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〚 1 〛 « Changeons »

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« Changeons »

〚 1 〛 « Changeons »

E n 2008 sortait dans les salles de cinéma un lm réalisé par Clint Eastwood, “Change- ling” [mais “ The Changeling” a déjà beaucoup servi, au théâtre (en 1622), en littéra- ture, au cinéma et dans la chanson], devenu sur nos écrans « L’Échange » (soit dit

en passant, c’est « substitution » qui convenait).

Pour dé nir le terme, le Concise Oxford English Dictionary s’en tient à sa sobriété coutu- mière :

Child believed to be substituted for another by stealth, esp. an elf-child left by fairies.’ (« Selon certaines croyances, enfant remplacé subrepticement par un autre, en particu- lier enfant-elfe abandonné par des fées. »)

C’est donc l’équivalent de „Wechselbalg“ dans le folklore allemand (cf. aussi le « roman familial », der Familienroman [mais the Family Romance], chez Freud).

De son côté, Wikipédia explique : « dans le folklore européen, un leurre abandonné par les fées en échange de nouveau-nés enlevés à leurs parents », ce qui serait acceptable si le mot ainsi glosé n’était pas « changelin » (que, je m’empresse de le dire, Wikipédia n’a pas inventé). Ce choix terminologique est désolant.

Quel besoin y a-t-il d’un pâle reflet de l’anglais

alors qu’il su t de réactiver changeon ?

On connaît la strophe du Lais où Villon en donne une illustration :

Item, au seigneur de Grigny Laisse la garde de Nygon* Et six chiens — plus qu’a Montigny —, Vicestre*, chastel et dongon,

Et a ce malostru

Mouton, qui le tient en procés, Laisse troys coups d’ung escourgon Et couchier, paix et aise, es ceps.

changon ,
changon
,

*Nigeon, entre Chaillot et Passy

*Bicêtre, au sud de Paris

Il faut lire :

dongeon, changeon, escourgeon.

Jean Rychner et Albert Henry (1977) glosent : « terme d’injure, proprement ‘enfant de démon que celui-ci substitue à un autre’ et qui ne prospère pas, tout en épuisant le lait de plusieurs nourrices. »

(malostru « mal bâti, di orme, physiquement disgrâcié », le sens initial étant « né sous une mauvaise étoile », cf. catalan malastruc « desgraciat que porta desgràcia », occitan malastruc — « Mailolin, joglars malastruc », Bertran de Born —, castillan ancien malastrugo « desgraciado, de mala suerte, desdichado », italien des XIII e -XIV e s. malastrù p. ex. « Ahi

e malnati, che disertate vedove e pupilli, che rapite a li men possenti, che furate e occu-

pate l’altrui ragioni; e di quelle corredate conviti, donate cavalli e arme, robe e denari, portate le mirabili vestimenta, edi cate li mirabili edi ci, e credetevi larghezza fare ! » Dante, Convito IV, XXVII.)

malestrui

edi fi cate li mirabili edi fi ci, e credetevi larghezza fare ! » Dante, Convito

La plus ancienne attestation semble être chez Gautier de Coinci (II Mir 9, 1866), De l’Em- pereri qui garda sa chastée par moult temptacïons : (l’héroïne, préférant la mort au déshon- neur, provoque la fureur de ceux qui la menacent)

« Por les denz bieu ! font cil ulage 1 , Cele fresaie, cele drage Getons en mer isnelement, Espoir par par son sermonement Cuide que nos talens changons.

Ele nos tient toz pour

changons 2 ,
changons
2 ,

Pour enfantilz et pour buisnars. » Lors la prendent de toutes pars Par les piez, par les treces blondes ; Jeter la vuelent sur les ondes…

Par les dents de Dieu, disent ces pirates/hors-la-loi fresaie « oiseau de malheur »

Peut-être par son discours croit-elle nous faire renoncer à nos désirs. Elle nous prend tous pour des attardés/niais/imbéciles

Occurrence suivante dans la chanson de geste du Siège de Barbastre (cycle de Guillaume d’Orange) au vers 5400 (éd. Bernard Guidot, 2000, p. 287) :

Guillaume s’en repere vers lors diex a bandon, Et vit desuz l’estache l’ymage tout en son ; Grant cop li va donner ens el chief d’un baston Outre le fet torner aussi comme .I. changon.

