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ARCHIVES MAROCAINES
PUBLICATION

MISSION SCIENTIFIQUE DU MAHOC

VOLUME

XI

PARIS
ERNEST LEROUX, ~~DITEUR
28,
RUE BONAPARTE, VI"

t907

TABLE DU TOME XI
(1907)

Pages

Les Musulmans d'Algérie au Maroc, par M. ED. MICHAUX·BELLAIHE. Traduction de la fetoua du faqîh Sîdi 'Ali Et Tsouli, par M. ED. MICHAUX- BELLAIRE. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . - Une fetoua de Cheikh Sidia, par M. ED. MICHAUX-BELLAIRE . Ouvrages entrés à la Bibliothèque . ~ L'organisation des finances au Maroc, par M. ED. MICHAUX-BELLAIRE ~Description de la ville de Fès, par M. ED. MICHAUX-BELLAIRE. ~ Internement au Maroc de Si Sliman ben Qaddour et des Oulad Sidi Cheikh R'araba de sa famille en 1876, par M. ED. MICHAUX· BELLAIRE • L'Industrie à Tétouan, par M. A. JOLY (suite) • _Traduction de la fetona du faqîh Sîdi 'Ali Et Tsouli, par M. ED. MICHAUX-BELLAIRE (suite) . . . . . . . • . Khorâfa d"Ali Ch-Châtar, par M. L.-R. ULANC .... 'fI·aduction d"une note en arabe sur l'alchimie, par M. ED. MICHAUXBELLAIRE " . . . . . . . . . ..__ . Ouvrages entrés à la Bibliothèque " " " .
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Les invasions successives et les déchirements intérieurs qui constituent, depuis tant de siècles, l'histoire du Nord de l'Afrique, le long de la Méditerranée, en ont empêché, jusqu'à ces derniers temps, le partage définitif en territoires politiquement distincts. Les relations entre des populations chez lesquelles la patrie ne dépassait guère le territoire de la tribu, dont la principale ressource était le pillage, et pour lesquelles l'étranger était forcément l'ennemi, se bornaient à des alliances passagères, motivées par l'intérêt du moment. L'influence civilisatrice de l'Égypte ne s'est pas fait sentir vers l'ouest, et les établissements grecs, phéniciens et carthaginois n'ont jamais constitué des États. Carthage elle-même, le seul centre politique que l'Afrique septentrionale ait jamais eu, n'a pas cherché à former une nation avec les peuplades qui l'entouraient 1. Elle les opprimait, leur faisait durement sentir son autorité en les opposant les unes aux autres, y prenait des mercenaires pour ses armées ou des esclaves pour ses travaux. Elle n'a jamais tenté d'en faire un ]~tat, en leur donnant
1. "Au temps de sa plus grande puissance, sa domination (de Carthage) s'étend du fond ùe la Grande-Syrthe, aux Colonnes d'Hercule. sur une étendue de plus de IG.aaO stades, mais ne dépasse pas la zone étroite du littoral, ou, pour mieux dire, la limite fort restreinte des villes phéniciermes ou puniques placôes sous sa suzeraineté. Elle ne possède en somme, que la contrée qui l'entoure. En dehors des ôlroites frontières de son territoire propre, elle n'a que des alliés ou des tributaires.» - Tissol.
ARCH. MAROC.

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un régime administratif qui ptlt les réunir sous son autorité par d'·autres liens que la force. La puissance romaine a ensuite employé son remarquable génie d'organisation à créer des colonies dont les ruines imposantes révèlent l'importance. :Mais là encore il s'agissait de l'exploitation des peuples conquis, au profit de la métropole, et non de l'organisation de ces peuples, selon leurs propres besoins, cn HIC d'augmenter progressivement leur production ct leur bien-être. Les conquêtes ct l'occupation musulmanes ont plus tard créé dans le Nord de l'Afrique une unité religieuse, sans y établir d'unités politiques nettement définies. Avec des relations imprécises et des frontières incertaines, les ]~tats musulmans de l'Afrique septentrionale n'avaient même pas l'unité politique intérieure. On peut s'en rendre compte aujourd'hui par le Sfaroc, qui, sans administration, sans armé~es, sans finances, sans cohésion, s'épuise dans le rôle d'empire que lui a imposé la politique européenne. L'histoire du Maghreb n'est qu'un long récit de luttes sanglantes, d'assassinats et de trahisons; les dynasties non seulement se succèdent et se renversent, mais s'entrecroisent, et les tribus, jetées les unes contre les autres, par les prétendants au pouvoir, peu vent arriver à reconnaître ou à subir des maîtres, mais non pas il concevoir qu'elles fassent partie d'un tout qui constitue une nation. Le Nlaghreh El Aqça, l'Extrême-Occident, le Maroc moderne, présente encore le même spectacle, et l'on peut dire que les souverains musulmans ont agi jusqu'à présent vis-il-vis des peuplades qui leur sont soumises,comme les conquérants qui les ont précédés. Leur œuvre est une conquête inachevée, utilisée à la hâte pour satisfaire à des besoins immédiats, et non pas l'organisation et la mise en valeur méthodique des pays conquis. De même que les colonies de Carthage et de Rome se

LES MUSULMANS n'ALGÉRIE AU MAROC

contentaient de pressurer les populations qu'elles pensaient dominer, au profit de la métropole, de même le « Makhzen )) des souverains du Maroc vit sur les tribus comme en pays conquis, s'efrorçant de tirer d'elles le plus possible, sans autre souci.

Tandis que le :Maroc, livré à lui-même, incapable de s'unifier, voit se préparer sa dislocation avant que la réunion de toutes ses parties ait jamais pu se produire, et sc ruine, au milieu de ses richesses naturelles improductives, en soutenant le principe extérieur de sa souveraineté, l'Algérie, malgré bien des erreurs et bien des fautes, devient chaque jour une preuve plus évidente de ce que peuvent devenir les populations africaines soumises à un n~gime sagement civilisateur. Jamais pareille tentative n'avait été faite, jamais les populations du :Maghreb et de l'Ifriqya, restées barbare,;, au conLact des différentes civilisations, n'avaient été conquises dans un autre but que celui de l'exploitation par le conquérant, et jamais elles n'avaient été conviées, comme elles le sont aujourd'hui par la France, à participer aux bénéfices de la civilisation qui leur est imposée, tout en conservant leur liberté religieuse et leur statut personnel. Sans doute, il peut y avoir encore beaucoup à faire; mais comment ne pas reconnaître (lue les indigènes de l'Algérie, conquis par la France, Oll t des garanties d'existence et de liberté réelle qui manquent absolument aux ~Iarocains. Les quelques vexations admini stratives dont les premiers peuvent être l'objet ne sauraient se comparer au manque absolu d'administration, qui met les seconds à la merci de tous les caprices et de tous les appétits d'un qaïd, d'un homme puissant ou d'un voleur. Au moment de la conquête de l'Algérie cependant,

ARCHIVES MAROCAINES

beaucoup d'indigènes avaient quitté leur pays pour se réfugier au Maroc. Les sentiments divers qui les poussaient à s'expatrier étaient compréhensibles et excusables. D'une part la crainte de l'envahisseur, d'autre part l'idée religieuse les éloignaient du chrétien. [ls redoutaient d'ètre gènés dans l'exercice de leur religion, humiliés, maltraités, et plus encore de voir violée par les étrangers l'intimité de leur vie. Ils partaient, d'ailleurs,d'autant plus aisément qu'ils étaient convaincus que leur exil ne serait que temporaire, et qu'ils ne tarderaient pas il pou voir l'entrer chez eux après le départ des Françai s. En voyant notre prise de possession devenir définitive, beaucoup sont rentrés en AJgérie, mais un grand nombre sont restés au Maroc. Quelle y est leur situation?

CAHACTEHES GÉNÉHAUX DE L'ÉMIGRATION

Le sentiment religieux n'a certainement pas été le seul (lui ait poussé les musulmans d'Algérie à abandonner leur pays au moment de la conquôte fran<,~aise. Sous la domination turque, en eO'et, des émigrations s'étaient également produites, il di verses époques, surtout des habitants de Tlemcen, il Fès. On a cependant donné il l'exode provoclué par notre conquête le IlH\me nom qu'à la fuite du Prophète, dc~ la ;\[ecquc à Médine :
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comme les compagnons de ]\Johammed dans sa fuite. Cela implique bien l'idée de musulmans fuyant devant des ennemis religieux. Les émigrés se faisaient d'ailleurs de grandes illusions sur l'accueil qui leur était réservé au Maroc. Malgré le caractère religieux qu'avait pris leur fuite, ils furent reç.us avec froideur et méfiance,tant par le Makhzen que par les populations. Quoique musulmans, c'étaient des étrangers et on ne laissait pas que de leur témoigner un certain mépris parce qu'ils avaient été vaincus par les chrétiens. C'est principalement à Tétouan et il Fès que vinrent se réfugier les « Mouhâdjirîn» et on en compte clans ces deux villes plusieurs centaines de familles.

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Outre les deux courants d'Algériens réfugiés au ·Maroc après la domination turque et après l'occupation française, de nombreux émigrants sont venus il différentes époques. On retrouve ainsi des vestiges des 'Âmer et des Hâchem, décimés sous Moulay 'Abderrahmân; des tentes réfugiées à des dates difI'érentes dans les tribus de l'Est marocain, chez les Beni Guil, au Figuig et au Tafilelt. Lors des nombreux soulèvements des Oulâd Sîdi Cheikh, plusieurs d'entre eux avaient quitté leur territoire d'origine pour rejoindre Boù 'Amâma. Ne trouvant pas clans le sud des moyens suffisants d'existence, ni parfois la sécurité nécessaire, leurs tentes sont remontées vers le nord. Entre Fès et Milmès, dans la plaine du Saïs, on compte cinquante tentes d'Oulâd Sîdi Cheikh R'araba, une centaine de tentes de « El H'ouat », des Oulâd Sîdi l'ahia. Ces derniers se trouvent également en grand nombre il « Boùjemana »,entre le Sebou et l'Ouargha. Entre les deux

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ARCHIVES MAROCAINES

mêmes nVleres, plus à l'est dans « El S'hirat », près de Sîdi Hajoùh, le village connu sous le nom de Douar El IIâdj El Heïrej est composé de « Hamian )).1~ Sebou etOuargl~g<rlement, cinquante tentes des Oulâd Sidi Cheikh Cheraga,qui étaientaupal'an:nt étahlies à Châbanat, en Cherarda. Ces cinquante « Kheïma )), dont le chef est Moulay Saïd, avaient en 1895 demandé à M. de ~lonbel lors de son passage en amhassade, pour Fès, la protection française. Cette protection leur fut refusée, mais il leur fut accordé de retourner en Algérie. Dix-huit « Kheïma )) profitèrent de cette autorisation et furent embarquées à Tanger en 1896, à destination de l'Algérie, mais elles ne tardèrent pas à revenir au J\Iaroc, par terre. De nouvelles démarches furent faites par ces Algériens,en 1898, au consulat de Fès pour être reconnus comme sujets français. Sîdi Eddîn hen IIamza, bachagha cles Oulâd Sîdi Cheikh, et Sidi IIamza hen BolÎ Beker, détenteur de la Baraka de Sîdi Cheikh, avaient appuyé par des lettres cette revendication, mais vainement. En 1906, les mêmes Algériens ont fait une nouvelle requête au même consulat, mais sans plus de succès. Sur la rive droite de l'Oued Redai;:' se trouve un village d'Oulâd Zyâd 1 (Oulâd ben Yahia beni M'hammed beni Zyâd), serviteurs des Oulàd Sîdi Cheikh, originaires du Chott Ech Chergui. Au marché « Soùq El Had Kourt » le
1. OulM Zyâd. Voici, d'après 8id el Hàdj Boù Haous 'Omar ben Cheikh, ben Mohammed ben Zyàn, des Oulàd Sidi Cheikh R'araba, habitant Marrakech, l'origine des Oulàd Zyàd : Au neuvième siècle de l'hégire (quinzième siècle de l'èl'e chrétienne), le vingtième descendant du Khalifa AlJOù Beker Esseddik, Sidi Maamàr ben Sliman El Alia, quitta la Tunisie pOUl' venir dans l'Ouest. Il s'endormit un jour avec ses deux serviteurs, Akerm et Hezine (dont sont issus les Akerma et les Rezaïna), au bord de l'Oued El Golita. A leur réveil, les trois voyageurs constatèrent la présence d'un quatrième dormeur, venu on ne sait d'où. Les serviteurs du marabout lui demandèrent qui était cet étranger: (( C'est Ez Zeïd » (celui qui est en plus), répondit Silli Maamùr. Le nom de Zeïd lui resta, ct il devint le pèl'e des Oulàd Zyàd.

LES MUSULMANS n'ALGÉRIE AU MAROC

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village dit « Douar El 'Arab » est également habité par des Oulâd Zyâd (Oulâd }'(ala beni Zyùd). Deux villages des Oulâd SI'di Cheikh Cheraga et H'araba se trouvent clans le n'arb, tribu des Sdian, à quatre heures, environ d'Elqçar El Kébir au sud-est, au lieu dit « El Fouarat ». Ils sont établis dans un azib du Sultan qui était autrefois administré par l'Amin Si Edrîs ould Ed Daouia, et par son frère, l'Amîn Si }lohammed ould Et Talba ould Ed Daouïa, qui est aujourd'hui protégé français i. Cet azib a été concédé à Moulay El IGHn'r, frère du Sultan.

On trouve également au ::vlaroc de nombreux descendants de Sidi Ahmed ben Yoùscf, le patron de Milianah 2. GPhez les Oulâd ben 'Aïssa, fraction des Beni Malek, dans le R'arb, entre le Sehou et l'Ouargha, habitent un assez grand nombre de ces chorra, dont le plus notable est Sîdi Boù Zyân hen ~Ioumen, qui fut arrêté en 1905, et dont notre ministre à cette époque, M. Saint-Hené Taillandier, en ambassade à Fès, exigea la mise en liberté, avec payement d'une indemnité et pr:ésentation d'excuses au GOll-

1. La famille des Oulâd Ed Daouïa doit ce surnom à une de leurs aïeules, qui s'appelait" Ed Dnouïa )) ln lumineuse; le véritable nom est El Messaoudi. Sid Idris était fils d'une négresse; son frère Si Mohammed était fils d'une femme blanche, un peu lettrée; c'est pourquoi il est COnnu sous le nom de Ould Et Tùlba, le fils de l'ôtudiante, ou de telle qui a étudié, qui s;til le Qorân pnr cœur. 2. Voici la généalogie de Sidi Ahmed ben Yoùsef telle qu'elle est donnée dans les manâqib conservés par ses descendants: Ahmed ben Mohammed ben Ahmed ben Abdallah ben Yoùsef, ben 'Abdel· jeli! ben Ymras, ben 'Abdelha<Ji, ben Mousa El Mourtadi, ben Djafar Es Sadiq ben Mohamed En NatiqbenAhmedbenZein El 'Abidin, ben Hamoud, ben 'Ali ben Idris El Asghnr, ben Idris El Akbar, ben 'Abdallah El Knrnel ben Mohammed, bel Hassan Es SiM, ben 'Ali ben Abi Taleb. Cette généalogie semble absolument fnntaisiste; elle ne peut se rattacher à aucun des arbres généalogiques connus ct mélangés des descendants des deux fils d"Ali et de Fatma, El Hassan et El Hosseïn. L'annlyse détaillée en sera fùile dans J'élude des" Manaqib de Sidi Ahmed ben Yousef El Miliani.

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vernement français, par le grand-vizir Si Feddoul R'arnit. Dans la môme tribu ,au nord du Sebou, en face des Cheraga, Sîd El 'Abbâs Eli\Iiliani a occupé pendant plusieurs années une situation considérable dans la région. j\ utant par ses propres maladresses que par les intrigues du Makhzen, cette situation a beaucoup diminué. Entre Beni Ilassen et Chel'anla, près de Sîdi Gueddùr, se trouve égalernent un important village de chod'ù ~\Ielaïna, dont les principaux habitants sont Sîdi El Miliani ben 'Abclelhaqq, son frère Sidi Ettayeb, ot un de ses parents, Si di Ahmod ben ~loumon qui est assez lettré. Des descendants de Sîdi Ahmed henYoùsef hahitent chez les Zekkara, où ils semhlent l~tre ù la tôte d'une sorte de schisme qui fait l'ohjet de l'intér'essante (Stude de :M. Mouliél'as. Les chorffl Melaïna des Oulàd 'Aissa.ont également autour d'eux cles « Khoddùm )) connus sous le nom de « Bedadoua )). La maison de Sid El ',\ bbâs, sur le Sebou, est même considérée comme une Z;wuïa de cette secte dont les pratiques et l'origine exactes ne sont pas encore connues. Il y allrait, paraît-il, des Oulâd Sîdi l\hmed ben Yot'Isof ù El ]J'halil, entre Fès et Sefron, et dans la tl~ihu des n'jata. Dans le nord du Maroc, Il j\Ielaïna » et l( Becladoua » semblent désigner la même caUSgorie d'indi viclus. Il n'en es t pas de même dans le sud, où habitent également des descendants de Sidi Ahmed bcn''{oùsef. Onen tI'o u '"c près de :Marràkech, dans le « Bled El !lamaI' » Ù la Zaouïat El Boùsounia. D'autres, les Il En Nouftcer, )) sont désignés selon le liou où ils hahitent sous les noms de « En Nouàcer El B'hei['a », «( En Nouâcer El Ârid », « En Nowlcer Chichaoua; » ces derniers sc trouvent ù la Zaouïat Ben El Thoul. Dans le Haouz, le village dit Il 'Azîl) El Qariat Oulâd j\li hon l\Iossaoud » est habité par des Oulftd Sidi Ahmcd ben YoÙscf.

