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LE DROIT LE PLUS ANCIEN JOURNAL ANTIRACISTE DU MONDE de vivre n° spécial - 638

LE DROIT

LE PLUS ANCIEN JOURNAL ANTIRACISTE DU MONDE

de vivre

n° spécial - 638 | mars 2012 | Prix de vente : 8 €
n° spécial - 638 | mars 2012 | Prix de vente : 8 €

CONVENTION DE NÎMES

du 16 au 18 mars 2012

DU MONDE de vivre n° spécial - 638 | mars 2012 | Prix de vente :
DU MONDE de vivre n° spécial - 638 | mars 2012 | Prix de vente :

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2 Licra Le droit de vivre n° spécial 638 mars 2012 Le droit de vivre L

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Le droit de vivre

L es assassinats qui ont endeuillé la France sonnent comme un coup de tonnerre dans le ciel de la

République. A Montauban et devant l’école Ozar Hatorah de Toulouse, des personnes ont été abattues en France parce que maghrébines et juives, la terreur meurtrière allant jusqu’à s’en prendre à des enfants. Ces victimes s’appelaient Myriam, Imad, Arieh, Mohamed, Jonathan, Abel et Gabriel. Elles avaient le droit de vivre !

© Gil Loeb
© Gil Loeb

Face à des actes d’une telle gravité, c’est notre bien commun – le vivre ensemble – qui se trouve éprouvé de la façon la plus cruelle qui soit. Bien loin de la tentation du repli et de la haine, la réaction de la société française est unitaire, ferme et fraternelle. Des milliers de nos concitoyens, comme ceux qui concourent à la plus haute fonction politique de notre pays, au-delà de leur confession, de leurs opi- nions politiques, de leurs origines ou de la couleur de leur peau, ont exprimé leur

dégoût de la haine raciste et antisémite ainsi que leur attachement aux valeurs de la République dans lesquelles se trouve inclus le respect pour chacun de sa dignité d’être humain. Notre journal crie son titre pour dire que ça suffit ! La France fraternelle doit chasser ses mauvais démons. Elle ne sera pas un champ d’expériences pour Al-Quaeda. |

A. Spire

pas un champ d’expériences pour Al-Quaeda. | A. Spire TOULOUSE L’Espace des diversités et de la
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TOULOUSE L’Espace des diversités et de la laïcité L’Espace des diversités L’Espace des diversités et
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Service municipal chargé des luttes contre les
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LGBT, l’Observatoire des discriminations, le
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Conseil des résidents étrangers (COTRE),
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de chacun de s’exprimer, d’exercer ses droits
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Espace des diversités et de la laïcité
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un auditorium baptisé du nom de Jean-Calas,
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rue d’Aubuisson - 31000 Toulo
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victime de l’intolérance religieuse
victime de l’intolérance religieuse et exécuté à
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www.nondiscrimination.toulouse.fr
Toulouse Toulouse en en 1762. 1762.
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Licra | Le Droit de vivre n° spécial - 638 | mars 2012 • Fondateur

Licra | Le Droit de vivre n° spécial - 638 | mars 2012

| Le Droit de vivre n° spécial - 638 | mars 2012 • Fondateur : Bernard
| Le Droit de vivre n° spécial - 638 | mars 2012 • Fondateur : Bernard

• Fondateur : Bernard Lecache

• Directeur de la publication :

Alain Jakubowicz

• Directeur délégué : Roger Benguigui

• Rédacteur en chef : Antoine Spire

• Comité de rédaction : Martine Benayoun, Roger Benguigui, Margie Bruna, Michèle Colomès, Georges Dupuy, Baudouin Eschapasse, Pierre Fournel, Marie-Pia Garnier, Frédéric Hamelin, Marina Lemaire, Justine Mattioli, Mano Siri, Antoine Spire.

• Coordination rédaction : Mad Jaegge

• Éditeur photo : Christian Taillemite

• Abonnements : Patricia Fitoussi.

• Maquette et réalisation :

Sitbon & associés

• Société éditrice : Le Droit de vivre 42, rue du Louvre, 75001 Paris Tél. : 01 45 08 08 08 email: ddv@licra.org

• Imprimeur : Riccobono Offset Presse 115 chemin des Valettes

83490 Le Muy

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Hubert Bismuth - 41, rue Saint-Sébastien

75001 Paris • Tél. 01 49 29 11 00

Tous droits de reproduction réservés - ISSN 09992774

Nous rappelons que les propos tenus dans les tribunes et les interviews ne sauraient engager la responsabilité du « Droit de vivre » et de la Licra.

ÉDITORIAL D’ALAIN JAKUBOWICZ

de vivre » et de la Licra. ÉDITORIAL D’ALAIN JAKUBOWICZ 3 Le Front national est l’anti-France

3

vivre » et de la Licra. ÉDITORIAL D’ALAIN JAKUBOWICZ 3 Le Front national est l’anti-France S’

Le Front national est l’anti-France

S’ il n’y avait qu’une raison de ne pas voter Marine Le Pen, elle tiendrait dans l’acte de nais-

sance du Front national. Comment en effet voter pour un parti qui a été fondé (notamment) par des collaborateurs, membres du Parti populaire français, le PPF (André Dufraisse), de la division SS Charlemagne (Pierre Bousquet) et de la Waffen SS (Leon Gaultier) ? Com- ment voter pour un parti dont le premier vice-président, Francois Brigneau (de son vrai nom Emmanuel Allot), a été condamné à la Libération pour avoir appartenu à la milice, organisation sup- plétive de la Gestapo, dont le serment exhortait au combat contre « la lèpre juive » et dont le chef, Joseph Darnand, a prêté serment à Hitler ? Comment vo- ter pour un parti fondé par des hommes qui ont trahi la France ? Nonobstant les dénégations de Marine Le Pen, cette mouvance de l’extrême droite fascisante, raciste, antisémite et négationniste est toujours présente au sein du Front national. Si elle veut que son parti devienne un parti républicain, qu’elle commence par couper le cordon ombilical avec son père et ses pairs. On ne peut prétendre devenir président

de la République française quand on représente un parti hostile à l’héritage de la Révolution et aux valeurs exprimées par la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. On ne peut prétendre incarner la France quand on tolère, de la part de son président d’honneur, des références nauséabondes à un « poète » fusillé pour intelligence avec l’ennemi, et qu’on s’affiche dans une soirée réu- nissant des nostalgiques du 3 e Reich. Tant que le Front national n’aura pas renié ces références, il ne pourra pas être un parti de gouvernement. Mais peut-on renier son ADN ? Le Front national a été créé pour abattre la République, pas pour la gouverner. Quand bien même Marine Le Pen serait sincère quand elle affirme vouloir faire du Front national un parti comme les autres, elle n’a pas les moyens de le faire. On sait ce qu’il advient des partis extrémistes quand ils renoncent à leurs idéaux révolutionnaires : privés de leur raison d’être, ils disparaissent. Marine le Pen a le choix entre « tuer » le père ou le parti. Les Français qui aiment la France, la vraie, ont le choix de ne pas voter pour elle. |

Licra

la vraie, ont le choix de ne pas voter pour elle. | Licra Le droit de

Le droit

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choix de ne pas voter pour elle. | Licra Le droit de vivre n° spécial 638

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voter pour elle. | Licra Le droit de vivre n° spécial 638 mars 2012 Présentation Ce

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Présentation

Ce supplément exceptionnel au « Droit de vivre » a pour objectif d’appeler nos concitoyens à ne pas voter pour Marine Le Pen à la prochaine présidentielle. Militants de la Licra, nous sommes susceptibles de voter pour tous les partis de l’arc républicain. Le FN n’en fait pas partie. Pour le démontrer, cette livraison de notre revue s’est attachée à recenser les principaux thèmes du discours de la candidate du Front national, à puiser dans ses déclarations tout ce qui concerne de près ou de loin le racisme et l’antisémitisme. Dans chacun de ces domaines, nous avons sollicité le point de vue d’une personnalité de la société civile pour lui demander ses réactions face à chaque verset du bréviaire nationaliste. Nous sommes fiers d’avoir obtenu la participation à ce numéro de personnes dont la légitimité est pleinement reconnue sur chaque sujet abordé.

grands intellectuels que sont Henri Leclerc, Dounia Bouzar, Guy Carcassone, Jean Baubérot ; des militants associatifs comme Richard Prasquier ou Patrick Peugeot au leader syndical qu’est Francine Blanche, nous avons voulu donner la parole à des femmes et des hommes qui, chacun dans son domaine, sait la nocivité du discours d’extrême droite. A chaque fois, Marine Le Pen met en cause les fondamentaux qui font la richesse de la France et constituent un exemple pour les autres nations. Elle ébranle les piliers qui soutiennent la maison France. Alors que Marine Le Pen plaide pour accréditer le changement de son organisation, tout ici prouve que le vernis nouveau cache mal la haine des « judéo-maçonniques » et un racisme militant contre tout ce qui est arabe et musulman. C’est le bouc émissaire désigné par le FN depuis plus de vingt ans. Non, décidément, aucun démocrate ne doit voter pour elle. |

De l’ancien ministre des Affaires

Antoine Spire

étrangères Hubert Védrine aux

Roger Benguigui

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4 Licra Le droit de vivre n° spécial 638 mars 2012 Le FN et la laïcité

Licra

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4 Licra Le droit de vivre n° spécial 638 mars 2012 Le FN et la laïcité

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4 Licra Le droit de vivre n° spécial 638 mars 2012 Le FN et la laïcité

Le FN et la laïcité

Les propositions sont simples, et propres à jeter la confusion :

il s’agit à la fois de faire une « application stricte » et « modernisée » de la loi de 1905, en interdisant les prières de rue et l’entretien des lieux de culte, et de lutter contre les communautarismes en s’élevant contre toute discrimination positive (1) à l’embauche et toute « discrimination à rebours », comme l’introduction de viande hallal ou cachère dans les cantines. Une manière d’avaliser un propos tenu par notre ministre de l’Intérieur M. Claude Guéant, en mars 2011, selon lequel « les Français veulent que la France reste la France ». La laïcité, revue et corrigée par Mme Le Pen, dans un sens exclusivement fondé sur la revendication identitaire des racines chrétiennes de la France, devient ainsi le cheval de bataille de la nouvelle rhétorique frontiste.

