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relatif aux états de synthèse

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BIP N°75 Juin 1998

LE RENFORCEMENT DU DISPOSITIF RELATIF AU ETATS DE SYNTHESE OU L'OBLIGATION DE DEPÔT AU GREFFE DU TRIBUNAL DE COMMERCE

Les états de synthèse établis au moins une fois par exercice, à la fin de celui-ci, sont l'expression quasi exclusive de l'information comptable destinée aux tiers, et constituent le moyen privilégié d'information des dirigeants eux-mêmes sur la situation et la gestion de l'entreprise. Le législateur a progressivement fait de l'établissement des états de synthèse, une obligation fiscale et comptable mais dont le non respect n'entraînait que de simples majorations d'impôts. Pour compléter ce dispositif les lois sur les sociétés contiennent des dispositions concernant l'établissement des états de synthèse et la sanction de l'absence de dépôt au greffe du tribunal de commerce de ces derniers. Nous analyserons, en suivant l'ordre chronologique ayant présidé à leur mise en place, les dispositions fiscales puis les dispositions comptables et enfin les dispositions juridiques concernant les états de synthèse. I - La mise en place du dispositif fiscal L’article 27 de la loi 24 / 86 instituant l’impôt sur les sociétés, relatif à la déclaration du résultat fiscal et du chiffre d'affaires pour les sociétés soumises à l'IS rend obligatoire l'établissement d’une déclaration du résultat fiscal. En effet, la loi prévoit que les sociétés doivent adresser à l'inspecteur des impôts directs et taxes assimilées du lieu de leur siège social ou de leur principal établissement au Maroc, dans les trois mois qui suivent la date de clôture de chaque exercice comptable, une déclaration de leur résultat fiscal établie sur ou d'après un imprimé modèle fourni par l'administration. Rappelons que la déclaration du résultat fiscal doit être accompagnée des documents annexes dont la liste et le contenu sont fixées par l’arrêté du ministère des finances n°2-97-88 du 24 février 1988, savoir :

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MODELE NORMAL (1) 1. Bilan actif / passif 2. Compte de produit et charges hors taxes 3. Passage du résultat net comptable au résultat fiscal 4. Tableau des immobilisations autres que financières 5. Etat des soldes de gestion 6. Détail des postes du compte des produits et charges 7. Tableau des biens en crédit-bail 8. Tableau des amortissements 9. Tableau des provisions 10. Tableau des plus values ou moins-values sur cession ou retrait d'immobilisations 11. Tableau des titres de participation 12. Détail de TVA 13. Etat de répartition de capital social 14. Etat d'affectation des résultats intervenue au cours de l'exercice 15. Etat de calcul de l'impôt dû par les entreprises encouragées 16. Etat des dotations aux amortissements 17. Etat des plus-values constatées en cas de fusion 18. Etats des intérêts des emprunts contractés auprès des associés 19. Tableau des baux et locations autres que le crédit bail 20. Etat détaillé des stocks

MODELE SIMPLIFIE 1. Bilan actif / passif 2. Compte de produit et charges hors taxes 3. Passage du résultat net comptable au résultat fiscal 4. Tableau des immobilisations autres que financières 5. Détail des postes du compte des produits et charges 6. Tableau des biens en crédit-bail 7. Tableau des amortissements 8. Tableau des provisions 9. Tableau des plus values ou moins-values sur cession ou retrait d'immobilisations 10. Tableau des titres de participation 11. Détail de TVA 12. Etat de répartition de capital social 13. Etat d'affectation des résultats intervenue au cours de l'exercice 14. Etat de calcul de l'impôt dû par les entreprises encouragées 15. Etat des dotations aux amortissements 16. Etat des plus-values constatées en cas de fusion 17. Etats des intérêts des emprunts contractés auprès des associés 18. Etat des locations et baux autres que le crédit bail 19. Etat détaillé des stocks

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) Le modèle normal s’applique obligatoirement aux moyennes et grandes entreprises dont le chiffre d’affaires dépasse 7.5 millions de dirhams. Le modèle simplifié est réservé aux petites entreprises dont le chiffre d’affaires est inférieur à 7.5 millions de dirhams ; toutefois celles-ci peuvent opter pour le modèle normal.