LE" ~IUSULMANS n'ALGÉRIE AU MAROG

Tous ces Algériens sont venus au Maroc à des époques difl'érentes, les uns peut-être avant même l'arrivée des Turcs en Algérie, un grand nombre après la conquête française, mais à des dates qu'il serait difficile d'établir, D'autres, des Oulùcl Sîdi Cheikh et leurs serviteurs, ont été transportés au Maroc par la France, en 1876, au moment de la soumission de Si Slîmân ben Qaddoù [' au Sultan ~Ioulay El Hassan, par l'entremise du chérîf d'Ouezzan Sîd El Hâdj 'Abdessalâm. Il pourra être intéressant d'étudier un jour de plus près les :raisons et les conditions de l'enyoi au ~Iaroc de ces Algériens i. Ceux qui sont venus d'Algérie par terre ont été internés à Méquinès; d'autres, envoyés pal' mer à Tanger, puis de là à Mazagan, ont été conduits à ~Iarrftkech,

Les Oulâd Sîdi Cheikh de Méquinès reconnaissent comme chef Sîdi Et Taïeb bel Hâdj Larhi, yenu au Sfaroc en 1883, après l'assassinat de Si Slîmân ben Qaddollr à Boucha6uen, par les Berbères, à l'instigation, dit-on, de l'Amel d'Oujda, Si 'Abdelmâlek Id Hâchemi Es SaÎdi Er LW;. Les compagnons de Si Slîlllùn avaient été tués avec lui, mais plusieurs de ses parents, l'estés chez les Angad, ayaient
1. Deux de ces Oulàd Sidi Cheikh, qui avaient été transportés en 187(; à Marrùkech, Si El Hàdj Boù Haous 'Omar ben Cheikh ben Mohammed ben Zyan ben 'Abdelhakem, et son frère Si El Hàdj Mohammed, sont venus ü Tanger au mois de mars de cette année sur les conseils du docteur i\Iallchamp assassiné peu après, dans les circonstances que l'on sail, pour demander à la légation de France de les reconnaitre comme sujets algériens. On apprenait le mem'tre du docteur au moment où une suile favorable était donnée à leur requète.

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été arrêtés au nombre d'une cinquantaine par le qaId El BoùzegaouI, ct conduits à Méquinès, entre autres, Sidi Allâl ben Cheikh ben Et Taïeb, ct Sîdi Et Taïeb El mldj Larhi. En route, Sidi 'Allttl put s'échapper avec quelques compagnons, gagner Fès et se réfugier au sanctuaire de ?lToulay Idris, d'où, au bout d'un certain temps, il s'enfuit à Tanger; il s'y réfugia chez le Chérif d'Ouezzan, Sid El I-Iâdj'Abdessalâm et ses compagnons étaient campés auprès de la Meçalla au haut du Souq. Des pourparlers furent entamés au sujet de ces fugitifs entre le ~Iakhzen et M. Ordega, ministre de France à Tanger. Leur résultat fut que Sidi 'Allâl et ses gens furent installés par Sid El I-Iâdj'Ahdessalâm à son 'azîb de El }\Iazeria, dans la tribu des I-Iajaoua, SUI' le Sehou. Plus tard, Sidi 'Allâl regagna le Sahara sans être inquiété; il est actuellement à El Aricha et vient de se marier avec une fille de Si Mohammed ben Daoud, le frère du colonel de ce nom. Il restait exactement quarante-quatre prisonniers, dont Sidi Et Taïeh bel I-Iâdj, qui furent incarcérés à ~réquinès. Tous moururent en prison, sauf quatre: Sieli Et Taïeb bel IIfldj, Sidi Moumen hen Cheikh, Sidi Slimân bel Ilâdj et Mohammed ould Sid El I-Iâdj Ibrâhîm. En 189!l, lorsque le nouveau Sultan Moulay 'Abdel 'aziz arriva pour la première fois à Méquinès, où il fit arrêter les deux anciens ministres de son père, Sid El Hâdj El Maati, et Si Mohamed Eç Çr'ir Ed Djamaiin, il mit en liberté Sîcli Et Taïeb et ses trois compagnons, grâce à l'intervention du nouveau grand-vizir, Si Ahmed ben Moùsa (Ba Ahmed), qui était « hajib » (chambellan) de Moulay El Hassan, et du Hacha Hama Ed Draouï, gouverneur de Méquinès. Le Sultan leur donna des maisons à Méeluinès, un douro de mouna par jour à chacun, ct des terres à El Qattnoufa, au pied de la montagne de Zerhoun, entre El }['hadollma et les Oulfld Sidi Yahia. Les trois compagnons de captivité de Sidi Et Taïeb sont morts: il\t

LES MUSULMANS n'ALGÉRIE AU MAnoe

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est donc aujourd'hui le seul survivant des quarante-quatre Oulâd Sidi Cheikh emprisonnés à Méquinès en 1883. Sicli Et l'aïeb accompagna le Sultan àMarrâkech, en 1895, et obtint la mise en liberté de son frère Sieli En Naïmi, incarcéré dans la prison de « El ~leçbah )), dans cette ville. Ille ramena à Méquinès avec sa famille, ainsi q ne Sîdi Slîmàn ben Slîmân hen Cheikh ben Et l'aïeh, Sidi Cheikh ben Ed Din, ben Moul Fràa ben Cheikh, et 'Ahderrahmân hen 'Atâ Allâh, des 'Abld Sidi Cheikh, leurs serviteurs et leurs esclaves; ils s'établirent il 1Iéquinès et il El Qanrtoufa. Sidi En Na 'imi est mort depuis. Les Oulàcl Sidi Cheikh de Marrâkech et des environs comptent, avec leurs « Khoddâm )) venus avec eux, de Hzaïna, El Maadba, El B'ouar, plus cle cinquante tentes. Ils ont pour moqqadem, nommé par le ~lakhzen, Sidi El 'Arhi ben Boù Haous ben Cheikh ben Et l'aïeb. On trouve également des Oulâcl Sicli - Cheikh chez les Haïaïna, dont le qâdi, Si El Hâdj ~Iohammed ben Cheikh El ~Iecharfi, est également d'origine algérienne. Ce faqih, qui est un homme d'une haute valeur et d'un réel savoir, a écrit une histoire du ~\Iaroc qui s'arrête au commencement du règne actuel. Il ne veut pas la continuer encore par le récit des derniers événements parce qu'il préfère, dit-il, attendre la solution de l'affaire de BOtl Hamara. A Méquinès, vivent d'autres Oulâd Sidi Cheikh, descendants de Sidi Maamâr ben Slîmân El 'Alia, c'est-à-dire des collatéraux et non des descendants de Sidi Cheikh. A Marrâkech, on trouve quelques familles de la tribu des I-Iâchem, parmi lesquelles celles de Sidi Mohamed El Moustafa, des Oulttd Sîcli Mahi Ed Din, dont le père était qàdi ù.\larr~îkcch, celles de Si MohammedEIBcer, du Hâdj Ahmed hell L\clj El II<\chemi ; sept tentes des Hâchem, non chorfa, vivent dans les environs de Marrftkech il El Gafaï.

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Une famille algérienne est également établie à Sefrou. A Elqçar El Kébîr, on trouve les Chaouch originaires d'Alger, les Adda originaires de ?lJostaganem, les Qondaqji qui viennent de Blidah. Ces trois familles vivaient autrefois il Tétouan, qu'elles ont quitté lors de la guerre de 1860. La famille des IIâchem, de Qaddoùr El ~Iiloùd hen Qaddoùr, qui fait partie des Hàchem décimés il El Mazeria et internés ensuite à :Marrâkech, est venue s'établir à El Qçar, après être retournée en Algérie. Dans la même ville sont également les Oulàd ben 'Atà Allah de la famille du même nom établie dans le Gharb, entre le Sebou et Merdj El Kébîr. Les Oulâd ben 'Atâ Allah sé prétendent d'origine algérienne, ainsi que les Oulùd Khalîfa leurs voisins, fraction des Beni "Malek, mais cette origine n'est pas encore établie sur des preuves suffisantes. Dans le Gharb également, dans la tribu des Sefian, se trouve une famille algérienne d'une grande importance, celle des Oulàd ben Aouda,descendants de Sidi Mohammed hen Aouda des Flitah. Cette famille a une très grande situation et des propriétés importantes. Il y a une soixantaine d'années, environ, que les Ben Aouda sont établis au Maroc. La famille du Hàdj i\bdelqàder El Hàchemi, des Uâchem internés il }\Iarràkech après Mazeria, est établie au douar des Oulttdben Cehah dans la tribu des Beni Malek. Une autre famille algérienne de la tribu des « 'Amer)), les Oulùd Ounnan, habite aux Oulâd Moùsa du Bedour, près des Beni Gorbet, sur la route d'El Qçar il Tanger. Enfin, il Tanger même se trouvent plusieurs familles algériennes, dont la plus importante est celle des Oulàd Beu Tàleb. Cousins et alliés du IHdj 'Abdelqader ben j\Iahi Bd Din, les HerY Tâleb sont venus il Fès au moment de l'émigration « El Hidjra )). Les représentants des deux

LES MUSULMANS n'ALGÉRIE AU MAROC

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branches qui hahitent Tanger, sont le Hâdj 'Ali h~-Tâleh et Moulay Ahmed ben Tâleb; le premier est fils de Sîdi Ahmed h'l" Tâleb, le second de SîdiSlohammed ben 'Abdelqâder, qui était frère de Sîdi Ahmed. Le Hâdj 'Ali b(ij{ Tâleb, aujourd'hui très âgé, a eu une existence assez agitée. Venu il Fès avec l'émigration, il est allé il Tanger, d'où il s'est embarqué pour la Syrie et a séjourné assez longtemps il Damas avec le Hùdj 'Abdelqâder. Revenu en Algérie, il a été tl'ansporté au ~faroc, vers 1878. Un malentendu le fit mal accueillir il la légation de France. Il s'adressa il la légation d'Allemagne où était alors ministre M. VVeber que le lHidj 'Ali avait connu en Syrie comme consul général. Très cordialement accueilli par M. 'iVeber, qui avait compris que le Hùdj 'Ali pouvait être pour lui un instrument utile, il continua il avoir de bonnes relations avec la légation d'Allemagne. Il accompagna en 1879 le docteur Lenz dans son voyage il Timhouctou, et fut il ce propos décoré de l'Aigle rouge. En 1884, il fut de nouveau expulsé du Maroc et renvoyé en Algérie, où on ne voulut pas le recevoir puisqu'il en avait été expulsé auparavant. Il revint au Maroc, où il fut arrêté, et, fatigué par les expulsions qui le renvoyaient d'Algérie au Maroc et réciproquement, le Hâdj 'Ali prit le parti d'abandonner la nationalité française, alla il Constantinople, et revint à Tanger comme sujet turc. Le Hâdj 'Ali ben Tâleb accompagnait le comte de TaUenbaeh lors de son ambassade à Fès en 1905, il Y retourna en 1906 avec un ingénieur allemand qui cherchait il ohtenir, dit-on, des concessions de mines. Il e"t en très bons termes avec le gouvernement marocain, tant il Tanger qu'il Fès. C'est un homme intelligent, qui semble regretter d'avoit, lh'l qllitler le service de la France. Les Oulâd SÎcfj Cheikh avaient allirefois il 'ranger une

ARCIIIVES MAROCAINES

Zaouïa, connue sous le nom de Zaouïa de Sîdi Cheikh l . Cette Zaouïa est occupée aujourd'hui par la confrérie delO Tidjanyin.

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SITUATION CÉNÉHALE DES ALGÉRIENS É1\IlCflÉS

Quelles qu'aient été les raisons qui arnenôrent au Maroc un grand nombre de familles algériennes, ces émigt'és n'en constituent pas moins une partie du peuple que nous avons COHlmenC(S par conquérir et que nous continuons il nous rattache!' pal' une assimilation progressive (~n AlgéL'ie. Tous les Algériens, d'ailleurs, sont encore considéL'("s au Maroc comme des étrangers; il de rares exceptions près, ils ne se sont pas fondus avec la populatiun du pays; ils ont conservé leurs usages et souvent leur accent. Il ne semble pas qu'on se soit préoccupé de l'iupOl'L « Il n'y a pas à Tanger de ZaouFl Tidjanya: les adeptes de cette confrérie sc réunissent en cc moment ù la Zaouya de 8idi Cheilih, Cettc Z;wuya située au ([ll:utier de Fuente Nucva, est très ancienne, et l'on ignorc l'origine dc sa eOllstl'Ut:!ioll pnr quelque client des Oulad Sidi Cheikh ....... ................... " Les Tidjauyin s'étant multipliés ù Tangcr" .................................. « ils obtinrent du Nadher de la Grandc Mosquée, dont dépendaient la zaouïa de Sirli Cheikh et ses habous, ['autorisation de sc réunir dans cet édifice. Il fut alors remis il neuf (avec le produit de la vente d'ulle partie de ses propres lwbous) « pourvu d'un imàrn, etc. " (Archives Marocaines, t. II, fasc. 1, « Confréries et Zaouyas de Tanger ", G. Salmon.) Des Oulùd Sidi ClH'ikh venus ù Tanger dernii~remcnt ont cherclul à reprendre possession de la Zaouïa de leur confrél'ie, mais Hleur a été J'épondu, pal' les autorités compétcntes, que le Sullan ayant donné cette zaouya aux Tidjanyin, il fallait un ordrc du Sultan pour la restituer aux Oulac! Sidi Cheild1.

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tance que ces colonies algériennes du Maroc pourraient avoir pour la France, si on pensait à les utiliser, à les organiser, à s'en servir. Il ne faut pas que les malentendus inévi tables des premiers jours de la conquôte, que les dissentiments qui ont pu se produire aient pour résultat de nous priver des services que peuvent nous rendre des gens qui, de leur côté, comprennent, maintenant, l'intérêt qu'ils auraient à vivre sous notre tutelle. En relisant aujourd'hui les circulaires des Affaires lt1rano'ères1, relatives à la situation des Alœéû riens à l'étranger, on ne peut pas ne pas l~tre frappé de leur ostracisme arbitraire et excessif. Si on les applique à la lettre, la très grande majorité des Algériens qui habitent le Maroc « n'auraient plus aucun droit à notre protection». Ils rentrent tous en eO'et, à quelques rares exceptions près, dans la deuxième catégor.ie, celle des Algériens qui, pour des motifs de religion, ou autres, ont volontairement abandonné l'Algérie. D'autres rentrent dans la troisième catégorie, celle des Algériens, établis au Levant ou en Barbarie à l'époC[l1C de notre
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1. Circulaires des Affaires ÉLrangl~l'eS du 31 janvier 1834 ct du BO jonvier 1869. De la protection ù accorder aux Atgériens. Distinction des Algériens en diverses catégories
« Les instructions du départemenL des Affaires l~trangères qui tr-acent aux consuls la ligne de conduite il tenir à l'égard des musulmans et des juifs (a) algériens, aujourd'hui placés ROUS la protection française, rangent ces individus en cinq classes distinctes: " 1° Ceux qui depuis l'époque de notre conquête ont été déportés de l'Algérie; " 2° Ceux qui l'ont abandonnée volontairement pour des motifs de religion, ou autres' ,,3° Ceux qui établiR, ou voyageant dans le Levant ou èn Barbarie il l'époque de notre occupation, n'annoncent pas l'intention de revenir en Algérie; ,,4,0 Ceux qui dans la méme position manifestent l'intention contraire; " 5° Ceux que, depuis notre conquète, leurs allaires ont conduiLs loin d'Algérie. " Les individus compris dans les Lrois premières classes ne peuvent plus

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occupation, et qui n'ont pas annoncé l'intention de revenir en Algérie. Les derniers, enfin, comme la plupart des Oulâd Sîdi Cheikh, rentrent dans la première catégorie, c'est-à-dire de « ceux qui depuis l'époque de notre conquête ont été déportés de l'Algérie ». Tous ces individus n'auraient aucun droit à la protection que nous accordons à un certain nombre d'entre eux, en petite minorité, d'ailleurs. "l\Iais, l'article 7 du traité de la Tafna, du 18 mars 18h5, établit, au contraire, des réserves précises au sujet des Algériens réfugiés au Maroc: « Tout individu qui se réfugiera d'un État dans l'autre ne s:era pas rendu au gouvernement qu'il aura quitté, par celui auprès duquel il se sera réfugié, tant qu'il voudra y rester. « S'il voulait, au contraire, retourner sur le territoire de son gouvernement, les autorités du lieu où il sera réfugié ne pourront apporter la moindre entrave à son départ. S'il veut rester, il se conformera aux lois du pays, et il trouvera protection et garantie pour sa personne et pour ses biens. » Ce traité, qui est l'instrument légal et constitue la hase du droit, ne prévoit pas l'abandon qui figure dans les circulaires. Il est d'ailleurs assez naturel que la situation des musulmans d'Algérie hahitant le Maroc soit restée indécise,
être considérés comme appartenant à l'Algérie; que leur éloignement d'Alger ait été l'effet de Jeur propre mouvement, ou la suite de menées coupables, ils n'en doivent pas moins subir toutes les conséquences d'une expatriation volontaire ou de la déportation. Dans le premier cas, ils ont renoncé eux-mêmes au h(\néfice de la nationalité; dans le second, ils ont nécessaire/rient perdu tous leurs droits, et ,sous l'un ou J'autre de ces rapports, ils n'ont plus au cUrie espèce de titre ;\ la protection française. " La position des individus compris d:ms les deux autres classes est toute dilférente; ils ont conservé leur qualité d'Algériens et sont en conséquence l'ondés à demander l'appui de nos consuls. " (a) Depuis la loi Crémieu les Juifs Algériens sont citoyens Français.

