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Le révisionnisme alimenté par Péan COMME UN COW-BOY isolé, Péan s'est senti investi d’une mission sacrée : défendre Thonneur de son pays. Il fait feu de tout bois... mai pas besoin d'y aller ‘pour savoir ce qui 'y pase. ?as plus que Fernand Brow del na eu besoin de vio dans la Mediterance du XVE steele pour en recontituer Tistoire. » Pierre Péanattribue cette phra- se Frangois-Xavier Verschave, Te fondateur de Tassneiation « Survie» qui futlun des premiers mettre en humiere implication de la France au Rwanda. Lau- teur de Noires furewrs, blanes ‘menteurs accuse Verschave de pratiquer le « copier-coller » & partir des informations des au- tees, sans se rendre sure terrain, Cest bien vu. Sauf que este mé- thode est aussi la sienne. Lors- qu‘en avril 2004, Péan mvexpli- Ga son projet de livre, &Tocea Sion d'un entretien que je eroyais, aumieal, je Tui suggérai de se ren dre au Rwanda, ne seait-ce que pour se rendre sur la colline de Masaka doit avaient été lancés Jes deux misiles qui abattrent Tavion présidentiel, sentretenir avee des témoins et des survi- vants,retrouver les traces et les Souvenirs laissés par lOpération Turquoise Tl me épondit qu'un tel dépla- cement ntait pas néeessaire, non seulement paree que la pres se wtait pas libre au Rwanda, raissurtout parce quildisposait dja des meilleures informations possibles: Tacoés auxarchives de Frys, aux documents person= nels du président Mitterrand et de son fils Jean-Christophe. Un privilege exceptionnel, effective- ment, dont navaient pas bénefi- é, en 1998, les deputés qui favaient participé & la commis- sion lenquéte mise sur pied par TAssemblée nationale et dirigée par Paul Quik Fréquentant Mitterrand et son fis, Péan eut occasion de ‘onstater Fémoi que susctaient les événements du Rwanda LE Soik 26 3 .29[n [200 Test vrai que Péan était ce que Yon appelle un homme « bien in- troduit ». Il le reeonnait d leurs : Bruno Delhaye, qui était en 1994 conseller'Sysée pour les affaires africaines, état un ami personnel, et cest grice lui ue Téerivain ent Foceasion de neontrer Frangois Mitterrand, ct de Tinterroger sur les épisodes peu connus de a ve, qui allaient permettre 1a rééaction de Une jeunesse frangaise, Fréquentant Aépoquie FElysée le president et son ils Jean-Christophe, les on- seillers et les militares, Péan eut Gone Toceasion de eonstater Temoi que suseitaent les événe- ments du Rwanda, les massacres sans doute, et plus sirement en- core les critiques que susitait engagement ambigude a Fran- ce. Ces dalors que date le désir de jeter une autre lumiere sur la politique menée par Elyse. Pourquoi theuredecetteentre- prise de défense et de rehabilita- tion a-telle aujourdnui sonné ? Parce que ce serait le moment de JacuréeaYencontre du régime de Kigali ? Kagame et ls siens font effectivement objet dun tir sroupé, plusieurs livres accusa- teurs étant publiés presque simul- tanément, avec des auteurs qui serecoupent,serenvoient ascen- sear. Isseréferent tous’ Fenqué- tedu juge Bruguiére. Une engué- teprésentée comme terminée de- puis deux ans mais dont des sé ‘ments choisis nont jamais & communiqués qu’ quelques pri- vilegiés. Laction de armée fran aise au Rwanda se trouve elle aussi sous le feu des projecteurs: tune juge instruction se trouve en ce moment & Kigal, suite & des plaintes déposées par des Rwandais& Peneontre de militai- res francais. Pour les besoins de sa émons- tration, Péan se focalse sur les années 90-94 et élaire de max nie trs interessante et parfois inédite—Ia face émergée dela po- litiquefrangaise de lepoque : es efforts diplomatiques afin que soient appliqués les accords @Arushad'une part, et de autre, engagement eroissant des mil taires afin de contenir les avan- ‘ees du FPR. Carla présence fran- saise avait deux visages:silavait Visité le Rwanda a cette époque, Yenquéteur aurait aussi pu év0- «quer e=s barrages routiers ot es foldats francais contrilaient et triient les citoyens rvandais en fonction de levr ethnic, les manoeuvres conjintes dans laré- sion de Ruhengeri, les entraine- ments de miliciens vsibles sur Jes collnes proche de la eapita- Te. Btsilavat été présent& Kigali en avril 1994, Péan aurait vu, comme le colonel Marchal, que Jes C130 frangais de TOpération Amarjllis, venus pour évacuer AA propos de t'attentat contre Habyarimana, la religion de Péan le dispense de toute réelle enquéte ou vérification les expatrés, déposaient_ aussi surle tarmac des enises darmes destinges Tarmée gouvernemen- tale Tl aurait vu brler les archi ves de son ambassade, aurit en- tendu ls pleurs des employéstut- sis abandonnés et compris pour «quoi aujourdhuilenouvel ambas- sadeut de France & Kigali a inau- suré une plague commemorative Portant eurs noms. Mauraitaus- sipuenquétersurleéle exact de ‘es 25 cooperants militares de- meurés au Rwanda apres le re- trait officiel des forces francaises ‘en décembre, quien mars, assu- raient & de nombreux témoins duis se touvaient au Rwanda «pour une mission de courte du- rée». Et si, dans la soirée du 6 anil, alors que Tavion orésilen- tiel