(p. 451 : « enfant d’incube, petit monstre, petit démon »)

(Anne Martineau, Le nain et le chevalier : Essai sur les nains français du Moyen Âge, 2003, a fait le rapprochement « entre des créatures surnaturelles, souvent méchantes et dangereu- ses, et les humains qui avaient le malheur de venir au monde ainsi contrefaits. »)

Je mentionnerai encore, parce qu’à ma connaissance il n’a pas été repris, le verbe achan-

« XIV e s. Et de ce ilz fremissent et se achangonnissent et sechent, si comme il est dit

au pseaulme Beatus vir qui timet Dominum. — Raoul de Presles, Cité de Dieu, XVII, Exp. sur le chap. 17, édit. 1531. »

gonnir 3

, XVII , Exp. sur le chap. 17, édit. 1531. » gonnir 3 Comme changeon permettait
, XVII , Exp. sur le chap. 17, édit. 1531. » gonnir 3 Comme changeon permettait

Comme changeon permettait des insinuations malveillantes sur les circonstances entourant la naissance de la personne à l’adresse de qui on employait l’épithète, à force de sornettes évoquant des relations sexuelles fécondes entre démons et fées [J. Grimm, Deutsche Mytho- logie, cite à propos des cambiones un texte de 1415 de Nicolao Magni de Gawe = Jawor, voïvodie de Basse-Silésie, en allemand Jauer ; à compléter par Paul Meyer, Romania XXXII 1903 pp. 452-3 qui fait état d’un sermon de l’évêque d’Acre, Jacques de Vitry (1178-1240)], et de fatras de divagations d’hallucinés et d’élucubrations de manipulateurs sur les incubes et les succubes, le mot avait ni par vouloir dire bâtard ou avorton :

1 cf. vieux-norrois útlagi, vieil-anglais ū tlaga ‘outlaw’, néerlandais uitlaag.

2 Voir Olivier Collet, Glossaire et index critiques des œuvres d’attribution certaine de Gautier de Coinci, 2000, p.

102.

3 A. Delboulle, Mots obscurs et rares de l’ancienne langue française, in Romania XXXI (1902) p. 351, avec la note de Gaston Paris dans laquelle je relève : « Le mot canjon signie encore dans le Val de Saire en Nor- mandie (voy. le Glossaire de Romdahl) « enfant qui ne croît pas », d’où s’achanjonir, « s’étioler ». »

Henry [VI], par la grace de Dieu roy de France et d’Angleterre, savoir faisons a tous presens et avenir nous avoir receu l’umble supplication de Jehan Rossignol, povre jeune homme laboureur, chargié de jeune femme ensainte d’enfant, aagié de XXII ans ou environ, demourant a Paris, conte- nant que après ce que il et Guillaume Tirant, son voisin, eurent joué par esbatement et amiable- ment ensemble au jeu des quartes, a certain jour de jeudi du mois de janvier derrenierement passé, pour une pinte de vin que perdi ledit Tirant, ledit suppliant demanda et voult estre paié de ladicte pinte de vin, icellui Tirant en soy courrouçant l’appella « changon », et lui dist autres dures parolles, a quoy ledit suppliant respondi qu’il n’estoit point changon, et qu’il greveroit et courrouceroit ledit Tirant avant qu’il feust gaires de temps. […]

Lettre de rémission (extrait), 1427, citée par Auguste Longnon, Paris pendant la domination anglaise (1420-1436), Paris, Champion, 1878, p. 145

On voit que l’injure peut porter (au choix) sur l’identité, la légitimité, la normalité.

La suite est paradoxale. Alors que changeon sortait de l’usage et que « l’enfant substitué » ne survivait que dans les contes et comme procédé dans la ction, la langue a longtemps conservé une expres- sion qui en est indissociable ; la voici chez Littré :

Changer un enfant en nourrice, substituer un autre enfant en place de celui qui a été remis à la nourrice.