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puisque celle de l'Algérie elle-même s'est à plusieurs reprises transformée, de même [lue l'état des Algériens habitant l'Algérie. Le régime administratif a été d'abord hésitant. Du régime de la conquête, l'Algérie a passé au régime des colonies, puis à celui de l'assimilation progressive à la métropole. L'occupation provisoire a été transformée en possession française par l'ordonnance du 22 juillet 18311, et c'est la constitution du Il novembre 18118 [lui a déclaré le territoire de l'Algérie territoire français, en posant comme règle l'assimilation à la métropole. La nationalité des indigènes musulmans est restée indéterminée jusqu'en 1865 et le sénatus-consulte du 111 juillet 1865 a décidé qu'ils étaient sujets français. Deux décrets du 8 aoùt 18511 prescrivent aux cheikhs en territoire civil de recevoir les actes de l'état civil concernant les naissances et les décès des Arabes. Les actes rédigés en arabe devaient être transmis aux maires et transcrits en français sur les registres des actes de l'état civil de la commune, sous peine d'une amende de 10 à 15 francs et d'un emprisonnement de 1 à 5 jours. Le décrtlt du 10 août 1868 supprime cette sanction et la prescription n'est pour ainsi dire plus appliquée. La loi du 26 juillet 1873, article 17,sur l'organisation de la propriété décide qu'un nom patronymique sera donné à tout propriétaire reconnu. Enfin, la loi du 23 mars 1882 ordonne la constitution de l'état civil pour les indigènes musulmans algériens. Un recensement par commune est ordonné. Les chefs de famille prennent un nom qui doit être transmis à leurs enfants. Une carte d'identité,dont le numéro correspond aux registres matricules, est remise à chaque indigène; les naissances et les décès doivent être déclarés à l'officier de l'état civil et faire l'objet d'actes rédigés dans la forme prescrite par la loi française. Une simple déclaration est prescrite pour les mariages et divorces qui continuent à
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être rédigés par la loi musulmane, pour la preuve et la céléhration.

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Il Y a plus de trente ans ([ ue la Légation de France à Tanger donne aux Algériens établis au Maroc des patentes de nationalité, mais jamais aucune recherche sérieuse n'a été faite pour réunir sous notre autorité les nombreux Algériens qui habitent le pays, ni même pour en connaître il peu près exactement le nombre, les noms et l'origine. Tantôt la protection des Algériens était considérée comme un moyen d'action qu'il ne fallait pas négliger, tantôt comme une source de difficultés avec le ~\[akhzen. La reconnaissance de la nationalité algél>ienne pour quelq ucs indi vi (lus isol('~s semhle a voi r été une faveur, une gracieuseté personnelle, di ['ecte ou indirecte, plutùt que la conséquenCü d'un priucipe nettoment défini. La rcconnaissance des Algériens créait une catégorie d'exception ne profitant qn'allx héJl(;riciaires. Il en résultait pOUl' notre administration des difficnltés sans compensation d'influence. Les faits acq uis n'en montJ:ent pas moins que les circulaires contraires il la lettt'ü conmw il l'esprit du traité de 18115 n'oll'raient qu'un intérêt de curiosité. On sc trouve aujourd'hui en pn\sence d'une situation consacrée depuis plus de trente ans, et contre laquelle le Makhzen n'a jamais pr()test(~, si ce n'est en '1905 au moment de l'aO'aire Bot'! Zyùn ben Moumen El Miliani.Le Sultan voulait considérer cet Algérien comme son administré, par le seul fait qu'il (\tait musulman. Il (~tait un peu tan!. Depuis, l'application du principe de l'exterritOl'ialité aux musulmans originaires d'Algérie a été admise, par l'in-

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tervention de la France en faveur de Si Et Tai'eb fils de Doù 'Amama, qu'elle a réclamé comme llli appartenant malgré son état d'insoumission. Le ~Iakhzen le lui a rendll, un peu pour la forme, en protestant. Le principe de notre droit de protégel' les musulmans d'Algérie, habitant le Ylaroc, à quelque catégorie qu'ils appartiennent, est donc indiscutable en raison de l'évolution de l'Algérie, établi par une jurisprudence sérieuse.

Le principe d'exterritorialité n'est au reste pas en opposition avec les idées de l'administration marocaine. Dans l'idée musulmane, la conquète no constitue pas seulement la prise de possession du sol, mais aussi celle des habitants qui en sout originaires: ils deviennent, pour ainsi dire, la propriété du conquérant. C'est ainsi <pte le pouvoir administratif, au ~raroc, n'ost pas relatif seulement au territoire, mais à l'individu. Si quelques habitants d'une tribu vont s'établir dans une tl'ilm voisine, ils ne sont pas de ce fait soumis à l'administration du qaïd de cette tribu, mais restent les administrés dn qai'd de Ienr ll'illll d'origine. Les Ou1[ld Eli\Jejdotd) (descendants de "\bi Zei'd Sidi 'Abderl'ahmàn El ~le.idoùb) qui habitent dans le g'arb au milieu de la tribu des Beni Slalek, et dans la tribu de. Meçmouda, entre El Qçal' et Ouezzan, n'obéissent pas aux qai'ds de ces tribus, mais l'clôvcnt du gouvcrnem' du Khlot et du Tliq, parce qu'ils appartil'uneut ù la trilm 'rliq. Les Hifains, qui, pour des raisons quelconques, ont dù quitter leurs pays, et habitent les villes de l'intérieur ou de la côte ouest, sont placés sous les ordres d'un moqaclclem ; il les administre et leur fait payer les redevances ct les impôts; ils ne sont pas confondus avec le reste de la population.

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Les chorfâ des clifré l'cntes familles sont administrés dans chaque ville, où ils sont en nombre surftsant, par un « naqib » ou « mezouar » nommé directement par le Sultan. Les gens du Touat, à Fès, où ils sont très nombreux, sont également administrés par un moqadclem nommé par les chorfa d'Ouezzan; le Touat, en effet, est, pour ainsi dire, un fief religieux de ces chorra. Depuis des siècles, ils perçoivent sur ses habitants, outre de nombreuses « ziara », un droit souverain: la part des successions qui revient au tl'ésor des musulmans, au « Dît el mâl El },Iouselmin ». La perception de ce droit leur est concédée par les Sultans SUl' les gens du Touat, qui habitent le Maroc: le moqaddem des « Ehl Touat », à Fès, remplit donc vis-à..vis d'eux les fonctions de « Abi :Maouârit » (administrateur des successions) et de « Oukîl Er Roiah » (représentant des héritiees absents); c'est au nom des chorfa d'Ouezzan qu'il instrumente pour les villes de Fès et de Méquinès et pour les campagnes des environs de ces villes. Un cas assez curieux s'est présenté il y a quelques années à ce sujet. Un Touati étant mort à Méquinès sans héritiers, le moqaddcm « Ou Salem » de Fès voulut administrer sa succession, conformément à l'usage. Le gouverneur de ~Iequinès, le Hâdj ben 'Aïssa, fils du Pacha Hammo Ed Draouï,prétendit que le défunt, quoique Touati, n'appartenait pas à la confrérie des Touhama ou des Taïbiin, qu'il était « Hamdouchi », c'està-dire de la confrérie de Sîdi 'Ali ben Hamdouch de Zerhoun, et que les chorfa d'Ouezzan ne pouvaient pas prétendre à recueillir sa succession qui devait revenir du Makhzen, c'est-à-dire, dans l'espèce, au gouverneur de Méquinès lui-même. A l'appui de ses dires, le Hâdj ben <Aïssa produisait la hache (Ech Chqour), la massue (Ej Dje-

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boudj) et le boulet (El Koura) 1 du défunt. L'affaire, portée par le moqaddem Ou Salem au consulat de France, fut renvoyée il Moulay 'Arftfa,khaUfa du Sultan il Fôs (le Sultan était il ~Jarrâkech). Aprôs de longues discussions, il fut décidé que le fait qu'un Touati était Hamdouchi ou appartenait il telle ou telle confrérie n'enlevait pas aux chorfâ d'Ouezzan le droit de percevoir sur sa succession la part du « bît el mâl )) ou de recueillir cette succession en entier, au lieu et place du « bit cl mâl », si le défunt n'avait pas d'héritiers. En un mot, le droit souverain des chorffl cl'Ouezzan SUI' les successions des Ehl Touat habitant le -Maroc était re1. Hamdouchi. Les" Khouan » de la confrérie de Sidi Ali ben Harr:douch, ou plus exactement de Sidi Ahmed Ed Dr'our'i, son disciple, sont portp-urs d'une hache, " chqour ", d'une sorte de massue garnie de grosses tétes de clous, « djeboudj » ou "zeronat» et d'un boulet de fer" el koura ". Lorsqu'après_ avoir répété ensemble et en cadence un certain nombre de fois: Allah! Aboud Allah! ct suivi cette cadence d'un mouvement du corps, de haut en bas, qui s'accentue progressivement, les Khouan sont pris du " hal " (sorte de transport causé par le mécilnisme de J'invocation), ils se frappent la tète successivement avec un de ces trois instruments; le sang coule abondamment sur leurs visages et leurs vêtements, mais les blessures sont rarement dangereuses; il arrive cependant parfois qu'un maladroit lance trop haut le boulet qu'i! doit recevoir sur la tête, le reçoit trop perpendiculairement et que son crâne est brisé comme une coquille d'œuf. On explique cet accident par' le fait que lil victime n'était pas en état de pureté, c'est-à-dire qu'il n'avait pas fait ses grandes et ses petites ablutions, Les" Hamâdcha » purs ne sc livrent pas à ces exercices violents, ils se contentent de réciter le" dikr " laissé pal' Sidi 'Ali ben Hamdouch. Ce sont les Dr'our'iin, disciples de Sidi Ahmed Ed Dr'our'i qui ont la spécialité de se frapper la tête; quoique confondus avec les Hamâdcha, ils sont reconnaissables par le fait (IU'ils sont tous chauves et portent sur le haut du crâne des cicatr'ices visibles. L'origine de cette subdivision des Hamâdcha est la suivante: Lorsque Sidi Ahmed Ed Dr'our'i, disciple de Sidi 'Ali ben Hamdouch, apprit la mort de son cheikh, il fut pris d'un accès de désespoir', et se frappa la tète avec tout ce qu'il tl'ouva sous sa main; d'autres disciples de Sidi 'Ali l'imitèrent et la coutume se perpétua dans une partie des lIamàdcha qui prirent le nom de Ed Dr'our'iin. Sidi 'Ali ben Hamdouch était un chérit' Alami originaire du village de " El Hamadeuch " en Ahl Sérif. Il est enterré au djebel Zerhoun sur le versant qui regarde Méquinès, ainsi que son disciple, Sidi Ahmed Ed Dr'our'i, dans deux villages portant chacun le nom du marabout qui y est enterré.

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connu, ilHkpelldallllllell1. de la conrJ'l~l'i() religieuse à laquelle le Touati défunt pouvait (\tre af{iJil~. Pour recueillir ce m(\me droit de succession sur les Marocains hahitant l\~ll'anger, l(~ Sultan du Maroc a des agents ~q)pelt'·s « Ouk kùl El NI 'r'ral'ha» (chargé des intérôts des .Marocaius) dans tous les pays musulmans; il en a en Algôrie et eu Tunisie et IIH\me il Gihl'altar, où cet agent est appelé « le Consul du Nlaroc )). Un incident s'est produit en {89S il propos de l'Oukîl El M'r'rarba du Caire, (lui était un Ben Chekroun de Fès. Ce personnage, (lui avait, paraît-il, conservé, pour son usage personnel, tout ou partie des droits perçus SUI' les successions des '\larocains décédôs au Caire, et quelquefois les successions el1es-lJJènws, étant revenu il Fès, le l\Takhzen lui demanda des comptes et voulut le faire arrôter. Le vice-consul d'Angleterre :\ Fès s'opposa il cette arrestation en prétendant ([u'il était protégé anglais. L'aJl'aire fit un certain bruit, et l'ou prétendit môme que l'Angleterre protc\geait les quinze mille Mal'ocains établis en l::gypte. Vérification faite, il se trouva qu'il n'y avait en ]~gypte (ju'ellvil'Cm douze cents Marocains, null(~ment protégés ~lllglais, mais dont quelques-uns ('~taient uatlll'alisés ]~gyptiens. L'ancien Oukî! El ~\l'J"ral'ba du Caire dait de ce nomhre, et se trouvait portenr d'un document tout il fait J'{\gulier, lui conférant la natjonalit(~ égyptienne. C'est à ce titre ([ue le vice-consul d' 1\ ngje terre à Fès le couvrait de sa protection, et il ne fut plus inquiété dans la suite. Ces diH'érents exemples étahlissent d'une fa~'on suffisante que le principe de l'exterl'itorialité est admis et pratiqué par l'a(!llliuistmtiou marocaine. De plus, par' l'exercice du droit consuétudinail'e de protection, réglementc\ par plusieurs conventions, les puissances européennes peuvent retirer à la juridiction du Sultan des sujets marocains, pour en faire des justiciables

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des différentes juridictions consulaires; à plus forte raIson, semble-t-il, pouvons-nous èlendre notl'e juridiction à des musulmans originaires d'Algérie, qui ne sont pas sujets du Sultan. Tout dernièrement, un fait s'est produit à ce sujet, qui ne laisse pas (fue de présenter une certaine anomalie. Comme on l'a vu plus haut, deux villages du Il'arb, dans la tribu des Sefian, au lieu dit « BI Fouarat », sont habités presque exclusivement pal' des Oulàd Sîdi Cheikh Cheraga et n'araLa, qui ne sont pas reconnus comme sujets algériens. Ils sont « 'azzaba » du Sultan, et un des oumana chargé de leur administration, Si Mohammed Ould Et Tàlha, sujet marocain, vient d'ètre reconnu comme protégé français; de sorte que l'ancien administrateur pour le Sultan, des Oulàd Sîdi Cheikh de Fouarat, est aujourd'hui justiciable de notre légation, tandis que les Algériens, qu'il régissait, sont sous la juridiction marocaine. En 1892, il avait éü'~ convenu verbalement, entre le sultan ~Joulay El Hassan et Nf. le comte d' Aubi gny, lors de son ambassade ù Fès, que tout individn poursuivi par les autorités marocaines, et amené devant le gouverneur de Fès, qui revendiquerait la qualité d'Algérien, serait immédiatement amené au consul de France qui jugerai t de la validité de ses titres il réclamer la protection françaIse. Il semble qu'il y ait là Ulll~ reconnaissance formelle de notre droit d'intervention en faveur des Algériens, sans tenir compte des cat{'gories illégales établies autrefois par des circulaires particulières, La question des Algériens hahi tant Fès, où ils forment un grand nomhre de familles, a peut-ètre éll'~ une des préoccupations de notre [{~gation lors de la création du vice-consulat de Fès en 189[1. A-t-il été réellement <luestion il cette époque de chercher

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à ramener à nous tous les Algériens habitant Fès? Quoi qu'il en soit, les intrigues des Algériens eux-mêmes ont empêché la réalisation des projets que l'on pouvait avoir. Il est aisé de comprendre que les quelques rares Algériens immatriculés que nous comptions à Fès (ils étaient une vingtaine et ont diminué depuis), ne tenaient pas à voir leur nombre augmenter. }\[oins ils sont nombreux, plus ils constituent une exception, et plus, par consécluent, leur situation est privilégiée: plus ils ont personnellement d'importance. C'est là ce qu'ils recherchent, d'autant, qu'à quelques exceptions près, ces immatriculés sont les membres les plus infimes de la colonie algérienne. Tous les chodâ des Hàchem, ceux de Tlemcen, et autres gens d'un certain rang, à cause même de l'importance qu'ils avaient et qui n'aurait fait qu'augmenter, avaient toujours été soigneusement tenus à l'écart; quant à la masse, elle avait été jugée inutile et encombrante. Il ne fallait pas qu'à l'arrivée du vice-consul, la colonie algérienne sérieuse se groupât autour de lui. Cela eùt été la condamnation de l'administration précédente. Par l'intermédiaire d'un haut fonctionnaire marocain, originaire lui-même de Tlemcen, l'Amîn El Hâdj 'Abdessalàm El Nlokri, et moyennant la promesse faite par le Makhzen de l'exemption des impôts, outre la distribution d'une soixantaine de mille pesetas, trois cents des principanx membres de la colonie algérienne, réunis à la mosquée de « Er Redf », se sont reconnus, par écrit, sujets du sultan Moulay 'Abdel 'azîz. Peut-être tout le bruit mené par le Makhzen était-il parfaitement inutile et peut-être le vice-consul de France à Fès n'avait-il aucunement l'intention de couvrir de la protection française tous les Algériens habitant Fès. Quoi qu'il en soit, l'idée seule de la possibilité de la chose a fortement ému le Makhzen, qui n'a rien négligé pour faire échouer des projets problématiques.

