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Querelle d’experts a phase de défense du procts de Georges Rutaganda s'est ouverte le 8 février avee l'audition d'un témoin expert, le linguisie Fugene Shimamungu, Ce demier a notamment présenté son analyse des pices Iui ayant été communiguées par le conseil de Paccusé. Une analyse qui n'aura visiblement pas convaincu les juges de la premiere chambre de premiére instance gui ont manifestement douté de lobjeetivité et du caract cientifique de son témoignage. Nouvelle salle. vieux procés. En ce 8 février, la nouvelle salle daudienee inaugurée a occasion de la reprise du procés Rutaganda exhibe ses peintures fraiches et ses boiseries newves, Mais, réunis apres une imterruption de plus de huit mois, les acteurs du proves du deuxitme vice-président des Interahamwe za MRND se connaissent bien, trop bien peul-ere. Au bane de la défense, Me Diekson fait face au substitut Holo Makwaia et a Tavoeat général James Stewart, revenu pour Toccasion de La Haye oit il exerce les fonctions de directeur des poursuites du TPIY. Le substitut Udo Gehring est également parvenu, mais pour un temps seulement, 2 quitter Allemagne et ses fonctions de procureur de ku république fédérale. e doe ur Shimamungu Le premier témoin a décharge. expert linguiste Eugéne Shimamungu, prend place dans le box situé bien loin du bane de la défense mais a quelques méires seule! procureur, Agé de 38 ans, le témoin est docteur en sciences du langage, aprés avoir soutemu une thése a [Université Paris-Sorbonne sur la" systématique verbostemporelle du Kinyarwanda "et titulaire d'un diplome d'études “approfondies (DEA), spécialité communication politique. Il vient de publier aus éditions L’Harmattan un précis de grammaire du kinyarwanda sous le titre " Le Kinyarwanda, initiation 2 une langue bantoue ". Vivant en France depuis 1986, Eugéne Shimamungu retourne au Rwanda en juin 1993 pour y exereer pendant trois mois. les fonctions de chargé de cours a l'Université nationale du Rwanda et efflectuer des recherches en vue d'un DEA sur la presse. Tl revient aux pays des mille collines en novembre 1993 et y demeure jusqu’en janvier 1994, avant de regagner ckfinitivement la France, Avant d'en venir au rapport d’expertise. Me Dickson demande au témoin sil a deja déposé dans d'autres proces. Réponse affirmative de ce dernier, qui déclare avoir été appelé comme témoin expert par la défense dans I'atVaire Léon Mugesera, plaidée en 1996 devant la section d'arbitrage de la Commission canadicnne de immigration ct du statut de réfivgie Eugene Shimamungu a, a cette occasion, analysé le fameux discours prononeé par eet ancien responsable du MRND a Kahaya (préfecture de Gisenyi), le 22 novembre 1992. Il précise dui s'est également penché sur les" problémes de traduction pour sa part, le procurcur du TPIR estime gu'll constituait un appel a la haine anti-tuts went de celui du soulevés par ce diseours dont, La preuve par trois Le docteur Shimamungu donne alors brigvement le plan en trois parties de son rapport. déposé comme piece a conviction dans le proces de Georges Rutaganda. II y a abordé, en premier lieu, le thtme de la communication politique telle quiobservée au cours de la crise nwandaise, avant d'aborder, dans un second temps, le vocabulaire politique en usage a V'époque. Enfin, il a procédé a Vanalyse d'un document vidéo [ui ayant été uansmis par la défense. Des extraits decette cassette, versée par le procuretr en pide a conviction, ont éié diffusés le 26 mai 1998 & occasion de la déposition a charge du cameraman britannique Nick Hughes (voir Ubutabera n°38). Fugéne Shimamungu précise que son étude sur la communication politigue se fonde sur les travaux effectués dans le cadre de son DEA et notamment sur les éléments qu'il a rassemblés au Rwanda entre juin 1993 et janvier 1994, Pour son analyse du vocabulaire politique. il s'est appuyé sur des population rwandaise expatrige ", sur ses connaissances propres et sur les mots qui lui ont éé soumis par la défense. Faisant ceuvre de lexicolo: nguétes aupres Ia ue en cette matiere. il a colleeté ces mots avant d’en examiner les différents sens, usant a cette fin douvrages éerits, et de les dater selon les périodes considérses. Les nuances d'un discours Aprés avoir évogué dans un premicr temps le