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HANDHOUND

AT THE

UNIVtRSITY OF

TORONTO PRESS

MANUEL

DE

NUMISMATIQUE FRANÇAISE

MACO>, PROTAT FHEHES, IMPRIMEURS.

Tons droits de reproduction et de traduction réservés pour tous pays.

Copyriijht hy Auçiusle Picard, idii.

MANUEL

DE

^

NUMISMATIQUE

FRANÇAISE

J'AR

A. BLANCHET et A. DIEUDONNÉ

TOME PREMIER

MONNAIES FRAPPÉES EN GADLE

DEPUIS LES ORIGINES JDSQU A HUGUES CAPET

PAK

Adrien BLANCHET

BIBLIOTHÉCAIRE HO.NORAIRE A LA BIBLIOTHKQl'E NATIO>"ALE

PARIS

LIBRAIRIE ALPHONSE PICARD ET FIL?

Libraire des Archives nationales et de la Société de l'École des Chartes

82, RUE BONAPARTB, 82

1912

^

937014

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PREFACE

Pour la précision des renseig^nements chronologiques, géo-

graphiques et même linguistiques qu'elle apporte, la Numis- matique mériterait de prendre à la tête des sciences historiques

une place qu'on ne lui accorde pas volontiers. Est-ce à cause

de ses rapports fréquents avec l'Art que la Numismatique fut

peut-être trop négligée et l'a-t-on considérée comme appar-

tenant plus à l'Art qu'à l'Histoire proprement dite ? C'est

précisément pour ce double caractère artistique et historique

que la Numismatique devrait être estimée encore plus quelle

ne l'est.

Des villes, des dynasties et des personnages ne sont connus

que par les monnaies et les médailles. Des graveurs grecs et des médailleurs de la Renaissance ont confié à leurs œuvres le soin de perpétuer leur nom, et ils n'eurent pas tort, car leurs contemporains, historiens et chroniqueurs, ont trop sou-

vent ignoré leur existence ou dédaigné leurs créations.

Pour nous en tenir à notre seule Numismatique nationale,

disons que 1 étude des monnaies gauloises apporte un appoint très appréciable à nos connaissances relatives à la patrie cel-

tique. L'abondance et la variété des monnaies de Postume et

de ses successeurs ne nous en disent-elles pas davantage que les auteurs latins sur l'importance de l'empire gaulois du

ui* siècle, encore si négligé dans les manuels d'histoire ? La

géographie de la Gaule mérovingienne ne doit-elle pas les

matériaux les plus nombreux aux monnaies ? Et lorsque nous comparons les documents numismatiques au texte de Tédit

de Pitres, nous apprenons qu'un texte de loi n'apporte pas

toujours la certitude.

Ce manuel fournira peut-être un répertoire utile à ceux qui

savent déjà ; nous croyons qu'il est conçu pour donner en

outre les premiers éléments de la science à ceux qui veulent

étudier. On

pourra s'étonner de ne point trouver, à cette

place, une plus longue introduction groupant de nombreux

Pour la partie traitée dans ce volume, il a

faits généraux.

paru préférable de mêler plus intimement ces renseignements

au texte même de l'ouvrage. Ainsi les recherches sur la condition des monnaveurs mérovingiens ne sont guère sépa-

rables de 1 étude de la monnaie même.

Disons pourtant ici quelques mots de la technique, qui n'a

pas beaucoup varié depuis l'antiquité jusqu'au xv!*" siècle. Les

outils sont représentés de la même manière sur une monnaie

de la République romaine et sur un denier de Louis le Pieux;

on y voit les marteaux et les deux coins qui servaient à don-

ner au disque de métal [flan] les empreintes voulues. Ce pro-

cédé primitif, si éloigné des balanciers et des presses modernes,

imprimait aux espèces monétaires un aspect irrégulier, qui

étonne tout d'abord ceux qui n'ont pas l'habitude des monnaies anciennes. En effet, c'est seulement lorsque Aubin Olivier,

eût

conducteur de la Monnaie des Etuves, sous Henri II,

inventé la virole brisée, que les flans des monnaies, jetons ou

médailles, ne purent s'écarter entre les coins ; grâce à cette

invention la tranche des pièces fut régulière, cannelée et même

imprimée '. Mais, à mesure que la technique se perfectionnait. l'Art perdait du terrain. Certaines monnaies romaines du

iv" siècle et beaucoup de pièces carolingiennes sont plus régu- lières que divers statères gaulois et deniers de Postume. Mais

combien l'Art est plus vivant sur ceux de ces petits monuments

qui sont plus anciens que les autres !