LAÏCITÉ

de bataille de la nouvelle rhétorique frontiste. LAÏCITÉ Jean Baubérot* dénonce l’atteinte à la neutralité de
de bataille de la nouvelle rhétorique frontiste. LAÏCITÉ Jean Baubérot* dénonce l’atteinte à la neutralité de

Jean Baubérot* dénonce l’atteinte à la neutralité de l’Etat par rapport aux cultes

De l’instrumentalisation de la laïcité à sa falsification, le FN a fait de ce thème, absent de son programme en 2002, l’un des axes de son projet présidentiel.

L a constante, dénoncée par Victor Klemperer (2) , des discours fascistes ou néofascistes est la façon dont

ils déforment et falsifient le langage. De même que la propagande nazie détournait la langue allemande en manipulant la signification des mots, de même faut-il se demander si la rhé- torique de Marine Le Pen ne contribue pas à altérer la conscience républicaine. Jean Baubérot (3) dénonce dans ce pro- gramme de Marine Le Pen une laïcité à la fois ouvertement répressive et plus apparentée à une notion de religion civile qu’à l’idée de la neutralité de l’Etat. Or la loi de 1905 sur la séparation des Eglises et de l’Etat, dont on retient vo- lontiers les scènes idéologiquement construites de « dépouillement » de l’Eglise de ses prérogatives pédago- giques, garantit en fait la liberté de conscience, en imposant la neutralité de l’Etat vis-à-vis de tout contenu reli- gieux et en promouvant le libre exercice de la religion : ce qui l’amène à financer, par exemple, les aumôneries dans les lieux fermés que sont les internats, les hôpitaux, les prisons et l’armée… De même, plutôt que d’interdire le port de la soutane, l’Etat y renonce, arguant que la loi de séparation permet à tout un chacun de se promener en soutane

et ne garantit pas son usage exclusif aux seuls prêtres… Les mesures envisagées par Mme Le Pen sont en réalité des mesures contre les musulmans, mais elles visent tous ceux qui ne se reconnaissent pas dans les racines chrétiennes (4) de la France, et dont la liberté religieuse et la garantie du libre exercice de leur culte sont nées de ce pacte laïque de 1905. Le discours promu et asséné par le FN porte atteinte à la notion de laïcité au sens où il n’est pas « philosophiquement neutre », mais privilégie non seulement les convictions religieuses, reléguant ainsi toute autre conviction comme secondaire, mais certaines d’entre elles, supposées plus authentiques et plus françaises que les autres : les convictions catholiques. Il s’attaque à la religion, l’islam désigné comme ennemi public (5) , et non pas à la domination religieuse. Or l’objectif de la neutralité, selon la conception de Baubérot, c’est-à-dire de la neutralisation de la religion dans l’espace politique, est à la fois de per- mettre la diversité et de garantir à tout citoyen la possibilité de penser et de croire librement. Il faut donc à la fois désislamiser et désinstrumentaliser le débat sur la laïcité. |

Mano Siri

* Jean Baubérot, historien et sociologue, est professeur émérite spécialiste de la sociologie des religions et fondateur de la sociologie de la laïcité. Après avoir occupé la chaire d’Histoire et sociologie du protestantisme (1978-1990), il est titulaire de la chaire d’Histoire et sociologie de la laïcité à l’École pratique des hautes études. Coauteur d’une Déclaration internationale sur la laïcité signée par 250 universitaires de trente pays, il est notamment l’auteur de : « Histoire de la laïcité en France », Paris, 2007,

PUF, coll. « Que sais-je ? » ; « Les Laïcités dans le monde », Paris, 2007, PUF, coll. « Que sais-je ? » ; « La laïcité expliquée à Nicolas Sarkozy et à ceux qui écrivent ses discours »,

Paris, 2008, Albin Michel ; « Laïcités sans frontières », avec Micheline Milot, 2011, Seuil, ; « La Laïcité falsifiée », Paris, 2012, La Découverte, coll. « Cahiers libres ».

Paris, 2012, La Découverte, coll. « Cahiers libres ». ( 1 ) Discrimination positive à l’embauche
Paris, 2012, La Découverte, coll. « Cahiers libres ». ( 1 ) Discrimination positive à l’embauche

(1) Discrimination positive à l’embauche notamment, qui a pour effet, en réalité, de permettre à des jeunes capables et issus de la diversité de retourner la discrimination réelle dont leurs CV sont les cibles. (2) In LTI : Lingua Tertii Imperii : Notisbuch eines Philologen, c’est-à-dire Langue du Troisième Reich :

Carnets d’un philologue. (3) Spécialiste de l’histoire et de la sociologie de la laïcité. (4) En réalité, exclusivement catholiques… (5) Mais il ne faut pas se leurrer sur le fait que cette offensive idéologique vise tout autant le judaïsme que l’islam, celui-ci n’appartenant manifestement pas à l’héritage catholique, à moins que ce soit à titre de faire-valoir ou de souffre-douleur…

Le FN et la politique étrangère Le programme du Front national en matière de politique

Le FN et la politique étrangère

Le programme du Front national en matière de politique étrangère prétend arrêter le déclin du rayonnement mondial de la France. Son projet se constitue autour de trois mots-clés :

« souveraineté, équilibre, monde ». Souveraineté dans la mesure où la France sortirait de l’Europe et retrouverait son autonomie décisionnelle. Equilibre, « puissance d’équilibre », c’est le rôle que la France jouerait dans la résolution de « nombreux conflits à venir ». Monde, puisque le FN veut redonner une place mondiale à la France, garante de la paix internationale et de la prévention des conflits mondiaux. La France doit retrouver une « crédibilité de puissance » reposant sur « l’outil diplomatique et l’outil militaire ».

INTERNATIONAL

diplomatique et l’outil militaire ». INTERNATIONAL Hubert Védrines* : la politique étrangère du FN est «

Hubert Védrines* :

la politique étrangère du FN est « vide de sens »

Ce que le FN entend par « sortie de l’Europe » baigne dans le flou. Et les propositions du parti frontiste de renégocier les partenariats avec l’Afrique et de développer ceux avec l’Asie sont chimériques

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et de développer ceux avec l’Asie sont chimériques 5 Licra Le droit de vivre n° spécial

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de développer ceux avec l’Asie sont chimériques 5 Licra Le droit de vivre n° spécial 638

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avec l’Asie sont chimériques 5 Licra Le droit de vivre n° spécial 638 mars 2012 DDV.

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sont chimériques 5 Licra Le droit de vivre n° spécial 638 mars 2012 DDV. Que pensez-vous

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DDV. Que pensez-vous de la proposition du FN évoquant la sortie de l’Otan et l’« alliance trilatérale Paris-Berlin-Moscou » ?

Hubert Védrine. Si la France ressortait de l’Otan, l’Allemagne se refuserait à une nouvelle alliance avec elle, comme, bien sûr, à une « alliance » avec Moscou. Quelles sont les motivations du FN à rechercher des alliances internationales, et contre qui ?

DDV. La sortie de l’Europe est un thème récurrent dans la politique du FN, mais pourquoi y substituer une « union paneuropéenne » incluant la Russie et la Suisse ?

H.V. On peut se demander non seulement ce que le FN sous-entend par sortie de l’Europe : sortie de l’euro ? De l’Union elle-même ? Mais également, pourquoi ? Dans quel but ? Et de quelle(s) manière(s) procèderaient-ils ? Ce qui n’est pas explicite dans le programme. L’idée d’une alliance avec la Russie re- pose peut-être sur la reprise de vieilles idées gaullistes (de l’Atlantique à l’Ou- ral ?). Ce qui serait piquant, puisque l’extrême droite a férocement combattu de Gaulle. La question de nos relations avec la Russie est un vrai sujet, mais qui doit être abordé sérieusement.

DDV. Les propositions de renégocier les partenariats avec l’Afrique (sur la base d’une inversion des flux migratoires) et de développer des partenariats avec l’Asie n’illustrent-elles pas l’absence d’information et de stratégie géopolitique ?

H.V. Tel que c’est présenté, cela ne ferait que faire disparaître l’influence française en Afrique au profit de la Chine ou des pays arabes, ou d’autres pays européens, ou de l’Union euro- péenne elle-même. Quant aux parte- nariats avec l’Asie, cela ne se décrète pas. Au demeurant il y a déjà des « par- tenariats stratégiques » avec tous les grands pays d’Asie.

DDV. La France perçue comme un pays médiateur de conflits internationaux (Etats- Unis/Chine, Chine/Inde, Venezuela/Etats-Unis, Inde/Pakistan…), n’est-ce pas une illusion permettant de nourrir un sentiment de nationalisme ?

H.V. Dans aucun des cas cités, la France n’a de leviers, ou d’atouts, pour être médiatrice, même avec d’autres pays européens qui sont dans la même si- tuation. C’est même absurde : imagine- t-on la Chine et les Etats-Unis chercher un médiateur s’ils étaient en conflit ? C’est affirmé pour faire croire que la France aurait ainsi un plus grand rôle.

DDV. D’un point de vue général, que vous inspirent ces propositions ?

