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Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II de Rabat Conseil Inter universitaire de la Communauté Française

Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II de Rabat

Conseil Inter universitaire de la Communauté Française

Faculté Universitaire des Sciences Agronomiques de Gembloux

Projet d’initiative propre :Ecobilans appliqués à l’agriculture et Formation de Conseillers agricoles en environnement au Maroc (EFCA-PIP)

Composante : IAV Hassan II Rabat Elaboration d’un modèle d’écobilan pour l’évaluation environnementale de
Composante : IAV Hassan II Rabat
Elaboration d’un modèle d’écobilan pour l’évaluation
environnementale de l’agriculture irriguée au Maroc
Cas du périmètre irrigué de Tadla
Rapport de prestation d’expertise sur le thème
Rapport de prestation d’expertise sur le thème

BESOINS EN EAU DES CULTURES DANS LE PERIMETRE DU TADLA

BESOINS EN EAU DES CULTURES DANS LE PERIMETRE DU TADLA Janvier 2004 Par Pr. Kamal BELABBES

Janvier 2004

Par

Pr. Kamal BELABBES

Département GENIE RURAL IAV Hassan II – Rabat k.belabbes@iav.ac.ma

Tables des matières

LISTE DES TABLEAUX

3

LISTE DES FIGURES

3

PREAMBULE

4

1. OBJECTIFS SPECIFIQUES DE L’ETUDE

4

2. PRESENTATION DU PERIMETRE DU TADLA

5

21. CONTEXTE GEOGRAPHIQUE ET EDAPHIQUE

5

22. RESSOURCES EN EAU

7

23. AGRICULTURE IRRIGUEE DANS LE TADLA

8

231. Utilisation des terres

8

232. Structure foncière

8

233. Mise en valeur

9

234. Techniques d’irrigation

10

3. METHODOLOGIE ADOPTEE POUR L'ETUDE

11

31. DETERMINATION DES BESOINS EN EAU

11

32. BESOINS EN EAU D'IRRIGATION

12

33. ANALYSE FREQUENTIELLE DE LA PLUVIOMETRIE

13

34. COEFFICIENTS CULTURAUX

13

35. SOURCE DES DONNEES METEOROLOGIQUES

13

4. BESOINS EN EAU D’IRRIGATION DANS LE TADLA

14

41. EVAPOTRANSPIRATION DE REFERENCE

14

42. PLUVIOMETRIE DANS LE TADLA

14

43. BESOINS EN EAU DIRRIGATION

16

CONCLUSIONS

20

REFERENCES BIBLIOGRAPHIQUES

21

ANNEXES

22

Liste des tableaux

Tableau 1 :

Utilisation des terres dans le périmètre du Tadla ………………………

8

Tableau 2 :

Taille de l'exploitation agricole dans le périmètre irrigué du Tadla … …

9

Tableau 3 :

Besoins en eau d’irrigation (mm) en année normale dans le Tadla

…….17

Tableau 4 :

Besoins en eau d’irrigation (mm) en année quinquennale humide ……

18

Tableau 5 :

Besoins en eau d’irrigation (mm) en année quinquennale sèche ………. 19

Liste des figures

Figure 1 :

Evolution des superficies des différentes cultures dans le Tadla ………

5

Figure 2 :

Situation du périmètre irrigué du Tadla …………………………………. 6

Figure 3 :

Variabilité des précipitations mensuelles dans le Tadla ………………

7

Figure 4 :

Evolution des superficies des différentes cultures dans le Tadla ………

10

Figure 5 :

Evolution de ETo décadaires dans le Tadla ……………………………. 14

Figure 6 :

Pluviométrie moyenne mensuelle à la station …………………………

15

Préambule

La présente étude est réalisée dans le cadre du projet commun « Ecobilan et formation des conseillers agricoles en environnement » coordonné par la Faculté Universitaire des Sciences Agronomiques de Gembloux (FISAG), L’Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II (IAV HII) et l’Ecole Nationale d’Agriculture de Mekhnès (ENA). Ce projet à pour finalité de contribuer à la mise en œuvre de moyens opérationnels pour la conservation des ressources naturelles en agriculture, dans les régions de Meknès-Tafilalet et du Tadla.

Le présent rapport a pour objet de contribuer à l'étude des besoins en eau d'irrigation des principales cultures conduites dans le grand périmètre irrigué du Tadla.