I . Lu fabrioulion ties iDomiaies l'ern l'(>l),j»'l d niu- t'MiKh- pins cotiipltto dan>- Ic tome II (le ce mmiiu'l.

PREFACE

En considérant les espèces émises sur notre sol, depuis

on peut faire aussi des

observations intéressantes. Notre pays a connu d'abord le sta-

ière d'or et la drachme d'argent, empruntés au monnayage

grec. Pendant la période romaine, Yaureus et le denier d'ar-

gent, dérivés d'ailleurs des précédents, fournirent à nos pères

un numéraire sensiblement analogue. Et quand on se reporte

franc n'est pas

à notre époque où la pièce d'argent d'un

beaucoup plus grande que la pièce d'or de vingt francs, on

est tenté de se dire que la monnaie de notre pays, après avoir

subi bien des vicissitudes, est presque revenue à son point de

départ.

que la monnaie y fut

introduite,

Mais pour la variété des types, nous avons grandement

perdu. Il

surtout pendant la période romaine, favorisait trop le faux monnayage. L'unité des types est une nécessité ; mais elle

enlève à la monnaie le charme si puissant que les Anciens

avaient su lui donner. Les pièces grecques et romaines disaient

l'histoire des dieux, des héros, des fondateurs de villes, en

même temps qu'elles disséminaient des trésors artistiques

dont la vue lit certainement naître des vocations. La Numis-

est certain que

la diversité infinie des figures,

matique ancienne est comme un manuel bien illustré de l'his-

toire de l'humanité ; le numéraire moderne a renoncé à ce

rôle glorieux et n'est qu'un instrument d'échange, sans relief,

souvent banal, et c|ui apprend trop peu à ceux qui le tiennent-

lo octobre 1912.

A. Bl.

MANUEL

l)V.

NUMISMATIQUE FRANÇAISE

PREMIERE PARTIE

MONNAIES FRAPPÉES EN GAULE DEPUIS LES

ORIGINES JUSQU A HUGUES

CAPET

LIVRE PREMIER

MONNAIES FRAPPÉES EN GAULE PENDANT LA PÉRIODE DE

L INDÉPENDANCE

[.es monnaies frappées par les peuples de la Gaule indépendante

ni infiniment variées. Cette variété est d'ailleurs plus apparente

que réelle. Aiui^i, un type monétaire -jrec, introduit dans une par-

tie de la Gaule, s'est transformé, de manières dilFérentes, dans les

autres régions, à des époques successives, et ces transformations sont quelquefois si profondes, si étranges même, que beaucoup d'érudits

se sont mépris sur la signification de la plupart des types monétaires

celtiques. On conçoit aisément que des peuplades très nombreuses,

monnayant surtout pour assurer les transactions commerciales de

leurs assemblées, aient émis un numéraire dont les tvpes étaient

peu constants et la fabrique assez imparfaite. 11 est probable d'ail-

leurs que si le monnayage de certains peuples a été soumis à une

autorité publique .monnaies de Massalia; monnaies avec le titre

d'Arcantodan , il n'en fut pas de même dans toutes les parties de la

Gaule. La numismatique gauloise doit être composée, en général,

<1 espèces émises par des particuliers. C'est la première étape du

monnayage de la plupart des peuples : c'est le contraire d'un

monnayage régulier d'État.

Manuel de Xumismalique.

1

CHAPITRE PREMIER

I,ES CONDITIONS D'EXISTENCE DU MONNAYAGE GAULOIS

SoMMAiHE. I. Les Débuts de la numismatique gauloise. II. La monnaie

primitive en Gaule. V. Poids.