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Le non respect de l'article 27 entraîne des majorations d'imposition qui sont prévues à l'article 44 de la même loi. Celui ci dispose que : « Les impositions établies d'office ou résultant de déclarations déposées hors délai donnent lieu à l'application d'une majoration égale à 15%, soit des droits correspondant au bénéfice ou au chiffre d'affaires de l'exercice comptable, soit de la cotisation minimale prévue à l'article 15 ci-dessus lorsqu'elle est supérieure à ces droits, ou lorsque la déclaration déposée hors délai fait ressortir un résultat nul ou déficitaire. Dans tous les cas le montant de la majoration ne peut être inférieur à cinq cents dirhams (500 DH). Lorsque le résultat bénéficiaire ou le chiffre d'affaires d'un exercice comptable est rectifié, la majoration de 15% est calculée sur le montant des droits correspondant à cette rectification. Lorsqu'un résultat déficitaire est rectifié, toute réintégration affectant ce résultat est majorée de 15% tant que le déficit n'est pas résorbé. Le taux des majorations prévues aux deux alinéas précédents peut être porté, jusqu'à 100%, quand la mauvaise foi de la société est établie ». On comprend dès lors que ce dispositif fiscal n'a pas un caractère dissuasif marqué, les sanctions se résumant à des majorations à la charge de l'entreprise et non des dirigeants fautifs. II - La mise en place du dispositif comptable Le code général de normalisation comptable édité par le conseil national de la comptabilité en 1986, prévoit que la fonction d’information de la comptabilité normalisée est essentiellement assurée par les états financiers de fin d’exercice, appelés pour la première fois « états de synthèse ». Aux termes de la loi comptable n° 9-88 relative aux obligations comptables des commerçants, promulguée par le dahir n°1-92-138 du 25 décembre 1992 et entrée en vigueur le 1er janvier 1994, tout commerçant personne physique ou morale, doit tenir une comptabilité régulière et dresser des états de synthèse donnant une image fidèle des actifs et des passifs ainsi que de la situation financière et des résultats de l'entreprise. L'établissement des états de synthèse est donc obligatoire pour l'ensemble des entreprises qu'elles soient individuelles ou structurées sous forme de société et, sauf circonstances exceptionnelles justifiées dans l'état des informations complémentaires, doit se faire au plus tard dans les trois mois suivant la date de clôture de l'exercice. Selon la loi comptable, les états de synthèse comprennent cinq documents formant un tout indissociable : Le Bilan (BL) ; Le Compte de Produits et Charges (CPC) ; L'état des Soldes de Gestion (ESG) ; Le Tableau de Financement (TF) ;

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L'état des Informations Complémentaires (ETIC)

La date d'établissement des états de synthèse est mentionnée dans l'état des informations complémentaires. Les états de synthèse sont établis dans le respect des principes comptables fondamentaux qui ont précisément pour but d'en assurer la pertinence, la fiabilité et la comparabilité dans le temps et dans l'espace. Parmi ces principes comptables fondamentaux, la continuité d'exploitation, la permanence des méthodes, la spécialisation des exercices, la clarté, l' importance significative jouent un rôle prépondérant dans la préparation comme dans la présentation des états de synthèse. Dans l'intérêt de l'entreprise, pour sa propre information notamment, les états de synthèse peuvent être établis avec une périodicité semestrielle, trimestrielle ou mensuelle ; en tout état de cause ils doivent être établis au moins une fois par exercice, à la fin de celui-ci. La loi comptable ne prévoyant pas de sanctions spécifiques en cas de non respect des dispositions, d’une part, et le système des sanctions fiscales non supportées par les dirigeants eux-mêmes, d’autre part, rend le dispositif général peu persuasif. Celui-ci se devait d’être complété par des mesures juridiques pour rendre l’ensemble du dispositif cohérent et efficace. III - La mise en place du dispositif juridique Le législateur en poursuivant son effort de mise en place d'un dispositif efficace aussi bien pour l'administration fiscale que pour les sociétés elles-mêmes, a introduit dans les lois sur les sociétés, une obligation de dresser les états de synthèse tels que définis par la loi comptable, de les faire approuver par l'assemblée générale ordinaire annuelle et de les déposer au greffe du Tribunal de Commerce dans un délai réglementaire. Ces obligations pèsent sur les sociétés nouvellement constituées et s’appliqueront de manière généralisée après mise en harmonie des statuts des sociétés commerciales encore soumises au régime ancien. Le non respect de ces obligations nouvelles entraîne dans tous les cas, des sanctions pénales et civiles qui peuvent s’avérer lourdes pour les dirigeants. 1 - Approbation des états de synthèse et dépôt au greffe du tribunal de commerce Deux règles importantes ont été instaurées qui s’inscrivent désormais dans un délai réglementaire. l’obligation d’approuver les états de synthèse par l’assemblée générale ordinaire annuelle. l’obligation de déposer les états de synthèse au greffe du tribunal de commerce.

