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Maxence Layet-L'Energie Secrete de l'Univers 2006

Maxence Layet-L'Energie Secrete de l'Univers 2006

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L'ENERGIE SECRETE DE L'UNIVERS

de Maxence Layet, Collection Le Temps d'Agir, Guy Trédaniel Éditeur, 2006

Saviez-vous que le corps humain rayonne de fréquence radio ? Que les points d'acupuncture se mesurent avec un simple volmètre ? Q'un champ magnétique bien placé fait repousser un os ? Ou qu'un rayon de lumière rouge peut vous soigner une entorse, Que l'on sait communiquer avec un ordinateur à la force de la pensée ? Et que les grincements des séismes s'écoutent par satellite, avec plusieurs jours d'avance ?... Des subtilités du Feng Shui aux armes à impulsions électromagnétiques, des mémoires de l'eau au pouvoir du Qi Gong, du savoir des "sourciers" aux secrets de l'univers quantique, cette grande enquête journalistique passe en revue les découvertes scientifiques les plus récentes et nous invite à la rencontre d'un monde insoupçonné, palpitant, au gré des passerelles reliant la science aux traditions chinoises. Cet incroyable voyage aux frontières de l'énergie, mené tambour battant, riche d'espoirs mais aussi parfois très inquiétant, vous guidera du coeur du Qi aux quatres coins de la France. De la Terre. Et au-delà.

Avant-Propos
Le journaliste que j'ai devant moi est une épure de fougue, taillé au ciseau et au marteau. Robuste et fringant, Maxence Layet m'interroge. Je fais partie des maillons de sa chaîne qui l'emmène dans le cours d'une enquête sur l'énergie, le thème de sa recherche. Nous parlons oligoéléments, médecine chinoise, spin d'électrons et énergie des particules. Ce personnage atypique a un parcours professionnel non moins original. Il a fait ses universités en sociologie et en communication. Passionné d'ethnologie des religions et cultivant le paradoxe des contraires, il relie les cultures occidentales et chamaniques autour des représentations que la réalité virtuelle paraît réunir, puis monte à Paris continuer son parcours par un DESS de relations publiques européennes. C'est là qu'il commence à rédiger ses premiers articles de cyberculture. Cet engouement pour la cyberculture et le virtuel, Maxence le doit à un article paru en 1989 dans le magazine Actuel et signé Patrice Van Eersel, l'auteur du livre Le cinquième rêve.

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Après son DESS, Maxence Layet prend un poste de consultant intranet chez France Télécom afin d'accompagner la mise en place d'un magazine web d'information interne, destiné aux 25000 commerciaux de l'entreprise. Il n'y restera que deux ans et démissionne de cette belle place pour le poste de rédacteur en chef d'un autre magazine web, consacré aux jeux vidéo, chez un groupe de presse en ligne. Période qu'il affectionne particulièrement, avant de rebondir encore lors de l'effondrement de la bulle Internet pour rejoindre une boîte de jeu de rôles. Éclectique et doué d'esprit de synthèse, ce jeune homme alliant des visions du monde ultra traditionnelles à la cybernétique pure et dure entreprend alors des études concrètes de Shiatsu et visite des lieux insolites ou alternatifs comme le congrès sciences Frontières organisé chaque année dans le sud de la France par Jean-Yves Casgha. Il y rencontre Jean-Marie Pelt et Jacques Benveniste. Il y rencontrera aussi Erik Pigani, journaliste à Psychologies magazine, auteur en 1999 de Psi, un livre sur la parapsychologie. Ce dernier comprend la passion qui anime le jeune journaliste d'écrire un livre sur l'Énergie tous azimuts, sur tous ses aspects scientifiques et modernes, des plus prometteurs aux plus terribles, en passant par les énergies de la nature, des orages, des vents, des océans. « Ce qui m'intéresserait, c'est que tu arrives à relier toutes ces informations et toutes les connaissances que tu as sur le sujet de l'énergie avec la notion de Qi de la pensée chinoise, aussi bien médicale, martiale, philosophique, artistique. » Ce défi à la logique, apparemment irréalisable, opère comme un déclic dans l'esprit de Maxence. Il décante l'idée six mois, puis se lance dans la course poursuite de ce projet, avec le souffle d'un héros de thriller, pour nous offrir ce livre L'énergie secrète de l'univers. On le lit comme un roman et on se cultive en même temps sur tout ce que le mot énergie recouvre comme phénomènes et surtout ce que "les énergies" impliquent. L'issue de l'interview se conclut par un accord : Maxence Layet accepte de publier son livre dans notre collection Le Temps d'Agir.

Yves Réquéna, Aix-en-Provence, le 2 mars 2006.

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00-Le Qi en images

Fu Lu : Ce charme assez moderne et toujours utilisé en Chine contient le Soleil, la Lune, les Bagua, le Taiji et la Grande Ourse. Brûlé la veille du Nouvel An chinois, il permet de rééquilibrer les énergies célestes et de les faire entrer dans la maison. Une civilisation entre ciel et terre

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Méridiens : présents chez tous les êtres vivants, ici un cheval, les méridiens se trouvent sur les flancs, la colonne vertébrale, l'extérieur des pattes avant et arrière... Zones que l'animal va spontanément gratter ou lécher. Les voies des dix mille êtres

Effet Kirlian, à droite, l'électro-photographie Kirlian d'une feuille verte. À gauche, des chercheurs sociétiques on refait l'expérience, après avoir découpé la pointe de la feuille. L'effet Kirlian dessine la

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forme de la feuille encore entière. La rémanence se son champ vital ? Une auréole qui impressionne

Khenpo Sonam Tobgyel Rinpoche : Depuis cinq ans, aux Etats-Unis, à travers le Mind & Life Institute et son programme "Meditation & Neurosciences" initié par le Dalaï-lama lui-même, des moines tibétains laissent les chercheurs mesurer leurs ondes cérébrales durant leur moment de recueillement et de compassion. La béatitude, ça s'apprend

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Liu Dong : Initié en Chine, dès l'âge de 5 ans, par son grand-père aux secrets du Qi Gong, Liu Dong se prête, entre la France et les Etats-Unis, à la reconnaissance de cette discipline au travers de nombreuses études médicales et scientifiques. "La pensée guide le Qi"

Projet Conscience Globale : Depuis 1998, un réseau international d'une soixantaine de "roulettes" électroniques génère des chiffres au hasard, au rythme des joies et des peines collectives de la planète. L'analyse de ces données permet de tracer des courbes où peuvent se dessiner des anomalies "statistiquement significatives" par rapport aux lois du hasard. La courbe du 11 septembre 2001, ci deddus en rouge, tend à s'écarter nettement de la ligne de base du

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hasard (représentée ici en bleu) avant le crash des avions ou l'effondrement des tours; Comme si l'écart anticipait l'annonce de l'événement. Projet Conscience Globale

Connectée à Internet via une liaison Wifi, la lampe "Dal" de la société Violet exprime par des changements de couleurs des variations d'informations comme le cours de la Bourse ou la qualité de l'air à Paris, en fonction des options choisies par son propriétaire. Bienvenue dans un monde "pervasif"

En développement depuis 1999, l'idée d'un clavier "immatériel" - à base de lumière projetée - a été presentée en 2003 par l'entreprise californienne Canesta. vitesse de frappe : une cinquantaine de mots à la minute. Lumières virtuelles

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Ce cliché des vibrations de plusieurs atomes de sodium, refroidies à une température proche du zéro absolu, a marqué la naissance en 1999 d'une nouvelle branche de la physique : l'optique atomique nonlinéaire. Une discipline consacrée à l'étude des ondes de matières à l'échelle des atomes. Vertiges du quantique

Le spectre des rayonnements électromagnétiques non ionisants comprend des basses fréquences (BF) jusqu'à 10 kHz et des hautes fréquences (HF), de 10 kHz à 300 Ghz, qui incluent les radiofréquences (RF) et les hyperfréquences. Viennent ensuite les rayonnements optiques : infra-rouges (IR), lumière visible et ultra-violets (UV). Puis enfin la gamme des rayonnements ionisants. Le grand méchant spectre

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HAARP : Le High frequency Active Auroral Research Program contiendra à terme un quadrillage de 180 antennes. Construit en Alaska, cet émetteur radio appartenant à l'armée américaine est capable de provoquer une aurore boréale en "surchauffant" la ionosphère par rayonnements électromagnétiques non-ionisants. L'arsenal du troufion électromagnétique

PHaSR : Le personal Halting and Stimulation Response est un fusil laser destiné à aveugler provisoirement ses victimes. Les premiers prototypes du PHaSR ont été livrés en novembre 2005 à

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l'état-major américain. Ce Qi est à vous !

