des autres ports, ainsi que d'El Qçar. Le résultat de ces manŒ'U\TeS ne s'est pas fait aUen<!n' : la valeur de la mOlUJail' lIe hillon a suhitement baissé SUI' le marché de Fès, qui en était encomhré, de telle fa~'on llue les transactions ont été presqU(> arrêtées. Un souli'yemeut populaire étant il craindre, le :\fakhzen décida dt' l'e[H't'ndre la monJlaie de' hillon avec mIe perte de 20 p, 100, c'pst-il-dire de racheter 5 pesetas de cuiYl'e l1lOYPJlHant fi pesetas d'argent. Ce système fut mis en p,'atique pOUl' les petitl"S SOlllllH'S. POUl' les sOlllllles plus importantes, les Oumana chargés de l'opérai ion rece\'aient des int<'~l'essés les SOllllues de nlOllllaie de hronze et leu]' donnaient en échange un bon qui fut payé plus tard, padie ('11 argent, partie en cuivre, La consèqllenC(~ natul'C'lle d(~ c('tte combinaison a été de dépnjcier davanlage elH'Ol'e la mOlllwie de hillon (lui circul(· aujounl'hui pour la moitié de sa yaleur, et d'après le sysU~me mOJl(~tail'(~ indigène; c'esl-II-<lire que la pièce lIlal'quée 10 yaut ;) mOUZOUJHIS au lie Il de' yaloir 10 centimes et ainsi de suite, ce qui fait qu'il faut LJ20 pièces nUIl'(luées '1 pour faire Ull douro, tandis que, d'ap"ès le système décilIlal qui a sel'vi de hase il l'émission de ces pièces, il n'l'n faudrait lille 500 pour faire la lll(~me somme. La nouvelle monnaie de billon a suhi ulle dépréciation de 112 p. 100 ail ~\Iaroc llll~me, et dl' plus elle n'a COllI'S lflw dans l('s \'jlll's, sauf Tangel' où pUe lI'est acceptée pm' personne. Dans les campagnes, l'Ile est ahsolmllpnt rC'fusée el lÙt aucune valem'. Celle étude lle la mOIl!Wle lllal'OCaUH" en dehol's du

L'ORGANIS.\TIO:'/ DES FI:-lANCES AU MAHoe

221

change, était, on s'en l'end compte, nécessaire ayant l'examen des différents services de l'organisation financière actuelle du :Maroc.

IV
ORGANISATION ACTUELLE

a) Revenus.
Les revenus du gouvernement marocain se partagent avant tout en deux catégories: 1 Ceux qui proviennent de l'aumône religieuse (Zekat ct Achour) ; De la Hediya (dons faits aux grandes fètes religieuses) ; De la Djezya (tribut payé pal' les Juifs) ; Des douanes; Du lh'oit de Naïba l; Des impôts extraordinaires (Qnalar) prélevés sur les trÎhus généralement insoumises, des amendes et du produit des loyers des propriétés du l\Iakhzen, des il1aglzarcm, du hutin sur les tri]ms vaincues 2; Du produit des saisies opérées sur un fonctionnaire arrêté ou après sa mort;
0

1. Autrefois le KlHlI'arlj, impôt SUI' les terres conquises. Cel impôl a été, comme on l'a vu, relllplacé par la Naïba. 2. Il est inutile de compter aujourd'hui, dans les revenus du Bil El Mal, le cinquième du butin fait SUl' le,.; intidMes, ou les tl'ihuts payé,.; pal' le,.; nations ehl'étiennes, le,.; conditions d'exbtence du Maroe ne lui pCI'mellant plus de réalber du butin ni de pereevoir des tributs SU)' les nations chrétiennes. Le Danemark, la Suède et la Norvège payaient encore tribut [lU Maroc jusque vers le milieu du dix-neuvième siècle. Ce n'est qu'après la bataille d'Isly (lue les derniers tributs payés pal' les nallOns européennes ont définitivement disparu.

222

ARCflIVES MAROCAINES

Des successions vacantes, et de la part accordée par la loi au Trésor dans les successions qui ne sont pas entièrement absorbées pal' les héritiers directs 1. Tous ces revenus dont les sources sont conformes aux prescriptions de la loi religieuse et sont, pal' consécluelit, h'lal (J>b-) licites, sont vel'sés dans le Bit El Mal El i11011S-

limin, le trésor des musulmans.
2" Les produits des
~Ieks,

à savoir:

Les droits de marchés qui sont: marchés aux chevaux, mules, ànes, cha Droits à payer par ( Iueaux. les sujets maro- , marchés aux hestiaux. cains, protégés marchés aux fruits secs (Souq El Faqia). ou non,etpar les marchés des peaux fraîches, bœufs, mouétrangers. tons, chèvres (SouC[ El Djeld).
'1/

. 1)rOlts à. payer par

marchés marchés les SUjets maro- \ marchés 1 cains non proté- J marchés gés seulement. , marchés ! marchés

aux cuÏt's tannés. aux haïks. aux bahouches. aux légumes et aux frults. au charbon de bois. des poutres ct pièces de bois.

Les droits des portes '2. La régie (Çaka) (tabac, kif, opium:)). Le Fondaq En Nejjarin il Fès ". La régie du soufre ;). -+1. Voir Archives marocaines, t. l, 2. Ibid., p. 9l. 3. Ibid., p. 95. 4. Ibid., p. 65.
«

les Impùts mal'Ocains ".

5. Régie du :soufre. Ce monopole ne flgmc dans aucune des conven-

L'ORGANISATION DES l'INANCES AU MAROC

223

Tous les fonds provenant des Meks recueillis dans chaque ville par un Amin El lVIoustafad sont versés à Fès à Dar Adyil J, soit direclmnent, soit parl'intermédiaire des Oumanas des ports. Il y a donc deux Trésors: l'un, le Bit El Mal, où sont vE'l'sées toutes les sonlllles provenant des charges conformes aux prescriptions religieuses. L'autre Dar Adyil où sont versés les revenus provenant des Meks, c'est-à-dire des contribulions administrati\'(~s, qui non seulement n'ont aucun caractère religieux, nwis qui, ainsi (lu'on l'a \Tl précédemment, sont plutôt interdites par les pl'cscriptions religieuses, sauf dans le cas où le Bit El .~lal serait vide, et qui sont alors aulorisées, à litre eXll'aordinaire et provisoire. Outre ces deux trésors puhlics, il ya encore le trésor particulier du Sultan (El Bit El Mal Ed Daklzli) qui constitue la fortune personnelle du Sultan et ne se raltache pas à l'administration des finances. Il en sera parlé plus tard.
h) Le Ministre des Finances,

Les Finances sont administrées par l'Guzir El MalLa
tions, ni dans aucun des ri'glements relatifs aux impôts passés d'accord avec les Puissances, Le Gouvemement marocain s'en est réservé l'exploi. tation pour lui-méme. 1. Dar Adyil. L'administration eentrale des Meks était autrefois à F(\s au Fondaq En Nejjarin, où se trouve aujourd'hui le bureau de l'Amin chargé de la perception du Moit d'octroi spécial à la ville de Fès, appelé Achar El Fondaq En Nejjarin (voir, au sujet de ce droit, Archives marocaines, t. l, " les Impôts marocains n, p. 65), L'Amin chargé de l'administration des MelŒ était pris généralement dans la famille Advil. Le sultan Sidi Mohammed ben Abdallah, vers le milieu du dix-huidème siècle (douzième siècle de J'hégü'e), fit al'rêler J'Amin El Hadj El Khayyal Adyil ct ses frères pour les obliger à lui payer des sommes d'argent provenant de l'administration des Meks et dont une partie était due par leur père. Leur maison fut saisie par le Sultan ct J'administration des Meks y fut transportée, Elle conserve encore aujourd'hui le nom de Dar Adyil (maison Adyil).

2~4

ARCIIIVES

~IAnOCAI:\'ES

(ministre des Finances), (lui est aujourd'hui Si ".\Iohammed Ech Cheikh bel Hadj Ahd El Kerim Et Tazi, fils d'un ancien amin du Beniqal Es S:tyal' il .\[a['I'akech, lequel étai t grand ami de Si ".\Iousa, père du grand vizir Ba "\hmed. La charg<~ ct le titre de Ollzil' El Jfalia sont de création )'écente. Il n'y avait auparavaJlt qu'un Amin Ed Dak!ze!, administ['ateur' des l'l'celtes; un Amin El K!zal'adj, adlllinistr~teur des d{)penses, et un Amin El Ollmana, adlllinistrateur des adlllinistl'ateurs, qui a,'ait sous sa directiou les OUlllana (administrateur's) des douanes, et les OllmWl([ El Jlo11s!a(ad, administrateu['s des l'('celtes des Meks. Cd Amin El Ollmana n'avait pas de uenùj([ (hUl'eau) au Dar El .\lakhzen d n'avait pas rang de vizil'. Le premier /tmin El Oll1nana (lui ait eu un hureau au Dar El '\[:Jkhzen est Si .\[ohall.lllu'd hel Hadj .\Iohauuned Jllo11k!za Et Tazi, auquel, en 12Dti de l'h(;gil'(" le sultan '\[oulav El Hasan donna l'administl'ation d(~ tous les J'('n'lIus du '\[aroc, imp<Jls, pOl'ts, uloustafad, ainsi que cdk des (l(~pen­ ses. Il avait (lonc tous les pouvoirs d'uu ministre des Finances, A sa mort, il fut r('mpla('(") pal' son frèl'e Si c\hd Es Selam MOllk!za Et Tazi (lui, il la mmt du gran(l vizil' Ahmed hen .\Iousa (Ba c\hmed), demanda il aller en pèlerinage il la .\[eeque, ce qui lui fut accol'dé. Il fut relnpla('(", par le minisU'e des Finauces acL.ud, Si .\Iohammc(l Ecll Cheikh Et Tazi, qui n'est pas son parent, ct qui prit le premier le titre de Ollzil' El ilfalia, ministre des Finances. Sa cupidité et son incapacit{, notoi ['es ont certainemellt aidé les circonstances il aclwvel' la l'uine des finanu's nlal'OCllnes. Le ministre des Finances a 20 douros pal' jour d'appointements; son hureau (heni(la) au .\Iechoual' de Fès se trouve il main gauche en entrant, en face de la porte qni donne accès dans l'intérieur du palais. Il a quinze secr{'tail'(~s et un jlfec!zaOlll'i (huissier).

L'ORGANISATION DES FINAj'\CES AU MAROC

~2i;

c)

Le Bil El Mal.

Le Bit El j'vIal El ilfollslimin est la l"(":,wn'e de l'Islam, <;'est le tl'ésor qui ne doit être employé qu'à la guerl't~ sainte et ù l'agrandissement du tel'l'itoil'e de l'Islam. Dans la [lratiflue, cet al'w~nt est f'mployé aujoul'd'hui à des usages plus frivoles et le trésor en ('st si mal adlllinislT(" <Fl'il est vide, Le Bit El Mal se tl'ouve au palais, ù Fôs Ed Djedid, ('Il <mtl'ant, après le vieux ",[(~chouaI' ù dl'oite. Il est fel'll[('~ extt'I'ieurement pal' une épaisse portE' de hais recouv('rte df' plaques de fer hlarlC, qui a (luatl'c sc ITUl'es. L' ouve 1'ture du Bil El Jlal donne lieu ù 1IIH' vél'itahle cérémonie, Pal' SUl'CI'OÎt (le précautions, pel'sonnc ne ]Jeut oUYl'ir seul El Bit El cl/al, et ses quatl'e clefs dill'él'C'nt('s sont cha('nJl(~ entre les mains d'ull fonctionnail'ü difl'érellL L;ue clef est entre les mains du Hacha El Bachil', ni'gre, ancien escla\'l~ et SllCCeSSeul' (lu Hacha Faradji, gouverneur de Fôs Ed Djedid et BOlwb, pOl'tier, du DaI' El ",Iakhzen; lme ('nITe les mains de Ba MOIII'jilll, chef des eunu'ques; une entl'e les mains de L\min Ed Dakhcl El Ouridi Bennouna, et une entl'lê celles de L\min El Hit El .\Ial. Chacull de ces !H'rSonnages ()llVl'('la sel'l'ure qui correspond ù la def dont il est porteul', De plus, la pl'éselH'ü de deux .\douls est toujolll'" l'f~quise pour oll\'I'ir la porte du Bit El Mal. La pOl'te extél'ieUl'(~ ouverte, on pénètre dans une Pl'('mit're salle appelée El Qaolls, dout il sera IHlI'l(~ [llus loin et qui constitlw l'antichambl'e du Bit El illal proprenH'ut dit. Les lm\.mes defs sel'vcnt il ouvrir la pOl'te du Bit El .1I'lal lui-môme. "\prôs avoir ollvert cette pol'te, on entre dans une deuxième pwce, où se troU"ent q uatl'ü portes qui g'OUV1'ent chacune avec une des (luatl'e clefs, et qui ferment quatre magasins.

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ARCHIVES MAROCAINES

Dans trois de ces magasins se l'enferment, en principe, les caisses d'or et d'argent qui constituent le Trésor; la quatrième porte est celle d'un quatrième magasin où serait entassée, dit-on, depuis des siècles, une grande quantité d'armes, piques, sabres, poignards, fusils il pierre. Toutes ces armes auraient été, pour la plupart, fabriquées dans le Sous, et les canons des fusils seraient si merveilleusement trempés qu'ils porteraient la halle aussi loin que les meil1eUl's fusils modernes fabriqués en Europe. -:\IalheUl'eusement, disent les indigènes, toutes ces excellentes armes sont négligées et perdues par la rouille. On a vu quels sont les revenus versés au Bit El -:\[al. Yoici comment les versements sont faits: Les fonds provenant des douanes sont envoyés directement il l'Amin Ed Dakhel par les Oumana des différentes douanes. D'autre part, ces douanes payent SUI' place différentes dépenses. Certaines de ces dépenses sont prévues et n'exigent pas d'autorisation spéciale. Ce sont, par exemple, les appointements du personnel des douanes, des gardes-magasins, des harcassiers, de l'équipage des remorqueurs il vapeur, et il Tanger, particulièrement, les dépenses alTérentes au personnel et il l'entretien des hàtiments appartenant au Sultan, Et Turki 1 et Es Saïdi~. Les douanes de chaque ville payent également les troupes de cette ville.
1. Le TUl'lii est un bùtiment de construction allemande, sur lequel la Société Krupp avait envoyé au Sultan une commande de canon,.;. Les agenb de cette Société ont pel'su:Jdé au gouvernement marocain que le bâtiment lui-méme lui serait très utile; il a été acheté, et navigue sous le commandement d'un Allemand. 2. Ancien Djibal Kebil' de la Société Bland Line, de Gibraltar. Et Tul'ki et E., Saïdi sont armés de quelques canons ,.;ur le pont. Es Saïdi est également commandé par un Allemand. A Tanger ,.;e trouvent également trois petits remorqueurs: A:izi, Hasani, Telaouni; à Larache, un fort remor<lueur qui fait quelquefois des transports pour le compte du gouvernement marocain.

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Les dépenses extraordinaires que les douanes peuvent avoir il payer, telles que mounas accordées pal' le Sultan il certains personnages pOUl' leur faciliter leur voyage il la ~Iecque, indemnités accordées, emprunts particuliers il remhourser ou sommes il payer pour des fournitures, etc., et toutes les dépenses qui ne font pas partie des pré\'isions, ne peu \'ent (\t1'e faites que sur présentation aux administrateurs de la douane d'un hon émanant du ministl'e des Finances. Ce qui l'este d'argent, une fois les dépenses payées, est envoyé au Bit El Mal. Il est éyillent que depuis l'emprunt de HlOli (62 millions et demi) dont l'intérèt est garanti pal' l'engagement des (l0 p. tOO des renmus des douanes, l'importance des sommes en\'oyées par les douanes au Bit EilVal a considérahlement diminué. L'Achoul' SUI' les récoltes est versé en nature pal' les trihus des cllyil'ons de Fès dans des magasins connus sous le nom de El Héri de Boudjelaud. Ces magasins sont administrés par un Amin particulier qui relève du ministre des Finances. Pour les autres trihus, l'Achour était également n'l'sé en nature, autrefois, dans les diil'érentes villes de l'Empire, où des quantités de céréales, complètement hors d'usage, remplissent encore les silos du Makhzen de leur poussière. Ces trihus yel'sent aujourd'hui la valeur de cet achour en argent aux: admi nistl'ateul's des douanes des difl'érents ports, qui le font parvenir au Bit El Mal. La perception de cet Achour donne lieu, comme toutes les perceptions d'impôts au l\Iaroc, il de nomhreux abus. Les Oumana spéciaux, chargés de fixer l'achour de chacun, et appelés El Kharaça (chargés de l'évaluation),achètent leurs fonctions et cherchent naturellement à rentrer dans leurs fonds et à réaliser un bénéfice. L'Achour qui êst non seulement une obligation reli-

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gieuse, mais une des conditions de l'état de musulman et dont l'évaluation doit être livrée il la conscience de cha(~url, est devenu un impôt, et Ulll' sOUl'ce de héndices pOlll' ceux (lui sont chargés de le recueillir. La hase de l'appréciation du dixième de la rl~colte pal' le:-;K!zaraça est, d'ailleurs, ahsolument fansse. En eH'et, ces Ol/mana He s(~ présentent qn'aprés qlW la récolte est dépiquée et rentrée et ils e:-;timent l'importancc de cette récolte d'aprl's le:-; dimensions d(':-; meules de paille qui restent après le dépiq uage. l"ne :-;emhlahl(' appl'(~ciation ne peut être qu'absolument arbitraire et il en résulte entre les cultivateurs et les pel'cept('urs des a1'nlIlgements et des comprolni:-; daus le:-;(lue!:-; ils tl'ouvent tous les deux leur avantage et qui ne li'sent que Je:-; intél'èts du Tré:-;or. C('UX qui se refusent ;\ entl'el' en arrangenH'nt avec les IOzaraça \'(Jiellt naturellement kUI' récoltf' taxée bien au-dessus de sa valeur. LesA!zel1'aça rcmettent;\ cha(plc cultivateur un(' .Vec!zira. not(' mcntionnant la quanLil(" d(~ cha([lle ('s[l('C(' dl' gl'ains due pour L\choul' de l'ann("e courante. Celte lllèJl[e indi('aLion fign,'e snI' un registl'c qui est ensuite J'('lnis aux Oumana de la douane dn port le plus proche, où le Jl[O/ltant de l'Achour doit être payé. Copic de ce registl'(' est l'l'mise au Qard gouvel'lH'ur tle la Il'ibu, cllal'gé de t'ai l'e payel' ses contl'ilnde:-;, Lorsql[(~ le cultivateul' a pay(; le:-; Oumana de la douane, ceux-ci lui donuent un n'(u. Malgr(', cette organisaLion apparentc, il se p"(Hluit bien des abu:-;. On a déjù vu ceux qui Pl"OVi('flnf'nt de:-; al'rangenlf'nls {lui interviennent (~I1LI'e les cultivateurs et les ](hal'aça. Il arrive également qu'aprè:-; avoir pl'is avec le cllltivalf'IlI' Ull anangement dont celui-ci a payé le montant, le pel'cep/plIl' inscrit :-;UI' son regislre une somme SUI)(~I'ieure ù celle qui figure :-;ur la Nechil'a relllis(~ au cultiyaleul', ('[ c'est évidemment 1(' l'('gisLl'e qui fait foi. Il l'(':-;te également, après avoir ("valué la quantité de

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grains duc pour L\chour, à étahlir la valeur des grains pOUl' la remettre aux Olllnana des douanes. Celle (~valua­ tion donne lieu à de nouveaux arrangements et il de nouy t'aux compromis aux dépens des conll'ihuahles. De plus, le gouvcrneur de la tl'ibu, chargé d'obligel' ses adminislrés à aIle l' payeL' l'.. :\chour, trouve toujoul's ulle l'aison ou un préle:de pOUl' st' faire remettre par eux une somme (lue1conquc, il titre (ramende pOUL' un soi-disant retard, ou de sok/zl'a pOUl' les mokhaznia. La Nrti"ba elles Jlag/zal'em sont envoyés din'('tt'lIl('nt au Bit El ~Ial pal' les gouveL'nelll's. Il ne peut y avoir aucull contrùIc sérieux SUL' la façon dont ces charges sont acquittées. C'('st SUI' eIlt's que les gouverneurs se ,'clllhoUI'sc n t en majeure partie d es sommes qu'ils ont d l'I pay('" pOUL' achetel' leUL' gouvernement d qu'ils réunissent l('s fonds nécessaires POlU' envoyel' aux difl'érents vizirs d secrétaires du ~Iakhzen les cadeaux sans lesq lIels ils 11(' tanleraient pas il être destitués, CIL risfluant enCOI'(' d'(\[,,(, emprisonnés ct de yoir saisi l' leurs biens, Lorsqu'une semblable saisi(~ sc pl'atique, soit apl'('s arrestalion, soit apl'ès (lécès d'un gouVl'rneur', le ~lakllZ('n envoie génél'alement un .\min sp(~cial chargé de fail'(, l'inventail'e des hiens du gouve,'neul' mOl't ou emp"isonll('" Le's espèces monnayées et le produit della venle des objets mobiliel's sont envoyés au nit El lllal pal' les soins de cet "\min. Célléralt'ment les inllneubles saisis ne sont pas H'lIdus. mais acquis au ~Iakhzen; leurs ,'eveHUS recueillis pal' un Amin particulier, s'il s'agit de hiens ruraux, pal' Llmin El "~loustafad s'il s'agit de biens situés dans une ville, sont ycrsés au Bil El Mal. Le produit de la 1Jediya, (lui dait dans l'ol'igin(~ un don gracieux fait par les musulmans ù l'huam, il chacuJw des trois grandes fêtes, et qui est devenu UIl impùt, est égale-

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ment envoyé dil'ecternent au Bil El Jfal par les goU\~el'­ neurs des villes et des tl'ibus. Ces gouverneurs sont responsables vis-à-vis du TrésOl' des Hediya de toutes les tribus dont ils ont le gouvernement, même purement nominal. Dans le cas assez fréquent où un gouH~rneur est inlJmissant il préleve)' la Hedi,\~a sur une des tribus indépen<lantes l'attachées il son gouvernement, il prélève la somme nécessaire SUi' les trihus qu'il peut aciministl'el' efl'ectin~ment. C'est là un des moindres abus qui accompagnent le paiement de la Hediya. En même temps, en cft'et, que les gouverneurs envoient au Bil El Mal la Hediya oHicielle, il leur faut envoyer également à tous les personnages de la l'OUI' des Hediyas particulières,· plus importantes <\lIe celle qui est versée au Trésor. Ces dons gracieux des gouvel'nelU's sont naturellement payés par le,., contri Imahles. Les revenus des biens du ~lakhwn sont également versés au Bil El Mal. Ces biens se composent d'immeuhles (maisons et fondaqs) dans les villes; de terres de lahour et de plantations d'oliviers dans les campagnes. Ces propriétés proviennent, soit <le successions vacantes, acquises au Makltzen, soit de la saisie opél'ée sur les hiens d'un fonctionnaire il sa mort ou après sa l'évocation. Les immeubles du ~Iakhzen qui se trouvent dans une ville sont administrés pal' l'Amin El Moustafad de cette ville, qui en envoie les loyers, soit directement au Bit El Mal, soit pal' l'interulédiai l'e des Oumana des douanes, auxquels sont remis aussi les produits des Meks. L'Amin El Moustafad n'est pas chargé de l'administration des hiens ruraux du Makhzen. Ceux-ci sont administrés ou bien par des Oumana spéciaux, lorsqu'il s'agit de jardins ou de plantations d'oliviers, ou bien par les gouverneurs des tribus s'il s'agit de terre de labour. Dans ce dernier cas, les loyers sont payés d'une façon très irrégulière, et plutôt sous la

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forme d'un imr;ôt plus ou moins arhitraire que sous l'apparence d'un loyer. Il se passe des années sans que le prix de location des terres soit demandé, de telle façon qu'elles sont .cullivées tantat pal' les uns, tantôt par les 'lUITeS, et que lorsque le Makhzen veut se faire payer, il demande l'al'gent au gouvcrneUl' de la tribu, qui paye et se fait J'embourser par la tribu tout entière, sans se soucier de savoil' quels sont ceux qui ont cultivé les tenes dont il s'agit. Le ~Iakhzen est également propriétai,'e du droit de pèche et de hac dans les différentes rivières. Ce droit est ,exploité par les gouverneurs qui envoient une certaine redevance annuelle au Bit El 1l1al et s'arrangent avec leurs administrés de façon à conserver pour eux-mêmes un certain bénéfice. En résumé, les locations des terres d0 lahoul' appartenant au \[akhzen et des droits de pèche et de hac, ne donnent lieu il aucune perception régulière et il est ,certain que les sommes qui sont versées, de ce fait, au Bit El Mal sont très inférieures à ce qu'clIcs devraient être. Les propriétés du J[akhzen à Fès, maisons et jard ius, sont aclministrées pal' Si El Abbas ben Daoud', qui a le titre de Amin ala Er Ribaal El Maumlakat El Maklzzcn Ed Dakhlia ou El K/wridja, administrateur des afl'ail'cs con-:cernant les propriétés du ~Iakhzen pOUl' les revenus et les dépenses. Il touche les loyer's, recneille les récoltes, et les vend, fait toutes les dépenses nécessaires pour l'entretien (les immeubles et pour les travaux des jardins. Si les
1. Si El Abbas ben Daoud, qui accompagnait le Sultan dans SOli voyage il Habat, a été arrèté il quelques heures de Fès et renvoyé enchaillé dans la prison de cette ville, Se,,; biens ;\ Fès ont (;té saisis par Je Pacha de F("s, Si Abd El' Rahman ben Abd Es Sadok, Ben Daoud, êmcien gouverneut' de Marrakech, est accusé d'avoie entretenu une correspondance avec Moulay El Bafid, I"\"("re du Sultan qui vient ,d'ètl'e proclamé par que1llues tribn,,; du Sud. Il est l)]'obable que l'arreslation de J'administrateur des bien,,; du l\Iakbzen et du Sultan est due aux inteigues du Hadj Omar E Tazi, 'lui partageait avec lui cette administration.

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ren'nus qu'il touche ne sont pas suffisants, il s'a(II'esse au minis! re des Finances, qui lui fait donner ce qui lui est n(\c<'ssail'e, soit pal' l'Amin Es Sayar, soit pal' Dar Adyil. Autr'efois les hiens du :.\Iakhzen à Fès et dans les environs étaient administrés pal' L\min El Moustafad de Fès, La fonclion de Amin El' Ribaa est donc de création nouvelle; <l'ailleurs le Hadj Omal' Et Tazi, ~\min El Jloustafad, cons(~r'\-e f'ncore une part dans cette administl'ation; sa situation spéciale d'ami du Sultan lui pf'rmet d'avoir une' main dans toutes les a(lIllinistrations financières et de réaliser ainsi sur la ruint' du pays de considél'ahlps hènéficf's persollll('ls. Si El Ahhas ben Daoud a une beni'la, c'est-ù-dire un hureall au :.\Iechouar, entl'e la beniqa de l'Ouzir Ech Chikaya et la porte du Palais. Lf' Hadj Omal' Et Tazi ne paraît pas lui-même dans ce hur('au, mais il y a un représentant pOUl' affirmer son droit il s'occuper de l'administration (ks hiens du :.\Iakhzen, Il n'exerce <l'ailleurs pas davantage personnellement ses fonctions d'Amin El Moustafad de la ville de Fès et se fait rf'mplacer à Dar .\dyil pal' un tle ses COUSins, Le Hadj Omal' qui est également Amin El Binaa, administl'ateu [' des constructions du Palais, sc consacre uniquement il ces dernières fonctions: eIles lui permettent d'être au Palais depuis la première heure du jour jusqu'au soir, ct de l'ester à proximité du Sultan, qu'il accapare, Comme on l'a vu, tous les revenus des :.\Ieks sont aUl'ihués par lui aux dépenses nécessitées pal' les constl'UC'tions dont il est cha"gé. Les sommes ainsi versées au Bit El Mal sont inscrites pal' les deux Adouls présents il l'ouverture du Trésor, SUI' les registres de l'Amin Et! Dakhel. Cette inscription est ensuite transférée sur les registres du ministre des Finances, La même opération, en sens inverse, a lieu lorsqu'il

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s'agit de sortir des fonds du Bit El )1'11 pour les dépenses. Ces dépenses sont faites pal' les soins de l'Amin El Kharadj ou Es Sagar ou Amin Ech Chkara du Sultan. C'est aujour<l1lUi le Hadj "Mohammed hen l\bd Es Selam El Mokri 1, délégué du Sultan il l\lgésiras, en Hl05, ct SOli mandataire il Tanger pour l'application de l'Acte intervenu sous le nom (L\cte d'l\lgésiras entre le Maroc et les Puissances européennes. La heniqa de cct .Amin se trouve au Dar El Makhzen, en enlrant dans le Mechouar il dmite, en face de la heniqa dl' l' Dl/zir Ech Chiqagat, ministre des réclamations, que l'on appelle improprement ministre de la justice, attendu qu'il n'a qu'une vague autorité adminii?ll'atiye et aucune auto"it6 judiciaire. El Beniqa Es Sagar, le Bureau des dépenses, paye les appointements des vizirs et des secrétaires du Dar El ~Iakhzen. Il paye les Hanali, c'est-it-dil'f-' les corporations du Dar El }Iakhzen; on appelle ainsi tout le fonctionnarisme du palais qui gravite autour de la personne du Sultan. Les corporations se divisent en deux catégories: les corporations du service extérieur ct celles du seJTice intérieur. Les premières relèvent du Qaid MeC/lOuaI' (sorte de capitaine des gardes, introducteur des amhassadeul's et de quiconque voit officiellement le Sultan) Edris hen "\ïch El Boukhari ; les deuxièmes, du Hadjib (chambellan) Si Ahmed El' nekina Et Tetaouni. La Bt!niqa Es Sayar paye également les troupes du guiche, les askars, les lllokhazllia, les mechaourya. C'est le même hurean qui
1. El Hadj Mohammed El Mokri, d'apl'(\s lcs hruils répandus dcpuis la surLie dc F('s de Muulny Abd El Aziz, Ic 12 scptembrc, aurnit été nommé Ouzir El B'har, ministre des Affaircs élrangi~res, cn rcmplnccment dc Si Abd El Kerim bcn Slinwn, nommé gl'and vizir. L'ancien grand vizir, Si Fcddoul Ghal'l1it aurait été révoqué. Cc bmit n'est pas confirmé officiellement jusqu'ici. Comme ministre des Affaircs étrangères, El Mokri lwcndrait cCl'laincment commc système la stricte application dc l'Acte d'Algésiras, qu'il c')I]sidère comme son œuvre.

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paye les vêtements du personnel intérieur du palais, c'està-dire des femmes, les achats faits par le Sultan par les soins du Hadjib (chambellan) sauf les fournitures européennes qui sont payées par l'intermédiaire du Hadj Omal' Et Tazi, Les aumèmes, les dons à Moulay Edris, ou aux autres sanctuaires, sortent aussi de la Deniera Es Saya!', Les différents fonctionnaires de la Cour sont payés de la façon suivante: Chaque corporation de fonctionnaires a un A lIaf payeur, Cet A Uaf établit chaque mois la liste des pe l'sonnes de sa corporation avec les appointements correspondants à chacun, et fait viser cette liste par El AllafElKebir, le payeur principal, qui est en même temps ministre de la Cuerre', Les listes visées par El Allaf El Kehir sont ensuite soumises au minï'str'c des Finances, qui délivre le hon à payer, Le Allaf de chaque corporation se présen te avec ce"hon à la beniqa de l'Amin Es Sayar qui, ainsi qu'on l'a vu, reçoitlui-même ses fonds du Bit Ellllal sur autorisation du ministre des Finances.

Il arrive souvent, depuis quelques années, que les Allafs des corporations sont ohligés de se présenter il plusieurs
1. Le mini,.;tre de la Guerre. Cetle qualilkalion (El Ouzir El lIarb) e,.;t lout ù fait nicente ct n'existait pas autrefois. Ce,.;t une des nombreuses modif1l:ations apportées dans l'organisation du M:lkhzen depuis que les relations du Maroc avec l'Europe sont devenues plus fré'luente,.:. Il n'existait autrefois qu'un seul fonctionnait'e il la cour maroci1ine ayant le titre de vizir (Ollzirl; c'était une sorte de délégué du Sultan pOUl' les différents services administratifs. Sous le règne de Moul:lY El H:lsi1n :l éUl créé le minisll'e des Afr:lires étrangères, sous le titre de 01lzir El B'har, le minislre de la !'11er, c'est-il-dire eelui qui est ehargé des choses d'outre-mer. Plus t:lrd, comme on l':l vu, l'Amin El OunWIW devint ministre des Finances sous le nom de Ollzir El Ma!ia. Le f,l'lih ch:lrgé de prendre note des plaintes s':lppel:l Ollzir Ech Chiqa!Ja. Enfin El Allaf, le payeUl', dont les fonctions consistaient il grouper les lisles d'"ppointement;,; des Allafs de chaque eorpomtion et de les vi,.:el', devint Gllzir El Harb, ministre de la Guerre, pal' le fait qu'il rentre dans ses attributions d'assurer le p:liement des !l'OuJles du DiiciJ et des askars. Aujourd'hui, dans le langage diplomatique, ce;,; fonctionnaires sont tous qualifiés d 'Excel1 ences.

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reprises il la Beniqa Es Sayar pour toucher les fonds et qu'ils sont remis au lendemain pendant plusieurs jours. Des raisons d'économie ont obligé à réduire le personnel, et comme on ne voulait pas toucher aux corporations qui forment la maison même du Sultan, les réductions ont surtout porté sur lc~s Koutlab, secrétaires des di,'erses beniqas, dont le nombre a été très réduit, d'une part; d'autre part, les appointements de ceux qui restent ont été sensihlellwnt diminués, sauf ceux des principaux personnages. Tel Kafib qui avait autrefois 2 douros par jour a été réduit à un douro d'abord, puis à un demi-douro, puis à cinq réaux (1,25) et heaucoup passent des mois sans rien toucher. Autrefois, lorsqu'il y avait de l'argent dans le Bif El Mal, le fonctionnement qui vient d'être indiqué se pratiquait exactement, tant pour l'entrée que pour la sortie des fonds, Aujourd'hui que le Trésor est vide, les fonds qui sont envoyés n'y entrent même plus, car leur utilisation pour des besoins pressants est immédiate, Ces fonds sont déposés dès leur arrivée dans la beniqa de l'Amin Ed Daklzil, qui les met, SUI' reçu, à l'A min Es Sayar, par lequel ils sont illunédiatellient dépensés pour des arriérés il payer. Il arrive même la plupartdu temps que ces sommes sontinsuffisantespour parer aux besoins: l'Amin Ed DaMzil les complète alors par des chèques d'un emprunt quelconque ti rés par le ministre des Finances et inscri ts comme entrées par l'A min E d Daklzil, qui les inscrit ensuite comme sorties, en les remettant à l'Amin Es Sayar. Celui-ci les négocie pour payer les dépenses.

La lutte du Makhzen contre Bou Amara et le paiement de quelques dettes ont ahsorbé le plus clair de l'eulprunt de 62. millions et demi (net 50 Juillions) de 1904; le ~Iakhzen a vécu ensuite sur le prêt de '10 millions de
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marks 12.500.000 francs (net 10.\.)25.000 francs), consenti par l'Allemagne en 1905 et qui doi t être remhoursé en septembre 1907. Depuis le commencemerlt de 1907, il a vécu SUI' uu prêt particulier <le 2 millions de francs qui lui a été consenti au début de l'année; eufin, pOUl' pouvoir quitter Fès, le Sultan a dù avoir recours il la Banque d'État qui lui a fait une avance d'un million, dont la moitié lui a étt> versée il son arrivée il Rahat 1.

Le fonctionnement de l'administration du Bit El Jlrtl exposé ci-dessus, est celui qui est en vigueur lorsque 1<' Sultan est il Fès. Pendant l'absence du Sultan, le Bit l,,-'I
1. D'apri-s l'article 33 de l'Acle Il' ,llrfl'siras, le Gouvernement m:ll'ocain doit prendre les mesures nôcessaires pour faire verser :\ la Banque d'Élat les 40 p, 100 non engagôs pOUl' l'emprunt de 190-l, des revenus des ,louanes, ct le produit des aull'es revenns qu'il d,\signera, D'anlre pad, article :l5 : :\ valoir SUI' les entrèes dn Tdsor, la ,Baoque (l'État fl'rn nn Gouvernement mnroeain des avanees en compte courant jU";'IU'à concurrence d'nn million. Le fonc.tionn"rnent de la Banr[11C d'l::tat est donc basô, en grnnde pal'Iif', sur le versement qui doit lui ètl'e fait de,.;-lO p.100 non engagés desdouanes. Il semble pal' suite inndmissihle qu'un nouvel emp,'unt puisse ,'Ire contracté pal' le Gouvcl'Ilement marocain, donnant en garantie, comme le bruit en a couru, les -l0 p, 100 restant libres dl's douanes, Un emprunt dans de semhlables conditions annulerait, pal' le fait mème, l'article 3:l d" l'Acle d'Algésiras, qui dit 'lue la I3nnque remplirn les fonctions de trésorier-payeUl' de l'Enlpire ; en effet, les bnses de ces fonctions n'existeraient plus, les pl'incipaux revenus de l'État se trouvant engagès pour gamntir l'es emprunts. Dès ln fIn juin 1!)07, pour pouvait' quitter Fès et se rendl'e à Rahat, et sans doute de là à Marrakech, le Sultan avait fait demander il la Banque (l'l~tat qui venait d'l'tre ùétinitivemen! constituée, une avance d'un million, Or, pal' suite d'un retard inexpliqué, l'orùre chô rit1en de remettre :'t la Banque d'I~tat les -l0 p, 100 non eugagés du revenu des douanes n'avait pas encore èté tr:msmis mlX Oumann des douanes et ne leul' fut remi,.; queplus de deux mois apl'ès. La Banque d'Étatne pouvait donc pas faire une avance sur Ull compte courant (lui n'avait pas encore d'existence pal' unpremiel' vel'serncnt des revenus, Ce retard de deux 1II0ls,dù on ne snit à quelle nègligcncc ou à quelle mauvaise volonté, a eu pOUl' le Murol' tes eon,.;ôquences les plus graves en empèchant le dôpnl'l, du Sultan, qui aurait pu prévenir les événements de l'été,

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j'l'Jal de Fès est fermé, ct les fonds sont versés dans la pl'CIuière pièce du Bit El j'VIal appelée El Qaous dont il a été parlé plus haut. El QaollS est pOUL' ainsi (lire le Bit El Jlal du Khalifa du Sultan pendant l'absence du Sultan lui-rnème. Le rôle financier du Qaous est exactement le mème flue celui du Bit RI lV/al. Il encaisse les mèrnes recettes et fait face aux mèmes dépenses, mais il ne fonctionne «U(' pendant l'absence du Sultan, lorsque le Bit El Mal ('st fermé. L'Amin El Qaous remplace alors l'Amin Bd Dakhil, et a les mèmes fonctions que lui. Pendant la del'nièl'e absence (lu Sultan, de '1S9G il 1901, le Khalifa à Fès était ~Ioula'y .\r·afa, mort depuis; il avait comme .\min El Qaous Si Mohanulled hen Djelloull.

d) Dar Adyil
Le TrésOI' de DaI' .\d,vil est celui où se rt~unissent les produits de Jleks, c'est-à-dire des (ll'Oits de m<u'Chés, des droits des poetes, de la régie des tahacs, kif et opium <'l de la régie du soufre. Dar Adyil est dirigé pal' L\min El ~Ioustafad de F(\s, El Hadj Omal' Et Tazi, fl'ère (lu ministre (les Finances et pal' (leux administrateurs, dits Oumana de Dar "\dyil; ce s01l1 aujourd'hui ~Ioula'y Ali El Ketiri 1 ct Bel ::'I[ekki Et Tazi. L'A(lministrationdes ~Teksdes difl'érentesvilles est COIIflée à l'Amin El Moustafad de chaque ville. Le plus gt~né­ ralement, les droits de marchés, la régie du tahac, du kif
1. :\IoulIlY Ali El l\elil'Î c~1 un dc~ plus notnhlcs négociants de Fô~ :il a

ail Sénég-al où il Il habité lonalclI\[ls et où il a (lié na[ll\'lllisé fl'Iln':ai~ il y Il pll1~ 'dc vingt an~. On Ilml'I~IC (l'J'unc dc sc~ liJlc~ aurait (~lé t~poüsée pal' Moulay ,\hd El Aziz il y a quelques années,puis l'épudiéc ct l'cnvoyée chez ~on pi~re où clIc est actucllcmcnt. Si Ic fait cst cxact, 11 cst IlS~CZ pi'jullnt dc constat CI' que le Sultlln a (:t(~ pendant (lUelqll'~ temps mal'ié à la fine d'un citoyen fran{;ais.

dc~ comptoil'~

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et de l'opium, la régie du soufre et les droits des podes. sout mis en vente aux enchères au commencement de l'année musulmane, c'est-à-dire au mois de ~roharrem ou de l'Achour. Ces enchères sont dirigées par L\min El Moustafad de chaque ville qui encaisse le produit de ces différentes fermes. Par lllf)SUI'e de précaution, l';\min El Moustafad exige, des i'ermiel's, le paiement d'un mois de loyer <ravance au moment des enchères et chaque mois continue à être payé à l'avance sous peine de rupture du contrat, de fa<,)on qu'à la fin du contrat il n'y ait ni retards ni difficultés pour le paiement du dernier mois. Les. fermiers des Meks ont à leur charge le personnel nécessaire pour assurer le paiement de l'impôt. En cas de difficultés à faire payer les droits, les fermiers s'adressent à l'Amin El Moustafad qui requiert, au cas échéant, l'intervention du gouverneur de la ville pour ohliger les contribuables à payer l'impôt. La distinction entre les droits à payer par les étrangers et tous les Marocains indistinctement, et ceux que les étrangers et les protégés n'ont pas à acquitter, mais qui incomhent aux seuls sujets du Sultan non protégés, ne laissent pas que de causer hien des complications et rendent difficile la perception régulière de ces impôts. Il est superflu <rajouter que la ferme des Sleks donne lieu à tous les abus. Les enchères sont r,\I'ement faites sans arrangements particuliers avec l'Amin El .\[oustafad et la perception elle-même par les fermiers ou leurs agents est souvent arhitraire, c' es t-à-di re qu'elle re tombe plus particulièrement SUl' les paU\TeS gens et SUl' ceux qui n'ont aucun protecteur influent. La régie du tahac, du kif et de l'opium appelée ES' Çaka ne comprend que le tahac indigàne cultivé dans le pays, <lui se vend et qui se fume avec le kif (chanvre indien). L'opium est importé et donne lieu à une importante contrebande. Ce sont les fonctionnaires <le la Cour, de tous

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rangs, qui font, dit-on, la plus grande consommation d'opium; il est reconnu qu'ils ne l'achètent pas à la Çaka. Les fermiers de la régie traitent directement ayec les producteurs indigènes pour les quantités de kif et de tahac qui leur sont nécessaires. Il n'en est pas de même pour la régie du soufre. Le soufre est importé exclusiyement par les soins df's Oumana des douanes qui le ycndent au fermier de celle Hégie. Le gouvernement marocain fait donc sur ce monopole un double bénéfice, d'abord en le vendant et ensuite en vendant le soufre au fermier. La consommation du soufre n'est d'ailleurs pas très importante. Il est eInplo'y<'~ uniquement pour blanchir la laine lavée avant de la filer et également pOUl' blanchir les vêtements de laine {pli ont été lavés. Le produit des fermes de tous les ~Ieks est réuni entre les mains de l'Amin El.\foustafacl de chaque localité. Cel Amin pë.ye sur les revenus les dépenses dont il est charw' et fait parvenir le reste à Dar Adyil soit directement, soit par l'intermédiaire des Oumana des douanes. Dans tous les ports. l'Amin El Moustafad porte ses fonds ù la douane. De rnème L \min d'El Qsar El Kebir les envoie ù la douane de Larache. Les "\Ioustafad de "\Iéquinès et de Sefroll sont envoyés directement à Dar Adyil à Fès. Le produit de l'Achour du fondak En Nejjarin à Fès, est envoyé directement ù Dar "'dyi!. Depuis plusieurs années le manque d'autorité du Makhzen ne lni permet plus de faire toucher les l\leks aux marchés de la campagne. Autrefois, ces meks étaient vendus à des fermiers comme ceux des villes. Leur perceptioh ayant donné lieu fréquemment à des difficultés parfois graves avec les contribuables, ct les fermiers du l\lcks ayant en vain demandé aux autorités locales un appui qu'elles étaient impuissantes à leur donner, cette perception a été abandonnée, même dans les principaux marchés du Gharb,

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c'est-ù-dil'e dans la partie du :\Iaroc la plus complètement soumise au MakhzeIL Il en est de même des droits dl' l'ègie sur le kif et le tahac qui ne sont appliqués que daus les villes, Un privilège singulier et inexplicahle existe pour la petite ville eLtzila, SUl' l'Océan, cnlee Tange!' et Larache: cette petite ville, dont le port n'est pas ouvert au commerce, n'a pas d'Amin El iv!ollstalad et il ne s'y per~'oit ni meks ni dl'Gits de regle,

Les llépenses supportées pm' les l'ouels de Dar ,\dyil sont les suivaJJtes : Nourriture du Sultan et dl' tout le personne! intl~l'i('UI' du Palais. Pensions (Thuafad) de certains memhres de la famille impC'l'iale 1.
1. On ('omptc cn\'il'on ('cnt cimllIanle f,"nille~ de pnl'cnb llu Sultnn qIli l'er:oi\'ent une pen~iontheIllida) ~ul' le~ ]'('\"'nu~ de \)nl' .\d~'il. Le~ pl'ineipalc~ ~OIlt: Ù FI'~ El Djedid, ('elle de i\loul,\~' Al'afn, oncle du Sultan qui '1 été son khalil'a à l'l,~ pellllant plu"icul'~ :\Il\lée~. "Ioulay Al'afa esl IUOI't il y n quel<lues nlOb. A Fè~ El Bali, Ù ZO'/èllJ El IlIa, le~ l',"uilles de deux fl'I'l'es de Moulay .\bd El' H"hlllnn, MouIny El l\!'lIllOUlll et .'loulny .\bd El (ladel' : Ù Zo,/,ul El' Houn, :'Iloulay Abd El Aziz, l','I'l'e de Moulay ElBasan. Un aull'c fl'èl'c de i\!oulny El Hasan, .'Ioulay .\li, qui hnlJile daus le 'Iuartiel' homl de Sidi Abd El Oadel' El Fa~i, ,\ Aqbàt El Fir;m, ln fanlÏlle d'tm frl're de I1loulay El Hasan égalemenl, Moulny Lahs':ln, luorl de l'ann{,e demil'I'c . .\ ZCl'blana, la l'anlille d" "Iolllay 1~lu'1Ïl 'lui élait khalil'a de i\loula~ El I\a~nn ù FI's, pcndnnt les nh"enl'l's de celui-ci, ct dont ln fille élaiL finucé,' i, "Joulay Ahd El Aziz dè~ son eurance. Le gl"ll1tl vizil' Ba .\hmetl a \011jour~ eUlpl\ehé ce mariagc p,lr ('['ninle de l'inJlueucc que pourl'ait prendn', "ur le jeune sultan, .'Ioulay Isma'il, trl's nilué ,', F,\s et 'lui jouissait d'Ilue aulorité considéridl1e. Ou a mtlmC prétendu quc la mort subite de :\Iuulay [sm,,'il n'a\,nil pas él,~ natUl'clie. A ZOl[aq El Bgllal, Moulny Edris hen .\bdelhadi. Son [)(\re :\Ioulay .\bd El Hadi, étnillib d'un descendant du sultan Muulay ISlua'il ct de Lalla 1,11,\didja, lille de ~Iou\ay Ahel El' Hallman. ~loulay Idris, tl'l\s populaire ù F,\s. jouissnnt d'une grosse rol'lune ct po,,~es~eur de la plus belle hihliolhl"lue cie Fè" (on aSSUl'e que ('elle bibliothè'[ue ne comple pns m(lin"d e ling! ulille volunH's), a chcz lui plu-

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Vêtements du personnel intérieur du Palais, sauf du Sultan et de ses femmes qui sont payés par l'Amin EsSayar. Enlrelien des Chériras ~\laouïas, filles ou veuves!. Costumes remis tous les ans aux Ouléma. l!niforme des Askars. La nourriture (mouna) du Sultan et du personnel inlésieu,'~ chl~I'i[a,,; alaouias, nwril'es <'1 ses fils ct il se,,; peLils-fils, ct un gl'and nomhl'e de négl'esses du !\Iakhzen, Il touche pOUl'ta Mauna afférente il ces chérifas el il ce,,; négresses, une somllle de 12 doums pal' jour ,1;0 peselas hassani). Moul~lY E,' Rachid, fri'I'e de "Ioula" El Il;lsan, khalifa du sultan au Tafilelt où il hahite, au <)0ar de Bou An~, touche égatement une pension. Le,,; nomhreuses chl~rjfa~ alaonias, fille,,; ou "euves, qui ne sont pas parentes dil'ecles <lu Sultan et ne fonl pas parlie du personnel <lu Palais, sont cloilr<'~es <'1 Fi',,; dan,,; deux In,lison,,;, l'une <'1 Bab En Naqba pri~,,; de ll1eclwlyill (falJricanls de peignes), l'autre pr('s de Dar .\dyil. On sait que les chérifas alaouia,,; ne peuvent sc marier <]IÙlvec un chl,' J'if alaoui: de plu,,;, lrè,,; jaloux de la ,'éputation de lenr maison, les Alaoui ne veuleut pa,,; lais,,;er li\Tl'es il elle,,;-nl(\mes les chérifas, veuve,,; ou non mal'jées el n'ayant pln,,; de pal'enls as,,;ez proches pOUl' lrouvel' un ahl'i ,,;ù,' a"ec nne conlr"mte suftisante, Toules ,:cs ch,"I'iüls ,,;onl l',\unics de gré ou de force d;H1"; les deux maisons dont il vient d'<\lre pal'!é: elle,,; Y' vivenl son,,; la direction d'un naqih ,,;pl~cial.\[oLlla'y <)a,,;em Eç Çassi El Alaoui,el ,,;ou,,; la ,,;urveillance de plu,,;ieur,,; A,.i!'as, Chacune de,,; deux mai,,;ons e,,;l g;lI'dée IHII' un iJauouaiJ, purlier nègre du Makhzen <lui Iwhite au dchor,,; et 'lui, chaque soir, en ,,;'en "lIanl. enferllle les chérifas el les mifas dans la maison donl il em· porte la cieL Chaque chérifa reçoit un eostume trios simple cha<l'le année et comme mouna journalière, un pain et une pelite somme variant de 0 l'l'. 10 il

o rI'. 2..,.
Pour dimimwl' un peu la f,'ugalilé de leur nourrillll'e, les chérifas travaillent et font de la broderie el de la couture ou Iilenl de la laine. Suus la dyuaslie Saadienue, toules les chériras de Ioule,,; les familles chériJieune~ se troUY;1Il1 sans p"renls capahles cie les recueillil' cl de les ,,;uryeiller élaient cluilrée,,; aux frais des hiens hahous de la famille <'1 laquelle elles appartenaient. Cet usage esl tom'bé en dé,,;uélude depuis l'a"ènelllent des Filala et n'esl plus maintenu que pour la seule famille des Alaouia, Les chorfa d'Ouezzan suhyiennenl encore aux besoins de leurs chérifilS, yeu"es ou nun mariées et sUl'veillenl leur conduile, mais ne le·s cloitrent pa,,;. Les ehérifas alaouias ~Jiusi cloilrées, si elles unt <[uelque l'eyenu person· nel, continuent <'1 en jouir; le cas se pt'éspnle d';Jilleurs assez rarement, cal' une chérifa ay~ml quelque hien lrou ye toujours il se marier il quelque memhre hesoigneux de la famille impériale,

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ARCHIVES MAROCAINES

rieur du Palais constitue, à elle seule, une véritable administration: Quatre personnages sont chargés de recevoir tous les jours les denrées nécessaires à l'alimentation du Palais. Ce sont : El Amin El Maounat Ed Dar, l'administrateur des vivres du Palais, Si ~Iohammed Ould Tennouch Bennani; El Mohtaseb de Fès Ed Djedid, Si El ~Ioufadel Serradj; El Kebir .\bid Eddar, le grand eunuque, Ba ~Tourjan; El Hajib, le grand chambellan, Si Ahmed El' Rekina Et Tetaouni. Voici comment sont achetées les provisions: La viande est fournie par El Arif El Guezzara (le prévùt des bouchers) qui est chargé d'acheter SUI' pied les animaux néces~aires il la consOlnmation du Palais et de les faire venir, au fur et il mesure des besoins, des pàturages où il les a envoyés. Ces animaux sont tués à El Goul'na, l'abattoir de Fès El Djedid vers '1 heure du matin, de manière que tout soit terminé lorsque les bouchers de la ville viennent tuer les animaux destinés aux boucheries. La viande est ensuite remise par El c\rif au Qaïd des bouchers du Sultan, en présence des quatre fonctionnaires nommés plus haut et chargés de la réception des aliments du Palais. Les légumes sont fournis par l'Amin El Khodra, le chef des marchands de légumes, et reçus de la même façon que la viande. De même l'Amin El Baqqala est chargé de la fourniture de l'huile et du beurre, et l'Amin Ed Djadjia, le chef des marchands de poules du Souq Eq Qar'a de la volaille. Ces différents fournisseurs sont payés par Dar Adyil. La Mauna habituelle, dite El Melzolllna du Palais, est prévue et portée sur les registres de Dar Adyil. Si à propos d'une fête, ou d'une circonstance particulière, comme une naissance, une circoncision, la 1lfelzouma habituelle doit être augmentée, le Hadjib envoie au Moh-

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taseh et aux Qum ana de Dar Adyil une Neclzira, note, où est indiquée l'augmentation nécessaire. Le ~Iohtaseb envoie lui-même une note aux chefs des corporations qui doivent fournir ce qui est nécessaire et ces chefs de cor~ porations se font payer à Dar Adyil en présentant cette l!ote. Chacune des femmes habitant le Palais a une mouna plus ou moins forle, suivant son degré de parenté plus ou moins l'approché avec le Sultan. Cette mouna est remise à chacun, suivant son désir, en nature ou en argent. Il y a en efret jusque dans l'intérieur même du Palais des petits compromis d'argent au détriment de la honne administration, et cela malgré toutes les précautions ([ue l'on'il pu prendre. Certaines chérifas, recevant une mouna trê~ supél'ieure à leurs besoins, s'arrangent avec d'autres femmes moins bien partagées et les nourrissent. Ces femmes demandent alors à recevoir leur mouna en argent, au lieu de la recevoir en nature; elles payent avec une partie de cet argen t leur nourriture à la table des chérifas et gardent le l'este. ~Iais comme il faut que les fonctionnaires préposés il la ilfelzouma trouvent également leur bénéfice, au lieu de remettre en argent la valeur exacte de la mouna aux intél'essées, ils ne leur payent que la moitié de cette nleur au cours du jour. Ces petits arrangements se font par l'intermédiaire de Ba ~Iourjan, le grand eunuque, dont c'est certainement un des moindres bénéfices. Telles sont les dépenses qui doivent être payées pal' Dar Adyil ; mais dans l'état actuel des choses, cette organisation reste à l'état théorique. En en'et, comme on l'a vu, l'AmiIi El '\Ioustafad de Fès, El Hadj Omar Et Tazi, frère du ministre des Finances, est chargé de payer les constructions du Palais et il y emploie tout l'argent des Meks;

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dans ccs conditions, il ne l'este rien des revenus de ccs impôts à verser ù Dar Adyil; toutes les dépenses de noulTiture du Palais et les autres dépenses qui den'aient ètl'c payèes pal' Dar Adyille sont efl'ectivement pal' le Bit El illal, c'est-à-dire surtout par les fonds provenant des di{l'(~ L'ents emprunts officiels ou particuli ers contl'actés pal' le }[akhzcn depuis ces dernièl'es années. En efret, lorsque les fonds de Dar Adyil sont insuffisants pour payer les (!èpenses, voici comment il est procédé: Les Oumana de Dar;\dyil, avec pièces justificatives il l'appui, c'est-à-dire pl'oduisant les l'l~gist,res d'entrée dl~ fonds, el les registl'es des dépenses prévues, demandent 1111 envoi de fonds au ministre des Finances. Celui-ci s'ad l'esse au Conseil des ministL'es qui, s'il approuve l'envoi de fonds demandé, envoie une note au SulLan pOUl' lui cn faire part. [-le Snltan appronve et autol'ise l'envoi de fonlIs en éCL'ivant au CL'ayon SUl' la noIe envoyée pal' le Conseil dl's ministl'l's Itnafed « (lue soit l'l'mise » la somme de ... Le lendemain, le Bit El illal est ouvet't avec le,ct'I'éIIlOnialusill" et qui a été déCl'it plus hant. .\ujoun]'hui, ceUl' cél'émonie est devenue inutile; on pl'end simplement les fonds dans la Beniqa de L\min Ed Dakhil, ou le ministre des Finances envoie un cht'oque. Celte dernière l'('ssource elle-ml\me lllan(luant dans ces derniers temps, on vivait au jouI' le jour et d'expédients. Si El .\hhas hen Daoull estl;galement chal'gé de l'adnlinistl'alion des fennes du SulLan (.\zih Es Soultan). Ces fermes ou azihs ne sont pas des propriétés pel'sonnclks du Sultan; eUes appartiennent au ::\Iakhzen, mais le Sultan l'na la jouissance pc ,'sonnelle. Ce sont: Une ferme :\ El Iladjl'a EcIl Cherifa, SUl' le SchOll, au nord-est de Fès; la fel'me des ZOllagha, prf's de Dm' Dcbihagh et une autL'e ù Bas El Ma, dans la plaiul' du

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Sais, à l'ouest de Fès. Plusieurs fermes au Cherarda et dans les environs de ~r équinès, de Rabat et de ~Jarra­ kech ; c'est-à-dire qu'il y a des Azibs des sultans dans les environs de toutes les villes où se trouve un palais qui peut être une résidence chérifienne. Ces différentes fermes comprenaient autl'efois entre 'elles plus de mille attelées de labour. Depuis l'avènement de ~roulay Abd El .\ ziz, ces exploi tations avai ent é té presque complète men t abandonnées. Si El Abhas hen Daoud lorsqu'il fut chargé de l'administration des biens du Sultan et du ~Iakhzen, s'occupa de remettre ces fermes en valeur et remit SUI' pied environ trois cents attelées de lahour. Le produit de cette culture est employé pour la noul'riture du Palais, qui consomme une çahfa, c'est-à-dil'e soixante moudds de blé par jour. Comme il s'agit dans l'espèce du moudd de Fès qui contient 32 litres, cela représente pOUl' le Palais une consommation de 1.020 litres de blé par jour. L'orge provenant des récoltes des Azibs du Sultan est utilisée pour les chevaux de l'écuric!)ersonnelle du Sultan. Le surplus des diffél'ents gl'ains provenant de ces récoltes est vendu et le produit de ces ventes versé au Trésor particulier du Sultan, dont il va ètre parlé plus loin. Le Sultan est en outre propriétaire de (luelques immeuhIes qui sont sa propriété personn elle. Ces ma i sons avaient été achetées pour lui il Fès, par son père le sultan ~roulay El Hasan. Ces propriétés personnelles de l'Joulay ;\bd El Aziz sont administl'(;es pal' Si El Hadj Larbi Berirda, un des nadirs des biens I:Ialwus de Fès. Les loyers sont remis par lui à l'Amin El' Rib([a, Si El .Abbas ben Daoud, qui est chargé de l'entretien des maisons.

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e) Trésor particulier du Sultan.
Le sultan n'a pas de liste ciyile. Toutes ses dépenses et celles du Palais son\payées, les unes pal' le Bit El JJ1al, les autres par Dar .\dyil et sont prélevées, pal' conséquent, sur les impùts. Cependant, les Sultans ont un trésor particulier que l'on prétend ayoir été considérable et qui devait, en e11'et, contenir des sommes assez importantes, étant donné qu'il n'est grevé d'aucune charge de dépense. Ce trésor particulier appelé le Bit El Mal Ed Dakhli, le trésor intérieur, est formé principalement des dons faits aux Sultans, selon l'usage qui existe encore, pal' les personnes auxquelles ils donnent audience, qaïds des provinces ou quémandeurs. La somme remise au Sultan varie selon l'importance du personnage reçu et doit être en pièces d'or. Les qaïds appelés à la cour ou les candidats à une fonction ont généralement deux audiences, celle d'arrivée et celle de départ. Une somme en 01' est remise par eux au Sultan à chacune de ces cIeux audiences; la première se nomme Ellv/oulaqa, la l'encontre, l'entrevue; la deuxième El Ouidaa, le congé. Ces sommes sont remises par le ',isiteur au chambellan El Hadjib, qui assiste à l'audience. Le Hadjib compte l'argent et le remet à un Abd Ed Dar, eunuque, qui le porte devant El Bit El Mal Ed Daklzli, la Chambre du Trésor particulier, dont le Sultan a seul la clef. On comprendra qu'il est difficile de savoir exactement où se trouve cette pièce dans un palais où personne ne pénètre. D'après les uns, le trésor particulier du Sultan se trouverait dans l'intérieur même cle sa chambre à coucher, El Bit En Nas; d'après les autres, ce serait une pièce séparée fermant par quatre Serrlll'eS comme le Bit El

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Mal. Il semble assez probable que ce trésor soit enfermé dans une pièce ou plutôt une sorte de cabinet s'ouvrant lui-même dans la chambre à coucher du Sultan. Cette disposition se retrouve, en effet, assez souvent dans les maisons des personnes riches. Le Sultan a seul l'administration et la disposition de ce trésor, dont il n'a de comptes à rendre à personne. C'est non seulement une cassette particulière qui lui permet de satisfaire ses caprices ou ceux de ses femmes, mais c'est une véritable caisse des fonds secrets. Elle permet au Sultan d'acheter bien des consciences, et constitue une réserve, à l'aide de laquelle, en cas de révolution ou de guerre civile, il peut entL'etenir la fidélité des tribus makhzen, des fonctionnaires et des troupes, pour se maintenir contre un prétendant au trône. Ce trésor contient non seulement de la monnaie d'or, mais des pierreries et des perles.
On a certainement toujours exagéré l'importance des sommes mises ainsi en réserve par les Sultans et l'imagination populaire en a fait un véritable trésor des il1ille et une Nuits, de même que du fameux trésor du Tafilelt où seraient entassées toutes les richesses accumulées par la dynastie actuelle depuis près de trois siècles. Cependant, il est évident qu'au conllnencement de son règne, }Ioulay Abd El "\Ziz a dt'! trouver des sommes importantes réunies par son père ~Ioulay El Hasan, à moins qu'elles n'aient été accaparées pal' le grand vizir Ahmed ben Mousa (Da Ahmed) pendant sa régence et ajoutées par lui à l'immense fortune qu'il avait héritée de son père et de son grand-père. La fortune de Ba Ahmed a été saisie à sa mort par le Makhzen, mais on assure qu'une petite partie seulement en est arrivée jusqu'aux caisses du Sultan. On peut avoir une idée de ce que pouvait être la fortune de Ba Ahmed par ce petit fait : au moment de la saisie de ses biens, après sa mort, on a sorti entre autres, de la

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maison qu'il habitait quatre paniers à main pleins de montres d'or et d'argent. Sans avoir jamais eu les proportions flu'on lui a données, le trésor particulier du Sultan n'était certainement pas complètement vide il ya quelques années, puisqu'au commencement de 1905 le Sultan prêtait de son argent personnel 200.000 francs au Bit EL/liai; il s'est remboursé de cette somme SUl' les premiers fonds de l'emprunt allemancl. De plus, on affirme que, sur l'emprunt français de 1904 un chèque de 1 million n'aurait pas encore été touché et qu'il serait entre les mains du Sultan. Il est impossible d'être exactement renseigné à ce sujet, mais tout fait supposer que si, actuellement, le trésor particulier du Sultan n'est pas absolument vide, il doit être loin de contenir des sommes bien importantes. En principe, lorsque le Sultan voyage, il laisse son trésor particulier dans son palais. Les clefs en sont remises à un Amin particulier qui habite hors du palais et (lui ne peut pas y pénétrer, sauf en vertu d'un ordre exprès. Le palais est fenné lui-même et les clefs sont entre les mains du Pacha de Fès EeL Djedid qui est en même temps Bououab, portier, du Dar El llfakhzen. Si, pour des raisons quelconques, le Sultan a besoin de fonds provenant de son trésor particulier, des ordres chérifiens sont envoyés à ce sujet à l'Amin qui a les clefs du trésor particulier et au Bououab du palais. Tous deux se communiquent les ordres qu'ils ont reçus pour pratiquer, en prés ence de deux adoul, l'ouverture du trésor et l' enlt~­ vement des sommes indiquées dans leurs lettres. Un trésor particulier du Sultan doit donc rester dans les palais de Fès, de Méquinès et de Marrakech, de même <lu'un Bit El Mal, de façon qu'en arrivant dans chacune

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de ces villes, le Sultan trouve un trésor particulier et un trésor public. La pénurie financière où se trouve le Gouvernement marocain depuis plusieurs années, empêche forcément la mise en pratique de cette règle; les trésors publics sont tous également vides dans les trois capitales et ce qui reste du trésor particulier est à Fès 1. Lorsque le Sultan voyage, il emporte avec lui ce que l'on appelle El il1al Eç Çam (le trésor de route) qui est prélevé sur le Bit El Mal. Dans les circonstances troublées, lorsque le Sultan quitte une de ses capitales, il emporte avec lui non seulement El iv/al Eç Çam, mais également son trésor particulier, ct même tout ce que peut contenir le Bit Elillal. L'état financier du Gouvernement marocain depuis quelques années et le manque absolu d'argent dans les caisses du Trésor, malgré les emprunts contractés, ont forcément simplifié encore les règles et les traditions en usage relativement au Bit El Mal, au Bit El JVJal Ed Dakhli et au Mal Eç Çam; lors du départ de ~Ioulay Abd El Aziz pour 11a1. Outre ce qui constitue ù pmprement parler ce trésor particulier du Sultan. il se trouve dans les diJfél'ents palais, ù Fès. ù Marrakech, il Rabat, ù Mérluinôs, de grands magasins où sont entassés les nombreux cadeaux faits aux Sultans pal' les ambassadeul's des difféi'entes nations. Les ambassades se faisant le plus généralement à Fès. e'est dans les magasins du palais de cette ville rlue se tl'ouvent certainement en plus grand nombre les objets envoyés aux Sultans pal' les gouvemements d'Europe. Sans parlel' des bijoux qui étaient placés immédiatement dans le trésor particulier du Sultan. ni du chemin de fer Decauville apporté au sultan Moulay El Hasan en 1886 ou 1887 pal' le baron \Vetnal, ministre de Belgique. ni du canot électrique apporté en 188!) pal' M. Patenotre, il doit se trouver encore de vél'itables richesses en porcelaine de Sôvres. en tapisseries des Gobelins ct en objets artisti'lues de tous les pays. I! est il craindre malheureusement que beaucoup de ces objets ne soient brisés ou détériorés. ct il y en a eu certainement de vendus, puisqu'il y a une trentaine d'années. M. B... un israélite de Tanger qui accompagnait une ambassade fran(;aise ù Fôs, a pu racheter au Mellah de celle ville une partie d'un très beau serviec de porcelaine de Sèvres du premier Empire qui très probablement pl'Ovenait des magasins du Palais.

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hat, le 12 septembre de cette année, le Sultan n'a certaiIll'ment pas laissé d'argent à Fès, et ce qu'il a pu empol'tel' avec lui ne doit pas êtl'e considérable.

En résumé, l'organisation financière du ~Ial'oc n'a d'autre objet que de faire rendl'e au pays ce qui est nécessaire au seul entretien du gouvernement, du :Makhzen; elle ne s'occupe pas d'appliquer une part des l'evenus il l'augmentation progressive du bien-être des habitants et de leurs ressources 1. Elle devait donc amenel' tôt ou tard la ruine du pays. Ce moment a été hàtê pal' l'ouverture suhite (lu pays à la spéculation eUl'Op{~enne qui a détmi t l'équilibre linanciel' du ~IaI'oc, en mettant sans pl'épal'ation ses linances, p,'opol'tionnées il ses besoins restreints et il sa vie spéciale, en conunllnication avec les finances européennes, basées Slll' des conditions sociales absolument dilI'<~rentes. En outre les événements qui ont mis le Gouvernement mal'ocain en relations de pills en plus fl'6tpH'ntesavecl'Europe, ont augmenté ses besoins, f'l ceuxci n'ont pas tardé il se tl'ouver tout il fait hors de propol'tion an~c les ressoUl'ces qu'il pouvait tirer d'un pays dont les moyens de (1l'oduction lÙI\'ail'nt jamais été développées. Il faut bien ajouter que les procédl~s concussionnaires des fonctionnaires mal'Ocains ont été pOlit' beaucoup dans la l'II i ne rapide du pays. Sans doute. les l'Monnes Gnanciôres peuvent apporter
1. Voiei, d'apri's le gl'and vizi,' Si Fedùoul Ghal'llit, la J'onnule du dpe gOllvcI'IIClllentnl m;1I'oenin : " Il l'aut plumer le (:onll'ihunhle eomme on plnl11el'ait llne poule. Si le contl'ihuable f;'el1l'ichil, il f;e révolte, "
[1I'Ùl-

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un remède à cette situation, mais il semble qu'elles resteraient inefficaces sans les réformes morales qui, seules, permettraient de faire mettre en valeur les richesses naturelles du pays pal' ses propres habitants, En augmentant les charges du :Maroc et ses dépenses, en achevant d'hypothéquer tous ses revenus, sans donner ù ses habitants les garanties d'existence qui, seules, permettent le développement du travail et de la production, on eisquerait de hâter sa ruine détlniti ve sans profit pour personne. Les réformes financières seraient certainement impuissantes, et même dangereuses, sans la garantie nècessaire des réformes sociales.
ED,
~I1cHAux-BELLAmE:

l

ARCH. MAROC.

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DESCRIPTION DE LA VILLE DE FÈS

(l)

INTRODUCTION

Ayant de décrire la ville de Fès, il peut lHre utile de rappeler brièvement son origine. Son histoire a été racontée très souvent, non seulement pal' les auteurs arahes, mais par plusieurs auteurs européens. Le résumé le plus complet de cette histoire, et le plus agréable à lire, est certainement celui qu'a publié l'année dernière ~r. Caillard, consul de France à Fès, Dans ce travail, entièrement basé sur l'étude approfondie des textes et sur des observations personnelles montrant une grande expérience locale, on voit très clairement la ville de Fès naître et grandir il travers les siècles sous les différentes dynasties qui se sont disputé le Maroc. On voit se former, au milieu des luttes et des compétitions qui ensanglantaient le pays et souvent la ville elle-même, cette société composée des éléments les plus divers et parfois les plus disparates, et qui est devenue petit il petit la bourgeoisie de Fès, savante, commerçante, intelligente, active et riche: la seule population de tout le ~Iaroc, après tout, dont l'intellectualité se rapproche de la nôtre et qui, clerrière son apparent fanatisme pour Moulay Idris, cache surtout la ferme volonté de faire ses affaires elle-même, et de rester maîtresse chez elle. Les gens de Fès veulent hien
(1) Documents recueillis par MM. G. Salmon et E. Michaux-Bellaire, il
Fès, en 1906.

DESCRIPTION DE LA VILLE DE FÈS

2,,3

travailler avec nous, ils ne veulent pas être remplacés par nous, et certainement ils ne seraient pas ennemis de CCI'taines réformes apportées par notre civilisation, s'ils avaient la certitude de trouver une place dans l'organisation de cette civilisation et de n'être pas éliminés pal' elle. Fès a été bâtie vers 192 de l'hégire (S08 J.-C.). D'après le Roudh El Qarlas, traduction Beaumier, "Moulay Idris bâtit d'abord les murs de l'Adouat El Andalous, où il avait campé en arrivant dans la vallée de l'Oued Fès, sur la rive droite de cette rivière, et un an après commença les murs de El Adouat El Qaraouyin. :l\1oulay Idris II était fîls de }[oulay Idris ben Abdallah El Kamel hen El Hasan ben El Hasan ben Ali ben Abou Taleb. Moulay Idris 1er , après la bataille de Fadj, en Arahie, 8 doul hidjdja 169 (786), où les descendants d'Ali furent en partie détruits par les Abhassides, s'enfuit avec son serviteur Er Hachid, et parvint au "Maroc en 172; il s'arrêta dans le Djebel Zerhoun ft Oualili (Volubilis), où il fut reçu et proclamé par l'émir Abd El ~Iejid, de la tribu des Ouaraha, et par plusieurs tribus berbères. Il ne tarda pas ft étendre son pouvoir dans le pays, convertissant de gré ou de force les Chrétiens et les Juifs qui s'y trouvaient en grand nombre.Mais il fut empoisonné sur l'ordre d'Haroun Er Hachid, par Soliman ben Djeris, envoyé ft cet ell'et de Bagdad. Il mourut en 177 (793), laissant sa femme, Kinza, enceinte de sept mois. Son fîls, Idris ben Idris, auquel on donna le prénom d'Abou El Qasem, naquit le 3 redjeb 'l77; il fut proclamé ft onze ans, en 188, et porta, comme son père, le titre de « Imam )). Son pouvoir s'étendant chaque jour et la ville d'Oualili étant devenue trop petite, il choisit, pour se construire une nouvelle résidence, la vallée où Fès s'élève depuis près de onze cents ans.