 Approbation des états de synthèse 6 mois après la clôture de l’exercice social Tant la loi sur les sociétés anonymes du 30 août 1996 que la loi sur les SARL et autres sociétés commerciales du 13 février 1997 prévoient que les états de synthèse doivent être

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approuvés dans un délai de six mois à compter de la clôture de l’exercice social, sauf prorogation de ce délai obtenue du président du tribunal de commerce. L'établissement des états de synthèse dans un délai généralisé à six mois s'accompagne désormais d'une formalité supplémentaire : le dépôt des états de synthèse et du rapport du ou des commissaires aux comptes au greffe du Tribunal de Commerce. 1.1. Dépôt des états de synthèse et du rapport du commissaire aux comptes 30 jours après la date de l’assemblée générale d’approbation des comptes

L’article 158 de la loi 17 / 95 sur les sociétés anonymes prévoit « qu’un exemplaire des états de synthèse accompagné d'une copie du rapport du ou des commissaires aux comptes doit être déposé au greffe du tribunal, dans un délai de trente jours à compter de la date de leur approbation par l'assemblée générale». La loi n° 5-96 en son article 95 alinéa 2 relatif au dépôt au greffe du tribunal que « ………En outre, les sociétés commerciales sont tenues de déposer au greffe du tribunal, dans les trente jours qui suivent leur approbation par l'assemblée générale, deux exemplaires des états de synthèse accompagnés d'une copie du rapport du ou des commissaires aux comptes, le cas échéant. » 2 – Délai de mise en œuvre de ces obligations L’obligation d’approuver les états de synthèse dans un délai de 6 mois à compter de la clôture de l’exercice social et de les publier 30 jours à compter de la date de l’assemblée générale annuelle ne s’applique pas aux sociétés, dans le temps, de la même façon, suivant qu’elles se trouvent ou non régies par les nouvelles lois (loi n°17-95 relatives aux sociétés anonymes et loi n°1-97-49 du 13 février 1997 relative aux sociétés à responsabilité limitée et autres sociétés commerciales). 2.1. Concernant les sociétés anonymes A titre préliminaire, rappelons que sous le régime du dahir du 11 août 1922 relatif aux sociétés anonymes, l’approbation du bilan et des comptes d’une société anonyme doit s’effectuer dans l’année qui suit la clôture de l’exercice social ; il n’existe aucune obligation de déposer ces états ainsi que le rapport du commissaire aux comptes auprès du greffe du tribunal. Sous l’empire de la loi nouvelle du 30 août 1996 relatives aux sociétés anonymes, l’obligation d’approbation et de dépôt au greffe s’applique dans le temps différemment :  si la société anonyme est constituée après le 17.10.96, date de publication de la loi au Bulletin Officiel et date d’entrée en vigueur de la loi, l’obligation ci-dessus décrite s’applique. Par conséquent, à supposer qu’une société anonyme ait été immatriculée le 1er mars 1997 et que son premier exercice social court du 1er mars 1997 au 31 décembre 1997, les obligations de la société anonyme sont les suivantes :