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Rien n'a été fait depuis pour essayer de ramener à nous les nombreux Algériens qui habitent la ville de Fès, quoiqu'ils semblent disposés à recourir à notre protection contre les abus des autorités marocaines. C'est ainsi qu'il y a plusieurs années les boulangers de Tlemcen, qui formaient il cette époque une corporation assez nombreuse, ayant eu quelques difficultés avec le « J\Tohtaseb » de Fès, demandèrent l'intervention du vice-consulat. Ils faisaient un pain SI)(~cial, connu sous le nom de « El Khobz El Harcha», ainsi nommé parce que, avant d'envoyer le pain au four, on le saupoudre de semoule un peu grosse, ce qui donne il l'extérieur du pain une certaine rudesse. Les ouvriers non mariés, les muletiers, les gens de passage, tous ceux enfin qui ne font pas leur pain chez eux, non seulement ne se plaignaient pas de ce genre de pain, mais le recherchaient. Les autres boulangers intrignèrent auprès du Mohtaseb et lui firent un cadeau, de telle sorte que ce magistrat interdit aux boulangers de Tlemcen de 'continuer la fahrication de « El Khohz El Harcha » qu'il était d'ailleurs tout prêt à autoriser à nouveau, moyennant paiement d'une certaine somme. Afin de donner plus de force il son interdiction, le Mohtaseb fit simplement saisir dans les fours « El Khobz El Harcha » dans l'espoir que les boulangers de Tlemcen, pour qui cette saisie constituait une perte relativement considérable, viendraient à composition. Au lieu de cela, ils. s'adressèrent au vice-consulat de France, dont l'intervention, suffisamment autorisée par le procédé du Mohtaseb, leur permit non seulement de retirer leur pain du four, mais de continuer la fabrication de « El Khobz El Harcha ». La situation des Algériens cOInplètement installés il Fès, n'ayant plus en Algérie que des parents très éloignés, que souvent ils ne connaissent pas et dont ils ne sont pas connus, et n'y possédant plus rien, cette situation ne peut

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dormer lieu il aucun l'apport administratif ou judiciaire entre les deux pays; mais certains cas peuvent se présenter, soit pour les Algériens propriétaires en Algérie et au :Maroc, soit pour les J\larocains ayant des hiens dans leuL' pays et en Algôrie, qui n'ont jamais ôté prévus. Ce manque de réglementation est forcément très préjudiciable aux intéressés, et il l'extension des relations commerciales entre les deux pays. l,a loi du 23 mars 1882 l'end obligatoires les actes de l'état civil pour les musulmans d'AlgérÎl~; sauf il Tanger, cette loi n'est pas appliqu(~e au J'lJaroc aux sujets algériens. Cependant, il peut ôtl'(~ nôcessail'e ([U'ULl acte permette d'ouvrir en Algérie la succession d'un AlgérÎlm mOl't au Maroc, comme il peut èlL'e nécessaire également que la mort d'un Marocain, mort en AIgôL'ie, et ayant des biens au Maroc, soit régulièrement ôtablie. Deux cas se sont prôsentés, il y a quelques années, qui peuvent servir d'exemples. En voici un : Un musicien de Tlemcen, Cheikh En Nouâl', qui était marié et propriétaire il Tlemcen, ôtait également nlaL'le et propriétaire il Fès. Il hahitait tantàt ulle (le ces villes, tantàt l'autre. Il mourut il Fès. Il a dé impossible de procéder régulièrement au règlement de sa succession, de façon que les hiens sis en Algérie et ceux sis au Maroc fussent réunis, comme cela devait ôtre, en une seule succession, partag(~e entre les veuves du défunt et ses héritiers, conformément à la loi musulmane, qui est la nll\me en Alg(~rie qu'au Maroc, et par la(luelle seule était régie la succession du défunt, en vertu du statut personnel. D'après la loi musulmane, Il les successions s'ouvrent par la mort, que cette mort soit réelle ou présumée: réelle, lorsqu'elle est constatée par un acte ['('gillier ou par des témoignages présentant toutes les garanties nécessaires; présumée lorsque la personne dont on réclame

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l'héritage a disparu et qu'elle a atteint la limite extrême de la vie humaine, c'est-à-dire soixante-quinze ou quatrevingts ans d'apri~s le rite makkite, cent vingt ans d'après le rite hanéfite ... » « '" Le pw-tage de la succession de l'homme perdu, porte le texte (Sîdi Khalil) sera différé jusqu'au moment où on devra le regarder par jugement comme mort. « En consécruence, la cour d'Alger a décidé, par son arrêt du 22 janvier 18G2, qu'en conformité des principes admis en cette matière pal' le droit musulman, les biens que possédait l'individu disparu, restent tels cruels, tant que l'on peut supposer que l'absent est encore vivant, soit pendant quatre-vingts ans à partir de la date de sa naissance; que ce n'est qu'à l'expiration de cette période que sa succession est ouverte; que jusque-tl, ses biens ne sont entre les nwins des détenteurs qu'un dépôt; que ceuxci en doivent compte aux héritiers au moment où il est procédé aLI partage. Cette jurisprudence a été consacrée par un arrêt de la Cour de 187'1, par un jugement du qâdi de Dellys du 1''1' octobre 1873 et par un arrêt confirmatif rendu à la date du 9 février 1871l 1 ». Il est aisé de comprendre l'importance considérable qu'il y aurait, pOLIr faciliter les relations entre l' j\ Igérie et le Maroc, à examiner les moyens d'établir entre les tribunaux musulmans des deux pays des accords permettant de régler les successions musulmanes se trouvant ouvertes simultanément au "Maroc et en Algérie. Outre le cas du cheikh En Nonâl', q ni vient d'être cité, il peut s'en présenter d'autres; en premier lieu ,celui d' llllmusulman d'Algérie propriétaire ou marié,ou les deux, au Ma1. SAUTAYRA et CUERDONNEAU, Droit musulman, " Du statut personnel et des successions" lS74, t. Il, ehap. XXII, sect. l, n" GOi, p. lOS. De la protection à accorder 'aux Algél'iens. Distinction des Algériens en diverses catégories,

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ARCHIVES

~L"'ROCAINES

roc et mourant en Algérie, où il pourrait ètre également propriétaire et marié; celui d'un sujet marocain musulman, marié et propriétaire au Maroc, nlOurant en Algérie, où il pourrait ètre également propl'iétaire et marié, Il y a une dizaine d'années, est mort à Saïda (Algérie), dans une assez mauvaise posture commcrciale, un }[arocain originaire de Figuig qui faisait du commerce en Algérie depuis de longues années. Les créanciers n'avaient pour se paycr que ce qu'il pouvait IWss("der en Algérie, tandis que ses héritiel's du Maroc, qui avaient Lien sous la main ses propriétés de Fès, et SUI' lesquelles, naturellement, aucune opposition n'avait été mise, ne pouvaient entrer en possession de leur héritage, rien n'établissant la mort dc celui dont ils voulaient hériter. On trouve, dans ce cas, un exemple du dommage causé tant aux créancicrs et aux héritiers d'Algérie, qu'aux héritiers de Fès par le défaut d'entente entre l'Algé;'ie et le }[aroc relativement au règlement des successions musulmanes, ouvertes simultanément dans les deux pays. Si les Liens constituant l'héritage avaient pu ~tl'C réunis en une seule succession, les créanciers d'Algérie auraient eU,pour se payer, les Liens du défunt, tant en Algérie qu'au Maroc, d'une part; d'autre part, les héritiers d'Algérie auraient participé aux Liens laissés par le défunt au Maroc; tandis que si la portion d'héritage laissée par le défunt en Algérie était insuffisante, ou juste suffisante pour payer les créanciers, les héritiers d'Algérie se trouvaient complètement dépouillés, et injustement, puisqu'une part de cet héritage restait à Fès, sans contribuer au paiement des créanciers et se trouvait indùment partagé entre les héritiers habitant Fès. Ces héritiers, de leur càté, sans preuve régulière de la mort de celui dont ils voulaient hériter, ne pouvaient entrer en possession de l'héritage laissé à Fès, avant le temps légal, qui peut être très long et permettre à 1'« Oukîl El R'oïab )) (le représentant des héri-

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tiers absents) de s'emparer de la succession et de l'ahsorber. Enfin, les créanci ers eux-mêmes pou ,'aient ôtre en partie frustrés, si la part d'hél'itage laissée pal' le défunt en Algérie n'était pas suffisante pour les désintéresser. Sous bien des rapports, les points de contact entre l'Algérie et le Maroc sont insuffisants. Il ne saurait s'agi i' d'autoriser l'administration algérienne il s'ingérer dans les a!faires du ~laroc présentant un caractôre international, ni il empiéter sur les attributions de la légation de France à Tanger ou des consuls français au ?llaroc; mais il conviendrait d'empêcher que la frontière algérienne isole complètement de leur pays d'origine les Algériens qui viennent habiter le Maroc, et réciproquement. Examinons encore les différents cas qui peuvent se présenter: 1° Mort au Maroc d'lm Algérien, ayant des héritiers au .Maroc,. des héritiers en Algérie, des biens au ~raroc et ~les biens en Algéri e ; 2° Mort au Maroc d'un Algérien ayant des héritiers et des biens en Algérie; 3° ~Iort en Algérie d'un Marocain ayant des héritiers au Maroc, des héritiers en Algérie, des hiens au ~raroc et en Algérie; 4° :Mort en Algérie d'un Marocain ayant des biens et des héritiers au Maroc et n'ayant rien en Algérie; 5° Enfin, mort en Algérie d'un :Marocain ayant des biens et des héritiers en Algérie et des héritiers également au Maroc sans y avoir de hiens. . Il suffit de songer il ces cinq cas, auxquels peuvent s'en ajouter d'autres, pour se rendre compte de l'importance qu'il y aurait à ce que la question des successions entre l'Algérie et le Maroc fùl réglementée. Cette réglementation ne serait pas seulement un moyen de créer un rapprochement entre les deux pays, et de per-

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ARCHIVES MAROCAINES

mettre aux indigènes d'Algérie et du Maroc d'acheter indistinctement des propriétés au Maroc ou en Algérie, sans craindre que lem' héritage ne puisse pas être réuni en une seule succession; elle constituerait également une garantie au point de vue commercial. Un certain nomhre de commerçants de Fès vont s'établir en Algérie et au Sénégal. Il arrive souvent qu'ils achètent des immeubles il Fès; ces immeubles se trouvent échapper il leur responsabilité commerciale s'ils meurent en Algérie ou au Sénégal, en laissant une situation em· barrassée. L'étendue des pouvoirs consulaires sur les Algériens n'a jamais été établie. D'après 1es circulaires des Affaires étrangi~res relatives il la protection, « les protégés relèvent des consuls au même titre que tous les sujets français, et ils sont soumis il la juridiction consulaire, tant civile (PH) criminelle n. De même que les consuls sont substitués vis-il-vis des citoyens français l'tablis au }[aroc, aux différents pouvoirs puhlics de la mfilI'opole, il semble qu'ils doivent avoir sur les Algl'riens les mômes pouvoirs administratifs que ceux des fonctionnaires civils en Algérie. Cela pal'aH logique, mais cela n'a jamais filé officiellement étahli. La situation des musulmans algrlriens prot('~gés au ~Ia­ roc est, (l'ailleurs, heaucoup plus enviable que celle de leurs coreligionnaires restés en Algérie. Ils jouissent an l\Iar'oc de toutes les immunit(;s dont jouissent les citoyens français, sans soutrl'il' de l'exclusivisme (lont sont fr'appés ces derniers connne chrétiens en pays musulman. Au :Maroc, les Algériens ne payent aucun impôt, ne sont sOllmi~; :\ aUCllll() charg(' ; comme ils se rendent parfaitellIellt compte q ne cette situation exceptionnelle et privilégwe d ispal'aîtra it forcément si l'influence française pou-

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vait apporter un certain ordre dans l'administration marocaine, ils sont aussi opposés que les gens du pays à notre pénétration. Ce serait une erreur de penser que, dans les conditions actuelles, ils peuvent ôtre d'un secours quelconque à notre Œuvre. Tant que les « Protégés » ne sont qu'un très petit nombre, l'inconvénient de leur situation exceptionnelle n'est pas considérable. Il était d'ailleurs difficile de la modifier; la France ne pouvait pas exiger d'eux des impôts en pays étranger. Elle ne pouvait pas non plus les obliger à payer au gouvernement marocain des impôts qui ne sont déterminés par aucune règle fixe, dont l'importance et les époques de paiement dépendent uniquement du caprice ou des besoins des gouverneurs. Le « Tertîb ») (règlement cles impôts) qui a été établi en 1902, d'accord entre le gouvernement marocain et toutes les puissances représentées au :\Iaroc, présente un moyen d'obliger les Algériens à un impôt qui n'aurait rien de vexatoire. :\Iais depuis plus de quatre ans ([u'il est promulgué, le TerUb de 1902 n'a pas encoro {·té mis en pratique pal' le gouvernement marocain. Il risque d'avoir le même sort que celui de 1881, qui est mort-né. Cependant, l'application do ce ri'glolllCnt sOJllhlo ôtl'e le seul moyen de faire cesser progressivement ]0 pillage administratif qui ruine le pays et rend impossible toute entreprise agricolo sérieuse. Le Tertll> doit être ohligatoire pour tout le monde, même pour les Européens, môme pOllr les chorfâ; mais personne ne vout en commencer le premier l'application. Le ~Iakhzen semble désireux que les puissances commencent à le faire payer par les protégés, pour donner l'exempIe; le corps diplomatique, avec apparence de raison, demande que cet exemple soit donné par les sujets du Sultan. En l'(;unissant sous sa protection tous les sujets algé-

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ARCHIVES MAROCAINES

riens qui habitent le Maroc, la France pourrait les obliger à payer le Tertib par l'intermèdiaire de ses agents. Le gouvernement marocain n'aurait plus de raison pour ne pas appliquer également cet impôt régulier. Les Algériens, sans être exposés ù aucune vexation, seraient replacés par le fait IHème dans une situation plus conforme à celle de leurs coreligionnaires restés en Algérie. Cela nous permettrait de les remettre un peu dans notre dépendance; tandis que jusqu'à présent, ils constituent une catégorie d'exception qui s'exagère son importance et ses droits sans en profiter.

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P(~RIODE DE L'ÉMIGRATION

sun

FÈS

Avant de procéder au dénomhrement des familles algériennes qui, à différentes époques, sont venues s'établir à Fès, il peut être intéressant d'étudier, d'après les auteurs marocains et d'après des renseignements recueillis chez les descendants des « Mouhttdjirîn », les événements contemporains de la conquête de l'Algérie, depuis la prise d'Alger, jusqu'à la reddition du Ilùdj 'Abd-el-Qâder ben Mahi Eddîn. On pourra se rendre compte que l'occupation par les chrétiens d'une partie du territoire musulman n'a pas causé au Maroc un mouvement religieux bien considérable, en dehors des platoniques manifestations des Ouléma. Moulav 'Abderrahmân s'est efforcé surtout de mainu tenir l'intégrité de son territoire ou même de profiter

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des circonstances pOUl' reculer, du côtô de l'Est, les frontières de son empire et pour en établir, au moins dans le Nord, la délimitation d'une façon plus précise et plus avantageuse pour lui.

Le voisinage des Turcs était, depuis plus de tl'ois siècles, une perpétuelle menace pour les Sultans du :Maroc. Déjà, au moment de la chute des Mérinides et de l'avènement de la dynastie Saadienne, le Sultan de Constantinople, Soliman, avait cherché à meUre les souverains du Maroc dans sa dépendance, en soutenant les derniers Mérinides, et en donnant à Boù Hassoùn El Outassi le moyen de rentrer il Fès avec le concours des Turcs d'Alger. Ils avaient toujours traité les sultans Saadiens avec mépris, et pendant tout le règne de cette dynastie, ne cessèrent d'intriguer au ..\laroc, avec les chorfa et les marabouts. Les premiers sultans Filâla, ancêtres cLe Moulay 'Abderrahmàn, qui cherchaient à étendre leurs possessions du côté de l'Est, eurent à lutter contre les Turcs . ..\loulay Mohammed ben Moulay Chérîf, après s'être emparé d'Oujda et avoir poussé jusqu'à Tlemcen, dut revenir sur ses pas, et signer une convention qui 1ixait à la Tafna la limite des deux territoires. Moulay Er Hachîd El Filâli, à proprement parler le premier sultan de cette dynastie, eut également à lutteicontre les intrigues des Turcs d'Alger, qui soutenaient le Gorfeti Ahmed n'aïlàn dans sa lutte contre les Filâla, et donnaient asile à Tlemcen aux marabouts de Dila expulsés. Le long règne de Moulay lsmà 'H se passa en grande partie en luttes contre les Turcs, qui refusèrent toujours de le reconnaître comme Sultan et ne l'appelaient que l'Émir de Fès. En 1692, battu par les Turcs sur la Moulouïa, Moulay lsmâ 'H dut les reconnaître pour maîtres du pays
ARCH. MAROC.

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ARCTIIYES MAROCAINES

jUSqll\l CC Iteuyc. Lcs TIlI'CS nc fUl'ent pas étrangers non plus aux luttcs que se livn\l'ent cnLl'e nlX, pen<lant plus <k vingt ailS, les fils dl~ \Ioulay ISlllù',l. acharnés ù Sl~ disputer II' Il'(\w' (Il' 1('Ul' [)(\l'C, qui lillit pal' l'Ostel' Ù ~Ioulay i\ hdaIlah, détl'ùlu:~ et p/'Oclaml; six fois. L'alitol'ili~ du Sultan de COllsLlIItinople, diminuant dans le gOllvernement lL\lgCI', des tentatives de rapprocilelIU'III l~Ul'Cnt lieu entl'c la /'Ol'Ie el Silli Mohammed ben ;\ hdallah ; mais, profitant dl~ la faihlcsse des Turcs, "'Ioulay SliJllùn occupa Oujda salls coup f(;rir, en cherchant Ù SOli tOl1l' il soulever contJ:e lcs TIII'CS l('s populations arabes par 1'illl1ucnce dcs Derqaolla ('[ des Tidjaniin.Le sOlllôvement de IA1hChé"ir l\

ait ml\IllC rail 1'('COllllaili'C comme souvcl';lill pa,'I('s hahitanls de Tlelllcen. La reprisl' (1(. ceLtc ville pal' l(~s Tu!'cs ('[ les massaCI'('S qui sllj\il'l'nt, PL'Ovoqu(','enl lill(\ deuxii'llll' ('migTation (ll's :\hl Tll'mcl'n Ù Fios. La p"emii're élnigl'alioll ;nail. eu \i(~u t'Il 'lflln, SOIIS lto "(\gne de ~"oul;)y '!\hdallùh, ù propos d'un SOli 1(\v<'nwIll des l\ollrollglis el. des hahitants de Tlemcen contl'o YO(,SOIlI' Bey. "'lou!ay '!\)derrallIu;\n continua, vis-ù-

Centres d'intérêt liés

is des Turcs lL\lgôril~, ln 1fl()IIIC pol iliq ut' <[ut' sesIH'I;<lt'-cesselll's. SOli bul était d'é'tendl'l~ ses possessions Vl'J'S l'Est. Il ne devait dOIlc pas lui dépIail'e de voir la puissance des deys dt',t,'uite [Jal' la France; il pouvait esptSl'cl' Voil' la sienne gl'andir 'en proportion, ct ]'éalis(~r le rêve de tous les 80Uv('l'ains du ~Iaghl'eh, pal' la l'ecoIlstitution, au moins pal'lieUe, de l'Empire Almollacle. ~ul ne pensait, il cette époque, pas mômc en France, que l'occupation de l'Algt'H'iü clùl l'tre dl~finilive, et l'opinion g'l)/1l)/'ale ('tait que les FralH:ais se l'etireraient, aprôs avoir obtenu les sal.isfacl.ions qu'ils se cl'o,raienl en droit d'exige!'. Le J(i!âb Rl Istiqçâ de Si ,\Iuned ben IZltftled En T