III.

Métaux ; alliages.

IV. Fabrication.

s; I. Les débuts delà namismatique (jaidoise.

Malf^ré quelques érudits et nmateui's éclairés, les monnaies ^•^auloises furent négligées jusqu'au commencement du xi.x'^ siècle '.

l^n effet si Paul Petau, Fabri de Peiresc, Bernard de Montt'aucon et Michelet d'Ennery ne dédaignaient pas ces vieux souvenirs de

notre primitive histoire, les indifférents étaient plus nombreux; le

comte de Gaylus disait des monnaies gauloises qu'elles « ne

peuvent instruire sur l'histoire », et le président de Saint- Victor écrivait, en 1771: « Ce sont des médailles des rois gaulois, aux-

« quelles on n'a pu rien encore déchiffrer, qui ne sont d'aucune

" utilité, et dont on garde tout au plus quelques échantillons dans '< les cabinets ^. »

Depuis cette époque la numismatique gauloise a fait de grands

progrès^ et l'on est en droit de la considérer aujourd'hui comme formant le premier chapitre de l'histoire monétaire de noire pays.

1. Voy. A. HIanchet, Traité des mo;ina/e.s (fiiuloises. 1905, p. I et 2. Procès-verh. de la Soc. fr. de Xuini.sm., 1909, p. i.x.\.\ii (in Rev. num.].

2.

3. Anatole de Barthélémy, Adolphe Duchalais, Loais de la Saussaye,

Edouard Lambert, Charles Robert, Félicien de Saulcy, Eugène Ilucher, ont,

à divers titres, été les meilleurs ouvriers du classement des monnaies gau-

loises. \'oici une liste d'ouvrages utiles à consulter: La Saussaye, Numisin.n-

liqne de lu Gnule Nurhonnaise, 1812, 2.3 pi.; Duchalais, Description des

médailles (luuloises de la lîihliolhèqiie roiftile. 1816, 4 pi.; J. Lclovel, Éludes

ntunism., Tifpe (fanlois ou celtique, 1811, un vol. et allas de7 labl. el 12 pi. ;

Ed(i\iard Lambert, Kssai sur la numisni!iti(iuc f/auloise du !\'ord-l)uest de la

19 pi.; Saulcy, Lettres

l'rance. ]" partie, tsJl-18i9, 13 pi., et partie. IStîl.

A M. A. de Lomjitérier sur la

MuniisniiiHiiuc nauloise. dans la lier. num

1S38 à 1870, el li part, 1870, pi. ; Ch. Hubert. Descrijdioii r.i/.s.desu collection.

1877-1881 ;

E. Ilucher, LWrl t/aulois ou les Gaulois d'après leurs médailles. ISfiS et 1871, pi. cl lig.: Ernest Muret, Gatalof/ue des monnaies (fauloiscs île la liihlinthèque

IS80 et dans VAiinuaire de la

Soc.

de A'i;mi.s/ii.i/ù/He, t. \',

.

I. A MONNAIE PRIMITIVE EN GALLE

Létude en est souvent malaisée, car il faut parfois dix exem-

plaires de la même monnaie pour en définir le type ou en déchif-

frer la légende. D'ailleurs beaucoup de pièces gauloises sont anépi- graphes, c'est-à-dire muettes, et c'est seulement en notant avec

patience les provenances qu'on arrive à proposer des .attributions logiques'. Par bonheur* notre sol livre chaque année des dépôts monétaires en nombre assez grand pour que les études scientifiques

et les collections soient autorisées à compter sur un avancement

normal et régulier.

?; 11. L;t monnaie primitive en Gaule.

