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Droit administratif spécial (cours) SH 2005-2006 Virginie Sonney

Protection de l’environnement

§7. La notion et les principes de la protection de


l’environnement
A. LES SOURCES DE DROIT
I. La législation (renvoi)
cf. polycopié

II. Le système légal (renvoi)


cf. polycopié

B. LES MÉCANISMES DE PROTECTION


I. Le champ d’application

a) Le but de la protection de l’environnement

 le but de la LPE
Protection de l’être humain et de son environnement naturel…
… contre les atteintes nuisibles et incommodantes

 Le champ d’application de la LPE résulte de ce but


art. 74 Cst + 1 I LPE
La question préalable est « est-ce qu’on a une atteinte nuisible et incommodante ? ». Si oui,
alors on applique la LPE.

b) Les atteintes

 art. 7 LPE donne un certain nombre de définitions dont celle d’atteintes :


art. 7 I LPE : Par atteintes, on entend…
- « … les pollutions atmosphériques, le bruit, le vibrations, les rayons, les
pollutions des eaux et les autres interventions dont elles peuvent faire l’objet, les
atteintes portées au sol, les modifications du patrimoine génétique d’organismes
ou de la diversité biologique…
- … qui sont dus à la construction ou à l’exploitation d’installations, à l’utilisation
de substances, d’organismes ou de déchets ou à l’exploitation des sols »

 la définition d’atteinte se compose de 2 éléments :


- modification artificielle d’un élément naturel
- ensuite d’une activité humaine

ex : éclats de pierre venant d’une carrière ne sont pas des atteintes atmosphériques et ne
permet donc pas le voisin de se prévaloir de la LPE.

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Il y a 3 types d’atteintes :

1. atteintes génériques :
- « construction ou exploitation d’une installation »
- Titre II chapitre 1 LPE (OPair, OPB, ORNI)
- Art. 7 II LPE
Toutes ces atteintes sont assujetties au régime commun de la protection contre les immissions
(11ss LPE) : pollution atmosphérique OPair), rayons non ionisants (ORNI), bruit qui doivent
provenir d’une exploitation ou d’une installation (OPB).
Ces atteintes génériques sont qualifiées différemment selon qu’on les considère au lieu de leur
effets ou au lieu de leur provenance (art. 7 II LPE).
Le droit suisse de l’environnement impose de limiter les émissions et non pas les immissions
mais pour savoir quand est-ce qu’on doit limiter les émissions, on se soucie des immissions.

2. atteintes spécifiques :
- « utilisation » au sens de l’art. 7 al.6ter LPE qui porte sur des déchets
- Titre II chapitre 2 à 4 LPE (OTD, ODS, OSites, LGG, ODE, OUC, etc.)
- art. 7 al. 5 à 6 LPE
Elles font partie d’un régime particulier. Ces atteintes supposent une utilisation qui porte sur
des substances, des organismes ou des déchets (ch. 2, 3 et 4 du titre 2 de la LPE). Ce système
est complété par une série d’ordonnances.

3. atteintes portées au sol


- « modification de l’état naturel du sol »
- Titre II chapitre 5 LPE (OSol)
- art. 7 al.4bis LPE

c) Le caractère nuisible et incommodant

 « nuisible » (notion juridique indéterminée laissant un pouvoir d’appréciation)


- qui endommage la santé physique ou psychique de l’homme
- qui provoque un dommage à l’environnement

 « incommodant »
- qui provoque une gêne sensible chez l’homme

Le but de la LPE est un but de prévention. On se soucie des atteintes avant qu’elles ne
deviennent nuisibles ou incommodantes.

d) La construction ou l’exploitation d’une installation

 Installation (art. 7 VII LPE)


- « les bâtiments, les voies de communication ou autres ouvrages fixes ainsi que les
modifications de terrain. Les outils, machines, véhicules, bateaux et aéronefs sont
assimilés aux installations »
- la notion d’ « installation » de la LPE est plus large que la notion de « construction »
de la LAT

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 Notion plus large dans la LPE que dans la LAT. Ainsi, toute installation au sens de la LAT
est une installation au sens de la LPE et on ne peut plus construire sans se soucier de
l’environnement. On doit en tenir compte lors de l’octroi d’une autorisation.
ex : un fusil est une installation et le bruit qu’il produit est soumis à l’OPB

 construction (opération de construire)


- le bruit de chantier (différent du bruit qui provient de l’exploitation de cette
installation)
- art. 6 OPB et directive de l’OFEFP sur les bruits de chantier

 exploitation
- l’exploitation d’une installation comme concept de rattachement
- le comportement humain comme tel n’est pas visé
 rattache l’installation au droit de l’environnement car ce ne sont pas les bruits de l’homme
en tant que tels qui sont visés mais bien le bruit de l’installation. Si le bruit provient de
l’exploitation de l’installation  LPE

II. Les principes de la protection de l’environnement

a) Le principe du développement durable

 Définition
- consiste à limiter l’utilisation actuelle des ressources naturelles de manière à ce
qu’elles soient suffisantes pour les générations futures
- préserver et maintenir la substance de l’écosystème dans un état tel qu’il soit
toujours en mesure de se régénérer
art. 2 Cst : parmi les buts de la protection de la Confédération, au même titre que la défense
nationale, il y a le développement durable.

 Art. 73 Cst : le fil rouge de tout le droit de la LPE


L’art. 73 Cst reprend ce principe de développement durable → maxime d’interprétation de
l’ensemble du droit de l’environnement

 Concrétisations législatives
- art. 1 et 34 LPE
- art. 20 LFo (la fonction de la forêt doit être durablement garantie)
- art. 43 I LEaux et 43 OEaux (utilisation telle que l’on peut y recourir durablement)
- LPN ( ?)

b) Le principe de prévention

 art. 74 II Cst : prévenir ces atteintes


 ce principe est repris à l’art. 1 II LPE

 Définition
- impose de limiter les « atteintes » AVANT qu’elles ne deviennent nuisibles ou
incommodantes, c'est-à-dire préjudiciables à la santé ou au bien-être de l’homme
- doit être distingué du principe dit de « précaution »

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Principe de prévention : quand un lien de causalité est établi entre une activité humaine et des
atteintes nuisibles ou incommodantes. Parfois, le principe de prévention se rapproche du
principe de précaution lorsqu’on n’exige pas la certitude des atteintes.
Principe de précaution : s’applique même en l’absence d’un lien de causalité établi.
But : il est difficile de revenir en arrière une fois qu’une atteinte a été portée

 Concrétisations législatives
- art. 11 I et II LPE
- art. 9 LPE

 Rapports avec le principe de proportionnalité


- Le principe de proportionnalité limite la portée du principe de prévention (il faut
prévenir, mais uniquement dans une mesure apte, nécessaire et raisonnable)
- Le principe de prévention influe sur le principe de proportionnalité : lorsqu’on
procède à la pesée des intérêts, on donne plus de poids à l’intérêt public au nom du
principe de prévention

c) Le principe de causalité (du pollueur-payeur)

 Définition
Ce principe impose de mettre les frais des mesures de prévention et de protection de
l’environnement à la charge de ceux qui les causent. Celui qui cause des mesures de
protection de l’environnement doit en supporter les frais.
coûts externalisés : la collectivité doit subir les frais engendrés par certaines personnes. Le
principe de la causalité permet de reporter ces coûts sur la personne qui les cause.

2 interprétations possibles de ce principe :


- au sens large : report des coûts sans lien de causalité formel ; il y a des taxes incitatives
qui visent à inciter un comportement
- au sens étroit : report des coûts en vertu d’un lien de causalité ; les coûts sont
quantifiables et on peut les individualiser (principe général en Suisse)

 art. 74 II i.f. Cst et art. 2 LPE : le principe de causalité ne permet que de faire supporter
les coûts et l’art. 2 LPE n’est pas d’application directe → il faut une disposition qui
concrétise le principe de causalité

 La notion de „pollueur“ (celui qui cause)


principe du pollueur payeur. Ce principe consiste à internaliser les coûts.
La notion de pollueur est très large. Souvent, la loi le désigne :
- un personnage déterminé : le propriétaire, l’exploitant, le détenteur
- a défaut, le perturbateur
o par comportement : celui qui par son propre comportement ou le comportement
d’une personne dont il a la charge, trouble ou met en danger la sécurité ou l’ordre
public (ex : casse des vitres)
o par situation : celui qui a la maîtrise sur un objet qui trouble ou met en danger la
sécurité ou l’ordre public (ex : citerne qui fuit)
Le principe de causalité permet seulement de faire supporter les coûts. L’art. 2 LPE n’est pas
d’application directe.

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 Concrétisations législatives
- art. 20 II et 25 III LPE : En principe, limitation des atteintes par la limitation des
émissions. Par exception, on limite les immissions. Celui qui cause les immissions
supporte les coûts pour y remédier. (ex : l’exploitant d’une installation qui fait du
bruit doit payer les vitres anti-bruit du voisin parce qu’on ne peut pas limiter les
immissions)
- 32 I et 32d LPE : déchets et sites contaminés. Le détenteur des déchets assume les
coûts de leur élimination. En ce qui concerne les sites pollués, on recherche le
perturbateur par comportement en premier lieu.

d) Le principe de l’évaluation d’ensemble

 Définition
impose à l’autorité de prendre en considération toutes les atteintes :
- impose d’évaluer les atteintes isolément, collectivement et dans leur action
conjointe,
- qu’il s’agisse d’atteintes du même genre et de genres différents
 art. 8 LPE
 Les effets à prendre en considération
- effets cumulés : addition de toutes les atteintes (route et train par ex.), difficile à
calculer quelle part provient duquel
- effets synergiques : un type d’atteintes renforce un autre type d’atteinte
- effets induits : des atteintes ont des effets sur d’autres domaines de la protection de
l’environnement (ex : la pollution de l’air se répercute sur les sols)

ex : aéroport de Belp à Berne. Le voisin recourt en disant qu’il a non seulement le bruit de Belp mais aussi d’un
autre aéroport. Il gagne, car le TF considère qu’il fallait prendre en compte l’ensemble de la situation.

 Concrétisations législatives
- art. 9 LPE : étude d’impact sur l’environnement (outil qui permet de tout prendre en
considération)
- art. 44a I LPE : plan de mesures de protection de l’air (lorsque l’air est pollué par
plusieurs installations, alors l’autorité doit rédiger un plan de protection qui explique
comment elle va remédier à la situation. Ce plan détermine la manière dont l’autorité
va ensuite octroyer les autorisations.)

e) Le principe de l’application immédiate


Normalement on applique le droit dès son entrée en vigueur mais pas de façon rétroactive
(principe de la légalité). En procédure de recours, on applique le droit de la première instance
même si le droit a changé entre-temps, sauf si on exige l’application immédiate de la loi pour
des raisons d’intérêt public. Le droit de l’environnement est d’application immédiate
(constitue un intérêt public suffisant).

f) Le principe de l’assainissement
 Définition
- impose de mettre les installations en conformité avec les prescriptions de la LPE

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-Le principe de l’assainissement est un instrument de contrainte de la LPE. Si on


n’est pas conforme à la LPE, quand bien même on existe depuis longtemps, on doit
prendre des mesures en vue d’assainir l’installation.
 Art. 16 à 18 LPE

 Les effets à prendre en considération


- OBLIGATION de modifier une installation existante pour qu’elle satisfasse à la LPE
(art. 16 LPE)
- INTERDICTION de modifier une installation sujette à assainissement sans l’assainir
simultanément. (art. 18 LPE)

 Les deux grands impératifs de la LPE


- PRÉVENIR
- ASSAINIR

III.Les instruments de protection (renvoi)

Le régime du droit de l’environnement est souvent complété et modifié par les ordonnances.
Les articles 11ss LPE, c’est le cœur du droit de l’environnement

Les atteintes, selon le principe de prévention, doivent être limitées à la source (11 I LPE). On
limite les émissions à un double titre :
- limitation des émissions à titre préventif pour elles-mêmes indépendamment du
caractère nuisible ou incommodant (11 II LPE)
- limitation plus sévère : limitation des émissions lorsque les immissions sont nuisibles
ou incommodantes (11 III LPE). Prise en compte de valeurs limites d’émissions et
d’immissions.

La limitation préventive des émissions (11 II LPE) vaut indépendamment du caractère


nuisible et incommodant. Dans quelle mesure ? Elle vaut sans condition mais dans la mesure
où c’est techniquement possible et économiquement supportable et que les conditions de
l’exploitation le permettent. L’art. 12 LPE indique comment on fait pour limiter les
émissions.

La limitation plus sévère des émissions a lieu lorsque les immissions risquent d’être
nuisibles ou incommodantes. Comment sait-on quand c’est nuisible ou incommodant ? Il y a
des valeurs limite d’immissions qui résultent de l’art 13 LPE et que le Conseil fédéral a prise
(en tenant compte des personnes particulièrement sensibles comme les enfants, les femmes
enceintes, etc.). Quand on a décrété que les immissions étaient nuisibles et incommodantes,
on revient à l’art. 12 qui explique comment limiter les émissions. Si ces valeurs-limites n’ont
pas été délimitées par le Conseil fédéral, c’est à l’autorité administrative de décider selon les
mêmes critères. Les valeurs limites se trouvent à l’annexe des ordonnances.

limitation préventive (11 II LPE) limitation plus sévère (11 III LPE)
Principe de limitation des émissions (11 I LPE)
prévention
Conditions aucune (indépendamment des nuisible/ incommodant
nuisances existantes)
Mesure 1) techniquement possible principe de proportionnalité

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2) économiquement possible,
3) dans la mesure où l’exploitation
de l’installation le permet

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§8. La protection contre les immissions


A. LA DOUBLE LIMITATION DES ÉMISSIONS (ART. 11 I LPE)
Le système des art. 11ss LPE

7 LPE distingue les émissions et les immissions. Le principe de causalité oblige d’agir dès
que possible, c’est à dire au lieu des émissions.

 La limitation à la source (art. 11 I et 12 LPE)


- limitation des « atteintes » au sortir des installations
- et non pas, sauf exception, au lieu de leur effet

 La limitation préventive (art. 11 II LPE)


- indépendamment des nuisances existantes
- dans les limites de ce qui est supportable du point de vue technique, économique et
de l’exploitation

 La limitation plus sévère (art. 11 III LPE)


- en cas d’atteintes nuisibles ou incommodantes
- dans les seules limites de la proportionnalité

 L’assainissement

I. La limitation des émissions

a) Le principe (…de la limitation des émissions)


Limitation préventive indépendamment de la charge existante. On limite avant que ce soit
dangereux. On limite à la source, c'est-à-dire au lieu des émissions.

La limitation préventive et la limitation plus sévère, on l’obtient grâce à l’assainissement.

b) Les autres mesures (… que la limitation des émissions)


- Limitation des nuisances sur leur trajectoire (ex : cheminée de captage à une certaine
distance du fonds voisin qui modifie la propagation).
- Lorsqu’on limite les immissions, s’agissant du bruit par exemple, on équipe les
immeubles touchés par le bruit de fenêtre anti-bruit. On le fait dans le cas où des
installations revêtent un intérêt public.

II. La limitation préventive et plus sévère des émissions

S’agissant des conditions de limitations des émissions, il n’y a pas besoin de conditions
particulières pour limiter à titre préventif. (art. 11 II LPE) En revanche, dans le cas d’une
limitation plus sévère, il faut des atteintes qui risquent d’être nuisibles ou incommodantes.
(art. 11 III LPE)

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art. 12 LPE : Il faut le mettre en lien avec l’art. 11 LPE. Cet article entre en ligne de compte
pour les limitations préventives comme pour les limitations plus sévères. Ce catalogue évoque
en particulier des valeurs limites d’émissions.

L’art. 13 LPE délègue au CF les valeurs limites d’immissions, càd les valeurs à partir
desquelles il faudra limiter de manière plus sévère.

limitation préventive des émissions limitation plus sévère des émissions


(art. 11 II LPE) (art. 11 III LPE)
Principe de la limitation limitation des émissions (i.e. des atteintes à la source) et non pas des immissions
(art. 11 I LPE)
Condition de la limitation sans condition, soit « indépendamment « s’il appert ou s’il y a lieu de
des nuisances existantes » présumer que les atteintes, eu égard à
la charge actuelle de l’environnement,
seront nuisibles ou incommodantes »
Mesure de la limitation Dans les limites de ce qui est Sans limites, si ce n’est celles de la
supportable du point de vue technique, proportionnalité
économique et de l’exploitation
Valeur à respecter VLE (valeurs à défaut, décision VLI (valeurs à défaut, décision
limite ad hoc selon art. limites ad hoc sur la
d’émissions) 12 II LPE d’immissions) base des art.
p. ex. annexe 1 et p. ex. annexes 3 à 13ss LPE
annexe 2 ch. 112 8 OPB et annexe 1
OPair OPair
Mécanisme Principe assainissement (art. 16 LPE), y. c. fermeture en cas de nécessité
de Réserve délai
contrainte allègements imposés par le principe de la proportionnalité (art. 17 LPE)
Exception à en matière de en matière de
la réserve pollution, pas de bruit, pas de
dépassement des dépassement des
VLI (art. 17 II VAL (art. 17 II
LPE) LPE)
En cas de transformation ou d’agrandissement (art. 18 LPE) :
- assainissement simultané (pas de délai)
- allègement limités ou supprimés

Il y a des installations pour lesquelles il n’y a pas de valeur limite d’immissions, et l’autorité
doit fixer par voie prétorienne ces valeurs. Dans l’OPB, on n’a pas fixé de valeurs limites
d’émissions, mais dans l’OPair, on en trouve. La valeur limite d’émission a une portée assez
relative.