H.V. Globalement, ce sont des mots vides de sens. A supposer même que cela soit souhaitable, cela ne s’appuie sur rien de tangible que la France puisse faire vraiment. Ces propositions sont chimériques et sont destinées à faire croire que le FN aurait une politique étrangère. Mais qui s’en soucie ? |

Propos recueillis par Justine Mattioli

*Hubert Védrine, ministre des Affaires étrangères (1997-2002) dans le gouvernement Jospin, fut également conseiller diplomatique, puis porte-parole de l’Elysée en 1988, secrétaire général en 1991. En 1995, il entre au Conseil d’Etat. En 2003, il crée une société de conseil en stratégie géopolitique et multiplie les activités. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages :

« Les Cartes de France à l’heure de la mondialisation », 2000, éd. Fayard.

« Face à l’hyperpuissance », 2003, éd. Fayard.

« François Mitterrand : un dessein, un destin », 2006, éd. Découverte Gallimard.

« Atlas du monde global », 2008, éd. Armand Colin/Fayard.

« Le Temps des chimères », 2009, éd. Fayard.

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6 Licra Le droit de vivre n° spécial 638 mars 2012 Le FN et l’accès à

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Le FN et l’accès à l’emploi et au logement

Pour Marine Le Pen, « nous devons réserver notre aide sociale, notre

politique sociale, à nos compatriotes, ainsi d’ailleurs que la priorité d’accès à l’emploi et au logement. Les entreprises seront incitées à prioriser l’emploi, à compétences égales, des personnes ayant la nationalité française.

) (

Les administrations respecteront

également ce principe ». De même, les allocations familiales seraient réservées « aux familles dont un parent au moins est français ou européen ».

*Francine Blanche est secrétaire confédérale de la CGT, membre de la commission exécutive, chargée des luttes contre les discriminations et du dossier des sans-papiers. Ancienne syndicaliste chez Alsthom, elle travaillait au bureau d’études Grosses Turbines.

PRÉFÉRENCE NATIONALE

bureau d’études Grosses Turbines. PRÉFÉRENCE NATIONALE Francine Blanche* souligne la méconnaissance to tale du
bureau d’études Grosses Turbines. PRÉFÉRENCE NATIONALE Francine Blanche* souligne la méconnaissance to tale du

Francine Blanche* souligne la méconnaissance totale du marché du travail par le FN

La syndicaliste rappelle qu’au siècle dernier, c’étaient les femmes qui allaient créer le chômage : avec le FN ce sont les étrangers.

DDV. Que pensez-vous de la formule : « 5 millions de chômeurs = 5 millions d’étrangers en trop ? »

Francine Blanche. Rien de neuf sous le soleil, seuls les chiffres ont changé. Les étrangers, les migrants, occupent pour l’essentiel des emplois refusés par les Français, parce que les conditions de travail, les horaires de travail, les statuts et les salaires qui leur sont proposés, personne n’en veut en France. Au contraire, quand les sans-papiers sont régularisés, cela permet d’améliorer les conditions de travail et les conditions de fonctionnement du marché du travail. Je vais vous donner un exemple : en 2009, nous avons été aux côtés des 18 salariés d’une entreprise de sous- traitance de la RATP qui refaisaient le bitume des quais. Ils travaillaient la nuit, transportant le bitume dans des seaux, le plus souvent sur la tête, sans masque, sans cabine pour se changer et pour des salaires inférieurs au Smic puisque les heures n’étaient pas toutes comptées. Depuis leur régularisation (11 sont régularisés, 7 dossiers sont encore en cours), les conditions de travail ont changé du tout au tout : les seaux sont couverts, ils ont des combi- naisons et ne respirent plus les fumées toxiques. C’est un travail dur, pénible, mais décent. Quand, en 1974, le gouvernement a décidé l’arrêt de l’immigration, on a vu se développer les travailleurs sans papiers et l’organisation des discrimi- nations. C’est antirépublicain, contraire à toutes les valeurs syndicales. Si l’on ne régularise pas les sans-papiers, on multiplie les poches de travail au noir. Il nous faut au contraire lutter pour que personne en France ne travaille sans les droits et les acquis sociaux conquis par des décennies de lutte.

DDV. Que pensez-vous de la proposition du FN d’instaurer une priorité aux salariés français pour les propositions d’emplois ?

F.B. Un jour, quand je suis allé rencontrer un patron d’une entreprise textile de la région parisienne, je lui ai demandé :

« Mais pourquoi n’avez-vous que des étrangers dans votre atelier ? » Il m’a répondu en éclatant de rire : « Aucun Français n’accepterait de travailler

dans ces conditions. » On connaît tous ces petits ateliers de textile de la région parisienne, où travail- lent des milliers de salariés chinois, le plus souvent sans papiers, payés à la tâche, aux tee-shirts produits, soit 3 de l’heure. Depuis leur grève et avec notre soutien, leur fiche de paye a triplé. Depuis, de l’avis même de ces patrons, « l’effet d’aubaine est terminé ».

DDV. Que pensez-vous de la proposition d’expulser les étrangers présents depuis moins de dix ans et au chômage depuis plus d’un an ?

F.B. Malgré ce que peut dire le Front national, les frontières seront toujours perméables, c’est un état de fait. Les droits sociaux sont issus d’années de cotisations. Pendant des décennies, les travailleurs étrangers ont fait pros-

pérer les mines, l’industrie sidérurgique,

Et le

FN voudrait aujourd’hui les expulser ! Déjà, 50 % des chômeurs de longue du- rée ne perçoivent plus de prestations de chômage et passent à l’aide sociale. Il existe un scandale pour ces vieux migrants, les chibanis, qui ne peuvent pas choisir leur lieu de retraite : s’ils sont domiciliés à l’étranger et résident moins de six mois par an en France, il basculent dans le régime de retraite de leur pays d’origine ou de domiciliation, moins favorable.

l’industrie automobile, le BTP

DDV. Que pensez-vous de la proposition de supprimer les allocations familiales aux parents étrangers non communautaires ?

F.B. C’est un comble ! On nous a assez bassinés sur l’impasse des retraites. Nous avons un grave souci démogra- phique et des questions sur le finance- ment des retraites. Nous avons besoin d’un développement de la population active. Encore une fois, c’est faire preuve d’une incompétence sur les enjeux de notre pays. Au final, tout cela me rappelle les posi- tions de mon grand-père qui redoutait de voir les femmes travailler : elles allaient prendre les emplois et faire baisser les salaires ! |

Propos recueillis par Roger Benguigui

© Arnaud Février / SIPA
© Arnaud Février / SIPA

Le FN et les musulmans

Depuis deux ans, Marine Le Pen multiplie les angles d’attaques contre la communauté musulmane. La candidate du FN dénonçait, en 2010, « l’occupation » du territoire français par les prières des rues, comparant ainsi de manière subliminale l’immigration et l’invasion allemande de 1940. En lançant le débat sur les abattages rituels, en février dernier, Marine Le Pen a clairement indiqué qu’elle s’inscrivait dans le sillage de son père. Sa dénonciation du halal (qui emporte, en creux, celle du casher) vise plus globalement tous les particularismes religieux étrangers au christianisme.

*Dounia Bouzar, anthropologue du fait religieux au Cabinet cultes et cultures, enquête sur la place de l’islam dans la société française d’aujourd’hui. Son dernier dernier livre « Laïcité mode

d’emploi, 42 situations », paru chez

Eyrolles en 2010, a été primé par l’Académie des sciences.

LES ÉTRANGERS

été primé par l’Académie des sciences. LES ÉTRANGERS Dounia Bouzar* décrypte le discours xénophobe du Front

Dounia Bouzar* décrypte le discours xénophobe du Front national

De « l’occupation » du territoire français par les prières de rue à la dénonciation de la viande halal, le FN a « confessionnalisé » le racisme pour lui donner une nouvelle vie.

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» le racisme pour lui donner une nouvelle vie. 7 Licra Le droit de vivre n°

Licra

» le racisme pour lui donner une nouvelle vie. 7 Licra Le droit de vivre n°

Le droit

de vivre

pour lui donner une nouvelle vie. 7 Licra Le droit de vivre n° spécial 638 mars

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638

une nouvelle vie. 7 Licra Le droit de vivre n° spécial 638 mars 2012 DDV. Le

mars

2012

DDV. Le discours du FN stigmatisant l’islam est relativement récent. Jusque-là, son leitmotiv était plutôt « l’étranger qui prend (prétendument) le travail des Français ». A quoi imputez- vous ce changement ?

Dounia Bouzar. Le FN a « confession-

nalisé » le racisme pour lui redonner

une nouvelle vie

gique » qui servait autrefois de support au racisme traditionnel ne fonctionne plus. Les scientifiques ont démonté tout cela. Plus personne, ou presque, ne pense qu’un groupe de personnes aurait « naturellement » des différences inhi- bitoires. En revanche, remplacer le « préjugé biologique » par un « préjugé culturel », en faisant croire que ces différences sont dues à une « autre culture », permet de relancer la machine de « domination ethnique », à côté de la « domination sociale », sachant qu’au fond, le premier est un pur produit de la deuxième.

Le « préjugé biolo-

DDV. Y voyez-vous une conséquence du 11 septembre 2001 ?