La connaissance de ces besoins et leur ventilation sur le cycle des différentes cultures est indispensable pour approcher les flux d'eau à l'échelle de l'exploitation. En effet, en condition de bonne disponibilité en eau, l'allocation d'eau par l'Office Régional de Mise en Valeur Agricole du Tadla (ORMVAT) permet généralement de conduire les cultures dans de bonnes conditions hydriques et satisfait les besoins en eau d'irrigation des différents assolements. Leur estimation permet alors une appréciation des apports d’eau nets opérés au niveau de l’exploitation. Compte tenu de la forte variabilité des apports pluviométriques, l'analyse des besoins en eau d'irrigation est basée sur une analyse fréquentielle qui permettra de les déterminer pour trois fréquences : l'année normale, la quinquennale sèche et la quinquennale humide.

1. Objectifs spécifiques de l’étude

La présente étude a pour objectifs spécifiques :

Caractérisation de la demande climatique du contexte du Tadla à travers l’évapotranspiration de référence ETo ;

Procéder à une analyse fréquentielle de la pluviométrie; et

Déduire les besoins en eau d'irrigation mensuels pour les principales cultures dans le Tadla pour trois niveaux de probabilités : année normale, quinquennale humide et quinquennale sèche.

Dans une première, nous présentons le contexte géographique et pédoclimatique du périmètre du Tadla, ses potentialités et quelques aspects de l’agriculture irriguée.

2. Présentation du périmètre du Tadla

21. Contexte géographique et édaphique

La plaine du Tadla est une dépression de 100 Km de long sur 40 Km de large située dans le centre du Pays (Figure 2) et s’étend sur les provinces de Béni Mellal et d´Azilal, couvrant une vingtaine de communes rurales, sur une superficie totale de 325.100 ha. La superficie agricole utile est d’environ 259 600 ha.

La topographie de la plaine du Tadla est régulière avec des pentes très faibles. L’altitude est comprise entre 400 et 500. La plaine est dominée au sud-est par les montagnes du Moyen Atlas et limitée au nord par le plateau des phosphates.

Les sols dans la partie aménagée de la plaine sont généralement favorables à la mise en valeur agricole sous irrigation en raison de leur profondeur et de leur texture équilibrée ; mais ils sont pauvres en matières organiques dont la teneur se situe à 1,7% en moyenne.

Le climat est du type aride à semi-aride avec une température moyennes annuelle de 19°C (maximum 38ºC en août et minimum 3,5ºC en janvier). La moyenne annuelle des précipitations est de 240 mm sur la période 1996-2002 qui est caractérisé par la sécheresse. La moyenne de la période 1951-2000 est de 368 mm. Les précipitations annuelles connaissent une forte variabilité entre 130 mm et 600 mm.

L’évolution des précipitations annuelles durant la période 1963-2003 est illustrée dans le graphique de la figure 1 ci-dessous.

est illustrée dans le graphique de la figure 1 ci-dessous. Figure 1 : Evolution des superficies

Figure 1 : Evolution des superficies des différentes cultures dans le Tadla (Source : ORMVAT)

Les pluies surviennent en majeure partie durant la période de novembre à avril. On note une forte variabilité des précipitations mensuelles comme le montre le graphique de la figure 3.

Figure 2 : Situation du périmètre irrigué du Tadla 6

Figure 2 : Situation du périmètre irrigué du Tadla

Figure 3 : Variabilité des précipitations me nsuelles dans le Tadla (Période 1996-2002) (Source :

Figure 3 : Variabilité des précipitations mensuelles dans le Tadla (Période 1996-2002) (Source : Station CRAT - ORMVAT)

L’évapotranspiration de référence annuelle, ETo, calculée par la formule de Penman-Monteith

pour la période 1997-2002, 1283 mm/an).

est en moyenne de 1 200 mm/an (minimum 1127 mm/an et max

La plaine du Tadla est généralement classée dans l’étage bioclimatique aride avec une saison humide de novembre à mars et une saison sèche d’avril à octobre. Le déficit climatique (ETo- pluie) atteint en moyenne 200 mm durant le mois de juillet qui représente le mois de pointe pour les besoins en eau des cultures.

22. Ressources en eau

Les ressources en eau de la plaine du Tadla sont principalement de deux origines : eaux de surface et eaux souterraines. Les eaux de surface proviennent essentiellement de l’oued Oum Er-Rbia. Avant la mise en service du barrage El Hansali en 2001, L’Oued Oum Er-Rbia avait un débit moyen de 35 m 3 /s (variant de 1700 m 3 /s en période de crue à 10 m 3 /s à l’étiage). Son affluent Oued El Abid a un débit moyen de 32 m 3 /s (Variant de 10 à 77 m3/s). La mobilisation des eaux est assurée par :

Barrage Bin El Ouidane de capacité 1 300 Mm 3 et un volume régularisé de 945 Mm 3 , sur l’Oued Abid ;

Barrage El Hansali de capacité 740 Mm3 et un volume régularisé de 473 Mm 3 , sur l’Oum Er-Rbia et

Barrage de dérivation de Kasba Tadla sur l’Oum Er-Rbia

Le périmètre du Tadla est composé de deux sous-périmètres : périmètre Beni Moussa alimenté par le barrage Ibn El Ouidane et le périmètre Beni Amir alimenté à partir du barrage El Hansali et le barrage de dérivation Kasba Tadla. Compte tenu de la dépendance de ces ressources de l’hydrologie de l’année, les disponibilités en eau de surface sont limitées pendant les années de sécheresse.