Centres d'intérêt liés

ùciri Es-SIaouï, imprimé au Cai,'c, et le Houllal El RaMa fi jl1ou!oûk Ed Doula! El'Alaouïa, ouvrage manuscrit inédit,

LES MUSULMANS D'ALGÉRIE AU MAROC

écrit par le faqih El Hadj Mohamed El 'Icchedi, d'ol'igilll' algérienne, présentent les l\vt'~IH~ments de la ccmquI\le dl' l'Algérie ù peu pri's sous le Il)(\llle jouI'. Les deux OllVI'ages traitent uniquement les én'mements de celte COllquôte où le :Maroc a été m<'1é, Sans doute, l'auteur de I1ou!lal El BahYa, qui, enem'e enfant, était venu d'AIg<;rie avec le f~)li ih Saqqat son parent, dont la famille est une des plus ililistres df's IlilclJcm e! dont les parents étaient au service du Hàdj 'Ahdelcl'ider, at~rait pu raconter d'intéressants (kt ails sur le rôgne de l'Emir et sur ses relations avec le SII1tan ::VIonla,'" '"\l)(lerrahmân; mais El IIfldj::\Iohamecl El Mechedi est aujourd'hui non sen /l'rnent sujet du Sultan, mais q:ldi de la tribu des Hayiiyna, par conséquent fonctionnaire dll l\lakhzen; il est donc tenH à une grande l't"sene, afin que rien ne puisse froisser la sHsceptibilité du gOll\ernelnent marocain, le jour où son histoire de la dynastie régnante sera livrée il la publicité. Dans les petits détails, on sent cependant le respectueu", souvenir fJu'il a conservé de ]']~mir et de son père Sîdi 'Iahi Eddin. Tandis que En T\ùciri appelle assez dédaigneusement ce dernier: « El Faqîh El :Moràhet ::vrahi Ed Dîn 'Ahdelqùder », El ::\feelJerfi lui donne les titres de « El ChérÎf El Baraka Sîdi::\Iahi Eddin El ?lrokhtùl'Ï Ed Drîsi Ellfassani 1».
1. Il semble qu' 'Abdc!'jùder ,(~tait réellement de famille chérifienne; voici sa g(\néalogie COlllml.llliqué(~ par un de ses descendants, !\Ioul"y Ahmed ben Mohammed !\où Tùleb, {lui habite Tangel' : " 'Abùelqùder ben !\Iahi Ed !lltl ben Moustafahcn 1\Joh'llllCd El 1\lokh1ùl', ben 'Abdelqttder (connu dan~ la tribu des Hùchcm ~OllS le non1 de (lada bel MokhtflLï, ben Ahmecl hel :\Tokhtal' (dont la '1011bIJH ~c tl'ouve dan,; ln plaine de Eghl'i~; c'('~L en souvenir de cc I"')'sonll,,ge 'Ille la r,\Inil!,~ ;1 pris le nom de " El Moldil~ùl' ,,), lIen" 'AIJdcl'I'ider benltiwr/,la " (du nom de ~,) mère; (~'e~t lui qui e,;L venu le premier dans la tribu <les )###BOT_TEXT###quot;lcheJtI); beJt Ahmed, ben 'Vlohamme<! hen ',\I"le1llollï, ben Ali, ben Alllned {)l'II ',\hdelqouï ben Kh:îled (~on toml)(~a\l se lrouve dans la trihu des Beni 'Amer), ben Yoùsouf hen Ahll)('d hen lleclwr ben Ahmed hen Mohamed ben l\Ie-

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ARCHIVES lIIAnOCAINES

Quant à l't~mir lui-même, non seulement En Nâciri, dans le /{ilâb El Istiqçâ, ne lui prodigue pas ces qualificatifs élogieux dont abusent les écrivains arabes pour les moindres personnages musulmans, mais il ne fait même pas précéder son nom de la qualification (( El Sîd », qui est généralement donnée à tout le monde. Malgré ces diJIérences de nuances, les récits des deux auteurs sont sensiblement paeeils. En voici le résumé: Fatigués des actes de pirate6e des gens d'Alger, les Franç~ais avaient probablement porté phlinte contre eux au sultan l\Iahmot'HI El 'Otlllntmi. Le dey d'Alger, Ilosseïn Hacha, se considérant comme indépendant, le Sultan de Constantinople répondit au roi de France de l'attaquer (c'est donc avec le consentement dll SlIltml de Constantinople que les Français ont pris Alget,). Il en n'sulta ce que l'on sait, et ce qui arriva fut causé pal' la mauvaise conduite des gens d'Alger et par la m:tl(\diction prononc('e contre eux par le cheikh Sîdi Lm'hi Ed Del'qaouï. Le 22 doi"! hiddja 12!lil (th juin 18:30), la flotte feançaise forte de quatre-vingt-dix-sept navires (léharqua les troupes qui s'emparèrent d'Alger le 13 moharrem '12116 (il juillet 1830). Moulay 'Abdel'rahmtm était il ce moment ;\ :\Iarrâkech ; il revint à Méquinès dans le mois de safar. La prise d'Alger et la victoi l'e des chrétiens causôrcnt une grande inquiétude aux gens de Tlemcen, qui se réllni['eut, et décidèrent de reconnaître la souveeaineté de :\loulay 'Abderrahmân. Ils se rendirent chez l' 'âmel d'Oujda, le q:îïdEdrîs hen Uammân Ed Djirâl'i, et lui demanclèrent d'êtee leur intermédiaire auprès du Sultan dont ils demandi'l'ont il êlTe les sujets. Des lettres furent échangées entre
~:lnl1d !len Ta()\l~ (?) ben Yaqoub ben 'Abdelqouï (:-on tombeau se trouve il Til f'('j'sin dans [t, Hif; c'est 'Abdelqouï qui a quitté Fès au moment de la

Ahllled JWli

JlCI'S('~('.lllilln de ~I()usa Abi El Afya ~l()klJn!lJed ben EdrÎs ben

contre les Chorfù Edrisites), ben Edl'is, lien 'Abdèillnh El !\;)l1Iel, etc, "

LES MUSUL1\L\NS D'ALGÉI1IE AU i\IAHOC

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'Abderrahmfm et le gouve['neur d'Oujlla, et il fut décidé qu'une d('~i)Utation des gmls de Tlemcen irait ùFôs trouver le sultan '\loulay ·.\bderrallluùn, afin de lui soumettre la requlHe de la ville. Cette d()putation arriva à Méquiuès au mois de relJi cl ouel 12/16 (septembre 1830). ~\Ioulay 'Abderralunùn l'e(o~ut admi l'ablement la députation, la logea, la ddraya de ses d()penses pendant son séjour, et écouta les propositions qui lui étaient faites. POUl' ne pas prendre une décision qui aurait pu être contraire aux prescriptions de la loi musulmane, il en orclonHa l'examen par les 'Oulemf\ cle Fès, se réservant de baser sa réponse sur leur décision. Les 'Oulemà se réunirent sous la présidence de Moulay El Hftdi E<,~ Çqalli, qfldi ed djemùa de Fès. Leurs opinions furent partagées, Les lins étaient d'avis d'accepter les propositions des gens de l'lemcen ; les autres, s'appuyant SUl' ce rait (lue Tlemcen avait fait acte de soumission au Sultan de Constantinople et l'avait officiellement reconnu comme souverain, prétendaient que le Sultan du Maroc ne pouvai t pas reconnaître les gens de ce pays comme ses sujets. Moulay Abderrahmân partagea l'opinion de ces derniers, et refusa d'accepter les propositions des gens de Tlemcen; mais ceux-ci demandèrent à répondre à la décision des Oulema, et adressèrent à Moulay 'Abderrahmân la lettre suivante:
« Nous portons à la connaissance de notre Seigneur, centre et colonne de gloire, asile sôr et redoutable, source et fondement de la noblesse chérifienne, en qui se réunissent toutes les hautes vcrtus, le Sultan magnifique et glorieux, descendant de souverains illustres, notre Seigneur et notee ,Maître, ',c\bderrahmftn benou Ilicham (que Dieu le conserve aux musulmans, qu'il prolonge son existence ct lui accorde les récompenses qu'il mérite, que

~Toula'y

ARCHIVES MAROCAINES

la décision juridique de nos maîtres les 'Oulemfl de Fès ne repose sur aucun fondement. Ils p"étendent en effet que nous sommes liés pal' la proclamation que nous avons faite de la souveraineté du Sultan de Constantinople. En admettant que le fait soit exact, il ne saurait être invoqué contre nous et de plus il n'en est pas ainsi. On entendait bien prononcer chez nous le nom du Sultan de Constantinople, mais le gouverneur d'Alger qui s'imposait il nous, se jouait de la religion et Dieu l'a puni par ses injustices, son orgueil, ses exactions et sa mauvaise conduite. « Dieu patient(~ avec le coupable jusqu'à ce qu'il le saisisse, mais lorsqu'il l'a saisi, il ne 10 laisso plus échapper. « Ce gouverneu,' agissait en maîtl'e absolu et indépendant, sans se soucier de l'autorité de l' 'Othmtmi; il ne lui obéissait pas et ne tenait aucun compte de lui ni en paroles ni en actions. Comment se fait-il que le Sultan lui ayan t ordonné de trai ter avec les chrétiens, il ait refusé de lui obéir, et que le Sultan lui ayant demandé certaines sOlIlmes pour l'aider dans les difficultés qui lui étaient survenues avec les chrétiens, il ait absolument refusé de lui rien envoyer, de telle sorte que l'ennemi infidèle s'empara de ces SOIlllues ? Telle est la récompense de tout impie et de tout libertin: Dieu ne le laisse pas profiter de l'argent qu'il a accumulé par cles crimes. Tout cela provient de son endurcissement, qui est visible, et qui l'a empêché de tenir compte de tous ces avertissements. Toutes les créatures sont les serviteurs de Dieu et ses esclaves; le Sultan est une de ces créatures et il tient sa souveraineté de Dieu. Celui qui gouverne avec justice, èquité et bienveillance, camIlle notre Seigneur (que Dieu lui donne la victoin; !) celui-là est le représentant de Dieu SUI' la terre et son ombre protectrice sur les serviteurs de Dieu; il est en grande faveur auprès de Dieu tout-puissant, mais s'il gouverne avec injustice et tyrannie, s'il est

LES MUSULMANS n'ALGÉRIE AU MAROC

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corrompu comme cc despote, il s'insurge contre le pouvoir divin, il est inlposé SUl' la tetTe sans ,'aisoll, ct auire SUl' lui la vengeance ddestc ct la mall~diction divine. « En admettant que nous ayons l'cconlHlla souvcraineté du Sultan El Otlullùni, cela ne saurait Nl'e invoqué contl'e nous. « En efl'et, son pays est trôs éloigné de IlOUS, ct sa souveraineté ne peut nous ètreutile en rien, étant donnée la distance qui nou s s6 parc, les déserts, 1es mers, les te l'ri toi l'cS, les villes ct les capitales qui sont enlre lui et HOUS. « Nous serions pcul-('lre plus prl's de lui par la mer, mais jusqu'ici les infidMes l'<'mIH'clwut dc pouvoit, s'y cmharquer. « De plus, il est étahli, pal' Ulle succession de nouvelles certaines, qu'il est occupé de ses propres aH'aires, et qu'il est iInpuissant même il défendl'e les parties de son empire les plus l'approchées de lui, ;\ leI point: (1 u'il s'est fait accorder par les chrétiens un délai de cinq années pOUl' le payement de sommes consi<lérahles, et qn'il a dù donner des garanties de son engagement de payer dans le délai indiqué, de façon il sc mettre lui-même et son honneur à l'abri. Comment poun'ait-il aITiver il défen<lre notre pays étant donné la distance qui nOlis sépal'e de lui:) D'autant plus que le hruit est répandu <lue [cs ennemis de la religion occupent l' J~gypte et la Syrie depuis plus de cinq ans, et qu'il ne trouve aucun moyen de les en chasser sans l'aide de l'infidde. « Dieu peut-il envoyer, an secours de la religion, l'infidèle et le COITOnqlu il « Comme le dit El A bi dans le conllnenlaire du « ,\Iouslim » en étu<liant un cas semblable au nùtre, si (Imâm n'est pas capable de gouverner son pays, un autre profilera des moyens qu'il n'a pas su employer el de la proclamation de la souveraineté. La trop longue attente de la victoire conduit il la défaile. De même <]Lw les cous et les regards

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ABCIllVES

~IABOCAINES

étaient tondus dans cett(~ aLLellte, nOLIs avons recherché la victoi l'e de tous les côV-s, et avons li ni pal' nous dèloLlrnel', d(~couragés, nous dil'igeant vers Ic~ seuil de la porte de notre Seigneul' (que ])i(~L1 lui donne la victoire !J, décidés il nous SOUllwttl'e il lui, il ('Ire il son service: et il nOLIs laisser diriger, villes et tribus, pal' ses (k'Cl'ets et pal' sa prévoyance. « NOLIS avons la conviction que notre S('igneur (que Dieu lui donne la victoiw!) a tous les droits pOLll' lui dans cette question qui est dablie SUl' des bases profondes, et (lU'il peut nOLIs reclwilli,' ell se confol'lliant aux lois rl~dles de l'Imtlln, comme un homme puissant reclwille la succession d'un autre homlne puissant, dont la puissance est arri vée ù son tenne. Nous su ppliOllS notre Seigneur (que Dieu lui accorde la victoire l) d'accepter notre soumission ù sa souveraineté, au nom de son illustre ancc'tre le Prophète (q ue Dieu le glorifi e ainsi que ses pal'ents e t ses serviteurs !), nous terminons not['e supplique en disant: Louange et ù Dieu, ln maître dns 11Icmdes, )) CeUe lettl'e modifia les sentillH'llts de .\Ioulay '1\I)(lerrahmân qui se décida ù acceptel' les pl'opositions des gens de Tlemcen. Il les l'envoya avec de nombreux cadeaux en leur donnant pOUl'le représenter son cousin, ~Ioulay 'Ali, fils du sultan ~Ioulay Slîmân, accompagne) des notables et d'une troupe considérahle des Oudaïa ct des 'Ahid. Cne lettre adressée au qaïd Idris ben Hamman Ed Djirùri, lui recommandait les Ahl Tlemcen et l'associait il nJoulay 'Ali, pour la conduite des 01)(~l'ations. Une lettre de l'Ouzil' Abdallah ben Idris dounait également au gouverneul: d\ }!ljda des iustructions particuliôres SUl' ce qu'il aurait ù faire. Peu apl'ès le dépal't de ~IoLllay 'Ali, le Sultan lui envoya il Oujda cinquante cavaliers, cent fantassins et des artilleurs de Babat ct de Salé.

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}Toulay '.\li ben Slîm~îll (~t le q:1ïd IdrÎs Ed Djir;îri, accompagn(;s de leur al'lll('(', S(~ miront en route pOUl' Tlemcen, où ils furent accueillis pal' la population qui leur renouvela « El béa » la reconnaissance de souveraineté de ·Moulay 'Abderrahmùn. Seuls, les KouL'ouglis, au service des Turcs, refusèrent de reconnaître la souveraineté du Sultan du Maroc, et s'enfermèrent dans la qaçba de Tlemcen. Ils furent attaqués par Moulay '.Ali et en partie massacrés. Ceux qui survécurent firent leur soumission. Les deux tribus des « Daouaïr » (~t des « Zmala 1 )), des environs de Tlemcen, rcfus(\rent (le reconnaître ~\I oulay 'AlJderrailmân; battues pal' ~Ioulay 'Ali ben Sliman, elles dnrent se soumettre momentanément. De Tlemcen, le khalifa du Sultan sc fi t précéder par des qâïds qu'il désigna dans toutes les villes et dans toutes les tribus du gouvernement d'.:\lger, et envoya le qùï(l IdI'Îs Ed Djirâri ù Mascara, au commencement du Blois de ramaclân 12116 (avril 183'1). Outre la ville de ~rascara, les tribus des llùchenl, El ~Iach:dlil, IlcIlOl\ Chouqran, Ouarghia, 'l'halit, Ilamian, et Je,; .\!:u·;\IJOuts Je Chris, reconnurent la soU

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craineté de :JIoulay 'Abderrahmùn. Un document écrit de cette proclamation fut établi et envoyé au Sultan. Pendant que .Moulay 'i\li ben Slîmân et le qilïcl Idrîs ben llamman Ed Djirari, tra vaillaient il établir dans le gouvernement d'Alger la souveraineté de ~Ioulay 'Abderrahmân, celui-ci, de son côté, ne restait pas inactif; il s'occupait de
1. Daouaïr et Zmala. L'origine de ces deux trihu,.; date d'une des campagnes malheureuses de Moulay [srnù 'il dans la région de Tlemcen. " Ed Daouaïr " sc composent des descendant,.; des gens qui composaient la" Daïra " de Moulay Ismù 'il; " Ez ZmaIu " de ceux qui composaient le convoi, " Ez Zmal ", dn Khalifa (lu Sultan. !lesté,.; dans le pays aprè,.; la dél;lite ,le !\IoulilY Ismù 'il, ils s'y Nablirent, s'y mal'il~relü ct formèl'el1t ces deux tribus. Ed Daollil'ir et Ez Z:n:11:\ ,'o::l les deux premières tribus, 'lui, sous le COllllltanuenlenl de ~louslaLI ben blllÙ 'il onl reconnu l'autorité de la France.