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AHCHIVES MAROCAINES

L'ARRIVÉE A FÈS

LOI'squ'on arrive à Fès pal' la grand' route du ~rakhzen, on entre dans la plaine du Saïs ct dans la vallée de l'Oued Fès, nll village de « Ed Douïat (les petits dangs). Après avoir passé ce village, la route (le Tanger se confond nvec celle venant de ~requinès ct les deux routes l'éunies forment une seule voie très large, nullement entretenue d'ailleurs, si ce n'est par le piétinement des hommes et des animaux. La route se dirige en ligne ù peu pl'ès dmite vers la ,oille, allant de l'ouest il l'est. On laisse delTière soi, vers le nord-ouest, les montagnes de El Qanoufa et de Zerhoun, au sud-ouest les montagnes des Beni Mtir. La route est sur la rive gauche de l'Oued Fès dont les sources !tas El ~Ia) restent un peu en arrière, ft main droite. Du même côté, les montagnes de Bhalil, au bas desquelles se trouve Sefrou, et la citadelle de (( El ()alaa )), iuvisihles toutes deux, les montagnes des Aït Coussi, et, au loin, les cimes neigeuses des Beni Ouaraïn; il gauche, tout IH'ès de la route, la montagne de « Tghat n, au pied de la(Jllelle se trouve le dernier village avant Fès, la (( nzala )) 1 1"arradji. Elle tire son nom du (laïd ni~gre Fal'radji, gouverneUt' de Fès Ed Djedid, sous Sidi }Iohammed, qui avait créè cette (( nzala)) pour pl'otéger les voyageUl's entre Fès et Ed DouYat et permettre aux caravanes attard(;(~s d'y passer la nuit sans se risquer, 8près le coucher du soleil, dans les alentours dil'ects de 18 ville, qui sont inrest('~s de maraudeurs.
»)

1.

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Nzala " de

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des(;endre (de cheval), faire

halle.
pOUf'

Gîte>', nom donné au M:ll'OC aux villages désignés par Je Malihzen y passer la nuit en cours de roule,

DESCRIPTION DE LA VILLE DE Fi,s

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C'est il la nzala Farradji que les ambassades européennes passent leur dernière nuit avant d'entrer il Fès; c'est là que, le lendemain matin, viennent à leur rencontre les gl'ands officiers de la Cour, pour leur souhaiter la bienvenue de la part du Sultan et les accompagner jusqu'au palais de Bel Madani Bennis, en pOlnpeux cortège. Au fond, il gauche, le Djehel Zalagh, qui domine Fès au nord-est. Cette montagne, d'après Es Salaoual El An/ras, s'appelait autrefois Ed Djehel Dill, la montagne de l'ombre. Au fond de la route, en face, les hauteurs de El Anq Ed Djemel, le cou du chameau, sur la route droite du Sebou, derrière la ville. Après avoir dépassé un peu la nzala Farradji, et franchi une petite ondulation de tel"rain, on aperçoit Fès devant soi. L'arl'iH~e il Fès par la route de la nzala Farradji a été si souvent décrite, qu'il est inutile de recommencer cette descri ption. Cependant, on peut redire encore que l'apparition, pour ainsi dire soudaine, des vieux murs crénelés qui coupent l'horizon de leur haute hande grise et d'où se détachent, plus hautes encore, quelques tours avec les silhouettes de quelques minarets, est d'un etret grandiose donnant bien l'impression de quelque chose de mystérieux et de ferrné qui ne se livrera pas sans ell'ort8. A dmite, il quelques kilomèLl"es sur la l'ive droite de l'Oued Fès, s'étendent les jardins de Ed Dar Ed Dehihagh, maison d'été du Sultan, où il se l'end d'ailleurs rarement. Ce domaine, de médiocre étendue, ne comprend pas de hàtiments suffisants pour l'installation complète de la Cour. Ed Dar Ed Dehihagh, dont la traduction est: « la maison du petit tanneur », était connu sous ce nom au dixième siècle de l'hégire. Léon l'appelle « Dar Dubag.)) 1.
1. Ed Dar Ed Debibagh. On dit que ce nom proviendl"ait de celui des

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ARCHIVES MAROCAINES

A la mort de ::\Ioulay Ismaïl bel f:hérif El Alaouï El Filali, ses fils se disputèrent sa succession et l'un d'eux, ~Ioulay Abdallah, généralement considéré comme ayant succédt', il son père, quoique cette succession lui ait été disputée jUSflll'il sa mort, avait installé son camp il l'endroit dit Ed Dar Ed Debibagh, en lHi~ de l'hégire. Il occupa Fi's Ed Djedid, mais ne panintjamais il occuper Fès El Bali. En '1159, après un soulèvement de la ville de Fès appuyé pal' les Berbères commandés par ~Iohammed Ou Aziz, et par les Arabes du Gharb commandés par El Babil) El SIa!ki, Moulay i\bdallah ayant su semer la division entre les Berbères et les Arabes et se débarrasser de cette coalition, les gens de Fès lui demandèrent la paix, qu'il leur accorda à certaines conditions, entre autres qu'ils lui remettraient toutes les céréales emmagasinées pal' les .Arabes dans la ville et qu'ils démoliraient les maisons appartenant il Cf'S Arabes dans la ville pour reconstruire lllle ville il Ed Dar Ed Debibagh avec les matériaux provenant de ces démolitions. Les députés de Fès demandèrent il consulter avec ceux qui les avaient envoyés, rentrèrent dans la ville et en fermèrent les portes. Les désirs du Sultan ne furent donc pas exécutés et la ville qu'il voulait élever il Ed Dar Bd Debibagh ne fut pas bâtie. ~Ioulay Abdallah mourut il Bd Dar Ed Debibagh le 27 safar de l'année t'171 et fut enterré il Fès Ed Djedid, dans la mosquée qu'il avait fait bùtir et qui porte son nom. Les successeurs de Moulay Abdallah négligèrent Ed Dar
anciens propriétaires de cet endroit, qui étaient des Chorfa Idrisites de la branche des Debhaghyin, descendants d'lsa ben Idris. Ces Chorfa, qui habit,aient Salé, revinrent à Fès au commencement du neuvième sièeie de l'hégire (SAUJON, A.rch. mar., v. 1, p. 4-1;;). Le diminutif" Ed Dehihagh" tirerait son origine de ce que cette propriété était entre les mains d'un jeune chérif" Debbaghyin ", que l'on appelait" Debib<Jgh " au moment où elle a été occupée pal' Moulay Abdallah pOUl' la premièl'e fois.

DESCRIPTION DE LA VILLE DE FI~S

21,7

Ed Debibagh, qui fut restaurée pal' }[oulay El Hasan, qui Ù 1"ôs. Son fils, .Moulay Abd Ell\ziz, le sultan actud, avait voulu, en J9()2, à son retour de ~Iarrakech, relier Ed Dar Ed Debihagh au palais de Fôs Ed -Djedid par un petit chemin de fer ù voie étroite. La voie fut étahlie pal' les soins d'un ingénieur français, les deux ou trois voitures et la petite machine apportées à grands t'rais de Larache, mais le jeune sultan dut 1'(~nonceI' au plaisir' qu'il se promettait de voyage!' en chemin de fer pendant 3 kilomètres, devant l'intolérance de son peuple, qui considérait cette innovation comme le premier pas vers une civilisation qui lui est repI'ésentée comme l'ennemie de l'Islam.

y allait quelquefois pendant ses séjoul's

Sur la droite égalernent de la route, on aperçoit les murs du Palais du Sultan dépassés par le minaret de la mosquée de Lalla Amina. ;\ gauche sc trouve la me~~al1a de Fôs Ed Djedid. Cne me('al1a est un matoire en plein vent, <lui se compose ll'un mur dans!<'quel se trOll\'e pratiqué, du côté de l'est, un « mihrab)) comme celui des mosquées, Ù coté duquel, sur la droite, se trouve une petite chaire composée simplement d'un escalier et d'une plate-forme. et qui sert de « menbar ), endroit élevé où se dit « El Khotba 1 )J. La prière des deux fêtes de l'Aïd El,: Çghir, il la fin du Hamadan et de l' "\ùl El Kbir (fôte du mouton) se fait le matin ù la me('alla: c'est lù qu'à l'Aïd El Khir est égOl'gé le premier mouton sacrifié pour la fôte. C'est ù la me<:al1a de Fès Ell Djeclid que se rend le Sultan aux deux fêtes précitées. Il s'y rend également à la fête du ~[ouloud (naissance du Prophète) 2, dans la matinée, ruais il n'y a
1.

~~\ sermon ou allocution du vendredi prononcée par rImam qui

est en même temps Khatib. Chaque mosquée a un Imam, mais n'est Khatih que l'Imam des mosquées où se prononce la Khotha du vendredi et des fêtes. 2. Date de la naissance du Prophète. D'après le Roudh El Qarlas, la

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ARClJIVES MAROCAINES

pas de prière parLieulit~I'e il celle fl\Le auLl'e que « El ~'ro\ll­ dia » (lue les Lolha réciLent dans les di1férentes mosquées depuis le premier jour de Habi En Nahaoul et qu'ils LeL'minent le douzième jour de ce mois. llui e'st le jour de « El ~Jouloud », naissanee du Prophète. La sOl'Lie du Sultan il la meçal1a, le jour de ceLte f(\te, n'a (lollc pas pOUl' objet une prière, mais de se monll'er au peuple le jouI' de la naissance du Pt'ophôLe, pt de l'l'ee\'oir ks hommages Iles tribus fidMes qui lui sont présl'nLél~s les unes aprt's les allLI'(~s par 1(' (jard El Sleehoual'. C<'tlt, « m(,l,:alla est appel(,(, nH'çal1a de Fi's Ed Djedid, ou d(' Ell Dar ~rakh­ zen, ou du SulLan ; il Y a il Fès ulle auLn' « 1Il1'çalla » pOUl' Fès El Bali, c'l~st-il-diJ'(' pOUl' la "ille de Fès, qlli sr' LL'OU"I' il l'l'st de la villl', en dellOl'S d(~ Hah El Ft)Louh.
1)

l'u peu a"allL d'aITi"t)L' il la hauLe'ul' dt) la ILH'('alla, la rouLe, il l'endroit appdé ()hilH't Es SnH'nl, SI' p~\I'Lage ell deu" bJ'andl('s : rUile, loug('aILL Il's nlllrs?u palais, eulre dans la ville pm' Bab Es S('gma; l'auLre prend SUl' la gaueiJe, pass(~ au bas de la me<,:alla, il droiLe, longl~ant des lIlur,., bas, dt) eonsLI'lLction ancj(~lI1J(', qui sont il sa dl'oit(,. Ces mm's, qui formaient autrdois un(~ gl'andl' enceinte cant'e, sont appelé'''' communément « El"' (:al'ij le bassin. On dit COllUllunément qu'il y avait lù un bassin construit pal' l('s ~Jérillicles eL qut) ces hassins daienL l'emplis pal' le IIloyen d\1Iw roue il eau en cuin'e (En NbL'as) qui y anwnait l'eau de l'Oued Fès. Ils sel'vaient il arroser d('s planLations potagt~rl~s qui se trouvaient il cet endroit. La l'Olle' aurait été déLruite pal' ~I()ulay (,.,ma'll et les bassins aban)J,

célélmliion solennelle de ceLte f,'le ful décrétée au Maroc et fixée au 12 du mois de !'abi el aououel, nomml) depuis « En Nabaou'j ", par Abou Yaqoub Yousouf En Nacel' li Din Allah El l\lerini, en 6!H de l'hôgire. 1. La petite hauteur du Leurre, La route, depuis ccl endl'Oit jusqu'à l'intérielll' de HaL Es Segma, est connue sous le nom de ()hiLeL Es Smen, C'esl 1:\ CJue les cavaliers du l\lakhzen eL des triLus se livrent au " lah el haroud " les jours de t'ôte.

DESCRIPTION DE LA VILLE DE FI~S

;l!5!)

donnés. On arrIve ensuite il un cimctière (raouda) entouré également d'un mur, où se trouycnt d'anciennes sépultures dont la plus impol'tante est celle connue vulgairement sous le nom de Sidi Amira : c'est un Illarabout recouvert d'un toit en tuiles vernies vertes. D'après Es Salaoual El Anfas, ce Sidi Amira ne serait autre que Sidi Omeïr ben ~leçab ben Khaled ben Hartama, fils de l'émir Yazid, fils de l'émir EI..\Iouhalleb ben Ali Cefra El Andalousi El Azdi, qui était vizir de ..\Ioulay Idris Il. D'après les uns, ce personnage serait enterré aux Beni Bahloul, entre l'Oued Fès et l'Oued l\Iekkes. D'après les autres, près de la source qui porte son nom. Quelques-uns prétendent que son tombeau se trouvait près de l'endroit occupé aujourd'hui par la nzala Farradji, qu'il était considérable et qu'il en reste il peine quelques vestiges.
Un peu au-des:ms de la me~~alla, à gauche, se trouve le cimetière européen. Ce cimetière n'a été concédé aux Européens pal' le Makhzen qu'en 1902. Jusque-là, les chrétiens qui HlOUraient il Fès t)taient enterrés à « Ed Dhar El l\Jheraz » (la colline du mortier, pièce d'artillerie), au cimetière établi il cet endroit pour recevoir les Juifs morts hors de la ville et que les coutumes Hlusulmanes, qui interdisent l'introduction d'un cadavre dans Ulle Yille, ne permettent pas d'entener au cimetière juif placé il l'intérieur des portes de Fès Ed Djedid. Le nouveau cimetière européen a été inauguré peu après sa concession. par le nlÏ~~~~5-!nnaire anglais, le.9.9z. teur Cooper, lâchement assassl'né par un fanatique devant la porte de la mosquée de Qaraouyin, tandis qu'il y marchandait des nattes de Babat, dont le marché se tient à cet endroit tous les vendredis. Il a été suivi quelque temps après par M. Yerdan, affi-

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ARCHIVES MAROCAINES

ciel' anglais au service du Sultan, qui se tua en tombant d'une terrasse où il aidait au gonflement d'un ballon que l'on voulait lancer pour une fête, La mère du vice-consul anglais, morte en 1898, ct qui avait été enterrée à Ed Dhar El }lheraz, repose également au cimetière européen où elle a été transportée. Cette année, le cimetière a ['eçu la petite fille de 1\1. Campini, officier italien, employé il la fabrique d'armes du Sultan, le major Ogilvi(\ officier anglais, au service du Sultan comme instructeur de cavalerie, et qui est mort dans les premiers jours de juillet, et le jeune enfant d'un Français établi depuis peu il Fès. On y trouve également la tombe d'un sous-officiel' anglais. Le cimetière européen n'est pas entouré de nwrs, afin, dit-on, de ne pas aui['e[' l'attention ct de passer inapel'çu. Pour avoir, avant d'entrer à Fès une vue d'ensemble de Fès El Bali, il ne faut pas entrer dans la ville par Bah Es Segma, ni par Bab El ~\rharouq, mais continuer la route de gauche qui se sépare de la voie pl'incipale à (( Qbibet Es Smen )) ct la continuer en dehors de la ville jusqu'à Bah El Cuisa ~\. Cette route traversant un terrain où se trouvent d'anciens silos abandonnés, dont les ouvertures béantes constituent un véri table danger pour les passants, laisse il main dl'Oite la Qaçbat Ech Cheranla dont on aperçoit de loin les murs en découvrant Fès. Cette qaçba fut construite pal' ~Ioulay Bechid pour les Cheraga, puis fut hahitée par les Oudaïa et, après la dispersion de ces tlerniers, par ~Ioulay Abd Er Bahman, fut occupée par les Cherarda, dont elle porte actuellement le nom. On l'appelle également Qaçhat El Khemis du nom du Souq El Khemis, qui se tient les lundi et jeudi (El Khemis) en dehors de cette Qaçbat, le long de la muraille nmd pour le bétail, ct de la muraille est pour les chevaux, les mules et les ânes; le

DESCRIPTION DE LA VILLE DE FÈS

marché s'étend vers l'est, jusqu'à Bab El ~[harouq. La Qac;bat Ech Cherarda avait auteefois deux portes, l'une en face de Bah El ~[harouq, l'autre s'ouvrant en face de la plaine du Saïs. La première est aujourd'hui murée. L'intérieur de la Qa~'hat Ech Cherarda est loin de cOlTespondre il la hauteur de ses mur[lilles et à l'élégance de sa porte crénelée garnie de moulures et de mosaïques de faïence, ([ui s'ouvre entre deux tours carrées. En pénétrant sous cette porte, on rencontre devant soi un deuxième mm' qui, f[lisant un angle sm' la gauche, rejoint la porte et oblige à tourner à droite pOUl' continuel' son chemin. On suit ainsi SUI' la droite entre les deux murs, et on rencontre, sur la face sud du mur intérieur, une porte qui donne accès dans une enceinte cal'rée où se trouvent des silos. En continuant la route entre les deux murs, on arrive à un endroit plus large où se trouvent quelques « nouaïl )) (gourbis), qui servent d'hahitation. On laisse à droite la Qa~'hat Ech Cherarda, la route qui, traversant le Souq El Khemis, conduit à Bah El ~lharouq et, continuant tout droit pal' une route rocailleuse, arrive au « bastion )) nord, dit « El Bestioun El Bah El C uisa )). Ce fort, comme celui du sud « El Bestioun El Bah El Fetouh )), fut bâti en 990 de l'hégire, par ,\hmed El ~Ian­ sour Es Saadi. Tous les deux furent hâtis par des esclaves chrétiens qui employaient sans doute le nom de « Ibstion )) pour désigner les constructions qu'ils élevaient, et ce nom leur est resté en devenant le mot arabe « El Bestioun )). Comme le fait remarquer M. Gaillard dans son intéressante étucle sur Fès à laquelle sont empruntés ces renseignements: « Ces deux fortins dominant l'un Bab « Fetouh, l'autre Bah El Guisa, semhlent plutùt destinés à « dominer Fès qu'à le défendre. )) Au point de vue straté-

2ti2

ARCHIVES MAROCAINES

gique, ces deux forts, dominés de toutes parts, n'ont en e(l'et aucune valeur, si ce n'est pour réduire la ville, encore faudrait-il pour cela y placer une artillerie pIns moderne que celle qui s'y tt'OUVE' et qui ne se conJIlOse que de quelques vieilles pièces de petit calibre, SUI' des afl'ùts brisés, ou sans afl't'tts. Il peut être intéressant de remarquer que It~ mot de « nestioun », employé pOUl' désigner les deux forts de Fès, est porté également pal' un village du Djebel (:an,'al', et, par une coi'ncidence singulit\re, le village voisin de C('lui de « El Hestioun » s'appelle « El Guisa » ~\. On peut suppose!' que ces noms ont été donnés il ces deux localités par des compaguons de Sidi El '\[ezouar, en souyenir' de la ville qu'ils avaient quittée, et des Choda Id!'Îsites lorsqu'ils durent s'enfuir de Fès devant .\lousa beu Abi El .\fiya, en 31:1 de l'hégil'e, ct (\u'ils s'établi l'ent dans l('s Illolltagnes voisines de 1lad jar En :\'u<,'r, où s'était réfugié Sidi El Slezouar et où se tl'ouve actuellement un tOIllbeau dans la tribu des Soumata. Apl'('s avoir dépassé le « Bestioun », q uOlque la route ne se soit pas sensiblement élevée, on découne devant soi, en contre-bas sur la droite, le panorama de Fès El nali, qui se déroule en suivant la pente de la vallée de l'Oued Fès. Le coup d' œil estl'éellement admirable et d'une originali té saisissante; la prerllÎôre impression est celle d'une grande nappe blanche fOl'luant un creux vel'S le milieu camille un vaste pli et s'étendant en longueur; puis on distingue les terrasses des maisons s'étageant, serrées les unes contre les a Il tl'es, sans la issel' voi l' les rues <J ne l'on devi ne il pei Ile; les toits verts des mosquées et des sanctuaires forment des taches plus sombres et les minarets calTés apparaissent, les uns élancés, blancs et ganlis de mosai'ques de fai'ence, les autres trapus et gr'is, perdus au milieu des maisons plus.

DESCRIPTION DE LA VILLE DE l''l~S

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-élevées. Au sud et à l'est, les jardins de l'intérieur des murs, se confondant avec ceux du dehors, prolongent la ville dans la verdure. Ce qui rend tout particulier l'etret produit par cette grande ville que l'on a sous les pieds, .devant soi, c'est le silence profond. c\ucun hruit, aucune rumeur, aucun bourdonnement. N'étaient-ce les <}ll('lques silhouettes de femmes que l'on peut apercevoir allant et \'enant SUl' les terrasses, il semblerait que l'on est en face d'une ville abandonnée. C'est que la vie à Fès est en bas, dans les rues étroites et profondes, dont on SOup<,'OIllle Ù peine le tracé en regardant, d'en baut, les terrasses des maisons qui paraissent tenir toutes les unes aux autL'es. ;\ droite, on aperçoit la carcasse en bois du dôme qui recouvrait, à Souïqet Ben Safi, la maison du .:Uennebih, l'ancien ministre de la GuelTe du Sultan dont il était le favori. A la suite d'aventures qu i sont bien connues, Sid El Hadj El ~Iennehih, retiré à Tanger sous la protection de l'Angleterre, vit paisiblement en administrant son immense fortune. Sa maison de Fès a été acquise par le }Iakhzen, et se délabre. Puis, dans le Derh El HOITa, avec une apparence de palais italien, la maison du Hadj El Maati Ed Djamaï, ancien khalifa de son frère Sidi }fohannned bel }Iokhtar, qui était grand vizir de }Toulay El Hasan, et qui vil: encore, complètement paralysé depuis des années. El Hadj El }[aati arrêt<~ par le gl'and vizir Ba Ahmed, à }Iequinès, en '18911, est Inort en pl'ison à Tétouan.l'n peu sur la gauche, au Fondaq EIYhoudi, la maison de son frère Si Mohaullned Eç Çghir, ancien ministre de la Guerre, sous }Ionlay El Hasan. ArrMé en même temps que le IIa<lj El ~Iaati, Si }Iohammed est encore en prison à l'étouan. Cette maison appartient aujourd'hui à Cheikh Et Tayi, ministre cles Finances. Au loin, à droite, El Betha, qui a l'air d'une immense remise, c'est là en efret <lue se trouvent les voitures auto-

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ARCHIVES MAROCAINES

mobiles du Sultan; mais il s'y trouve également un palais qui est relié à Fès Ed Djedid par les jardins de Bou Jeloud, puis la maison du Hadj Othman Et Tayi, le favori actuel; il càté, le consulat de France, le « Bestioun )) de Bab Fetollh; la .Meçalla de Fès El Bali, le cimetière de Bab Fetouh, hol's de la ville où se tl'ouve, sur la gauche, le marabout de Sidi Ali bel llarazem, reconnaissable à son toit en tuiles vertes, puis Bab Fetouh et le cimetière intérieur où se trouve, entre autres tombeaux illustres, celui de ~roulay ;\li ben A.li Ghaleb Eç Çarioui qu'il ne faut pas confondre avec ~roulay Ali ben Khlef ben Chaleb El ()oreïchi, entené à El Qçar. Le peuple les confond sous le nom de ~Ioulay Ali Bou Chaleb. Au bas du cimetière, en redescendant vers le centre de la ville, on aperçoit en face de soi le portail monumental de la mos(luée « El Andalous » avec son auvent si curieusement sculpté. Sur la gauche de Bab Fetouh, les oliviers de Cuerouaoua et les jardins du Keddan. Au centre de la ville se détache ':...le haut minaret de la mosquée d'Er Hesif, puis plus PI'(~S, sur la gauche, la mosquée de « El Qaraouyin» que l'on reconnaît aisément à son minaret assez bas et d'une form!' particulière, recouvert d'une sorte de petit dàme en maçonnerie sans aucun ornement, et d'un effet lom'd et disgracieux. Le peu de hauteur de ce minaret est absolument hors de proportion avec les dimensions de la mosquée El Qaraouyin. Enfin, un peu à droite de cette mosquée, on aperçoit devant soi la qoubha en tuiles vertes et le minaret orné de mosarques de faïence de même couleur, du sanctuail'e de Moulay Idris, où le fondateur de Fès est très probablement enterl'('. La certitude n'est en effet pas absolue à cet égard, et Ed Doumiaty et El Bernousi 1 disent qu'il est enterré au1. Cf. Archives marocaines, mai 1\)05, vol. III, no 3: G. Culte de Moulay Idris ", p. 4H.
SALMON,
«

Le

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2(;5

près de son frère Moulay Idris ben Abdallah El Kamel, au sanctuaire de Zerhoun. Quoi qu'il en soit, personne aujourd'hui n'émet de doute que le corps du fondateur de Fès ne soit enterré dans la Zaouya qui porte son nom, et quiconque oserait le contester publiquement serait mal venu. Ce (lui est particulièrement curieux à étudier, en effet, c'est le culte empreint de toutes les superstitions et tout à fait entaché d'idolàtrie dont ~[oulay Idris est l'objet de la part des gens de Fès. Pour eux, }[oulay Idris n'est plus le descendant du Prophète, le fils de celui qui a définitivement étahli l'Islam dans le ~[aghrib, c'est le génie même de Fès, la puissance surnaturelle qui en fait une ville uniq ue au monde et fait de ses habitants des gens supérieurs à tous les hommes. Ce culte est, d'ailleuf's, relativement récent et ne s'est pas continué à travers les siècles depuis la mort de celui qui en est aujourd'hui l'objet. Après la chute des Idrisites, sous le règne des Zenata, des Morabitin (Almoravides) et des Mouahhedin (Almohades), c'est-à-dire pendant plus de trois cents ans, de la fin du quatrième au huitième siècle dl' l'hégire, le tombeau de Moulay Idris fut com pIètement oublié et la Zaouya tomba en ruines. Ce n'est que sous les Mérinides que le sanctuaire fut reconstruit, mais ce ne fut qu'en SU (H37 apI' ..J.-C.) que l'attention fut de nouveau attirée sur cet édifice, pal' la découverte que l'on prétendit y avoir faite du tombeau de Moulay IdrisI. De cette époque date ce culte singulier qui a presque dégénéré en une religion nouvelle. Par une coïncidence singulière, c'est également sous les Mérinides que la population musulmane de Fès a été augmentée d'un grand nombre de
1. Archives Marocaines, vol. III, n° 3, n. 144, " le Culte de Moulay Iùris n,

par G. Salmon, mai 1905.

.

266

ARCHIVES

~IAROCA(NES

Juifs convertis, lorsque Yaqoub ben Abd El IIaqq ayant construit le "Ylellah obligea à venir y résider ou à se faire Musulmans les Juifs qui, jusque-là, habitaient la ville et y possédaient de nombreuses maisons. Cette population juive convertie, dont la descendance, aujourd'hui très nombl'euse, fOl'lne ce que l'on appdle les gens de Fès « Ahl Fès », (~st justement la plus fanatique du culte de }[oulay Idris d semble en faire l'objet d'une religion spéciale dans laquelle l'Islam entre pour bien peu de chose. En un lllOt, :Moulay I(1t-is est devenu le dieu des Pharisiens de Fès. Il est aussi l'objet de la vénération Jlrofonde de tous les :\fusulmaus et tous les endroits des routes qui conduisent il Fès d'où l'on aperçoit POUt'la premi('l'e fois le sanctuaire pl'ennent le nom de « ::\Iezal'a de ::\Ioulay Idris »), c'est-àdi l'e le point où commence il s'accolll plir le pèlerinage, pal' le fait que l'on voit l'endroit sacré et qu'on peut l'ÎllYoquer en le reganlant. Sur la gauche de la route, se trouvent des fours il chaux où des ünes apportent journellement des chal'ges de feuilles de palmiers nains (Bd Doum) qui servent il chaufrer les fours. Ces feuilles de palmiel's nains sont entassées en meules auprès des fours. La route tourne ensuite sur la gauche, laissant il sa droite la colline que le Djedoual El Iqlibas appelle Ed Djebel Zafran et que les auteurs arahes appellent égakment El (Jalla, la colline. SUL' cette hauteur se trouvait autn~fois le palais ou la forteresse des.\lél'inides, El ()~~al' El ::\[erinyin. De ce Q(:al' il ne reste plus rien, mais plusieurs sultans Mérinides avaient dé enter['('~s dans sa mosquée. D'après M. Gaillal'd, les l'lI ines de ce « Qçal' El.\[erinyin» sont encore visihles. L(ion l'Africain [Jarle de ce palais, «( du côté de Frémontane, (lit-il, sur un assez haut coteau,

DESCRIPTION DE LA VILLE DE FI~S

267

là où se peuyent voir plusieurs et diverses sépultures d'anciens rois de ln famille de Mérin », Quatre tombeaux en ruines, connus sous le nom de « Qbab El J\lerinyin », sont encore visibles. Les auteurs ne sont pas d'accord sur les noms de deux des Sultans mérinidcs enterrés il cet endroit. :\1. Gaillard, d'après le Kitab El Istiqça, indique: Abd El Aziz ben Aboul Hasan, mort à Tlemcen en 794 ; Aboul Abbas ben Abou Salim, mort à Taza en 7~)6 ; AbdE! Aziz ben AboulAbbas, son fils, mortà Taza en 799 ; Abd El Haqq ben Abou Saïel, égorgé à Fôs. Il est hors de doute que ces différents Sultans ont été enterrés, COlllme le dit le Kitab El Istiqça, « dans la mosquée de leur qçar.», mais d'après Es Salouat El Anfas, les quatre tombeaux dont les ruines sont encore très visibles et qui s'élèvent SUl' El (:lolla, à proximité et en dehors de Bab El Cuisa, il gauche en sortant de la ville, seraient ceux de quatre sultans mérinides qui sont les suivants: 1 Au sommet de El Qolla, le sultan Abou Salim, Ibrahim ben ;\bi El Hasan ben Abi Saïd, père du sultan Aboul Abbas Aillned, proclamé le vendredi du milieu du mois de chaaban 760 de l'hégire et assassiné le jeudi 21 doul qaada 76'2. Le Djedouat El Iqtibas, dit également que ce Sultan est enterré il El Qolla, hors de Bab El Guisa, au sommet du Djebel Zab-au; 2° Au-dessous, le sultan Aboul Abbas Ahmed ben Abi Salim Ibrahim ben Abi El Hasan ben Abi Saïd hen Abi Yousef "JO aqoub ben Abd El flaqq El i\lerini, proclamé pour la deuxième fois le samedi 7 de ramadan 789, mort dans la nuit du jeudi 7 de moharrem 796, à 'l'aga, transféré à Fès où il a été enterré il 39 ans il El Qolla. Son tomheau regarde Fès. C'était une Qoubba très élevée; 3° Son fils Abou FarisAbd ElAziz, surnommé El Mountacir Billah, proclam(~ le samedi, le troisième jour après la mort de son père, mort le samedi 8 safar 799 et enterré à El
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ARCH. MAllOC.

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AHClIlVE" )IAHOCAINES

Qolla, en face de son père. Sa Qoubba est également tournée du côté de la ville; 4° Le Sultan, frère du précédent, Abou Amer ou Ahou J\Johamed Abdallah ben Ahmed El }Jerini, pL'Oclamé à la mort de son frère, mort le mardi 30 de djoumada et tani SOO, enterré à la Qolla près de son frère. On suppose que c'est la Qoubba connue encore aujourd'hui sous le nom « fIammam El G houla)), le bain de l'ogresse. Quelques-uns disent que cette qoubba serait le tombeau de SieE Mohammed Ech Cherar. Il n'y a aucune certitude à cet égard. En contournant la colline de El Qolla, la route passe devant plusieurs cavernes (El Kifan) qui sc trouvent à droite et à gauche; d'autres ouvertures de caHTnes se trouvent également clans la face cle « EIQolla )} qui regaI'Cle la ville. C'est dans ces 'Cavernes que, d'après ~I. Gaillard, l'émir mérinide Ahou Yousef Yaqouh hen AhdEl Haqq fIt reléguer, en 65S, les lépreux qui se tI'ouvaient clans les cavernes, hors de Bah El Mharouq. Léon l'Africain appelle cet endroit « El Bordj El Kaouakibl », la fortel'l'sse des étoiles. Il est permis de se demander s'il ne s'agit peutêtre pas d'un observatoire qui aurait été établi au sommet de El Qolla. Le mot exact serait « El.\r erçod El Kaouakib »

~\}J\ ~~\. Quoi qu'il en soit, il stômble ({ue la
question puisse être posée. Après avoir contourné El Qolla, la route r0d0scend à
1. GAILLARD (Une ville de l'Islam: Fès, p. (jï). écrit: " Doudj El I{oukah ", dont la traduction serait: H Lumière éblouissante de l'Etoile H. On pourrait peut-être rapprocher celle dénomination de la comète qui, d'après le Qarlas apparut pour la première fois le mardi 12 choual 600 et fut visible pendant environ deux mois; elle se levait chaque nuit il l'heure du Dohour. Celle comète se levait peut-êlre au-dessus du Djebel Zafl'an, où se lrouvent ces cavernes, ou bien les gens se réuni5saienl il cet endroit pour la voir.

DESCnIPTION IlE LA VILLE DE FÈS

Z()!l

droi te, pat' une penle assez raide, dans un bois d'oliviers, et vient rejoindre la grande ['oute de Bah El Cuisa; on prend cette route en c~ntinuant à tourner sur la droite et on se dirige directement vers la porte de la ville en traversant le cimetière dit de Bah El Cuisa . .\près avoir franchi une cinquantaine de mètres, on trouve, donnant directement sur la route, la porte du marabout de Sidi ~Iohammed ben El Hasan El Yaçlouti Es Selgell1lati. Ce marabout se compose d'un grand mur d'enceinte en carré, où se trouvent de nombreuses tomhes; adossé au mur de la route, le tombeau cIe SicIi Mohammed sur leq nel est bütie une qoublJa recouverte en tuiles vertes. A cùté du tomheau, UJ}(' petite mosquée, a,'ec un minaret en partie écroulé, qui s'appuie au mur faisant face à celui de la route. ])'apn"s Es Salaollal El Anlas, Sidi .\[ohaml1led ben El Hasan était chérif Idrisi. Quelques-uns prétendent ({u'il était de la famille de El Hasan hen Ali, de la descendance de .\Iohammed ben Idrisi, son ascendance serait .\[ohal1ll1led ben El Hasan hen Mohammed ben El Hasan hen .\[ohammed hen El Hasan hen Ahmed hen Ibrahim hen :\Iohammed ben Idris hen Idris hen Ahdallah El Kamel, etc. D'après El Ritab Tacholll de Et Tadili, il serait Ahou Abdallah ~Iohammed El Hasan El Yaçlouti des gens de Sijilmasa, venu à Fès où il est mort en 595 et c'était un négociant du Sahara. Derrière Sidi }Iohammed ben El Hasan, plus loin sur la gauche, la qoubba recouverte en tuiles vertes de Sidi Yaqoub Bd Dehbagh, des Chorfa ldrisites Ed Dehbaghyin. }[ais cette qoubba n'est qu'un oratoire élevé à la dévotion de ce saint personnage qui est enterré dans le cimetière hors de Bab Ech Cheria. C'était un savant réputé, qui vivait au cinquième ou au sixième siècle de l'hégire.

:l7U

ARCIIIVES MAROCAINES

Plus loin, toujours sur la gauche, au milieu cl'un bois d'oliviers, la qoubba entourée de murs de Abou Abdallah Sidi ?lJohammed hen Yala El Fasi connu sous le nom de Et Taoudi, originaire de Touda, Il habitait à Fès, à Zoqaq El }[a, dans l'Adouat El Qaraouyin;il enseignait le Qoran aux enfants dans un « mesid )) de Zoqaq EI~[a où son souvenir est enCOl'e conservé. Il est mort à Fès en 580. Le cimetière de Bab El Cuisa contient encoee un gl'and nombre de tombes de chorfa et d'ouléma, mais les trois qui viennent d'être citées sont celles qui attirent particulièrement les regards en suivant la route qui conduit à la porte de la ville. En laissant à gauche les tombeaux qui viennent d'être décrits et en continuant sa route à travers les tombes, on ne tarde pas ù apercevoir en face de soi, en bas d'une descente, des murs en partie ruinés au milieu desquels s'élève, feHdue et lézardée d~ toutes parts, la grosse tour carrée où s'ouvre la porte de Bab El Cuisa. La première impression que l'on éprouve est de se demander comment des murailles aussi éventrées arrivent à maintenir leurs restes debou t et ne s'affaissent pas dans un ('croulement total.. Ces murailles et la porte actuelle de Bab El Cuisa datent de près de se pt sif\cles; elles ont été bâties sous les Almohades pal' le Sultan '{aeroub El }!(anç'oul'. D'après le Roudh El Qarlos, c'est en GOO de l'hégire, 120fl deJ.-C., que les constructions et les réparations cles murs de Fès furent achevées. Le grand-pèl'ü de l'aerouh El Man<:our, Abdelmoumen ben Ali El C2oumi, premier' souverain Almohade, avait détruit une partie des murailles de Fès. Détr'uite par le temps, dit la traduction Beaunicr du ROlldh El Qarlas, Bab El Cuisa fut élevée pal' ordre de l'émir des musulmans, Abou l'Ollsel' Yaqoub benAbd El Haqq El Merini, en6811 de l'hégire ('1285 de J.-c.). En même temps.

DE6CnIPTION DE LA VILLE DE FÈS

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on refit à neuf toute la partie des mm's attenants à cette porte, excepté le Kaous El Derrani (arc des étrangers) que l'on trouva en bon état et aucluel on ne toucha pa",. C'est à la même époque, sans doute, que les :\Iérinides bâtirent leur « Qçar» au Djebel Zafran, en dehors de Bab El Cuisa. L'ancienne enceinte de la ville de Moulay Idris, englobant les faubourgs, avait déjà été reportée plus loin, par l'émir Zenata, Dounas ben Hamama El Maghraoui, vers '.50 de l'hégire, 1058 de J.-C. A sa mort, chacun des deux adouas de Fès fut gouverné par un de ses fils. El Fetouh eut le gouvernement de El "\douat El Andalous, et construisit la porte appelée Bab El Fetouh. Son frère Adjisa eut le gouvernement de l'autre rive, El Adouat El Qaraouyin; les deux frères se battaient sans cesse. El Fetouh fit bâtir un fort à El Keddan, dans l'Adouat El Andalous, non loin de la porte qui garde encore son nom, et ;\ djisa en fit bâtir un également à l'endroit appelé El Aqbat Es Sater, dans l'Adouat El Qaraouvin; il ne l'este rien de ces deux forts. Sur la même hauteur, "\djisa fit également pratiquer u'ne pOIte, non loin de l'ancienne porte de Hiçn Sadoun, de l'enceinte des Idrisites. Cette porte s'appela de son nom « Bab Adjisa n, qui devint par la suite « Bal El Yisa » et « nab El Guisa n. Lorsqu'en relevant l'enceinte détruite par son grandpère, Abdelmoumen, l'émirYaqoub El :\Tançour, l'AImohade, transporta cette enceinte plus loin, le nom de Bab El Guisa fut consené à la nouvelle porte qui remplaça, dans la même direction, celle bâtie vers 115'., 1062 de J.-C., par .\djisa ben Dounas El l'ITaghl'aoui. Adjisa fut tué par son frère quelque temps après. Le souvenir de « El i\qbat Es Sater n est encore conservé

272

ARCHIVES MAnOCAINES

El Aqibet Es Sater », dans la rue des Achchabin », près de Sidi :\Iohammed ben Yahya, en se dirigeant vers Bab El Cuisa, et il peu de distance de cette porte, dans le quartier de Fondaq El Yhoudi, un des deux quartiers de Fès sur lesquels donne accès il la Bab El Guisa, L'autre quartier est celui de ZO(pq Er Homan.
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à Fès pal' une petite rue appelée

*

La vie de Fès se fait un peu sentir ell dehors des IllHI'S de Bab El Cuisa. Dans l'après-midi, une heure ou deux avant le coucher du soleil, des conteurs, que l'on appelle des « Cheikhs », debout sur la pente de la colline où se dressent les ruines des tombeaux des Mérinides, racontent il leur public, assis en cercle autour d'eux, sur les tombes, les glorieuses épopées de « El Antaria » et les sanglantes histoires de « El Ismaïnia ». Ces conteurs, dont les nalTatians sont d'une extraordinaire véhémence, accompagnent leurs récits de gestes, et les miment avec passion, scandant leurs périodes, tantôt pal' quelques coups très brefs frappés sur un tambourin « El Bendir
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J~.~\, tantôt par quel»)

ques accords rapides SUI' un « gOllmbri (petite guitare il deux cordes). Leur puhlic sr' compose en majorité (l'ouvriers des différents métiers, dont les ;1teliers se teouvent du coté de Bab El Cuisa, et qui, suivant l'usage, terminant leur travail il (c El Acer » (la troisième prière), entre « El Dohour » et « Ell\Ioghreb viennent se reposer en attendant le coucher du soleil. Les femmes ne vont pas entendr'e les Cheikhs à Bab El Cuisa ; elles ont leur lieu de réunion tous les mercredis à Moulay Ali Bou Chaleh, où se ren<1(mt également des conteurs et des diseurs de bonne aventure. Outre les conteurs, on teouve également, il Bab El
J),

DESCRIPTION DE LA VILLE DE FÈS

273

Guisa, des montreurs de serpents et des médecins vendeurs d'amulettes. El Antaria » appartient à la poesIe antéislamique. « Un poète du désert, c'était Antara, fils de Cheddad, dont le nom devait être repris plus tard par les conteurs populaires du Roman d'Antar pour incarner le type des vertus prêtées aux paladins errants des tribus païennes 1. » Le poème de « El Antaria » raconté par les Cheikhs du Maroc n'est probablement pas celui de Antar ibn Cheddad, mais un des types du Roman d'Antar, qui lui sont postérieurs. Ce qui est certain, c'est que le peuple considère ce poème comme antérieur à la naissance du Prophète.
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EIIsmaïnia » ou « Ismaïlia » est l'histoire des Ismaéliens et du « Cheikh de la montagne». Contrairement au précédent, que l'on peut se procurer assez facilement, « El Ismaïnia » n'a jamais été éC['it et ne se transmet que verbalement d'un cheikh à un autre, et il doit y avoir de nombreuses variantes entre les différentes versions de ce poème.
«

Tous les vendredis, vers tl'ois heures de l'après-midi, il se tient en dehors de Bab El Guisa, tout près des murs, un marché d'oiseaux: serins, chardonnerets, verdiers. Ces oiseaux se vendent dans des petites cages en osier, fabriquées à Fès. Les serins sont importés des Canaries, par Tanger ou par Larache, ou sont des produits d'oiseaux importés, dont les oiseleurs soignent la reproduction. Les serins sont appelés à Fès « qassar », ils valent, selon qu'ils chantent plus ou moins bien, de 10 à 30 pesetas l'un, et font l'objet d\m petit COmlllCI'Cp.
1. Lilléralure arabe,
P!II" CLÉMEl\T HUAnT.

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274

ARCIIJVES MAROCAINES

L es chardonnerets (mollf]nin ~ ou bOll/if] ~~I ct les verdiers, dont les mâles s'appellent açfollr .J~ et les femelles semris c.f",.r.... ' sont pris à la glue dans les jardins de la ville et des environs; ces oiseaux valent, suivant leur talent de chanteur, de 2 à JO pesetas. En dehors du vendredi, où se tient le marché aux oiseaux à Bab El Guisa, les oiseleurs se promènent dans la ville avec leurs petites cages, oll'rant leur marchandise aux portes des maisons.

DIVISION DE LA VILLE DE FÈS EN QUARTIERS

Avant d'entrer dans la ville, il est nécessail'e d'indiquer sa division en quartiers. Dans l'origine, c'est-à-dire au moment même de sa construction, Fès se divisait en deux fractions: El Bled ou El Blida (la petite ville), sur la rive dl'Oite de l'Oued Fès; Aïn Alloun, sur la rive gauche. Peu de temps après, la fraction de la rive droite prenait le nom de Adouat El Andalous, celle de la l'ive gauche celui de Adouat El Qaraouyin. Ces deux fractions étaient, pour ainsi <lil'e, deux villes distinctes, a vec chacune leur enceinte de mura illes ; elles étaient mème souvent en guerre l'une contre ['autl'e. Les murailles fi ni sépal'aient les deux .Adouas furent abattues par Yousef ben Tachefin en 1162 (J069 de J.-C.) et la ville de Fès ne forma plus qu'une seule et luème ville. C'est cette ville que l'on appelle aujourd'hui Fès Eillali, par opposition il Fès Ed Djedid, bâtie en 67!1 de l'hégire (1276 de J .-c.) par Yaqouh hen Abd El flaqq El .\lcl·ini.

DESCRIPTION DE LA VILLE DE FÈS

275

Fès El Bali se partage en trois grandes fractions, subdivisées en six quartiers, de sorte que la yille forme dixhuit quartiers; mais chacun d'eux comprenant plusieurs sections et portant le nom de l'une d'elles, le fractionnement exact est difficile à saisir pour un étranger. Les trois grandes divisions sont: 1° El Lemtyin, qui s'étend de Bab El Mahrouq à Bab El Cuisa et à la rivière, séparée de la fraction « El Andalous» par la grande voie qui s'étend de Bab El ~\rahrouq aux Qaraouyin, dont un coté est « Lemtyia)) et l'autre « Andalousia », puis par la mosquée des Qaeaouyin et pal' la rue « Sella El Louyat » ; 2° El Andalous, flui ne correspond pas à Adouat El Andalous, mais qui désigne Une partie de l"Adouat El Qa 1'[\0 uyin; ;1') El Adoua, qui est l'ancienne Adouat El Andalous.
1° El Lemtyin com prend les six quartiers suivants:

1. Zoqaq Er Romman, ane. Aïn El Khil, Aïn Alloun, Bou Oqda. ' II. Fondaq El Yhoudi, anc. El Ha{l'arin Beïn Sonari, Sidi Ahmed ben Yahya. III. Çagha, anc. Bd Diouan, Hhabet El Qaïs, Seba El Louyat, Es Se1l'arin, Bab En Noqba. IV. El Blida, anc. Ed Derb, Et Touil et Djiaf. V. Cherablyin, anc. Aïn .Asliten El :\Ienia, Eeh Cherchour. VI. Et Talaa El Lemtya. 2° El Andalous cornpI'end :

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VII. El Qalqlyin, anc. Haj Ed Djenan et HIJabet Ez Zbib, la moitié de Ras Bch Cheratin.

276

ARcmVES MAHOCAIXES

VIII. El Aïoun, anc. Ed Douh Ed Djorf Oued çouatin, Aqbat El Firan. IX. Guerniz, anc. Sieli :vIousa, En Nejjarin. X. El Qaltanill, anc. Zoqaq El Biel, El ~laady, Aqbat Ez Zerha, l'autre moitié de Has Ech Cheeratin, Ech Cher·naïn, Es Shitryin. XI. Souïqel Ben Safi, anc. Zoqaq El Hajar, Zoqaq Er Roua, Zoqaq Elma. XII. Et Talaa El Andalousia. 3° El 'Adoua comprend: XIII. El Reddan, anc. Chibouba, De!'b El Lemty Cefaa. Djama El Andalous, Er Hemila. XIV. El Qouas, Sidi Mghit, Bejaqaïnou, Sidi Hanin. XV. Ed Djezira. XVI. El Adouat EçÇar'ira, Derb Mechmacha, Derb El Khattar, Derb Ed Drouj, Derb Ech Cheikh. XVII. El Mokhfia, anc. Jza Berqouqa. XVIII. Sidi El AOlled, Jza Ben Zekoum. Chacun de ces quartiers est pourvu d'un « moqaddem el hauma », sorte de fonctionnaire subalterne, sans appointements, chargé de la police du quartier. Il est nommé pal' le gouvemeur de Fès El Bali, dont il relève seul. L'autorité de ce fonctionnaire est assez médiocre et sa principale source de revenus consiste ù exploiter les ribaudes et les femmes de mœurs douteuses. C'est un emploi peu considéré. Dans les cérémonies officielles, pa!' exemple, une entrée du Sultan ù Fès, chaque moqaddem marche en tète des gens de son quartier pour allcr au devant du souverain. Il n'y a pas cIe chef administratif aux trois grandes fractions de la ville, ni de hiérarchie entre les différents « moqaddem el hallll1a )) qui l'cli'y('Ht tous, directement et au

DESCRIPTION DE LA VILLE DE l'ÈS

277

môme titre, du gouverneur de Fès El Bali, maIS traitent généralement avec son khalifa.

Quartier de Z oqaq Er Romman 0\.. I ...Jl;j .\...,y>-. J

Comme la plupart des portes des anCiennes enceintes fortifiées, Bah El Guisa ~J

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fait un coude afin d'em-

pôcher gue l'assaillant ne puisse entrer directement dans la ville. Après avoir passé sous la grande porte en ogive qui regarde sur la campagne, on trouve en face de soi, sous la voùte de la porte, assis SUI' un banc maçonné, dans une large niche, les percepteurs du dl'Oit des portes 1 (El Hafer), un agent du Fondaq En Nejjal'in, chargé derecueilIiI' les petits bulletins (nechira, au pl. nechaïr) attestant que les marchandises quelconques qui sortent de la ville ont acq uitté le droit de 10 p. 100 (achour), qui se paye à ce fondag Z et un préposé chargé d'empêcher les gens du dehors d'entrer dans la ville ~l\'ec leurs fusils. Ce préposé donne un reçu des armes qui lui sont remises et qu'il l'end ft leurs propriétaires lorsqu'ils sortent; un petit poste d'askar se trouve également sous la voûte, pour prêter, au cas échéant, main-forte à ces difl'érents fonctionnaires. Sur la gauche, une autre grande' porte en ogive donne accès dans la ville. Après l'avaiT franchie, on tourne sur la droite et on arrive, quelques mètres plus loin, ft une fontaine, puis il une impasse en penle très raide où se trouY~nt la « rauda » et au sommet le tombeau de Sidi Ali El Mzaly ou El Mçali. Cette impasse et cette (( rauda » sont
1. Droit des Portes. Voit' Archives Marocaines, le' voL, n" l, "Les Impôts marocains », 2. Au sujet de ce Fondaq En Nejjarin, cf. ibid.

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QUARTIER DE ZOQAQ ER

RO~IMAN

(Légende)

Fontaine. Rauda de Sidi Ali El Mzali. Tombeau de Sidi Ali El Mzali. Tombeau de Sidi El Hoseïn Ez Zerouïli. 5. Tombeau de Sidi Khalf Allah. 6. Jama de Bab El Guisa. 7. Medersa de Bab El Guisa. 8. Maçerat El Iraqyin. 9. Rauçla des Çaqallyin. 10. Rauda des Oulad Et Tazy. Il. Derb Sidi Jelloul. 12. Fondaq El Hababy. 13. Fondaq El Meçlouhi. 14. Impasse de Sidi Ahmed El Baqqali. 15. Fondaq des Oulad El Hadj Taher Bennani. 16. LeU!' Hiad. 17. LeU!' Pressoir il huile. 18. Lalla Menana El Mejdoulya.

1. 2. 3. 4.

19. Sidi El Hadj El Ajaly. 20. Derb El Harmach. 21. Derb Sidi Abdallah El Yazrour. 22. Derb de Sidi Ech Chahed El Ouazzani. 23. Derb Miko. 24. Derb El Katib. 2.ï. El Ousaa. 26. Derb El Ban. 27. Jama El Ban. 28. Souïqet Aïn El Khil. 29. Dar Er Rachedi. 30. Derb Ez Zouyar. 31. Derb Qetchana. 32. Derb El Mqaous. 33. Dar El Bourj. 34. Saguiat Ed Deinnadi. 3,;. Sidi Khiar. 36. Derb El Aqiba. 37. Derb El Hammam. 38. Jama Es Sania.

39. Derb Ed Djouya
40. Derb El Guezzarm

41. Souïquet Ed Djoutya 42. Jama Aïn Allou. 43. Derb El Bellajin. 44. Derb El Gchacha. 45. Souq El Herma. 46. Fenidaq El Hadid. 47. Derb Ed Delaïn. 48. Khalouat Moulay Abd El Qader El Djilâni. 49. Derb Sidi Idir. 50. Ras Et Tialin. ,;1. El Qbib En Naqeç. 52. Derb Adila. 53. Derb Ed Djezouly. 54. Jama El QeJlazin. 5,;. Derb Ez Ziat. ,;6. Jama Sidi Allal El Ouazzani. 57. Derb En NouaI'.

280

ABCIIIVES

~L\ROC.\l:'\ES

comprises entre le mur d'enceinte et la mos<luée de Bab El Guisa. D'après les renseignements recueillis et l'opinion populaire, Sidi Ali El }[zali serait de la famille des Oulad El' Rommani, qui seraient eux-mêmes Choda Idrisites et dont plusieurs membres seraient enterrés dans cette « rauda ». De là viendrait le nom de « Zoquq Er Romman)) donné à ce quartier. D'autre part, El Kittani, dans Es Salaoual El Anfas, dit que Sidi Ali El Mçali, vulgairement appelé El ~[zali, était un « Ouali Çalih », c'est-à-dire un saint homme, <[u'il était oU\Tier tisserand et qu'il ne travaillait que du lever du soleil jusqu'au « dohour » (1 heure et demie), mais que, pendant ce peu de temps, il faisait plus de travail qu'un autre ouvrier pendant toute la journée. Il ne parle pas de son origine, ni de l'époque où il vivait. Il ajoute que l'on vient en pèlerinage à son tombeau le samedi matin, avant le lever du soleil, pour ohtenir la guérison de la toux. Sur la pente de Sieli Ali El ~Izali se trouve un grand nornbre de tombes pal'mi les<luelles celle de Sieli Hosein Ez Zerouïli, fqih et alem, qui hahitait la medersa EI~Ieçhahia, mort le 22 safar 103J de l'hégire. Sur la droite de cette même pente, en montant, on voit le tombeau de Sidi Khalf Allah El ~[ejjaci El ~Ialki; il s'appelait de son nom Ahou Saïd, surnommé selon les uns KhaH Allah, selon d'autres Khalq Allah. Il était professeur à l'Université et élève de Sidi Souleïman El Ouancharisi. Il est mort en 732 de l'hégire. L'impasse appelée aujourd'hui Derh Sidi Djelloul s'appelait autrefois Derh I\halq Allah, du nom de ce savant elui l'habitait (Es Salaollat El Anfas, Djedollat El Iqlibas). Après l'impasse (Ed ])rih) deSieli "\li El ~Izali, la mos<ruée de Bah El Guisa. Cette mosquée a été construite, ainsi que la medersa qui y est contiguè, par Sidi ~[ohammed ben .\bdallah, c'est-à-dire entre Ll71 etl2Ü l l de l'hégire (lï57-Lï90~!.

DESCRIPTIO:-;

DE LA VILLE

DE FÈS

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La mosquée de Bab El Cuisa, qui a été en partie reconstruite, ainsi que son minaret, sous ~Ioulay El Hasan, est une mosquée de « Khotba », c'est-à-dire qu'on y dit la prière du vendredi. Elle fait un tout avec la medersa qui lui est contiguë et communique avec elle par une porte. Outre cette porte de communication avec la medersa, la mosquée en a quatre et comme la medersa a elle-même son entrée spéciale, l'on peut y pénétrer sans passer par la mosquée. La medersa de Bab El Cuisa 1 se compose d'une certaine quantité de chambres habitées par des « tolba » (étudiants) en majorité « Djebala » (de la montagne). Ces étudiants suivent les mêmes cours que ceux des autres medersas, et des cours sont fai ts égalemen t dans la mosfluée de Bab El (~uisa pal" les professeurs des Qaraouyin; ils sont suivis par les tolba de la medersa de Bab El Cuisa et par ceux des autres medersas qui veulent y venir. Sur la petite place, devant la mosquée, un grand nombre de boutiques appartenant aux habolls, où se vendent des légumes, des olives, du pain, du « na 'na'» (sorte de menthe que l'on met avec le thé). Laissant à main gauche la rue qui descend droit dans la ville et qui appartient au quartier du « Fondaq El Yhoudi », il faut, pour entrer dans ,( Zoqaq Er Homman », tourner à droite, presque à angle droit, en longeant plusieurs « zeraïb » (pluriel de zriba, parc à bétail) où habitent, dans des huttes de roseaux (nouaïl), des Arabes Douï Menia, qui gardent des troupeaux de vaches qui leur sout confiés par des gens de Fès, les font paître dans la journée, ou les envoient à la « doula 2 » selon la quantité de
1. Les medersas et l'instruction publique à Fès seront l'objet d'une étude spéciale. 2. " Doula » - le troupeau. - Dans toutes les villes, le bétail appartenant aux habitants est réuni en un ou plusieurs troupeaux, chacun sous

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ARCHIVES MAROCAINES

bétail qui leur est confiée. Il y a là six « zeraïh »; dans chaque « zeriha )), envil'on trois ou quatre familles de Douï Meni~L Tous ces parcs à bétail sont à main droite, le côté gauclle est occupé par le derrière des maisons de la « h~lUma » du Fondaq El Yhoudy. Apl'ès les « zeraïh )). toujours à main droite, se trouve un pressoir à huile ("Ma 'çrat Ez Zit) appartenant aux Chorfa « Iraqyill )), puis une impasse avec une « zeiba )). On trouve ensuite une « rauda » où sont enterrés plusieurs Chorfa Çqallyin et que l'on appelle zaouya, bieu qu'il n'y ait qu'un mur d'enceinte entourant le terrain où sont les tombes. Deux pel'sonnages illustres sont enterrés dans celle ramla : El Hadj ::\Iohammed ben Abd Er Hahman El Filali Ell\Ida~ ghri El llasani El Alaouï, qui fut nommé qadi cd djemaa, c'est-à-dire qadi des qadis, il Fès, le 7 safer 1:27'•. Après avoir été il la Mecque, il revint à Fès reprendl'e ses fonctions et mourut le 27 ramadan 1:299 (1881 de.J .-C.). C'estle dernier qadi portant le titre de qadi ed djemaa. "Moulay Ahmed ben Ahmed El Ahbas hen Ahmed ben Mohammed Eç Çqalli El Hoseïlli, professeur aux Qaraouyin était devenu fou pour avoir trop étudié, et des choses qui dépassaient son intelligence; il est resté enfermé pendant sept ans avec une chaîne an COlL Revenu à la raison, il est mort plusieurs années après, le lI. djoumada et tani 130ft (1886 de .J.-C.). Toujours à main (Irai te, se trouve ensuite une rauda d'une branche des Oulad Tazi, qui n'ont de commun que
la conduite d'un pâtre qui, moyennant une petite rétribution mensuelle par tête de bétail, conduit ces animaux au pâturage, c'est ee que l'on appelle" Ed Doula >J. Seuls les propriétaires d'un grand nombre de bœufs ou de vaehes ont un pùtre partieulier. Dans les" zeraïb >J il n'y a guère que des vaches dont le lait est partagé enLre le propriéLaire de ees animaux et leurs gardiens.

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DESCHIPTION DE LA VILLE DE Fi:s

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le nom et peut-être une parenté lointaine avec les « Touaza» dont l'un, Mohammed Cheikh est ministre des Finances; lm autre, .Mohammed, est :'I[ohtaseb de Fès, et un autre enfin, le fameux Hadj Omar, est Amin El Moustafad, Amin des bâtiments et favori du Sultan. Ce sont de sirnples commerçants de Fès. Jusqu'ù cet endroit, le côté gauche de Zoqaq Er Homman est occupé par le derrière des maisons du quartier du Fondaq El·Yhoudi; à partir d'ici, le côté gauche de la rue fait également partie de Zoctuq Er nomman. Après la rauda des Oulad Tazi, toujours ù droite, se trouve Derh Sicli JeIlou!. Au fond de cette impasse qui s'appelait Derb Khalq Allah, ainsi qu'on l'a vu, est enterré, dans la maison qu'il habitait, le cheikh El Ouali Çalih Sidi Jelloui bel Hadj, qui s'appelait de son nom Abd El Djelil et était originaire de Oulad ;\ïsa, dans le Gharb. C'était un homme un peu fou; il est mort le J 7 choual /103() ou :37, et le Derb Khalq .Allah a pris le nom de Derb Sidi .TeHoul. La maison de Sidi JeHoul est devenue une rauda où se trouvent plusieurs tombeaux, entre autres celui de Sidi Ahmed ben llamdoun Chdid El ~\nclalollsi, des notables de Fès, qui était un adepte de ·Moulay nlohammecl, fils de Moulay Abdallah Chérif, fondateur d'Ouezzan. Il re(,'ut son ouerd par l'intermédiaire d'un disciple de .\Toulay Mohammed, Sidi El Hadj El l\hpt Er Heqaï. Il fut également le disciple de Moulay Et Tehâmi et de .\Ioulay Et Tayeb, tous deux fils de i\Joulay Mohammed ben Abdallah. II était nadhir des habous de Fès et enseignait « Er Risala » aux Qaraouyin. Il est mort en J170. Dans une maison ruinée, voisine de la rauda de Sidi JelIouJ, et appartenant à SielÎ 1Tohammed hen Saïd Et Taheri, se trouve le tombeau de Sidi Mohammed dit Bou Qoja, des serviteurs de }[oulay Et 'l'ayeb El Ouazzani. Il est mort au commencement de ramadan en 120J. On ne sait rien .sur son origine.
ARCH. MAROC.

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AHCIIIVES MAROCAINES

Dans la même impasse, se trouvent trois « mec;ria » louées généralement à des jeunes gens qui viennent s'y divertir; puis un jardin « arça » habi té par des Chorl'a Alaouyin qui en sont propriétaires, ainsi que d'une écurie contigui~. Ce jardin a une autre porte près du fondaq des Oulad El Hadj Et Taher l3ennani, c'est-il-dire plus loin, dans l'intérieur du quartier, comme on le verra tout il l'heure. En revenant dans la voie principale on trouve un pressoir
à huile appartenant il Si Feddoul Rami: d'une famille

non chérifiel1l1e, dans laquelle est toujoms choisi le moqaddem de ~Ioulay Idris. en autre pressoir appartenant aux Oulad El Mehdi Bennani,famille de commerçants, vient ensuite, puis le tombeau de Sidi Baha dont on ne connaît pas l'origine et qui aurait été un des trois garants (damen) de Fès, sous le règne de Mohammed El Mehdi Es Saadi et de son fils Abdallah El Chaleb Billah. Les deux autl'es garants étaient Sidi J elloul et Sidi Mesaoud Ech Chenat (Es Salaouat El Anfas). Cet incident a trait aux difficultés des sultans saadiens à Fès à la fin du dixième siècle de l'hégire. Puis un fondaq appartenant à la famille El ~Iehdi Bennani; ce fondaq est àJuain gauche, en face du pressoil' à huile. Après quelques maisons en ruine, on l'encontre sur la droite une fabrique de savon (clar ec; çaboun) aux Oulad Bou Ayad, ancienne famille Djebelienne de Fès et la rauda où est enterré Sidi Hammou que l'on dit être Kerzazi et dont l'origine, est inconnue ainsi que l'époque où il vivait. Après cette rauda, un fondaq appartenant aux Habous et connu sous le nom de Fondaq El Hababi ~~1. El Hababi, originaire de Fès, était Bach Hammar, c'est-à-dire chef des muletiers faisant les transports pour les commerçants entre les ports et Fès. On appelle ces muletiers f-Iammar Souahili, c'est-à-dire muletiers qui font le trans-

OEF:CRIPTIOK DE L\ VILLE ilE FI~"

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port avec Es Sahel, le bord de la mer. Les fonctions de Bach Hammar n'ont rien de commun avec celles de « Qaïd El Hammara » ; tous deux sont nommés raI' le Sultan, par lettre officielle, mais, tandis que le Qaïd El Hammara est un véritable fonctionnaire du :Makhzen ayant le commandement de tous les muletiers du Sultan, le Bach Hammar est une espèce de directeur des messageries, chargé de l'organisation des caravanes. C'était autrefois à lui que l'on s'adressait pour l'envoi et pour la réception des marchandises. Il fixait les prix des transports, selon la saison et les circonstances, établissait la responsabilité des muletiers pour les avaries survenues aux marchandises en cours de route, pour les retards, et tranchait également les difi'érends entre muletiers. Comme heaucoup d'anciennes institutions locales, celle du Bach I1ammar tombe en désuétude; les voyageurs et les commerçants traitent directement avec les muletiers, ce qui ne laisse pas, d'ailleurs, que de créer souvent des difficultés et des complications qui pourraient être évitées en s'adr-essant au Bach Rammar. Les muletiers préfèrent tr-aiter directement avec leurs clients pour éviter de payer le droit d'environ;) p. 100 qu'ils doivent au Bach Hammar et qui constitue d'ailleurs ses seuls appointements. Il est arrivé pour cette institution ce qui s'est produit pour la plupart d'entre elles; l'usage abusif :et maladroit du princi pe de la protection européenne, entre les mains de personnes ignorant complètement ce qui constituait l'organisation du pays et niant méme purement et simplement que cette organisation pùt exister, a créé des conflits devant lesquels le gouvernement marocain, pour éviter des ennuis, a cédé, en laissant sacrifier ses fFlelques institu~ tions qui, pour- médiocres qu'ellps pouvaient être, étaient conformes à l'état du pays et préférables de toutes façons. au désordre absolu qui les a remplacées. Le Bach Hammar n'a, pour ainsi dire, plus aucune anto-

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ARCIIIVES MAROCAINES

rité, il est encore appelé, cependant, quelqudois, pal' le gouverneur de Fès pour établir la responsabilité des muletiers, conformément aux usages, détermi ner exactement leul's droits et leurs devoirs, tant pOUl' le teanspol't des marclwlHlises que vis-ù-vis des voyagelU's. C'est au Bach Ilammar également que s'adresse le Jiakhzen pOUl' les rérillisitions des hètes de chal'ges qui lui sont nécessaires pour assurer certains transports lorsque les hètes du JJakhzen sont insufflsantes. Le Bach IIammar ne siège plus aujourd'hui au Fondaq El Habahi, qui a été vidé il y a qllelrlues années pOUL' y loger des askars. A sa mort, El Habahi a été remplacé pal' Bou 'Arfa, mort également et remplacé par le Chérir Ahmed Ech Cherqaouï Ed Debari qui, lors de l'établissement des askars au Fondaq El Hahahi, s'est installé au Fondaq El ::\Ier:louhi que l'on velTa plus loin. Après le Fondaq El Hahabi, une écurie appartenant ù Si Mohammed Ould E111adj Et Taher Eç Çaullnar El Fasi, un petit fondaq des l!abous des Qaraouyin, loué comme écurie au Chérif Sidi ,\hmed El Ouazzani et le fonr1aq El ::\feçloui, qui appartient allxHabous de ::\foulay Tdris et qui tire sans doute son nom de ce qu'il a été donné ù la zaouya de Moulay Idris, par un homme originaire de Tame<;louht, près de ~Iarrakech. Ce fondaq est exploité par le Bach flanunar CheI'qaoug, qui s'y tient habituellement. C'est un des plus grands fondaqs de Fès, il peut contenil' environ cent ht'tes, et, outre les chambres du fondaq mème, il s'y tl'Ouve, Ù droite en entrant, ce que l'on appelle une « douairya )) (petite maison) qui comprend douze petites chamlH'es louées aux muletiers ou aux étrangel's de passage. On trouve ensuite une raucla des IJulad Ed Djezouli où sont enterrés les membres de ceLLe famille, puis llne

DESCR1PTlON DE LA VILLE ilE Fi,s

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ramb d'une branche des Chorfa Çqallyin et un pressoir à huile « ~Iaçrat ez zit » à la même famille. Dans une petite ruelle, après. ce pressoir à huile, se trouve le tomheau du Chérif Sidi Mohammed ben Ahmed

Pleut!du corps

El Baqqali, qui avait une réputation de sainteté et est mort en 1298 de l'hégire. Dans la même impasse, un jardin sans hahitation appartenant aux Chorfa Iraqyin, la ramla des Oulad El Hadj Et Taher Bennani. En face de cette rauda, dans cette impasse également une meçrya, o,u ~l~s exacteme~t une maiso~ suré.le,vée appartenant. Chenf ~Ioulay Idns hen Abd hl Hadl hl Alaouï, parent V Sultan qui est un des plus riches propriétaires et possède ./.~ la plus belle J)iNiothèque de Fès. Cette maison, bâtie au-dessus d'un pressoir il huile appartenant au même propriétaire, se compose de six pièces, louées à différents locataires. En revenant dans la rue principale, on trouve à main droite le fonda([ des OuLad EL Hadj Et Taher Bennani Ez Ziatni (de ziloun , olives). Ce surnom de Ez Ziatni a été , donné à cette branche de la tribu des Bennani parce qu'ils sont, de père en fils, fahriquants d'huile depuis plusieurs générations. Ce fondaq est un des plus grands de Fès, il contient plus de cent bêtes et a soixante-cinq chambres

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AHCHIVES MAROCAli'ŒS

au premier étage; il Y a également un grand nombre de pièces au rez-de-chaussée, denière les arcade s qui entourent le fondaq et où sont placées les bètes. Les Oulad El Hadj Et Taher exploitent eux-mêmes le fonda{[, qui, comme tout leur héritage, est resté indivis entre eux; c'est un cas qui se présente assez souvent il Fès, tantùt pour éviter la dispersion des immeubles paternels, surtout lorsflu'aucun des héritiers n'est assez riche pour racheter les parts des autres et qu'il faudrait vendre il des étrangers, tantôt parce que tout ou partie des biens ont été ~!u;titués en habous par le défunt, afin d'en empècher la vente et pour maintenir intacts les immeubles de la famille. Ces immeubles se trouvent appartenir il plusieurs héritiers dont le nombre augmente il chaque génération, de telle façon que chacun finit par ne plus toucher qu'une part insignifiante et que le partage des loyers, com pliq ué par la présence d'héritiers il différents degrés ayant droit chacun il des parts d'importance difIérente, donne lieu il des discussions, qui se terminent souvent par,de véritables batailles et il des procès qui, eux, ne se terminent jamais. L'héritage entier est représenté par 1 « mithqal » et le partage de cet héritage se fait selon les subdivisions du « mithqal» qui contient 10 onces, chaque once a mouzouna, chaque lllouzouna 6 JIous (au sing. fels), soit 2aO flous pour '1 mithqal, ce qui permet de partager un héritage en 2/10 parts et d'attribuer il chacun ce qui lui revient en suivant les subdivisions du mith{lal. Tous les soirs, tous les héritiers du Hadj Et Taller Bennani, ou leurs représentants, se rendent au fondaq qui leur appartient et qui est gardé pal' un « guellas )l

u)\;> qui perçoit les droits de fondaq. Les appointements
de ce gardien sont prélevés sur la somme totale et le reste est partagé entre tous les héri tiers. Pour les loyers mensuels, les rentrées sont partagées tous les mois.