Jean-Pierre Maschi : Cet ancien médecin généraliste a été l'un des premiers en France à dénoncer les effets des pollutions électromagnétiques, à l'origine selon lui d'une lente et progressive électrocution des organismes responsables de l'apparition de troubles osseux, cardiaques et neurologiques. Radié à vie de l'ordre des médecins en 1968 pour son traitement de la sclérose en plaques, Jean-Pierre Maschi a été amnistié en 1990, puis réhabilité en 2002 par le Président Chirac. Électrosensibles s'abstenir !

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Jean-Pierre Ducret : À Draguignan, dans le haut Var, le radiesthésiste et ancien adjudant-chef Ducret nous fait découvrir sa plantation expérimentale de chênes truffiers, alignés par l'INRA sur les intersections du réseau géomagnétique. La truffe et les ondes

Hyperboloïdes : L'éclairage par intermittence (effet stroboscope) d'un diapason en cours de vibration laisse apparaître autour de lui une sphère quadrillée. Ces mailles en ombres chinoises sont la marque des ondes stationnaires produites par le croisement d'un phénomène continu, la vibration du diapason, avec un phénomène discontinu, les clignotements lumineux. Dans les mailles du réseau

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Luo Pan : Points cardinaux, transits planétaires, phases du calendrier... La tablette utilisée par l'école du Compas contient en miniature toutes les règles de l'univers. Conçue autour d'une boussole centrale, entourée d'une succession d'anneaux concentriques, la rotation de chaque cercle permet au maître Feng Shui d'aligner différentes cases qui vont lui permettre, pour une direction donnée, de "lire" un lieu à travers la combinaison de ces multiples paramètres. Les règles du vent et de l'eau

Taipei 101 : Du haut de son demi-kilomètre, la tour taiwanaise a bénéficié des conseils d'un maître Feng Shui et arbore sur sa façade tout ce qu'il faut de talismans pour se protéger du mauvais sort. Les règles du vent et de l'eau

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Bio-Oscillateur Violet : Inventé par l'ingénieur des Arts et Métiers Marcel Violet, le boîtier se branche sur secteur et se termine par un assortiment d'électrodes - des tiges de magnésium, de cuivre, de carbone, d'argent, de zinc... À plonger ensuite dans l'eau, l'huile, du miel, des graines. Plongeon dans l'eau d'orage

Pichet Aqua-Prima : Ce pichet en grès, fermé par un bouchon électronique, fabrique de minuscules éclairs de lumière capables de redonner à l'eau contenue à l'intéreur les vertus de l'eau d'orage. Plongeon dans l'eau d'orage

L'affaire de la mémoire de l'eau, débutée en juin 1988, a brisé la carrière de Jacques Benveniste. L'expérience a été depuis reproduite une quarantaine de fois, confirmant la découverte française. La contre-enquête réalisée par le sociologue Michel Schiff pointe les dérives irrationnelles de ses

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"détracteurs". Edifiant. L'affaire Benveniste

Les propriétés de l'eau dépendent de sa structure moléculaire, c'est-à-dire de la façon dont ses atomes s'assemblent. On peut modifier cette structure par différents moyens : l'électrolyse, les ultrasons, les rayonnements électromagnétiques, etc. Masaru Emoto, au Japon, photographie des cristaux d'eau pour visualiser la structure de l'eau en fonction des traitements subis. "Visages" dans les cristaux

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Décomposiion lumineuse : La lumière visible représente une toute petite portion du spectre électromagnétique. Passée au travers d'un prisme, la lumière se décompose en arc-en-ciel révélant les six couleurs de base : violet, bleu, vert, jaune, orange et rouge. Dans l'ordre de leur énergie, de la plus élevée à la plus basse. Toute une gamme de vibrations

Chromatothérapie : La thérapie par les couleurs mise au point par l'acupuncteur et neuropsychiatre Christian Agrapart associe couleurs et énergies climatiques chinoises. Une suite d'opérations arithmétiques permet de sélectionner la fréquence lumineuse, donc la couleur, à projeter sur une brûlure ou un torticolis par exemples. Les couleurs de Goethe

Vortex : Cette photographie, prise par les astronautes en orbite autour de la Terre, montre le cyclone Catarina lors de son approche des côtes du Brésil en mars 2004. Dans l'hémisphère Sud, de tels phénomènes cycloniques sont pour l'instant rarissimes. Fluides, maelströms & turbulences

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Tour aérothermique : Ce modèle de démonstration de 200 mètres de haut, bâti à Manzanares, en Espagne, a fonctionné entre 1982 et 1989, et produit jusqu'à 50 kWatt/heure. Également appelées tours solaires, ces colonnes creuses et dotées de turbines intérieures fabriquent de l'électricité à l'aide d'un courant d'air remontant, par effet cheminée. L'effet provoqué par la différence de température entre l'atmosphère froide et présente au sommet de la tour et celle, plus chaude, obtenue autour de sa base, sous la surface vitrée. A la recherche de l'énergie libre

01-Energie, qui es-tu ?
"Le bois engendre le feu, le feu engendre la terre... ça doit être ça, non ? — Mais l'eau, elle engendre quoi ?" Je souris. Les autres visiteurs déambulent et interrogent les tracés colorés des correspondances chinoises. Bois, terre, eau, feu, métal... un entrelacs d'énergies qui s'entrecroisent, s'engendrent ou se tempèrent. Salle suivante. D'autres visiteurs s'arrêtent, lisent, commentent les différents panneaux de l'histoire du Qi. Nous sommes en juin 2001, à la Villette, exposition Médecines chinoises. Une ambiance feutrée, studieuse, au parfum de zen... Comme les autres, je prends des notes. Comme les autres, je suis venu ici pour tenter de comprendre ce mystérieux Qi dont on parle tant.

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Le Qi — prononcez Tch'i, ou Ki — est selon la tradition chinoise une énergie qui baigne toute chose, vivante comme inanimée. Le Qi est à la fois capital et flux. Il circule et peut se stocker. L'excès de Qi , comme son manque, est source de nuisances. Il regroupe aussi... aussi... Restons-en là pour l'instant. Gardons simplement avec nous son principe général, celui qui baigne et soutient toute chose. Bien qu'il soit ancestral et étayé par une solide théorie, l'énergie du Qi n'est pas reconnue par les sciences physiques et médicales occidentales. Serait-ce à cause de son origine chinoise, qui se perd dans l'étude et la tradition d'un savoir immémorial ? Un savoir étranger et bien éloigné, dans l'espace et dans le temps des terres de Newton et de Descartes ? Pourtant nombre d'inventions : la poudre, la boussole, l'imprimerie, le sismographe, sont bien issues du même pays ! Peut-être aussi que le Qi n'est que superstition et qu'il n'existe pas vraiment ? En tant que fondement énergétique de tous et de tout, que diable !, il devrait pouvoir être détecté, perçu, analysé... Peine perdue, les rares chercheurs à s'être penchés sur le Qi paraissent avoir fait chou blanc. Ou peut-être pas. Car l'énergie est bien partout, quelle que soit sa forme. L'autre équation énergétique universelle, c'est celle d'Einstein. E=mC2, a-t-il calculé il y a bientôt 100 ans. Selon cette formule plus que célèbre, l'énergie d'un objet est égale à sa masse, multipliée par la vitesse de la lumière au carré. Une règle de calcul serait à appliquer sans distinction. Qu'il s'agisse d'un corps humain ou de l'univers dans son entier. Problème de la physique contemporaine : cette formule clé en main est encore aujourd'hui sujette à d'âpres discussions entre scientifiques de tous bords. Car rien n'est sûr : plusieurs zones d'ombre résistent à cette mathématique de haut vol et les relevés d'expériences ne donnent pas toujours raison à la théorie d'Einstein. Ainsi l'énergie est partout. Et en même temps insaisissable. Ce qui ne veut pas dire qu'on ne peut la percevoir. Qui n'a pas senti la chaleur d'un corps assis à proximité du sien ? Qui n'a pas entendu battre lourdement les percussions de la musique au coeur de ses entrailles ? Multiple, l'énergie se mesure en décibels, en joules, en électronvolts, en kilomètres/heure, que sais-je encore... L'énergie est un jour entrée dans ma vie par mes mains. Comme une sensation de douce chaleur, de suspension, de picotements, venue entourer mes doigts pour s'étendre jusqu'au poignet. C'était lors de "jeux", sous forme de tests, que nous faisions entre amis. Face à face, nous tenions nos paumes à distance l'une au-dessus de l'autre. Vingt secondes plus tard, nous pouvions sentir "quelque chose" circuler. "Quelque chose" de vivant et joyeux comme un courant fluctuant. Si l'on continuait, nos mains se crispaient ou, au contraire, semblaient flotter comme entre deux champs d'énergie.