Les eaux souterraines sont constituées de deux types de nappes : la nappe phréatique d’accompagnement de l’Oued Oum Er-Rbia avec un potentiel mobilisable important estimé à

540 Mm 3 /an ; d’une part, et les nappes profondes (nappe de l’Eocène et la nappe du Turonien) d’autre part. La nappe du Turonien est la plus importante du Tadla avec un volume mobilisable

de l’ordre de 50 milliards de m 3.

Actuellement, on estime que 30 à 40% des besoins en eau dans le périmètre sont couverts à partir des puits de surface estimé à 9 000 unités. En 2001, l’ORMVA du Tadla a recensé 900 forages.

23. Agriculture irriguée dans le Tadla

231. Utilisation des terres

La zone d’action de l’ORMVA du Tadla couvre une superficie de plus de 325 000 ha dont la superficie agricole utile (SAU) représente environ 80%. Les périmètres de grande hydraulique (périmètres modernes alimentés à partir des barrages) représentent seulement 37% de la SAU. La petite et moyenne hydraulique (périmètre traditionnels localisés dans le piedmont du moyen atlas) ne représente que 3,5% de la SAU. Le tableau 1 ci-dessous présente l'utilisation des terres dans la plaine du Tadla.

Utilisation des terres

Superficie (ha)

Superficie agricole utile Grande Hydraulique Petite et Moyenne Hydraulique (PMH) Pompage privé Pivots (privé) Bour cultivable

259 600

96

900

9

100

14

000

4

600

135 000

Domaine forestier

10

325

Parcours

38

950

Incultes

16

220

Tableau 1 : Utilisation des terres dans le périmètre du Tadla

(Source : ORMVAT,2003)

232. Structure foncière

Le périmètre irrigué du Tadla compte environ 27 000 exploitations agricoles. Le statut « melk » qui correspond à un régime de propriété privé représente 91% de ces exploitations. Le reste est constitué par le statut collectif ou le domaine de l’état. Le mode de faire valoir direct est le plus répandu avec environ 89% des exploitations.

A l’instar des autres périmètres irrigués Marocains, le périmètre du Tadla se caractérise par un

très grand morcellement. La taille des exploitations est caractérisée par la dominance des petites

exploitations : 82% des exploitations en irrigué ont moins de 5 ha, représentant 41% de la

superficie irriguée, dont 47% ont moins de 2 ha. Les exploitations de plus de 20 ha ne représentent que 3% en nombre mais détiennent 34% de la superficie totale irriguée.

Le tableau 2 présente la structure de taille de l'exploitation agricole dans le périmètre irrigué du Tadla.

Taille d'exploitation (ha)

% de la superficie totale

% du nombre total d'exploitations

< 5

34

82

5 - 10

18

11

10 – 20

14

4

> 20

34

3

Tableau 2 : Taille de l'exploitation agricole dans le périmètre irrigué du Tadla

(Source : ORMVAT,2003)

233. Mise en valeur

Le périmètre de grande hydraulique du Tadla est constitué de deux sous-périmètres d’irrigation indépendants :

Le périmètre des Béni Amir : d’une superficie de 28.000 ha alimenté du barrage El Hansali et du barrage de dérivation Kasbah Tadla.

Le périmètre des Béni Moussa : d’une superficie de 69.500 ha, irrigué par le barrage Bin El Ouidane.

L’assolement en irrigué est dominé par les céréales (38%), les fourrages (17%), l’arboriculture (20%), la betterave à sucre (13%) et les cultures maraîchères (12%). La culture du coton qui occupait plus 10 000 ha en 1983-1984 n’est plus pratiquée dans le Tadla.

Le graphique de la figure 4 présente les évolutions des superficies des principales cultures dans les périmètres de grande hydraulique dans le Tadla.

Figure 4 : Evolution des superficies de s différentes cultures dans le Tadla (Source :

Figure 4 : Evolution des superficies des différentes cultures dans le Tadla

(Source : ORMVAT, 2003)

L’analyse des ces évolutions permet de relever que la betterave à sucre, principale culture industrielle, est en nette régression : sa superficie cultivée a été réduite de moitié (d’environ 20000 ha entre 1986 et 1991 à 11 000 aujourd'hui). Néanmoins, cette réduction des superficies a été partiellement compensée par une amélioration des rendements. Toutefois, cette culture est incontournable, du fait de la présence dans la région de trois sucreries nécessitant une production minimum pour rentabiliser leurs installations.

