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PALLAS, 76, 2008, pp.

261-293
Quelques jalons pour une histoire
du chien en Grèce antique
1
Jean-Marc luce
Université de Toulouse II-Le Mirail
Avec la participation d’Ahmed el KHelouane
introduction
L’historiographie du chien dans l’Antiquité grecque commence véritablement avec
O. Keller. Ce savant autrichien qui écrivait au tout début du xx
e
s. a consacré plusieurs
études aux animaux et s’est particulièrement penché sur l’histoire du chien
2
. On lui doit
notamment d’avoir dégagé les principaux groupes dans lesquels on peut tenter de reconnaître
des races, dans un article qui reste aujourd’hui fondamental (Keller 1905). Il utilisait toute
la documentation disponible à son époque, c’est-à-dire principalement les textes, mais aussi
les représentations sur vase et dans la sculpture et faisait un usage particulièrement subtil des
images fgurant sur les monnaies.
Les travaux qui ont suivi ces recherches ont fait également progresser la connaissance sur
la place qu’occupait cet animal dans l’Antiquité, non point tant dans la vie quotidienne que
dans la culture, c’est-à-dire, dans la littérature, dans l’imagerie et dans les pratiques religieuses
et magiques. En 1930 paraissaient deux ouvrages importants. Celui que Gisela Richter
consacra aux animaux dans la sculpture (Richter 1930) rassemblait, entre autres choses, un
certain nombre d’œuvres, principalement en ronde-bosse, représentant des chiens. Il n’y a là
que quelques pages dans un ouvrage général, mais elles ouvraient la voie à tout un pan de
la recherche qui sera par la suite largement exploré. De son côté, G. Herrlinger étudia, non
point la place du chien dans la littérature, mais le développement de toute une littérature
spécifque ayant pour sujet la mort des chiens. Il a rassemblé un corpus de textes de nature
funéraire dont une bonne partie fgurait ou devait fgurer sur des stèles de chiens. On peut
suivre dans ce petit livre l’évolution de l’image de cet animal, entre la fn du iv
e
s. et l’époque
byzantine, et aussi la façon dont ils s’intégraient dans les courants littéraires de leur temps.
1 Cet article doit beaucoup à Christophe Chandezon dont la science animalière n’a pas son pareil pour
l’Antiquité grecque. Ses indications bibliographiques, ses suggestions et toute son amitié m’ont été
ici d’un immense secours. Qu’il trouve ici mes remerciements les plus vifs et les plus chaleureux.
2 Outre Keller 1905, on consultera aussi Die Antike Tierwelt (1909).
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Sept années plus tard, paraissait l’ouvrage de H. Scholz (Scholz 1937) qui explorait une
autre face de la fgure du chien, restée jusque-là insoupçonnée : celle de l’irrationnel. Il a
su montrer la place qu’occupait cet animal dans les divers aspects de ce qu’aujourd’hui on
pourrait appeler la pensée magique, mais qui lui paraissaient appartenir à un système de
pensée primitif. Ce travail faisait découvrir au public les interdits religieux dont le chien était
l’objet, les sacrifces, les différentes pratiques magiques, notamment dans le domaine de la
médecine, ainsi que les diverses fgures mythiques du chien et la relation qu’elles entretenaient
avec la mort.
Une grande partie des travaux qui sont parus depuis, notamment plusieurs études
récentes, s’inscrit dans ces trois directions qu’avait prises la recherche dans les années trente.
Après les travaux de Herrlinger, plusieurs auteurs ont exploré la place qu’occupait le chien
dans la littérature. Dans cette série, le dernier en date est le livre de Dumont paru en 2001
(Dumont 2001), qui ne tient pas compte des travaux cités ci-dessus, mais qui parcourt
commodément d’assez nombreux textes, d’un bout à l’autre de la chronologie
3
. En ce qui
concerne l’iconographie, la céramique a été peu étudiée. En revanche, les représentations
sur les stèles funéraires ont fait l’objet de plusieurs recherches, la plus complète étant la thèse
parue en 1997 de M. Zlotogorska. Elle y présente un catalogue très abondant, couvrant toute
la chronologie, jusqu’à l’époque impériale comprise. Les enjeux sociologiques sur lesquels cet
auteur insistait déjà ont ensuite été précisés dans un article récent de C. Schneider, « Herr und
Hund auf Archaischen Grabstelen, » JDAI 115 (2000), p. 1-36.
La question des mentalités que Scholz avait été le premier à poser a été reprise de façon
plus complète par C. Mainoldi (Mainoldi 1984) qui, à son tour, a insisté sur la relation
qu’entretenait le chien avec la mort, en utilisant une matière plus vaste, et notamment l’article
très utile de D. Gourevitch paru en 1968 (Gourevitch 1968) sur la place du chien dans la
médecine antique.
Tandis que les aspects littéraires, iconographiques et ceux relevant des mentalités ont
abondamment été explorés, les aspects proprement archéologiques ne sont entrés sur la scène
que plus tardivement. On a tout d’abord commencé à découvrir des chiens dans des tombes
humaines, puis de véritables tombes de chiens. Toutes ces découvertes, qui datent pour la
plupart de l’après-guerre, et principalement des trente dernières années, sont de nature à
renouveler la question. Une première synthèse a été réalisée par L.P. Day dans un article
paru en 1984 (Day 1984), à partir d’une découverte faite en Crète. Ce travail constitue une
référence obligée. Pour la première fois, un auteur prenait la peine de rassembler les données
disponibles par l’archéologie et était en mesure de mettre en évidence un changement
considérable dans l’attitude que les Grecs avaient vis-à-vis de leurs chiens. Tandis que durant
la préhistoire jusqu’à l’Âge du fer inclus, on les sacrifait et les mangeait, à l’époque historique,
les Grecs montraient une attitude plus sentimentale. Près de 25 ans après l’article de L. Day,
le principe général de cette évolution reste en partie valable.
L’article de Day marquait également les débuts des études archéozoologiques en Grèce.
Peu d’études l’avaient précédées, elles sont maintenant encore trop rares, mais se sont
multipliées. Elles apportent une lumière neuve sur deux problèmes à propos desquels on
3 Voir aussi Merlen, 1971 et S. Lilja, Dogs in Ancient Greek Poetry (1976).
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manquait jusque-là de données fables : la consommation de viande canine et les pratiques
sacrifcielles, non seulement dans les tombes, mais aussi dans les sanctuaires.
Enfn, il convient également d’exploiter les sources épigraphiques qui nous renseignent
sur le rôle des chiens dans la guerre.
On voit donc que le chien dans l’Antiquité grecque est un champ d’étude très vaste et très
riche. Sans prétendre rassembler ici toute la matière, ce qui nécessiterait une étude de plus
grande ampleur, je propose de mettre en évidence les grandes lignes de l’histoire du chien dans
l’Antiquité grecque, en synthétisant les différentes branches dans lesquelles la recherche s’est
engagée jusqu’à présent. Nous aurons ainsi l’occasion de dégager les deux grandes tendances
qui traversent toute l’histoire de cet animal : la perception du chien comme être familier,
membre de l’oikos, illustrant la normalité dans sa version quelquefois aristocratique, et la
violence dont il était la victime, dans les sacrifces notamment, ou simplement pour en faire
une viande de boucherie.
1. Néolithique, Âge du bronze et Âge du fer
1.1. Races
4
de chiens
La domestication du chien et sa dissociation progressive du loup
5
sont l’œuvre des chasseurs
cueilleurs de la fn du Paléolithique. Il est déjà présent dans les cultures magdalénienne en
Europe et natoufenne au Proche-Orient, soit bien avant le développement de l’élevage. On
signale un maxillaire mis au jour dans une grotte irakienne occupée par l’homme il y a 14000
ans ; d’autres attestations sont connues dans le Sud-Ouest de la France, dans les Alpes, en
Allemagne et en Espagne
6
. En Grèce, le site de Lerne en Argolide
7
a livré des ossements
datés du Néolithique moyen, mais il ne serait pas surprenant qu’on en découvre un jour des
traces plus anciennes. La dernière publication de restes archéozoologiques en Grèce, celle de
K. Triandalidou sur le matériel recueilli à Oropos en Béotie, rassemble quelques données sur
la taille des animaux découverts en Grèce, pour le Néolithique, l’Âge du Bronze et l’Âge du fer
ancien. Il s’agit d’animaux moyens. Elle estime que plusieurs des individus découverts avaient
une taille comparable au chien australien, le dingo. À Nichoria, les restes recueillis pour l’Âge
du Bronze et du Fer permettent de restituer un animal un peu plus grand, mesurant environ
4 Je continuerai pour ma part à utiliser le mot race dans un sens large. Contre l’utilisation de ce terme,
voir V. Forrest et I. Relarbi, Gallia 59 (2002), p. 276-277 qui préfèrent le réserver aux animaux
modernes et proposent celui de morphotypes pour les animaux anciens. Toutefois, cette nuance ne
peut s’appliquer aux chiens, cf. Vigne 2004, p. 69-70. Pour les races de l'époque historique, voir
ci-dessous p. 267
5 Notons que le loup d’Europe est un animal solitaire et non un animal sociable vivant en meute,
comme l’est son congénère d’Amérique, cf. Fogle 2007, p. 16.
6 Bruce Fogle 2007, p. 20. Pour l’histoire de la domestication, voir Vigne 2004 donne une présentation
grand publique des dernières avancées. Le chien est traité p. 29-35. Voir aussi Clutton-Brock,
Domesticated animals (1984), p. 34-45 qui est paru avant les progrès de la génétique et les débats
qu’elle suscite.
7 N.G. Gejvall, Lerna. A Preclassical Site in the Argolid. The Fauna (1969), p. 69.
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55 cm au garrot
8
. Dans son article sur les sépultures de Mikri Doxipara (Zoni) (Triantalidou
2005), le même auteur donne les indications suivantes : dans la tombe de Volos (Pevkakia),
de l’époque mycénienne, le chien mesure 56,1 cm, dans la tombe 79 de Knossos, le chien
mesurait 56,8 cm, dans la tombe hellénistique de l’aire du pressoir, toujours à Knossos,
56,3 cm. Un chien trouvé à Argos, de la période géométrique, qui est encore inédit, était
plus grand, atteignant 68,6 cm, et celui de Kokla était particulièrement grand, atteignant
à l’helladique ancien III, entre 73 et 78 cm. La taille assez modeste ou moyenne, du type
de celle du lévrier, de la plupart des chiens du monde grec antique, trouve une certaine
confrmation dans l’iconographie. Les peintures sur vase et les reliefs du haut archaïsme où
apparaissent des chiens montrent tous des bêtes de taille moyenne. Des grands chiens de la
taille de nos bergers ont néanmoins existé précocement.
1.2. Sacrifce et viande canine
Il est probable que l’on a dès le début, en Grèce comme ailleurs, eu de l’affection pour
les chiens qui font partie de la famille. Mais le fait est que le comportement des hommes
vis-à-vis de ces bêtes n’était pas dominé par la sensiblerie. À cette époque, le chien n’est pas
encore le simple compagnon de l’homme, il reste une proie comestible. Ainsi, à Lerne à
l’époque néolithique, de nombreux os de chiens recueillis portent des marques de découpe.
On mangeait donc du chien. Toutefois, on ne recourait pas à cette viande très souvent, les
625 os recueillis ne représentant que 2,5 % du total
9
. Si sa consommation ne fut qu’une
utilisation secondaire, elle paraît avoir été trop régulière pour avoir été limitée aux périodes
de pénurie grave (famine, guerre etc.). À l’Âge du Bronze, les fouilles de Nichoria montrent
que cet animal faisait toujours partie de l’alimentation humaine
10
. C’est durant le Bronze
Moyen I que la consommation de viande canine est la mieux attestée par des ossements brûlés
portant des traces de découpe. C’est aussi dans les niveaux de cette période que la fréquence
de cet animal est la plus grande, atteignant 8,6 % du total. Ce serait une pression accrue sur
le gibier, et donc une pratique de la chasse plus active, qui expliqueraient, selon les auteurs de
la publication, la baisse sensible que l’on enregistre dans les niveaux de l’Âge du fer. On peut
aussi songer à une évolution générale des mentalités. À Kastanas en Macédoine, 21 des 500 os
de chiens mis au jour dans les couches de l’Âge du Bronze portaient des marques de découpe,
mais aussi des traces de feu indiquant que l’on tirait des grillades de ces animaux.
La consommation de viande canine semble être devenue plus rare au cours de l’Âge du
Fer. Pourtant, elle était loin d’avoir disparu des repas ; elle n’a fait que retrouver les chiffres
du Néolithique. Les fouilles de Delphes que j’ai menées dans la région du char des Rhodiens
ont livré un os de chien avec des traces de découpe dans une couche du ix
e
s. (identifé par
Fr. Poplin). La trouvaille qui provient d’un contexte domestique et non du sanctuaire ne
peut résulter que d’une consommation privée. En Crète orientale, les sites de Vronda et
Kastro à Kavousi (pour la tombe contenant des chiens, voir ci-dessus) ont livré, dans les
couches de l’HRIIIC comme dans celles de l’époque géométrique, des os de chiens portant
8 R.E. Sloan et M.A. Duncan, dans Nichoria I, p. 69.
9 N.G. Gejvall, Lerna : the Fauna (1969), p. 117-118.
10 R.E. Sloan et M. A. Duncan, dans Nichoria I, p. 69.
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les mêmes types de marques
11
. Si le Canis familiaris ne représente que 1,3 % du total des
ossements recueillis à Kastro, ils sont surreprésentés parmi ceux qui présentent des traces
de boucherie. D’après Snyder et Klippel, ces marques montrent que ces animaux ont été
écorchés, désarticulés et décharnés. On brisait les mandibules pour retirer la langue. Les os
longs étaient brisés, sans doute pour adapter leur taille à celle d’une marmite. L’absence de
traces de brûlure suggère que la viande n’était pas grillée, mais bouillie. On mangeait donc du
chien et on le cuisinait à Kavousi, mais on n’en consommait pas régulièrement. À l’époque
classique et même sous l’empire romain, la consommation de viande canine s’est maintenue,
comme l’ont prouvé les fouilles de Kassopè et de Corinthe (voir ci-dessous).
Si la consommation de viande canine semble perdre du terrain à l’Âge du fer où l’on ne
retrouve pas le pic du Bronze Moyen à Nichoria, il n’en est pas de même pour les sacrifces
dont nous avons maint exemple. On tuait ces animaux à l’occasion de funérailles et on
déposait leurs corps dans la tombe, parfois dans une fosse séparée. On en trouve un refet
illustre chez Homère. Les funérailles de Patrocle s’accompagnent, dans le livre XXIII de
l’Iliade, d’une série de sacrifces dont Achille dépose les dépouilles écorchées sur le bûcher. Il
s’agit d’abord de moutons et de bœufs qui fournissent la graisse dont le héros enduit le corps
de Patrocle. Homère mentionne ensuite le dépôt des jarres de miel et d’huile, puis le fls de
Pélée procède à des sacrifces d’un autre type : les quatre cavales altières de Patrocle, deux de
ses neuf chiens, enfn le sacrifce humain, les douze Troyens de noble extraction. Pourquoi
cette construction du texte ? Pourquoi avoir regroupé les chevaux, les chiens et les hommes ?
Contrairement aux autres bêtes, ils n’ont pas été pas préparés pour le bûcher, mais jetés
violemment. Il s’agit d’animaux que l’on ne sacrife pas d’ordinaire aux Olympiens. Tous
appartenaient personnellement à Patrocle. Les chiens dont il s’agit étaient des chiens de table,
dont on se servait lors des banquets pour éliminer les restes ou pour s’essuyer. Mais il est un
autre point. Chez les Grecs, les chevaux et les chiens sont, d’une certaine façon, les doubles
des hommes
12
. En effet, Xanthos, le cheval d’Achille, peut parler et annoncer à son maître sa
mort prochaine s’il reprend le combat.
Le texte est le refet de pratiques réelles (on ne sait en revanche si leur combinaison exacte
a jamais existé telle quelle). À Kavousi en Crète orientale, les fouilles américaines ont mis
au jour une tombe à tholos de l’époque protogéométrique de petite taille (1,30 x 1,60 m)
et de plan circulaire
13
. Le type est assez bien connu, bien que dans cette partie de l’île, les
tombes de plan carré soient plus fréquentes. Sous le sol de la tombe, on a découvert une fosse
11 W.E. Klippel et L.M. Snyder, « Dark-Age Fauna from Kavousi, Crete, » Hesperia 60 (1991), p. 179-186.
Les mêmes auteurs ont fait une publication plus détaillées : « From Lerna to Kastro : Further
Thoughts on Dogs as food, in Ancient Greece : perceptions, Prejudices ande Reinvestigations »
dans E. Kotjabopoulou et alii (éd.), Zooarchaeology in Greece. Recent Advances. British School at
Athens, Studies 9 (2003), p. 221-231. Pour la Crète, des os de chiens ont également été découverts
à Khamalevri (HRIIIC) et à Kommos (SM-PG), cf. O. Dickinson, « The Aegean from Bronze Age
to Iron Age. Continuity and Change between the twelfth and eighth Centuries BC (2006), p. 81,
tableau 4.1 d’après Wallace, « Case studies of settlement change in Early Iron Age Crete, » Aegean
Archaeology 4 (2000), p. 61-99 (non vidi).
12 Je dois la formule à Fr. Poplin.
13 L.P. day, « Dog Burials in Greek World », AJA 88 (1984), p. 21-32.
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de 0,80 m de profondeur, qui a été creusée avant la construction de la partie en élévation.
Sous un remplissage de pierres et de terre, on a exhumé de nombreux squelettes de chiens
en position horizontale ou verticale. La fosse contenait également quelques os de renard,
de martes et d’ânes mélangés. L’inventeur insiste sur le fait que les chiens ont été précipités
entiers, puisqu’on a retrouvé leurs os en connexion, sans trace de découpe ni de boucherie.
La superposition des plans de la fosse et de la tombe montre que l’on a affaire à un ensemble
unique et cohérent.
Dans sa publication de la tombe de Kavousi, L. Day a joint un catalogue de 28 occurrences
de tombes où des chiens accompagnent des morts. On y trouve 4 tombes chypriotes
(Chypriote Ancien et surtout Moyen), 4 tombes en Crète (du MRIII [?] au Submycénien),
10 occurrences sur le continent grec (7 cas datant de l’Helladique récent III, deux cas de
l’époque géométrique et un exemple du vi
e
s.). Elle mentionne encore 4 cas douteux et
quelques exemples où le chien est associé à d’autres animaux, notamment des équidés (âne
ou chevaux). À ces exemples s’ajoutent encore les nouvelles découvertes rassemblées, pour
l’Âge du Bronze, dans l’appendice à cet article qu’Ahmed Elkhelouane a réalisé : la tombe de
Koukounara (catalogue 2) où le chien a été trouvé à l’intérieur de la tombe, en compagnie de
son maître, dans une attitude qui évoque ici davantage la tendresse ; la tombe 1 de La Canée en
Crète (catalogue 8) où un chien occupait l’entrée, la tombe 2 du même site où les ossements
de chiens, moutons et chèvres côtoyaient les restes humains. Il y a deux cas hypothétiques :
l’étrange découverte de Midéa où, dans des niveaux de HR IIIB et du HR IIIC (catalogue
10), on a découvert un pithos contenant, entre autres choses, des fruits carbonisés, le crâne
d’un animal qui est peut-être un chien, un os de mâchoire humaine. Enfn le cimetière de
Kallithéa en Achaïe où l’on a peut-être trouvé les restes d’un sacrifce de chien (catalogue 3).
À Knossos, la publication des fouilles du cimetière Nord permet d’avoir de meilleures
informations sur la tombe 79 qui correspond au n° 25 dans le catalogue de L. Day
14
. Ce cas
rappelle d’assez près celui de Kavousi, à une époque plus récente. Il s’agit d’une tombe à fosse,
aux contours arrondis sauf sur le côté N-NO qui est rectiligne. Dans la partie supérieure, on a
mis au jour deux pithoi qui ont servi d’urnes cinéraires. La première est datée de la transition
GR-Orientalisant, soit vers 700, la seconde semble du début de l’époque orientalisante, soit
du début du vii
e
s. Les pithoi étaient accompagnés d’un mobilier peu abondant (œnochoè,
cruche, amphore). Sous les dépôts des sépultures et de leur mobilier, se trouvaient les
squelettes des animaux sacrifés, soit deux chevaux de petite taille et deux chiens. Nous avons
ici l’association des chevaux qui tiraient un bige avec un chien, une combinaison qui rappelle
l’épopée.
Pour l’Âge du fer, notons la découverte récente à Drama (cf. catalogue 10) d’un enchytrisme
d’enfant accompagné d’un squelette de chien.
Les sacrifces d’animaux destinés à accompagner le mort se rencontrent en dehors de la
Grèce, en Asie Mineure. L. Day (cat. 29) cite un exemple à Sardes daté entre la fn du vii
e
s. et
le début du v
e
, peut-être vers 575-525 av. J.-C. Ajoutons la découverte récente de Seyotömer
Huyuk (catalogue 15).
14 J.N. Coldstream et H.W. Catling éd., Knossos North Cemetery. Early Greek Tombs, British School at
Athens. Suppl. 28, tombe 79, description dans le volume I, p. 125-126.
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Comme le montrent ces diverses découvertes, les sacrifces de chien dans les tombes
sont une pratique de l’Âge du Bronze qui connaît quelques prolongements à l’Âge du fer.
À l’époque archaïque, on n’en trouve plus de trace, à l’exception notable de la Thrace où,
au iii
e
-i
er
s. av. J.-C., ces funérailles dans la grande tradition héroïque avaient toujours cours
(Triantalidou 2005).
2. De l’époque archaïque à l’époque romaine
2.1. Races de chiens
À partir du vi
e
s., nous disposons d’une documentation littéraire et iconographique
plus importante ; en revanche, les données archéologiques, notamment les trouvailles
archéozoologiques, se raréfent. Les documents iconographiques sont de grande valeur. Ils
ont été réalisés à une époque où les stylisations laissent peu à peu la place à un rendu plus
naturaliste des anatomies, permettant les observations. Les caractères récurrents de certains
traits morphologiques observables sur ces représentations, dans des styles et des siècles
différents, nous assurent d’une certaine fdélité. En revanche, on ne peut savoir si les images
sont représentatives des races qui existaient alors ou si l’on ne trouve que celles qui, aux yeux
des Grecs, méritaient qu’on les représente.
On peut constater dès l’époque archaïque une certaine diversité de races. En 1905 O. Keller
en avait distingué quatre
15
pour lesquelles il avait proposé de véritables identifcations
16
. Pour ma
part, je serais plus prudent. L’exercice est périlleux. En effet, la plupart des races actuelles n’ont
même pas deux cents ans. De plus, une ressemblance entre race moderne et une race ancienne
peut s’avérer illusoire. Celles de l’Antiquité ne se sont sans doute pas toutes maintenues jusqu’à
aujourd’hui et celles qui l’ont fait risquent fort de s’être largement métissées. Les progrès de la
génétique historique apporteront bientôt leurs lumières sur ces questions. Enfn, les distinctions
que les auteurs ont faites, notamment Xénophon Cyn. (3, 1 à 3,3 et 4,1 à 4,8) et Pollux V57-59,
ne sont pas fondées sur les concepts actuels de race (lequel connaît d’ailleurs une évolution,
certains spécialistes actuels préférant le terme de morphotype, voir note 4). Plutôt que des
identifcations, je proposerai donc ici de simples rapprochements.
Sur la célèbre base de kouros du Céramique, vers 510 (Musée national d’Athènes 3476)
17
,
des citoyens athéniens organisent un combat entre un chien et un chat. Avec son poil court,
sa gueule triangulaire, sa queue assez longue et recourbée et ses petites oreilles triangulaires
dressées, il ressemble à notre lévrier qui n’est pourtant qu’une reconstruction tardive, obtenue
par croisements et sélection
18
. C’est le type de chien que l’on rencontre le plus fréquemment
sur ces reliefs, pendant toute l’époque classique et hellénistique. Nous ne citerons que quelques
15 Keller 1905.
16 Par rapport à l’article de Keller, l’ouvrage de R.H.A. Merlen, De canibus (1971), p. 25-45 n’apporte
rien de plus que quelques hypothèses très incertaines. Notons que pour ce chercheur, les chiens
indiens dont il est question chez certains auteurs seraient des mastiffs. On trouvera en revanche des
indications intéressantes sur les techniques de chasse et les maladies des chiens.
17 Kaltsas 2001, 95 g.
18 Vigne 2004, p. 70.
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exemples. Sur la fameuse stèle de l’Ilissos (milieu du iv
e
s.)
19
, la longue truffe et les oreilles
assez courtes, triangulaires, manifestement rigides et partant vers le haut ou vers l’arrière,
permettent des comparaisons plus précises avec les lévriers. Ces chiens accompagnent les
chasseurs, mais n’attrapent pas les grandes proies seuls. Ils peuvent participer à l’attaque,
courser les petits animaux, et les grands quand ils sont en meute
20
, mais peuvent aussi être
dressés à récupérer celles qui ont été abattues par les chasseurs utilisant des frondes ou des
arcs. Sur une stèle du Pirée
21
, aujourd’hui conservée au Musée national d’Athènes (n° 3460)
et datant également du milieu du iv
e
s., on voit des chiens du même type, mais l’image
reproduit plus nettement qu’ailleurs leur corps svelte à la queue recourbée. Ils sont engagés
dans une course rapide. Ces chiens apparaissent déjà à l’époque mycénienne sur une fresque
du palais de Nestor derrière des porteurs de trépieds
22
. On les retrouve encore sur la fresque
de la tombe dite de Philippe II de Macédoine à Verghina, sur la mosaïque de Gnosis à Pella
représentant la chasse au cerf (vers 300 av. J.-C.), et sur bien d’autres documents.
Ces animaux sont assez similaires à ceux qu’on peut voir sur les monnaies de Kydonia en
Crète. Comme il est parfois question, dans les textes, de chiens crétois très rapides, Keller a
pensé pouvoir identifer ces derniers avec ce genre de lévrier. Mais en fait, il semble que cette
race ait été la plus fréquente, la plus répandue dans le monde grec. Rien ne prouve qu’elle
se soit diffusée spécifquement depuis la Crète. En revanche, il paraît vraisemblable que les
Grecs songeaient à un animal proche du lévrier quand ils faisaient allusion au chien de Crète.
Mais il faut prendre garde à ne pas confondre une provenance attestée par des textes et des
mythes avec une race de chien.
Les chiens de Laconie ne semblent pas avoir été très différents. On possède sur eux toute
une série de textes. L’un des plus anciens qui provient encore une fois d’Athénée 28a n’est autre
qu’une citation de Pindare. Le poète béotien vante les chiens laconiens pour leur aptitude à
attraper leurs proies à la chasse. Keller qui a rassemblé les références littéraires sur ce chien
montre qu’il est resté populaire jusqu’au début du v
e
s. de notre ère au moins. Ces animaux
ont joui d’une extraordinaire réputation de chasseur. Pour Aristote (Hist. des Animaux 607a)
et quelques auteurs tardifs, principalement des lexicographes et des scholiastes, ils étaient nés
du croisement du renard et du chien
23
, une idée que Xénophon, Cynégétique 3, 1 applique à
des chiens qu’il appelle Kastoriens (à cause du héros Kastor) et qui sont sans doute les mêmes
ou une variante proche. Ces comparaisons semblent indiquer une taille petite à moyenne et
surtout, pour Keller, une robe roux-jaune. Chez Horace, Epode VI, 5, l’épithète fulvus doit
en effet désigner une couleur. Le mérite de Keller est d’avoir reconnu la diversité qui régnait
à l’intérieur du groupe des chiens laconiens, qui se refète dans la diversité du vocabulaire,
puisque les auteurs distinguaient les chiens d’Amyclée, de Kynosurie, les chiens kastoriens et
19 Kaltsas 2001, n° 382.
20 Sur les techniques de chasse, voir Merlen 1971, p. 31-34 qui indique que les pertes parmi les
chiens pouvaient être importantes lors des chasses au sanglier. Il souligne également que les meutes
peuvent se retourner contre leur maître, ce qui donne un caractère assez concret au mythe d’Actéon
dévoré par ses propres chiens.
21 Kaltsas 2001, n° 378.
22 Blegen, The Palace of Nestor II, p. 68-70, pl. 122.
23 Keller 1905, p. 252.
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quelques Jalons pouR une HistoiRe du cHien en GRèce antique 269
même ménélaiens (de Ménélas, qui seraient les mêmes que les chiens de Psyllia). Xénophon
Cyn. 3, 1 faisait la différence entre les chiens du Renard (alopékides) et les chiens du Castor
(Kastorides), sans doute à cause de leurs couleurs.
Keller avait toute le peine du monde à mettre une morphologie sous ce nom de chien
de Laconie dont Xénophon Cyn., IV, 1-8 dresse le portrait idéal. Il considérait que le terme
recouvrait en fait au moins deux races. On pourrait également se demander si ces chiens se
distinguaient de leurs congénères de Crète par la race et non pas seulement par la provenance.
On louait en tout cas en eux les mêmes qualités : rapidité, aptitude à la chasse. Nous
sommes maintenant mieux armés que Keller ne l’était, car nous disposons d’un document
iconographique de première main. Il s’agit d’une stèle de la fn du v
e
s. à laquelle Brigite
Feyer-Schauenburg a consacré une étude dans Antike Kunst 13 (1970), p. 95-100, « KTON
AAKONOE-KTON AAKAINA
24
». La stèle, conservée à Basel (inv. Kä 206), est en marbre
et de forme rectangulaire. Le tiers supérieur est encadré en haut et en bas par une moulure,
dont le centre est occupé par un chien à l’arrêt. Elle se date assez bien des années 440-420. La
tête pointue, les oreilles courtes et dressées, le corps souple et allongé, la queue qui, en raison
de l’attitude de l’animal et non de son anatomie, se redresse et s’enroule, nous ramènent à
l’image de ces sortes de lévriers que nous voyons sur tant de monuments. La stèle porte une
inscription qui nomme les défunts : AHOAAOAOPOE /AAKONOE /AAKON AAKONOE
soit Apollodore fls de Lakon, Lakon fls de Lakon. Le père Lakon a donc enterré ses deux fls,
Apollodore et Lakon, ce dernier portant le même nom que lui. Comme l’explique Brigite
Feyer-Schauenburg, l’inscription et l’image se refètent l’une dans l’autre. Lakon signifant
Laconien, l’image du célèbre chien laconien devient l’emblème des fls de Lakon. Nous
connaissons donc grâce à ce document la façon dont les Grecs se représentaient les chiens
laconiens, célèbres par leur vitesse, et qu’on voit si souvent poursuivre les lièvres, dans la
céramique archaïque, mais aussi, à l’époque classique, sur les miroirs de bronze. Il apparaît
qu’ils ne se distinguent pas de ceux que nous avons décrits ci-dessus. Aussi, ne faut-il pas
voir en eux une race, mais plutôt une provenance et une réputation. Ils constituent le type
même de ce que Zlotogorska appelle « Prestigeobjekt »
25
. C’est la raison pour laquelle ils sont
si présents dans l’imagerie dès l’époque mycénienne. Il se peut que d’autres races de chiens
moins prisées n’aient pas été jugées dignes de fgurer dans les représentations.
Tandis que ces formes de lévriers étaient probablement très répandues en Grèce, les chiens
de grande taille semblent avoir eu une histoire différente, plus localisée à l’origine, et sans
doute de diffusion plus récente. On en connaît au moins deux groupes : les dogues et les
mastiffs.
Dans son Histoire des Animaux, les passages qu’Aristote consacre au chien concernent
principalement ces deux groupes : les chiens de Laconie et ceux de Molossie. Mais s’agit-il
de races au sens actuel du terme ? La description que le philosophe fait du Molosse indique
une certaine variété à l’intérieur même de ce groupe (HN, IX, 608a25) : Parmi les chiens de
Molossie, la variété qui sert pour la chasse ne présente aucune différence avec les autres chiens,
24 Voir aussi pour cette stèle Zlotogorska 1997, p. 56-61 qui voit dans l’animal représenté un
Kastorhund. Elle refuse l’identifcation avec le lévrier, pour des raisons fort peu contraignantes. Elle
le rapproche du Cirneco de l’Etna.
25 Zlotogorska 1997, p. 17.
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Jean-Marc luce 270
mais celle qui suit les moutons se distingue par sa taille et son courage à attaquer les bêtes féroces.
Le croisement de ces deux races donne des chiens remarquables par leur courage et leur ardeur à la
tâche, ceux qui viennent des chiens nés en Molossie et des chiennes de Laconie. Aristote distingue
ici les chiens par leur provenance et leur fonction plus que par leur morphologie et mentionne
les croisements d’individus venant des deux régions. Il reste qu’en Laconie et en Molossie, on
sélectionnait soigneusement les individus, et qu’on n’hésitait pas à les croiser.
Aristote évoque des chiens de grande taille appréciés pour la chasse et d’autres servant
de chiens de garde. Nous n’avons pour ces Molosses
26
et chiens laconiens que de rares
témoignages littéraires pour les époques archaïque et classique. Keller a réussi à retrouver sur
les monnaies épirotes des chiens qui pourraient correspondre aux distinctions du Stagirite
27
.
Les chiens de Molossie, plus encore que les chiens de Laconie, jouaient un rôle dans l’identité
de ce peuple d’Epire qu’on appelait les Molosses. Il était donc tout à fait judicieux d’en
chercher dans leurs monnaies des représentations. Or l’observation de ces documents met
en évidence l’incohérence du groupe des molosses sur le plan zoologique. Keller a distingué,
d’après ces émissions, deux races différentes : une sorte de bouledogue et un chien qui n’est
pas très éloigné des lévriers, mais qui s’en distingue par ses proportions plus massives. C’est le
second qu’il identifait avec le chien de chasse décrit par Aristote. D’autres chiens apparaissent
notamment sur les monnaies d’Argos Amphilochikon à partir du début du iv
e
s. av. J.-C. Ce
sont des dogues qui semblent avoir été plus adaptés à la garde du troupeau
28
ou de la cour de la
maison qu’à la chasse. Ils pourraient correspondre au premier type distingué par Aristote. Ce
chien apparaît aussi dans une statue très naturaliste représentant le siège de la reine Olympia
sous lequel l’animal est couché
29
. Il s’agit d’un chien qui est ici assez petit, mais sans doute
n’est-il pas adulte, avec les oreilles tombantes et la gueule au nez écrasé typique de cette race.
D’après Keller, l’origine de ces molosses du premier type serait à trouver en Assyrie.
En effet, des dogues tenus en laisse apparaissent sur des reliefs du palais d’Assourbanipal
aujourd’hui conservés à Londres au British Museum
30
. Reste à savoir quand il a été introduit.
Au vi
e
s., comme on le verra ci-dessous, Polycrate ft venir ses molosses d’Epire et non d’Orient.
Ces chiens auraient donc été importés en Epire à date ancienne, d’où ils se seraient diffusés à
partir de l’époque archaïque. La reconstitution est possible, mais incertaine.
26 Rappelons que le terme désigne en français un gros chien de berger, proche des dogues, et non une
race particulière.
27 Pour les représentations de chiens sur les monnaies, voir aussi I. Blummer et O. Keller, Tier- und
Planzenbilder auf Münzen und Gemmen des klassischen Altertums (1889), pl. I, n° 31-46, pour le
Molosse, voir le n° 31 (Epire) et le n° 37 (Panamos en Sicile).
28 Remarquons que l’on distingue normalement les chiens de garde qui défendent les troupeaux des
chiens de conduite qui, comme le nom l’indique, mènent le troupeau. Ce ne sont pas les mêmes
bêtes. Les chiens de conduite sont plus petits. Voir sur ce point Chr. Chandezon, L’élevage en Grèce
(fn Ve-fn Ier s. a. C.). L’apport des sources épigraphiques (2003), p. 53, note 49, avec les références
anthropologiques. Le même Chr. Chandezon me suggère que le thème de la fdélité du chien jouait
un rôle important dans l’iconographie funéraire. C’est en effet ce que montre l’anecdote contée
par Elien, Caractère des animaux VII, 10, d’un chien fdèle même après la mort de son maître. Ces
images ont naturellement toute une épaisseur polysémique et changeante.
29 Keller 1905, p. 262, fg. 64.
30 Briant 1996, p. 310, fg. 34, Merlen 1971, pl. 3-4.
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quelques Jalons pouR une HistoiRe du cHien en GRèce antique 271
Keller appelle « pseudo-molosses » un type de chien qui nous est connu par le rendu très
naturaliste d’une sculpture de l’époque hellénistique dont on possède une série de répliques
conservées à Rome, à Florence et à Londres au British Museum (GR 2001.10-10.1). On
l’appelle traditionnellement le chien Jenning, d’après le propriétaire de l’une d’entre elles au
xviii
e
s.
31
La statue de Londres mesure 1,05 m, une taille qui pourrait convenir à ce type de
bête. Celle-ci rappelle nos mastiffs dont la taille au garrot peut dépasser les 70, voire 80 cm.
Keller le rapprochait du Saint Bernard de notre temps qui pèse adulte entre 50 et 91 kg.
Toutefois, il n’en a pas les longues oreilles pendantes. Keller refusait toute assimilation au
molosse et le terme de pseudo-molosse n’a été choisi que pour dénoncer cette attribution.
Ce n’est en effet ni un dogue ni un lévrier, mais comme le groupe des molosses n’a pas de
cohérence sur le plan zoologique, on ne peut exclure qu’il ait eu un troisième sous-groupe.
En tout cas, ces bouledogues et mastiffs pouvaient être de grands chiens puissants, très
grands dans le cas du chien Jenning. Les grands chiens peuvent servir à la guerre, à la chasse, pour
garder les troupeaux. Moins rapides que les lévriers, ils peuvent néanmoins se révéler effcaces
contre le grand gibier. J. Dumont, croisant les témoignages de Grattius et de Claudien pour
l’époque romaine, mentionne un chien capable de briser la nuque d’un taureau, qu’il identife
comme étant probablement un bouledogue
32
. L’identifcation était un peu aventureuse, mais il
n’y a pas de doute que nous avons ici un texte qui évoque un grand chien.
Les animaux que nous avons présentés sont connus depuis longtemps, tel n’est pas le cas
d’un chien qui fgure sur une mosaïque récemment découverte à Alexandrie lors des travaux
de construction de la nouvelle bibliothèque (i
er
s. av. J.-C.). Il s’agit d’un animal de taille
moyenne, aux oreilles dressées, hautes et creuses, au pelage blanc sur la poitrine, mais plus
jaune avec des tâches noires sur le dos. Il porte un collier rouge
33
. Ses oreilles pointues et
dressées, et le flet de poils blancs qui traverse son museau en font un ancêtre des podengos
que l’on peut voir encore aujourd’hui en Egypte
34
. Il témoigne de la circulation des races à
cette époque.
Dans l’histoire des chiens en Grèce, l’apparition, sans doute vers la fn de l’époque archaïque,
des petits animaux est un point essentiel pour comprendre l’évolution du comportement à
l’égard de l’espèce canine. Une statue en ronde-bosse provenant d’un monument funéraire du
Pirée représente un chien qui rappelle nos terriers, avec ses proportions plus ramassées, sans
31 Notamment au Vatican, au Musée des Offces à Florence. Richter 1930, p. 33 fg. 174, G.M.A.
Richter, The Sculpture and Sculptors of the Greeks (1930), p. 115, fg. 366. Photo en couleurs dans
Burn 2004, fg. 82. Voir aussi Keller 1905, fg. 67 ; Keller, Die Antike Tierwelt 1909, I, p. 112.
Keller et Richter distinguent cet animal du mastiff par son museau pointu, ses poils et sa queue
buissonnante. Richter 1930, p. 33 cite d’autres représentations de mastiff du type de celui de
Londres : une statue funéraire au Céramique d’Athènes de la seconde moitié du iv
e
s. (fg. 170), une
attache en bronze du musée de Genève, copie romaine d’un original grec (fg. 173) et la tête d’un
chien sur une intaille romaine reprenant un original grec à Boston portant la signature de l’artiste :
Gaios (fg. 172).
32 Dumont 2001, p. 409.
33 Voir la photo par exemple dans L. Burn, Hellenistic Art. From Alexander the Great to Augustus, 2004,
fg. 58.
34 Bruce Fogle 2007, p. 80.
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Jean-Marc luce 272
doute sa taille plus petite, et des oreilles qui semblent se casser pour retomber
35
. Le Louvre
conserve une statue en bronze assez semblable que l’on date de la fn du v
e
ou le début du
iv
e
s
36
. Il s’agit là de représentations assez isolées, mais tel n’est pas les cas d’une race sur laquelle
nous sommes assez bien renseignés et que les Anciens appelaient les petits chiens maltais,
xuvioio ou xuvoµio Mrìitoio, les Romains disaient catuli Melitaei. Le nom de cet animal
apparaît sur une amphore de Vulci du début du v
e
s. qui permet de l’identifer
37
. On peut le
voir, parmi de nombreux exemples, sur une série de stèles conservées au Musée du Louvre
Ma 805, 807, 813, 4557, 809 dont l’une avait été trouvée à Rhodes (2
e
quart du iv
e
s.) et sur
quantité d’autres monuments
38
. Plusieurs fgurines en terre cuite de l’époque hellénistique
en reproduisent également l’aspect
39
. Ces représentations montrent toutes des petits chiens,
pourvus d’une fourrure à poils longs, aux oreilles dressées et une petite queue s’enroulant sur
elle-même, bondissant près de leurs maîtres. Ces animaux ont quelque chose du spitz italien,
dont on date pourtant, peut-être à tort, la création de la Renaissance italienne, et c’est aussi
à ces animaux que songeait Keller. Sur la stèle 805, le chien porte un collier. Le petit lièvre
et les bottines du maître indiquent une référence à la chasse. On ne doit pas croire que les
petits chiens soient inaptes à cette activité. Ils sont au contraire appréciés pour se glisser dans
les terriers ou fouiller dans les fourrés, – d’où le mot terrier par lequel on les désigne. Ils sont
particulièrement adaptés à la chasse au lièvre. Une terre cuite représente un chien de cette
race portant un panier contenant des pommes (voir note 39). Peut-être utilisait-on parfois
cet animal pour transporter un petit chargement, ne serait-ce que pour jouer. Mais il est
probable que ces bêtes étaient avant tout des animaux de compagnie et c’est sans doute dans
cette intention qu’ils ont été introduits en Grèce. Dans la fable du singe et du dauphin, Esope
(305) en témoigne clairement : c’est la coutume, quand on voyage par mer, d’emmener avec soi de
petits chiens de Malte et des singes pour se distraire pendant la traversée.
On peut donc tenter la reconstitution suivante. Le chien traditionnel dans l’imagerie
grecque est proche du lévrier. D’autres races ont peut-être existé, mais n’ont pas été jugées
dignes de fgurer dans des représentations. Sans doute, y avait-il, à l’intérieur de ce groupe,
une assez grande diversité dans les robes, les tailles, et, dans une moindre mesure, les
morphologies. En Epire, on avait développé des chiens d’un autre type, peut-être originaire
d’Orient, dont on se servait dans les montagnes pour conduire les troupeaux. Ce sont des
35 Kaltsos 2001, n° 366.
36 G. Richter, Animals in Greek Sculpture. A survey (1930), et 76, fg. 167 (= de Ridder, Bronze antiques
du Louvre I (1913), n° 198.
37 Keller 1905, fg. 56. Sur ces chiens, voir aussi J. Busuttil, « The Maltese dog, » G & R 16 (1969),
p. 205-208 et R.H.A. Merlen, De Canibus. Dog and Hound in Antiquity (1971), p. 44-45.
38 M. Hamiaux, n° 150-151, 206-208. Woysch-Méautis 1984, cat. 305-334 donne un catalogue de
30 stèles avec un personnage accompagné de ce chien qu’elle appelle un « loulou » et de 47 autres
stèles (n° 153-210) où un enfant tend un oiseau au chien. Zlotogorska donne un catalogue de 259
petits chiens parmi lesquels beaucoup sont des chiens maltais. Il couvre toute l’Antiquité grecque à
partir de l’époque archaïque.
39 Pour ne citer que celles du Louvre, voir Mollard-Besques, Catalogue raisonné des fgurines et reliefs en
terre cuite grecs, étrusques et romains, III, E/D 2554, pl. 383b ; IV, D3786, pl. 78f (D3785, III
e
s. av.
J.-C. de Campagnie (?) qui porte sur son dos deux paniers ronds remplis chacun de ce qui est peut-
être des pommes), et 79b (1
er
s. av. J.-C., peut-être d’Apulie)
0ooøyjxìµm翵v,oøøøø