Nous n'avons à considérer ici que la monnaie véritable, géné-

ralement frappée. Cependant il

n'est pas inutile de signaler

quelques instruments d'échange, qui ont circuler sur le sol de la

Gaule à l'époque préhistorique. Il est vraisemblable que, parmi les

cells (ou haches à douille), si fréquemment recueillis sur notre

sol, beaucoup n'ont pu être utHisés comme outils ou armes. On en connaît en effet qui sont orn,és 'près du tranchant, ornementation

inutile si l'objet devait servir: d'autres celts sont minces et remplis

de terre cuite; d'autres enfin sont trop petits pour avoir pu servir

à un travail quelconque'-. On peut donc admettre que ces cells. souvent réunis en grand nombre, étaient acceptés comme moyen

d'échange dans les transactions des peuples préhistoriques ^. Cer-

tains anneaux d'or, trouvés à Fontenay-Ie-Comte, et des lingot-

d'or marqués de douze coches, trouvés à Nesmy ;\'endée , ont pn

ynlionale, 1889 (rédigé probablement en partie d'après des notes de Saulc\

dont le classement est évidemment respecté, ; Allas des monnaies gauloises,

préparé par la Commission de Topographie des Gaules et publié sous les aus-

pices du Ministère de l'Instruction publique, par H. de la Tour. 1S92. in-f» de

VIII et 12 p. et de 55 pi. contenant environ 2000 fig. 54 pi. avaient été gravées

sous la direction de la Commission de la Topographie des Gaules';.

. 1. C'est pour ces raisons que nous avons donné, dans cette partie de notre

ouvrage, des figures plus nombreuses que dans les séries postérieures.

paru en déc. 1904 , p. 22. Cf.

H. Breuil. dansr.4n//iro/)o/o3te. mars-avril 1905, p. 164. Tout récemment.

M. J. Déchelette a signalé un faisceau de sept broclies de fer, trouvé dans la Saône Rev. nmn., J911. p. 39). Si cet objet, d'origine étrusque, a pu circuler

comme monnaie en Italie, il n'est pas vraisemblable qu'il en ait été de même en Gaule.

3. On a des exemples analogues pour d'autres peuples de l'antiquité cf.

E. Babelon. Les origines de la monnaie,

chaudrons ont servi de moyens d'échange en Crète.

trépieds et

2. A. Blanchet, Traité des m. gauloises

1897. p.

179

.

.\insi des

.\y(XM iJ/X/'i h^ M^tAÂ/U U>i iy^\iM\ii^V

1

CONDITIONS DU MONNAYAGE GAULOIS

être aussi des formes primitives de la monnaie. Quant aux rouelles

(petites roues à rayons plus ou moins nombreux), dont on connaît

des exemplaires d'or, d'argent et de bronze, la destination moné-

taire est loin d'en être certaine, bien que de nombreux amateurs continuent à classer les petits monuments de cette série à la suite

des monnaies gauloises ',

'

-

§ III. Métaux; alliages.

La Gaule possédait tous les métaux qui lui étaient nécessaires pour un monnayage complet. L'or venait des mines des TarheUi, comme des torrents des Pyrénées et des Alpes; il était même char- rié par le Rhin. Tacite a cité les mines d'argent des Ruleni et son

dire est confirmé par une dizaine de restes d'exploitation antique

dans l'Aveyron. Nos pères ont connaître d'autres gisements

dans le Tarn, le Puy-de-Dôme, l'Ariège, le Gard, la Charente.

Pour le cuivre, Pline cite la mine des Centrons (Savoie),

et

les

gisements de Baigorry (Basses-Pyrénées) contiennent des galeries,

probablement antérieures aux Romains, qui y ont travaillé. Bien

d'autres mines de cuivre ont être connues des Gaulois. Et si ceux-ci ont peut-être tiré de l'étain de l'île de Bretagne, il est cer-

tain qu'ils en ont extrait de leur propre sol (Creuse, Haute-\^ienno

Gorrèze, Allier, Morbihan, Loire-Inférieure)"'*.

