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ÉCRIVEZ NOUS ENVOYEZ VOS INFOS Pour le mois de juin 2012 par e-mail : princeroro@gmail.com
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princeroro@gmail.com ATTENTION :

Prochain bouclage autour du 25 mai

ATTENTION : Prochain bouclage autour du 25 mai Mouffe Maube Montagne Mensuel satirique, alterlocaliste,

Mouffe Maube Montagne

Mensuel satirique, alterlocaliste, libre, indépendant, gratuit et sans pube.
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Brigitte Naël, notre lectrice préférée, nous a quittés et nous sommes très tristes au Vantard. Nous célébrerons sa mémoire au comptoir avec ses amis, là où elle avait l'habitude de refaire le monde quotidiennement, pour le débarrasser de tous les abrutis malfaisants. A toi Bribri avec toute notre affection.

N° 26

Mai 2012

Édition Mouffetardienne du "Vantard du Faubourg " Tiré à 1000 exemplaires

du "Vantard du Faubourg " Tiré à 1000 exemplaires LA GALOCHE DE MAI SPECTACLES et CONCERTS

LA GALOCHE DE MAI

Faubourg " Tiré à 1000 exemplaires LA GALOCHE DE MAI SPECTACLES et CONCERTS AU PIANO VACHE,

SPECTACLES et CONCERTS

AU PIANO VACHE, 8 rue Laplace, Tous les lundis de mai RODOLPHE RAFFALLI Bon, je sais, le Vantard parait en retard, c'est pas la peine de vous rappeler que ce mec joue super bien de la gratte, c'est plein chaque lundi et ce n'est pas par hasard

Tous les mercredis soirée gothique avec DJ LIONEL aux manettes. Richard nous la joue neurasthénique, Ben rigole, Benjamin mate et se fait mater et Nikus vous emmerde si vous ne vous tenez pas bien. Le jeudi les corbeaux sont de sortie, il y en a de moins en moins, soyez gentils avec eux, vous avez le droit de leur payer à boire pour qu'ils maintiennent la tradition.

AUX PIPOS 2 rue de l'Ecole Polytechnique 75005, chez Alain Gangneux, tout le monde est triste, la mort de Brigitte nous a tous bouleversés, même le morgon n'a plus le même goût. Les regards un peu embrumés, les habitués du lieu évoquent sa mémoire. On ne se rap- pelle que des bons moments et de son incroyable courage face à cette putain de longue maladie. Adieu Brigitte, on t'aimait bien.

ADIEU BRIGITTE
ADIEU BRIGITTE

LE MOT D'IRÈNE

"En avril, ne te découvre pas d’un fil. " Certes, le vent d’avril était frisquet et la petite laine nécessaire, d’autant que le découvert en banque accentue toujours la sensation de grand froid. Eux, alors, s’étaient tous découverts, exhibés même, à la télé, dans la presse, sur les ondes et les places publiques balayées par des vents mauvais. Ils ont prétendu se mettre à nu, s’en remettre à nous, se livrer corps et âmes à nos voix porteuses d’un ave- nir meilleur. Certains dirent alors que c’était faux. Que sous leurs personnes of- fertes à nos choix s’en cachaient d’autres, les vraies, bien dissimu- lées sous les mots, les mots pour faire plaisir, les mots pour crier en bande, les mots pour faire croire à l’appartenance, à la fraternité. Les mots menteurs, en somme. Peut-être. Mais on s’en est bien foutu. "En mai, fait ce qu’il te plait." On s’est promis de le faire. Le 6 mai. Et on l’a fait.