Le principe, c’est l’assainissement (16 LPE). Mais il y a des réserves (délais, allégements).
Cependant il y a des exceptions à ces réserves : on ne peut pas alléger l’obligation d’assainir
au-delà de certaines limites (17 II LPE) ; lorsqu’on transforme une installation, les délais et
les allégement sont une portée restreinte (18 LPE).

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B. LA LIMITATION PRÉVENTIVE DES ÉMISSIONS (ART. 11 II LPE)


I. Les conditions et la mesure de la limitation préventive (art. 11 II
LPE)

 « Indépendamment des nuisances existantes »


- même en l’absence d’atteintes nocives ou gênantes
- il faut donc toujours limiter les émissions

 Mesures réalisables au plan technique


- qui ont fait leur preuve en Suisse ou à l’étranger (art. 4 II OPair), parce qu’elles
sont pratiquées par exemple pour plusieurs autres installations et on sait que ça
fonctionne
- qui ont été appliquées avec succès lors d’essais (même si elles n’ont pas encore fait
leur preuve)

 Mesures réalisables au plan de l’exploitation


- celles qui ont déjà été appliquées avec succès (art. 4 II OPair)
- celles qui pourraient être appliquées avec succès

 Mesures supportables au plan économique


- cf. art. 4 III OPair
- référence : entreprise moyenne et saine de la branche concernée

 Les rapports avec le principe de la proportionnalité ?


- La mesure prescrite par l’art. 11 II LPE ne prive pas le principe de la
proportionnalité de toute portée.
- 2 cas d’application :
o selon la doctrine, une mesure satisfaisant les 3 critères de l’art. 11 II LPE
peut être disproportionnée
o les installations publiques ne sont autorisées à l’aune du critère de ce qui est
« économiquement supportable »

II. Les mesures de limitation (art. 12 LPE)

a) Le principe
 La liste de l’art. 12 I LPE
- Le caractère exhaustif de l’énumération
- Pas de charge et de conditions « créatives » (principe de la légalité)

 L’exemple des parkings à voitures : un commerçant veut faire des places de parking
- places de stationnement payantes : OUI
- ligne de transport publics : NON, sauf base légale cantonale

On ne peut pas subordonner l’autorisation de construire un centre commercial à la condition


d’établir une ligne de transport public sauf si on a une base légale cantonale qui oblige à le
faire. Par contre, on peut subordonner l’autorisation de construire à la condition de faire des

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places de parking payantes, et ce, dans le but de décourager les gens de venir en voiture au
centre-ville.
Le principe de la proportionnalité permet d’échapper à la destruction de l’installation.

Système :
- renvoi aux ordonnances pour les VLE (OPair, OPB, ORNI)
- à défaut de VLE, décision fondée directement sur la LPE, rendue par l’autorité
administrative ou judiciaire (ATF 119 Ib 295)

b) Catalogue des mesures (lit. a-d)


 Les valeurs limites d’émissions VLE (lit.a)
- seuils quantitatifs maximaux d’émissions (Output)
- applicables à toutes les installations (annexe 1 OPair)
- applicables à certaines installations (annexe 2 ch. 112 OPair)
S’il n’y a pas de valeurs limites d’émissions, c’est à l’autorité compétente de les fixer (bruit,
installations publiques, etc.)
ex : ATF 115 IB 295 = JdT 1992 I 452 (porcherie qui émettait des odeurs)
ex : ATF 115 Ib 446 = JdT 1991 I 475 (patinoire qui fait du bruit. Il n’y a pas de valeurs
limites d’émissions pour les patinoires, mais la police va mesurer le bruit et impose des
valeurs de limitation à titre préventif)

 Les prescriptions en matière de construction ou d’équipement (lit.b)


- caractéristiques techniques réduisant les émissions
- réglementation en matière d’aéronefs et de véhicules
ex : abattoir transformé en centre de jeunesse. Comme ça faisait du bruit, on a imposé des
prescriptions en matière de construction. On a imposé la construction d’une porte saas. (porte
ant-bruit). Il faut dès lors construire d’une certaine manière pour respecter les VLE (règles de
police des constructions)

 les prescriptions en matière de trafic ou d’exploitation (lit.c)


- limitations de vitesse ou modération de trafic
- limitation des horaires d’ouverture
ex : On impose des horaires d’ouverture et de fermeture pour limiter le bruit

 Les prescriptions sur l’isolation thermique des immeubles (lit.d)


- visent les pollutions produites par les installations de chauffage
- visent seulement les immeubles nouveaux ou notablement modifiés
- « règle de l’art » ou renvoi à la norme SIA 180 (société d’ingénieurs et d’architectes)
+ lois cantonales

 Les prescriptions sur les combustibles et les carburants (lit.e)

Pas d’implantation négative au titre de la limitation des émissions : La limitation


préventive ne permet pas d’exiger d’un administré de rechercher un autre endroit où
construire son installation.

Le renvoi aux ordonnances pour les VLE : OPair, OPB. ORNI


A défaut de VLE ?

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- décision fondée directement sur la LPE


- rendue par l’autorité administrative ou judiciaire sur la base des critères définis par
le législateur (techniquement réalisable, etc.)
C. LA LIMITATION PLUS SÉVÈRE DES ÉMISSIONS (ART. 11 III LPE)
I. Le caractère nuisible et incommodant des immissions

Les conditions en général (art. 11 III et 13 LPE)


 « S’il appert ou s’il y a lieu de présumer que les atteintes, eu égard à la charge
actuelle de l’environnement, seront nuisibles ou incommodantes »
- vise la limitation des mêmes émissions que la limitation préventive
- non plus pour elles-mêmes (en tant qu’émissions)
- mais à cause des immissions qu’elles provoquent (avec d’autres)
 Il faut limiter les émissions eu égard aux immissions qu’elles provoquent.

 2 repères :
- la limitation plus sévère n’est admissible qu’au-delà du seuil de ce qui est « nuisible
ou incommodant »
- un détenteur d’installation n’a pas pour autant le droit de polluer jusqu’à atteindre le
seuil du « nuisible ou de l’incommodant »

 L’art 13 I LPE
- la délégation au Conseil fédéral pour fixer la VLI (déterminer le seuil du nuisible et
de l’incommodant)
- cf. OPB, OPair, ORNI

Instructions données au CF pour fixer ces valeurs limites d’émissions. Ces valeurs limites
d’émissions sont très importantes mais elles ne figurent que dans des ordonnances. On peut
faire contrôler la validité constitutionnelle d’une ordonnance.

ex 5e étape d’extension de l’aéroport de Kloten. Expropriation des droits du voisinage à partir


de certaines valeurs. Le CF a fixé des valeurs. Les personnes qui ne se trouvaient pas dans le
périmètre des valeurs ainsi délimitées ont fait recours en disant que l’ordonnance ne jouait pas
car elle ne tenait pas compte du bruit effectif. Le CF avait fixé ces limites dans un but
économique, pour pas que l’indemnisation soit trop lourde à supporter pour l’Etat.

 L’art. 13 II LPE
- prise en compte de catégories de personnes particulièrement sensibles
- en particulier : enfants, malades, personnes âgées et femmes enceintes

Les conditions en matière de pollution atmosphérique et de bruit (art. 11 III + 14 et 15 LPE)

 L’art. 14 LPE : les pollutions atmosphériques


- détermine quel air est « nuisible et incommodant »
- selon l’état de la science et de l’expérience
- annexe 7 OPair

 L’art. 15 PLE : le bruit


- détermine quel bruit est « nuisible et incommodant »

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- selon l’état de la science et de l’expérience


- annexes 3 à 8 OPB
 Pro memoria : Ordonnance « son et laser » (ordonnance qui fixe le seuil acoustique
maximal pour les manifestations publiques)

 A défaut de VLI : le juge fixe lui-même ces limites pour l’air et le bruit
- art. 13 II LPE
- art. 14 et 15 en matière d’air respectivement de bruit

II. Les cas d’application de la limitation plus sévère

 la nécessité d’anticiper sur les installations futures


Il suffit que les immissions puissent devenir nuisibles ou incommodantes : « … eu égard à la
charge actuelle de l’environnement … ». Il ne faut pas seulement tenir compte que de ce qui
est nuisible et incommodant, mais aussi de ce qui pourrait le devenir. La jurisprudence et la
doctrine permettent de dégager 4 cas :

 les 4 cas envisageables

Charge actuelle causée par les installations Charge future avec la nouvelle installation
existantes
(+) déjà nuisible ou incommodante malgré -
limitation préventive
(-) pas encore nuisible ou incommodante (+) devient nuisible ou incommodante
(+) déjà nuisible ou incommodante, avec (-) si devient non (+) si reste nuisible
plan de mesures applicable aux installations nuisible et non ou incommodante
existantes incommodante
(+/-) pas encore nuisible ou incommodante, (+) devient nuisible ou incommodante
mais sans réserve pour installations
planifiées ou projetées

(+) L’installation doit limiter ses émissions de manière plus sévère


(-) L’installation ne doit pas limiter ses émissions à titre plus sévère

1) La charge actuelle est déjà nuisible ou incommodante et aucune installation ne


demande à venir s’implanter.
 Les installations existantes doivent être assujetties à une limitation plus sévère des
émissions.

2) La charge actuelle n’est pas encore nuisible ou incommodante mais le deviendra à


cause d’une nouvelle installation.
 Avant, c’est tout calme, pas encore nuisible ou incommodant, mais à cause de la
nouvelle installation, et uniquement à cause d’elle, ça va devenir nuisible ou
incommodant. Il n’y a donc que la nouvelle installation qui est assujettie à la limitation
plus sévère des émissions.

3) La charge actuelle est déjà nuisible ou incommodante et une nouvelle installation est
prévue.

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 On est dans le cas où la charge sur l’environnement est déjà au-delà de VLI. C’est déjà
nuisible et incommodant. Maintenant, une nouvelle installation demande à s’implanter.
Puisque c’est déjà nuisible et incommodant, on a déjà pris des mesures pour y remédier
(plans de mesures). Il faut se poser la question de l’efficacité de ces mesures. Si ces
mesures sont suffisantes, alors la nouvelle installation s’y soumettra de la même manière
que les installations existantes, on retombera en-dessous des VLI, et il n’y aura pas besoin
de limitation plus sévère des émissions de la nouvelle installation. Si au contraire, les
mesures adoptées ne sont pas suffisantes pour retomber en-dessous des VLI, il faudra que
toutes les installations (existantes et nouvelle) soit assujetties à une limitation plus sévère
des émissions.

4) La charge actuelle n’est pas encore nuisible ou incommodante, mais il n’y a pas de
réserve pour une nouvelle installation. On est à la limite du nuisible et incommodant
(toute nouvelle entreprise fera donc dépasser la limite).
 Tant les installations existantes que les nouvelles installations doivent limiter de
manière plus sévère (art. 11 III LPE)

D. L’ASSAINISSEMENT (ART. 16SS LPE)


I. Le principe (art. 16 LPE)

L’assainissement s’applique aux installations qui ne sont pas conformes mais aussi aux
installations qui ne sont plus conformes à la LPE. Les seuils de limitation de la LPE varient
dans le temps. Ainsi, une installation conforme à la LPE ne vas pas forcer le rester si on
modifie ces seuils plus sévèrement.

a) L’obligation d’assainir une installation qui ne satisfait pas aux prescriptions de la


LPE
- dépassement des VLI
- dépassement des VLE
- respect des VLI/ VLE mais la limitation préventive reste tout de même possible

b) L’obligation d’assainir une installation qui ne satisfait plus aux prescriptions de la


LPE
- la limitation dynamique en matière préventive
- la limitation dynamique en matière plus sévère

c) L’assainissement en cas d’urgence et d’impérieuse nécessité (les cas spéciaux ; art. 16


IV LPE)

 En cas d’urgence (art. 16 IV 1ère phrase)


- assainissement préventif
- exécution par substitution (mesure d’assainissement pas substitution)

 En cas d’impérieuse nécessité (art. 16 IV 2ème phrase)


- fermeture de l’installation
- mesure provisionnelle

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Protection de l’environnement

I. Les tempéraments

a) Les délais d’assainissement


- art. 16 II et III LPE/ art. 10 OPair/ art. 17 OPB
b) Les allégements de l’assainissement
- Principe de la proportionnalité (exploitation, technique, économie, IP). Lorsque la
proportionnalité l’exige, on réutilise les critères de la limitation préventive.
- limite 1 : VLI en matière d’air
- limite 2 : VAL en matière de bruit
- art. 17 LPE/ art. 11 OPair/ art. 14 OPB

III.La transformation ou l’agrandissement de l’installation (art. 18


LPE)

 Les tempéraments ne s’appliquent pas ou partiellement


- assainissement simultané, i.e. pas de délais
- allégements limités a ou b

 Selon TF
- Seulement si la modification projetée « accroîtra les émissions de manière notable »

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Protection de l’environnement

§9. La protection contre les pollutions


atmosphériques
A. GÉNÉRALITÉS
 Les pollutions atmosphériques
- Les pollutions atmosphériques sont des atteintes (7 II LPE)
- Définition : « Modifications de l’état naturel de l’air provoquées notamment par la
fumée, la suie, la poussière, les gaz, les aérosols, les vapeurs, les odeurs, ou les rejets
thermiques » (art. 7 III LPE)

 Les principales pollutions atmosphériques


Il y a des cas dans lesquels on se pose la question de savoir si on est en présence de pollutions
atmosphériques tel que le cas des éclats de pierres, amiante, etc. Mais la plupart du temps,
lorsque l’on parle de pollutions atmosphériques, il s’agit de :
- NOx Oxydes d’azote
- COx Oxydes de carbone
- SOx Oxydes de souffre
- O3 Ozone
- PM10 poussières en suspension

I. Le système de la protection contre les immissions (rappel)

 Le système de limitation en général


- double degré de limitation
- obligation d’assainir
Le système en général est fondé sur la double limitation des émissions. L’outil pour le réaliser
est l’assainissement. L’OPair concrétise le système de la LPE pour l’air.

 La diffusion des pollutions atmosphériques


- Le principe de la coordination : on prend en compte l’ensemble des circonstances
pour ne rendre qu’une seule décision
- Le principe de l’appréciation d’ensemble : art. 8 LPE impose que l’on prenne en
compte l’ensemble des sources de la pollution, d’où le plan
- Le principe de l’égalité des charges : il est déduit du principe de l’égalité de
traitement. Lorsqu’on réduit les immissions, parce que l’ensemble des émissions a
conduit à des immissions excessives, on doit demander à chacun de réduire ses
émissions de la même manière.

 Le système de limitation en matière d’air


- la distinction entre installations stationnaires et infrastructures destinées au trafic
- le plan de mesures

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Protection de l’environnement

II. Les particularités de l’OPair

a) La distinction entre installations stationnaires et infrastructures destinées au trafic

 Les installations stationnaires (art. 2 I OPair)


- « … installations qui collectent les effluents gazeux des véhicules et les rejettent
dans l’environnement sous forme d’air évacué. »

 Les installations stationnaires nouvelles/ existantes


- date d’entrée en vigueur de la LPE : 1er janvier 1985
- nouvelles : art. 3ss OPair
- existantes : art. 7ss OPair

 Les infrastructures destinées au trafic (art. 2 III OPair)


- « … installations où les effluents gazeux des véhicules sont rejetés dans
l’environnement sans avoir été collectés. »

La différence entre ces deux installations, c’est la question de savoir si leurs effluents sont
collectés ou pas. ex. tunnel qui collecte les effluents = installation stationnaire ; la route en
revanche est une infrastructure destinée au trafic
L’OPair distingue également entre les nouvelles installations stationnaires et les installations
stationnaires existantes (date déterminante 1er janvier 1985). Les nouvelles installations sont
assujetties aux art. 3ss OPair alors que les installations existantes sont assujetties aux art. 7ss
OPair.

b) Le « plan de mesures » comme outil de coordination de la limitation plus sévère (art.


44a LPE et 31ss OPair)

nouvelles. . . . . . . . . . .
installations LPE
stationnaires une seule
existantes
plusieurs
installations LPE + plan
de transport .................. ..

Le plan de mesures oblige l’autorité :


- à recenser toutes les sources d’émissions et à déterminer leur importance relative au
dépassement des VLI (quelles sont leurs nuisances),
- à établir des mesures qui pourraient réduire les émissions et à évaluer l’efficacité de ces
mesures,
- à indiquer si l’adoption immédiate des mesures est possible ou si une base légale est
nécessaire,
- à indiquer quelle autorité peut prendre cette mesure, dans quel délai, etc.