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C'est bien plus tard, à la faveur de livres et d'articles de presse, que j'allais découvrir que cette énergie si étrange, si invisible et pourtant tellement palpable, n'était pas qu'un simple "effet de chaleur". Sous la peau notre corps fonctionne comme une véritable usine thermique. Sa température se régule en permanence – en général sans que nous en soyons vraiment conscients – aux alentours de 36,7 °. Ce fonctionnement interne est à l'origine d'un dégagement naturel de chaleur. Plus ce rayonnement d'énergie organique s'accroît, plus il devient perceptible en surface. Un mécanisme appelé fièvre par exemple. Mais cette énergie que j'avais ressentie, de la main à la main en quelque sorte, était tout autre. Elle pouvait être due, par exemple, au biomagnétisme. Un effet causé par la présence de grains de magnétite – de minuscules cristaux de fer – disséminés par paquets de quelques milliers dans notre corps, les arcades sourcilières, le cou, les genoux, les poignets... Ou encore au champ électrique qui accompagne et entoure tout être vivant. Qu'il soit animal, insecte, bactérie, humain ou végétal. Enfin, autre possibilité, la présence dans la paume de la main de plusieurs centres d'énergie, dénommés chakras, à travers lesquels l'énergie circule et s'échange. À moins qu'il ne s'agisse d'émissions de Qi, telles que savent le provoquer et le décrire les maîtres taoïstes chinois ? Ou bien encore, en dernière hypothèse... un subtil mélange de tout cela ? Titillé par de telles perspectives, depuis, je suis resté curieux de toutes les considérations énergétiques. Plongeant sans vergogne ni a priori dans les sujets les plus "ésotériques" comme la radiesthésie ou l'alignement des mégalithes, aux derniers mystères des sciences de pointe... Des recherches portant par exemple sur la fusion froide ou les particules à très hautes énergies pour citer les derniers casse-tête des physiciens. Il y en a bien d'autres. En Espagne, des médecins soignent des brûlures graves à l'aide d'une lampe de poche et de simples filtres colorés aux tons de l'arc-en-ciel... En Australie, des ingénieurs veulent construire une tour de plusieurs centaines de mètres de haut pour générer de l'électricité à l'aide de courants d'air chaud... Un peu partout, des astronomes traquent sans relâche les ondes radio qui viennent de l'espace... En France, un agronome étudie le rendement des chênes truffiers en les plantant à la croisée de lignes "cosmo telluriques" Aux États-Unis, des biologistes ont fait repousser la patte d'un rat. Comment ? En utilisant des champs électriques micro dosés...

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Un physicien chinois a découvert dans les molécules d'eau le secret des méridiens d'acupuncture... Des astronautes ont constaté dans les océans la présence de tourbillons marins longs de plusieurs centaines de kilomètres... En 1995, des militaires français ont montré à la presse comment, à distance et sans fil, afficher à l'identique un texte écrit sur un autre ordinateur... Un appareil russe, une caméra numérique un peu spéciale, est capable de tirer le portrait de notre énergie vitale... Au-dessus de nos têtes, un petit satellite écoute les crépitements de l'atmosphère à la recherche des tremblements de terre de demain... Autour de la planète, une cinquantaine d'ordinateurs en réseau fabriquent des chiffres au hasard pour écouter la "température psychique" du globe... La régénération, les hologrammes, les cures de lumière, la supraconductivité, la machine de Prioré... Autant d'exemples, de sujets scientifiques un peu "marginaux" où j'accumulais les références. Des domaines passionnants, apparemment formidablement éloignés les uns des autres mais entre lesquels, peu à peu, j'en avais l'intuition, des correspondances persistantes se tissaient. Des rapprochements fondés sur des principes physiques connus et éprouvés, mais répétés, déclinés à des grandeurs et des échelles différentes. Pur hasard, simple conviction, ou véritable convergence ? Et le Qi dans tout ça ? Je l'ai retrouvé quelque temps plus tard, au bout de mes doigts, en décidant d'apprendre le shiatsu. Cette technique de massage venue du Japon est aussi appelée acupressure, car le shiatsu utilise la pression des pouces et "s'appuie" (au sens littéral comme au sens figuré) sur les points et méridiens d'acupuncture présents sur le corps du patient, en surface. La finalité de cette pression est de "dénouer", stimuler ou disperser des énergies qui ne circulent plus suffisamment et restent bloquées en certains points du corps. Le shiatsu est une pratique fondée sur l'écoute. Celle de l'autre, vers celui qui reçoit les pressions. Mais aussi pour celui qui donne le shiatsu, une écoute de son propre ressenti. Des sensations qui vont alors pulser, stagner, ou s'écouler. Dans un mince filet frais ou au contraire avec force débit et chaleur. Mais au fait, c'est quoi au juste l'énergie ? Prenons un dictionnaire. On y découvre l'explication suivante : "force capable de fournir un travail". Voilà pour le sens occidental, 19

orienté vers l'action. Pour le Qi, c'est un peu plus compliqué. Je crois que la meilleure définition m'en a été donnée un jour par un acupuncteur chinois. D'après lui, le Qi serait ni plus ni moins "la substance essentielle qui compose notre univers". Dans un cas, l'énergie travaille, ou se prépare à produire un effet. Dans l'autre, elle existe et se satisfait simplement d'être là. Deux approches fondamentalement différentes... mais sont-elles véritablement contradictoires ? Pourquoi ne pas imaginer qu'il puisse s'agir d'une seule et même énergie. Une substance essentielle composant notre univers et capable de fournir un travail ? Cela rejoindrait d'ailleurs l'origine du mot énergie. Dont l'étymologie vient du grec en orgos et qui signifie "contient l'action en puissance". Face à tant de manifestations, de questions, une seule solution : explorer cette réalité énergétique en gestation. Prendre la route et rencontrer ceux, qui, quelque part, savent quelque chose. Raconter ces découvertes, ces mouvements, mais pas seulement d'un oeil extérieur. En privilégiant le contact direct. Par le vécu, l'échange, le ressenti. Il ne s'agissait pas simplement de se plonger dans des ouvrages de renom mais aussi d'éprouver ces techniques. D'aller pleinement à leur rencontre, d'essayer ce qu'il était possible d'expérimenter. Cet ouvrage est à la fois la somme et le fruit de mes rencontres. Une histoire de plusieurs mois qui combine l'écrit à l'oral, la personne à l'écran. L'objectif et le subjectif. En toute connaissance de cause. Lucide et sincère. Pour ce voyage, j'ai dû accepter de parcourir et de regarder le monde autrement. De sortir du confort des sentiers rebattus. Tout d'abord, me soumettre à un grand rattrapage accéléré, tous azimuts, des bases scientifiques auxquelles j'avais échappé au lycée : chimie, physique, biologie. Des matières premières à comprendre et assimiler précieusement pour être en mesure d'aborder correctement le seuil des potentiels d'action, des courbes sinusoïdales et des micro teslas. Penser autrement, c'est aussi accepter le hasard des rencontres et la nécessité des silences. Accepter que les choses vous échappent, du moins pour un temps. Des interviews reportées aux sourires entendus, restés sans éclaircissements. Des ribambelles d'indices tronquées ou d'ignorances involontaires qui m'ont entraîné sur d'autres voies, à contretemps. Comme une part d'espace pour laisser l'imprévu s'exprimer. Comme des préalables pour accéder à une meilleure compréhension, soudaine et plus personnelle. Pour voir l'énergie comme elle est, il faut d'abord changer de lunettes. Et parfois fermer les yeux.