Bien sûr, dans la mesure où les inté- gristes alimentent les discours de haine sur l’islam, les discours de haine sur l’islam alimentent les intégristes. C’est un cercle vicieux. Plus inquiétant : la confrontation des discours n’est qu’ap- parente. Si les uns considèrent l’islam comme « archaïque » et incapable d’aucune évolution face à un Occident « moderne », les autres défendent l’idée de la supériorité d’un l’islam ayant tout inventé face à un Occident qui aurait juste « copié sur le Coran ». Les discours de haine reprennent en réalité la façon dont les intégristes comprennent l’islam. Les deux défendent ainsi l’idée selon laquelle l’islam serait définitivement incompatible avec la laïcité, la modernité, l’égalité hommes/femmes, etc. Au milieu, les démocrates sont pris en otage et ont bien du mal à reposi- tionner les débats…

DDV. Ces paroles posent en filigrane l’idée selon laquelle la foi religieuse mettrait en question l’adhésion aux valeurs de la République…

D.B. Forcément, puisque le Front na- tional définit l’islam, comme les inté- gristes, selon le postulat que « la religion détermine l’individu une fois pour toutes » ! En réalité, quelle que soit la religion, c’est exactement le contraire :

c’est l’individu qui comprend sa religion selon ce qu’il vit et ce qu’il est. L’inter- prétation d’une religion relève toujours d’une expérience au monde. Il suffit de se tourner en arrière et de regarder les évolutions du judaïsme et du catholi- cisme ! Il faut faire confiance aux valeurs de la République pour que, justement, ces dernières provoquent un changement dans l’interprétation de l’islam. Mais pour cela, il faut se confronter à ceux qui ont « une autre vision du monde » et non pas vivre « entre soi » pour se protéger… Et pouvoir se (re)définir soi- même.

DDV. Lorsqu’elle dénonce les prières de rue ou le halal, Marine Le Pen prend souvent argument de la défense de la laïcité. En quoi cette position est-elle une imposture ?

D.B. Marine Le Pen pratique la discri- mination et attise la haine envers les musulmans. C’est le contraire de la laïcité, qui est un système juridique qui permet aux citoyens de « faire société » ensemble, quelles que soient leurs croyances ou leurs non-croyances, tant que la liberté de l’un s’arrête où commence celle de l’autre. La laïcité fait de l’unité avec de la diversité, alors que Marine Le Pen veut imposer sa propre vision du monde et éliminer les diffé- rences. Laïcité rime avec Liberté, Egalité, Fraternité. Il faut revenir à la laïcité pour se ressouder et combattre… Marine Le Pen, et tous les discours de haine. |

Propos recueillis par Baudouin-Jonas Eschapasse

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8 Licra Le droit de vivre n° spécial 638 mars 2012 © Didier Goupy/Signatures Le FN

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8 Licra Le droit de vivre n° spécial 638 mars 2012 © Didier Goupy/Signatures Le FN

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8 Licra Le droit de vivre n° spécial 638 mars 2012 © Didier Goupy/Signatures Le FN

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8 Licra Le droit de vivre n° spécial 638 mars 2012 © Didier Goupy/Signatures Le FN

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© Didier Goupy/Signatures

Le FN et les Juifs

Dès sa prise de fonction à la tête du parti, Marine Le Pen a développé une « stratégie de séduction » :

les membres les plus « gênants » sont mis à l’écart ; en novembre 2011, lors de son voyage aux Etats-Unis, elle rencontre Ron Prosor, l’ambassadeur d’Israël ; et, le 11 et 12 décembre, M. Louis Aliot, vice-président du FN, se rend en Israël.

*Richard Prasquier, cardiologue,

est président du Conseil représentatif des institutions juives de France depuis 2007 (deuxième mandat en 2010). Il a réalisé la préface de l’ouvrage de Bruno Halioua, « Le Procès des

médecins de Nuremberg : l’irruption de l’éthique médicale moderne »,

éd. Vuibert, 2007.

ANTISÉMITISME

médicale moderne » , éd. Vuibert, 2007. ANTISÉMITISME Richard Prasquier* met en garde contre un piège
médicale moderne » , éd. Vuibert, 2007. ANTISÉMITISME Richard Prasquier* met en garde contre un piège

Richard Prasquier* met en garde contre un piège tendu à la communauté juive.

Pour le président du Crif, la banalisation du parti et de son discours, sa « dédiabolisation, est une grossière propagande.

DDV. Comment appréhendez- vous le programme du Front national vis-à-vis de la communauté juive ? Peut-on parler de « rupture » dans la doctrine du FN entre père et fille ?

Richard Prasquier. L’analyse de Marine Le Pen était simple : son père a obtenu moins de 18 % des votes à l’élection présidentielle de 2002. Or, du premier au deuxième tour, Jean Marie Le Pen n’avait amélioré son score que de moins de 1 % ; c’est dire qu’il restait infré- quentable pour la grande majorité de la population. Rien de tel pour sa fille, qui n’est pas entrée en politique pour jouer les utilités ou les filles à papa, mais pour conquérir le pouvoir par les urnes. L’impératif était donc de ratisser plus large que son père : il lui fallait se « normaliser ». Marine Le Pen pouvait se donner une image de femme libre en harmonie avec son époque, indifférente aux obsessions antisémites datées de son père, et protégée en quelque sorte par son inculture historique. Elle n’est pas femme à s’enthousiasmer, comme son père, sur « la poésie de Brasillach », qu’elle n’a probablement jamais lue.

DDV. Pourquoi essaie-t-elle, ou a-t-elle essayé, de séduire l’électorat juif ?

R.P. Evidemment pas pour améliorer son score électoral, tant les Juifs sont peu nombreux, même si leur taux de participation au scrutin est important. Mais obtenir l’appui de cet électorat, ou à tout le moins sa neutralité, aurait été le marqueur infaillible d’une nor- malisation réussie, qui lui permettait d’entrer dans la logique des alliances électorales, des désistements, des ren- versements de ligne majoritaire à l’UMP : tout ce que son père n’avait ja- mais pu obtenir. Jean-Marie le Pen ne masque pas ses haines. Antisémite, il l’a été, il l’est et il le restera : son pedigree est monocolore et ses liens, d’amitié et/ou d’intérêt, avec de nombreux dictateurs sulfureux du monde arabe ont complété cet antisémi-

tisme d’un net cachet anti-israélien. Sa fille a gardé les mêmes orientations en politique étrangère moyen-orientale :

ses déclarations très « compréhensives » vis-à-vis d’Assad, et plus encore sur la nucléarisation militaire de l’Iran (« pour- quoi n’en aurait-il pas le droit » ?), proviennent directement de son père et de quelques-uns de ses proches On peut noter qu’elles vont à l’encontre des impératifs de sécurité d’Israël que Marine Le Pen prétend respecter et défendre. Cette stratégie de séduction a échoué.

DDV. Les Juifs sont-ils tentés par le FN ?

R.P. Après des déclarations tonitruantes suivant lesquelles la communauté juive était en train de basculer en faveur de Marine Le Pen, on sait aujourd’hui qu’il n’en est rien. Les quelques essais d’éva- luation du vote « juif » pour le Front national suggèrent qu’il reste marginal, avec la prudence particulière qui doit s’attacher à un sondage de ce genre. Et les tentatives de créer des liens avec la communauté juive américaine ou avec l’Etat d’Israël ont assez piteusement échoué. L’échec de cette stratégie semble pris en compte par Marine Le Pen : on peut se demander si le bal à Vienne ne représente pas de ce point de vue une rupture assumée, un retour vers les fondamentaux qui fera plaisir aux anciens du Front national, mais qui découragera de nouveaux compagnons de route. S’agit-il d’une réorientation prise sous l’influence de son père ? Ce dernier sait aujourd’hui qu’il ne verra pas sa fille présidente de la République, ce qui aurait été une extraordinaire revanche par rapport à un système qui l’a constamment maintenu dans les marges. Ce n’est pas Jean-Marie Le Pen qui pourra pallier l’inconsistance laborieuse de sa fille en matière écono- mique. Mais au moins, à le voir revenir au premier plan, on peut se dire que les masques tombent enfin… » |

Propos recueillis par Justine Mattioli

Le FN et les valeurs En introduction de son programme, Marine le Pen se pose

Le FN et les valeurs

En introduction de son programme, Marine le Pen se pose en défenseur du « respect des valeurs républicaines, face aux féodalités locales et aux communautarisme ». Elle prône « un véritable redressement démocratique de notre République », et affirme vouloir protéger et faire rayonner les valeurs universelles de la France.

*Guy Carcassonne est un professeur de droit constitutionnel qui marie les analyses de sciences politiques aux analyses juridiques. Ancien conseiller du Premier ministre Michel Rocard, il est membre de la revue « Pouvoirs ». Fréquemment consulté sur des problèmes constitutionnels au sein de groupes de réflexion gouvernementaux (réforme du mode scrutin ; réforme du statut pénal du président de la République…), il est également membre du comité directeur de l’institut Montaigne.

LES VALEURS DE LA RÉPUBLIQUE

Guy Carcassonne* analyse la manière dont Marine Le Pen prend nos valeurs en otage

Suppression du droit du sol et réforme du code de la nationalité, application de la préférence nationale, pénalisation d’un pseudo « racisme antifrançais» : la vulgate du Front national veut transformer la nation en une tribu repliée sur elle- même, et où la peine de mort retrouverait sa place.

Guy Carcassonne. Tout cela est pour le moins confus. D’abord, il est singulier d’appeler « féodalités » des collectivités librement élues au suffrage direct. En- suite, si le système souffre d’un défaut grave, c’est plutôt de son manque de moyens que de son excès de puissance. Enfin, les « communautarismes » ne bénéficient dans notre pays d’aucun droit, de sorte qu’il est pour le moins abusif de les présenter comme concur- rents des valeurs républicaines. La V e République n’est pas sans défaut, mais quel régime constitutionnel serait parfait ? Si le critère du bon système est qu’il accorderait au Front national la place qu’il souhaiterait occuper, ce n’est guère satisfaisant. Les mêmes rè- gles s’appliquent à tous. Il est vrai que, politiquement, elles favorisent ceux qui peuvent ou veulent travailler avec d’au- tres et conclure des alliances à cette fin. Ceux qui se révèlent incapables de participer à de telles alliances n’ont à s’en prendre qu’à eux-mêmes, sans que cela les autorise à dénoncer comme injustes les contraintes auxquelles tous les autres se plient.