 Système en général de la double limitation des émissions


- installations stationnaires nouvelles (art. 5 OPair)
- une seule installation stationnaire existante provoque des immissions nuisibles ou
incommodantes (art. 9 I OPair)

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Protection de l’environnement

 Système complété par le « plan de mesures » pour la limitation plus sévère des
émissions (art. 31 OPair)
- plusieurs installations stationnaires existantes provoquent des immissions nuisibles
ou incommodantes (art. 9 IV OPair)
- une infrastructure destinée au transport provoque des immissions nuisibles ou
incommodantes (art. 19 OPair)

III.Le système de l’OPair

Schéma p. 53 polycopié

B. LA DOUBLE LIMITATION DES POLLUTIONS ATMOSPHÉRIQUES


I. La limitation préventive

 La limitation préventive s’applique à toutes es installations :


- art. 3 et 4 OPair : stationnaires nouvelles
- art 7 OPair : stationnaires existantes
- art. 18 OPair : destinées au transport

 Pour les installations stationnaires, il existe des valeurs limites d’émissions :


- annexe 1 OPair : valeurs limites d’émissions (ex : ch. 31, classement selon les
classes de dangerosité, renvoi au ch.6)
- annexes 2 à 4 OPair
- à défaut de VLE : art. 11 II et 12 LPE

Pour rechercher la valeur limite d’émission, voir annexe 1 s’il ne s’agit pas d’une installation
spécifique. Contrôler la classe de dangerosité et chercher le chiffre en rapport avec la classe.

 Pour les installations destinées au trafic :


- pas de VLE
- mesures de restriction ou d’orientation

II. La limitation plus sévère

 La limitation plus sévère s’applique à toutes les installations, mais selon des
modalités différentes :
- art. 5 et 9 I OPair : régime ordinaire
- art. 9 IV et 19 OPair : avec plan de mesures

 Le régime ordinaire
- annexe 7 OPair (VLI et non pas VLE)
- à défaut de VLI : art. 14 LPE et art. 2 II OPair
- art. 10s OPair

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 Les régimes du plan de mesures


- art. 44a LPE : notion. Plan de mesures pour réduire les atteintes ou y remédier
- art. 31 OPair : élaboration (cas). Plan de mesures di des immissions excessives sont
ou seront occasionnées par une infrastructure destinée au transport ou plusieurs
installations stationnaires
- art. 32 OPair : contenu

C. LE PLAN DE MESURES
I. Notion

a) La fonction du plan de mesures

 Instrument de coordination de la limitation plus sévère


- Améliorer l’hygiène de l’air de manière durable…
- … grâce à des interventions coordonnées…
- … sur toutes les sources de pollution.

 Double obligation à la charge de l’autorité


- l’autorité compétente doit élaborer un plan de mesures lorsque…
- le plan de mesures est contraignant pour les autorités d’exécution

 Vise à contraindre les diverses autorités d’exécution à suivre un concept global et


cohérent lorsqu’elles rendent
- des décisions d’assainissement
- des permis de construire

Le plan de mesures est l’instrument de coordination de la limitation plus sévère. Il impose une
double obligation envers l’autorité : la première est que l’autorité a l’obligation de le faire
dans certaines circonstances, la deuxième obligation est que l’autorité qui a pris le plan est
liée par ce plan et ceci, chaque fois qu’elle délivrera une autorisation de construire ou
ordonnera un assainissement.

Que doit faire l’autorité concrètement :


 Contenu (art. 32 I OPair)
- sources des émissions responsables des immissions excessives
- importance relative de ces émissions
- mesures propres à réduire les immissions excessives
- efficacité de ces mesures
- bases légales existantes et celles à créer
- délais de décision et d’exécution de ces mesures
- autorités compétentes pour l’exécution des mesures

 Mesures (art. 32 II OPair)


- Installations stationnaires
o cf art. 12 LPE
o aménagement du territoire, police des constructions, énergie

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Protection de l’environnement

o ex : dans la loi sur les constructions, une mesure impose pour chaque
construction des murs tellement épais qu’il ne ressort que telle quantité de
CO2. Installations de chauffage communes, etc
- Infrastructures de transport :
o mesures de construction et d’exploitation
o visant à canaliser ou à restreindre le trafic
o ex : construction du métro à Lausanne, restriction du trafic en ville par la
même occasion

Les délais de réalisation des plans de mesures sont fixés à l’art. 33 OPair qui parle d’un délai
de 5 ans. Cet article est très optimiste. En réalité, c’est plutôt un délai de 10 à 15 ans qui est
nécessaire. L’art. 33 OPair prévoit cependant qu’il faut prendre des mesures plus rapidement
pour les émissions responsables de 10% des immissions.

ex : plan de mesures pour l’agglomération de Lausanne-Morges. Le plan de mesures vise à


passer d’un stade où les VLI sont dépassée à un stade où elles sont respectées, et ce, par le
biais des décisions d’assainissement. Pour réduire les émissions dues au poids lourds on peut
le faire par le biais d’un plan d’affectation. Les zones mixtes où l’on peut travailler, se
détendre (à l’opposé du zoning) limitent les déplacements, mais nécessite l’adoption d’un plan
d’affectation. (cf. slides 13 à 32)

b) La nature du plan de mesures


 Qualification
- s’analyse comme une ordonnance administrative (≠ ordonnance législative)
- ne contient pas de règle de droit (ne lie que l’autorité)

 Conséquences
- ne crée pas de numerus clausus par les mesures qu’il indique
- ne constitue pas une base légale pour les mesures qu’il contient

Le plan de mesure s’analyse comme une ordonnance administrative : il ne contient pas de


règles de droit (contrairement aux ordonnances législatives). Les administrés ne disposent pas
de voies de droit contre un plan de mesures, parce que le plan de mesures ne les concerne pas
étant donné qu’il ne contient pas de règles de droit. Le plan de mesure ne constitue donc pas
une base légale pour les mesures qu’ils indiquent, il faut en plus une loi. Par ailleurs, il existe
des lois qui permettent de prendre des mesures qui ne sont pas dans le plan de mesures. Le
plan de mesures ne crée pas de numerus clausus des décisions à prendre.

II. Effets (paralysant)

a) Les 2 questions à résoudre


 Le plan prévoit telle mesure que l’autorité souhaite appliquer :
- Question : cette mesure peut-elle s’appliquer (directement) en vertu du plan ou
nécessite-t-elle une base légale ?
- Question de l’effet direct du plan

 Le plan ne contient pas telle mesure que l’autorité souhaite appliquer :

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Protection de l’environnement

- Question : cette mesure peut-elle s’appliquer (immédiatement) sans attendre le


plan ou doit-on au préalable modifier le plan de mesures ?
- Question de l’effet anticipé du plan

b) La question de l’effet direct (mesure du plan non transposée)


 art. 44a II LPE et art. 32 I lit.e OPair
- mesures pouvant être ordonnées immédiatement
- mesures nécessitant la création d’une base légale

 Prescriptions en matière de trafic et d’exploitation


- ne nécessitent pas d’acte de transposition
- la base légale étant déduite de l’art. 11 III LPE avec l’art. 12 LPE

 Prescriptions en matière d’aménagement du territoire


- Principe : requièrent l’adaptation préalable des plans d’affectation
- Réserve : autorisation assortie de charges n’empêchant pas une construction
conforme à la zone
- Exception : installation qui entraînera des émissions supérieures à la moyenne des
installations conformes
Ex : Les places de parcs d’un centre commercial concernent l’exploitation de ce centre
commercial.

c) La question de l’effet anticipé (mesure hors plans)


 Deux cas de figure
- l’installation n’était pas prévue par le plan (ex : on fait le plan et peu après une
centrale nucléaire veut s’implanter)
- le plan doit être révisé suite à l’évolution de la situation

Il faut distinguer 2 situations pour savoir si une installation est admissible hors plan :

 L’installation conduit à elle seule au dépassement de VLI


- Principe : mesure de limitation admise pour ne pas compromettre le futur plan
- Le TF l’a déduit de l’art. 5 I OPair

 L’installation ne conduit pas à elle seule au dépassement de VLI


- Principe : mesure de limitation hors plan pas admissible (sécurité du droit, égalité,
etc.)
- Exception : mesure tolérée pour les émissions supérieures à la moyenne de la zone
en question (10 % selon art. 33 II OPair par analogie) : l’installation pollue
beaucoup et n’est pas conforme à la zone
- Exception à l’exception : pas d’exception au principe pour les installations
conformes à la zone

 Cas particuliers

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- mesures de limitation hors plan admises lorsque le plan en question est notoirement
insuffisant
- mesures de limitation hors plan admises dans le cadre d’un plan d’affectation spécial
 Régime spécial pour les installations publiques
- les mesures de limitation plus sévère ne sont admises que si elles sont fondées sur un
plan de mesures adopté en bonne et due forme
- les infrastructures publiques destinées au trafic peuvent être construites et modifiées
nonobstant le dépassement des VLI
- moyennant une promesse du gouvernement cantonal d’appliquer des mesures de
limitation plus sévère au moment de la mise en exploitation

L’EFFET DU PLAN DE MESURES


Schéma général

1er DEGRE : LIMITATION PREVENTIVE ?


- VLE
- mesures de construction, d’exploitation pour autant que supportables

2ème DEGRE : Immissions excessives en raison 2ème DEGRE : Immissions excessives en raison
d'une seule installation stationnaire de plusieurs installations stationnaires (art. 9 al. 4)
(art. 5 et 9 al. 1) ou d’une infrastructure de transport (art. 19)

Plan de mesures
Mesures hors
(art. 31 ss )
plan de mesures

Nécessitant une Directement applicable


transposition (BL)

Installation aux émissions


supérieures à la moyenne

Plan de mesures VLE plus sévères


notoirement insuffisant
VLE plus sévères Mesures
Mesures d’exploitation ou
d’aménagement du
Procédure de plan de gestion du trafic
Autres mesures de territoire, si les
d’affectation spécial
limitation des émissions de
Mesures d’aménagement si
émissions plus sévère l’installation sont dans
Art. 11 et 12 LPE les émissions de
la moyenne
l’installation sont
supérieures à la moyenne

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§10. La protection contre le bruit


A.GÉNÉRALITÉS
I. La notion de bruit
La loi ne dit pas ce que c’est, elle ne fait que dire que c’est une atteinte.

 Le bruit comme atteinte (art 7 I LPE)


= ensemble des sons indésirables produits par des vibrations et perceptibles à l’ouïe
- les infrasons et les ultrasons sont assimilés au bruit, quant bien même il s’agit de
vibrations non perceptibles à l’ouïe (art. 7 IV LPE)

 Les sources du bruit


- Le bruit des véhicules, appareils et machines mobiles (chapitre 2 OPB)
- installations fixes (art. 2 I OPB et chapitres 3-4 OPB) Constructions,
infrastructures destinées au trafic, équipement des bâtiments et autres infrastructures
non mobiles, routes, installations ferroviaires, aéroports, etc.
- bruit d’habitation: formes déclinées des installations fixes. Ils sont produits par les
installations que sont les logements, à condition qu’il y ait une installation
particulière dans la local ou une affectation spéciale du local pour que ce soit
couvert par l’OPB (par. ex discothèque, local de menuisier)
- bruit de comportement : bruit produit par chacun, donc ne provient pas d’une
installation fixe. Le bruit de comportement entre dans l’OPB lorsque l’on peut le
rattacher à une installation. Les bruits des gens qui sortent d’infrastructures
publiques sont considérés comme des bruits de comportement.

 Première particularité :
- La relation entre l’énergie à la source du bruit et le niveau de bruit perçu n’est pas
linéaire, mais exponentielle (différence entre 10 et 15 dB représente en fait une
augmentation beaucoup plus considérable que 5 au niveau de l’énergie).
- Une faible augmentation du bruit exprimée en dB correspond à une forte
augmentation d’énergie.

 Seconde particularité :
- l’oreille humaine perçoit le bruit de manière plus ou moins forte selon sa fréquence
(Hz)
- Pour corriger ces différences de perception, on recourt à un filtre, en particulier
dB(A)

II. La protection contre les atteintes du bruit

 Le système général s’applique (rappel)


- limitation préventive (art. 11 II LPE)
- limitation plus sévère (art. 11 III LPE)
- assainissement (art. 16 et 18 LPE)

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- allégement (art. 17 LPE)


Mais il y a plusieurs particularités en matière de bruit
 Les valeurs limites d’exposition (art. 2 V OPB)
- valeurs limites d’immissions (VLI)
- valeurs d’alarmes (VAL) : elles sont mesurées au lieu des effets comme les VLI mais
sont supérieures aux VLI
- valeurs de planification (VP) : mesurées au lieu des effets mais inférieures aux VLI
- pas de valeurs limites d’émissions (VLE)
Régime variable selon le type d’installation auquel on s’intéresse (installations nouvelles et
existantes, dont le critère est la date d’entrée en vigueur de la LPE)

 La distinction entre installations nouvelles et existantes


- Le critère de distinction est la date d’entrée en vigueur de la LPE (pas de l’OPB),
soit le 1er janvier 1985
- La loi assimile à une nouvelle installation celle dont l’affectation est entièrement
modifiée (art. 2 II OPB)

 La distinction au sein des installations existantes


- la modification simple (art. 8 I OPB)
- la modification notable (art. 8 III OPB)
- Le TF assimile à une nouvelle installation celle qui fait l’objet d’une « modification
substantielle » ou qui est « rendue bruyante »

Au sein des installations existantes on distingue entre les installations qui font l’objet d’une
modification simple et celles qui font l’objet d’une modification notable. Il y a certaines
installations dont la modification est tellement notable qu’on repasse dans le régime de
l’installation nouvelle.

 Mesures de protection à la source (actives ; art. 11 I LPE)


- limitation préventive (1er niveau)
- limitation plus sévère (2ème niveau)

 Les mesures de protection au lieu des effets (passives) comme troisième niveau de
protection
- fenêtres antibruit
- autres mesures similaires
- dans le cas où il n’est pas adéquat de limiter à la source (ex : aéroport)

Des fois l’OPB prend des mesures de limitations au lieu des effets. C’est une dérogation au
principe de la limitation à la source.

 Les restrictions en matière de construction comme quatrième niveau de protection


- exigences requises pour les zones à bâtir
- permis de construire dans les zones affectées par le bruit (pas de possibilité d’obtenir
un permis de construire lorsque les VLI sont dépassées, parfois contourné par le TF)

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B. LES INSTRUMENTS SPÉCIFIQUES À LA PROTECTION CONTRE LE BRUIT


I. Les degrés de sensibilité et les valeurs d’exposition

a) Les degrés de sensibilité au bruit (art. 44 OPB)


 Les valeurs limites varient d’un endroit à l’autre
- Elles dépendent du degré de sensibilité au bruit attribué à la zone au sens de l’art.
14 LAT (hôpital ou zone industrielle)
- Elles dépendent donc de l’affectation du sol, c'est-à-dire des activités qui y sont
autorisées.
En matière de protection de l’air, les valeurs limites sont partout les mêmes, ce qui n’est pas le
cas en matière de bruit. On attribue un degré de sensibilité à chaque zone et les valeurs ne
seront pas identiques d’une zone à l’autre. Les valeurs limites dépendent de l’activité qui
s’exercent dans chaque zone (zone d’habitation, hôpital, zone industrielle, etc)

 Les degrés de sensibilités doivent être attribués aux zones


- lors de la délimitation ou de la modification des zones d’affectation ou lors de la
modification des règlements de construction (art. 44 II OPB)
- avant leur attribution, ils sont déterminés au cas par cas (art. 44 III OPB)

 L’attribution vaut décision administrative


- droit d’être entendu
- possibilité de recours (RDA) car droit fédéral
L’attribution de degré de sensibilité vaut décision administrative, raison pour laquelle
l’administré a le droit d’être entendu et le droit de faire recours.

Les degrés de sensibilités (art. 43 OPB)

Degré de sensibilité I zone qui requiert une zones de détente


protection accrue
Degré de sensibilité II zone où aucune entreprise zones d’habitation,
gênante n’est autorisée constructions ou installations
publiques
Degré de sensibilité III zone où sont admises des zones mixtes d’habitation et
entreprises moyennement d’artisanat
gênantes
Degré de sensibilité IV zones où sont admises des zones d’activités industrielles
entreprises fortement
gênantes

En fonction de ces degrés de sensibilité, on fixe des valeurs limites d’exposition.

c) Les valeurs limites d’exposition

 Pas de valeurs limites d’émission (cf. art. 2 III OPB)


« Les limitations d’émissions sont des mesures techniques, de construction, d’exploitation, ainsi que
d’orientation, de répartition, de restriction ou de modération au trafic, appliquées aux installations, ou des

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mesures de constructions prises sur le chemin de propagation des émissions. Elles sont destinées à empêcher ou
à réduire la formation ou la propagation du bruit extérieur. »

 Deux compléments aux valeurs limites d’immission (art. 2 V OPB)


« Les valeurs limites d’exposition sont des valeurs limites d’immission, des valeurs de planification et des
valeurs d’alarme (…) Elles sont fixées en fonction du genre de bruit, de la période de la journée, de
l’affectation du bâtiment et du secteur à protéger. »  degré de sensibilité au bruit

 Les valeurs de planification (art. 23 LPE) ; on s’y réfère pour savoir si…
- on peut prévoir des zones à bâtir (art. 24 I LPE)
- on peut équiper des zones à bâtir non encore équipées (art. 24 II LPE)
- on peut prévoir de nouvelles constructions (art. 25 LPE)

Réunion de ces 2 instruments spécifiques : annexes 3-8 OPB. L’autorité fixe le degré de
sensibilité et la valeur qui convient (suite à une instruction). Distinction selon le genre de
bruit, l’emplacement dans le territoire, le moment de la journée, les VLI, les valeurs de
planifications et les valeurs d’alarmes. Le degré le plus bas, c’est la valeur de planification
pour le degré de sensibilité 1 la nuit ; et le plus haut, c’est le degré de sensibilité 4, le jour
dans les valeurs d’alarme. Dans un cas pratique, il faut se demander dans quelle on zone on se
situe, de quel bruit on parle et si c’est le jour ou la nuit.