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quelques Jalons pouR une HistoiRe du cHien en GRèce antique 273
dogues, ancêtres lointaines de nos bouledogues. Des mastiffs ont également existé, sans que
l’on puisse les localiser.
Dès le vi
e
s., on sélectionnait, on croisait et on échangeait des chiens de « race »
40
. Ainsi,
selon Klitos l’Aristotélicien dont le témoignage nous est transmis par Athénée, Deipnosophistes
540d, le tyran Polycrate de Samos faisait venir des chiens d’Epire. C’est ce que confrme
également un ouvrage d’Alexis, auteur d’annales samiennes, que l’on connaît encore par
Athénée. Selon cet auteur, Polycrate se procurait des Molosses et des chiens laconiens
41
. Le
texte d’Aristote que nous citions ci-dessus témoigne également des échanges et des croisements
concernant les chiens de Laconie et ceux de Molossie.
C’est aussi dans la seconde moitié du vi
e
s., semble-t-il, que l’on introduisit les petits
chiens aux poils longs. Les sources antiques hésitent à les faire venir de l’île de Malte ou d’une
île de l’Adriatique qui aurait porté le même nom
42
. Keller est enclin à choisir Malte d’où
viennent aujourd’hui les chiens vestes Melitenses. En tout cas, ces petits chiens circulaient sur
les mers. Leur importation récente explique la cohérence du groupe et la forte différence avec
les autres chiens grecs. Contrairement aux chiens laconiens et les molosses, rien n’indique
l’existence de variétés. Leur nom correspond à une race précise. Leur introduction marque
un tournant dans l’histoire de cet animal. En effet, jusque-là, les fonctions normales du chien
étaient la garde et la chasse. Désormais, les foyers grecs accueillaient des animaux dont la
fonction première était de tenir compagnie aux hommes.
Durant l’époque hellénistique et romaine, la diversité des races s’est largement accrue.
On peut citer le témoignage de Callixène décrivant la procession dionysiaque organisée par
Ptolémée Philadelphe : Après eux déflaient deux chasseurs avec des épieux dorés. Ils étaient suivis
de deux mille quatre cents chiens, les uns indiens, les autres hyrcaniens et molosses et d’autres races
43
.
À une époque où les échanges et le commerce dans la Méditerranée prennent des proportions
jusque-là inconnues, il n’est pas étonnant d’apprendre que les animaux circulaient encore
davantage. L’idée de sélection, sans doute très ancienne, était familière à Plutarque (Vie de
Lycurgue 15) qui attribue à Lycurgue ce propos (trad. Flacelière) : Les gens, disait-il, amènent
leurs chiennes et leurs juments aux meilleurs reproducteurs qu’ils demandent aux propriétaires de
leur prêter, par amitié ou moyennant fnance ; mais ils mettent leurs femmes sous clef… Dans la
seconde moitié du ii
e
s., Oppien énumère dix-sept « races » de chiens de chasse : Péoniens,
Ausoniens, Thraces, Ibères du Causase, Arcadiens, Argiens, Laconiens, Tégéens, Sauromates,
Celtes, Crétois, Amorgiens, Egyptiens, Locriens et les Molosses
44
. Tandis que Ptolémée
regroupe des races qui sont surtout orientales, Oppien mentionne des chiens qui viennent
du Caucase à l’Espagne. Sous l’Empire, le brassage et la diversifcation des races se sont donc
encore renforcés.
40 Voir Dalby 2000.
41 Sur ces textes, voir L. M. Günter, « Alles überall Herr…-Handel und Tryphe bei Polykrates von
Samos, » MBAH 18 (1999), p. 48-56. Voir aussi, plus récemment, Chr. Chandezon, « Pratiques
zootechniques dans l’Antiquité grecque, » REA 106 (2004), p. 480-482.
42 Keller 1905, p. 244.
43 Sur cette procession, voir E.E. Rice, The Grand Procession of Ptolemy Philadelphus (1983)
44 Dumont 2001, p. 408.
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Jean-Marc luce 274
Comme l’a bien montré L. Day, les sacrifces de chiens dans les tombes ont pratiquement
disparu avec l’Âge du fer, tandis que des attitudes plus sentimentales se font jour. Les
témoignages de cette nouvelle attitude abondent dès l’époque d’Homère. Chacun connaît
l’émouvant récit du retour d’Ulysse à Ithaque où son chien le reconnut avant tout autre.
L’animal manifesta sa joie en remuant la queue et mourut peu après. Jacques Dumont, dans
ses Animaux dans l’Antiquité grecque (2001)
45
, oppose l’Iliade et l’Odyssée. Pour lui, l’homme
de l’Iliade aurait éprouvé de l’indifférence envers les animaux, et de l’antipathie envers le
chien. Le tournant décisif doit être trouvé entre les deux épopées. Avec l’Odyssée, « l’homme
se sent différent des animaux, il s’attribue une autre nature, une autre manière de penser et
d’agir. En reconnaissant cette différence, il devient capable d’affectivité. » Il faut tenir compte
de l’ambivalence des sentiments et des attitudes. Le sacrifce de chiens de table dans l’Iliade
suppose une certaine proximité avec des animaux qui accompagnent le banqueteur. Elle ne
contredisait pas nécessairement, à leurs yeux, une attitude violente. Malgré ces nuances, les
analyses de nos deux auteurs se recoupent ici. C’est donc sans doute au début de l’époque
archaïque entre l’Iliade du viii
e
s. et une Odyssée probablement plus récente, que l’on peut
dater le point d’articulation entre ces deux tendances. Point d’articulation ne veut pas dire
rupture. Ce genre d’évolution peut être lent et admettre des attitudes très différentes chez des
populations contemporaines.
2.2. Tombes de chiens et attitudes anthropomorphiques
Plutôt qu’une attitude moins violente à l’égard des animaux, la disparition des chiens des
tombes signife le retrait de ces animaux du système de la référence héroïque. En effet, si l’on
ignore le sens que pouvaient avoir ces sacrifces à l’Âge du Bronze, il ne fait guère de doute
qu’au vii
e
s., on ne pouvait plus placer des chevaux et des chiens dans une tombe sans penser
à l’Épopée. Il est vrai que ce détachement vis-à-vis des funérailles homériques correspond au
développement d’une attitude plus sentimentale envers les animaux.
On peut suivre assez bien la progression de ce sentiment nouveau et de plus en plus
répandu. Dans une tombe de Volos, datée du vi
e
s., le squelette d’un petit chien se tenait
dans la fosse aux pieds de son maître
46
. Plutôt qu’un sacrifce, il semble qu’on ait placé aux
pieds du défunt son animal favori. Peut-être est-il mort en même temps que son maître ou
peut-être s’est-il laissé mourir pour l’accompagner. En l’absence d’étude des ossements, on
ne peut pas non plus exclure qu’on l’ait aidé à faire preuve de fdélité jusque dans l’au-delà,
mais la disposition des choses semble indiquer une relation intime plutôt qu’un sacrifce de
nature héroïque.
Aux époques archaïque, classique et hellénistique, nombreux sont ceux qui se font fgurer
en compagnie de leurs chiens. Les stèles où fgure un homme debout s’appuyant sur un
bâton, accompagné d’un chien du type du lévrier, apparaissent vers 530 et se maintiennent
jusqu’au début du style sévère
47
. La référence à la chasse ne contredit nullement l’intimité de
la relation, mais au contraire l’explique. C. Schneider a bien montré la signifcation sociale
de ces monuments. Le chien qui ressemble ici beaucoup au type laconien est un symbole
45 Voir p. 71.
46 Day, p. 24, n° 18.
47 Zlotogorska 1997, p. 5-15 et 135-139.
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quelques Jalons pouR une HistoiRe du cHien en GRèce antique 275
d’appartenance à l’élite sociale. Un poème du corpus mis sous le nom de Théognis illustre de
façon éloquente comment la possession de chiens de chasse s’intègre dans les symboles dits
aristocratiques dont le plus évident est le cheval (Théognis 2, v 1253) :
oìµio¸ mi aoior¸ tr ø iìoi xoi µmvu¿r¸ iaaoi
0jµrutoi tr xuvr¸ xoi çrvoi oììoooaoi
ooti¸ µj aoioo¸ tr ø iìri xoi µmvu¿o¸ iaaou¸
xoi xuvo¸, ouaotr oi 0uµo¸ rv ruøµoouvji
Heureux celui qui a des enfants, des chevaux à l’ongle unique, des chiens de chasse et des hôtes
à l’étranger, celui qui n’aime pas les enfants, ni les chevaux à l’ongle unique, ni les chiens, jamais
son cœur ne se trouve dans la joie
L’association du chien et du cheval se rencontre parfois sur les stèles dès l’époque archaïque
48
.
Il ne faudrait pas croire que les propriétaires de chiens de chasse étaient nécessairement
chasseurs. Il s’agit d’affcher une référence à un ensemble de valeurs plutôt qu’à une activité
effective. On désirait également indiquer une relation qui pouvait être affective.
Le type de l’époque classique le plus répandu est celui qui montre le mort tenant un
strigile dans la main ou un autre instrument dont on se sert à la palestre, avec son chien à
ses pieds. Il peut être accompagné d’autres personnages. L’un des plus anciens exemples a
été découvert à Delphes et date du style sévère, vers 460, tandis que les plus récents sont de
la seconde moitié du iv
e
s.
49
On a voulu donner du défunt l’image d’un personnage vivant,
adepte du gymnase, avec son chien favori, qu’il emmenait peut-être parfois à la chasse. Parfois,
on plaçait une statue de chien en ronde-bosse sur le tombeau lui-même, comme le montrent
les exemples conservés au musée de Pella
50
et d’Athènes
51
, tous deux du milieu du iv
e
s. Sur
une série de stèles le chien fgure seul, sans aucun personnage à ses côtés comme sur la stèle
des fls de Lakon
52
.
Dans toute cette série, le chien est une des pièces de l’univers idéal masculin. Il y fgure en
relation avec les thèmes de la chasse et de la guerre à l’époque archaïque, celui du sport à partir
du v
e
s., et se maintient jusqu’au iii
e
s. de notre ère au moins. Mais l’animal de compagnie
devient de plus en plus présent. C’est ce que montre la présence du chien sur des stèles de
tombes féminines
53
. Les thèmes de la fdélité et de l’intimité affective entre l’être humain et
l’animal passent alors au premier rang. L’important groupe de stèles avec des chiens maltais
auquel nous avons fait allusion plus haut commence à la fn du v
e
s. Le petit chien est souvent
représenté en train de bondir auprès de son maître, parfois il ne fait que s’asseoir, ou se tient
debout. Dans la plupart des cas, mais pas toujours, le défunt est un enfant. Il serait inexact
48 Voir le catalogue de D. Woysch-Méautis 1982, cat. n° 8, p. 105.
49 Guide de Delphes, le Musée, 64-66, fg. 24. Ils s’intègrent dans la catégorie des chasseurs-gymnastes,
« Jäger-Palästriten-Motif » de Zlotogorska 1997, p. 141-147 qui donne un catalogue de 30 stèles,
dont deux de l’époque hellénistique, dans lequel l’exemplaire de Delphes manque bizarrement,
mais il fgure dans celui de Woysch-Méautis 1982, n° 263.
50 La tombe se trouvait aussi à Pella. Une photo est disponible dans le guide touristique I. Toratsoglou,
La macédoine. Histoire, monuments, musées, p. 151, fg 183.
51 Kaltsos 2001, n° 366.
52 Zlotogorska n° 76-83.
53 Zlotogorska
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Jean-Marc luce 276
d’affrmer que ce chien est lié au thème de l’enfance, puisqu’il y a quelques occurrences où
le défunt est un adulte, mais il paraît tout à fait clair que le thème de l’enfance s’exprime
souvent, sur les stèles, dans le choix de cet animal.
Le chien est-il du côté de la bête ou du côté de l’homme ? Certains ont traité leur animal
comme un être humain. L. Day avait souligné l’intérêt d’une tombe du iv
e
s., trouvée derrière
la stoa d’Attale à Athènes, qui contenait un chien avec près de sa gueule un os de bœuf
54
. Il
est évident qu’on a enterré l’animal avec son os à viande. La volonté de tirer la bête du côté
de l’humain va parfois jusqu’à rédiger des poèmes sur sa mort et à placer une stèle inscrite
sur sa tombe. L’Anthologie palatine et diverses sources nous ont transmis quelques exemples
que l’épigraphie complète de façon très éclairante. Après Esope qui faisait parler les animaux,
c’est à la poétesse Anitè que remonte la mode des poèmes consacrés à la mort d’animaux,
soit à la fn du iv
e
s. Ces poèmes ne concernent pas que les chiens. Dans le recueil constitué
par G. Herrlinger, les animaux qui inspirent le poète sont, outre le chien, le cheval, la cigale,
le dauphin, le coq
55
. Le poème sur la chienne Maira (Herrlinger 1930, n° 2, poème cité par
Pollux dans Onom. V 48) mérite ici qu’on le cite in extenso :
Oìro oj aotr, [Moiµo], aoìuµµi¸ov aoµo 0oµvov,
Aoxµi, ø iìoø0oyymv mxutotj oxuìoxmv
Toiov rìoøµi¸ovti trm ryxot0rto xmìm
∆Iov oµriìixtov aoixiìooriµo¸ r¿i¸
C’est ainsi que tu as péri, [Maira, chienne], auprès d’un buisson aux nombreuses racines, toi
la Locridienne, la plus rapide des chiennes à la voix mille fois sonnante, car tel fut le venin sans
remède qu’introduisit dans ta cuisse légère une vipère au cou bigarré.
Ces vers, pleins du regret de la bête perdue, expriment un univers campagnard qui
convient à une poétesse qui passe pour avoir été à l’origine de la poésie idyllique. Dans le
style, les réminiscences homériques et hésiodiques, nombreuses, mettent l’animal au niveau
de l’homme, voire du héros.
On date du iii
e
s. une stèle aujourd’hui conservée à Oslo et provenant de Pergame. Elle est
décorée d’un chien qui occupe tout le champ de la pierre et porte une épigramme de l’animal
décédé
56
:
Ouvoµo 4iìoxuvjyo¸ rµoi toio¸ yoµ uaoµ¿mv
Ojµoiv rai øoµrµoi¸ xµoiavov r0jxo aooo
Mon nom est Philokynègos (amateur de chasse), car étant bien ainsi j’ai posé ma patte rapide
sur de terribles bêtes.
Cette fois, l’image du chien ne décore pas la stèle de son maître, mais la sienne.
C’est encore au iii
e
siècle qu’ont été rédigées deux versions de l’épitaphe de Théron, le
chien indien de Zénon d’Egypte, qui ont été retrouvées sur un des papyrus de ce riche Grec
installé au Fayoum. Le texte se trouve dans le recueil d’Herrlinger, mais Claude Orrieux
en a donné une traduction française dans Les papyrus de Zénon. L’horizon d’un Grec en
Egypte au iii
e
siècle avant J.-C. (1983), p. 135-136. Les deux versions sont écrites dans des
mètres différents, la première en distiques élégiaques, la seconde en trimètres iambiques. Les
54 Day 1984.
55 Herrlinger 1930.
56 Herrlinger 1930, n° 44 ; Zlotogorska n° 78.
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quelques Jalons pouR une HistoiRe du cHien en GRèce antique 277
deux textes racontent la mort de Théron dans une chasse au sanglier. Le style comporte de
nombreuses réminiscences homériques. La référence est ici l’épisode de la chasse du sanglier
de Calydon, comme le montre cet extrait de la première version qui décrit l’animal dont le
pauvre Théron fut la victime : Monstre sauvage à contempler face à face, rejeton, à coup sûr, du
sanglier de Calydon, il hantait les plaines fertiles d’Arsinoè, inébranlable, secouant la crinière qui
lui hérissait l’échine, et bavant l’écume de ses mâchoires.
Dans ces textes, la chasse occupe la première place. C’est elle qui permet l’héroïsation
poétique du chien. Remarquons avec Herrlinger que le thème de l’amour entre le maître et son
animal est entièrement absent. Dans l’état actuel de la documentation, et à ma connaissance,
on ne le rencontre que dans les épigrammes du ii
e
-iii
e
apr. J.-C., peut-être déjà le i
er
s. Ainsi,
celui de Théia, découvert à Rome, nous donne l’exemple de ces poésies au contenu très
sentimental
57
:
Xµjµo to aov Orio¸, µoio¸ xuvo¸, jµio xru0ri,
Euvoio¸, otoµyj¸, (r)ioro¸ oyìoiov
Kouµj o oµµov o0uµµo ao0ouo rìrrivo ooxµuri
Tjv tµoøiµjv, ø iìio¸ µvjotiv r¿ouo [o]tµrxj.
L’avoir tout entier de Théia, l’humble chienne, son tertre le contient : c’est la splendeur de la
bienveillance, de l’affection, de la beauté.
Une jeune flle qui fait pitié, regrettant son délicat amusement, pleure celle qu’elle élevait,
conservant le souvenir véritable de leur amour.
Dans ce poème, les références homériques ont cédé la place à une pure expression
sentimentale. Le thème de l’affection réciproque qui unissait le petit animal adoré à sa
maîtresse occupe toute l’épigramme. La référence aux circonstances de la mort, si fréquente
jusque-là, a entièrement disparu. Herrlinger compare à juste titre au célèbre poème de Catulle
(n° III) sur la jeune flle qui pleure la mort de son moineau de Lesbie. Le thème semble avoir
commencé plus tôt dans la poésie latine, puisque ce poète a vécu de 84 à 54 av. J.-C.
Les exemples de tombes de chien cités par L. Day sont tous des sépultures intra muros.
Le stade suivant consistera à enterrer les animaux avec les hommes. Pour l’époque impériale,
les fouilles du métro à Athènes ont fait récemment connaître un cas magnifque (=cat.5)
58
.
Il s’agit de trois tombes d’animaux. Les deux premières contenaient chacune un chien, la
troisième un chien et un cheval. La découverte a été faite dans un cimetière, situé sur la place
du Soldat inconnu (boulevard Amalia), qui a livré plus de 300 tombes et qui fut utilisé du
début du iv
e
s. jusqu’au début du iii
e
s. apr. J.-C. Les bêtes ont donc été enterrées dans un
cimetière d’hommes, à la façon des hommes. Le catalogue de l’exposition organisée pour
présenter les découvertes du métro ne détaille que l’une d’entre elles : celle qui porte le
numéro 82. La tombe est une ciste bien construite dans les parois sont des murs de briques
disposées en assises régulières, séparées par des lits de mortier. Le sol est dallé de tuiles. Sur
la partie antérieure du chien, on a trouvé deux unguentaria en verre datés du i
er
ou ii
e
s. apr.
J.-C. L’animal a été enterré avec une laisse de 50 cm de long au moins, magnifquement ornée
de boutons de bronze. Ici, l’animal a été traité comme un être humain.
57 Herrlinger 1930, n° 40 ; IG XIV 1647 ; W. Peek, Griechische Grabgedichte (1960), n° 475.
58 Palarma et Stamboulidis (éd.), La ville sous la ville (2000 en grec, une version en anglais existe),
p. 157, mobilier, n° 162-164.
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Jean-Marc luce 278
En dehors des modes funéraires, l’amour pour les chiens à l’époque romaine s’exprime
parfois dans le décor domestique. Une mosaïque impériale, découverte à Chypre dans des
bains, montre un chien au côté d’une perdrix et porte l’inscription suivante : 4jµio xoìj.
L’auteur de la publication avait cru que Phèria était un nouveau mot concernant la chasse,
mais comme l’a expliqué L. Robert (Bulletin épigraphique 51, 236, n° 25 p. 204), il s’agit tout
simplement du nom de la chienne. Depuis le vi
e
s., il était usuel d’indiquer son admiration
pour une belle personne, généralement un garçon, mais parfois une femme, en écrivant un tel
est beau. C’est ici bien évidemment le modèle qui a été suivi, mais pour une chienne, dont on
fait l’égale des beautés de l’époque.
L’évolution que nous retraçons ici, en mettant textes et découvertes archéologiques en
parallèle, refète le développement de l’animal de compagnie qui, après être entré dans les
mœurs, sans doute dès l’époque archaïque, est peu à peu devenu un thème littéraire vers
la fn du iv
e
s. L’évolution se poursuivit, et les épigrammes de l’époque impériale expriment
parfois le pur amour du maître pour son chien. Mais on ne doit pas croire que l’on avait cessé
de demander à ces animaux les services qu’ils pouvaient rendre. Ésope avait fait dialoguer
dans une de ses fables un chien de chasse avec un chien de garde. Ce sont les deux fonctions
traditionnelles. La chasse n’était sans doute pas très répandue et les collections d’ossements
du classicisme ou de l’époque archaïque qui ont été étudiés contiennent peu de gibier. C’est
néanmoins une activité fortement valorisée, objet de traités comme celui que nous a laissé
Xénophon. Dans la poésie funéraire, le thème est présent du début à la fn de la période. La
fonction de gardien devait sembler moins noble. On n’en trouve pas de trace dans la poésie.
Pourtant, elle est bien attestée, non seulement à la maison, mais aussi à la guerre et dans les
sanctuaires.
2.3. Le chien de garde et chien de guerre
L’usage des chiens à la guerre est sans doute très ancien, du moins en Orient. Dumont cite
à ce propos Hérodote. L’historien nous livre le témoignage suivant, où il évoque la richesse
prodigieuse du satrape de Babylonie dans l’Empire perse (I, 192, trad. Legrand) : On élevait
aussi des chiens de l’Inde en si grande quantité, que quatre gros bourgs parmi ceux de la plaine
avaient, contre exemption des autres redevances, la charge de leur fournir leur nourriture. Il
semble que ces animaux aient servi à la guerre, mais peut-être faut-il songer aussi à la chasse,
si importante dans les maisons royales orientales
59
. S’ils ont servi à la guerre, c’était peut-être
surtout pour garder les forteresses.
Tel est en tout cas l’usage qu’on en faisait dans le monde grec. On se servait de ses bêtes
pour donner l’alerte. On ignore à quand remonte cette pratique, mais elle apparaît dans la
documentation épigraphique dès le début de l’époque hellénistique
60
. Le texte le plus complet
est un grand décret datant de la guerre de Chrémonidès. Il décrit le rôle d’Epicharès qui
avait fait construire des tours de guet. On avait affecté des chiens à la garde de ces nouvelles
constructions stratégiques et le bénéfciaire du décret s’était chargé de leur nourriture :
oioou¸ outo¸ tjv tµoøjv, oam[¸] j øuìoxj aìrm y[iv]jtoi, donnant lui-même [sans doute
faut-il comprendre à ses frais] la nourriture, afn que la garde en fût renforcée. D’autres textes
59 Voir sur ce point P. Briant, Histoire de l’Empire perse. De Cyrus à Alexandre (1996), p. 948.
60 Deltion 22 (1967), p. 38-52 ; L. Robert, Bulletin épigraphique 68, n° 247.
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quelques Jalons pouR une HistoiRe du cHien en GRèce antique 279
mentionnent des chiens dans les forteresses. Ainsi, J. et L. Robert ont publié une inscription
du iii
e
s. av. J.-C. conservée au musée de Smyrne
61
. Le texte traite des sentinelles postées
à la forteresse de Kyrbissos, une localité absorbée par Théos, sans doute à l’occasion d’un
synœcisme. La cité a décidé que le phrourarque, le chef de la garnison, devra disposer d’au
moins vingt citoyens et trois chiens. Le décret indique encore que l’achat de ces animaux
est à la charge de la cité, mais que le phrourarque les nourrira à ses frais. L. Robert, qui suit
Roussel sur ce point (voir ci-dessous), cite d’autres exemples. Plutarque, dans la Vie d’Aratos
24, explique que les Sicyoniens avaient mis en faction un chien dans leur acropole pour
donner l’alerte en cas d’attaque : xumv µryo¸ røµouµri 0jµotixo¸, où un grand chien de
chasse faisait la garde. Une fois maître de l’Acrocorinthe, les Achéens y mirent 400 hoplites
et 50 chiens, chaque bête étant accompagnée de son kynégos. Tout ce beau monde était
nourri dans la forteresse. Énée le Tacticien recommande également d’accrocher des chiens en
dehors de la ville pour servir d’alerte (Poliorcètique XXII, 14). À Kapikaya, une inscription,
accompagnée d’un relief, honore un esclave nommé Philologos, : [4i]ìoìoyov oµ¿ix
uv[jy[ov aiotrm¸ xoi [ø i]ìoaovio¸ rvrxrv maître des chiens, en raison de sa loyauté et de
son ardeur au travail
62
.
Tous ces textes montrent qu’à l’époque hellénistique, on dressait, ou du moins on
entretenait des chiens pour la guerre. Telle est la fonction du kynègos auquel P. Roussel a
consacré toute une étude
63
. Ce mot désigne celui qui, littéralement, mène le chien. Ces
animaux dont on se servait à la guerre permettaient surtout d’alerter les sentinelles, mais
Roussel cite le cas, d’après Elien (Nat. Hist, VII, 38), d’un chien qui, lors de la bataille de
Marathon, mérita assez de la cité pour qu’on le fît fgurer dans le tableau de la bataille dans la
stoa poikilè à Athènes, aux côtés de son maître. Lors du siège de Mantinée, Agésipolis coupa,
selon Polyen Strat. II, 25, la route aux assiégés qui auraient voulu sortir de leur ville avec des
chiens. Enfn, Philippe de Macédoine se servait de ces animaux pour dépister les ennemis
réfugiés dans les fourrés, toujours d’après Polyen, Strat. IV, 2, 16.
Il arrivait sans doute rarement que les chiens participent directement au combat. C’est
encore Elien qui pourtant nous en donne un témoignage (Histoires variées XIV, 46) :
Oi Moiovoµm aoµoixouvtr¸ Moyvjtr¸ ∆Eøroioi¸ aoìrµouvtr¸ rxooto¸ tmv iaarmv
jyrv outm ouotµotimtjv xuvo xoi oxovtiotjv oixrtjv, jvixo or rori ouµµiçoi,
rvtou0o oi µrv xuvr¸ aµoajomvtr¸ rtoµottov tjv aoµrµµoìjv, øoµrµoi tr xoi oyµioi
xoi rvtu¿riv oµriìixtoi ovtr¸, oi or oixrtoi aµoajomvtr¸ jxovti¸ov, jv or oµo rai
tj ø0ovouoj oio xuvo¸ otoçio xoi to aoµo tmv oixrtmv oµmµrvo rvrµyj, rito rx
tµitou rajroov outoi.
Alors que les Magnètes qui demeurent sur le Méandre étaient en guerre contre les Ephésiens,
chacun de leurs cavaliers emmena un chien comme auxiliaire de combats et un esclave comme
lanceur de javelots. Quand il fallut entrer en contact, les chiens bondirent alors vers l’avant,
61 L. et J. Robert, « Une inscription grecque de Téos en Ionie, L’union de Téos et de Kyrbissos »,
Journal des savants 1976, p. 153-235, repris dans Opera Minora Selecta VII, p. 297-235, où les pages
consacrées aux chiens sont 350-352.
62 G.E. Bean, Journeys in Northern Lycia 1965-1967, Denkschriften Österr. Akad. Wien, philos.-
hist. Klasse 104 (1971), p. 25-26.
63 P. Roussel, « Les kynagoi à l’époque hellénistique et romaine, » REG 1930, p. 361-371.
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Jean-Marc luce 280
semant le trouble dans la formation adverse, car ils étaient terribles, sauvages et impitoyables
quand on se trouvait sur leur chemin. De leur côté, les esclaves bondissaient vers l’avant, lançant
leurs javelots. Au trouble que causaient les chiens, s’ajoutait donc l’action des serviteurs, venait en
troisième l’attaque des cavaliers eux-mêmes.
Dans Steinepigramme aus des grieschischen Osten I, p. 197-199, R. Merkelbach et J. Stauber
établissent la liaison entre ce texte et l’épitaphe de l’anthologie palatine VII304, connue de
Nicolas de Damas (Jacoby 90 F 140), et qui se trouvait sur la tombe d’Hippaimon à Magnésie
du Méandre. Le texte donne le nom du cheval, Podargos, du chien Lethargos et de l’esclave
Babès, et précise que le défunt a perdu la vie à la guerre. L’épitaphe semble indiquer que le
serviteur et les deux bêtes ont peri dans les mêmes circonstances. Ce parallèle donne une
certaine vraisemblance historique au texte d’Elien, à moins qu’il n’y ait une source commune,
par exemple chez un historien local. L’épitaphe a été rédigée par Pisandre de Rhodes, un poète
épique du vi
e
s. av. J.-C.
Les chiens pouvaient sans doute aussi être affectés au gardiennage des lieux saints
64
. On
en trouve dans le livre de C. Mainoldi bien des mentions. Il y avait des chiens sacrés dans
les sanctuaires d’Héphaïstos à Etna, d’Adranos en Sicile, d’Athéna Ilias en Daunie, dans
l’Asklépeion d’Athènes et même dans le sanctuaire de Zeus à Olympie
65
. À Erétrie comme
à Delphes, on a découvert des os rongés portant la marques des dents de chien. Malgré les
interdits qui empêchaient ces animaux d’entrer dans de nombreux sanctuaires
66
, ils ont pu
accompagner leurs maîtres lors des sacrifces et bénéfcier des restes du banquet, il se peut
aussi qu’ils aient été les gardiens du hiéron.
On trouve même dans le mythe un refet de ces chiens qui gardaient les sanctuaires.
D’après Antoninus Liberalis (Métamorphoses 36, 1), le chien d’or qui sur l’ordre de Rhéa
gardait la chèvre nourrissant le petit Zeus, aurait été chargé, une fois le dieu devenu adulte,
du gardiennage de son sanctuaire en Crète
67
. Pandaréos l’aurait ensuite volé. Dans la partie
de son ouvrage consacrée à la Crète, Strabon X, 478 nous transmet l’histoire de deux
amoureux : C’est de Lében que venaient Leukokomas et son amant Euxynthetos dans le récit
que conte Théophraste dans son livre Sur l’amour. Parmi les épreuves que Leukokomas imposa à
Euxynthétos, l’une consistait, selon cet auteur, dans le fait de ramener le chien de Prasos to v rv
Hµoomxuvo. Comme le géographe mentionne immédiatement après le sanctuaire de Zeus
Diktaios qui se trouvait sur le territoire de cette cité, on peut penser, avec M. Guarducci (L.
Robert Bulletin épigraphique 44, 152), que ce chien se trouvait dans le sanctuaire, ce qui
rappellerait la légende du chien d’or.
2.4. La viande canine
Tandis que l’homme et le chien se rapprochaient peu à peu l’un de l’autre, surtout à partir
de l’époque hellénistique, la consommation de viande canine s’est maintenue. Les textes
ne sont pas entièrement muets sur ce sujet. On dispose de toute une série d’occurrences
64 Voir sur ce point L. et J. Robert, Bulletin épigraphique 44, 152.
65 Mainoldi 1984, p. 69.
66 Scholz 1937, p. 8-9.
67 Sur cette légende, voir C. Mainoldi 1984, p. 69-70.
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quelques Jalons pouR une HistoiRe du cHien en GRèce antique 281
que C. Mainoldi a rassemblées soigneusement pour les époques archaïque et classique
68
. Le
témoignage le plus ancien se trouve chez Ananios, un poète de la seconde moitié du vi
e
s. que
je cite d’après Mainoldi (en changeant légèrement sa traduction)
69
:
jou o ro0iriv ¿iµoiµj¸ ø0ivoamµioµmi xµro¸,
orìøoxo¸ o , otov tµoarmoi xoi aotrmoiv, ro0iriv,
xoi xuvmv ou tji tot mµji xoi ìoymv xoìmarxmv.
Il est agréable en automne de manger de la viande de jeune chèvre, et de porcelet, lorsqu’on
foule le raisin, et dans la même saison, de manger de la viande de chien, de lièvre et de renard.
Les autres témoignages ne se trouvent plus que dans les sources médicales. Dans son traité
Du régime II, 46, Hippocrate écrit : La viande de chien dessèche, échauffe, et donne de la force,
mais elle n’est pas laxative. Celle des jeunes chiens humecte, elle est plus laxative et diurétique
70
. Y
a-t-il eu une évolution dans la suite des temps ? C’est ce que laisse penser un texte de Sextus
Empiricus, III, 225 (trad. P. Pellegrin) : Nous estimons que goûter à la chair de chien est impie,
alors qu’on rapporte que certains Thraces mangent du chien : sans doute cela était-il aussi coutumier
chez les Grecs, et c’est pourquoi Dioclès, en partant des préceptes d’Asclépiade, recommande de
donner à certains malades de la chair de chiot. Il semble donc qu’au ii
e
ou iii
e
s. de notre ère,
époque à laquelle vivait notre philosophe sceptique, on avait cessé, au moins dans une partie
de l’Empire, ou dans certains milieux, y compris chez les hellénophones, de manger du chien,
mais qu’à l’époque de Dioclès, qui vivait au iv
e
s. av. J.-C.
71
, on continuait à en consommer.
Pourtant le témoignage de Galien De la puissance des aliments est très précis :
Hrµi or xuvmv ti ori xoi ìryriv, m¸ tou¸ vrou¸ tr xoi ìiaoµou¸ outmv, xoi µoìio0
otov ruvou¿io0moi, xot rvio tmv r0vmv ro0iouoi aoµaoììoi, xoi aµo¸ toutoi¸ yr
xoi to tmv aov0jµmv oux oìiyoi, xo0oarµ yr xoi to tmv ovmv, otov rurxtouvtr¸
tu¿moiv, moarµ oi oyµioi. Touto µrv yr ou µovov ro0iouoiv, oììo xoi raoivouoiv
rvioi tmv iotµmv.
Quant aux chiens, que peut-on en dire ? Que chez certains peuples, ceux qui en mangent
abondent, quand il s’agit d’animaux jeunes et gras, particulièrement s’ils sont châtrés. Ajoutons que
ceux qui mangent de la panthère ne sont pas rares, pas plus que ceux qui mangent de l’âne lorsqu’il
est vigoureux, comme les sauvages. Certains médecins non seulement mangent de ces viandes, mais
encore en font l’éloge.
La combinaison de la viande canine avec celle de la panthère ne suggère pas une
consommation très coutumière ! Galien avoue lui-même n’avoir jamais goûté de cette viande
(Sur le régime amaigrissant 68). Pourtant, l’évocation de chiens jeunes, gras et châtrés donne
l’impression d’élevages spécialisés, mais, il est vrai, chez certains peuples seulement (pour les
applications médicales tirées du chien, voir ci-dessous).
68 Mainoldi 1984, p. 169-176
69 Mainoldi 1984, p. 171. La lecture du texte est incertaine. M.L. West lit, avec plus de vraisemblance
(Iambi et elegi graeci II 1992, Ananios 5,5 p. 36) : outj to0 mµj au lieu de tji tot mjµi. Le sens
serait donc : C'est alors la saison des chiens, des lièvres et des renards.
70 Voir J. Dumont à qui j’emprunte la traduction, Les animaux dans l’Antiquité grecque (2001),
p. 136.
71 Sur ce personnage, voir J. Jouanna, Hippocrate1992, p. 92.
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Jean-Marc luce 282
Les consommateurs se seraient-ils raréfés, se limitant à des groupes ethniques précis,
extérieurs à l’Empire, ou à des îlots de survivance ? Ce n’est pas ce que l’archéologie nous
apprend. Les analyses des ossements de chiens découverts à Kassopè en Epire ont montré qu’on
en mangeait encore entre le iv
e
et le i
er
s. av. J.-C.
72
Pour le ii
e
s. de notre ère, les fouilles de
Corinthe ont livré d’autres témoignages. A l’Est du théâtre, dans le bâtiment 3, situé sur le
côté est de la rue du théâtre, les pièces sud-ouest et la pièce 1 contenaient chacune des restes de
chien
73
. Dans la pièce Sud-Ouest, 0,2 kg d’ossements de chien provenant de 4 individus ont été
identifés. Trois des os portaient des traces de boucherie. Parmi les chiens identifés, trois étaient
des animaux jeunes, (6-7 mois pour les deux premiers, 1,25 an pour le troisième), un seul avait
dépassé 1,5 an. La pièce 1 a livré 0,3 kg d’os de chien provenant de cinq individus. L’un des os
le plus vieux porte des traces de découpe. Ces dépôts contenaient par ailleurs de très nombreux
ossements. Selon Reese, il s’agirait de déchets de boucherie. D’après les évaluations qu’il a faites,
le chien représenterait 2 % de la diète à Corinthe au ii
e
s. de notre ère, soit un chiffre très proche
de ceux que l’on avait déjà au Néolithique à Lerne. La consommation de viande canine s’est
donc maintenue, mais elle est restée ce qu’elle était : un appoint très marginal.
Comment comprendre ces données qui semblent se contredire ? Tout d’abord, on ne
peut nier que le chien soit resté un aliment consommé durant toute l’Antiquité classique,
du temps d'Ananios (cf. note 69), comme de celui d’Hippocrate, comme de celui de Galien.
On peut même admirer la belle continuité dans les proportions, du Néolithique jusqu’au
Haut Empire. Toutefois, le chien est présenté au v
e
s. comme une viande normale. C’est
encore l’impression que donnent les traités d’Hippocrate. Il n’en est pas de même du temps
de Galien et de Sextus Empiricus. On peut tenter une explication. Durant la préhistoire et
l’époque archaïque, voire classique, l’alimentation obéissait aux principes de l’économie de
subsistance. Dans ce cadre, le chien représentait un appoint secondaire, mais dont on ne se
privait pas. À l’époque hellénistique et romaine, où les échanges s’intensifent, des aliments
qui entraient auparavant dans la diète quotidienne en sont progressivement sortis. On
observe une évolution tout à fait similaire dans le cas d’une petite légumineuse qui s’appelle
l’ers (Vicia ervilia). Tandis qu’elle était consommée normalement jusqu’à l’époque classique
au moins, elle est peu à peu sortie de l’alimentation humaine pour devenir une plante
réservée aux animaux à laquelle l’homme ne recourait plus que dans les situations de pénurie
grave
74
. On pourrait donc penser que la consommation de viande de chien s’est maintenue
dans les mêmes proportions durant toute l’Antiquité, mais en changeant de statut. Durant
la préhistoire, jusqu’à l’époque classique, elle faisait partie de l’alimentation normale, dans
laquelle elle ne constituait qu’un appoint secondaire. Au cours de l’époque hellénistique (?) et
romaine où le chien était devenu si proche de l’homme, elle n’était plus un aliment ordinaire.
Elle était réservée à une consommation spéciale, liée aux pratiques religieuses ou médicales,
et très marginalement à l’alimentation quotidienne.
72 H. Friedl, Tierknochenfunde aus Kassope/Griechenland (4-1 Jh. v. Chr.) (1984), p. 133 et 224.
73 D.S. Reese, « A bone assemblage at Corinth of the Second Century after Christ, » Hesperia 56
(1987), p. 257 et 259.
74 Sur l’ers, voir J.-M. Luce, « De l’ers ou du bonheur chez les dieux », dans Luce, J.-M. (éd.), Paysage
et alimentation dans le monde grec. Les innovations du premier millénaire av. J.-C., Pallas 52 (2000),
p. 109-114.
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quelques Jalons pouR une HistoiRe du cHien en GRèce antique 283
Le sacrifce des chiens et son utilisation dans la médecine sont en effet assez bien
documentés, jusqu’à la période romaine. Pour les sacrifces, la mention la plus claire vient
de Plutarque (Romulus XXI 10). Après avoir évoqué le sacrifce des chiens à Rome lors des
Lupercales, l’historien moraliste fait état de pratiques similaires chez les Grecs :
Quant au chien, on pourrait dire que, si le sacrifce est une purifcation, on l’immole en vue de
se purifer. Les Grecs aussi, en effet, dans les cérémonies de purifcation, apportent des petits chiens
et pratiquent en maint endroit ce qu’on appelle périskylakisme (sacrifce de jeunes chiens) (trad.
R. Flacelière).
On peut citer aussi Questions romaines III, 14, 9
75
: Les éphèbes sacrifent avant la bataille,
dans le Phœbée. Le Phœbée est à l’extérieur de la ville, pas très loin de Thérapné. Là-bas chacun
des deux groupes d’éphèbes sacrife un jeune chien à Enyalios, en estimant que pour le plus vaillant
des dieux le plus vaillant des animaux domestiques est une victime indiquée.
Les données littéraires qu’avait rassemblées Scholz et Mainoldi
76
attestent également les
sacrifces de chien en l’honneur de certaines divinités, dans certains sanctuaires, notamment
Hékate, mais aussi à Arès/Enyalos à Sparte et à Eilioneia/Eileithyia, surtout à Argos. Mainoldi
a également rassemblé les textes qui décrivent le rite qui voulait qu’on tuât à Argos les chiens
traversant l’agora pendant les « jours des l’agneaux
77
. » Toutefois, il ne s’agit pas d’un sacrifce
à proprement parler. Enfn, on doit mentionner le rite de purifcation en usage en Macédoine
où l’on faisait passer entre les deux moitiés d’une carcasse de chien, d’abord les armes du roi,
puis le roi lui-même avec sa famille, ses gardes du corps, enfn toute l’armée
78
.
C. Mainoldi a très logiquement conclu de son enquête textuelle que les sacrifces de chien
n’étaient pas suivis de la consommation de la viande. Elle écrit (p. 52), « Entre le sacrifce
alimentaire de type politique et le sacrifce où la victime est le chien il y a donc une différence
fondamentale. » Pourtant, elle note que le mot utilisé pour désigner l’acte sacrifciel est thuo,
qui est le verbe usuel pour tous les sacrifces de type alimentaire. On comprend la gêne de
cet auteur. Dans les sacrifces de purifcation tels qu’on les connaît, on donne en effet toute
la bête à la divinité. Mais les découvertes archéologiques orientent plutôt vers des pratiques
diversifées parmi lesquelles les sacrifces alimentaires ont manifestement existé.
S. Huber a fait le point sur les découvertes archéologiques qui attestent de la pratique
du sacrifce en Grèce ou en Italie
79
. Un canidé a été découvert dans l’Artémision d’Ephèse.
Des chiens ont été sacrifés à Locres en l’honneur d’Aphrodite Kilias
80
. Plus récemment, on
a découvert dans le sanctuaire de Déméter à Mytilène, aux côtés des habituels ossements de
75 Sur ces textes, voir Mainoldi 1984, p. 54-55.
76 Scholz 1937, p. 14-24 ; Mainoldi 1984, p. 51-59.
77 Mainoldi 1984, p. 72-73 dont je reprends la traduction.
78 Scholz 1937, p. 16-17. Voir aussi ibid. la lustration des Béotiens fondée sur le même principe. À la
mort d’Alexandre, un rite très proche a été accompli, où l’on a jeté les deux moitiés près des deux
ailes de l’armée.
79 Mainoldi 1984, p. 72-73.
80 E. Lissi, « Gli scavi della Scuola Nazionale di Archeologia a Locri Epizefri, » dans Atti del settimo
Congresso internazionale di Archeologia Classica II, 1958 (1961), p. 113 ; M. Torelli, « I culti di
Locri, » dans Locri Epizefrii. Atti del sedicessimo Convegno di studi sulla Magna Grecia, Taranto 3-8
ottobre 1976) (1977), p. 147-194, surtout p. 149.
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Jean-Marc luce 284
cochons, des os de chien portant des traces de découpe (catalogue 12). L’Eleusinion d’Athènes
a livré également des restes de chien (catalogue 6). Le cas le plus intéressant, parce qu’il
a donné lieu à une étude fne des ossements, est celui d’Erétrie. Dans les fouilles de l’aire
sacrifcielle Nord, on a découvert les restes d’au moins deux individus. Les os ont été traités
comme ceux des autres animaux sacrifés, avec des pièces fragmentées. Des traces de découpe
ont été identifées sur une vertèbre cervicale et un fragment d’os coxal (bassin). Les auteurs
de la publication archéozoologique expliquent que les stries repérées correspondent « à la
découpe de la peau »
81
. D’autres traces sont interprétées comme les témoins de l’éviscération.
Sur un os, on voit l’impact d’un coup donné lors du détachement d’une patte postérieure.
On sait que maints règlements religieux attribuaient la peau au prêtre dont elle constituait
un équivalent du casuel de nos curés. Dans ce sanctuaire, les chiens semblent donc avoir été
traités comme tous les autres animaux sacrifés. Des pratiques sacrifcielles ne prouvent pas
formellement une consommation de la viande, mais le suggèrent fortement. La similitude
du traitement par rapport aux autres animaux trouvés dans les mêmes contextes est un fait
frappant qui s’oppose entièrement aux sacrifces dans les tombes où la bête n’est pas cuisinée,
ni même démembrée, mais laissée telle quelle. Il vaut mieux considérer que les sacrifces
pouvaient donc être de plusieurs types. Dans les sanctuaires, les rites devaient être très divers
d’un lieu à l’autre, d’une circonstance à l’autre. Mais dans bien des cas, on devait manger la
victime. Ces sacrifces pouvaient aussi alimenter le marché, quand le règlement ne spécifait
pas de consommation sur place.
H. Scholz (p. 10-24), C. Mainoldi (p. 58) et D. Gourevitch
82
ont souligné le rôle des
chiens dans les sanctuaires d’Asklépios et dans la médecine. Deux inscriptions relatent, à
Epidaure, des guérisons miraculeuses (IG IV2, 2, n° 121 et 127) obtenues par les chiens du
sanctuaire qui léchaient les parties malades. La première évoque le cas d’un enfant aveugle
soigné par l’un des chiens du sanctuaire. La seconde mérite qu’on la cite in extenso :
Kumv ioooto aoioo Ai[yiv]otov. Outo¸ øuµo rv tm[i tµo]¿oìmi ri¿r oø ixoµrvo[v]
o outov aoi t[ov] 0r[o]v xumv tmv ioµmv u[aoµ t]oi yìmoooi r0rµoaruor xoi uyij
raoj[o]r
Un chien a guéri un enfant éginète. Celui-ci avait une tumeur au cou. À son arrivée au
sanctuaire, le chien des prêtres le soigna en étant de veille avec sa langue et lui rendit la santé.
La présence de chiens dans l’asklépieion du Pirée apparaît également dans un règlement
sacré (Sokolowski, 21) qui spécife que l’on devra donner, comme sacrifce préliminaire, des
gâteaux (popana) à Maléatès, à Apollon, à Hermès, à Iasos, à Adeso, à Pakeia, aux chiens et
aux cynégètes, littéralement, des meneurs de chiens.
Faut-il considérer ces bêtes comme des sortes de divinités comme le fait Mainoldi ? Pour
elle, ces chiens et ces meneurs de chiens seraient « en rapport avec le monde des enfers. »
Qu’Asklépios ait eu un aspect chthonien paraît très probable, mais cela ne prouve rien pour les
chiens. J’avoue ne pas très bien comprendre cette interprétation. Il est imprudent de reporter
81 J. Struder et I. Chenal-Velarde, « La part des dieux et celle des hommes : offrandes d’animaux et
restes culinaires dans l’aire sacrifcielle Nord, » dans S. Huber, L’aire sacrifcielle au nord du sanctuaire
d’Apollon Daphnéphoros I (2003), p. 180, voir aussi le commentaire de S. Huber, ibid., p. 139.
82 Gourevitch 1969.
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quelques Jalons pouR une HistoiRe du cHien en GRèce antique 285
dans le contexte des asklépieia ce qu’on observe ailleurs. La position de D. Gourevitch
83