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Que l'on se réfère à la tradition chinoise ou aux démonstrations scientifiques les plus récentes, les deux connaissances tombent d'accord : nous sommes constitués d'énergie et l'énergie nous environne. Choc des cultures ou abîme d'incompréhension, le Qi semble participer au fossé philosophique séparant deux visions du monde. Celle de notre culture et celle de l'Asie. D'ailleurs, à y réfléchir un peu plus, comment envisager une seule seconde que des décennies de recherches obstinées de la science moderne n'aient pas, à un moment ou un autre, croisé le flux du Qi ? Ou l'une de ses multiples manifestations ? Cela paraît bien improbable. Aujourd'hui, comme la juste illustration de la loi chinoise d'alternance des contraires, le Qi , l'énergie omniprésente qui se répand, traverse et baigne toutes choses, qui relie et s'échange, pourrait devenir la source d'une nouvelle compréhension du monde. Alliant les perspectives de l'Orient et de l'Occident. Et si nous acceptions de remonter les chemins du Qi ? L'énergie secrète de l'univers ? Que se passerait-il en chacun de nous ?

02-Au commencement étaient les souffles
Les chinois nous ont enseigné... LE QI TRADITIONNEL Dites "Ki", "Gi" ou bien encore "Tchi". Une vibration vous traverse. Elle vous emporte loin. Très loin. Vous voici passé dans le royaume des souffles, du Qi. Dans l'énergie telle que les pays d'Asie la comprennent, la décrivent, la vivent. Diffuse, enveloppante, universelle. Dans ces contrées, le Qi est non seulement une notion essentielle, au centre du savoir et de l'expérience humaine. C'est une réalité de chaque instant, nichée en toute chose. Plus que cela, le Qi serait à l'origine du monde. Présent depuis toujours ou presque.

L'énergie ambiante

Idéogramme tch'i

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Déroutant et insaisissable, le Qi est partout. Comme un ensemble, une histoire qui nous relierait les uns aux autres. Comme un fil invisible, infiniment ténu mais éternel. Du premier cri du nouveau-né aux séquoias majestueux et centenaires. Dans la céramique doucement cuite au four à l'air que nous respirons. De la plus petite bactérie intestinale au soleil d'hiver qui nous réchauffe. Et, bien sûr, la lumière qui éclaire les pages de ce livre. L'origine du Qi se perd dans les racines de la civilisation chinoise. Ses premières traces, un idéogramme primitif, se retrouvent gravées sur des vestiges archéologiques. Des os et carapaces de tortues datés d'environ trois mille ans. Peut-être plus. Aujourd'hui, la composition du dessin n'a que peu évolué. "Qi s'écrit toujours en chinois avec les mots "riz" surmonté de "vapeur". Chaleur de la cuisson, souffle d'air, vertus d'une céréale nourricière... la vapeur s'élève au-dessus du riz en train de cuire. Pour les experts en calligraphie chinoise, le sens de cet idéogramme ne fait aucun doute. Chaleur, riz, vapeur... Le trio est synonyme de vie. "Le Qi apparaît fondamentalement comme le souffle de la vie", résume Kwong Lai Kuen, auteur de Qi chinois et anthropologie chrétienne. Mais pas seulement. Analysé dans d'autres textes et contextes, l'idéogramme du Qi accepte d'autres significations, nombreuses. Voici ce qu'en dit (le jésuite et anthropologue) Kwong Lai Kuen : "air atmosphérique, souffle du vent, haleine, vapeur, émanation, fluide, esprits vitaux, vigueur, énergie, disposition ou sentiment de l'âme, manière d'être, force psychologique intérieure, en liaison avec le sang et la respiration, force vitale, force vivifiante, force morale et spirituelle, toute force originelle et dynamique qui remplit, enveloppe, anime tout l'univers..." Cela fait beaucoup de choses. Difficile pour l'esprit occidental, habitué aux concepts à sens unique, d'approcher la richesse de sens du Qi. Plus qu'un mot, cette notion reste "quelque chose" sans véritable équivalent dans notre langage et dont les nuances subtiles évoquent une réalité multiple, faite d'énergies sans cesse renouvelées et différentes. Invariablement, le Qi circule, s'échange, s'accumule ou se transforme. Tout autant énergie ambiante et force en mouvement, le Qi est à la fois le souffle de vie qui pénètre et anime notre organisme et les choses que nous connaissons, celui qui produit des énergies de l'environnement, du ciel et de la terre. Il est la source et le flux qui irrigue... À écouter les cultures asiatiques, le Qi serait un peu comme l'air. Indispensable à la vie, le Qi se brasse, se concentre, se déplace. Il nous environne et nous pouvons le sentir... mais sans jamais pouvoir le voir.

Mille et un « Qi » ?
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Tout autant "souffle cosmique primordial" que "énergie vitale", substance essentielle partagée par toutes les choses, aux évocations et commentaires éparpillées dans les textes anciens, le Qi a été abondamment étudié par la tradition chinoise. Examiné, classé, patiemment catégorisé, selon ses qualités et manifestations. Au cœur de l'homme comme autour de lui, dans la nature. Le Qi de l'air ou de l'eau cohabite avec les Qi de la terre, du feu, de l'électricité... L'ingrédient naturel du Qi électroménager. Car à Pékin, une télévision a du Qi , au même titre qu'un réfrigérateur, un rasoir électrique, un lave-linge ou une montre à quartz. Bien entendu, le moindre petit événement ou changement se lit au travers de modifications du Qi. Ce n'est pas le ciel qui se couvre, c'est le Qi des nuages qui a changé. Il y a le Qi du bonheur, de la malchance, etc. Ciel, j'ai crevé !? Non, non, c'est juste la roue de mon vélo qui est arrivée au bout de son Qi ... En tant que souffle ou énergie vitale, c'est évidemment au sein des êtres vivants, hommes, animaux et végétaux – regroupés sous l'intitulé des Dix mille êtres – que la tradition chinoise décrit le Qi avec le plus de détails. Selon le Nei Jing, le Qi de l'homme se constitue d'une somme de Qi distincts. Il y a tout d'abord un Qi ancestral, énergie familiale transmis par ses parents et que l'on peut comparer à un capital génétique. Le Qi essentiel est issu de l'assimilation des Qi céleste (l'air respiré) et terrestres (les aliments). La combinaison des Qi ancestral et essentiel produit d'autres énergies. Des Qi raffinés en quelque sorte, tels le Qi nourricier, chargé de fabriquer le sang et nourrir l'organisme, ou le Qi défensif, qui lui réchauffe le corps et régit le système immunitaire. Mais la médecine chinoise ne s'arrête pas là. Chaque organe a son Qi personnel. Par exemple le Qi de l'estomac, le Qi du coeur, des poumons ou du gros intestin. Ces souffles et énergies différents cohabitent, s'entremêlent, influent les uns sur les autres. Avec plus ou moins de bonheur et de cohérence. Un hoquet, par exemple, est... l'indice d'un "Qi remontant". D'autres sont qualifiés de Qi descendant, de rebelle ou bien encore de stagnant. Au-delà de ses différentes expressions vitales, l'homme est aussi traversé de Qi lié à ses humeurs ou ses émotions. La tradition chinoise distingue les énergies de l'esprit : Qi de la joie, de la désespérance, de la volonté... de ceux de la culture (Qi des arts, du social, etc.) Multiples mais universels, ces 1001 Qi ont tous une même origine. Gravitation, forces électrostatiques, réactions électrochimiques, atomiques... Depuis 50 ou 100 ans, la science moderne maîtrise ou aborde à peine cet immense territoire que sont les énergies de l'univers. Mais pour la pensée chinoise, de telles recherches, c'est de l'histoire ancienne, vieille de plus de 3 000 ans. Cette connaissance s'est formulée à force d'observa-

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tions minutieuses et d'expériences répétées. Il n'y a aucune ambiguïté ni incohérence derrière la diversité apparente des phénomènes dus aux forces naturelles. Il ne s'agit pas de différentes énergies... mais d'une seule et unique – le Qi – qui s'est multipliée en se transformant. Du souffle du vent à la jeune pousse d'une plante. Du tour du potier au tumulte d'une cascade. Des vagues de la mer de Chine aux éruptions solaires. "Le un engendre le deux, qui engendre le trois, lui-même à l'origine des dix mille êtres" rappelle depuis plusieurs centaines de générations le Tao Te King, le livre des changements. Si l'énergie universelle du Qi s'est scindée au fil des dix mille êtres, que sont devenus le deux ? Et le trois ?