 Les valeurs limite d’immissions (art. 15 LPE)


Fixées de manière que, selon l’état de la science et de l’expérience, les immissions inférieures
à ces valeurs ne gênent pas de manière sensible la population dans son bien-être

 Les valeurs d’alarmes (art. 19 LPE) ; on s’y réfère pour savoir si…
- il y une urgence de l’assainissement (art. 19 LPE)
- il faut obliger de prendre des mesures passives (art. 20 LPE)
- il faut limiter la possibilité d’octroyer un allégement dans le cas où la VAL est
atteinte (art. 17 II LPE)

d) Les annexes 3 à 8 OPB

Des jurisprudences se sont essayé à appliquer à des installations non traitées par l’ordonnance
des degrés de sensibilité provenant d’installations qui sont traitées par l’ordonnances. Mais ça
ne fonctionne pas comme ça, il faut attribuer des degrés de sensibilité pour chaque zone. On
distingue selon le genre de bruit, selon l’emplacement dans le territoire, le moment de la
journée (nuit, jour).

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Outre les valeurs d’exposition et les degrés de sensibilité, il y a des cadastres du bruit.
II. Le cadastre du bruit (art. 36ss OPB)

 L’autorité d’exécution (cantonale ou municipale) détermine ou fait déterminer (par un


privé) les immissions de bruit extérieur (art. 36 OPB)
- si elle a des raisons de supposer que les valeurs limites d’exposition en vigueur sont
déjà ou vont être dépassées
- en tenant compte des projets déjà autorisés
- en tenant compte des projets déjà mis à l’enquête publique

 L’autorité d’exécution consigne les émissions de bruit déterminées dans un cadastre


(art. 37 OPB)
- pour les routes
- pour les installations ferroviaires
- pour les aérodromes

 Le cadastre est déterminant dans l’application de l’OPB :


- délimitation des nouvelles zones à bâtir (VP)
- équipement des nouvelles zones à bâtir (VP)
- octroi des permis de construire (VLI)
- isolation acoustique des bâtiments exposés au bruit (VA)

 Le cadastre n’a pas de portée juridique en tant que tel


- il s’agit d’un inventaire, d’un instrument de travail pour l’autorité (n’imposant pas
d’obligation et ne créant pas de droit)
- il n’est ni mis à l’enquête publique, ni susceptible de recours
- il peut être consulté par les administrés et modifié par l’autorité

Les autorités doivent établir un cadastre du bruit pour chaque type d’installation. Le cadastre
n’a pas de portée juridique propre malgré sa grande importance pratique. On ne peut pas
recourir contre le bruit attribué à sa parcelle dans le cadastre du bruit. Le cadastre du bruit
peut être consulté. Il est mis à jour régulièrement.

Cf schémas pour exemples (bruit des chemins de fer, routes, etc.). Dans l’exemple des
installations de tir, si on est entre 60 et 65, il faut d’abord déterminer dans quel degré de
sensibilité on se trouve puis voir, suivant le tableau de l’OPB (annexe) si la valeur est
dépassée. Dans le cas d’espèce, ce serait dépassé.

C.LE SYSTÈME DE LA PROTECTION CONTRE LE BRUIT


I. Le schéma général

cf. tableau polycopié p.49-50 (slides n° 20-21)

a) Les installations fixes nouvelles

b) Les installations fixes modifiées

27
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Protection de l’environnement

c) Les installations existantes

II. La limitation des immissions (les 3 degrés de protection)

cf. polycopié p. 50bis ( slide n°22) art. 19ss LPE + art. 7ss OPB

a) La limitation préventive

b) La limitation plus sévère

c) Les mesures de protection passives

D.LES LOCAUX À USAGE SENSIBLE AU BRUIT (DESTINÉS AU SÉJOUR


PROLONGÉ)

I. Définition (art. 2 VI OPB)

 les locaux à usage sensible au bruit sont :


- « les pièces d’habitation, à l’exclusion des cuisines sans partie habitable, des locaux sanitaires et des
réduits. » (lit.a) = locaux où on habite, ce que l’on utilise vraiment pour vivre
- « les locaux d’exploitation, dans lesquels des personnes séjournent régulièrement durant une période
prolongée ; en sont exclus les locaux destinés à la garde d’animaux de rente et les locaux où le bruit
inhérent à l’exploitation est considérable. » (lit.b) (ex : poste de travail dans une usine qui
produit un bruit énorme)

Ces locaux sensibles ne peuvent pas être construits dans des zones affectées par le bruit.

 Dans les zones affectées par le bruit (celles où les VLI sont dépassées)
- restrictions au stade de la planification (dépassement de VP)
- restrictions au stade du permis de construire (dépassement de VLI)

II. Les zones à bâtir (art. 24 LPE)

 Les nouvelles zones à bâtir


- ne peuvent être prévues que dans des endroits où les immissions causées par le bruit
ne dépassent pas les VP
- à moins que des mesures de planification, d’aménagement ou de construction
permettent de respecter les VP

Il faut aménager de façon à ce que les VP puisse être respectée, sinon, pas de ZB

 Les zones à bâtir non encore équipées


- doivent être affectées à une utilisation moins sensible au bruit en cas de dépassement
des VP
- à moins que des mesures de planification, d’aménagement ou de construction
permettent de respecter les VP (en grande partie)

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Protection de l’environnement

III.Les secteurs exposés au bruit (art. 21 -22 LPE + art 31 OPB)

 Les nouvelles constructions


- principe : pas permis de construire des locaux à usage sensible au bruit dans un
secteur où les VLI sont dépassées
- réserve : à moins que des mesures constructives permettent de respecter les VLI
- exception : construction bien que les mesures de construction ne permettent pas le
respect des VLI (l’ordonnance va un peu au-delà de ses attributions).

 Mesures constructives (art. 31 I OPB)


- disposition des locaux à usage sensible sur le côté du bâtiment opposé au bruit
(écran, redents, circulations)
- mesures de construction d’aménagement susceptible de protéger le bâtiment contre
le bruit (balcons, peau, jardins d’hiver)
- climatisation des espaces de travail (mais pas d’habitation) !

On peut quand même construire (autorisation) malgré le dépassement des VLI :

 Autorisation malgré le dépassement des VLI (art. 31 II OPB) si :


 autorisation cantonale
 intérêt prépondérant
- protection des monuments (maintien de la substance bâtie)
- aménagement du territoire (utilisation mesurée et rationnelle du sol)
- politique urbaine (ordre contigu, « Baulücke »)
- politique sociale (pénurie de logements)
 Base légale
ATF 129 II 238, cons. 3, Rotillon à Lausanne

29
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Protection de l’environnement

§ 11. L’élimination des déchets et


l’assainissement des sites contaminés
A.GÉNÉRALITÉS
I. Le principe de la causalité (rappel)

 art. 74 II Cst
« (…) Les frais de prévention et de réparation sont à la charge de ceux qui les causent. »

Cette formulation a été reprise à l’art. 2 LPE :


 art. 2 LPE
« Celui qui est à l’origine d’une mesure prescrite par la présente loi en supporte les frais. »

Mesure (d’élimination des déchets ou d’assainissement)


Dans un premier temps l’élimination des déchets est supportée par le canton qui va le
répercuter sur le pollueur ; il faudra trouver un mécanisme d’allocation des frais.

En matière de déchets, la dernière étape de l’élimination des déchets est bien souvent la mise
en décharge (dans le sol sur un site). Parfois, on est obligé de définir ce site comme un site
contaminé. Le propre des sites contaminés est que l’on doit ressortir les déchets du sol. Ainsi,
l’élimination des déchets et l’assainissement des sites contaminés forment un cycle. C’est tout
le problème des matériaux d’excavation. Quand on peut, on doit incinérer, mais on ne peut
pas toujours la faire.

Elimination des
déchets

déchet

sol
matériaux d’excavation

Assainissement des
sites contaminés

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Protection de l’environnement

II. La réglementation des « déchets »

a) Les sources applicables

 Chapitre 4 LPE (art. 30ss LPE)


- Section 1 : limitation et élimination des déchets
- Section 2 : planification de la gestion des déchets
- Section 3 : financement de l’élimination des déchets
- Section 4 : assainissement des décharges et des autres sites pollués par des déchets

L’assainissement des sites contaminés est la dernière section de l’élimination des déchets, à
cause du lien organique entre les deux.

 Ordonnances
- OTD : sur le traitement des déchets
- ODS : sur les mouvements de déchets spéciaux
- OSubst : sur les substances dangereuses
- OEB : sur les emballage de boissons (+ O-taxe)
- OREA : sur la restitution, la reprise et l’élimination des appareils électriques et
électroniques (+ O-taxe)

On a un set de normes applicable aux déchets, il faut donc en définir le champ d’application.

b) La notion de déchets

 art. 7 VI LPE
« Par déchets on entend les choses meubles dont le détenteur se défait ou dont l’élimination
est commandée par l’intérêt public. » (caractère mobilier)

Il y a 2 sous-catégories de déchets :

 Biens meubles
- objectivement : on doit s’en défaire
- subjectivement : on veut s’en défaire

 Les divers types de déchets


- déchets ménagers ou urbains (art. 3 I OTD)
- déchets de chantier (art. 9 OTD)
- déchets spéciaux (annexe 2 ODS)
- déchets ordinaires/ subsidiaires (industrie, boues d’épuration)

On a diverses catégories de déchets et souvent, on a l’obligation de trier ces différentes


catégories de déchets. 2 règles de base :

 positivement (art. 30b LPE)


OBLIGATION de trier et de collecter séparément les différents déchets
- art. 6 OTD : déchets valorisables
- art. 7 OTD : déchets compostables
- art. 8 OTD : déchets spéciaux
- art. 9 OTD : déchets de chantier

31
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 négativement (art. 10 OTD)


INTERDICTION de mélanger les différents déchets afin d’être assujetti à un régime juridique
plus favorable

III.La réglementation des sites contaminés

a) Les sources applicables aux sites contaminés

 Section 4 du chapitre 4 LPE


- art. 32c LPE : obligation d’assainir
- art. 32d LPE : prise en charge des frais
- art. 32e LPE : taxes

 Ordonnances
- OSites : sur l’assainissement des sites pollués
- OTAS : relative à la taxe pour l’assainissement des sites
- OSol : sur les atteintes portées au sol

b) La notion de sites contaminés

art. 2 OSites. Il faut lire l’article à l’envers en commençant par le 3e alinéa

 art. 2 III OSites : un site contaminé est :


- un site pollué
- qui nécessite un assainissement

 art. 2 II OSites : un site pollué nécessite un assainissement :


- s’il engendre des atteintes nuisibles ou incommodantes
- s’il existe un danger concret que de telles atteintes apparaissent

 art. 2 I OSites : un site pollué est :


- un emplacement d’une étendue limitée
- pollué par des déchets cf slide n°11
o les sites de stockage définitif : décharge encore en exploitation ou désaffectée
o les aires d’exploitation : l’exploitation peut être en cours ou s’être terminée
o les lieux d’accident : il y a eu un camion qui transporte des matières
chimiques et qui subit un accident. Le contenu se répand dans les sols.

Le législateur a déduit 2 règles de base :

 positivement (art. 32c LPE et art. 1 OSites)


OBLIGATION d’assainir les sites contaminés, i.e. le sites pollués par des déchets provoquant
ou risquant de provoquer des atteintes nuisibles ou incommodantes

 négativement (art. 18 LPE et art. 3 OTD)


INTERDICTION de modifier les sites pollués par la création ou la transformation de
constructions et d’installations, sauf…
- s’ils ne nécessitent pas d’assainissement et si le projet n’engendre pas de besoin d’assainissement
- si le projet n’entrave pas de manière considérable l’assainissement ultérieur des sites ou si ces
derniers, dans la mesure où ils sont modifiés par le projet, sont assainis en même temps

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Protection de l’environnement

B. LES DÉCHETS
I. Les mesures de traitement des déchets

Déchets = meubles

Limitation Traitement

Valorisation Neutralisation Elimination


Compostage

Incinération Stockage

Provisoire Définitif

Matériaux Résidus Décharge


inertes stabilisés bioactive

+ -

Si on choisit la gauche, on est dans l’option la plus favorable, alors qu’à droite, on est dans
l’option la moins favorable.

Le traitement des déchets est un termes génériques pour définir l’élimination, la neutralisation
ou la valorisation. L’élimination, dans le meilleur des cas se fait par incinération. Lorsqu’on
ne peut pas incinérer, il faut stocker, dans le meilleur des cas de façon définitive.

a) Le système de l’élimination des déchets

 Limitation de la production
- art. 30 I LPE : concrétisation du principe de prévention
- art. 30a LPE : limitation de la production des déchets/ interdire ou limiter les
produits à usage unique ou produits dont on sait qu’ils sont difficiles à éliminer/
production

 Traitement
- art. 3 III i.i. OTD : valorisation/ neutralisation/ élimination
- art. 3 III i.f. OTD : collecte/ transport

 Valorisation et compostage

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- art. 6, 9 et 12 OTD : déchets urbains, de chantier, de l’industrie


- art. 7 I OTD : encouragement des cantons
- art. 30b LPE : collecte séparée/ reprise ou consigne
- art. 30d LPE : prescription du Conseil fédéral

L’élimination doit être compatible avec le droit de l’environnement. L’élimination de la fumée


par exemple doit respecter les limites de l’OPair.

 Elimination
- art. 30 III LPE : respectueuse de l’environnement
- art. 30 III LPE : sur le territoire national

 Incinération
- art. 11 OTD : à défaut de valorisation
- art. 30c LPE : pas ailleurs que dans une installation ad hoc

 Stockage définitif
- art. 30a LPE : pas ailleurs que dans une décharge contrôlée
- art. 30c I LPE : carbone organique et caractère soluble
- art. 22 OTD : types de décharges
- art. 31 OTD : volume des décharges

b) La planification de l’élimination des déchets (les obligations des cantons)

 art 15 OTD : Inventaire


 art. 16 OTD : Plan de gestion
 art. 17 OTD : Sites des installations de traitement (ça se fait au niveau de la
planification)
 art. 18 OTD : Zones d’apport
 art. 20 OTD : Autorisation d’aménager et d’exploiter les décharges contrôlées

3 types de décharges admissibles :


- matériaux inertes : 1000'000 m3
- résidus stabilisés : 1000'000 m3
- décharges bioactives : 5000'000 m3

3 conditions à l’octroi d’une autorisation :


- art. 30e LPE : décharge nécessaire
- art. 29 III LPE : exploitation respectueuse de l’environnement
- art. 32b LPE : fourniture de garanties financières

II. Les frais de traitement des déchets (art. 31b, 31c, 32 LPE)

C’est le canton qui a l’obligation d’éliminer les déchets. En revanche, l’obligation de


supporter les frais d’élimination de ces déchets vise la plus grande équité et c’est donc le
détenteur des déchets qui doit supporter les frais d’élimination des déchets. Problème : c’est le

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canton qui élimine mais le détenteur qui doit en supporter les frais, raison pour laquelle il faut
un mécanisme d’allocation des frais.

 L’obligation de prendre les mesures d’élimination


- principe de prévention
- vise la plus grande efficacité
- art. 31b et 31c LPE : « canton » (voire détenteur)

 L’obligation de supporter les frais d’élimination


- principe de causalité
- vise la plus grande équité
- art. 2 LPE : « détenteur » (supposé être le pollueur)

 La taxe comme mécanisme d’allocation des coûts


- art. 32, 32a et 32 bis LPE

urbains : le canton prend les mesures (art. 31b LPE)


élimination
autres : c’est le détenteur qui prend les mesures (31 LPE)

principe : c’est le détenteur qui supporte les frais (art. 32 I LPE)


frais exception : lorsque le détenteur est introuvable ou insolvable, c’est la
collectivité publique qui supporte (art. 32 II LPE)

On ne peut plus demander des taxes en fonction de la valeur vénale de l’immeuble ou de la


surface. La seule chose qu’on peut faire, c’est taxer en fonction des déchets réels produits.
Le principe de causalité existe en droit des déchets mais est très peu développé, car on part du
principe que le détenteur des déchets est le pollueur, ce qui n’est pas toujours vrai.

Déchets urbains Autres déchets


Mesures d’élimination CANTON (art. 31b LPE) DÉTENTEUR (art. 31c LPE)
TAXE (art. 32a LPE)
Frais d’élimination
Principe : DÉTENTEUR (art. 32 I LPE)
Exception : CANTON (art. 32 II LPE) si détenteur introuvable ou
insolvable

C.LES SITES CONTAMINÉS


I. Les mesures d’assainissement des sites (en bref)

Site : étendue limitée d’un immeuble. cf. schémas ci-dessous

Chaque canton a l’obligation d’établir un cadastre des sites pollués qui soit accessible à la
population. Un site pollué doit faire l’objet d’une inscription au cadastre des sites pollués Une
fois qu’on est dans le cadastre,

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- soit il n’y a pas d’atteinte nuisible ou incommodante et pas de problème


- si risque d’atteinte nuisible ou incommodante, classement des sites (ceux qui nécessitent
un assainissement, surveillance ou pas d’atteinte). En cas d’assainissement, investigation
de détail pour déterminer les mesures à prendre (délais prévus pour le faire).