qui voit en ces chiens de véritables animaux me paraît bien plus soutenable. Les cynégètes
rappellent des kynègoi des forteresses dont le nom apparaît parfois en contexte religieux. Il me
paraît donc vraisemblable que les chiens en question étaient simplement ceux du sanctuaire
et les cynégètes les prêtres qui en étaient responsables.
Sacrifces dans les sanctuaires et dans les tombes s’opposent donc fortement, aussi bien
par la forme qu’ils prennent que par la chronologie. En ce qui concerne ce dernier point, nous
avons affrmé que les chiens avaient disparu des tombes dès l’époque archaïque. Cela n’est
vrai que des sacrifces effectués sous la forme traditionnelle, héroïque, que l’on connaît pour
l’Âge du fer ancien. Pour les époques plus récentes, nous disposons d’un cas très particulier,
à la signifcation sans doute très différente des pratiques ancestrales, découvert sur l’Agora
d’Athènes.
On date de l’époque hellénistique, vers 150, le comblement macabre d’un puits situé
près du sanctuaire d’Athéna Ourania au Nord de l’Héphaiteion
84
. Les ossements qui en ont
été tirés ont été examinés par Angel qui a identifé, aux côtés de deux crânes complets, les
fragments de 175 enfants dont la majorité était des nouveau-nés ou des fœtus près du terme.
A cet ensemble, étaient mêlés les os d’un homme d’âge moyen, un enfant d’environ 11 ans et
quelques ossements d’animaux domestiques plus grands. L’étude de ces restes n’a pas apporté
d’information sur les circonstances de ces nombreux décès. Comme aucune trace de violence
n’a été observée et que tous ces morts semblent avoir été jetés dans le puits en même temps,
Angel songe à une famine ou à une épidémie, en tout cas à une catastrophe ponctuelle. Le
choix du puits pour enterrer toutes ces dépouilles humaines laisse, en effet, penser à des
circonstances extrêmes. Récemment, un second puits très similaire a été découvert, dans
le même secteur, au Nord de l’Héphaisteion, près du sanctuaire d’Aphrodite Ourania. Il
contenait 445 squelettes d’enfants et de nouveau-nés ainsi que les ossements d’au moins
150 chiens (catalogue 7). Le comblement est daté, d’après la notice, entre 175 et 150 av.
J.-C. Il paraît vraisemblable que les deux puits ont été remplis dans les mêmes circonstances
dramatiques. Malgré la pression de la nécessité, on a pris le soin de séparer les enfants des
adultes. De toute évidence, la référence n’est pas ici de type héroïque. Ces sacrifces ont un
autre sens. On sait que l’interdit qui empêchait d’enterrer les morts dans la ville, malgré
quelques rares exceptions pour certains grands personnages, ne concernait pas, ou pas autant
les enfants. Néanmoins, la mort est une impureté. Or, ces restes étaient mêlés aux crânes à
peu près complets de 100 chiens (Day donne le chiffre de 85). Les fouilleurs avaient pensé,
pour la date et les circonstances, à la prise d’Athènes par Sylla en 86 av. J.-C., mais l’étude de
la céramique oblige à dater le comblement avant 150. Puisque les périskylakismes étaient, au
témoignage de Plutarque, des sacrifces de purifcation, la suggestion de Harrisson qui voit
dans ces restes d’animaux des sacrifces effectués dans ce but est très séduisante
85
. Le contenu
du premier puits a livré une statuette représentant, de façon assez inusuelle, un hermes féminin
en marbre que la proximité avec le sanctuaire d’Aphrodite conduit à interpréter comme une
83 Gourevitch 1968, p. 275.
84 J. L. Angel, « Skeletal Material from Attica, » Hesperia 14 (1945), p. 311-312.
85 E.B. Harrison, Archaic and Archaistic Sculpture. The Athenian Agora XI 1965, p. 139 et 167-169 n°
218, pl. 58.
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représentation de la déesse. Harrisson qui pense que sa présence dans ce contexte n’est pas
accidentelle, bien que l’objet fût inachevé, préfère y voir une représentation d’Artémis, à
cause de son rôle comme déesse de la naissance, ou Artémis-Hékate, mais l’argument n’a rien
de décisif. H. Scholz et C. Mainoldi ont très justement souligné l’importance des rites de
purifcation utilisant le chien.
L’usage du chien dans la médecine, notamment dans la médecine populaire, n’est pas
sans rapport avec ces pratiques religieuses. Le rôle des chiens guérisseurs dans les sanctuaires
d’Asklépios met bien en lumière le lien entre la religion et la médecine magique. Il revient
à Scholz et à D. Gourevitch
86
le mérite d’avoir fait connaître les étonnantes qualités
curatives que l’on accordait aux chiens, principalement dans le monde romain. Chez Pline,
cet animal passe pour un remède contre l’angine, les brûlures à la bouche, les dents des
enfants qui poussent mal, les fèches qui vous ont blessé, la fèvre quarte, la gale, la goutte,
la rage, l’hydrophobie, les douleurs aux oreilles, aux organes sexuels, à la rate, à l’anus ou
aux yeux. On s’en servait encore pour soigner l’incontinence urinaire ou les verrues. On
n’utilisait pas que sa viande, mais aussi ses os, ses dents que l’on réduisait en cendres, son
sang, notamment son sang menstruel, sa salive, son fel, son lait et même ses excréments et
ses vomissements. Le miel est un adjuvant souvent utilisé. Pour Gourevitch, il n’y aurait pas
de rapport nécessaire entre le choix du chien et la thérapeutique : « Le chien dans tout cela n’a
guère en lui-même d’importance ; il est le fournisseur accessible de produits qui transmettent
de plus hautes puissances. » Pourtant, c’est le chien que l’on choisit, et non un autre animal.
Pourquoi ce choix ? D. Gourevitch a bien souligné que les pratiques thérapeutiques puisaient
particulièrement dans le dégoûtant. Nous sommes là dans ce que j’appellerais la logique du
renversement. Le dégoûtant est thérapeutique, parce qu’il est dégoûtant et qu’il exige de la
part du patient, comme le dit D. Gourevitch elle-même, un certain esprit de sacrifce. Mais
cela n’explique toujours pas le choix de l’animal. Je ne crois pas que celui qui administrait de
tels remèdes le faisait par calcul, afn que le patient qui s’abstiendrait se sentît responsable de
son mal. L’échec n’existe pas vraiment dans la pensée magique. Un remède qui n’agit pas doit
aussi son ineffcacité à des raisons magiques. Le rôle du chien tient plutôt à ce double facteur
de l’inversion transgressive. Le dégoûtant devient thérapeutique exactement comme le chien
impur est instrument de purifcation, ou encore que l’animal familier, qui peut faire l’objet
d’une adoration, devient le remède par excellence. Toute cette médication est en quelque
sorte la version plus ou moins laïcisée d’une conception magique.
Conclusion
L. Day avait vu deux périodes dans l’histoire du chien, j’en verrais pour ma part trois.
Toutes ont donné lieu à des renversements magiques. Lors de la première période, la plus
longue, le chien est encore, d’une certaine façon, une proie pour l’homme qui pourtant l’élève
et se sert de ses facultés. La pratique du sacrifce s’explique-t-elle, comme on l’a dit, par le
besoin de se faire accompagner dans la mort par son chien pour s’assurer de sa protection ?
Pour l’époque d’Homère, rien n’est moins sûr. La mort telle que l’épopée la décrit ne réserve
pas au défunt de dangers particuliers qu’il devrait affronter. Les animaux tués ne sont pas
86 Scholz 1937 et Gourevitch 1969.
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destinés à servir dans l’Au-delà. Leur fonction est plutôt de défnir la personne, d’en indiquer
l’essence et le statut social. Pour l’Âge du Bronze, on ignore entièrement le mode de pensée.
Il n’est pas impossible qu’une conception relevant davantage de la pensée magique ait eu
cours. Le chien aurait alors pu servir dans l’Au-delà. Mais on se souviendra qu’une telle
interprétation n’est pas nécessaire pour expliquer les sacrifces de chien.
Cette pratique relève de l’ambivalence de la pensée grecque. Ce n’est pas par défaut
d’affection que l’on sacrifait la bête (voir la tombe de Koukounara catalogue n° 2), mais
plutôt par excès. Dans le sacrifce des chiens à Patrocle, Homère précise bien que les bêtes
égorgées étaient des chiens de table du défunt, c’est-à-dire ceux que l’on voit si souvent
dans les scènes de banquet, qui mangent les restes et servent aussi sans doute de serviettes.
Cela suppose une relation familière et non les simples fonctions de chasseur et de gardien.
C. Mainoldi a souligné le rôle de la mort dans la perception du chien et a insisté sur les chiens
charognards dans l’Iliade. Mais ces derniers sont souvent des chiens errants. Il est essentiel de
bien distinguer les chiens qui font partie de l’oikos, lieu de la familiarité et de la normalité, de
ceux qui errent et se nourrissent de carcasses abandonnées. Ce ne sont pas ces charognards
qu’Achille sacrife sur le bûcher de Patrocle. Seuls les chiens de table, ceux de Patrocle lui-
même, pouvaient subir ce sort, à la fois glorieux et lamentable. Nous avons là une première
forme d’ambivalence.
Dans l’histoire du chien, le vi
e
siècle semble avoir été la période charnière. Les animaux
se mettent à circuler sur les mers. Surtout, on introduit dans les maisons les petits chiens de
compagnie que sont les chiens maltais. Ces animaux n’appartiennent pas à l’univers héroïque
et c’est la fable qui nous en parle et non l’épopée. Leur développement refète celui de l’animal
familier et aimé qui tient compagnie aux hommes. Il n’entretient plus aucun rapport avec
les charognards et les fonctions traditionnelles du chasseur et du gardien passent, avec lui, au
second plan. Il n’entre pas dans la grande littérature, du moins pas avant le début de l’époque
hellénistique, mais il apparaît dans l’univers domestique de la stèle funéraire tel qu’on le
conçoit dès le vi
e
s. Plutôt que d’emmener son chien dans la mort, on préférait désormais se
faire représenter avec lui.
Pourtant, la violence à l’endroit des chiens est loin d’avoir disparu, et c’est là que se
trouve la seconde ambivalence. Il faut ici bien considérer le témoignage du Plutarque sur les
sacrifces de purifcation. La notion de pureté a sans doute une longue histoire remontant tout
au long de l’Âge du Fer, voire de l’Âge du Bronze, mais c’est au cours de l’époque archaïque
qu’elle devient structurante. À l’Âge du Fer ancien, les morts étaient souvent enterrés entre
les maisons. On l’observe partout où l’on avait adopté les principes de l’habitat discontinu.
Les maisons, distantes les unes des autres s’éparpillaient sur de grands espaces parsemés de
tombes. On l’observe particulièrement bien dans des sites comme Athènes, Argos, Corinthe
et Erétrie
87
. La séparation se ft plus tard, au cours de l’époque archaïque, et particulièrement
au vi
e
s. C’est à cette époque que l’on situe la première purifcation de Délos, lors de laquelle
les Athéniens, sous l’autorité de Pisistrate, avaient tenté de débarrasser le sanctuaire des
tombes que l’on y avait remarquées.
87 Voir par exemple l’ouvrage de Fr. Lang, Die archaische Siedlung (1996).
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On peut donc tenter ici une explication. Il est possible que les traces de sacrifces de chien
trouvées dans l’ère sacrifcielle nord du sanctuaire d’Apollon Daphnéphoros aient été liées
à une purifcation. Notons toutefois que les animaux ont été traités ici comme n’importe
quelles autres victimes, alors qu’on attendrait un sacrifce complet, sans découpe ni partage
des chairs. La référence au rite de purifcation est moins douteuse pour les deux puits de
l’Agora d’Athènes. Dans ce cas, le sacrifce de chiens a pris une signifcation nouvelle. Lié à
la notion de purifcation, il avait cessé d’être l’instrument le plus adapté à l’héroïsation du
défunt et à son intégration dans un cercle héroïque ou épique. Si un rite de purifcation était
nécessaire en contexte funéraire, notamment en cas de catastrophe, les sacrifces de chiens
pouvaient réapparaître dans la tombe. Ces puits funéraires où s’entassaient les cadavres de
bébés et des fœtus n’ont rien de commun avec les sacrifces de type héroïque où le défunt se
fait accompagner par son animal.
Nous avons là une seconde forme d’ambivalence. Le chien, si impur qu’on lui interdit
l’accès de nombreux sanctuaires
88
, est l’instrument d’un sacrifce de purifcation. Le meurtre
de l’animal a le pouvoir d’inverser les pôles de l’impureté. Que doit-on comprendre, qu’on
le sacrifait, malgré son impureté à laquelle on devenait, dans ce contexte, indifférent, ou
au contraire en raison de son impureté ? H. Scholz que gênait cette double nature du chien
écrivait
89
: « Il y eut donc, aux côtés de la conception profane du chien qui rend justice à ses
qualités positives, et qui est, à mon avis, indo-germanique, la conception religieuse dans
laquelle il possède un pouvoir magique et qui comporte des infuences pré-helléniques et
orientales. Les deux se fondent peu à peu l’un dans l’autre ». C’est donc la Qvellenforschung,
la recherche des origines, si chère à l’érudition de l’époque, qui donnerait la clé de cette
dichotomie. Elle permettait par la même occasion une interprétation ethnique de ces
croyances. Ce sont là des conceptions d’un autre temps, à l’arrière-plan plus ou moins raciste,
conçues dans une période où l’on ignorait que les Pré-hellènes, c’est-à-dire les Mycéniens,
étaient des Grecs.
Si l’on veut comprendre l’apparente contradiction qu’il y a entre ces deux visions du
chien, il faut bien garder à l’esprit qu’elles ne s’ignoraient pas. Elles se sont au contraire
sculptées l’une par rapport à l’autre, l’une contre l’autre, et doivent s’appréhender comme
les deux faces d’un même phénomène. Je croirais donc volontiers, comme C. Mainoldi, que
« c’est sa condition d’impureté qui permet au chien d’être porteur de purifcation, pharmakos
actif au cours de sa vie. » En effet, la mythologie est pleine de ces renversements
90
. Œdipe
ne devient-il pas une sorte de saint homme dans l’Œdipe à Colone ? Le terrible Amphiaraos
n’est-il pas devenu, une fois mort, un héros guérisseur ? La mort, qu’elle soit rituelle ou le fait
des dieux, introduit l’être concerné dans le domaine du sacré, hiéros. Songeons également
que les tombeaux contiennent parfois des scènes d’amour. Songeons que la grenade, avant
de symboliser la mort, symbolise le caractère aimable de la jeune femme ou de la korè
91
.
Rappelons aussi ce que disait Rudhardt des rites de purifcation (il parle des purifcations
88 Scholz 1937, p. 7-9.
89 Scholz 1937, p. 10.
90 Voir à ce sujet J.-P. Vernant, Mythe et société en Grèce ancienne (1979), p. 131-140.
91 Les grenades découvertes dans l’Héraion de Samos ou celle que la déesse tenait dans l’Héraion
d’Argos n’ont aucune signifcation funéraire.
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de criminels) : « Il s’agit vraiment d’un lavage par le sang. Le mécanisme de l’opération est
magique : le semblable attire le semblable ; le sang purifcateur absorbe en lui les miasmes du
sang répandu et libère ainsi de la souillure l’homme sur lequel il coule ; mais on devra à la fn
de l’opération se débarrasser du liquide chargé d’impureté. » Le sang pur de l’animal impur
absorbe la faute. Etrange jeu de miroir.
Lorsqu’à partir du iv
e
siècle on se mit à creuser des tombes pour les chiens, conçues à l’image
de celles que l’on réservait aux humains, on est entré dans une nouvelle période dans l’histoire
de cet animal. Cette nouvelle ère fut très longue, ne s’achevant qu’à l’époque byzantine et
chevauche la précédente. Une attitude sentimentale s’y déploie pleinement, s’exprimant dans
la littérature, surtout dans les épitaphes, mais aussi dans les tombes de chiens richement
dotés, enterrés dans le cimetière des hommes. On peut encore distinguer, au sein de cette
longue période, deux phases. Quand la mort du chien entre dans la littérature, le thème de
l’amour unissant l’homme à son animal domestique n’est pas encore central. Il le devient dans
les épitaphes de l’époque impériale. C’est aussi à cette époque que l’on construisit à Athènes
le tombeau de ce chien à la laisse cloutée dans le cimetière des hommes. C’est aussi à cette
époque que plusieurs auteurs témoignent de leur dégoût pour la viande canine.
On est mal renseigné sur les rites de purifcation à cette époque. Ils n’avaient pas disparu,
puisqu’ils sont toujours mentionnés par les auteurs, notamment par Plutarque, mais ils
s’étaient peut-être raréfés. En revanche, la pensée magique s’épanouit dans les pratiques de
la médecine populaire. On assiste donc à une troisième forme de renversement magique
illustrant l’ambivalence de la relation que l’homme entretenait avec le chien. La médecine
populaire, pour être effcace, se doit d’être transgressive. Le dégoûtant est particulièrement
effcace. Des consommations à la limite de l’impiété, comme en témoigne Sextus Empiricus,
prennent un sens fort dans la thérapeutique. Mais le dégoût qu’inspire le chien n’est pas
seulement celui de l’être impur. Chiens errants et charognards devaient pourtant toujours
errer dans les rues. Désormais, la tendresse que l’on avait pour le plus familier des animaux
pose un tabou sur sa viande, sur sa chair, sur ses os et le reste de son corps dont la négation
magique présente d’intenses vertus thérapeutiques.
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Bibliographie
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dans la revue « Archaeological reports ».
Dépouillement effectué par Ahmed El Khelouane
La Grèce continentale
1 Argos (HM)
Ch. Kritsas rapporte (AR 24, p. 23) les découvertes de 1971 faites sur un terrain en
construction. On a exhumé un enchytrisme dans un pithos, les vestiges d’un bâtiment
mycénien, dans lequel on a trouvé pour les niveaux les plus anciens au moins 18 squelettes
humains mélangés pêle-mêle (fg. 39) avec des restes d’animaux (au moins 1 crâne d’équidé,
des bovidés, des cochons, des chiens et probablement d’autres espèces). L’hypothèse du
désastre naturel dont auraient été victimes ces individus et ces animaux est suggérée.
Cf. ADelt 27, Ch 192-212.