MOI, MARC DELACOURCELLE, PRÉSIDENT DES AMATEURS DE BON VIN

Moi, président, je me ferai l'ambassadeur du vin français et appor- terai des caisses avec moi partout, pour les offrir et boire des coups avec mes homologues. Moi, président, je classerai le vignoble français au patrimoine na- tional. Moi, président, je créerai une chaîne publique sur le goût et des classes de dégustation pour apprendre aux gens la philosophie du bien manger et du bien boire. Moi, président, j'interdirai les mauvais vins pour protéger la santé de nos concitoyens. Moi, président, j'interdirai le chimique à outrance et mettrai Monsanto avec ses OGM et ses produits à la porte pour protéger nos vignes et nos terroirs. Moi, président, j'établirai une journée nationale pour la fête des bistros puis des dates pour des fêtes de quartier ou de village. Moi, président, je rendrai les associations de voisinage moins puis- santes pour pouvoir rendre un peu de vie et de joie à Paris. Moi, président, je mettrai des transports en commun toute la nuit pour que tous puissent rentrer à la maison sans dommage . Moi, président, je ferai mon conseil des ministres au bistro en dé-

libération avec les piliers de comptoir, en immersion dans la po- pulation. Moi, président, je ferai mes réunions et mes discours un verre à la main. Moi, président, je paierai ma tournée pour fêter cela. Moi, moi, président, je remettrai une tournée. Moi, président, j'interdirai la grêle avant les vendanges Moi, président, je militerai pour avoir un service décent dans les bistros français, moins de garçons mal embouchés et péremptoires qui croient écrire un bouquin de brèves de comptoir, chaque fois qu'ils débitent leurs salades. Moi, président, je ferai des grappes de raisin bleu, blanc, rouge, pour montrer aux enfants que notre drapeau reflète la diversité et la richesse de nos vignobles et je ferai lire les Rubayates d'Omar Khayyam en boucle Moi, euh, moi, près, président, je, je, euh, je ne crois pas, non. Mais si François Hollande passait dans notre quartier, je lui paierais un coup pour causer un peu de tout cela puisqu'il prêche le rassemble- ment, la bonne entente alors pourquoi pas la bonne écoute ! Allez, trynchons ensemble à cet excellent anaphorisant.

DANIEL LAVOIE

"LE PROMENEUR DU 5 ÈME " par Prince Roro

Il y a des actes manqués étranges. J'avais écrit le por- trait de Daniel sur un cahier et comme par hasard, je l'ai égaré. Il resurgira un jour sous les monceaux de papier qui encombrent mon quotidien. Pour faire le portrait d'un poète chanteur, on pourrait mettre bout à bout des vers de ses chansons fétiches, c'est ce que j'avais sans doute fait lors du premier jet :

"Ils s'aiment comme des enfants, tout ça, ça se passe quelque part dans l'espace, sur une boule qui roule dans l'infini". Et puis, il y a une autre façon de faire, se poser la question : "En quoi cet ami est-il unique ? Pourquoi sommes-nous amis ?" Et là, les mots surgissent : un regard tendre sur le monde, malgré les drames et les épreuves que l'exis- tence s'applique à nous infliger. Ce courage souriant, cette volonté de bien faire son métier, un immense talent qu'il cache derrière une facilité apparente. On entend tout cela quand il interprète ses chansons. Il a souvent choisi des textes d'Allain Leprest pour les arra- cher à leur désespoir et les rendre solaires. Récemment, il a enfin publié un recueil de ses poèmes aux Éditions Plaines : Finutilité. "Des textes qui ne pouvaient être chantés" nous dit-il non sans humour, lui qui pourrait chanter le Bottin et le rendre plaisant. DANIEL, LE JARDINIER CELESTE Daniel adore marcher dans Paris, il aime se promener avec des lunettes de vue qui lui mangent le visage et une casquette irlandaise qui lui donne un faux-air de titi parisien, (c'est sa manière à lui de se rendre discret). Il navigue entre Montmartre et le cinquième avec des incursions vers la Bastille et le faubourg St Antoine, le lieu de naissance de notre cher Vantard. Dans le cinquième, cela commence par une visite aux Pipos où tout peut arriver, même de bonnes frites. Quand Danny Bonny est là, nous chantons parfois avec elle, au risque de froisser les susceptibilités des talents

Daniel l'ami du Québec
Daniel l'ami du Québec

locaux, qui s'acharnent à vouloir chanter du Johnny Halliday. Et puis, nous descendons la rue Mouffetard, il regarde attentivement chaque recoin de cette rue, comme pour faire des provisions, avant d'aller culti- ver ses salades et ses tomates : d'excellentes Cœur de Bœuf. Daniel est un jardinier au sens propre et au sens figuré, il trace son sillon. Chaque matin, il écrit un texte ou une chanson, une trace, une graine qui connaîtra la floraison ou se flétrira avant de naître, chaque matin, il embrasse le monde dans sa musique.