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Au plus tard le 30 mars 1998 : dépôt des états de synthèse auprès de l’administration fiscale Au plus tard le 30 juin 1998 : tenue de l’assemblée générale ordinaire pour l’approbation des comptes clos le 31/12/1997. Au plus tard le 30 juillet 1998 (30 jours à compter de la date de l’assemblée générale ordinaire qui a approuvé les états de synthèse, ici on suppose qu’elle a eu lieu le 30 juin 1998) : dépôt des états de synthèse et du rapport du commissaire aux comptes sur l’exercice clos le 31/12/1997 auprès du greffe du tribunal de commerce.

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si la société anonyme est constituée avant le 17.10.96, les obligations d’approbation et de dépôt dans les délais réglementaires s’appliqueront plus tard, à compter de la mise en harmonie des statuts de la société avec la loi du 30 août 1996 ; étant précisé que, selon nous, la mise en harmonie des statuts doit intervenir avant le 31 décembre 1998.2

Par conséquent, à supposer qu’une société anonyme, constituée en 1980 et dont l’exercice social court du 1er janvier au 31 décembre, mette ses statuts en harmonie avec la loi le 1er septembre 1998, les conséquences sont les suivantes : La loi du 30 août 1996 s’applique aux actionnaires à compter du 1er septembre 1998, date de l’assemblée générale extraordinaire qui aura approuvé la mise en harmonie des statuts et l’adoption d’un contrat de société conforme aux nouvelles règles. La société devra donc respecter l’échéancier suivant : Au plus tard le 30 mars 1999 : dépôt des états de synthèse auprès de l’administration fiscale, Au plus tard le 30 juin 1999 : tenue de l’assemblée générale ordinaire pour l’approbation des comptes clos au 31/12/1998, Au plus tard le 30 juillet 1999 (30 jours à compter de la date de l’assemblée générale ordinaire qui a approuvé les états de synthèse) : dépôt des états de synthèse et du rapport du commissaire aux comptes pour l’exercice 1998 auprès du greffe du tribunal de commerce.

Ce raisonnement s’applique à l’identique pour les autres sociétés commerciales, sous réserve de la date d’entrée en vigueur de la loi. 2.2. Concernant les sociétés à responsabilité limitées , sociétés en nom collectif, sociétés en participation, société en commandite simple, société en commandite par actions. A titre préliminaire, rappelons que sous le régime du dahir du 1er septembre 1926 relatif aux sociétés à responsabilité limitée, il est prévu, lorsque la société compte plus de 20 associés, qu’une assemblée générale se tienne au moins une fois dans l’année, à l’époque fixée par les statuts. La loi ne prévoit pas explicitement que cette assemblée doit approuver des comptes annuels. Par ailleurs, la loi ne prévoit rien lorsque le nombre des associés de la SARL est inférieur à 20 ; autrement dit un vide juridique existait pour la majorité des SARL au Maroc et se trouve aujourd’hui comblé.

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Une note du Secrétariat Général du Gouvernement prévoit en effet que ce délai expire au 31/12/1999.

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Sous l’empire de la loi nouvelle du 13 février 1997, l’obligation d’approbation et de dépôt au greffe s’applique dans le temps différemment :  si la société à responsabilité limitée (ou SCA,SCS, SEP, SNC) a été constituée après le 1 er mai 1997 date de publication au Bulletin Officiel de la loi du 13 février 1997 et date d’entrée en vigueur de la loi, l’obligation ci-dessus décrite s’applique. Par conséquent, à supposer qu’une société à responsabilité limitée ait été immatriculée le 1er juillet 1997 et que son premier exercice social court du 1er juillet 1997 au 31 décembre 1997, les obligations de la société à responsabilité limitée sont les suivantes : Au plus tard le 30 mars 1998 : dépôt des états de synthèse auprès de l’administration fiscale, Au plus tard le 30 juin 1998 : tenue de l’assemblée générale ordinaire pour l’approbation des comptes clos le 31/12/1997, Au plus tard le 30 juillet 1998 (30 jours à compter de la date de l’assemblée générale ordinaire qui a approuvé les états de synthèse) : dépôt des états de synthèse au greffe du tribunal de commerce.