« Y a-t-il au monde un honnête homme qui n’eût horreur de changer l’enfant d’un autre

en nourrice ? » J. J. ROUSS. Hél. III, 18. Un enfant a été changé en nourrice, la nourrice l’a substitué à celui qu’elle avait reçu des parents. Son enfant a été changé en nourrice, la nourrice a remplacé l’enfant de cette mère par un enfant étranger. Fig. Il faut qu’il ait été changé en nourrice, se dit d’un enfant qui ne ressemble point à ses parents pour les traits, pour le caractère. On dit dans le sens opposé : il n’a pas été changé en nourrice.

« Il y a ici une petite Mme de N***, qui n’y entend pas tant de nesse ; elle est belle et jeune ; elle est de la maison de M*** et n’a point été changée en nourrice. » SÉV. 27 nov. 1675.

Cela permet de goûter une des facettes de ce passage de Cervantès (DQ, II, XXX), où la duchesse s’informe auprès de l’un des plus célèbres écuyers :

— Decidme, hermano escudero, este vuestro señor, ¿no es uno de quien anda impresa una historia que se llama del Ingenioso Hidalgo don Quijote de la Mancha, que tiene por señora de su alma a una tal Dulcinea del Toboso?

— El mesmo es, señora — respondió Sancho —, y aquel escudero suyo que anda, o debe de

andar, en la tal historia, a quien llaman Sancho Panza, soy yo, si no es que me trocaron en la

cuna, quiero decir que me trocaron en la estampa.

« Dites-moi, écuyer mon ami, votre maître n’est-il pas cette personne à propos de

laquelle circule sous forme imprimée une histoire intitulée l’Ingénieux Hidalgo Don Quichotte de la Manche, qui a pour dame de ses pensées une certaine Dulcinée du To- boso ? — Lui-même, madame, répondit Sancho, et l’écuyer qui erre à sa suite, ou se

trouve bien obligé d’errer dans l’histoire en question, qu’on appelle Sancho Pança, c’est moi, à moins qu’on ne m’ait échangé au berceau, je veux dire échangé à l’im- primerie. »

Rem. 1 : « anda, o debe de andar » renvoie à caballero andante (chevalier errant) et invite à voir en celui qui parle un "escudero andante" (écuyer errant), juxtaposition de termes incompatibles au même titre que Bourgeois gentilhomme.

Rem. 2 : « si no es que me trocaron en la cuna, quiero decir que me trocaron en la estampa » a) = « à moins que moi ne soit un autre » (cf. item # 6 la nursery rhyme Lawkamercy- me”) ; b) cuna = « berceau (de bébé) ; berceau de presse [Laufbret, cradle, corsatoio], partie antérieure de la presse [à imprimer] sur laquelle roule le marbre ».

Quelle évolution par rapport à

O that it could be proved That some night-tripping fairy had exchanged In cradle clothes our children where they lay” (dit par Henry IV dans la pièce éponyme) !

(Changeling appartient au vocabulaire shakespearien, mais il y a aussi d’autres acceptions. Du reste, changeon également est polysémique, cf. DMF 2010.)

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Changeon, on ne le dit pas assez (Paul Meyer, Romania XXXII 1903 p. 453, ne mentionne que changeling) était passé en moyen-anglais.

Hans Kurath, Middle English Dictionary, Part C.5 (1960), p. 515 :

conjŏ un n. Also conjeon, -jon, congioun, -gion, conioun, -ion, quengeoun, (early) canioun, cangun. [AF cang ̆oun, corresp. to CF chanjon a changeling.]

1. A fool, a nincompoop; a worthless person, a rascal.

c1225(?c1200) HMaid.(Bod 34)

a1250 Ancr.(Tit D.18:Morton) 62: Cangun [Nero: nis heo to muche cang oð er to folherdi]. c1230 *Ancr.(Corp-C 402) 29a: Cang dohter iwur ð as mone i wonunge, þriueð as þe cangun se lengre se wurse. c1300 SLeg.Kath.(LdMisc 108) 95: Seie, dame conIoun, ȝwat art þou? c1330(?a1300) Arth.& M.(Auch) 206: Our king is bot a conjoun [LinI: konioun]; þo he sei ȝe swerdes drawe, To fle sone he was wel fawe. (1340) Ayenb.(Arun 57) 76/34: Þet byeþ þe smale stones of gles ssynynde, and þe conioun his bay þ uor rubys. c1390 PPl.A(1) (Vrn) 11.86: Nou comeþ a Conioun and wolde cacchen of me wittes.