DDV. Marine le Pen parle des valeurs universelles de la France. Pourtant, on relève dans son programme :

la suppression du droit du sol et la réforme en profondeur du code de la nationalité ; la préférence nationale ; le racisme antifrançais considéré pénalement comme circonstance particulièrement aggravante. N’y a-t-il complète contradiction avec l’esprit même de nos valeurs d’égalité ?

G.C. De nouveau, elle mélange tout. La suppression du droit du sol et la réforme en profondeur du code de la nationalité, ceci a déjà été, hélas, largement entamé, sans avoir produit la moindre amélioration pour la nation, mais en provoquant des drames individuels que rien ne justifiait. La préférence nationale ? De nouveau, des obstacles juridiques existent, mais, au- delà de ceux-ci, la France a proclamé depuis 1789 l’existence de droits de l’homme et du citoyen. Les droits de

l’homme sont les droits de tous les hommes, parmi lesquels il n’y a pas de place pour des différences selon la nationalité. Quant aux droits des citoyens, ils s’attachent à la souveraineté. Et le prétendu « racisme antifrançais », je ne sais pas ce que c’est mais je sais ce que ce n’est pas : un concept juridiquement utilisable.

DDV. Dans son programme, elle souhaite également le « rétablissement de la peine de mort… »

G.C. Cela supposerait à la fois la dé- nonciation d’un engagement interna- tional et l’abrogation de l’article 66-1 de la Constitution. Surtout, il s’agit d’une pitoyable tentative de lancer un sujet qui est aujourd’hui derrière nous… Peut-être qu’en 1981, les Français étaient majoritairement défavorables à l’aboli- tion. Aujourd’hui, ils l’ont acceptée et nul ne la remet plus en cause, hors le FN. Il rencontre d’ailleurs peu d’écho sur ce thème, et c’est heureux. En conséquence, je considère qu’il n’y a pas lieu de lui faire ce cadeau qui consis- terait à la prendre au sérieux. En France et en Europe la peine de mort est morte, et bien morte. Point final.

DDV. En quoi sa conception de la nation est elle profondément différente de celle communément admise par les juristes ?

G.C. Ce n’est pas d’une nation qu’il s’agit dans la vulgate du Front national, mais bien davantage d’une tribu repliée sur elle-même, ne réunissant que des membres auxquels chacun peut spon- tanément s’identifier, par opposition à tous les autres. La vielle formule qui définit le patriotisme comme l’amour de son pays et le natio- nalisme comme la haine des autres se trouve ainsi, hélas, revivifiée. Certes, cette haine est moins belliqueuse, plus policée qu’elle le fut, mais son principe n’est pas plus admissible. La nation incorpore et intègre ceux qui sont liés par un passé, un présent et un avenir partagés. Même les mauvais citoyens restent pour nous des citoyens. |

Propos recueillis par Marie Pia Garnier

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pour nous des citoyens. | Propos recueillis par Marie Pia Garnier 9 Licra Le droit de

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pour nous des citoyens. | Propos recueillis par Marie Pia Garnier 9 Licra Le droit de

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pour nous des citoyens. | Propos recueillis par Marie Pia Garnier 9 Licra Le droit de

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10 Licra Le droit de vivre n° spécial 638 mars 2012 © Luc Perenom Le FN

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10 Licra Le droit de vivre n° spécial 638 mars 2012 © Luc Perenom Le FN

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10 Licra Le droit de vivre n° spécial 638 mars 2012 © Luc Perenom Le FN

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10 Licra Le droit de vivre n° spécial 638 mars 2012 © Luc Perenom Le FN

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© Luc Perenom
© Luc Perenom

Le FN et l’immigration

réduction en cinq ans de l’immigration légale (de 200 000 entrées par

an à 10 000) ;

suppression du regroupement familial ;

réduction du nombre de demandeurs d’asile ;

remise en cause des accords de Schengen ;

suppression du droit du sol et la réforme du code de nationalité française ;

immigration clandestine ramenée

à zéro, et suppression dans le droit français de la possibilité de régulariser des clandestins ;

aides au développement, notamment

avec les pays d’Afrique, subordonnées

à une coopération s’agissant des flux

migratoires (arrêt et inversion des flux).

*Patrick Peugeot est le président

national de la Cimade, engagé dans la vie de la Cité. Il mène de front ses activités de militant associatif et ses responsabilités de chef d’entreprise. Inlassable défenseur des sans-papiers, ce protestant convaincu dirige depuis mars 2006 une association qui accompagne les exclus dans la conquête et la défense de leurs droits, pour résister aux lois injustes, témoigner et interpeller les pouvoirs et les consciences.

« Alerte à la solidarité », son prochain livre,

sortira en avril 2012, aux éditions de l’Atelier.

IMMIGRATION

en avril 2012, aux éditions de l’Atelier . IMMIGRATION Patrick Peugeot*, président de la Cimade (
en avril 2012, aux éditions de l’Atelier . IMMIGRATION Patrick Peugeot*, président de la Cimade (

Patrick Peugeot*, président de la Cimade (1) , s’exprime sur le volet « immigration » du FN.

Le FN définit l’immigration comme un phénomène générant des coûts très importants, et fait l’hypothèse que c’est « un instrument utilisé par le patronat pour peser à la baisse sur les salaires » : il faut « stopper » les flux incontrôlables et incontrôlés dans l’Europe de Schengen.

DDV. Quelles sont vos réactions face au volet « immigration » proposé dans le programme du Front national ?

Patrick Peugeot. L’élément déterminant de ce programme, c’est qu’il prône le moins possible d’étrangers en France. C’est une remise en cause fondamentale de l’Europe : quasiment aucune dis- tinction entre Européens et étrangers non communautaires. Le FN met en cause la cohésion natio- nale. Beaucoup de gens sont issus de l’immigration, et le fait d’interroger et de mettre en opposition, voire de hié- rarchiser, les origines des gens qui sont là, c’est une façon de les déstabiliser, de contester le fait que certains de nos concitoyens aient pu devenir français sans être français de naissance ou sans être nés sur le sol français.

DDV. L’immigration est-elle un atout économique ?

P.P. Les amis de Marine Le Pen négli- gent l’intérêt économique que représente l’immigration. Les arguments du FN méconnaissent complètement l’apport économique des étrangers à l’économie française, pourtant largement démontré par plusieurs études indépendantes. De plus, il porte atteinte aux principes de base de la République, c’est-à-dire les inégalités introduites entre les individus qui habitent en France.

DDV. Pourquoi défendez-vous l’égalité des droits ?

P.P. La Cimade est très attachée à l’éga- lité des droits pour tous ceux qui habi- tent en France, qu’ils soient étrangers ou français. La France a bâti tout son système républicain, démocratique et social sur la base de l’égalité des droits issue de la Déclaration des droits de l’homme et de ses traditions d’hospita- lité.

Ce que le FN propose est exactement le contraire : il y a d’abord l’accès à la nationalité. On voit très bien que derrière cette difficulté, il y a l’argument de la race, et que plus tard il y aura je ne sais quel élément d’eugénisme qui en sortira. Cet élan vers la ségrégation sur tous les critères possibles, la mé- connaissance de la force d’une Nation, si l’on emploie leurs termes, basée sur la cohésion qui pourrait naître du fait d’habiter sur le même lieu, ils l’ignorent, ils le nient. Ils sont générateurs de conflits, générateurs d’insécurité dans les rapports entre les gens et de désta- bilisation de la société, alors même que ce sont les arguments qu’ils essaient de mettre en avant en parlant de sécu- rité, de cohésion nationale, la préférence nationale…

DDV. Pour vous, l’horreur absolue, c’est la ségrégation ?

P.P. La distinction entre Français et étrangers alors qu’ils habitent sur le même sol, la ségrégation des droits, la ségrégation que suggère le fait de re- fuser l’entrée, par exemple, avec les accords de Schengen, aux Européens suivant le pays dont ils sont issus, tout ça, c’est la négation absolue de tout ce qui fait la force de notre pays. Par conséquent, c’est un ensemble qui est intolérable et qui ne peut pas être ac- cepté dans notre République. Le FN ne doit pas être accepté comme une force démocratique normale. Nous ne pouvons pas et ne voulons pas leur interdire le droit de s’exprimer, mais nous avons le devoir de contester tous leurs arguments pour faire en sorte qu’un minimum de gens y trouvent leur choix politique. |

Propos recueillis par Justine Mattioli

choix politique. | Propos recueillis par Justine Mattioli ( 1 ) La Cimade (Comité intermouvements auprès
choix politique. | Propos recueillis par Justine Mattioli ( 1 ) La Cimade (Comité intermouvements auprès

(1) La Cimade (Comité intermouvements auprès des évacués) est une association créée en 1939. Elle « a pour but de manifester une solidarité active avec ceux qui souffrent, qui sont opprimés et exploités, et d’assurer leur défense quelles que soient leur nationalité, leur position politique ou religieuse. » (Article 1 des statuts) La Cimade accompagne les migrants et les demandeurs d’asile dans leurs démarches et leur hébergement en France.

Le FN et les étrangers Marine Le Pen a dit merci au ministre de l’Intérieur

Le FN et les étrangers

Marine Le Pen a dit merci au ministre de l’Intérieur Claude Guéant, selon lequel la France accueille trop d’étrangers : « 200 000 étrangers par an, c’est trop. » Elle veut ramener le chiffre de l’immigration légale à 10 000 personnes par an. Evidemment, la chef de file du Front national refuse tout droit de vote aux étrangers, et accuse Nicolas Sarkozy de s’être engagé en faveur de ce droit en 2005, avant de changer d’avis récemment, « comme une girouette ».