Les superficies emblavées en céréales restent stables malgré quelques fluctuations interannuelles. La luzerne constitue la principale culture fourragère dans le périmètre. La culture de la luzerne a permis une forte augmentation de 1'élevage orienté vers la production laitière (185 millions de litres en 2001/2002, soit 16% de la production nationale) En 2002, le cheptel bovin compte 165 000 têtes, alors que le cheptel ovin s'élevait à 358 000 têtes. La région est également caractérisée par la production de viandes rouges.

Les superficies occupées par les agrumes et l’olivier restent globalement stables. Un grand effort est déployé par l’ORMVA du Tadla afin de maintenir le potentiel de production de ces deux spéculations.

234. Techniques d’irrigation

L'irrigation gravitaire est le mode le plus répandu dans le périmètre irrigué du Tadla. On estime que plus de 98% de la superficie de la grande hydraulique est irriguée par une technique traditionnelle d'irrigation appelée "Robta" qui représente environ 90% des superficies irriguées en grande hydraulique. C'est une technique traditionnelle de montagne qui a été adaptée aux zones irriguées de la plaine en raison du mauvais état de nivellement dans parcelles. La parcelle est découpée en plusieurs petits bassins élémentaires (ou média) dont les dimensions moyennes sont de 40 m 2 . Ces bassins sont alimentés par des canaux (seguias) de distribution en terre qui sont alimentés à partir d'une seguia mère qui est alimentée à son tour à travers une brèche opérée sur le canal arroseur. Des mesures d'efficience ont montré que ce système conduit

à des pertes d'eau d'environ 50% au niveau de la parcelle (Projet SID, Coopération Maroco- Belge).

Dans le cadre de la politique de l’état pour la promotion de techniques modernes d’irrigation, l’irrigation localisée connaît un développement constant. La superficie équipée en irrigation localisée a atteint 3 208 ha en 2003, dont 96% concernent l'arboriculture fruitière, notamment les agrumes qui représentent 86% de la superficie irriguée en localisée.

L'irrigation par aspersion connaît un faible développement. Quelques grandes exploitations se sont équipées en système canon enrouleur avec pompage privé.

3. Méthodologie adoptée pour l'étude

31. Détermination des besoins en eau

Les travaux réalisés depuis plusieurs décennies jusqu'à nos jours sur la détermination des besoins en eau des cultures, s'orientent essentiellement, soit vers des approches expérimentales, soit vers le calcul des besoins en utilisant des formules empiriques. En ce qui concerne les méthodes de détermination directe des besoins en eau des cultures à la parcelle on peut citer :

La méthode du bilan hydrique : l'évapotranspiration réelle (ETR) ou évapotranspiration maximale (ETM) de la culture est déterminée en mesurant la variation du stock d'eau dans le profil de sol prospecté par les racines (par gravimétrie, sonde à neutron ou Time Domaine Reflectometry-TDR) et d'éventuels apports d'eau (pluviométrie, irrigation remontées capillaires) ou pertes par drainage. Elle présente l'avantage d'être facile à mettre en œuvre. Cependant, certains termes sont souvent difficiles à approcher avec précision et notamment le drainage.

Les méthodes microclimatiques basées sur le bilan d'énergie de la surface du couvert végétal. Leur mise en œuvre nécessite toutefois un équipement très sophistiqué et coûteux.

La méthode lysimètrique : le lysimètres à drainage ou pesable permet d'approcher l'ETM de la culture qui y est installée par bilan hydrique de la cuve ou mesure de la variation de poids de celle -ci. Se sont des dispositifs lourds à installer et à gérer. Ils restent cependant les plus généralement utilisés dans les stations de recherche ou d'expérimentation hydroaricole.

Parmi les méthodes indirectes, l’approche climatique est généralement la plus utilisée. Elle est basée sur le modèle :

ETM = Kc x ETo

Avec :

ETo :

évapotranspiration de référence (anciennement et abusivement appelée

Kc :

évapotranspiration potentielle, ETP !) exprimée en mm/jour Coefficient cultural qui dépend de l'espèce végétale et de son stade de croissance et développement.

ETo est définie par la consommation d’un couvert étendu de gazon, régulièrement coupé et conduit dans les meilleures conditions de fertilisation et d’alimentation hydrique. Devant la difficulté de respecter ces conditions "standards", différentes formules ont été développées

reliant l’ETo et des facteurs climatiques. On dénombre ainsi une multitude de formules avec des

etc. On distingue au

degrés d’empirisme variable : Penman, Blaney-Criddle, Hargreaves, Turc

moins une formule pour chaque pays et souvent des formules différentes en fonction des disciplines. On peut également relever pour la même formule des résultats différents suivant la

procédure adoptée.