DESCRIPTION DE LA VILLE ilE Fl~S

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A la porte de ce fondaq, sur la rue, se trouve une fontaine en mosaïque de faïence (zellij), ensuite une petite mosquée sans minaret où se font les cinq prières réglementaires. Il y a, dans les différentes rues de Fès, un grand nombre de ces petites mosquées (lui servent surtout à faire les prières de la nuit, afin d'éviter aux fidèles l'obligation de s'éloigner de chez eux. Toutes ces petites mosquées ont un « imam») pour dire les prières et un moqaddem pOUl' balayer et entretenir la mosquée, tous deux choisis parmi les habitants du quartier. Quatre petites échoppes, moitié boutiques, moitié écuries, appartenant aux Oulad El Hadj Et Taher et généralement louées à des fabricants de « halas », sortes de bâts spéciaux pour les mules et préférés pal' les gens de Fès et par le ~[akhzen aux bâts ordinaires (bardaa). Le fondaq des Oulad El Hadj Et Taher s'étend derrière ces quatre échoppes jusqu'à un grand « Hiad)) qui leur appartient également et dont l'entrée se trouve sur la voie principale qui s'appelle, à cet endroit, « Ed Derb El Amer )), la rue habitée. Ce Hi ad a été bâti par El Hadj Et Tahel' Bennani sur les instructions du fameux chérif cl'Ouezzan, Sidi El Hadj El Arbi, El Hadj Et Taher était un « khedim ») dévoüé. Sidi El Hadj El Arbi, pèl'e de Sicli El Hadj Abd Es Salam El Ouazzani, qui devint protégé français en I88a, n'avait pas à Fès une IllaisOll convenable pOUl' y descendl'e. Il lui déplaisait, d'autre part, d'ètL'e toujoul's l'hôte du Sultan et il préférait consone l' son indépendance. El Hadj Et Taher Bennani était propriétaire d'un pressoir à huile qui existe encore, et d'un jardin dans une l'ue de Zoqaq Er Homman, appelée « Ed Derb El Khali », la rue inhabitée. Sidi El Hadj El Arbi lui ordonna de bâtir un Riad dans ce jardin, en lui disant: « S'il plaît à Dieu, cette rue ne s'appellera plus Ed Derb El Khali, mais Ed Derh El ;\mcr )) ; c'est en efi'et ce (lemiel' nom qu'elle

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AHCIIIVES

~I.\ROCA[:-;ES

porte encore aujoul'll'hui. On ne saurait dire quels arrangements intervinrent entre le Chéeif et son « khedim » ; il est probable que, sans rien débourser lui-même, Sidi El Hadj El /\l'bi fit contribuer il la constl'Llction dll niad les Khouan de sa confrérie, si ce n'est en al'gent, au moins en matériaux et en main-d'œuvre, et il nl~ serait pas surprenant que cet imrneuble eùt été constitué en habous de la zaouya d'Ouezzan il de certaines conditions. QU0i ([u'il (m soit, les héritiers (l'Ellladj Et Taller Bennani consel'Vl'nt la jouissance du Hiad, mais les chol'fa d'Ouezzan, descendants de Sidi El [laclj El chbi. ([ui viennent à Fès, .Y descendent presque toujoll['s. En entrant dans le ftiad, on a. en face de soi, une vaste écurie, dont le pl'emier étage est occupé pal' des ateliers de tisserands et pal' des meçrias; on .Y parvient pal' un petit escalier dont la porte donne dans la rue, En laissant il droite l'écurie, on trouve, dans l'intl:~riellr du vestiInde, il main gauche une porte qui, pal' lin long couloir remontant il droite et longeant extérieurement l'écurie, dans toute sa longueur, conduit au Jhad, composé de deux corps de bùtiments donnant sur une cour pavée de mosaïque (zellij) et orné d'un bassin dl' marbre blanc avec un jet d'eau. Le bùtiment situé il dl'oiLe en entrant se compose de tl'ois grandes pii'ces au rez-de-chaussée derrière une grande ul'cade, et au premier étage, dl' deux grandes chambres adossées, dont l'une lIonne sUl'le Itiad, et dont l'autl'e a une vue superbe sur toute la villl' de Fès El Bali, Il s'y tl'Ouve, de plus, des cuisines et des chamhres de débarras. Le corps de bâtiment ([ui se trouve il gauche, à angle droit avec le premier, ne comprend ([u'un rez-de-chaussl~e qui se compose de deux belles pièces séparées parmI large vestibule ou vert. En face de ce corps de bâtiment, de l'autre côté (le la cour dont on a parlé, se tl'OllVe un jarclin de m(\me largeul' que la

DESCRIPTlO:"I ilE LA VILLE DE FÈS

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cour et qui s'étend jusqu'au mur du fondaq. Ce dernier corps de bâtiment est de construction récente. A. sa place se trouvait autrefois un bâtiment d'un étage qui communiquait avec le premier étage de l'autre corps de logis. Un assez grand luxe avait été déployé dans ces cons-

tructions dont tous les plafonds étaient peints et dorés, mais elles n'étaient pas d'une grande solidité et mena· çaient ruine. Après leur Riad, les Oulad El Hadj Et Tahel' ont un pressoir à huile qui lui est contigu. Ce pressoir (Ma 'çerat Ez Zit) est le type des pressoirs il olives de Fès qui sont des plus primitifs, comme tous ceux employés au Maroc. Le pressoir des Oulad El Hadj Et Taher se compose d'abord d'une meule de pierre de 0 m. 80 de diamètre environ, qui tourne verticalement dans un bassin en maçonnerie, autour d'un axe en bois mis en mouvement par une mule attelée à une traverse de bois qui passe par-dessus la meule. Les olives sont jetées dans le bassin et écrasées par la meule. La pâte ainsi obtenue est placée dans des récipients en sparterie que l'on ap-

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ARCIIIVES ;\IAROCAINES

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pelle en France « Scourtins », au ~[aroc « Chamya », au pluriel « Chouamy » (ce nom de Chamya vient sans doute de c( Cham », la Palestine, d'où la fabrication de l'huile aura dé introduite au ~Iaroc). Les « chouamy », remplis d'olives écrasées, sont empilés les uns sur les autres sous une presse il vis, mue il la main par des leviers; l'huile est recueillie en dessous dans un vase. Ces presses sont entièrement en bois, ainsi que le '\ . pas de vis, . i v ( Le pressoir des Oulad El Hadj Et Taher contient une meule et trois pressoil·s. Le bassin de la meule peut contenir !t0 cc mondds » d'olives, mais il faut plus de trois jours pour écraser celte quantité (ftO rnoudds é(luivalent environ il L5 hec~ tolitres d'olives). Le maître ouvl·iel' de cette « macera » est lin Hasani de la tribu des Ben Hasan, dans la montagne des environs de Tétouan.
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La fabrication de l'huile est une spécialité (les Beni I!asan, et tons les maitres ouvril'l's des « maceras » de Fès viennent de celte trihu. Outre le ma 'aIle III Hasani, on emploie tl'Ois ou quatre ouvriers ou manœU\Tes, Au point de vue co nlln e l'cial, voici comment pl'ocèdent il Fès les propriétail'es de « macel'a ». Si ce pl'opriétaire a des capitaux suffisants ou des olives lui appartenant, il fait de l'huile et la vend comme hon lui semble; si, au contraire, cc qui est le cas le plus )'l'é<lllent, il n'a

DESCHIPTION DE LA VILLE DE I;J~S

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pas les fonds nécessaires et ne possède pas d'oliviers, il emprunte à un capitaliste l'argent dont il a besoin, et ce tapitaliste devient son associé pour l'exploitation de son pressoir: il est établi un acte d'adoul de la convention intervenue entre eux. Avec cet argent, le propriétaire du pressoir achète sur arbre des olives, dont il fait la récolte; il emmagasine cette récolte et envoie au bailleur ,de fonds, son associé, une déclaration écrite (nechira) de la quantité de moudds d'olives emmagasinés par lui. L'huile faite et placée dans des jarTes ou dans des réservoirs, le propriétaire du moulin se rend au Fondaq El" Qa 'a où se vend l'huile. et l'arnin de ce fondaq, suivant les demandes qui lui en sont faites par des acheteurs, lui dit qu'il lui faut tant de <[ollas d'huile (la qoUa d'huile est de ;W litres). Le propriétaire du p'~essoir envoie à son ma 'allem un ordre écrit d'expédier au Fondaq El Qa 'a la quantité de qollas d'huile demandée par l'amin, qui la livre aux acheteurs, se paye et envoie l'argent au bailleur de fonds qui lui donne des reçus des sonllnes touchées; les reçus sont remis pal' l'amin au propriétaire du pressoir qui les garde par devers lui. Lorsque toute l'huile est vendue, le propriétaire du pressoir, en mettant ces rerus en face des or'dres écrits qu'il a envoyés à son ma 'aUem pour la li\Taison de l'huile à l'amin du Fonda<[ El Qa'a, contràle ce qui a été vendu et combien. Le hailleu!' de fonds, qui a reçu tout l'argent de la vente de l'huile, commence par reprendre son capital et le surplus est partagé entre les deux associés, dt~falcation faite des frais de main-d' œuvre et autres. L'année dernière, le pressoir des Oulad El Hadj Et Taher Bennani a laissé un bénéfice net de 1.000 doums, dont 500 pour leur hailleur de fonds et 500 pour eux. En face de ce pressoir, la maison du ma 'allem Idris El Bradaï (fabricant de harda). A càté du pressoir :'t huile des Oulad El I1adj Et Tahe!'

AHCIIIVES

~IAIlOC.\INES

Bennani, on voit, daus un jardin, le tombeau de Lalla l\Jennana El Mejdoubya. On ne sait pas il quelle époque vivait cette .chérifa. L'enclos où se trouve son tombeau sert de cimetière aux Oulad El Mejdouh, descendants de Ahou Zeid Abd Er Hahman Ed Doukkali El Farji, (lit « El :Mejdoub n. Plus loin, toujours sur la droite de la rue, une meçrya et des ateliers de tisserands, appartenant aux Oulad Çefeïra ~. En face, un four il plâtre (Kouchat El Guehs) appartenant il El lladj Mohammed Bou "Iedian qui l'exploite. Les fours à plâtre ne payent pas d'impot, mais, pal' contre, si le J\lakhzen a besoin de plâtre, il envoie purement et simplement des l\Iokhaznia, (lui font emporter, d'autorité, la quantité nécessail'e de plâtl'e qui est payée ensuite il moitié prix du cours. En continuant, sur la gauche de la rue, on trouve un pressoir à huile, appel(~ El "lacera El Oustya, « le pressoir du milieu)), appartenant aux !labous des Qa,'aouyin, et qui se loue par année; puis un aut,'e pressoir, connu sous le nom de « El l'lacera Et Touila », le pressoir long, aux habous des Qaraouyin, loné également il l'ann('e.
1'\ main droite, le jardin (Arça) des Oulad Chlyah ~l~, choda de la descendance de Sidi llamza. Au milieu de cc jardin, se tl'OIJYe la (lou1313a de Sidi El Hadj Ahmed El Khotzi Es Sciiani, de la famille du qaïd Ihrahim Es Sefiani. Ce per'sonnage est cOllnu sous le nom de Sidi El Hadj El Ajali ~\ Ile ~, dont l'exécution est prompte, sans doute parce (l'le les demandes qui lui sont faites sont pl'ülllptement exécut('~es, ne restent pas sans résultat. C'était un halluciné, un peu fou, qui prédisait l'avenir'. Il est mort le 10 djoumaùa ettani 1092 de l'hégire (Es Salaollat El An(as). Après ce jardin, une « macera » appartenant aux Oulad

DESCHIPTION IlE LA VILL.E DE FJ.:S

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Çefeira, qui la louent, puis un jardin « ar<,'a )), aux habous des Qaraouyin. Ce jardin n'est pas loué, mais exploité par les nadhirs de la mosquée (lui en vendent les produits au profit des habous. C'est ici la fin du (luartier de Zoqaq El' Homman, dans cette direction. Quelques pas après une arcade qui se ferme par une porte, on entre dans le quartier Haumat AÏn Asliten. Pour continuer le quartier de Zoqaq Er Homman il faut revenir en arrière jusqu'au fondaq des Oulad El Hadj Et Taher Bennani. En face de ce fondaq, à main droite en venant de Bab El Cuisa, se trouve une rue en pente, très mal pavée, d'un abord difficile, c'est « Derb Bou Kl'im l) qui pénètre dans la ha UI1W de Zoqaq Er llomman. En entrant dans le Derh Bou Krim, à main gauche, sc trouvent deux maisons et une me<,~ria en face desquelles s'ouvre une impasse dite Derh El I-Iannach ,; \.;;.JI, sans doute il cause de quelque Aïsaouï montreur de serpents qui .Y habitait; dans la même impasse, quatre maisons et une écurie au coin de la rue Bou Krim; il droite, dans cette rue, une grande et helle maison appartenant aux Oulad Djeroudi (de Gueroua ?). Contiguë à cette maison, l'impasse qui s'appelait autrefois « Derb El ~Jernisi )), et qui s'appelle aujounl'hui « Derb Sidi AbdallahYazrour » parce que ce personnage .Y est enterré. Sidi El Hadj Ahdallah ben ~Iohammed )'azroUI·.JJ.J-..i.., de la famille des Oulad Yazrour El Lemtyin, de Fès, était, de son vivant, tisserand de haïks et de ceintures de laine. Après avoir été il la ~[ecque, en pèlerinage, il s'arrêta pendant plusieurs années il Tunis, puis revint à Fès. Il semble que son pèlerinage lui ait troublé l'esprit, car, à son retour, au lieu de reprendre son métier de tisserand, il aUait dans la montagne chercher du bois et des feuilles de palmier, fahri(Iuait des halais, entrait chez }[oulay Idris et aux Qaraouyin aux heures des prières, et les troublait

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ARCHIVES

~IAnOCAINES

de ses imprécations. Il était néannlOins, ou à cause même de son extravagance, l'objet d'lm profond respect de la part de ses contemporains qui le considéraient comme un illuminé. Il est mort le vendredi, jour d'Arafa, le 9 de clou el hijja 1199, et a été enterré dans sa maison du Derb El :'lernisi, Hauma de Zoqaq Er Romman (Es Salaollal ELA nfas). Dans la même impasse, se trouvent dix-huit maisons et deux ateliers de tisserands; au coin de l'impasse de Sieli Yazrour et de Derb Bou Krim, une petite mosquée de quartier avec minaret où se disent les cinq prières. En face de cette mosquée, une impasse où se trouvent trois maisons, et, au coin de cette impasse et de la rue Bou Krim, une petite école de Qoran au premier étage. Plus bas dans la rue Bou Krim, une autre impasse avec deux maisons et, dans la rue principale, la maison du Chérif Akhemrich. Les Oulad Akhemrich ont une Zaouya, où se trouve le tombeau d'un de leurs ancêtl'es, Sidi Ahmed Akhemrich, dans la tribu des Çenhadja-t-Heddou 1. Les Oulad Akhemrich de Fès sont des gens très aisés, mais qui ont conservé les allures et le costume de leurs montagnes. Quoique élevés à Fès, ils continueIit à parler entre eux le langage du Hif. On trouve ensuite l'impasse « Derb Si di Chahed El Ouazzani, où ce chérif possède deux maisons et une écurie, puis une autre impasse dite « Derb Miko .JÇ, du nom d'une famille de Fès, où se trouvent quatre maisons, une écurie et deux ateliers de tisserands.
J. MûuLIÉnAs, Maroc inconnu, p. 143. " La Djebala
».

DESCRIPTION DE LA VILLE DE l'ÈS

En revenant dans le Derb Bou Krim, on tl'Ouve trois écuries, et, sur la gauche, une impasse dite Derb El Katih, au coin de laquelle se trouve une petite mosquée sans minaret, où se disent les cinq prières, et appelée « Djama El Katib ». Le Derb El Katih, qui contient treize maisons, appal'tient en entier à Si "Mohammed Cheikh Et Tazi, ministre des Finances. Le Derb El Katih, après une quinzaine de mètres, fait, à angle droit, un coude à gauche et se prolonge pendant 25 mètres environ. Au fond de l'impasse bordée par treize maisons s'ouvre la porte du palais que s'était fait construire, sous le règne de ~Ioulay El Hasan, Si ~lohammed Eç Çar'ir Ed Djamaï, alors ministt'e de la Cuerre. Arrêté par Ba Ahmed, à ~Iequinès, au commencement du règne de Moulay Ahd El Aziz, il a été envoyé prisonnier à Tétouan, et y est encore. Cette maison avait été terminée au commencelnentde 1889, elle a été saisie par le ~'vlakhzen et achetée il y a quelques années par le Cheikh Et Tazi ainsi que les douze autres maisons du Derb El Katih. Par derrière, cette grande maison remonte jusqu'à la voie principale de Zoqaq Er Homman, et ses murs forment, sur une étendue assez longue, le côté gauche de cette voie. La porte qui sC' trouve au fond de l'impasse « Derb El Katib » n'est qu'une porte de dégagement de la maison. Si Mohammed Eç Çar'ir s'en senait pour échapper aux importuns qui l'attendaient à la sortie à la porte principale de cette maison, qui est dans le quartier de « Fondaq El Yhoudi )). En face du Derb El Katib se tl'ouve une autre impasse avec huit maisons. En suivant la voie principale, Derh Bou Krim, on trouve, à main gauche, une maison et une meçria hahitée par des « zerzaïa », portefaix, puis une impasse, appelée El Ousaa, où il y a six maisons et deux écuries.

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ARCHIVES MAHOCAINES

Dans la rue principale, on trouve ensuite la maison d'El Jay (El Jay est un vieux taleb de la tribu de Jaya), ensuite une impasse avec six maisons, dont une au ministre des Finances. Au coin de cette impasse et de la rue Bou Krim, un four il pain aux hahous des Qaraouyin. En face de ce four se trouve une autre impasse appelée Derh El Ban (saule d'Égypte 0~\), qui contient (luinze maisons, quatl'e écuries, deux me(,'rias, et un mescljid d'instruction qoranique pour les enfants. Il s'y tL'ouve, de plus, une petite mosquée de (luartier appelée Djama El Ban. A cet endroit, le Derh Bou Krim arrive à un carrefour où se rencontrent quatre rues: la première « Derb Bou Krim», que l'on vient de parcourir; il gauche, la deuxième, « Bou Oqda »; en face, la troisième, « 'Aïn El Khil », qui conduit il kin Allou, et il (lJ'oite, enfin, la quatrième « Derb En Nouaryin », qui conduit il « El Qhih En Naqeç ». Ce carrefour est connu sous le nom de « Souïqat Aïn El Khil» (le petit marché de la fontaine aux chenux). En prenant la première de ces rues, celle de gauche
« Derb Bou Oqba », on l'encontre d'abord la maison de « El i\Tandari».

D'après l'opinion publique, ces « l\Iandal'yin » seraient « morabitin » et descendants cIe Sidi El Mandari, enterré il Tétouan. Sidi El ~Iandal'i est, on ciTe t, le paU'on de la ville de Tétouan. Es Salaoual El Anfas parle d'un Hadj Mohammed El Jlandri ou El Manc!ari, illuminé et un peu fou, mort en 1213, et enterré dans le Derb El' Houm dans Zoqaq El !Iajar, « qui était de la famille des Oulad El :Mandari, qui habitent Fès ». On trouve également ce nom à Habat, où les indigènes le prononcent El Mendri (1);
(1) Cf. Arch. mar., vol. VII. Rabat, description topographique.

DESCHlPTION DE LA VILLE DE Fl~S

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puis une maison appartenant à un Ben Chekroun, une autre appartenant aux Cheraqa, un moulin appartenant aux chorra d'Ouezzan il droite, en face la porte de la grande maison du qard Ali Er Hachedi Ed Djamaï. Cette maison s'étend par-dessus la l'ue que nous suiyons, et on p:uYient il l'endroit où la rue passe sous la maison I:achedi pal' une pente très rapide. Apr'ès la grande maison, à main gauche également, on trouye une autre maison du Hachedi, plus petite. La yoie, dans la partie sur laquelle passe la maison Hachedi, fait un coude sur la gauche et, en sortant de cc passage couyert, sc partage en cleux; clans la rue qui continue en ligne droite, on teoUYC la maison de El Fedour Et Tlemsani, celle de Sic! El llafid El Amrani ; ces deux maisons à main gauche, du même cùt(~ que la pOlte de la maison Hachedi. En face, ycrS la droite, un msid pour l'enseignement du Qoran; une mosqLH\e, pour les cinq prières, sans minaret; trois écuries et un atelier de menuisier. Au haut de la rue, il gauche, deux maisons, ct des deux côtés, une dizaine de houti(IUCS où l'on ycnd de l'huile, du heurre, du miel et de l'épicerie. Les deux dernières de ces houti(lues sont l'une en J'ace de l'autre sous lIne YOlhe qui termine Bou Oqda dans cette direction et où s'arrtHe le quartier de Zoqaq El' I:oinman. De l'autre côté de cette yoùte, après ayoir coupé la grande artère de Et Tala' a au-dessus de Has Et Tialin, 18 rue continue yers Souïqet Ben Safi. L'autre artère de Bon Oqda tourne sur la dmite après le passage SOllS la maison Hachedi. Cette maison a d(\ hütie pal' le qard l\li Er Hachedi, de la triiJu ~rakhzen des Oulad DjrtIna, entre Fès et le Sebou, qui ayait été nommé gouyel'neur de Fès à la mort clu qaïd Bou Chta hel B:\I·'dadi, t'gaIement Djamaï. Il ayait pris comme khalifa son lils, Aluned, mais anit él<\ ohligé (le le destituel', sur }('s plaintes l'épétées (les habitants de
AIlCI!. MAHOC.

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ARCHIVES

~lAnOCAINES

Fès contre les abus de ce fonctionnaire. Despote et maladroit, le ([aïd Ali fut enveloppé dans la disgrâce qui frappa tous les Djama 'iyîn, après la mort de :\loulay El Hasan, au commencement de la régence de Ba Ahmed, et destitué pour être remplacé par le qaïd Idris Bel Allam, lloukhari, qui était également Qaïd El :\lechouar. Quelques années après, le qaïd Ali Er Rachedi obtint, moyennant finances, lé gouvernement de Larache, mais devant les plaintes répétées des habitants de cette ville, il fut déplacé et nommé à Rabat. Déjà malade, il mourut en route, entre ces deux villes. Un peu plus tard, après un intérim fait par un des oumana de la douane, il fut remplacé à Larache, pal' son fUs Ahmed, qui vint occuper son poste accompagné de son frère, connu sous le nom de « Bacha Abdallah )). Cet inclividu, fils du qaïd A.li et d'une négl'esse esclave, s'était vu refuser, par les agents du :\lakhzen chargés de régler la succession du qaïd Er rtachedi, la situation de lîls de ce qaïd et avait été emprisonné comllle étant simplement un esclave du feu gouverneur et devenu, de ce fait, propl'iété du Makhzen. Son frère Ahmed finit, en payant, par le sortir de cette pénible situation. Le qaïd Ahmed El' ltachedi reprit à Larache les errements de son père. Ses abus et ceux du fameux « Hacha Abdallah » finirent par le faire destitue!'. Il fut remplacé à Larache par le qaïd Abd El Qader El Khalkhali, tué plus tard à Azila et dont le fils aîné, Mohammed, vient de mourir à Ktama, en Ehl Sérif, apl'ès s'être enfui de :Marrakech, où il était interné. Si Ahmed Er Rachedi, après être resté sans fonctions pendant plusieurs années, vient d'être nommé, il y a peu de temps, amin « Allaf )) des muletiers du Sultan, ce qui lui permet de faire, sur la nourriture des mules du :\lakhzen, quelques bénéfices illicites. Il habite Sa maison avec le (( Hacha Abdallah ) et leurs familles.

DESCRIPTION DE LA VILLE DE FÈS

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En passant à droite, après avoir passé sous la maison Rache(li, on trouve, en face de cette maison, il gauche, une impasse dite « Derh Ez Zouyyar», où se trouvent douze maisons, puis cinq maisons entre cette impasse et une autre appelée « Derh Qetchana », sur la droite, où se trouve un four appartenant aux hahous de ~Ioulay Idris, un riad à Sidi Ahmed hen Et Taher, « AJlaf » du ~Iakhzen, seize maisons dont trois il des chorfa d'Ouezzan, quatl'e écuries, leur appartenant également, ainsi que trois moulins à eau, aux mêmes propriétaires. Plus haut que le Derb Qetchana, sur la droite, une autre impasse dite « Df'l'h El ~Iqaous » (en forme d'arc), huit maisons, dont sept aux chorfa d'Ouezzan, nn jardin hahous des Qaraollyin, entee les mains des mêmes chorfa d'Ouezzan, puis la mosqld~e de Si(li El ~Itarfi, où se font les cinq prières. En revenant Jans l'al,tère principale, une maison appartenant aux choda Souhama d'Ouezzan, et COllnue sous le nom de Dar El 8ourdj. Près de cette maison, une fontaine dite « Seqqaïet Bel Demnati » et le tom]wau el(~ Sidi Abd Er Ha!).man EL Filali, savant, mort en 1029 de l'hégire. En face de Seqqaïet Bd Demnati se trouve la maison de Ben l to Ed Djamaï, le propriétaire de la ferme connue sous le nom de « Nzala » de Den Ito, il quatre heures de Fès au nord par Aqbat El Mesajin. Deux moulins appartenant aux chorfa (l'Ouezzan et dans une rue dite « Derh El Fouah », qui communique avec la grande artère de Tala'a qui porte il cet endroit le nom de « Ech Chrablyin », le tombeau de Sidi Khiar. A pal,tir' de cet endroit, la voie principale entre dans le qual'tier de « Aïn Asliten », En revenant au carrefour de Es Souïqat, on trouve, en face, le {( Derb Dou KI'im », ct, en laissant il main gauche «( Bou Oqda», que l'on vient de parcourir, la rue de ( Aïn El Khil » (la SOlll'ce aux chevaux). En entrant dans .\ïn El Khil, on se trouve sur une petite place; à main gauche, une maison dite Dar Bennis) du nom de son propriétaire.

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AHCllIVES MAHOCAINES

Au rez-de-chaussée de cette maison se tl'ouve un « msÎd » (petite pièce donnant SUl' la rue, sans commlIIlication ,\\ec la nwison), où siège le moqaddem el hauma du qual'ti('I' de Zoqaq El' Homman; il s'appelle actu('llemell t Sidi"\bd El J\.eJ)il' Jwn Mohamnled ben ilasan; c'est un Chérif Alaoui. A c()té de Dar Hennis, une fontaine, c'est ,\Ùl El KhiL puis trois écul'ies, une petite mosqué(~ des cinel pl'ii'I'('s, aH~C minaret; on l'appelle Ed Djama'i (L\ïn El ,(hit. Apri's la nlm;(lu<~e, un « msid )) où l'on enseigne le ()ol'an aux enfants, puis une impassc' où se tl'ouvent quatre maisons appartpnant ù d\\:-; choda Il'aqyin, et habitées pal' eux. A droite, une autre impasse, appelét' « Del'h El ,\qita » (la petite montée) où se tr()LIH~nt dix maisons et une « IIw<,Tia )). SUI' la voiu pI'incipale, ù gauche, on trouve une maison appartenant ù une branche de la famille Hen .IcHoul, et ulle alltI"(~ appel(;e Dar Es Slaouï. En face de ces deux maisons, ù main droite, se trouvent deux moulins qui ofl'l'ent une particulal'ité assez singuliôl'e et uniqu(~ ù Fi's. C(~ sont deux moulins hydl'auliques, Ù blè, qui sont plac(~s l'un SUI' l'autl'e, c'est-ù-dire (lue l'un est au rez-de chaussc;e et l'aut)'e au premier étage, au-dessus, Ces denx moulins sont indépendants l'un de l'autl'e et sont mis c~n mouvemeut chacun par un cours (l'eall <liil't"reut. Celui d'en bas est actionné pal' un bras de la rivii'l'e qui coule au niveau de la rue; celui du pl'(~mier étage est mù pal' un autre bras de la riviôre, qui, gràce aux dill'é~renœs (le niyeau du sol, se trouve arrivel' pal' eu haut. Ce moulin suspendu est le seul de ce genl'L' Ù Fès. Apr(\s ces deux moulins, SUl' la gauche, uue ÏLlIpasse où se tl'OU\ent un atel i('l' et une écurie tl'ansform<"e en atelier. Dans ces d(~u:\ atdiel's, on tisse des foulards de soie. En face, il d mite, sur la voie principale, lIno maison <lite Dar Hel Ch:\'1,i, puis six houtiques, un 1'0111' appartenant aux hahous des ()aI'aouyin C'I. une houtique de hm'hier. Sur la gauche, uue impasse où se trouvellt trois maisons.

DESCRIPTION DE LA VILLE DE FI';S

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La rue de Aïn El Khil débouche ensuite sur la grande voie (lui, partant de Hah El ~[ahrou([, pénètre dans le centre de la ville jusqu'à la mosfluée des Qaraouyin. Cette grande artère pOI'te successivement les noms de Tala 'a, EcIl Chn\hlyin, Et 'fel'l'afin, Has gt Tialin, Aïn Allou et El Attarin. La rue de ~\ïn El l\J1il tombe dans Aïn ~\Uou, ou plus exactement « AIIl .\Umm )) 0Yç. j-f-, c'est-à-dil'o sonrce d'~\lIoun. Du temps Je ~loulay Idris cette source était au milieu d'une fon't épaisse remplie d'animaux sauvages; il Y vivait un handit nommé ~\1l0l1I1 que ~loulay Idris fit arrêter ct mettre il UlOl't. La source pri~s de laquelle il hahitait garda son nom. Cette source existe ellcoro et sc trouve dans la mosll"ée « Es Sania ", qui ost il main dl'oite, dans la grande rllo de A'in ~\lloun en venant de El .\ ttari n, et flui donne il la fois llans cette grande l'Ile, dans le Derh E1jouaïn, ot dans une impaBse donnant llans Aïn Ailoull, et qui s'appelle « Derh El fIanllnam )). La porte de la mosq uée ost dans eette impasBe, son « mihrab ») est dans .\ïn A11oun. C;'est une mosquée des cinq pr'i(~res, avee un minaret. Dans le Derh El Hammam se trouvent un petit fOllllaq où l'on vend du for, un « hammam)) appartenant aux hallons des Qaraouyill, ct appelé « Hammam Aïn Allonu »), une maison appartenant il Loude'lni hen Kiran, celle d'El Uadj Slollamlllod hen l\il'an, nadhir des Qaraouyin et une aut\'(~ appartenant il son frèl'l~, ainsi qu'une me<:ria et tl'Ois écul'ies oceupées par des ateliers de tisserands, au même pl'opriétaire. Il B'Y tl'OUYe également la maison de Si }fohalllll1ed Chelldan, marehancl de selies, et eelle d'un boue1le1' nommé Tazi. En faee du mihrab de la mosf(uée de Es Sania, dans la rue de .'\ïn Alloun, se trouve la porte d'une autre mosquée appelée Djama Aïn Allou, qui s'étend par derrière jusqu'aux « Nejjarin ) (les menuisiers); au-dessous de cette mosquée et la longeant, passe « Derb El Bellajin » (les

SOl

ARCHIVES MAROCAI:'iES

fabricants de serrures en bois qui s'appellent cc farkha )), au pluriel « frakhi »). Ils fabriquent également les « qbaqeb » 1, au singulier « qabqab )), sortes de patins en bois, élevés sur le sol de 3 ou ft centimètres et dont se serven t les habitants de Fès pOUl' marcher dans la boue. La mosquée lIe Aïn Allou, est élevée de quelques marches audessus du niveau de la rue et par derrière, du caté des « Nejjarin » se trouve bfttie SUI' les boutiques du rez-dechauss(~e occupée pal'les « Bellajin ». C'est dans Derb El Bellajin flue se trouve la porte du « metaher » (lieux d'aisances) de cette mosquée (on sait que toutes les mosquées en sont pourvues). Ceux-ci se trouvent au rez-de-chaussée et communiquent par un escalier à la nlOsquée elle-mémc, qui est au-dessus. Les cc metaher » de Djama Aïn Alloun (, présentent cette particularité, unique à Fès et peut-être au Maroc tout entier, que le~peu\-ent y pénétrer. Les deux cabinets voisins de la porte leur sont résenés. Le nom de « Aïn Alloun » date donc de la fondation de la ville, et s'appliquait autrefois à toute la partie de Fi~s située sur la l'ive droite de l'Oued, et qui a pl'i5 plus tard le nom de Aclouat El C2araou.'-in'z. « Fès est divisée en trois, ou plutat ce sont trois villes « assemblées en une et qui portent le mesme nom et ont « été basties en divers tems. La plus ancienne est celle de « Beleycle, qui est au levant du fleuve (Adouat El Anda« lous) ... L'autre, qu'on nomme la Yieille Fez, autrement
1. (labqab. " Après sont ceux qui font les mules que pol'lent les gentilshommes quand il y a des fanges dans la cité . ..... Elles sont faites couturnièrement de bovs de mùrier hlanc et noir, il y en il aussi de noyer et hoys de jujutès, qui sont plus propres et jolies que les autres. mais celles de mùrier sont plus durables" (IJO;\; L'AFI1ICAI;\;. t. Il, p. lOri). " Tout aupr8s sont les faiseurs de galoches et de sllnd:lles de m:Jl'queterie couvertes de cuir ou de soye, que les hahitants ont coutume de portel' quand il pleut ou qu'il fait sale. Et il y en a de si chères qu'elles valent dix ou douze écus " (i\JAR~IOL, 1. Il, liv. IV, p. lIH). 2. C'est au sommet de la colline d'Ain Alloun flue Moulay ldl'is éleva la première porte Je la ville, qu'il nomma" Bab lfriqya ".

DESCHIPTION DE LA VILLE DE FÈS

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Aïn Alu, est au couchant du fleuve (Adouat El Qaraouyin). La troisième ville est le nouveau Fez, etc ... 1. » Aujourd'hui le nom d'Aïn Alloun n'est plus porté que pal' la fraction de la grande artère allant de Bab El Mahrouq à El Qaraouyin, entre lbs Et Tialin et El Attarin; elle comprend les quelques impasses qui s'y ouvrent. On l'appelle « Souq Aïn Alloun ». A Fès ce mot de Souq ne doit pas être pris généralement dans le sens de marché, mais dans celui de rue marchande. Il n'est pris dans le sens de marché (l'le pour le « Souq El Khemis » qui se tient tous les jeudis et tous les lundis en dehors de Bab El Mahrouq. Le « Souq » do Aïn Alloun comprend environ soixantecinq boutiques. C'est de co Souq que parle Léon l'Africain, dans sa description des boutiques de Fès, lorsqu'il indique la rue qui va « depuis le temple (la mosquée des « Qaraouyin) jusqu'à la porte où l'on va à Mecraso (Bab « El ::\iahrouq) ». }[armol en pade également: « Il y a une « autre rue, qui commence à la porte du couchant de la « grande mosquée et va so rendre à la porte de la ville « pal' où l'on va au nouveau Fez. » Dans les boutiques du haut, vel's nas Et Tialin so trouvent les boutiq lies des marchands qui vendent du l'el' èt cle l'acier en barres, ainsi que cles ohjets de fer manufactUl'és tels que: anneaux, verrous, clous, charnières, gonds, marteaux de portes, chaînes, grilles, etc., presque tous de fabrication indigène. A gauche de ce « SOtH! », en vewmt du côté de El Altarin, se trouve une petite place appelée « Fenidaq El Hadid » (10 pelit fondaq du fer), quoiqu'il n'y ait en réalité aucun fondaq. Cette petite place est entourée d'une dizaino de petits ateliers. Coux de droite sont occupés pal' clos forgorons « IIaddada », qui fabriquent des clous, des chaînes, cles verrous, dos marteaux
«

«

1. MAHMOL, trad. P. d'Ablancourt, t. II. liv. IV, chap. XXII, p. 157.

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ARCHlYES }L\ROCAINES

de portes, des gonds, des grilles pour les fenôtres ou pour placel' dans le haut des cours intérieures, afin d'empêcher les voleurs de pouvoir' y descendre pal' les terl'asses, Ces forgerons hrisent également le fer et l'acicr des marchands pOUl' leur permettre de le vendl'e, Les ateliers de gauche sont occupés par des ouvriers lJ IIi remettent il neuf et polissent les étl'iers, les lames de sabres et de poignards, les fOUl'l'eaux, les poignées. Ils ne (ont pas de neuf'. POUl' les étriers, par exemple, étriers argentés de selles ou de serijas (selles de BlUle) ou étrier's dOl'és de selles (les selles de mules n'ont jamais d'éLl'iers dorés), ccs ouvriers r'eIont les filigt'anes dont ils sont incrustés, les réajustent ou les redol'ent; de même pour les poignées de sabre ou de poignards. Les mêmes marchands de fer et d'ohjets de fer, de "\ïn Alloun, vendent également du goudron (El Latuukh ct El <litran) que l'on appelle « El Uiad », le Blanc, par euphémisme et pour éviter de prononcer un Hom éveillant l'idée d'une chose désagréahle il VOil' et il sc'ntir. Ils vendent également de vieux étrier's, de vieux mors, de vieux sabres et de vieux poignal'ds. Tous les jours, il partir de r« Açer )) dans l'aprés-midi, il y a, il cet eudroit, une vente allx enchér(ls(delala) de vieux sahres, étl'iers, etc. Ces ohjets d'occasion sont achetés par quicoulJue veut surenchérir, et pal'les gens des houtiques qui les revendent ensuite de gré il gré. Un peu plus has, dans le Souq d'Ain c\lloun vers El Attarin on trouve, des deux côtés, des houtiques de marr--: " Ir chands de sacoches j,l',.;, au singulier b ,jl.\";. Ces marchands s'appellent«Chkaïria))~,j.Lc;.Ils ne vendent ahsolument que des sacoches de cuir « Chekara ». C'est la sacoche portèe par la plupart des Marocains et qui leur tient lieu de poches que leurs vètements ne comportent pas, Celles fabriquées il Marrakech sont réputées pl'éférahles

DESCRIPTION DE LA VILLE DE FJ~S

ù celles fabriquées à Fès, mais cette dernière fabricatioll est cependant la plus répandue. Dans les boutiques d'Aïn Alloun, on vend surtout les sacoches fabriquées à Fès, mais on y trouve également de celles de ?lIarrakech et même du Djehala, Il longues franges de cuir, et il une quantité de petites poches ù secrets, qui sont vendues aux enchères, comme on le verra plus loin. Ces Inarchands vendent également des sacs il poudl'e « Chekaïr El Baroud )) qui ont une forme spéciale: la partie qui se rabat, au lieu de n'aVOll' que 7 ou 8 centimètres et de sc cOluposer simplement du haut (le la sacoche, repliée, se compose d'ull rahat simple, mais dc' la même dimension que la sacoche elle-môme, qu'elle recouvre complètement; ces mêmes marchands vendent également des petits sacs pour le cc Kif )) appelés

:\fetouy LS.Jh. qui sont souvent très joliment hrodl~s dl' soie de couleurs variées, des porte-monnaie (( BezLllll ))

,lb.;:, brodés d'or et de soie, se fermant soit pal' une ganse
de soie et une petite oli\e, soit au moyen d'une agrafe de cuivre il rcssol't (ces agrafes sont également fabriquées il Fèsl, des étuis ù pistolets hrodés d'or et de soie et d'autres de fonne eUl'opéenne, mais aussi fahriqués ù Fès. A l' cc Acel' )), tous les jours il .v a ven te aux encllr"res au Souq Ech Chkaïria de tous ces objets, neufs et d'occasion. Les objets neufs sont mis aux enchères ù la pic'ce. par les ouvriers qui les fabriquent; les objets d'occasion sont remis au (( DelIaI )) par la personne qui les venel. La vente est puhlique et peuvent acheter, non sculement les marchands des boutiques, mais tous ceux ù qui un objet convient. Entre les boutiques de cc Chkaïria )) et El Attarin, dans le bas du Souq cl'i\ ïn Ali oun, se trou vent quelques boutigues où l'on vend du sucre, du thé, des épices, du tabac, des cigarettes et des allumettes.

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ARCHIVES MAROCAINES

En partant de El Attarin dans Aïn Alloun, on trouve, Ù main gauche, à la limite des deux souqs une rue marchande où se trouvent des hou tiques de faïence de Fès et des marchands de petite quincaillerie et de verrerie; dans cette rue appelée Derh El Qechchacha, à gauche, à une dizaine de mètres, une porte qui donne sur une petite place appelée Tasi Sieli Frej

C.J

l$~ ~.

Le bàtiment connu sous le nom de Sidi Frej et qui se trouve au fond de cette petite place, est en même temps un hospice d'aliénés et le lieu de détention des femmes. Les aliénés sont au rez-de-chaussée et les femmes emprisonrl(~es au premier étage. D'après Es Sa/aoual ElA nias, voici eJuelle serait l'origine du nom de Sidi Frej: « Près du Souq El "\ttarin et du « Souq El Henna, se trouye l'endroit où sont les gens qui « ont l'esprit malade, les fous. Cet endroit est désigné « par le nom de Sieli Frej quoiqu'il n'y ait lù aucun person« nage interné portant ce nom, ni aucun tombeau. Cette « mai son a été hàtie par un Sultan pour y réunir les "\Iu« sulmans malades et n'ayant pas de refuges, et on lui a
«

donné le nom de Bah El Faradj

C..)-:JI '-:""~ (la porte du

« soulagement, parce que les malades y trouvent un sou« lagement à leurs m.aux. Beaucoup de personnes ont « constitué des hahous dont les revenus sont affectés aux
«

dépenses de cet étahlissement.

»)

Léon l'Africain, après ayoir raconté qu'il y avait eu plusieurs hôpitaux à Fès, mais que le « l'oy se trouvant fort « nécessiteux d'argent, les possessions qui dépencloyent « de ces hôpitaux furent vendues ayec les l'entes et n'en « y a qu'un seul pour suhvenir et seryir aux paU\TeS « malades )) ajoute: « En cet hùpital il y a quelques « chambrcs expeessément Ol'données pour les folz, c'est « à savoir pour ceux qui rucnt les pierres parmi les rues

DE~CRJPTION DE LA VILLE DE Fl~S

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« et font autres actes scandaleux, là où ils sont enchaînés. « Cet hôpital est pourvu de tl'Ois ministres et offi« ciers qui sont, en semblable cas, requis comme des « notaires, facteurs, protecteurs, cuisiniers et autres, qui « sont au gouvernement des malades et où chacun a sa« laire assez suffisant. De mon adolescence, je y de meu« ray deux ans comme notaire, comme c'est la coutume « des jeunes étudiants qui, exerçant cet office, ont tmis « ducats le moys pour leur gage. » C'était sans doute il l'hôpital de Sidi Frej, que le jeull(~ El Hasan ben :'IIohammed El Ouzzan, devenu plus tard Jean-Léon l'Africain, était l\del (notaire), au COlfUllenc/,ment du d ixi ème si ècle de l'hégire, commencement du seizième siècle de l'ère chrétienne. Cependant, quelque" années plus tard, ~\r armol, en répétant C<~ qu'a dit Léon relativement il la mainmise des Ftois SUI' les revellus des hùpitaux, ajoute: « Il y a seulement un hospital aux {auxbourgs « pOUl' les estrangers (lui sont malades. )) 01' l'hôpital actuel de Sidi Frej, près des mosquées de :'IToulay Idl'is el des Qaraouyin est dans lm endroit (lui n'a jamais été Ull faubourg de fès. Cela laisse l'ait supposer (lue le hâtiment actuel de Si di Frej est de construction plus récente. l\li Bey El .\bbasi, au commencement du siècle dernier, dit d'une façon plus positive: « Fès possède un hùpital ou un « hospice très richement doté et destiné uniquenwnt au « traitenlent des fous. » Dans Es 8alaoual El Anlas, El Kettani ne donne pas la date de la construction de Sidi Frej. Aujourd 'hui, Sieli Frej est réseI'Y() exclusivenlent aux fous, qui sont au rez-de-chaussée, et aux femmes emprisonnées, qui sont détenues au premier. Les fous sont enfermés dans des cellules séparées et sont enchaînés par le cou ou pal' la taille. Comme cl li temps de Léon, il y a deux Adouls (notaires), qui sont

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AHCHIVES ;\IAHOCAINES

attachés au nadhir spécial des habous cie Silli Frej pour tenir les comptes de l'administration de cet hospice et de ses habous, mais il n'y a plus de cuisinier et les fous ne reçoivent plus que deux pains par jour, et de l'eau. Le personnel de l'hospice se compose nniquement de quelques gardiens. Aucun médecin ne visite les fous qui ne sont l'objet ni de traitelnent ni mème de soins. Les femmes em prisonllécs qui sont généralement des femmes de IWluvaise vie, sont an pl'elnier étage; elles ne sont pas enfermées, mais ont les fel's aux pieds; cc qui les l~mpèche de s'échappei', mais leur pel'lnet de vaquer aux difl'érents travaux d'intérieur que leur fait faire la geeJlière, « El Arifa ». Cette « .\l'ifa » est nommée par le gouvernem' de Fi's El Bali, dont ('Ile l'el(~ve 1lIliquement. Elle n'a pas d'appointements, sauf un petit d,'oit minime qu'elle IH'élè\'(~ sur chaque prisonuière, mais elle ;lIlgmente ses ressources par lies abus dont le moind l'(~ C011siste il loner les détenues, si le pl'ix oll'ert lui selllhle suffisant, et la discrétion assurée. V;\rifa a nu khalifa et des aides de son sexe, qui touchent des « sokhl'a » co)))]ne des mokhaznia de qaïd. (;("ld~ralcnl('nt, l',\rifa est la femme ou la sœur d'un des mokhaznia du gOlI\'crueur de Fès. La petite place, (( Et Tasi », qui se trouve devant Sidi Frej, a environ 10 mdl'es de cùté et est entourée d'ulle trentaine de boutiques, où sc vendent uniquement le « henna », et le r'assoul, ou savon minéral. C'est ce que l'on appelle Souq El Henna. Il y a deux espèces de henna: El lIenna Ed Doukkalia (du Doukkala) et El Henna El Filalia qui vient du Tafilelt; ce dernier est le meilleur. Les femmes de Fès font un grand usage du henna, non seulelnent ponr se colorer les mains et les pieds, mais elles s'en enduisent la tète avant d'aller au ]lain, et prétendent que cela fortifie leurs chevdlll'es.

DESCRIPTION DE LA VILLE DE FÙS

;lU

Le « henna » et le « r'assoul » sc vendent au poids, pal' livres de 20 douros, c'est-à-dire de 500 grammes, ce que l'on appelle « Er llelol El j\uari ».Le Souq El HeIll1a est recouvert d'une treille supportée par des roseaux. QualI'e grands nll\riers plantés SUi' la place, dépassent la treille et augmentent l'ombrage ..A un de ces mùriers est attacilée lIne gl'ande balance où 1'011 pèse le 11enna et le r'assoul vendus aux boutiquiers qui entourent la petite place. Ce henna ct ce r'assoul, apportés à Fès à dos de mules ou de chameaux, sont d'abord déposés dans les fondaq où descendent les muletiers et les chameliers, et, de là, apportés par les portefaix « Z('rzayu », SUI' leur dos ou sur les mules leur appartenant, au Souq El I1enna, pour être nmdus aux boutiquiers de ce souq pal' « qontar » d(~ '100 1i\"l'ps, La vente est faite aux enchères de la façon suivanU' : Celui qui a apporté le henna ou le r'assoul, le l'l'met au « dpllal » qui fait circuler, parmi les boutiqlliprs, des échantillons des dilférentes marcllandises en leur iudiquant la mise ù prix et la quantité de chaque marchandisp et d(~ charpIe qualité. Les boutiquiers sUl'cncll(;rissent et achètent. La vente tenniné(" la marchandise est pesée à la grande halance suspendue ù l'cm des mùriers, et livl'ée aux difl'érents acquéreurs, Cettp marchandise paye un « achoul'», 10 p, 100 ad valorem; ce droit est payt") en argent, moitié par le vendeur, moitié par l'acheteuI'; il est perçu par un « amin » boutiquipl' du Souq El l1(')ma, (lui achète ce droit de l'Amin EIl\Ioustafad, aux enCh(~I'e's également, pour une durée d'un an. LOI'sque le !wnna et le r'assoul arrivent en grande quantité, il Y a na tUl'ellelllclIt aceonl ('Jltl'e tau s !t·s lllarehand s du souq qui s'entendcnt pour que les cllc!lôres ne dépassent pas Illl certain prix, et le \cJ\elem' est ohligé d'en pasS('l' pal' !t'UI'S exigences. En ell'el, le vendeur, qui vient de

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ARCHIVES MAROCAINES

loin a hàte de sortir de Fès, ne pouvant supporter longtemps les frais que lui causent le séjour dans cette ville de ses mules ou de ses chameaux. Il veut donc vendre le plus vite possible et les acheteurs du Souq El Henna spéculent sur cette situation. Lorsque l'arrivage de henna ou de r'assoul n'est pas très important et permet à un boutiquier' du souq de l'acheter en entier à lui seul, les enchères sont plus sérieuses. Cne autre particularité du Souq El Henna, c'est que henna et r'assoul ne peuvent pas y être vendus en grandes qUantités, pour être revenclus à Fès. C'est un monopole. Ainsi, si un acheteur se présente pour acheter une quantité un peu considérable, on ne la lui laisse sortir du Souq El Henna, que s'il est porteur d'un bulletin « nechira» du «Fondaq En Nejjarin 1 » établissant qu'il a acquitté les droits de sortie de cette marchandise, qui sont perçus à ce fondaq. Cc droit est de la p.tOO. Le henna et le r'assoul ne se vendent absolument, même au détail, qu'au Soml El Henna, les produits sont achetés en gros par les bouti. quiers de ce souq et revendus au détail par eux. Le r'assoul se vend brut et préparé. Cette préparation est d'ailleurs très simple. Le marchand mouille chez lui le r'assonl et l'étend pour le faire sécher sur des planches qu'il monte au soleil sur sa terrasse. Il gratte ensuite cette boue desséchée avec une planchette, la brise dans ses mains et la met dans des « couffins ». Le r'assoul ainsi préparé est plus soluble que celui qui est encore en mottes. On trouve également à acheter, en cachette, du l"assont parfumé à la rose ou à la fleur d'oranger. Ce sont en général des marchands des « Chemaïn » qui vendent cles dattes et des fruits secs, qui offrent aux étrangers de leur vendre
1. Fondaq En Nejjarin. V. Arch. mal'., 1" voL, n° 1, " Les Imp<!ts marocains >J.

DESCRIPTION DE LA VILLE DE FÈS

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du r'assoul parfumé qu'ils vont chercher chez eux et qu'ils vendent trois « billiouns » 0,ï5 c. hassani la livre. Le r'assoul préparé, mais non parfumé, se vend deux « billiauns )), le l"assoul brut 1 mitqal (env. O,liO c.). Pour se faire une idée juste des différences de prix, il faut les examiner en onces et en mitqals. Ily a 1li Initfpls au douro de 5 pesetas hassani. Chaque mitqal se compose de 10 onces. Le r'assoul brut se vend '1 mitqal ou 10 onces, le r'assoul préparé 1 mitqal et li onces ou 14 onces, le r'assoul parfumé 2 mitqals et 1 once ou 21 onces. Le I-lenna Et Touatia se vend de 6 à ï mite[als, environ 1 demi-douro. Le nenna Ed Doukkalia se vend de 3 mitqal à 3 mitqals et 5 onces. A la porte de Sidi Frej se trouve le bureau « El Mahakma » du :\Iohtaseb, qui est installé de la façon suivante: un large auvent en maçonnerie dépasse la porte de Sidi Frej et s'étend sur une longueur de plus de 2 mètres de chaque côté de la porte. Sur la droite de la porte, on a construit sous cet auvent, à l'aide de planches, une petite chambre dont trois côtés sont en planches et dont le quatrième côté est fonné par le mur de Sidi Frej; le plafond de cette pièce est formé par l'auvent, les planches ne montent pas jusqu'à l'auvent de façon à donner à cette petite pièce du jour et de l'air; en hiver, cet air est combattu par des rideaux grossiers et le jour vient par des petites fenêtres à volets de hois, pratiqués dans la cloison de planches; la porte de ce bureau est pratiquée dans la partie de la cloison qui donne du côté de la porte de SieE Frej, à angle droit avec cette porte, et à sa droite en la regardant. Les fonctions du :\Iohtaseh seront étudiées avec l'administration de la ville de Fès. Léon l'Africain l'appelle le

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ARCHIVES

l\1AROCAI~ES

« ehe!' des consuls qui tient ordinairement douze sergens en sa maison » • .\Iarmol en pade également dans « Afn Alu )), ce qui fait supposer qu'à SOli époque ce magistrat siégeaiL non loin de l'endroit où il sil\ge aujourd'hui. « L'Il « peu plus loin est une autre place où demeure le préyost « des marchands, qui met le prix aux "ivres et contl'ôle les « poids et les mesures)). 'J'elles sont encore aujourd'hui les fonctions du 1I10htaseIJ : « L;n ministre (JU'OIl appelle « Almolam, dit Ali Bey, fixe le pr'ix des yivres et juge les « aU'aires relatives il celle branche du service public. ») C'est le .\Iohtaseb de Fès El Bali qui a son lHu'eau il Sidi Fr'ej. Fès Ed Djedid a un mohtaseb particulier. Le mohtaselJ actuel de Fès El Bali, Si .\Iohanuned Et Tazi, frère du ministre des Finances etde l'Amin El Moustafad de Fès, intendan t des hùtiments du Sultan, ne vient que le matin il Sidi Frej et assez rarement; il dOIlIw, en général, ses audiences chez lui ù la porte de sa maison, Il a llll khalifa, qui est un de' ses parents, qui règle les a/l'ai l'es de peu d'importance et les contestations courantes.

Le SOUCI El lIenna comllllmique directement aycc El "\Ual'in pal' une petite l'll(~lle où ne passent que les pidons et qui se tl'OUYO il main gauche en regardant la porte de Sidi Frej s[II'le prolongement du mlll' de façade de ce bâtiment. Sous la porte qui comlUulliqlle des Qechchacha au Souq El T1enna, sont l'éunis les fossoyeurs, El: <,:ahhafa ~b"..,dl, et les porteurs du ciyières qui sont (lus « Ze['zaya » désignc"s UlIU vingtaine de rossOyeul'S el autant de pol'leurs sous les ordres d'Illl « .\min », Si .\10halllJlwd ben .\Iaalllntar El Filali. Lorsqu'un dt~cès se p,'oduit, on vieut pnivenil' cet l\lIlin il la pOlte du Souq El Ilonna et l'on tl'aite avec lui du prix de la rosse en lui indiquant l'endroit où elle de\l'a (\[1'(' creu"ée, 11 n'y a pas de fl'ai" d'achat pOlir le" tl'rrain" cllli
il cet eU'nt :il y a environ

DESCRIPTION DE LA VILLE DE FJ~S

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djebbania » 4:..;W\ ou cimetière .... puhlic. D'autre part, un grand nombre de familles de Fès, ,chél'ifiennes ou bourgeoises, ont cles « rauda», cimetières particuliers où sont enterrés les membres de ces familles. Ce n'est que dans les cimetières des Zaouyas, ou appartenant il quelque marabout, que les terrains sont vendus. Pour cette acq llisition, la famille traite avec le nadhir de la Zaouya ou des sanctuaires. Les concessions ainsi vendues sont toujours perpétuelles. Il alTi ve assez souvent que des personnes expriment, dans leur testament, la volonté d'être enterrés dans tel ou tel sanctuaire. Le prix d'une concession varie de 50 il 200 douros, selon l'importance du sanctuaire. Le prix le plus réduit pour creuser une fosse est de 8 douros (!!O pesetas hassani), c'est le prix des fosses SUl' lesquelles on ne cloit pas bâtir de tombeau et qui seront simplement recouvertes d'un dos d'àne en pierres. Les fosses sur lesquelles doit ètre bâti un tombeau sont faites pills larges, et leurs côtés sont garnis de briques pour supporter les mnrailles du tombeau. Pour le prix convenu l'Amin « Eç Çahhafa» doit creuser la tombe et fournir se tl'ouvent dans une
«

les dalles « Eç Çfaïa » ~.~\ avec lesquelles on recouvre le corps, en laissant entre le fond de la fosse et les dalles environ 0 m. 60. Cette couverture s'appelle « El H'ta »

1.bJ\ ou

El Hadd» ~J\. Ces dalles sont vendues auprès de toutes les portes de Fès. Derrière les battants de la porte du Souq El I-Ienna,se trouvent les planches SUl' lesquelles on lave les morts, et qui
«

s'appellent

«

El Mer'scl » J-...AA.J\ , ce sont celles du quar-

tier de Sieli Frej. Chaelue (luartier ou fraction de quartier a ses « mer'sel » et ses « m'hamel » (civières pour transporter les morts) dans une des mosquées du quartier. Contrairement il ce qui se passe dans tout le ~faroc, l'usage
ARCH. MAROC.

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ARCIlIVES MAROCAI;\/ES

des cercueils, appelés
à Fès.

«

'l'about » ":"'y.~. , est tL'ès l'épandu

Dans le Souq El Henna, se trouve également une petite pièce où sont enfermés les outils nécessaires aux fossoyeurs : pioches, couffins, etc. Après être sorti du Souq El Henna pal' la porte qui donne sur «( Derb El Qachchacha », avoir pris cette rue il droite, repris ensuite à gauche dans Aïn Allou et repassé de\'ant les « Chekaïria », puis entre les deux mosquées de Aïn Allou à gauche et de «( Sania » à droite, dépassé les mal'chands de fer, on arrive il (( Has Et Tialin ) (le somlnet des fabricants de tamis), Et Tila ~1 (sorte de tamis en osieI' monté SUI' des feuilles de palmier nain tressées, pOUl' bluter la mouture de blé). Ces tamis ont environ 0 m. 80 de diamètre, ce sont les véritables tamis indigènes. Les autres tamis, de soie et de crin, appelés
«

Chetat») (1~, au pluriel 1-,~,) sont plus

modernes et semblent être imités de la fabrication européenne. Il n'y a pas de ( Chetaout » à Fès et le travail de bluterie y est fait dans les moulins et non dans les maisons, comme dans les autres villes du Maroc. A Fès, le meunier achète le blé, le mout, le blute et vend la farine et la semoule qu'achètent les gens qui n'ont pas de blé. Ceux, au contraire, qui ont du blé de leur culture donnent ce blé il un meunier, qui leur remet, en proportion, la farine et la semoule et garde le son en paiement. C'est le même arrangement qui se pratique encore dans beaucoup des campagnes de France. Dans certaines régions, au lieu que le meunier rapporte la mouture, il fournit, chaque semaine, une certaine (luantité de gros pains de 10 livres. A mesure que le progrès pénètre

DESCRIPTION DE LA VILLE DE FÈS

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davantage, le consommate ur travaille moins à ce (1 u' i l consomme. A. Fès, par exemple, on ne trouve pas les petits moulins à bras qui sont installés dans toutes les maisons d'El Qçar et dans toutes les KheImas des campagnes. Non seulement le blé n'est pas moulu dans les maisons, mais la mouture n'y est pas blutée, elle l'est au moulin; le pain seul se fait dans les maisons pour être envoyé au four. A Tanger, cet usage commence il se perdre même chez les indigènes, <pli s'habituent à acheter leur pain et il économiser la perte de temps considérable qu'entraîne pour la femme l'obligation de moudre son blé, de bluter la mouture, de pétrir le pain et de l'envoyer au four. La journée presque entière d'une femme est absorbée par cette série de travaux. On trouve également à Ras Et Tialin des fabricants de
«

Çeftan» 0~, paniers en osier et en jonc pour entou-

rer les jarres de terre qui doivent transporter du beurre, du miel ou des confiseries; ce mot sert également à désigner de grandes corbeilles pour le transport des babouches exportées en Algérie, au Sénégal et en l~gypte. A u~ dessus des fabricants de « Çeftan », quelques boucheries. Au milieu de Ras Et Tialin, à main gauche en venant de AIn Allo un, se trouve une petite ruelle appelée Derb Ed DellaIn,

0:.'Y...J\, fabricants de seaux de cuir, }...J\, d'où

son nom; ils fabriquent également des « rekoua », grandes outres de cuir qui servent dans les transports de troupes et dans les expéditions pour chercher l'eau. On met sur une mule deux « rekaouï » reliées entre elles, une de chaque cùté de la hête. Ces mêmes ouvriers réparent les soufflets. Dans la même ruelle se trouve un fabricant de souricières en fils de fer analogues à celles que l'on fait en Europe. La ruelle « Ed Dellaïn » fait communiquer Ras Et Tialin avec la rue 'de Zo<pq El Hajar, qui est la conti:..

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ARCIlIVES MAROCAINES

nuation de la grande voie de « Talaa » ([ui, venant de Bab El i\Iahrouq, prend sur la dmite et passe à « Souïqet Ben Safi )), tandis que Ilas Et Tialin est la continuation de la branche gauche de la même voie qui, apI'ès anlil' pass(~ devant la ~\Iedersa Bou Inania sous le nom de TaIaa, se continue sous les noms successifs de « Ech Chrablyin » (les fabricants de pantoufles de femmes), « Et Tarrafin » (les savetiers), de Has Et Tialin, c\ïn Allou et El ,\ttarin. pOUl' aboutir en face de la i\ledersa El ~\ttarin, il cùt('~ de la mosquée El Qaraouyin. Zoqaq El Ilaja!', il l'endroit où elle est rejoInte par « De!'b Ed Dellai'Jl )), toul'ne SUl' la dl'oite ct va tombel' sur la place du Fondaq En Nejjarin. Dans DenI Ed Dellaïn, (~ga[cmcnt, se trouvent quatre maisons et une meçria qui appartenait,il y a quelques années, il El l1adj i\lohammcd El \Ioullleni, naturalisé français. Celte meçria (~tait habitée pal' sa fille. Dans Has Et Tialin, il main dl'oite, en face de Dcrb Ed Dellaïn, deux maisons et une merria, puis une porte sans battants, fermée par une chahle placée en travers et s'ouvrant SUl' une petite impasse d'une dizaine de mètres de longlleuI'; il uwin gauche, dans cette impasse, au milieu, le tomheau recouvert d'un toit de tuiles de Sidi El Arbi ben Mohammed El Moumenani, connu sous le nom de EtTagnauti, Chérif Ilasani, descendant de Mousa Ed DjaUli ben Ahdallah El l(allle!. Cette famille tire son nom (le « Xloumemani », de la petite ville de «i\lena PI'(\S de la .M ecq ne, où elle vivait anciellnemenLLe nom de Tagnauti lui vient d'un de ses aIlC(\tres, ~\bou El lJasan .\Ji, qui hahitait Taguenaut en i\Iaçmouda, dalls le ChaJ'b p!'ès d'Ouezzan, et.Y fnt entel'l'é. Sidi El Al'bi hen ~\lohamllle(I est mort le Jg de dou el llijja '12711; c'était un savant qui a eu entre aut!'es dèves Sidi Ahd El Kerim El Ouezzani,
)J,

DESCRIPTION DE LA VILLE DE FÈS

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qui habitait Zerhoun et a facilité, dit-on, par l'influeuce qu'il avait sur les tribus, le passage du sultan Moulay El Hasan, entre l\Iequinès et Fès, lors de son avènement. Au fond de l'impasse de Sieli El Al'bi Et Tagnauti se tl'ouve un auvent ù deux mètres de hauteur environ, et recouvran t le fond de l'im passe sur un mètre calTé. Sous cet auvent se trouve une petite balustrade, « Darbouz)). On appelle cet endroit la « Khaloua» ~yW\ de l\loulay l\hel El ,Qadel' Bd Djilani. C'est un endroit de dévotion et de pèle l'inage uni"e!'sellement contlu il Fès et dans El Tiqal de Dirari, il en est question en UOII de l'hégire. Les dons Cil nature ou en argent qui sont apportés il cette « Khaloua» sont recueillis pal' les Charra Qadil'yin qui habitent il Has Et Tialill, un peu au-dessus de l'impasse, une maison leur appartetlall t, et séparée par llll moulin de l'impasse où se trOll \'e la « Khaloua ». Le nombre des « Khaloua)) de ;\Joulay Abd El (ladel' au :Maroc est incalculable, il y en a dans toutes les villes, dans tous les villages, jusqu'au sommet du Djebel Koura dans le Gharb, où les gens du pays prétendent même que .Moulay Abd El Qader a hahité. Pour la masse du peuple, Moulay Abd El Qader est le maître des divinités souterraines, des démons, des « Djnoun », et c'est à ce titre qu'il est ÏJ1Yoqué surtout par les femmes qui s'adressent à lui pour ohtenir les choses les plus extraordinaires. On sait également qu'au Maroc les « G uenaoua » sont placés sous l'invocation de l\loulay Abd El Qader Bd Djilani, et il y a un rapport évident entre la souveraineté sur les démons et le cuIte de ces mêmes démons dont les Guenaoua sont les ministres. La plupart des femmes de Fès appartiennent, de près ou de loin, à la confrérie des « Guenaoua ». Ces affiliations sont dues sans doute à la quantité de négresses qui se trouvent à Fès depuis des siècles et dont les idées superstitieus,es et le culte des gris-gris ont fini

ARCHIVES MAROCAIl\'ES

par ètre adoptés par leurs maîtresses aussi ignorantes qu'elles et plus désœuvrées encore. Les femmes viennent ù la «Khaloua )) de :\Ioulav Abel El Qader, avec des hrùle-parfums, y faire des fumigations de bois d'aloès « aoud Clomari )), de henjoin « Djaouï )) et de - styrax « asellouhan )), « açanouban)) ou H açanoubal )) et y allumer des petites bougies de cire l'ouges ou veetes: elles déposent naturellement un don en argent dans un tronc placé là ù cet efl'et et qui est ouvert de temps en temps par les Chorfa Qadiryin qui habitent à peu de di~­ tance. Au-dessus de la maison des Qadiryin se trouvent quelques boutiques où se vendent du sucre, du thé, des bougies, etc.; des marchands fruitiers et des marchands de farine et de semoule.
.J

En face de la « Khaloua )) de ~Ioulay Abd El Qader, dans Has Et Tialin, ù main gauche, se trouve une impasse appelée « Derb Sidi Idir )), du nom d'un illuminé Sidi Idir ben ~Iohammed Es Soulli, habitant de la maison (lui fait le fond de cette impasse, où il est enterré. Un jour, Sidi Idir se promenait dans les Souq de Fès en criant: « Qui veut acheter le Gharb pour un pain? )) Il Y avait à ce moment, ù Fès, un enfant venu avec son père, marchand de heurre et qui parcourait les souqs pOUL' encaisser l'argent de ce qu'il avait vendu. Cet enfant demanda à son père de lui t\cheter un pain pour le donner au marahout, et il acheta ainsi le G harh que vendait Sidi Idir. Cet enfant s'appelait Abou El Qasem ben Ahmed ben Aïsa ben Abd El Kerimbel Lelloucha Es Seiiani, connu sous le nom de Si di Qasem Dou Asria, qui est, encore aujourd'hui, un des marabouts les plus vénérés du Gharb, où il est connu également sous le nom de Sidi Qasem Moula Qouhbteïn (à deux qoubbas, c'est-à-dire deux tombeaux), parce qu'il est, dit-on, enten·é à deux endroits,

DESCRIPTION DE LA VILLE DE l'ÈS

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dans le (-;harb, non loin du confluent de l'Oued nedat avec le Sebou, et en Cherarda, Sur la route de ~Iequinès, près de l'Oued I1edem. Sieli Idir mourut en 1042 de l'hégire. Auprès de Sidi Idir, est enterré son disciple le Chérif El ~Iestari, dit Moulay « Snanou II (ses dents), parce que, pal' mépris du monde, il avait, dans une même journée, arraché toutes ses dents. Il est mort en 1066 (Es Salaoual El Anfas). Le mousem de Sidi Idir est célébré tous les ans il El Achoura, par les ;\ïsaoua. Dans cette impasse, il ya trois maisons. Au-dessus clu derb de Sieli Idir, dans Has Et Tialin, se trouve une autre impasse, il gauche également, avec dix ateliers de cordonniers, trois ateliers de tisserands et deux écuries. Là S',HL'ètent Has Et Tialin et le quartier de Zoqaq Er I1omman, dans cette direction. En redescendant il AIn Alloun dans la partie où se vendent les sacoches, on trouve, il Blain gauche, en descendant vers El AUarin, après la !l\osq née « Es Sania », une rue appelée Derb Ej Jouaya (les fabricants de fourneaux). La mosquée « Es Sania » fait le coin de celte rue et cIe "\J'n Allou. Il s'y tl'ouve des fabl'icants de fourneaux, de sabres, de poignards et de couteau:'.:, des fabricants de poignées de corne de rhinocél'os, « Qorqedan», ou de corne ordinaire, quelques fabricants de sacoches et quelques boutiques où l'on reclore et réargente les étriel's, les sabres, etc., analogues il ceux qui se teouvent il « Findqet El Iladid ll, il .AIu "\lloun .. \ gauche, une impasse où sont cinq maisons appartenant il des chorra Iraqyin, dont les parents étaient des principaux notables de la ville sous le Sultan Moulay Abd Er Rahman, il y a une soixantaine d'années. On arrive ensuite à une petite place, appelée Es Souïqa, dont il sera question plus loin. En revenant il c\J'n "\lloun et en descendant SUl' El Atta-

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ARCHIVES MAROCAINES

l'in, on trouve, SUl' la gauche, ù la limite d'Aïn ~\llou et de El Attal'in, en face de la rue des « Qachchacha )), une autre rue, appelée Derb El Guezzal'in (des houchel's) pal'ce qu'il s'y tl'ouve plusieul's houchel'ies. A dl'oite, dans cette rue, une impasse où se trouvent les maisons de deu~ négoci ants im portants, El Hadj ~\hd El Ouaha(l El Tazi, qui était Oukil El MI"arha 1 an Caire sons Sidi :Mohammed, el l'autre ù Si Mohammed hel ~nih, qui éLait amin à « Dal" Adyi1JJ Ù la lll<~me époque. Ces deu~ maisons, qui touchent pal' derriôre au FOlldaq El l\ttarin, ont éLé In'Mées toutes les clell~, lors de l'incendie d'ulu' grande partie llu Souq El Attal'in, en mai /190G. Il se trouve également. dans celle impasse, deux llcuries, l'une aux Oulad ChenaL, l'autre à El Hadj Et Tayeh El AZl'aq. Un peu plus bas, U1l(' autl'e impasse où se tl"ouvent sept maisons. Plus has ellCOl'e, quatl'e houtiques de mal'chands de légumes, deu~ de chaque côté de la rue, et on parvient à la petite place appelée Es SouÏfp, où conduit, d'autl'e pan, la rue « Ikl'I> Bel Djouaïa )), comme on l'a déjù vu. Cl'lte petite place et les quelques rues et impasses qui y ahoutissent, fOl'ment
HIle

fraction de quartier appelée Bd Djoutia ~)-::JI.

SUl' cette petite place, on voit des houtiques de mal'chands de poisson, de sel, d'ustensiles de cuisine en terre pOUl' les gens de la campaglle; il s'y yellel également des légumes. Sur la dl'oite s'ouvre une impasse, dite Zenqut
1. Oukil EIl\Ir'arba. En ~~gyple el, en Tunisie, le Sultan du :\1 a 1'0(: a des agents qui jouent auprès .les Marocains" El Mr'ariJa H, soil résidents ou de passage, le l'Me du Bou Maouarilh ct de l'Oukil El Hïab, c'est-il-dire qu'il représente le Bit El Mal du ~ultan du Maroe pour prélever, au cas échéant, la part revenant il ce Bil El Mal dans l'hél'itage d'un Maro(:ain, et qu'il représente également les héritiers absents, En un mot, il veille à ce que la suceession d'uu Marocain ne soit pas isolée et perdue et (Ille cc qu'il poss(~c1e li l'étranger ne soit pas distrait de c(~ qu'il peut possédei' dans son pays. Un agent maroeain du même genre se trouve à Gibraltar; on l'appelle le Consul du Maroc. Cet embryon d'organisation consulaire fera l'objet d'une étude spéciale (CL AI'ch. mal'., vol. XI, AI,Irned Hezzoùk.... ,).