vocabulaire politique utilisé au Rwanda en 1994, Eugene Shimamungu a livré son analyse des images reeueillies par Nick Hugues. Me Dickson avait précisé auparavant gue sur les trois extraits considérés, deux avaient &é projetés devant la cour | un meeting des Interahamwe ten aur cours de la période du multipartisme et des vues de Kigali qui auraient été prises en avril 1994 par un cameraman de la télévision rwandaise. Le troisiéme extrait, un discours de Juvénal Habyarimana, s'il figure bien dans la cassette versée en pice a conviction, n'a pas &é montrée at tribunal, Lavocate québécoise remarque toutefois que le témoin expert Frangois-Navier Nsanzuweraavait fait référence a ce discours au cours de sa déposition. Dans le premier extrait analysé, celui du meeting des Interahamue, le ling! Dans son discours. ec demier. président des Intethamwe, désigne Mathicu Ngirumpatse en utilisant le terme de secretaire genér réalisé avant gue ce demier aecéde aux fonetions de président du MRND, ce qui permettrait de le dater avec une précision relative. Pour Yexpert, ce meeting stest tenu au debut de année 1992, A l'epoque de la création du mouvement de jeunesse du MRND. Eugéne Shimamungu a essay de faire " une traduetion littgrale " des propos enregistrés et a observé des " écaris de temps en temps " dans la traduction effectuée en mai 1998 par un tadueteur du tribunal. Se fondant sur la date a laquelle il situe la réunion, le docteur Shimamungu entreprend alors d'expliquer les expressions utilisées par Robert Kajuga, en les reliant A son souci de développer son mouvement, Ainsi cette directive du scerétaire général du MRND que Te président des Interahamwe demande aux préiets dappliquer ne serait autre quiun appel au soutien au développement du mouvement et au reerutement de nouveaux membres. De méme pour le" programme " fixé aux Interahamwe, progr adhérents des jeunesses du MRND. Robert Kajuga indique ensuite que les Interahamwe sont préts, et " que méme si quelqu'un nous dit c'est demain lundi soir, qu'il nous le dise, et nous lui rendrons visite ". Selon Eugene Shimamungu, il s‘agit d'une nouvelle allusion au processus de reerutement ct aux yolontaires éventucls. I en va de méme de cet objectif que les Interahamwe se sont fixés et quiils doivent atteindre. Eugene Shimamungu change ensuite d'analyse quand il commente les propos suivants tenus par Robert Kajuga :" Aucun de nos militants ne doit plus Gire molesté par des vagabonds ". Le linguiste rappelle alors que. au début de 1992, lo MDR. alors adversaire du MRND dispose déja de son mouvement de jeunesses, les Inguba (foudre) et que ces demitres se livrent a des dégradations matérielles et ions contre des personnes. Le président des Interahame aurait done simplement appele a la lutte eontre ses exactions. iste dit reconnaitre Mathieu Ngirumpatse et Robert Kajuga |. Pour Eugéne Shimamungu, le reportage a done été mme gui viserait augmentation des a des agres Ennemi, mode d'emploi Le docteur en sciences du langage en vient alors au passage le plus troublant du discours qu'il dit avoir traduit en respectant ses incohérences. " Actuellement ", déclame Robert Kajuga Vous savez que notre pays a été attaqué par 'ennemi, Celui que certains ne tiennent pas pour des ennemis, ceux-1a pou le sens de cette phrase pour le moins confius jotre part sont devenus nes ennemis ". Pour Eugéne Shimamungu. trés clair. Si le MDR, grand rival a T'époque du MRND. ne tient pas le FPR comme un ennemi, alors le MDR est un ennemi du MRND en général et des Interahamwe en particulier. Robert Kajuga, remarque expert, emploie pour désigner cet ennemi le terme d'Umwaanzi désignant un adversaire avee lequel on peut discuter et non de celui d'Umubisha évoquant une idée d'ennemi mortel quil faut éliminer. Par cette nuance sémantique, le président des Interahamwe aurait indiqué & son auditoire quill était possible de dialoguer avec opposition, quand bien méme celle-ci serait jugée "pro- FPR". Les chants qui succédent au discours de Robert Kajuga passent également au crible de nalyse du docteur Shimamungu. II les compare a lleyivugo, genre littéraire pratiqué notamment au cours des ites Familiales et au cours duquel Torateur loue ses faits d'armes. Plutdt qu'une menace, Vexpert voit dans ses chants " une sorte de défi caractéristique de ce