Site = étendue limitée

LE SYSTÈME

Pas pollué par Cadastre des


des déchets sites pollués

Pas d’atteinte nuisible ou incommodante Investigation préalable


(effective ou attendue) (historique et technique)

Pas d’atteintes
Surveillance Assainissement
Eaux / Air / Sol

Investigation de détail
(but et urgence assainissement)

Projet d’assainissement
Décision de l’autorité

-
+

LA PROCÉDURE

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 Cadastre des sites pollués (art. 5 OSites)


 emplacement, type, quantité de déchets, atteintes, menaces
 sur requête, décision formelle sujette à recours
 a pour but le classement en 2 catégories :
- sites dont on attend aucune atteinte nuisible ou incommodante
- sites à soumettre à une investigation préalable

Problème du site pollué : un site pollué perd de la valeur. (on ne peut plus le vendre autant).
Question de savoir si on peut agir en responsabilité contre l’État si le site a été cadastré alors
qu’il ne devait pas l’être (car il n’est finalement pas pollué). Non, car la loi impose de
cadastrer dès il y a des soupçons de pollution. L’Etat n’est donc pas responsable si, en vertu
de soupçon, il a cadastré un site qui se révèle non pollué.

 Investigation préalable (art. 7 OSites) qui a pour but de distinguer entre ceux qui
nécessitent une surveillance et ceux qui nécessitent un assainissement.
 investigation historique et technique (recherche des activités menées sur le site, etc.)
 analyse du risque selon les art. 9 à 12 OSites et les annexes 1 et 2 OSites
(indiquent les critères à prendre en compte). Critères : eaux souterraines, air
industriel, etc. Les ordonnances fixent des valeurs limites.
 a pour but la distinction entre 2 catégories de sites:
- sites nécessitant une surveillance
- sites nécessitant un assainissement (investigation de détail dans ce cas)

Les sites qui nécessitent un assainissement font l’objet d’une investigation de détail (art. 14 et
15 OSites)

 Investigation de détail (art. 14 et 15 OSites)


 A pour but de fixer les objectifs et l’urgence de l’assainissement
- source : type, quantité et emplacement des polluants
- vecteur : types d’atteintes, transport, flux, mobilisation, évolution
- cible : emplacement et importance des biens menacés
 Mesures d’assainissement dans l’ordre décroissant d’efficacité:
- décontamination (métaux lourds)
- confinement (huiles minérales : on crée des murs, détourne les cours d’eau, etc.)
- changement d’affectation (produits chimiques : le sol devient une zone autre,
mais problèmes créés par des friches inutilisables du point de vue de l’AT, qui
exigerait une occupation mesurée et rationnelle du sol).

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On parle d’assainissement mais on constate que l’assainissement consiste souvent en une


limitation des risques. Après l’investigation de détail, le propriétaire doit proposer un projet
d’assainissement (art. 17 OSites).

 Projet d’assainissement (art. 17 OSites)


 a pour but d’élaborer la variante d’assainissement la plus appropriée
 élaboré par le détenteur du site
 sanctionné par une décision d’autorité
II. Les frais d’assainissement des sites

a) de lege lata (art. 32d, 32 LPE et 20 OSites)

 L’obligation de prendre des mesures d’assainissement


- principe de prévention
- vise la plus grande efficacité
- art. 20 OSites : « détenteur » (perturbateur par situation : un pouvoir de fait sur
l’objet suffit)

 L’obligation de supporter les frais d’assainissement


- principe de causalité
- vise la plus grande efficacité
- art. 32d LPE « responsable » (perturbateur par comportement)

 La décision comme mécanisme d’allocation des coûts (art. 32d III LPE)
Ce n’est pas une taxe mais une décision administrative

Mesures Principe détenteur (art. 20 I OSites)


d’assainisment exception tiers (al. 2 et 3)
(20 OSites) dans la pratique, c’est le canton qui prend les
mesures dans 4 cas :
- détenteur pas en mesure de le faire
- urgence ou danger
- exécution par substitution
- éviter l’allongement de la procédure
frais principe responsable
(art. 32d LPE) → en proportion de sa part de responsabilité
1. perturbateur par comportement en 1er lieu
2. libération à 3 conditions
exception canton (art. 32 LPE par analogie)

Principe Exception
Mesures d’assainissement DÉTENTEUR TIERS (art. CANTON
(art. 20 I OSites) 20 II OSites) (TF
03.05.2000)
DÉCISION (art. 32 III LPE)
Frais d’assainissement

Principe : RESPONSABLE(S) (art. 32d I LPE)


- proportionnellement à leur part de responsabilité (al.2 i.i.)
- détenteur n’assume pas de frais (al.2 i.f.) que si lit.a+b+c

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Exception : CANTON (art. 32 II LPE par analogie)


si détenteur introuvable ou insolvable

déchets : déchets urbains et autres déchets

sites contaminés : le principe est que les mesures sont prises par le détenteur du site,
exceptionnellement le canton. Concernant les frais, le principe c’est que c’est le responsable
qui doit les assumer, par exception le canton (cf schéma ci-dessus)
Problème : selon les principes dans les cas de mesures d’assainissement et des frais, le
détenteur doit prendre la mesure, mais souvent, ce n’est pas lui qui a pollué, il n’a fait
qu’acheter le terrain. Pour se faire rembourser les frais, il y a le mécanisme de la décision
administrative (art. 32 III LPE).

L’assainissement coûte souvent très cher. On peut donc vendre le site pollué à prix réduit,
mais en supprimant la garantie pour les défauts (les rapports de droit privés ne peuvent pas
être pris en compte par le juge administratif qui ne tranche que sous l’angle du droit public).
L’autorité rembourse éventuellement le détenteur et va rechercher le responsable pour
rembourser (ce que le détenteur ne peut pas faire lui-même, sauf sur la base du droit privé).

La question qui se pose est de savoir qui doit supporter les frais dans les situations suivantes
(3 questions débattues) :

 La répartition des frais d’investigation lorsque le site s’avère non pollué ?


- frais supporté par le détenteur ?
- frais supportés par les responsables du soupçon de pollution ?
- frais supportés par la collectivité publique ?
- solution : cf. art. 32d V projet LPE → collectivité publique

 Solidarité entre responsables, en cas de perturbateur défaillant car introuvable ou


insolvable ?
- frais supportés solidairement par les responsables connus ?
- frais supportés par la collectivité publique ?
- solution : cf. art. 32d III projet LPE → collectivité publique
 Certains s’opposaient à la solidarité car celle-ci va à l’encontre du principe de causalité. En
effet, celui qui est responsable pour de la pollution pour 50% ne doit pas rembourser plus que
ces 50%.

 La prise en compte des conventions de droit privé ?


Non, la décision n’est prise que sur la base du droit public. (cf. silence qualifié de l’art. 32d
projet LP)

b) de lege ferenda

 art. 32c projet de LPE : Obligation d’assainir (cf. slide n°26)

 art. 32d projet LPE : Prise en charge des frais (cf. slide n°27)
art. 32d II LPE : Les lit.b et c ont disparu de manière à ce que le détenteur puisse se sortir
d’affaire plus facilement. Cet article est une consécration de la jurisprudence selon laquelle

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c’est la collectivité publique qui prend en charge les frais lorsque le pollueur est introuvable
ou insolvable.

D.LES MATÉRIAUX D’EXCAVATION


I. Le cycle « élimination » - « assainissement »

Les matériaux d’excavation peuvent poser problème : faut-il les classer comme sites
contaminés ou comme déchets ?

Les détenteurs de déchets doivent assumer les frais de leur élimination mais c’est le
responsable (perturbateur par comportement) qui doit assumer les frais d’assainissement
des sites contaminés. Quid si on assaini une décharge ? On ne sait pas si on doit les traiter
comme des sites contaminés ou comme des déchets.
En ce qui concerne les décharges, on peut aller rechercher le responsable des déchets à
condition que ces déchets aient présentés une dangerosité particulière et qu’on n’ait pas pu
connaître cette dangerosité à l’époque, donc il n’a pas pollué mais contaminé un site.

II. Les frais d’élimination / d’assainissement des matériaux


d’excavation

Cas de figure où on entame des travaux sur une parcelle et on excave de la terre. Cette terre
est polluée. Est-ce qu’il s’agit d’un déchet ou est-ce un site contaminé (car rattaché à
l’immeuble)?
cf. cas Blanchecolombe SA (cas inspiré de l’ATF 118 Ib 407) (slide n° 28). En recourant,
Blanchecolombe SA veut faire passer l’idée qu’il s’agit d’un site contaminé et qu’il faut donc
répartir les frais. Le TF a rejeté la requête car il a considéré qu’il s’agissait de déchets et que
c’était donc au détenteur de ces déchets d’assumer les frais (donc à Blanchecolombe SA).
Selon la doctrine, c’est le critère de la destination qui s’applique.

a) De lege lata

2 critères proposés par la doctrine pour différencier assainissement des sites et élimination des
déchets :
 Critère de la destination : la terre doit-elle être stockée en décharge ou peut-elle être
remise sur site ? (doctrine majoritaire)
- remise sur site : assainissement du site
- stockage en décharge : élimination des déchets

 Critère de la provenance : la terre provient-elle d’un site pollué ou contaminé ?


(doctrine minoritaire)
- site contaminé : assainissement du site

40
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- sites pollués : élimination des déchets

Ces 2 critères servaient à départager les 2 régimes mais aucun n’était satisfaisant. La solution
qui a finalement été adoptée est :

b) De lege ferenda

 art. 32b bis projet LPE : Financement de l’élimination de matériaux d’excavation de


sites pollués (cf. slide n°29)
Dans une loi de droit public, on insère une disposition qui relève en fait de la garantie pour les
défauts du droit privé. Etant donné que le site est pollué mais non contaminé, il n’y a pas
besoin d’assainissement, ça ne concerne pas le droit public.

Le nouvel art. 32bis LPE ne concerne pas les frais supplémentaire d’investigation. Les coûts
supplémentaires sont bien supérieurs aux coûts ordinaires.

Hypothèse Site ne nécessitant pas d’assainissement site


visée : site nécessitant un
coûts coûts supplémentaires
pollué avec assainissement
ordinaires
projet de
construction
Mesures 1/3 (en général) DÉTENTEUR de
d’élimination l’immeuble
Frais Application du Application du
ACTION CIVILE (art.
d’élimination régime des 32b bis II pLPE régime des sites
« autres » contaminés (art.
déchets (art. 32 32d LPE)
LPE) 2/3 PERSONNE A L’ORIGINE et
anciens DÉTENTEURS du site
- si pas de remise du prix ou de
dédommagement
- si élimination nécessaire à la
construction
- si acquisition entre le 01.07.1972 et le
01.07.1997
- si pas prescrit (15 ans)

Avec cette hypothèse, dans le cas de Blanchecolombe SA, elle devra prendre les coûts
ordinaires à sa charge et 1/3 des coûts supplémentaires. Elle pourra ouvrir une action civile
contre Schmutz AG pour les 2/3 des coûts supplémentaires restants.

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§12. La protection des forêts (et l’étude d’impact)


A.LA PROTECTION DES FORÊTS
I. Compétences et sources législatives

 art. 77 Cst Forêts


1
La Confédération veille à ce que les forêts puissent remplir leurs fonctions protectrice,
économique et sociale.
2
Elle fixe les principes applicables à la protection des forêts.
3
Elle encourage les mesures de conservation des forêts.

Les fonctions économiques et sociales sont des critères définitionnels de la notion de forêt. La
Confédération fixe des principes sur la protection des forêts qui vont beaucoup plus loin que
pour l’aménagement du territoire. Dans les faits, la protection des forêts est de droit fédéral.

On protège les forêts en Suisse par le biais de :

 Droit fédéral
- LFo
- OFo

 Droit cantonal (FR)


- Loi du 2 mars 1999 sur les forêts et la protection contre les catastrophes naturelles
- Règlement du 11 décembre 2001 sur les forêts et la protection contre les
catastrophes naturelles

 art. 1 LFo But


1
La présente loi a pour but:
a. d’assurer la conservation des forêts dans leur étendue et leur répartition géographique;
b. de protéger les forêts en tant que milieu naturel;
c. de garantir que les forêts puissent remplir leurs fonctions, notamment leurs fonctions
protectrice, sociale et économique (fonctions de la forêt);
d. de maintenir et promouvoir l’économie forestière.
2
Elle a en outre pour but de contribuer à protéger la population et les biens d’une valeur
notable contre les avalanches, les glissements de terrain, l’érosion et les chutes de pierres
(catastrophes naturelles).

Le but protection des forêts est double :

 Du point de vue quantitatif


- étendue des forêts
- répartition

42
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Protection de l’environnement

 Du point de vue qualitatif


- fonction protectrice
- fonction économique : c’est la fonction que remplit la forêt en fournissant du bois,
bien de consommation et source d’énergie renouvelable
- fonction sociale : elle assure aux gens des espaces de détentes mais aussi des
biotopes aux animaux. Il est très difficile de prouver que la forêt ne remplit pas de
fonction sociale.

II. La notion de forêt

a) La définition légale (art. 2 LFo + 1 OFo)

 art. 2 Définition de la forêt


1
Par forêt on entend toutes les surfaces couvertes d’arbres ou d’arbustes forestiers à même
d’exercer des fonctions forestières. Leur origine, leur mode d’exploitation et la mention au
registre foncier ne sont pas pertinents.
(…)
4
Dans le cadre fixé par le Conseil fédéral, les cantons peuvent préciser la largeur, la surface
et l’âge minimaux que doit avoir un peuplement sur une surface conquise par la forêt ainsi
que la largeur et la surface minimales que doit avoir un autre peuplement pour être
considérés comme forêt. Si le peuplement en question exerce une fonction sociale ou
protectrice particulièrement importante, les critères cantonaux ne sont pas applicables.

critères qualitatifs : surfaces couvertes d’arbres, fonction forestière


Les critères qualitatifs sont moins importants que les critères quantitatifs.
Les alinéas 1 et 4 sont les plus importants alors que les alinéas 2 et 3 sont des aides à
l’interprétation positives ou négatives aux 2 autres alinéas. Pour échapper à la qualification de
forêt, il faut pouvoir dire que c’est un parc qui a plutôt une fonction ornementale.
2
Sont assimilés aux forêts:
a. les forêts pâturées, les pâturages boisés, les peuplements de noyers et de châtaigniers;
b. les surfaces non boisées ou improductives d’un bien-fonds forestier, telles que les vides
ou les surfaces occupées par des routes forestières ou d’autres constructions ou
installations forestières;
c. les biens-fonds faisant l’objet d’une obligation de reboiser.
(…)
3
Ne sont pas considérés comme forêts les groupes d’arbres ou d’arbustes isolés, les haies, les
allées, les jardins, les parcs et les espaces verts, les cultures d’arbres en terrain nu destinées
à une exploitation à court terme ainsi que les buissons et les arbres situés sur ou à proximité
immédiate des installations de barrage.

 Les surfaces couvertes d’arbres ou d’arbustes… (critères quantitatifs)


- surface minimale : 200 à 800 m2 (FR 800 m2)
- largeur minimale : 10 à 12m (FR 12m)
- age minimal : 10 à 20 ans (FR 20ans)

43
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Protection de l’environnement

 … A même d’exercer des fonctions forestières (critères qualitatifs)


- fonction protectrice (protège contre les avalanches, etc.)
- fonction économique (apte à fournie du bois)
- fonction sociale (la faune y prospère, etc.)

Lorsque la fonction protectrice et sociale est très importante, on fait prévaloir les critères
qualitatifs sur les critères quantitatifs.

 Les critères non pertinents pour la qualification de forêt


- mention au registre foncier
- volonté du propriétaire et mode d’exploitation
- origine naturelle ou artificielle
- valeur vénale du bien-fonds
- caractère indigène ou exotique des arbres: mais il faut qu’il s’agisse d’essence
forestière (cf. cpdt annexe 9 sur la protection des plantes)

 Les aides à l’interprétation


- art. 2 II LFo : « Sont assimilés aux forêts… »
- art. 2 III LFo : « Ne sont pas considérés comme forêts… »

b) La constatation de la nature forestière

On parle de concept dynamique de forêt. Dynamique signifie une évolution dans le temps
et/ou dans l’espace. Les arbres qu’on laisse pousser deviennent de la forêt. Un propriétaire
négligent qui n’élague pas ses arbres d’ornement régulièrement coure le risque que ça
devienne de la forêt et que ce soit protégé. Il ne pourra donc plus couper sans autre les arbres.
En Suisse, la forêt croît plutôt qu’elle ne décroît. Ceci vaut en tous cas en-dehors des zones à
bâtir.

 Le concept dynamique de forêt


- fonctionne en-dehors de la zone à bâtir
- en (bordure) de la zone à bâtir, l’art. 10 I LFo prévoit une décision constatatoire :

 La décision de constatation de la nature forestière


- art. 10 I LFo : Quiconque prouve un intérêt légitime peut demander si un bien-
fonds doit être considéré comme forêt ou non (le propriétaire a un intérêt légitime ;
de même que celui qui veut vendre son bien-fonds doit savoir s’il s’agit d’une forêt
pour fixer la prix de l’immeuble ; le voisin peut avoir un intérêt à ce que ce soit
classer en forêt pour ne pas pouvoir construire par ex.)
- art. 10 II LFo : Constatation d’office lors de l’édiction et de la révision des plans
d’affectation, là où les zones à bâtir confinent ou confineront à la forêt. (la forêt ne
doit pas pouvoir empiéter sur la zone à bâtir ; le défrichement est alors possible).

