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CULTURES fFAVIGNON. Rwanda, 1994, un «work in pro» gress» entre théatre document et oratorio. rend vie et parole aux victimes du génocide. LE FER DE LA PENSEE DANS L’ENFER DU MASSACRE Comment faire la lumiére sur une tuerie quin’est pas une affaire «typiquement africaine» et qui interroge I’humanité tout entiére? De un DE nos euvoves oratorio. A point nomméintervien-. lard, Jacques Deleuvellere, gale reculepas devant a répétition ini sptciaux. ‘ur deuxchanteuseset_ment responsable de la mise en tant, quin estpasforcémentleleit- est plusieurs fagons de met iens (alto, clavier,clar-_ scene, Yolande Mukagasana,sean- motiv, lequel, proprement artis- tre lenez dans histoire qui_ nett, violon, violoncelle), escortés Marie Plemmeet Mathias Simons), tique, candetdée,la meten forme. bale. AvecRiande,994,1e par un atisterwandals quichante ol Ton entend manifestement ne PourFinstant, la volontédidactique Groupoy, qui vient de Belg etjoue dutambour Alain, durant rienlaiserdansVombrequantaux_prédomine.On verracequilensera que, a présentélasienne au quarante-cing minutes, en hom- responsabiites en jeu dans acatas- lors dela création achevee. ymnase Aubanel d/Avignon ().On mage a ceux qui résisterent plu- trophe humaine de 994, laquelle II n’empéche que, d’otes et déja, S pris soin de nous dire quils'agit_sieursjourssurunecolinelafoule n'a constitué que le paroxysme Rwanda, 1994 simpose en exemple Guntravailen cours. Létatdéfintifdesbourreaux, on éoute une ceuvre d'une longue série decrisesde urie d'un théatre de la conscience con. de cette réalisation ne sera livré compléte, autonome, de grande homicide,encouragées au plushaut temporaine. Portée par un haut qu‘en avril 2000, date anniversaire Imagination mélodique (composi-_niveauinternational.Afingu‘onsai- courage dialectique, raffinge dans du genocide. La distribu: tion était incomplete certaines scenes rvont te quiesquissées mais ‘ona puse faire une idee de ianoble ambition du projet. Ici le theatre donne pour mission lerau ceeur des choses, en Foccurrence le mas sacte d'un milion de Tutsi par le gouverne ‘ment Hutu, avecla com. pliitéavérée de la Bel sique, de la France, de Feglseet dela commu naute internationale I Sagitdoncde se retrou- ver audela de 'écume diinformation répandue sure sujet parla télévi- sion, ailleurs nommé- ment mise en cause sous les traits d'une journa- liste vedette idéaliste Telle, un peu, la sainte Jeanne des abattoirs, de Brecht, elle tentera de ‘montrersansfard, sur le petit écran, les images Wet Rwanda 1994, le j Groupoy, qui vent de Belgi- que, a présente lasienne au agymnase Aubanel d’Avignon ()-On {pis soin de nous dire quil s agit un travailen cours, état definitif de cette réalisation ne sera livié qu’enavril 2000, date anniversaire du génocide.Ladistribu- tion était incomplete, certaines scénes wont &té quiesquissées mais ‘ona puse faire une idee dela noble ambition du projet. Ic le théatre se donne pour missiond'al- lerau coeur des choses, en Foccurtence le mas: sacte d’un milion de Tutsi par le gouverne- ment Hutu, avec a com- plicitéavérée de la Bel Bique, de la France, de Flglise et de la commu- nauté internationale. I Sagit donc dese retrou- ver au-dela de Vécume information épandue surle sujet parla téévi- sion, d‘ailleurs nommé- iment miseen cause sous les traits d'une journa- liste vedette idéaliste. Tele, un peu, la sainte Jeanne des abattoirs, de Brecht, elle tentera de rmontrersans fard,surle petit écran, les images épouvante alors fi imées par les assassins et retrans- mises surleurchaine, accompagnées de chants de haine victorieuse. Lareprésentation procéde de plu- sieurs formes. Dans une scénogra- phe épurée Johan Daenen), le mur du fond, de terre rouge d'Afrique savamment modelée, peut ouvir parle milieu pourlaiser place un grand écran, sur lequel sont proje- {es es images du génocide,lestées dune cruautéinnommable, ou cel 's,proprementimaginaires de vic- times censées revenues égrener, de au-dela, dansle langage métapho- rique propre la langue rwandaise, desbribesGnigmatiques deleur cal vale. Rwanda, 994,.cest aussiun Par un artiste rwandais qui chante etjoue du tambour. Ala fin, durant quarante-cing minutes, en hom- mage 4 ceux qui résistérent plu- sieurs ours sur une colline la foule des bourreaux, on écoute une ceuvre complete, autonome, de grande imagination mélodique (composi- tone rection skal Gare Uist) qui sertit le texte de récitants uirécapitulentla geste héroique et désespérée de ceux quichoisrentde ccombattre, au leu d'étre tués sur place comme des chiens. le début de Rwanda, 1994 est bou- leversant. Yolande Mukagasana, rescapée du massacre, implement posée sur une chaise, un mouchoir 4 la main, fate éctcionstancié dumartyredessiens auquelellen'a échappe que par miracle, grace a de prodigieuses amitiés, jusqu'ausein d'un enfer ou son mari et ses en- fants ont péri horrible facon wanda, 994 est un opus concu a plusieurs mains (Marie-France Col Lo HUMANITE . MERCREDI 28 JUILLET Vep9 1 26 ou on entend manifestement ne rienlaisser dans fombre quant aux responsabilités en jeu dans lacatas- trophe humaine de 1994, laquelle ra constitué que le paroxysme d'une longue sériede crises de urie homicide, encouragées au plus haut niveauinternational.Afinqu’on sai- sisse au mieuxles tenants et abou- tissants politiques de 'affare, les auteurs ne redoutent pas de taper souvent sur le clou, Jacques Delcu- vellerie prononce méme une sorte de conférence sur les effets et les ‘causes des séquelles mortiferes de la colonisation, quicréaartificelle- ment au Rwanda deux ethnies, ce qui revenait a laisser sur place, sciemment, ce que Bertrand Russell, dans les années cinquante, nom ‘ait, a juste titre, « une bombe a retardement». Véconomie générale de la repr sentation 3 laquelle il nous a été donné d’assister-ils'agissait d'un «workin progress», redisons-le—ne Pour 'instant, la volonté didactique pprédomine.On verrace qu'llen sera lors dela création achevée. Ui n’empéche que, d'ores et déja, ‘Rwanda, 1994 simposeen exemple d'un théatre de la conscience con- temporaine. Portée par un haut courage dialectique, raffinge dans exigence philosophique, combat- tante enfin, cette ceuvre extréme- ment pensée qui ne vise pas d'em- blée|esaffects en edonnantla pa- tole 4 des defunts lointains si vite ‘oubliés, participe la meilleurein- telligence d'un monde qui pue la ‘mort La arrétela fonction du thé3- tre. Lorsqu'ily parvient ace point i peut sestimer sauvé, JEAn-Pieene LEowaRoin! () Ceétaites21, 24et 26 ult, enalternance avecRequiem pour Srebrenica, Olivier Py (voir "Hurmanité du 26 juillet) wanda, 1994 duraitcing heures quarante-cing minutes.