La formule de Penman-Monteith se distingue parmi ces différentes formules par son origine théorique dérivée du bilan des flux énergétiques à la surface du couvert végétal. Dans un souci de normalisation, la FAO à travers son groupe d’experts, opérant dans différents contextes climatiques, a adapté la formule de Penman-Monteith aux conditions d’un couvert de gazon et propose la formule dérivée comme la nouvelle définition de l’évapotranspiration de référence ou ETo (Allen et al., 1994).

Belabbes et Chati (1996) ont mis en évidence la validité de cette formule dans différents contextes climatiques marocains. Un effort de normalisation à l'échelle du pays a conduit à son utilisation actuellement dans pratiquement tous les périmètres irrigués dont celui du Tadla.

L’annexe A-1 présente la formule de Penman-Monteith FAO.

Par conséquent, la formule de Penman-Monteith a été adoptée pour cette étude. Pour chaque mois ou décade du cycle, les besoins en eau (BEC) de chaque culture, exprimés en hauteur d’eau en millimètres (mm) , sont calculés par l’expression :

BEC

=

période

Kc .ETo

32. Besoins en eau d'irrigation

On définit le besoin net d'irrigation, noté Bn, comme étant le volume d'eau qui devra être apporté par irrigation en complément à la pluviométrie et éventuellement d'autres ressources telles que des remontées capillaires ou une réserve en eau initiale dans le sol. Il s'écrit :

BEC

Bn = BEC Pe R

initiale

: besoins en eau de la culture sur tout son cycle (consommés par évapotranspiration), en mm ou m3/ha.

R initiale : réserve initiale en eau dans le sol en mm ou m3/ha. Généralement considérée négligeable en début de cycle.

Pe

: pluie efficace. Elle représente une fraction de la pluie totale pour tenir compte des pertes par ruissellement, percolation au delà de la zone racinaire ou évaporation à partir de la surface du sol. Elle dépend de la topographie de la parcelle, de l'intensité de la pluie, de la nature su sol, de la demande climatique.

Pour l’estimation de la pluie efficace, Pe, nous avons retenu le modèle proposé par le Service de Conservation du Sol américain (USDA, 1969). Il est détaillé dans le bulletin 25 de la FAO (Dastane, 1974).

33. Analyse fréquentielle de la pluviométrie

L'étude fréquentielle des précipitations vise à définir la probabilité d'occurrence d'une valeur théorique à partir des relevées pluviométriques réalisées sur un nombre d'années assez long (20 ans au moins) en admettant que chaque événement pluvieux prend une valeur indépendante et aléatoire lors de sa réalisation. Cette analyse permettra de déterminer la hauteur de pluie qu'on est sur de dépasser avec une probabilité donnée. Pour les projets d’irrigation, on adopte généralement les probabilités de dépassement de 3 années sur 4 (75%) 4 années sur 5 (80%).

Dans le cadre de cette étude, cette analyse a été réalisée à l'aide du logiciel «Hyfran» (Hydrology Frequency Analysis) développé à l'Université du Québec-Canada (INRS-Eau, 2000). Elle a permis de dégager les hauteurs de pluie selon les probabilités au non dépassement de 80%, caractérisant l'année quinquennale humide, de 50% caractérisant l'année normale et de 20% caractérisant l'année quinquennale sèche.

34. Coefficients culturaux

Rappelons que c'est le coefficient de proportionnalité entre l'évapotranspiration de la culture (ETM) et celle de l'évapotranspiration de référence ETo. Il incorpore les effets de la culture et de son stade végétatif. La culture de référence est supposée active tout au long de l'année et son taux d'évapotranspiration ne dépend que du pouvoir évaporant du milieu environnant, par contre les autres cultures vont avoir des contraintes liées soit à leur âge soit à leur nature soit aux deux à la fois. Dans l’annexe A-2 sont présentés les coefficients culturaux utilisés. Ils sont adaptés de ceux proposés par la FAO (Doorenbos et Kassam, 1987).

35. Source des données météorologiques

Les données météorologiques considérées dans cette étude proviennent de la station Ouled Gnaou (Altitude= 450m, Latitude= 32,3 ° et Longitude= 6,3°) situé dans le périmètre des Béni Moussa, au sein d’une grande station d’expérimentation en hydraulique agricole. Elle est représentative du contexte climatique du périmètre irrigué du Tadla. Elle est équipée depuis 1996 d’une station météorologique automatique.

Les données disponibles à l’échelle journalière sont :

Température et humidité relative de l’air pour la période 1996-2000;

Rayonnement solaire pour la période 1996-2000;

Vitesse du vent pour la période 1996-2000; et

Pluviométrie pour la période 1963-2000.