On ne sait jamais si tel ou tel peuplement boisé est une forêt ou pas, raison pour laquelle l’art.
10 LFo prévoit une décision constatatoire. La constatation de la nature forestière de la forêt a
lieu d’office dans certains cas. (art. 10 II LFo).

 Décision
- droit d’être entendu (mise à l’enquête publique)
- intérêt légitime (propriétaire, voisin)

44
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Protection de l’environnement

Au moment de qualifier de forêt, on ne procède pas à une pesée des intérêts, on se base
uniquement sur les caractéristiques forestières. On ne prend pas en compte l’aménagement du
territoire pour qualifier une zone de forêt.

 Recours
- pas de pondération des intérêts en présence (cf. dérogation) ; une pondération des
intérêts sera faite si la question concerne une autorisation de défricher.
- analyse des caractéristiques forestières
- RDA
- renvoi de l’art. 46 LFo à l’art. 12 LPN (12 LPN permet aux organisations de
protection de l’environnement de recourir même si elles ne sont pas touchées par la
décision)

III.Le principe de la conservation des forêts

a) L’interdiction de défricher

 art. 3 LFo Conservation des forêts


« L’aire forestière ne doit pas être diminuée. »

 art. 4 LFo Définition du défrichement


« Par défrichement, on entend tout changement durable ou temporaire de l’affectation du sol
forestier.»

 art. 5 I LFo Interdiction de défricher, dérogations


1
Les défrichements sont interdits.

L’aire forestière s’accroît (notion dynamique de forêt) et une fois qu’elle s’est accrue, on ne
peut plus la diminuer. Les défrichements sont interdits. Un défrichement ne consiste pas à
couper un arbre mais à utiliser le sol constituant une forêt autrement de ce qu’on fait en forêt
(on aliène le sol forestier). Il ne faut donc pas se poser la question de savoir si on a ou non
coupé un arbre, mais si on utilise le sol forestier comme forêt ou pas.

b) L’autorisation exceptionnelle de défricher (art. 5 II, 6, 7, 8 et 9 LFo)

 art. 5 II LFo Interdiction de défricher, dérogations


2
Une autorisation peut être accordée à titre exceptionnel au requérant qui démontre que le
défrichement répond à des exigences primant l’intérêt à la conservation de la forêt à
condition que:
a. l’ouvrage pour lequel le défrichement est sollicité ne puisse être réalisé qu’à l’endroit
prévu;
b. l’ouvrage remplisse, du point de vue matériel, les conditions posées en matière
d’aménagement du territoire;
c. le défrichement ne présente pas de sérieux dangers pour l’environnement.
3
Ne sont pas considérés comme raisons importantes les motifs financiers, tels que le souhait
de tirer du sol le plus gros profit possible ou la volonté de se procurer du terrain bon marché
à des fins non forestières.
4
Les exigences de la protection de la nature et du paysage doivent être respectées.

45
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Protection de l’environnement

5
Les dérogations à l’interdiction de défricher doivent être limitées dans le temps.

L’art. 5 I LFo interdit de défricher, mais l’art. 5 II LFo ouvre un fenêtre qui permet, malgré
le principe de conservation des forêts et le principe de l’interdiction de défricher, d’obtenir à
titre exceptionnel une dérogation (une autorisation de défricher) soumise à des conditions très
strictes. On prend en compte les intérêts. L’ouvrage doit respecter les conditions posées en
matière d’AT (art. 1 et 3 LAT + 22 et 24 LAT). Les dérogations sont limitées dans le temps.

 Conditions
- intérêt public ou privé primant la conservation des forêts
- implantation positive : on est obligé de construire là ; il faut apporter la
démonstration avant de défricher, qu’on a cherché d’autres implantations ailleurs
qu’en forêt, mais qu’on n’a pas trouvé
- respect de l’aménagement du territoire
- respect de l’environnement
- respect de la protection de la nature et du paysage
- limitation dans le temps

Conséquences
- Principe : compensation en nature dans la même région
- Eventuellement : compensation en nature dans une autre région
- Eventuellement : compensation de protection de la nature et du paysage
- Taxe de compensation et compensation de la plus-value

Lorsqu’on obtient une autorisation de défricher, on doit fournir des compensations. On


autorise le défrichement dans le principe du respect des forêts : ce qu’on enlève quelque part.
on doit le remettre ailleurs. En principe, on doit replanter dans la même région, mais il est
aussi possible de replanter dans une autre région. Il y a une possibilité de compensation de
protection de la nature et du paysage : on ne reconstitue pas une forêt mais une allée de
chênes ou autre. Si on bénéficie de ce régime (dérogation), on doit payer la différence entre ce
qu’on aurait du payer pour compenser en nature et ce qu’on a effectivement payé.

 art. 6 I LFo : la compétence d’autoriser le défrichement découle de celle d’autoriser


l’ouvrage
- autorités fédérales : octroient la dérogation lorsque l’ouvrage exigeant le
défrichement relève de leur compétence (ex : aéroport, téléphérique, etc.)
- autorités cantonales : octroient la dérogation lorsque l’ouvrage exigeant le
défrichement relève de leur compétence

 art. 6 II LFo : obligation faite à l’autorité cantonale de consulter l’OFEFP


- lorsque la surface excède 5000 m2
- lorsque la surface est située sur le territoire de plusieurs cantons.

IV.La forêt et l’aménagement du territoire

a) La réserve de l’art. 18 III LAT

 art. 18 III LAT


« L’aire forestière est définie et protégée par la législation sur les forêts. »

46
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Protection de l’environnement

 Le rapport entre zone et aire forestière


- l’aire forestière n’est pas une zone d’affectation (art. 14 LAT)
- L’aire forestière peut être superposée à une zone de protection (art. 17 LAT)
- L’aire forestière ne peut pas être superposée à une zone à bâtir ou agricole (art. 15 et
16 LAT)

Il y a dans l’AT (qui est une compétence cantonale pour l’essentielle) des trous pour l’aire
forestière qui est réglée par la loi fédérale sur la protection des forêts. L’aire forestière n’est
pas strictu sensu une zone d’affectation. Cette pseudo-zone peut être superposée à une zone
de protection au sens de l’art. 17 LAT.

 L’articulation entre LFo et LAT


- l’aire forestière est un territoire inconstructible
- une construction ou installation nécessite, outre une autorisation de défricher, une
autorisation exceptionnelle selon l’art. 24 LAT, à moins d’être conforme.

b) Le forêt et les plans d’affectation (art. 12 et 13 LFo)

 art. 12 LFo Insertion des forêts dans les PA


« L’insertion de forêts dans une zone d’affectation est subordonnée à une autorisation de
défricher. »

 art. 13 LFo Délimitation des forêts par rapport à la zone à bâtir


1
Dans les zones à bâtir au sens de la loi fédérale du 22 juin 1979 sur l’aménagement du
territoire, les limites de forêts doivent être fixées sur la base de constatations de la nature
forestière ayant force de chose jugée, conformément à l’art. 10 de la présente loi.
2
Les nouveaux peuplements à l’extérieur de ces limites de forêts ne sont pas considérés
comme forêt.
3
Les limites de forêts doivent être soumises à une procédure en constatation de la nature
forestière conformément à l’art. 10 de la présente loi lorsque des biens-fonds sont sortis de la
zone à bâtir dans le cadre d’une révision du plan d’affectation.

cf art. 10 II LFo. La procédure en constatation de la nature forestière de la forêt a pour but


que la zone forestière n’empiète pas sur la ZB. On doit procéder d’office à la constatation de
la nature forestière. La notion dynamique de forêt ne s’applique pas aux abords des ZB grâce
à l’effet cumulé des art. 13 et 10 II LFo.

 Distance aux limites des forêts


On ne peut construire sur une parcelle qu’à une certaine distance de la forêt fixée par le droit
cantonal (police des constructions). Toute une tranche est considérée comme non constructible
et la surface où on ne peut pas construire ne compte pas dans le calcul des coefficients. On
considère que la distance aux forêts est une règle de droit cantonal de police des
constructions. Si on invoque la violation de cette limite on doit faire un RDP (car droit
cantonale autonome de police des constructions), cependant si on arrive à prouver que la
violation de la distance à la forêt nuit à la protection de la forêt, on peut faire un RDA.

47
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Protection de l’environnement

Les peuplements boisés sont protégés par les lois sur la protection des forêts mais aussi par
d’autres lois (protection de la nature et du patrimoine) et des règlements communaux (qui
empêchent de couper des arbres dont le diamètre est supérieur à X). Le but est de protéger les
arbres parce qu’ils sont beaux en tant qu’ornements. La conséquence est que si ces 3 critères
dont remplis (forêt, paysage et diamètre) sur un fonds, plusieurs lois s’appliquent en même
temps et on peut arriver à quelque chose de disproportionné.

c) La forêt et les autorisations de construire (art. 11 LFo et 14 OFo + 22 et 24 LAT)

 art. 11 LFo Défrichement et autorisation de construire


1
L’autorisation de défricher ne dispense pas son titulaire de demander l’autorisation de
construire prévue par la loi fédérale du 22 juin 1979 sur l’aménagement du territoire.
2
Lorsqu’un projet de construction exige aussi bien une autorisation de défrichement qu’une
autorisation exceptionnelle de construire en dehors de la zone à bâtir, cette dernière ne peut
être octroyée que d’entente avec l’autorité compétente selon l’art. 6.

Les 2 régimes juridiques, LAT et LFo se superposent, raison pour laquelle, pour construire en
forêt il faut obtenir à la fois une autorisation de bâtir et une autorisation de défricher. L’art. 14
OFo précise la portée de l’art. 11 II LFo. En ce qui concerne les constructions et installations
forestières en forêt, on entendra l’autorité forestière cantonale compétente (art. 22 LAT), alors
que pour ce qui est des dérogations, il faut carrément l’accord de l’autorité forestière
compétente (art. 24 LAT).

 art. 14 OFo Constructions et installations en forêt


1
Avant de délivrer une autorisation pour des constructions ou installations forestières en
forêt, au sens de l’art. 22 LAT1, on entendra l’autorité forestière cantonale compétente.
2
Des autorisations exceptionnelles pour construire en forêt de petites constructions ou
installations non forestières, au sens de l’art. 24 LAT, ne peuvent être délivrées qu’en accord
avec l’autorité forestière cantonale compétente.

AUTORISATION D’UNE CONSTRUCTION EN FORÊT

CONFORME : NON CONFORME:


destination forestière destination non forestière

Petites construction ou Constructions et Constructions et


installations installations pouvant installations nécessitant
(table, parcours sportif) faire l’objet de un PA spécial (gravière,
dérogation (antenne, décharge)
cabane)

Modification plan
d’affectation
Autorisation de
défricher

Autorisation de bâtir Autorisation de bâtir Autorisation de bâtir


ordinaire de l’art. 22 LAT dérogatoire art. 24 LAT dérogatoire art. 24 LAT
Préavis de l’autorité Accord autorité forestière Autorisation de défricher Autorisation de bâtir
forestière (arCt. 14 al. 2 OFo et art. Evt. autres autorisations à ordinaire de l’art. 22 LAT
(art. 14 al. 1 OFo) 16 LFo) coordonner

48
Autorisation de défricher non requise Autorisation de défricher requise
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Protection de l’environnement

Autorisation de construire en forêt :


- conforme : destination forestière → autorisation de bâtir ordinaire (22 LAT) et préavis
de l’autorité forestière (14 I LFo ; pas d’autorisation de défricher car lié à l’utilisation
ordinaire du sol).
- non conforme : destination non forestière
o petites constructions ou installations (tables, parcours sportif) → autorisation
dérogatoire 24 LAT et accord de l’autorisation forestière (14 II LFo/ 16 LFo)
o constructions et installations pouvant faire l’objet d’une dérogation (antenne,
cabane) → autorisation dérogatoire 24 LAT + autorisation de défricher (et
éventuellement autres autorisations de coordonner)
o constructions et installations nécessitant PA spécial (gravière, décharge) →
modification plan d’affectation + autorisation de défricher → autorisation de bâtir
ordinaire de 22 LAT.

Lorsqu’on vise quelque chose de non-conforme à la zone forestière, parfois, on ne peut pas
passer directement par les dérogations (art. 24ss LAT) mais il faut passer par une planification
spéciale qui crée une zone. Une autorisation dérogatoire ne permet pas de pondérer tous les
intérêts en présence.

Si on construit quelque chose qui est lié à l’affectation du sol de la zone forestière, on n’a pas
besoin d’autorisation de défricher.

C.L’ÉTUDE D’IMPACT SUR L’ENVIRONNEMENT


cf polycopié p. 75

Il y a eu diverses initiatives parlementaires pour modifier ce système, simplifier la procédure


et réduire le nombre d’installations sujettes à l’étude d’impact. Il y a une ordonnance sur
l’étude d’impact qui exécute l’art. 9 LPE.

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§13. La protection de la nature et du patrimoine


(et des eaux)
A.LA PROTECTION DE LA NATURE ET DU PATRIMOINE
I. Compétences et sources législatives

a) Le droit constitutionnel et le droit fédéral

 Art. 78 Cst Protection de la nature et du patrimoine


1
La protection de la nature et du patrimoine est du ressort des cantons.
2
Dans l’accomplissement de ses tâches, la Confédération prend en considération les objectifs
de la protection de la nature et du patrimoine. Elle ménage les paysages, la physionomie des
localités, les sites historiques et les monuments naturels et culturels; elle les conserve dans
leur intégralité si l’intérêt public l’exige.
3
Elle peut soutenir les efforts déployés afin de protéger la nature et le patrimoine et acquérir
ou sauvegarder, par voie de contrat ou d’expropriation, les objets présentant un intérêt
national.
4
Elle légifère sur la protection de la faune et de la flore et sur le maintien de leur milieu
naturel dans sa diversité. Elle protège les espèces menacées d’extinction.
5
Les marais et les sites marécageux d’une beauté particulière qui présentent un intérêt
national sont protégés. Il est interdit d’y aménager des installations ou d’en modifier le
terrain. Font exception les installations qui servent à la protection de ces espaces ou à la
poursuite de leur exploitation à des fins agricoles.

La Confédération a certaines compétences particulières.


- al. 2 : « la Confédération prend en considération les objectifs de la protection de la
nature et du patrimoine» : octroie certaines compétences particulières à la
Confédération dans des domaines particuliers ; cette législation ne s’applique pas
uniquement lorsque la Confédération fait des tâches, mais aussi lorsque les cantons
accomplissent des tâches fédérales.
- al. 3 : La Confédération peut exproprier lorsque ça présente un intérêt national, pour
venir en aide à un canton lorsqu’il n’est pas en mesure de le faire.
- al. 4 : La Confédération a la compétence pour prendre une législation exhaustive dans
ce domaine.
- al. 5 : cette disposition restreint la pondération des intérêts à laquelle on peut procéder
puisqu’on a une protection absolue en ce qui concerne les marais.

 art. 1 LPN But


Dans les limites de la compétence conférée à la Confédération par l’article 24sexies, al. 2 à 5,
de la constitution, la présente loi a pour but:
a. De ménager et de protéger l’aspect caractéristique du paysage et des localités, les sites
évocateurs du passé, les curiosités naturelles et les monuments du pays, et de promouvoir leur
conservation et leur entretien;

50
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Protection de l’environnement

b. De soutenir les cantons dans l’accomplissement de leurs tâches de protection de la nature,


de protection du paysage et de conservation des monuments historiques, et d’assurer la
collaboration avec eux;
c. De soutenir les efforts d’organisations qui oeuvrent en faveur de la protection de la nature,
de la protection du paysage ou de la conservation des monuments historiques;
d. de protéger la faune et la flore indigènes, ainsi que leur diversité biologique et leur habitat
naturel;
e. D’encourager l’enseignement et la recherche dans les domaines de la protection de la
nature, de la protection du paysage et de la conservation des monuments historiques, ainsi
que la formation et le perfectionnement de spécialistes.

Cette loi ne vaut que dans la compétence conférée à la Confédération.

 art. 3 et 78 I Cst
La compétence de principe appartient aux cantons.

 art. 78 IIss Cst


La Confédération possède toutefois diverses compétences :
- accomplissement de tâches fédérales
- acquisition ou sauvegarde par voie de contrat ou d’expropriation
- faune, flore et leur milieu naturel ainsi que les espèces menacées
- marais et sites marécageux d’une beauté particulière

b) Le droit cantonal
Tous les cantons disposent d’une loi sur la protection du patrimoine et du paysage puisqu’ils
sont compétents en la matière. Les premières datent des années 20, elles ont été révisées dans
les années 60. Dans la plupart des cantons, ça a été révisé dans les années 90.
Dans le canton de Fribourg, on a une loi sur la protection des biens culturels et un règlement
d’application, mais on a également des dispositions de protection de la nature et du paysage
dans la LATeC. Pour ce qui concerne les biens immobiliers, c’est la LATeC qui est applicable.
Alors que les biens mobiliers sont soumis à la loi sur la protection des biens culturels.