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ARCHIVES llABOCAINES

tout ce qui pouvait être utile à l'extension de SOn autorité, et ne IIl(;nageait pas les (l(~penses lIéccssaires. Il envoya chns la région de Tlemcen, l(~ cll<''l'îf Sidi El Ilùdj Larbi ben Ali El Ouazzani l, qui y avait une grande influence, pour engager les trihus ù reconnaître son autorité; en même temps il faisai t partir pou [' Tlemcen le chérîf Ahdessalùm Eillot',anùn;, avec de l'artillerie ct des munitions. En un IlIOt, il ne négligea rien pour réunir à son empire le gouvernement d'Alger'. L'entrée des chrétiens ù Chan r(~duisit ù néant tous ces projets; les tribus perdi ['ent confiance; les chefs de la ~\Iahalla de ~roulay 'Abderralullùn pillèrent les Kourouglis, les Daouaïr et les Zmala, ct se livrèrent ù tous les abus SUl' les tribus qui leur étaient soumises. De nombre uses plaintes furent portées contre eux à ~Ioulay 'A li hen SIÎlnùn. On trouve ici unc divergence entre El istiqçâ et le ]JoLZlal El B'haïa. D'après le premier, ~roulay 'Ali aurait communiqué au Sultan les plaillles qui lui avaient été faites contrc les qâïds, et ~loulay 'Abderrahmùn aurait fait revenir son aI'ln{~e. D'après le second, le khalîfa, de sa propre initiative, serait rcvenu avec l'al'nl<'~e lll:u'ocaine. Le Sultan lui en ayant témoigné son déplaisir, ~loulay 'Ali aurait répondu que la conduite des qàïcls et le mécontentement général (lui s'en était suivi avaient rendu la position intenable; q u'ilramcnai t donc l'armée, en laissant au sultan le soin d'agir envers elle conune bon lui semblerait. Quoi qu'il en soit, "\Ioulay 'Abclc'I'rahmùn fit arrêter le qâ'id Idrîs ben Hanllnan Ed Djirùl'i, qui avait ol'ganisé le pillage, et gard{~ pour lui les objets de valeur; il lit arre\tel'
1. El Hùdj Larbi étnit le père du Hùdj AbdessaWm, devenu protégé français, C'étnit le sixii~me descendant de Moulay 'Abdallnh Chérir, le fondateul' d'Ouezzan, qui était contemporClin de Moulay Er l{nchid, le pl'eIll:el' ~'IU~!(Hl

FiJali.

LES MUSUL~IA!

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S n'ALGÉRIE AU ;\IAROC

également les qftïds des OudaTa, et ces aL'restations provoquèrent la révol te de cette tribu Makhzen, révolte qui se termina pal' sa dispersion.

Après le départ de Tlemcen (le ~lüulay 'Ali ben Slimùn et de son armée, la lutte recommença entre les gens de la ,"ille et les J\.ourouglis, et de graves d(~sürdrcs se pl'Oduisirent dans les tribus qui avaient un moment reconnu l'autorité du Sultan du J'llaroc. Pour mettre un terme il cette si tuation, les 'Oulemft et les notables de la tribu des Il àchcm, ct d'une partie de celle des Beni 'AHwr, r(~solurent de désigner un « Émir )} et fixèrenlleur choix sur le « Cheikh l » Mahi Bd Din, qui vi,"ait dans sa Zaouïa de El Chris, cbez les "'rachachil, dans la tribu des Bâchent. Sidi ",Iahi E(l Dln refusa, en prétextant son grand àge, et proposa il sa place un de ses fl1s, le Hâdj 'Abdelqùder, ftgé de vingt-quatre ans. Celui-ci fut solennellement proclamé ]~mi[' dans la plaine de El Chris, en moharrem 12b8 (juin '18:1'2). Les l'enseignements qui sllivcnt ont été donn(;s verbalelllent Ù Fès pal' Si Mohamed ben Cheikh El }lecherfi, cousin de l'auteur du HOllllal El B'haïa. Aussitàt proclamé, l'J~mir avait envoyé des ambassadeurs il difl'érentes puissances: En France, El :Miloùd ben Jlarrâch El Mascry: LouisPhili ppe lui répondit qu'il n'é lait lu i-méme qu'un Françai s parIui les autres Français et lie pouvait par conséquent prendre aucun engage men t, lIlai s ([ u' il COli seillai t personnellement ù l'Émir de traite," avec la Fral1(;"e ct qu'il n'aurait certainement pas il s'en repentir. Au Caire: Sîdi 'Abdclqùder ben Qleha. Le Khédive
1. "Cheikh »(1ûiqçâ). - E/Houl/a/ BI B'haïa l'appelle El Ch<'rîf El Dal'ùka Sîdi 1\I:lhi Ed mn El Mokhl;îr Eddrisi.

AHCIIIVES i\lAHOCAINES

lui r(~pon(lit qu'il n'dait lui-m('mc ([IL<' pacha, el: n'avait pas quai i t(~ pOUl' ]lreud I"C nu cugagcnwnt ,(lu dconque. A Constalltinopl<~, l'amhassad(~ul' dc l'Emil' ne t'ut m<\me pas l'(~<o~ u. Enfin, :.\Ioulay 'Abdel'l'alunùn I"e<,:ut Si lwn 'Abdallùh ben Cheikh El :.\Iecherfy, slu'uomm<\ cc Saqqat 1 )), qui avait été des (pdis il Oran sous le gOUv(~l'll('nlent Turc, puis ensuite qadi de ~\Iascara pOUl' 'Abddq àder. Le faqih Saqqat était chargé d'i nt'ormer'le Sultan <lue les Français ofl'raient il l'l~mil" <le traitel", et de lui demander' son avis il ce sujet. Le Hùdj 'Abddqùdcl" avait, en efl'et, reconnullJoulay 'Abden'ahlllùu COlllllle Su1l:an, ('[: se considér'ait comme son I\:halîfa pour le telTiloirc alg<;rien. Le Sultan dissuada l'l::lni l' de tl'ai ter en l'engageant ?t la résistance; il lui promit des tl"oupes et de l'argent. Saqqat, qui se rendait compte des choses, considérait la lutte contre la France COllIIne irnpossible. Il n'avait aucune confiance dans les promesses de Moulay 'Abderrahmùn, et résolut dc venir lui-uH\me sc meUI'c à l'abri au :'\[al'Oc. Il demanda donc au Sultan d'écril'e au nùdj 'AIHlelqàder pour demallClm' ;\ cdui-ci de le laisser revenir il Fès. :.\foulay 'Abdenalunàn écrivit la lettre suivante: « Au KhaHfa qui conduit la guerre sainte dans la voie du Maître de l'univers, le Hàdj 'i\hdeIqùder llel1 \fahi Ed Diu, que le salut de Dieu soit sur' vous, et sa miséricorde. Le faqîh Si ben 'Abdallùh ben Cheikh El.\Iecherfi nous demande de se réfugier aupr(~s de nous et d'y demeurer; aussi nous vous prions de l'aider il transporter il F(~s ce
1. « Saqqat ". Si ben Abdallah ben ;\louslat'a hen Cheikh ben 'Abdallùh El Meched'y El HÙelWllli, descendant ùe Sidi Yoùsouf El Figuigui enlerré il (Jaryal El 0:II't, dans une mosquée ù minaret prl's de Mascara. Sîdi YOÙSOIlI', est lui-I1l<\rne de la descendance de Sidi 'Aïssa ben Idris, ben Idris, ben Ahdallah El Kamel, ete., c'est-à-dire des chOl'!'a IdrisiLes Ed-Uebar'yin, de Habat, Salé, Le surnom de « Saqqat ", appliqué au l'a<lih ben Abdallah, provenait de son mauvais étal physique: il avait une taie sur l'œil dl'oit, le bras droit infirme, et boitait de la jambe droite.

LES JI!VSüL)[ANS D'ALG]~IlIE AU MAROC

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qui lui app;n'lient, ses livres ct sa famille, afin qu'étant donné son geand ftge, il ne soit pas sépal'é~ des siens; ct le salut. )) Le Hùclj 'AbdelqfHkr ne s'opposa pas d'aborcl au départ de Sacrcrat q.ui, rentl'él Ù Slascara, envoya ses livres Ù Fôs ; puis l'Émir s'étant ravisé, il les lit revenir et l'esta en .Algérie jusqu'ù la prise de la Smala au combat de Taghin en 1258 (18lI3). Pendant ces dix années, ~Ioulay 'Abclerrahmân envoya il l'l~mir de fréquents secoUl'S en argent et en m.unitions, par l'intennécliaire de l'amîn El Uâdj Et Tâleb ben Djelloul El Fasi. ~laisl(~s nonlhreux échecs supportés par le Hùdj 'Abdelqft(ler éloignaient de lui les trihus qui commençaient il se rapprocher de la France; sous prétexte de demander une consultation juridique aux 'Oulemâ de F(\s, sur les obligations des musulmans pour la guerre sainte, et sur les moyens (lue l'J;:mil' pouvait employer pour les contraindre à remplir ces obligations, le llâclj 'Abdel([âder adressa, le 19 dOlllhiddja 1252 (':27 mars 1837) une lettre il ces 'Oulemâ. Son hut était évidemmeilt d'essayer ainsi d'obtenir de nouveaux secours de.\loulav 'Abclerrallmfm. La réponse se fit attendre pr($ de quatre mois, ct ce n'est que le 1h l'eh,' el aouel '125:~ ('18 juillet 18:n), aprôs la signatlll'e du traité~ de [a Tafna (30 mai 1837 = 2h safar 1253) qui donnait;\ n::lllir une situation considé~rable, que les 'Oulemù répondirent SUI' l'ordre de Moulay '.Abderrahmân. Leur réponse étai t IllW longue consultation sur la théorie de la guerre sainte, dont la conclusion formée (le lamentations SHI' l'{~tat actuel, d'espl~rances ct de VŒUX pour l'avenir, ne constituait en aucune façon un engagement, tout en témoignant Ù l'émir de la sympathie. La lettre du Ilùdj 'Ahdellplder se trouve (lans le J(z'tâ6 El Istz'qçû et dans le Houllal El Ba'lûa.Les auteurs ajoutent que les Oulema de Fôs ont fait une longue ré• . ,J

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panse, mais ne la reproduisent pas. Cette réponse,retrouvée dans un recueil manuscI'it, forme avec la lettre de l'I:;mil' uni' véritable consultation SUl' la guelTe sainte, comprenant « Es Soual » et « El Djouùb », la question et la réponse, c'est-à-dire un tout, complet au point de vue juridique. La tl'aduction de cette consultation sera publiée comme suite à cette étude sur les Algériens. La réponse des 'Oulemà de Fès est rédigée et signée par le faqih Aboù El Hassan 'Ali Et Tsouli, dit « ~ledidech », auteur d'une Charlw a/a Benoa 'Jl cim , imprimée au Caire en 1317 (1899-1900) et qui fait aujourd'hui autorité au ~laroc en matiôl'e juridique.

D'aprôs les l'enseignements fournis par Si ~lohamed hen Cheikh, après la bataille de Taghin, et la prise de la Smala de l'l~mir, le fallîh Saqqat quitta l'Algérie avec sa famille et plusieurs parents du Hadj .i\bdelqàder. Ils cherchôrent d'abord un refuge chez les Oulàd Sidi Cheikh H'al'aha, mais le chef de cette tribu, Sîdi Cheikh hen Et-Taieh voulut piller la caravanc, ct les émigrants, pour consel'vel' leurs bieus, durent paycr' une assez forte somme à Sidi Cheikh. C;elui-ci, d'ailleurs, après avoir reçu ce qu'il voulait, escorta lui-môme la caravane jusqu'à Oujda. De cette ville, le faqîh Saqqat écrivit à Moulay 'Ahderrahmân, qui lui envoya des mules, des chevaux et cent cavaliers pour l'escorter' jusqu'à Fôs, où il arriva sans encombres. Le MakhzcIL mit ;\ sa disposition une maisoll dite Dar Zemmoury, dans le « Darh Tadlù», mais Saqqat y envoya sa farnille seulemcut, et continlla à habiter la Zâouïa des chodâ Çalpllyiu, dans la l'LW des « Saba 1:1louyat n, près du pont de « Beïn El Madouu n. Puis il énivit au Sultan qui se trouvait il Méquinôs, pour lui a1moncel' son arrivée, a.foutant qu'il était très vieux, que la mai-

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son que le IV[akhzen lui avait donnée était trop éloignée de la mosqnée de El Qal'aouyrn, qu'il en \()l[dl'ait une autre plus l'approchée de cette lIl()s(Il[('~e où il aimait il fair!' ses pri(\res ; enlin il delllandait au Sultan de lui faire rcmcLLre COlnIIH~ ch(~r1f Idrisite sa part sur le tronc du sanctuaire de ?\Ioulay Idris. :Mou]ay '~\bderrahlnfm répondi t il sa lettre, en l'invitant à venir lc voir il '\[éq uin<\s, et il passel' avcc lui les l'ôtes du :\Iouloùd qui étaient proches, lui promettant de satisfaire il tous ses désirs. Saqqat partit ct mourut il « El ?\Iahdoùnta », dans la plaine du Saïs, il moitié route de :\Jéquinès. Ses descendants pensent qu'il a dù ètre empoisonné. Son corps, transporté il Sféquinès, fu t enterré dans le sanctuai )'e de Sicli S['hammecl hen 'Aïssa,le fondateur de la conf]"(~rie des 'A'issaoua. Plusieurs memhres de la famille de Saclqat l'avaient accompagné. D'abord ses quatre neveux: 1° Si 'Ahdelqùder hen Cheikh El Sfecherfi, qui a laissé deux fils (pli vivent encore : Si ~\l ohammed hen Cheikh, sujet français, le pl'incipal informateur d'Eugc\ne Auhin pour la pal'lie de son ouvrage, le Maroc d'Q[~jourd'hlli relative il Fôs et au Makhzen, et qui a fourni également heaucoup de nmseignements pour la présente étude; un autre vi vant il Habat. Il a laissé également quatre filles. 2° Si Et ]'ùher, qui est retourné en Algérie, où il est mort, en laissant un fils, mort (;galemcnt, et sans post<~­ rité. i3° Si.\[ohalllm(~d, mOl't il F(~s sans enfants. aO Ben '"\lHlallùiJ (lui est l'eLOI1I'I1<') il '\[asclI'a où il yit enCore. Il a deux enfants. Puis Si ~\loustafa hen "\ bhou El "'[echerlt, secrétaire d' 'Ahdelc]<lrlcl'. 11 est mort ilFi~s, laissant un fils, Si X[ohamme(l mort lui-nH'llle il Fôs en laissant un fils, Sid Sard

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El ~\rechert'y, qui vit encore et qui est reconnu co III Ille sujet français ainsi que son lils. Le frère de Si "Ionstafa heu Ahbou. Si 'Abclelqflcler, qui était adel il ;\Iasca,.a. 11 cc;t mo,.t il Fès en laissant que des fillos. Sîcli Abbou ('Abclall,\h) (1 ui était qfldi do la ~lahalla de l'I~mir. Il mourut à Fès sans postérité. &î<ii Aluned J)el Qftdi, de :Mascara, qui mourut il Fès en laissant un fils, .\Ioulay El ,\Iokhtùr, IIlOl,'t il Fès en laissant deux fils, dont l'un est adel il Fès El .Jclîd, ot l'autre fou. Enfin, Si 'Ahdelqftder ben Na'oulIl, qui est mort il Fès. Son potit-fils, (lui est encOl'o dans cetto ville, est Khammùs (lahoureur). Outre los Oulâd Cheikh El ;\lecher/i, plusieurs membres de la famille de l'l~mir avaient accompagné le faqîh Saqquat il Fès. Un frère du Uùdj ',\ bdelqùcler, Si }foustafa ben }fahi Ed DI'n: il a été le premier des compagnons de Saqqat qui ait quitté Fès et le \al'Oc. II a rejoint l'l~mir en Algérie, avant son départ pOUT' la France, où ill'a accompagné. Les Ouhî.d Sidi 1l0lÎ 'l'Meh, cousins d' 'Ahdel(lâdof'. Sidi Hoù Tùlob (Stail fr(\r'e de Sidj \lahi Ecl Dîn, pèn~ Ile l'l:~mir ; sos doux fils, Silh Ahmed et Sîdi 'Abdelqftdel', viIll~ent égaloment il Fès avec Saqqat. Le premier alla du ~lar()c en Syrie, d'où il revint iI~[as· cara, où il mourut. Il laissa trois fils: 1" Si Mohammed, mort en Syrie; 2° Le Jltldj 'Ali BOIÎ 'J't'l1eb l, aujourd'hui sujet turc, qui vit encore à Tanger; 3" Si 'Ahdallfth, qui aprl~s avoir' été en Syrie avec son
1. Il a été parlé précédemment de cc personnage qui a cu une existence assez aventureuse. C'est lui qui a accompagné le doctelll' Lenz dans son voyage ü Timbouctou.

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père et ses frères, est revenu à ~\Iaseara où il était qàdi quand il est mort. Le second, Si 'Ahdel(Flcler Boù Tfl1eb, est mort à Fès; il a laissé plusieurs enfants, dont l'un, Si .Mohammed, est allé s'établir à Tanger, oùil faisait un petit commerce et où il est mort il y a quelques années. Il était reconnu COInme sujet français ct a laissé un fils qui vit à Tanger, où il est connu sous le nom de « Xloulav Ahmed » Doù Tàleh. (Tn autre 1301\ Tàleb, Si Ell\liloùd, qui était également venu à Fès, est parti ('nsuite pour la Syrie, où il est mort. Les OuIàd Bot, 'J'ùleb hahitaient particulièrement à Fès le quartier de Sîdi 'Ahdelqàdcr El Fasi, où ils avaient loué des Inaisons.
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En venant à Fès, le fa(IÎh Bell 'Abdallùh Saqqat, avait apporté avec lui sa bibliothèque, qui contenait environ seize cents volumes. Cette hibliothèque était avec lui il la zaouïa des ÇaqallYÎn, où il avait reçu l'hospitalité. A la mort de Saqqat, Sur la route de ~\léqllinès, son hôte, le qùdi nloulay El Uâdi Eç ÇaqaIli, garda pour lui la moitié de cette hibliothèque, c'est-à-dire huit cents volumes, et les huit cents autres furent partagés entre les l}(~ri­ tiers. Il est inutile d'ajouter que J\Ioulay El Hùdi garda pour lui les oUVl'ages qui avaient le plus de valeur: ils se trouvent encme à la Zaouïa Eç ÇaqaIliya. On prétend que le l-Iù(lj 'Ahdel(lùder lui-lll(~me serait venu ;\ F<'~s, les uns disent avant, les autres après la bataille d'Isly. Il n'y aurait passé qu'une nuit à la Zaouïa ES~ Çaqalliya, ct en serait reparti après avoir été en pèlerinage au tombeau de J\loulay Idris. D'après El lfollllai E'l B'Izai"a, Moulay 'Abderrahmân était lin fougueux partisan de la guerre sainte ct avait en affection ceux qui la faisaient.
AnCII. ]\{AHOC.