Le rapport du commissaire aux comptes n’est obligatoire que si la société réalise un chiffre d’affaires supérieur à 50 millions de dirhams. Si tel est le cas il faudra le joindre aux états de synthèse.  si la société à responsabilité limitée a été constituée avant le 1er mai 1997, les obligations d’approbation et de dépôt dans les délais réglementaires s’appliqueront plus tard, à compter de la mise en harmonie des statuts de la société, laquelle doit intervenir avant le 31/12/1998. Par conséquent, à supposer qu’une société à responsabilité, constituée en 1996 et dont l’exercice social court du 1er janvier au 31 décembre, mette ses statuts en harmonie avec la loi suivant une assemblée générale extraordinaire tenue le 1er septembre 1998, les conséquences sont les suivantes : La loi du 13 février 1997, entrée en vigueur le 1er mai 1997, s’applique aux associés à compter du 1er septembre 1998, date de l’assemblée générale extraordinaire. La société devra donc respecter l’échéancier suivant : Au plus tard le 30 mars 1999 : dépôt des états de synthèse auprès de l’administration fiscale, Au plus tard le 30 juin 1999 : tenue de l’assemblée générale ordinaire pour l’approbation des comptes clos au 31/12/1998, Au plus tard le 30 juillet 1999 (30 jours à compter de la date de l’assemblée générale ordinaire qui a approuvé les états de synthèse) : dépôt des états de synthèse et du rapport du commissaire aux comptes pour l’exercice 1998 auprès du greffe du tribunal de commerce.

Mais la véritable nouveauté que doit connaître tout dirigeant réside dans les sanctions pénales et civiles applicables en cas de violation des obligations d’établissement des états de synthèse et de dépôt au greffe du Tribunal de Commerce.

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3 – Les sanctions en cas de non respect des obligations d’établissement des états de synthèse et de leur dépôt au greffe On doit distinguer deux sources de sanctions. La première source de sanctions émane des loi du 30 août 1996 et loi du 13 février 1991) ; les sanctions sont civiles et pénales. La deuxième source de sanctions émane du livre V de la loi du 1er août 1996 formant code de code de commerce qui prévoit des sanctions pénales à l’encontre des dirigeants de sociétés en cessation de paiement dans lesquelles des irrégularités comptables ont été constatées. 3.1. Les sanctions énoncées par le nouveau droit des sociétés Tant la loi relative aux sociétés anonymes que la loi relative aux autres sociétés commerciales édictent des sanctions civiles et pénales. 3.1.1. Les sanctions civiles Les principes gouvernant les sanctions civiles applicables aux dirigeants sont identiques pour les dirigeants des SA et des SARL et autres sociétés commerciales. Rappelons en effet que les administrateurs, les membres du directoire ou du conseil de surveillance pour les sociétés anonymes, et les gérants pour les sociétés à responsabilité limitée et autres sociétés commerciales, sont responsables, individuellement ou solidairement selon le cas, envers la société ou envers les tiers, soit des infractions aux dispositions législatives ou réglementaires applicables aux sociétés, soit des violations des statuts, soit des fautes dans leur gestion. L’absence de publication des états de synthèse, qui constitue une infraction aux dispositions législatives, peut porter préjudice à un intéressé. Par exemple, certains créanciers ou clients peuvent, de fait, estimer que le dirigeant leur a porté préjudice en leur dissimulant les comptes pour pouvoir continuer son activité. Sa responsabilité civile peut alors être engagée, et il risque d’être contraint d’indemniser personnellement ces tiers. Par ailleurs, les actionnaires ou les associés peuvent également demander aux administrateurs, aux membres du directoire ou du conseil de surveillance ou au(x) gérant(s) la réparation du préjudice qu'ils ont subi personnellement en raison des mêmes faits. Dans ce cas, ils peuvent donner à l'un ou plusieurs d'entre eux le mandat d'agir en leur nom devant le tribunal de commerce. 3.1.2. Les sanctions pénales Contrairement aux sanctions civiles, les sanctions pénales, qui consistent exclusivement en des amendes, contrastent fortement selon la forme de la société adoptée. Par ailleurs, on notera que contrairement aux dispositions fiscales, l’amende pénale est due par le dirigeant lui-même et sur ses propres deniers. Gare à celui qui ferait supporter l’amende par la société, s’exposant ainsi aux sanctions plus sévères qui répriment l’abus de biens sociaux !