Loi fribourgeoise sur la protection des biens culturel


 art. 1 Objet
La présente loi énonce les règles relatives à la protection des biens culturels, sauf celles qui
relèvent de l’aménagement du territoire et de la police des constructions.

 art. 2 Bien culturel protégé


L’expression bien culturel protégé désigne tout bien culturel mis sous protection
conformément à la présente loi ou à la législation sur l’aménagement du territoire et la
police des constructions. (renvoi à la LATeC)

 art. 20 Procédure
a) Immeubles
Les biens culturels immeubles sont mis sous protection par les instruments et selon les
procédures de la législation sur l’aménagement du territoire et les constructions. (renvoi à la
LATeC)

51
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c) Le droit international (pro memoria)

En matière de protection du patrimoine, il y a de nombreuses conventions internationales,


dont notamment celle concernant la protection des monuments historiques en cas de guerre.

II. La protection en général

a) Généralités

 L’absence d’harmonisation à l’échelle suisse


La répartition des compétences en matière de protection de la nature et du patrimoine conduit
à une grande diversité d’un canton à l’autre. Les cantons font ce qu’ils veulent. Les
communes ont parfois aussi des règlements. Il y a donc de nombreux instruments de
protection. Cette situation est née lors de l’adoption de la LPN (1966).

Puis est entrée en vigueur la LAT qui a eu un impact harmonisateur dans ce domaine
puisqu’elle a imposé l’art. 17 LAT (zones protégées) qui contraint les cantons à se soucier de
la protection de la nature. La LAT a fait de la protection de la nature et du patrimoine un but et
un principe de l’aménagement du territoire. La LAT désigne les principaux objets mis sous
protection.

 Le rôle harmonisateur de l’art. 17 LAT


- érige la protection de la nature et du patrimoine en but et en principe de
l’aménagement du territoire (art. 1 et 3 LAT)
- institue le plan comme outil de protection
- désigne les principaux objets à protéger

 L’unification en matière de protection des biotopes


Dans les années 80-90, renforcement des biotopes (compétence fédérale et donc situation
unifiée).

b) Les objets de protection

 art. 17 LAT Zones à protéger


1
Les zones à protéger comprennent:
a. Les cours d’eau, les lacs et leurs rives;
b. Les paysages d’une beauté particulière, d’un grand intérêt pour les sciences naturelles
ou d’une grande valeur en tant qu’éléments du patrimoine culturel;
c. Les localités typiques, les lieux historiques, les monuments naturels ou culturels;
d. Les biotopes des animaux et des plantes dignes d’être protégés.
2
(…).

En AT, il y a des zones et ces zones doivent porter sur certaines choses particulières (caractère
contraignant). Pour construire dans une zone à protéger, il faudra une autorisation dérogatoire.
 lit.b : vise les paysages naturels, qui sont là par la nature (vallées, montagnes, etc.),
mais aussi les paysages culturels, qui ont été aménagés par la main de l’homme (vignes,
etc). Problème si on ne protège que le paysage naturel parce qu’on freine le paysage
culturel qui peut parfois être même plus beau.

52
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Protection de l’environnement

 lit.c : longtemps, on ne protégeait que les immeubles isolés, puis on s’est mis à protéger
des rues, des places, des façades sur l’ensemble d’une rue. On protège un ensemble
architectural. On préserve l’image, la façade mais pas la substance. On ne construit plus
de la même manière qu’au 19e siècle mais en conservant le même aspect (protection de
la rue des bouchers dont on a dû refaire les maisons en béton parce qu’elles étaient
pourries). Un bel arbre peut aussi faire l’objet d’une protection. On est passé d’une
protection des monument à la protection d’un ensemble architectural, d’une protection
des objets extraordinaires à une protection des objets ordinaires mais représentatifs
d’une époque ; d’une protection des objets artistiques à une protection des objets
techniques. Il faut distinguer les objets de protection nationale des objets de protection
cantonale.
 lit.d : n’a plus qu’une portée déclarative. C’est la Confédération qui est compétente et
qui a édicté une loi en la matière.

c) Les instruments de protection

 art. 17 LAT Zones à protéger


1
(…)
2
Au lieu de délimiter des zones à protéger, le droit cantonal peut prescrire d’autres mesures
adéquates.

Du point de vue matériel


 description de l’objet mis sous protection : telle maison, tel étage, tel quartier, etc.
 désignation du but de la mise sous protection: qu’est-ce qu’on veut atteindre par cette
protection ?
- conserver l’objet dans son état actuel
- revenir à l’état antérieur
- contrôler son évolution au fil du temps

 recensement des dangers menaçant l’objet sous protection


 détermination des mesures de protection : qu’est-ce que ça aura concrètement comme
portée sur le propriétaire de l’objet ?
- interdiction ou restriction de construction et/ou d’utilisation
- obligation de faire (non seulement il faut conserver, mais il faut rénover). Les subventions ne
couvrent pas l’ensemble des coûts.
- obligation de tolérer ou de s’abstenir (on ne peut pas se prévaloir des droit du CC)

Art. 17 I LAT : zone comme instrument principal de protection


Art. 17 II LAT : réserve pour les autres instruments de protection de droit cantonal

Du point de vue formel


 Les zones de protection (art. 17 I LAT)
- plan général ou spécial
- zone séparée (vraie zone distincte des autres) ou zone superposée (on dit que dans
telle portion d’une autre zone, la restriction de zone à protéger s’applique en plus).

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Protection de l’environnement

 Les autres instruments (art. 17 II LAT)


- inventaire et recensements (pas d’effet juridique mais purement informatif ; sert
aux autorités et aux administrés qu’une mesure de classement soit possible). La
terminologie est très variable d’un endroit à l’autre)
- ordonnances de protection (on protège une catégorie d’objets sans les désigner par
un plan, mais l’autorité communale ou cantonale dresse une liste. ex : protection des
rives)
- décision de protection ou de classement (par une décision administrative, on classe
un objet)
- convention de protection (contrat de droit administratif que l’autorité passe avec le
propriétaire pour régler les modalités d’une protection à venir + subventions)
- expropriation formelle (mesure la plus incisive, parce que le propriétaire n’est pas
capable de s’en occuper)

d) Les effets de la mise sous protection

La protection a pour effet que l’objet en question est assujetti à une autorisation préalable. La
plupart du temps l’autorisation résulte déjà d’une autre législation applicable. Il faut donc une
autorisation d’une autorité supplémentaire. Les obligations s’additionnent → attention au
respect du principe de coordination (25a LAT)

 En vertu d’une autre législation applicable


- art. 22 et 24 LAT
- art. 5 LFo
- art. 30e LPE
- art. 29 LEaux
ET principe de coordination de l’art. 25a LAT

Il y a des cas rares ou l’autorisation ne nécessite pas d’autorisation d’une autre législation. Les
cantons doivent donc prévoir une procédure spécifique :

 Selon une procédure d’autorisation spécifique


- cf. législation ad hoc
- p. ex : abattage d’arbres pas qualifiés de « forêt ». pas besoin d’une autorisation de
construire et il ne s’agit pas de protection de la forêt par la LFo, mais le droit
cantonal prévoit que tout arbre dépassant un certain diamètre est protégé.

 Conditions imposées par les autres législations


- conditions générales (en particulier art. 16 et 24 LAT)
- conditions spéciales (en particulier clauses d’esthétique : on peut construire à
condition que ça s’harmonise avec l’environnement)

 Conditions propres à la législation sur la protection de la nature et du patrimoine


(art. 78 II Cst et 3 LPN)
- principe de la préservation de l’intégrité : ne signifie pas qu’on ne peut pas
construire, mais que quand on modifie, on doit maintenir les qualités qui ont justifié

54
Droit administratif spécial (cours) SH 2005-2006 Virginie Sonney
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son classement. Ce principe s’impose lorsque l’intégrité est telle qu’il est nécessaire
de la protéger.
- principe du ménagement de l’aspect caractéristique : ce principe intervient avant et
après la préservation de l’intégrité. Il faut ménager, même quand l’objet n’est pas à
ce point important qu’il faille en préserver l’intégrité
- principe des mesures de remplacement : on peut être amené à remplacer ce qu’on
détruit (ça vaut pour les forêts mais aussi en matière de protection des monuments).
art. 6 I i.f. LPN et les cantons le prévoient dans leur législation.

2 grandes distinctions :
- si n’affecte pas les buts de la mise sous protection → octroi de l’autorisation
- si affecte les buts de la mise sous protection (il faut faire toute une procédure)

AUTORISATION DE L’ATTEINTE A
L’OBJET PROTEGE ?

N’affecte pas les buts de la mise de Affecte les buts de la mise sous
la protection protection

Atteinte mineure ne dérogeant pas au principe de Atteinte dérogeant au principe de la préservation


la préservation de l’intégrité de l’intégrité

Objet d’ importance régionale ou


locale Objet d’ importance nationale

Nature, paysages et
Biotopes en général Marais en particulier
monument

Intérêt Intérêt Intérêt public


public ou privé équivalent / supérieur, prépondérant Pas d’entorse à la
prépondérant d’importance nationale d’importance nationale préservation de l’intégrité

Principe du
ménagement

REFUS de
OCTROI de L’AUTORISATION
l’AUTORISATION

III.La protection en droit fédéral

a) Le système des art. 2 à 12b LPN

 Art. 2 LPN Accomplissement de tâches de la Confédération


Ces règles ne s’appliquent que lorsqu’il s’agit de l’application d’une tâche fédérale

 Art. 3 LPN Devoirs de la Confédération et des cantons


1
Les autorités, services, instituts et établissements fédéraux ainsi que les cantons doivent,
dans l’accomplissement des tâches de la Confédération, prendre soin de ménager l’aspect

55
Droit administratif spécial (cours) SH 2005-2006 Virginie Sonney
Protection de l’environnement

caractéristique du paysage et des localités, les sites évocateurs du passé, les curiosités
naturelles et les monuments historiques et, lorsque l’intérêt général prévaut, d’en préserver
l’intégrité.
2
Ils s’acquittent de ce devoir:
a. En construisant et en entretenant de manière appropriée leurs propres bâtiments et
installations ou en renonçant à construire (art. 2, let. a);
b. En attachant des charges ou des conditions aux autorisations et aux concessions, ou en
refusant celles-ci (art. 2, let. b);
c. En n’allouant des subventions que sous conditions ou en refusant d’en allouer (art. 2,
let. c).
3
Ce devoir existe quelle que soit l’importance de l’objet au sens de l’art. 4. Une mesure ne
doit cependant pas aller au-delà de ce qu’exige la protection de l’objet et de ses environs.
4
(…)

Tant les autorités fédérales que les cantons sont concernés. Ils ne sont concernés que lorsque
ça concerne l’accomplissement de tâches fédérales.

 Art. 4 LPN Catégories d’objets


S’agissant des paysages et des localités caractéristiques, des sites évocateurs du passé, des
curiosités naturelles ou des monuments selon l’art. 24sexies, al. 2, de la constitution, il faut
distinguer:
a. Les objets d’importance nationale;
b. Les objets d’importance régionale et locale.

Le devoir de ménager et de préserver l’intégrité de l’art. 3 LPN existe quelle que soit
l’importance de l’objet (nationale/ cantonale) (art. 4 LPN), mais les objets d’importance
nationale bénéficient d’une protection accrue. La désignation des objets d’importance
nationale relève de la Confédération (art. 5 LPN). La désignation des objets d’importance
régionale et locale incombe aux cantons mais les cantons tout comme la Confédération
doivent les ménager.

 Art. 5 LPN Inventaires fédéraux d’objets d’importance nationale


1
Le Conseil fédéral établit, après avoir pris l’avis des cantons, des inventaires d’objets
d’importance nationale; il peut se fonder à cet effet sur des inventaires dressés par des
institutions d’Etat ou par des organisations oeuvrant en faveur de la protection de la nature,
de la protection du paysage ou de la conservation des monuments historiques. Les critères
qui ont déterminé le choix des objets seront indiqués dans les inventaires. En outre, ceux-ci
contiendront au minimum:
a. La description exacte des objets;
b. Les raisons leur conférant une importance nationale;
c. Les dangers qui peuvent les menacer;
d. Les mesures de protection déjà prises;
e. La protection à assurer;
f. Les propositions d’amélioration.
2
Les inventaires ne sont pas exhaustifs. Ils seront régulièrement réexaminés et mis à jour; le
Conseil fédéral décide de l’inscription, de la modification ou de la radiation d’objets, après
avoir pris l’avis des cantons. Les cantons peuvent, de leur propre chef, proposer un nouvel
examen.

56
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Protection de l’environnement

Ces inventaires ne sont pas exhaustifs. On ne peut pas déduire du fait qu’un objet n’est pas à
l’inventaire qu’il n’est pas protégé. On peut très bien le protéger lors d’une procédure
d’autorisation de construire. L’inventaire n’a qu’une portée informative.
Il y a 2 même 3 inventaires :

 art. 1 Ordonnance concernant l’inventaire fédéral des paysages, sites et monuments


naturels (OIFP)
L’inventaire fédéral des paysages, sites et monuments naturels d’importance nationale (IFP),
au sens de l’art. 5 LPN, comprend les objets énumérés dans l’annexe.
Ex : colline du Vuilly

 art. 1 Ordonnance concernant l’inventaire fédéral des sites construits à protéger


(OISOS)
L’inventaire fédéral des sites construits d’importance nationale à protéger en Suisse (ISOS),
au sens de l’art. 5 LPN, comprend les objets énumérés dans l’annexe.
Ex : Fribourg en tant que ville historique.

Bientôt : inventaire des voies de communication historiques

Ces ordonnances contiennent des annexes qui recensent les objets de protection. Ces
ordonnances ont, matériellement la portée des plans sectoriels de la Confédération. Elles ont
ainsi une portée normative pour les cantons.

Quelle est la portée de cette mise à l’inventaire ?

 Art. 6 LPN Importance de l’inventaire (disposition phare)


1
L’inscription d’un objet d’importance nationale dans un inventaire fédéral indique que
l’objet mérite spécialement d’être conservé intact ou en tout cas d’être ménagé le plus
possible, y compris au moyen de mesures de reconstitution ou de remplacement adéquates.
2
Lorsqu’il s’agit de l’accomplissement d’une tâche de la Confédération, la règle suivant
laquelle un objet doit être conservé intact dans les conditions fixées par l’inventaire ne
souffre d’exception, que si des intérêts équivalents ou supérieurs, d’importance nationale
également, s’opposent à cette conservation.

b) La notion d’ « accomplissement d’une tâche fédérale »

 Art. 2 LPN Accomplissement de tâches de la Confédération


1
Par accomplissement d’une tâche de la Confédération au sens de l’art. 24sexies, al. 2, de la
constitution, il faut entendre notamment:
a. L’élaboration de projets, la construction et la modification d’ouvrages et d’installations
par la Confédération, ses instituts et ses établissements, par exemple les bâtiments et
les installations de l’administration fédérale, les routes nationales, les bâtiments et
installations des Chemins de fer fédéraux;
b. L’octroi de concessions et d’autorisations, par exemple pour la construction et
l’exploitation d’installations de transport et de communications (y compris
l’approbation des plans), d’ouvrages et d’installations servant au transport d’énergie,

57
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Protection de l’environnement

de liquides ou de gaz, ou à la transmission de messages, ainsi que l’octroi


d’autorisation de défrichements;
c. L’allocation de subventions pour des mesures de planification, pour des installations et
des ouvrages, tels que les améliorations foncières, l’assainissement de bâtiments
agricoles, les corrections de cours d’eau, les installations de protection des eaux et les
installations de communications.
2
Les décisions des autorités cantonales concernant les projets qui, selon toute vraisemblance,
ne seront réalisés qu’avec les subventions visées à l’al. 1, let. c, sont assimilées à
l’accomplissement de tâches de la Confédération.

On parle de tâche fédérale, lorsque la Confédération elle-même élabore des projets, la


construction et la modification d’ouvrages, octroie des concessions et autorisations ou alloue
des subventions. Ne fait pas partie de la définition de tâche fédérale, la question de savoir si
c’es la Confédération qui agit ou pas.

 L’importance de la notion
- application des art. 3ss LPN
- recours des organisations au sens de l’art. 12 LPN

 Les éléments de la définition (déduits de la jurisprudence)


- situation juridique fondée sur le droit fédéral
- activité administrative ayant des effets sur la nature ou le paysage
- activité administrative portant sur une certaine portion du territoire

 L’acte peut ne pas émaner d’une autorité fédérale


- organe fédéral agissant comme une entité privée
- promoteur privé d’un projet autorisé, concessionné ou subventionné
- cantons (ou communes) lorsque le droit fédéral les charge de tâches de la
Confédération (LFo et LEaux, éventuellement LAT et LPN)

Le critère de l’autorité dont émane l’acte n’est pas un critère pertinent car il se peut très bien
que la Confédération agisse comme un privé et on a donc pas affaire à une tâche fédérale. En
revanche, on peut avoir affaire à un privé qui accomplit une tâche fédérale.

Il y a « tâche fédérale » dans les cas suivants :


- dérogation hors de la zone à bâtir (art. 24 LAT)
- autorisation de déficher (art. 5 LFO)
- décisions et plans de protection des eaux souterraines (LEaux)
- par exception : élaboration d’un PA englobant un objet que le droit fédéral impose de
protéger (biotopes, forêt, mais pas un objet figurant à l’inventaire IFP ou ISOS)

Il n’y a pas de « tâche fédérale » dans les cas suivants :


- autorisation conforme à la zone à bâtir (art. 22 LAT)
- en principe : élaboration d’un PA fondé sur la LAT (même s’il prévoit une zone de
protection au sens de l’art. 17 LAT, même s’il inclut un objet figurant dans un
inventaire fédéral car ça ne suffit pas pour en faire une tâche fédérale)

B. LA PROTECTION DES EAUX (RENVOI)

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cf polycopié BENEFRI

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Protection de l’environnement

§14. Les expropriations


A.GÉNÉRALITÉS
I. La garantie de la propriété

 art. 26 Cst Garantie de la propriété


1
La propriété est garantie.
2
Une pleine indemnité est due en cas d’expropriation ou de restriction de la propriété qui
équivaut à une expropriation.