La synergie des contraires
Imaginez une montagne qui se dresse entre ciel et terre, éclairée par le soleil. Au fil du jour, quelle que soit l'heure, la montagne dispose toujours d'un versant plongé dans l'ombre et d'un autre, exposé, baigné de lumière. Voilà le principe du yin et du yang. Livré comme ça, sans commentaires, l'exemple laisse forcément perplexe. S'agit-il d'une forme d'énigme à la chinoise, d'une méditation au sens caché ? Une montagne, l'ombre, la lumière ? Est-ce vraiment le yin et le yang ? Après tout, pourquoi pas... La réponse est bien dans l'ensemble. Littéralement, en chinois, les mots yin et yang signifient exactement cela : "versant ombragé" et "versant ensoleillé". Mais pourquoi accorder de l'importance aux deux versants d'une montagne ? Parce que cela permet d'expliquer sous forme de parabole la division de l'énergie universelle, le Qi, en deux aspects distincts. La séparation se fait en fonction du flanc de la montagne. D'un côté, le Qi devient ombre, fraîcheur, repos. De l'autre, il se présente lumineux, chaleureux, stimulé.

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Elements Yin / Yang

Les principes du yin et du yang se révèlent. Des principes peut-être contraires, mais reflétant deux variations essentielles d'une même énergie. Deux forces initiales, opposées mais complémentaires, conjointes et indissociables. Et dont la relation, l'interaction, gouvernent le cosmos. Jusqu'aux deux versants d'une même montagne. À regarder un peu mieux, les exemples abondent dans la nature. Cycle jour/nuit, pôles positif et négatif, inspiration et expiration, calme après la tempête, hommes et femmes... Tout ce qui est, vit, peut s'observer ou être nommé, rentre dans l'une ou l'autre catégorie. Bien sûr, il est possible de séparer le monde en deux colonnes et de commencer à établir une liste de ce qui est yin et de ce qui est yang. Un inventaire à la Prévert, nécessaire mais forcément incomplet. Quel est l'essentiel de la distinction yin/yang ? Qu'est-ce qui rend une chose yin ou une autre yang ? Pour les maîtres chinois de l'ancien temps, l'énergie de type yang est marquée par l'expansion, par un mouvement tourné vers l'extérieur. À l'inverse, le yin se caractérise par un mouvement vers l'intérieur, une force de contraction. Au yang sont logiquement associés l'action, la légèreté, l'ascendant, l'extérieur, la chaleur, le plein, le ciel, etc. Côté yin, c'est évidemment tout le contraire. On trouve la réceptivité, la lourdeur, le déclin, l'intérieur, le froid, le vide, la terre... Le yang n'est pas "bon" ou "mauvais " en soi, pas plus que le yin. Nous évoluons dans une société qui insiste sur l'action, la croissance, la force ou la lumière. Autant d'éléments a priori 25

"bénéfiques" ou "favorables" tandis que l'ombre ou l'immobilisme sont eux chargés de "connotations négatives". De tels préjugés sont complètement absents de la pensée chinoise. Selon celle-ci, il n'y a pas lieu de privilégier l'un par rapport à l'autre. Ce qui compte, c'est l'harmonie entre ces deux extrêmes. D'ailleurs, d'après les anciens Chinois, un yin total ou un yang pur, cela n'existe pas. Impossible en théorie – et encore moins dans le réel – de rencontrer l'un sans l'autre. Chaque être ou chaque phénomène a une dominante yin ou yang, plus ou moins affirmée par l'absence ou l'excès. Mais un germe, un soupçon, une trace de son contraire persistera toujours, comme nécessaire à son expression correcte. Si ce n'est pas le cas, si le déséquilibre est trop accentué, ou dure depuis trop longtemps, il va y avoir des problèmes. Imaginons la dualité yin et yang comme les deux pôles opposés d'une même batterie, entre lesquels l'énergie circule et se régénère. Si l'un des deux pôles cesse de fonctionner, l'énergie ne peut plus effectuer son va-et-vient incessant. Privée de son indispensable contraire, elle s'épuise, s'appauvrit et, à terme, disparaît. Ces deux forces sont condamnées à agir de concert pour pouvoir exister. Par exemple, en Chine, lorsqu'une femme ne parvient pas à avoir d'enfant, elle est yin-yin : il lui manque la graine de yang indispensable pour être enceinte. Charge à cette femme, et à son médecin traitant, de rajouter le yang manquant à sa vie. Que ce soit par la nourriture, les exercices physiques, ou, qui sait, le réarrangement de sa maison. Selon le même principe, une maison bâtie tout en yin ne tiendrait pas debout. Elle s'effondrerait sur elle-même. Une autre yang-yang serait inhabitable : ses propriétaires préféreraient vivre à l'extérieur. Analysée selon la conception yin/yang, notre civilisation occidentale paraît du coup fort yang. Un peu trop d'ailleurs. Hyperactive, surmenée, fatiguée. Une société en déséquilibre chronique. Donc nocive. Après l'effort, le réconfort ? Renouer avec le calme, le silence, la lenteur, la nature... autant d'aspirations qui se retrouvent de plus en plus parmi nos contemporains. Comme une manière de mettre un peu de yin dans tous nos excès de yang. Un retour de balancier nécessaire.

Mouvement perpétuel et transformations
Unité, division, interaction. Le Tai Ji concentre le symbole du yin et du yang, il en contient tous les principes. Le Tai Ji, vous l'avez déjà vu. C'est ce dessin en forme de cercle à l'intérieur duquel deux gouttes de couleur différente s'imbriquent, se répondent, se complètent.

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Chacune a sa petite tache de la couleur opposée. À leurs extrêmes, l'une est à son minimum, l'autre à son maximum. Là où le yin se réduit, le yang grandit. Et inversement. Ces deux gouttes sont aussi en mouvement. Elles tournoient l'une autour de l'autre selon une ligne sinueuse. Tels deux poissons dans l'eau qui jouent, qui tourbillonnent ou qui cherchent à se reproduire, ensemble. Formant un cycle continu de changement, d'échanges. Fertiles et féconds. C'est ce mouvement dynamique, de transformation, d'alternance, qui permet au yang de naître dans le yin, et au yin de naître dans le yang. À l'image de cette tache claire ou sombre qui se détache comme une pastille. Ou qui, à l'inverse, révèle une couleur de fond qui était jusque-là recouverte. Présente mais ignorée, puisque dissimulée au premier regard.