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❑ Les sanctions pénales applicables aux dirigeants de SA L’article 386 de la loi 17 / 95 prévoit une amende de 40.000 à 400.000 dirhams, à l’encontre des membres des organes d'administration, de direction ou de gestion d'une société anonyme : qui n'auront pas, pour chaque exercice, dressé l'inventaire, établi des états de synthèse et un rapport de gestion ; qui n'auront pas déposé au greffe du tribunal, dans le délai prévu à l'article 158 (30 jours à compter de l’assemblée générale annuelle ayant approuvé les comptes), les états de synthèse et le rapport des commissaires aux comptes.

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 Les sanctions pénales applicables aux dirigeants de SARL, SNC, SCS, SCA et SEP. La loi 5/96 relative aux sociétés commerciales autres que les SA contient deux articles sur les sanctions applicables qu’il convient de distinguer : Sanction du non établissement des états de synthèse : L’article 109 prévoit une amende de 2.000 à 40.000 dirhams à l’encontre des gérants qui n'auront pas, pour chaque exercice, dressé l'inventaire, établi les états de synthèse et un rapport de gestion. Sanctions de la non approbation des états de synthèse dans les délais réglementaires L’article 110 de la loi prévoit par ailleurs une amende de 2.000 à 20.000 dirhams à l’encontre des gérants qui n’auront pas procédé à la réunion de l’assemblée des associés dans les six mois de la clôture de l’exercice ou qui n’auront pas soumis à l’approbation de ladite assemblée ou de l’associé unique (de la SARL) l’inventaire, les états de synthèse et le rapport de gestion. Sanctions du non dépôt au greffe des états de synthèse L’article 95 prévoit que les sociétés commerciales (SARL, SNC, SCA, SCS, SEP) sont tenues de déposer au greffe du tribunal, dans les trente jours qui suivent leur approbation par l’assemblée générale, deux exemplaires des états de synthèse accompagnés d’une copie du rapport du ou des commissaires aux comptes, le cas échéant. L’article 110 complète cette disposition en précisant que les dirigeants qui n’auront pas procédé dans les délais légaux à un ou plusieurs dépôts des pièces ou actes au greffe du tribunal ou qui n’auront pas procédé à une ou plusieurs formalités de publicité prévues dans la présente loi ( et donc celle prévue par l’article 95) s’exposent à une amende de 10.000 à 50.000 dirhams. Il nous faut tenter d'expliquer pourquoi un dirigeant de SARL, qui omettra de déposer les états de synthèse de la société risquera une amende de 50.000 dirhams, alors que le dirigeant de SA, pour les mêmes faits, risque de se voir infliger une amende pouvant atteindre 400.000 dirhams.

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Les SARL sont des sociétés où la considération de la personne associée est plus forte que dans les SA. En effet, les capitaux ne sont pas initialement investis pour réaliser un placement financier mais plutôt pour participer à une entreprise commune. Dans le droit fil de cette constatation on peut dire que la possibilité d'être informé sur la marche de l'entreprise est donc facilitée. En revanche, les actionnaires de sociétés de capitaux sont censés ne pas forcément se connaître, la société étant un outil d'investissement. L'information financière à destination des tiers et des actionnaires est donc importante voire stratégique dans les SA faisant appel public à l'épargne, puisque toute information est susceptible d’influencer les cours de bourse. On peut y voir alors une des raisons qui expliquent un tel contraste pénal.