DESCRIPTION DE LA VILLE DE FÈS

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Adila, comprenant deux écuries où l'on hache de la Yiande pour la « KeIta » et cinq ateliel's de cordonniers qui appa'tiennent ù Si :\Johammeel hen El Ad)i Ed Djamaï, grand vizil' sous ~\Joulay El Hasan et encore vi\'ant, mais complètement paralysé, puis une meçl'ia appal'leJlant au Cheirif Sid El :\Jelllli El Qtih. ;\Pl'l'S cette imp:1SS(' s'en t!'ouye une autre, également ù droite, appelée « Del'lJ El Guezollii » ou « El Djazouli », où sc trouvent 1I1W maison, deux « meçrias » et une écurie appartenant aux Oulad El Guezouli ou El Djazouli, dont le pôre était « ~\miu » de El Héri (les magasins) de Hou Jeloud, sous Sidi .\rohammed. Une écurie aux héritiers d'El lladj El Al'hi lWIl ",rousa, qui, clC' son vi yall t, so us le règne elt> Sieli ~rohammed, était nadhir de Silli Fl'ej, et sept autl'es maisons dont une aux héritiers d'El Hadj Et °rahel' Bennani, qui était « Cheikh El Fellaha ») ct ,l'ait été khalifa du gouVel'IH~UI' de Fès El Bali sous le règne de .\loulay Ell-Iasan, avec le qaie[ 130u Chta Bel Bar'dadi Ed DjamaL Cette mai· son est habitée aujourd'hui par ses deux fîls, dont l'un, Si ~\rolwmmed, est aujounl'hui Cheikh El Fellaha ù F(~~s, C'est ù cette farnille qu'appartient le Hiad, le fonclaq et le pressoir ù huile dont il a été question dans le « Derb El Amer ». Dans le Derh El Cuezouli se tl'ouve également la maison de Si Jlohammed Et Tazi, aujourd'hui amin il « DaI' .\dyil » et, au coin de cette impasse, de la place de Es Souïqa, et de la rue qui sei't de débouché à cette place, se tl'Ouve une boutique appelée « Ballout El Qefl'a('in », la boutique des fabricants de cages; cette boutique, qui servai t autrefois il cette industrie, est le siôge de l'amin de la corporation des « ~Iaallemin tebbala ou r'yaba » (joueurs de tambour et de hautbois). Il s'y troun~ toujours plusieurs membres de cette corporation qui yaccrochentlcurs instruments, et c'est lù que les gens qui ont hesoin de ces musiciens pOUl' un mariage ou pour une naissance viennent les chercher et faire prix avec leur

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ARCIIIVES MAROCAINES

Amin. Puis, dans la rue venant de Es Soulqa, un four, habous de Sidi Qasem Berrahmoun, deux maisons, l'une aux Oulad Bricha, l'autre aux Oulad Ben Mançour, une meçria et une ancienne écurie, où l'on hache la « Kef ta )). A droite, une petite mosquée des cinq prières, appelée Djama El Qeffaçin, quelques marchands d'huile, debeun-e, de légumes, des vendeurs de « kdta ») (\'iande hachée) et quelques boutiques d'épiciers. Enfin un fOlldaq appartenant aux hahous de Sidi Frej et qui était, il y a une douzaine d'années, occupé pal' ~L Fabarez, aujourd'hui agent d(~ la Compagnie marocaine à Fès. Cet endroit s'appelle: « El Qbih En Naqeç » (le petit seau incomplet). Il s'y troun' une fontaine d'eau de source, où, pOUl' boire, est attaché un petit seau de hois, garni de fer, et attaché au mur pal' ulle chaîne de fer. On raconte (lue ~Ioulay l(ll'is aurait prédit que quiconque avait bu à El Qbib En Naqeç, revenait toujours il Fès; c'est une croyance populail'(~. ~rarmol l'appelle « Cobeyb El Nacas». « PI·ès de là, dit-il, est une place où il y a une fort bonne cistel'l1e » (t. II, liv. IV, chap. XXII, p.Hi(i). Pour rester dans le quartier de Zoqaq Er Homman, il faut, en sortant de Joutiya, laisser à droite El Qhib En Naqeç et prendre il main gauche. Après avoir passé sous un passage couvert, on entre dans la rue des « Nouaryin » (fabricants de "oues de moulins ou de rouets). Il ne reste plus trace aujourd'hui de cette fabrication il l'ct endroit, le nom seul est resté. A main droite, une impasse étroite et obscure, où une bète ne pourrait passer, appelée « Derb Ez Ziat » (l'lIe du fabricant ou du marchand d'huile); il s'y trouve la maison de Si }Tohammed Et Tazi où est enterré « Sieli «( Ahmed bel Hadj Azzouz Et Tazi,c1es Oulad Et Tazi,connus « à Fès; c'était un illuminé qui arriva à la folie, au point « que l'on dlÎt l'attacher en lui mettant une chaîne au cou. « Cette chaîne s'étant miraculeusement rompue, Sidi Ahmed

DESCRIPTION DE LA VILLE DE FÈS

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parcourait les rues et les souqs de Fès, en disant aux gens leurs pensées secrètes; il était vêtu d'une djellaba de (C 13ounedof laine grossière). Il est mort au commence« ment du teeizième siècle de l'hégire et a été enterré dans « sa maison du (c Derb Ez Ziat, » dans le quartier des « :\ouaryin. Cette maison est la première de l'impasse et « son tombeau se trouye dans une petite chambre il main « gauche en entrant dans la maison. C'est, encore aujour« d'hui, un endl'Oit qui est un objet de vénération et où l'on « se rend en pèlerinage. » (E,c Salaollat El Anfas.) Dans le lnême Derb Ez Ziat, se trouvent la maison du qadi de Fès Sid El Homid Bennani, la maison de Si Ben N'acer Et Tazi, qui était du temps de Sid El Haclj i\bd Es Salam, moqaddem de la confrérie d'Ouezzan à Fès, la maison du Chérif Sidi Ali Es Sousi, adel il Fès Ed Djedid, et neuf autl'C's llialSons.
«
«

Dans le Derb En Nouaryin, presque en face de Derb Ez Ziat, une autre impasse, où se trouyent deux maisons, l'une à l'Amin Et Touizi, l'autre il un Ben Cheqroun. Sur la voie principale, se trouve une maison appelée Dar Ed Doukhan », la maison de la fumée, parce qu'elle reçoit toute la fumée du hammam (bain) qui est il coté d'elle. Ce hammam s'appelle hammam de Sidi El Arbi heL~fa ati; il est exploité pal' Sidi i\llal El Baqqali, fils de Sid El Hadj Abd Es Salam El Baqqali, dit Bou (ltib auquel la concession en ayait été donnée par le sultan Sidi .Mohammed " dont il était le favori. Outre ce hammam, Sidi Allal El Baqqali a consené également la jouissance de quelques houtiques, d\lIle meçria et d'une maison sise dans la même rue, et qui
«
1. Sidi El Hadj Abd Es Salam El Baqqali, dit Hou Qtib. Sur ce personnage, voir Arch. marocaines, vol. JI, t. Il, p. 210 (El Qçar El Kbir).

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ARCIIlVES MAROCAINES

avaient été concéeli:les ù son père pal' le nH\me Sultan. lOne autre maison appartenant au Makhzen, avait été concédée autrefois au chérif d'Ouezzan, Sidi El Uadj El "\l'hi, pal' :i\Ioulay Abd El' Halnnan. Cette concession fut retirée pal' Sidi ~\Iohammed etdounée il Sicli El Hadj Ahd Es Salam El Baqqali. A ln lllOrt de ce chl)ril', sous le n\gue de .\[oulay El Hasan, cette maison fut conctldée il Si El Hadj .\Iohammed Oule! Ba .\Iohammecl Chergui, gOlI\'erneur de Larache, qui avait contriJJUé à détruire l'influence de l'ancien favori de Sidi SlohanlJned en faisant al'rMer, à El Qçal', son ni'gre Saïd, qui cOIUIllCttait dans cette ville, au nom de SOllmalll'e, les abus de pouH)ir les plus scandaleux. Sald, envoy(" il i\IaITakech, y fut descendu dans une prison soutenaine où il c"lait encharué par le cou de telle fac:on qu'il devait l'C'SlC'I' toujours dehout ;il mourut clans ceUe position et son cadan'e conlluelHo'ait il éLl'c mangé pal' les l'als lors(lll'un s'apel'~:llt de sa lllOl'l. Celle maison est louc"e aujuuJ'C['ltui pal' les hClritiers de cc gOllverneur de Larache, qui en consenent la jouissance, au chc~rif d'Ouezzan, Sicli Abd Ed Djelil. Après cette maison, s'en tromoe une autre qui appartient également au .\Takhzen; sa jouissance a dl' concédé'e autl'efois au chérif d'Ouezzan Sieli El Hadj El Arhi et maintenue il ses héritic'l's, c'est-il-dire à son fils Sidi El Hadj Abd Es Salam, qui s'est rait proté'gel' pal' la France, puis par .\lonlay El Al'bi, son fils, mort il y a quelques mois. La jouissance en a été continuée ù .\loulay Et Tayeb, fils de .\loulay El .\rbi. Cette maison est occupl'e pal' le moqaclclem Et Taher Et Touati, représentant et fondé de pouvoirs des chorI'a d'Ouezzan auprès des gens du Touat habitant Fès, Mequinès et les environs. On sait que les gens du Touat sont tous affiliés il la confrérie d'Ou8zzan, depuis le voyage fait au Touat par le petit-fils du fondateur de ceUe confrérie, Moulay Et Tayeo

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ben :Mohammed ben Abdallah. Le Touat est considéré -comme une véritable zaouya d'Ouezzan, comme un fief religieux, il tel point que les descendants de ~Ioulay Et Taycll ont, par firman chérifien, le privilè'ge de se substituer au Trésor chérifien pour toucher dans tout l'empire {lu ~faroc la part qui revient au « Bit El SIal », dans les hé·ritages de tous les gens du Touat qui ont qlIilt(~ leur pays et sont venus habiter sur le territoire du Sultan. Il est probable que le privilège accordé il la zaouya d'Ouezzan "ur les héritages des gens du Touat établis au.\faroc, n'est qu'une extension du droit (lui leur était reconnu sm' tous les héritages des gens du Touat dans leur pays, et le paiement de ce droit doit entrer pmu' une certaine part dans les sommes d'argent (lue les « moqaddemin » des chorfa d'Ouezzan au Touat viennent lem' apporter tous les ans jusqu'à Ouezzan encore aujourd'hui. Non seulement les descendants de \foulay Et Tayeb prélèvent la part des successions afl'érentes au « Bit El.\lal »), mais ils recueillent également, aux lieu et place du BitEl:.\Tal, la totalité des successions vacan tes de cette prove n'Ince. Les fonctions du moqaddem des « Ahl Touat ) de Fès, qui est nommé pal' les Chari'a d'Ouezzan descen(lants directs de :.\Ioulay Et Tayeb, correspondent donc il celles de Bou ~Iaouarith et de « Oukil El n'iab ») (administrateur des successions et repn:'sentant des absents), Il peut ôtl'e intéressant de remarquer que c'est lit Lin véritable droit de souveraineté reconnu pal' les Sultans i ,du Maroc, il la descendance de :.\Ioulay Et Tayeh, SUI' les habitants du Touat. La branche ainée de ceUe descendance, celle qui exerce actuellement ce droit, est protégée par la France, depuis Sid El Hadj AJJd Es Salam ben El Arbi ben Ali ben Ahmed bcn Et Taycb ben :'\Iohammed ben Abdallah Ch(~rif. Le chef de cette hranche aÎnée est aujourd'hui Moulay Et Tayeb hen LaI'hi ben Abel Es Sabm.

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ARCHIVES MAROCAINES

avaient été concédées à son père par le même Sultan. l'ne autre maison appartenant au Makhzen, avait été concédée autrefois au chérif d'Ouezzan, Sieli El Hadj El ~Arbi, par Moulay Abd Er Hahman. Cette concession fut retirée p:u· Sidi ~[ohammed etdonnée à Sidi El Hadj Abd Es Salam El Baqqali. A la mort de ce chéri!', sous le règne de Moulay El Hasan, cette maison fut concédée il Si El Hadj .\Iohammed Ould Ba l\Iohammed Chergui, gouverneur de Larache, qui :n'ait contribué il détruire l'influence de l'ancien !'avori: de Sidi ~Iohammed en faisant arrêter, à El Ql:al', son Ilt'gre Saïd, qui commettait dans cette ville, au nom de son maitre, les abus de p011Yoir les pIns scandaleux. Saïd, envoy(', il Mal'l'akech, y fut descendu dans une prison souterraine où il ()tait enchainé pal' le cou de telle façon qu'il devait resleI· toujours debout; il mÜHl'ut dans cette position et son cada\Tc commen<,'ai t il être mangé par les ra ts lorsq u'on s'aperçut de sa mort. Cette maison est louée aujourd'hui pal' les héritiers de ce gouverneur de Larache, qni en consenent la jouissance, au chérif d'Ouezzan, Sidi ,Abd Ed DjeliI. A près cette maison, s'en trom'e une autre qui appartient également au l\Iakhzen; sa jouissance a été concédée autre!'ois au chérif d'Ouezzan Sieli El Hadj El Arbi et maintenue il ses héritiers, c'est-il-dire il son fils Sieli El Hadj Abd Es Salam, qui s'est fait peotéger pal' la France, puis par ~Ioulay El Arbi, son fils, mort il y a quelques mois. La jouissance en a été continuée il Mouby Et Tayeb, fils de ~Ioulay El Arhi. Cette maison est occupée pal' le rnoqaddem Et Taher Et Touati, représentant et fondé de pouvoirs des chorfa d'Ouezzan auprès des gens du Touat habitant Fès, Mequinès ct les environs. On sait que les gens du Touat sont tous affiliés il la confrérie d'Oue7.Zan, depuis le voyage fait au Touat pal' le petit-fils du fondateur de celte confrérie, }loulay Et Taye!>

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ben }[ohammed hen Abdallah. Le Touat est considéré ,comme une véritable zaouya d'Ouezzan, comme un fief religieux, à tel point que les descendants de ~Ioulay Et Tayeb ont, par firman chérifien, le privilôge de se substituer au Trésor chérifien pour toucher dans tout l'empire du~Iaroc la part qui revient au « Bit El ~Ial )), dans les héritages de tous les gens du Touat qui ont (luitté leur pays et sont venus habiter sur le territoire du Sultan. Il est prohahle que le privilège accordé à la zaouya d'Ouezzan SUI' les héritages des gens du Touat établis au ~Iaroc, n'est qu'une extension du droit qui leur était reconnu SUi' tous les héritages des gens du Touat dans leur pays, et le paiement de ce droit doit entrer pour une certaine part dans les sommes d'argent que les « moqaddemin )) des chorfa d'Ouezzan au Touat vieililent leur apporter tous les ans jusqu'à Ouezzan encore anjoUI'(l'hui. Non seulement les descendants de ~[oulay Et Tayeb prélèvent la part des successions afférentes au « Bit El ~Jal )), mais ils recueillent également, aux lieu et place du Bit El ~Ial, la totalité des successions vacantes de cette provenance. Les fonctions du moqaddem des « Ahl Touat de Fès, qui est nommé par les Chorfa d'Ouezzan descendants directs de ~Ioulay Et Tayeb, correspondent donc à celles de Bou l\Iaonarith et de « Oukil El H'iah ) (administrateul' des successions et représentant des absents). Il peut ètre intél'essant de remarquer que c'est là un véritable droit de souveraineté reconnu par les Sultans idu Maroc, il la descendance cIe ~Ioulay Et Tayeh, SUi' les hahitants du Touat. La hranche ainée de cette descendance, celle qui exerce actuellement ce droit, est protégée par la France, depuis Sid El Hadj Abd Es Salam hen El Arbi hen Ali hen Ahmed ben Et Tayeb hen ~Iohamllled ben Ahdallah Chérif. Le chef de cette branche aînée est aujourd'hui Moulay Et Tayeh ben Larhi ben Abd Es Salam.
»)

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ARCHIVES MAROCAINES

En face de cette maison, à main gauche, une petite mosquée au premier étage, bâtie sur le vestibule de la maison dite « Dar Et Trombati », du nom de son propriétaire. On arrive à la porte de cette mosquée par un escalier extérieur. Cette petite mosquée, appelée « Djama' Sidi Allal El Ouezzani », est la Zaoup des gens du Touat. D'après le nom porté par cette Zaouya on peut supposer que les gens du Touat sont venus en grand nombre il Fès du vivant du chérif d'Ouezzan, Sidi Allal Ou ~Ioulay Ali ben Ahmed ben Et Tayeb, qui avait sans doute obtenu pour eux du Sultan certains privilèges et certaines garanties. Il y a actuellement, il Fès, plus de trois cents familles du Touat. En face de cette mosquée, à droite, une impasse avec deux maisons habitées par des prostituées clandestines; il gauche, deux autres impasses, la pl'emièl'e avec quatre maisons et cinq petites pièces au rez-de-chaussée, habitées par des gens sans famille; la deuxième appelée « Derb En Nouar», avec quatre maisons et une écurie, appartenant il des chorfa Amranyin, qui font partie des « Moualin Sejjada » du Sultan (les ~\[oualin Sejjada sont une des nombreuses cOJ'[wrations intérieures du palais), puis la maison de l'Amin Guennoun, dont les fonctions consistent à marquer, au fer chaud, les chevaux et les mules du Sultan, et une maison de Chorfa Alaouyin, négociants en soie. Sur la grande voie « Derb En Nouaryin », une meçria, deux écuries, deux petites écoles de Qoran et la maison de « Trombati », au-dessus d'une partie de laquelle est bâtie la Zaouya des gens du Touat, puis une impasse avec cinq maisons. 1\. main droite, un fondaq à El Hadj Mohammed ben .Mesaoud, il la porte duquel se trouve une boutique où l'on fait de la kefta; à gauche un autre fondaq aux chorfa Iraqyin, puis un autre fondaq, appelé «( Fondaq Er Rihan »),

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appartenant aux habous de JIoulay Idris de Zerhoun, c'està-dil'e de JIoulay Idl'is 1"1'. La jouissance de ce fondaq a été concédée par le sultan ":\Ioulay Abd El Aziz il son amuseur -.r;\.,.J\, Si Abd Es Salam El Biout. Cet individu, alHluel son intimité avec le Sultan donne une réelle importance, est originaire de Larache où son père était pilole, d'où son sunlOm d' « El Blout )). Il amuse le Sultan en lui racontant des histoires graveleuses et lui sert de souŒre-douleur. Comme tous les bOUfrOllS, il tire d'assez gl'OS bélléfices de ses continuelles humiliations. Enfin le fondaq « El Leben )), qui appartient aux habous des Qaraouyin, et est exploité par un nommé Ben Jlollsa. On se trouve ainsi revenu à la petite place dite Souïqat Aïn El Khil, carrefour des quatre voies principales qui ont été parcourues, et qui, avec « Ed Derb El Amer » la grande voie venant de Bab El Cuisa, composent tout le quartier de Zoqaq Er Homman. En lisant cette description d'un quartier de Fès, on peut, dès maintenant, sc rendre compte qu'un des caractères distinctifs de cette ville est la grande quantité d'impasses qui s'y trouvent. Certaines de ces impasses sont trop étroites pour qu'on puisse y pénétrer autrement qu'à pied, et il y en a qui, relativement larges il leur entrée, vont en se rétrécissant, de telle sorte qu'elles ont quelquefois moins d'un mètre à leur extrémité. Il arrive également que d~autres impasses se gl'efI'ent sur l'impasse qui débouche dans une rue. Il résulte de cette disposition de la ville un enchevêtrement qui rend les communications difficiles et longues. On se trouve en effet dans l'obligation, pour aller d'un point il un autre, souvent assez rapproché, de contourner longuement tout un quartier, qui est pénétré par de nombreuses impasses, et n'est traversé complètement pal' aucune ruc. Cette disposition provient sans doute de ce que, lors de la création de la ville, aucune rue

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ARCHIVES :\IAROCAINES

n'a été tracée, que les maisons ont été hàties selon le caprice de leurs propriétaires, et distantes les unes des autres, et que ce n'est que plus tard, la population augmentant, que d'autres constructions se sont ajoutées aux premières, finissant par se réunir les lInes allx autres, laissant des passag<~s permettant d'arriver aux maisons, mais sans aucun souci de raccourcir les distances ni Lle faciliter' les communications. l~tant donnée cette disposition de la ville, il est parfois impossible de tracer (rUne fa(on nette la limite ll'nne fraction ou d'un quartier; c'est ai nsi que le côté gauche en montant de El Attarin, du Souq Aïn c\lloun, appartient à lu fraction El i\ndalolls, tandis que le (illartier de Zoqaq Er nOllrman appartient il la fraction El Lc'mtyin. Pour compléter le Souq d'Aïn AlloUll, il a ét<', nécessai!'e cependant de le faire figUl'eJ' dans la description du <luartier de Zoqaq Er Homman. De mème, Sidi Frej esl généralement considéré il Fès comme appartenant au quarlier de El Ketlanyin, fraction des Andalous. Il a été placé, cependant, dans la description de Zoqaq Er l1omman, conformément il l'indication de El Kettani, qui l'indique comme appartenant il ce l[ua!'tier dans Es Salaollal El Allfas. De semblables divergences poulTont se présenter quelquefois et seront toujoun; indiquées, afin d:évitel' de crée!' une c1assiÎJcalion de quartiers nouvelle, au lieu d'in<liquer, a vec leur manque de précision, celles qui sont généralement employées. En. ~IICHAUX-BELLAIRE.

ID-7-07 - Tours. lmp. E.

AnnAULT

el Ci'.

PUBLICATION
DE LA

MISSION SCIENTIFIQUE DU :\IAHOC

"'

VOLUME Xl

SOMMAIRE:
if

Pal':es.

Internement au Maroc de Si Stiman ben Kaddour et des Outad Sidi Cheikh R'araba de sa famille en 1876, par M. ED. MICHAUXBELLAIRE • . • . . . • . . • . . • . . " . .

L'Industrie à T·;/ouan, par M. A. JOLY (suife). . . . . . . Traduction de la Fetoua du Faqih Sidi Ali El-Tsouli, par M. ED. MICHAUX-BELLAIRE (suite). . . . . . . . . . Khorâfu d'Ali Ch-Châlur, par M. L.-H. BLANC . . , . . . Traduction d'une note sur l'alchimie, par M. ED. MICHAUX-BELLAIRE. Ouvrages entrés à ICl Bibliolhèque. . . . . . . . . . .

331 361 394

45fi
4HO
4S!)

PARIS
ERNEST LEROUX, ÉDITEUn
28,
RUE BONAPARTE, VIe

1907

ARCHIVES

MAROCAINES

VOLUME XI

FASCICULE

1

Les Musulmans d'Algérie au Maroc, par M. En. ~hCH .... ux-BELLAIRE. - Traduction de la retoua du faqih Sldi 'Ali Et Tsauli, pal' M. En. l\IICHAUX-BELLAII1!i. - Une retoua de Cheikh Sidia, pal' M. ED. MICHAUx-BELLAIRE. - Ouvrages entrés à la Bibliothèque.

FASCICULE

II

L'organisation des finances au Maroc, par M. ED. l\l!CHAC\-BELLAII1E. DesCl'iption de ln Yille de Fès, par l\1. ED. l\JICllAI·X-BELLAIRE.

FASCICULE

lIT

lnlel'llemenl au Maroc de Si Slim:.m hell Q:tddour el des Oulad 8idi Cheikh H'araba de sa famille ClI 1876, lllll' M, ED, MICIIAI'x-BELLAIRE. - L'industrie ;i Télouan, par M, A, JOLY (saile). - Fdou3 du faqîh Sldi ',\Ii Et Tsouli, p:.u' M. En. M'CH"" IX-BELLAIRE (saf/e), -Khorùfa d"AIi Cb-Chlilar, pal' M. L,-R. BLANC, Tl'n,ludion d'unc noIe en al'abe sur l'alehimie, pal' M. ED. l\hcHAUX-BELLAIRE. - Ouvrages entrés à la Bibliothèque,

INTERNEMENT AU MAROC DE SI SLIMAN BEN QADDOUR ET DES OULAD SIDI OHEIKH R'ARABA DE SA FAMILLE EN 1876

On a vu, dans « Les ~Iusulmans d'Algérie au l\Iaroc 1 )), qu'un certain nombre d'Oulad Sidi Cheikh et leurs seniteurs ont été transportés au I\Iaroc pal' la France en 1876, au moment de la soumission de Si Sliman hen Qaddour Z au Sultan Moulay El ([assan par l'entremise du Chérif d'Ouezzan, Sid El Hadj Ahdesselam. En étudiant cette période du règne de Moulay El Hassan, l'attention est attirée par les différents épisodes peu connus, qui ont maL'qué il cette époque les relations de l'Algérie et du ~Iaroc. On ne peut s'empêcher d'être porté à croire que le nouveau souverain du Maroc, monté sur le tL'àne depuis trois ans il peine, a pu caresser un moment le projet de tirer profit des difficultés que nous avions depuis tant d'années sur nos frontièTes avec le Maroc et principalement dans le Sud-Oranais. Sans doute il ne pouvait pas entrer dans les idées de Moulay El Hassan de reprendre le rêve de tous les souverains du ~[aroc, consistant à étendre leurs territoires vers l'Est et reconstituer au moins en partie l'Empire des Almohades: cependant
1. Archives marocaines, vol. XI, Il' l. 2. Si Sliman ben Qaddour, ancien Agha de Géryville et des I-Iamian, était Taïbi, c'est-à-dire de la confrérie religieuse d'Ouczzan, ce qui explique l'intervention de Sid El Hadj Abdesselam, chef de cette conrl'érie.
ARCH. MAROC.

22

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ARCIllVES

~IA HOCAINES

l'agitation continuellement entretenue sur notI'e fl'ontièl'e, et l'appui que nous semblions demander au ~lal'oc pour faire cesser les razzias contre les tribus soumises, pal' les tribus dissidentes réfugiées sur son territoire, pouvaient bien êtI'e prises pour de la faiblesse et encourager certaines illusions. Il faut, il ce .propos, expliquer rapidement la politique intérieure dc Moulay El llassan, qui lui a pel'luis d'avoir un règne florissant et de donner au .\[al'Oc l'apparence d'un empire. L'opposition les unes aux autres des compétitions dl's difl'érentes puissances pour échapper ù l'illiluence tl'0P prépondérante d'une spule, qui a été tout le jeu de la politique extéL'ieurc dc cc règne, est trop connue pour qu'il soit utile d'y rcvenir. Sa politique intl~l'ieure est moins COnnlle, et son examen peut dOllIleL' l'explication de hien des choses qui paraissent illogiques; elles sont, d'autre pal't, tout ù fait confonnes il la véritable mentalité de la grande majorité des ~laroc;lins. Le rêve, on poulTa i t di l'e l'idée fi xe des }Iusull1lans marocains, à peu d'exceptiolls près, c'est la gucLTe saillte, c'est-ù-dire la con versio Il, la soumission, l'ex p ulsi on ou la mort des infidèles. Ceux qui ont l'enoncé Ù la l'éalisation immédiate de ce n\ve, comme impossible, dl;plorent cette impossibilité, et non seulement ne désespèrent pas d'ull renouveau de l'Islam, mais ils .Y croient fel'lII('ment dans un avenir plus ou moins lointain. Il suffit (l'ailleul's de lire les ouvrages musulmans l'eligieux ou jlll'idiqlles pOUL' se rendre compte que l'on se trouve (~ncol'l~ lit en face de l'irréconciliable. La pensée, qui pénètre lentcmellt, finira sans doute p.ar changer cette fOl'lne de l'intellectualitl~ musulmane, mais la pensée seule peut opérer cette transformation. Tous les autl'es moyens, li lIe les circonstances rendent d'ailleurs parfois indispensables, peu vent dompter, mai ils n'assimilent pas; ils peuvent briser les volon-

INTERNEMENT AU MAROC DE SI SLIMAN BEN QADDoun

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tés, réduire les individus, mais ils n'empêchent pas le rêve de continuer, obsédant et héréditaire. "JIoulay El Bassan, qui connaissait parfaitement cette mentalité de son peuple, s'en est très habilement servi comme d'un moyen de gouvernement; il était peut-t\tre en cela parfaitement d'accord avec ses propres COll victions et avec ses espérances. Dans les tribus complètement soumises à l'autorité du Sultan, dans les tribus makhzen, là où les abus eUX-nHltlleS des fonctionnaiees marocains, qui sont tout-puissants, ont poussé les i 'Hligènes à rechercher la protection européenne, le dési t' de la guerre sainte est beaucoup moins ardent, quoique le principe en subsiste toujours. Dans ces tribus, d'ailleurs, le pouvoir temporel du Sultan est suffisamment établi pour y permettl'(~ la perception de tous les impàts, sans qu'il soit nécessaire d'avoir recours à l'id(;(· religieuse. Il n'en est pas de même dans les·tri!Jus insoumises, qui sont généralement les tribus des montagnes et les trip}}s beebères. Dans ces dernières, surtout celles (le l'Est, la préoccupation de la gueI't'e sainte est constante, et l'espoir dU jour tant attendu est plein d'impatience. POUl' toutes ces populations, ignorantes et presque sauvages, la présence des chl'é ti ens non seulement dans qu elq ues villes d u ~ ra "oc mais mt\me sur le territoire de l'Algérie, n'est due qu'à la, longanimité du Sultan, il un réel excès de honté de sa part. Pendant tout son règnc, ~roulay Eillassan les a maintenues dans une demi-oJ)(;issance et les a em pêchlles tou t au moins de se soulever contre lui cn entrctcnant l'espérance de cette guelTe sainte dont lui seul, comme Imam, avait le dmit d'indiquer le jour. Par cc même moyen, il a su se faire verser pal' ces populations indépendantes, si Cf' n'est il proprernent parler des contributions, au moins des tributs assez nombreux. Ces tributs étaient obtenus sous le prétexte de préparer la guerre contre l'infidèle. De fait,

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ARCHIVES MAROCAINES

ils permettaient au Sultan, joints aux ressources des douanes et aux autres impôts, d'entretenir les troupes suffisantes à maintenir son autorité et de subvenil' à toutes les dépenses de l'I~tat. Moulay El Hassan parvint ainsi, sans avoir recours il des emprunts, à faire face il toutes les obligations que les relations plus fréquentes a\'ec les puissances rendaient plus coùteuses que sous les règnes prècéd ents. Mai ntenant d'une part en haleine, pal' l' espoi r du 1 Djihad, les tribus indépendantes de son empire, opposant d'autre part aux idées de progrès, qui lui sont suggérées par l'Europe, l'état d'esprit de son peuple qu'il entretenait lui-môme, il a pu régner pendant vingt ans sans complications graves. Il a, ~Ie plus, tiré de son pays tou't ce qu'il pouvait donner avec un état de choses impossible à changer hrusquement sans risquer de provoquer une révolution où pouvaient sombrer la dyna~tie et l'empire lui-même. Quoique cela sorte un peu du cadre de cette étude, il faut faire remarquer, en passant, qu'étant donné les sentiI1tClltS entretenus par :Moulay El Hassan chez les tribus berbères, leur désillusion a dù être grande lorsque, voyant il y a huit ans le Touat occupé par la France, elles sont venues demander il ~Ioulay Abdelaziz l'exécution des promesses de son père. Le jeune Sultan a dù tempérer leur ardeut· ct tàcher de leur faire comprendre (lue le jour tant attendu n'était pas encore venu; il en est résulté un sentiment de défiance, qui dure encore et qui a contribué pOUl' beaucoup il l'impopularité du Sultan actllf'l. Comme lr~s enfants, les Berbères n'ont que des idées absolues et pour eux la puissance de l'Imam ne peut ôtre soumise il aucune autre relativitt~, sous peine de perdre tout son prestige. En 1876, le Sultan :\[oulay El Hassan avait réuni à ~Ial'­ rakech une armée considérable, 40.000 hommes dit-on, en annonçant une expédition dans le Sous; puis, prétextant l'état de désordre du Nord de l'Empire, il renonça il ce

INTERNEMENT AU MAROC DE SI SLIMAN BEN QADDOUR

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projet, se mit en marche en passant par l\Iazagan, Casablanca et Rabat, arriva il Fès, où il resta quelque temps pour augmenter ses troupes. De là il se dirigea par Taza, vers les tribus de la frontière algérienne, Beni Iznazen, Angad, :\['haïa et il Oujda, où il arriva au mois de septembre et où il se rencontra avec le général Osmont, commandant la division d'Oran. Au commencement de la même année, M. Tissot, ministre de France il Tanger, d'accord avec le général Chanzy, gouverneur général de l'Algérie, s'employait auprès du Sultan pour obtenir de lt~i qu'il consentît il l'internement des Oulad Sidi Cheikh à l'Ouest de Fès. Moulay El Hassan accepta avec empressement cette combinaison et il fut décidé que le Chérif d'Ouezzan, Sid El Hadj Abdesselam, qui n'était pas encore protégé franç:ais, mais jouissait cependant d'une sorte de protection offi cieuse de notre légation à Tanger, serait chargé par le Sultan de négociel' avec les Oulad Sidi Cheikh leur internement au :\Jaroc. Il faut rappeler, il cc propos, que les chorfa d'Ouezzan ont toujours joui d'une grande inlluence dans l'Ouest-Alg.érien et qu'au commencement de la conquête de l'Algérie, :\Ioulay Abderralunan, lorsqu'il chercha il s'emparer de l'ancien royaume de Tlemcen, envoya dans ceLLe région Sid El Hadj El Arbi, père de Sid El Hadj Abdesselam 1• Voici brièvement les motifs qu i avaient amené le gouvel'nement général de l'Algérie à demander son concours à notre diplomatie au :'IIaroc pour essayer de se débarrasser d'une des plus importantes trllms du Sud-Oranais. La tribu arabe des Oulad Sidi Cheikh, qui fait remonter SOn origine au Khalifa Abou Beker Es Sadik ct qui date effectivement de Sieli Abdelqader, dit Sidi Cheikh, mort en 1630 (1035 de l'hégire), a toujours été turbulente, enne1. Archives marocaines, vol. XI, n" l, Maroc ", p, 42,
«

Les Musulmans d'Algérie au

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AnCHIVES MAnOCAINES

mie de toute administration et de toute autorit(\. POUl' conserver leUl' indépendance, et pOUl' continuer leur existence d(~ grands seigneurs religieux, et perceyoir leuL' zial'a sans (~tL'e inquidès, les Oulad Sidi Cheikh consentirent ù payer un trihut aux Turcs. Plus tard, ils payèrent (:gal('mf'lll (les contributions ù l'I::mil' Ahdelqad('r hen \Iahi Ed Din ..\près le tl'aité de 'iBMi, cntre la France ('t le ."al'oc, qui paI'lageai tassez arhitrail'('ment entre les deux pays les tri bus frontières, les Oulad Sidi Cheikh f11'('nt sans sncci~s lme tentative aupL'ès dn gouvernement: dl'Fès pour échapp('r il llOtl'(~ autol'iu; . .\ P:U'til' de cc moment, le malentendu causé pal' 1<,s t(~rlll('S du traité de '18l15 commença ù Cl'("er la pénihl(' situation que l'on a voulu trancheL' en 187!) pal' l'internement au i\lal'oc des Oulad Sidi Ch('ikh dissidents, ;\u,' (('l'Ines de ce traité, l('s Oula(l Sidi C:heikh Ch('['aga, C'('st-il-dil'(~ de l'Est, étaient sujets fran~'ais, tandis li U(' \('s Onlad Sidi Cheikh R'araha, c'est-il-dire de l'Ouest, étai<'nt marucains. En n"alité, les dénominations Cheraga et n'araha, appliqu(;es aux Oub<l Sidi Cheikh, signifient simplelllf'llt que l('s premiers habitent le QçaJ' Ecll Cll/"'gui, ou des Oulad El lIadj Bou lIa!'s, qui est il l'Est du tom!H'au d(' Sidi Cheikh, tandis que les seconds habitent le Q~~aI' El n'arhi, ou des Oulad Ellladj Ahd El Hakim, ù l'Ouest du m(\IIl(, tomheau. La stricte application (les termes de ce traité, en ce qui coucerne les Oulatl Sidi Cheikh, étendrait donc l'autoriU; du Sultan (lu i\fal'Oc jusqu'ù El j\hiod Sidi Ch('ikh. Cctt<~ ('J'l'CU!' a permis en 18Ml à Sidi CheikhlH'1l EtTayeh, chef des Oulad Sidi Cheikh H'a!'aha, de se faire passel' COllllne Khalifa du Sultan du ~Jaroc pour la ["("gion qu'il hahitait, et pOUl' empêche!' les menées de ce personnage, la Fl'anGe dut avoir recours au Sultan Moulay i\hderrahman, qui l'aUil'a il Fès, où il le maintint en prison pendant quelques mois.

INTERNEMENT AU MAROC DE SI SLIMAN BEN QADDOUR

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Il serait trop long de raconter nos luttes avec les Oulad Sidi Cheikh, leurs perpétuelles trahisons, leul's soumissions intéressées. Pendant des années, les Oulacl Sicli Cheikh Cheraga ct [t'araba se sont alternativement servis de notre appui pour la satisfaction de leurs petites ambitions locales et dans l'espoir d' obten i l' chacune une su pl'ématie qu'elles se disputent depuis près de deu", siècles. En 187b, Si Slimanhen Qaddom, des Oulad Sidi Cheikh H'araba, après avoir combattu dans nos rangs les O. S. Ch. n'al'aba et n'ayant pas trouvé dans son alliance avec nous les satisfactions d'amour-propre qu'il espé,'ait, s'ellfuit au Maroc, et par l'intermédiail'e d'un marabout des Oulad i\bderralnnan, ~Ioula'y Saoul, se réconcilia avec Si Qaddour ben Ilamza, des O. S. Ch. Che l'aga, ct les dissidents des deu", branches des O. S. Ch. s'allièrent contl'e nous. Ces fl'actiolls dissidentes des Oulacl Sidi Cheikh, réfugiées an ~Iaroc, tout près de notre frontièl'e, opérèl'l~nt de nombreuses razzias sur nos tri/HIs; le gouvernement lllal'ocain opposant son impnissance il nos revendications ct à nos demandes d'indemnité, on se décida à autoriser' nos tribus il razzier il leul' tOUI' les tri/ms marocaines (lui donnaient refuge il nos dissidents. Ce système n'avait pas donné les résultats qu'on pouvait en attendre, et ne faisait <[1l'entl'et<'llir entre les tribus de la fl'onlière un état d'hostilité permanent pr{,judiciable à la prospérité de nos tribus elles-rllêmes; le gouvernement général, d'autre part, ne jugeant pas utile de prendl'e, vis-à-vis des trihus marocaines et dos Oulad Sidi Cheikh, les mesures énergiques qui, seules, auraient pu rétahlir le calme ot la sécurité, résolut de s'adl'esser, pal' l'int<'rrné<liairo de notl'o légation do Tangol', au Sultan du ~lal'Oc, pour lui demander d'éloignel' de notre fnmtière les Oulad Sidi Cheikh H'araha qui étaient la cause réelle de tous ces désordres. Les négociations entamées il co sujet par JI. Tissot furent accueillies avec joio par ~[oulay El IJassan. Le Sultan

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ARCHIVES MAROCAINES

voyait dans cette démarche et dans la nécessité où paraissait se tl'Ouver la France d'avoir recours à lui pOUl' sc débarrasser de ses propres dissidents, un aveu d'impuis~ sance de sa part de pouvoir les réduire elle-même; c'était pour lui une excellente occasion de relever son prestige dans le Sud-Est de son empire, parfaitement conforme à la politique qu'il avait adoptée. II est certain qu'il résolut de profiter de cette circonstance pour étendre son influence vers l'Est et que c'est là la vraie raison qui lui fit modifier son plan primitif qui consistait à conduire une expédition dans le Sous, pour se rapprocher au contraire de la frontière et profiter de notre apparente faiblesse, à laquelle il était en droit de croire, pour montrer près de l'Algérie l'étendard de l'J~mir El Slonmenin. Il ne semble pas douteux que le rôle que nous demandions au Chérif d'Ouezzan de jouer dans cette circonstance n'était pas le même que celuL dont le Sultan l'avait chargé. Tandis que notre légation, comme le gouvernement généraI de l'Algérie, comptaient sur lïn(luence du Chérif uniquement pour persuader les chefs des <Julad Sieli Cheikh dissidents de faiee leur soumission au Sultan, ct à se laisser interner au Maroc, Moulay El Hassan devait espérer que l'influence du Chérif ne se bornerait pas à obtenir' co résultat et pourrait provoquer un mouvement en sa faveur dans l'Ouest algérien. Si ce mouvement, préparé sans doute de longue main, ne sc produisit pas, c'est que probablement Sid El Hadj Abdesselam, peu confiant dans la reconnaissance du Sultan, d'une part, ne tarda pas à se convaincre, d'autre part, que notre faihlesse n'était pas telle qu'on pouvait le croire à la cour de Fès. Il pensa qu'il n'était pas de son véritable intérêt de se l'vil' aux ambitions de Moulay El 11assan, qui lui paraissaient irréalisables, et qu'il était préférable pour lui de se conduire de façon à obtenir la protection française qu'il recherchait depuis un certain temps, et qu'il obtint (luelques années

INTERNEMENT AL: MAROC DE SI SLll\IAN BEN QADDOUR

::l3!!

i

plus ta rel. Le Chérif avait un intérêt de premier ordre à ne pas se voir fermer l'Algérie, où la maison d'Ouezzan compte autant d'adhérents qu'au Maroc. Cependant, le gouvernement général de l'Algérie se rendait compte, au mois d'avril 1876, que l'accueil fait au Chérif d'Ouezzan dans la province d'Oran était plus respectueux que d'habitude. Sa présence causait une certaine surexcitation dans les confréries et semblait y réveiller l'espoir toujours vivant des indigènes de voir les Français obligés d'abandonner l'Algérie ct d'y voir la domination arabe de nouveau établie. Le Sultan avait également chargé le Chérif d'Ouezzan, ù son retour du Sud algérien, de réconcilier les Angad et les Beni Iznazen. Sid El Hadj Abdesselam, comme on le verra plus loin, ne réussit pas à opérer cette réconciliation, qui n'aurait pu avoir pour nous que des conséquences fftcheuses en faisant cesser les dissensions des deux pri 1Ici pales tribus voisines de notre frontière, et en leur pet'mettant d'agir simultanément contre nos tribus. Transporté en Algérie par l'aviso le Cass(L/'d, Sid El Hadj Abdesselam arrivait au contmencement du mois d'avril 1876 à Bas El Ma des Beni Sfathar, où il avait donné rendez-vous aux chefs des Olliad Sidi Cheikh Iraraba et Cheraga. Il n'y trouva que Si Sliman ben Qaddour, chef des H'araba. Qaddour ben HanlZa s'dait fait excuser et remplacer par son frère Si Eddin et pal' son faqih (secrétaire), Si El Fadil. Si Slinwn ben QaddoUl' accepta de sc rendre auprès du Sultan. Quant à l'internement de Si Qaddour ben Hamza discuté avec le Chérif par ses émissaires, il resta subordonné par lui à la restitution par le gouvernement général de l'Algérie de tous les biens qui lui avaient été confisqués. A cette condition, Si Qaddour consentait à aller vivre au :i\Iaroc entre Oujda et Taza et il espérait que Sid El Hadj Abdesselam obtiendrait du Sultan pour lui le commandement des populations établies entre

ARCHIVES MAROCAINE"

les deux villes. Ces conditions, qui témoignent bien des sentiments que l'intervention du Chérif et du Sultan avait fait naître dans l'espoil' de Si Qacldour ben Ilamza, ))(' mél'itaient môme pas d'être discutées ct Sid El Hadj Ahdesselam dut se contenter d'avoir pu dé~cider Si Slilllan hen Qaddour Ù se l'ctirer au Mal'Oc. C'est au retou)' dl' cetle mission que le Chérif fit une tentative inutile ct, semhlel-il, assez molle, pOUL' réconciliel' les Angad et les Beni Iznazen, La soumission de Si Slilllan ben Qaddonr n'était pas elle-môme cc q ne nous pOtüions croire, L'internement au ~[aroc de cc pel'sonnaw~ ('tait l'expr('ssion française du résultat ohtenn pal' la mission du Ch('!'i!', tandis qu'en l'('alité, dans l'esprit de Si SliJllan ct du Sultan lui-nll'Ille, les Onlad Sidi Cheikh H'aralJa dissidents et lelll' chef dai('llt des « lllonhadjirin », des émigrés l'(·ligieux, qni fuyai('nt deYant les inliddes et au\:quels l'l~Jllir' El ~ronmeflin dOflnai t l'hospitalité~, Tl est ce l'tain (I1W, dans l'eUe circonstance, comme clans la plupart cles conventions d'ail1('U1's, les uns chel'chaienl il tl'OlIIpe!' les autl'es et qne l(~ llégoci;ileul' luiHll'me Pl'("sentait Ù chacun sa mission dans les tel'llleS ct avec les espér'ances (pli devaient le pl'ts en facilite!' la réussite. La nlallii~!'e dont Si Slilll,Ul hen ()addolll' <'t Ull gl'and llomhf'(~ des trihus mal'ocaines de la frontii'l'e comprenaient l'internement dn chef des ()ulad Sidi Cheikh Iraraha au ~IaJ'oc se manifeste c1aircment pal' le fait suiY<lnt : Si Sliman, en partant pOUl' le }Jaroc, était portel/l' d(' leUres des Angad, des }f'haya, des Deni ~Iath<lr, d(~s Ih'ni Guild ct des Oulad Djarir, demandant au Sultan de )(' nomnwl' A]I\el d'Oudja en l'emplacement de Si ~Iohallllll('d Ould El Bachil' Ou ;\Iessaond. Sans doute, celle m;mœU\T(' était plutôt dirigée pal' les Angad contre la (l'ilm des Beni Iznazen à laquelle appartenait Ould El Bachil'; cependant, il (~tait difficil(' il la Fl'ance d'admettre que le personnage

INTERNEMENT AU MAROC DE SI SLIMAN BEN QADDOUR

:Hl

inquiétant qu'elle internait en territoire marocain fùt nommé gouverneur du Sultan SUl' notre frontière, et notre légation protesta énergiquement auprès de la cour de Fès pour (·mpècher cette combinaison (['aboutir. Le Hl avril 1876, Si Sliman ben QadJour arrivait à Tangc'r ct descendait dans lIne maison du Chérif d'Ouezzan. ~I. Tissot paeut s'étonnee de ce que le peesonnage, interné SUL' sa dc'mande, ne sc jlL'ésente pas à sa légation. ce qui prr)Uve que le malentendu sur cet internemcnt continuait toujours. Ayant de quitte]' Oran, Si Sliman avait remis au géné'Lal Osmont les deux listes ci-après, comprenant les membl'es de sa famille et scs sel'viteul's, clu'il désieait yoiL' le rejoindl'c au ~Taroc.

Famille de Si Sfiman ben (JaddolZl'.

'1° Tayeh Ould El lIadj El Arbi. Sa mi'ee Dchahia bent il a omis de J'indiquer). Sa femme Halyma lwut Ses deux frères, l'un du m(\1I1C père, .\fohammeJ (fol·t jeune); l'autre, de la môme mèrc. Beu Sliman (plus âgé). Ses deux sœurs, Jo1Jra (grande). Bent Naimi (petite). 2° MOl'adj hen QaddoUl,1. Sa femme,Yamina bent Bou 11aous. Un petit enfant, ~rohammed (âgé de 21 mois). 3° Bou lh'keur ben Bou 1lafs 2. Ses deux femmes, J\clila et l'ehtha.
,J

1. Il indique une seeonde l'emme, nwis il en lnit le nom. 2, Il indi,tue sept l'l'ères et deux sœurs, mais il en tait le nom.

342

ARCHIVES MAROCAINES

Un fils, Abdelaziz. Une fille, Kheïra. Son père, Si Bou Hafs ben Et Tayeb (oncle de Si Sliman ben Qaddour). Sa mère, Bathoul. La deuxième femme de son père, Zohra. Cinq frères: Cheikh-Larbi-Daho (grands). Ali et Bou Douaia (petits). Trois sœurs: Yamina (femme de Moraclj ben Qaddour). Lalia (grande). Cherifa (petite).
]~TAT N° 2.

Famille de Si S/iman ben Qaddour.
Si Sliman ben Tayeb (oncle de Si Sliman, frère de son père). Si Cheikh ben Mohammed (cousin germain de Si Sliman, fils de Si Mohammed ben Tayeb). Qaddour ben Bou IIafs (cousin germain, fils de Sidi Hou Hafs ben 'rayeb). Si Qaddour ben Zian (cousin germain), rentré de Corse. Si 'lohammed ben :Mansour (cousin germain). Si :\lohammed ben Bou Bekeur Si l'Il aaInar ben Bounekeur Si Safi hen El :\Jazouzi Si Larbi ben Zian La Lente des orphelins Ouled Sicli Larbi ben Brahim (neveux de Si Sliman; leur mère est sa sŒnr). BenL Naimi (femme de Sidi Cheikh ben Tayeb). (cousin éloigné). Si Abdallah Si M'hamllled Mohammed hen Cheikh Ben Amal'

INTERNEMENT AU MAROC DE SI SLIMAN BEN QADDOUH

343

Si Bou Hafs ben Zian (cousin éloigné) Si Hakoum Si Bel Fodhil ben -Mohammed Si Bou Hafs ben Qaddour Si Cheikh ben Sliman Tahar hen Cheikh rentré de Corse. Sliman hen El lladj }[iloud Abid El ~riloud hen Bellal Bel Kheie Bou Chta Bel Fodhil henKhelifa Maamar ben Khelifa Abdelhakem ben Abbou Sliman ben El ~liloud Maamar ben ALLala Mohammed ben El Djellali Bou Hafs ben Attala Bou Hafs ben Cheikh La tente de Larbi ben El Hadj Ahmed hen Miloud Sliman (aveugle). Cheikh ben Abderrahman (domestique). Abd El Hakem (forgeron). Après avoir vainement insisté pour faiee un voyage en France, le Chérif d'Ouezzan, qui aurait tenu sans doute à être il Paris en même temps que le Hadj Mohammed Zebdi, ambassadeur du Sultan, rentre à Tanger, d'où il partit il la fin mai pour Ouezzan avec Si Sliman ben Qaddour, qu'il pr~senta au Sultan il _Méquinès dans le courant du mois de
JUIll~

Moulay El Hassan accueillit tl'ès bien Si Sliman et lui donna une maison à Fès pour y habiter, en attendant son établissement définitif pour lui, sa famille et ses gens, dans la plaine du Saïs.

341

ARCHIVES MAROCAINES

Plus tard, ~Ioulay El Hassan, sc rendant compte sans doute qu'il s'était fait des illusions sur la Jlossihilite d'étahlir son influence dans l'Ouest algéeien ct, désiL'cux de donner satisfaction il la France avant de se l'approcher dc la frontière, décida d'envoyer les Oula(1 Sidi Cheikh ct Si Slîman hen (Jaddour à ~[arrakech, et cette fois de les y interner réellement. Il fit demander au gouvernement français de faire transporter la famille ct les gens de Si Sliman ben Qaddour jusqu'à Safi, Dans l'origine, les Oulad Sidi Cheikh denient ('tl'(~ transportés par mer jusqu'à Tanger, et leurs tl'Oupeaux d leurs tentes (levaient gagner la frontière par tene sous la direction du fils de Si Sliman hen Qaddour, Lorsqu'il fut d()cidé qu'ils seraicnt internés près de ~[arrakech, ils durent, avant de quitte,'l'Algérie, vendre leurs ü'oupeaux qu'il était impossible, élant donné la distallce, dl' faire voyager par ten'e, ainsi que cela était convenu loes du lll'elllier projet qui consistait il demander au Sultan de les établir dans la plaine du Saïs, entre Fès et ~Iéquin(~s, Ll'S seuls campements personnels de Si Slilllan avaient quitté l'AlgéL'ie par terrc au mois d'avril sous le conlmandemcnt de son fils, Après de nombreux pourpade,'s, les Oulad Sidi Cheikh finirent paL' s'cmharquer il Oran le 'l7 scptemhre, Ils étaiellt accom pagnés du capitaine ni nn, (le la sectio n des offi ciers in terprètes de l'état-major général, d'un b ri gad i()l' et de ciml spahis. Si Sliman hen ()addour n'ayant remis au généeal (blllont que la liste dcs nolables, le nombre de gens qui se Pl'("senta pour s'emharqucr fut heaucollp plus consid(;rabl(~. En voici l'état nominatif qui compL'elll135 tentes on familles, soit 227 personnes, dont 75 hommes, 8'1 femnH's ('(. (58 enfants. POUl' ne pas scindee les familles, 011 se décida il envoyer le tout. v

IN TE BNE)IEl'\T AU MAHOC DE SI SLIMAN BEN QADDOUn

:145

I~TAT

NOMINATIF DES OULAD SlDI CHEIKH QlJl S'EMBARQuÈnE,,\T

A BOUGIE LE

'11

SEPTEMBRE ET A ORAN LE

17

SEPTEMBRE

'1876

poun I~TnE DIn[GI~S SUR LE :\IAROC.

Tentes qui étaient intel'nées dans la subdivision de Sétif. Première tente.
Bou lIafs ben Ettaieb, chef de tente, COUS III de Sliman ben Kaddour Chei kh ben Bon Halrs homIne. El Arhi ben Bou Uall's Salem ben Beloul Fathllla bent El MiL' femme. Kheira bent ~\hliled El Alia he nt Bou IJaifs Fathma bent Aillneli Bou ALun ben Bou Hall's petit garçon. Ali ben Bou flairs Echcheikhben Eddin

Deuxième tente.
?lIohammed ben HelaI Bou Hafrs bel Hadj Zana hent Ahmed Om El Kheir hent El TIallj Mabrouka bent El Hadj chef de tente. homme. femme. fille.

Troisième tenle.
BOil

Beker ben Bou Hafl's

El Beloul hent Ahmed

chef de tente. femme.

34(;

ARCHIVES MAROCAINES

Couta bent Ech Cheikh feunne Cherifa bent Bou Hafl's Aicha bent Hou IIaffs Bou Douaia bent Bou Haffs petit garçon. Abderrahman ben Bou HafI's (Cousins de Slïrnan ben Kaddour.)

Quatrième tente.
El }Iâradj ben Kaddour l\loharek ben Be/oui Mobal'ek ben Larech Sefia hen EttaielJ Fatma hent Kaddour Messaouda hent Kaddour Debhia bent HelaI Nouna bent :\Iohammed Abdelaziz hent Boubekel' Kheira hent Bou Beke!' chef de tente. homme. femme.

garçon. fi Ile.

Cinquième tente.
Cheikh ben Ahdel'l'ahman M'hammed ben Cheikh Brahim ben Cheikh Fatma bent El Arhi Mahrouka hent Cheikh ~Iamaal' hen Chei kh chef de tente. homme. femIlle. petit garçon.

Sixième tente.
Kaddour ben Hou Haffs Kheil'a hent Cheikh chef de tente. femme.

I:'<TEHNEl\IENT AU MAROC DE SI SLDlAN BEN QADDOUR

347

Aicha bent nou lIafl's Halima

femme petite fi lle.

Septième tellte.
chef de lente. El ".'IIiloud ben Delat fem me. ".'IJïmollna bent jIessaoud, Om El Kheir bent Feredj Khedidja hent HelaI (Cousins de Sliman hen Kaddour.)

Huitième tente.
chef de tente. E ttaieh bel Hadj nen Slirrwn hel Hadj homme. Dabbia hent Sliman femme. El Hadja hent Zian Dabbia bent El Hadj l1alima hent :YJohalllmed ".'IJohammed bel Hadj petit garçon. Mohammed ben Sliman Zohl'a bent El Hadj petite fille. (Cousins de Sliman hen I\addour.)

Neuvième tenle.
Bel Khir ben Brik chef de tente. Brik hen HelaI homme. Aida hent Feredj femme. El Alia bent Mohammed :Mohammed hen Bel Kheir petit gar\~on. Tedja hent Brik petite fille. (Cousins de Sliman henKaddour.)
ARCH. MAROC.

ARCHIVES MAROCAINES

Dixième lente.
Ben Sliman ben Mazouzi chef de tente. Fatma bent El Hadj femme. (Cousins de Sliman ben Kaddour.)

Onzième tente.
Bon Chita ben Cheikh Rahma hent Brik chef de tente. femme.

Douzième tente.
Safi ben Ahmed chef de tenLe. Mustafa ben Ahmed homme. Fatma 11ent Alulled femme. Kheil'a hent Bel Fadil (Cousins de Sliman hen Qaddoul'.)

Treizième tente.
chef de tente. Ahd El lIakem hen Nebou homme. Brahim ben, Ahdelhakem femme. Samikia bent Aisa Ahdel llakem ben Abdelhakem petit garçon. Kheira JJent AJJdelhakem petite fille. Fatma bent Ahdelhakem (Cousins de Sliman hen Qaddour.)

Quatorzième lenle.
Ahdelhakem hen Bou lIa(rs Djeloul hen Hekoum chef de tente. homme.

INTERNEMENT AU MAROC DE SI SLIMAN BEN QADDOUR

349

Bou Alam hen Hekoum Cheikh hen I-lekoum Et Taieh hen Bou Hafs Khedidja hent Mohammed (Cousins de Sliman hen Qaddour.)
Quinzième lenle.

homme

femme.

chef de tente. Cheikh hen Zian El Hadj ben Zian homme. Halima bent :Mohammed femme. Baia hent Cheikh Ahdelhakem hen Zian Taki hen Zian Mohammed ben Zian ~Jessaoud ben Zian Kheira hent lian petite fille. Amina llent lian Fatma hent Zian Fatma bent Cheikh (Cousins de Sliman hen Qacldour.)
Seizième lenle.

Kaddour hen lian Ahmed hel IIalih Bou Hafl's ben Zian Fatma hent El Hadj Saad ia bent Cheikh Halima hent Bou Hairs Kheira bent Djilemi Renia bent Chelali Mohammed hen Kaddour Ahmed ben Kaddour

chef de ten te. homme. femme.

petit

gar~~on.

350

ARCHlYES MAROCAINES

Zahra bent Bou Hafl's (Cousins de Sliman ben Qaddour.)

petite fille.

Dix-septième tente.
.\mar hen Bou Beker Bakrita hent Nfohammed i\Iobarèka bent :\f'hammed Mohammed ben .\zzan chef de tente . femme. petite fille. peti t gar<,'Ol1.

Dix-huitième lenle.
Ben Aissa ben Lakreuch Sliman ben Aissa Bou lIafI's ben Aissa ~robarka bent Bou IIafl's Taieb ben Aissa chd de tente. homme. femme. petit garçon.

Dix-neuvième lente.
Tahar ben Cheikh Bachir ben Kaclclour Kheira bent Taieb Fatma bent .Maamar Reqia bent Cheikh Mohammed ben Bachi[' Reqia hent Bachir (Sic) Reqia hent el Bachir Mariem bent el Bachir chef de tente. homme. femme.

petit garçon. petite fille.

Vingtième lente.
Mohammed ben Boubeker chef de tente.

INTERNEMENT AU MAROC DE SI SLIMAN BEN QADDOUn

~51

Fatma bent .\fohammed femme. Requia bent Cheikh Sliman ben Mohammed petit garçon. Fatma bent "Mohammed petite fille. (Cousins de Sliman hen Kaddour.)

Vingt et unième tente.
Mançour chef de tente. (Cousin de Slîman hen Kaddour.) Sliman hen ~Iançour homme. Mançour hen Mohammed M'hammed ben Mohammed Ahmed ben 1\I'hammed Meriem bent El Aid femme. Om El Kheir bent Ali Aiche bent Bou :Messad Abderrahman ben ~Iohammed petit garçon. Kherfia bent Sliman petite fille.
~IohanlIned ben

Vingl-deuxième lenle.
Kaddour hen Ali chef de tente. (Cousin de Sliman ben Kaddour.) Amra bent Ali femme. Djilani ben El Aid petit garçon.

"Vingl-troisième tente.
l\I'hammed bel Hadj Khad1'a bent Cheikh chef de tente. femme.

Vingt-quatrième lente.
~Iohammed

ben Cheikh

chef de tente.

352

ARCHIVES MAHOC\l;\TES

Ben Dl'is ben Cheikh Fatma beut EUaieb Henia heut ~[ohammed Fatma hent '\Iohammed

homme. femme' . petite rille.

Vingt-cinquième tente.
Ben Ameur hcm Ziad '\lahhouba hent Slilllan Mohammed ben ~\JIIeUI' chef dl' tenle. feIIlIlI('. pel i t ga ['(:0 Il.

Vingt-sixième tente.
Abdallah hen Saad Mesk El Djih bent Bou IIaffs Amina bent Ahmed Fatma hent Ahdallah Ahmed ben Abdallah Bachri hen Ahdallah Amina bent Abdallah Halima lIent Belkacem Fatma hent Belkacem chef de lente. fellllll('.

petit gal'l:oll. petill' lilll'.

Vingt-septième tente.
Bel Fadel Bel Khelifa chef dn tellte. (Cousin de Sliman ben Kaddoul'.) Slilllall bell Sail lIOJIIJlW. '\Iohallllllecl bel Fadel Fatma bent Salah fC~1l11l1e.

Vingt-huitième tente.
Abdel I1akeln hen Eddjilani Kaddoul' ben Eddjilani chef de lenLe. honlllle.

INTERNEMENT AU ;\IAROC DE SI SLIMAN llEN QADDOUR

353

Mohammed ben Eddjilani Hebiha bent Dou Haffs Fatma bent Bou I-Iamama Kheira bent Abdelhakcm Abdel Ilakem ben Abdelhakelll
Vingt-neuvième tente.

homme femme. petite fille. petit gar~·on.

Om Khalifa bent Said
Fatma bent YIazouzi Kaddour ben ~Iazouzi

chef de tente (femme). femme. petit gar<,'on.

Trentième tenfe.

!la!ima bent
~[ohammed

13011 Hall's ben )[oussa He(Iia bent Moussa

chef de tente Uelllllle). petit gar(:OIl. petite fille.

Trente et unième fente.

Maamal' ben Khalifa Aicha bent Kaddoul' Fatma bent Ali Mira bent ~[aamar

chef de ten le. femIlle. petite fille.

TENTES QUI ÉTAlENT INTERNÉES DANS LA SUBDIVISION DE BATNA.

Première fente.

Ben Douaïa ben ~[ama[' Ahderl'ahman ben MaillaI' ~[ohaIllmed ben Mamat'

homme.

354

ARCHIVES MAROCAINES

Milout ben j'l1amar Khadijabent Manwr Tenia hent Mamat' Embarka bent El Uachimi Kheira hent El Hadj Moukhalifa bent M'lamaI' Emharek ben Maamal' Ba Uaous hen ~Iaamal'

homme femme.

petit garçon.

Deuxième lenle.
Mohammed bel Djilali . Ahmed ben Djilali Kaddour ben Djilali Allal hen Djilali Safla he nt Cheikh Fatma hent El Hadj Kheira !lent Cheikh Batna hent Cheikh Cheikh hen :Mohammcd Djilali hen }Iohamnwd Sliman hen ~Iohalllmed Khenadda bent ~Iohammed chef de tente. homllle .

femme.

petit garçon.

pe ti te fille.

Troisième lenle.
Bou llafl's hen Attala chef de tente. (Cousin de Sliman ben Kaddour.) homme. }loulferah ben Kaddour femllle. Fatma hent Djilali Fatma heu! Ba Hous Teilia bent Mohammed Kaddoum bent Da rTaous Teilia hent Ba Uaous

INTERNEMENT AU MAROC DE SI SLIMAN BEN QADDOUR

355

Aicha bent Ba Baous Remlia hent Ba Baous ~rharek hen Ba Baous

petite fille. petit garçon.

Quatrième tente.
Bou lIafs ben Cheikh chef de tenle. (Cousin de Sliman ben Kaddour.) Larbi ben Cheikh homme. Salem hen Cheikh Hamadou ben Cheikh El Mana hent Cheikh femme. Fatma hent Attala Zaouia hent Cheikh petite fille.

Oran, 17 septembre 1876.
l'OUI' le clwf cie bataillon, llireeleul' des Allaires indigènes en mission.

Le C tlpitaine, Si[lné : DE BREUILLE. Sétif, le 28 août 1876.
l'OUI' le général commandant la suhdivision, P.O. le eapi laine, chef du hureau arabe P. I.

Signé: ". OLFF.
POUl"

copie conforme.

Pour le chef de la section de,; Allaires indigènes cie l'état-major général en mi,;sion.

Le Chef de bataillon sous-chef. Signé: A.
STROHL.

ARCHIVES MAROCAINES

Depuis 1876, des changements ont été apportés clans la composi tion des Oulad Sidi Chei kh H'araba, campés à « Souhelah )) dans le « Bled El Ahmar )), près de ~[al'f'a­ kech. Quelques-uns ont suivi Si Sliman ben Qadcloul' 1 dans sa fuite; d'autres ont rejoint plus tard Sidi Allal ben Cheikh hen Et Tayeb, dans le Sahara; d'autre part, de nouveaux immigrants sont venus à différentes époques et, depuis trente ans, de nouvelles tentes se sont fOL'mées, par les enfants mêmes des premiers émigrés. Aujourd'hui, les Oulad Sidi Cheikh 11'araba, établis auprès de ~[arrakech, comptent 58 tentes, dont la liste a été dressée par les soins du Hadj 1\1ohammed hen Cheikh hen 1\1ohammed hen Zeyan, un des internés delS7ô et qui vient, sur sa demande, d'être reconnu comme sujet françms. Si El Hadj Mohammed a donné, pour quelqucs-uncs <le ces tentes, le détail complet de leurs habitants.

LISTE ACTUELLE DES OULAD SIDI CHEIKH ÉTABLIS A TROIS HEURES ENVIRON DE l\[ARRAIŒCH, A SOUHELA.

NOMBRE DES TENTES ET NOMS DE LEUns CHEFS.

Oulad Ben Z yan ben A bdelhakem.
L -

2. -

Si LaL'bi hen hou Haouç ben Et Tayeb. ~1o(pddem nommé paL' le Sultan. Son frère Bou Douaia (ils ont entre eux 5 fils et 7 tilles).

1. Si SI iman 1Ien Oaddour a élé assas,.,iné en 188il, il Douelwouen, par les BeJ'!Jèl·es. Voir j/'chives marocaines. vo!. Xl, 11" 1, « Les :\lusulmans d'Algél'Ïe au Maroe n, p. :J.

INTERNEMENT AU MAROC DE SI SLll\lAN BEN QADDOUR

307

3. fi. f). -

13. -7. 8. H. -

10. '11. 12. 13. I!J. li). 113. 17. -18. 1D. 20. 21. ::22. 23. 2'•. 25. 213. 27. 28. 29.

--~

-

----

Si l\hdallah ben Bou Beker hen Bou Haouç hen Et Tayeh (2 femmes, J fille). Mohammed hen Bou Beker (1 femme, l fils et 5 filles). ~Iaamar ben Bou Beker (1 femme et '1 fils). Alulled hen Hou Beker (l femme, 1 1I1s et 2 filles). El Hadj ~Iohammed ben Zyan, El Hadj Qaddour hen Zyan (avait été interné en Corse). El I-laclj Bou Hafs Omar hen Zyan. Ahdallah hel Hadj. Sliman bel lJadj Omar. ~Ioustafa hel Hadj Qaddour. El Hadj Mohammed ben Abdelqader. Çanacl e) hen ~Iohamllled. Ahdelkerim ben Zyan. "Iohanuued hen .Azzah. ~Ioula El Fl'âa ben Nifoul'. ~l()hallllne(1 hen Sliman. Djelloul hen Abdelhakem. Ahmed bel Habib. ~l()hanlllled bel Hadj ~redjdoub. Et Tayeh ben Sliman. Slimall ben Et Tayeh. Bou Alam ben Abdelhakem. Chf'ikh ben Djelloul. Mohammed hen DI'iss. ()adclour hen ~razouzi. .\rohammecl bel []adj ~rohammed. Et Taher hen Abdelhakem.

Rezaina.
30. 31. El (;olll'ari bel Hadj (son pèl'c vil encore il Rezaina) (f. fils, 3 filles el lcur mère). Sliman ben Aissa (3 fils et:3 fillf's et leur mère).

358

AH CHIVES MAROCAINES

32. -- Bou Haouç ben Aissa (1 femme, 2 fils et '1 fille). :3,3. - Et Tayeb ben Aissa ('J femme, 2 fils et '1 fille). 3 ft. - Sliman hen Miloud ('1 femme, pas d'enfants.)

El R'ouat.
:35. 36. 37. 38. 39. hO. - Ahmed ben ?\Iançour. - Ahdelqader ben j\lançou!' \'1 femme,;) fils et 3 filles). - Mançou!' ben ]\[ançoul' Cl femme et '1 fils). - Mohammed ben Mançour (1 femme, 3 filles et 3 fils). - Larbi Et Trech ('1 femme et 1 fils). - ~\Iohamrned ben :\Jiloud.

El Mâbed.
Ahdelqader ben Abdelhakem CI femme et '1 fils). Sliman ben Es Sayah (lI femmes, '11 /Ils et ft filles). Ahmed ben Abdallah ben Saad, originaire d'Arbaouat ('l femme, :2 fils et '1 fille). M. - Qaddour ben Ali (sa mère, '1 femme, 5 fils et 2 filles). ft5. - Ed Djilani ben Ali Cl femme, 3 fils et '1 fille). fiG. - Abdelqader hen Mohammed, originaire des Kerarma (sa mère, sa femme et pas d'enfant). [17. Bou Alam ben Et Taher, des Oulad En l'ahar (2 fils, :3 filles et leur mèl'e). f18. - :\Iohammed ben Bou "'alem, des Oulad Bou Douaia (sa mère et sa femme). Ml. - Et Tayeh hen Eddin, des Oulad Sidi Hamza. Il était avec Bou Amama et n'est venu à Marrakech qu'il ya cinq ou six ans (1 femme et '1 fille). 50. - :\Iohammed bel Hadj Mohammed ben Bou Beke!', des Oulad Sidi Ahmed ben Sliman, et 2 de ses frères (la tente comprend 7 femmes).
[ri. h2. h;:L -

INTERNEl\IE:'\T AU MAROC DE SI SLIMAN BEN QADDOUR

3~!)

Esclaves affi'anchis de 5idi BOll Haollç ben Et Tayeb.
51. 52. 53. Sliman hel Hadj El ]\liloud (2 enfants; sa tente comprend JI femmes, entre ses femmes et ses filles'!. - Bou flaouç bel Hadj El ?diloud (2 enfants; sa tenle comprend 12 femmes). - Mohammed bel.\Iiloud, fils de la sœur ,lu précédent (il a dans sa tente ses 2 frères, ses 3 sœurs et sa mère). - En Nacer ben Bd Djilani, des Abid Sieli Cheikh (sa femme et la sœur de sa femme). - J\Iohammed ben ~Tousa. - Embarek ben DelaI (une femme, pas d'enfants). - Salem ben HelaI (1 femme, '2 fils et '2 fmes). - M'hamrned ben El Mouilid, venu de Touat (1 femme, '2 fils et '2 filles).
.J

5ft.
55. 56. 57. 58.

Les autres tentesdes Oulad Denvan benAbdelhakem sont pour la plupart chez les J\['haia et chez les Deni Guild. Comme on l'a vu, les négociations entamées par Sid El Hadj Abdesselam El Ouezzani pour obtenir de Si QaddouI' ben I-Iamza son émigl'ation au J\Iaroc n'avaient pas réussi. Après être resté pendant de longues années indépendant avec son oncle Si Lala, ils se rapprochèrent insensiblement de nous; Si Qaddour, le premier, faisait sa soumission en 1892 et Si Lala suivait son exemple quelques années après. Le seul chef des Oulad Sieli Cheikh qui n'ait pas aujourd'hui fait sa soumission est le fameux Bou Amama, des Oulad Sidi Cheikh H'araba. Il est certain que si un terrain de conciliation lui était offert, qui ne flit pas en contradiction avec son incommensurable orgueil, Bou Amama ne tarderait pas à se soumettre également. Comme la plupart

360

ARCHIVES MAROCAINES

de ces chefs d'insurrection, il a été dupe de l'importance qu'on avait cru devoir y attacher, et il lui est pénible d'avouer qu'il a été lui-même trompé par les illusions qu'on s'était faites sur son compte. On peut donc dire qu'à l'heure qu'il est, la très grande majorité des Oulad Sidi Cheikh a fait sa soumission à 1:1 France. Il en reste cependant un assez grand nombre au Maroc et, sans parler de ceux qui habitent les ~rhaïa, les Beni Guild, le Douï Menia, les Oulad Djarir et le Tafilelt. on en compte dans le H'arb, dans la plaine du Saïs 1 et près de lVIarrakech près de deux cents tentes. De même que les Oulad Sidi Cheikh soumis il notre autorité représentent une véritable force dans le Su<l algérien, ceux (pli se sont réfugiés au Maroc ou qui y ont été transportés, dans des circonstances que le temps a modifiées, peuvent, dans l'état de choses actuel, être pOUl' nous un {'lément de pénétration qui mérite de n'être pas négligé.
1. "ll'chioes mal'oeailles, vol. Xl, n' l, " Les Musulmans ù'Alg'èl'ie a1l Maroc ", pp. 5 il Il.

En.

~IICHAUX-BELLAlRE.

L'INDUSTRIE A TÉTOUAN
(suife)

C. -

LES INDUSTnmS DU MÉTAL

Les industries du métal comprennent à Tétouan: 1° L'industrie des armes; 2° Celle des forgerons; ;)0 Celle des maréchaux ferrants ; llo Celles des fondeurs en cuivre; 5° Celle des chaudL'onniors ; 5° Celle des ferblantiers; 7° Celle des bijoutiers et orfèvres; sn Celle des ciseleurs-guillocheurs sur cuivre; go Celle des damasfJuineul·s-nielleurs. A cette liste, il faut ajouter deux ou trois horlogers européens, Juifs ou Musulmans.

L'INDUSTRIE DES ARMES

L'industrie des armes, il Tétouan, date de plusieurs siècles déjà; elle compOl'tait autrefois, outre la fabrication des fusils, celle des armes blanches; cependant cette dernière branche de l'armurerie y fut toujours fort réduite. Seule aujourd'hui, la fabrication des fusils subsiste; on-

362

ARCHIVES MAROCAINES

core a-t-elle perdu presque toute son importance; elle n'appartient pas non plus tout entière aux industries du métal, puisfluC les fabricants de fùts sont absolument distincts de ceux qui font les canons et de ceux qui font les batteries. L'armurerie com'prend donc, il Tétonan, trois métiers absolument différents installés dans des locaux séparés: Fabricants de canons (Dja'ibi, plur. Dja'ibiya 1); de batteries (Znâl'di,plur. Znâi'diya~) ; de fùts (Srâïri, plur. Srâi'riya 3). Nous parlerons de ces derniers aux industries du hois. 1° Fabricants de canons (Dja'ibiya). Les fahricants de canons sont installés à Soûg Eura', aux Trankât et à Elr'arsa Elkebira. La matière première est achetée par eux il un ~Iusul­ man ct à un Juif qui l'importent d'Europe et la vendent de 0 b. 35 il 0 b. !JO le Retal 'Attâry (500 gr.). C'est de l'acier doux, dit Hadîd Artab". Le métier est peu lucràtif, quoique péni ble. Le loyer du local, toujours exigu, est compris entre 6 et 8 basîtas. Un oU\Tier ne gagne guère plus de 0 b. 75 par jour. Le manœuvre qui tourne le volant du banc d' œuvre gagne souvent moins encore (à peine Ob. 50). Il faut, en efret, trois jours pour fabriquer un canon et celui-ci se vend au prix moyen de 7 basitas 50. Le canon (Dja'aba :,) est fabri((ué par les procédés sui1.
r.5:~

plu!'.

~.

2.
3.

I$~.l;j plur, ~,~l;j
1$ Y_:J- P 1ur. d:, \ r· \ ..J:.

4.

,,:,,1)

oÀ>_-b.

5. 6w<>'

Nomenclature du fusil tétouanais.
Canon, Dja'aba,

<\.,":=--.
~~.)-

C, Capucines, Rbâli, Fùt, SI'/I',

J:.r'

----c

Baguette, Medekli, Logement de la

doM.
bnguette,
1'1'/1]

Elmedelili,

d..\.J,\ J,:.)".
Chien ou hntterie, Znèd,

~l:j.

Culnsse (porlée plus épaisse, plus grosse, plus

----c

solide où se log-e ln chnrge), Kh:ôma, Pontet, Elhâdi,
D, Bl'ivôl,

.ï:..\;>.