28/471: Beo he cangun oð er crupel þu most to him halden.

a1400 Ancr.Recl.(Pep 2498) 96/4: Werldelich wele and oþer swich vayn glories caniouns [*Ancr.: cang men] to louien.

a1400 Ancr.Recl.(Pep 2498) 106/18: And þis is al þe conions [*Ancr.: canges; F cangon; L stulti] blis,

And þe fende

c1400(?a1300) KAlex.(LdMisc 622)

baroun. a1450 Gener.(1) (Mrg M 876) 1339: Thou mysproude quengeovn, Whi answerst you not to my reason? a1450 Yk.Pl.(Add 35290) 308/47: Þat vn-connand conjeon, he castis hym to quelle vs. c1450 Swarte smekyd (Arun 292) 5: Þe cammede kongons cryen after col, col, And blowen here bellewys. c1475(c1399) Mum & S.(1) (Cmb Ll.4.14) 3.45: Thane cometh þer a congion with a grey cote. 1607(?a1425) Chester Pl.(Hrl 2124) 43/601: Say, thou cayteife, tho conioyne [Add: congion], wenes thou to passe me of renowne?

Pes þou congeoun [LinI: konioun]! Jt is Antigon, a gent

duelleþ

bi

lei

ȝeþ.

7742:

2. A person possessed by a devil, a lunatic.

c1330(?a1300) Arth.& M.(Auch) volunte.

680:

A forseyd deuel

of

þat wiif made a conioun To don alle his

3. A dwarf or very small person, a brat.

(1440) PParv.(Hrl 221) 90: Coonyone, or drowtly [Win: Coonyon, or drewghe; KC: conione or dwerhe]: Sessillus.

?a1500 Lndsb.Nominale (Lndsb)

1592 Chester Pl.(Add 10305)

Cougeown; read: Congeown].

elfe and vile congion [Hrl 2124:

806/6: Hic tantellus: a congyn.

1.158:

That boye

Shall

dye

that

1592

Chester Pl.(Add 10305)

1.177: So shall I kepe that vile counjon.

1592

Chester Pl.(Add 10305)

1.179: These congeones in the clowtes I will kill.

Dans Language history and linguistic modelling: a Festschrift for Jacek Fisiak on his 60th Birthday, vol. I (1997), p. 457-465, Bernhard Diensberg, “Three etymological cruxes: Early Middle English cang ‘fool(ish)’ and (Early) Middle English cangun/conjoun ‘fool’, Middle English crois versus cross and Early Modern English clown”, procède à une mise au point qui s’im- posait à propos de l’étymologie de conjoun et souligne le glissement sémantique inter- venu outre-Manche où le terme ne s’appliquait pas à des enfants mais à des adultes pour leur attacher l’étiquette de « sots ».

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Jean-Michel Doulet, « Quand les démons enlevaient les enfants. Les changelins : étude d’une gure mythique » (2003) [à comparer avec la thèse de l’auteur, soutenue en 2000 :

« Les Changelins. Étude sur les récits de tradition orale relatifs aux enfants substitués »], dans la première partie de son chap. II (Les changelins : 1. Quelques noms, p. 35-38), introduit sa documentation lexicale de la façon suivante :

Les vocables servant à désigner l’enfant supposé abondent. Dans certains récits, le change- lin peut apparaître sous deux, trois ou même cinq noms di érents ! On comprend donc que mal- gré les remarquables recensions de J. Grimm et G. Piaschewski, la liste des dénominations reste

ouverte. Elle n’en demeure pas moins signi cative et peut schématiquement se diviser en trois groupes plus ou moins perméables.