Les Gaulois commencèrent par monnayer l'or ou l'argent selon

les régions; le numéraire de bronze parut beaucoup plus tard, dans

le deuxième siècle avant notre ère. En règle générale, on peut dire

que les monnaies sont d'autant plus anciennes que l'or et l'argent

en sont plus purs. Lorsque survint la décadence de la puissance

gauloise, l'or prit une teinte blanche provenant d'un alliage d'ar-

gent, ou une teinte rouge produite par un alliage de cuivre ^. J'ai

dit ailleurs que la Gaule, après avoir exporté plus quelle n'impor-

tait, fut bientôt soumise au phénomène inverse. Le développement du commerce romain en Gaule fît plus pour raréfier l'or de ce pays

1. Voy. le rc'sumé <lc lu question clans mon Tniilcdes m. yniil., p. 27-29.

2. Sur les mines en (iaulc, voy. mon l'rnilé, p. 30 à .15.

.*. L'or de hnsse <!îpo<|uc varie de 400 à f)00/1000.

Il y entre une

forte pro-

portion d'ariJ^enl et une de cuivre plus ou moins foi-le selon la réfçion ou l'é- poque. J'ai réuni un certain nombre de renseiffucments fournis par des ana-

que les

! ABRICATION

victoires de Home sur Bituit,

sur les Allobroges

et

quelques autres peuples, avant l'arrivée de César '. Outre lalliage qui diminuait la quantité de métal précieux, les Gaulois ont employé un genre de fraude connu des Grecs et

des Romains; beaucoup de pièces de la dernière époque gauloise

sont « fourrées », c'est-à-dire de cuivre recouvert d'une pellicule

d'or ou d'argent ^. Parmi les monnaies de bronze, il en est beaucoup, et ce sont en

général les plus récentes, dont le métal, noirâtre et luisant, a reçu le nom de <* potin ». En réalité, le métal de ces pièces contient

une forte proportion d'étain et des traces sensibles d'argent. Mais

cette composition est aussi celle de pièces de bronze qui sont frappées

tandis que les monnaies de « potin » sont coulées. J'estime donc que

l'aspect particulier des pièces de k potin » résulte du genre de fabri-

cation et non de la forte proportion d'étain et des traces d'argent, celles-

ci provenant sans doute du traitement imparfait de minerais.

§ IV. Fabricalion.

Les procédés de fabrication ont été évidemment empruntés

aux Grecs par l'intermédiaire de Massalia, l'antique Marseille. Les monnaies gauloises étaient le plus souvent frappées sur des

flans préparés d'abord par la fonte. On a trouvé de ces flans sans empreinte à Tayac (Gironde), à Pommiers (.\isne) et ailleurs '.

Quelquefois les flans ont été découpés dans un lingot aplati sur une

'. Imitant le procédé du

enclume (pièces de la série « à la croix »)

placage pour les pièces « fourrées », qui fut en si

grande faveur

chez les Romains, les Gaulois ont aussi imité, mais rarement, la dentelure des deniers serrali de la République romaine.

On connaît plusieurs coins de monnaies gauloises. Ils sont le

plus souvent coniques (coins de Gorent, du camp de Sainte-Ger-

maine et du Musée de Grenoble), quelquefois plats (coin d'Avenches)

ou en forme de bouton (coin de Gorent) '.

1. Traitèdes m.gaul., p. 36.

i. Ibid

p. 49-50.

3.

Voy. mon Traité des m. (jaul.,p. 48.

i. C'est un procédé qu'on retrouve dans le monnayage primitif de l'Inde

(IV' s. av. J.-C).

5. A. de Barthélémy, dans Rev. archéol., 1867, t. XV, p. 348 ets. ; A. Chan-

^arnicr. dans Annuaire Soc. \um., 1884. p. 362, et 1885, p. 236; E. Babelon et

.

6 CONDITIONS DU MONNAYAGE GAULOIS

Beaucoup de monnaies gauloises sont scyphales, c'est-à-dire en forme de cupules (m. d'or des Bituriges, des Parisiens, desMorins,

etc; m. d'argent des Élusates). Cette forme a été produite évi-

demment par un coin concave opposé à un

d'empêcher le glissement de ces instruments qui aurait pu se

produire au cours d'une frappe réclamant plusieurs coups de mar-

teau. La fabrication était d'ailleurs souvent négligée. Ainsi les pièces

coin convexe, afin

d'argent « à la croix » de la trouvaille de Guzance (Lot), présentent au revers des signes confus, produits par l'enclume, qui avait

reçu elle-même des marques par suite du débordement d'un coin

trop large sur des flans trop étroits et irréguliers.