2 Koukounara (Péloponnèse)
Sp. Marinatos a découvert à « Polla Dendra » près du mont Maglava une tombe à tholos dont
la chambre mesure moins de 5 mètres de diamètre. Elle contenait 12 sépultures postérieures
à 1400 BC. Au milieu de la chambre, on a mis au jour le squelette d’un petit chien reposant
tout près d’un squelette humain en position fœtale. (AR 9, p. 10)

3 Kallithea (Achaïe)
Th. Papadopoulos a fouillé un cimetière dans la localité de Laganida. On y a retrouvé une
tombe à tholos dont la partie supérieure était effondrée et dont la chambre a été pillée à
la fn de l’HR. On a retrouvé les restes d'une quarantaine de sépultures au moins, d'un
sacrifce de cheval ainsi que les parties de deux autres animaux (un chien ? et un mouton).
(AR 35, p. 41)
Cf. Ergon 1987, 89-91

4 Pylos (HR IIIB)
P. Halstead et J. David ont analysé près de 300 kg d’os d’animaux qui ont été exhumés du
palais de Nestor. On note principalement la présence d’os de moutons/chèvres, de cochons,
de bovins, mais aussi un petit nombre de chiens, de chevaux, d’ânes, de sangliers, de cerfs, de
chevreuils, et de lièvres. On retrouve également de façon très rare des restes de mammifères
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Jean-Marc luce 292
sauvages (ours, lion, aurochs). De même les os d’oiseaux et de poissons se font extrêmement
rares. (AR 45, p. 51)
Cf. Sandy Pylos : an archaeological history from Nestor to Navarino, Austin, university of Texas
press, 1998

5 Athènes
Lors des fouilles organisées à l'occasion de la construction du métro, on a fait la découverte
d’une tombe de chien exceptionnelle. L'animal a été retrouvé avec son collier et un véritable
mobilier funéraire. (AR 46, p. 9).
Une publication plus détaillée est parue dans Palarma et Stamboulidis (éd.), La ville sous la
ville (2000 en grec, une version en anglais existe), p. 157, mobilier, n° 162-164.
6 Athènes
En 2001, on a retrouvé à l'Eleusinion les squelettes de plusieurs chiens associés à des
fragments de poteries peintes, une mesurette et des poids de métier à tisser (remblai de la fn
du vi
e
-début v
e
s.). (AR 49, p. 5)
7 Athènes
Sur l’ancienne agora au nord de l’Hephaiston, près du temple d’Aphrodite Ourania, furent
exhumés 445 corps de nourrissons et d’enfants, et au moins 150 chiens datés entre 175 et
50 avant J.-C. (AR 49, p. 6).
La Crète
8 Chania (Crète de l’ouest)
Dans le quartier Agios Ioannis on a retrouvé, en trois endroits, des tombes à chambre.
Dans la tombe n° 1 un corps de chien a été déposé près de l’entrée, à proximité d'un dépôt
d'ossements humains, manifestement en position secondaire. Deux squelettes en position
primaire (?) occupaient également le sol de la chambre. Dans la tombe n° 5, cinq crânes
humains et quelques os appartenant à un chien et à un(e) mouton/chèvre ont été collectés
dans la chambre principale. (AR 46, p. 148)