~bJ\.

.:.,l:..J.'
L~\

---oc
_0
__ . __ - M

E, t:trnnglement ùe 1:1 crosse, Eççeba " F, Col de ln crosse, Drèô" t\.;~. G, .loues de la Cl'osse, DÔl'ema,

.;:..)~.
~~

Loge de la hnllerie, Madl'eb E:znèd,

~~)\.
H, Partie ajustée enll'e la crosse ct la plnque de couche, Zivôl],

J~).

1, Plaque de couche, OUl'ôV a , .;,:,. \.J j. K, Le guidon, Debbâna, L, La mire, Nîchèn,

.;:;~ ~.

0~;-

•• ·E
.1

M, Lumière, petit trou par lequel le feu de ln hatterie se communique il la charge, Bolihch,

~:
Dimensions __ Canon

.... G

= 1 m. 40_ - Pnrtie du canon dépassant le fùt = 0 m. Il. _ Crosse, ùu menton (0) à la pointe de la plaque de coude la plaque de couche, d'une pointe à l'autre = 0 m. 20.

~-----~..... H
ARcn. MAROC.

.. 1

~~t (~ ~ l~. ~~ ~o.d~ ~~~;~e~~
24

364

ARClIIVES MAROCAINES

vants: 1° forgeage; 2° alésage; 3" polissage;
~A.

rio

finissag('.

Forgeage. - L'ouvrier prend tl'Ois bandes de fet' appelées Basifl, ayant environ 1 Hl. 20 de longueur. Il les chaull'e pour les rendre plus malléables et les l'oule en hélice, càte à càte, Sllr une verge de fer; puis il les mar-

3

Forge de 1',11Jl'icant de C:1!lC)n,.; d(~ l'i1Sii.
1. sournet. -

2. Foyer. -

:l. Ange il ean.

telle et les forge de façon à pl'oduit'e l'adhésion des bords les uns avec les autn's. Pour faciliter celte adhèsioll, on saupoudre, en forgeant, de limaille de fer. On a, en résumé, un tube à âme très étroite et fruste, à parois très épaisses~.
1. ~ plur. ~.~. 2. L'art de fabl'iquet' des eanons avee des rubans de métal, dit Budget!

L'INDUSTRIE A TÉTOUAN

365

il. Alésage. - Il s'agit alors d'aléser la pièce au calibre voulu. L'appareil dont on se sert pour ce faire est un banc d'Œuvre appelé Bânk 1. Il consiste en une traverse horizontale, de peu de largeur, portée par deux pieds de bois dits Ouaqqâ( (plur. Ollqâqe('l). Sur la traverse, on place, posée dans le sens de la longueur, une sorte d'augette en
5

Di:-ôposilion du canon sur Ic bane ü'œuvl'c. (Coupe transversalc)
1. Bane. -

2, Allgel.le. -

~,

Canon, - 4. Coins. - 5. Pontet.

bois, longue, à peine plus large que le canon à forer, à section rectangulaire, dite illejerl';:, qui peut se mouvoir d'avant en arrière sur le banc, mais qui ne peut s'écarter latéralement de sa position, car elle est maintenue dans ce sens par deux rebords longitudinaux du banc d'œuvre dits Fesâqi \. Dans l'augette, on dispose le canon; il se trouve maintenu solidaire avec elle pal' le moyen de coins
Meakin (The Mool's, p, 200), pas6e pOUl' avoir été tran:-ômis aux l\I(llll'CS par un Portugais fail prisonnicr il la bntaille d'El Kçar. Lemümc autcur rapporte d'après Hay (p. 154) quc, d'après la tl'adition, un Maurc nurait découvcrt le secrel du procédé un JOUI' 'lue, déguisé en Juif, il était oe('upé (dans une possession espagnole ou portugaise sans doutc) il b!:.lnchir l'atclier d'un armurier chrétien,

2.

~\,;, plur.

~l9j.

3.

J=:""'"
Le singulier est «Fcsqiya n,

4.

~9 .

.

pl ur.

~~.

3GB

ARCHIVES MAROCAINES

en fer dits Lezâl'z i, enfoncés à grands coups de marteau entre la masse et deux pontets en fer dits Kherâïç (sing. R horça 2) fixés aux bords de l'augette et sous lesquels il passe. Le foret cylindrique en acier doux ~ s'appelle Berrima l,. Il est porté par le moyeu en fer il1ol"zel:' d'un volant (Toûrnoû 6), de 2 mètres de diamètre, environ, qui se meut dans un plan perpendiculaire à celui du foret et du canon à forer, sous l'action d'une manivelle dite Aranouila 7. Le foret s'emmanche sur le moyeu par une tète carrée enchâssée dans une cavité de même forme, dite BU Elmor'zel s ; l'adhérence du foret et du moyeu est augmentée au moyen d'un peu de cendre mouillée. Il est clair qu'en tournant, le volant entraîne dans son mouvement le foret dont la tête libre, plus ou moins en forme de fraise, en contact avec l'extrémité du canon, y pénètre peu à peu en l'alésant. Il faut évidemment maintenir le canon constamment pressé avec force contre la tête du foret, pour que celui-ci continue à l'entamer au fur et à mesure qu'il fait son chemin. Pour cela, on se sert d'un contrepoids dit Thaqqâl \l pendu à une poulie Jerrâra il}
1.

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j.\). .;:..,,?
Appelé

plur.
«

~_~.
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3.

Hend, •

4.
5.

~..f.'

JjM.

6.
7. 8.

j.).,1.

Le mot est évidemment

d'origin~ européenne.

.u:.~. C'est un mot d'origine espagnole.

J../ .;..., ·.JI .
'

9.
10.

J\.4;".
~.)l.K-

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8

J3âfis cùi volant
V~ d~7Jout

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,.,
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Z

5

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~.

4-

;,-

0 Cl

z

Bane d'œuvre def' fabl'icants de canons.
1 Manivetle. -. 2. Mor':el (moyeu:. - :L Toürl1oü (Vulant). - 4. (hwqqâf (pie.b. heUb) - 5. Jirin/; ,hanc). _ 6. JJejel'l' (augeUe). - 7. 1ïw'1'1àl ,contrepOilb). - 8 et 9. Poulies. - '10. - Barima (foret).

...., '" '"

368

ARCHIVES MAROCAINES

fixée au plafond; ce contrepoids tend fortement une coede passant sur une seconde poulie fixée au bâti du volant, munie à son extrémité d'un crochet, R'anlchoù 1; ce dernier s'accroche au pontet de l'auget le plus éloigne; du volant et tend constamment il le rapprocher davantage de celui-ci, ainsi que l'auget Ini-nu\me et le canon qu'ill'pnferllle. On passe successivement des forets de plus en plus gros, jusqu'à ce qu'on ait obtenu l'âme de la seclion voulue. Il faut, naturellemen t, aI'I'lHer sou YCIll 1'0 pération et d(~gager le canon pour le déhaI'rasser de la 1imaille de fer qui s'accumule ù l'intl~rieur. On vérifie, chaque fois, la marche de l'opl~ration en passant dans le canon des balles de l'el' calibl'ées, cylindriques, dites DOllâleb'!. C. Polissage. - On passe ensuite au Jlolissage. POlir cela, on enlile le canon SUI' une verge de fe r l'Y lind riq ne placée hOl'izontalement, ct dont les deux exlr('mitl;s l'l'pOsent sur deux pieux fichés debout en terre, dits Ollgdljef'. L'ouvrier lime d'abord la pièce; c\'st un travail plus ou moins long, pIns ou moins difficile, suivant qu'il s'agit de l'arrondir ou de lui faire dl~s callndul'es, des pans conpés, etc. Le polissage se fait après, l'ouvrier maniant des deux mains il la fois UIW l<ll'ge et solide l'Ùpe de fer dite Meçeqla: 1 et un cylindre de fer dit 'J1olld Eççeqil;, d'un diamètre de 3 à II centimètres, long comme la râpe, de '15 à 20 centimètres. Le canon se trouve pris ellll'e les deux, c'est-à-dire entre la râpe d'un côté et le polis1.

.>:..:.;.,.

Le mot est d'origine espngnole ignneho).

2. 3, 4. fianl

.)\j, le singulier est ..JI;. ~~, de la racine Çcqel, J.i...:>,
~..d\ -'y. C'esl-à·dire «la tige
«

polir.
il polir
H.

Le Illol

~ signi-

polissage

H.

~INDUSTRIE A TtTÜUAN

369

soir de l'autre, passant dans une des échancrures de divers calibres dont est muni ledit polissoir. Bien entendu, il s'agit de frotter le canon sur toute sa sur..2 face en le faisant tonr11er su l' son axe et en telIant le polissoir et la l'osil iOIl <1u callon enll'c 1:1 l'ÙPC (1) ct le po)i.~soil' (2) pOUl' le polissage. l'üpe plus ou Illoins oh/iquelllent, plus ou moins veIticalement, plus ou moins horizontalement. D. Finissage. - Il faut encore, pour achever le Chnon, fOl'er la chamhre où se vissera la quelle de culasse qui ohlurel'a l'âme il l'extrémité postt~I'ieure du canon et servira à fixer celui-ci sur le collet de la crosse. On haise avec un taraud dit Délie!' 1. La queue de culasse (Qlâla 2), forgée il par·t, est filett"e dans la partie utile au Illoyen d'nne filiôre européenne (lite Tal'!'âclza:;. Enfin, on visse la queue de culasse au Illon'Il d'un lourne-ilgauche ou levier il œil diet BOlÎjÎ \. C'est une plaque de fonte, pel'Cl)e cn son milieu d'un trou en 10sa11(2.'c dalls lC(luel on eno·a'.·.'·e la u b b culasse et que l'on lllallü'U\TC comn)(~ un levier. Le point de llIirc est aussi forge') il part et fixé au callon par une hrasure au I\lil'c tllI fusil cuivl'e, puis la cheminée, lorsque le callon Télul1allais. en comporte. Les canons fahriq nés il 'rétouan sont très longs, cn
1.

...f'i.

Sans doule pal' comparaison avcc le pénis qui porte le

mèlllc lIom . .) ~'l,)\9 .
,).

~'.\ L "~~. '...S~y,.

4.

370

ARCHIVES MAROCAINES

général, et dépassent 1 mètre. Ils peuvent atteindre 1 m. 20 ou 1 m. 30, de sorte que certains fusils atteignent 1 m. 80 de longueur totale. Cependant, on fabrique aussi quelques canons courts, de 80 centimètres environ, pour les fusils à un coup à capsule dits Chkoupila 1. Certains canons portent des cannelures, des gravures, faites après coup, par des spécialistes qui se servent de burins et de marteaux. D'autres canons portent de distance en distance des annelets ou frettes en fer qui les renforcent et sont dits f.lazèm z. Le même nom, dans le sud du Maroc, s'applique à la partie de la hatterie dite à Tétouan f.lirz ;j. Lorsque les canons sont achevés, ils sont vendus aux monteurs ou fabricants de fCIts. Le métier' de fabricant de canons est en pleine décadence. Chaque fois qu'il meurt un artisan, il " , n'est pas remplacé, et le chiffre du personnel va diminuant de jour en jour. 2° Les fabricants de chiens et de hatteries. - Les fahricants de chiens et de batteries (Znâl"diya) sont établis à Soûq Ezzra' Zenqel Bâb Elloûl, au Feddân et aux Trankâl. Ils paient un loyer de 6 il Canon à ~Iazèm. 8 hasitas par mois, sauf au Feddân, où le loyer est plus cher (11 à 12 basîtas par mois). Le métier passe pour bon. En effet, un bon ouvrier peut faire, dans sa journée, une batterie; s'il a un apprenti on un fils qui raide dans son travail, il peut faire trois batte· ries en deux jours. Or, suivant la qualité, une batterie vaut de 10 à 20 et même quelquefois 25 basîtas; la matièl'e première est évidemment fOl't peu de chose.
1.
2.

De l'espagnol escape/a.

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plu!'.

r:.L;=>.

3. j , r . Voir la nomenclature de la batterie.

L'INDUSTRIE A TÉTOUAN

3ïl

Les Znâïdiya fabriquent des chiens de fusils, des batteries Z nèd 1 à pierre, des vis Loûleb 2 pour les assembler. Tous ces objets sont trop connus, pour qu'il soit utile de les décrire; la nomenclature de la batterie, telle qu'on la connaît il Tétouan, est indiquée pal' le croquis ci-joint.

Coupe de la culasse et de ln queue de culnsse.
~Jais il convient d'ajouter que l'on Lrouve des batteries fort belles avec leurs ressorts bleu de Prusse ou violet améthyste, certaines pièces bronzées dans une gamme qui varie des tons les plus foncés aux plus clairs, depuis le brun jusqu'à la patine presque dorée, des filigranes, des damasquinures en argent, etc. Dans certaines· batteries, les vis sont il tète perdue, ce que l'on appelle LOllâleb MedqoûqÎ11 il. Les fabricants de batteries de Tétouan ont pour conClU'rents ceux de la montagne, aussi halliles cL mt\me quelquefois plus, mais horriblement astucieux et trompeurs. Ces artisans travaillent presque toujours SUl' commande

1. ~~j plur. -\:.~j. Ce mot s'applique nURSI lJien il la lJatterie du CUiiiil il pierre qu'nu chien du fusil il capsule.

2.

~} plur. ~~. Le mot parait venir, par répétition du

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la racine arabe "loûb" la ~}, il laquelle appartient, notamment, enfoncer en tournant (Sud Algérien). 3.

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374

ARCHIVES MAROCAINES

et chaque commande est appuyée, au début, d'une petite provision d'argent avec quelques cadeaux. L'artisan se met à l'œuvre, la faisant durer le plus possible. Quand le client vient prendre livraison, il lui dit invariablement qu'il n'a pas terminé, mais qu'il peut revenir dans quatre ou cinq jours; cela se reproduit plusieurs fois, jusqu'à ce que fatigué, ennuyé, le client vienne enfin s'établir chez le fabricant et n'en houge plus qu'il ne l'ait vu acheveI'la pièce demandée. Jlais en attendant, il a laissé quelques cadeaux à chaq ue visite, du beurre, des œufs, du fromage, des frui ts, des légumes, etc., et l'artisan ne s'est pas privé de vendre, en cachette, il Tétouan, toutes les pièces qu'il a pu achever dans l'intervalle, sans se donner beaucoup de peine.

Il
LES FORGERONS

Les forgerons (Haddâd, plnr. Haddâdin), tous }[usulmans, sont, pOul' la plupart, gl'Oupés il Zenqel Elhaddâdîn il laquelle ils donnent son nom, entre Eltrankâl et Elméchauâr. Le métier est assez lucratif, paraît-il; le loyer est de 1-1 basîtas, en moyenne; un ouvrier gagne 2 hasitas 50 à 3 basîtas par jouI'; un apprenti environ 0 b. 50. Le fer est importé d'ELirope et vendu aux forge l'ons par les Juifs au prix de 0 b. 20 il 0 b. 25 le Relal 'Altâry (500 grammes environ). En général, il provient de démolitions, surtout de démolitions navales, et arrive sous forme de chaîne d'ancre, par exemple.

L'INDUSTRIE A TÉTOUAN

375

Les forgerons ont un syndic (Amin) nommé par le Mohlaseb. C'était en 19ü1J-19ü5 un nommé Mezollâq. Les outils dont se servent les forgerons sont L:ne sorte de tricoise appelée Biz Ennâr 1; Une pince à feu Laqqâl d'Etâ(ia 2 ; Des marteaux 111alarqa, plur ..J1elâre q :J; Une enclume Zobra\; Des tenailles Kollâb;' ; Un étau Zeyyâr H. Le foyer est monté sur le même plan que celui des armuriers fabricants de canons de fusils; mais il est quelquefois plus primitif et manque, en général, d'auge à eau. Les principaux objets fabriqués pal' les forgerons sont: Les fers à ferrer les bêtes (Çfiha, plur. Ç/âïh) 7; Anneaux de fer; Serrures (Z ekroûm, plur. Z ekârem) R;

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3715

ARCiliVES MAROCAINES

Clefs (Tsâroùl, plur. Tsouârel) 1 ; Mer'ezza 2 ; Faucilles (Menjel, plur. Menâjel):')' Socs de charrue (8ekka, plur. 8ekek) "; Pioches, herminettes (Qâdoûm, plur. Qowldem):' ; Alènes (Echfa, plur. Echâ/ï) li; venduesW,25les 2; Fer à souder (Kaououâï) 7 ; Fers pour prisonniers (Qebâl) R, ou entraves pour les animaux (mème nom) ; Des pontets, des capucines de fusil, en fer; Des barreaux de fer pour mettl'e aux fenètres. Ils sont encore assez habiles pour fabriquer: Des rampes d'escalier; Les membrures de fer des cages vitrées que l'on place. pour les recouvrir, au-dessus des cours intérieures des maIsons; Des balustrades de balcon; Des grilles pour fenêtre (Chebbâk, plur. Chbâbek)!J.
1.
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C'est le berbère

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Me{lâh"
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employé dans le nord marocain; souvent

mème il n'y est pas compris.
2.
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L'INDUSTRIE A TÉTOUAN

377

Ces balustrades et ces grilles sont souvent de véritables œuvres d'art; nous espérons pouvoir en offrir quelques dessins en traitant de l'architecture de Tétouan. Elles rivalisent presque, parfois, avec les admirables grilles de fer forgé si communes dans le sud de l'Espagne, et il est évident que les unes et les autres procèdent d'une même souche hispano-moresque. Le fer nécessaire aux grilles est fourni par celui qui veut les faire exécuter; le forgeron apporte seulement son travail, qui lui est payé de faç.on extrêmement variable suivant la difficulté qu'il présente, sans qu'on puisse donner ù ce sujet aucune approximation.

III
LES MARfcHAUX-FERRANTS

Le maréchal-ferrant (Çammâr, plur. Çammârin) s'installe clans une boutique quand il est relativement riche. :Mais on trouve aussi de pauvres gens qui se contentent du plein ail' du Feddân, ou qui travaillent ù l'abri d'un morceau de toile tendue, ainsi sommairement protégés contre le vent, la pluie et le soleil. L'outillage d'un maréchal-ferrant de cette humble classe est des plus simples: une petite enclume portative flchée en terre, un marteau, des tricoises, un rogne-pieds, sorte de couteau droit emmanché d'un gros manche (Cheter) 1, une petite herminette (Qâdoûm) Z et des clous; quelques fers qu'il
1. ~.

2.

i J ~\.9.

378

ARCHIVES MAROCAINES

ramasse dans un petit paniee (Qoffa) 1 quand il a fini son travail, c'est là tout ce qu'il lui faut pour exercer son métier. Il n'a besoin ni de foyer perfectionné, ni de soumet, ou quand il possède un de ces instruments, c'est une sorte d'outre, pourvu d'une tuyère plongeant dans les charbons ardents, qu'il gonfle et dégonfle ~itcrnativement; et ces charbons ardents cux-mômes sont posés simple11lCnt dans un trou sur le salau SUI' une plaque de ferhlanc, débris de quelque bOÎtû, ou hien encore dans un vieux bidon à pétrole où l'on a percé quelque ouverture pour donner du tirage. Ce foyer primitif sert aussi hien pour chauffer les fers que pOUl' faire le thé, dont tout Marocain est friand, voire même pOUl' cuire les repas de l'artisan. Les maréchaux-ferrants qui peuvent tenir boutique sc trouvent au Feddân ou à SOLÎq Ezzl'a'. Ceux de cc dernicr endroit oecllpcnt de petits locaux <fui appartiennent aux HaboliS et payent un loyer de 7 hasîtas pal' mois. Ceux du Feddân, au contraire, partagent leul' local avec des fabricants de Cl'osses de fusil, des mat'chands de grains ou des marchands d'œufs et, de la sorte, ils ne payent qu'un demiloyer de 6 basîtas environ pal' mois. Les fers dont sc servcnt les maréchaux de Tétouan (Ç(iha, plur. Ç(ûïh) sont fabriqués par les forgerons du lieu, qui les vendent au prix de 1 b. 35 ou 1 h. uO le jeu de li pour cheval ou mulet et 0 b, 60 à 0 b. 65 pour âne. Les clous sont vendus par les Juifs ou les Musulmans, dans les boutiques de quincaillerie, au pl'ix del hasîta le Relal 'AUûl'Y (environ 500 gl'ammes.) Les fers sont toujours posés à fL'oid. Le maréchal com1110nce par abattre la partie de la sole cn excès avec la he l'minette, qu'il manœuvre adroitement; puis il ferre et
1.
~.

L'INDUSTRIE A Tl~TOUAN

379

il abat avec le couteau droit, sur lequel il frappe aH~C le marteau, un bon morceau de la pince. Le patf'on a un aide ù son service, qui tient le pied de l'animal pendant (IU'il pose le fer. 11 est ù remarquer que toujours les Marocains posent le tord-nez (Z eyyâr) 1 il l'animal patient, même s'il est des plus dou:x; s'il est rétif, un enfant ou le propriétaire de l'animal, quelquefois un second aide, tient le tord-nez. Le maréchal demande 2 basitas pOUl' ferrer un cheval ou un mulet; t basita pour un fine. Les maréchaux-ferrants pratiquent toujours plus ou moins la médecine vétérinaire, comme en Europe. Le syndic (Amin) de la corporation est le vétérinail'e officiel, en môme temps qu'officieux, de la ville. Les opérations de ces artisans sont simples, naturellement, et, en général, empreintes d'une assez grande brutalité, Nous avons vu opérer le pied d'une mule de la façon suivante (il s'agissait probablement d'une bleime dans l'espôce). Le pied fut décapé au tranchet jusqu'au sang; une mare rouge s'étendait devant la porte de la boutiquc et l'allimal semblait soufl'ril' cruellement. La blessure fut cnduite de goudron (Laloûkh) 2; par-dessus, le maréchal disposa des rognures de cuir, des poils; enfill, il posa le fer SUl' l'appareil. Quelquefois, on ajoute un linge, puis une peall par-dessus dcs poils, et l'on poso ou non un fel', suivant la délicatcsse du pied et la gravité de la blessure. Les maréchaux-forrants font CH core souvent l'application du fer rouge au:x animaux, méthode thérapeutique très en faveur au ~Iaroc, commc partout en pays al'alw. C'est uniqucment pour cela (Iu'ils ont beso'n d'un foyer.

2.

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Cest du goudron ('pai", presque

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\11(:11. :\1;\[10(:.

:~80

ARCIIIVES

~IAROCAINES

IV
LES FONDEURS
E~

CUIVRE

Les fondeurs en cuivre (Jlehârzi, pIul'. Jlehârziya) 1 sont des Juifs du Mellàh. A\'ec la matière premi('l'e, presque uniquement compos(~e de déchets de cuiYl'e (Chlâya) '2 et de vieux objets qu'ils J)I'isent pour les refond l'e, ils font des mortiers (Maht'ez, plur. Jfehârez,:, des pilons (Yedd) " ct des chandeliers (Haska, plu!'. Haskûl):" des anneaux (Ahriç) li, des marteaux de pOl'te (Yedd), des capucines de fusil (RaMa, plU!'. Rbâli)', des pontets, tous les accessoires en cuivre d'un fusil, les maillets en cuivre ù l'usage des cordonniers et quelques objets particuliers au culte israélite, <lue nous aUl'ons l'occasion de signalee en padant des rites de- cette religIOn. Ils sont installés dans de petites boutiques dont le loyel' est de 8 :\ tü basiLas pal' mois. C'est un mdiel' peu IUCL"a1.

-sj-!4--0 plur. ~,j-!4--0. On les appelle ainsi parce qu'ils faH.

briquent surloul tics mOl·tiers "l'rJehûre:
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L~NDUSTnIE A T~TOUA~

381

tif: l'apprenti gagne 0 basîta 50 à 0 basita 75 quand il commence à rendre quelques services; plus tard, devenu ounier, il touchera :2 basîtas 50 par jour environ. Les objets façonnés se vendent au poids, au prrx de :2 basitas il 2 basitas 25 le Relal 'Atlâry (500 grammes), L'outillage d'un fondeur de cuivre est cles plus simples, il' comprend: De toutes petites enclumes carl'èes, terminées pal' une pointe en bas et que l'on fiche clans Enelumc des ferhl:1I1Iiers, fondes billots de bois, Ces enclumes dCUl'S, bijouticr:", cie., ctc. sont mobiles. l'ne ou deux autres sont fixes, mais installées de mème SUl' des billots tl'(\S bas, de façon que l'ouvl'ier puisse toujours travailler assis. Des pinces il feu; ['n fourgon il feu; Des creusets; ["ne grande cuiller à feu; t:n marteau; Des tenailles; l"n fover. En plus, quelclues caisses, quelclues tasses en métal ou en terre pour mettre l'eau, le sable, la terre, pOUl' serrer les outils, pour emmagasiner les bandes de fer (cercles de l'alles ou de tonneaux en fer mince ct malléable) dont on se sert pour cel'cler les moules, ainsi que les déhris de cuivre, de laiton, de zinc, enfin quelques vieux bidons il pétrole clans lesquels on conserve des provisions d'cau plus considérables que celles contenues dans les tasses et vases de terre, et aussi le chal'lJon. Tout cela distl'ilJU()

382

ARCHIYES i\L\ROCAI"'ES

pèle-mêle dans la pièce étroite, ou hien pendu au mur," dans un pittoresque désordre.

Anneau de cuiVl'c ajouré, dil Khrîç, f:l1JrifIllé pal' Ics fondcurs cn cui\Te.

Le charbon employé est som-ent celui de Relem (yoir ci-après aux chaudronniers). Le foyer (f(ÔllOÛll) , et les moules méritent seuls un description particulière. Le foyer est un simple trou carré, pratiqué dans le sol, et garni sur son pourtour d'un rang de hl'iques posées de champ; au fond aboutit une tuyère en terre (?). Un soufflet se trouve à proximité, sur le sol, protégé contre les arc1eè:l's du feu par une pctite murette mince de ~O il 50 centimètl'cs de haut. Ce soufflet (Râboûz) 2 se compose d'une outre
J.

0J";L.('
Y. 0, Le nom de
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2. j

[Or»)

.x?

est réservé au soumel de forme

européenne des orfèvres-bijoutiers. Celui de " RâboLÎz " s'applique aux

L'INDUSTRIE A TÉTOUAN

sèche (illêzOllCd) l, munie ù sa partie supel'leure d'une barre de bois pOlll' la facilité de la manœuvre. Celle-ci se fait de haut en bas, verticalement; l'ouvrier manie d'une

main le soufllet tandis que de l'autre il attise le feu, pose ou retire les creusets, etc. Les moules (Qdleb, plur. QOllâleb)'2 sont faits d'une terre sableuse provenant d'EttollUa, croupe qui accidente le pied du Djebel Darsa, ù 3 ou f. kilomètees au nonl de Tétouan. Cette tene, d'un jaune pâle, devient rouge bnHl apr(\s avoir subi l'action du feu. Pour donnee plus de solidité aux moules, on les cercle avec des bandes de fer, s'ils sont de petite taille; et, s'ils sont plus geands, on les étahlit dans des caisses défoncées, dont les côtés leur sel'vent de membrure extérieure. Connne d'hahitude, les moules se composent de deux parties qui s'assemblent par tenon
-soumets domestiques (de fabrication européenne) et aux soufflets cons~itués par des outres de formes variées.
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2.

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ARCHIVES MAROCAINES

et morLaise ou mieux pal' creux et bosses; on laisse, dans une extrémité, un trou pour verser le métal fondu. Pour la commodité du maniemenL, les moules sont réunis par tl'Ois ou ([ua trI' dans une SOl'tc de presse appelée Z eyyrir 1 composée d'un cadre de bois que l'on serre au moyen de deux vis il tèLe mobile. Les creusets (Boûi, plut,. A bouât):2 sont achetés CIL Europe, surtout ù G ihl'alLar; ils valent 2 il 3 douros espagIlols ('10 il J5 pese Las) eL durent peu de temps. l'l'esse il moules des fondeurs en cuivre. Les fondeul's ell cuine emploient surLout, comme matière des objets <{u'ils façoIlnent, Ull alliage de laiLon (Ç'/âr) :l et de zinc (Toûliya) \.

v
LES CHAUDRON "JERS

Les chaudronnicrs (Q::âdl'i);' s(~ LI"OUYCllL aux lIaddâdln (près la porte de Mechouâl') il R'al'sa Elkebil'a, il Zenqel
1.

.)~).

2.

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4.-jj'.

plur.

.1\.,: \.

3. .)~,
4.
5.

c'est-il-dire juulle.

1S.)~\j plur. ~ . .)~\j. Uu mot"

Qu:dÎI'''

J:.~Y étain (régu-

L'j;><DUSTnIE A TÉTOUAN

3S:>

Elmoqaddem et il Sodq ElIIOÙI. Ce sont tous des 1\Iusulmans. L'un d'eux, originaire de Constantine, est établi il Tétouan depuis sept ans em'iron 1. Le loyer de leurs boutiques est il peu près de 10 basitas par mois; l'ouvrier gagne 2 hasitas par jour; l'apprenti ne gagne rien pendant les deux ou trois premières années, on lui donne ensuite quelque chose, suivant les services qu'il peut rendre. Le lnétier passe pOUl' assez lucratif. Les chaudronniers se sencnt de charbon de Relem 2, presq ue exclusi vell1ent, pour leur travail, probablement parce qu'il dégage beaucoup de chaleur, ou passe pour tel. La matièl'C première est le laiton, vendu pal' les Juifs en grandes feuilles de ;) mètres de long SUI' Omo 50 ouI mèt!'e de large, au prix de 2 hasitas le Relal 'Allâry (;)00 gl'.). Les chaudl'Onniers fahriquent : Des J{eskès :J, vendues environ Des marmites (Qodra, plu!'. Qodàril 7 iJasîtas 50 12 50

lièrement J:,~; lJa(~(lir), parce qu'ils sonl étameurs en mèmc temps que chaudronniers. 1. La chaudronnerie est en elTet une branche d'industrie (lui fut autl'efois très développée à Constantine et (lui y a consel'vé une importance relalive. 2.
~...). C'est une plante qui ressemble au genêt. Une espèce (l?ataara

bouei) est très répandue sur les bords de la i\Iéditerl'anée, il Tanger, il Tétouan, etc. Elle y atteint la taille d'un petit arbuste; ses jolies Ileurs blanches odol',mtes, sa ramure gl'èle et souple, presque d(\pourvue de feuilles, en font un des orneme nts les plus cal'actéristiques des dunes.

3.

u\.Cs"" On

cannait cet instrument, sorte de tronc conique, (lui

sert il faire cuire le couscous il l'étuvée. Ce sont surtout les pderins se rendant à la Mecque qui emploient les" Keskès " de cuivre, com:ne incas, sables, pour faire leUI' cuisine en cours de voyage, sur le bateau (lui les emporte, en caravane, etc. 4. ~..)..\.9 plur.

~)..\.9.

:lSG

ARCHIVES MAROCAI.'oIES

Des poêles en cuivre, sans queue-(iV1o!jla, p[ur. J,fogâli) 1 Des bouilloires ;\ bec dites [(at'aUra, pl. [(a(alirâl 2 Des chaudières (Qâzân, pl. QOllâzen):l . Des bassines (Tanje ra, pL Tnâjer) ". Des cuves à teindre ([(hâbiya d'Eççbra, pl. Khollâbl) ;)

9 basitas
1i

tG douros .) 10

Il va sans dil'e que h~s prix ci-dessus u'tmt rien d'absolu, ils varie nt su i vaut [a taille des ob jets l'alll'i qués et auss j, plus ou moins, suivant les cours du cui\TC ell Europe. Les chaudronniers de. Tétouan sont habiles, mais leur lnétier n'offre rien de particulier.

VI
LES FERBLANTIERS

Les ferblantiers (DjowllqÎ, pl. Djollâlqiya) tout des Israélites; un seul est ~Iusulman.
1.

Il

sont sur-

J-io

plm.

JLi...

Ces po<\les servent à fail'e grilleL' Je café, par C'est une corruption du mot espagnol

exemple. 2.
:J.

~~7-~
.) \);

plur. plue.

.::..,\...:4(
.)

Caf'alera.

j\j.
1.1

Il Y en a de formes diverses. Celles des

cafés maures sont quel(lllCfois de fort grande taille.
-1.

15J~

..

\

pl \11'. rL.b· plul'.

5.
Il.

~....db ~l>
~Ir-l'luI'.

~...db\.S:~;".
du mot

~Ir--,

J}l:=--

fel'-hlane.

L 'I:'IDü5TRIE A TÉTOUAN

"Si

On les trouve il SOlÎq EnneyyàrÎn, Soûq Eltarrârin et il Soûq Elhoûl, enfin au illellàh. Ils paient un loyer de 9 Ù 10 basîtas par mois. L'oU\l'jcr gagne 3 Ù ~. réaux hassani par jour (0 basîta 75 Ù 1 basîta). L'apprenti demeure 6 Ù 7 mois sans rien gagner; on lui donne ensuite 0 basîta 50 environ par semaine. Le métier est peu lucratif, comme on le conçoit d'après les prix précédents, et le patron gagne lui-m<\me au plus 2 basîtas 50 il 3 basîtas par jour. Comme les chaudronniers, les fel'hlantiers hrMent ù peu près exclusivement ch) charhou de Retem. Les matières premières, l'étain (Qazdir) J et le fer-blanc (Djà loûq) 2 vi ennent d'Europe. Le métier n'ofl're rien de particlilicTement intéressant. L'étamage est pratiqué pal' voie sC'che et le sel ammoniac (Nchâder):3 est employé, comme en Europe, pour déposer et étendre préalahlement l'étain sur la surface. Le ferblantier se sert du fer ù souder qu'il appelle f{aollollâi', <'l qui est fabriqué par les forgerons de la ville. Les ferblantiers fabriquent entre autres objets: Des lanternes (Fenâr, pl. Fenârât);' vendues de . 0 hasîta 50 ù
1. -.f.:~y.
2.

2 hasîtas

J}l;:--.
'-?\.J'( -,4 plur. .::..\-,4.

4.

5.

Ce sont des objets souvent compli'lués de

forme, à pans, dômes, clochetons, cie., rrlppelant des pagodes, des mosquées, cie. Souvent elles SO:l~ ornées de verres de luxe, elles atteignent des prix assez élevés.

388

ARCHIVES M.\ROCAINES

Des lanl[)('s primitives (Moçbâh, pl. Meçâbeh 1 ). • 0 basîta 30 il 0 basita Des bouillotes (R'allâya, pl. R'allâyâl :2) o basÎta ;)0 il 0 Des cafetières à une tasse (Baqrej, pl. Beqâ rej) :J • 0 hasita GO il 0 Des tamis il fond métallique, ressemblant il de tl'(~S larges passoires (Herbâl, pl. R'err1belll) l,. Des gobelets il {luiser l'eau (R'urrâj, pl. R'erûreuf) :, 0

hO

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1 ) }

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VII
LES BIJOUTIERS-ORFÈVRES

Comme presque partout, tIans l'Afrique du Nord, le,; bijoutiers (Çeyyâr'ÎIl Ii ) sont surtout des .Juifs, il Tétouan. li .Y a cepf'n<!ant deux Musulmans aussi, établis il Soûq Ell"e::el. Quallt aux .Juifs, 011 les trouve au iJIcllûlz et aux Tarl'ârÎIl (un seul). Ils payent, au jfellâh, un loyer dt, 10 il
1. 2.
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C~·. plur. ~ Lu. Ce sont de petites cm'es en fer-blanc pleines ~.)ti. plu!". ':'~.)\.6.

d'huile, dans lesquelles trempent des mèches de coton.

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Cet ustensile e"t très usité, dans le I1H'mc

hut, en .\nd::,Jousie, où il
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absolument la lIll'llIe fonne.

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r:I;>;OCSTRIE A TÉTOUAN

38~

15 lJasîtas; de il il () il Soûq Elr'ezel. L'un des lJijoutiers du 1l1ellâh ajoute il son industrie la vcnte des Derbor1ka 1 (tamlJouI's de lJasque) ct pal' contre, un autre, YotÎsef Lasry:2, ne fai t que la fonte et le façonnage premier des hijoux en 01'; il ne travaille pas l'al'gent, et il laisse il des ciseleurs (Neqqâc/zfn):l, dont c'est la spécialité, le soin de finir le travail. Ce l'oùser Lasry est tJ'ès vieux; il a, paraît-il, une vél'itable compétence, acquise ft Pal'is et il Oran, où il a r(~sidé longtemps. Ou le dit fort honnête, très habile, grand connaisseur en joyaux et pien'es pl'écieuses. C'est llll Tétouanais de naissance et d'origine, Un autre hijoutier juif est de Mal'l'ùkech; un autre de ?llekinez. L'or et l'argent dont se servent les hijoutiers de Tétouan p l'oviennent de pièces monnayées, notamrnent des douhlons espagnols en 01', estimés environ 80 hasîtas ici, (; des vieux bijoux. On prétend, dans les milieux européens, que des Hifains apportent aussi ft Tétouan de l'or en poudl'e ou en pt~pites très petites, mais nous n'avons pu vérifier le fait, bien que nous ayons cherché ft le fail'e, soit que ce soit une fahle, soi t que les vendenrs et les acheteurs se cachent soigneusement pOUl' opérer leu!'s transactions, dans un lJut de lucre facile il comprendre. La mati(~!'e première est fournie pal' le client cluand il s'agit de pièces faites SUl' commande; son poids doit êtl'e ('gal il celui des bijoux qu'il désire. On compte, COlume
1.

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SOt'le de tambour composé d'une peau tendue li l'extré-

mité inférieure d'un vase en tene de forme allongée en haut, renflée en !las.

il}JO

ARCHIVES

~IAROCAI;\iES

prix de revient de ceux-ci, quand ils sont achetés tout l'aits, II douros le 1llilhq,il pour l'or et l'on défalque de· cette valeur le prix de l'or fourni pal' le client lorsqu'il s'agit de pièces de commande. Pour l'argent, la valeur au cours, plus 0 b. 50 pOUl' la façon par douro. Les bijoux sont poinçonnés par l'Amùz Elmollsta(âd, qui perçoit 0 h. 25 pal' réal (un quart de la valeur totale) pour ce faire; mais ce poinçonnage n'a aucun caractère obligaLoin et beaucoup de bijoux contiennent fort peu de métal précieux. On S'Cil rendra compte aisément en considérant qu'une hague à l'usage des Djehàla est ,'endue 1 h. 50. Cne bague convenable vaut environ 1 douro (5 hasîtas). Gne paire de bracelets de taille moyenne (espèce dite Nebil1.) vaut environ 300 basîlas. Il y a, d'ailleurs, de nombreuses qualités d'or, en mème temps il ue d'espèces lIe façonnage. Parmi les pii'ccs citons:
façOl1JH~eS ù

Tétouan pal' les hijoutiers,

Les Debâlij~, bracelets d'oI' ou d'argent; Les Jle(âlel3, boucles d'oreilles; Les Khollâlel7l \, bagues; Les Khelèlal:" épingles de femmes, sodes de broches; Les Qejârâl ou Horn li, tabatièrcs en argc nt;
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Les Slâsel Eddelzeb 1, chaînes (l'or; Du fil d'or ou d'argent; Et diyerses espèces de colliers, en or pOUl' les citadines, en argent pour les femmes de la campagne. :JJais on ne fabrique à Tétouan aucun de ces anneaux de pied dits K1zalklzâl ou Rdâip. Depuis quelques années, la mode de l'or rouge s'est introduite à Tétouan. L'or jaune, anciennement en vogue, est facilement transformé en or rouge par le procédé suivant : On le chauffe, puis on l'enduit au pinceau d'ml mélange de sel ammoniac (lVchâdel'), d'oxyde de cuivre (IJadida Haml'â) 3 et d'alun (Clzebb) "; on chauffe une seconde fois, on jette du son SUI' le feu, et l'on retire l'objet complètement noir; on le plonge dans le son, puis dans l'eau, on laye, on brosse et on essuie. L'opération se répète trois ou quatre fois, après quoi l'or est devenu rouge. L'outillage des bijoutiers est des plus simples. Quelques creusets, un fourneau, formé d'une caisse sans fond, inV'rieul'ement doublée en briques, un soumet de modèle européen « Kîr » ", suspendu au plafond, dans une position horizontale, et manœuvré par un aide il la façon des soumets de forge, des pinces, une petite enclume portati\'{\ des étaux fixés à terre il de petits billots, quelques caisses, de vieux bidons, cles soucoupes et des plats pOUl'
1.
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voir' plus haut, note 2, p.

3~2.

ARCHIVES

~IAROCAINES

déposer les métaux, les rognures de cuivre, d'étain, de zinc, etc. Tout cela dans le plus grand désordre. Le métier est lucratif, mais malsain; les boutiques-ateliers sont petites, encombrées, elles manquent d'air; les artisans travaillent constamment assis et le sang ci l'cule mal. De plus, dans l'atmosphèl'e impure de l'ateliel" qui ne prend du jour que par la porte et où jamais on ne peut établir de courant d'air, les vapeurs (l'acide s'accumulent et prennent à la gorge. Les Této uanaises sont a vides de bijo LlX; elles en possôdent une geande variété, dont nous ferons la descl'iplion en traitant du vôtement et de la parure. Certaines cassettes sontfOl't riches. Un bijoutier de Paris U) vint, dit-ail, il y a q uelq ues années, acheter des joyaux d'origine ancienne, car ils s'accumulaient à Tétouan depuis l'époqu(~ des pirates, et donna pour une perle une quinzaine de mille francs (Henseignements indigènesi •

YI II
LES crsELEUHS-GUILLOCHEUHS sun CUIVRE

(Neqqûchin

1

ET LES DAMAsQUINEuns-NIELLEuns. -

LES HOHLOGEHS.

Depuis peu (H)o5i, que1(lues Juifs se sont l~tablis il Tétouan pour se livre]' à la fabrication des plateaux de cuivre ciselés, l"epOUSSl~S et guillocll(;s. NOLIs nous abstieJld l'ons d 'en parler avec (1<" tail, car ce Ut' ind ustri e est tro p
l•

,'.li.; <..Y::'"" •

L'I;\IDUSTnIE A TI~TOUAN

3(13

récente dans la ville pour y avoir encore acquis k (Irait de cité et pour s'y être implantée solidement. Les procédés dont usent les ciseleurs-guillocheurs n'ont d'ailleurs rien de particulier. Nous ne paderons également que pour mémoi['e des nielleurs et damasquineurs sur fer et sur bois. Ce son t des professions peu importantes, dont les pmcédés n'ont rien de spécial. Les fabricants de ft'Lts de fusil sont aussi, en général, damasquineurs sur bois. Ils ont pour outils de petits burins dont ils se servent pour faire la place des fils, de petits marteaux pour les enfoncer et les mettre en place; pOUl' matière p['emière, des fils d'or ou d'argent ronds, fabriqués pal' les Juifs bijoutiers de Tétouan. Avant de les poser, ils aplatissent ces fils au marteau. La damasquinerie s'applique aussi il d'autres objets que les cross(~s de fusil, par exemple aux noix de bois noi[' (pli sern'nt il renfermer le tabac il priser, etc. Les horlogers (J11011dgllenjiya) 1 sont: l.Juif au ivlellâh;l ~Iusulman il SOLÎq Elr'e::el;l ~Iusul­ man assez renommé au Neyydrin (Si Mol.iammed Elr'omàry ~). Ils réparent tant bien que mal les montres et horloges, il d(·s prix moyens. Hien de particulier il ajouter .
•\. JOLY.

1.

~.JIy., au sing. ~;Il.,

MillJrÎllF, du mol MagrÎlla,

4:;LQ.., seul

u~ill", dans le Maroc du :\()'rd, ponl' désigner une monlre.
2.

15)....JI.

TRADUCTION DE LA FETOUA DU FAQ1H SÎDI 'ALI ET TSOULI ('1)
(Suite. )

Réponse

([[1

deuxième point:

Cet article est relatif au chùtimellt mérité par ceux (lui cachent les espions et les maraudeurs et autres dont la conduite est condanlllable. Sachez (fU'il est é"ident que Dieu a menacé du chât~­ ment dans l'autre vie celui qui témoigne d'une résistance à sa loi et qu'il est ohligatoire pour l'Imam de punir ses actes, soit qu'ils consistent il cacher des espions et des maraudeurs, soit il les protéger et il les défendre, car tous ses actes sont entachés de corruption, et ils causent un dommage aux Musulmans dans leur religion ct dans leur ,oie terrestre, et celte répression doit se faire uniquement pOUl' l'amour de Dieu. Il est aussi blùmahle de ne pas s'opposer au scandale et de ne pas émigrer (des pays occupés pal' l'infidde) que tIc manger en temps de Hamadan, de ne pas prier et de nôgliger l'appel à la prière, cal' celui qui supporte la mauvaise conduite des autres deyient l'un d'eux. Les peuples des temps passés ont été maudits et ont été anéantis palTe qu'ils n'empêchaient pas les actions scandaleuses. Dieu a dit: « Ceux qui ont été infid(\les parmi les
il) VOil' ,1n:lzh'es MUI'Il(:lIÎnes, nd, XI, n° 1.

FETOUA DU FAQiH SiDl

'ALI ET TSOULI

,enfants d'Israël ont été maudits par la bouche de David et de Jésus, fils de Marie, parce qu'ils ont été rebelles, transgresseurs, et ne cherchaient point à se détourner mutuellement des mauvaises actions qu'ils commettaient. Que leurs actions sont détestables 1 ! » L'Imam EI-Qortobi et Ben Allia disent dans leurs expli'cations: « Qitada et ~loujahid ont dit: llles a maudits et tl'<1l1sforlllés en singes» et ils ont ajouté « et il les a conelamIlés parce qu'ils n'avaient rien fait pour s'opposer au scandale, et seront de mème condamnés lous ceux qui agissent comme eux ». Abou Duouel a dit, suivant Abdallah ibn Messaoud: « Le Prophète, que Dieu le glorilie, a dit que lors(lue la roi commençait il diminuer chez les enfants d'Israël, quand un homme ell rencontrait un autre, il lui disait: « Qu'estce qae cela, ù un tel, crains Dieu, change de conduite, car .ceque tu fais est défendu. ») Et s'il le rencontrait ensuite, cela ne l'eull)(\chait pas de lui donner ùll1anger et à boire et de l'ester aY('c lui. ') Devant cette manière d'agir, Dieu excita leurs cœurs les uns contre les autres et il elit: « Ceux qui ont été infidèles parmi les enfants d'Israël ont été maudi ts pal' la houche de David et de Jésus, fils de ~Iaeie, parce qu'ils ont été rebelles, transgresseurs, et ne cherchaient point à se détourner mutuellement des mauvaises actions qu'ils commettaient. Que leurs actions sont détestables! )) « Tu verras un gf'and nombre d'eux se lier d'amitié ;n'ec les infidèles, qu'elles sont détestables ces actions qui leur ont été suggérées par leurs passions et qui leur ont valu la colère de Dieu pendant qu'ils resteront éternellement dans le suplice de l'enfer! ))
1. QOl'an (tl'udueLioll Kasimirski), p. 96, chap. V, somMe de " La uu " El-Oqoud ", vel'set 82.
ARCH. M.\/lOC.

Tabl(~

.,

26

396

AHCIIlVES MAROCAINE;

« S'ils cussent cru en Dieu, ù l'ap6trc et au Qoran, ils n'auraient jamai,:; rechel'ché l'allidHce des infidèles; mais la plupart d'entre cux ne sont que des pervcrs 1. » Abou Daoud dit cnCOI,'e: « Pal" DieU, YOUS ordouncl'ez les bienfaits et vous défendl"ez le sc,wclale, vous prot(;gerez contre l'injuste et vous l'echcrchen'z uniquement le IJiell, et vous vous éloignercz de l'injustice. Sinon, Dieu inclinera vos cœurs les uns contre les autres et il vous maudiea commc il les a maudits. » Cela signifî(~: Dé·tollrJIez-vous de cette fat:oll de fain', cal' vous vous êtes rcndu compte il quel point dIe est intel"dite et combien la complicité a,"ec elle est cl'iminelle, puisque le Peophète, que le salut ct la bénédiction de Dieu soient sur lui, a dit: « Pal' Dieu, vous ordonnel't'z les bienfaits et vous défendl'ez le scandale, vous Pl"o[("gel'ez contre l'injuste et '"OUS rechel'(~hel'cz uniquement le bien, et vous YOUS éloignerez de l'injustice. Sinon, Dieu soulèvera vos cœurs les uns contre les autres et il vous maudira comme il les a maudits. » Il a dit dans le Hatlith vén('rè: Sinon Dien les frappel"a. et il l'a (lit sous la forme d'un tel"rible serment pal' le HOlll de Dieu. Le I(ac/zc1za{ dit, en répdant la pamle di,"ille, « pal'ce (lU'ils ont été l'l'belles, etc. ; » ct il l'explique ainsi: « La cause de cette terrible malôdictioll, origine de leur métamorphose 2, était basée SUl' leul' ré1Jellion et leur ilTt"li-

1. QOl'an (lraduelion Ka~ill\il'~ki), p. !J.J, ellilp. V, suul'ale de " la Taillt' " ou cle " EI-Olloud ", vel'~el~ 82.83 et tH. Le parti pris du falilh '.\li El Tsollii dans ~es citations )1;II';dt hi(lent. En et1'el, le versel suivant clu Qoran dil ceci: " Til l'ecunn;dtr;l~ ([Ut' 1'1'11" " (Illi fIOul.,.i~sent la haine la [llu~ I"julente cuntre les lidi'Ie,~ "uni 1,'~ " juir~ el le~ idolùlres, cl !Jue ceux qui sonl le ]JIu., di8pos!'8 ri aime!' les

,,{idèles, sont les hommes !Jlli se disenl cll1'éliens. "
Le faqih Ile cite pas ee ver~et 'pfi viendrait ù l'elll'olilrl~ cle la lhè~e qu'il soulit'ilt. 2. D;I\'·id avait fnélalllOrpllOS(l cn sjnge.~ Ie~ vioUlleUl',~ dll Sail;il. QO!'an (tradut:lion h::lsill\ir~ki), p. 10, c1wp. Il, sourate" EI-Dal[:ll'a ,,(la Y:lch,' . verî::leL 61 : « Soyez ('ltallgés en binge~. )

FETOUA DU FAQÎU

slm

'ALI ET TSOULl

397

gion et pas autre chose. Cette désobéissance consistait, de leur part, à ne pas s'interdire les uns aux autres les mauvaises actions. » Dieu a dit: « Et ils ne cherchaient point à se détournel' mutuellement des mauvaises actions qu'ils commettaient. » Leur obstination dans le mal et l'énormité de leur crime est surprenante, ct le Prophète en parlant prononce l\ll serment redoutable, et il ajoute: « Hélas! il semble qU(' les Musulmans ne compr(~nnent pas que leur dignité est engagée à combattre le scandale, et ils le considèrent comme une faute légère <lue l'Islam ne prescrit pas de combattre, quoiqu'ils n'ignorent pas ce que dit le Livre de Dieu, ni l'insistance avec Iaqnelle il traite ce sujet. » Dieu a dit: « Ne vous appuyez pas sur les méchants de peul' que le feu ne vous atteigne 1. » EI-Beïdaoui a dit: « N'ayez pour eux aucune inclinatioB, si petite soit-elle, car la fréquentation est une petjtt~ inclination; c'est comme si vous sui\'iez leur exemple et <lue vou,; exaltiez leurs paroles. » Si vous fréquentez celui qui commet des actions défendues, vous êtes sous le coup de la mt\me menace que lui· même. Que pouvez-vous penser de ceux qui fl'équentent les gens se cond uisant mal, c'est-à-dire notoirement COllnus pour leur maul'aise conduite, et qui ont pour eux une inclination absolue, et qui se font ainsi dn tort :\ euxmêmes? Ben Altia a dit ù prupos <le « :'\e vous appuyez pas » (Qol'an) : Ils se sont appuyés, ils s'appuieraient, c'est-il-dire s'habituel' en partie et accepter un dat de choses. Cette pal'Ole a trait il un appui léger; si cet appui est plus COllsidérable, cela devient un,' vél'itable rl~,;istance (il la T-Ioi;'
1.
QOI'aIl

(ll'aducLion Kasill1il'ski), l'. 181, chal" XI, soul'ate

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115.

398

ARCHIVES MAROCAINES

Il est lLt d;.tns le Kachcha(: cc Ne ,"ous appuyez pas, (sinon) YOUS prendrez leurs passions, YOllS 'YOUS attacherez à eux, V0U.S prendrez leurs amitiés, leUl;s relatIons, leur manière de yoir, et VOliS accepterez leurs projets; VOlIS le LU' ressemblerez et YOUS ferez comme eux, et votre vue se complaira ù ce qui leur plaît l'nIes en félicitant. » Il a dit: Considérez la parole de Dieu: « Ne vous appuyez pas. » S'appuyel', c'est incliner légèrement. Il s'agit là de celui qui s'appuie SUI' l'injuste; qu'adyiendra-t-il donc de l'injuste lui-même ;> Il a (lit encmc: Le Prophète (que la bénédiction et le salut soient sur lui !) a dit: « Celui (lui désire une longue vie à l'injuste yeul (lésubéir il Dicu sur la telTe. » Sofian Et-Taouri, consulté au sujet (['un homme injusll', à l'ar'tide de la mOl't, en plein champ, pOUL' savoir si on pouvait lui donner il haire, a répondu c( Non » ; on lui dit: c( Il mOUlTa. » - «Laissez-le mourir, a-t-il répondu. Si ce jugement sé\'ère atteint ceux qui ne s'opposent pas au scandale, el il plus forte raison aux auteurs de cc scandale lui-même, il en sera de même pour les tribus dont vous nous avez dépeint la conduite, et si ceux qui s'appuient sur les hommes injustes sont aussi sévèremenl jugés, quel sera le jugement contre ceux qui cachent les espions, les maraudeurs, ceux qui commercent avec l'ennemi, et autres du même genre, contre ceux qui les nourrissent, qui les logent, les fréquentent habituellement, sont bienveillants avec eux et les consolent? Quelle punition méritent-ils et comment empêcher l'Imam de leur infIigcl' un châtiment il Quand même il n'y aurait qu'un seul de ces faits, il serai t suffisant pOUl' établir la désobéissance ..A plus forte raison s'il s'agit (Il' leur ensemble ou de la plupart d'entre eux. Tout cela ne concerne que ceux qui n'ont pas donné de publicité à leurs actes, mais qui ont caché les espions,
»)

FETOCA DU FAQÎn SÎDl

'ALI ET TSOCLI

ont pactisé avec eux, ont recherché leur société et les ont fréquentés sa ns tâcher de les l'amener au bien et sans s'être écartés d'eux, tout en reconnaissant qu'ils faisaient mal; cela les concerne parce qu'ils ont été complices d'actions mauvaises et qu'ils ont aidé ceux qui les commettaient à persévérer dans la désobéissance, Celui qui approuve la conduite d'autrui la partage, e'est ainsi qu'ils ont insisté pour que les châtiments indiqués dans les deux vel'sets sacrés leur soient appliqués. Que méritent alors ceux qui ont agi publiquement? Les Foqaha, counne Ibn AÏ'afa ct d'autres, ont dit: « L'appui aux gens qui font du scandale et la cohabitation avec eux s:mt interdiles, Ceux (in; ne leur en feront pas un criUlf' en seront eux-mêmes accusés, et même s'ils ne font pas de scandale puhlic, ils seront considérés comme leurs complices, et pour l'viter leur contact il est prescrit d'émigrer. » Dieu a dit: « La terre de ])ieun'est-elle pas assez vaste? Ne pouvez-vous pas, Cil abandonnant voIre pays chercher un asik quelque pad 1 :l )) Ils ont dit (les l"oqaha) : « Celui qui n'émigre pas n'est plus apte à l'emplit, le rôle d'Imam pour la prih'e, ni il serTir de témoin, » Ce ne sera pas lin :lbus de la part de l'Im:llll s'il les punit avec les coupables, s'illes attaqne et les chàtie dans leurs biens et autrement, comme cela sera exposé dans le chapitr'e sui\'anL A plus forte raison, si l'Imam les a avertis au préalable que quiconque n'approuve pas les actes des cou1. QOl'an (traduction Ka~illlir~ki), p. 7", char. IV, ~ourate « En·!\,islJ " (les Femme,,), versel (lg : "Les anges, en ùt!lIlt la vie il ceux qui avaient « agi uniquement envel'S eux-nH\mes, leur demandèrent: Qu'avez-vous « faiL? Ils répondirent: Nous étions les faible" de la terre. Le~ nnges leul' " dirent: La lel'I'è de Dieu n'esl-elle pas asse: vasle ? Ne pouviez-vous ]Jas, en « aIJandonnanl voll'e pays, chel'chel' un asile quelque pal'I? C'est pour([uoi • J'enfer sera leur demeure. QueUe défesklble roule que la terre: "

400

AHCIIIVES MAROCAINES

pahles (loit s'éloigner (l'cux, hien (lue cct aVPl'tissemcnt ne soit pas nécessairp. En elfet, vivre avec les gens, c'est partager leur iniquité. l1s ont encore dit: Celte cOlTuption s'pst répandue jusque dans les villes, il td point que vous trouverez dans les fauhourgs ct dans les qual'tiel'S des gPIlS qui couvrent les gens qui se conduisent mal, les cachent, les j'l'éfluentent et ne cherchent pas il les détourner (le lcUl' mauvaise conduite. Le Prophèlc, salut et Ilén(~diction SUl' lui, a dlt: « Assistez votre frère coupaille ou oppeimé. » Ils ont répondu: « S'il est opprimé, tl'('S bien; mais s'il ('st coupaille, comment l'assister'ons-llous:) )) Le Pl'Ophète l'épondit: « Vous l'assisterez en l'elnpt\chant de fair'e le Ilia!. » Dieu a dit: « Aidez-yous plutùt lllulupllt'lll('nt il pratlquel' le Ilien et la pic)té; mais ne vous aillez pas dans le mal d dans l'injustic() l, Cacll<'r ks espions et les pilh1l'ds d ne pas les détourner df' leur nwuyaise conduit(" les ft'équent('I', constitlJ() un I)(;chc' l't un ade d'hostilité (contr'p le prochain). QUI' se l'a-cc si on les Pl'ot('ge et si on les console, conUlu~ cela sc voit (le nos jours chcz lcs gens corrompus? Ben EI-J\rlli a dit ù propos du YCI'set: Voici quelle sna la récompcnse de ceux qui font la guel'l'e il Dieu et ù mon cnvo}(", d li ui cUI ploj l'nt to u tcs leues forces il COlllmeU I"e des dc'sOl'd l'CS sur la tCl'l'(~: « "ous les meUt'Cz Ù mOl't ou VOliS Jeur fcrez sullit, le supplice dt, la cl'oix; vous leu t' (,OllpCt'ez les mains elles picds altcrnés; ils SI')'OIlI chass(;s
l)

t. Qoran (1l'ilduelion Kn~illlil'ski),p. S;j, chnp. Y, son l'nie " El-O'loud ", vel'sel il:" Qnand vou~ (He~ l'endns ;i 1'.~lnl pl'ofnne, vous pouvez vous livrer " ù ln ehnsse. ()ue le l'essentimenl conl\'(~ eellx '!ni ehel'clwienL il VOlIS " l'epons>'el' de l'ol'ntoire sncl'Ô ne vou>' pOl'te (ln,.: il dt'>' ndions inju>'t.,s.

" Aide:-IJolls pllllrJ/ nlllillel/emellt Û pra/iqller le bien et la piété; mais ne '( VOliS aidez ]Joilll dans le mal et dans l'illjllslire et crai(Jllez Dieu, car se. « e/uÎ/ imellts sont terribles, "

FETOUA DU FAQÎH sÎm

'ALI ET TSOULI

401

de leur pays. L'ignominie les couvrira dans ce monde et un châtiment cruel les attend dans l'autre » 1. Les quatre Imams sont d'accord pour dire que ccux qui sont en rébellion seron t combattus, comme le seront les habitants d\m pays qui s'accorderaient pour pratiquer l'usure, suppl'imer la prière en commun, ct même ù négliger la prière du vendredi et les appels à la prière. Il a voulu dire pal' ceux qui se rendent coupables d'une ['t;beIlion, tous ceux qui commettent un des actes que nous \'enons d'énumél'er et non pas d'autrcs. Ce point est contenu tout entier dans le passage suivant du Cheikh Khalil: cc L'Imam châtiera la rébellion envers Dieu et les torts faits aux hommes, etc. n, ct il ajoute « ct s'il comlltet des injustices cOlltre les droits et ('(mtre les pc ['SOIllWS ». On tl'OU\,' dans El-Allziba (El-Athiba Ell-!Vataollil) que :.\Ialik or,donna de fl'apper de '.00 coups de lanière un hommc ügé qui avait été trouvè SUL' le tenain d'ulle mosquée déshabillant un jeulle garçon et le pr'essant SUl' sa poitrine. Il en enfla et en mourut et.\lalik ne S'Cil prèoccupa pas davantage. Ces textes {·tahlissent d'une façon évidente l'obligation de pUlIil' ceux qui se rendent cOllpables de désohéissance à Dieu d'une façon occulte on aull'e, L'Imam, s'il s'abstient de le punir cOlïwrellelnenl, peut-il le punir dans ses biens il Lal'éponse il celte question sc trouvera clans la question V s'il [lIaI'! il Dicu.
1. QOl'an (traduction Ka~imirski), p. ~!)-9~, chal'. V, ~Olll'atc
«

El-0'10ud

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-102

ARCHIVES MAROCAI:'iES

Réponse au trois ième point

Un homme sera-t-il puni pOUl' les fautes de ses cOlltriLules comme pour les siennes l)l'opl'es ;l }Ioslim raconte dans le Sahih et ailleurs, d'après Amran Len Haçir, que l'on avait décidé de saisir sur des alliés des Beni Ghafar, qui étaient encore idolâtres. Les.\[usulmans rencontrèrent Ull homme des Ben i Ghafar qui avait une chamelle et ils l'amelH~rent au Prophète, que la hénédiction de Dieu ct son salut soient SUl' lui; cet homme lui (lit: « :.\lohammed, pourquoi m'as-tu pris et pourquoi astu pris la bôle qui sert il conduire au pèlerinage;l )) Ll' P,'ophète répoudit: « Je t'ai pris en reprise pour les méfaits de vos alliés ((ui ont fait prisouniers deux :.\fusulmans. )l Plus tard le Prophète, héné(liction ct salut sur lui, passalit auprès de ce captif, celui-ci lui dit: « 0 :.\Iohal1lml'd, .i(' sui,; lllusulrnan. ,)Le pf'Ophète lui répon(lit: « Tu aurais d,', di,'c' cela quand tu dais eucore en libel'tè. " Puis 1<- Prophi·te l'échangea an'c ks deux prisonniers Illusldlllans et ga,'da la chamelle pOUl' lui-mtime. Ikn El-"\"bi rep"oduit cette anl'cdo[e dans son ouvrage El-Ahkam au sujet du \l"'set (le la Yache quand Dil'u dit: « S'ils s'écartent de la bonnl' voie, Dieu est clément et misériconlieux. )) Et dmls Et-Tabaççourat en y apportant cet argument il l'appui de principes de politique, ks autres savants disent que celte conclusion contredit la parole dl' Dieu: « On ne peut condamner une ùme pour la faute d\llw autre.)) El-.\Tazari a dit: Les homnws de science répondent il cc point pal' tJ'()is articles: 1° Si quelqu'tLl1 a [l"is rengagement de ne pas faire d'opposition aux compagnons de notre seigneUl' :.\Iohammed ni il !t'IHS alliés, et que ces alliés aient ,iull· leul' pacte de

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leur plein grt'" les ;\Jusulmans ont le droit d'attaquer' ce quelqu'un; 2° Il est toujburs permis d'attaquel' celui qui n'a llaS de traité; 3° La décision concluante se trouve dans ceUe phrase: « .Je t'ai pris pOUl' payer pal' ta personne une rançon il tes alliés, etc. )) Ben Ferhoun n'admettait pas ces tl'ois articles, ou hien il s'appuyait SUI' le premiel'. Voilà pOUl'quoi il a pris comme argument les Hadiths, d'accord en cela avec le ritp, c'est-il-dir'c, qLt'rm individu pourra êll'e chàtié pour'la faute des siens. Ben EI-Arhi a dit, ainsi que le rapporte Lmteul' du C!zal'h el-Amel, que le Cheikh Ben ':\1'afa disait: Cette phrase du Hadith sert de hase à cetle décision que rallié sera chàtié pour la faute de ses alliés, bien qu'il n'ait été pris de (I(~ci­ sion que pour les alliés seulement, etc. Cela confirme l'opinion de Ben Ferhoun, etla preuve en est que cette question esl forcôment ('nvisagt"e sous Ll'ois poinLs (le vue: 1/° Cn tieJ's ne (loit pas donner refuge au coupahl(' ni le protéger; il ne s'interposera pas en sa fa\'elH'. Le coupahle ne sera pas dégagé de~sa faute parce <lu\m tiers aura payé pour lui, c'est-à-dire qu'un tiers ne peut pas dégage'l' la responsabilité du coupable, conformément d'ailleUl's aux écrits, aux traditions et aux décisions, cela que le Liers soit un pl'och<' du coupable ou non; c'est il ce suj':t que Dieu a dit: Laissez il chacun la responsahilité' de ses actes; 2° Comme on ra dit précédemmen t, il n'ya pas lieu de rendre responsahle un tiel's qui n'a pas cu de relations aH:C le eoupahle, qui ne ra pas couvert de sa protection, ele. Cependant si en prenant vis-à-vis d'un tiel's des meslll'cs de répression égales il celles que mériterait le coupable, on peut el11pèehel' ce coupahle de continuer à mal fain', il y aura lieu de prendre ces mesures, soit que le tices soil

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en l'~tat de tirel' justice du coupable, soit qu'il soit un de ses pl'oches ; dans ce cas, la punition (lui atteint Ull autl'e <lue le coupable est permise parce qu'elle met un terme à la protection dont ce coupable est couve l't, comme il sel'a dit plus loin; 30 Un tiers, lorsqu'il a pmtègé le coupable, lui t'st venu cn aide, l'a fl'écl'wnté, et a approu\'é sa maniè'l'e de fail'e, pOUI'I'a être puni pOUL' les lllauvaises actions commises pal' le coupahle et être l'endu responsahle de tout CP qu'il aura dé'rohé, Il ne sau!'ait y avoil' de contl'alliction ù ce sujet, cal' 100'squ'on aide un coupahle, qu'on le protège, (Iu'on apllI'ou\,(' ses aètes, on est de fait avec lui, en opposition an'c la justice et on a sa pa!'t de l'esponsabiljt(:~ pour le dommage qui l'ésu1te de ces actes dans la \'ie et dans les hiens des .\Iusulmans, Cc que dit EI-'Iazal'i dans la p,'emit"I'c de ses tmis !'éponses incline dans ce sens et les autenrs sont de son avis, Le tl'oisiè'me point, dont nous nous occupons, a ll'a:t Ù la situation actudle, et Ilu\me si on ne s'cn occupait pas, ils (les gens dont il s'agil) n't'n sel'aient pas moins sous le coup d'une juste IHluition dans ce monde et dans l'autl'e, comme on l'a vu dans le chapit,'e pl'('~cl"dent. Ce qui se passe' dans les tL'ilms de noll'e l'P()([IW et la perversité de leurs villes elleS-II}(\mes permet de leur appliquer le jugement des Ha(liths v(;nél'ès d'après lesquels un homme poulTa (\tl'e puni pOUl' la faute d'un de ses contl'ilmlt's, ainsi que cda a (,té elairement indiqué dans la premil~re réponse d'El-.\Iazari et dans Ben Fer1toun, Ben EI-"\rhi, et autres qui sont ('n cda d'accord aH'C k l'ite. Le tiers dont il est fi lH'stioll dans cette cat('~g<Jl'ie a été en etl'et rehelleenvers Dieu et s'est rendu coupable pal' sa ~orn]llicité avec le coupable lui-môme, pal' son appl'obation de ses actes, pal' la protectiou qn'i1 lui a doulll"e, par SOIl intervention ('n sa faveu!', pal' Il' bien qu'il lui a fait ct par' le l'efuge qu'il lui a donn(~,

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Cela nous a élé transmis par Ihn EI-Qasem et par' <l'autres. Le Cheikh Abdelbaqi Ez-Zerkania dit d'après Sidi Khalil (chap. de la guerre) : Il faut tuer celui qui a aidé il tue l', cFle cette aide ait été donnée effectivement, ou simplement par l'influence même si celui qui a aidé de ceUe manière n'a pas ordonné le meul'tre et s'il n'en a pas été la cause. En efret, par son influence, il a été la cause du meurtre. Ihn El-rradjib a dit: « Et s'il n'est pas la cause du meurtre: )) Ibn EI-Qarin a répondu: « Il faut le tuer. )) EI-Achhab a dit: « Il receHa cent coups et sera elllpl'isonné pendant un an. ») Le Cheikh J\:halil a dit: S'il n'esl pas cause du crime, mais que ce crime ail été indirectement causé pal' son influence ou son autorité, pal' exemple dans le cas où ce tiers fel'ait partie d'une sociéll~ où se trouvent des coupeurs de roule, il faut les tuer tOIlS, y compris ceux qui ne pal'licipenl pas effectivement il leurs actes, parce que de fait ils constituent une aide pour ks coupables. Ce l)l'incipe se trouve clairement exposé dans Ibn ElHadjib et dans Ech-Chamil, (lui disent: Il faut tuer les éclaireurs qui parlent il l'ennemi (de même la personne cause ou non du meurtre doit être tllée) parce que l'arnu"e tire sa J'OI'ce de ces éclaireurs. La sanction doit atteindre ceux qui volontairement ou non conslituent une aide . .J'ai YU la rl)pOnSe il ce sujet <lu Cheikh Yousef Er-l1esmouki et de Birouk ibn Abdallah Es-Semlali, qui disent: L'a\,is des docteurs du rite, contrairenlellt il ce qui se trouye dans des ouYrages comme le iVaollazil El-Qaraollin, emprunté en entier il c\li Amran EI-Fasi, est que si quelqu'lln a fait entrer il la maison un hien yolé ou pl'is de force pal' un autre el déposé chez lui, et que les siens ne l'obligent pas il rendre ce bien et l'aident il le garder, ils sont punissables en son lieu et place, parce qu'ils l'ont ai<Il:' il mal faire. S'il y avait parmi les siens un homme reconnll pour

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sa justice, il ne serail pas rendu responsable, à moins qur~ cet homme juste ne soit pour lui une aide par son influence et par le fait que le coupable cherche à se rapprocher de lui. Ibn EI-Qasem et Ek\chhab sont d'accoL'cl SUl' le fait que cet homme doit être puni, mais ne sont pas d'accord SUl' le genre de punition à lui infliger, c'est-à-dire s'il faut le tuer, ou le bastonner, ou le mettre en prison. Comment admettre en ecret que ce tiers, qui es! une aide pour le coupable, ne soit pas puni, mème si l'aide qu'il donne ne provient qU8 de sa puissance personnelle ou de l'approbation qu'il donne à l'actc' commis, consistant à voler le bien d'autrui, car les coupables sont responsahles les uns des autrcs d'après l'avis univcrsel, ct ceux q LLi ll's ont aidés en quoi que ce soit sont responsahles c"galement comme on l'a vu précédemment. Comme je l'ai déjà constat(" chez les trihus de cc temps et chez d'autres également connues par leur conduite, par l'a ppu i ct la 1)1'0 tection erTecti ve qu'elles accordent au CO\!pable, plus que celle qu'elles leur donnent pal' leul' influcnce, il n'cst pas douteux que mème celles qui n'ont pas commis des actes n'~préhensihles sont condamnahles aux lieu et place des conpa1Jles, même s'il n'cst pas établi qu'elles aient été cause des actes commis; en efTet, elles ont au moins peotégé celui qui a commls l'acte pal' leul' influence. C'est pour cette raison que le ITaclith a(lmet que l'allié pl'otège son allié et le couvre de sa force et de sa puissance, et c'est pour cela que le Prophète (salut et ])(~nédic­ tion sur lui) a pris le GhafarÏ en reprise. La troisième des réponses d'El-~Iazari n'est pas complètc' et attendu que le Prophète ~salut et hénédiction sur lui) a pl'is la chamelle pour lui-nl(\me, Pllisclue l'homme qu'il a\":lit pl'is devait ètee donné en rançon aux alliés de cet homme, Poul'qlloi le Prophète conscl'vait-illa chamelle :'

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La première r(~ponse est certainement la meilleure sans discussion commc on l'a Hl, et lorsque les trois solutions ont été exposées, nous avions compris que la première était celle dont l'application était la plus convenable il la question que nous traitons. Il ne faut pas chàtier l'un pour la faute de Lmtre conformément aux lois de tous les temps, c'cst d'ailleurs le sens de la parole de Dieu: « Vous ne chargerez pas une ùme du péché d'autrui, )) c'est-à-dire que nul ne peut dre puni pour la faute (l'autrui, La deuxième solution est celle que nous avons également indiquée plus haut (il ne faut pas punir l'un pour la l'aute de l'aulTel si ce n'est pour enrayel' le mal ou dans la crainte de laisser se l'réel' une loi nouvelle ou une hérésie. Dans ce cas éyidcmment il est admis généralement qu'en présence du Inal on peut punil' un tiers, qu'il soit pl'cche ou non du coupable, ct cela dans le cas où celui qui a été pris il la place dll coupable puisse lui-m(\me tirer justice de ce coupable, ou non. Ccci n'cst admissible que dans certains cas: IOl'sclue le tiers qui a été puni pour le coupable pcut se faire rendre justice pal' le coupable ou bicn si, pal' le fait <Ill(' ce tiel's a été puni pour lui, le coupable peut t~tre empl\ché dc commettre ses méfaits. Il est possible que cette manière de faire ne soit permise que conformémcnt il ridée (lue dans la pt'atique le châtiment infligé il un tiers il la place du coupable ernpêchera ce dernier de commettre des méfaits si ce tiers est un de ses pf'Oches ou s'il peut payer pour le coupable ou en tirer justice luilnème, qu'il soit ou non son parent. Si le coupable n'est pas retenu de comrnettre ses méfai ts par le châtiment du tiers parce que ce tiers ne peut pas tirer justice de lui, il n'est pas permis de le chfttier aux lieu et place du coupablc, en aucune façon, En effet, Sidi Khalil dans son pl'emier chapitre a llit qu'une telle façon de faire n'arrèterait le mal en aucune façon ct tel est le sens que nous avons indiqué; aucull

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des commentateurs de Sicli Khalil nOv a fait allusion, ;\ ma connaissance (et Dieu est le plus savant). La punition (lui a pOUl' but de couper couet au mal est celle qui est connue généL'alement sous le nom de (, Kefaf » : Voici en quoi consiste le « I\efaf » : Si quelqu'un a conteacll~ une dette, ou a reçu un cu. pM, ou s'il cll,tient le pL'oduit d'un volon d'un pillage et qIll' ses créanciers ou le pL'opl'il~taiee cln hien dont ils"agit soient impuissants;\ l'ep,'eHdre ce qni leUL' appaetient et;\ sc' faire rendl'e justice ;\ cause de la force du délentenr, s'il faut meLtl'e la main SUl' qnelqu'un faisant pal'tie de b falllilll' OcL de la tl'ibu de ce détenteul' de sou bien claus une n:'gion sJnmise ;\ une antorité n;gulil~l'e, il peut le pou,'suiHf' pour ce qui lui est dt'! ou qui lui a étl~ Jlris de foeCl' et tiret' ainsi de lui satisfaction, il moins qu'il He s'agissl' d'une atl'aire de meurtre et lk violence, nll\ml' si en puuissant ce Lte personne on IHm \'ai t em p(\cher le co ul'ah [l' de cOlltilllH'r ses mMaits, et si elle pou\'ait en tieet' justice, comme on l'a dit précl'~demilleut, et de lll<\me si celte pel'sonne n'est pas l'roche du coupa])ll', mais qu'elle le t'OU\Te de sa IlL'otection et le dMende lui-m(\me ou ('eu.' qui se rattachent il lui. En l'fret, on se tronn~ plaCl~ ('utl'l,' dl'u.' donllnages, et la questioll est de savait' s'il est prl'i'("l'alJle que le malfaiteur continue ses méfaits, ses viol('ncl's et ses injustices, ou s'il faut punir ;\ sa l'lace son p,'(wile ou quelqu'un qui, parmi l'eu.' qui se l'attachent ;\ lui, est en état de tirer justice; il est évident que la Jlunition dl' ('e tiel's qui est son Jlroche, ou de celui qui peut l'II lire'l' jllstice est le moilHln' dOllunage. Ceci est le sens d('s paroles de l'auteur de cet ouvl'age applicahles au cas où pal' ce mO'yl~1I le dommage doit être enlp'\chl~, et si ['on cOllllneule Cl'S paroles, des dill'érences apparaissent alin cl<- savaiI' s'il y a lieu de puni l,le proche ou celui qni peut lil'l'l' jllsLicl' du coupahle et en t'éa!il<" les deu.' doivl'nt l\tl'e Pllllis, parce (Ille kul' punitioll il tous ks lIeu.' aLu'a pOUl' n"sultal

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d'arrête l' le mal. Ce mème commentaire n'examinera pas le cas où celui qui est puni ne protège pas le coupabl(' même pal' sa seule influence, comme cela a été dit plus haut; cependant il est indispensable de prendre note de cc cas, sinon on en revient à la troisiôme division où il est admis que cette punition est permise, si ce n'est dans le cas où elle IÙlrf'(lte en rien le mal. Au contraire cette punition est permise dans le cas où il y a protection, défense, II(' fùt-ce que pal' influence, tel est notamment le cas des tribus de ce temps comme on l'a vu précédemment, et ce qui a été dit ù cc sujet a pour base ce que dit le Hadith vénéré, Ibn EI-Qasem et EL\chhab, et en prêtant attentiOIl Ù ce chapitre, dans cette partie, on se rend comJlte qu'il n'y a pas opposition enU'e les Hadiths et le Qoran. C'est Cl' qu'ont admis Ben Ferhoun ou Ben El-Arbi et d'autres en s'appuyant sur les Hadiths, et certainement des gens comme Ben Ferhoull et comme les autres qui sont du même avis n'auraient pas ignoré l'opposition susdite (entre les Hadiths et le Qoran) si elle avait existé, Telles sont les trois parties en lesquelles nous aH)}}S divisé la question de la punition d\m tiers pOUl' le vl'ai coupable ..Je ne l'ai jamais rencontl'ée exposée de cett(' façon, mais les principes et les règles (~tablis depuis longtemps s'en rapprochent.