*Henri Leclerc est avocat pénaliste, ancien président de la Ligue des droits de l’homme et défenseur des grandes causes sociales. Il a plaidé pour Richard Roman,Omar Raddad ou Dominique Strauss-Kahn. Son dernier livre paru (éd. du Cavalier bleu) regroupe une série d’entretiens avec Christophe Perrin et Laurence Gaune.

ÉTRANGERS

avec Christophe Perrin et Laurence Gaune. ÉTRANGERS Pour M e Henri Leclerc*, « la xénophobie est

Pour M e Henri Leclerc*, « la xénophobie est le contraire même de ce qu’est la France »

A 78 ans, Henri Leclerc est toujours prêt à enfiler les gants contre la démagogie, le populisme et la haine de l’autre. Pour de brillant avocat, l’accueil n’appauvrit jamais, et la manière dont Marine Le Pen aborde le thème de l’étranger « fait appel à des sentiments malsains ».

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« fait appel à des sentiments malsains ». 11 Licra Le droit de vivre n° spécial

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« fait appel à des sentiments malsains ». 11 Licra Le droit de vivre n° spécial

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à des sentiments malsains ». 11 Licra Le droit de vivre n° spécial 638 mars 2012

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malsains ». 11 Licra Le droit de vivre n° spécial 638 mars 2012 DDV. Que pensez

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DDV. Que pensez vous de Marine Le Pen disant : « On peut parfaitement repousser des bateaux [d’immigrés illégaux] dans les zones internationales humainement. Faire du compassionnel est facile, mais il y a toujours quelqu’un qui paie le prix, et ce sont les Français » ?

Henri Leclerc. Je reconnais bien là la méthode de Mme Le Pen. En fait, le sort de ces gens sur des bateaux n’est pas son problème. L’important pour elle, c’est de paraître protéger la France contre l’étranger. Mais je ne vois pas en quoi les Français paieraient le prix de leur compassion. Les hommes et les femmes qui viennent en France ne leur font pas de concur- rence. Ils apportent leur force de travail. Ils concourent à la vitalité de la démo- graphie. Ils consomment. Ils paient des impôts, et les étudiants étrangers peuvent devenir nos ambassadeurs. Un des fondamentaux du Front national est de dire que l’accueil appauvrit. Mais l’accueil n’appauvrit jamais. A la fin, il enrichit.

DDV. Pour la présidente du FN, « il faut changer le code de la nationalité et supprimer le droit du sol […] »

H.L. C’est totalement absurde. Suppri- mer le droit du sol au profit du droit du sang est vouloir rayer quelque chose qui fait la France depuis la Révolution. Mme Le Pen veut tourner le dos à ce qui est une de nos traditions françaises les plus fortes, les plus constitutives :

celui qui est né en France est français. Encore ce principe est-il moins fort ici qu’aux Etats-Unis. C’est une règle très intégratrice. Or le problème est d’inté- grer les étrangers, on le sait bien.

DDV. Elle dit encore : « Cette arrivée massive […] de femmes et d’hommes ayant pour une très grande majorité une culture très différente de la nôtre rend toute assimilation inopérante. »

H.L. La France est faite de gens venus de toute part, chacun avec son propre

héritage qui peut enrichir la France. Mais Mme Le Pen est certainement comme M. Guéant : elle pense sûrement qu’il y a des civilisations et des cultures qui sont supérieures à d’autres. Quand on intègre, on ne trie pas. Inté- grer, c’est accueillir des gens différents, avec leur religion et leur culture. Même si, pour vivre en France, ils doivent respecter des règles communes. Pour Mme Le Pen, il est indispensable qu’un étranger qui arrive en France renonce immédiatement à ce qui fait son identité. Cela, c’est un vrai appauvrissement.

DDV. Marine Le Pen a également déclaré : « La solidarité nationale doit être réservée aux nationaux. Nous n’avons plus les moyens de prendre

en charge une politique certes

généreuse [

de notre dette. »

H.L. Je ne nie pas qu’il y ait de très graves difficultés économiques en ce moment. Mais bien avant la crise, le père de Mme Le Pen tenait les mêmes discours xénophobes et populistes, en liant notamment chômage et immi- gration. Le fond de commerce des Le Pen, père et fille (qui a simplement habillé le vieux discours d’une enveloppe moderne), est de dire que le danger, c’est l’autre, et qu’ils sont les seuls à pouvoir protéger les petites gens contre ce péril. C’est cela qui crée la haine.

]

compte tenu

DDV. Que faut-il combattre en premier ?

H.L. Ce qui est à combattre est l’idée que la France est une forteresse assié- gée, et que tout ce qui est étranger est un danger pour elle, comme s’il s’agissait de virus. En oubliant que les étrangers sont des êtres humains. Ce genre de conception – véhiculée pendant la Deuxième Guerre mondiale – mène à des catastrophes. Si on se referme sur soi-même, on en crève. Tout cela fait appel à des sentiments malsains. La xénophobie est le contraire même de ce qu’est la France. |

Propos recueillis par Georges Dupuy

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12 Licra Le droit de vivre n° spécial 638 mars 2012 « DERRIÈRE LA VITRINE Infiltrée

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12 Licra Le droit de vivre n° spécial 638 mars 2012 « DERRIÈRE LA VITRINE Infiltrée

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12 Licra Le droit de vivre n° spécial 638 mars 2012 « DERRIÈRE LA VITRINE Infiltrée

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12 Licra Le droit de vivre n° spécial 638 mars 2012 « DERRIÈRE LA VITRINE Infiltrée

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12 Licra Le droit de vivre n° spécial 638 mars 2012 « DERRIÈRE LA VITRINE Infiltrée

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de vivre n° spécial 638 mars 2012 « DERRIÈRE LA VITRINE Infiltrée au FN, Claire Checcaglini,
de vivre n° spécial 638 mars 2012 « DERRIÈRE LA VITRINE Infiltrée au FN, Claire Checcaglini,

Infiltrée au FN, Claire Checcaglini, dite Gabrielle Picard, cerne « la vérité du FN » : « juste antimusulman ». A lire.

D epuis quelques années, Marine Le Pen se bat pour donner une image respectable du Front

national en essayant de dédiaboliser le parti pour en faire un parti comme les autres. » Ainsi commence une lettre circulaire du Front national dans les rangs duquel s’est infiltrée Claire Chec- caglini. Pour y adhérer, elle a emprunté le nom de sa grand-mère : Gabrielle Picard, 35 ans, entre ainsi dans le parti de Marine Le Pen. En 1987, la journaliste Anne Tristan s’était fait passer pour une chômeuse dans le quartier nord de Marseille et avait infiltré le Front national, ramenant un livre qui racontait le quotidien du parti de Jean-Marie Le Pen. Ici nous voyons les changements avec l’ère Marine Le Pen. Gabrielle Picard se dit écrivain public et, le 1 er mai 2011, elle participe à son premier défilé aux côtés des militants FN. L’un d’entre eux lui a lancé : « Le FN, on dit que c’est raciste et xénophobe. C’est n’importe quoi, moi, je suis juste antimusul- man. » Très vite elle va se retrouver responsable à Neuilly-sur-Seine, et son secrétaire fédéral de lui expliquer qu’il faut être prêt à la guerre pour la purifi- cation ethnique. Laver la France de toute présence musulmane, tel est l’ob- jectif affiché ; et le moyen proposé, c’est un référendum qui prônera l’éradication de l’islam en France. Au banquet de « Rivarol », en mai 2011, notre infiltrée croise des négationnistes fiers de l’être qui, à propos de l’affaire Strauss-Kahn, évoquent « la perversité des juifs ». Mais son activité militante tourne autour de Neuilly où un certain nombre de frontistes regrettent le temps de Jean-Marie. Entre celui qui soutient la mémoire du Maréchal et qui déplore le ménage fait par Marine, et le secré- taire fédéral pour qui les immigrés servent à faire baisser les salaires, la haine de l’autre est pour le moins bana- lisée. « En Corse, dit l’un, au moins on sait régler le compte des musulmans », et par le geste, d’imiter un pistolet. Mais à toute occasion on recrute des candidats pour représenter le FN aux législatives ou au sénatoriales, et notre infiltrée éprouve toutes les difficultés du monde à se récuser.

Edifiant de découvrir ce que le FN d’aujourd’hui dit des juifs lorsque les observateurs étrangers ne les écoutent pas. « Ils veulent dominer le monde, ils sont partout, dans les médias, à la banque, la finance. A Neuilly, ils viennent d’ouvrir un deuxième lieu de culte. » Au ton de la remarque, Claire Checcaglini devine que l’annonce de la construction

idées et des thématiques qui nous sont proches. Plus il y aura des Zemmour, plus les gens se poseront les bonnes

» Le journaliste du « Fig

Mag » apparaît comme une figure

courageuse dans cet univers médiatique toujours décrié.