ROUSCAILLONS BIGORNE ! par Joseph Stokober

Leçon n° 16 : Un Gandin En argot, il y a trois jolies manières de désigner les freluquets sans vergogne "qui éclaboussent avec leur lusque" – selon le mot de Mac Nab. On les nomme mirliflores, godelureaux, ou gandins. Il va sans dire que les trois termes – dont nos esthètes de lecteurs apprécieront la truculence phonémique – sont éminemment péjoratifs. Sans doute ne pouvait-il en être autrement, à une époque où le parler populaire ne s'était point encore dévirilisé, pour se réduire à la bouillie protéiforme qui constitue, désormais, la novlangue officielle de nos jeunes élites hermaphrodites – mélange de globish, de formules creuses et d'ahanements maniérés. Mirliflores, godelureaux et gandins font figure d'avant-gardes, de précurseurs de ces élites. On trouve des occurrences de “godelureau” – et de son dérivé “goguelureau”, aux scatologiques relents – dès la Renaissance, et ses étymons se retracent jusqu'au Haut Moyen Âge. Quant à son origine géographique, elle demeure incer- taine ; toujours est-il que le vocable connut ses heures de gloire à Paris, notamment sous le Second Empire. Le godelureau, c'est celui qui “gaude”, qui jouit. C'est le fin de race – certes pas encore désargenté – qui glande et qui baise : deux activités fort prosaïques qu'il mâtine d'élégance et enrobe de prétention. Ainsi, le godelureau ne glande pas, il flâne ; il ne baise pas, il conquiert. Le terme de mirliflore tire également ses racines des bords du Tibre : "mille flores", mille-fleurs, en référence aux pestilentielles émanations des gommeux, à l'art combinatoire des essences, ultime champ d'expression de ces pompeux alchimistes. C'est avec une inégalée maestria que le gandin se parfume, se coiffe et s'habille. Si Paris n'est guère plus considérée qu'en tant que “capitale de la mode”, c'est bien grâce à lui. Cet impudent fossoyeur, en trimballant sa carcasse sur nos boulevards, en répandant son fumet dans nos rues, a mis fin à deux millénaires d'Histoire. Dorénavant, Paris ne vivra plus que pour ces priapes de l'Avenue de Gand, qui s'encanaillent désormais du

côté de la Bastille, de Belleville, du Marais, du Canal et de notre vieux Quartier. Ils métastasent la ville, flé- trissent tout ce qu'il y a de sacré pour y installer leur mode nasillarde, leurs ersatz périssables. Débaucheurs débauchés, ils s'acharnent méthodiquement à corrompre les cœurs les plus purs, à les entraîner dans leurs bestiaux sillons. A les rallier à l'anhistorique frénésie de notre temps. Gandins, gommeux, mirliflores, godelureaux : tous tètent goulûment le gros sein stérile de la Grande Fête

postmoderne !

Lorsque les derniers braves prendront les armes, lorsque nous

purgerons Paris en un féroce baroud d'honneur, c'est de nos plus fines lames que nous fouillerons les entrailles de cette engeance !