Le premier poin! qui vient d'être traité qu(' le « Kefaf» ne saurait s'exel'cer en cas de meurtre et de violence doit se comprendl'e dans ce sens qu'il ne faut pas tuer et qu'il n'est pas licite de tuer le proche du nleul,tl'ier, ni d(~ 1(' mutiler' ou autl'e chose de ce gcnre, de même (IU'il n'esl pas licite (le trU'I' ou de mutiler celui qui peut [irer justice dl' ce meurtrier, mais si le guun~l'ncur ou celui qui détient J'autorité a l'intention de punit, le parent du coupahle ou

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celui qui peut tirer de lui justice, en leur faisant payer certaine somme pour la remettre aux parents de la personne assassinèe ou mutilée pal' excmple, il peut le faire avec le consentement de ces parents. En eUet, au momcnt dont il s'agit, tout est cncore très obscur et si IIne cCl'titude sc fait il un autre moment, rien ne sera penl u et il n'y a aucun doute SUl' la légitimité de se faire renllre justict', car la punition, et cela avec le consentement de la famille (le celui qui a été tué ou lt~ consentement du mutilé, a été trallsformée en un versement d'une certaine somme d'al'gent et, dans le cas où le meurtrier ou le mutilateur se refuse ù verser cette somme ù la famille (lu défunt ou au mutilé, cet ar'gent peut (\tre exigé des parents du coupable ou de celui qui peut tirer justice Ile lui, conformé'ment au système du moindre des deux dommages, camille on ra vu. On ne peut pas dire: « œil pOUL' œil» selon Ibn EI-Qaselll. cal' )Jous disons « œil pour œil )) si le meurtrier ou celui qui a mutilé avoue lui-mt'me et dit: « tuez-moi ou mutilezmoi, mais ne me l'achetez pas pour de l'argent » (Ed-Dia). COlllment cela peut-il se faire dans le point qui nous occupe, puisque le coupable non seulement nous échappe lui-mème, mais refuse de se soumettre? Dans ce cas c'est aux parents il choisir. Ceci a trait il la manière d'arrèter' le mal qui fait l'objet de la deuxième partie llu troisièm(' chapitre. Quant au point traité dans la troisième partie de ce chapitre, relati\Oe il la défense par la force, il la protection du coupable, fùt-ce seulement pal' l'influence, ceux qui commettent ces actes sont aussi coupables que le meurtrier ou que celui qui a mutilé, comme on l'a vu.

Si celui qui exerce le droit de « Kefaf » demande il celui qui a été pris en lieu et place de l'auteur réel du

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tlommage OU du vol, de lui fournir une caution personnelle jusqu'à cc que le bien fondé de la plainte soit établi, cela ne souffre pas de difficultés et il n'y a pas de doutes que sa demande doit ètre accueillie; il en sera de môme s'il demande une caution jusqu'à ce que celui qui fait l'objet de la plainte, ou le voleur, se présente pour avouer ou pour nier. En efIet, celui qui a payé pour le coupable doit pouvoir tirer justice de ce coupable, ainsi que c'est l'usage dans les tribus; mais si le coupable ne sc présente pas pour avoue!' ou pour nie]', on tirera justice de celui qui a été arrèté. Le coupable est alors considéré comme ayant refusé de venir pour avouer ou pour nier, et il est permis de tiret' justice de celui qui peut lui-môme tirer justice du coupable; et cela pour choisir le moindre entre deux dommages. On peut également tirer justice d'un des proches du coupable, donL la punition pourra empôcher le coupable de continuer ses méfaits, Il faut tenir compte si celui qui esL poursuivi apporLe des preuves de la dénégaLion du coupable, et si celui qui exerce le « Kcfaf » ne peut prouver ses allégations contre celui qui est l'objet du litige eL lui demande de venir prôLer serment en sa présence dans une région soumise il l'autorité. Il est évident que le poursuivi sera emprisonné jusqu'à ce qu'il ait payé ou qu'il ait amené le coupable qui prôLera serment au demandeur. TouL cela a pour but d'arrèLer le mal. On verra à la question VI que le coupable doit supporter toutes les conséquences de ses actes. Le « Kefaf » n'est licite que s'il est éLabli que celui qui en est l'objet esL un proche du coupable ou qu'il peut tirer justice de ce dernier, ou s'il est en relations avec de très pl'Oches parents du coupable. Hors de ces conditions, le « Kefaf )) n'est pas permis. Tout cela se trouve dans la deuxième partie de ce chapitre, non dans la troisième, puisqu'il s'agit de la cause du mal: « ne l'tiL-ce que par influence, » comme on l'a vu.
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AHCIllVES M.\RûCAIXES

Le gal'ant est responsable an même titre que l'intel'lnédiaire, c'est-à-dil'e si cela ne constitue pas un dÛlllnnge, comme il est dit dans cette deuxième partie. Il n'est pas douteux qu'ull autre (lue l'intel'lnédiaire peul tHl'e rendu responsable pour cet intermédiaire, et pour le garant ou pour tout autre, selon les besoins de la cause, conlllJe on l'a vu précédemment. Les déclarations écrites [Will' dégagel' leul' responsabilité, pour établir qu'ils n'ont avec les cou pables ni rela lion s ni ra pporls, n'auraie nt a ucu ne \'al('IlI', par le fait qnll esl prescrit d'émigrer et de s'éloigne l' des gens qui se conduisent mal, comme cela a ét(~ dit. Si les acles répréhensibles sont commis seul('ment pal' une fraction bien définie et distincte et que leurs auteurs sont notoirement connus, qu'ils s'échappent au sommet des mOlltagnes et ne séjournent pas au milieu de 1('lI\'s voisins ni des gens de leur tribu, et (lue C('ux-ci sont incapables de les arrêter; si ces ci l'constances sont dt'IllH'lit établies pal' les témoignages de gr'ns dignes de foi, pel'SOnJW ne doit (\tre rendu l'esponsable de lenl's actes. Il semble évident tlue les tribus de notl'(' épOqlH' n'appal'tiennent pas à cette del'nièl'e catégorie, el les llH'sures à pren(h'e doivent s'appuyel' sur ce qni est éYident. Si, ('II efTet, les chefs de ces tribus ont une autorité sur (~lles, pt que leur conduite d('pende d'eux, on ne saurait admeltl'(' qu'en ne corrigeant pas les mall'aileurs de leurs triLus, ces chefs ne les autorisent pas illlplicitement il y vivre. Cal' il y aurait là une contradiction évidente' dans 1('111' conduite et la sanction doit être appliqu(:~e COllrol'l\l('~ment il l'évidence apparente ou cach("e. Ces tl'ibu::; seront dOllc punies pOUl' les fautes de leun; llH'mbl'eS et elles seront rendues l'esponsables des dommages causés par eux.

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Réponse au quatrième point:
De ce qu'il n'est pas licite de vend,'e aux chl'étiens, et (le ce qu'il n'est permis ni de leur vendre Iii de leui' domler. D'ap/'ès la Moudouana, :Malik a dit: Il ne sera rien vendu des engins cie guerre, ni arrnes, ni jambes, c'cstil-di/'p chevaux, ni selles, ni cuivJ'(', lIi objets tl'anchallts. Ibn Habib a dit: Et cela, que l'on soit en paix ou en guerre, et il n'est permis de vendre de nourriture aux chrétiens, si ce n'est en temps de paix. Ibn EI-Qasem défend même en J'('gle générale ceUe vente en temps de paix, comme en temps de guerre; c'est également l'opinion du Jfedlzl1b, ainsi que cela est indiqué dans le Myar. Contrairement au Jfedlzab, quelques auteurs sont re\'enus il l'opinion de Ibn Habib, qu'il est permis de vendre de la nourritUl'e en temps de paix ct d'abondance. Ce qu'a dit autrefois le Prince des Savants est d'accorrl avec cc qui vient d'être dit, ,\ savoir que, d'après le ilfedlzah, il est interdit de \"endre aux chrétiens du hétail qui pent les fortifîer pour ln guclTe ct les cml)(\cher de faiJdir dans la lutte, de même que des V(~tements qui puissent les protéger contre la chaleul' et contre le froid. On ne saurait cu dil'e davantage. Quant il la nOlllTiture, on peut leur \"8 IHI 1'8 cellc qui JI(' rortifîe pas, comnH~ l'huile et le sel. Hemal'(jtl<'z cette expression: cr~ qui ne fortifie pas. l~ekhmi dit: On ne lc'll' vendra pas (aux chn:·tiens) de cui\"re, ni de Jel', ni de choses grasses, c'est-ù-dire de peaux, ni d'ùnes, ni de mules, ni de poix, ni de goudron, ni de cil'e, ni de mors, ni de selles, ni d'éperolls. Quant il

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la soie, il la laine et au lin, cela a peu d'importance. Voici la raison pour laquelle il est défendu de leur vendre de la cire: c'est parcc ([u'ils s'en scrvent pOUl' la construction des bateaux (il s'agit sans doute des voiles) ; de même pour les peaux parcc qu'elles sont utiles il la guerre. L'Imam Abou EI-Qasem ben Khadjou, d'après ce que certains auteurs ont emprunté il son commentaire dit Jlokhlaçar, défend la vente des peaux il l'ennemi et considère celui qui se livrerait à cette vente comme un musulman infidèle il sa foi. En effet, dit-il, les peaux servent i~ fabriquer des instruments de guerre, et quiconque vend il l'ennemi des Inatériaux de guerre, rejette l'Islam derrière lui et peut être considéré comme venant en aide aux infidèles. Il ressort clairement de cela qu'il est défendu de vendre (aux infidèles) des bœufs ou autres animaux du même genee, cal' on les tue ct leur peau sert il fabriquer ce que nous avons dit. Sahnoull a dit: Celui qui donne des arnleS il l'ennemi I:ontribue il verser le sang des musulmans; de même celui qui vend des armes il cet ennemi. El-Ahsen a dit: Celui qui leur donne (aux infidèles) df' la nourriture est un impie et celui qui leur v~nd des armes n'est pas un croyant. Comme cela a ét(: dit précédemment dans le premier chapitre', Cheikh Myara et d'autres avec lui ont jugé que celui qui vend un esclave musulman aux infidèles mérite la mort, puisqu'en effet cela ne peut que causee un dommage aux musulmans. De même l'Imam Sicli Yahya Sil'adj a d(:ciclé (IU'il fallait tuer ceux qui vendaient les musulmans libres et leurs enfants à l'ennemi. Cela est évident, cat' une conduite semblable est bien plus préjudiciable que celle d'un espion. En effet, si l'espion renseigne l'ennemi, celui qui vend un musulman spécule sur l'existence m(1 me des musulmans.

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Il a été parlé précédemment de l'interdiction de la vente des bœufs, des peaux et du fer. Cette interdiction existc dans le cas où les musulmans n'ont besoin de sc peocurel' aucun engin de guerre, bombes, boulets, balles, et autres choses du même genre qui sont nécessaires pour repousser l'ennemi. Si le besoin de ces engins est pressant, et qu'il faille s'en procurer moyennant quelque produit, il faut examiner là où est l'avantage, caf' s'il se présente deux dommages, il faut choisir le moindre et s'empresser de faire ce qui est utile. Si ce que les infidèles demandent de bœufs, de peaux ou de fer n'est pas de lIature il augmente!' considérablement leurs forces, ni il les aider il tuer les musulmans, ni il leur causer du domInage, et que cela permette aux musulmans de se peoclU'er des munitions ct autres choses utiles, il est permis d'en donner aux infidèles. L'achat de munitions, de bombes ct d'autres choses du même genre, au moyen de bœufs et de peaux, n'est pas le plus gl'and dommage (c'est-il-dire (lue Llvantage pour les musulmans est plus gl'and que l'inconvénient). Dans le Delli la question est posée de savoir s'il est licite de racheter les prisonniel's au moyen de chevaux, et il est décidé que cela n'est pas permis. Dans cette question, sc trouvent deux dommages, dont l'un est d'ailler les infidèles, en leur donnant les moyens de fail'e la guerre, et l'autl'e de laisser entre leurs mains des prisonniers (musulmans). Dans ce cas, il est permis de choisir ce qui semble le plus avantageux. Le rachat dans ces conditions n'cst admis par aucun auteur, de même que l'échange d'armes contre d'autres :lrJnes. Dans le Qa{ (El-l\Iouaq) d'Ibn Siradj, chapitre de la guerre, il est dit que si l'ennemi vient en toute sécurité (m temps de paix avec des armes et qu'il veuille les vendre, il est licite de les lui acheter ou de les échanger contre

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AHCHIVES MAHOCAINES

d'autres armes ou contee toute autee chose . .'lais la vente des instruments de guerre, armes, ou autres choses semblables, ù l'ennemi si les musulmans en cas de famine ont hesoin de nOUl'l"itul'e, n'est autorisé sous aucun peétexte. On a demandé ù l'Imam Ech-Chatihy, moufti de Grenade, que Dieu lui paL'donne! ce <[u'il n'est pas permis cl<- vendre ù l'l'Ilnemi, armes on munitions, et s'il pouvait peemeltl'(>' aux musulmans hahitant l'A ndalousie au milieu cLes chl'étiens de tL'aiter avec ces chrétiells pOUl' ce qui pouvait ètl'(' nélcessaire aux musulmans, parce qu'ils étaient entOlll'é:-.; de pays chrétiens et <[ue les IIIusulmans daient loin et séparés d'eux pal' la mer, et qu'il était nC'cessaiee de pouvoir faire du commerce dans ces conditions. IL a répondu que le dmit de pouvoir faire commerce des instnnnents de gueL're est licite pOUL' l'.\ndalollsie, mais qu'il ne l'est pas pOUl'un autee endroit,et la plilpartdes ouléma sont de cet avis. L'Imam El-~Iazarj, que Dieu lui panloILne! intel'dit allX musuhllans de pénètL'eL' SUI' la terre des infidèles pOUl' y cherchel' de la noulTilure, même en cas de trôs grande famine, parce qUl' ces musltlmans qui enU'eraient en teL'ritoire infidèle se trouveraient soumis ù la loi des infidôles et que l'inviolabilit<'~ musulmane ILe doit pas êtn' dé,tL'uite ù pwpos du besoin de noul'l'itul'e. Dieu pourvoil'a, s'il lui plaît, aux besoins des musulmalls. Cette décision vient ù l'appui de l'opinion d'Ech-Chatiby qui a dé cité~e en efl'et, si l'inviolabilité des musulmans Ill' doit pas c\tre déotl'Llite par leur soumission ;\ la loi des infidèles, pour leur pel'lllettre d'apporter de la nourrituL'e. il est pr:~férable de lc~ur vendL'e des aemes pour se procurer la noulTituL'e nécessaire; en e1l'L't, cette vente constitue un aide il l'ensemble des musulLLLans, COI 1II LW l'ont dit Sahnoun et d'autL'es, tandis q ne, pal' la (lestruction de len!' inviolabilité, ils perdent leurs biens ct leur eeligion.

FETOUA DU FAQlu SÎor

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Réponse au cinquième point:
De la pU/lltlOn a Imposer il ceux qui opposent de la résistance, et de la difl'él'ence qu'il y a il ce sujet entre la situation anciellne et la situation actuelle. Les divergences d'opinions qui se sont produites entm les différents Imams, relativement au droit de punir et de ramener au bien par le paiement d'une amende, sont connlles de tous, lllèllle de ceux qui ne sont pas des plus savants. Conune ra dit Zel'l'ok et d'autl'es, il y a eu autl'efois divergence d'opinions il cc sujet entre les Imams. D'après Khalil, J'Imam chütiera celui qui sc révolte cOll!:l'e Dieu; cela a été dit autl'efois par ChafeL EI-Djezouli dit, d'après la R.isala et d'ap"ès Omal' hen Abde1aziz, il adviendra des difficultés entl'e les gens (il l)l'OPOS du paieIllent de ramende). D'apl'ès Omal', le·s Cheikhs injustes des tl'ihus seront punis pour leurs règlements nouveaux (nadar), d'apl'ès lesquels celui qui sOl'til'a son sahre et frappera devl'a donnel' tant; celui qui P0l't('l'a la main il son sahre et ne le sorti l'a pas, tant; celui qui fl'appera au visage un homme flgé paiel'a tant; celui qui insulte l'a paiel'a tant:. Tout: cela n'est pas régulier. Et conl/lle le Cheikh ""yal'a a dit, dans la suite, il est cel'tain que ces Cheikhs ont fait ces règlements, étahlissalit que ceux qui comlnetlent des lllauvaises actions, pourront les l'acheter pal' des arnendes, dans le hut de les punir ct pour les elllpècher de recommencel' leurs agissements habituels, mais il est évident que cela n'est pas rt-'gulier. Le Cheikh l\bou EI-Qasem EI-Bel'zouly a statué en faveur du bien fondé de celle jUl'isprudence; il appuie sa décision SUI' deux raisons et a fait un ouvrage il ce sujet. Le Cheikh Ahou El-"\hbas Chcmmâ.a et les Ouléma de son

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ARCHIVES

~IAROCAll'\ES

époque ont l'etorqué ses arguments et ont fait également sur cette question un ouvrage qui a <létruit toutce qu'avait dit EI-Berzouly; celui qui a particulièrement attaqué El· Bel'Züuly, c'est le Cheikh Abou EI-Abhas, et Dieu sait si c'est lui qui a indiqué la véritahle jurisprudence à sui\Te dans ce!le circonstance, Il n'y a pas de doute que Abou EIAbbas a déteuit l'argumentation d'EI-Berzouly et de ccux {lui étaient de son avis et qu'il a changé la jurisprudence établie par eux, qui était contl'air'e aux prescriptions de Dieu. S'il n'y a pas <l'Imam ni personne capable de prendre une décision absolue, ni de l'applicI'lel', la punition par' une amende est préférable à laisser le coupable sans dn' puni et de laiss(;r le fort manger le faihle. et le plus grand dommag<~ dans la circonstance seJ'Yil'a de guide plus que tout autTe argument; mais tout cela déteuit les . vrars prlllclpes, D'autre paet, s'il y a emp(\chement il appliquer la loi et (lue la force manque pour l'appliquer', mais qu'ell(~ soit suffisante pour faire payer ramende, il faut le faire; le paiement de l'amende remplacera l'application stl'icte de la loi et le principe étahli pour le paiement de l'amende sera appliqué; le droit absolu ne sera pas ddruit pOUl' cela; mais le but est d'obtenir simplement la sanction possible SUl' le moment afin de réparer le dommage comllw on peut. Si dans l'avenil' il est possible d'appliquer la loi absolue, ce sera fait, ct le coupahle continuera à mérite l' la punition tout entière, D'autre part, le Cheikh Et-Taoudi et le Cheikh Sidi Lal'bi EI-Fasi ont dit: il est évident qu'aujo\ll'd'huiles tribus sont trop (daignées pour que b sanction directe puisse les atteindre et n'ont au milieu d'eUes <[u'une autol'ité capable d'interdil'e le mal, mais saus le pouyoir d'appliquer une sanction; il est donc permis de leur applique!' l'amende, même si cela n'est pas conforme ù la loi; c'est aujourd'hui un moyen d'empêcher le dommage; en e(l'et, il est éyident
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FETOUA DU FAQln SîDI

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actuellement que les trihus qui ne sont pas sous une autorité ne peuvent pas être l'objet de punitions matérielles, parce qu'elles n'obéissent pas il qui voudrait les exiger d'elles, et il a été décidé que l'on agirait ainsi plutôt que de s'exposer il une révolte, et cette mesure a été adoptée comme un bien généeal ; d'autre part, cette concession est un dommage pour l'exercice de la justice. L'auteut' a retorqué une réponse de Ali Djafar Ed-Daoudi, qui donne une décision admettant la punition par l'amende; mais il vivait dansulle époque de troubles et de révolutions. Le Cheikh EI-Jlyal'a admet également la punition par ramende dans cette circonstance, d'après le Hadith Tcnfil où le Prophôte dit: Si vous lrouvez quelqu'un qui chasse dans le hornz de Médine, dépouillez-le et infligez-lui une amende. ;\yad a dit: Aucun Inwnl ne s'est appuyé SUl' ce hadith <JlLe Chafeï, anciennement, et les principaux Oulema 1Il0<Iernes ne sont pas de son avis. Le Cheikh En-Naouaouï, de même que Saad ibn Alli Ouaq(ps sont de cet avis, ainsi que plusieurs des Çahaba; ils ajoutent que l'opinion de Chafeï n'est pas détruite par la contradiction des Oulema, si elle est d'accor(l avec la Sounna. Et ceUe manière de voir est la meilleure parce <Iu'elle est conforme aux hadiths ct que les Çahaha la partagent. Il faut remarquer que l'opinion de En-Naouaouï est, que la manière de voir de Clw[eï n'est pas détruite par la contl'adiction des Oulema si elle est d'accord avec la Sounna et cette opinion est la meilleure. Le Cheikh Et-Taoudi est du même avis en disaut qu'aucun argument sérieux: ne vient contl'edil'c l'opinion de En-Naouaouï qui est d'accord avec le Hadith dont on vient de parler ct qui est spécial il ceux: qui chassent dans les hornzs. Il dit égaIement dans un autl'e hadith: celui qui fait paître dans un endroit où il ne doit pas faire paître, ou qui coupe un arbre qui appartient il quelqu'un, ne Sf'l'::l pas dépouillé;

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~[AROCAINES

mais il Y a lieu de lui faire payer la valeur exacte des dégâts qu'il a causés. Le sens des paroles du Hadith: (( dépouillez-le)) est qu'il faut le punir de ses Illauvais agissements; <'t s'il s'agit de violation du droit de Dieu, tels que chasses dans les 1IOI'l11S, IH' pas elllpl\chel' 1<' scandah" Il(' pas fair<' les prières aux heu['es consacl'ées, c'està-dire faire la prière en dehol's de ces heul'es, et mang<'r en temps de Hallladan pendant la journ(~e, la punition de ces méfaits consiste uniquement à dépoLI iller le coupabl(' de ses biens. S'il s'agit du dmit de Dieu ou d<'s individus, le dmit de Dieu sera payé SU[' les biens du coupahle et il sel'a 1)1'('Im'é SUl' ces mt'mes hiens c(~ qlli est lIécessaire (Hl Il l' payel' ]P droit des individus. Le dl'oit de Di('II, qui est su[)("ri('II[' ù tout (,t plus ancien que tout, a ton jours une part dans le dmit p['{'l(~v(~ ('n l'an'ul' des individus. Le Iladith ordonne' de dépouillel' C('UX qui déso/J(;issent ù Dieu, (lue le d['oil des individus soit ou non lésé pal' cetl(' désohéissance, Tels sont les principes qui l'égissent les actes de violetH'(' l't. l(~s injuslic('s, et les agissements analoglles, cal' il est nécessail'e qll(~ ces agiss('nl(~nts soient punis, lant ('n Cl' qui concerne la Inauvaise conduite (]e leul's anleut's envers Dieu, que pOIll'le lort q IIi est fait :\ l'individu. J\halil, dans le chapitre des \'iolences, dit: « Le châlilll<'nt sel'a llL'OPOl'liollllé » (à l'impol'tallce de la faute et ù la IH'rsollllalilé du coupahl('); il ajoute: la gat'autie du coupahle est la pl'is(' de possession de ses hiens. » Et ù ce sujet on t['O\I\'(' SOIl\'(~nl, dans le lVlallzitia et autl'es, que k juge, 100'squ'il apprend la résidcllce de l'inculpé et l'endroit où il est l'éfugié, l'envoie qu{~rir pal' son AOlln (s('rvileul', garde) pOUl' lui infligel' une punilion, et cet AOlln se fait payel' son déplacement pal' l'inculpe) 1. Si lïnculp(' chel'che il étahlit'
L " Se f.,iL pllyel' son déplaccment." Celle phr:1SC esL la juslification de la Soli/ll'o, droit Ùl' commission ùonné au s('uétailc, g'''l'dc ou huissiel'

FETOUA nu FAQÎn SÎOI 'ALI ET TSOULI

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son irresponsabilité en faisant payer l'Aoun pal' son adversaire', il faut l'obliger à payer et ensuite le punir pour sa désobéissance qui est une offense à Dieu et parce qu'il a cherché à paraître irresponsable, tandis qu'il est réel/ement coupable. Chafeï, dans cc qu'il disait anciennement, prescrivait ramende à la place de la punition, conformément au hadith cité; c'est ceUe manière de yoil' qui a été choisie pal' EnNaouaouï, et leur opinion est basée sur le Hadith E l-Karim relativement il la punition par l'amende; la légitimité de celle manière de faire est ainsi établie malgré ceux qui sont <l'avis contraire, Ibn Hochd a dit à plusieurs reprises que la punition par l'amende n'est pas licite cu aucune façon et Ben Qaim EI-Djouzia le contredit en disant que celui qui dit que la punitiou par LlInencle n'est pas licite sc trompe ct est en opposition avec les rites des Imams, Il établit son dire SUI' plusieurs auteurs <lu'il a consultés et il l'avis clesqnels il s'est confol'mé. Les Khalifes du Prophète appliquaient ce pri'lcip<~ et tous les principaux <les Çaltaba également apl'ès la mort de l'Envoyé de Dieu. Cda détrnit l'opinion que celte maniàre d(~ faire estirrégnlière, El-llafid EI-Ouancha"isy a dit relativement aux « compensations » dans la fdoua de Ben El-~\LLar qne le paiement de l'AOllll incombait au dMendeu l', con fi l'mant ainsi l'opinion de Ben Qaim en contradiction avec Ibn Roch<!. En efl'et, si Ibn Hochd défend complèteillent la punition pal' ramende en disant: « Celui qui l't'Sene une preuve contre celui qui]l(' la réserve pas el, d'autre pari, la question de compensation est établie d'apl'ôs la parole de Dieu dans le Qorall: « Quiconque tuera lUI animal ù la chasse avec préméditation sera tenu de le compensel' pa)·
d'lIl1 fonelionnnirc, Voir Arclzives Marocaines, yol. l, " les ImplHs marocains ", p. 71.

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ARCIIIVES MAROCAINES

un animal domestique d'égale valeur 1. )) Et plus loin. « Ceux flui répudient leur femme avec la formule de séparation perpétuene et reviennent ensuite SUl' leur parole affranchiront un esclave avant qu'il y ait une nouvelle cohahitation entre les deux époux divorcés~. )) Cette question du paiement de l'A o Il Il fait encore l'objet des discussions des Oulema jusqu'aujourd'hui; cependant elle est toujours prescrite. Nous sonunes d'avis que Je paiement doit être fait (par celui qui est l'objet (le la plainte), d'accord en cela avec Ben Qaim EI-Djouzia, les Hadiths et l'Imam Chafeï, de luême que En-Naouaouï. Il apparaît de toutes ces divergences que la question du paiement de l'A Ollll n'est pas encon~ tl'anchée pal' les Oulema, ct l'auteur partage l'opinion (le Ibn Hochd lorsqu'il dit: La punition pal' l'amende ne snffit pas et les opinions il ce sujet sont partagées parce que le paiement de l'Aollll n'est souvent pas ~Hlmis, de mt'me que ne le sont pas les textes sur lesquels il est établi. En elret Ibn Hochd suit l'opinion émise (lans ses COIllmentail'es par le Qadi EL\dil Ahou El-Qasem EL\mil'i, ct (lit que ce qui est pel'lni pat' EI-Uerzouly est adopté ("galement par le faqih Ahou EI-Qasem ben Khadjou ct Ben r~l-Oqda EI-Ghezaoul. Ils ont écrit dans ce sens au sultan \[oulay ~lohammed Chél'if Soussi Bd-Draï, quand il était campé sur le Séhou avant de prendre Fès, une longue !cttee déclarant qu'il admettaient l'opinion d'EI-Berzouly, et le faqih }[ousa hen Ali El-Ouazzani développe celte opinion longuement et dit: « Je suis d'avis ct j'affirrne en conscience que la fetoua d'EI-BcrZüuly qui admet la punition par l'altlende est exacte et bien fondée ;il fautl'admeLlI'(~ absolument, et les qaïds ct ceux qui détiennent une au toL Qoran, sourate v" la Table" ou "El-Okourl ". Trnrl. l\:as., p. (Ji. verset %. 2. Qoran, sourate LV[I[" E1-:.\Ioudja<laln " (les Plaideurs;. Trnrl. I\ns., p. ·IGI, verset 4.

FETOUA DU FAQÎH sÎor

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ri té doivent en appliquer les principes pour tirer justice des dommages corporels faits il quelqu'un. Dans ce cas il faut appliquer la punition pal' ramende. Telles sont les paroles de ce qadi: « J'ai consulté EI-Amim sur- ce qu'il disait relativement il l'opinion de l'ensemble des Oulema dans un sens et dans l'autre. J'y ai trouvé ce qui suit: Les Oulema ont parlé du mal fondé de la punition pal' l'amende; ce que dit Ben Chemmar ne doit pas être repoussé. EI-Berzouly est du même avis que Ben Oqda, ainsi que Ben Khadjou qui approuve nen Oqda. ElOuazzani a dé\-eloppé ce principe; Mousa EI-Ouazzani a fait sur ce sujet un commentaire en vers; Larbi El-Fasi a admis l'amende el: en a établi absolument le principe, de même que Ben l\Tyara, s'il est impossible d'obtenir une autre sanction. Ben Arafa avait admis ce principe avant eux et d'autres également. En-Naouaouï déclare que c'est la meilleure sanction, s'appuyant sur les hadiths et sur l'usage, et c'est l'opinion de Chafeï dans le passé et la contradiction est de tous les temps. Ici se termine ce que dit EI-;\mim. » La question peut sc résumer il ceci: Si la décision des Oulema citée par Ibn Rochd et adoptée pal' Amim SUl' ceUe question est valable, quelle valeur peut ayoir l'opinion des anciens Oulema? Il ne saurait, en efret, échapper il des savants comme les Oulema que ces auteurs ont raison, par leur continuelle 1(~ctLrre de l'ouvrage El-Beyan de Ibn Hochd et d'autres et il apparaît que tous les Cheikhs concluent ;\ la légalité de la punition par l'amende dans le cas d'impossibilité d'appliquer la loi d'une façon absolue, contrairement il ce qui a été di t précédemment relativement il la poursuite d'un tiers il la place du coupable; il résulte de tout ce qui a é~é dit que les fautes pour lesquelles Dieu prescrit obligatoirement l'application de la loi sont les suivantes: l'adultère, le vol, la violence, le fait de jeter des pierres il quelqu'un. Pour tous ces actes, la punition

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pal' l'amende n'l'st admissible en aucune fa\-'on, ni aUCUlll' modification dans la loi divine, Dieu a dit: « Ceux qui ne jugent pas conformément il la véri té que Dieu a fait des{;cndre d'en haut sont des infi(lèles, » C>pendant s'il l'st impossible d'appliqupr la punition par ramende, dans le but de rechprcher le moindre dommag<' et de repousser d'une façon quelconque le dommage pl'incipal, cpla n'empèche pas qlW la loi doit ètre appliquée lorsque l'obstael(' il son application disparaît, confol'lnémpnt il ce qui a été dit, d'accol,d avcc les Cheikhs. Quant aux agissements qui réclament une répression moins forte, le juge a le droit {l'interprétation de la loi, comme cela a été dit dans le d('uxième chapitl'e, ct la punition par ramende semhle généralement admise dans ce cas; c'cst cc que l'on peut déduire du Hadith Et- Ten(il. Chaf('ï est de la même opinion, adoptée pal' En-Naouaouï et pal' B(~n (Jaim EI-Djouzya. Ibn Hochd et d'autres avec lui n'adnwuent pas ceUe punition d'une fa(on général(~ et il semble que celte punition pal' l'amende ne doit êll'e a(lmisf~ qu'en cas d'emp(\cltement d'appliquer la loi absolue. En résumé, il appal'aîl flue, généralement, l'application de l'mnende est admise pal' l(~s Cheikhs les plus modernes. Il faut retenir ce qui vient d'être dit, cal' hien des erreurs ont été commises il ce sujet, f'l sous le point sui,-anl nous dOllllf'rons des arguments <léflnilil's SUI' celle question. Et Dieu est le plus savant.

Réponse

([li

sixième point:

Explications complémentail'es SUI' ce qui préc<'([(. <'l règles adoptées il ce sujet pal' les Oulema. On a vu pl'écédemment que si quelqu'un se l'end coupable d'adultère, de vol et de violence, pal' exemple, ('l

FETOUA DU FAQÎH SillI

'AU ET 'l'SaULI

'que cela soit établi pal' des témoignages unanimes, et que l'Imam se soit emparé de lui, il ne sera pas emprisonné dans l'idée de til'er de lui de l'argent; au contraire il doit être châtié, car il n'y a pas de prétexte à invoquer pOUl' ne pas le faire, puisque le coupable est lui-nH~me entre les mains de la justice, En effet, s'il est possible d'emprisonner le coupable, pOUl' lui faire donner de l'argent, il est également possible de lui infliger une punition. Cdui qui inllige une punition conforme aux prescriptions de la loi fait l'œuvre la plus méritoire qui se puisse faire puisqu'il a exécuté les ordres de Dieu SUI' sa cl'éatul'e. Il lI'Y a pa:,; de différence devant la loi entre le Chérif et celui qui ne l'est pas, ni entre les gens influents et les malheurellx. Le fait d'emprisonner des coupables d'adultère, de coups et blessures et de meurtre saIlS intention pal' exemple, ceux qui désobéissent à l'autorité et qui sont convaincus de ces crimes et ensuite de Jeur faire l)aver une cer" taine somme d'argent et les remettl'e en liberté, constitue une modification de l'esprit de la loi, et un pareil changement constitue une atteinte à la parole divine qui dit: « Ceux qui ne jugeront pas confol'luélnen t à la n"ri té~ que Dieu a fait desceudre d'en haut sont inlidôles 1. » EI-Berzouly et ceux qui pal'tagent son opinion sont en contl>adiction avec la loi, lorsqu'ils approuvent cc changel' ment et cela n ,. pas (Igne (l' eux. Le sens de leurs paroles e:,;t est, que lorsque le coupable d'adultère, de violence, etc. n'a pa:,; pu être arrêté parce qu'il s'est échappé' ou se tl'ouve en dehors de l'influence de l'autol'ité, dans ce cas l'Imam s'empare de ses biens jusqu'ù ce qu'il puisse s'empal'er de sa personne. Ille punit alol's conformément ù la loi, ù moins <pùl n'ait, avant d'avoir été arrêté, donll(~ des preuves suffisantes de repentir. Il en est de même pOUl'
1. QorUII, sourate

v"

la Table" ou El-Okoud. Trad. Kas., fi. 91, ver-

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ARCHIVES MAROCAINES

les différents cas dont il a été parlé. Le repentie du coupable sera une garantie qu'il ne fera plus de mauvaises actions à l'avenie, comme pounait le faire la punition, car son repentir pl'Ouve qu'il a compris et qu'il sait que celui qui viole la loi et qui cornmet une action défendue est un infidôle, et qu'il sait également que quiconque se conduit mal, qu'il soit Chérif ou non, mél'ite une punition. Il est dit dans le Çahih (d'El-Boukhal'ii que le Peophète, salut et bénédiction sur lui, a dit: « Ils ont péri misérablement. ceux qui étaient avant vous, parce que si parmi eux un Chérif volait, il restait impuni, tandis que si c'était un homme sans influence, ils le punissaient très sévèrement; si, que Dieu m'en préserY(~, Fatima bent }Iohammed venait à voler, je lui couperais la main. )) Nous avons dit à ce sujet précéclcmment que celui dont les agissements tombaient sous le coup de la loi, ne pouvait être puni par le paiement d'une amende en aucune manière, sauf en cas d'empckhement absolu de faire autrement, et que, si cet empêchement disparaît, le chùtiment doit être appliqué. Celte question doit êtl'e examinée avec soin, cal' beaucoup d'erreurs ont été commises il ce sujet et plusieurs auteurs décident en faveur de la punition par l'amende, sans restriction, et appuient leur opinion sur EI-Berzouly et sur les Oulema qui sont de son avis. Tou,; ceux qui sont de cet avis violent la loi COlllIne des infidèles, ainsi que cela est dit dans le Tenzil: « Ils sont dans l'erreur et induisent les autres dans l'erreur. ) Que Dieu nous protège de tirer une fausse interprétation des règles des Imams. On a vu sous le point III que celui qui pl'otège un brigand ou un voleur, ne J'th-ce q ne pal' son influence, peut être puni par une amende s'il est impossible de le punir dans sa personne; mais si plus tard il est possible de lui appliquer la peine ordonnée pal' la loi, cela doit être fait. Dans ses Naollazil El-Berzouly dit qu'aujourd'hui

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tous les voleurs du :\Iaghreb sont des brigands (c'est-àdire qu'ils volent à main armée) et qu'ils sont passibles des peines réservées aux voleurs à main armée, c'est-àdiee qu'il faut les tuer ou leur couper un pied et une main alternés, ou les bannir du pays, conformément à la loi f[ui régit les voleurs, En erret, ce genre de voleurs pratique de la façon suivante: ils mettent un voleur il càté du maître de la maison, à la ville ou à la campagne: s'il remue, il le frappe ou le menace, Les voleurs de la campagne chargent l'un d'eux de sortir les animaux et les autres sont postés en arrière pour arrêter ceux (lui voudraient empêcher le premier de faire son œuvre. S'ils sont pris et si le maître de la maison a été tué, ils doivent être tués tous; s'ils n'ont tué personne et s'ils sont pris, on doit leur appliquer les peines qui incombent aux voleUl's il main armée, le bannissement, la mutilation alternée, et s'ils ont tué, la mort et la crucifixion. Si un seul des volPurs est pris, il est responsable pour tous les autres. Cheikh EI-Myara, dans quelques consultations, a dit: Il arrive dans quelques circonstances que les malandrins d'une ville suivent dans les jardins des environs les voyageurs de cette ville, les égorgent, les dépouillent, et reviennent dans la ville sans se cacher, et personne ne les poursuit ni ne fait aucune enquête, même dans les cas encore plus graves: d'autres pillent les maisons et les boutiques, et non seulement ils ne sont pas poursuivis pour leurs agissements, niais au contraire ils paraissent jouir d'une certaine notoriété et sont l'objet d'égards. Nous sommes à Dieu et nous retournerons à lui l . Ici se termine ce que dit El-~[yara. L'auteur dit: Il n'y a aucun (loute que ceux qui sont convaincus des agissements dont il vient d'être parlé sont
1. Qoran, sourate Il,, la Vache
ARCH. MAROC.
n.

TI'ad. Kas., p. 23, \'erset 151. 28

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ARCHIVES MAROCAINES

passibles des punitions encourues pal' ceux qui attaquent
ù main armée parce que lem' culpabilité est prouy("e ; mais

la plupart du temps, cela ne peut pas ètre (·tahli, parce (pIe l'on ne trouve pas de t(:~moins, surtout contre des personnes jouissant d'une cel'taine considération, qui témoignent de leurs agissements coupahles,jusqu'ù ce que l'éyidence de"ienne indéniahle, Dans cc cas, le coupabk devra ètre hallu et longtemps maintenu en prison; la punition deyra (;tl'l~ l)l'oportionnt'e à l'impol'tance (le la faute connnise, comme cela a été dit clans Et-Tebcira et d'autres auteurs dans le pl'emiel' chapitrc, Et nous ne disous pas qu'il faille expnlsel'les coupables de la yille; leur punition doit ètre st~vère pour qu'elle seeyc d'exemple aux autres, Si l'lmalllne peut pas s'cmparel' de la peesolllie des coupahles, il doit les punir dans leurs hiens, comme cela a dé dit, Dans le cas 011 quelq u'un s'est emparé du bien (['auteui et]'a d(;tnlit en le jetant dans l'eau ou dans le fcu ou pal' tout autel' moycn, et cela par violence et injustenl(~nt, il devra rembourser ce qu'il a pris, quan(1 m(\nH' cela serait un personnage consid(~rable, comme cela a été dit. à la question III. "\pI'ès que la valeur (le ce qui a été ,'olé aura d(~ remboursée, si le juge veut infligel' une amende au coupable, pOUl' remplacer la punition que nl('~ritent ses rautes, il peutie faire, Si quelqu'un s'est rendu coupable d'une faut.e contre Dieu, telle que la chasse dans le /zorm, uneillsultl~ non accompagnée de coups, ou accompagw"e de coups, et si la victime lui pardonne, l'affaire est tel'mint~e légalc'm(~nl. Le droit de Dieu a sa part dans touit's les afl'aires entr'(~ I<'s individus, Le fait de cacher des espions et les bandits, ([(' nlaugel' pendant la journée en temps de UaIlladan, l'l autres faits du même genl'e, mél'itent une punition, Ily a divergence entre les Oulema sur le gClll'c de punition, qui peut (\lre nne punition corporelle ou une amende; I(·s deux punitions sont licites, conformément ù

FE TOUA DU FAQîn SîDI

'ALI ET TSOUL'

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ce qu'a dit autrefois Chafeï et il cc que disent également les Oulema modernes; c'est-il-dire que l'amende est autorisée lorsqu'il est impossible de s'emparer du coupable. ;\lais nous ne saurions indi(Iuer quelle doit être la quotité de l'amende infligée, et, d'après les Oulema, cette quotité est laissée il l'appréciation de l'Imam, qui inflige il chacun une amende proportionnée il l'importance de la faute de façon il ce qu'il en soit justement puni, l'importance de l'amende varie avec l'importance de la faute et avec la fréquence des actes condamnables commis par le coupable, quand même cetle amende devrait absorber tous les biens des c mpables; c'est en ei1'et le seul moyen d'emIH\cher ses agissements et la punition porte sur les biens. D'après ce (ILle disent les Oulema, la rigueue dans la punition infligée ct la longueur de l'emprisonnement doivent ètre proportionnées il l'ÏInportance de la culpabilité et de la résistance. Certains Amels (gOllyerneurs) et certains Qaïds ignorants d'aujourd'hui ne font pas rembourser il la victime ce qui lui a été pris parce qu'ils ignorent les préceptes qne nous venons de développer, mais ne sont préoccupés que de ce que peu t posséder le malfaiteur, sans s'occuper de sa culpabité et de son insoumission; ils se font payer il eux-mèmes de fortes sommes par le malfaileur sans rien en remeLtL'e à la victime, ou seulement quelque chose. Cette manière <le faire est en conteadiction avec le OoraT1, avec la Sounna et avec les décisions des Oulema. Dieu a dit: « 0 croyants! ne consommez pas vos biens entre vous en choses ,'aines, il moins (lue ce ne soil un marché conclu à l'amiable; ne vous tuez pas entre vous. Dieu certes est miséricordieux envers nous. Quiconque agira ainsi par iniquité et méchanceté, nous le ferons consumer par le feu. Certes sera facile à Dieu!, »
1. Qoran, sourate IV « les Femmes ». Trad. Kasimil'ski, p. 68, versels :1i> et 34.

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ARCHIVES MAROCAINES

C'est-à-dire ne prenez pas ce (pli n'est pas permis par la loi; il n'y a pas de doute que la loi n'autorise pas les gouverneurs à faire ce ([u'ils font; celui qui s'empare du bien d'autrui injustement tombe sous le coup des yel'sets du Qoran qui yiennent d'être cités, ainsi que de la menace qui se trouve dans le verset suiyant: « Si YOUS ne le faites pas, attendez-vous à la guerre de la part de Dieu et de son enyoyé, Si vous vous repentez, yotre capital YOUS reste encore. Ne lésez persollne et vous ne serez point lésés 1. » En effet, s'il est interdit pal' la loi (le Dieu et du Prophète de se prêter de l'argent à intérêt, même avec consentement et accord mutuels, à plus forte raison il ne peut pas être permis de s'emparer de force du bien d'autrui. Il est dit dans le Çahih que le Prophète, salut et bénédiction sur lui, ayant demandé: « Savez-yous quel est celui qui est toutà fait misérable ?- C'estcelui, lui fut-il répondu, qui n'a ni biens ni argent. Il répondit: Non; celui qui est tout à fait misérable, c'est celui qui au jour du jugement dernier se présentera en ayant accornpli toutes les obligations religieuses, telles que la prière, le jeùne, le paiement de la « Zekat », mais qui aura médit de son prochain, aura insulté ou battu les uns et volé les autres, qui aura assassiné, parce que tous ceux qui auront été ses victimes profiteront à sa place de l'accomplissement de ses deyoirs religieux et que 'orsque la somme de ces devoirs accomplis aura été épuisée, si le préjudice causé paL' lui à ses victimes n'est pas encore compensé, il sera mis à sa charge les mauvaises actions commises par ces mêmes victimes et il sera ensuite préci pité dans le feu de l'enfer. » Il est dit également dans le Hadith que le jour du jugement celui qui aura été volé profitera des bonnes œuvres
1. QOl'an, soUt'ate II
«

la Vache

n.

Trad. Kas., p. 41, verset 279.

FETOUA DU }'AQÎlI SÎDI

'ALI ET l'SaULI

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du voleur et ([ue, par chaque daneq volé, il prendra à son actif soixante-dix prières agréées di tes par le voleur. Certains Oulema du rite hanéfi te, en commentant le j}/okhtaçar de Sidi Khalil dans le chapitre de la Vente, disent que le daneq équivaut au sixième de l'oukia ou du dinar. Examinez, que Dieu vous aide! l('s calamités qui sont réservé('s il ceux qui s'attriJ)U('nt injustem('nt le bien d'autrui; il qud point leur conduite est détestable puisque, pOUl' payer un daneq qui vaut un sixième d'oukia, ils Iwrdent le bénéfice de soixante-dix prières agréées et dites en réunion (il la mos([ué('). C('ux (Jlli détiellnent l'autori té devraient s'empr('ssel' de changer celle manièr(' de faire, afin que ceux qui ont la main légère pOUl' prendre le ]lien d'autrui, Amels (gouverneurs) ou autres, connaissent exactemeut jes responsahilit(,s qu'ils encourent. Il a été indiqué pl'écédenllnent, dans la question II, les règlement;.; des Oulema qui établissent que ceux qui admellent les agissements de certaines gens sont considérés comme faisant partie de ces gens. On sait par ce qui vient d'dre dit quelle e;.;t la responsabilité enCOUl'lle par ceUe manière de faire ct les donllnages qui en résultent. Dieu a dit: « Dieu ne changera point ce qu'il a accorch~ aux hommes tant qu'ils ne changeront pas les premiers ce qu'ils possédent de bien en mali. S'il an'ive quelque calamité aux hommes, ils en sont les propres ouvriers. Et Dieu pardonne il un grand nombre. )) Si un vovao'eur est \"olé dans unlJavs étranbo'er, son cas est prévu dans El-TebcÎI'a au chapitr-eI. Il yest dit que celui qui est SOlll)(,:onné est interrogé avec soin, et on peut aller jusqu'il le hallre et l'emprisonner pour le faire avouer, selon l' im portance des soupçons (1 ui pèsent sur hli. Ben Sahel a dit que si un individu, en possession de qui on a trouvé des objets volés, pl'élend les avoir' achetés
,. l:j , .,
l..-

1. QOl'an, sourale XIII" le Tonnerre

'l,

Trad, Kas,. IL 1!J4, vel'sel 12,

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AHCIIlVES MAROCAINES

au marché, on fera une elHlul1te et si c'est un voleut' connu de notoriété publiqLw, il sera empl'isonué jusqu'il sa mOI't. On sait que Loutes les l!'ibus de notre époque sont soupl,~Onn<'les et que leurs agissenlents les plus ordinaires sont le vol et la violence, comme cela a été dit IH,(lcédemment dans le chapitre I. 01', le traitement doit étre conl'orme aux agissements habituels; c'est pout' cela qu'il estindispensable, si Uli vol a été cOlllmis sUl'leur territoire, d'en rechel'cher les auteul's par l'enl[H'isonnelllent ou pal' d'autres moyens. Il est évident, en ell'et, que les coupables SOllt COlUlUS, et (1 u'il ne saurait se commeLLre un vol sans la complicité des gens de la lI'ibu, et le traitement conforlll<' aux agissements habituels est confo l'Ille il la loi. Il n'appartient pas au juge de se contenter du serment de cell:\ <[ui sont accllsés de vol, cal' ceLLe maniôrc de faire constituerait un donllnage, ainsi que cela a été dit dans ElTebcira; c'est là une fausse interpl'dation de la loi; ('\ les quatre Imams (des quatre rites) sont d'accord quc dans ce cas il faut pl'Océdel' à l'enquête pal' les coups, l'emprisonnement et des punitions sévôres, poul'meUre un term(' aux agissements coupables. l . a punition doit <'tTe forte pour pouvoir alTètel' le dommage; et c'est conforme il la 10 i . Si la tribu où le vol a été commis est condamnée il remboul'ser le vol, il en résultera qu'elle gard('l'a ses roules ct surveillel'a les voyageul's qui traversent son tClTitoire; ses habitants ne cacheront pas ceux d'entl'e eux <pIi coupent les routes et ne s'oppose l'Ont pas il leul' arrestation, COmllle il a été dit. Les gens de la tribu den'ont el1\'oyer les voleurs et les volés devant le Qadi (lui décidcra entre ('UX de fa(,~on il arrêter les agissements et empêchel' le dommage. Le Qadi ne devra pas appliquer des peines 1<"gères, cal' elles ne feraiellt qu'encourager le coupable il persévérel' dalls Sa maniôre de faire. La coutume du Qadi est de demander au plaignant une fJeïna (témoignage écrit

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,de douze térnoins). D'où pourrait venil' cette beina il On ne pou/Tait sc la procure/' que par le [("moignage de gens de la tribu àù le vol a été commis. Les \'oleurs étant des gens puissants et. apparent.és, qui ose/'ai 1. té·moigner contre eux: des gens de la tribu? Ceux qui témoigneraient s't~x­ posc/'aient il (les "engeances et craindraient pour euxmérnes, cal' l('s voleurs possèdent une grandc infhwllce et. sont des gens craints et respecté's, conlJ\le il a l,té dit. Par suite de celle interprétation, l'infidélit(, a pl'nétré d l'injustice a vaincu l'Islam. De ce fait, bien df's gens ont été tués et bien des sonnnes ont été volées. Dicu seul eJl sait le compte. A tel point que lorsqu'un voyageur meUl't sur une route, ou est dépouillé de son bien, ou reJlIre chez lui blessé, et que ses blessures sont (le celles qu'on ne se fait pas soi-même, L\mel ou le Qaïd eJlvoie l'affaire au Qadi; les coupables s'en félicitent parce qu'il saH~nt. que le Qadi les référera au serment. Comment sc fait-il que le gouverneur lH'~gljge ce qui a été dit à cc sujet dans les questions l ct III, c'est-à-dire qu'il faut 1 l'chercher les coupables par les coups ct la prison et mw action énergiqll(~ pour arrêter le dommage. El·Qirafi a dit: Le Qadi et l'au toriuS chargée de la rechel'che des crimes doi"ent l'éciproquement s'aider. Cette d('I'niére doit écout.er les explications de l'accusé et presser l'enquête par d'autres moyens que ecu x dont dis· pose le Qadi; d'autre part cette autorité procède immédiatement il l'emprisonnement de l'accusé, jusqu'à ce qu'il avoue on que son innocence soit reconnue. On lit que le Prophète, salut et bélH:'diction sur lui! (lans une de ses guelTes avait arrêté un indiyidu qu'il SOlJp~~on­ nait. d'être un espion, et le maltraita jusqu'il ce qu'il eùt ayoué. Voyez, que Dieu nous soit en aide! la façon dont le PI'ophète, salut et hénédiction SUl' lui! a JlIaltrait(~ cet homme sur un simple soupçon. Tous les actes du Prophète sont conformes il la loi, C'est à cc propos qu'ilest dit (lans

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ARcrIlVEs MAROCAINES

El-Tohfa que si quelqu'un est soupçonné de vol, il doit
être battu et emprisonné, De même, un gouverneur fait battre l'individu soupçonné, en proportion cles soupçons qui pèsent sur lui, et exige de lui le serment de répudiation ct de renoncement à sa religion, tout cela contrairement à ce que pourrai t faire le Qadi, Le gouverneur menace également de mort l'individu soupçonné, pour des actes qui ne méritent pas la mort, cela pour l'ef1'rayef' et saisir la vérité; ces moyens, sauf la peine de mort, lui sont permis, tandis qu'il ne le sont pas au Qadi. Cette jurisprudence est citée pal' Ben FCI'houn et il ajoute que les Qadis du rite malékite peuvent agir ('galement ainsi. On sait maintenant ce que disent les auteurs sur la manière dont on peu t d irigcr une C'llquête en matiôre de soupçons, qu'il s'agisse d'une seule personne ou d\m grand nombl'e d' individ us, Ce sont les moyens il employer contre ceux fi ui sont soupçonnés de pillel' les voyageurs dans leur tribu, afin d'arrêter le maL En efret, :,;i les gens remboursent, ils garderont les chemins qui traversent leur territoire, et cela servira d'exemple aux autres. L'auteur affirme davantage cette jUl'isprudence dans les vers suivants: Si le meurtl'e n'est pas prouvé, le serment du père de la victime est une preuve suffisante. Tout ce que peut alléguer le meul'trier, a la même valeur qu'une dette qui est niée. Il ne s'agit pas du meurtre en lui-même ou de l'importance de la dette, mais de l'application de la loi à des gens soupçonnés d'injustice, comme les tribus de notre époque, qui, nous l'avons dit, sont connues pour leur mauvaise conduite. En eifet, la loi ne peut pas leur êll'e appliquée d'une façon régulière, soit qu'elles soient poursuivies pOUl' des questions d'argent et de meurtre. ou seulement pour des questions d'argent ou de vol de bétail ou autre chose, comme l'auteur l'a dit dans ses commentaires.

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Il a trouvé, dans les œuvres de son Cheikh Abou EI-Qasem ben En-~aïm Qadi Ed-Djemàa, ce qui suit: « Il est d'usage dans ces sortes d'affaires ou dans d'autres semblables que la déposition du pÔl'e de la victime est admise avecle serment, et le coupable mérite tout ce qui peut lui arriver, quoique le serment (du plaignant) soit en contradiction avec la jurisprudence générale. Combien d'ail'aires ont été jugées dans ces conditions, et les Oulema ont approuvé ces jugements dans l'intérêt général. » De plus, cette question a été traitée par les Oulema de Fôs, de ~Iarrakech, de Chefchaouen, et autres lieux, et leur opinion se trouve réunie dans rounage de Er-Hùïni, à savoir que si l'accusé fait partie des gens SUl' lesquels pôsent des soupçons habituels, le dire du plaignant est admis, même si sa clllpahilité n'est établie ni par des déclarations ni pal' des bel'nas (témoignage écrit de douze témoins) connne cela s'est passé du temps d'Omar, que Dieu l'agrée! L'Imam El-Haffar, interrogé relativement à ce que dit El-il/!Jal' sur les plaintes contre un individu connu pour sa nlau\-aise conduite, comme sont connues les tribus d'aujout'd'hui, a répondu: Les Foqaha ont dit que la sanction doit l'emporter sur le droit du coupable et que celui qui portait plainte contre un individu semblable prêterait lui-même serment ct serait payé de ce qui ferait l'objet de sa plainte. El'-ltaïni cite l\Ialek dans le mêms sens et dit: « Un fait semblable s'est produit à l'époque d'Omar, que Dieu l';1gl'ée l Des voleurs s'étaient introduits chez quelqu'un et lui avaient pris ce qu'il avait ; il les cita clennt Omal' qui les obligea à désintéresser le plaignant, sur la seule déposition de celui-ci. et leur inf1 igea une punition exemplaire. » Cette jurisprudence est établie sur un grand nombre de faits irrécusables, et ses commentaires en donnent de

AHClllVES MAROCAINES

nombreux exemples. Quand même le remboul'sement imposé ne serait pas absolument juste, le fait que cette meSUl'e contribue à an'(\ter le mal suffit pOUl' la justifier; à plus forte raison, lorsqu'il s'agit de gens d'une nlauYais(~ {'onduite notoire, comme les tribus de notre époque. Tous ces exemples ont, en efret, pour but d'établir que cette jurisprudence est légitimée pal' la quantité cIe soup~'ons l'épandus et la nécessité d'arrêter le mal dans l'intérêt général, comme cela a l~t(S dit Jans la question Ill. Er-Hahati, dans son commentaire à ce sujet, dit qu'il est nécessaire que le crinw ou la faute soient établis, soit pal' l'aveu, soit pal' un beÏnu (témoignage écrit de douze témoins) comme tout ce qui entraîne une punition. Pal' exemple, si un voleur s'empare d'une bourse dont il ne connaît pas le contenu, cela peut t'Ire établi pal' des témoins, par l'aveu (lu voleur ou, ù défaut de ces lll'euves, pal' l'indication pal' le propridaire de la bourse de la SOlllllle qui y est contenue et qui est ignorée pal' le voIeuL', Cet exemple ne s'applique pas ù la règle de la jurisprudence dont il est question et le fond de la question n'est pas d'accor(l avec sa forme. L'application gl·nérale de celle manière de voir serait en contradiction avec l'intérêt génl'{'al. Abou El-Hassan Ez-Zerouily et Ben IIilal ont fait remarquer que les arguments de Er-Llaïni daient contraires aux princi pes, mai s ce qu'ils disent ne contredi t pas la jurisprudence dont il s'agit, et n'a trait qu'aux principes juridiques, tandis que la jurisprudence est entn"e dans la pratique malgL'é le principe. Combien d'al1'aires ont été jugées conformément ù la jurispeudence sans être d'accord avec le principe absolu de la loi? Cette jurisprudence a été établie postérieurement à Abou El-Hassan et il Ben llilaI. Et Dieu est 1(' plus savant. En outre, le but de la loi étant de ddruir(' l'injustice et les crimes, mais ceux-ci ayant considérable-

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ment augmenté il cette époque, et la loi étant deyenue impuissante, le système de répression a dù tHre conforme à l'état général. Cette manière a été admise pour que le ·droit de chacun soit sauyegardé. Si le principe absolu de la loi et la jurisprudence rendue nécessaire par l'état général sont en opposition, c'est cette jurisprudence qui doit être appliquée cl Dieu a ordonné de juger selon la la coutume. C'est ce qu'a dit .\bou El-Hassan lorsque, interrogé relativement à un individu qui, cité denmt un juge injuste, avait été condamné ù une punition qu'il ne méritait pas, et cela apeès expos(~ de l'all'aire. Il répondit qu'il y avait deux manières de voir la chose, que les juges l'en·claient quelquefois des jugements justes et d'autres fois cles jugements injustes, mais qu'aujourd'hui ils ne renclaient que des jugements injustes et, ce qu'il y a de plus important, c'est que le volé soit remboursé, Ben Uilal, comme on le voit, considère que l'autorité se conduit injustement, parce que c'est la réputation qu'elle a généralement; il est nécessaire que le plaignant soit payé, quand même le princi pe de la loi serait en contradiction avec la coutume. De même on trouve (hlns Sidi .l\Ieçbah, conformérnent au illyar, que si l'autorité et les émissaires sont convaincus d'injus tice, parce qu'ils se sont fait payer par celui qui a commis un vol, ce dernier' peut dire qu'il a remlJOursé la valeur de ce flu'il ayait pris, cal' celui qui est volé sait que, d'après la coutume, le voleur ne peut être remis en liberté qu'aprt's avoir payé et celte coutume a la valeur d'un témoignage. LorsfpLe l'injustice a envahi les tribus de notre époque, €t les villes, l'usage s'y est établi que la déclaration de la victime d'un vol ou d'une violence serait suf(lsante, à la ·condition que l'importance de la plainte soit proportionnée 'Ù la situation de celte victime. Si ce flue nous venons de dire est établi, il est évident .que ce qui est prescrit par la coutume a force de loi et

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n'est pas en contradiction avec les prescriptions du C/zrâa. Cette jurisprudence a été établie postérieurement il Abou El- Hassan et Ben Hilal, et si il leur époque les tribus S(' conduisaient comme aujourd 'hui et que lajurispmdence dont il s'agit leur ait été appliquée, ces deux auteurs ne pOllvaient pas déclaree qu'elle n'est pas conforme aux principes (le la loi, car ils reconnaissent eux-mèmes que cette jul"Ïspeudence est conforme à l'état général du pays. Comme on l'a vu dans El-Tebçira, dans la (Iuestion 1 et dans EI-Qirafi sur celle question, il est éYident, contrairement il ce que dit "\ialik, que les prescriptions du C/zrâa ne sont pas applicables dans celle circollstallce. Il est dit dans El- Tebçira: ( Est-il licite pour Ic Sultan d'arrètel' quelqu'un sur un simple soupçon ct dc l'interroge!' sans témoins en lui promettant l'Aman, el d'arri\cr ainsi Ù ('tee renseignéh) L'auteur de El-Tebçira ajoute: (dJuant ù moi, je méprise ccUe manière dc faire: elle ressemblc il UIIL' trahison. )) Ibn Hochd dit que ce procédé est illé~gal, paece que celui qui moue dans de semblables conditions peut très bien céde!' il la crainte et avouer ce dont il n'est pas coupable pour échapper' il la peine dont on le menace. et s'accuser lui-môme devant la promesse de mise en lihe!'té, ou sous l'empire de menaces. Dans ces conditions, son an'u n'a aucune valeur. D'autre part, en combattant la jU"isp!'ud(~llce qui a été exposéA, l'Imam }[alik est en opposition avec UIle action du Prophète, salut et hénédiction SUI' Ini, qui, ayallt soupçonné un hOlIlme d'êtee un espion, le lit j)attre jusqu';\ cc qu'il eltt anmé, CO!llme l'a dit El-()i!'aii ; il est Cil opposition également avec ce que dit Et-l'olz{a : Si qnelqu'un est soupçoIlné', le souverain a le droit de le faire haUTe et emprisonner; les Oulema ont jugé que la vérité~ sc connaît par l'aveu du coupable; la personlle soupçonnée doit ètre aITètée pour faciliter son interrogatoi!'e. Cela est en oppo-

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sition avec ce que disent EI-Qirafi etEl-Tebçira, comme on l'a vu. L'Imam a repoussé cette jurisprudence par habileté,. mais elle a pris force de loi par la mauvaise conduite générale, comme il a été dit. Helativement à l'habileté pour ohtenir l'aveu d'un coupable, on cite l'aventure suivante: Un jeune homme se plai gnit à Ali, que Dieu l'agrée, de quelques individus, en disant ([u'ils étaient partis en voyage avec son père, et qu'ils étaient revenus sans lui. Il les interrogea sur' ce qu'était devenu son père; ils répondieent qu'il était mort; il leur demanda où était son argent; ils répondirent qu'il n'avait rien laissé. Or cet homme avait avec lui beaucoup d'argent. Ils étaient allés devant le Qadi, qui leur avait fait prêter serment et les avait laissé aller. l\li appela ses serviteurs et en envoya deux à chacun de ces individus en leur recommandant de les empêcher de communiquer entre eux, ni avec personne; puis il nt venir son secrétaire et fit comparaître un des individus arrêtés et lui dit: Renseigne-moi sur le jour où le père du jeune homme est parti avec vous; à quel endroit s'est-il arrêté avec vous; de quel façon avez-vous voyagé; de quelle maladie cet homme est-il mort; qu'est-il advenu de son argent; qui l'a lavé et qui l'a enterré; qui a fait sur son corps les dernières prières; où a-t-il été enterré? Et le secrétaire écrivait les réponses à cet interrogatoire. Ali dit alors: Dieu est le plus grand, et tous les assistants le répétèrent avec lui. Les autres gens soupçonnés ne savaient pas ce que l'on demandait à leur compagnon ni ce qu'il répondait; mais ils pensaient qu'il avait avoué, parce qu'ils .voyaient l'interrogatoire et n'entendaient pas les paroles Ali renvoya le premier accusé et en fit comparaître un autre auquel il fit les mêmes questions, puis le renvoya et en fit venir un troisième, et le secrétaire continuait à écrire, jusqu'à ce qu'il les eût tous interrogés. Il s'aperçut que toutes les dépositions étaient en contradiction les unes

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avec les autrcs; puis il fit revcnir le premier et lui dit ~ Ennemi de Dieu, je connais tes mensonges et ta trahison pal' ce {lue m'ont dit tes compagnons et tu n'échapperas <l la punition qu'en me disant la vérité. Puis il renvoya en prison et dit: Dieu est le plus grand, ce que r{;pétèrent les assistants. Ce que voyant, les autres aCCUSl'S curent la certitude sans aucun doute que leur compagnon avait avoué. Ali en appela un autI'e et le menaça; il répondit: o l~mir El-::\Ioumenin, je rw vOldais pas qu'ils fissent Cl' qu'ils ont fait. Ali les fit alors comparaîtl'e tous et ils avouôrent leur méfait, puis il fit appeler le pl'emier qui avait compal'u et lui dit: Tcs (,{Hnpagnons ont aVout; et tll n'échapperas qu'en disant la vérité; il avoua alol's, comme avaien t a voué ses compagnons. Ils remhoursèren t ce ([u'ils avaient pris et Ali les fit mettre ft mort. Étudiez, Dieu vous soit en aide, œtle anecdote, elle ri tl'ait il ce qui a été dit, Ù savoir que le gouverlH'UI' ne doit pas renvoyer devant le Qadi les affaires de vol ni de violenœ, cOlllme le prétend EI-Qil'afi. On l'emarquel'a que. dans le cas qui vient d'ètl'e exposé, le Qadi a fait Pl'èt('l' serment aux aCCUSl'S et les a renvoyés, et Ali a repris l'affaire et l'a jugée de façon ù faire aYlHlCr les coupah[es. Cc qui ressort de cette anectlote, c'est ([ue les aCCUSt;S doivent ètre emprisonnés sl'parément pour t\tre interrog('s les uns après les autees, et que cela vient en contradiction ahsolue avec ce que dit ::\Ialik dans El-Bai'ran, qui considère cette jurisprudence comme illégale, comme on l'a vu. La conclusion ù tirel' dt' cette SOllnna est qu'il faut empècher les actions criminelles et que, par It' moyen tles formes de peoc{~dul'e qui .Y sont indiquées, les coupahles invétérés sel'ont punis, tandis qu'autrement le mal grandira et l'ennemi infidèle gouvernera l'Islam. n résulte de celte anecdote (lue les deux catégories de gens dont il est parlé dans le Sallal (la proposition) tombent sous le coup de la justice de Dieu, et Dieu est le plus savant.