4. Besoins en eau d’irrigation dans le Tadla

41. Evapotranspiration de référence

Le graphique de la figure 5 présente l’évolution classique de l’évapotranspiration de référence ETo à l’échelle décadaire. On note de faibles valeurs de ETo au cours des mois de janvier et décembre avec une moyenne de 14 mm/décade. Les valeurs les plus élevées sont observées au courant du mois de juillet, avec un maximum de 80 mm/décade. La moyenne journalière du mois de juillet est de 6.5 mm/jour.

moyenne journalière du mois de juillet est de 6.5 mm/jour. Figure 5 : Evolution de ETo

Figure 5 : Evolution de ETo décadaires dans le Tadla (Station Ouled Gnaou, 1996-2000)

Dans l’annexe A-3 figurent les valeurs de ETo moyennes décadaires pour la période 1996-2000 au niveau de la station Ouled Gnaou.

42. Pluviométrie dans le Tadla

L'annexe donne les hauteurs de pluies obtenues à différents niveaux de probabilité au non dépassement. La figure-38 donne un résumé de ces résultats dans la frange qui nous intéresse pour cette étude, c'est à dire l'année quinquennale humide, l'année normale et l'année quinquennale sèche pour les différents mois de l'année.

La figure 6 illustre les hauteurs de pluviométrie mensuelle pour les trois probabilités de non dépassement : année normale, quinquennale humide et quinquennale sèche; à la station Ouled Gnaou pour la période d'observation de 37 ans (1963-2000). L'évolution de la pluviométrie mensuelles met en évidence la forte variabilité inter-annuelle et intra-annuelle des précipitations dans le Tadla. On constate que les périodes les plus pluvieuses se situent entre novembre et avril tandis qu'on n'enregistre que peu ou pas de pluie durant les autres mois de l’année.

Par ailleurs, on peut noter que les mois les moins pluvieux sont également les mois durant lesquels la demande climatique est élevée. Par conséquent, la période de juin à septembre est

souvent une période où les besoins en eau des cultures sont les plus importants et où l’irrigation est indispensable pour les satisfaire.

L'annexe A-4 présente les hauteurs de la pluviométrie mensuelle pour les trois années : normale, humide et sèche à la station Ouled Gnaou pour la période 1963-2000.

à la station Ou led Gnaou pour la période 1963-2000. Figure 6 : Pluviométrie moyenne mensuelle

Figure 6 : Pluviométrie moyenne mensuelle à la station Ouled Gnaou du Tadla (Période 1963-2000)

43. Besoins en eau d’irrigation

Les Tableaux 3 à 5 présentent les besoins en eau d’irrigation pour les principales cultures conduites dans le périmètre irrigué du Tadla.

En année normale, on constate que la période de juin à septembre est la moins pluvieuse et correspond à la période où la demande climatique (ETo) est la plus élevée. Par conséquent, cette période est la plus exigeante en besoin en eau d’irrigation pour les principales cultures, telles que les agrumes, l’olivier, la luzerne, le mais et les cultures maraîchères d’été. Les blés connaissent leur période de pointe en avril mai.

Par ailleurs, on peut relever que pour la quinquennale sèche les besoins en eau d’irrigation sont en moyenne 50% plus élevés que ceux d’une année normale pour la culture de betterave à sucre qui occupe environ 13% de l’assolement du périmètre irrigué. Ce facteur est en moyenne de 20% pour le cas de l’arboriculture (agrumes et olivier) et les cultures maraîchères qui représentent un total de 50% de l’assolement. Les blés ont besoin de 35% plus d’eau en année sèche qu’en année normale.

Ces résultats expliquent en partie le recours de plus en plus de la part des agriculteurs aux ressources en eau souterraines (aquifère et nappes) en complément aux dotations délivrées par l’ORMVA du Tadla.

Des considérations relatives à la qualité de l'eau expliquent également cette situations. Cet aspect fait également l'objet d'une expertise spécifique dans le care de ce projet.

On rappelle qu’actuellement, on estime que 30 à 40% des besoins en eau dans le périmètre sont couverts à partir des puits de surface estimé à 9 000 unités. Par ailleurs, l’ORMVA du Tadla a recensé 900 forages profonds en 2001.

Tableau 3 : Besoins en eau d’irrigation (mm) en année normale dans le Tadla (Données de la Station Ouled Gnaou)

Tableau 3 : Besoins en eau d’irrigation (mm) en année normale dans le Tadla (Données de

Tableau 4 : Besoins en eau d’irrigation (mm) en année quinquennale humide dans le Tadla (Données de la Station Ouled Gnaou)

: Besoins en eau d’irrigation (mm) en année quinquennale humide dans le Tadla (Données de la

Tableau 5 : Besoins en eau d’irrigation (mm) en année quinquennale sèche dans le Tadla (Données de la Station Ouled Gnaou)

: Besoins en eau d’irrigation (mm) en année quinquennale sèche dans le Tadla (Données de la

Conclusions

L'étude des besoins en eau des principales cultures dans le périmètre irrigué du Tadla a permis de mettre en évidence leur grande variabilité aussi bien intra-annuelle qu'inter-annuelle.