3.2. Les sanctions énoncées par le code de commerce Le code de commerce contient dans son livre V un arsenal juridique qui peut s’avérer redoutable si, à l’occasion de la constatation de la cessation de paiement d’une entreprise, il s’avère que la tenue de la comptabilité n’a pas été effectuée conformément aux prescriptions légales. En effet, le non établissement des états de synthèse et leur non dépôt au greffe du tribunal pourrait, dans certains cas, avoir de graves conséquences. Il faut ici rappeler que ces sanctions sont exclusivement pénales et visent : Le dirigeant d’une société commerciale, qu’il soit dirigeant de fait ou de droit. Tout commerçant ;

Il est à préciser que le nouveau code de commerce a élargi le champ de la commercialité, d’une part, et qu’une personne n’ayant pas le statut de commerçant peut se voir appliquer les règles commerciales à titre de sanctions si elle a accompli des actes de commerce, en dépit des interdictions pesant sur elle, d’autre part. Or, les sanctions applicables à un chef d’entreprise (qu’il soit à la tête d’une société ou à la tête d’un fonds de commerce quel qu’il soit) sont des sanctions pénales lourdes. En particulier la loi sanctionne, dans le contexte précis de l’ouverture d’une procédure de redressement ou de liquidation judiciaire à l’encontre de l’entreprise individuelle ou sous forme de société, le fait pour un dirigeant de ne pas avoir tenue une comptabilité conforme aux règles légales ou d’avoir dissimulé tout ou partie de l'actif social. Ces mêmes faits peuvent être sanctionnés par : L’action en comblement de passif : cette sanction consiste à poursuivre le dirigeant sur son patrimoine s’il s’avère qu’il a commis des fautes de gestion ayant contribué à l’insuffisance d’actif, le redressement judiciaire du dirigeant lui-même, la déchéance commerciale : cette sanction grave emporte interdiction de gérer une entreprise pendant une durée minimale de cinq ans,

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la banqueroute : cette sanction consiste en une peine d’emprisonnement allant de 1 à 5 ans et d’une amende de 10.000 dh à 100.000 dh, ces deux peines pouvant se cumuler.

Aux vues de ces sanctions spécifiques du code de commerce on comprend que le législateur a eu la volonté de sanctionner les infractions graves relatives à l'obligation de tenir une comptabilité régulière ; cependant on ne retrouve pas dans le texte du code de commerce de dispositions venant sanctionner expressément le défaut de dépôt au greffe du Tribunal de Commerce, des états de synthèse. Pourtant la non publication volontaire des comptes sociaux ne peut-elle être considérée comme une dissimulation de l’actif ? L’œuvre de la jurisprudence sera ici primordiale. A titre d’illustration, la jurisprudence française considère qu’un dirigeant peut être tenu de combler les passifs constitués sur la période durant laquelle il a pu poursuivre son activité en ne publiant pas volontairement ses comptes. CONCLUSION Le législateur marocain à prévu la possibilité pour le tribunal de commerce de se saisir d’office ou, à la requête du Procureur du Roi, d’un dossier d’une société en situation de cessation de paiement pour l’obliger à respecter la procédure de redressement judiciaire qui lui est applicable. Or, cette faculté ne peut s’exercer que si le tribunal possède des informations sur ladite société. Cette information est désormais disponible avec la publicité obligatoire généralisée à l’ensemble des sociétés commerciales. En France, les tribunaux de commerce ont mis en place un système informatique de relance pour recenser les entreprises qui n’ont pas respecté leur obligation de dépôt et les rappeler à l’ordre. Une liste des entreprises qui n’ont pas répondu est établie chaque année par le greffe et envoyée au Procureur de la République. On peut s’interroger quant à la mise en place d'une pareille procédure au Maroc. Si une telle pratique se développait, le tribunal de commerce renforcera son contrôle sur les sociétés et pourra par là rendre plus contraignante et donc plus efficace la formalité de dépôt.

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