Symbole du Tai Ji

Au sein de chacun, l'autre est présent. Conséquence logique d'une telle interaction : Si aucune chose ne peut être tout à fait yin ou tout à fait yang, tout devient plus ou moins yin, ou plus ou moins yang. Ombre et lumière, homme et femme, haut, bas, agitation, immobilisme... L'ensemble des choses ou des mouvements de l'univers peut être classé selon cette dualité fondamentale. Analysés, positionnés, classés les uns par rapport aux autres. Une évaluation basée sur la loi du plus ou moins. Puisque de fait, il y aura toujours plus yin que le yin ou plus yang que le yang. Prenons quelques exemples avant que cela ne devienne trop touffu. Comparé au soleil (yang), il est assez simple de considérer la lune comme étant yin. Mais quand la nuit vient, par rapport à l'obscurité, la lune devient yang. Appliquons cette même logique relativiste à notre organisme. Notre peau, située à la surface du corps est yang, tandis que les muscles, situés en dessous, sont yin. Mais par rapport aux os, plus en profondeur, donc encore plus yin, ces mêmes muscles sont yang. On peut évidemment multiplier les exemples à l'infini. Face externe et face interne d'une membrane cellulaire, soleil couchant d'été ou d'hiver, fraîcheur, tiédeur, garçon manqué ou âme sensible... Autrement dit, que vous soyez vous-même plus ou moins yin ou yang, devenez philosophe ! Vous serez toujours le yang de quelqu'un. Et le yin d'un autre.

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Mais le yin et le yang, et leur renaissance continuelle, ne sont pas le seul mouvement d'énergie repéré par les anciens Chinois. Environ un millénaire avant notre ère, un autre cadre de référence fit son apparition : la théorie des cinq éléments. Des transformations d'énergie un peu plus compliquées que celles du yin et du yang. Mais formulées aussi à partir de l'observation de la nature, décidément riche d'enseignements. Évoquer les cinq éléments me replonge plusieurs mois plus tôt, dans la conversation saisie au vol lors de l'exposition consacrée à la médecine chinoise organisée à la Villette. Ce système touffu et apparemment bien compliqué de correspondances et d'entrelacements en tout genre est une véritable matrice. Une référence pour décrypter les propriétés énergétiques de l'univers dans son entier. jusqu'à l'échelle des dix mille êtres. De nombreux ouvrages spécialisés existent pour aborder les subtilités de la théorie des cinq éléments. je ne peux que conseiller aux lecteurs qui souhaitent en connaître tous les détails de s'y référer. Aux autres, vous trouverez à la suite quelques clés de compréhension. Celles que j'estime être les plus essentielles. Avant tout, les cinq éléments correspondent à des mouvements. À cinq mouvements. Des mouvements analogues à ceux du chef d'orchestre qui mène la musique à la baguette. Un quintet de gestes, de variations, de moments et d'étapes, isolé parmi les transformations continuelles et incessantes du Qi. Ces cinq mouvements d'énergie sont : l'ascension, la descente, la dilatation, la contraction, et la stabilité. Chacun a ses qualités, ses propriétés fondamentales. Les cinq éléments, il ne faut pas les comprendre au pied de la lettre ou de leur composition chimique. Il s'agit plus de cinq agents de transformation. Des dynamiques plutôt que des substances comme celles généralement mises en avant : le bois, le feu, la terre, l'eau, le métal. Ces éléments existent bien sûr. Mais dans un second temps, en tant que résultante des cinq forces mises en oeuvre. En effet ces qualités d'énergies, il faut bien qu'à un moment elles prennent forme. Qu'elles s'incarnent, se concrétisent ou se manifestent. L'usage et la tradition chinoise a consacré le bois, le feu, la terre, l'eau, le métal comme repères de ce système théorique. Mais les anciens Chinois auraient pu tout aussi bien opter pour les cinq couleurs, les cinq sons, cinq volailles ou céréales. Ou les cinq doigts de la main. Tout cela, c'est du pareil au même. Comme ces cinq mouvements se déclinent dans tous les domaines, il en découle un système de correspondance complexe, laborieux, où chacun se trouve associé non seulement à un élément mais aussi à une saison, une couleur, un organe, une émotion, des aliments, etc. 28

C'est d'ailleurs dans la science médicale chinoise que les cinq éléments ont été les plus étudiés. Disséqués même. La vision, les larmes, le foie, les muscles se trouvent associés par exemple à l'élément bois. Donc à des forces d'expansion. L'audition au contraire, avec l'urine, les os, ou la volonté sont mis, eux, dans le même sac que l'élément eau. Mais que l'on parle des organes de l'homme ou des conditions d'une bonne récolte, au fil de ces correspondances, à nouveau, c'est tout l'univers qui se trouve peu à peu rangé. Structuré en fonction des cinq "éléments" qui le subdivisent.

La loi des éléments
Les cinq éléments sont en relation les uns avec les autres et forment les étapes d'un cycle unique, gouverné par des lois bien établies. "Ils s'engendrent et se contrôlent, se stimulent et s'apaisent, s'équilibrent", résume Isabelle Laading dans son ouvrage (les cinq saisons de l'énergie). Deux lois, poursuit-elle, sont principalement mises en avant : l'engendrement et le contrôle.

Correspondances des cinq éléments

Le cycle des transformations met les éléments à une certaine place, selon un ordre hiérarchique. Une chaîne de filiations et de parenté où chaque élément devient à la fois "l'enfant" de celui qui le précède et "la mère" du suivant. Ainsi le métal (la contraction) est l'enfant de la terre (la stabilité) et le père de l'eau (le descendant). Issu du métal, l'eau permet au bois (dilatation) de grandir. Bois qui lui-même donne naissance au feu (ascension)... qui, des cendres du bois, reconstitue la terre et clôt le cycle. Du moins celui qui concerne l'engendrement. Comme dans toute famille qui se respecte, surtout lorsqu'elle est chinoise, l'autorité des anciens est prédominante. Chaque "enfant" se trouve ainsi soumis au contrôle de sa "grand-mère". C'est-à-dire de l'élément parent de l'élément qui l'a engendré. Sous la coupe du

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géniteur de son géniteur... Ainsi le métal contrôle-t-il le bois, tout comme celui-ci exerce son influence sur la terre. Comme l'eau éteint le feu. Et le feu fond le métal. Pour les experts en énergétique chinoise, les médecins traditionnels les premiers, ces lois représentent autant de leviers de diagnostic ou d'action pour corriger les déséquilibres possibles. Qu'un élément empiète sur un autre, et l'on stimulera sa grand-mère afin qu'elle tempère son ardeur. Au contraire, si l'eau manque de force, agir sur le métal, son géniteur, permettra – en accord avec la loi d'engendrement –de renforcer l'élément déficient. Ces relations de pouvoir et de régulation réciproque, marquées par l'engendrement et le contrôle, où les énergies se superposent, se contrecarrent et se chevauchent, s'apparentent à l'usage à toute une gymnastique mentale nouvelle, compliquée. Comme un jongleur qui va manipuler ses massues sans en délaisser une seule. Où il ne faut plus penser de façon binaire mais en combinant plusieurs termes entre eux. Avec plus ou moins d'harmonie.

Et le Tao dans tout ça ?
Parler du Tao, c'est avoir la certitude de se tromper. Pas forcément de beaucoup. Mais suffisamment pour, si l'on n'y prend garde, faire fausse route ou ignorer en cours d'explication une partie essentielle du Tao. Bigre, que voilà une notion pas facile à faire comprendre. Faisons court pour nous égarer le moins possible. D'après le philosophe Lao Tseu, le premier auteur à s'être essayé par écrit à cet exercice difficile (le Tao Te King), le Tao est quelque chose qui échappe aux sens de l'être humain et qu'on ne peut connaître. Impossible à saisir, le Tao est également impossible à nommer. D'où le choix du terme Tao. En chinois, cela signifie la voie, le chemin... Très vague. De quoi donner un semblant de direction. Une esquisse approximative. Quoi de plus normal ! Le Tao, du moins ce que présente Tao Te King, est une sorte de vide créateur. Principe suprême, naturel, le Tao serait une sorte de grand big bang silencieux, étouffé, oublié. Mais dont les textes antiques chinois rappellent la primauté. La continuité. Et la persistance. Car chacune à leur manière, toutes les choses ont gardé l'écho de ce néant initial. Le Tao agit encore. Spontané, son comportement est dénué d'action et d'intention. Il "est". Il suit sa nature et permet aux choses de devenir ce qu'elles sont. Souvent, lorsqu'il est question du Tao, le Qi n'est pas loin. Et réciproquement. Pour aborder les subtilités modernes du Qi, j'ai dû m'entretenir avec plusieurs maîtres taoïstes. À quoi est due cette étrange affinité ? Il semble que, pour schématiser et résumer des siècles d'interprétations des philosophes