Si, en général, les flans des monnaies gauloises sont trop étroits

pour recevoir la totalité des types gravés sur les coins, on trouve cependant des pièces l'image du coin apparaît entière et plus

petite que le flan sur lequel elle a été imprimée.

Comme dans le monnayage romain, des négligences assez fré-

quentes dans la fabrication du numéraire gaulois ont produit des

pièces incuses, c'est-à-dire portant en creux, d'un côté, limage en

relief d'une des faces de la monnaie '.

Nous avons dit que les flans des monnaies gauloises étaient géné- ralement coulés ; on trouve en elFet des monnaies qui présentent sur

de la coulée (voy. Fig . 10.2, i 1 2). C'est un

la tranche des traces

cas fréquent pour les bronzes de Massalia (voy. Fitj . 20), et ana-

logue à ce qui se voit sur des pièces de Syracuse 2. Le procédé de fabrication des flans parut si pratique, que, dans diverses régions de

la Gaule "^ pendant la plus grande partie du premier siècle avant

notre ère, on fabriqua de nombreuses monnaies à l'aide de moules

(voy. Fig. 93, 101 , 1 1 5 k 1 J9).La question complexe des alliages

A.

IManchet, Cnt. des bronzes uni. de la

Bihl.

nnl., n" 2395: E.

Rabelou.

Traité des m. grecques et roin., \" partie, I, 1901, c. 907; A. RIanchet, Truite

des m. gauL, p. 51

On a retrouve récemment en Hongrie des coins de monnaies celtiques qui sont cylindriques (E. Gohl, dans Rev. num., 1907, p. 171, pi. IIIi.

1. On a expliqué ce fait on supposant que l'image en creux était produite par une pièce frappée antéricnrement et restée fixée au coin. (Fr. Lonormant, La Monnaie dans iAnli<i., t. I, |). 2(52 ; E. Babelon, Traité desm.ffr. et rom.,

\" partie, t. I, c. 945).

2. Nous verrons plus loin que la Sicile cul une influence certaine sur le monnayage massaliéte.

3. On en trouve dans l'Est, le Centre cl môme le Midi (dans celte dernière

région, des petits bronzes dits au T, A lause du seul élément qui s'y distingue).

POIDS

/

de bronze, assez variables, ne fut peut-être pas étrangère à lévolu-

tion des procédés du monnayage gaulois. D'ailleurs les Gaulois

devaient être très versés dans la pratique de la fonte des métaux

et certains statères d'or, authentiques, paraissent bien avoir été coulés et non frappés.

i; \'. Poids.

Le poids des monnaies gauloises est très variable, car il dépend

beaucoup de l'airaiblissement du titre, surtout pour les espèces

d'or. Le poids est un indice chronologique de premier ordre, car,

ainsi que je l'ai dit plus haut, le titre devient de plus en plus mau-

vais, à mesure que la décadence monétaire s'accentue. Si, dans la

dernière période de l'indépendance gauloise, on trouve, chez les

Arvernes, quelques pièces d'or dont l'aloi parait meilleur que celui

des autres statères gaulois delà même époque, il n'y a pas lieu de s'en étonner, car ce monnayage correspond à la suprématie arverne,

qui concentra un pouvoir considérable entre les mains de Vercin-

gétorix.

Les plus anciennes pièces d'or gauloises, attribuées aux Arvernes

et yux Eduens sans preuves suffisantes, ont un poids de 7 gr, 34 à 8 gr. 50 ' et ce dernier chiffre est très proche du poids normal du

statère macédonien (8 gr. 60), qui fut le modèle de la première

monnaie d'or frappée par les Gaulois.