Cette variabilité s'explique essentiellement par la grande variabilité de la pluviométrie au cours de la période 1963-2000 qui nous a amené à considérer trois niveaux de probabilité : l'année normale, la quinquennale sèche et la quinquennale humide. L'analyse a montré que les périodes les plus pluvieuses se situent entre novembre et avril tandis qu'on n'enregistre que peu ou pas de pluie durant les autres mois de l’année. Par ailleurs, les mois les moins pluvieux sont également les mois durant lesquels la demande climatique est élevée. Par conséquent, la période de juin à septembre est souvent une période où les besoins en eau des cultures sont les plus importants et où l’irrigation est indispensable pour les satisfaire.

Le calcul des besoins en eau d'irrigation a permis de relever que pour la quinquennale sèche les besoins en eau d’irrigation sont en moyenne 50% plus élevés que ceux de l'année normale pour la culture de betterave à sucre qui occupe environ 13% de l’assolement du périmètre irrigué. Ce facteur est en moyenne de 20% pour le cas de l’arboriculture (agrumes et olivier) et des cultures maraîchères qui représentent un total de 50% de l’assolement. Les blés ont besoin de 35% plus d’eau en année sèche qu’en année normale.

Ces résultats expliquent en partie le recours de plus en plus par les agriculteurs aux ressources en eau souterraines (aquifère et nappes) en complément aux dotations délivrées par l’ORMVA du Tadla à partir des ressources en eau de surface. Des considérations relatives à la qualité de l'eau expliquent également cette situations. Cet aspect important fait également l'objet d'une expertise spécifique dans le care de ce projet.

On estime actuellement que 30 à 40% des besoins en eau dans le périmètre sont couverts à partir des puits de surface estimés à 9 000 unités. Par ailleurs, l’ORMVA du Tadla a recensé 900 forages profonds en 2001.

Dans un contexte où la sécheresse est devenue structurelle, le recours à l'utilisation conjuguée des eaux de surface et des eaux souterraines est devenu également un aspect structurel de l'agriculture irriguée dans le Tadla. Ceci pose la question de la durabilité d'un tel système irrigué.

La présente étude aboutit à des données sur les besoins en eau des cultures qui pourront être intégrées au modèle d'écobilan à l'échelle de l'exploitation afin de comprendre les mécanismes de transfert d'eau et de solutés et d'entrevoir l'évolution du système irrigué dans le Tadla

Références bibliographiques

Allen R.G., Smith M. et Pereira L.S., 1994. Updated reference evapotranspiration definition and calculation procedures. ICID Bulletin, vol.43 (2), 61p.

Belabbes K. et Chati MT., 1996. Nouvelle approche de l'évapotranspiration de référence et possibilités de sa mise en œuvre dans les conditions marocaines. Séminaire national sur le climat et l'agriculture de l' ANACLIM. Agadir, 18-20 avril.

Dastane, 1974. Effective rainfall. Irrigation and drainage paper No. 25. FAO. Rome.

Doorenbos J. et Kassam A.H., 1987. Réponse des rendements à l'eau. Bulletin de l'irrigation et du drainage No. 33. FAO. Rome.

ORMVAT, 2003. Monographie du périmètre irrigué du Tadla.

Annexes

Annexe A-1 : Formule de Penman-Monteith-FAO …………………………………. 23

Annexe A-2 : Coefficients culturaux moyens à utiliser avec ETo Penman-Monteith … 24

Annexe A-3 : Evapotranspiration de référence ETo décadaire à la station Ouled Gnaou dans le Tadla (Période 1996-2000) ……………………

26

Annexe A-4 : Pluviométrie mensuelle à la station Ouled Gnaou dans le Tadla ………. 27 (Période 1963-2000)

Annexe A-1

Formule de Penman-Monteith-FAO

L'évapotranspiration de référence, notée ETo, est définie par l'évapotranspiration d'un couvert végétal "hypothétique" de référence ayant une hauteur de 12 cm, une résistance du couvert de 70 s/m et un albédo de 23 %. Un couvert de gazon se développant activement sur une grande étendue, régulièrement tendu, bien alimenté en eau et indemne de maladie, représente un couvert qui est proche du couvert hypothétique. L'évapotranspiration d'un tel couvert, ou ETo, peut être déterminée par la formule de Penman-Monteith ci-dessous :