Mais tout vient à point !

vantard #26 Mai 2012.indd

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GENS DE MOUFFETARD AGNÈS NOTRE CHOU CORRECTRICE Elle a de la famille suisse, alors on

GENS DE MOUFFETARD

AGNÈS NOTRE CHOU CORRECTRICE Elle a de la famille suisse, alors on se moque un peu d'elle pour sa rigueur et son exigence, mais c'est ce dont nous avons le plus besoin au Vantard

Agnès
Agnès

"Alors, j'imagine que c'est pour la veille !" C'est avec cette phrase rituelle que la plus jolie des correctrices nous répond lorsque nous lui envoyons les épreuves du Vantard. Elle a l'air toute fragile, mais ce n'est qu'un air, on ressent les foudres de son caractère audacieux, ironique et bien trempé chaque fois que les mots dépassent la pensée, chaque fois que l'inconvenance l'emporte sur la maladresse.

LÉONARDA L'ITALIE RAYONNANTE

Léonarda est la reine du sifflet et du déguisement. Vous la verrez sur la terrasse des cafés, elle raconte des histoires piquantes sur son existence bien remplie.

Léonarda
Léonarda

"Roro, je te dis, ça change Mouffetard

Elle a travaillé dans la mode, elle en connaît tous les métiers et toutes les ficelles. Si elle vous a à la bonne, vous goûterez sa mer- veilleuse cuisine italienne, et si son petit fils est de passage à Paris, vous la verrez fondre.

"

BÉRÉNICE L'INDUSTRIEUSE

Contraire-

ment à son ami Nico- las, elle est toujours en mouvement, en recherche de nouveaux projets.

Bérénice
Bérénice

Bérénice est étudiante en images, elle filme, prend des photos, apprend à re- garder le monde. Elle possède déjà un regard acéré sur les gens qui l'entourent, les futurs personnages de ses histoires CONNOLLY'S CORNER 12 rue Mirbel avec Oriane, Ian et Neal au bar Dimanche 6 mai JOHN G. MAT- THEWS 19h. Guitare, violon, chant, Blues, Folk, Blue Grass, country.

Dimanche 13 mai :

FAOLAN. Irish Music Une musique envoûtante, des arran- gements à couper le souffle, une voix venue du ciel, des petits Français qui décidément possèdent beaucoup de talent. BÉNÉDICTE LECROART au chant. CÉLINE RIVAUD au violon. PHILIPPE HUNSINGER bouzoukiste souriant (un petit laisser-aller ?) BAPTISTE RIVAUD à la flûte. Que du bonheur sur ta Guiness.

Dimanche 20 mai : OLD TIME BLUEGRASS avec VINCENT BLAIN Le groupe préféré de Serge le Belge. Dimanche 27 mai à partir de 19h. EMMANUEL DELAHAYE (irish bouzouki et mandoline), et MICHEL SKIOTAKIS (flute et Uillean pipes) le duo élastique auquel se joignent régulièrement plusieurs comparses aussi talentueux

ĢA C’EST LE CINQUIÈME

Gil, le philosophe
Gil, le philosophe

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LE CINQUIÈME Gil, le philosophe vantard #26 Mai 2012.indd 2 MON QUARTIER 2, LE PLI DU

MON QUARTIER 2,

LE PLI DU MONDE par le Professeur Larue.

64. Pressés

Dans mon quartier, tout le monde empiète sur l’avenir en marchant d’un pas allègre sur le présent. Au lieu d’admi- rer l’antichambre, de savourer les plaisirs à venir, ils sont déjà dans le lit des souvenirs.

65. Les cons

Dans mon quartier, il n’y a pas d’offre publique d’achat de la connerie ambiante, mais un marché primeur où les impétrants se pressent en rangs d’oignons. Le con s’ex- prime au bar de manière algorithmique, sans en évaluer les risques. Il vocifère dans son verre comme un action-

naire ayant perdu de vue ses sous-jacents. A côté de lui, il

y a toujours un médiateur pour arrondir les angles, et en cuisine, la patronne qui grommelle et compte les points en tournant la soupe du soir.

66. Temps rêvé

Dans mon quartier, le regard des enfants se perd et se retrouve. On se demande ce qu’on fait ici, on déambule

en rêvant, on traverse des déserts en traversant la rue. Il y

a ceux qui se disent qu’ils ne vont nulle part et ceux qui

savent où ils vont, qui accumulent, hiérarchisent et croient finir propriétaires. Dans mon quartier on ne possède rien, on passe de maison en saison comme un rien.