9 Sybritos, Amariou (Crète de l’ouest)
Au nord du quartier central on a retrouvé dans un contexte du MRIIIC 38 vases de terre
cuite, des objets de bronze et de pierre, un squelette de chien complet, et la partie d’un
second chien, quelques os de chèvres/moutons, d'êtres humains ainsi que les restes d’une
tortue d’eau douce. (AR 47, p. 143)
Les autres îles :
10 Midea (golf de Saronique)
K. Demakopoulou a fouillé la citadelle et exhuma de nombreuses poteries du HR IIIB2.
Dans les niveaux du HR IIIB 2 et du HR IIIC il a découvert des fragments de pithos, des
restes de nourritures (des fgues, des lentilles, des noyaux d’olives, des légumineuses, etc,
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quelques Jalons pouR une HistoiRe du cHien en GRèce antique 293
carbonisés), le crâne d’un large animal (un chien ?), un os de mâchoire humaine, de la
vaisselle et de larges céramiques. (AR 38, p. 13-15)
11 Poros, Kalauria
Berit Wells fouille en 2004 le temple de Poséidon. Dans un réservoir de l’époque archaïque,
on a notamment retrouvé des os d’animaux divers : de chiens, d’équidés, de cochons, de
moutons, d’oiseaux, d’un renard et de serpents qui sont en attente d’étude. Ce remplissage
pourrait dater de l’époque romaine. (AR 51, p. 13)
12 Lesbos
En 1992, la mission canadienne a fouillé, à Mytilène, le sanctuaire de Déméter où elle a
relevé une relative continuité des dépôts du vii
e
siècles av. J.-C. jusqu’au xix
e
siècle. On note
la présence d’os de cochons, mais aussi d’os de chiens (sur lesquels on relève des marques de
boucheries). (AR 39, p. 65)
Cf. ADelt 41 Chr, 198-212 ; Eleutherotypia 25.2.93 ; Kathemerine 23.5.93
La macédoine
13 Drama (Est de la Macédoine)
Ch. Koukouli-Chrysanthaki fouilla en 1979 trois tumulus du PG et du début de l’Âge du
Fer. Parmi les découvertes, il faut mentionner des enchytrismes d’enfants accompagnés d’un
squelette de chien dans une urne. (AR 34, p. 53)
Cf. ADelt 34 Chr 330-1
La Thrace
14 Evros, Mikri Doxipara (Thrace)
Un large tumulus a été fouillé (55-66 mètres de diamètre, 6,7 mètres de haut) où l'on a
fait d’importantes découvertes de la fn de la période hellénistique et du début de l’époque
romaine (i
er
avant J.-C. – i
er
après J.-C.), dont au moins 2 (voire 4) chars funéraires équipés,
accompagnés de chevaux (deux par char) qui semblent avoir été sacrifés. Des sépultures de
chiens furent également trouvés dans le tumulus. (AR 49, p. 71)
Sur ces tombes, on lira maintenant Trandalidou 2005.
en dehors du monde grec
15 Seyitömer Huyuk (Phrygie du nord)
A 26 km au nord-ouest Kütahya, ce site fut fouillé à l’occasion d’opérations de sauvetage.
Dans un niveau phrygien, on retrouva un groupe de pots contenants des os (de sacrifces ?)
de chiens. On retrouva en outre des corne de cerfs. (AR 45, p. 180)
Cf. Müze, 191-203.
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262

Jean-Marc luce

Sept années plus tard, paraissait l’ouvrage de H. Scholz (Scholz 1937) qui explorait une autre face de la figure du chien, restée jusque-là insoupçonnée : celle de l’irrationnel. Il a su montrer la place qu’occupait cet animal dans les divers aspects de ce qu’aujourd’hui on pourrait appeler la pensée magique, mais qui lui paraissaient appartenir à un système de pensée primitif. Ce travail faisait découvrir au public les interdits religieux dont le chien était l’objet, les sacrifices, les différentes pratiques magiques, notamment dans le domaine de la médecine, ainsi que les diverses figures mythiques du chien et la relation qu’elles entretenaient avec la mort. Une grande partie des travaux qui sont parus depuis, notamment plusieurs études récentes, s’inscrit dans ces trois directions qu’avait prises la recherche dans les années trente. Après les travaux de Herrlinger, plusieurs auteurs ont exploré la place qu’occupait le chien dans la littérature. Dans cette série, le dernier en date est le livre de Dumont paru en 2001 (Dumont 2001), qui ne tient pas compte des travaux cités ci-dessus, mais qui parcourt commodément d’assez nombreux textes, d’un bout à l’autre de la chronologie3. En ce qui concerne l’iconographie, la céramique a été peu étudiée. En revanche, les représentations sur les stèles funéraires ont fait l’objet de plusieurs recherches, la plus complète étant la thèse parue en 1997 de M. Zlotogorska. Elle y présente un catalogue très abondant, couvrant toute la chronologie, jusqu’à l’époque impériale comprise. Les enjeux sociologiques sur lesquels cet auteur insistait déjà ont ensuite été précisés dans un article récent de C. Schneider, « Herr und Hund auf Archaischen Grabstelen, » JDAI 115 (2000), p. 1-36. La question des mentalités que Scholz avait été le premier à poser a été reprise de façon plus complète par C. Mainoldi (Mainoldi 1984) qui, à son tour, a insisté sur la relation qu’entretenait le chien avec la mort, en utilisant une matière plus vaste, et notamment l’article très utile de D. Gourevitch paru en 1968 (Gourevitch 1968) sur la place du chien dans la médecine antique. Tandis que les aspects littéraires, iconographiques et ceux relevant des mentalités ont abondamment été explorés, les aspects proprement archéologiques ne sont entrés sur la scène que plus tardivement. On a tout d’abord commencé à découvrir des chiens dans des tombes humaines, puis de véritables tombes de chiens. Toutes ces découvertes, qui datent pour la plupart de l’après-guerre, et principalement des trente dernières années, sont de nature à renouveler la question. Une première synthèse a été réalisée par L.P. Day dans un article paru en 1984 (Day 1984), à partir d’une découverte faite en Crète. Ce travail constitue une référence obligée. Pour la première fois, un auteur prenait la peine de rassembler les données disponibles par l’archéologie et était en mesure de mettre en évidence un changement considérable dans l’attitude que les Grecs avaient vis-à-vis de leurs chiens. Tandis que durant la préhistoire jusqu’à l’Âge du fer inclus, on les sacrifiait et les mangeait, à l’époque historique, les Grecs montraient une attitude plus sentimentale. Près de 25 ans après l’article de L. Day, le principe général de cette évolution reste en partie valable. L’article de Day marquait également les débuts des études archéozoologiques en Grèce. Peu d’études l’avaient précédées, elles sont maintenant encore trop rares, mais se sont multipliées. Elles apportent une lumière neuve sur deux problèmes à propos desquels on

3

Voir aussi Merlen, 1971 et S. Lilja, Dogs in Ancient Greek Poetry (1976).

quelques Jalons pouR une HistoiRe du cHien en GRèce antique

263

manquait jusque-là de données fiables : la consommation de viande canine et les pratiques sacrificielles, non seulement dans les tombes, mais aussi dans les sanctuaires. Enfin, il convient également d’exploiter les sources épigraphiques qui nous renseignent sur le rôle des chiens dans la guerre. On voit donc que le chien dans l’Antiquité grecque est un champ d’étude très vaste et très riche. Sans prétendre rassembler ici toute la matière, ce qui nécessiterait une étude de plus grande ampleur, je propose de mettre en évidence les grandes lignes de l’histoire du chien dans l’Antiquité grecque, en synthétisant les différentes branches dans lesquelles la recherche s’est engagée jusqu’à présent. Nous aurons ainsi l’occasion de dégager les deux grandes tendances qui traversent toute l’histoire de cet animal : la perception du chien comme être familier, membre de l’oikos, illustrant la normalité dans sa version quelquefois aristocratique, et la violence dont il était la victime, dans les sacrifices notamment, ou simplement pour en faire une viande de boucherie. 1. Néolithique, Âge du bronze et Âge du fer 1.1. Races4 de chiens La domestication du chien et sa dissociation progressive du loup5 sont l’œuvre des chasseurs cueilleurs de la fin du Paléolithique. Il est déjà présent dans les cultures magdalénienne en Europe et natoufienne au Proche-Orient, soit bien avant le développement de l’élevage. On signale un maxillaire mis au jour dans une grotte irakienne occupée par l’homme il y a 14000 ans ; d’autres attestations sont connues dans le Sud-Ouest de la France, dans les Alpes, en Allemagne et en Espagne6. En Grèce, le site de Lerne en Argolide7 a livré des ossements datés du Néolithique moyen, mais il ne serait pas surprenant qu’on en découvre un jour des traces plus anciennes. La dernière publication de restes archéozoologiques en Grèce, celle de K. Triandalidou sur le matériel recueilli à Oropos en Béotie, rassemble quelques données sur la taille des animaux découverts en Grèce, pour le Néolithique, l’Âge du Bronze et l’Âge du fer ancien. Il s’agit d’animaux moyens. Elle estime que plusieurs des individus découverts avaient une taille comparable au chien australien, le dingo. À Nichoria, les restes recueillis pour l’Âge du Bronze et du Fer permettent de restituer un animal un peu plus grand, mesurant environ

4

5 6

7

Je continuerai pour ma part à utiliser le mot race dans un sens large. Contre l’utilisation de ce terme, voir V. Forrest et I. Relarbi, Gallia 59 (2002), p. 276-277 qui préfèrent le réserver aux animaux modernes et proposent celui de morphotypes pour les animaux anciens. Toutefois, cette nuance ne peut s’appliquer aux chiens, cf. Vigne 2004, p. 69-70. Pour les races de l'époque historique, voir ci-dessous p. 267 Notons que le loup d’Europe est un animal solitaire et non un animal sociable vivant en meute, comme l’est son congénère d’Amérique, cf. Fogle 2007, p. 16. Bruce Fogle 2007, p. 20. Pour l’histoire de la domestication, voir Vigne 2004 donne une présentation grand publique des dernières avancées. Le chien est traité p. 29-35. Voir aussi Clutton-Brock, Domesticated animals (1984), p. 34-45 qui est paru avant les progrès de la génétique et les débats qu’elle suscite. N.G. Gejvall, Lerna. A Preclassical Site in the Argolid. The Fauna (1969), p. 69.

10 R. 69. entre 73 et 78 cm. dans Nichoria I. de l’époque mycénienne. Pourtant.8 cm. p. 56. le même auteur donne les indications suivantes : dans la tombe de Volos (Pevkakia). Sacrifice et viande canine Il est probable que l’on a dès le début. Un chien trouvé à Argos. p. elle était loin d’avoir disparu des repas . En Crète orientale.6 % du total.6 cm. Si sa consommation ne fut qu’une utilisation secondaire. Ce serait une pression accrue sur le gibier. Ainsi. dans les couches de l’HRIIIC comme dans celles de l’époque géométrique. À Kastanas en Macédoine. le chien mesurait 56. 1. la baisse sensible que l’on enregistre dans les niveaux de l’Âge du fer. du type de celle du lévrier. dans la tombe hellénistique de l’aire du pressoir. mais aussi des traces de feu indiquant que l’on tirait des grillades de ces animaux. qui expliqueraient.5 % du total9. Gejvall. Lerna : the Fauna (1969). toujours à Knossos. en Grèce comme ailleurs. Dans son article sur les sépultures de Mikri Doxipara (Zoni) (Triantalidou 2005). et celui de Kokla était particulièrement grand.A. de la plupart des chiens du monde grec antique. 69. selon les auteurs de la publication. 117-118. les fouilles de Nichoria montrent que cet animal faisait toujours partie de l’alimentation humaine10. de la période géométrique.E. . p. Les peintures sur vase et les reliefs du haut archaïsme où apparaissent des chiens montrent tous des bêtes de taille moyenne. La taille assez modeste ou moyenne.). des os de chiens portant 8 R. les sites de Vronda et Kastro à Kavousi (pour la tombe contenant des chiens. À cette époque. Sloan et M. C’est aussi dans les niveaux de cette période que la fréquence de cet animal est la plus grande. La consommation de viande canine semble être devenue plus rare au cours de l’Âge du Fer. et donc une pratique de la chasse plus active. C’est durant le Bronze Moyen I que la consommation de viande canine est la mieux attestée par des ossements brûlés portant des traces de découpe. dans la tombe 79 de Knossos. trouve une certaine confirmation dans l’iconographie. guerre etc. Duncan.3 cm. 9 N. atteignant 8.1 cm. On peut aussi songer à une évolution générale des mentalités. atteignant à l’helladique ancien III. Mais le fait est que le comportement des hommes vis-à-vis de ces bêtes n’était pas dominé par la sensiblerie. Poplin). de nombreux os de chiens recueillis portent des marques de découpe.2. elle n’a fait que retrouver les chiffres du Néolithique. 21 des 500 os de chiens mis au jour dans les couches de l’Âge du Bronze portaient des marques de découpe. dans Nichoria I. A. Des grands chiens de la taille de nos bergers ont néanmoins existé précocement. qui est encore inédit. voir ci-dessus) ont livré. le chien n’est pas encore le simple compagnon de l’homme. eu de l’affection pour les chiens qui font partie de la famille. on ne recourait pas à cette viande très souvent. La trouvaille qui provient d’un contexte domestique et non du sanctuaire ne peut résulter que d’une consommation privée. était plus grand.E. à Lerne à l’époque néolithique.264 Jean-Marc luce 55 cm au garrot8. (identifié par Fr. atteignant 68. il reste une proie comestible. Duncan. le chien mesure 56. elle paraît avoir été trop régulière pour avoir été limitée aux périodes de pénurie grave (famine. Toutefois. les 625 os recueillis ne représentant que 2.G. On mangeait donc du chien. Sloan et M. Les fouilles de Delphes que j’ai menées dans la région du char des Rhodiens ont livré un os de chien avec des traces de découpe dans une couche du ixe s. À l’Âge du Bronze.

Chez les Grecs. Zooarchaeology in Greece. ils n’ont pas été pas préparés pour le bûcher. Snyder. Homère mentionne ensuite le dépôt des jarres de miel et d’huile. d’une certaine façon. day. les doubles des hommes12. puis le fils de Pélée procède à des sacrifices d’un autre type : les quatre cavales altières de Patrocle. ils sont surreprésentés parmi ceux qui présentent des traces de boucherie. Le texte est le reflet de pratiques réelles (on ne sait en revanche si leur combinaison exacte a jamais existé telle quelle). O. Les chiens dont il s’agit étaient des chiens de table. p. Il s’agit d’animaux que l’on ne sacrifie pas d’ordinaire aux Olympiens. Xanthos. 12 Je dois la formule à Fr.1 d’après Wallace. British School at Athens. » Hesperia 60 (1991). enfin le sacrifice humain. Si la consommation de viande canine semble perdre du terrain à l’Âge du fer où l’on ne retrouve pas le pic du Bronze Moyen à Nichoria. Le type est assez bien connu. p. Pourquoi cette construction du texte ? Pourquoi avoir regroupé les chevaux. Il s’agit d’abord de moutons et de bœufs qui fournissent la graisse dont le héros enduit le corps de Patrocle. in Ancient Greece : perceptions. On mangeait donc du chien et on le cuisinait à Kavousi. la consommation de viande canine s’est maintenue. parfois dans une fosse séparée. ces marques montrent que ces animaux ont été écorchés. les douze Troyens de noble extraction. À l’époque classique et même sous l’empire romain.E. Si le Canis familiaris ne représente que 1. Les mêmes auteurs ont fait une publication plus détaillées : « From Lerna to Kastro : Further Thoughts on Dogs as food. Poplin. les tombes de plan carré soient plus fréquentes. On brisait les mandibules pour retirer la langue. mais bouillie. Dickinson. Sous le sol de la tombe. Pour la Crète. Prejudices ande Reinvestigations » dans E. deux de ses neuf chiens. p. L’absence de traces de brûlure suggère que la viande n’était pas grillée. mais on n’en consommait pas régulièrement. « Case studies of settlement change in Early Iron Age Crete. Recent Advances. dans le livre XXIII de l’Iliade. Continuity and Change between the twelfth and eighth Centuries BC (2006). p. il n’en est pas de même pour les sacrifices dont nous avons maint exemple. On tuait ces animaux à l’occasion de funérailles et on déposait leurs corps dans la tombe.60 m) et de plan circulaire13. dont on se servait lors des banquets pour éliminer les restes ou pour s’essuyer. D’après Snyder et Klippel. tableau 4. 221-231. . En effet. les fouilles américaines ont mis au jour une tombe à tholos de l’époque protogéométrique de petite taille (1. Mais il est un autre point.30 x 1. 179-186. 21-32. bien que dans cette partie de l’île. Kotjabopoulou et alii (éd. « Dog Burials in Greek World ». p. mais jetés violemment.M. « Dark-Age Fauna from Kavousi. des os de chiens ont également été découverts à Khamalevri (HRIIIC) et à Kommos (SM-PG). Crete.). d’une série de sacrifices dont Achille dépose les dépouilles écorchées sur le bûcher. les chevaux et les chiens sont.3 % du total des ossements recueillis à Kastro. comme l’ont prouvé les fouilles de Kassopè et de Corinthe (voir ci-dessous). Les funérailles de Patrocle s’accompagnent. les chiens et les hommes ? Contrairement aux autres bêtes. AJA 88 (1984). Tous appartenaient personnellement à Patrocle. sans doute pour adapter leur taille à celle d’une marmite. désarticulés et décharnés. le cheval d’Achille. 61-99 (non vidi).P. Les os longs étaient brisés. cf. On en trouve un reflet illustre chez Homère. 81. « The Aegean from Bronze Age to Iron Age. À Kavousi en Crète orientale. on a découvert une fosse 11 W. 13 L.quelques Jalons pouR une HistoiRe du cHien en GRèce antique 265 les mêmes types de marques11. peut parler et annoncer à son maître sa mort prochaine s’il reprend le combat. Studies 9 (2003). » Aegean Archaeology 4 (2000). Klippel et L.

qui a été creusée avant la construction de la partie en élévation. en compagnie de son maître. Les pithoi étaient accompagnés d’un mobilier peu abondant (œnochoè. la seconde semble du début de l’époque orientalisante. À Knossos. pour l’Âge du Bronze. le crâne d’un animal qui est peut-être un chien. Knossos North Cemetery. soit vers 700. 10 occurrences sur le continent grec (7 cas datant de l’Helladique récent III. soit deux chevaux de petite taille et deux chiens. Sous les dépôts des sépultures et de leur mobilier. On y trouve 4 tombes chypriotes (Chypriote Ancien et surtout Moyen). on a mis au jour deux pithoi qui ont servi d’urnes cinéraires. sans trace de découpe ni de boucherie. L. Coldstream et H. un os de mâchoire humaine. dans une attitude qui évoque ici davantage la tendresse . dans l’appendice à cet article qu’Ahmed Elkhelouane a réalisé : la tombe de Koukounara (catalogue 2) où le chien a été trouvé à l’intérieur de la tombe. La fosse contenait également quelques os de renard. Sous un remplissage de pierres et de terre. amphore).-C. 28. la publication des fouilles du cimetière Nord permet d’avoir de meilleures informations sur la tombe 79 qui correspond au n° 25 dans le catalogue de L. Elle mentionne encore 4 cas douteux et quelques exemples où le chien est associé à d’autres animaux. une combinaison qui rappelle l’épopée. catalogue 10) d’un enchytrisme d’enfant accompagné d’un squelette de chien. L. de martes et d’ânes mélangés. Dans la partie supérieure. notons la découverte récente à Drama (cf. p. . entre autres choses. Il y a deux cas hypothétiques : l’étrange découverte de Midéa où. en Asie Mineure. aux contours arrondis sauf sur le côté N-NO qui est rectiligne.. on a découvert un pithos contenant. Les sacrifices d’animaux destinés à accompagner le mort se rencontrent en dehors de la Grèce. la tombe 2 du même site où les ossements de chiens. 14 J. Dans sa publication de la tombe de Kavousi. J. Day14. Ce cas rappelle d’assez près celui de Kavousi. moutons et chèvres côtoyaient les restes humains. 29) cite un exemple à Sardes daté entre la fin du viie s. La première est datée de la transition GR-Orientalisant. Il s’agit d’une tombe à fosse. à une époque plus récente. des fruits carbonisés. tombe 79. puisqu’on a retrouvé leurs os en connexion.).W. Day (cat. 4 tombes en Crète (du MRIII [?] au Submycénien).N. 125-126.80 m de profondeur. À ces exemples s’ajoutent encore les nouvelles découvertes rassemblées. Early Greek Tombs. cruche. et le début du ve. L’inventeur insiste sur le fait que les chiens ont été précipités entiers. on a exhumé de nombreux squelettes de chiens en position horizontale ou verticale. Catling éd. La superposition des plans de la fosse et de la tombe montre que l’on a affaire à un ensemble unique et cohérent. peut-être vers 575-525 av. deux cas de l’époque géométrique et un exemple du vie s. Nous avons ici l’association des chevaux qui tiraient un bige avec un chien. notamment des équidés (âne ou chevaux). Day a joint un catalogue de 28 occurrences de tombes où des chiens accompagnent des morts. dans des niveaux de HR IIIB et du HR IIIC (catalogue 10). description dans le volume I. se trouvaient les squelettes des animaux sacrifiés. soit du début du viie s. Pour l’Âge du fer. Ajoutons la découverte récente de Seyotömer Huyuk (catalogue 15). la tombe 1 de La Canée en Crète (catalogue 8) où un chien occupait l’entrée. Suppl. British School at Athens.266 Jean-Marc luce de 0. Enfin le cimetière de Kallithéa en Achaïe où l’on a peut-être trouvé les restes d’un sacrifice de chien (catalogue 3).

3 et 4. À l’époque archaïque. Enfin. ne sont pas fondées sur les concepts actuels de race (lequel connaît d’ailleurs une évolution. méritaient qu’on les représente. On peut constater dès l’époque archaïque une certaine diversité de races. 18 Vigne 2004.. nous assurent d’une certaine fidélité. Races de chiens À partir du vie s. Les documents iconographiques sont de grande valeur. il ressemble à notre lévrier qui n’est pourtant qu’une reconstruction tardive. aux yeux des Grecs. à l’exception notable de la Thrace où. les chiens indiens dont il est question chez certains auteurs seraient des mastiffs. 2. 95 g. Les caractères récurrents de certains traits morphologiques observables sur ces représentations. sa gueule triangulaire. on ne peut savoir si les images sont représentatives des races qui existaient alors ou si l’on ne trouve que celles qui. une ressemblance entre race moderne et une race ancienne peut s’avérer illusoire. C’est le type de chien que l’on rencontre le plus fréquemment sur ces reliefs. Merlen. les sacrifices de chien dans les tombes sont une pratique de l’Âge du Bronze qui connaît quelques prolongements à l’Âge du fer. Keller en avait distingué quatre15 pour lesquelles il avait proposé de véritables identifications16. 16 Par rapport à l’article de Keller. permettant les observations. En revanche.8) et Pollux V57-59. se raréfient. Sur la célèbre base de kouros du Céramique. sa queue assez longue et recourbée et ses petites oreilles triangulaires dressées. les distinctions que les auteurs ont faites. Celles de l’Antiquité ne se sont sans doute pas toutes maintenues jusqu’à aujourd’hui et celles qui l’ont fait risquent fort de s’être largement métissées. av. . En effet. certains spécialistes actuels préférant le terme de morphotype.A. vers 510 (Musée national d’Athènes 3476)17. Notons que pour ce chercheur. Pour ma part. 17 Kaltsas 2001. on n’en trouve plus de trace. ces funérailles dans la grande tradition héroïque avaient toujours cours (Triantalidou 2005). Nous ne citerons que quelques 15 Keller 1905.1 à 4. De plus. notamment les trouvailles archéozoologiques. On trouvera en revanche des indications intéressantes sur les techniques de chasse et les maladies des chiens. Ils ont été réalisés à une époque où les stylisations laissent peu à peu la place à un rendu plus naturaliste des anatomies. les données archéologiques. obtenue par croisements et sélection18. notamment Xénophon Cyn. je serais plus prudent.quelques Jalons pouR une HistoiRe du cHien en GRèce antique 267 Comme le montrent ces diverses découvertes. 1 à 3. L’exercice est périlleux. en revanche. J. pendant toute l’époque classique et hellénistique. Les progrès de la génétique historique apporteront bientôt leurs lumières sur ces questions. En 1905 O.. 25-45 n’apporte rien de plus que quelques hypothèses très incertaines. voir note 4). nous disposons d’une documentation littéraire et iconographique plus importante . la plupart des races actuelles n’ont même pas deux cents ans. dans des styles et des siècles différents.H. De canibus (1971). (3. p. des citoyens athéniens organisent un combat entre un chien et un chat. au iiie-ier s.-C. Plutôt que des identifications. l’ouvrage de R. Avec son poil court. je proposerai donc ici de simples rapprochements. De l’époque archaïque à l’époque romaine 2. 70.1. p.

l’épithète fulvus doit en effet désigner une couleur. Pour Aristote (Hist. de notre ère au moins. n° 378. une idée que Xénophon. Ils sont engagés dans une course rapide. ils étaient nés du croisement du renard et du chien23. p. Ces chiens apparaissent déjà à l’époque mycénienne sur une fresque du palais de Nestor derrière des porteurs de trépieds22. p. Keller a pensé pouvoir identifier ces derniers avec ce genre de lévrier. Ils peuvent participer à l’attaque. aujourd’hui conservée au Musée national d’Athènes (n° 3460) et datant également du milieu du ive s. pour Keller. Ces comparaisons semblent indiquer une taille petite à moyenne et surtout. Ces animaux sont assez similaires à ceux qu’on peut voir sur les monnaies de Kydonia en Crète. les chiens kastoriens et 19 Kaltsas 2001. 122. 20 Sur les techniques de chasse. En revanche. 68-70. de Kynosurie. Le poète béotien vante les chiens laconiens pour leur aptitude à attraper leurs proies à la chasse. Mais en fait. il semble que cette race ait été la plus fréquente. mais peuvent aussi être dressés à récupérer celles qui ont été abattues par les chasseurs utilisant des frondes ou des arcs. On les retrouve encore sur la fresque de la tombe dite de Philippe II de Macédoine à Verghina. voir Merlen 1971. sur la mosaïque de Gnosis à Pella représentant la chasse au cerf (vers 300 av. ce qui donne un caractère assez concret au mythe d’Actéon dévoré par ses propres chiens. On possède sur eux toute une série de textes. courser les petits animaux. 31-34 qui indique que les pertes parmi les chiens pouvaient être importantes lors des chasses au sanglier. dans les textes. et sur bien d’autres documents. Les chiens de Laconie ne semblent pas avoir été très différents.)19. triangulaires. on voit des chiens du même type. n° 382. L’un des plus anciens qui provient encore une fois d’Athénée 28a n’est autre qu’une citation de Pindare. Ces chiens accompagnent les chasseurs. Comme il est parfois question. permettent des comparaisons plus précises avec les lévriers. Epode VI. une robe roux-jaune. 21 Kaltsas 2001. 5. The Palace of Nestor II. Mais il faut prendre garde à ne pas confondre une provenance attestée par des textes et des mythes avec une race de chien. . Rien ne prouve qu’elle se soit diffusée spécifiquement depuis la Crète. J. des Animaux 607a) et quelques auteurs tardifs. qui se reflète dans la diversité du vocabulaire. Le mérite de Keller est d’avoir reconnu la diversité qui régnait à l’intérieur du groupe des chiens laconiens. Keller qui a rassemblé les références littéraires sur ce chien montre qu’il est resté populaire jusqu’au début du ve s. 22 Blegen. Sur une stèle du Pirée21. il paraît vraisemblable que les Grecs songeaient à un animal proche du lévrier quand ils faisaient allusion au chien de Crète. principalement des lexicographes et des scholiastes. 23 Keller 1905. la plus répandue dans le monde grec. 252. Cynégétique 3. pl. Il souligne également que les meutes peuvent se retourner contre leur maître.-C. et les grands quand ils sont en meute20. mais l’image reproduit plus nettement qu’ailleurs leur corps svelte à la queue recourbée. Ces animaux ont joui d’une extraordinaire réputation de chasseur.). manifestement rigides et partant vers le haut ou vers l’arrière. mais n’attrapent pas les grandes proies seuls.268 Jean-Marc luce exemples. p. de chiens crétois très rapides. Chez Horace. puisque les auteurs distinguaient les chiens d’Amyclée. Sur la fameuse stèle de l’Ilissos (milieu du ive s.. 1 applique à des chiens qu’il appelle Kastoriens (à cause du héros Kastor) et qui sont sans doute les mêmes ou une variante proche. la longue truffe et les oreilles assez courtes.