A tous ceux qui seraient tentés par le

vote FN, il faut recommander la lecture de ce livre. Ils découvriront que le Front national est toujours le même, prêt à

questions

se
se

d’une mosquée n’aurait pas été pire. « Mais les juifs d’aujourd’hui sont 800 000, dit le secrétaire fédéral, donc je n’en ai rien à foutre, ils ne me déran- gent pas plus que ça. Les Arabes sont entre 5 et 15 millions, on ne sait pas exactement, et ils font chier ! » « Des médias FN ? », interroge un militant lors de l’université d’été du Front national à Acropolis. On lui répond : « Nous, on peut noyauter les médias existants. Quelqu’un comme Zemmour, qui a pris la parole dans le vacarme assourdissant de la gauche, même s’il n’est pas FN, remue des

laisser aller à tous les racismes, sans

oublier un antisémitisme qu’on peut qualifier de fondateur. En même temps, avec Marine, il a changé et sait ce qu’il faut cacher. La haine de l’islam devient l’essentiel parce qu’on ne peut pas dire tout ce qu’on pense des juifs sans risquer de s’attirer les foudres d’une

opinion publique marquée aujourd’hui par la mémoire de la Shoah. Voilà qui éclaire les limites de l’entre- prise de dédiabolisation menée par la fille du chef. Le parti est tiraillé entre sa volonté de fédérer les cha- pelles les plus radicales de l’extrême droite et celle d’une « normalisation ». Ce n’est qu’au prix de crises, de dé- parts incessants de ses cadres, voire de scissions, que le Front national oscille entre ces options. En dépit de son installation dans le paysage politique, le FN est toujours obligé de remonter la pente, un jour pour renflouer ses finances, un autre pour tenter une impossible correction d’image après un déra- page du vieux chef, opéré tout autant pour des raisons internes que par conviction idéologique. Pour obtenir le soutien électoral le plus large possible, le parti doit

se donner des allures d’un parti comme

les autres, mais s’il veut continuer à se

différencier dans la compétition et

bénéficier de l’appui de ses militants,

il doit se distinguer. A quelques jours

de l’élection présidentielle, les ensei-

gnements de ce livre méritent d’être médités. |

Antoine Spire

« Bienvenue au Front », de Claire Checcaglini. Ed. Jacob Duvernet.

CONVENTION DE NÎMES du 16 au 18 mars 2012
CONVENTION DE NÎMES
du 16 au 18 mars 2012

Un débat rafraîchissant…

13

du 16 au 18 mars 2012 Un débat rafraîchissant… 13 Licra Le droit de vivre n°

Licra

du 16 au 18 mars 2012 Un débat rafraîchissant… 13 Licra Le droit de vivre n°

Le droit

de vivre

Un débat rafraîchissant… 13 Licra Le droit de vivre n° spécial 638 mars 2012 La convention

n° spécial

638

13 Licra Le droit de vivre n° spécial 638 mars 2012 La convention nationale de la

mars

2012

La convention nationale de la Licra avait rendez-vous à Nîmes, dans l’auditorium de l’hôtel Atria. Salle comble pour les discours musclés de Patrice Bilgorai et d’Alain Jakubowicz, qui posent le cadre du débat entre les représentants de MM. Bayrou, Mélenchon, Hollande et Mme Joly.

L a Lica, avant de devenir la Licra, fut d’abord la ligue contre les pogroms. Une manière de rappeler

que le combat contre l’antisémitisme et le racisme ne s’est jamais éteint. Aujourd’hui comme hier il n’est pas supportable d’enfermer des populations entières dans des statuts de présumés délinquants… Les mêmes discours de défiance, les mêmes politiques du soup- çon, le même ressentiment pernicieux contre un prétendu ennemi intérieur reviennent, et le racisme comme l’antisé- mitisme sont de moins en moins tabous.

Ce n’est pas une raison pour tomber dans l’acédie, la perte d’espérance et de sens, longtemps considérée comme un péché mortel pour les moines qui en étaient atteints… Ce sera même tout le contraire : la projection du film réalisé par Serge Moati, qui met quatre candi- dats aux prises avec les 50 propositions de la Licra, est l’occasion d’une franche hilarité. Et une véritable « leçon de chose politique », et de civisme : une notion très présente dans ce film où, contre toute attente, les candidats sont souvent drôles, parfois à leurs dépens,

parfois sciemment. C’est pourquoi on rit beaucoup des facéties de ces candi- dats dont les différences sont à la fois patentes et pas si tranchées. Pour soutenir le débat qui suit la pro- jection, seuls quatre des cinq candidats pressentis ont joué le jeu et se sont dé- placés : Noël Mamère pour les Verts, Alexis Corbières pour le Front de gauche, Jean-Luc Benhamias pour le Modem, et George Pau-Langevin pour le PS. Pourtant le déplacement valait le détour, avec Serge Moati en grand manitou de l’échange politique : « Je n’en peux

Deux jeunes stagiaires nîmois à la convention Camille et Aymeric sont deux étudiants de l’Ifag
Deux jeunes stagiaires nîmois à la convention
Camille et Aymeric sont deux étudiants de l’Ifag (1) . Revendiquant
une sensibilité de droite face à une organisation qu’ils perçoivent
comme étant « de gauche », c’est pourtant le projet de la convention
de Nîmes qu’ils ont choisi pour valider un parcours
professionnalisant. Le caractère associatif de la Licra, ses valeurs
humanistes, les opportunités de contacts les ont séduits.
Ni l’un ni l’autre ne regrettent l’aventure : tous deux pensent au
contraire que la collaboration avec des gens plus âgés et « très
cultivés » a été socialement un plus. Une occasion d’être en prise
directe avec la réalité de l’organisation d’un véritable événement.
Ils avouent cependant avoir un peu souffert : les gens de la Licra
pétillent souvent d’idées, selon eux, mais auraient du mal à passer
à l’acte, à rentrer dans les détails logistiques…
Professionnellement et humainement, ils estiment avoir beaucoup
convaincre la Licra d’organiser une conférence sur la discrimination
à l’embauche, sujet qui aurait certainement été attractif pour d’autres
jeunes.
A la question de DDV, « et maintenant, pensez-vous rejoindre la Licra ? »,
ils se montrent à la fois intéressés et réservés : donner du temps, avoir
un espace de discussion, oui, mais ils craignent de ne pas y arriver
tant ils sont préoccupés par la réussite de leurs études ! |
appris, puisqu’ils ont été associés à tout le processus, depuis sa genèse
jusqu’à sa tenue. Ils se sont confrontés aux difficultés de la recherche
de sponsors, qu’ils ne voyaient pas aussi complexe — une véritable
« claque »
Ils regrettent cependant de ne pas avoir réussi à
M.S.
(1) Institut de formation aux affaires et à la gestion.

14

14 CONVENTION DE NÎMES Licra plus des valeurs. Je ne connais que l’action pour les valeurs

CONVENTION DE NÎMES

Licra

14 CONVENTION DE NÎMES Licra plus des valeurs. Je ne connais que l’action pour les valeurs

plus des valeurs. Je ne connais que l’action pour les valeurs », clame-t-il. Le débat se déroulera sous l’auspice de

la fraternité, un concept trop souvent oublié, alors que la fraternité est d’abord», clame-t-il. Le débat se déroulera sous l’auspice de 638 un combat d’idées où on doit

638 un combat d’idées où on doit réappren-

dre le goût de la parole et de l’échange vigoureux. C’est quand on cesse de sed’abord 638 un combat d’idées où on doit réappren- 2012 parler que le péril de la

2012 parler que le péril de la fracture sociale et du racisme ressurgit. Pour ce compte rendu qui ne saurait être exhaustif au risque d’être fastidieux, trahissant ainsi son esprit, pêchons çà et là quelques petites phrases… « La fraternité est aujourd’hui sérieu- sement cabossée » pour Noël Mamère, car « il y a des gens dans ce pays qui distillent du poison dans la société, qui profitent des plus vulnérables et qui instrumentalisent les peurs… Mais il y a aussi une autre France, qui combat pour rendre la fraternité active et mili- tante… » Jean-Luc Benhamias pense que « la gestion des flux migratoires est es- sentielle puisque des gens sont prêts

Le droit

de vivre

n° spécial

mars

à mourir pour venir. La frontière est

Pourquoi nous, petits

Blancs, aurions-nous le droit de circuler et eux non ? » Et il termine, sous les applaudissements de la salle : « Com- ment aurais-je pu être français si mes parents et mes grands-parents n’avaient pu être accueillis sur le ter- ritoire français ? » Serge Moati rebondit sur le vote des étrangers et leur accès à la citoyenneté :

« Régulariser les étrangers, a-t-il le courage de dire, c’est ce qui va per- mettre de ne pas encourager les concur- rences déloyales à l’intérieur de l’en- treprise, et pousser les gens à ne pas accepter n’importe quoi : l’immigration n’est pas responsable du chômage dans le pays. » Et Noël Mamère d’ajouter : « Peut-être faut-il dire que le vote des étrangers non européens, souvent d’ailleurs installés depuis des lustres en France, est plus cohérent et plus logique que celui des ressortissants issus de la CEE :

les immigrés, en réalité, ne sont pas

une hypocrisie

des étrangers et connaissent très bien le pays dont ils partagent le destin. » C’est pourquoi, pour George Pau- Langevin, « il faut arrêter de les instrumentaliser » et « faciliter l’accès à la nationalité » — « un véritable par- cours du combattant », pour Alexis Corbières… Oui, pour Jean-Luc Ben- hamias, « il faut dire à ceux qui sont derrière les guichets d’avoir un peu de courage et un peu de souplesse :

renoncer, par exemple, à exiger le papier qui leur manque et qu’ils n’au- ront jamais… » Alexis Corbières et George Pau-Langevin ont le mot de la fin : « Supprimer le mot race de la Constitution ? » Oui, bien sûr qu’ils y sont favorables. François Hollande s’y est engagé, mais il faut aller plus loin : « Je ne veux pas qu’on laisse croire que les rédacteurs de la Constitution avaient une vision raciale des choses. Le mot race, même à titre négatif, est un mot périmé. » |

Mano Siri

à titre négatif, est un mot périmé. » | Mano Siri Le candidat Sarkozy non représenté

Le candidat Sarkozy non représenté à Nîmes. Dommage…

Patrice Bilgorai, le dynamique président de la section de Nîmes,

le souligne avec raison : sa section, créée il y a moins de six ans,

a su organiser une convention nationale au cours de laquelle chacun

a pu vérifier que la valeur n’attend pas le nombre des années.