900  0408 ∆ Rn + . γ U − e d   e
900
0408 ∆ Rn +
.
γ
U
− e d
 
e a
T + 273
2
ETo =
∆ +
γ 
1 +
034 U
.
2

Avec :

ETo :

Rn :

évapotranspiration de référence journalière rayonnement net (10 6 Joules/m 2 )

(mm/jour)

T :

température moyenne journalière

(°C)

U

2 :

vitesse moyenne journalière du vent mesuré à 2 mètres (m/s)

e a :

pression de vapeur d'eau à la saturation à la température T (kPa)

e d :

pression de vapeur moyenne journalière

(kPa)

:

pente de la courbe de pression saturante à la température T (kPa/°C)

γ

:

constante psychrométrique (kPa/°C)

 

Cette formule est actuellement adoptée par les ORMVA qui disposent de parcs météo complets. Au niveau de l'ORMVA du Gharb, le programme pour son calcul est disponible au niveau du Bureau des Techniques d'irrigation du Département de Gestion des Réseaux.

Annexe A-2

Coefficients culturaux moyens à utiliser avec ETo Penman-Monteith

CULTURE

Kc

Kc

Kc Fin de cycle

Phase initiale

Phase mi-saison

Cultures maraîchères Carottes Laitue Oignon, sec Oignon, vert Betterave de table Tomate Pomme de terre Poivron

0.70

1.00

0.95

0.70

1.05

0.95

0.70

1.05

0.75

0.70

1.00

1.00

0.50

1.05

0.95

0.60

1.15

0.90

0.50

1.15

0.75

0.60

1.05

0.90

Cultures légumineuses Haricot, vert Haricot, sec Pois chiche Arachide Lentille Soja

0.40

1.00

0.90

0.40

1.15

0.35

0.40

1.15

0.35

0.40

1.05

0.60

0.40

1.15

0.30

0.40

1.15

0.5

Cultures cucurbitacées Concombre Melon Pastèque

0.40

1.00

0.75

0.40

1.00

0.75

0.40

1.00

0.75

Cultures industrielles Coton Tournesol Betterave à sucre Canne à sucre Tabac

0.35

1.20

0.70

0.35

1.20

0.40

0.50

1.10

0.70

0.40

1.25

0.75

0.40

1.20

0.85

Fraise

0.40

0.85

0.75

Cultures céréalières Blé Mais, grain Sorgho, grain Riz

0.35

1.10

0.30

0.30

1.20

0.30

0.30

1.00

0.55

1.10

1.20

0.90

Cultures fourragères Luzerne

0.40

1.20

1.15

Après coupe

Avant coupe

Annexe A-2 (Suite)

CULTURE

Kc

Kc

Kc Fin de cycle

Phase initiale

Phase mi-saison

Arbres fruitiers Agrumes, sarclés 70% couverture 50% couverture 20% couverture Agrumes, non sarclés 70% couverture 50% couverture 20% couverture

0.70

0.65

0.70

0.65

0.60

0.65

0.50

0.45

0.55

0.75

0.70

0.75

0.80

0.80

0.80

0.85

0.85

0.85

Avocat, sarclé Pommier, sarclé Pommier, non sarclé Pêcher, abricotier sarclé Pêcher, abricotier non sarclé Olivier Banane, 1 ère année Banane, 2 ème année

0.60

0.85

0.75

0.60

0.95

0.75 *

0.80

1.20

0.85*

0.55

0.90

0.65*

0.80

1.15

0.85*

0.65

0.70

0.70

0.50

1.10

1.10

0.70

1.15

1.10

Vigne (raisin de table)

0.30

0.85

0.45

* Coefficient Kc juste avant la chute des feuilles.

Annexe A-3

Evapotranspiration de référence ETo décadaire à la station

Ouled Gnaou dans le Tadla

(Période 1996-2000)

A-3 Evapotranspiration de référence ETo décadaire à la station Ouled Gnaou dans le Tadla (Période 1996-2000)

Annexe A-4

Pluviométrie mensuelle à la stataion Ouled Gnaou dans le Tadla (Période 1963-2000)

Mois

PLUVIOMETRIE

(mm)

Année humide

Année normale

Année sèche

Janvier

67,30

36,40

13,40

Février

66,80

43,20

19,60

Mars

79,80

44,90

19,00

Avril

84,40

49,60

14,90

Mai

45,60

24,50

3,42

Juin

11,80

3,79

0,00

Juillet

1,76

0,00

0,00

Août

7,32

3,07

0,00

Septembre

16,30

6,46

0,44

Octobre

48,60

26,50

4,41

Novembre

77,20

41,80

17,40

Décembre

84,50

45,30

6,05

Total

591,38

325,52

98,62