Tandis que ces formes de lévriers étaient probablement très répandues en Grèce. IV. p. célèbres par leur vitesse. la variété qui sert pour la chasse ne présente aucune différence avec les autres chiens. à l’époque classique. On en connaît au moins deux groupes : les dogues et les mastiffs. en raison de l’attitude de l’animal et non de son anatomie. les chiens de grande taille semblent avoir eu une histoire différente. La stèle porte une inscription qui nomme les défunts : APOLLODWROS ÉLAKWNOS ÉLAKWN LAKWNOS soit Apollodore fils de Lakon. et sans doute de diffusion plus récente. pour des raisons fort peu contraignantes. Il apparaît qu’ils ne se distinguent pas de ceux que nous avons décrits ci-dessus. Nous sommes maintenant mieux armés que Keller ne l’était. Lakon fils de Lakon. nous ramènent à l’image de ces sortes de lévriers que nous voyons sur tant de monuments. plus localisée à l’origine. Lakon signifiant Laconien. Il se peut que d’autres races de chiens moins prisées n’aient pas été jugées dignes de figurer dans les représentations. car nous disposons d’un document iconographique de première main. l’image du célèbre chien laconien devient l’emblème des fils de Lakon. 24 Voir aussi pour cette stèle Zlotogorska 1997. C’est la raison pour laquelle ils sont si présents dans l’imagerie dès l’époque mycénienne. 95-100. On pourrait également se demander si ces chiens se distinguaient de leurs congénères de Crète par la race et non pas seulement par la provenance. Mais s’agit-il de races au sens actuel du terme ? La description que le philosophe fait du Molosse indique une certaine variété à l’intérieur même de ce groupe (HN. les oreilles courtes et dressées. Elle refuse l’identification avec le lévrier. se redresse et s’enroule. Elle se date assez bien des années 440-420. La tête pointue. 25 Zlotogorska 1997. IX. 1 faisait la différence entre les chiens du Renard (alopékides) et les chiens du Castor (Kastorides). conservée à Basel (inv. Apollodore et Lakon. ce dernier portant le même nom que lui. est en marbre et de forme rectangulaire. le corps souple et allongé. Le père Lakon a donc enterré ses deux fils. Xénophon Cyn. 3. sans doute à cause de leurs couleurs. à laquelle Brigite Feyer-Schauenburg a consacré une étude dans Antike Kunst 13 (1970). Keller avait toute le peine du monde à mettre une morphologie sous ce nom de chien de Laconie dont Xénophon Cyn. mais plutôt une provenance et une réputation. La stèle. sur les miroirs de bronze. Comme l’explique Brigite Feyer-Schauenburg. Le tiers supérieur est encadré en haut et en bas par une moulure. Aussi. Kä 206). dans la céramique archaïque. 17. Il considérait que le terme recouvrait en fait au moins deux races. On louait en tout cas en eux les mêmes qualités : rapidité. 56-61 qui voit dans l’animal représenté un Kastorhund. ne faut-il pas voir en eux une race. qui seraient les mêmes que les chiens de Psyllia). p. aptitude à la chasse. Dans son Histoire des Animaux. dont le centre est occupé par un chien à l’arrêt. p. Il s’agit d’une stèle de la fin du ve s.. Elle le rapproche du Cirneco de l’Etna. la queue qui. Nous connaissons donc grâce à ce document la façon dont les Grecs se représentaient les chiens laconiens. 608a25) : Parmi les chiens de Molossie. . Ils constituent le type même de ce que Zlotogorska appelle « Prestigeobjekt »25. l’inscription et l’image se reflètent l’une dans l’autre. 1-8 dresse le portrait idéal. les passages qu’Aristote consacre au chien concernent principalement ces deux groupes : les chiens de Laconie et ceux de Molossie.quelques Jalons pouR une HistoiRe du cHien en GRèce antique 269 même ménélaiens (de Ménélas. mais aussi. « KUWN LAKWNOS-KUWN LAKAINA24 ». et qu’on voit si souvent poursuivre les lièvres.

mais incertaine. et non une race particulière. Les chiens de Molossie. Le croisement de ces deux races donne des chiens remarquables par leur courage et leur ardeur à la tâche. D’autres chiens apparaissent notamment sur les monnaies d’Argos Amphilochikon à partir du début du ive s. comme le nom l’indique. note 49. 26 Rappelons que le terme désigne en français un gros chien de berger. comme on le verra ci-dessous. voir aussi I. Ces images ont naturellement toute une épaisseur polysémique et changeante. mais qui s’en distingue par ses proportions plus massives. Caractère des animaux VII. . et qu’on n’hésitait pas à les croiser.). 64. pl. 262. avec les références anthropologiques. 53. Chandezon. a. Il s’agit d’un chien qui est ici assez petit. C.und Planzenbilder auf Münzen und Gemmen des klassischen Altertums (1889). Les chiens de conduite sont plus petits. l’origine de ces molosses du premier type serait à trouver en Assyrie. plus encore que les chiens de Laconie. I. Il reste qu’en Laconie et en Molossie. pl. L’apport des sources épigraphiques (2003).-C. 29 Keller 1905. voir le n° 31 (Epire) et le n° 37 (Panamos en Sicile). Chandezon me suggère que le thème de la fidélité du chien jouait un rôle important dans l’iconographie funéraire. d’un chien fidèle même après la mort de son maître. ceux qui viennent des chiens nés en Molossie et des chiennes de Laconie. 30 Briant 1996. Ce ne sont pas les mêmes bêtes. p. p. Ces chiens auraient donc été importés en Epire à date ancienne. Aristote évoque des chiens de grande taille appréciés pour la chasse et d’autres servant de chiens de garde. Ils pourraient correspondre au premier type distingué par Aristote. jouaient un rôle dans l’identité de ce peuple d’Epire qu’on appelait les Molosses. av. 34. Keller a distingué. Tier. mènent le troupeau. Polycrate fit venir ses molosses d’Epire et non d’Orient. Il était donc tout à fait judicieux d’en chercher dans leurs monnaies des représentations. Nous n’avons pour ces Molosses26 et chiens laconiens que de rares témoignages littéraires pour les époques archaïque et classique.. C’est en effet ce que montre l’anecdote contée par Elien. pour le Molosse. p. J. Ce chien apparaît aussi dans une statue très naturaliste représentant le siège de la reine Olympia sous lequel l’animal est couché29. mais sans doute n’est-il pas adulte. L’élevage en Grèce (fin Ve-fin Ier s. La reconstitution est possible. d’où ils se seraient diffusés à partir de l’époque archaïque. 3-4. Au vie s. En effet. deux races différentes : une sorte de bouledogue et un chien qui n’est pas très éloigné des lévriers. Blummer et O. Le même Chr. D’après Keller. fig. des dogues tenus en laisse apparaissent sur des reliefs du palais d’Assourbanipal aujourd’hui conservés à Londres au British Museum30. Aristote distingue ici les chiens par leur provenance et leur fonction plus que par leur morphologie et mentionne les croisements d’individus venant des deux régions. on sélectionnait soigneusement les individus. d’après ces émissions. Reste à savoir quand il a été introduit. 28 Remarquons que l’on distingue normalement les chiens de garde qui défendent les troupeaux des chiens de conduite qui. Keller. 310. Keller a réussi à retrouver sur les monnaies épirotes des chiens qui pourraient correspondre aux distinctions du Stagirite27. n° 31-46. proche des dogues. avec les oreilles tombantes et la gueule au nez écrasé typique de cette race. Merlen 1971.270 Jean-Marc luce mais celle qui suit les moutons se distingue par sa taille et son courage à attaquer les bêtes féroces. 27 Pour les représentations de chiens sur les monnaies. Ce sont des dogues qui semblent avoir été plus adaptés à la garde du troupeau28 ou de la cour de la maison qu’à la chasse. Or l’observation de ces documents met en évidence l’incohérence du groupe des molosses sur le plan zoologique. Voir sur ce point Chr. fig. C’est le second qu’il identifiait avec le chien de chasse décrit par Aristote. 10.

80. 112. 67 . p. mais comme le groupe des molosses n’a pas de cohérence sur le plan zoologique. Voir aussi Keller 1905. Il porte un collier rouge33. hautes et creuses.M. il n’en a pas les longues oreilles pendantes. p. au Musée des Offices à Florence. Die Antike Tierwelt 1909. J. Celle-ci rappelle nos mastiffs dont la taille au garrot peut dépasser les 70.). mais il n’y a pas de doute que nous avons ici un texte qui évoque un grand chien. p. pour garder les troupeaux. sans 31 Notamment au Vatican. Photo en couleurs dans Burn 2004. copie romaine d’un original grec (fig. qu’il identifie comme étant probablement un bouledogue32. G. 170). d’après le propriétaire de l’une d’entre elles au xviiie s. on ne peut exclure qu’il ait eu un troisième sous-groupe.10-10. 409. p. voire 80 cm. Les grands chiens peuvent servir à la guerre. avec ses proportions plus ramassées. aux oreilles dressées. The Sculpture and Sculptors of the Greeks (1930). Burn. 33 Voir la photo par exemple dans L.quelques Jalons pouR une HistoiRe du cHien en GRèce antique 271 Keller appelle « pseudo-molosses » un type de chien qui nous est connu par le rendu très naturaliste d’une sculpture de l’époque hellénistique dont on possède une série de répliques conservées à Rome. au pelage blanc sur la poitrine. et le filet de poils blancs qui traverse son museau en font un ancêtre des podengos que l’on peut voir encore aujourd’hui en Egypte34. mais plus jaune avec des tâches noires sur le dos. I. Keller et Richter distinguent cet animal du mastiff par son museau pointu. 33 fig.A. très grands dans le cas du chien Jenning. Dumont. des petits animaux est un point essentiel pour comprendre l’évolution du comportement à l’égard de l’espèce canine. Les animaux que nous avons présentés sont connus depuis longtemps. 366. 172). 174. croisant les témoignages de Grattius et de Claudien pour l’époque romaine. L’identification était un peu aventureuse. From Alexander the Great to Augustus. En tout cas. Toutefois. 32 Dumont 2001. Keller refusait toute assimilation au molosse et le terme de pseudo-molosse n’a été choisi que pour dénoncer cette attribution. (fig. Moins rapides que les lévriers.05 m. 2004. une attache en bronze du musée de Genève. à la chasse. Une statue en ronde-bosse provenant d’un monument funéraire du Pirée représente un chien qui rappelle nos terriers. J. . Richter 1930. ils peuvent néanmoins se révéler efficaces contre le grand gibier. 82. 58. Ce n’est en effet ni un dogue ni un lévrier. Il témoigne de la circulation des races à cette époque. fig. 115. av. 33 cite d’autres représentations de mastiff du type de celui de Londres : une statue funéraire au Céramique d’Athènes de la seconde moitié du ive s. Keller le rapprochait du Saint Bernard de notre temps qui pèse adulte entre 50 et 91 kg. l’apparition. sans doute vers la fin de l’époque archaïque. fig. mentionne un chien capable de briser la nuque d’un taureau. On l’appelle traditionnellement le chien Jenning. ces bouledogues et mastiffs pouvaient être de grands chiens puissants. fig. Dans l’histoire des chiens en Grèce.31 La statue de Londres mesure 1. une taille qui pourrait convenir à ce type de bête. à Florence et à Londres au British Museum (GR 2001. tel n’est pas le cas d’un chien qui figure sur une mosaïque récemment découverte à Alexandrie lors des travaux de construction de la nouvelle bibliothèque (ier s.-C. Ses oreilles pointues et dressées. Keller. Richter. p. 34 Bruce Fogle 2007. Richter 1930. fig. Il s’agit d’un animal de taille moyenne. p.1). ses poils et sa queue buissonnante. 173) et la tête d’un chien sur une intaille romaine reprenant un original grec à Boston portant la signature de l’artiste : Gaios (fig. Hellenistic Art.

les tailles. pl.A. cat. y avait-il. Ces animaux ont quelque chose du spitz italien. Le petit lièvre et les bottines du maître indiquent une référence à la chasse. D’autres races ont peut-être existé. le chien porte un collier. IIIe s. 56. sur une série de stèles conservées au Musée du Louvre Ma 805.272 Jean-Marc luce doute sa taille plus petite. 37 Keller 1905. fig. Sans doute. voir Mollard-Besques. qui permet de l’identifier37. On peut donc tenter la reconstitution suivante. 167 (= de Ridder. ne serait-ce que pour jouer. 383b . D3786. 305-334 donne un catalogue de 30 stèles avec un personnage accompagné de ce chien qu’elle appelle un « loulou » et de 47 autres stèles (n° 153-210) où un enfant tend un oiseau au chien. On ne doit pas croire que les petits chiens soient inaptes à cette activité. on avait développé des chiens d’un autre type. Merlen. Dans la fable du singe et du dauphin.) et sur quantité d’autres monuments38. J. 807. Ils sont au contraire appréciés pour se glisser dans les terriers ou fouiller dans les fourrés. Hamiaux. Le Louvre conserve une statue en bronze assez semblable que l’on date de la fin du ve ou le début du ives36. – d’où le mot terrier par lequel on les désigne. Ce sont des 35 Kaltsos 2001. Sur ces chiens. J. les Romains disaient catuli Melitaei. Dog and Hound in Antiquity (1971). dans une moindre mesure. les morphologies. peut-être d’Apulie) . Catalogue raisonné des figurines et reliefs en terre cuite grecs. 39 Pour ne citer que celles du Louvre. et c’est aussi à ces animaux que songeait Keller. Il s’agit là de représentations assez isolées. Plusieurs figurines en terre cuite de l’époque hellénistique en reproduisent également l’aspect39. et 79b (1er s. mais n’ont pas été jugées dignes de figurer dans des représentations. peut-être à tort. IV. voir aussi J. Mais il est probable que ces bêtes étaient avant tout des animaux de compagnie et c’est sans doute dans cette intention qu’ils ont été introduits en Grèce. 4557. et. n° 150-151. bondissant près de leurs maîtres. Sur la stèle 805. Une terre cuite représente un chien de cette race portant un panier contenant des pommes (voir note 39). On peut le voir. Busuttil. la création de la Renaissance italienne. » G & R 16 (1969). à l’intérieur de ce groupe. 36 G. mais tel n’est pas les cas d’une race sur laquelle nous sommes assez bien renseignés et que les Anciens appelaient les petits chiens maltais. dont on se servait dans les montagnes pour conduire les troupeaux. dont on date pourtant.. p. 44-45. quand on voyage par mer. et des oreilles qui semblent se casser pour retomber35. n° 366. E/D 2554. d’emmener avec soi de petits chiens de Malte et des singes pour se distraire pendant la traversée. Peut-être utilisait-on parfois cet animal pour transporter un petit chargement.-C. av. Le nom de cet animal apparaît sur une amphore de Vulci du début du ve s. « The Maltese dog. peut-être originaire d’Orient. 813. 78f (D3785. Animals in Greek Sculpture. Il couvre toute l’Antiquité grecque à partir de l’époque archaïque. A survey (1930). aux oreilles dressées et une petite queue s’enroulant sur elle-même. En Epire. Ces représentations montrent toutes des petits chiens. Ils sont particulièrement adaptés à la chasse au lièvre. 809 dont l’une avait été trouvée à Rhodes (2e quart du ive s. Bronze antiques du Louvre I (1913). De Canibus. pl.-C. une assez grande diversité dans les robes. III. étrusques et romains. 206-208. Richter. kunivdia ou kunavria Melitai[a. av. et 76. parmi de nombreux exemples.H. 205-208 et R. pourvus d’une fourrure à poils longs. de Campagnie (?) qui porte sur son dos deux paniers ronds remplis chacun de ce qui est peutêtre des pommes). 38 M. Esope (305) en témoigne clairement : c’est la coutume. Le chien traditionnel dans l’imagerie grecque est proche du lévrier. n° 198. Zlotogorska donne un catalogue de 259 petits chiens parmi lesquels beaucoup sont des chiens maltais. p. Woysch-Méautis 1984. fig.

Leur nom correspond à une race précise. Thraces. que l’on connaît encore par Athénée. Sauromates. mais ils mettent leurs femmes sous clef… Dans la seconde moitié du iie s. amènent leurs chiennes et leurs juments aux meilleurs reproducteurs qu’ils demandent aux propriétaires de leur prêter. Selon cet auteur. p. Dès le vie s. En tout cas. « Pratiques zootechniques dans l’Antiquité grecque.. Le texte d’Aristote que nous citions ci-dessus témoigne également des échanges et des croisements concernant les chiens de Laconie et ceux de Molossie. Flacelière) : Les gens. On peut citer le témoignage de Callixène décrivant la procession dionysiaque organisée par Ptolémée Philadelphe : Après eux défilaient deux chasseurs avec des épieux dorés. C’est aussi dans la seconde moitié du vie s. Deipnosophistes 540d. semble-t-il. À une époque où les échanges et le commerce dans la Méditerranée prennent des proportions jusque-là inconnues. Egyptiens. Chandezon. Voir aussi. p.. C’est ce que confirme également un ouvrage d’Alexis. 43 Sur cette procession. les uns indiens. Leur importation récente explique la cohérence du groupe et la forte différence avec les autres chiens grecs. Argiens. Oppien mentionne des chiens qui viennent du Caucase à l’Espagne. 480-482. sans que l’on puisse les localiser. les autres hyrcaniens et molosses et d’autres races43. on croisait et on échangeait des chiens de « race »40. Les sources antiques hésitent à les faire venir de l’île de Malte ou d’une île de l’Adriatique qui aurait porté le même nom42. The Grand Procession of Ptolemy Philadelphus (1983) 44 Dumont 2001. « Alles überall Herr…-Handel und Tryphe bei Polykrates von Samos. L’idée de sélection. Crétois. p. il n’est pas étonnant d’apprendre que les animaux circulaient encore davantage. que l’on introduisit les petits chiens aux poils longs. En effet. les fonctions normales du chien étaient la garde et la chasse. Contrairement aux chiens laconiens et les molosses. le tyran Polycrate de Samos faisait venir des chiens d’Epire.E. jusque-là. M. Sous l’Empire. Ibères du Causase. Locriens et les Molosses44. Durant l’époque hellénistique et romaine. Leur introduction marque un tournant dans l’histoire de cet animal. Polycrate se procurait des Molosses et des chiens laconiens41. on sélectionnait. auteur d’annales samiennes. Chr. p. Celtes. Désormais. 41 Sur ces textes. » REA 106 (2004). la diversité des races s’est largement accrue. le brassage et la diversification des races se sont donc encore renforcés. Laconiens. Amorgiens. ces petits chiens circulaient sur les mers. Tandis que Ptolémée regroupe des races qui sont surtout orientales. 48-56. » MBAH 18 (1999). voir L. Ils étaient suivis de deux mille quatre cents chiens. Des mastiffs ont également existé. Tégéens. les foyers grecs accueillaient des animaux dont la fonction première était de tenir compagnie aux hommes. Ausoniens. par amitié ou moyennant finance . Günter. disait-il. Rice. était familière à Plutarque (Vie de Lycurgue 15) qui attribue à Lycurgue ce propos (trad. Ainsi. 40 Voir Dalby 2000. rien n’indique l’existence de variétés. sans doute très ancienne.. 42 Keller 1905. plus récemment. voir E. Arcadiens. Oppien énumère dix-sept « races » de chiens de chasse : Péoniens. 408. ancêtres lointaines de nos bouledogues. . selon Klitos l’Aristotélicien dont le témoignage nous est transmis par Athénée. Keller est enclin à choisir Malte d’où viennent aujourd’hui les chiens vestes Melitenses.quelques Jalons pouR une HistoiRe du cHien en GRèce antique 273 dogues. 244.

Plutôt qu’un sacrifice. les sacrifices de chiens dans les tombes ont pratiquement disparu avec l’Âge du fer. Schneider a bien montré la signification sociale de ces monuments. Point d’articulation ne veut pas dire rupture. Day. 5-15 et 135-139.2. Peut-être est-il mort en même temps que son maître ou peut-être s’est-il laissé mourir pour l’accompagner. C. . la disparition des chiens des tombes signifie le retrait de ces animaux du système de la référence héroïque. on ne pouvait plus placer des chevaux et des chiens dans une tombe sans penser à l’Épopée. il semble qu’on ait placé aux pieds du défunt son animal favori. 2. à leurs yeux. Aux époques archaïque. si l’on ignore le sens que pouvaient avoir ces sacrifices à l’Âge du Bronze. Il est vrai que ce détachement vis-à-vis des funérailles homériques correspond au développement d’une attitude plus sentimentale envers les animaux. 46 Day. l’homme de l’Iliade aurait éprouvé de l’indifférence envers les animaux. tandis que des attitudes plus sentimentales se font jour.. Le chien qui ressemble ici beaucoup au type laconien est un symbole 45 Voir p. Ce genre d’évolution peut être lent et admettre des attitudes très différentes chez des populations contemporaines. 47 Zlotogorska 1997. les analyses de nos deux auteurs se recoupent ici. une attitude violente. que l’on peut dater le point d’articulation entre ces deux tendances. Pour lui.274 Jean-Marc luce Comme l’a bien montré L. et de l’antipathie envers le chien. p. Dans une tombe de Volos. Les témoignages de cette nouvelle attitude abondent dès l’époque d’Homère. il devient capable d’affectivité. nombreux sont ceux qui se font figurer en compagnie de leurs chiens. classique et hellénistique. p. il s’attribue une autre nature. Le tournant décisif doit être trouvé entre les deux épopées. mais la disposition des choses semble indiquer une relation intime plutôt qu’un sacrifice de nature héroïque. on ne peut pas non plus exclure qu’on l’ait aidé à faire preuve de fidélité jusque dans l’au-delà. Le sacrifice de chiens de table dans l’Iliade suppose une certaine proximité avec des animaux qui accompagnent le banqueteur. En reconnaissant cette différence. oppose l’Iliade et l’Odyssée. dans ses Animaux dans l’Antiquité grecque (2001)45. 71. 24. Tombes de chiens et attitudes anthropomorphiques Plutôt qu’une attitude moins violente à l’égard des animaux. et une Odyssée probablement plus récente. « l’homme se sent différent des animaux. datée du vie s. L’animal manifesta sa joie en remuant la queue et mourut peu après.. Avec l’Odyssée. le squelette d’un petit chien se tenait dans la fosse aux pieds de son maître46. » Il faut tenir compte de l’ambivalence des sentiments et des attitudes. il ne fait guère de doute qu’au viie s. Elle ne contredisait pas nécessairement. Jacques Dumont. Malgré ces nuances. La référence à la chasse ne contredit nullement l’intimité de la relation. En l’absence d’étude des ossements. En effet. apparaissent vers 530 et se maintiennent jusqu’au début du style sévère47. Les stèles où figure un homme debout s’appuyant sur un bâton. accompagné d’un chien du type du lévrier. Chacun connaît l’émouvant récit du retour d’Ulysse à Ithaque où son chien le reconnut avant tout autre. On peut suivre assez bien la progression de ce sentiment nouveau et de plus en plus répandu. C’est donc sans doute au début de l’époque archaïque entre l’Iliade du viiie s. n° 18. mais au contraire l’explique. une autre manière de penser et d’agir.

n° 366. tandis que les plus récents sont de la seconde moitié du ive s. 105. Le type de l’époque classique le plus répandu est celui qui montre le mort tenant un strigile dans la main ou un autre instrument dont on se sert à la palestre.quelques Jalons pouR une HistoiRe du cHien en GRèce antique 275 d’appartenance à l’élite sociale. pai`da~ te f ilei` kai. musées. 49 Guide de Delphes. 24. xevnoi ajllodapoiv o{sti~ mh. Il y figure en relation avec les thèmes de la chasse et de la guerre à l’époque archaïque. 51 Kaltsos 2001. fig. On désirait également indiquer une relation qui pouvait être affective.49 On a voulu donner du défunt l’image d’un personnage vivant. 141-147 qui donne un catalogue de 30 stèles. Ils s’intègrent dans la catégorie des chasseurs-gymnastes. Histoire. La macédoine. avec son chien à ses pieds. Il ne faudrait pas croire que les propriétaires de chiens de chasse étaient nécessairement chasseurs. cat. dans lequel l’exemplaire de Delphes manque bizarrement. kuvna~. L’important groupe de stèles avec des chiens maltais auquel nous avons fait allusion plus haut commence à la fin du ve s. et se maintient jusqu’au iiie s. parfois il ne fait que s’asseoir. des chiens de chasse et des hôtes à l’étranger. vers 460. Il serait inexact 48 Voir le catalogue de D. p. Il s’agit d’afficher une référence à un ensemble de valeurs plutôt qu’à une activité effective. le chien est une des pièces de l’univers idéal masculin. mais pas toujours. monuments. fig 183. n° 263. 52 Zlotogorska n° 76-83. de notre ère au moins. le défunt est un enfant. Dans la plupart des cas. Il peut être accompagné d’autres personnages. le Musée. ni les chevaux à l’ongle unique. v 1253) : o[lbio~ w\i pai`de~ te f ivloi kai. Mais l’animal de compagnie devient de plus en plus présent. Woysch-Méautis 1982. Un poème du corpus mis sous le nom de Théognis illustre de façon éloquente comment la possession de chiens de chasse s’intègre dans les symboles dits aristocratiques dont le plus évident est le cheval (Théognis 2. C’est ce que montre la présence du chien sur des stèles de tombes féminines53. qu’il emmenait peut-être parfois à la chasse. sans aucun personnage à ses côtés comme sur la stèle des fils de Lakon52. 64-66. Les thèmes de la fidélité et de l’intimité affective entre l’être humain et l’animal passent alors au premier rang. adepte du gymnase. mais il figure dans celui de Woysch-Méautis 1982. ni les chiens. ou[potev oiJ qumo. celui du sport à partir du ve s. 50 La tombe se trouvait aussi à Pella. dont deux de l’époque hellénistique. Toratsoglou. on plaçait une statue de chien en ronde-bosse sur le tombeau lui-même. Parfois. Dans toute cette série. ou se tient debout. avec son chien favori. mwvnuca~ i{ppou~ kai. n° 8. « Jäger-Palästriten-Motif » de Zlotogorska 1997. mwvnuce~ i{ppoi qhreutaiv te kuvne~ kai. 151. p. p.. L’un des plus anciens exemples a été découvert à Delphes et date du style sévère. Le petit chien est souvent représenté en train de bondir auprès de son maître. tous deux du milieu du ive s. Une photo est disponible dans le guide touristique I.~ ejn eujfrosuvnhi Heureux celui qui a des enfants. des chevaux à l’ongle unique. Sur une série de stèles le chien figure seul. celui qui n’aime pas les enfants. comme le montrent les exemples conservés au musée de Pella50 et d’Athènes51. 53 Zlotogorska . jamais son cœur ne se trouve dans la joie L’association du chien et du cheval se rencontre parfois sur les stèles dès l’époque archaïque48.

nombreuses. L. Lovkri. soit à la fin du ive s. toi la Locridienne. Day avait souligné l’intérêt d’une tombe du ive s. outre le chien. qui contenait un chien avec près de sa gueule un os de bœuf54. Ces poèmes ne concernent pas que les chiens. La volonté de tirer la bête du côté de l’humain va parfois jusqu’à rédiger des poèmes sur sa mort et à placer une stèle inscrite sur sa tombe. Dans le recueil constitué par G. le chien indien de Zénon d’Egypte. les réminiscences homériques et hésiodiques. poème cité par Pollux dans Onom. sur les stèles. le coq55. qavmnon.n ejpi. L’Anthologie palatine et diverses sources nous ont transmis quelques exemples que l’épigraphie complète de façon très éclairante. 55 Herrlinger 1930. car tel fut le venin sans remède qu’introduisit dans ta cuisse légère une vipère au cou bigarré. Herrlinger. trouvée derrière la stoa d’Attale à Athènes. Les deux versions sont écrites dans des mètres différents. Elle est décorée d’un chien qui occupe tout le champ de la pierre et porte une épigramme de l’animal décédé56 : Ou[noma Filokuvnhgo~ ejmoiv : toi`o~ ga.n e[qhka povda Mon nom est Philokynègos (amateur de chasse). f ilofqovggwn wjkutavth skulavkwn: Toi`on ejlafrivzonti tew/` ejgkavtqeto kwvlw/ ∆Ion ajmeivlikton poikilovdeiro~ e[ci~ C’est ainsi que tu as péri. le cheval. [Maira. une stèle aujourd’hui conservée à Oslo et provenant de Pergame. Le texte se trouve dans le recueil d’Herrlinger. mais il paraît tout à fait clair que le thème de l’enfance s’exprime souvent. l’image du chien ne décore pas la stèle de son maître. 135-136. Après Esope qui faisait parler les animaux. qui ont été retrouvées sur un des papyrus de ce riche Grec installé au Fayoum.. Les 54 Day 1984.-C. Dans le style. la cigale. L’horizon d’un Grec en Egypte au iiie siècle avant J. la première en distiques élégiaques. (1983). C’est encore au iiie siècle qu’ont été rédigées deux versions de l’épitaphe de Théron. le dauphin. Il est évident qu’on a enterré l’animal avec son os à viande.276 Jean-Marc luce d’affirmer que ce chien est lié au thème de l’enfance. poluvrrizon para.r uJpavrcwn Qhrsi. expriment un univers campagnard qui convient à une poétesse qui passe pour avoir été à l’origine de la poésie idyllique. mettent l’animal au niveau de l’homme. Ces vers. On date du iiie s. ªMai'raº. V 48) mérite ici qu’on le cite in extenso : [Wleo dhv pote. p. la plus rapide des chiennes à la voix mille fois sonnante. chienne]. mais Claude Orrieux en a donné une traduction française dans Les papyrus de Zénon. puisqu’il y a quelques occurrences où le défunt est un adulte. voire du héros. Le poème sur la chienne Maira (Herrlinger 1930. dans le choix de cet animal. pleins du regret de la bête perdue. 56 Herrlinger 1930. foberoi``~ kraipno. auprès d’un buisson aux nombreuses racines. Cette fois. n° 44 . n° 2. les animaux qui inspirent le poète sont. Zlotogorska n° 78. mais la sienne. car étant bien ainsi j’ai posé ma patte rapide sur de terribles bêtes. Le chien est-il du côté de la bête ou du côté de l’homme ? Certains ont traité leur animal comme un être humain. . la seconde en trimètres iambiques. c’est à la poétesse Anitè que remonte la mode des poèmes consacrés à la mort d’animaux.