67. Viewpoint

Dans mon quartier, les récits des chroniqueurs, les journaux intimes des puissants, les correspon- dances des commères ont relaté la geste de l’his- toire, mais ils ne parlent jamais de ces endroits secrets, par où vont et viennent les soupirs des morts. Là où les passants s’arrêtent immanqua- blement pour reprendre leur souffle ou une photo, des lieux où les mondes communiquent.

68. Peau blême

Dans mon quartier, quand l’étranger ou l’étran- gère s’assoit à la table d’à côté, lorsque les hommes à la peau blême ouvrent leurs yeux et leurs oreilles et cessent de parler de leurs pro- blèmes d’identité, on peut commencer à croire.

69. Espace utile

Dans mon quartier, le monde n’est pas si ouvert que ça, tout tourne autour de pas grand-chose. Comme partout, l’espace culturel disparaît pro- gressivement au profit de l’espace utile. Mais l’espace résiste, il est habité de fantômes, de fan- tasmes et de passions persistantes qui définissent les relations et les coordonnées de chacun.

JARDINS

De Claude Bureaux

dit Ludovicien l’Egalité Maître jardinier

Bureaux dit Ludovicien l’Egalité Maître jardinier Quand les merles moqueurs sif- flent le temps des cerises,

Quand les merles moqueurs sif- flent le temps des cerises, c'est le moment de partir au-delà du périphérique, nos nouvelles fortifs, de se précipiter chez son marchands de fruits & légumes, le panier sous le bras, pour les croquer sans retenue, ou de les porter en boucles d'oreilles. Douces et acidulées, tendres ou fermes, à jus rouge, toujours rafraîchissantes, les cerises arrivent avec les beaux jours, c'est pour cela que les insurgés de la commune de Paris en 1871, les libertaires de mai 68, comme les indignés d'aujourd'hui ont choisi ce fruit comme symbole de l'espoir et du renouveau. Autrefois étaient cultivées en France plus de soixante variétés de cerises ; loin des "Cœurs de pigeon", des "Burlat" ou des "Napoléon", certaines étaient souvent voisines de la merise ou de la griotte. Malheureuse- ment aujourd'hui sur nos marchés, même auprès des producteurs bio, seulement une dizaine de variétés nous est proposée. Sur la Montagne et l'ilôt Poliveau, je connais quelques cerisiers très productifs, certaines années, à condition que les merles et les moineaux parisiens veuillent bien nous en laisser un peu. Ces arbres résistent tant bien que mal à la pression des requins de l'immobilier. Fragiles, les cerises doivent être dégustées sitôt cueillies. On peut les conserver quelques jours au ré- frigérateur, mais éloignez-les des autres aliments, car elles absorbent facilement les odeurs environnantes. J'ai pu m'indigner, lors des fêtes de fin d'année, de voir certains commerçants de la Mouffe, nous propo- ser, en plein hiver, des cerises qui nous parvenaient par avion, de pays de l'hémisphère sud. N'achetez pas ces fruits vendus à prix d'or, et dont l'empreinte carbone est totalement disproportionnée, vous agirez en faveur de l'environnement et du déve- loppement durable. Redécouvrez la vraie saisonnalité et faites travailler nos producteurs locaux. Nos habitudes de consommation doivent changer Consommez local, redécouvrez la cerise de Montmo- rency : reine pendant plus d'un siècle des halles de Paris. Lorsque celles-ci n'étaient pas encore transfor- mées en fabrique pompidolesque à culture.

encore transfor- mées en fabrique pompidolesque à culture. L'AMOUR DU VIN Par Marc Delacourcelle LE DOMAINE
encore transfor- mées en fabrique pompidolesque à culture. L'AMOUR DU VIN Par Marc Delacourcelle LE DOMAINE
encore transfor- mées en fabrique pompidolesque à culture. L'AMOUR DU VIN Par Marc Delacourcelle LE DOMAINE