Mais des statères, évidemment postérieurs, attribués aux Éduens (or pâle) et aux Séquanes (or jaune), aux .Bituriges lor pâle ;

légendes n°* 2, 3, 339) ^, pèsent de 6 gr. 72 à 7 gr. 75, et d'autres,

émis parles Meldes (or pâle ; lég. 309), les Suessions (or pâle;lég.

127), les Trévires (or pâle; lég. n"* 298 et 232; atteignent seule-

ment 5 gr. 36 à 5 gr. 92. Les pièces de l'Armorique passent parles

mêmes phases : en bon or, elles atteignent le poids de 8 gr. 06, puis

l'or blanc attribué aux

Usisniiens fournit des poids variant entre 6 gr. 90 et 5 gr. 80. Le

monnayage armoricain de la dernière période de l'indépendance

est composé, en majeure partie, de pièces dont le métal est qualifié

de '( billon » dans la plupart des ouvrages ^. En réalité, ces pièces

descendent à 7 gr. 78, 7 gr. 40 ; ensuite,

1.

Vo\ .

mon TrsLité des m. gauL. p.

Lingons pèse aussi 8 gr. 50.

58 et

59.

Un statère attribué au.\

:. Voy. la liste des légendes à la fin de cette première partie.

Par ex., le Catalogue des m. gaul. delà Bibl. \at.

CONDITIONS DU MONNAYAGE GAULOIS

contiennent toutes une quantité d'or plus ou moins appréciable,

alliée à de fortes proportions d'argent et de cuivre ; le métal doit

donc être considéré comme un or de bas aloi et les pièces de cette série sont certainement presque toutes des statères(5gr. 70 à 7 gr.

33) ou des quarts de statère

(1 gr. 70 à 1 gr.

80). Ce métal, récem-

ment frappé, devait avoir un aspect brillant qui pouvait faire illu-

sion et favoriser encore un cours éphémère de ces espèces.

Les divisions du statère gaulois sont des moitiés (Bajocasses, Unelles, Ambiens, Bellovaques, Carnules, Bituriges anciens,

Aulerques Eburoviques) et des quarts (nombreux dans toutes les

régions). Ainsi que je Tai démontré ailleurs \ les Bituriges ont émis, à une époque basse, des tiers et des sixièmes de statère, pesant res-

pectivement 2 gr. 22 à 2 gr. 50 et 1 gr.

chez les Carnutes et les Redons (?), de petites pièces pesant gr. 75

57 à gr. 82 ; elles sont vraisemblablement des hui-

tièmes de statère -. Le poids des pièces d'argent varie moins sous l'influence de

l'abaissement du titre ; mais alors que l'unité de la monnaie d'or fut le statère, il y eut sans doute, en Gaule, divers systèmes pour

l'argent, créés sous des influences étrangères, et il en résulte que

le poids des espèces de ce métal

est très variable. La drachme

ancienne de Massalia ne pèse que 3gr. 73 à 3gr. 85, alors que les

drachmes lourdes de Rhoda et d Emporia*, dont l'influence fut pré-

pondérante dans le midi de la Gaule, ont un poids normal de

4gr.90. La drachme de Massalia a subi elle-même des réductions et la pièce récente pèse seulement 2gr. 73 à 2gr. 80. D'autre part,

(or pâle). On trouve aussi

à

gr. 92 et

gr.

le

denier romain ^ eut en Gaule une influence de plus en plus

grande à partir du ii" siècle avant notre ère.

En présence de systèmes aussi dilférents, on est embarrassé pour

désigner les espèces gauloises qui procèdent de la drachme primi- tive ou du denier. Pour certains cas seulement, dont nous parle-

peut reconnaître le système. Dans la série de

rons plus tard, on

Massalia, on trouve à côté delà drachme, l'obole, rhémiobole (1/2),

le tartemorion (1/4). L'obole existe aussi parmi les pièces d'argent

1. Traité des m. fj., p. (i2 cl 6i : Rev. nuin., l'Jlo, p.

Ui'.K

2.

Voy. mon Traité, p. 70.

3. Je ne parle pas du denier ancien de I gr. 55, mais des deniers postérieurs réduits (3gr. 9