La référence aux circonstances de la mort. J. Dans l’état actuel de la documentation. 157. (e)i[deo~ ajglaivan: Kouvrh d j aJbro. pleure celle qu’elle élevait. L’avoir tout entier de Théia. une version en anglais existe). peut-être déjà le ier s. . puisque ce poète a vécu de 84 à 54 av. Herrlinger compare à juste titre au célèbre poème de Catulle (n° III) sur la jeune fille qui pleure la mort de son moineau de Lesbie. secouant la crinière qui lui hérissait l’échine.quelques Jalons pouR une HistoiRe du cHien en GRèce antique 277 deux textes racontent la mort de Théron dans une chasse au sanglier. mobilier. Dans ces textes. Pour l’époque impériale. conservant le souvenir véritable de leur amour. n° 162-164. Le stade suivant consistera à enterrer les animaux avec les hommes. Il s’agit de trois tombes d’animaux. p. La référence est ici l’épisode de la chasse du sanglier de Calydon. Peek. et bavant l’écume de ses mâchoires.-C.n trofïivmhn. Le thème de l’affection réciproque qui unissait le petit animal adoré à sa maîtresse occupe toute l’épigramme.-C. a entièrement disparu. de l’affection. dakruvei Th. de la beauté. J. rejeton. l’humble chienne. découvert à Rome. nous donne l’exemple de ces poésies au contenu très sentimental57 : Crh`ma to. Les bêtes ont donc été enterrées dans un cimetière d’hommes. du sanglier de Calydon. Ici. Remarquons avec Herrlinger que le thème de l’amour entre le maître et son animal est entièrement absent. à coup sûr. Ainsi. Le style comporte de nombreuses réminiscences homériques. regrettant son délicat amusement. comme le montre cet extrait de la première version qui décrit l’animal dont le pauvre Théron fut la victime : Monstre sauvage à contempler face à face. séparées par des lits de mortier. f iliva~ mnh`stin e[cous j ªajºtrekh`. Les deux premières contenaient chacune un chien.5)58. n° 475. Griechische Grabgedichte (1960). 57 Herrlinger 1930. qui a livré plus de 300 tombes et qui fut utilisé du début du ive s. si fréquente jusque-là. baia`~ kuno~. La ville sous la ville (2000 en grec. J. La tombe est une ciste bien construite dans les parois sont des murs de briques disposées en assises régulières. IG XIV 1647 . Sur la partie antérieure du chien. les références homériques ont cédé la place à une pure expression sentimentale. apr. Les exemples de tombes de chien cités par L. celui de Théia. il hantait les plaines fertiles d’Arsinoè. les fouilles du métro à Athènes ont fait récemment connaître un cas magnifique (=cat. W. apr. inébranlable. jusqu’au début du iiie s. Le catalogue de l’exposition organisée pour présenter les découvertes du métro ne détaille que l’une d’entre elles : celle qui porte le numéro 82.-C. Day sont tous des sépultures intra muros. Le sol est dallé de tuiles. hjriva keuvqei. et à ma connaissance. Le thème semble avoir commencé plus tôt dans la poésie latine. à la façon des hommes.-C. son tertre le contient : c’est la splendeur de la bienveillance.n a[qurma poqou``s j ejleeina. on a trouvé deux unguentaria en verre datés du ier ou iie s. storgh``~. 58 Palarma et Stamboulidis (éd. Dans ce poème. Eujnoiva`~. J. l’animal a été traité comme un être humain. pa`n Qeiva`~. situé sur la place du Soldat inconnu (boulevard Amalia). La découverte a été faite dans un cimetière. L’animal a été enterré avec une laisse de 50 cm de long au moins.. on ne le rencontre que dans les épigrammes du iie-iiie apr. la chasse occupe la première place. magnifiquement ornée de boutons de bronze. n° 40 . la troisième un chien et un cheval. C’est elle qui permet l’héroïsation poétique du chien. Une jeune fille qui fait pitié.).

généralement un garçon. n° 247. Il semble que ces animaux aient servi à la guerre. mais aussi à la guerre et dans les sanctuaires. 60 Deltion 22 (1967). Robert. S’ils ont servi à la guerre. On se servait de ses bêtes pour donner l’alerte.~ aujto. il s’agit tout simplement du nom de la chienne. L’évolution se poursuivit. 2. mais comme l’a expliqué L. il était usuel d’indiquer son admiration pour une belle personne. L. elle est bien attestée. après être entré dans les mœurs. On n’en trouve pas de trace dans la poésie. mais parfois une femme. Mais on ne doit pas croire que l’on avait cessé de demander à ces animaux les services qu’ils pouvaient rendre. est peu à peu devenu un thème littéraire vers la fin du ive s. 204). Tel est en tout cas l’usage qu’on en faisait dans le monde grec. D’autres textes 59 Voir sur ce point P. que quatre gros bourgs parmi ceux de la plaine avaient. Bulletin épigraphique 68. Le texte le plus complet est un grand décret datant de la guerre de Chrémonidès. en écrivant un tel est beau. C’est ici bien évidemment le modèle qui a été suivi. p. mais elle apparaît dans la documentation épigraphique dès le début de l’époque hellénistique60. reflète le développement de l’animal de compagnie qui. mais peut-être faut-il songer aussi à la chasse. le thème est présent du début à la fin de la période. c’était peut-être surtout pour garder les forteresses. Briant. Legrand) : On élevait aussi des chiens de l’Inde en si grande quantité. afin que la garde en fût renforcée.~ th. n° 25 p. 192. Une mosaïque impériale. On avait affecté des chiens à la garde de ces nouvelles constructions stratégiques et le bénéficiaire du décret s’était chargé de leur nourriture : didou.3. trad. L’historien nous livre le témoignage suivant.. Depuis le vie s. Il décrit le rôle d’Epicharès qui avait fait construire des tours de guet.278 Jean-Marc luce En dehors des modes funéraires. La fonction de gardien devait sembler moins noble. l’amour pour les chiens à l’époque romaine s’exprime parfois dans le décor domestique. On ignore à quand remonte cette pratique. et les épigrammes de l’époque impériale expriment parfois le pur amour du maître pour son chien. L’évolution que nous retraçons ici. plevw gªivnºhtai. 38-52 . 948. découverte à Chypre dans des bains. La chasse n’était sans doute pas très répandue et les collections d’ossements du classicisme ou de l’époque archaïque qui ont été étudiés contiennent peu de gibier. objet de traités comme celui que nous a laissé Xénophon. non seulement à la maison. Pourtant. . donnant lui-même [sans doute faut-il comprendre à ses frais] la nourriture. sans doute dès l’époque archaïque. De Cyrus à Alexandre (1996). Dumont cite à ce propos Hérodote. du moins en Orient. 236. si importante dans les maisons royales orientales59.n trofh. où il évoque la richesse prodigieuse du satrape de Babylonie dans l’Empire perse (I. o{pwª~º hJ fulakh. Dans la poésie funéraire. contre exemption des autres redevances. mais pour une chienne. p. Ce sont les deux fonctions traditionnelles. la charge de leur fournir leur nourriture. en mettant textes et découvertes archéologiques en parallèle. C’est néanmoins une activité fortement valorisée. dont on fait l’égale des beautés de l’époque. montre un chien au côté d’une perdrix et porte l’inscription suivante : Fhriva kalhv. Ésope avait fait dialoguer dans une de ses fables un chien de chasse avec un chien de garde. Le chien de garde et chien de guerre L’usage des chiens à la guerre est sans doute très ancien. Histoire de l’Empire perse.n. L’auteur de la publication avait cru que Phèria était un nouveau mot concernant la chasse. Robert (Bulletin épigraphique 51.

av. qui suit Roussel sur ce point (voir ci-dessous). Akad. on dressait. et J. J. para. Il arrivait sans doute rarement que les chiens participent directement au combat. repris dans Opera Minora Selecta VII. 61 L. a[grioi kai. L. Wien. tw`n oijketw`n drwvmena ejnergh`.n kuvne~ prophdw`nte~ ejtavratton th. th`/ fqanouvsh/ dia. 25. Bean. p. 361-371. mérita assez de la cité pour qu’on le fît figurer dans le tableau de la bataille dans la stoa poikilè à Athènes. chaque bête étant accompagnée de son kynégos. » REG 1930. la route aux assiégés qui auraient voulu sortir de leur ville avec des chiens. ejntucei`n ajmeivliktoi o[nte~. Alors que les Magnètes qui demeurent sur le Méandre étaient en guerre contre les Ephésiens. honore un esclave nommé Philologos. . Journal des savants 1976. p. ajkontisth. Lors du siège de Mantinée. a[ra ejpi. « Les kynagoi à l’époque hellénistique et romaine. 153-235. une localité absorbée par Théos.-C. J. Tout ce beau monde était nourri dans la forteresse. À Kapikaya. une inscription. 38). h\n de. accompagnée d’un relief. conservée au musée de Smyrne61. Le décret indique encore que l’achat de ces animaux est à la charge de la cité. p. philos. 297-235. oiJ de. oijkevtai prophdw`nte~ hjkovntizon. foberoiv te kai. 62 G. VII. 25-26. Enfin. d’après Elien (Nat. Robert. 14). explique que les Sicyoniens avaient mis en faction un chien dans leur acropole pour donner l’alerte en cas d’attaque : kuvwn mevga~ ejfrouvrei qhratikov~. hJnivka de. Quand il fallut entrer en contact. Philippe de Macédoine se servait de ces animaux pour dépister les ennemis réfugiés dans les fourrés. où les pages consacrées aux chiens sont 350-352. mais Roussel cite le cas. sans doute à l’occasion d’un synœcisme.n oijkevthn. Ainsi. Une fois maître de l’Acrocorinthe. Klasse 104 (1971). IV. dans la Vie d’Aratos 24. toujours d’après Polyen. où un grand chien de chasse faisait la garde. Agésipolis coupa. Plutarque. Ces animaux dont on se servait à la guerre permettaient surtout d’alerter les sentinelles. Le texte traite des sentinelles postées à la forteresse de Kyrbissos. mais que le phrourarque les nourrira à ses frais. chacun de leurs cavaliers emmena un chien comme auxiliaire de combats et un esclave comme lanceur de javelots. « Une inscription grecque de Téos en Ionie. 2. e[dei summi`xai. ta. ei\ta ejk trivtou ejphv/esan aujtoiv. Robert. et L. 46) : OiJ Maiavndrw/ paroikou`nte~ Mavgnhte~ ∆Efesivoi~ polemou`nte~ e{kasto~ tw`n iJppevwn h\/gen auJtw`/ sustratiwvthn kuvna kai. le chef de la garnison. kuvna~ ajtaxiva/ kai. devra disposer d’au moins vingt citoyens et trois chiens. II. Denkschriften Österr. aux côtés de son maître. Énée le Tacticien recommande également d’accrocher des chiens en dehors de la ville pour servir d’alerte (Poliorcètique XXII. ªf iºloponiva~ e{neken maître des chiens. ou du moins on entretenait des chiens pour la guerre. littéralement. L’union de Téos et de Kyrbissos ». Ce mot désigne celui qui. d’un chien qui. Roussel a consacré toute une étude63.quelques Jalons pouR une HistoiRe du cHien en GRèce antique 279 mentionnent des chiens dans les forteresses. mène le chien. : ªFiºlovlogon ajrcik/ uvnªhgªon pivstew~ kai. Tous ces textes montrent qu’à l’époque hellénistique. les chiens bondirent alors vers l’avant. selon Polyen Strat.n parembolhvn. p. Telle est la fonction du kynègos auquel P. Roussel. 16. lors de la bataille de Marathon. les Achéens y mirent 400 hoplites et 50 chiens. en raison de sa loyauté et de son ardeur au travail62. ejntau`qa oiJ me. Robert ont publié une inscription du iiie s. cite d’autres exemples. 63 P.hist. La cité a décidé que le phrourarque. Hist. Journeys in Northern Lycia 1965-1967. Strat.E. C’est encore Elien qui pourtant nous en donne un témoignage (Histoires variées XIV.

d’Athéna Ilias en Daunie. voir C. et qui se trouvait sur la tombe d’Hippaimon à Magnésie du Méandre. Il y avait des chiens sacrés dans les sanctuaires d’Héphaïstos à Etna. Comme le géographe mentionne immédiatement après le sanctuaire de Zeus Diktaios qui se trouvait sur le territoire de cette cité. Stauber établissent la liaison entre ce texte et l’épitaphe de l’anthologie palatine VII304. Merkelbach et J. D’après Antoninus Liberalis (Métamorphoses 36. une fois le dieu devenu adulte. et J. la consommation de viande canine s’est maintenue. De leur côté. On trouve même dans le mythe un reflet de ces chiens qui gardaient les sanctuaires. L’épitaphe semble indiquer que le serviteur et les deux bêtes ont peri dans les mêmes circonstances. 197-199. On en trouve dans le livre de C.-C. 152). Robert. Robert Bulletin épigraphique 44. Bulletin épigraphique 44. lançant leurs javelots. avec M. du gardiennage de son sanctuaire en Crète67. On dispose de toute une série d’occurrences 64 65 66 67 Voir sur ce point L. Malgré les interdits qui empêchaient ces animaux d’entrer dans de nombreux sanctuaires66. L’épitaphe a été rédigée par Pisandre de Rhodes. 1). Les textes ne sont pas entièrement muets sur ce sujet.4. l’une consistait. p. Le texte donne le nom du cheval. par exemple chez un historien local. p. 478 nous transmet l’histoire de deux amoureux : C’est de Lében que venaient Leukokomas et son amant Euxynthetos dans le récit que conte Théophraste dans son livre Sur l’amour. Strabon X. 2. p. 69. Guarducci (L. car ils étaient terribles. ils ont pu accompagner leurs maîtres lors des sacrifices et bénéficier des restes du banquet. surtout à partir de l’époque hellénistique. venait en troisième l’attaque des cavaliers eux-mêmes. aurait été chargé. Mainoldi bien des mentions. un poète épique du vie s. p. À Erétrie comme à Delphes. s’ajoutait donc l’action des serviteurs. Parmi les épreuves que Leukokomas imposa à Euxynthétos. on peut penser. on a découvert des os rongés portant la marques des dents de chien. les esclaves bondissaient vers l’avant. il se peut aussi qu’ils aient été les gardiens du hiéron. selon cet auteur. 69-70. Dans la partie de son ouvrage consacrée à la Crète. av. R.280 Jean-Marc luce semant le trouble dans la formation adverse. J. Pandaréos l’aurait ensuite volé. . que ce chien se trouvait dans le sanctuaire. Sur cette légende. Ce parallèle donne une certaine vraisemblance historique au texte d’Elien. d’Adranos en Sicile. Dans Steinepigramme aus des grieschischen Osten I. Au trouble que causaient les chiens. connue de Nicolas de Damas (Jacoby 90 F 140). 152. dans le fait de ramener le chien de Prasos to. à moins qu’il n’y ait une source commune. 8-9. Podargos. Scholz 1937. sauvages et impitoyables quand on se trouvait sur leur chemin. Les chiens pouvaient sans doute aussi être affectés au gardiennage des lieux saints64. Mainoldi 1984. du chien Lethargos et de l’esclave Babès. le chien d’or qui sur l’ordre de Rhéa gardait la chèvre nourrissant le petit Zeus. dans l’Asklépeion d’Athènes et même dans le sanctuaire de Zeus à Olympie65. La viande canine Tandis que l’homme et le chien se rapprochaient peu à peu l’un de l’autre. et précise que le défunt a perdu la vie à la guerre. n ejn Pravsw/kuvna. ce qui rappellerait la légende du chien d’or. Mainoldi 1984.

échauffe. mais elle n’est pas laxative. quand il s’agit d’animaux jeunes et gras. Certains médecins non seulement mangent de ces viandes. voir J. 136. Quant aux chiens. époque à laquelle vivait notre philosophe sceptique. p. pas plus que ceux qui mangent de l’âne lorsqu’il est vigoureux. tw`n panqhvrwn oujk ojlivgoi. de manger de la viande de chien. Le sens serait donc : C'est alors la saison des chiens. Il est agréable en automne de manger de la viande de jeune chèvre. alors qu’on rapporte que certains Thraces mangent du chien : sans doute cela était-il aussi coutumier chez les Grecs. Pellegrin) : Nous estimons que goûter à la chair de chien est impie. kunw'n au\ th`i tovt j w{rhi kai. particulièrement s’ils sont châtrés. ejsqivein. lagw``n kajlwpevkwn. kaqavper ge kai. l’évocation de chiens jeunes. 70 Voir J. 46. avec plus de vraisemblance (Iambi et elegi graeci II 1992. mais. de notre ère. kai. Dans son traité Du régime II.L. Pourtant le témoignage de Galien De la puissance des aliments est très précis : Peri. Pourtant. La combinaison de la viande canine avec celle de la panthère ne suggère pas une consommation très coutumière ! Galien avoue lui-même n’avoir jamais goûté de cette viande (Sur le régime amaigrissant 68). .71. ou dans certains milieux. Jouanna. on avait cessé. de lièvre et de renard. tw`n o[nwn. Ajoutons que ceux qui mangent de la panthère ne sont pas rares. il est vrai. Les autres témoignages ne se trouvent plus que dans les sources médicales. La lecture du texte est incertaine. Dumont à qui j’emprunte la traduction. chez certains peuples seulement (pour les applications médicales tirées du chien. qui vivait au ive s. kai. P. kai. et dans la même saison. devlfako~ d j. en partant des préceptes d’Asclépiade. 71 Sur ce personnage. ejpainou`s in e[nioi tw`n ijatrw`n. kunw`n tiv dei`` kai. ajlla. mais encore en font l’éloge. J. on continuait à en consommer. Ananios 5. Y a-t-il eu une évolution dans la suite des temps ? C’est ce que laisse penser un texte de Sextus Empiricus.quelques Jalons pouR une HistoiRe du cHien en GRèce antique 281 que C. de manger du chien. patevwsin. Il semble donc qu’au iie ou iiie s. o{tan eujektou`nte~ tuvcwsin. mavlisq j o{tan eujnoucisqw`s i. Mainoldi a rassemblées soigneusement pour les époques archaïque et classique68. 169-176 69 Mainoldi 1984.~ nevou~ te kai. elle est plus laxative et diurétique70. gras et châtrés donne l’impression d’élevages spécialisés. M. des lièvres et des renards.~ aujtw`n. d j ejsqivein cimaivrh~ fqinopwrismw`i kreva~. 68 Mainoldi 1984.-C. pro.5 p. liparou. Les animaux dans l’Antiquité grecque (2001). que peut-on en dire ? Que chez certains peuples. 92. un poète de la seconde moitié du vie s. ceux qui en mangent abondent. lorsqu’on foule le raisin. et de porcelet. que je cite d’après Mainoldi (en changeant légèrement sa traduction)69 : hJdu. recommande de donner à certains malades de la chair de chiot. voir ci-dessous). Hippocrate1992. p. levgein. o{tan trapevwsi kai. 171. Le témoignage le plus ancien se trouve chez Ananios. de. mais qu’à l’époque de Dioclès. kat j e[nia tw`n e[qnwn ejsqivousi pavmpolloi.~ touvtoi~ ge kai. ta. 225 (trad. kai. et c’est pourquoi Dioclès. West lit. p. w[sper oiJ a[grioi. ta. 36) : auJth. av. Tau`ta mevn ge ouj movnon ejsqivousin. au moins dans une partie de l’Empire. comme les sauvages. Celle des jeunes chiens humecte. Hippocrate écrit : La viande de chien dessèche. tovq jw{rh au lieu de th`i tovt jw{hri. wj~ tou. III. p. et donne de la force. y compris chez les hellénophones.

et très marginalement à l’alimentation quotidienne.5 an. La pièce 1 a livré 0. Au cours de l’époque hellénistique (?) et romaine où le chien était devenu si proche de l’homme. Il n’en est pas de même du temps de Galien et de Sextus Empiricus. situé sur le côté est de la rue du théâtre. On peut tenter une explication. Trois des os portaient des traces de boucherie. 72 H. On observe une évolution tout à fait similaire dans le cas d’une petite légumineuse qui s’appelle l’ers (Vicia ervilia). Durant la préhistoire et l’époque archaïque. av. 73 D. Chr. 109-114. se limitant à des groupes ethniques précis. v. Friedl. « De l’ers ou du bonheur chez les dieux ».-M. On pourrait donc penser que la consommation de viande de chien s’est maintenue dans les mêmes proportions durant toute l’Antiquité. Elle était réservée à une consommation spéciale. Tierknochenfunde aus Kassope/Griechenland (4-1 Jh. Luce. de notre ère.-M. Paysage et alimentation dans le monde grec. Tandis qu’elle était consommée normalement jusqu’à l’époque classique au moins. D’après les évaluations qu’il a faites.3 kg d’os de chien provenant de cinq individus. mais en changeant de statut. les pièces sud-ouest et la pièce 1 contenaient chacune des restes de chien73. J. Selon Reese. « A bone assemblage at Corinth of the Second Century after Christ. . comme de celui de Galien. p. les fouilles de Corinthe ont livré d’autres témoignages. voire classique. A l’Est du théâtre. où les échanges s’intensifient. extérieurs à l’Empire.-C.282 Jean-Marc luce Les consommateurs se seraient-ils raréfiés. Les innovations du premier millénaire av. le chien représentait un appoint secondaire. comme une viande normale. du temps d'Ananios (cf.2 kg d’ossements de chien provenant de 4 individus ont été identifiés. Dans la pièce Sud-Ouest. de notre ère. l’alimentation obéissait aux principes de l’économie de subsistance. » Hesperia 56 (1987). dans le bâtiment 3. mais dont on ne se privait pas. Toutefois. Comment comprendre ces données qui semblent se contredire ? Tout d’abord. À l’époque hellénistique et romaine. des aliments qui entraient auparavant dans la diète quotidienne en sont progressivement sortis.72 Pour le iie s. trois étaient des animaux jeunes. elle n’était plus un aliment ordinaire. le chien est présenté au ve s. liée aux pratiques religieuses ou médicales.S.. J. on ne peut nier que le chien soit resté un aliment consommé durant toute l’Antiquité classique.). note 69). le chien représenterait 2 % de la diète à Corinthe au iie s. elle faisait partie de l’alimentation normale. mais elle est restée ce qu’elle était : un appoint très marginal. Les analyses des ossements de chiens découverts à Kassopè en Epire ont montré qu’on en mangeait encore entre le ive et le ier s. soit un chiffre très proche de ceux que l’on avait déjà au Néolithique à Lerne. J. 0. L’un des os le plus vieux porte des traces de découpe. elle est peu à peu sortie de l’alimentation humaine pour devenir une plante réservée aux animaux à laquelle l’homme ne recourait plus que dans les situations de pénurie grave74. dans Luce. Parmi les chiens identifiés.25 an pour le troisième). (6-7 mois pour les deux premiers. p. Durant la préhistoire. du Néolithique jusqu’au Haut Empire. un seul avait dépassé 1.-C. ou à des îlots de survivance ? Ce n’est pas ce que l’archéologie nous apprend. Reese. jusqu’à l’époque classique.) (1984). Dans ce cadre. p. voir J. 1. Pallas 52 (2000). comme de celui d’Hippocrate. 74 Sur l’ers. On peut même admirer la belle continuité dans les proportions. Ces dépôts contenaient par ailleurs de très nombreux ossements. C’est encore l’impression que donnent les traités d’Hippocrate. La consommation de viande canine s’est donc maintenue. 257 et 259. (éd. dans laquelle elle ne constituait qu’un appoint secondaire. il s’agirait de déchets de boucherie. 133 et 224.

la mention la plus claire vient de Plutarque (Romulus XXI 10). Les Grecs aussi. C. 79 Mainoldi 1984. jusqu’à la période romaine. p. Lissi. Scholz 1937. 975 : Les éphèbes sacrifient avant la bataille. Mainoldi 1984. Là-bas chacun des deux groupes d’éphèbes sacrifie un jeune chien à Enyalios. l’historien moraliste fait état de pratiques similaires chez les Grecs : Quant au chien. aux côtés des habituels ossements de 75 76 77 78 Sur ces textes. Les données littéraires qu’avait rassemblées Scholz et Mainoldi76 attestent également les sacrifices de chien en l’honneur de certaines divinités. 14-24 . 80 E. la lustration des Béotiens fondée sur le même principe. dans le Phœbée. ses gardes du corps. Scholz 1937. « Entre le sacrifice alimentaire de type politique et le sacrifice où la victime est le chien il y a donc une différence fondamentale. . 1958 (1961). 14. on pourrait dire que. on doit mentionner le rite de purification en usage en Macédoine où l’on faisait passer entre les deux moitiés d’une carcasse de chien. 113 . p. 51-59. S. il ne s’agit pas d’un sacrifice à proprement parler. p. p. Le Phœbée est à l’extérieur de la ville. en estimant que pour le plus vaillant des dieux le plus vaillant des animaux domestiques est une victime indiquée. À la mort d’Alexandre. 72-73. notamment Hékate. M. 149. dans certains sanctuaires. Mais les découvertes archéologiques orientent plutôt vers des pratiques diversifiées parmi lesquelles les sacrifices alimentaires ont manifestement existé. On comprend la gêne de cet auteur. 16-17. p. » Pourtant. Torelli. p. qui est le verbe usuel pour tous les sacrifices de type alimentaire. d’abord les armes du roi. Un canidé a été découvert dans l’Artémision d’Ephèse. enfin toute l’armée78. Mainoldi a très logiquement conclu de son enquête textuelle que les sacrifices de chien n’étaient pas suivis de la consommation de la viande. on a découvert dans le sanctuaire de Déméter à Mytilène. où l’on a jeté les deux moitiés près des deux ailes de l’armée. Pour les sacrifices. Taranto 3-8 ottobre 1976) (1977). p. Mainoldi 1984. on donne en effet toute la bête à la divinité. Voir aussi ibid. « I culti di Locri. Après avoir évoqué le sacrifice des chiens à Rome lors des Lupercales. surtout p. un rite très proche a été accompli. on l’immole en vue de se purifier. « Gli scavi della Scuola Nazionale di Archeologia a Locri Epizefiri. 147-194. 72-73 dont je reprends la traduction. R. en effet. elle note que le mot utilisé pour désigner l’acte sacrificiel est thuo. dans les cérémonies de purification. Huber a fait le point sur les découvertes archéologiques qui attestent de la pratique du sacrifice en Grèce ou en Italie79. Flacelière). voir Mainoldi 1984. pas très loin de Thérapné. Dans les sacrifices de purification tels qu’on les connaît. Enfin. On peut citer aussi Questions romaines III. Plus récemment. p. Mainoldi a également rassemblé les textes qui décrivent le rite qui voulait qu’on tuât à Argos les chiens traversant l’agora pendant les « jours des l’agneaux77. Elle écrit (p. apportent des petits chiens et pratiquent en maint endroit ce qu’on appelle périskylakisme (sacrifice de jeunes chiens) (trad. puis le roi lui-même avec sa famille. » dans Atti del settimo Congresso internazionale di Archeologia Classica II. 54-55. Des chiens ont été sacrifiés à Locres en l’honneur d’Aphrodite Kilias80. Atti del sedicessimo Convegno di studi sulla Magna Grecia. » dans Locri Epizefirii. mais aussi à Arès/Enyalos à Sparte et à Eilioneia/Eileithyia. 52). surtout à Argos. si le sacrifice est une purification.quelques Jalons pouR une HistoiRe du cHien en GRèce antique 283 Le sacrifice des chiens et son utilisation dans la médecine sont en effet assez bien documentés. » Toutefois.