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AHCHl VE';

~L\HOCAINES

Il aida El LJùdj 'Abdelqùdel', lorsque celui-ci commença la lutte contre les FraIH,:ais <lans le pays d'AJger, de tout ce qui était nécessaire aux comhattants pour la guerre sainte, et même, dans une de ses lettres en réponse il l'~=mir, qui l'informait d'une victoire 1 remport(~e sur l'ennemi, au grand profit des musulmans, il lui disait, en appliquant il la situation un verset du Qorân: « Si j'avais été avec eux, nous aurions remport(~ uue victoire éclatante et méritoire. )) Une autre fois, il le pria de lui en voyer sa chemise, « messagère de bonne nouvelle )), pour profiter, il l'heure du combat, de l'iufluence favOl'ahle attachée il la sueur dont elle est impn\gnée:.'. C'étaientlil des preuves d'une grande affection· qui disparut pl us tard et fit place il des sentiments hostiles. Le penchant de'\Loulay '.\hderrahmân pour la guelTe sainte et pour les gens de religion a vaiént amené la rupture des bonnes relations qui existaient entre le .~Jaroc et La France depuis Sic! i Slohallllned hen 'Abda11àh :', ~Ioulay 'AbdelTaiJ IIlfm, en cfret, clonna son aide au Hàdj 'Abdelqùcler, en lui etlYoyant des chevaux et des lllUnitions, et en soulevant en sa faveur les Beni Iznasen et d'autres tribus qui l'elevaieut de son autorité. Après de fréquentes escarmouches, près d'Oujda, et
1. Bataille de la Macta, juin 1835. 2. D'après les renseignements fournis par NI. Lucien Bruœaud, de Tangel', le lIàdj 'Abdelqàder' aurait etrectivelllcnt envoyé sa chemise à l\loulay 'Abderrahmàn, Cette chemise anrait été transportée au sanctuaire de Moulay BOL! Chela El Khammàl' ou au Vjebel Moulay BOL! Cheta, dans la tribu de Fechtala. entre Sebou et Ouargha, à une journée de [<'ès, où elle serait encore. JI est il remarquer que Moulay Boù Cheta est le patron des cavalier .;, tireurs et escrimeurs de la région et que c'est sous son invocation que sont placées les confréries militaires, dans le Gharb, Cherarada, Chel'aga, Oulàd Djama, Beni Hassen, ainsi que celles des tribus des montagnes voisines, Setta, Beni '\Iesguilda, Beni Zerouàl, et que ces confréries militaires ont pour but la préparation au " djihàd" à la guerre sainte. 3. Traité passé cIll/'e Loub XV ct Sidi Mohammed ben 'Abdallàh, le 2S Illai 1767. C'est dans ce traité 'IU'il est pOUl' la premièl'e fois parlé du droit de pl'otection l'eCOIlIlU pOUl' les LlgCnts (censaux) des négociants français.

LES MUSULMANS D'ALGltRIE AU MAROC

avec les Beni Iznasen, les Franç,ais finirent pal' s'emparer d'Oujda, et s'y installèrent. Moulay 'Ahderralunân, considérant l'occupation de cette ville comme une violation de son telTitoire, prépara la guelTe 1. Il envoya en avant son cousin, ;, roulay El Mamoùn bel Chérît, à Oujda. Des engagements eurent lieu avec les postes français qui s'y trouvaient, et le Sultan en prit prétexte pour lever une armée, réunir les tribus et proclamer dans le pays la guerre sainte. L'armée réunie par :Moulay 'Abderrahmân était consiclé1. Au commencement de l'année 184-1, le général de Lamoricière avait franchi la Tafna et fait occuper Lalla '\Iaghnia Moulay 'Abderrahmàn tenait il maintenir sa frü!üière il la Tarna, sous prétexte que c'était cette rivière qui indiquait la séparation l~n lre son empire et les possessions turques. Cette question de frontière tranchée à notre préjudice par le traité du 18 mars 1845 a été souvent discutée. Géographiquement et historiquement, la frontii,re des deux Mauritanies, Césarienne et Tingit:me, comme des deux Maghreb, El Ouaset et El Aqça, qui les ont remplacée,;, a toujours été la Malva ou la Moulouïa. Lorsque le royaume de Tlemcen a occupé le territoire du Maghreb El Ouaset, c'est encore la Moulouïa qui servait de limite entre ce royaume et celui du Maroc. Quand les Turcs se sont emparé du rOyclUme de Tlemcen, la Moulouïa séparait les possessions des Turcs de celles du Sultan de Fès. Sans doute ceLle frontière n'était pas immuable, et les populations des tribus situées entre la Moulouïa et notre frontière actuelle changeaient fréquemmcnt de maitre. C'est ainsi qu'au commencement du règne de la dynastie actuelle, Moulay Mohammed ben Chérîl' El Filàli et ses frères llui lui succédèrent l'un après l'autre, Moulay Er Hachid et Moulay ISlll:l'îl, signèrent avec les deys d'Alger des conventions plaçant il la Tafna la limite qui séparait le Maroc des territoires soumis aux Turcs. Plus tard, Moulay Ismà'il', battu sur la Moulouïa pal' Cha 'bàn, dey d'Alger, en mai IG92 (ramadàn 1103) fut obligé de reconm1ître les uroits des Turcs, jusllu'à la Moulouïa. Les expéditions fai tes ensuite par ce même Sultan pour repousser sa frontière vers l'est ne furent pas heureuses, et il dut y renoncer. Ce n'est que sous le règne de Moulay Slimàn, en 1795 (120!)-121O), que les Marocains occupèrent de nouveau.Oujda sans coup férir et rétablirent leur autorité sur les tribus il l'est de la lVIoulouïa, c'est-à-dire qu'ils y perçurent l'impôt. La formule employée dans le traité de 1845, et d'après laquelle la frontière entre les deux États (l'Algérie et le Maroc) serail la même que celle qui sépnrait le Maroc des possessions turques, prêtait à l'équivoque et pouvait être interprétée par chaque parti de la façon la plus avantageuse pour lui. Il semble que ce soit la manière de voir marocaine qui l'ait emporté dans cette circonstance.

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ABCII!VES 'L\BOCA1NES

l'able, et ne comptait pas moins de trente mille cavaliers, et un g,'and nombre de fantassins. Il en donna le commandement il son fils, Sîdi Mohammed, qui était son khalîfa. L'armée se mit en route et alla camper au bonI de l'Oued Isly. Le Hùdj 'i\bdelqâder l attendait le eésultat de la lutte entre les musulrnans et les Français, et {~pl'OuYait une indignation religieuse en voyant le désor(lre et le manque d'organisation de cette immense armée. Il fit remarquer à Sîdi }Iohalluned que ce luxe encombrant, ces objets nombreux, ces tapis qu'il avait apportés devant l'ennemi, ne faisaient pas partie des pl'éparatifs de bataille, et que tout cela ne lui paraissait pas de bon augul'e ; il conseilla cl'éloignel' avant le combat tout cet encombrement qui ne servirait qu'il excitel' le courage de l'ennemi par l'appflt du butin. Puis il se retira, fùc1wuscment impressionné. Ses conseils ne furent pas suivis, et après une heure de combat les troupes du Sultan cé(Ièrent. Ce fut la défaite. Les fuyards se précipitèrent sur leur propre camp, se tuant les uns les autres dans le délire du pillage. C'était le 25 cha 'Mn 12GO (tll aoùt 1844). Pendant ce temps, les Français bombardaient Tanger et Mogador. Moulay 'Abderrahmân, qui revenait de :Marrakech, était il Rabat; il rentra pr(~cipitammentil Fès. L~\, le Sultan reçut très mal les troupes vaincues en leur reprochant violemment leur lâcheté; il fit ensuite aerètee les principaux chefs, leur fit raser la barbe et leur donna sa malédiction. Sidi Mohammed, qui avait gagné Taza après sa défaite, l'esta quatre jours dans cett(~ ville et regagna Fès. Après la bataille d'Isly, l'l~mir (lui, rentré en Algérie
1. Il était revenu au Maroc avec ce qui restait de la smala après la bataille de Taghin. Les auteurs marocains cités ne parlent pas de la pri'le de la smala d"AiJdelqùder.

LES MUSULMAN:- D'ALGÉRIE AU M.\ROC

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(combat de Sidi Ihrùhîm, 23 septernbre 18115), avait dù se retil'er chez les Ou1{ld Sîdi Cheikh, l'evint au .\lal'Oc pal' le Figuig d'où il gagna la tl'ibu des G uelaya dans le nif. Le Sultan ?lloulay 'Abderrahmtul voulait s'emparel' du Hâdj 'Ahdelqàder tant pOUL' l'emplir les engagements pl'is envers la ,,'rance, (l'le pOUL' se d('~baLTasser luimême d'une personnalité il laquelle le rôle de champion de l'Islam contre la cilr(\tienté donnait, malgn\ ses revers, une importance inquiétante. Il envoya des troupes contre lui, sous le cOllunalldeuHmt du qftùl El i\hmal' El Ghar~aouï El ~lalki. Cette année alla campel' il l'afersift, SUI' l'Oued El <tyU't dans le Hîf l . GlIe nuit, l'I::mil' monta il cheval, surprit les troupes du Sultan au point du jour, ct leur infligea une défaite complôte. Le qaùl El AlUnaI' fut tué. Cette victoire releva le prestige de l'Émir et les trihus des llàchem et des Beni 'Ame;', qui, aprôs avoir ('~té les premiôres il proclamer le Ilàdj 'Ahdelqtlder hel :\Iahi Eddin, l'avaient ahandonllé pOUl' se retirer au l\laroc, cherchèrent il le rejoindre. D'après le Kifâb El Istiqçâ, l'émigration des I1ùchem et des Beni 'Amel' s'était accomplie d'accord avec l']~lnir, qui pensait de cette façon se cl'c'~er des partisans au Maroc et pouvoir, il Ull moment donné, y provoquer un soulè

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(~­ ment en sa faveur. Il semble plus prohable que, d'accord avec les principaux (les :'\Iouhadjirîn étahlis il Fès, avec lesquels il était resté en correspondance, le Hâdj 'Abdelqàder chercha il profiter de la présence des Ilftchem et des Beni 'Amel' au ..\laroc pour tenter un dernier e11'0rt en sc réunissant il ces trihus. A leur arri

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(~e au Mal'Oc, les Beni 'Amel' avaient étl~ inslal1c"s par le Sultan SUI' la rive gauche
1. C'est il Tafersift que sc ll'ouve le tombeau de Sidi 'Abdelqouï, ancêlre du Hàdj 'Abdelqùder. Il semble que l't~mir ait cherché à se rapprocher de la région où sa famille avait cu jadis une inlluence religieuse, pour profiter de cette inlluence.

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AllCIlIVES M\IlOC.\INES

du Sehou, près du guè de « El :\Tcchra' Ech Chérifa Jl, dans la tribu des Cher'aga, et les ilùc!lem sur le Sebou également, et sur' la môme rive, plus en aval, prôs du confluent de l'Oued :\Jekkes, cn face de « El :Mazeria )), 'azib des chorl'â d'Ouezzan. Ces tribus avaient émigré avec leur bétail et leurs tentes. Elles restôrent 1<\ prôs d'un an. Ce qui semble indiquer que ces tribus étaient toujours en rapport avec le Hüdj 'AIJ(lelqCtder et q n'eUes continuaient à lui obéir, c'est que l']~mir leur avait donné rClldez-vous il « Oal'at El Hamra)), entl'c 'Isou! ct Br<1lu's, où il d'lit allé les attendre.

.

?lIoulay 'Abdei','allln:\n, informé de cette circonstance, et prétextant certaines difficult(~s qui s'étaient produites entre les Belli 'Amel' et les gens (lu pays 1, craiguait,d'autre part, que la tribu des Chet'aga, trilJu arabe qui compte une fraction de Beni 'Amer~, ne finit par faire cause com1. Une de~ raison~ du mécontentement des Beni 'Âmer provenait de ce que le Sultan les avait plae(,s SOllS la jUl'idietion du q;ùd Faradji, gouverneur de Fès Ejjdi,.l, 'llÜ ôtait 1](\gTL', Les Beni 'Âmer disaient qu'ils ne reconnaissaient môme pas il un nl,gl'e Je dl'Oit d'abreuver leurs chevaux, il plus forte raison de les administrel' eux-mômes. Ils disaient ironiquement:

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Allâh inçar Mouhy 'Abd(,rrahmùn, Ou inçol' Sidi Mohamed ouldou, Ou hatta Faradji 'Abdou. Que Dieu rende vietorieux: i\Ioulay 'Abderrahmùn ct son fils Sidi Mohamed ct jusqu'il Faradji son ni,gre 1 2. La tribu guiche des Cheraga se compose de trois fractions: Beni 'Âmer, Beni Snous et Cejah. La famille des Oulùd Ba Mohamed Ech Chergui, qui administre lu tribu depuis plus d'un siècle, appartient à la fraction des Beni Snons. Une des craintes dn Makhzen, an moment de l'affaire Boû l'.i;\n El Miliani, en 190,;, que la France revendicpwit comme lui appartenant, parce qu'il est originaire d'Algérie, était de voir cette revendication s'étendre il. toute la tribu des Cheraga, qui peut se réclamer de la même origine.

LES .MUSULMANS D'ALGÉRIE AU MAROC

mune avec les émigrants, et à reconnaître la souveraineté du TIâdj 'Abdelqâder. Il décida d'envoyee les Beni 'Amer dans les environs de\[arrftkech, et chargea le qftïcl Larl)i Ech Cherqi de leur conununiquer sa décision en les accompagnant jusqu'à leur nouvelle résidence, avec un certain nombre de cavaliers. Les Beni 'Âmer se mirent en route et traversèrent le Sebou; mais à leur arrivée au Soùq du Tleta des Chel'aga, à l'endroit où se trouve aujourd'hui la « Qal'iat Ould Ha Mohammed», une discussion s'éleva entre eux ct les ca

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aliers qui les escortaient. Cette discussion ne tarda pas à dégénérer en bataille. Les Beni \i\mer, très nomhrenx (ils étaient plusieurs milliers), eurent le dessus, et pendant trois jours, mirent au pillage la tribu des Cheraga; ils se dirigèrent ensuite sur les lIayâyna et arrivèrent au « SotU] El Had Er Hedfa l), sur les berges de l'Ouargha. Leur idée était certainement de ne pas suivre la direction qu'on voulait leur faire prendre et de m"rc1wr vers l'est, pour rejoindre l'J~miI', qui leur avait donné rendezvous et se trouvait, en efl'e t, :\ Qal'at El Ilamra le jour où les Beni 'Amer arrivaient au Souq El Had. Craignant, s'ils essayaient de les reteni r par la force, d'avoir le même sort que les Cheraga, les Hayâyna usèrent de ruse, leurs déclarèrent qu'ils étaient leurs hôtes et immolèrent devant eux des moutons et des bœufs, poür les obliger:\ accepter leur hospitalité. Confiants dans la bonne foi de lenrs hùtes, les Beni 'Amer consentirent à s'arrêter. Pendant la nuit, nu courriel' envoyé par les flaY<1yna avertit j\lonlay 'Abllerralmuln, ct le lendemain matin, les Beni -Amel' se tl'ouVl~rent entourés par la Mahalla du Sultan, les Hayâyna et toutes les tribus des environs. Ils se défendirent avec une f(~rocc énergie, et la bataille dura trois jours. Se voyant perdus, ils précipitè'I'ClIt avant

ARCHlVES MAROCAINES

de mounr, du hauL des herges, dansl'Ouargha, leurs filles, et les femmes encore je ulles po lIr ne pas les la LSSI~ l' tomber vivanles aux mains de leul's ennemis. Ils jeli'rent également d:ms la l'ivii're leul' aL'genL eL leurs ])ijoux, et pendanL des ann<"es les gens du pa,Ys plongeaienl il ceL ench'oit eL en reLil'aienL des Jli<'~ces de mOL1Ltaie eL des ohjeLs précieux d'or el d'argent. Les Beni '1\ mer qui ne furent pas tués pendant ce massacre furent faits pl'isonniers et amenés ù Fi~s. Ils restôrenL pendant q lIelq ue telll [ls campés ù « Has Qll~ah ») ù l'inLérieur cie Bfth El FLOI'dl, où les gens de la ville leur oll\oyaienL du pain et des:\lIlllcJlleS, en leUl' faisanL dil'e: « Allüh inl,'al' »), que Dieu vous sail en aide, Le mot inçar (louvait [ln\ler Ù une confusion vouluc, et pouvait signific!' : que Diou HOUS donne la victoire, L'intl'ntion dait d'autant plus maL'ql[("I~ que les vaincus l~taienL Iles (~migl'('~s « ~louhàdjidn » et li uo les gens de",l (Sdine qui aidèrent le Prophi~te, 10l's de sa fuite de la.\lccquc ù?lfédine, « El llidjra lJ, prirent le IlOm de « El i\nçâl' )), ceux qui aicknt. Les Beni 'Amcr furent cnsuitc mis en prison; ceux qui survivaienL qlland ils [III'cntmis en liherté apI'l~s plusieun.; annécs, reLoUl'll(\I'cllt pOUL' la plupart Cil Alg<~,'ie.

