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STATUT DE LA FEMME DANS LA SOCIETE RWANDAISE Par Marie-Agnés MUKANGWIJE, Legal Unit’ Promotion D.H Assistante Secteur Femme/Enfant La Constitution rwandaise, par son article 16 garantit I’égalité de tous devant Ja loi sans discrimination aucune, notamment celle qui serait basée sur le sexe, et le Rwanda a ratifié conventions et traités internationaux qui garantissent cette égalité, mais, des coutumes anticonstitutionnelles et discriminatoires persistent et sont pratiquées par la majorité de la population. Cette résistance des structures coutumiéres a ’application de la loi, traduit existence dans une méme société de 2 catégories sociale: - une société traditionnelle caractérisée par une méthode de production, une organisation souvent lignagere out la cohésion sociale passe avant les individus, une société exteme salariée o chacun peut affirmer et défendre ses doits reconnus par la constitution et les lois. Souvent, la population rurale ne connait méme pas ces dispositions nouvelles. L*égalité de homme et de la femme peut étre envisagé différemment suivant la régle invoquée te on aboutit souvent a des solutions contradictoires. En effet, les efforts entrepris pour élaborer un code de personnes et de la famille ont été constamment freinés par un dilemme: moderniser la législation et respecter les engagements internationales ou tenir compte des coutumes locales suivis par la majorité de la population, mais qui sont parfois contraires aux principes dégalité, Ces institutions coexistent avec le doit écrit et lui sont parfois contraires, de sorte qu’il revient aux juridictions de les faire évoluer lentement en fonction de I’évolution des données sociales. Quelques problémes dus aux pratiques discriminatoires que vivent les femmes rwandaises - La tradition qui impose la résidence virilocale (du mari) aux époux, consacrée par la loi (“La femme mariée a le domicile Iégal de son mari...art, 83 du Code de la Famille), - L’autorité maritale que consacre également la loi (“Le mari est le chef de la communauté conjugale composée de homme, de la femme et de leurs enfants.” art 206 Code de la Famille), - Les lacunes Iégislatives en matiére de successions et de régimes matrimoniaux qui font que les juridictions se prononcent selon la coutume qui ne favorise pas du tout la femme. En effet, la Constitution rwandaise dispose en son art.98 al.2 que “....La coutume ne demeure applicable que pour autant qu'elle n'ait pas été remplacée par une loi et qu'elle n'ait rien de contraire @ la Constitution, aux lots, aux réglements, & Vordre public ou aux bonnes moeurs”, et le Code Civil (livre ler) ajoute par Part.3, al.2 que “A défaut d'une disposition légale applicable, le juge se prononce selon le droit coutumier, et & défaut d'une coutume, selon les régles qu'il établirait s'il avait & faire acte de législateur. II sinspire des solutions consacrées par la doctrine et la jurisprudence”. ~ L'incapacité de la femme a succéder ni chez ses parents (alors que la loi lui reconnait ce droit, car quand la loi accorde aux enfants le Droit d’hériter de leur ere, elle ne fait pas de distinction entre garcons et filles), ni chez son mari, (au Rwanda, la succession entre époux n’existe pas, la femme n'a que le droit d'usufruit sur les biens de son mari en cas décés de celui-ci, sinon ce sont les enfants issus du ‘mariage qui sont appelés & succéder & leur pére), sauf si le conjoint ’a décidé par testament. ~ Le non accés au crédit parce qu’elle n’a pas de patrimoine propre a elle a donner comme garanti, - Charges trés lourdes qui incombent a la Femme rwandaise: procréation, éducation des enfants, assurer la production du ménage, faire tous les travaux domestiques...., tandis que son mari ne s’occupe qu’a entretenir des relations extérieures, ~ Le probléme de la dot qui n'est pas une cause de nullité du mariage civil et qui a des effets méme sur les enfants, mais sans laquelle le mariage n'a pas de valeur( d'aprés Ja coutume, sans accord sur la dot, la femme dispose du droit de rompre le lien de mariage et demporter les enfants, dans ce cas, ils appartiennent a la famille de la femme et ne peuvent pas prétendre & la succession de leur pore). Autrefois considérée comme un gage d’alliance et un gage matrimonial, aujourd'hui, elle a perdu sa valeur traditionnelle et beaucoup prennent la dot comme un prix d’achat de la femme ce qui la place a un niveau inféricur a l'homme qui I’asservit et en fait sa chose, ~ La loi reconnait a la Femme les mémes droits que I' Homme d’élire et d’atre élue, mais dans la pratique, on verra que l'homme choisit pour sa femme le candidat a élire ou lui impose son choix. Ce qui ne facilite pas les choses, c'est que la femme elle-méme se complait dans cet état de personne majeure incapable et ne revendique pas l’amélioration de son statut social, soit par ignorance ou par peur du risque. La femme rwandaise ne participe pas tellement a la vie politique du pays justement parce qu'elle est sous informée de ses droits et surtout & cause de son indisponibilité due 4 son emploi du temps trop surchargé. CONCLUSION Méme si des mesures ont été prises pour changer cet état de choses notamment en initiant un Projet national de Réforme de la Iégislation rwandaise en faveur de la Femme et de l’Enfant, un long travail de conscientisation de la Femme sur ses droits Teste d faire pour I’encourager a dépasser le cadre traditionnel de la répartition des roles selon les sexes. Mais le chargé d’éducation ou la personne soucieuse de la Condition féminine et de la promotion de la Femme, devra faire trés attention de ne rien brusquer, car les Rwandais tiennent a leurs valeurs traditionnelles. Il se méfiera surtout de chercher imposer les cultures importées qui risquent d’étre rejetées catégoriquement.