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taoïstes, le Tao soit le Qi. Ou plutôt que le Tao est juste derrière le Qi. Le Tao serait l'origine discrète et invisible de ce flux vital, de ce torrent infini qui s'écoule en cascade. La source yin de cette énergie aux dix mille manifestations yang. Un grand cercle vide à partir duquel le Qi , le yin, le yang et les cinq éléments se sont écoulés. À la fois véhicule et messages du Tao. Bien qu'échappant, par sa nature même, à toutes nos tentatives de compréhension (et de description), il reste possible d'approcher le Tao. Par le calme, l'harmonie, la quiétude. De là viennent l'intérêt et les nombreuses expériences des taoïstes en matière de méditation. "C'est par le vide intérieur que l'on peut atteindre le vide de l'extérieur, de l'univers", me confiait Liu Dong, un professeur de Qi Gong initié dans son enfance aux secrets taoïstes. La doctrine qu'est le taoïsme insiste sur le non-agir (au sens d'un laisser-faire), la liberté, et la conscience individuelle. Philosophie éminemment pratique et responsabilisante, le taoïsme invite tout autant à la contemplation de la nature, qu'à la méditation et au travail sur soi. Aller avec le Tao, c'est marcher avec lui sans s'en apercevoir, avoir la parole et l'attitude justes au moment adéquat. Une façon de rester naturel parfaitement résumée par ce vieil adage : "Tirer de l'eau et fendre du bois, voilà en quoi consiste le merveilleux Tao".

Une civilisation entre ciel et terre
Lentement. Le pinceau trempé d'encre de Chine se déplace à la surface d'une fine feuille de papier. Laissant derrière sa touffe de poils noirs des coulures sombres. Amples. Précises. Plus ou moins appuyées. Peu à peu, ses mouvements – danse souple à la gestuelle alambiquée – livrent une suite de motifs. Des mots. Des images de courbes et de traits maîtrisés. Un tapis de dessins, de symboles et de signes. La calligraphie – tous ceux qui s'y essayent peuvent vous le confirmer – est un art éminemment subtil, dont les lignes minutieusement accomplies requièrent une attention sans faille. En Chine, où la langue écrite riche d'idéogrammes s'y prête particulièrement, la calligraphie est bien plus que cela. "Tout Chinois saisissant un pinceau est persuadé que le souffle qui traverse son bras et tout son corps est le même souffle que celui d'où est né l'univers", rappelle l'académicien François Cheng. La calligraphie devient un mouvement qui reflète l'énergie ambiante, en sus de celle qui habite le calligraphe. Menée au bout, cette vision de la calligraphie – ligne directe entre l'énergie ambiante et sa retranscription – devient un art magique. Analogue à celui du peintre ou du musicien. Un art à travers lequel le calligraphe puise et manipule les énergies de l'univers.

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Calligraphie de Fu Lu

Il existe chez les taoïstes, une pratique entièrement dédiée à cette voie : les Fu Lu. Ces calligraphies à essences magiques, incantations picturales et charmes dessinés sur des amulettes, sont écrits, peints, activés par le pinceau des initiés. Sous écriture automatique ou pas. Car un certain état de méditation ou une cérémonie rituelle sont souvent nécessaires pour pouvoir s'imprégner du mieux possible de l'énergie à représenter, à visualiser, avant de la coucher sur des parchemins en fibres de bambou. Quantité de ces charmes sont répertoriés, utilisés par exemple comme porte-bonheur ou pour apporter à une pièce l'énergie d'un élément manquant, via l'image d'une chute d'eau ou d'une colline par exemple (le Daozhang). Vous avez sans doute entendu parler de traditions chinoises comme le Yi jing, la "bible" de la pensée chinoise, utilisé en tant qu'instrument de divination, ou le Feng Shui (à prononcer "Fong Shouei") qui vise à restaurer l'harmonie des énergies dans notre habitat. Ces savoirfaire sont le plus souvent chez nous tournés en ridicule, ne correspondant à rien de "sérieux" ou de scientifiquement démontrable. Pourtant bon nombre de Chinois continuent eux d'y croire mordicus. Et ce depuis plusieurs milliers d'années. Rien d'étonnant à cela. Dans la civilisation du Qi, celle de la Chine ancienne, médiévale et moderne, chaque domaine de la vie, chaque activité se conforment aux lois de l'énergie ambiante. Qu'il s'agisse des arts 32

en général ou de la calligraphie en particulier, de la vertu des dirigeants aux reliefs d'un paysage. Car cette énergie qui nous anime, s'échange et se transforme sans cesse, n'est pas qu'une simple croyance, religieuse ou métaphysique, qui expliquerait la création du monde. Non, c'est quelque chose qui s'observe, une évidence qui imprègne tout et chacun à sa façon. Ce fondement essentiel, habillé certes de rituels de toutes sortes, se retrouve dans l'ensemble de la société et des techniques mises au point par l'empire du Milieu. De la disposition des pierres tombales à l'hygiène de vie sexuelle, de l'astronomie à l'astrologie. Puisque l'énergie obéit à des lois – celles du yin/yang ou des cinq éléments – il est possible de prévoir ses évolutions. Véritable almanach aux cases plus surchargées les unes que les autres, le calendrier chinois traditionnel s'apparente à un aide-mémoire sur les transits d'énergie. "Au lieu de montrer jours et dates, la première ligne indique la direction principale d'où l'énergie positive peut être attendue, durant toute l'année." C'est bien plus bas que les dates et les jours de la semaine apparaissent, insistant sur tout un tas de conseils, de choses à faire ou à éviter, "suivis par une ligne de caractères montrant les correspondances entre le jour et le calendrier lunaire, les cinq énergies et les étoiles (le Feng Shui). Ce découpage en cases est aussi la marque de fabrique d'un véritable horoscope chinois. Dans cette carte du ciel bien éloignée des douze animaux connus dans nos contrées, l'influence des 28 astres principaux est passée au crible des douze palais et des cinq éléments qui encadrent le thème de naissance. C'est clair. On ne combine pas par hasard. Une simple intervention humaine peut, à l'inverse, influencer la délicate mécanique de l'univers, orienter celle-ci dans un certain sens. Vers si possible le meilleur, ou du moins la stabilité et l'harmonie. Ce n'est pas l'actualité de notre nouveau millénaire, marquée par les menaces posées par l'activité humaine sur la biodiversité ou les ressources naturelles, qui démentirait cette vision chinoise. Ni le rituel du Ming Tang, une coutume impériale en rapport avec les saisons. Effet papillon ou garant du mandat céleste, cette curieuse tradition voulait que là où résidait l'empereur des Chinois l'on construise une demeure très particulière : le Ming Tang. Le hall de lumière. Un temple en forme de "maison calendrier", délimité par un carré de neuf pièces (représentant la terre), surmonté d'une coupole bombée (à l'image du ciel) et orienté dans le respect des saisons et des points cardinaux. Laissant à l'empereur et sa suite le soin de parcourir ce palais selon un ordre et des conventions très précis. À chaque changement de saison, l'empereur "inaugurait" ce passage en se rendant dans la pièce correspondante. Concrètement, lui et toute sa cour y déménageaient, parés des couleurs de la saison, accueil-

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lant son énergie particulière. Un manège immuable mais invariablement renouvelé. Dans cette miniature du cosmos adaptée aux contingences humaines, chaque pièce était en relation directe avec les tâches propres à chaque saison et devenait le lieu où les décisions étaient rendues, de nouvelles lois se promulguaient, etc. Pourquoi un édifice de neuf pièces et non pas quatre ? C'est que pour les anciens Chinois, les quatre saisons que nous connaissons sont entrecoupées de 18 jours d'intersaison. Cette cinquième période, intercalée, est traditionnellement rattachée à la terre. Ce qui donne huit pièces. La dernière, au centre, au "Fils du Ciel", à l'empereur. "Une salle pivot qui reçoit et distribue l'énergie venant du cosmos, à toutes les autres salles." (Manuel pratique de l'énergie des 9 étoiles). Une des clés de la pensée chinoise, c'est que le macrocosme se retrouve dans le microcosme. À l'identique mais réduit. Comme une graine contient un arbre en puissance. Étudier avec attention le développement d'une plante permettrait d'accéder aux vérités du cosmos ? Ou, plus simplement, de comprendre le fonctionnement du corps humain ?