L'AMOUR DU VIN Par Marc Delacourcelle LE DOMAINE HENRY Mon pote François est un vi- gneron du Sud, tout proche de Montpellier. C'est un homme curieux qui se livre à des lec- tures d'ouvrages anciens sur sa région. Il est tombé sur des écrits qui soulignaient la ré-

putation de son vignoble au

XVIII e siècle, digne des grands crus actuels. Ces

vins étaient vendus en Europe. Son intérêt piqué au vif, il fit des recherches pour savoir où, quand et comment. Mais voilà, les cépages oubliés de cette époque préphylloxérique se faisaient rares. Aussi se mit-il en chasse de ces raisins perdus à travers

les vignobles. Ainsi retrouva-t-il de l'aspirant noir

Des

variétés guère exploitées, de nos jours connues

sous d'autres appellations telles que : l'olhada, l'aragnan noir, l'ulhat, l'hulliade ou la croque

L'idée de l'époque était de planter tout ensemble et

de les récolter en même temps. Ce qu'il fit.

Drôle d'idée dirons-nous aujourd'hui ! Et pourtant ,

le résultat est surprenant. Déjà, par ces arômes dif- férents venant de ces cépages mais aussi du terroir, qui donnent des notes sauvages de thym, de garri- gue mais aussi de mûre et surtout de cassis. Le plus intéressant est que les raisins plus ou moins tardifs dans leur maturité sont récoltés ensemble. Cela fait qu'il obtient un vin à 12 ou 13 degrés maximum. Pour un vin du Sud, c'est peu. D'où l'intérêt, à l'ère du réchauffement, pour les vignerons un peu

gênés avec des millésimes chauds, ayant du mal à

produire des vins ''de soif''. Trop d'alcool n'invite

pas à se resservir un verre

aujourd'hui dans tous les vignobles, même les plus nordiques. C'est peut-être le moment de revenir à des vins d'assemblage avec des cépages que l'on a oublié parce que peu productifs, peu riches donc apportant peu d'alcool, fragiles ou peu concentrés, qui permettraient de ''diluer'' un peu le vin . C'est une idée à suivre pour l'avenir !!! Sa cuvée ''Mailhol'' est très intéressante. Elle donne un vin riche, sauvage, inhabituel, qui s'arrondit au vieillissement, un vin surprenant et original. C'est une bouteille un peu chère, parce que rare, ( peu de production) et issue de 12 ans de travail et de recherches. Mais cela vaut le coup de découvrir, d'encourager ce genre de démarche. Bravo Fran- çois. Ensemble. TRYNCH!

C'est un souci connu

Fran- çois. Ensemble. TRYNCH! C'est un souci connu Président et gris, de l'œillade noire et grise

Président

et gris, de l'œillade noire et grise également

BISTROLOGIE par Barbara Pascarel

Dans son célèbre cours à l’université de Vin- cennes, Gilles Deleuze se demanda un jour ce que Leibniz, à l’aube du XVIII e siècle, avait à nous dire sur la liberté humaine. La ques- tion se posait ainsi : Vais-je rester travailler dans mon cabinet ou vais-je aller à la taverne ? On pourrait croire que soupeser les raisons de choisir l’option A (je reste travailler) ou B (je vais à la taverne) suffiraient. C’est compter sans des variables subtiles, comme le temps, par exemple, l’inquiétude de savoir que nous nous privons de ce que nous n’avons pas choisi, enfin tout ce qui constitue le tissu de l’âme et ses frémissements. Rien n’empêche l’érudit de continuer à travailler tant qu’il lui plaira à la lueur de la bougie. Tapie derrière mon écran, je pourrais lire les œuvres com- plètes de Tibulle ou de Bergson sur Gallica au rythme d’une page téléchargée toutes les cinq minutes, au risque de tout foutre par la fenêtre en hurlant, d’où interpellation pour tapage nocturne, épuisement nerveux, catastrophe.