concerne les noms qui mettent l’accent sur la substitution, sur l’échange propre-

ment dit ou la façon dont il a été opéré. On y trouve le terme anglais changeling attesté au XVI e siècle. Le mot désigne alors une personne inconstante ou qui donne le change, une gure de rhé- torique : l’hypallage, un enfant substitué. […] Le mot « changelin » est un anglicisme dû aux folkloristes. Le français disposait cependant d’un très vieux terme : chanjon ou changeon. […] C’est outre-Rhin, au début du XI e siècle, que l’on trouve le vocable le plus ancien désignant un enfant changé. Notker l’Allemand (ca 950-1022), dans son commentaire du Psaume 17, 46, uti- lise le terme Wihselinc, c’est-à-dire « fruit d’un échange », qu’il glose par « enfant étranger ». Parmi les termes renvoyant à l’échange proprement dit ou à ses modes opératoires, on peut encore citer pour les pays scandinaves les noms formés sur les verbes bytta, skipta, vixla (tromper, induire en erreur, échanger) : byting, bytesbarn (Suède) ; forbyttet barn (Norvège) ; bytlingur (Iles Féroé) ; umbetbarn (Finlande, umbetten, changer de lit, de tombeau) ; skiptingr, skifting, vixlingr (Is- lande). Chez les Tchèques se rencontre le podverzenec (podvrhnouti, substituer) ; en Pologne, le pod- ciep (pod, sous ; ciepnac ou ciepac, lancer), etc.

groupe insiste sur l’origine du changelin, sa liation. Si outre-Manche le voca-

ble fairy est un mot-valise qui englobe nombre d’êtres de la petite mythologie, en France, l’ex- pression enfant des fées est beaucoup moins ambiguë. Elle se décline sous diverses formes au gré des dialectes et des patois : féetaud, faitaud, fayon, etaud, fétet, fadou, fayet, hadach, etc. L’enfant changé peut être issu d’un elfe : elf-child, elf bairn (Ecosse), Alpkind, Elbentrötsch, Alfenkind (Allemagne) ; d’un nain : Zwergwechselbalg, Zwergkind, Wichtelkind (All.) ; du diable ou d’un démon : Teudelsbalg, Teufelsbalg (All.), enfant de l’incube (Fr., expression savante) ; d’un kobold : Kobolds- kind (All.) ; d’un troll : Trollbyting (Scandinavie) ; d’une sorcière : Drudenbüblein, Hexenkind (All.), etc. On le voit, le spectre généalogique est large et varié.

groupe livre des informations sur certains traits physiques ou psychologiques

du changelin : Nörggl, Nörglein, « grincheux » (Tyrol), Klotzkopf « tête de bois », « mauvaise tête », Chelckropf (Kropf, goitre) (All.), etc. ; sur son habitat : Wasserbutte (Wasser, eau) ; sur l’attitude men- tale des parents face au petit intrus : enfant supposé (Fr.). Notons que le vocable Wechselbalg, très largement employé en Allemagne et qui semble renvoyer à la seule substitution (wechseln, échanger), n’est pas le simple équivalent du changeling d’outre-Manche. Si Balg peut être familièrement utilisé soit au sens péjoratif d’ « enfant mé- chant » ou « mal élevé », soit comme hypocoristique : « marmot », « bambin », au sens premier, il désigne la peau d’un animal, sa dépouille, la mue du serpent et, pour les végétaux, l’enveloppe qui entoure une graine (cosse de haricot, balle du grain de blé ou d’avoine, etc.). Par extension, et au vu des usages de cette peau, le mot désigne aussi la peau d’un animal empaillé d’où, par nouvelle extension, un mannequin. En fait, Wechselbalg est la traduction littérale du mot latin versipellis : qui change de peau, c’est-à-dire qui change de forme (cf. le loup-garou). C’est tout l’univers du Double et des métamorphoses qui se laisse entrevoir là. Univers que la traduction « enfant changé » ou « enfant supposé » occulte inexorablement. […]

Le

premier
premier

Le deuxième

Le

troisième
troisième

[J.-M. Doulet écrit : « outre-Manche le vocable fairy est un mot-valise qui englobe nom- bre d’êtres de la petite mythologie » ; l’emploi de « mot-valise » me paraît tout à fait im- propre, ‘fairy’ n’étant en aucune manière le résultat d’un télescopage, a portmanteau word. L’auteur a dû vouloir dire « fourre-tout ».]

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