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OCTAVE MIRBEAU Grace A ltamabilité et A la gentillesse de Melle Bdone ADES dont le Pare L'écrivain Albert ADES a été l'un des fiddles amis de HTRABAU qui, on le sait, a véeu trds longtemps A Cheverchemont nous publions quelques pages d'un article de la "Grande Revue" de mars 1917 intitulé " La derniére physionomie d'0ctave MIRBEAU " j La maison qu'il s'était fait construire A Cheverchemont révélait bien sa recherche de lumiére. Au milieu d'un jardin plein de roses et bordé de peupliers, c'est la maison la plus claire du pays. _ Regardez comme c'est beau, disait le Maftre en indiquant de la main la vallée et les fles de la Seine, Triel et son église, le cimetiére dont on découvrait les tombes, au loin Vernonillet et les quatre rangées de collines vertes, dont les derniéres steffagaient dans le bleu du ciel. _ Notre petit cheval, me dit-il un jour, est épaté du paysage. Crest vrai |... Ce matin il est venu au bord de l'enclos, mais tout au bord, et il s'est mis & regarder par 1a... Combien de temps, croyez-vous ?... Une minute?... Ging minutes 7... Dix minutes ?... Vous n'y étes pas encore | ga a curd vingt minutes 1. Et il a fallu qu'on aille le chercher |... Lorsqu'il commengait A faire frais, nous entrions dans la maison. Elle était une émanation de lui-méme Tout y avait été choisi minutieusement et minuticusement contrdlé dans la suite. co qui ne lui plaisait pl: était mis au grenier. Il préférait un mur vide au mur orné d'une oeuvre dont il ne tirait plus une joulssance d'art particulitre. Le sentiment était étrange qui vous saisissait A voir toutes ces toiles : les Cézanne, ies Monet, les Van Gogh, les Pissaro, les Renoir, les Marquet , et ces sculptures : les Rodin, les Maillol - parmi les meubles, sur les murs de ces chambres claires— immobiles dans leur sérénité d'immortels chefs-d'oeuvres, reconnus désormais comme tels par toute une génération d'hommes. Car on savait que ces merveilles étaient entrées dans la maison d'Octave Mirbeau, ignorées du public, méprisées de 1'élite. Pour que chacun de ces noms d'tartistes atteignit la notoriété, 11 avait fallu qu'un homme, toujours le m@éme, s'offrit pour le crier au monde. Cet homme avait une stature d'athléte, une machoire carrée, une parole ¢blouissante. Il s'appelait Mirbeau et on disait de lus "C'est un fou", jusqu'au jour o& on finissait par comprendre que c'était un précurseur. i Que de luttes, que d'injures, que de coups, pour assurer A ces objets sortis de mains et de cerveaux doués, la place qu'ils a cccupent aujourd'hui 1 Nous qui pénétrons 1A, imprégnés de l'histoire d'une époque dont Octave Mirbeau fut une des figures les plus mar- quantes, nous sommes improosionnés par le calme d'une demeure pleine de chefs-d'ocuvres qui n'ont plus besoin de se défendrefMirbeau;—tut,. entre, dépose oon chapeau sur uno table, prend uno cigarette ot, comme si ces choses qui nous émeuvent n'avaient jamais été, nous demande = Bst-ce qu'il est cing heures 2... Non?... Tant pis |... J'aurai fumé ma cigarette avant qu'il soit cing heures. Il avait donc la gloire, une maison claire, un jardin plein \de roses, un potager plein de 1égumes, des murs et des meubles couvorts d'objets qu'il admirait. Il avait aussi, il avait surtout, uno compagne qu'il chérissait Mélée A toute ses pensées, elle L'avait toujours compris, toujours stimulé au travail. Et il faisait remarquer & ses amis qu'elle avait su, pour lui, @tre un soutien Jusqu'd sa mort, demeurer jeune tandis que, lui, vieillissait... - Out, j'ai tout cela 1... Jo croyais que nous pourrions dtre heureux... avouait-i1 avec amertume. Mais la pensée de la guerre est entrée dans sa maison. Elle a foudroyé les possibilités de ce bonheur auquel il avait fini par eroire. Elle a supplicié l'esprit qui, aprés quarante ang de combat od l'on stuse, venait se retremper dans la sérénité et dane la vérité de la nature. Le repos fut refusé A cet homme tendre, A ce génie somptueux de la premiére & la derniére heure de sa vie. Sa supréme pensée fut pour le cataclysme universel : - Tl faut me dire ... quand ce sera... la paix ?... ; Maintenant, ce cerveau préoccupé de justice, est A six ‘piedé dans la terre. Pour nous, coux qui étions autour de lui et qui avions « plus que son oeuvre puisque nous l'avions lui-méme, sa perte est irréparable. Mais Octave Mirbeau n'est un peu mort que pour nous, Rien de lui n'est mort pour les autres ; il laisse A la postérité une parole vivante et A jamais féconde. Il avait apporté en naissant, du lieu of so font les destinggg la faculté d'enflammer les hommes autour de lui. Toute sa vie durant, il a soulevé leurs passions, bonnes ou mauvaises, suivant qu'on L'a méconnu. Lorsque les haines qu'engendre 1'action se seront apaisées, en ne pourra plus trouver dans son ocuvre que des germes d'amour, de justice et de paix. On reconnattra que si, 4 cause de lui, des hommes ge sont heurtés contre des hommos, c'ost qu'il chercnatt & les unir. Et plus tard, nos enfants répdtoront avoc pists 1o@ rugt: ments, les injurey, les sare les coldres dont ses pages sont pleines, car ils, auront compris quo cos sontinonts ot cos cris Bone nés de la mine source quo les malédictions dea prophd t ? Albect ADES ° ° P.S. = Lidorivain Albort ALES qui a notamment Gerit un ouvrage intitulé "GOA le Simple, et qui est déeddé on avril 1924 habitatt A Tricl Villa des Figuiers au N° 252 de la rue Paul Douner. Stoot ainvl qulddn véon days tinsinieé quest sourneliire avec Octave MIRBEAU dont 11%point dans une large fresque "l'écrivain couragoux, grand découvrour de talents, eritique Gtart ot collectionneur",