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'ALI ET TSOULI

Hl

Réponse au septième point :
Sur l'interdiction il l'Imam de laisser son peuple abandonné il lui-même et de la manière dont il doit agir vis-àvis de son peuple et des gouverneurs. Vous demandez dans votre proposition sïls doivent ['estee li\Tés à eux-mêmes? Cela serait en opposition avec les préceptes du Qoran, de la Somma et des décisions des Oulema. "\u contl'aire, il doit leur être appliqué le traitement qui fait l'objet des précédents chapitres, et ils ne seront pas ahandonnés il eux-mêmes. EI-Qirafl et d'autres ont dit: Dieu n'ajamais pel'lnis que la dignité des gens soit exposée aux coups ou aux injuees; de mt'me, il n'a jamais autorisé qne les biens de quelqu'un soient volés, ni qne les familles pnissent s'allier par l'adultère, ni l'usage des choses qui font perdre la eaison (boissons fermentées, opium, hachich) ni les actions contre la vie du prochain, ni la mutilation sans jugement; il n'a jamais permis non plus que l'infîdélité pénètre dans le sanctuaire de la foi. Là se tel'lninent les paroles de EI-Qirafi, que Dieu lui pardonne. On a vu que les gouverneurs et les Imams n'ont d'autre raison d'être que de ch<1tiee les sujets qui se l'endent coupables des actions qui viennent d'être énum(;· ['ées, et c'est pour eux une obligation absolue. S'ils laissent les sujets commettre ces actions scandaleuses, comme de renseigner l'ennemi, de reconnaître la souvcmineté des infidèles, de s'emparer de fmce du bien d'auteui et autres choses de ce genre, comme on l'a vu, ils manquent aux obligations que Dieu leur a imposées, seront la cause de la ruine de l'Islam et ils livreront il l'ennemi notre beau pays. Il n'y a pas de plus grand mal-

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heur que le manque de religion, tel est le sens des Hadiths des anciens Imams, comme on l'a vu pour les points II et VI. En efI'et, en ne punissant pas les sujets pour leur mauvaise conduite, ils les ont encouragés il ne pas respecter Dieu en ce monde et ils ont réalisé cct état de choses. Les Oulema ont dit que Dien les agi'ée : celui qui laisse le peuple de Mohammed désobéir aux ordres du Qoran et de la Sounna l'ont trompé et le Prophète a dit: Celui qui trompe mon peuple que Dieu le maudisse! Abou Taleb El-~Iekki dans El-Kaollt dit avoir entendu de Ben Abbas que le Prophète avait dit que Dieu avait trois anges, l'un il la Mecque, l'autre il la mosquée du Prophète et le troisi ème il .Jérusalem, qu i proclamaient joumellement les vérités suivantes. Celui qui est il la Mecque dit: Quiconque néglige les obligations divines n'est plus sous la protection de Dieu. Celui qui est il la mosquée du Prophète à Médine dit: Quiconque viole la Sounna du Prophète ne profitera pas de son intervention au jour du jugement. L'Ange qui est il .Jérusalem dit: Celui qui admet comme licites les choses défendues, ses meilleures actions n'ont aucune valeur. Ces trois principes sont obligatoires pour l'Imam. En effet, s'il néglige son peuple et néglige l'obligation de le punir que Dieu lui a imposée, il est en contradiction avec la Sounna de l'Envoyé de Dieu, et celui-ci n'interviendra pas en sa faveur, car l'Imam a charge de son peuple, et s'il l'abandonne à lui-même, il rend luimême licite ce qui est défendu. Que penser d'un Imam qui néglige les obligations qui lui sont imposées par Dieu, relativement au châtiment qu'il doit infliger à son peuple pour ses mauvaises actions et qui perd ainsi la protection divine, l'intervention du Prophète et qui est maudit par Dieu? Mouslim dans le Çahih rapporte que le Prophète a dit:

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Si quelqu'un chargé de gouverner les musulmans ne le fait pas en conscience, il n'entrera pas au paradis. Le Prophète a dit également: Vous êtes tous des bergers et chaque berger est responsable de son troupeau. L'Imam (lui a la charge d'lm peuple est comme un berger et il est responsable de son troupeau. Chaque homme est un berger pour les siens et il est responsable de son troupeau. Un esclave est un berger pour le bien de son maître et il en est responsable. L'Imam Abou Heker Et-Tartouchi a dit: Le Prophète a fait un berger de quiconque a la charge du bien d'autrui. Le Charh El-Mouatla rapporte les paroles du Prophète, qui a dit: Celui que Dieu a chargé d'un peuple doi t s'occuper de son salut avec conscience, sinon il ne sentira pas les parfums du paradis. Et il ne sentira pas les parfums du paradis parce qu'il ne s'est pas occupé du salut de son peuple, qu'il l'a trompé et qu'il l'a abandonné à lui-mêlne dans la voie contraire aux prescriptions du Qoran et de la SOUlma. Lorsque Haroun Er-Hachid fit le pèlerinage de la .Mecque, il rencontra Ahdallah El-Amri dans la pr()cessioll autour de la Kaaba (Et-Taouaf), qui lui dit: 0 Haroun ErHachid! Celui-ci répondit: Me voici, ô El-Amri! Comhien de créatures voyez-vous ici? lui demanda El-Amri. - Dieu seul peut les compter. - Sachez, lui dit El-Amri, que chacun d'eux n'est responsable que de lui-même, et que vous seul vous êtes responsable de tous. Voyez quplles en seront les conséquences. Haroun se mit à pleurer et on llli donna un voile pour s'essuyer les yeux, et il dit: Comment se peut-il qu'alors que celui qui administre son seul bien peut être pourvu d'un tuteur, celui qui administre le bien de tous les musulmans le fasse sous sa seule responsabilité! Et-Tartouchi a dit: Si vous réfléchissez à ce qui vient d'être dit, vous vous rendrez compte que le berger ne
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doit pas n{'gligcr les avertissements (lui lui sont donlH's dans l'intérêt dc son peuple, et ne doit pas manquer de le diriger dans le sens qui lui est profitable, de le punir quand il s(~ conduit mal et de le maintenir dans la voie de la religion, de lui indiqucr cc que Dieu lui a ordonné et de le faire renoncer ù ce qu'il a défendu, et de l'ohliger ù ne pas aller en contradiction avec la loi. En e!l'et, la bonne conduite est ce qu'il ya de mieux ct permet d'(~viter ce qui est défendu; elle consiste ù suiHc les pr(~ccptes du QONtn et de la Sounna ct les versets (lui en"eigncllt la bonne voie et qui ddendont le mal aux gouVOI'neur" et aux particuliers . .Justice doit être rendue aux sujets contre loul's gouvel'nClU'S, de même que celui-ci leur rend la justice entrp eux. Di('u a (lit: Si ])i(~u ne contenait le" natious les UU('S pal'les autres, cortes la terre serait corrompue 1. L'Illlam Et-Tartou chi a dit autrcfois (lue cc verset signifie que si Dieu n'avait pas mis le Sultan SUI' la tene pOUl' protégeL' le faihle contee le fmt et fain~ ]'Cndl'e la justice aux victimes pal' ceux qui les oppriment, le fOl't éCJ'aserait le faihlo et les c['éatures se pr('cipiteraient los unes contre les autres, ne pourraiellt l\tl'e ol'ganisées, n'auraient pas d'habitation fixe et (IUC la cort'lLption seL'ait géné]'~de. Dieu a (m piti(' (k ses cn\atures ct leul' a donné le Sultan; ses bienfaits s'étendent- SUI' tout l'univers. En effet, les peuples sont sous la protection de sa puissance, Ses hienfai ts s'exercen t SUI' les malfai te urs l'Il les COlTigeant et su ['les yictimes en les pl'Otégeant el l'II COl'l'igC';lllt les malfaiteurs. Les Oulema ont dit flue la silualion du Sultan vis-ù-vis dl' son peuple peut sc comparel' il l'clIc du cuisinier vis-à-vis d(~ ceux qui mangent: ù lui le tl'~lvail et ù eux la tranquillité; ù lui la fatigue et il eu\: le l'epos. Chaque sujet doit demandel' à Dieu flue le Sultan soit ù lu
1. QOl'GIl, soul'nte II,, la Vache
n,

Trad. Ka"., p, 37, vel'sel :2;;2.

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hauteur de sa tâche nt faire son possible pour la lui faciliter. Il ont dit également que le peuple est comme un orphelin qui a des créances dans lesquelles il ne peut rent l'el' qu'avec l'aide d'un tuteur; en efret, celui parmi le peuple qui est victime d'une injustice est comme un orplH'lin, et le ma1faiteue esl comme le créancier, et le tuteUt' est le Sultan. Si le tuteur fait payer la deLLe intégralement et, sans rien exiger de plus ni rien accepter en moins, paye es orphelins en remettant :\ chacun ce qui lni est OÙ, il a mis ù couverl sa responsabilité el n'a aucun reproche à encourir ni du débiteur ni des orphelins, f't a fail une action doublement méritoire, méritoire pal' la façon dont il s'est fait paye!' et méritoire également par la façon dont il a payé lui-même. Sa conduite est conforme ù la pal'ole de Dieu: Dieu aime les gens justes. Le Prophète a dit: Les justes ser'ont assis sur un trone resplendissant au jouI' du jngemen[. Il a dit aussi: Sept espèces de gens seront dans l'ombre de Dieu au jour du jugement, où il n'y aura d'autre ombre 'lue la sienne. En premier lieu sera l'Imam juste, d'après les Hadiths. Si le tuteUl' se fait remetlee une somme supérieure il celle (lui esl clue, il commet une injustice vis-il-vis du débiteur; si, au contraire, il accepte sans raison une somme inférieure, il cause un dommage il l'orphelin; et de même si, après s'être fait remettre toute la somme, illa garde, il tombe (lans ce cas sous le coup de la parole divine: Les gens injustes sont le bois qui entretient le feu de l'enfer. Il a été dit précédemment dans la question VI que la victime d'une injustice bénéficie des bonnes actions de celui qui a commis cette injustice et qu'elle profi te pal' chaque daneq (lui lui a été pris de 70 prières agréées dites par celui qui a été injuste il son détriment, chaque daneq vaut un sixième de dirham. Le devoir de l'Imam est de faire son possible pour SUl'-

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veiller les gouverneurs; comme il a été dit dans la question VII, il cherchera ft connaître leur condui te proportionnellement aux soupçons qui pèsent sur eux. Il devra veiller ft ne pas se laisser tromper snI' leur compte pal' de'i paroles de nature ft présenter les choses sous une formt' avantageuse, car les gouverneurs en général ne craignent pas Dieu et ne redoutent ni le mensonge ni l'hypocrisie. Sidna Ali, que Dieu honore son visage! en parlant du meilleur des gouverneul's de l'époque, disait que tout ce qu'il y avait de mauvais dans son gouvernement était son (}~uvre. Le Cheikh ~I'harez avait demandé au Cheikh Ali Mohammed hen Abi Zeid, auteur de la Risala, d'écrire llll(~ lettre il l']~mir de l'éporlue, relativement ft un individu il qui un gouverneur avait demandé de lui prétee une certaine somme. Il écrivit ce qui suit: « Je suis un homme dont le nom est connu et il vient de se produire une calamité. Je prie Dieu que vous peeniez sous votre protection le malheureux qui (lemande qu'on lui vienne en aide. Si vous tal'dez, redoutez la colère de Dieu; si vous vous hàtez, vous ferez une honne action. Je vous écris au sujet d'un homme il qui on a demandé de l'argent, sans aucun prétexte antérieur, et le porteur de ma lettre VOU'i expli(plel'a cc qui s'est passé. Intervenez en faveue de cet homme que vous rencontrerez certainement un jour (dans ce monde ou dans l'autl'e) et ayez considération à ma demande au nonl de celui rJui nous a donné la vie. Consultez avec ceux qui craignent Dieu, écartez de vous les mauvais c01lseillers, cal' ils ne font que diriger yotr8 chair et votre sang vers lc feu de J'enfcl'. Protégez votre prochain et Dieu vous protégera; craignez Dieu, car ceux qui craignent Dieu échappent an mal. Demandez l'aide de Dieu, cal' qui demande l'aide de Dieu, il lui suffira. Faites le plus de bien possible, car la fin est proche et salut! II Quand cette lettre arriva au Sultan, il la prit et il la baisa et dit: Cette lettre est celle d'tm ami de Dieu, et il

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ordonna à son secrétaire de prendre note de toute la réclamation et d'en tenir compte et de faire rendre, confonnément il la denJande du Cheikh, tout ce qui auparavant avait été pris injustement. Ce gui résulte de cette anecdote, c'est qu'il est ie.'poJ'tant de consulter avec les gens qui craignent Dieu et c'est un avertissement à l'Imam de ne pas se fiel' aux gouverneurs, conforme à la parole de Sidna .Ali CI ui a été~ rapportée; tout cc qu'il y a de mauvais dans son goU\ernement est l'œU\Te de ce gouverneur lui-nl(~me. En principe, le Sultan ne doit pas croire ce que lui rappoete un gouverneur sur ses administrés, car, s'ille croil, il sera trompé. Il ne devra pas non plus donne!" un gouvernement à cclui qui le lui demande, ainsi qu'on le trouve dans EI-Boukhari, El-~Iouslim et d'autres. En effet, un homme a dit: 0 enHlyé de Dieu! employezmoi. - Le Prophète lui répondit: Éloigne-toi; je n'emploie P;]S pour ce genre de tr;]vail celui qui me le demande. La véritable raison, c'est qu'un gouvernement est un dépàt, et demander qu'on vous confie un dépàt laisse supposer l'intention d'en abuser; d;]ns ces conditions, le devoir est de ne pas le donner à celui qui le demande. Si le Sultan confie un gouvernement à quelqu'un qui ne l'a pas demandé, il doit le faire venir' et le menacer, dans le cas où il commettrait quelqnes mauvaises actions ou quelque injustice, de le punir sévèrement, et l'avertir que, d'antre part, s'il ne déploie pas toute son énergie pour appliquer la loi de Dieu, s'il n'ordonne pas le bien et ne défend pas le mal, s'il ne fait pas rendee bonne justice à chacun, s'il ne délivre pas l'opprimé de son oppresseur, il lui fera également subir une punition terrible. Les gouverneurs de notre époque et des époques antérieures, comme le disent Sidna Ali ct le Cheikh ~I'harez, n'ont que de mauvaises intentions et ne cherchent qu'à prendre de l'argent injustement, à retourner les questions, rendant

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juste ce qui est injuste, et réciproquement. Si un hommc' modeste va se plaindre au Sullan des injustices du gonverneur lui-nH'me il son sujet, ou parcc~ qnïl ne Ini a pas fait rendre justice par ceux qui s'daient mal condnits il son égard, le gouverneur est irl'ité contre lc~ plaignant, et il fait pr(lcc~der le plaignaut par une leUre. L'Jnlan ElYoussiet d'autl'es Ollt ll'ailé ceUe queslion des leUl'es adrcssées au Sultan, et ils ajoulent que si le gon\'ernem' Ile denHlce pas le plaignant pal' 11Il(' leltJ'(" COlllnle de toules [ac:ons le Sultan renvelTa lc plaignant au gC)[lvel'lIeur Cil lui ordonnant dc~ lui faire ['(~ndl'e justice, k gou\"el'lH'u[' le fCl'a alors arl'c)ter et mettre en ]ll'ison, et il éCl'Îra au Sultau pour lui dire qu'il a examiné avec soin son afl'ail'e l'! qu'il a Irouvé que c'ètaitle plaignant qui (~tait coupable, que c'èlait un voleur, ou qu'il avait viole"' le dOlllicile dc' quelqu'un, ou qu'il yolait il main arm("e, JI peut lll('llle fail'(' dahlir de ces diff('rentes accusations une beïl1Cl ~,\"('c des témoins quelconques, ou Slll' lCl témoignage de deux Adouls; cela ne lui sera certainement pas difficile, car tous ceux auxqnels il ordonnera d'en témoignel' lc~ fel'cmt paL' uain{c. Ily avait Ull jouI' un Faqlh assis aw'c le Sultan, qui intcrrogeait.un groupe cl'inclividus SUL' leur gouH~I'llcur; ils firent son éloge, Le Faclllt dit au Sultan: Ce n'est pas ain~i qu'il faut recueillir les tÔlIloignages; commencez paL' destituer ce gouverneur et intc''f'ogez les gens en~uile: vous YllJ'l'eZ ce qu'ils YOUS elit'ont. En elrer, qui oserait di['(~ au lion ([u'il a une mauvaise haleine quand il se !L'ouve entre ses màchoil'es :' Le Sultan suivit son cOlLsc,il et destitua le gouVeL'neUl', l\lors, tous les gens qui avaient étt", sous son autol'ité yinrent se plaindJ'e au Sultan de SPS injustices. Le Sultan eut, il parti l' de ce 1Il0l11cnt, entière connancc en ce Faqih, C'c'st pourquoi il est ohligatoire pour l'Imam de ne pas agir suivant les rapports (les gouverneurs SUl' les gens qui

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viennent se plaindre. Comment en efret poulTait-il ajouter foi à ce que dit le gouverneur contre un homme (lui est devenu son ennemi par le fait qu'il est allé se plaiudr'e de lui au Sultan;' En effet, il est allé révéler au Sultan la mauvaise conduite de ce gouverneur, Quel est celui qui admet que ses torts soient dévoilés, ne rtrt-ce que de'"ant des particuliers, il plus fOl,te raison devant le Sultan. Dieu! o Dieu! que de calamités sur l'ensemhle des crpatures. Le Sultan a l'ohligation d'écouler la plainte <fui est déposée devant lui, dc l'examine!' avec soin ct de s'cn occupe!' lui-nH~me; il ne doit pas s'en fier il un autre pOUL' cela; et si une enqlH\te est JH~cessaire pour ('tahlir le jJien fondé de la plainte, le Sultan en clla!'gel'a une pel'sonne stH'e, connue le (Jadi ou une autre. Vous savez, gue Dieu vous soit en aide! que Dieu jugera lui-même entre ses esclaves au jour du.J ugement et n'aura recours il aucun d'entre eux, ainsi que cela est dit dans le Çahih. En efl'et, le Prophète a (lit: Chacun de nous sera appelé pal' Dieu au jour du .Jugement, et il leur parlera de sa propre houche, sans inlerJfl(~diaire. Le Sultan est le représentant de Dieu sue la telTe; s'il ost invisihle et se lie aux autres pour rend r'e la justice entre les créatures, c'est comme s'il se croyait, que Dieu nous protège! supi'rieur à celui qui ra cl'éé; une semhlahle conduite ne peut que l'amener rapidement il c\tre détrôné. L'Imam Et-Tartouchi et d'autres disent que si le Sultan est invisihle de façon il ne pas entendre lui-même les réclamations, il ne tarder'a pas à perl1r'o son empire, cal' les consei lIers pornici eux et les gouverneurs a lJuseront du peuple ;\ leur geé et joueront avec son honneur et ses richesses, parce que les gens (lui commettent des mauvaises aCLions saveJll que les plaintes dont ils poueraient être l'ohjet ne parviendront pas au Sultan. Les sages ont dit que les peuples aiment un Sultan aussi longtemps qu'ils peuvent parvenie auprès de ce Sultan,

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et que s'il devient invisible, il y aura un gl'and nombre de Sultans, et cela ne pourra que causer une foule d'injustices. Il est obligatoire pour le Sultan de juger lui-même les affaires qui viendront entre ses mains, comme cela se passait du temps des Prophètes et des Khalifes, ses succesS8urs qui ont suivi sa voie. L'Imam Et-Tartouchi, dans son Siradj, rapporte qu'un Sultan étant devenu sourd était préoccupé des plaintes que pourraient faire les gens victimes d'injustices, parce q Il"i1 n'entendait plus quand ils lui demandaient son appui. Il ordonna au Cl'ieur public d'annoncer que quiconque dans son empire serait victime d'une injustice devait mettre un costume rouge, et il dit: « Si je n'entends plus, je pourrai toujOUI'S voir. )) Tous ceux qui étaient victimes d'une injustice s'habillaient en l'ouge et venaient s'asseoir devant son palais: de cette fa('on on savait qu'ils avaient ù Jlorter une plainte. On raconte que certains Sultans de Chine ont, dans Ulle salle de leur palais, une sonnette attachée ù une chaîne qui va jusqu'à la route, en un endroit où sc trouvent des officiers du Sultan qui ont l'ordre de n'empêcher personne de tirer SUI' cette chaine. Dès qu'un individu, victime d'une injustice, tire sur cette chaine, le Sultan entend le son de la cloche et il tlonne 1'0I'dre d'introdui l'e le plaignant. Les officiers placés ù cet effet le font pénétrer auprès du Sultan. On raconte que EI-Mamoun avait nommé un goun~rneur dans un pays ct il avait entendu ùire que c'était un homme injuste. Il lui envoya un personnage de son entourage pour se rendre compte de sa conduite. Ce pel'sonnage, arriva en se faisant passer pour un cOlllmerçant et n(~ dit pas au gouverneur que l'Émir El-~Ioumenin connaissait son yoyage. Le gouverneur lui fît une honne réception et le traita hien; puis il lui demanda d'écrire une lettre à l'I~mir pour faire l'éloge de sa façon de se conduire, pour

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que celui-ci l'estime davantage. Ce personnage écrivit la lettre suivante: Après les salutations il l'I~mir, et ensuite: Je suis arrivé chez un tel et je l'ai trouvé s'occupant activement des af]'aires de son gouvernement et ne faisant pas de diH'érence entre ses administrés et les jugeant d'une façon égale. Celui qui l'approche s'enrichit; celui qui vicnt le trou vCI' pour quelque chose s'en va satisfait; il les trai te COlllllle ses enfants et a fait disparaître les inimitiés qui les divisaient et les a rénnis clans des mosquées vides; il les a débarrassés des préoccupations terresU'('s et leur a donné des occupations relatives il l'autre monde. Pour toutes ces raisons, ils demandent il voir le visage (le l'l~mir El-Sloumenin. Voici la signification des termes de cette lettre: S'occupant aclivement des alraires de son gouvernement signifie: s'il veut faire une injustice, il n'hésite pas il la faire; ne faisant pas de différence enlt'e ses administrés, etc., c'est-itdire, il leur a tout pris, de façon qu'ils sont tous égaux. Il les a débarrassés des préoccupations terrestres, etc., veut dire: tous sont devenus p:1Uvres et il ne leur l'este plus rien sUl'la tene. Enfin, ils demandent il voiT' le visage de l'Émir El-Jfoumenin, c'est-à-dire qu'ils veulent se plaindre il l'J~mir de tout ce qui leur est arrivé. Lorsque cette lettre arriva il l'J~mir, il s'ernpressa de révoquer' le gouverneur et de le remplacer par Ull autre. Telle est la véritable conduite qu'un souverain doit tenir vis-il-vis des gouverneurs et vis-à-vis de ses sujets. En eHet, la justice est la base de la souveraineté, et c'est par elle ([ue se maintiennent les gouvernements et la religion. On a vu précédemment dans le chapitre 1"1 que Dieu a dit: « Si Dieu ne contenait pas les nations les unes par les autres, etc. » ... Dieu a dit aussi: « Dieu a dit: donnez il chacun ce qui lui appartient. » Dieu a dit également: « Dieu assistera celui qui l'assiste dans sa lutte contre les impies. Dieu est fort et puissant.

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« Il assistera ceux qui mis en possession de ce pays observent exactement la prière, font l'aumàne, commandent le bien et interdisent le mal. C'est à Dieu qu'appartient la dernière issue de toutes choses 1. » Dieu a gal'anti aux souverains la victoire et il leur a imposé quatre obligations: 1° Celle de faire la prière, eux et leul's sujets; 2" Celle de purifier leurs biens pal' l'aumone légale; 3° Ils ordonneront le bien; fi" lis interdiront le n,al. L'Imam Et-Tartouchi et EI-Youssi et d'autres ont dit: Lorsque les fondements des empires sont ébranlés, que quelques-unes de leurs tribus se révoltent, qu'une nation infidèle veut s'en emparer ou qu'il s'y montre quelques fauteurs de troubles, cela provient toujours de ce qu'une de ces quatre obligations a été violée. Les souverains reviennent alors il Dieu et il la justice que Dieu a donnée il ses serviteurs. C'est pal' la justice et pal' l'accomplissement des devoirs de la religion, pal' l'assistance aux persécutés et pal' la punition des persécuteurs, et par la lutte contre l'ennemi infidèle, etc., qu'existent les cieux et la terre. On a vu que l'Imam Lloit faire lui-mème justice à ceux qui s'adressent à lui; quant à ceux de nos sujets dont les a{l'aires avec les gouverneurs ne sont pas examinées pal' lui-mème, il ne doit inten'oger à leur sujet que des gens dont il est absolument sùr et qui pratiquent leur religion, et non pas ceux qui ne craignent pas Dieu, et qui ne sont pas dans la dépendance des gouverneurs, ni les gens riches qui font cause COI1UIlUne avec les gouverneurs, parce (lU'ils ont des liens a vec le ~lakhzel1. Ces espèces de gens soutiennent les gouverneurs comme ils sont sou-

1. QOl'an, 41-42.

SOU t'ale

XXII

«

le Pi,lcrinage

».

Traù. Kas., p. 2(i8, vCI'sets

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tenus par eux, parce qu'ils n'inquiètent ni eux-mêmes ni leurs serviteurs. Ils disent il l'l~mir que tout est dans un ordre parfait et ils couvrent d'éloges les actes des gouverneurs. Omar ben Khattab, que Dieu l'agrée! lorsq u'il venait auprès de lui des députations des provinces éloignées, les interrogeait sur leurs affaires, sur la façon dont s'était accompli leur voyage et sur les personnes de leur pays qu'il connaissait, sur leur ]~mir; il leur demandait si les gens modestes étaient re<:us par lui; s'il allait voir les malades. Lorsqu'on lui répondait affirmativement, il disait: Que Dieu soit loué! et si on lui répondait négativement, il lui écrivait pour le révoquer. S'il envoyait, que Dieu l'agrée! un nouveau gouverneur, il lui imposait quatre conditions : '1 0 De ne pas monter sur des ânes; 20 De ne pas se vêtir d'éto/l'es légères; 3° De ne pas manger des choses qui corrompent l'haleine; ho De ne pas avoir un « hajib )) (chambellan) qui ferme la porte entre lui et les affaires de son peuple. Lorsque Omal' apprit que Sâad ben Ahi Ouaqqaç avait bâti un palais 01'1 il ouvrit une porte, et qu'il s'y retira sans plus en sortie, pOUl' entendre les plaintes de son peuple et qu'il rendait la justice dans l'intérieur, il ordonna de brùlel' ce palais ct révoqua peomptement Sâacl hen Ahi Ouaqqa<.:. Ceci est rapporté clans Et-Tebcira et dans d'autres auteurs. Une des obligations de l'l~lllie est d'avoir dans chaque province un correspondant slh, d'une vertu et d'une piété éprouvées, pour le renseignel' sur la conduite des gouverneurs et des Qadis. Personne ne doit savoir le rôle de cet agent et il doi t cOlTespondre directement avec l'Émir sans intermé<1iaire. L'l~mir doit lui écrire de sa propre main, afin que personne de l'entourage du stiltan ne sache

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qu'il lui écrit. En effet, si les gens le savaient, ils informeraient les gouverneurs, qui tous chercheraient à faire du tort à ce corresporidant et lui cacheraient ce qu'ifs font. EI-]\famoun a dit que toutes les révoltes qui se sont produites ont été causées par les injustices commises pal' les gouverneurs. C'est à de semblables agissements que le Sultan d'Alger a dû subir la domination d'autrui. Dieu a dit: « Dieu ne change point ce qu'il a accordé aux hommes, tant qu'ils ne changent pas, les premiers, ce clu'ils possèden t de bien en mali. )) raites votre possible, que Dieu vous assiste, pour faire la justice entre les créatures. Dieu a dit: « Ceux qui feront des e11'orts dans notre cause )), c'est-à-dire en notl'e faveur, et par considération pour nous, « nous les dirigerons dans nos sentiers », c"est-à-dire nous les dirigeL'Ons dans le bien; « et certes Dieu est avec ceux qui font le hien )), c"est-ù-dire qu'il leur prête son appui et son assistance contre certains d'entre eux qui procèdent pour ce qu'ils savent comme pour ce qu'ils ne savent pas. Dieu accorde la victoire par son aide à celui qui s'elrol'ce de se conformer aux ordres de Dieu et d'éviter ce qu'il a interdit 2 . E D.
l\llCIIAUX- BELLAIRE:.

1. QOIYlIl, SOU1'<.1te XIII" le Tonnel'l'e ". Tl'ad. Kas., p. l!l4, verset 12. 2. Le Faqih 'Ali Et Tsouli était non seulemenl un leltré et un lé~'iste, m<:\is il connaissait admirahlement son pay" et sc ]'(,ndail par1'aitemen 1 compte de ta mentalité et de la moralité de,. gouyerneul',. marocains. Cl' qu'il dit il leur sujet aurait pu étl'e énit hier et les procédés des gouYerneurs sont aetuellement ceux qui sont ll(,tris pal' le Faqih. Il est intéressant de constatel' cet aveu de la mauvaise administration marocaine dans un auteUI' musulman marocain, Ce qui a trait au danger pOUl' un souverain de s'en1'ennel' dans son palais et de B'en remettre du soin des atl'aires <'1 ses ministres et de ne recevoir direclement aucune des doléanl'eB qui lni ,.Ollt adressées pal' se,. sujet,. pOlHTait s'appliquel' exactement au ~nllall ~loulay Abdelaziz, ct les événement,; qui se déroutent actuellement au i\1;lI'o(~ donnent presque à cette partie de la consultation de Sidi 'Ali Et Tf'ouli lïlllpol'tance d'une n~rilalJJe ]JI'ophélie.

KHüRÂFA D'ALI CH-CHÂTAR

Ouàl).d èlould smah l'Ali Ch-Châtar; ouflhçl ènnc1Jar mchatbih yemmàh uçlmsîd:< itsa 'allèm èlkitsàba ou lq i . râïa bl).âl:J la \ûl\ ; ou l,J.ch~t f. yclda f;\fchoùnha li, ou jèhd~t 7 nèlma'ùllèm ~drèhîmàt8; ou qbel,l èlfqlh ènnùf?Îb èlly 'atâhou llùh minha; ou qàl ~lha D: « In cha Allùh, ma tchoùfî mennô ilia lkhéü'; ràni 1Ü n~\"ll~mô ma ilz(~mô mèn èlqeùïa ou lkitàba l » Ou àmma '~Ali, cdkhal uQlmsid ou châf èl," ïfd ïqrùo ou ikètsbou, ou çlâq 'alîh llJal; ou hra 11 itshùcldal' 'ala khùlal' ma Isùnas 1:2 réïl' kéïl 'ah tùhl'a -. . . ... miyâts. Beli.wqq, min 13 {~l)'f?~l 4, qoùoua qalhô ou !~f?hal'; 0111ma'allèm a'!ah elkoùlliya If. diàlà fitta'lîm, ou 'ala II) jamî' èloulùd, 'ala khùtar chùfà fâtQn ou 'Ùïq, ou IJal'âmi 17 ou l).edaq. Ou kàu Ida IJ~bh ï(IÇli chi IJâja elfqîh, iqlJiha 'Ali, hlh-fih 1 8, bl).âl èlbQraq. Mèn Md èl'aml', 1),9.hhà hezzèf. Ouâl,J.d ènnchàr, a'!ah infaqlD èllçhùm ou lkhoçlrà ou lkhouhz uQdclar cliâlo f~dèr 20; hl).àl èWr, ou mcha ~chtra ~l cIty qùl là lfqîh, kàmel; ou jà hl,J.ùl èljinn. - }[in 9.mcha lfqîh n~ddàr mtal,J.à 22, qâlt là m1'ùtô : « 'Eunui ma jùtni . t-tesouîqa 23 mziyâna ou mçBkh 2'Lkh(";nta bl.làl èlyoum. T.ou llâh 1-Il,J.ùm jayi da 2\ ou khouhz ou khoçll'ù {imlilJa ; ou ma Ise 'aaud tf?îft infaq i"îInà ~éïl' 'Ali; kaï'aref ïcht1'i èlmlèl,J. 21i, ou khfîf fèss0kh1'a n diàlà. » Ellù~'eddù 28 ()khrf',j èlf(jîh l1f',lmsîd, ou kùn 'Ali jâ. Ja 20 lfqih, cràl là : « Qoum, ya 'Ali! ou §nfaq li hl,J.âl
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4i"iG

ARCHIVES MAROCAINES

èlhâl·al.l! oullùh ir<:la 'aUk! - Ha lqou<.liân 30 mta 'èk 'aj<:>b èlmcrù, ou qâlet li, ma ners~l ~lhù 1.lù<1 l'il' enlsin! )) .la 'Ali:3 qâl fi nefso: « Allùhou a'lam! ida ma 3:2 hflll !, èlfqih kaïl.l~hh irèdclni 3:3 èlkhe<llm dèclclâr dialô, ou ana aSlll~lni 3', 'Ali Ch-Chàtal', ma 1101'<:11\ chi hhâcl ech-chl'; ou L't houcldù nouèl'rih 3:, l-lou 'ouh. dell.lùrâmiyin kif k(~ïkot't­ nou. ») Nâçl nQqq(~z bhâl èljdi, ou 'ame! èll10(ls f~chkal'lsô :\1;, ou mcha gàoud 37 'and (\lmQl'ù dè1fqîh ou dkhal 'alilla bouâl.ld 'ahùsa :3S, la slâm, la klâm. - Qàlt ~lô : « Filin ènnMqa ù l'ùïl? ))- Qâl Iilha : I( 'fa ~[ouLHi, rah ouqa' fhâd ènnëhâr ùklsùl' muèl 'achù, ou Hia ch(~ftichj èloua'cl :j!, èlly ouqa'! Ou nim entsiya 'tO 1l1(~I'Ù Ii III lîl,w , ou kùna 'l'fi'k kat:-il,lùhhtni, jits Iiltl,hidll'èk hèch tsa 'dl ma 'mèn ènlsi na mta'ùchchera'>1! » Qàlct 1<'> : I( ('ch i;djl'a:' Ekhhùl'ni h<'1Iy !;'àl' ',2 ! l'ah 'aqli tàr! » Qrtl Qlha : I( nùjtdèk ~tskhaloua ',;; fhàd ènnëlûr houâl.lcl èlJ)("uts hù(!<l !;'c!'îl'a! )) ()U!Ùl' ';\li h1.lùl èljinn. Olll'ja' 'and Mfqih, qftl 10 lfqlh: I( l~q<:liti l,lùja I[(~dclùl'?" <là! lô : I( Bna'cllll! cchll'ils konl chi! BcU,!a11c(, yâ lfqih, dùkôImcrà 'andèk, ma kal01.lchèm chi, Allàh il'anha' » Qùllô: « 'Alèch, ;\ ouddi:) )) Qâl lô : « ']i:jhQl'tsha katQtsllu'.nlèn ',', ma' o u;\ l.l< 1 dould chhùh qadd olll(lhù, ou kata 'lill èch-chën'tb! "'[in C!wllft hùd chi, Qta 'àjjQht minha ou jits (';nkhùbrèk! » IIlya, min kàn qùl i-:lha '.\li dak chi, kh('l'j<:,t tchoùf rùjclha; ou lfqlh Qkhr~j ïC!JOllf ma qfd lô '.\li : hiya m;'lchiya, ou hOltOlla lllàji, on ltaqùou !iHriq. 1,11n chùfitl ('.]mel'à zaoùjha, ëjl'itt ',:, lito, ou C(Qhçlùlô mèn èllàl,lya ou hdat kats<~fltsdhit Ici, ou ts,/oul Ici : « Katsa 'mel èlfsâd "Ii ou 'antsa Id.lyatsôk ]Jéï(.1a hl,lûl ôl!'lôlll ! ~[a stal.lY; (si li lit môn AlIâh ou là môn èl'ùhcl l,lùlta tfaçl<.1ùhtsi"S ma' tllùllld(~k ! Allait ïl'im aql'ânèk èlmanùjis! » Ou (,lI'abha hOllOua htôrcha ou qâl{llha : « ;\ll;\h ïl 'ùnki ',\, yâ lfùjl'a! AntsÎn èlly kormtsi ma 'chch(~bùh, btch<"I'l'ehô

KHüRÂFA n'ALI cn-cnÂTAH

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lkhaml', ou tfàsdà! 'Ali sifettouh n6ddùl' ou jhârkoum fil khila' ;,0 ! Yâ hènts èl1,wl'âm! ou râsèk châh ou la sLal).yi Lsi la mèlly fouqèk ou là melly Lsal).Lsèk! ;d » Ou ~âl'ou, hâda ïçll'cb ou hiya LS0nLsef là la1,J.iatso, ou hOLLoua ïllLs~f (";lIta cha 'al'ha. 0 U hoùma fouâl).d èlharaj;d 'al.1J'm; ou jLama 'at 'alihoum ènnas, ou fèlT(',CfoU béïnathoum; ou S(',lll 'ou lllènkoui ouâl.lèd èll,likâya èlly LsmMlal' ;1:; 'alihoum biha 'Ali. - Ou bdâo n-nas kaï<k1,llwu. Tsoùmma ya sîdi qâlou Ihoum : « Hâd èch-chi ma kàïn chi lllènno ! l.lil' ,,l, dàk cl 'id <~Lsmellar ;';, 'alikoum ou b:a itsfarraj ! -IkUlkoum mèn hâd èll'ouflLs ! ou hâd chi ma tse 'aoudouh ;Ii (',ll.l:ld, !'é~ïl' ;,7 tsatsà ànllllclou fi mOlH.la 'koum ou t~jbal'oll hàd chi ~'éïr;)B èrril,l, 'ala klàtar ftlùqîLou f~ssouq : ùula 'aIa !'Cf1;\, ou hi.va hùkadùk, ou ';'mLsa kaLsqoul(";lha jelmlU ma 'ak èlouoùld, ou hiya kaLsqoul j(',hrou ma 'ak èlhènLs! )) Tsoùulllla yà sfdi, èddàouhoum ènnas n~ddal', oulsa'amm('~lou ; .i~hrou èll,wrâmi d' 'Ali ;,0 (~lchaï!an 'alihoulll, Ou lfqîh ençIaI'l' hiljcu' ; qâllelmQrà : « Ara lî Ol! nàkoul ! » Qâlt .§lô : « Ma j:\h li chi! » Elfqîh bra ni itt.artaq hèlf~qsa ou qùl : « ïoullâh! hâda, ould èll.lal'flln khâlEl~' ou AllùIt 01 ùi8 iql\hlJal.l lo11nouh ou ifQdclc;bà kif f(~ddùl.lnà! Lâkîn l'~dda nq{~tlouh hi(:1<JclI'b ou (";ndQhhebà oz ïmchi fl,lftlà ! » 'Ali mi Il 'araf ma 'amel, ('~mcha n'ancl yimmàh ou qfil elhit : « CItoùfi lî ma'ùllèm akhor! hflcla, ma nLsa'ùllèm chi 'aUIt! » QâlcL là : « 'Alièch (i:J ià oUlldi ? » Qàl Qlha : « Kaïl,lQbb ir(~ddlli mLsa 'ùllèm diàlà! )) 'AdeL yimmah 'am(',l chi tàl.ll'<uniyàLs, sQktets 'alîh; }flkin mèn è~~ebàh Ci', ~bâl.l qQh<,lùto n,) men iddô, ou 'abbùLà n~lm­ sid. Nim ~rgu(";boù OCi 'àl~lfqîh, qâm ouàqgf ou bda kaïraollouls 'ala Imera ou il 'allha, hiya ou ouidah: « Ya mel'Ù, jibLsi mèn ifraq béïni ou béïn èlm.§rù mla 'ï, ou iqt~l l~rouâl.l 00 bis! Khotldi ouldèk ou mchi 'aliya! »

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ARCHIVES MAROCAINES

Ou hqats hiya katiltslàttilfG7 ma' lfqîh, !.latta !.lb ëlha lIla 'amcl 'Ali. Ch~tm.QtG8 ouldha ou <:lilrhatà ou mèkennèt G!) èlfq'h 'arba' l-louïzât 70 ècldehèh. Nim chM èlfqih èdcHîhèh, dhèh 7! 'aUh jamî' èlkdèr oul~;'üçl ou qallà : « Gliss! mar~làba bik ! » Nim ilmcha lfqîh 'and nl(~rtô ou l.lb illha. 'Ala '~\li jahiltô yimmah, ou 'atatô èdclrâhèm, (làlt ~lô m~rtà : « Èlfcma 71 bis 'clyimmah holtoua èlly jq~tlèk ! ma <.lrabtih l)èch iclouq él!.laràra 72 ou la r9bhîtsih 7:3 ~'éïr 'ùtatèk yimmah èlflisât, f~llesàtèk, !.latta iqiltlèk hâd èll.larâmi! » 'Ali 'aref èlmera dèlfqîh 'iüqa, là 7', houddà mèn èllv tsa 'àmmar là qalhà hèlkdèr, ou içlcrhà, là houddà. . Oullà~'~(lda fèf?::;ëhâ!.l jà n'and èttlàmda ou qâl ~lhoùlll : « Ida ëtha 'toùni f~lklâm èUy nqoul l1Qlfqîh, tiltsçrriS!.lou 7;) lyoùm min ètta 'Hm 76 ! » Qâlou là : « Elly 'amilltsîh n'ùmlouh! » .la lfgîh fe~f?ëhâl.l {~mràyyèd 'ala 'Ali bèçlçl(~rb MUa isil mènno cl-dèm. - 'Ali nâçl 'ancl èlfqîh ou hâs" là yddà, ou qâl lô : « Yà lfgîh, 'alèch \mtsa f!.lâd èl~l:H, ou jitsi l1Qlmsicl, oùjhèk ë::;fàr 78 ou l.làlèk m~>èyyèr! Allâh ichâfik! )) .la lfqîh gâllà : « Sîr, yà ould èl!.larâm, ya l-khbîts! <Bba tchouf èUy nit 'mel lèk èlYOClll1, ou nkhaUi hâd èloulàd tilÇll.u'~k7U 'alîk ou tchèmmilt bik! » :Ma k~mm~l èlfgîh élhadl'a l.latta qâm ould àkhor ou sèUèm 'aHh ou qàl là : « Ech 'anclèk a lfgîh, hàkada 80 mil::;fùr 81, ma kân 82 chi mèn !.lùqqèk tèkhroj fMd ènnëhâr! » Ou qâm èttsàlèts ourrâba' oulkhfnnes, !.latta jà nelfqîh ëlouhèm ou çlann clâk chi bèll.laqq 83 - S~rral.l ettlàmda 81, ou ::;âr kait~rril 'ad hèlkhaouf, ou qalhà binfecl, ou mcha l1çdclàl' 'and zàoujtsà ou qâl Qlha : « F~I'rQchi 8.j li! ana mn'çl! ) Ou tskhela'at 8G , ou hdat ;-;tfaITilch lô, ou r~ttatso ou mchat jabts ètlehih ou dekllkhalto 'aHh. Ou qellehô 87 mèn ènnehed; qâl : « lô La bâs 'alik! )) Saq::;ato lmerà; qâl ~lha : « Ma 'andouh l.latta chi! )

KIIORÎ.FA n'ALI CU-CH,Î.TAR

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J\lèn ~khr~j 88 èttehih, qàrrëh~t 10 ~gsî'a 89 dèlfou1; fel'kèk 90 'alîh rejlà ou bda karàkoul fl)âl èl-rot'll. - Qâltlà hnera: (( EHebîb qâl rak :;;l)èl) oulmàkla diâlèk d&::>?al)l)a ou èch hàda ? » Qâl ~lha : « Yà lm~rà! 'Ali fè:;;:;;ebal) min ~dkha1t 91 uQlmsîd qâlli : (( Hâk noù<:l! » ou qâmo Uëlàmda koùllouhoum hiklâm ouâl.lèd. » Qâlt là: ((Ana 'ayyits fîk! t.Qqt~l hadak ould èll)arâlh ~qbeI » làïq.Qtlèk 92 ! ou ntà .Qrja 'ti l.Qlà 'râl kaïl.Q 'hou hik fl)âl èttri InM 9:)! ou dâba, tchouf 'Ali Hrn ib~llerèk l)atta ih~m­ ([èk! »

A nel!. MAROC.

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TRADUCTION' HISTOIRE D'ALI CH-CHÂ TAR

Il Y avait un enfant nommé Ali Ch-Chàtar. Sa mè,.e l'emmena un jour il l'école pour qu'il apprenne il lire ct il (~cl'il'e, comme les enfants (de son àge). "reUantla main dans l'ouverture de sa veste, elle en relira qltelque argent que le maître d'ôeole TH'it (ct reçut) comme la part que Dieu lui envoyait par la main de cette femme. Cc fqîh lui dit: {( Si Dieu veut, tu ne verras que cl LI bonheur avec cet ('11i'rmt, car je lui apprendr'ai tout ce (lont il a besoin pOlll' (pouvoir) li,.e ct écrit'e. » .\li entl'a ù l'école ct, au spectacle des enfants occupés il lil'e et ù écrire, il faillit écbter d'ennui et de mécontentement, cal' il n'était hahitll(~ ([u'à s'amuser ù de vilains tOIlI'S. ;\Iais dès qu'il fut pris, il ,'af1'r'I'mit son CO'llr ct prit patience; le maître lui donna toute la science qu'il POSS(',dait d (cela) de pl'Mél'cnee à tous les autl'I'S enfants, 0;1/' il l'avait reconnu comme lin sujet intelligent, éveillt'" dr'gourdi et sagace; cl: lorsque le fqih :wait quP1que conl's(' à faire faire, Ali s'en acquittait immédiatement, rapide co III nw l' écla i ", l'n JOUI', le fqih lui donna (le quoi achl'ter, pour la maison, (k la viandl', des k'gumes et du pain .. \Ii prit son \.d lel Iln oisl'all (~t s'l'n ful achelet' tout ce qlle le fqîh Illi avait dit, el revint l'apidl' comnw llll djinn, Quand le fqîli rentra chezilli, sa femme lui dit: « .Jamais marché ne m'" (;I(~ aussi hien, aussi magnillquement fait qu'aujourd'hui!

RHORÂFA D'ALI Cn-CHÂTAR

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Par Dieu, cette viande est excellente, excellents ces légumes et ce pain; tu ne m'enverras plus, pour faire les provisions, personne d'autre qu'Ali; il sait acheter ce qui est bon et il est rapide dans ses courses. » Le lendemain, le fqih se rendit à l'école, Ali était déjà là. « Lève-toi, Ali, dit le fqih, et va m'acheter des provisions comme hier, et Dieu sera content de toi; la faç.on dont tu t'acquittes des commissions a plu à ma femme et elle m'a dit de ne lui envoyer personne d'autre que toi! » Ali se dit en lui-même: « Dieu est le plus savant! Ce fqih veutfaire de moi le domestique de sa maison, ch bien, moi (lu'on nomme Ali Ch-Chùtar, je ne veux pas de cela. n faut absolument que je montre à cc f(lih comment les gamins s'amusent. » Il se leva, bondit comme un chevreau, mit l'argent dans sa sacoche et s'en alla directement chez la femme du fqih, entra chez elle, la mine renff'Ognée, sans saluer, sans dire un seul moL. « Où sont les provisions, lui dit-elle. - Ah! patronne, il s'agit aujourd'hui de bien autre chose que de souper! mais tu n'as donc pas vu l'afl'aire lamentable qui s'est passée aujourd'hui il Comme tu cs une brave femme qui, je sais, a de l'affection pour moi, je suis venu t'avertir pour que tu saches avec qui tu vis! - Qu'arrive-t-iI, dis-moi cc qui se passe, mon esprit m'échappe. ... - Ton mari s'est retiré, aujourd'hui, en compagnie <l'une fille toute jeune encore ... » Et sur ces müts, Ali fila comme un djinn. De retour chez le f<Jih, cc dernier lui demanda: « "\s-lu fait cette cOlumission Ù la maison il - Parfaitement, j'ai tout achett"l . .\lais, ù fqih, celle femme que vous avez n'a aucuue pudeur; que Dieu la maudisse! - Et pourquoi, mou enfanU

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ARCIIlVES MAROCAINES

- Je l'ai tromée folâtrant avec un enfant aussi jeUllE que son fils. Elle lui faisait boire du vin! Dès que j'ai vu cela, saisi d'étonnement, je suis venu vous prévenir. )l Aussitôt flu'Ali eut fait son récit à la femme du fqîh, celle-ci sortit pour aller trouyer son mari; et le fqîh, de son côté, sortit pour se rendre compte de ce qu'Ali lui avait appri s; elle allant et lui yenant,ils sc rencontrèrent tous deux en chemin. Dès que la femme aperçut son mari, elle se jeta sur lui, l'attrapa par la barbe et se mit à la lui tirer en criant: ii C'est toi qui te livres ù la débauche, toi, avec ta barbe blanche comme un houe! Tu n'as donc pas honte, devant Dieu ni devant les hommes, au point de te déshonorer aux yeux de tes éIè'ves ! Que Dieu maudisse les déhauchés, tes pareils! ) Le fqih la gifla: « Que Dieu te maudisse, libertine! lui dit-il; c'est toi qui étais avec ce gamin, lui faisant boire du vin et le débauchant. Ali que j'avais envoyé il la maison vous a trouvés en liesse. "\h! coquine, malgré tes cheveux hlancs, tu n'as donc pas honte, devant le ciel et la terre! II Et les voilit, lui la frappant, elle lui tirant la barbe et lui les cheveux, au milieu d\m énorme scandale. Les gens s'assemblèrent autour d'eux, les séparèrent, se firent conter, par les deux adversaires, la plaisanterie qu'Ali avait faite à leurs dépens. Ces gens sc mirent ù rire' e't leur dirent: Tout cela n'est absolument rien! Ce gamin s'est tout simplement moqué de vous et a voulu s'olTrir vos têtes en spectacle~ Assez de vacarme comme cela. Vous n'irez raconter cette histoire à personne. Allez seulemen t rdléchir chez vous à cc qui YOUS arrise, cl vous HTrez que tout cela n'est rien, puisque vous vous êtes rencontrés sur le marché, tous les deux à l'improviste, que tu lui as dit: « On t'a surprise avec un garçon )), et qu'elle t'a répliqué : « On t'a surpris avec une fille. )) Les gens les ramenèrent chez eux, où ils re'fléchirent el
i(

'sc rendil'cnt compte que ce garnement d'Ali s'était joué ,d'eux. 'forluré pal' la faim, le fqih dit il sa femme: « ,Apporte le souper. - Ali ne m'a rien apporté, » Ini dit-elle. Le fqih faillit éclater de colère: « Pal' Dieu, dit-il, cet ,enfant est un garnement fiefl'é ~ Que Dieu le damne ct le couvre de toute la honte dont il nous a couverts! .\lais demain je le rouerai de coups et le mettrai dehors. » Ali, dès qu'il ent compris ce qu'il avait fait, alla trouver sa llll're : « Procure-llloi, lui dit-il, un autre maître, je n'apprends rien chez celui-ci. - Pourquoi, mon enfant, lui dit ,clIc. - Il veut faire de moi son domestique! » La mère cOluprit que son fîls avait dù faire quelque mauvais coup; elle se tut, Inais, le lendemain matin, elle le pl'it par la main ct l'emmena il l'école. 1)i's qu'ils furent en présence du fqih, ce dernier se leva et commença il invectiver la mère, à la maudire, elle et son fils: « Eh! femme, tu m'as alnené une cause de brouille cntee ma femme et moi, quelqu'un qui veut notre mort. rn'll(ls ton fils ct débarrasse-ruai. » La mère commença à user de honnes paroles avec le fqih, si hien (JlIe ce dernier lui raconta tout ce qu'Ali ~l\'ait rai l. La mère tança fortement son fils, le baUit et donna au fqih quatre louis d'or. A la vue de l'or, toute la colère du fqîh sc fondit. « Assieds-toi, dit-il (à .\li), ct sois le bienvenu. » Lorsque le fqîh fut lie retour auprès de Sa femme et lui cut raconté que la mère d'Ali en amenant ce dernier lui avait donné de l'argent, sa femme lui dit: « C'est l'ambition de ceUe mère qui te tuera; tu n'as pas bauu ce garnement, tu ne lui as pas donné à goùter d'une correction bien assaisonnée, tu ne l'as pas chütié; sa mêre t'a seule-

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ARCHIVES lIJAROCAI:"iES

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Illent donné quelflues flous; elle aura fait ta perte, lorsque sacripant t'aura fait mourir. ) Ali savait que la fenune du fqîh était rusée, que certainement ce demier aurait le cO'ur débor(lant de colèl'e et qne certainement il le lJattrait. Le lendemain matin, il alla trouver les écoliers: « Si vous me suivez, dit-il dans l('s paroles que je vais dire au fcp'h, vous serez aujollL'd'hui débarrassés de vos leçons. - Ce que tu feras, lui dirent-ils, nous le ferons. ») Le fqîh an'iva plein df' COUlTOUX contre Ali, décidé il le battre jusqu'au sang. Ali se lève, emhrasse la main du maître: « 0 fqîh, lui dit-il, pourquoi, vous trouvant aujourd'hui dans cet état, êteS-VOlIS venu il l'école? \'otre visage est pâle et vous ètes tout houle\'erst>; que Dieu vous guéL'isse! - Va-t'en, sacripant, va-t'811, vauri8n, tu vas voil' maintenant ce qU8 je vais fair'e de toi aujolll'd'Irui . .le laisserai ces enfants sc l'ire et s'amuser de toi. » Le maître achevait à peine de parler qu'un autre enfant se levait et ll~ saluait en s'écriant: « Qu'avez-vous, maître! pâle comme vous 1'lHes, vous n'auriez jamais dtl sortil' aujourd'hui. )) Trois, quatre, cinq élè\'es se lev('L'ent ainsi, si bien que le fqîh prit peul' et pensa qu'il l~tait réellement malade. Il licencia ses élèves; tremhlant de peur, le cœur Sel'l'l', il l'entra chez lui et dit à sa femme: « l;~tends mon lit, je suis malade. ) Sa femme effl'ayée lui prépal'a son lit, lui mit des couvertures, s'en fut fluérir le médecin ('t le fît entrer chez son mari. Le docteur lui Ulla le pouls et lui dit: « Cela n'est rien. ») La femme demanda au docteur (ce qu'il en était) : « Il n'a absolument rien )), répondit le docteur. Le médecin parti, la femme approcha dl' son mari un plat de fèves. Le fflîh écarta ses jallllJes et se lnit il manger comme un ogre.

KHORÂFA D'ALI CH-CHÂTAR

« Le médecin m'a dit que tu allais tL'ès bien, lui dit

sa femme; d'ailleurs, tu manges comme un homme bien portant; qu'est-ce donc que cela signifîe? - Ah! femme, dit-il, ce matin, Ali, comme j'entrais à l'école, m'a dit: « Vous êtes malade. » Et tous mes élèvef: se levèrent et cc ne fut de leur part qu'un seul et même cri! -- J'en ai assez avec toi! Tuc-moi ce vaurien avant qu'il ne te tue toi-mêrne, car ces enfants ont fait de toi leur jouet et s'amusent de toi comme d'une toupie! Vois maintenant! jusqu'où va-t-il t'emmener cet Ali, avant de t'avoir rendu complètement idiot! »

NOTES

1. Smah. La forme la plus employée esL smà. Il est il rellJ:Jrquer 'lue cette l'o l'ln e est en accord avec la prononeiationa!g.'·I'ienne d'après laquelle, dans les mots LCI'minés par le suffixe de la 3" personne au singulier, la eonsonne qui précède ee suffixe est affeetée de la voyelle a, la présence du prononl suffixe étant seulement indiquée par une faible expiration du ha ; exemple: qâl lah darbah. Dans le dialecte marocain nous avons loujours vu, au eontraire, la prononeiation qâl là (ou lou) ou darbà (ou darboa), 2. Nelmsïd. Pour le ehangement du lam de la pr"'posilion li en noan, voir Archives marocaines, déc. 1905, vol. VI (1 et Il), p. 177, nole 4. On sait que le mot ms id désigne l'éeole élémenlaiL'e parfois annexe de la mosquée et le plus souvent dans son y(Jisinage. C'est dans le msïd que les enfants maroeains ânonnent le COI'êlll verset par verset sans ehercher il en eompl'endre le sens jusqu'à ee qu'ils le possèdent complètement par cœur. 3. B!ull. Cette forme s'emploie aussi courammellL (lue ((ull pour rendre eomme. On dira aussi bien b!ulIèli et f!uîleli, comme toi; b(ull b!/âl et ((/(11 f7y.âl, c'est la même chose. 4. La'fâl. Les mots dont le pluriel commence pal' un élit (par exemple:

eeux de la forme

Jl~\), lorS(lll'ils

sonL préeédés de l'article, donnent

régulièrement l'exemple de la eonlradion lef'âl au lieu de la forme règlllière ela('âl, par élision de l'arlicle et de l'élit hamzé; la première syllabe du mot aussi formé IHwte seul l'accent toni(lue. 011 dira donc là 'ù1l J~~ pOUl' elâ'iâl

J~~\

; l~b~'âl J~ ~

pOul' èlàb('âl

J~ ~\. C'est ù'aillelll's
bourrer, fareit'.

là une règle eonstanle.
5. l/chet, forme lirée de la forme liltéraire
~,

6. E{choûnha. Il est à renwl'quel', et notre lexie en fOUL'nit plus loill (le nomfjreux exemples, que dans le dialeete marocain, où les voyelles sont généralement peu nombreuses, il an'ive souvent qu'un mol commence pal' deux consonnes sans voyelle intermédiaire, ce qui re\'ienl à dire p:u' leur consonne djezmée suivie d'une eonsonne vocalisée. Lors([u'il en est ainsi, et ([ue surtout le mot précédent se termine lui-mème par une consonne, il devient évidemment diffleile dans le langage de lier l'un à l'autre ces deux mots. L'usage a donc, pOUL' faciliter l'élocution, inkodl1it un son intermédiaire entre la consonne initiale du mot et la consonne ou la leUre finale du mot préeédent. Ce son intermédiaire, ([ue nous appel-

46ï
lel'olls voyelle de passage, est généealement un e muet faiblemenl al'ticulé introduit lù par euphonie. 11 est d'ailleurs curieux de remarquer que eeUe règle est parfaitement conforme aux règles de la voealisalion al'abe qui afTeete d'un élif initial portant le J ou le signe - les formes ,uabes ecrtains illlpératifs (VIl' ct X, formes) et les illoIs arabes ou arabisés eOJl1mençanl p,lr une eonsonne djezrnée. Notre opinion se tl'ouve, au surplus, appuyée pal' le f"il ([LIC les Marocains tanl soit peu lettl'és (lui eonsentent ù écrire de temps ù aulre, et surtout pOUl' l'usage de ceux qui s'y intél'essent, des fragments en bngue vulgaire placent inyariablement un élil euphoni([ue deyant un mot conllnençant pal' une consonne dj czmée (et pl'écéd(' ou non d'une consonne fina[e également djezméc), Un i\lal'oeain nous éerit par exemple ~ ~\

~ et prononcel'tl (I.che/ efcholln/w,
mcha echl'a mcha ~ch/ra ji/s kil
~n/ihàbl'èk ~khl·éjlla.

iS-.r:\ ~

iS?\~
~~\~

L:.. " \
,.?

J' ..'

Dans l'exenl]lle (lu luol (lui l'ail l'objet de eelle nole, il \'" sans dil'e que

r~ euphoni(lLlC ne peul ôll'e pris pOUl' la voyelle de 1" pL'épo,;iliou ~ fi ou
l~, en supposant môme une intel'version des deux let! l'es de ccl le p'r{'poBition, Nous ne eonnaissons d'"bOl'd pas d'exemples, dans notre dialecte,
du L'enyet'semerJl de fi OU f~ en fI'; au surplus, la lelll'e

'-!

l'eml si sOU\'enL

ù elle seule 1" préposition fi l'Il s'"ceolant au mol qu'elle afTeete, ([u'il n'est pas possible, il notre .)Yis, d'émeUl'e celle supposition, Nous a\'ollS affeclé du signe bref u la lettree dans lous les mot,; du Lexte commencant pal' celle articulation eupbonique, cal' elle l'sI très atténuée el d'ilnne bien ['impression que l'~ n'est (ill'une yoyelle de passage, Le mot choun aurait pu èlre traduiL d'une façon plus concise pal' poche, mais ce n'eût pas M,é suffisanllnent précis, le mol. choun signifie seulement l'ouverLure ménagée Slll' le d(want de la ]loitl'ine 1);11' le caftan qui ne l'l'sic jamais enti(\l'eLnent boutonné au-d('ssus de. la ceinture. Cette ouverture, cel. entreb,\illeillent du caftan rOl'lue porte, Le mol cholln peut aussi par' extension sc Iraduire pal' " sein ", Exenlple : 'j\ '!lIé/ni 2f,;hoûnha, elle m'a pris sur son sein.
7, Jèbde/, inleryersion enlre le .",.) et le';, jdeb

La forme
nO~ls

r(\gulii~re est

,-;-,,,,,:>.

La rOl'lne jb~d esL la seule

(Ille

ayons d'ailleurs

entendue jusqu'iei il Tang'ül' ou ehez le~ illdit{t\lle~ (rnull'C's régions du Mal'Oe. 8. l?dl'éhtIlUi/, Inôme rem,lI'que (IU'Ù la noIe li. CeITe fOl'me esl ULi dillliuutir dél'i\'é du singuliel' dil'hém. Le dil'hém yaut

468

ARCIlIVES MA[l.OCAINES

dans la IlIoIHwie hassani ou azizi le dixième du douro, c'esl-:\-dil'(' () fI'. nO hassani. Le mot riirhèm, hien qu'a,yalJt eu les hOnlH'lIrS de la fmppt' pl ligurnnt SUl' les pii'ces d':lI'gent de ln InolHwie uwro('ainp, t'si cppendant ;'1 I,,'n près inconnu dnns la lang'ue pal'lèe, 1\ pst l't'Inplnct'' ('ournnJlllenl pnl' l'expl'ession jOllj dbélliolln, belioùnéïn ou jOllj dèlbltlïn (lui signilîpnt 2 réall,r de nc/lon (ou dl' bellion), Le belliolÎn v:lIIl 0 l'l', 2:i; il est, depuis la disparilion de la llIonnaie de cuiYl'e mal'ocaine qui dale (IP ces d,'rnipl'cs anm"es, \'unil,\ inl','riellre ,IP la lllolllwie chèriJielllw, le douro t',t:Jlil l'lInib' sUI"\rieul'p, La jll'{'pxislence dl' ces deux uni«',s l'si nl<\111I' chosl' assez rpni;u'quahle au gl':uHI sokko de Tanger où l'on enlpnd, ;'1 quelt]ues pas de distancl', 1lI1 Delldl (crieur IJUhli(') nwtll'e des nninwux nnx enehpl'es en anll<JlH,anf in dl'l'rJii'('e SIlI'(~If('hi'('e l'n dOIlI'OS, Inndis qn'lIn peu plus loin, un de ses colli'gues l'ait l':u'li"'e pour dl's cl'intul'es, dl's selhams, des tapis pt aull'ps ohjets d'occasion, l'I ,'il"'LIl., l'ntl'p Il'S port"s de la yille (Bèïllll! elhihùn) en criant la demU're .surl'm'h,"re l'n bellioûn, 9, E'Îha, M,'me remart]ue qu',\ ];1 noie (" 10. Rdni, Cdle fOJ'me, qui mal'qup le jlrèsent dans ln 1:1I1g'ue yulgnil'p, ('si è"idemlllent. mise id il torl pOUl' exprimel' le l'utUI'; il et'll èlè plu,s ,'01'l'l'el d'employer ici la fOl'llle nu1t'hi ou !'ddi, Il. Brdihbaddw', Le Y'~I'lJe bra aOl'. ibri (vouloir) renù :lUssi hien t]w' '" participe pl'{'sent bd i l'id,~e d'Ml'e SUI' le point de llIan'Jlu',', 1\ fait fonction d'un "{lI'ilahlp n'I'Jll~ auxiliaire el se conjugue :1\'1'(' l'aorist.e du Yel'tJe qui le Kuit. Exemple
b/'a ils/)(ldda/' bi'a! le!,~/)(ldd({I' b,',ltoU ilsbûddl'ou, et.c,
I/;I'i illal'laq I,~i'i/'{ iell/'ùlaq ibriou i!/àl'Ièqoll
;I\' .. C

lIsbâddal', il éclat.p, il S'l'l1lpor\P, n'est.Il.1'-' ;H1X diclionnail'ps al'atJes ce sens; il l'si synonynJ(' ici dl' la/'Iaq.
12,

T.~ân08, i~a

X" fOl'lllp du yerhe

~\

(lui yput. di/"(, s'hatJilnpl' en al'al,,'

règulier est assez ('OUI'alllmpnt. elnploy"'e au uord du Maroc al'ec ce sellS de prMérenee :\ la V" j'orme d .. j'ol'me esla'nas

~\\

(l'Ii est cependanl comprise. La

~l:....\ est. le plus sou"elll dans la pl'Ollolll:ialioli popu-

laire corrolilpue l'II l,~a'nas, COlllmp dans notl'p l,'xl .. , Celt(' nouvelle fol'nle 'lui pal'ail l'essenlbler ;\ une V", salis redoutJl""lent de la sl'cond,~ radicale, est le ,'ésullal, ;\ Ilot rI' aYis, de la dèfec!ueuse PI'olloliciatioli dll .:... qui est del'enu dans t"ut(~ celtp région 1'1 une ]"JIllip ]ladie du "onl marocain un Is, En el'fel, dans la prononciation \Îcieuse eslsa'nas de la forme rt"gnlih'e

,~

U

l'usag'e ne JHHlI'oil laissel' sutJsi,slel' dellX ,sif-

flantes l'une apr,'s "au Ire, la pJ'('nlii're des deux leltres l'ol'lnalil'es Il' sin. est nalul'ellemenl 1001ItJè, et la j'Ol'IIH' ûa'nas a M(~ selllplilent. conserl'('e comme plUH f:J('ile ;\ 1.II'Undet', 13, Min, AlIération dl' mènÎn llli de mnèïn, lorH'Ilu', C'est d'ailleurs 1:\ nue fOl'llle populail'e, tl""S rel:\o:hèe, Nous l'encontrerolls aussi plus loin dans Il' Illl'Ulp sen,s 1.. UlèuH' mot pronoucé mèn. H, ~hel, ('tre pris. Ce lIlot reud dans la langlle vulgaire l'id,;e ù'ètre pris

IŒORÂFA D'AU cn-CnkrAR

46!1

nu piège, nu filet. Il esl tri~s raremenl entendu ehez les gens du peupk dans l'acception de: en arriver il, produire tet résultat ou tei rendement. 15. Ellioùlliya. Il peut <\tl'e intél'essanl de remarquer que dans la l,lng\H' excessivement lùehe de cc conte on relrouve eependant, de temps il autre, des expl'essions relevées et étégnntes dans leur eoncision. Le mot llioùlliya, avec l'acception qu'il a dans le texte tiendrait honorahlemenl sn plaee dans un texte écrit en une langue tri's chùtiée. 16. 'Ala jamî'èloulâd: de préférence ù tous les enfants. Ln préposition 'ala est employée cournmment dans te sens de plus que. Préeédée d'un adjectif qualificatif, elle sert il former un cOlllpnrntif tri's ("our;m1. Exemple: hoùoua Iwbîr 'alaya. Il est plus grand que moi. 17. Fâ/en ou 'âïq ou (wrâmi ou (lÎ'daq. Les deux premiel'fi de ces <1djectifs sont passés d<1ns 1<1 langue vulgaire, telles (Iuïls existenl en litlèl'aire. Le demier est de formation vulgaire: il n'existe en ,1I'n1)(' régulipl'
il 1<1 1'<1eine que l'ad jel'tif J~b- (uÎdiq.

Qtwnt il (IrÎl'alJ1i qui l'si pris le plus souvenl dans un sens péjor<1tiL il s'applique souvenl il quelqu'un qui est délll'ouillnrd, d,'·gour·C/i. Il e,.;1 évidcnt quc ces dernicrs sens sont une <1llénualion du sens le plus ordinaire du mol harâmi; mnis ces sens sonl eependnnt voisins, c!Jr quelqu'un dont on 'C/it qu'jJ pst dégourdi n'est pns loin d',llrc, aussi hien en fl'8nç<1is qu'en arnbe - ct noIre fqih s'en apercevrn toulle prcllliel' - un polisson <lceompli. 18. Bîh-fïh, employé !'ouvent nu lieu de de~'}'i ou de!'ia dont il est s."nonnne. Cet nverhe existe au Be<lussiel'. '19. fn{aq, dèpen!'er il ln IVe forme de l'ar<1lle régulier. Ici cc Illot a le sen!' de dépl'nser pOUl' aehetel' au marché, pOUl' l'entl'etien de la nwison ct pOUl'voil' il la subsistance. Quoi(IUe [l'('S liUpraire (l'origine et conservé int'H't. e(' mot s'entend souvent dnns la Inngue des gens de tonIe catégorie. :!O. FeI'{èl'. l\f!llI1e remarque que ci-de~~us. Le sen!' dl' ce mot en arnllP régulier est auiler et s('couel' ses aill's. On emploil' ,H\!'si en parlant dans le 'sens de p~~'!ir rapidement, filel' comme une Il('che, la forme ls/à{el'
j~..r;'.

21. '!J'chll'a. Ln VIII" forme est employée indiff('remment pour ln pl'emière dans la langue pnt'lée. 22. Mld(w. SUI' le ehnngement du

t

en

L

dans la prononcinlion sous

l'inlluenee du lS pronom affixp, voir Archives marocaines, Bulletin eité' page 16!), note 2. 2;\. Tesouîqa. Ile forme étahlie !'UI' le mol Süllq, march{' : faire Je marehé, alh~l' aux provisions. 2~, MIÛrl,hkhema. Ce mot, dans la langue vulg<1ire, signil1e superbe, exeellcn't, supérieur; l'es sens so:t évidemment dérivés de ceux du ver!Je

r;,j qui, dans ln

langue littéraire, signil1e être gra!', corpulent.

2". Jayùla. Il est il remarquer que le mot I(wm est considéré, dans ce
p-'-}~:..:;agc,

eonune nsscz souvent dans ]:1 langue vuJg:1ire, eOJnlHe un sub-

slantif féminin. Ces anomalies ou incorreetions se rencontrent pal'1'ois

470

AnCIIIYES MAHOCAINES
1I0US

dans la langue yulgaire el l'on se souvienl 'lue l'expression liânfs elmal'rèb lima

avons lrouvé

~.l~ '7'A\"':";!(

(voir Archives maro-

caines, sept. 1906, n° VII, p, 436, noie li;). ",ous ne POUVOIIS ll'ouvet' d'explication soutenable il l'acception féminine du mot l(/am. 26. Elmlè!l. Cet adjectif est pris ici dans le sens d'Un substalltif comme e!lihéïr, On sait <lue l'emploi de l'adjectif au gellrc neufl'e est assez fréqucnt : eljmil, elql1l, W;lsir m~nnho1Îm'.
27. Èssè/;hl'a diâlo, Lc mot so/;hra ~......" prononc(~ aussi se/;hra, csl

-universcllcment conllu !lU :\1aroc dalls l'acccption ordin!lire que lui donnent les dictionnaires de l'arabc litl,~raire, c'est-il-dire corvée, travail [orcé, sans rétl'ibution géllér<llelllent. II est bon d'ajouler' cependant (lue le lllot soli/ll'a a pris !lU :\Iaroc deux sens dérivés du sens origiu<ll. C'esl d'abord la commission, la course, dont le mkhazni au service d'un gouverneut', d'une aulorilé chériUenlle, d'une lègation ou d'un cousulat, est ch:lI'g'l" 1':11' ces éli/l'éreutes autorités, C'est .msuile le pOL/l'boire, le béne/ice personnel, licite ou non, que le mklwzni relire de sa course ou de sa mission ou de son itllel'venlion, eflicace ou non, dans un dill'él'eud, L'usage de la "okhl'll est tellemeut [ln""," dalls les usages que le mklmzni n'a génél'a!elll('rJt pas besoin de la "éclamer; .il convient d'ajouter (l'ailleurs que, les lllkhazui des aulorités chérifienne:,; étant pOUL' la plupart hien Illal pnyé:,;, J'u"age de la sof;hl'<l Il':1 en lui-uH\me rien d'ahusif. Cc pourhoire ne s'éll'ye g,"ném1elllent pas pOUl' de:,; all'ail'e:,; 'Courantes <lu-dessu:,; d'un ou deux douros (en lJlolllwie maro('[lÏne), On <lppelle enfin sokhra la rétl'ilJUlioIl donnée Ù Ull coulTier piétOIl

k,)""lj-, reqqiÎ~), qui est clJal'gé de faire pal'lenir un pli mgenl dans Ull
minilJlum de temps que l'on déhat a,'ec lui en sli[1ulaIll que la « so/;hra " ser'a, pour l'aller el le l'clou l', d'un prix détel'llliw'" Le plu:,; SOUH'Ill, celte so/;hra lui est donllt"e l'Il deux foi:,; : la moitié ayaIll son dt"pal'l, cl la seconde partie, lorsqu'il e:,;t revcnu il son POiIlt de départ eil ap/lod<lnt la réponse il la lettl'e (lU' il avail en charge de t'aire pal'yeIlil', Un raqqù~ eIlgag<\ dalls de lelle:,; conditiOlls s'appelle courrier spécial:

raqqa~ bichchart .1"r~Jl: iflj-"
C'est du mot solihra qu'est sodi le lJlol msûlihl'i

'-?7---" pl.

msû-

lihriyrn ~,~, Dan:,; la lermirwlogie du :,;ystl'Ille gOll\el'nemeIltal et

militaire makllzénicn, le lel'1llC de msûlchri c.st rè.selTé il une ('alégorie spéciale de gen:,; d'arilles al1'cclés au service de la garde iIllpél'iale du souye,'aill ct p<ll'fois utili"és eOl1llllC cOUlTiers [laI' le sull<ln ou :,;es ,'izil's auprès d'un qaïd, Voir, au sujet des Jlsâlchl'iyin, le Jlal'ocrIalijourd'/llli, de E, Auhin : le GOllvel'llemenl du iVlaroc, pp. l!)~ et 24+, 28. Ellûreddû, Hemarquer la dét'ol'llralion subie pnl' le pas"nge de la forme rég~lière dans la langue vulgaire, eIllre aull'es Je redoulllellll'nt du lam de l'article eomme si lc mot comillen~ait par Ull lam. l'utin la présence de deux accent:,; tonÏ<lue:,; lrl's neltelllellt lJléu"lués dans la pl'ononeiation. 29. Jâ l[qrh. Remar<\IJer que le yel'lle jlî est ici n[ll(\til', cOlnme il <lrrive souvent dans notre dialecle, VOil', il ce sujet, Archives marocaines, dé(:. 1905, p. 179, note HL

KHOR'\FA n'ALI cn-cn'\TAR

471

30. Lqow./idn. Cest là un ma~dal' curieux du verbe ~, que nous

n'avons pas reneontré dans les dictionnaires de l'arabe régulier que nous avons consultés. Il est évident que le sens de cette forme très elliptique doit être complété, quand celle forme sc l'encontre ainsi, pal' le mot
J:tâja

~b.

ou l:âl'âl'/

ifIJ

sous-entendus.