BISTROLOGIE

par barbara pascarel suite

Certes, je peux opter pour les bons vieux bouquins et le chu- chotement de la plume sur le papier jusqu’à l’aube. Mais une petite voix me dit que la taverne, elle, va fermer. Le risque de laisser passer l’heure d’y rencontrer quelques vieilles connaissances me taraude. La taverne, le cabaret, comme l’appelle Leibniz, ce n’est pas seulement l’ivresse mais un en- semble de perceptions : la cha- leur humaine, les rires, le bruit des verres et des bouchons, les éclats de voix, dans la fumée des longues pipes. Là-bas gît le tra- vail abandonné, dont on "avoue au contraire qu’il est beaucoup plus excellent que le plaisir de boire ou que le vain babil des débauchés". On regrette le calme de l’atelier, le confort du bon fauteuil et le bruisse- ment des pages. Puis, au gré des vannes de comptoir, au fil des pintes, même le plus lourd pochard assis à la tablée paraî- tra devenir plus léger, et l’on se sentira soudain libre… d’avoir eu raison d’aller à la taverne. En lisant de plus près les Nou- veaux Essais sur l’entendement humain, il apparaît que Gott- fried Leibniz décrit cette incli- nation en la condamnant. Or, ce fort ouvrage consiste, comme tout lecteur du Vantard le sait, en un commentaire de An Essay Concerning Human Understan- ding de John Locke, estimable sujet de sa Majesté, par consé- quent familier des chaleureux pubs d’Oxford dès ses jeunes années. Si bien que ces pages décrivant ce que nous appelle- rons le dilemme de la taverne sont entièrement de la plume du buveur de strong ale et non du polyglotte emperruqué de Leipzig qui se contente de prê- chiprêcher sur l’éloignement de la tentation. Si Locke ne montre nulle complaisance pour ces déplorables penchants, quand il conclut, en citant Ovide, "Je vois le meilleur parti, je l’ap- prouve et je prends le pire", il parle d’expérience. D’autre part, Leibniz est connu pour une prolixité si torrentielle de ses écrits tant en latin qu’en al- lemand et en français, qu’on a estimé que lui-même n’aurait jamais eu le temps de les lire ! Comment aurait-il trouvé celui d’aller picoler avec ses collè- gues ? A l'évidence, le maître de la monade n’était pas un homme de taverne, et sa réfutation de Locke repose sans nul doute sur cette fracture existentielle et (donc ?) bistrologique. Aller à la taverne restera, n’en déplaise à ce pisse-froid de Leibniz, le symbole de l’acte libre — "ce- lui qui exprime l’âme toute entière au moment où elle le fait". Merci m’sieur Deleuze !

OURS :

LE VANTARD™ Édité par LES AMIS DU FAUBOURG, Association loi 1901 37 rue Faidherbe 75011 Paris ISSN 1953-5104 Directeur de la publication : Frédérick Rimbert. Comité de rédaction : Obscur et protéiforme, parfois invisible. Rédac’chef : Prince Roro. Immonde personnage qui est allé se balader en Birmanie plutôt que de remplir son devoir et sortir le Vantard en temps et en heure. Rédac' chef adjoint : JiCé Ditroy l'indétrônable fondateur du Vantard. Rédacteurs : Claude Bureaux, Joseph Stokober, Marc Delacourcelle, Barbara Pascarel, Irène. Dessins : Gérald Quinsat toujours en grande forme, Fmurr et Bridenne Photos : Prince Roro. Corrections : La fantastique Agnès Marty qui répond toujours présent quand on a besoin d'elle, même au dernier moment. Programme : Laissez tomber, on préfère parler des gens. Distribution : depuis que la gauche est passée, on va avoir de plus en plus de mal à le faire travailler le Debaut. Maquette, mise en pages et reprisage du ti tout cuenti : Alix Nissen. Imprimé chez G.P.S. 16 rue Faidherbe 11 ème Toutes les contributions sont bénévoles, et généralement tardives, trop tardives

22/05/12

08:35