i\ peu pl'i~s :\ la HU\IIW ('~polJue où les Beni ';I1CI' <'~taicnt massacrés chez les IlaytlYIlH, les HüchcllI, instaUés pri~s dc l'Oued ?llekkcs, pl'ÔS ùe Sîùi Malek hen 1\.11:1<lda, re~~UL'ellt égalemenL l'ordre de partir pour s'étahlir dans les environs de Mal'râkech. Us tl'avel'SÔl'ent le Sehou, et se rdugièl'ent à El~Jazel'iH, 'azih et zaouïa des CllOl'fa d'Ouezzan, où se trouvait alors Sidi 'Abdelkedm ben 'Ali l, frôL'e de Sîdi El I-làdj Lm'Li.
1. Sicli 'Abclelkerim ben' Ali alla plus ta l'cl s'établir il Zel'houn, où il fît bâtir une maison il l'est el au-clessus cie la zaou'ia dc Moulay Iclris, Dans une meçl'ia au-dessus de la porte cie cette maison, il tenait ennués un ut'lgre, un coq, un sanglicr, un chacal et un relHll'd avec sa

LES MUSULMANS n'ALGéRIE AU ~IAROC

Les TIàchem prièrent le cllérîf d'intercéder auprès du Sultan, pour éviter d'ôtre transportés près de Marrflkech et obtenir de rester il l'endroit où ils ;naient été établis, ayant commencé il cnltiver et il faire des tl'avaux. Le cllérîf leur promitd'(~crire au Sultan et lui écrivit en e11'et, mais uniquement pOUl' fillformeL' de la prt)sence des 11<\chem. Ceux-ci déposènmt entre les mains du chérîf tout leue a1'gent, tous leurs hijoux pour les mettre il l'abri de la convoitise des agents du Sultan. Le lendemain matin, la zaouïa était entourée de troupes réguli(~res et de cavaliers des trihus, qui attaqlLèl'ent les Jlüchem; ceux-ci sc défendirent d(;sespérément et se battirent pendant toute la jOllrU()e ; le plus grand Hombre fut lllassacré,le reste fait prisonniel' et conduit il Fès puis il ::\I;uTùkecll. {Juant aux SOUllnes d'argent et aux objets p,'(;cieux confiés il Sîdi 'Abdelkérîm,il les garda. Les lIùchelll ôtaient riches, il devait donc yen avoir pour une valeuL' considérable. Les Hâchem emprisonnés à l\larràkech fUL'ent plus tard mis en liberté, et le ~lakhzen leur donna des terres chez les Hahfunna.Les concessions leur ayant été retirées sous le règne de Moulay El Hassan, les IBchem se dispersèrent; quelques familles rentrèrent en "\lgérie d'autres restl~rent dans les environs de .\lal'L'ùkech. On en retrouve une famille ù El Q<:aL' El KéhÎr (El :Milotl(l ben Qaddotn') qui après (\tl'e rentrt)e à Mascara est revenue s'établir au .\olaroc; une autre LUllill() est alll'e jusque chez les Beni
femelle. Le nègre habitait avc;c ces animaux, ct ne sortait pas de la meçria. On lui passait sa noulTiture et celle des animaux enferm()s avec lui par une petite fenêtre qui sc fermait entii)rement. Lors de l'avènement Je Moulay El Hassan, quand le nou veau Sultan se rendit pour la première fois de Méquinès ù Fès, les Berbères étant venus sc placer SUl' la route pour s'opposer il son passage, on eut recours il Sirli 'Abdelkérirn qui avait sur eux une grande inl1uencc: on l'envoya quérir il sa maison de Zer\loun. II facilita le passage du Sultan et lui permit d'arriver aux portes Je Fès. Sidi 'Abdelkérim est mort il y a une vingtaine d'années, et sa maison de Zerhoùn est abandonnl~e, toule en ruines.

AHCHIVES )IAROCAINES

Iznasen, où elle a séjouené quelque temps, puis revenant sur ses pas, elle est venue s'installer chez les Oulùd hen Sebah près du Soùq de l'~\rba de Sidi 'Aïssa ben Lassen dans le Gharb (El IIâdj '"\hdclqà(ler El Hàchemi). Ce qui fait supposer (pIe de mème que les Beni 'Amer, les I-Iâchem obéissaient il un mot d'ordre en essayant de ne pas quitter les environs de Fès, c'est que plusieurs des chorfa des Hàchem qui habitaient Fès avaient rejoint le reste (le la tribu il ~Iazeria, entre autres le Ilâdj Larbi El ?tfecherfî, auteur' d'un ouvrage de généalogie intitulé Yâqoùla En J'vTaçab )), « Lapure noblesse )), qui avaitégalement écrit une relation de tous ces év(mements, malheureusement perdue. Il était le père de l'auteur des HOl/llal El B'lzafa. Voyant que leurs projets étaient irréalisables, les Hàchem s'enfuirent il temps et regagilèrent Fès où ils avaient laissé leurs familles. Après les rnassacres des Beni 'Amel' et des Hâchem, tous les individus de ces deux tribus qui habitaient Fès, au quartier de I(eddall, furent art'êtés par ordre du Sultan. Si 'Allâl Chamy, gouverneUl' de Fès, protesta auprès de Moulay 'Abderrahmân, contl'e ces arrestations, s'appuyant sur cet argumcnt, que la ville de ~Iou1ay Idris était « horm )), lieu d'asile, et que ceux qui y étaient réfugiés ne devaient pas (~tre inquiétés. Le Sultan se rendit il cette raison et fit relâcher les Hâchem et les Beni 'Amer habitant Fès, sauf cependant Sîd El Hâdj Larbi El ?lIecherfi auqunl on montra une lettre écrite par lui an Ilâdj 'j\helelqflder..\Ioulay '~\bdclTa1ull<\n voulait même le faire décapiter. Les membres de la famille Ben Cheikh EI.\[echerfi prétendent encore aujourd'hui que cette lettre était apo1. Ce manuscrit fait partie des ouvrages rapportés de Fès par M. G. Salmon en ]906.

LES MUSULMANS D'ALGéRIE AU MAROC

ri!)

cryphe; il Y a cependant de fortes probabilités que des relations devaient exister entre l'l~mir et les notabilités des Hflchem. La présence du IIâdj 'Abelelqâder à la Qal'at El Hamra, où il attendait les Beni 'Amer, semble en être une preuve évidente. Certains descendants des « Mouhâdjirîn » de Fès prétendent que si l'J~mir avait pu être prévenu à ce moment, de la présence au Hac! des llayâyna, des Beni 'Amer, il aurait pu arriver à temps pour les secourir, et que sa présence, dans cette circonstance, aurait pu changer la face des choses, ct mettre sérieusement en danger' le trône de Moulay 'j\helerrahmân et la dynastie des Filâla. Le Hâdj Larbi El :Mecherfi resta en prison jusqu'à l'avènement de Sîc!i Mohammed auquel il envoya un placet en vers, sous forme de « Qacîela )), pour lui demander de le mettre en liberté. Le nouveau Sultan accéda à sa demande, et lui fit des cadeaux. Le Hâdj Larhi avait épousé la sœur du Ilàdj :\Iohammed El Mecherfi, aujourd'hui qâdi des [-Iayâyna. Le Hâdj 'Abclelqâder, après avoir vainement attendu les Beni 'Amer à Qal'at El Bamra, et mis au courant de ce qui s'était passé retourna dans le Rîf. :Jloulay 'Abderrahmân envoya contre lui ses deux fils, Sîdi :Mohammed, son khaHfa, et Moulay Ahmed; les troupes étaient sous le commandement effectif du pacha des r:herZlg;-t, le crâïd Mohanimed ben 'Ahdelkâïm Ech Chergui, connu sous le nom de Ba :\Iohammed. Cette armée arriv;-t à « El Qaçbat Es Selouan » (aujourd'hui le centre d'action du prétendant \Joulay M'hammecl, alias Bd Djilani El IsG Ez Zerhot'!ni, dit Boù Hamara). L'l~mir envoya à Sîdi IVlohammecl son propre khalîf;-t, Si :Mohanuned El Botrl1âmidi, pour renouveler auprès de lui sa soumission au sultan -;\Ioulay 'Abderr;-thmân. Si Mohammed El Bot'! Hàmidi, qui comprenait que la

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ARCIIIYES MÂROCAINE~

fortune del']~mir étaitarriv('e il son terme, profita de cette circonstance po Ill' se d<"tacll()L' de lui. Malgré les conseils du Uùdj ',\lHlelq:hleL', il partit pour Fès sous pr()texte de s'entretenir directement avec ~Iou­ [ay 'Abdel'rallInùn. Ce dm'nier le reçut parfaitement, lui fit donner une « mot, ua)) journalière considérahle et le logea dans une maison du « Derb Et[ Dl'ouj », il El ~\doua. Si ~lohammecl El BoC! Ufunidi épousa alol's une fille du faqih Si llen 'Ahdallûh Saq([ al. Qudques mois après, I\Iou[ay 'Abderrahmün le fit aL'!'lL ter, interner ù Dùr BOl', Dellaha :\ Fès Ej .Jdid (où fut emprisonw'~ (~galernent ~lou[ay Et TayyeL fils de Bot, Amftma, ([ ue le gouvernement fraw:ais fi t mettre en li beI'lé l'anld~e derni(~re). Si l\lohalumed El Botl Ilùmidi mourut peu de temps après, empoisollw~, dit-on. 11 ne laissait pas (['enfants de la femme qu'il avait ('~pousée ù Fès et (illi mourut peu après lui. Ses autres enfants (~taient rest(~s ù Tlemcen.

Pendant cc temps, le IJùdj '~\bdelqüder, traqué par les troupes françaises qui l'aUt~ndaiellt ù la frontih'e, et pal' celles du Sultan, abawlc)]lw') pal' les triJms, et n'ayant plus avec lui que peu de tl'oupes, lass("es et d(lmoralis{~es, r()solut de frapper un grand coup, et de s'c~lIIparer de Sîdi Mohammed, lils et khalifa de I\loulay 'Abderralunün. Pour arriver ù son but. pendant une nuit, il mit SUl' des chameaux de la paille enduite de goudl'On, y mit le feu, et les lança sur le camp d(~s troupes chérifiennes. Son intention était de profiter du désordre causé pal' les chameaux et de pénôtrer dans le camp en suivant la lumière des feux, dissi IIHIl<" lui-m('nl() dans la fumée que les chameaux laisseraient derrière eux. Mal dirigés, les chameaux passèrent entre le camp de Sîdi :Mohammedet celui de }[oulay Ahmed. L'Émir s'apel'-

LES MUSULMANS n'ALGÉRIE AU MAROC

fil

çut trop tard de l'erreur, et aprôs avoir tué du monde dans les deux armées du Sultan, il revint SUI' ses pas, laissant derrière lui plusieurs cadavres de ses propres troupes. Les armées de SÎdi NIohammed et de~Ioulay Ahmed, réveillées par l'attaque du Hàdj 'Abdel(làder, ne se rendant pas compte dans l'obscurité de la position de l'ennemi, s'entretuèrent jUS(lu'au matin. Au jour elles s'aperçurent de leur erreur, et virent les cadavres des soldats du IIfldj 'Abdelqàder. Les troupes chérifiennes se rendirent alors compte qu'elles avaient été attaquées par l'Émir, d'autant plus qu'on retrouva un fin voile de laine brodé de soie et d'or, que le Ilftdj 'Abdelqâder portait habituellement autour de la tôte et du cou, ce qui prouvait qu'il avait pris part lui-même il l'attaque de la nuit. L'armée chérifienne pOUl'suivit les troupes de l'Émir et les rejoignit près de la Moulouïa, au gué de « Cherâa )) (c'est à ce même gué de « Cherfta )) que les troupes de n'loulay 'Abdel 'azÎz ont franehi la :;

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1oulouïa pour aller attaquer le prétendant il Selouan). La lutte s'engagea entre les partisans d' 'i\bdelqftder (l'IÏ avaient passé la Moulouïa et les troupes du Sultan (lui voulaient franchir le fleuve. l;~puisés, los soldats de l'Émir étaient devenus incapables d'une résistance sérieuse; seul un agha d' 'Ahdelqftder, BenYahia Bd Djin, tenait tête aux cavaliers du Sultan et les empêchait de passer la Moulouïa. Ennn, frappé d'une balle, il tomba, et l'armée chérifienne traversa le fleuve. L'l~mir s'enfuit avec quelques cavaliers et presque tous ses soldats furent pris et conduits il Fès. Un frère du IIftdj 'Abdelqftder, Sîdi Bot'! Beker, agha des troupes de l'l~mir, fut pris également, et mis il la chaîne avec les autres. Au pont du Seboll il une heure de Fès, camIlle il refusait absolument de continuer il marcher, et d'entrer ù Fôs dans cette humiliante posture, les

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ARCHIVES MAROCAINES

soldats qui escortaient le convoi lui coupèrent la tête, conformément à l'usage encore en vigueur aujourd'hui, qui oblige le qùïd conducteur d'un convoi de prisonniers, à amener au fonctionnaire destinataire de ce cOIwoi, le nombre de prisonniers indiqué dans la lettre dont il est porteur. S'il meurt des prisonniers en route, ce qui est fréquent, on leur coupe la tête, qui est apportée pour re~ présenter l'homme manquant. De mème, si un prisonnier tombe malade et ne peut pas suivre, ou s'jlrefuse absolument de marcher et qu'on ne puisse arriver à l'y contraindre. Il faut remarquer cependant qu'il est d'usage également de ne faire nwrcller à pied avec la chaîne au cou (lue les prisonniers vulgaires. Les gens de qualité sont transportés les fers aux pieds sur des hêtes de charge. C'est ainsi qu'en J894 on a transporté de ~Iéquinès à Tétouan, les deux anciens ministres de Moulay EllIassan, Sîd El Ilâdj El :Ylaati, qui était grand-vizir, et son frère Si Mohammed Eç Çr'îr, qui était ministre de la Guerre, ou « 'allâf ». Ils appartenaient à la tribu des Oulâd Djama" et leur tante était la mère de }Ioulay El Hassan. Arrêtés pal' ordre de Si Ahmed hen J\Joùsa (Ba Ahmed) à l'arrivée de ~roulay 'Abdel 'azîz à Méquinès, ils furent envoyés à Tétouan en prison. Le Hadj El Maati y est mort, et Si Mohammed Ee,: Çr'îr y est ouhlié. Le qàïd 'All<1l bel Hossein El Uoukhàri, qui escortait les deux illustres prisonniers, avait l'ordre formel de les tuer si on tentait de les délivrer' en route. Un neveu de l']~mir, Sîcli Ahmed, fils de Sîcli Mohammed 'Sa 'îd, faisait également partie de la chaîne des prisonniers. Incarcéré à Fès, il a été délivré par un serviteur cle sa famille, qui, déguisé en femme pour pénétrer dans la prison, fit sortir Si(li Ahmed sous son déguisement, en l'estant lui'luêulC à sa place. Sîdi .Allmed, (pIiltaut Fès avec

LES MUSULMANS D'ALGÉRIE AU MAnoe

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un Zouaoui qui avail organisé sa fuite, put gagner Mogador où il se réhgia dans la maisoll du consul de France. Ce fonctionnaire l'a fait eJubarquer. Afin de gagner sans encombre le bâtiment qui l'attendait, le fugitif avait pris SUI' son dos une tente, et s'était fait passer pour un portefaix. Après la soumission de l'Émir à la France, presque tous les membres de sa famille, qui se trouvaient à Fès, se rendant compte que leur rêve cIe SOIl vC'l'ai neté était définitivement ()vanoui, et clu'ils Ile pouvaient tiL'ee aucun profit de leur résidence au Maroc, gagnèrent Tanger, d'où ils enllJarquèrent pOUl' la Syrie; quelques-uns sont ensuite revenus en Algérie. n n'était resté à Fès que Si Et Tayyeb et Si ~lohammed Eç Çr'îr son frère. Si Et Tayyeb partit le premier en voyant que la situation devenait mauvaise pour lui, Si ~rohammed Eç Çr'îr qui était resté ayant appris que le Makhzen voulait le faire arrêter, S'arl':Ulgea avec un « djibc1i » (montagnard) d()voué, qui lui pn\ta un de ses costumes; ils partirent ensemble pOUl' Tanger. Arrivés à « Berriane », à moitié route entee El Qçar et Tanger, ils rencontrèrent cinq « ;\Iokhaznia » envoyés pour arrêter Si Moharruned ; mais il put se dissimuler, gràce à son déguisement, et gagner Tanger, où il se réfugia à la légation de France. n alla ensuite en Syrie, puis revint en Algérie, où il fut qàdi de Mascara jusqu'à sa mort. Lors de son premier voyage à Fès, quand il y fut envoyé par le Hâdj 'Abdelqâder, le faqîh ben 'Abdallâh Saqqat, qui, ainsi qu'on l'a vu, n'avait pas une grande confiance dans l'étoile de l'ltmir, s'était fait remettre par ~roulay 'Abdenahmùn un « dahîr » exemptant d'impôts tous les descendants de Sîcli 'c\bdelqàder Cheikh El Mecherfî, et leur assurant à Fès une situation indépendante et respectée. Il comptait ainsi pouvoir décider tous les membres de sa famille il le sui \TC au Nf aroe. Ce document

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est enlL'e les mains de Si.ohammed ben Cheikh El ~[e­ cherfi, petit-GIs du faqîh Sa(lqat, et qui possède une partie de sa bihliolhôquc. En voici la lraduction : Sceau de ~roulay '.\hdel'l'aluuàn ben llichàm. «Louange à Dieu uniquc, ct que Dieu gloriJie notre Seigneur Mohammed, etc. « Que l'on soil inform(~ pal' notl'c présenle lettl'e - <lue Dieu fa\orise le lJUl <Iu'dle POIII'suit, ct le pl'oclame,- que nous voulons que tous les descendants de Sidi '.\hdelqùder El Mechcdi soienl hOnOI'(\s et l'espect('~s, (~u <'~gaI'<1 à leur lignag<~ ; nous les consid(;,'ons comme dignes de la considél'ation et <le la génèrosili~, et nous nons sOlllmes engagés vis-à-vis d'eux par cOllsi<\('I'ation de leur origine. Il n'appa"lient à pm'sollIw de venir à l'<mcontre (I(~ ce~e mesure, et rienu'y doit (~tre changé, ni cn plus, ni en moins. Quiconque prendra connaissance de notl'e d<'~cision de\Ta s'y conformer sans rien y changer. Telle est notre

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