31. Ja'"1li. Mème remarllue qu'ù la note 29. 32. Ida ma. Ma est ici explétif. 'l3. Iréddni. Le verbe redd en ,trabe vulgaire est très sOUl'eIl!, comme ici, le "ynonyme de ja'al, (aire revenir ou de dêr aor. idir, mellre, placer. Le verllC redd entre d'ailleurs dans la formation de pllŒieurs expressions

où il a des sens variés; on dira pal' exemple:

'":'"'~\ v-.l
J~\

;).,) redd lô

Ijouùb, il lui a répondu ou donné réponse.

vJ;).,)

redd lû /Ii/lObaI', il l'a avisé.

~ '":'"'~ \j;)) réddou Ibâb aliya, ils ont (ermé la porte sur moi.
Enfin le verhe redd exprime aussi, tIans la langue juridique, l'idée cleo repousser, ne pas admellre une preuve ou un argument, les ré(uter. Ce sont là d'ailleurs des sens connus que nous ne rappelons qu'en passant. 34. rlsmcini ne peut avoir d'autl'e sens que celui que nous avons donné dans la Imcluetion. Mais c'est lù une forme peu usitée ct complètement incOlTecte, et que nouS n'avons jamais entendue. 11 aurait fallu dire ysemmiouni, ou semmaouni pour rendre exactement le sens du texte. 35. Nou~rriZ,. Le verbe ouùm ou OllOurl'a se construit avec deux régimes direets. 36. Féchlwrtsô. La chkàra est la sacoche de cuir que tous les Marocains portent en sauto il'. Il est bon de rlJppeler, Ù propos de cc mot, (lue le personnel de la cour chérifienne est divisé en deux catégories distinctes: l'une, la plus nomhreuse, est constituée par le Moudlin e/liOummiyâ
poignard et les Moudlin èchclzekâra

~.,)\C'~\ -:r.

~5J\ -:..J~ gens du

J\.,.- les gens de la sacoche.

Cette division ne correspond plus aetuel1ement ù quelque chose d'aussi précis qu'autrefois, beaucoup d'usages, bien des traditions et partant un certain nombre de termes étant tombés en désuétude depuis l'avènement du sultan actuel. (Voir, au sujet des Moualîn Chekâl'a, le 1I1al'oc d'aujourd'lzui d'E. Auhin, le Gouvernement du Maroc, p. 201.)
'l7. C:Zoud.

;).J~ direclernent.

Les Marocains représentent Je son gue

pal'

d,

mais il semble assez pl'obable que ce mot ait pour origine la

racine ;)~.
38. '.tZ,;lsa. On forme de ce mot l'adjectif ma'abes : ma'abes oujhou
~j~, qui a l'ail' contral'ill .

39. I~'/olla'd est ici il [leu pri's synonyme de mOll,l'iba, èl"énemcnt tri's

!72
grave

AHCHIVES MAHOCAINES

~t l'eg,TcUable; on clnploic aussi dans le lllèlnc r:cns le Illot oua!id. 40. Elltsiya. Cette forme e~t a~~ez rarement employée; on entend plu~ ,'our;lInmerü dit'e èntsina, èlltsin, ali/sa ou èlltsûya.

,fI. Mta'àchchel'a. Il e~t :'t noter 'lue c'est la V" f'Jl'lue ~.

et non la
le sens

VI"J";;"'~' 'ILti

est la plus

~pécialeillent employée

en parlant

dan~

ùe (l'équelllel' quelqu'ulI, avoil' de~ relation~ avec lui; la VIc l'orme est, au
euntl'nil'c, dans la langu(~ J't"g'ulièl'e, seul(~ usilf~C :.lvec cette signification.

42..~lll', C'e~t l:'t un mot littéraiL'e inu~iU' dan~ la langue populail'e et intL'oduit évidenlLnent ici pour l'imcL' avec i<1l', 'pû tCl'mine la phra~c suivante. 43. [sl,haloua. Se l'etil'el' seul avec, l'ol'Ille vulgairc dérivée dc la V' forme
l'égLl]ji~re ~;'.
~on

44. Jbel'lslwlialetsl1lèl'dèll. Il e~t intéressant ,l'obscl'ver que la comhinaidu pr(,tél'iL jbel'Is et du présent Iialetsmel'dèll l'cnd tl""s l'igoul'eu~e­ ment notrc expression je l'ai ll'ouvée ell Il'ain de, occupée li, CIl flagmlll

délit de. Tsmel'dèn est synonyme ùe la'aiJ jouer, hadinc!'.

4,;. h~il'àt ntô. Cette expI'cssion seLuhle exactcment calquée SUI' la nüll'e : ,~lle courut ;\ lui ou SUl' lui . .t·H. Fsûd. C'est Iii Ult IilUl. tl'i's g(~IU:'I'al, eillployé claus la langue vulgail'c aV(~': de~ ~en~ tl""~ V'.ll'i"~~. Le ~en~ du texte est: « déhauche ,,; d',lillpuL's l'adj l'el il' fiised a lri'~ ~ouveltt le sen~ de déhauché, COL'L'OllllHl, Le l't"minin fiisda s'l'mploi(~ ,~n parlant d'une l'emLllf~ de mau\',üse vic ConlLue ~ynonyme de qa!l,ba \,/\.~g. Le verbe fiisd, qLW lLOU~ vel'l'on~ plus loin, e~t employé toujours avec le ~en~ de déhaLu'heL', COl'l'OUlpl'e des hOlllUH~~ ou de~ Jille~ el, pal' exten~ion, le verhe a l'ri,.; le ~en~ d", violeL', Le nlOt t:,dti s'appli'I'.le au~~i aux idée~ d(~ tl'ouhle~, ,l'agitations, rc''''olte~ ,'oLume ";YUOIlYllle de {eilla. L'c'~pilhi,t" (k fiised e~t ('OUr<lLIIII[(~II! "Lllployèe depuis ce~ dernil're~ ,ulllèes "n padanl du l"llneux 'laïd llrig<lnd El'I'aï,.;oùli. Il e,.;/: il l'emarljuer' quc, dans l'a/'abe l'C'gulicL' du dialecte IlI'lL'ucain,

l'expL'e~~ion êlnw

elf;ised

..\_~ li,\ s'appliquc au vin. C'e~t une p('l'Ïphl'ase

lll,~pris<lnt(' 'lui ,,~t pas~ée t1an~ le ",[yle d('~ leltres du Makhzen et que lJ()Ll~ al'on~ (~Ll l'ocl~;[sion de l'encoL1tl'el' a,,~ez ~oUH'IIt. 47. Sta!lyi/si. Celle l'xp,'e,.;,.;it)lJ est COlIlllIUII('ment eLuployc'~e (!;lll"; ('e dialecle. Le~ gens du peuple lui pl',~l'i~I'er1t cepcndant le \'(~l'lJe !Ichem et tuus ~es d('ril'é~ !Lchounw, !u'clwllnlll et !wchollma.

18, T{w/I/à!t.fsi. Ce tel'lne, ('lllprullt,~ il la langue lill"-~l'ail'e, e~/: SULl\'ent

t'ulpluy". La Ile l'ol'lile ~~ {û'/I/a!L ,!c"ShOjWI'ÜL', ,,~t "gaiement très ('onnue ici, IlOU~ 'lUl'OIlS c.l'ailleul'" l'occa~ion de la l'encuntl'el' plu~ loin, 4!!. 1I'àn/(i. Le~ }J<lL'<Jcains Il'em[lloi,~nt pa,.; toUjOI1L'~ riguureusellleili la forme ft"nlinille (~n ~'adl'e~~allt il une l"~lllLue; il~ ne,.;ü l'ont, en erl'et, aucun ~('I'u[lule d" g'al'dcI' au l'l'onum de la ~ecullde per~unll" la l'UL'nle ILtaS('Utille; 1e text(', prè~enl IIUU~ l'oumit o'pendant [llusieul'~ exelllJ>le~ de l'ol'nl('~ l','nlillille~ ellJllloyée~ exactement.

KlIonAFA n'>\u Cn-CH..\TAR

473

"o.

Khila'. Forme tirée ùe l'arabe régulier

~yS..., vie

ùe ùésol'ùre et

de débauche. Cependant le sens de la racine ~;... s'est atténué un peu ,Jans l'usage vulgaire, puisque

~ est plulot synonyme de zëho yl"'j.

Lli sla!lyllsi là mèlly {ouqèk ou là mel/y lsa!tlsèk. La phrase qui termine la réplique du mari ù sa femme eXlwime sous une autl'e forme la mème idée que l:el1e 'lui tel'mine l'apostrophe de .la femme ù son mari. Il esi ù rem:mluel' aussi que dans les formes {;wqèk ct lsa!llsèk les pronoms suflixes sont l'estés au masculin. Entln un j'enwl'i{nera, dans la furme mèlly, la contl'adion de mèn dly ('onfOl'mément au phénomène observé par M. Bel dans sa Chanson de Djliziya ù propos du mème mol. Voit· Journal asiatique, neuvième série, 1. XX, n" 2, septembre et odo!n'e 1!J02, p. 1!);{, note 3. Il ya lieu de rellWl'quel', cependant, 'lue, dans noil'e dialeele, la suppl'ession ùu

,,1

j

ùe min ou sa eontraetion ùans les l:as l'elevés par :\1. Bel est

beaneoup llloins fl'équente, et 'Iu'on tlit tonjoul's

J'lèn la !:tmo Mnèl blèd Mnèl !wnôuls Mèn rdso

V'A-:>-J j-o.
"\'l~\ -.)... ~jl~JI j-o.
\l'....

J~

0'"

fi2. l1ûl'aj est un synonyme tle ?,O llIlts , mais plns l'elevé. ,-'3. Tsmèl/dr. Pal' un ph,~nomi'ne analogne Ù l:elui 'Ine nous ob,.;enionei ;\ pl'OpOS de la'achcha (note 41 suprà), la Ve fOl'lne a pl'i,.; en yulg;lil'e le

,.;ens tic la VI", qui est peu employée en pal'lanl. Le sens de J'l'gnlier est ,>lmula la sottise et celui de la fol'luc

2L..;· en al'abe l'('gulict,

&. ell ;ll'abe

esl sc moquer de quelqlI'lIn. M. Il''il'. Cet adverbe, quand il IH'(,eède un ycl'lle, a Ic scns dc ne jàire

quc,s;ulemenl:

'"7"

i.~~i:- ÎL,~J\ ..J}\ lift

Ldscl olIldèl!wmm ?,irliaïlidèIJ,

ce polis:"o]) ne fait que menlir. Dcvant un sullslanl.if, Je mot l'éïr l'si en1I'Jo'y'> avee le sens de (cela l1'eû) alIlre chose qlIC ... La prcmièrc partic de eeUe locutioll l'estanl cn aralle loujoul's illexp"illlée, Nons en VCtTOllS un exelllpic un peu plllS ha,.;. i')'), Els';l"llar. La l'I'l"senee d,~ J'l', vO'yelil> de j:nssnge, :,,'e~pli'llle ici pal' le J'ait" 'lue le mol Pl'l"c"'delll ,.;e lel'luille pal' 1IIIe eOUSOlllle. On ;1 pu J'C"ual"lttel' que, 'Iuclque", ligne", l'lus haut, el' 1I11\tlle mol sc 11'0 Il \';ull pI''''' ....,,\<', du l)l'Olwm cl/y, eelle voyclle de l'as";;lg'e Il'existait. pa:". :Voir, ;\ ce ,.;ujel, 1I0le 6 Sllprù.) ,-'6. T"e'ùolUlouh, Lcs vcrlJes 'âd ct 'dOl/ad ont, dans notl'e dialecte, les spns de l'l'péter une chose, la l'efaire, la redire. Ce del'niel' SCII"; e,.;1, en ;H'al)(' r(·gulicr, rClidu pal'la IV'
fOl'lllC

;:,14 \. C'esl cncol'c 1;\ Ull

c~elllpic

474

AHCHIVES 'MAROCAINES

curieux de cCHlfnsLon de sens entre deux formes de l'arahe lilléraire. 57. Fl.éïr /saf,~" "mme/ou . .:'\ouvcl exemple de l'ernploi de réïr dam, le sens i;ldiqué à la note 1>4, 58, Réïr èrrïh, Voir note 54 ill (ille. 59. Èllwrâmi d"Ali. Il est curieux de remarquer l'annlogie de cett(~ tournure populaire avec notre expression très fanlilii'rp ce wcrijlanf de ... Nous nous empressons d';Jjouter (lue ceUe locution est en nrn/)e ;Jussi relùchée ([u'e ! fmnça is, 60, Ara lî lIûliOul. Sur J'emploi de la formp 'lm et la différence ;\ fnire' entre "ra et ourra, VOil' ,1rch. mar., vol. VII, sept. 1906, p, 430, note :H, 61. [31:a i!là,'!a'1, SUl' le verhe bra suivi d'un \"l'l'he, voir stijlrà, note Il. 61 bis. Allâh i'1èbba(l I01l11Otih. Mol, à mot: Que Dieu enlaidisse ;;;on visnge! Celte malédiction;) plusieurs,.,imi!air'es : Allah isotlOUd otijhou ! J' (" ' l ' I l ' ",' , Allah isououd noulouh \ LI era ement : 'lue ,leU UO!t'<.'lsse son nsnge ' Enfin on entend aussi: Allah isououd (ou i'1ebba!l) w'douh, Que Di('u transforme en malheur sa félicité! Allah imermed l:lâlo : Que Dieu le confonde ,le jell,\ dans le malheur:\. Les hénédietions s'expriment aussi pal' de,,; fOI'mule:; tri's nomhreu,.es; parmi les plm; usitées, eitons: Allah i:èyyèn !/lî!o, oujhou IOllnollh,Allah iloû oui' 'eumrô, 62. E'ndèhhlibô, Celle seconde forme, empruntée ù la l;Jngue classi(lue, est tri~s ral'ement ernploy('I', L'indigène aupr"'s dlHluel nous avons recueilli ce conte s'est bissé allel', ,:omme tous ses pnreils, lorsqu'ils ont qucl([ues relaUons avec Ips étrangers, il employer de temps à nutrp, pour faire ét;Jlag'l de science, t'Cl'tainl'''; de ces forme" régulières, Il l'Hl en effet benueoup plus courant d'enlendre d!/Q aol'. id!ü ou <"lIra aor, inti pour dire renvoyer quel1lu'un, Le verbe dhèb e"t seulement employé ù ln Ir' fOl'me dans Je sens de s'en aller, et l'on entend dire alIssi souvent èdhèb, ua-l'en que sil' ou si" fildlèli, :\'ous ve!'l'ons plus loin le verhe dhè!> employé dans sa forme hahituelle. 63. 'Alièch, Celle prononciation est plus ral'e 'lue 'alèch, 64, Mèn è,~,~ebâ!1 ,,·bâ(l. Expression empruntée il l'ar'abe l'l:'gulier et qUe" traduit exactement le lendemain malin. 65, Qebl.là/o. On n'entend jmuais, chez les gens de Têlnger, et nous n'avon,. jamais remarqué jusqu'ici, chez les ruraux de la région, la déformation gll(/eb, Cette forme p:u'aH Mre uniquement employée pnr les gens d'Algérie dont le parlel' ne s'est pa" assimilé ù celui des Marocains. Le verbe '11?e(/ veut dire à la foi,. prendre, saisir (emprisonner par exlension) et jlel'cevoi,' une somme d'argent. GG, Erglleboû, Cc "el'be a ol'dînail'emerli le sens (l'observer, regarder avec 'ala de la personne ou de la chose, Il est employé ici pal' le conteur avec le sen" de tsqàbloll. 6G bi,>. l'1lel lel'olla!I, - Meurlrier, Cette expression e"t évidemment prise ici nu flguL'é, mais on l'emploie coul'anunenl au sens propre dnns le I:lllgage ct J'on entend souvent dil'e d'un eoupeur de routes et d'un brigand
hOlla sâl'e'1 qèt?â è!tI'Î'1 ou qlÎlellèl'ollâ!l

C\",') J;'\; 0:, J'kil t.1.W J ) ....

r

Lèrouâll, pOUl' èlèl'Ollâ!L Voir, au sujet de ceUe contradion, wprà note 4. 6ï. [(atelsllàle(. User a,'ec que/qu'un de douceur" de politesse, et de conciliDUon, soil dans le geiite, soit dans les pamles, Quicoll'lue a

KHORc\FA D'ALI cn-cllkrAH

47;:;

'(IUelque peu l'habitude de frt\quenter l'indigi'ne mal'oeain a pu rem~lI'­ ,quel' la mimique expressiye et assez spéciale qui accompagne toujolll's leurs paroles. Certains mots de leur langue s'accompagnent le plus souvcnt de gestes toujours identiques, qui sont en quel'Iue SOt'le la mimique ,classique et la l'eprt\sentation lîgurée des idt\es énoncées par ers mots. Quand un ;\lamcain parle d'une personne qui, telle la mi're d'Ali ch-ChâlaI', s'inl-t'énie pal' toutes sortes de paroles ealm:mtes et habiles â arranger une al1'aire qui a pris mauvaise 10Ul'llÜI'e, en un mol lorsqu'un indigi'ne dit de lei auli'e : bda ilslà[[e(, il a soin de réunir en faisceau les cilHI doigl,,; de la main dl'Oite comme pour examiner le bout de ses doigts, d l'élevant à peu près ù la hauteur de son vi,,;age, la paume tournée yer'''; lui, il halance doucement ceUe main, de droite ù gauche, ù plusielll's foi,,;. Les exemple,,; de ces mimiques ,,;ont nomhreux. En parlant de quelqu'un qui a inIligé la hastonnade ('àsa) Ù llll autl'e, ou d'une trihu 'lili a fortement razzié une trihu voisine ou d'une colonne makhzénienne 'lui a admini,,;tré' une eorredion d'importance ù une trihu l'chelle, le plus souvent le narrateur allonge l'index et le médiu,,; de la main droite en repliant le pouce sur l'annulaire d le petit doigt repliés eux-mémes ; ayec ces deux doigts l'l~unis et allongés, il frappe doueement et lentelllent (ou fait seulement le simulacre de fl'apper) sm' les doigts de sa main gauche maintenu.al1ong'~s les un.- sur les autres et dans un méme plan pal'allèle à lui, le pouc~ étnnt replié contre la pnume de sa main. L·idé .. d'amitié étroite entre deux personnes, l'id,'~e de la mahibba d,' l'illi~lÎla 1ri'''; forte 'lui les unit s'accolllpagne du geste suiyant :' on rappl'oche Ù plusieurs l'eprises les deux mains l'une de l'aulre de fa\,on 'Ill<' les ind,'x de elwque main nllongés horizoutalement se puissent seuls toucher SUI' toute leur longueur, les autres doigt.- de la mnin restant replié,.; contre la paume. On rappl'oehe et on éloiglw nin.-i il plusieurs reprises l'un de l'autre les deux index. ' En nllongeant horizontalement l'index de e!w'lue nlain, les extrérnit,',s dirigées l'une contre l'autre, les aulres, d~)igts restant toujours repli,'~s r;ontre la paume, en l'approchant el en elolgnmll successIvement l'un ,t.l'autre ces deux index on rend, au contraire, plus cOIHTète et plus sensible l'idée d'inimitié et de haine ('adùotla

~j\~, lian/l'a

\.....

.kJ....(vulg.,

bou,:rJ ~j qui divise deux hommes ou deux partis. Ces geste,,.; ne

supprilllent pas l'.elllpl(~i .des mots, ils en .re~lforeent s~u.lement le sell;;. C'est d'ailleurs la un tmt hlCn connu qUI n est pas specwlement remarquable au ;\:laroc ; la mimique est particulièrement riche ehez les Orientaux; nous avons douc simplement ~oul.u donn.er, à lll'OPOS de quelques mots, la deseription des gestes partleulters qm les aceompagnent et 'lui se remarquent ;;urtout chez les gens du peuple. 58. Chélmel. Chlem est synonyme de lfh[a fi repl'ililandel', insulter et maltraiter, en arabe vulgaire. 69. MeliC'ln~t. M~klfCn, mettre en possession. Mot assez relevé et d'ulI usage asez peu courant dans le peuple. Se eonstl'Uit avec deux régimes direets, alors que dans l'arabe régulier on dit

~ ~~ .::....:-C".
31

70. LotlÏz est notre mot louis, et s'applique ù la pièce de 20 francs.

Les monnaies d'or actuellemenl connues et usitées au Maroc, bien
ARCH. MAROC.

4i6

ARCIIIVES MAROCAINES

(Ju'elles ne soient nullement dans la pl'atique courante, sont te louï: et ta libra ou ibra, livre anglaise (25 fl'èltlcs), 1\ est Ù remanIuer (lue jusqu'ici l'unité monétaire dans les crcances, comptes cOUl'ants, IlIIl1'chés, vent"s et, achats de marehandises, gl'ains, bestiaux ou Ips opérntions illlmobiJièJ'es, a continw' Ù être le HMI (Douro) espngnol ou hassani. [Monnaie marocaine l'l'appée pal' Moulay Lhasan, puis pal' le Sullnn l'l'gnnnt, cett.' derni(\re fl'appe faite conculTcmment Ù Paris, Londres et Berlin, Ln monnaie frnppée pm' le Sultan l'ég'nant se nOIll/!lp 'jllel'JlIefoi,s aussi 11lOllnaie azizi, mais le tenne général est plus commllnémenl pmployé.j La monnaie d'or esL plus spécin!pmpnL I·..· spl·vée aux atl'nil'p,,; de PI'('miere importance, commandes pt foumitures pOUl' le ('omplp du '\lnkhzpn. alTaires Iinancii~rps ou elltl'pprisps n~'nnt un cprlnill cnracl'\I'p officip1. Dans les documpnls relalifs ù ces all'ail'es pl les cOI'l'espondnn"es 'lui s'y l'apportent, les sornmes sonl l~noncées en loui" cl en liul'e" anglni,.;p,,;. On pOUl'I'ailrésullIer ces I[Uct'[IWS obs('I"'ations pl l'plies 'lui pr"~l',\denll;] nolp 8, SUI' les unités monélair,',.; usilées nu MIlI'OC, de ln façon suivnnlp : Les (Tieurs publics 'lui mettent ù l'pncan des objets usag('J's, des obj,'ls d'occasion. les petits houliquiel's elle,.; gen,.; dl' ln " ]ilaw " (mlll'l'h"'), marchands de l''~gullle,.;, ehnrhon elc" l'ont Ipurs prix pn Belliou/).< o 1'1'.25 has, Les crieurs puhlics 'lui Illellent aux enclu\I'p" it',.; bôll'';: dl' Sl'lI.· pl d.· Ch:lI'g'C, les négociants en bestiaux ou en gl'ain~1 If'~ spé('ul(ltClll'~ ùl' 1('1'rains el, les npgocinnls de quclrp.lc ,.;ul'l"lI'e l'ont leurs pl'ix en Douros csp, ou has, Les gl'osses opél'alions, cOl1llnandc,.; el t'ournitul'p,;: pOUl' Il' l'Olllptp du Makhzeu, les opr\rntions finaneil"res qu'il peut faire', Il's comptes l·ouranl,.; ctl'S pel'sonnages du Mnkhzl~n ou des nolabit's mal'l>e,lins 'lui out leui al'genL placé dans des banques europépnnes ,;: •. chin'renl el s'estilnl'nl l'n louÎz ou en lilHa. En d'nutrcs terllH'S, les opérnl ions ou lrausactions ]ocair's qui se t'ont. sur' pince ou dnns le pays Ill(\nl!' S'l'stiment. en IllOI/I/OÙ' d'al'gen! (Helljouns, J)oums espngnol,;: ou !wssnnis el quel'jlll'foj,.; fran(;ais). Au contraire, les op"rnlion,.; ou lrnnsnetions 'lui uni lil'u par lI' moyen de bnnques eUI'opéenne,;:, ôtnllli,'" ,1 Tnngel' ou hors d,' l'Empil'l', se chifl'rent pres'Iue exi'lus;\'ellll'IJ!, en nwnnaie d'or (Ioui,s l'ral/l;:n;,s ou livre anglaise). il. i?r1dehèb, dhèb. Ce rapprochpmenl rie deux mols de consonnnnCl' semblnble et difl'érnnt, pal' le ,;:ens el la fondion sonl {"'idelllllll'nl un jeu de mot voulu et mômp c,hcrcb(~. Hemal'lp.lOlIS qu'ici le verbe dhè!J, l'mploy'" il celll' l'ol'IIU' l'l nvec 1'1' spUS, n"~st pas une l'an·té dnns ln !:Jngu,' yulgnil'l~ el Inônll' populnir'l' : voir Ù ce sujel noll' G2, 71 !Ji". Ellclllo' si,g'lJilie ln cupidit,', l',ulIhiliolJ, l'enYi,', LI' Sl'ns dl' Cl' mol peut. ici semb"'l' qUl'lqlH' Pl'U obs,·ul·. Le nllli esl ""'idl'Inlill'iii ulôd choisi pour rendl'p l'idl'l' 'lui esl la sui,'nule : le dé.<ir I,'ès vil' 'lue ,<a Ill,)re (l (de laisse!' ,.;oll lll.s pOUl',sui,'!'1' ,se,s ,"Iudl',s nyl'" loi', ... C,'ln p:u';dl :1lI prenliel' abord une nccepliolJ un peu t'orc"l', "nl' ln ,'upidil,', ";1'llIb'" plnl,"1 le l'ait dl' l'l'lui qui l'l',:oil ([ue dl' ('l'lui 'lui dOllul' dl' l'nl'gl'ul : /!lni" Il' teilla' esl nU,s,.;i applic,llJll' il 1<1 pel's'"lnl' I[lii dOlllle 10I',s,[u<- c('II,'-,,; l)(llll" suit pal' là Il}(~IlH~ le d\"~il' de ~e e()llcilil~1' quplqu'un, dt' Il' gïlg'llt'l' Ù ~;l cnuse en lui donnant. dl~ !'nrgellt, l'n ô1l'I1l'lalll l'II '[I1el'111!' ,.;u rl l' sa l'ollS· cil'/lt'p, Le ltlol, jll'0l/l'P !'cc!loU(( np rp/ldl'ôlil pns la /l1/[JII,'I~ (~\'idelllllll'/II 1/11 peu subtile expl'illd'e pal' lemu',

477
72 ..f'l(wl'ûra, mot il mot, ce qui est chaud, ce qui brûle. Dans le passage du texte il s'agit évidemment d'une correelion cuisallie. Dans ce sens on

emploie couramment le terme tl'i(ta

~:. .,.,1

qui répond tout il fait il notre

mot trivial: /i'ollée. 73. Rébbitsih. Le verbe l'èbba esl rarenH'nt employé danl le dialeelc mal'Ocain avec le sens d'élever, édlHIUel'. Il a toujours le sens de punir que nous lui trouvons dans ce texte. Le mot lèl'bl'ya 4..: employé dans le sens de punition et le verbe Irùuua dérivée de la II'

j'

esl toujours
V" forme

c.s'- . Ji

c.s'-..)

rabba, veut dit'e èU'e puni.

74. Là uouddà. On entend dislinr:!ement deux accent,.: toniques Il't'>,

marqués dans celte expre,.:sion qui est IJa>'sée dans la langue vulgaire avec sa vocalisation réguht're.
7i).

Tels~l'l'{?ou

Isàl'l'a(t.

C..,.,....;·

e,;l syuonyme de

d1;\

ct

J-l1.;',

ètre

relàché, èlre libéré. La Il'' [orme de 1,1 racine Lp masdal' lesri(!

tf

a en vulgaire le sen,.:

dl' laisser pa,;ser lihremeul, autol'Ïser il passel' et rel:lchel' de prison.

e-:. J "';·

a pris pal' exteu,;iou le sens de passeport,

passe en douane, ct mème relaxation d'un prisonnier; ct cela, aussi bien dans l'arabe écrit que dans le langagp.
76. Ta'UI1l. Le

~ est l'enseignement ct l'exercice militaires.

Cc qui

del'llier sens est plus couramment attaché au mot la(/l'ib "7"".. ..?"-;' ciers instructeurs européens, nOlllnu',,; au :\Ial'Oc le,; (Utl'l'<Îua de hàl'nÎb

esl l'enseignement mililaire donné aux troupes ùu l\Iakhzen pal' le~ ortl-

'-;-'.Ir. Le

~:

Ir, pluriel

mot la'UI1l ,;'emploie cependant t1'(\'; bien pt lrt':"

couranllllcnl dan:" le ,;ens (ILt'i1 a ici. 77. [Jas lô yddô. Il convient d'ajoulel':l cc 1)\'0poS que \ol',;que deux l\Ial'Ocain,.: sp relH'Ontl'erll ct sc sonl ,.:eIT'·· la main, l'usage vput qn'il,.: pol'lenl chacnn iL1 main à leur poitrine ou à leur (:a)Ur, en s'inclinant et en l:changean: les jlolile,.:,.:e,; Iwbituelle,;. On Cil voil ';Olll'ent "'autres, au contraire. qui, a[>ri',,: s'l\lre serré la nwin, la IHlI'lent il leur,.: li:\Tes pOllr ln bni,;el': mai" (:et!e demit're pl'atique n·e,.:!. pns ('onfol'nle aux j·èg-Ie,.: de la polile,.:,.:,·
ellll'e g'clls bien élevt"s et d'un ccl'lain l'allg.

Qua;]! au ge,;le don!. il e,;t qlle,;lion ici, il e,.:t habiluel de,.: gt'lt,.: qui, avant une delll:llIde ou une snl'pli'lue Ù a"re,;:-;(~I' à 'lnplqu'lln donl il,.: d~lIIan"enl aide OU ]ll'Olpelion, saisi,.:,.:ent la main lit: cc derniel' cl 1'1 porlent vivement il leur,.: lèvre,;.' 78. Es/iiI', môme renlal'que (Iu'à 1,1 noIe (j SUI' la voyelle de passage. 79. T~<1lrèli Oll Ichèmmel. Ces fOl'1l1e,; [<"minine,.: sonl "O\'idemlllenl lnlC in('()IT~:"Ù~n, il aurait fallu dire gdèlioll 'alili Oll ïchémmdoll bili. 80. Jlwda, on use indiJTéremment dans la langue vulgnirc de,; fOI'nle":
hdliada \

~~

hdkdali

i.!.l\ ~ l.Jl>

ct hâida ou lz<1ïdali

-.:1\ i:.l.Jl> \ i:.l~.

Ce"

-liS

AnCHIVES MAnOCAI:\ES

deux del'nii'I'e" l"II'me" où le kef rnèdial et le kef final sont t"lllbé;.; "ont un ex~mple fl'appant de la tendance Ilue les llaroeain" de Tangel' ;)llt il SUp[H'lmer le plus d'articulation.s possible. Cette mise en application .~i fr· ...quenle de la loi du Inoindre effort sc renlal'que "urtout pOUl' l'al'ticulation du qaf d'un 'arll

J

que le" Mal'ocain" de Tanger remplacent r"'guiii~rernent

par une Il'b faihle contraction du go"iel', Ilui donne il l'oreille l'irnpre"siIJIl

t

pl'ononcé k("s faiblement; nou" avon" d'niJJeul's f,lÏt PI'I\I:I:'-

dernInent 1~etle lIlème remarque, 8!. .Ye,s(ùl', doublet de ~,s(aT' formé par ln "imple adJition d'ull mim il la l'!lcine arnpwl il donne l'allure d'un participe 1)[I:';s.... 82. Ma IiÛll chi mèll (ulCjqèli lèlihT'oj. Cette expl'e"sion ;1 pOUl' synonyme
ma kounlsi chi I(hûd ènnehâl') ,sekh/'ej

C..,.;c.;·j{'Ji i.i..r.

plo.

83. Dalln dûk chi hèl(wqq, littémiemenl: il pense cela (e.rister ou cal/corder) avec réalité. Il ;, a lieu de ne pns confondre ici bel(wCjq aHC l'exp l'es"ion adn'rbinle qui "ignifie mais, cependallt: dam; l'elle dnmièl'e acception la plnce de bel(wqq e,,1 presque tuujours en tèle de la proposition uu du IIInmbre de phrase resll'ictif, ain;.;i qUI~ nous l'avuns nI dans la pl'emièl'e partie ùe ce texte. 84. )'.;tlûm(]a, p"(HlOneiation conforme ù la l'emal'que de la nute 6. 85. Fèl'rechi. Le vel'lle (èrrech s'emploie (n'>; souvent "ou~ cette forme absolue et "ignilie étendre soit le matelas qui serL de lit, soit un tapis, soit la litière d'Une hète ; un dira pal' exemple: Dâlihlihel èlbhtma (èrroua ou (è/Tech èllw : fais l'enlt'er la mule il l'écurie eL étends-lui sa JiUI)l'e. 86. Tslihelû'al. La forme ènkhela'a esL aussi usitée Ilue celle-ci dans la

1:,

langue vulgaire.
87. Qèllebû

~,Le verbe qèlleb a plu~ieul's ~en~ dan" notre dialecte

vulgaire. Confol'mément il la fornlC régulii~re, il signifie d'abord T'envaser, re/ouI'llCl'. Ce del'uic!' "elI" D donné lieu à une nouvelle acceplion lri'~ (:ourante : l'etoUl'nel' une chose en tous sens, J'examiner, et J'on Jit ainsi

é,.,..J\ ~ ~\\

Rdl.li nemchiounfqèllebou (hâdel mOlU.la, (ou (hâdel ma(wll) \ ~

-S~16 ..i.f'~ ~.Nous allon" faire un examen de.s lieux il

lei endroit. Le laqlilJ ~ est juslement J'opération ll'enlluète et d'examen SUI' place. La phrase Je notre texte fait allusion il un procédé médieal bien peu conful'JI1e aux praliques des médecins ct des empiriste" musulmans Illli opèrent HU Maroc. Cet examen du poul,; d'un malaJe auquel le conteur fait allu"ion est certainemenL le signe que, dans ecr(aines villes du Maroc un peu pénétr'ées déjil pal' J'Européen, les pratiques ct les procédés de nos médeeius ont su fl'ilpper déjù l'esprit très obbervateur des Musulman,;, au puint qu'ils aienL pu songer il y f:lire allusion ù:)IlS un conte fantaisisle. 88. Ek/lre}, voir note G.
89. Guesi'ù délfoul. La guesÎ'a

d:..:,--;

ou

d:..~Sest

un plat;en tenc

:\U

Maroc, en bois en Algl"rie), dans lccluel les Mal'ucains préparent et

.J7!)

"ervent lu" alimcllt". Il sert nu""j ;) itlver le" léguIlJe", IIwi" le plus l'rélj!wIllIIH'nt;) confectionncl' le cou "COU", "ans NI'(' COIllIlle Cil Alg"'rie spécialement nJ1'eclé à cet usage. Les ,\lgél'iens "'lnblis it'i préU'rellt gélléra!f'menl, pOUl' préparer le couscous, l'usnge lie la {juesÎ'â en bois 'IU'ils l'ont venir li',\lgérie, mnis qui est plus prati<lue n'élmll pas fl'ngile. Foui. Les gens qui se piquent de bien parler évitent génémlernelll ]'usag'e de cc mot ct emploient dc préférence le mot ibbaollen ou ibbaoùn, mot berbi'I'e: cc mot, cOlnme tous ceux de la mêmc ol'igillC, ]ol'squ'ils SOIlI. usités l'II arabe, ne prennellt pas 1'nrl.icle, p,wce <Iuïls ont déjà 1'adicl<, hcrh<\I'(' i ou a. Exemple: al'I'ag agoual ({gl'Olll'

J \.,.)'\ ,.:ny~ \

..)JJ)'\'
90. Férlièli. éenl'lel' les jambes,
(JI. Min edliha/l. Voir note () au sujet lie la prés<,n<'(' <1<> I"e illitial lie

~dldw/l. 92. j~',]bèl Z,;ï<]cllèli. La particule la n'est pas ulle Il'''galioll; elle n ici

la ",lieU!' <l'une ;(i'firllwtion tl'ès l'o!'le, et donllc, eOllllne Cil nl';II)(' réguli<'I', nu verbe qlcl ln force du mode ônergi'lue qui Il'existc 1)[1" en arnhe vulgaire, L'emploi de cette particule affil'lnaLive esl cepelldanl. assez l'are
dans lp lana:au'('. !liJ. TrilJlb~), '(ollpie, mot d'origille espagnole, et. ,hm usnge toul local'

il est, ,'('mplneé ('Il ..\Ig<'~rie pal' le lel'Ille :cl'boûla,

~1y,..)j.

onSEHV.\TIONS HEL.\TIVES A LA THA'iSC[UPTIO)j

Voi., l'our ln transcripLion de ce nouyenu conIe le lableau 'lui Jlgul'e en lèle d' " El-Illa 'ùni >J, conte IIlnr<J(:nin publié pnl' [cs Archives Marocainc,,; dans l" filScicule de décemb,'c l!/Ol). NOUR l"'ierons eependant le [ecteur de ne pas tenil' comple, pOUl' la pl'èRente lt"1ns(:l'iplion, de la note lrelaliye, dans ee tableau de tl'[urscl'iplion, aux liilrôl'ents sons de [a voyelle e. )jOliS avons dans J'histoire suivnule IransCl'it pal' e les sons inlel'JJJédiail'es <:nll'(' 1'e (de le:, cl J'e l'erlllé - et nous avons au contl'aire tr;J[]sCl'il, pal' c, souligné d'un tmi.l, [~ son l'mnc d? e dans le. , Le si."·ne '! aceenl vert.lca[; au-dessus d une voyelle ou li'une diphtongue mar(ju~" J'accenl lonifjue, el le signe v inliique que la leUre ou la syll;l!j() (jui en eRI ,lil'ectée doit ètre prononcée rapidement. L.-H. BLA"C.

TRAD11CTION D'UNE NOTE EN ARABE SUR L'ALCHIMIE

Le dernier travail de Salmon paru dans les Archives JI1arocaincs est une note SUl' l'alchimie ù Fès l, Il Y donne quelques détails sur les recherches alchimiques faite" par le Sultan Moulay El Hasan avec Sidi ~[ohammed .\[ezoue et.\Iokhloul' Amsellelll, ct uIle liste des ouvrages que possédait ce derniel' et qui lui ont été pl'is, d'ailleurs, pal' le Sul/an. Celte note se temJÏnait pal' un examen rapide de quelques manuscrits que ~rokhlouf avait encore en sa possession et qu'il avait autol'isé Salmon ù fail'e copiee, cal' il n'avait nHIlI! s'en dessaisir ù aucun prix, Mokhlouf .\msellem est un alchimiste convaincu, il croit en toute sincérité être le demier et le seul possesseul' du seceet de l'élixir. La preuve incontestable de sa honne foi se trouve dans ce fait qu'il a dissipé ù ses recherches tout cc qu'il possédait ct tout ce qu'il tenait de la générosité de .\Ioulay El Hasan, ct il déplol'e que ses l'eSSOUI'ces ne lui permettent pas de continuer ses tl'~WaLlX; il est en effet tet'ls pauvre et vit misél'ahlement. Ce demiel' apôtre de l'OElwre a encore un llisciple, le Chérif Si Ahmed « El Habib ~ ») hen ~Iol.wmmed El
,.,. 1." Nole sur 1'~lchimie à Fès" (G. SAL~lO'i, Archives marocaines, vol. \1[, p.4(1).

2. " El lT~hib". Si Ahmed El Madini a sans doute pris Je surnom de " El Ilahrb " en mémoire du Ki/ah El Habib, un des plus ~ncjens ouvrages d'alchimie connus, sans qu'il ait été possible de lui Iixer de

TRADUCTION D'UNE ;\;OTE E:-; ARABE SUR L'ALCHIMIE

481

Madini, qui se dit originaire de Médine et clui prétend être venu à Fès uniquement pour obtenir de ~Iokhlouf qu'il lui confie le secret cIont il est seul détenteur aujourd'hui. Il serait difficile de dire si le disciple est aussi convaincu que le maître, mais on a tout lieu de le croire en voyant Si Ahmed, musulman et chérif, partager la pauvre existence du juif l\[okhlouf Amsellem, habiter avec lui au « Mellah » de Fès et lui témoigner publicluement le respect d'un disciple pour un « cheikh » vénéré. Le maître et l'élève venaient quelquefois yoir Salmon pendant son séjour à Fès et lui exposaient toutes les raisons qu'ils avaient pour ètre convaincus cIe la réussite de leurs recherches. Pour expliquer l'alchimie, Si Ahmed la repn~sentait sous la forme d'un corps humain ;il appelait la partie inférieure du corps « ilm selli )), la science inférieure; le milieu du corps « ilm ouasti, » la science moyenne, et la tète, « ibn ùlouï ») la science supérieure. Cette dernière lui manquait elisait-il, de sorte qu'il ayait le corps sans tête, et que ~Iokhlouf seul pouvait lui donner cette sciellce supérieure. Ayant que Salmon quittùtFès, Si Ahmed El ~[adilli lui remit deux notes en arabe, écrites pal' lui, ct relatiyes il l'alchimie. Dans l'une, intitulée Slll' le secret de l'Elixir, il dit avoir lu soixante-seize liyres SUl' cette sciellce, n'y a\'oü' pas trouvé la clef de la sciellco, ct y avoir rencontré beaucoup ùe contradictions et cIe choses illutiles; il <ljoute que le meilleur ouvrage qu'il ait lu est celui du cheikh Chirazy 1, dont il cite ùeux passages en vers, qui avait été en possession cl 'une l~pitrc adressée il Khalecl ben Y<lzid
date, D'après BEHTIIELOT (la Chimie au moyen <Ige, t. III, notice, p. 8), " le livre de " El Habib" fait partie des livres d'alchimie qui se réfèrent à la tradition des alchimistes grecs et la continuent n, 1. " Chirazy ", cie Chiraz, en Perse. Le nom de ce cheikh ne sc Lroul'e pas dans Berthelot.

ARCHIVES

~L\HOC.\I:'\ES

ben Moaouya [ qui l'avait écrite pour quelques-uns de ses parents des Beni Oummya, mais que cette épître, où se trouve la règle exacte, a été détruite pal' jalousie pour cacher le secret de Dieu. Dans cette mème note Si Ahmed ajoute avoir connu un savant qui avait lu les trois cents oU\Tages de Djaber hen Ilaïan 2 et qui n'y avait trouvé que des choses incomp]'(:~hensibles et un mélange de la recherche de 1'« l~lixir )) avec la médecine, l'astrologie et la philosophie, (lU'il ne s'y trouvait rien de vrai et que ce qu'il y a\'ait de mieux était extrait d'autres ouvrages. En résumé, Si "\hmed termine sa note en disant que la seule fOl'ce réside dans l'aimant (El ~Iar'netis), qui peut mener ù tout, et que tout ce qui se trouve dans les lin'es ne mérite pas d'étloe pris en considération, puisque les anciens alchimistes se sont bien gaeclés d'y mettre le véritable secret, (lui est perdu. La deuxième note de Si Ahmed El Habib explique pal' queUes circonstances il est arl'ivé jusqu'à Fès, et donne le secret de l'1~lixir d'après les indications de ~rokhlouf c\msellem. En voici la traduction: « c\ u nom de Dieu, clément et miséricordieux. Certains savants, que Dieu leur acconle sa miséricorde UI, ont dit: cettc qucstion posée aux gens de science, de renommée et de noble origine, dont le destin a été de voyager et de s'instruir0, de faire savoir s'ils ont jamais vu, soit en terrO(, arabe, soit en terre étrangèl'e, un oiseau n'ayant ni chair, ni os, IIi plumes, IIi duvet, qui se mange froid, bouilli et
1. Khaled ben Yazid, pI'ince Ommeyadl', mOl't en 70S. On lui a attribué divl'rs oU\T"ges alchimiques (BEHTHELOT, la Chimie au moyen âge, t. Ill, notice, p. 2). 2. Djaber ben IIaïan, le Géber des Latins, le plus réputé des alchimistes arabes, vivait vers le milieu du huitième sièeIe, d'autres disent au neuvième \BEHTllELOT, la Chimie au moyen âge, t. III, notice, pp. 2 et 3).

TRAlH'CTIOX D'C:'Œ NOTE EN ARABE SUR L·,\I.CnDUE

+83

rôti et qui, lorsqu'il est mis sur le feu, présente deux couleurs, l'une blanche comme l'ar'gent. l'autre d'un beau jaune, pareille à l'or, quelques-uns ont répondu: « Dites ù celui qui lit ce qui précède, que (cet oiseau) est dans son essence un œuf, qu'il le comprenne sans se faliguer dayantage. (l L'auteur de ces lignes ajoute: Je suis allé, il y a longtemps, dans mes voyages à la recherche du secret d<l l'l~lixir, j'ai éprouyé (le profondes terreurs dans les plaines et les solitudes et je n'ai trouvé personne (1 ui en soupçonnùt l'existence. « Un jour que j'étais assis SUl' le tombeau du glorieux Es Soyouti 1 (que Dieu l'agrée !), l'espl'it abimé dans une méditation profonde, un homme du pays de l'Inde me donna le salut; je ne le lui rendis pas. Il s'étonna el me dit: « [k~ l'homme, n'as-tu pas honte, je te donne le salut et tu ne réponds pas. » Sorti de ma distl'action, je lui dis: « Ah! Sieli, par Dieu, j'avais l'esprit ahsent et je réfléchissais » ; il me dit à son tour: « Par Dieu, il te faut me dire ce qui te plongeait dans cet égarement. » Je me mis ù pleurer et lui dis: « ~Ion histoire est extraordinaire, et ce qui m'arrive est étrange. Sache que j'étais ulle nuit entre la veille et le rêve, je me yis dans un lieu où ne peuveTlt pénétrel' ni les hommes ni les esprits, je demeul'ai stupéfait de mon aventure et je me dis en moi-même: dans quelle situation suis-je :' « .\lors un éphèhe au visage resplendissant et beau de fonnes s'approcha de moi, me donna le salut, ct je le lui rendis; puis je lui dis: « Qui donc es-tu :' - 'l'on in telligence pure, me répondi t-il; suis-moi,» Je le su ivis, il traversa ayec moi une grande forêt ofJ'ran t peu de passages ù cause des obstacles qui s'y rencontl'aienLl'\ous rencontrâmes l'Oued
L Es Sovouli, Eanmt mUEulman originaire de SYOllt, danE 1.. lIautef:gypte. Il'vivail au dixième siècle de l'hégire.

-184

AHCHIVES l\IAHOCAINES

Ardmous C) aux trois forteresses. Lorsque nous l'eùmes traversé, nous entrâmes sur Ulle terre blanche, appelée terre de l'or'; elle était couverte de fleurs resplendissantes comme des joyaux. « Je demeurai stupMait, il me dit: « ne garde au-dessus de toi »; je regarclai et j'aperçus une colline élevée sur la(luelle se trouvait un olivier, ct sur cet arbre un dragon, dont une moitié était plongée dans une mer (le lait, et l'autre moitié dans une mer de sang; apr'ès, devant cd arbre, se trouvait un homme qui tenait dans sa main un livre qu'il lisait. « Qu'est-ce que cela, lui dis-je? - C'est, me répondit-il, l'art (le l'ldixir, qui produit l'or, l'argent, les perles et les pierres l)l'écicuses, et le résumé de toutes les pratiques contraires aux traditions coul'antes. » « Je me levai plein (['e!l'roi, cherchant claus ma pensl'e <1 uel chei kh pounai t m'enseigllcr ce Llc science d je m"écriai : « Seigneur! lwrsonlle ne m'a <~nseigné cela. » ~I'ayant entendu, il sc mit il l'ire aux éclats et me dit: « 0 mon fils, l'eUe science est daus un cofl're de fer, enfermé dans la gueule d'un lion, derril're s<'pt mers. » J<~ me mis alors il pleur'er, Cil disant: « Il n'y a de force ni de puissance qu'en Dieu, l'devé, le tout-puissant. » « Il me dit: « l'le te fais ni chagrin ui souci il cause de cela; en ell'et, an~c l'aide et la puissance de Dieu, je t"adresserai il uu sanmt d"un parfait savoir dans la science de l'Élixir, cal' je dois Ille prl~pal'er Illoi-m(\me il partir pOUl' le Soudan. » « Il rédigea une lellre, la plia et me dit: « Dir'igc-toi SUl' Bar~qa, c'est un tenitoil'e cntl'e Alexamlr'ie et Tr'ipoli, et lorsq ue tu seras aI'l'in~ il la Zaouïa du cheikh Es Senoussi, que Dieu ragrée, nomn1("e Zaouïa de « Oumm Er Hkham », delllamie le cheikh Sidi "\bdallah El Araqi; lorsque tu l'auras trouvé, l'emets-lui celle lellre. » « Je Ille réjouis beaucoup et je voyageai jusqu'il la tribu des Oulad Ali; ,j'éprouvai de grandes difficultés pour

TRADUCTION D'UNE NOTE EN ARABE SUR I;ALCHL\UE

485

<ttteindre la Zaouïa indiquée et, une fois arrivé, je remis la lettre à son destinataire, qui, après l'avoir lue et avoir compris sa teneur, se mit à sourire, et Ille dit: « Sois le bienvenu chez moi, sois le bienvenu. Par Dieu, mon fils, si tu ne venais pas de la part de celui qui t'envoie, tu pourrais rester toute ta vie chez moi sans que je t'apprenne une lettre du secret, mais, il présent, sois cent mille fois le bienvenu. )) « Je restai chez lui six mois. Un jour il me remit un plat où il mit une souris, le recouvrit de son couvercle, me le donna et me dit: « Emporte cela et donne-le il mon esclave une telle. ».Je le pris. Lorsque je sortis de chez lui, j'entendis la souris aller de droite et de gauche et le démon me conseillait de soulever le couvercle et de regarder; je résistai il la tentation ct remis le plat sans l'avoir découvert. Au bout d'une heure, le cheikh se pré'scnta à moi ct me dit: « C'està quelqu'un comme toi que l'on peut confier un secret. ) .Je lui baisai les mains et il m'apprit ce que je voulais savoir. Il ajouta: « Si tu avais enlevé le couvercle, tu n'aurais pas appris de moi un seul moL. )) « Lorsque le cheikh voulut se rendre au pays du Uedjaz, il me rédigea une lettre pour son frère il "\lger, en me recommandant, si je ne le trouvais pas, de Ille rendre il Fès d de me rencontrer avec un des savants les plus intelli(j'ents nommé :\Iokhlouf itIlIsellem, sUI'et fl'an<;ais, et de lui . remettre cette lettre. _\ Inon anivéc il ,\Iger, le cheikh était mort. Que Dieu le reçoi,'e dans sa nLÎséricorde! «.Je m'empressai de me rendre ù Fi~s, je me rencontrai avec :\Iokhlouf et lui remis la lettre. ~\près J'avoir lue, il pleura abondamment. Je restai chez lui et j'étudiai avec lui la science mystérieuse. J'ai trouvé en lui un savant brillant et j'ai constaté qu'il détenait une science abondante et souveraine de ce secret Illystérieux, une science (lui n'a été atteinte par aucun savant de notre temps. « Il m'a recommandé de ne pas aller en Orient jusqu'il ce
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Cccl est la balance de la nature des pierres,

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Femelle noire Le tolol est
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Mâle rouge

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Ccci est. la figure du prcmiel' Œuvre secret, nommé pal' lcs savant.s IIermôs ct. MCI'Ceci est ID figure de ln \( Mngnl.'sic Il des S[lYUIÜS~ qui renfcl'lne les qlwll'c Enfiu voici la fig;ul'c dl] frnit de la cj'(:~alion <"Ie\'{', [}ll-dc~sl1s dc la
tj~le
eJ(~menls.

4
Vénu,

C111'8.

4
3
5

F1'alol1eul'
Chaleur
Fl'uichcur

~

SUlJplesse

tMerCllI'C

'Ccci a clé écrit par le chénf, qui CSpè.fC le· pnt'don de Dieu, Si Ahm~d El Habib Leu

de

~a lll(~I'C.

C'c~t

C'est. In mèrc des phénomi·ncci et. de:'. mCl'n_~illcs el. e"est lin grand :-'!ccrct..

Les SDvan ls sont lIJHllIirnes il le racher, Ù ne le menLioulIel' dans aucun livre. Ils ne l'enseignent tHème pns il leurs enJ'nnLs.

ip ~o\lfrc Iles savant..; e\

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Amen.

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mille]' san." lld.

TRADUCTION n'U:'IE NOTE EN ARABE SUR L'ALCnDUE

487

(lue nous ayons trouve le joyau bienfaisant dans sa plénitude et avec tous ses bienfaits. i\U bout (le quelques jours, je lui demandai de m'expliquer le sens renfel'mé dans les vees (cités en commençant). Après les avoir lus, il me dit : « Trace ces figures, tout l'J~lixir s'y troU\'e renfermé 1. » (Suivent les figures, dont une copie en arabe et l'autre traduite, et qui doivent contenir le secret de l'l~lixir, d'après la formule de ~Jokhlouf Amsel1cm reproduite par Si i\hrned El Hahib.) Sans s'occupel' de la valeur que peuvent avoir, au point de des études sur l'alchimie arabe, les notes de Si Ahmed El Habib ben ~Johamll1ed El Madini, il était intéressant cie les faire connaître comme une preuve de la mentalité que l'on retrouve encore aujourd'hui au j\lamc chez certaines individualités. Il est incontestable que Mokhlouf ~\msellem et son disciple Si Ahmed El Habib ont étudié l'alchimie, et il est plus que probable qu'ils croient ü l'efficacité possible de leurs recherches. L'idée la plus génél'alement répandue au 1faroc, et qu'ils semblent partager, est que les anciens possédaient le secret de la tl"ansmutation des métaux et celui du pouvoie (pIe l'esprit peut exercer sur la matiôl'e, mais que ces secrets jalousement dissimulés par ceux qui les possédaient ont été perdus.
VLW

1. Le texte de ceUe note, écrite par Si Ahmed El Habib ben Mohammed El Madini est d'une bonne écriture arabe orientale très lisible. Afin <l'intrigue; le vulgaire, Si Ahmed l'a écrite à l'envers, c'est~à-dire de gauche à droite, de sorte qu'au premier abord ce texte paraît incompréhensible. On pourra sc rendre compte de ce procédé dans les légendes accompagnant les figures ~ui terminent la note. Sans entreprendre une étude philologlq?e sur celle note, il peut être intéressant de remarquer que la langue qUi y est employée est intermédiaire entre l'arabe régulier et le dialecte vulgaire du Maroc. A côté .d'expressions d'un arabe très pur, on y trouve fréquemment des formes incorrectes, quoique très courantes dans le langage, telles que" reddit ». " non dit ma had el ouad ». etc.
)J, "

48K

ARCIIIVES MAROCA:"IES

Comme le fait remarquer Salmon, le Sultan :Molllay El Hasan et les deux alchimistes Sidi Mohammed }lezoul' et Mokhlollf AmselIem ne s'occupaient pas seulement de la recherche de la pierre philosophale, mais ils recher\ chaient également le secret de la domination uni,'erselle. On retrouve, chez }Iokhlouf et chez Si Ahmed El Hahib, cette tendance il la recherche d'une sorte cie; pouyoir SUl'l1aturel par le moyen d'un hypnotisme dont toutes les forœs seraient scientifiquement, d'après eux, réuuies en fayeur d'un seul individu. L'idée de l'hypnotisme, quoique très enveloppée de charlatanisme etde magie, estcl'ailleurs très répandue au ~laroc. Sans padel' des grimoires que se font écrire presque toutes les femmes musulmanes par des « Tolha )) pOUl' dominer leurs maris ou s'attacher leurs amants, on peut affinner que la grande majol'ité des fonctionnaires ou dps eInployés de l'administration mal'ocaine, du haut en has de l'échelle, a confiance dans des moyen;.; occultes pOUl" augmenter son influence. Presq lIe tous les agenls du ~[akhzen, el non les moindres, il la COlll' môme, sonl porteurs de « hiraz (fonnules cabalisliques) cousues dans leurs vêtements ou dissimulées dans les plis de leurs turhans, ct pal' la croyance fJ u'ils onl eux-mhlles il l'efficaciLt~ de ces moyc'lIs d'action, ils arriyent il leul' êtl'e l'éellement uliles en leur donnant en eux-ml\mes une confiance qui leur permel d(, triompher parl'ois de hien des inlrigues, el d'an'ronler avec calme et séréllil(~ la présence de ceux SUI' l'esprit desquels ils ont la conviction d'exercer un pou\oi,' occulte. Ces « hiraz » cot,lenl parfois fort cher el onl éU" SOIIvent la raison d'(\tr{~ de l'incompréhensihle fottllne de ceux qui les porlaienl en h~UI' donnanl la ,·olo.~tl, d la conyiclion du lriOlnphe. El), .\IICIIAl'X-HELLAITŒ.
!)

OUVRAGES ENTRÉS A LA BIBLIOTHÈQUE

NOTE Dans la liste publiée à la fin du volume Xl, numéro l, des Archives, il manque dix ouvrages figurant dans lc registre des entt'ées à la bibliothèquc sous lcs numéros de 3158 inclusivcment à 31G7 inclusivcment. En voici le détail: 3158. SLOVSCIIZ. La langue ct la littérature hébl'aïque depuis la Bible jusqu'à nos jours. Patis, 1$104, in-8. (Doll de M. SIOIlSc/U") 31 ,,\). R. LECLERC, Carte du Mal'oc en arabe. (Doll de M. Lecle,-".) 3lliO. Archives marocaines, vol. VII. Septembre H10!;. 3161. Bevue africaine, 2' et 3' trimestre 1$10(;. Algel', HIOr;. (Don de JI. Joly.) 3162. G. DARESSY. Service des antiquités de l'Égypte. Statues de divinités, t. II. Année 1903. Le Cail'e, in-4. 3163. G. DARESSY. Service des antiquités de J']~gyple. Statues de divinités, t. I. Le Caire, H106, in-4. (Dons de la Socù:té des alltiqllit':s
d'l"uy!'le.)

3164-6:,. Bevue du Monde Musulman. Décembre I!lOG, 2 exemplaires. 216li. Journal asiatique, t. VIII, n'II. Septembre· octobre, 1906, in-S.
(Don de la Société asiatiqlle.)

2167. Bulletin trimestriel de la Société de géographie ct d'archéologie d'Oran, t. XXVII, 3" trimestre. Octobre 1!l06. (Don de t"
Société de géographie et d'archéologie d'Oran.)

Il existe de ce fait une différence de 10 numéros entl'e le numérotage' du volume XI, numéro l, des Archives et celui du registre des entrées à'la Bibliothi'que: Je numéro 3214 de la tisle publiée dans les Archives (Anonyme), Reuue"africaine, année UlO(:, l'l', trimestre, Alger, cOI'respond au numéro :~225 du registre des enlrees il la BIbllothèquc et le premier numéro dc la liste envoyéc ci-joint esl, conformément ù cc registre, )p numéro 3224, au lieu d'(\tre :~215 eomme Il le scrail en suivant le numérotage de la liste publiée dans le volume Xl, numéro l, des ill'clziues
Marocaines.

322:;. (Axo:XYAm). Notcs di,'erses en ar.1IJe sur l'Alchimie, in-4, 322G. ECH-CHATIIlY. Ouvrage SUI' l'Akhimie attrihué ù Ech·Clwtihy.

490

ARCHI\'ES MAROCAINES

3227. Ax. Recueil composé d'lm grand nombre de traités sur L\1chimie.
(Acqllisitions.)

:l228. PAL LARY. Deuxième contribution il l'étude de la faune malaco!ogique du :\Tord-Ouest de l',\frique. Paris, 1'98, in-S. :l22!). PALLAHY. Troisième contribution il l'étude de la faune malacologique du Nord-Ouest de l'Afrique. Congl'l"'s de Paris. 1900. Paris, in-S. (Dljns de J1. Pallu!"y.) :l230. MASATFA DE COGHTEN. Un chemin de fer au Maroc. Cait'e, 189S. ;12:l1. PALLARY. SUI' des hélices bidcntées de l'Oligocène Algérien. Extrait du bulletin du Museum (l'histoire naturelle, 189!!, n" VIJasc. XXXI. Paris, Imprimerie N"aLionale. Août 1899. (Dons de .11. de Cou!"ten.) 32:12. PALLAHY. Le Canna ct ses variétés horticoles. Paris, 1902, in-S. 3233. PALLAHY. Les origines de la ville d'Oran. Extl'ait du Bulletin de la Société al'chéologique de Sousse. Sousse, 1904, in-8. :J23!. PALLARY. Quatrième catalogue des stations préhistoriques du département d·Oran. (Congrès de Paris 1900). Pa/'is, in-8. :l23i,. P.\LLAR; el TmlMASINI. La grotte des Troglodytes. O/'Wl, in-S. :J236. PALLARY. Co(/uilles marines du littoral du département d'Oran. Paris, E)OO, in-S B237. Bulletin du Comité de l'Arl'Ïque Franr,aise, n" XII. Décembre HJ07. :Dons de M. Palla!"y.) 3238. (.\:-ioxnLE). 1" Tohfat El-.\l.lhiit fi nihayat En-Nabal ou El-.\chilh 2' Masih ben Hakim, Chal'h El-Adouya, ms. magr., in-S. :1l!3!J. (.\l'io'XnlE). El-Mejmou' el-latif likoulli ouel'd oua hizb mounif. Lith orientale, iIl-8. 3240. Hevue du ;\1onde Musulman, n' I, 2 exemplaires. :1241. Bulletin de géogl'aphie historique et descriptive. Ann(~e 190G, n'II, in-S. (Don du J!inistCre de /'Instruction Pu/)lilfne.) 3242. Bullelin cie l'Institut rranr,ais d'archéologie orientale, t. Y, fasc. 1, in·4. (Don de l'Institul rl"lll!çai,~ du Caire.) :J243. L. BOCVAT. Unc gl'ammaire turclue du huitième sii-cle cie l'hégirc, in·S. (DOl! de .11. BOill'al.) 3244-4,;. ;\l'chÏ\'es marocaines, vol. VIII, 2 exemplaires, in-S. 3241i. G. LEGBA!:". Catalogue des antiquités d·f:gypte. Statucs el statueUes, ill--L (Don de la direetiOl! des Antiquité' d'Éyypte.) 3247. Bullctin de la Société de géog'l'aphie et d'étudcs coloniales de Marseille, n'IV, '1" trimestre, in·8. (Don de la Suc;"té.) 3248. Numéro saulé dans le regislre des enlrées. 3249-50. Revue (lu Monde Musulman, n'III. 2 exemplaires, in-S. 3251. Journal asiatillue, 1. VIII. Novembre-décembre liJO(j, ill-S.' Don de
la Soclélé asiatique.) (Don de l'l, J'.) ,

3252. Bullelin de géographie historique el descriptive, 1901;, no 1, ill-8.

OUVRAGES ENTHÉS .\ LA BlBLIOTIIÙQUE

3253. JOUl'llal asiatique, l. VIII ,
Société asiatique.)

Il"

1. Juillet-aoùt 1906, in-S. (Don de la

3254. Bulletin de la Société de géographie d'Oran. Décembre ]906.
(Don de la Sociélé de yéographie d'Oran.)

3255. Bulletin de géographie historique et descriptive, ]906, n° III, in-S. 3256. Bulletin archéologique, ]906, 2' livraison, in-S. 3257. Nouvelles archives des Missions scientifiques et littéraires, 1906, t. XIII, fasc. III, in-S. 325S. Nouvelles archives des Missions scientifiques et littéraires, ] 90!;, t. XIIl,fasc. IV, in-S. 3259. Bulletin archéologique, ]906, 3' livraison, in·S. (Dons du Minislère de
rI. P.)

3260. Bulletin du Comité de l'Afrique française et du Comité du Maroc. Janvier ]907. l,Don du Comilé.) 3261. Statistiques commerciales et maritimes du ;\Iaroc, ]905-]906, in-S,
(Don de I"Imp. Marocaine.)

3262. Journal asiatique, t. IX, dixième série, n' 1. Janvier-février ]907. in-S. (Don de la Sociélé asiatique.) ;)263-64. Bevue du Monde musulman, vol. 1, n" III. Février ]907,2 exemplaires, in-S. 3265. Bulletin du Comité de l'Afrique française et du Comité du Maroc, février 1907. (Don dllComilé.) 3266. Bulletin de l'Institut ~gyptien, 4' série, nO VI, 1906, in-4. 3267. Bulletin de l'Institut Egyptien, 4' série, n° VII, 1907, in-4. (Dons
de l'1nstilll[ (rançais du Caire.)

326S. Annales du service des antiquités de l'Égypte, t. VII, fase. l, 1906, in-4. ;)269. Annales du service des antiquités de l'Égypte, t. VII, fasc. 2, 1906, in-4. . 3270. Annales du service des antiquités de l'Egypte, t. VII, fasc. 3, 1906, in-4. (Dons de ta direction des anliqllilés d'Égyple.) 3271. PIERRE LACAN. Catalogue général des antiquités égyptiennes du Musée du Caire. Sarcophages antérieurs au Nouvel Empire, t. Il, fasc. Il, 1906, in-4. . 3272. G.-ELLIOT SMITH. Mémoireprésenté àl'lnstitutEgyptien, t. V, fasc.1, 3273. C. C. EDGAR. Catalogue général des antiquités égyptiennes du Caire. Graeco-Egyptian Coffins, 1905, in-4. (Dons de l'1nstital
français dll Caire.)

3274. C. C. EDGAR. Catalogue général des antiquités égyptiennes du Caire. " Sculptors Studies n, ]90G, in-4. (Don de la direction des
anliqllilés d'Égyple.)

3275. Bulletin trimestriel de la Société de géographie et d'archéologie d'Oran, mars 1!J07. (Don de la Sociélé de géographie d'Oran.)

3276-77. Hevue du Monde :Vlusulman, vol. Il, n° 5. Mars ]907. 2 exemplaires, in-S.
AHCU. ::\!.\nuc.

fll2

ARCHIVES MAROCAINES

:l278. Bulletiu du Comité de l'Afrique fl'ançaise el du Comité dul\lal'oc. Mars Ul07, in-4. (C. A. F.) :l279. S. CID lüoul. Dictionnaire fl"auçais-Tachelhit et Tamazirt. Dialeeles Berbères du Maroc. Paris, 1907, in-li;' 3280. BELKASEM EL HAFNAouï. Tat'if El Khalif bi Bidjal Es Salif. Biographies des savants musulmans de L\lgérie du quatrième siècle de l'Hégire à nos joms, t. 1. Alger, 1907, in-8. 3281. EL-HAFNAouï, Mououatta El Imam El Mehdi. Alger, 1900, in-S. :3282. LE CHATELIER. Lettre au Standard. Politique musulmane. Paris, Hl07, in-1(;. 3283. LE CliATELllm. Le Monde musulman. Paris, 1907, in-S. 3284. Journal asiatique, mars-avril In07, in-8. (Don de la Soeil!!!! asia!ique.) 3285-86. Revue du Monde Musulman. Avril 1907, vol. Il. n" \'r, in-S. :2 exemplaires. 3287. Bulletin du Comité de l'Afrique française et du Comité du Maroc, avril I\J07. (Don ril! Comilé.) 3288-89. Revue du Monde Musulman, Iilai 1907, vol. II, Il" VII, 2 exemplaires. 3290. Bulletin du Comité de l'Afrique française el du Comité du Maroc. Mai 1907. (Comilé A. F.) 3291. CHEIKH CUA OUELLI ABDALLAH BEN AIlDEHRAHIM. Le beau discours pour savoir suivre le bon chemin. Accompagné de quelques notices par le Cheikh Mohammed Sadek EI-Indi dit" El-Moudar'l'ès". Traduction manuscrite, in-S. 3:2lJ2. CHEIKH MOHAMMED ES-SENOUSS\. Salasahil EJ·Mohin fi Et-Taril, ElArhaïn. Traduction manuscrite, in-S. ;1293. - Selsalat El-Kath')". Traduction manuscrite. :12H4. - EI-Ouerd Tidian~ du Hadj Omal', texte arabe manuscrit. 329ii. - Selsala El-Qadyrya du cheikh Sidia, texte al'abe manuscrit. :~29(;. - Happort de Bacine Kane sur le Fouta, texte arahe manuscrit. :l:2~17. CHEIKH ELIA-HAD.I AHMED EL-TOURDI. itinéraire de Kbia à la Mecque, texte arabe manuscrit. 32\18. - Prière pOUl' se souvenir de ce tlue l'on a appris, manuscrit arabe incomplet. 329H. - Généalogie de Mohammed El-Fa dei neveu de Ma EI-Aïnin, manuscrit arabe. 3300. - Un Hadith du Pl'Ophète, manuscrit arabe incO'rnplet. 3301. - Lettl'e du sultan de Mbaghi Ahmed EI-NIadini, manuscrit arabe. 3302. Recueil : l' Prière aux Saints de Médine et de la Mecque pour le pèlerinage; 2" Hègle de .Et-Tarika Es-Soufia; 3' Règles de l'émancipation; -1" Privilèges de ceux qui savent lluarante hadilhsdu Prophète, ,;" Ceux qui aiment les pnuvres gagnent le Paradis; (;. Invocation du Prophète à Dieu; 7' Invocation de Sidna Youna; 8' Invocation du matin et du soir; 9· Invocation au nom du prophète; ln' Qncida du eheikh Chibani, manuscrit arabe.

OUVIlAGES ENTRÉS A LA BTBLIOTI-IJ~QUE

3303. Selsala Qadil'ya (acéphale) manuscrit. arabe. (Don de M. Le Chatelier.) 3304. Nouvelles arehives des missions scientifiques et littérair s, t. XIV. Fasc. 1. PaT'is, 1907, in-S. (Dons dtl Ministère de l'l. P.) 3305. Bulletin du Comité de l'Afrique française et du Comité du Maroc. Juin 1907. (Don dtl Comité de l'A. F.) 3306. BORDY. Carte archéologique et topographique des mines de Carthage. 3307. BORDY. Carte arehéologique des environs de Carthage, I. 330S. BORDY. Carte archéologique des environs de Carthage, II. (Don dtl
Ministère de l'l. P.) •
Dixii~me

3309. Journal asiatique.

série, t. II, n° 3. Mai ct juin 1907. (Don

de ln Société Asiatiqtle.)

3310. Gouvemement général de l'Algérie. PI'ojeL de budget pour l'exercice 1906. Alger, 1905, in-4. 3311. Compte définitif des reeettes du budget de l'Algérie. Exercice 1904. Alger, 1905, ill-4. :~312. Compte définitif des dépenses du budget de l'Algérie. Exercice 1904. Alger, 1905, in-4. 3313. Compte définitif des recettes du budget de l'Algérie. Exercice 1905. Alger, 1906, in-4. 3314. Compte définitif des dépenses du budget de l'Algérie. Exercice 1905. Alger, 1906, in-4. :~315. NELSON-CHIERlco. Trésorerie générale d'Alger. Budget de l'Algérie. Agha-Alger, 1906, in-4. :1316. Gouvernement gé.néral de l'Algérie. Projet de décret pOl·tant réglement définitIf du budget de l'Algérie pour l'exercice 1904. Agha-Alger, 1905, in-4. :1317. Gouvernement général de l'Algérie. Projet de budget pour l'exercice 1905. Alger, 1907, in-4. 331S. Gouvernement général de l'Algérie. Rapport de la commission dc vérification des eomptes pour l'exercice 1905. ilgha-Alger, 1907, in-4. :1319. Gouvernement général de l'Algérie. Projet de décret portant règlement définitif du budget de l'Algérie pour l'exercice 1905. Alger, I!J06, in-4. 3320. NELsoN-CHIERlco. Trésorerie générale d'Alger. Budget de l'Algérie, Agha-Alger, 1907, inc4. 3321. H.-Il. RISLEV. Census of India, 1901. Vol. 1. India Ethnographic appendices. Calcutta, 1903, in-4. 3322. S. CID IÜour. Dictionnaire français- Tachelh'it et Tamazirt. Paris, 1!J07, in-Hi. :m23-24. Archives Marocaines. Vol. IX et X. Paris, 1906, in-S. 3B23 bis-24 bis. Archives Marocaines. Vol. IX et X. Paris, 1906, in-S. :\325 et 25 bis. MAURICE EESNIER. Note sur une inscription d'Elqçar Elkbil' (Maroc). Paris, 1906, in-S. (Don de M. Matlrice Resnier.) 3326. Deutsche Monatsschrift für Kolonialpolitik und Kolonisation. Novembre 1905. Charlotlenburg, in-S. :1327-32. Société de géographie d'Alger, du {, trimestre 1905 au 1er trim. 1907. Alger, in-8.

494

ARCHIVES MAROCAINES

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OUVRAGES ENTRÉS A LA BIBLIOTHÈQUE

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d'arch. Orientale du Caire.)

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1\1(j

AHCHIVES MAHOCAINES

MOil. L. 3404. A.

MEHClEH.

L'al'abe usuel dans le Sud Oranaif'. Pari8, 1907, in-K.

(Don de M. iV!ercier.)
JOLY. Érosion p:Jr l'cau et par le vent dans les steppes de la province d'Alger. Alger, 1!l04, in-S. 3405. A..JOLY. La plaine des Beni Sliman et ses abords. Alger, l!105, in-S. (Don .• de M. Joly.)

3406. I3ulleLiu du Co mité de l'Afrique française et du ComiV, du Maroc.

Août ]!107. (Don dll Comité de l'A. F.)

:\1-12-07. --

Tonrs,~lmp.

E.

ARHAULT

et Ci,'