venaitdexploseren vol, Péan avait tléphone & Tambassade de son pay, i Se serait Iui aussi en- tend repondre que « les Belges ‘ont abattu avin » Une aceusa~ tion relayée parla Radio des Mil- Te Coline et les extrémistes tus (qualifies de « nationalistes ~) qui a mené & Tassassinat des dix Casques beus belges ‘A propos de Fattenit, ia reli- sion de Péan le dispense de toute Féelle enguéte ou vérification, Puisguil dit savoir que, de toutes rmanieres, Kagame en est le com- rmanditaire. En ce qui me coneer- ne, je nai jamais fait que formu. teraction dates hy pothéses, dant une éventuelleim= Plication de ressortssants fran- fais ou méme une erreur de etble finCis0 belgese trouvaitau-des- sus de Kigali & la méme heure aque le Falcon présientie) mais Sueune enquéte internationale n'a jamais été menée pour véri- fier les assertions des uns ou des autres, ce qui représente un autre scandal Relayant sans douteles vues de ses informatevrs,Péan me dési- ge commel'un des acteurs prin- CSpaux de la désinformation, Ala site de mes articles et dun o ‘rage publié en 1998, presen commie une «apothéos . Letra- ‘ail de journalist réalisé Pépo- aque ne merit mi cet exeés dhon- eur niet indignité,non seule rent parce que le livre eut une audience normale, plus en Belyi- que quien France @aileurs, mais aussi parce quil ft suivi de nom- breuxarticleset de trois ouvrages revenant sur les méthodes et les objeetifs du Front patrotiqne reandais, sur la personnalité du président Kagame, et sur ls eri- tes de guerre et violations des dots de Thomme commis par fes troupes, au Rovanda et en Ré- publique démocratique du Con- 0. Mais A part un bref pa: jhe qui conforte sa propre these Péan ne mentionne guere cei vail ulérien. ar contre, lorsquil raconte aque le ministre del Coopération de Pépoque, Michel Roussin, in- terroge le chef de la Cooperation niltaire, le général Huchon, Pour savoir, en se référant ah pothése avancée par Le Soir, si seshommes ontou non partcipé ATattentat contre avion, oble= nant une réponse évidernment negative, cette question est sans douteinspirée moins par article duSoirque pard autres informa ‘ions. En effet, ainsi quem attes- tent des comptes rendus oficiels rrwandais, une rencontre & Paris eutlie le 9 mai 1994, entre le di recteur dela mission militaire de coopération frangaise, le général Huchon, et un émissaire du gou- vernement intérimaire Ephrem Rwabalinda. @ dantes, ni quand ils pourraient appuyer ses théses, mais encore moins quand ils vont Fencontre deses theories. Etrange aussi, son travail de sanctification absolue dela politi- aque francaise menée i cette épo- que au Rwanda :la Franee aurait até le seul pays sans agenda ea- ché, A ne vouloir que linstaura- tion d'une démocratie et la paix ‘au Rwanda, le reste du monde, Belgique et pays anglo-saxons en tate, préférant eyniquement son- tenir un pouvoir tutsi aux mains rouges de sang.. Péan au accés, rare privilege, auxarchives del Elysée, ce qui lui permet de fournir dintéressan- tes précisions sur la maniére dont Paris percevait le danger im- minent dansles années qui préeé- , Arent le génocide, et ls efforts rmenés pour tenter denrayer ce danger. Mais il passe sous silence Jes agisements de militares en pleine eonnivence avec ceux qui allaient perpétrer le genocide. Péan y va a gros traits, sans Sembarasser dunes gu nuit & son propos. 11 met dans le tnimesse de val dies dure ime Kagame et des chereheurs ct Journalistes, parfois dépassés par émotion, mais veilant ensuite & prendre lereeul nécessaite autre personnalité postive de ce livre, aux ebtés de Frangoi- se Mitterrand, cst le président ‘vandals Juvénal Habyarimana, présenté comme un homme de bonne volonté... sur lequel la France a pourtant dit fare pres- sion pour quil joue le jeu de la transition démocratique LE So/R, a5 Hu favor ‘Mais le plus choquant reste la ‘maniére dant Fautenrefface tou- tes les informations rasserblées par des organisations comme Amnesty Intemational et Hu- man Rights Watch, ou par le ‘TPIR d’Arusha, relatives la pla nification du génocide dans les milieux hutus extrémistes et dans Tentourage du président Habyarimana. Il perd également encrédibilitéen citant des témoi- ‘ghages insistant surle fait que les ‘Tutsis ont « des menteurs et des manipulateurs de premier or- dre ». Des généralités ethnicisan- tes bien peu glorieuses, Icite de troublants temoignages relatifs A Fattentat contre Pavion présidentiel du 6 avril Une maniéve de travaillerbiai- sée qui nineite pas a faire con- fiance & auteur, méme lorsquil cite de troublanstémoignagesre- latfs &Tatentat contre Favion présidentel du 6 avi 1 avance tne thse, qui merit dre prise en compte et vérfé, selon Ia- quelle ce serait Paul Kagame qui aurait organisé eet attentat fut le déiencheur de Thoreur Unévénementelésurlequel ilse- rait urgent de faire la lumiere Tout au sevice de sa these, i firteaveclerevisionnisme: le gé- nocide perpétré par les etrémis- teshutusestle pis souvent quali- fig de massacres et de weries, et quand apparait le mot genocide, ileste plas souvent enre guile: iets. Une ambiguité effrayan- tem VésONIQUEKESEL ie