Avec son secrétaire général Jean-François Bloch et l’ensemble de son équipe, il a su mobiliser des partenariats astucieux — avec la chambre de commerce, l’Ifag (école supérieure de management), l’école de l’ADN, la Ville de Nîmes, le conseil général du Gard, le conseil régional — dans une ville et une région où il est arrivé

au Front national de se tailler la part du lion (plus d’un électeur sur quatre), et où les agressions de synagogue, de la mosquée de Beaucaire ou contre des homosexuels ont défrayé la chronique. Alain Jakubowicz a tenu, dès le samedi matin, à confier aux militants venus de toute la France, l’excellent accueil que les principaux candidats à l’élection présidentielle lui ont réservé.

Il les a rencontrés avec Serge Moati, qui avait pour mission de les

faire réagir, face à sa caméra, aux 50 propositions de la Licra.

Nicolas Sarkozy a refusé, au dernier moment, d’être filmé. Alain Jakubowicz a résumé la rencontre en ces termes : « Nous ne

sommes pas d’accord sur tout, mais notre entretien fut chaleureux

et amical. » Raison de plus pour ne pas comprendre la fausse polémique lancée à la suite de cet entretien, quand Nicolas Sarkozy, s’arrêtant au titre d’une dépêche de presse, a reproché au président de la Licra d’avoir prétendu qu’il serait dans une proximité idéologique avec Marine Le Pen. Alain Jakubowicz n’a jamais tenu de tels propos ni opéré un tel rapprochement. Il s’est contenté de constater que les motifs avancés par Nicolas Sarkozy pour refuser la proposition de la Licra de supprimer le terme « race » de l’article premier de la Constitution étaient les mêmes que ceux avancés par la présidente du Front national. Cela ne fait évidemment pas de lui un « suppôt » du mouvement d’extrême droite. Nicolas Sarkozy en a pris prétexte pour refuser d’être représenté au débat organisé à Nîmes sous la conduite de Serge Moati. Mme Jeannette Bougrab qui devait venir s’est décommandée au dernier moment. Chacun n’a pu que le déplorer. Gageons que cet incident sera sans lendemain. Alain Jakubowicz a rappelé que toutes les sensibilités républicaines sont représentées au sein de la Licra, ce qui est non seulement sa spécificité, mais aussi sa force et sa richesse. |

Antoine Spire

CONVENTION DE NÎMES

CONVENTION DE NÎMES Bertrand Jordan. Christian Siatka et des stagiaires de la Licra. ( 1 )

Bertrand Jordan.

CONVENTION DE NÎMES Bertrand Jordan. Christian Siatka et des stagiaires de la Licra. ( 1 )

Christian Siatka et des stagiaires de la Licra.

Jordan. Christian Siatka et des stagiaires de la Licra. ( 1 ) Biologiste moléculaire et directeur

(1) Biologiste moléculaire et directeur de recherche au CNRS, auteur de « L’Humanité au pluriel », éd. du Seuil, coll. « Science ouverte ».

(2) Lévi-Strauss en fut un représentant éminent (3) Contrairement aux singes…

ont une réelle incidence sur notre

apparence, notre taille, notre métabolisme, notre vulnérabilité ou notre susceptibilité clinique. (5) Cf le film « Dersou Ouzala ». (6) Signalons au passage que la blancheur de peau n’est pas l’indice d’une « race », mais le signe hérité d’une maladie génétique chez les populations africaines qui ont colonisé le continent européen : la peau claire favorise la synthèse de la vitamine D dans les conditions de basse lumière

(4)

qui

vitamine D dans les conditions de basse lumière ( 4 ) qui La génétique peut-elle encore

La génétique peut-elle encore justifier l’existence des races ?

En lever de rideau de la convention, vendredi 16 mars, c’est avec cette question que Jean-François Bloch, l’un des « patrons » de la section nîmoise, présente ses deux invités, Bertrand Jordan (1) et Christian Siatka, directeur de l’école de l’ADN, à la centaine de personnes qui se pressent dans la salle.

L a question de la justification de l’existence des races par la géné- tique est loin d’être anodine : la

science a souvent été instrumentalisée pour justifier des dérives racialistes. Or le mot « race », apparu dans le droit français en 1939, puis élevé au rang de principe légal sous Vichy, a été conservé à titre négatif dans le 1 er article de la

Constitution de la V e République. Concept obsolète et inopérant, sa suppression de la Constitution, si elle ne supprimera pas le racisme, en délégitimera toute récupération à des fins perverses. Car si l’existence supposée de races n’a pas fait problème à la France des Lumières, qui s’en servait pour résoudre la contradiction posée par l’égalité en droit des hommes et l’asservissement de certains dans les terres colonisées, son utilisation à des fins génocidaires par les nazis a conduit à son rejet et à la naissance d’une pensée du « tout- culturel » (2) .

Cette position est-elle encore tenable avec l’entrée en scène de l’ADN et la lecture intégrale du génome humain, qui se met en place dans les années 1970 ? La génétique a-t-elle son mot à dire sur l’hérédité et sur la détermination de caractères constants à l’intérieur de groupes humains « spécifiques » ? « L’espèce humaine », contrairement, par exemple, aux gorilles, est jeune :

l’existence des hommes ne remonte qu’à 200 000 ans (3) . Cette jeunesse de l’humanité a pour conséquence son homogénéité génétique à 99,9 %. Il y a donc plus de différences génétiques entre deux chimpanzés qu’entre deux êtres humains ayant apparemment des caractères morphologiques différents. Mais ce différentiel de 0,1 % génère néanmoins un potentiel de 3 millions de différences ponctuelles entre deux êtres humains. Il y a donc une forme de contradiction à dire qu’il n’y a pas de « races » humaines et à faire l’expé- rience sensible quotidienne de ces différences d’un homme à l’autre Actuellement, on est en venu à compren- dre que ce différentiel potentiel se réduit en fait à quelques centaines de diffé- rences réellement pertinentes en termes

Il y a donc bien inégalité

génétiques (4)

génétique, mais qui n’a de signification que contextualisée : la myopie, par

exemple, qui pouvait signifier la mort pour les chasseurs-cueilleurs d’il y a 20 000 ans (5) et constituait une forte

inégalité entre les hommes, n’a plus aujourd’hui cette signification ! Mais cette diversité d’un individu à l’autre peut-elle générer des caracté- ristiques génétiques constantes pour un groupe humain ? La question mérite d’être posée mais doit être interprétée avec prudence : les Snips (Single Nucleotide Polymorphism), autrement dit les différences ponctuelles de codage génétique des chromosomes, montrent d’une part qu’il n’y a pas de marqueurs spécifiques de groupes humains qui permettraient de les identifier, mais que d’autre part on peut relever des fréquences de variation dans certains groupes humains aux origines géogra- phiques identiques. Concrètement, cela signifie que des êtres humains, à partir du moment où ils partagent un même espace géogra- phique, vont, du fait des alliances contractées, répéter statistiquement ces variations génétiques. C’est ce qui explique leur visibilité et ce qui permet de dire que dès que ces individus migrent, ces variations vont se répandre nécessairement ailleurs, induisant le phénomène au fond le plus massif de l’espèce humaine : son brassage per- manent Ainsi, toutes les études montrent que la fréquence de ces variations est d’au- tant plus sensible et commune à deux groupes (par exemple le groupe dit européen (6) et le groupe africain) que ceux-ci se sont en réalité métissés En définitive, l’analyse génétique, aussi fine soit-elle, souligne le décalage entre l’ascendance génétique et la « race sociale » L’humanité reste très homogène, caractérisée fondamentalement par son indéterminisme génétique, dont les variations n’ont de valeur que statistique et aucune signification raciale. Nous n’avons pas de destin biologique qui nous déterminerait. La notion de « race » n’a donc aucune valeur si ce n’est culturelle et sociale, et l’idée d’identité biologique est illusoire et dangereuse. Autrement dit, pour ce qui est de l’homme, le préalable culturel est tou- jours de mise et ne peut être évacué au nom d’une scientificité qui, comme l’aurait dit Canguilhem, n’est jamais exempte de l’idéologie scientifique – donc politique et sociale – qui la rend légitime. |

Mano Siri

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donc politique et sociale – qui la rend légitime. | Mano Siri 15 Licra Le droit

Licra

donc politique et sociale – qui la rend légitime. | Mano Siri 15 Licra Le droit

Le droit

de vivre

donc politique et sociale – qui la rend légitime. | Mano Siri 15 Licra Le droit

n° spécial

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donc politique et sociale – qui la rend légitime. | Mano Siri 15 Licra Le droit

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16 Licra Le droit de vivre n° spécial 638 mars 2012 CONVENTION DE NÎMES Alexis Corbières,

Licra

16 Licra Le droit de vivre n° spécial 638 mars 2012 CONVENTION DE NÎMES Alexis Corbières,

Le droit

de vivre

16 Licra Le droit de vivre n° spécial 638 mars 2012 CONVENTION DE NÎMES Alexis Corbières,

n° spécial

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16 Licra Le droit de vivre n° spécial 638 mars 2012 CONVENTION DE NÎMES Alexis Corbières,

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2012

CONVENTION DE NÎMES Alexis Corbières, Noël Mamère, Jean-Luc Benhamias et George Pau-Langevin Serge Moati
CONVENTION DE NÎMES
Alexis Corbières, Noël Mamère, Jean-Luc Benhamias et George Pau-Langevin
Serge Moati
L’équipe de Nîmes, organisatrice de la convention
Mamère, Jean-Luc Benhamias et George Pau-Langevin Serge Moati L’équipe de Nîmes, organisatrice de la convention