La propriété est un droit fondamental protégé par la constitution. De ce fait, une indemnité est
due en cas d’expropriation. L’art. 26 II Cst vise l’expropriation formelle et matérielle.

 art. 5 LAT Compensation et indemnisation


1
Le droit cantonal établit un régime de compensation permettant de tenir compte
équitablement des avantages et des inconvénients majeurs qui résultent de mesures
d’aménagement.
2
Une juste indemnité est accordée lorsque des mesures d’aménagement apportent au droit de
propriété des restrictions équivalant à une expropriation.
3
Les cantons peuvent prescrire la mention au registre foncier du versement d’indemnités dues
par suite de restrictions au droit de propriété.

L’art. 5 II LAT n’impose qu’une juste indemnité alors que l’art. 26 Cst prévoit une pleine
indemnité. L’expropriation n’a pas seulement lieu en matière d’aménagement du territoire
mais peut aussi avoir lieu lors d’une mesure de protection d’un monument historique par
exemple.

II. Les divers types d’expropriation

a) l’expropriation formelle
• Un droit privé passe de l’exproprié à l’expropriant
• Une loi sur l’expropriation s’applique en vue d’acquérir par une procédure formelle les
droits nécessaires à la réalisation d’une installation publique

b) l’expropriation matérielle
• Un droit privé restant à l’exproprié est supprimé ou restreint, mais il ne passe pas à
l’expropriant
• La restriction ou la suppression du droit privé est déjà survenue en application d’une loi
ou d’un plan, de sorte qu’il se pose la question du principe et de la quotité d’une
indemnisation

 Expropriation formelle
- acte de puissance publique par lequel l’Etat ou son délégataire
- acquiert ou impose à son profit un droit patrimonial

60
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Protection de l’environnement

- en vue de réaliser une entreprise à caractère public


- selon une procédure fixée par la loi
- moyennant le paiement d’une indemnité pleine et entière

 Expropriation matérielle
- l’usage actuel ou prévisible d’une chose est interdit ou restreint de manière
particulièrement grave, de sorte que l’intéressé se trouve privé d’un attribut essentiel
de son droit de propriété
- une atteinte moins grave frappe un propriétaire d’une manière telle que, s’il n’était
pas indemnisé, il devrait supporter un sacrifice en faveur de la collectivité
incompatible avec l’égalité de traitement

c) L’expropriation (formelle) des droits du voisinage

 Les droits du voisinage


- art. 679 et art. 684 CC
- droits découlant de la propriété foncière et donnant à leurs titulaires la faculté de se
défendre contre les immissions excessives des voisins

 Expropriation des droits du voisinage


Constitution forcée d’une servitude foncière ayant pour contenu l’obligation de tolérer les
immissions excessives
- inévitables
- provenant de l’exploitation d’une installation
- publique ou concessionnée
- appartenant au patrimoine administratif ou au domaine public
La protection contre les immissions dérivant des art. 679 et 684 CC ne peut pas être invoquée
lorsque le voisin est l’Etat. Celui-ci peut nous exproprier de ces droits (concrètement, ça
consiste à les acheter).

B. L’EXPROPRIATION FORMELLE
I. Le droit applicable

L’expropriation doit avoir lieu sur la base d’une loi, cette loi peut être fédérale ou cantonale.

a) L’application du droit fédéral (art. 1 LEx)


Expropriation prononcée par la Confédération ou un tiers délégataire en vue de travaux dans
l’intérêt de la Confédération, d’une partie considérable du pays ou d’autres buts d’intérêt
public reconnus par une loi fédérale.

b) L’application du droit cantonal


• Expropriation prononcée par le canton ou un tiers délégataire en vue de travaux
d’intérêt public cantonal, régional ou local
• Expropriation prononcée sur la base d’une loi fédérale imposant l’application de droit
cantonal ou excluant l’application du droit fédéral

61
Droit administratif spécial (cours) SH 2005-2006 Virginie Sonney
Protection de l’environnement

 L’application concurrente du droit fédéral et cantonal


Il se peut que dans une situation donnée, le droit cantonal et le droit fédéral soient tous deux
applicables. Tous deux ont pour but d’exproprie l’administré. Dans ce cas, ce n’est pas
l’administré qui choisit quel droit on va appliquer, mais l’autorité.

II. Les conditions d’expropriation

a) La base légale
- LEx
- Lois spéciales

b) L’intérêt public (à l’exclusion de l’intérêt fiscal)


• cf. art. 1 I LEx et art. 138 LATeC (définit les installations qui sont d’intérêt public et
donc les cas dans lesquels on peut exproprier)
• Entreprise titulaire du droit d’expropriation (il doit s’agit d’une entreprise servant un
intérêt public)
• Travaux justifiant l’expropriation (les travaux doivent aussi être d’intérêt public)

c) La proportionnalité
• cf. art. 1 II LEx
• Expropriation apte, nécessaire et raisonnable au vu de l’ensemble des circonstances

III.Les cas d’expropriation

a) Les objets d’expropriation (art. 5 LEx)


 Droits réels immobiliers
- propriété
- droits réels limités
 Droits personnels
- locataires
- fermiers
- etc.
 Droits du voisinage

b) les titulaires du droit d’exproprier


Les titulaires du droit d’exproprier peuvent être la Confédération, les cantons et les communes
mais aussi des privés agissant dans l’intérêt public (construction d’un barrage). Dans ce cas il
faut une délégation du droit d’exproprier.

IV.L’indemnisation (principe et calcul)

Le principe est celui de la pleine indemnisation (cf. art. 26 II Cst). En principe cette
indemnisation se fait sous forme d’un capital. Il se peut qu’elle soit faite en nature. On admet
les rentes dans des cas très particuliers. Cette indemnisation couvre 3 postes qui sont recensés
à l’art. 19 LEx.

62
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a) La pleine valeur vénale


• Prix de vente qui aurait objectivement pu être obtenu au jour déterminant par une
aliénation de nature privée
• Selon la méthode statistique, fondée sur le rendement ou rétrospective (déductive)

b) La moins-value en cas d’expropriation partielle

Expropriation partielle : on impose à un fonds une servitude servante. L’expropriation des


droits du voisinage est un cas d’expropriation partielle. Dans ces cas, il faut se soucier :
- Moins-value de la partie restante (réduction des possibilités d’utilisation, augmentation
des coûts de construction)
- Perte ou diminution des avantages de la partie restante (« perte de l’écran protecteur »)
(ex : parc qui protégeait un château de la voie de chemins de fer et on exproprie la
personne du parc)

c) Les autres préjudices


• Dépenses rendues inutiles ou nécessaires par l’expropriation
• Perte de revenus voire gain manqué

V. La procédure d’expropriation (survol)

La procédure fédérale ordinaires (cf. tableau n°31)

 Approbation des plans

 Procédure d’expropriation préalable (principe et étendue)


- Plan d’expropriation et tableau des droits expropriés
- Piquetage et gabarits
- Mise à l’enquête publique
- Ban d’expropriation
- Oppositions et prétentions
- Audience de conciliation
- Décision et recours par la voie du RDA (art. 99c OJ)

 Procédure d’estimation (montant de l’indemnisation)


- Décision et recours par la voie du RDA (art. 77 et 116 LEx)
- Tableau de distribution

Principe de coordination : une autorité unique traite de toutes les décisions. La commission
d’estimation ne traite plus que de la procédure d’estimation de la valeur de l’objet exproprié.

C.L’EXPROPRIATION FORMELLE DES DROITS DU VOISINAGE


I. Le droit applicable

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II. Les conditions d’indemnisation

cf. tableau n°32

a) La gravité
• Diminution significative de la valeur d’un immeuble
• En fonction des conditions d’habitation ou d’utilisation
• Diminution supérieure à 15% voire 20%

b) La spécialité
• Immissions d’une intensité qui dépasse ce qui est usuel et tolérable
• Immissions supérieures à VLI (OPB, ORNI, etc.)
• Caveat: Quid durant le délai d’assainissement?

Lien entre le domaine de l’expropriation et celui de la protection de l’environnement. Si on


est en dessous des VLI, il n’y a pas de place pour l’expropriation. C’est uniquement lorsque
les VLI sont dépassées qu’on est en présence d’une atteinte particulièrement grave pour
laquelle une expropriation est nécessaire. Certains auteurs admettent que, même si les VLI
sont ne sont pas dépassées, on peut intenter les actions du droit du voisinage et donc qu’il doit
tout de même y avoir expropriation.
Avant, le TF admettait qu’il ne pouvait pas y avoir expropriation durant le délai
d’assainissement parce qu’on ne sait pas encore, avant la fin de l’assainissement, si les VLI
seront finalement respectées ou pas. Maintenant, le TF a nuancé sa jurisprudence et autorise
parfois les expropriations aussi durant le délai d’assainissement.

c) L’imprévisibilité
• Selon l’appréciation d’un citoyen moyen au jour de l’acquisition
• En matière d’aviation, acquisition antérieure au 1er janvier 1961

ex : si une personne achète un immeuble alors que la construction d’un aéroport était prévue,
elle ne peut pas ensuite demander l’expropriation. Lorsque que c’est prévisible (on savait
qu’un aéroport allait être construit et que ça ferait du bruit), ce fait a certainement été pris en
compte lors de la vente du terrain, et l’acheteur a donc profiter d’une baisse du prix du terrain.
Si ce n’est pas le cas (s’il a payé le prix plein), tant pis pour lui, il fallait y penser avant. cf.
arrêt Jeanneret

III.Les cas particuliers en matière d’aviation

a) L’expropriation pour survol


• Intrusion d’avions dans l’espace aérien d’un fonds
• 75 m OUI mais 600 m NON
• Sans égard à la question de la prévisibilité

64
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On admet une indemnisation pour le survol indépendamment du bruit. Lorsqu’un avion


survole notre immeuble à une certaine altitude, il s’agit d’une usurpation. On peut se prévaloir
d’une indemnisation même s’il n’y a pas de bruit et même si c’était prévisible.

b) La pose de fenêtres antibruit


• Les fenêtres antibruit comme mesure de réparation en nature
• Réduit l’importance de l’expropriation des droits du voisinage
• N’exclut pas l’application de l’expropriation des droits du voisinage

Comment se combine les 2 régimes de l’expropriation et de l’ordonnance contre le bruit ?


L’expropriation se fait en général en capital alors que le régime de l’OPB prévoit une
réparation en nature (pose de fenêtre antibruit). En matière de bruit, l’expropriation formelle
des droits du voisinage va être réduite en importance parce qu’on va appliquer le régime de
l’OPB (pose de fenêtres antibruit), mais les 2 régimes ne s’excluent pas. Il est tout à fait
possible d’avoir à la fois les fenêtres antibruit et une indemnisation en capital pour
l’expropriation des droits du voisinage. En effet, la pose de fenêtres antibruit est une mesure
qui est limitée et qui ne compense pas forcément l’expropriation.

D.L’EXPROPRIATION MATÉRIELLE
I. Les deux cas d’expropriation matérielle (dégagés par le TF)

a) L’atteinte particulièrement grave

« L’usage actuel d'une chose ou son usage futur prévisible est interdit ou restreint de manière
particulièrement grave, de sorte que l'intéressé se trouve privé d'un attribut essentiel de son
droit de propriété »

b) Le sacrifice particulier

« L'usage actuel d'une chose ou son usage prévisible est restreint dans une moindre mesure,
mais elle frappe un ou plusieurs propriétaires de manière telle que, s'il n'était pas indemnisé, il
devrait supporter un sacrifice par trop considérable en faveur de la collectivité, incompatible
avec le principe de l'égalité de traitement »

II. L’atteinte à un usage légal actuel ou prévisible d’un bien


immobilier

a) L’usage actuel ou prévisible

 Atteinte à l’usage légal d’un bien immobilier


- Actuel
- Prévisible: celui auquel l’immeuble aurait très probablement été affecté dans un
proche avenir, s’il n’avait pas été touché par la mesure d’aménagement

65
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b) Les facteurs juridiques et factuels

 Facteurs juridiques
- AT, PE, police des constructions
- La garantie de la propriété n’inclut pas celle de constructibilité (la garantie de la
propriété ne protège pas contre le changement)
- NON si nécessite modification du droit, autorisation dérogatoire, autorisation de
défricher, etc

 Facteurs factuels
- Aménagement, équipement, planification
- Intention de construire

III.Les atteintes motivées par des intérêts de police

 Mesures de police au sens strict (danger individuel, concret)

PR: pas d’indemnisation


p. ex. interdiction de construire en zone d’avalanche
p. ex. mesure de protection des eaux souterraines
p. ex. construction en zones affectée par le bruit

Le TF a dégagé 3 exceptions :
EX: 1. Mesure visant une utilisation licite existante
2. Mesure mixte où l’intérêt de police ne prévaut pas
3. Mesure corrigeant une erreur d’aménagement

 Mesures de police au sens large (danger général, abstrait)


On vise à protéger les intérêts de police mais le danger n’est pas individuel et concret. Dans
ce cas il doit y avoir indemnisation, car ce n’est pas uniquement la personne visée par la
mesure qu’on cherche à protéger

Nouveau critère établi par la doctrine : Si la mesure vise à protéger le titulaire qui se prévaut
de l’expropriation, alors il n’y a pas d’indemnisation. Alors que si la mesure vise à protéger la
collectivité, il y a indemnisation.

IV.Les principaux cas d’expropriation matérielle

a) La démarcation entre terrain à bâtir et non à bâtir

 Le déclassement (« Auszonung »)
Un terrain formellement classé dans une zone à bâtir conforme aux exigences matérielles de
la LAT est frappé d’une interdiction de construire par une mesure de planification qui affecte
ce terrain à une zone non constructible
Expropriation matérielle selon la probabilité que le fonds ait été construit à brève échéance
(facteurs juridiques et factuels)

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 Le refus de classer ou non classement (« Nicht-Einzonung »)


Un terrain n’est pas attribué à la zone à bâtir lors de l’adoption du premier plan d’affectation
conforme aux exigences de la LAT, alors que la réglementation précédente en faisait un
terrain constructible
PR Pas d’expropriation matérielle
EX 1. le terrain était prêt pour la construction, ou
2. le terrain se situe en région largement bâtie, ou
3. le terrain aurait dû être constructible en vertu d’une promesse

Le droit des promesses bénéficie de la garantie de la propriété. Il faut donc dans ce cas,
exproprier la promesse.

b) La restriction des possibilités de construire en zone à bâtir

 La réduction des possibilités de construire (« Abzonung »)


- Réduction horizontale, verticale ou d’indice (indice d’utilisation et taux
d’occupation)
- Interdiction partielle ou provisoire de construire
- Mesures de protection du patrimoine historique

PR Pas d’expropriation matérielle, pour autant que


1. la restriction reste dans une certaine mesure
2. la propriété se prête encore à une «bonne exploitation économique»
conformément à sa destination et au droit en vigueur (quel est le rendement
économique que je peux encore tirer de la mesure)

EX Le TF a admis des exceptions (rares) par le passé

 Le changement d’une zone à bâtir à une autre (« Umzonung »)


L’atteinte n’est souvent pas suffisamment importante pour constituer un cas d’expropriation
matérielle, car le rendement économique subsistant est acceptable.

La garantie de la propriété nous protège, mais elle ne nous protège pas contre le changement.

V. L’indemnisation (principe et calcul)

Principe de la pleine indemnité (idem qu’en matière d’expropriation formelle). On


indemnise :
- À la valeur vénale
- La moins value subie par le fonds. Cette moins value est calculée selon la méthode de la
différence. On se fonde sur les prix du marché.
- Inconvénients : il y a une diminution involontaire du patrimoine qui résulte de
l’expropriation mais qui n’est pas compensée par l’indemnisation de moins value (ex :
frais exposés pour des plans d’architecte).
- On peut se fonder sur le respect des promesses pour se prévaloir d’une autre
indemnisation
- Le gain manqué et les espérances de revenus ne sont pas prises en considération.

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Droit administratif spécial (cours) SH 2005-2006 Virginie Sonney
Protection de l’environnement

- Dans la jurisprudence, on a tendance à ne donner qu’une petite indemnité en se disant


que ce n’est pas si grave. Ça ne marche pas en droit. Si la mesure est suffisamment
grave pour qu’il y ait expropriation, alors il faut une pleine indemnisation (cf. art. 26 II
Cst.)

IV.La procédure (survol)

Dualisme entre les questions qui se rapportent à la mesure expropriative et ce qui relève du
montant de l’indemnité.

Les questions qui se rapportent à la mesure expropriative ont lieu en fonction du droit
cantonal applicable. Alors que les questions relatives au montant de l’indemnité ont lieu
devant la commission d’estimation. On n’a pas besoin de s’être opposé à la mesure pour faire
valoir une indemnité.

Il faut que la mesure soit licite et proportionnée pour qu’on puisse demander une
indemnisation. Si la mesure est illicite, alors on peut carrément s’opposer à la mesure elle-
même car elle ne doit pas être prise (si la mesure n’est pas prise, alors pas d’indemnisation).

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