Il est imprudent de reporter 81 J. les chiens semblent donc avoir été traités comme tous les autres animaux sacrifiés. à Hermès. Celui-ci avait une tumeur au cou. Dans les sanctuaires. Les auteurs de la publication archéozoologique expliquent que les stries repérées correspondent « à la découpe de la peau »81. à Epidaure. comme sacrifice préliminaire. le chien des prêtres le soigna en étant de veille avec sa langue et lui rendit la santé. D’autres traces sont interprétées comme les témoins de l’éviscération. à Iasos. » Qu’Asklépios ait eu un aspect chthonien paraît très probable. ibid. Ces sacrifices pouvaient aussi alimenter le marché.n poi. on devait manger la victime. Il vaut mieux considérer que les sacrifices pouvaient donc être de plusieurs types. 139. des os de chien portant des traces de découpe (catalogue 12). mais cela ne prouve rien pour les chiens. 2. on a découvert les restes d’au moins deux individus.. avec des pièces fragmentées. Sur un os. Les os ont été traités comme ceux des autres animaux sacrifiés. On sait que maints règlements religieux attribuaient la peau au prêtre dont elle constituait un équivalent du casuel de nos curés. Dans ce sanctuaire. Chenal-Velarde. 58) et D. J’avoue ne pas très bien comprendre cette interprétation. 10-24). Mais dans bien des cas. Struder et I. Scholz (p. voir aussi le commentaire de S. Huber. littéralement. quand le règlement ne spécifiait pas de consommation sur place.ºn kuvwn tw`n iJarw`n u{ªpar tºa`i glwvssai ejqeravpeuse kai. des gâteaux (popana) à Maléatès. La similitude du traitement par rapport aux autres animaux trouvés dans les mêmes contextes est un fait frappant qui s’oppose entièrement aux sacrifices dans les tombes où la bête n’est pas cuisinée. L’Eleusinion d’Athènes a livré également des restes de chien (catalogue 6). p. à Pakeia. d’une circonstance à l’autre. parce qu’il a donné lieu à une étude fine des ossements. à Adeso. n° 121 et 127) obtenues par les chiens du sanctuaire qui léchaient les parties malades. » dans S. L’aire sacrificielle au nord du sanctuaire d’Apollon Daphnéphoros I (2003).284 Jean-Marc luce cochons. La présence de chiens dans l’asklépieion du Pirée apparaît également dans un règlement sacré (Sokolowski. Deux inscriptions relatent. des guérisons miraculeuses (IG IV2. La seconde mérite qu’on la cite in extenso : Kuvwn ijavsato pai`da Aijªginºavtan. mais laissée telle quelle.nº qeªo. À son arrivée au sanctuaire. des meneurs de chiens. Huber. tªo. Gourevitch82 ont souligné le rôle des chiens dans les sanctuaires d’Asklépios et dans la médecine. on voit l’impact d’un coup donné lors du détachement d’une patte postérieure. 82 Gourevitch 1969. La première évoque le cas d’un enfant aveugle soigné par l’un des chiens du sanctuaire. aux chiens et aux cynégètes. mais le suggèrent fortement. à Apollon. Des traces de découpe ont été identifiées sur une vertèbre cervicale et un fragment d’os coxal (bassin). Dans les fouilles de l’aire sacrificielle Nord. H. Ou|to~ fu`ma ejn tw`ªi traºcavlwi ei\ce: avf ikovmenoªnº d j aujto. « La part des dieux et celle des hommes : offrandes d’animaux et restes culinaires dans l’aire sacrificielle Nord. ces chiens et ces meneurs de chiens seraient « en rapport avec le monde des enfers. est celui d’Erétrie. Faut-il considérer ces bêtes comme des sortes de divinités comme le fait Mainoldi ? Pour elle. C. Mainoldi (p. uJgih` ejpovhªsºe Un chien a guéri un enfant éginète. . ni même démembrée. 21) qui spécifie que l’on devra donner. 180. Des pratiques sacrificielles ne prouvent pas formellement une consommation de la viande. p. les rites devaient être très divers d’un lieu à l’autre. Le cas le plus intéressant.

p. On sait que l’interdit qui empêchait d’enterrer les morts dans la ville. 85 E. mais l’étude de la céramique oblige à dater le comblement avant 150. Sacrifices dans les sanctuaires et dans les tombes s’opposent donc fortement. entre 175 et 150 av. la référence n’est pas ici de type héroïque. aussi bien par la forme qu’ils prennent que par la chronologie. ou pas autant les enfants. Angel. en effet. Les cynégètes rappellent des kynègoi des forteresses dont le nom apparaît parfois en contexte religieux.quelques Jalons pouR une HistoiRe du cHien en GRèce antique 285 dans le contexte des asklépieia ce qu’on observe ailleurs. p. Puisque les périskylakismes étaient. vers 150. la mort est une impureté. au témoignage de Plutarque. Ces sacrifices ont un autre sens. Gourevitch83 qui voit en ces chiens de véritables animaux me paraît bien plus soutenable. 139 et 167-169 n° 218. au Nord de l’Héphaisteion. pour la date et les circonstances. L’étude de ces restes n’a pas apporté d’information sur les circonstances de ces nombreux décès. De toute évidence. Comme aucune trace de violence n’a été observée et que tous ces morts semblent avoir été jetés dans le puits en même temps. 311-312. J. un second puits très similaire a été découvert. « Skeletal Material from Attica. penser à des circonstances extrêmes.B. la suggestion de Harrisson qui voit dans ces restes d’animaux des sacrifices effectués dans ce but est très séduisante85. L. 84 J. Le contenu du premier puits a livré une statuette représentant. » Hesperia 14 (1945). pl. J. On date de l’époque hellénistique. Il paraît vraisemblable que les deux puits ont été remplis dans les mêmes circonstances dramatiques. en tout cas à une catastrophe ponctuelle. Archaic and Archaistic Sculpture. d’après la notice. un hermes féminin en marbre que la proximité avec le sanctuaire d’Aphrodite conduit à interpréter comme une 83 Gourevitch 1968. héroïque. à la prise d’Athènes par Sylla en 86 av. Les ossements qui en ont été tirés ont été examinés par Angel qui a identifié. Malgré la pression de la nécessité. dans le même secteur. ces restes étaient mêlés aux crânes à peu près complets de 100 chiens (Day donne le chiffre de 85).-C. aux côtés de deux crânes complets.-C. près du sanctuaire d’Aphrodite Ourania. Harrison. Angel songe à une famine ou à une épidémie. La position de D. ne concernait pas. The Athenian Agora XI 1965. A cet ensemble. Récemment. un enfant d’environ 11 ans et quelques ossements d’animaux domestiques plus grands. Il me paraît donc vraisemblable que les chiens en question étaient simplement ceux du sanctuaire et les cynégètes les prêtres qui en étaient responsables. 58. les fragments de 175 enfants dont la majorité était des nouveau-nés ou des fœtus près du terme. étaient mêlés les os d’un homme d’âge moyen. découvert sur l’Agora d’Athènes. Pour les époques plus récentes. à la signification sans doute très différente des pratiques ancestrales. Néanmoins. nous disposons d’un cas très particulier. des sacrifices de purification. Les fouilleurs avaient pensé. que l’on connaît pour l’Âge du fer ancien. Le comblement est daté. En ce qui concerne ce dernier point.. Or. . 275. p. Il contenait 445 squelettes d’enfants et de nouveau-nés ainsi que les ossements d’au moins 150 chiens (catalogue 7). nous avons affirmé que les chiens avaient disparu des tombes dès l’époque archaïque. malgré quelques rares exceptions pour certains grands personnages. Le choix du puits pour enterrer toutes ces dépouilles humaines laisse. on a pris le soin de séparer les enfants des adultes. de façon assez inusuelle. le comblement macabre d’un puits situé près du sanctuaire d’Athéna Ourania au Nord de l’Héphaiteion84. Cela n’est vrai que des sacrifices effectués sous la forme traditionnelle.

à la rate. L’usage du chien dans la médecine. Pour Gourevitch. Gourevitch a bien souligné que les pratiques thérapeutiques puisaient particulièrement dans le dégoûtant. son lait et même ses excréments et ses vomissements. Toute cette médication est en quelque sorte la version plus ou moins laïcisée d’une conception magique. Gourevitch86 le mérite d’avoir fait connaître les étonnantes qualités curatives que l’on accordait aux chiens. Un remède qui n’agit pas doit aussi son inefficacité à des raisons magiques. On n’utilisait pas que sa viande. Chez Pline. devient le remède par excellence. notamment son sang menstruel. il est le fournisseur accessible de produits qui transmettent de plus hautes puissances. un certain esprit de sacrifice. les flèches qui vous ont blessé. Mainoldi ont très justement souligné l’importance des rites de purification utilisant le chien. parce qu’il est dégoûtant et qu’il exige de la part du patient. la rage. aux organes sexuels. ou Artémis-Hékate. ou encore que l’animal familier. une proie pour l’homme qui pourtant l’élève et se sert de ses facultés. Toutes ont donné lieu à des renversements magiques. bien que l’objet fût inachevé. Le dégoûtant est thérapeutique. les brûlures à la bouche. sa salive. Le rôle des chiens guérisseurs dans les sanctuaires d’Asklépios met bien en lumière le lien entre la religion et la médecine magique. mais aussi ses os. qui peut faire l’objet d’une adoration. » Pourtant. Gourevitch elle-même. et non un autre animal. Les animaux tués ne sont pas 86 Scholz 1937 et Gourevitch 1969. comme on l’a dit. notamment dans la médecine populaire. L’échec n’existe pas vraiment dans la pensée magique. les douleurs aux oreilles. préfère y voir une représentation d’Artémis. Day avait vu deux périodes dans l’histoire du chien. cet animal passe pour un remède contre l’angine. Pourquoi ce choix ? D. les dents des enfants qui poussent mal. c’est le chien que l’on choisit. Le rôle du chien tient plutôt à ce double facteur de l’inversion transgressive. son fiel. Je ne crois pas que celui qui administrait de tels remèdes le faisait par calcul. principalement dans le monde romain. H. à l’anus ou aux yeux. par le besoin de se faire accompagner dans la mort par son chien pour s’assurer de sa protection ? Pour l’époque d’Homère. Harrisson qui pense que sa présence dans ce contexte n’est pas accidentelle. la gale. afin que le patient qui s’abstiendrait se sentît responsable de son mal. l’hydrophobie. son sang. . le chien est encore. ses dents que l’on réduisait en cendres. Mais cela n’explique toujours pas le choix de l’animal. Nous sommes là dans ce que j’appellerais la logique du renversement.286 Jean-Marc luce représentation de la déesse. la plus longue. comme le dit D. la goutte. j’en verrais pour ma part trois. Il revient à Scholz et à D. rien n’est moins sûr. il n’y aurait pas de rapport nécessaire entre le choix du chien et la thérapeutique : « Le chien dans tout cela n’a guère en lui-même d’importance . La mort telle que l’épopée la décrit ne réserve pas au défunt de dangers particuliers qu’il devrait affronter. Lors de la première période. d’une certaine façon. mais l’argument n’a rien de décisif. Scholz et C. à cause de son rôle comme déesse de la naissance. La pratique du sacrifice s’explique-t-elle. n’est pas sans rapport avec ces pratiques religieuses. On s’en servait encore pour soigner l’incontinence urinaire ou les verrues. Le miel est un adjuvant souvent utilisé. Conclusion L. Le dégoûtant devient thérapeutique exactement comme le chien impur est instrument de purification. la fièvre quarte.

Corinthe et Erétrie87. on préférait désormais se faire représenter avec lui. mais plutôt par excès. le vie siècle semble avoir été la période charnière. Lang. ceux de Patrocle luimême. On l’observe partout où l’on avait adopté les principes de l’habitat discontinu. Les maisons. avec lui. À l’Âge du Fer ancien. Die archaische Siedlung (1996). C. Les animaux se mettent à circuler sur les mers. avaient tenté de débarrasser le sanctuaire des tombes que l’on y avait remarquées. Dans l’histoire du chien. La notion de pureté a sans doute une longue histoire remontant tout au long de l’Âge du Fer. voire de l’Âge du Bronze. Dans le sacrifice des chiens à Patrocle. pouvaient subir ce sort. et particulièrement au vie s. Surtout. d’en indiquer l’essence et le statut social. Leur fonction est plutôt de définir la personne. et c’est là que se trouve la seconde ambivalence. Mais ces derniers sont souvent des chiens errants. du moins pas avant le début de l’époque hellénistique. les morts étaient souvent enterrés entre les maisons. Il n’entre pas dans la grande littérature. Le chien aurait alors pu servir dans l’Au-delà. lieu de la familiarité et de la normalité. C’est à cette époque que l’on situe la première purification de Délos. Il n’entretient plus aucun rapport avec les charognards et les fonctions traditionnelles du chasseur et du gardien passent. Mainoldi a souligné le rôle de la mort dans la perception du chien et a insisté sur les chiens charognards dans l’Iliade. Il est essentiel de bien distinguer les chiens qui font partie de l’oikos. Cela suppose une relation familière et non les simples fonctions de chasseur et de gardien. au cours de l’époque archaïque. Il n’est pas impossible qu’une conception relevant davantage de la pensée magique ait eu cours. Il faut ici bien considérer le témoignage du Plutarque sur les sacrifices de purification. Homère précise bien que les bêtes égorgées étaient des chiens de table du défunt. Leur développement reflète celui de l’animal familier et aimé qui tient compagnie aux hommes. on introduit dans les maisons les petits chiens de compagnie que sont les chiens maltais. Pourtant. Seuls les chiens de table. mais c’est au cours de l’époque archaïque qu’elle devient structurante. la violence à l’endroit des chiens est loin d’avoir disparu. mais il apparaît dans l’univers domestique de la stèle funéraire tel qu’on le conçoit dès le vie s. à la fois glorieux et lamentable. Nous avons là une première forme d’ambivalence. on ignore entièrement le mode de pensée. c’est-à-dire ceux que l’on voit si souvent dans les scènes de banquet.quelques Jalons pouR une HistoiRe du cHien en GRèce antique 287 destinés à servir dans l’Au-delà. sous l’autorité de Pisistrate. . Argos. On l’observe particulièrement bien dans des sites comme Athènes. lors de laquelle les Athéniens. de ceux qui errent et se nourrissent de carcasses abandonnées. distantes les unes des autres s’éparpillaient sur de grands espaces parsemés de tombes. qui mangent les restes et servent aussi sans doute de serviettes. Ce n’est pas par défaut d’affection que l’on sacrifiait la bête (voir la tombe de Koukounara catalogue n° 2). Pour l’Âge du Bronze. Ce ne sont pas ces charognards qu’Achille sacrifie sur le bûcher de Patrocle. La séparation se fit plus tard. Cette pratique relève de l’ambivalence de la pensée grecque. 87 Voir par exemple l’ouvrage de Fr. au second plan. Ces animaux n’appartiennent pas à l’univers héroïque et c’est la fable qui nous en parle et non l’épopée. Mais on se souviendra qu’une telle interprétation n’est pas nécessaire pour expliquer les sacrifices de chien. Plutôt que d’emmener son chien dans la mort.

il avait cessé d’être l’instrument le plus adapté à l’héroïsation du défunt et à son intégration dans un cercle héroïque ou épique. Rappelons aussi ce que disait Rudhardt des rites de purification (il parle des purifications 88 89 90 91 Scholz 1937. dans ce contexte. Ce sont là des conceptions d’un autre temps. Il est possible que les traces de sacrifices de chien trouvées dans l’ère sacrificielle nord du sanctuaire d’Apollon Daphnéphoros aient été liées à une purification. Les deux se fondent peu à peu l’un dans l’autre ». alors qu’on attendrait un sacrifice complet. . » En effet. comme C. Lié à la notion de purification. La référence au rite de purification est moins douteuse pour les deux puits de l’Agora d’Athènes. pharmakos actif au cours de sa vie. hiéros. p. la recherche des origines. Nous avons là une seconde forme d’ambivalence. que « c’est sa condition d’impureté qui permet au chien d’être porteur de purification. Dans ce cas. une fois mort. Scholz 1937. Mythe et société en Grèce ancienne (1979). et doivent s’appréhender comme les deux faces d’un même phénomène. sans découpe ni partage des chairs. avant de symboliser la mort. le sacrifice de chiens a pris une signification nouvelle. c’est-à-dire les Mycéniens. Songeons également que les tombeaux contiennent parfois des scènes d’amour. à l’arrière-plan plus ou moins raciste. 7-9. Que doit-on comprendre. 10. Si un rite de purification était nécessaire en contexte funéraire. Songeons que la grenade. qu’elle soit rituelle ou le fait des dieux. Je croirais donc volontiers. étaient des Grecs. 131-140. p. il faut bien garder à l’esprit qu’elles ne s’ignoraient pas. Elle permettait par la même occasion une interprétation ethnique de ces croyances. Les grenades découvertes dans l’Héraion de Samos ou celle que la déesse tenait dans l’Héraion d’Argos n’ont aucune signification funéraire. Mainoldi. la conception religieuse dans laquelle il possède un pouvoir magique et qui comporte des influences pré-helléniques et orientales. à mon avis. qu’on le sacrifiait. est l’instrument d’un sacrifice de purification. symbolise le caractère aimable de la jeune femme ou de la korè91. malgré son impureté à laquelle on devenait. qui donnerait la clé de cette dichotomie. un héros guérisseur ? La mort. Œdipe ne devient-il pas une sorte de saint homme dans l’Œdipe à Colone ? Le terrible Amphiaraos n’est-il pas devenu. Elles se sont au contraire sculptées l’une par rapport à l’autre. Le chien. indifférent. les sacrifices de chiens pouvaient réapparaître dans la tombe. Notons toutefois que les animaux ont été traités ici comme n’importe quelles autres victimes. et qui est. la mythologie est pleine de ces renversements90. introduit l’être concerné dans le domaine du sacré. Voir à ce sujet J. conçues dans une période où l’on ignorait que les Pré-hellènes. Scholz que gênait cette double nature du chien écrivait89 : « Il y eut donc. si impur qu’on lui interdit l’accès de nombreux sanctuaires88.288 Jean-Marc luce On peut donc tenter ici une explication. l’une contre l’autre. indo-germanique. p. si chère à l’érudition de l’époque. Ces puits funéraires où s’entassaient les cadavres de bébés et des fœtus n’ont rien de commun avec les sacrifices de type héroïque où le défunt se fait accompagner par son animal. Vernant. Le meurtre de l’animal a le pouvoir d’inverser les pôles de l’impureté. C’est donc la Qvellenforschung. ou au contraire en raison de son impureté ? H.-P. Si l’on veut comprendre l’apparente contradiction qu’il y a entre ces deux visions du chien. notamment en cas de catastrophe. aux côtés de la conception profane du chien qui rend justice à ses qualités positives.

. Ils n’avaient pas disparu. surtout dans les épitaphes. mais aussi dans les tombes de chiens richement dotés. Lorsqu’à partir du ive siècle on se mit à creuser des tombes pour les chiens.quelques Jalons pouR une HistoiRe du cHien en GRèce antique 289 de criminels) : « Il s’agit vraiment d’un lavage par le sang. se doit d’être transgressive. mais on devra à la fin de l’opération se débarrasser du liquide chargé d’impureté. Des consommations à la limite de l’impiété. Il le devient dans les épitaphes de l’époque impériale. C’est aussi à cette époque que plusieurs auteurs témoignent de leur dégoût pour la viande canine. s’exprimant dans la littérature. puisqu’ils sont toujours mentionnés par les auteurs. Etrange jeu de miroir. la tendresse que l’on avait pour le plus familier des animaux pose un tabou sur sa viande. » Le sang pur de l’animal impur absorbe la faute. prennent un sens fort dans la thérapeutique. Le mécanisme de l’opération est magique : le semblable attire le semblable . le thème de l’amour unissant l’homme à son animal domestique n’est pas encore central. Une attitude sentimentale s’y déploie pleinement. La médecine populaire. On assiste donc à une troisième forme de renversement magique illustrant l’ambivalence de la relation que l’homme entretenait avec le chien. pour être efficace. conçues à l’image de celles que l’on réservait aux humains. la pensée magique s’épanouit dans les pratiques de la médecine populaire. comme en témoigne Sextus Empiricus. sur ses os et le reste de son corps dont la négation magique présente d’intenses vertus thérapeutiques. Cette nouvelle ère fut très longue. notamment par Plutarque. C’est aussi à cette époque que l’on construisit à Athènes le tombeau de ce chien à la laisse cloutée dans le cimetière des hommes. enterrés dans le cimetière des hommes. sur sa chair. On est mal renseigné sur les rites de purification à cette époque. Mais le dégoût qu’inspire le chien n’est pas seulement celui de l’être impur. Désormais. deux phases. au sein de cette longue période. Chiens errants et charognards devaient pourtant toujours errer dans les rues. On peut encore distinguer. ne s’achevant qu’à l’époque byzantine et chevauche la précédente. mais ils s’étaient peut-être raréfiés. le sang purificateur absorbe en lui les miasmes du sang répandu et libère ainsi de la souillure l’homme sur lequel il coule . Le dégoûtant est particulièrement efficace. En revanche. Quand la mort du chien entre dans la littérature. on est entré dans une nouvelle période dans l’histoire de cet animal.

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p. On y a retrouvé une tombe à tholos dont la partie supérieure était effondrée et dont la chambre a été pillée à la fin de l’HR. ZlotoGoRsKa. p. ADelt 27. de cochons. d’ânes. K. J. 2004. Grèce). des chiens et probablement d’autres espèces). Taranto 3-8 ottobre 1976). Les débuts de l’élevage. David ont analysé près de 300 kg d’os d’animaux qui ont été exhumés du palais de Nestor. 2005. Marinatos a découvert à « Polla Dendra » près du mont Maglava une tombe à tholos dont la chambre mesure moins de 5 mètres de diamètre. de cerfs.-C. On a exhumé un enchytrisme dans un pithos.-D. Gardeisen. 2 Koukounara (Péloponnèse) Sp. Lattes p. et de lièvres. (AR 35. 1997. Darstellungen von Hunden auf griechischen Grabreliefs von der archaik bis in die römische Kaiserzeit. tRandalidou. Ergon 1987.. les vestiges d’un bâtiment mycénien.quelques Jalons pouR une HistoiRe du cHien en GRèce antique 291 Magna Grecia. Au milieu de la chambre. de bovins. Hambourg. de chevaux. Remarques préliminaires sur les seize animaux inhumés dans le tumulus de Mikri Doxipara-Zoni (Thrace. Cf. Catalogue des découvertes de restes de chien mentionnées dans la revue « Archaeological reports ». d. de chevreuils. (AR 9. Les équidés dans le monde méditerranéen antique. Kritsas rapporte (AR 24. De l’époque archaïque à la fin du IVe s. 1982.. des cochons. M. 89-91 4 Pylos (HR IIIB) P. On retrouve également de façon très rare des restes de mammifères . Lausanne. Papadopoulos a fouillé un cimetière dans la localité de Laganida. av. On a retrouvé les restes d'une quarantaine de sépultures au moins. J. 23) les découvertes de 1971 faites sur un terrain en construction. woyscH-méautis. Dépouillement effectué par Ahmed El Khelouane La Grèce continentale 1 Argos (HM) Ch. La représentation des animaux et des êtres fabuleux sur les monuments funéraires grecs. dans lequel on a trouvé pour les niveaux les plus anciens au moins 18 squelettes humains mélangés pêle-mêle (fig. mais aussi un petit nombre de chiens. Elle contenait 12 sépultures postérieures à 1400 BC. Halstead et J. dans A. On note principalement la présence d’os de moutons/chèvres. de sangliers.. p. 39) avec des restes d’animaux (au moins 1 crâne d’équidé. 10) 3 Kallithea (Achaïe) Th. 41) Cf. des bovidés. Loyaux jusqu’à la mort. 29-40 viGne. Ch 192-212. L’hypothèse du désastre naturel dont auraient été victimes ces individus et ces animaux est suggérée. d'un sacrifice de cheval ainsi que les parties de deux autres animaux (un chien ? et un mouton). on a mis au jour le squelette d’un petit chien reposant tout près d’un squelette humain en position fœtale.

(AR 49. en trois endroits. Demakopoulou a fouillé la citadelle et exhuma de nombreuses poteries du HR IIIB2. furent exhumés 445 corps de nourrissons et d’enfants. p. 1998 5 Athènes Lors des fouilles organisées à l'occasion de la construction du métro. une mesurette et des poids de métier à tisser (remblai de la fin du vie-début ve s. n° 162-164. Dans les niveaux du HR IIIB 2 et du HR IIIC il a découvert des fragments de pithos. 157. p.292 Jean-Marc luce sauvages (ours. on a fait la découverte d’une tombe de chien exceptionnelle. cinq crânes humains et quelques os appartenant à un chien et à un(e) mouton/chèvre ont été collectés dans la chambre principale. La Crète 8 Chania (Crète de l’ouest) Dans le quartier Agios Ioannis on a retrouvé. des lentilles. university of Texas press. Amariou (Crète de l’ouest) Au nord du quartier central on a retrouvé dans un contexte du MRIIIC 38 vases de terre cuite. manifestement en position secondaire. p. (AR 45. d'êtres humains ainsi que les restes d’une tortue d’eau douce. des légumineuses. .). on a retrouvé à l'Eleusinion les squelettes de plusieurs chiens associés à des fragments de poteries peintes. des restes de nourritures (des figues. Deux squelettes en position primaire (?) occupaient également le sol de la chambre. (AR 49. des objets de bronze et de pierre. Sandy Pylos : an archaeological history from Nestor to Navarino. De même les os d’oiseaux et de poissons se font extrêmement rares. (AR 46. à proximité d'un dépôt d'ossements humains. près du temple d’Aphrodite Ourania. mobilier. p. 51) Cf. 6 Athènes En 2001. des tombes à chambre. et la partie d’un second chien.-C. 143) Les autres îles : 10 Midea (golf de Saronique) K. L'animal a été retrouvé avec son collier et un véritable mobilier funéraire. et au moins 150 chiens datés entre 175 et 50 avant J. Une publication plus détaillée est parue dans Palarma et Stamboulidis (éd. p. lion. p. Dans la tombe n° 1 un corps de chien a été déposé près de l’entrée. un squelette de chien complet. La ville sous la ville (2000 en grec. des noyaux d’olives. quelques os de chèvres/moutons. Austin. etc. 5) 7 Athènes Sur l’ancienne agora au nord de l’Hephaiston. (AR 47. p. (AR 46. 6). 9). Dans la tombe n° 5.). 148) 9 Sybritos. une version en anglais existe). aurochs).

le sanctuaire de Déméter où elle a relevé une relative continuité des dépôts du viie siècles av. (AR 34. (AR 51.5. p. ADelt 41 Chr. (AR 39. le crâne d’un large animal (un chien ?). la mission canadienne a fouillé. on lira maintenant Trandalidou 2005. J. 191-203. on retrouva un groupe de pots contenants des os (de sacrifices ?) de chiens. d’un renard et de serpents qui sont en attente d’étude.-C. Kalauria Berit Wells fouille en 2004 le temple de Poséidon. Ce remplissage pourrait dater de l’époque romaine. 13) 12 Lesbos En 1992. à Mytilène. Koukouli-Chrysanthaki fouilla en 1979 trois tumulus du PG et du début de l’Âge du Fer. jusqu’au xixe siècle. On retrouva en outre des corne de cerfs. accompagnés de chevaux (deux par char) qui semblent avoir été sacrifiés. 13-15) 11 Poros.93 La macédoine 13 Drama (Est de la Macédoine) Ch. Kathemerine 23. (AR 45. on a notamment retrouvé des os d’animaux divers : de chiens. ce site fut fouillé à l’occasion d’opérations de sauvetage. Des sépultures de chiens furent également trouvés dans le tumulus. il faut mentionner des enchytrismes d’enfants accompagnés d’un squelette de chien dans une urne. Dans un niveau phrygien. p. 71) Sur ces tombes. (AR 38. Parmi les découvertes. ADelt 34 Chr 330-1 La Thrace 14 Evros. en dehors du monde grec 15 Seyitömer Huyuk (Phrygie du nord) A 26 km au nord-ouest Kütahya. 65) Cf. p.7 mètres de haut) où l'on a fait d’importantes découvertes de la fin de la période hellénistique et du début de l’époque romaine (ier avant J. p. de la vaisselle et de larges céramiques. Dans un réservoir de l’époque archaïque. 6. . d’équidés. On note la présence d’os de cochons. p.-C. mais aussi d’os de chiens (sur lesquels on relève des marques de boucheries). un os de mâchoire humaine. de cochons. d’oiseaux.93 . Mikri Doxipara (Thrace) Un large tumulus a été fouillé (55-66 mètres de diamètre. dont au moins 2 (voire 4) chars funéraires équipés. p. (AR 49.quelques Jalons pouR une HistoiRe du cHien en GRèce antique 293 carbonisés). – ier après J.-C.2. 180) Cf. Eleutherotypia 25.). 198-212 . 53) Cf. Müze. de moutons.