Notes
1) Aux éditions L'Harmattan. Il s'agit de l'analyse sémantique et historique de la notion de Qi de la plus monumentale à laquelle j'ai pu avoir accès. Cet ouvrage a les défauts de ses qualités : éxé-gèse académique et pointilleuse, frisant l'étouffe-chrétien. Un travail de référence. 2) Rédigé au cours de la dynastie des Han (entre le Ve siècle et 220 ap. J.-C.), le Nei Jing, ou Canon de l'Empereur Jaune, est considéré comme le premier ouvrage de médecine chinoise, voire comme l'un des tout premiers ouvrages de médecine jamais écrits. Cet illustre recueil contient, sous la forme d'un dialogue entre un empereur et son médecin, les premières mentions et observations des Qi relatifs à la vie et la santé. 3) Ce livre n'y fait pas exception. Vous trouverez Tableau 1 un récapitulatif des principaux éléments yin et yang 4) D'autres appellations existent : les cinq agents, les cinq mouvements, ou encore les cinq facteurs. Les cinq éléments sont leur intitulé le plus courant. 5) Quelques correspondances sont rappelées dans le Tableau 2. 6) Les cinq saisons de l'énergie. La médecine chinoise au quotidien, Isabelle Laading, Ed. Désiris, 2001.

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7) Ce texte fondamental de la philosophie chinoise aurait été écrit au Ve siècle av. J.-C. Traduit par "livre de la voie et de la vertu", le Tao Te King reste le classique des classiques sur le Tao. Lao Tseu, son auteur présumé, occupe dans la Chine ancienne une place encore plus centrale que Aristote, Socrate ou Platon en Europe. 8) Interview, juillet 2003. 9) Cité par Cyrille lavary, dans Le Discours de la tortue, p.268. 10) La première édition du Daozhang, un classique du taoïsme, produite en 11 90, en recensait près de 12 000. Son édition la plus récente n'en contient environ que 1 500, reconstitués malgré l'autodafé ordonné par Kubilaï Khan (le souverain rencontré par Marco Polo) en 1281. 11) Le Manuel du Feng Shui, Lam Kam Chuen, éditions le Courrier du Livre. 12) Les cinq saisons de l'énergie et L'astrologie chinoise, Manuel pratique de l'énergie des 9 étoiles, aborde le Ming Tang avec plus de détails

03-L'autre philosophie de la médecine
Les chinois nous ont enseigné... LE QI TRADITIONNEL
Il est temps d'aller voir un médecin acupuncteur. Non pas que je sois particulièrement malade. Je me sens même plutôt en bonne santé... Bien sûr, j'ai mon lot de petites douleurs. Comme tout le monde. Pas vous ? Actuellement, c'est plutôt à la hauteur d'un genou ou sous la forme de troubles digestifs. Rien de grave, malgré tout. Pourquoi consulter alors ? Tout d'abord parce que je n'ai jamais connu de séance d'acupuncture. Après la théorie, celle de la médecine chinoise, et la pratique, à travers ma formation aux massages shiatsu, je n'ai pas encore éprouvé les sensations dues aux piqûres d'aiguilles. Autant sur ce point ne pas rester ignare plus longtemps. De plus, en termes de prévention – un aspect essentiel de la philosophie médicale chinoise – ma relative bonne santé correspond à un moment idéal pour aller consulter. Avant qu'un léger syndrome ou une maladie latente ne se manifeste et vienne perturber mon alchimie intérieure. Professeur de médecine chinoise, d'acupuncture et de Qi Gong, diplômé du Collège de Shanghai... À mon sens, peu sont aussi expérimentés que celui avec qui j'ai rendez-vous pour cette première fois. Chemise blanche à manches courtes, pantalon noir à pinces, mon médecin m'accueille simplement, passe devant moi à plusieurs reprises, et après quelques minutes

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d'attente m'invite à pénétrer dans sa salle de soins. Celle-ci, claire et relativement spacieuse, contient avant tout une table médicale. Disposé dans un coin, près d'une fenêtre. Je m'y allonge. Bras, mains et pieds nus. Ma première consultation d'acupuncture peut commencer. Questions d'usage Quel est votre date de naissance ? Qu'est-ce qui vous amène ? Comment se déroule votre sommeil ? Pas de sueurs nocturnes ? Est-ce que vous rêvez ? Avez-vous déjà regardé votre langue ? Mangez-vous régulièrement ? Les questions s'enchaînent. Brèves, précises. J'essaye d'y répondre de même. Non, rien. Quelques insomnies récemment... mais ce n'est pas dans mes habitudes. Idem pour le sommeil agité ou le contenu de mes rêves : il n'y a rien dont je me souvienne. Non. je suis venu... c'est plus pour de la prévention. Et puis l'acupuncture, je n'ai jamais fait, alors...

Questions d'usage
Quelle est votre date de naissance ? Qu'est-ce qui vous amène ? Comment se déroule votre sommeil ? Pas de sueurs nocturnes ? Est-ce que vous rêvez ? Avez-vous déjà regardé votre langue ? Mangez-vous régulièrement ? Les questions s'enchaînent. Brèves, précises. J'essaye d'y répondre de même. Non, rien. Quelques insomnies récemment... mais ce n'est pas dans mes habitudes. Idem pour le sommeil agité ou le contenu de mes rêves : il n'y a rien dont je me souvienne. Non. je suis venu... c'est plus pour de la prévention. Et puis l'acupuncture, je n'ai jamais fait, alors... Toutes mes réponses sont notées, consignées, conservées pour une fin que j'ignore. Probablement pour son dossier médical lors de ma prochaine visite. je suis ici pour consulter. Et non pour poser des questions. Si nous en sommes au dialogue, c'est que les deux premières étapes de l'examen ont déjà eu lieu. Celle de l'observation, où l'on regarde l'apparence du patient, sa façon de se tenir, de bouger. jusqu'au teint de sa peau si besoin. Et l'étape plus délicate de l'écoute, du senti. Difficile aujourd'hui pour un médecin chinois de percevoir la véritable odeur d'une personne ou de demander à humer ses selles. Par contre être attentif à la voix, à son timbre, ses sonorités, reste possible. Et très discret. En médecine chinoise, le diagnostic est d'une importance capitale. Il est envisagé comme une enquête, où le médecin traditionnel, sorte d'Hercule Poirot en blouse blanche, recense tous les 36

symptômes apparents ou décrits par le patient. Dans cette phase d'approche menée sans préjugés – que les Chinois dénomment "la distinction des signes" – tout devient important. Tout est indice. Des plus spontanés aux moins anodins. Comme l'activité professionnelle, la vie sexuelle, les antécédents familiaux ou les habitudes alimentaires. Ce qui importe, c'est de faire le tri entre le fondamental et le secondaire. Pour atteindre la "cause cachée" des troubles du malade. Les racines du mal dont il souffre. Normalement, une dernière étape devrait suivre : la prise de pouls. Elle arrive. Index, majeur, annulaire. Le docteur place trois doigts le long de la face interne de mon poignet gauche. Son silence est attentif. Il semble écouter, attendre des informations liées à ma pulsation sanguine, tandis que ses doigts jouent sur ma peau différents accords. Pressant ou se redressant à tour de rôle. Les trois en profondeur, un seul en surface, deux à mi-chemin. Nouvelle prise de notes avant de passer de l'autre côté. La même opération se répète, cette fois auprès de mon poignet droit. "Le pouls permet de confirmer les informations du diagnostic, celles que l'on a obtenues lors de l'observation ou de la discussion, m'explique-t-il entre deux prises de pulsations. En effet il peut y avoir des cas où, par exemple, s'il n'y a pas de relation avec le coeur ou de dilatation des vaisseaux sanguins, la maladie sera totalement imperceptible au cours du pouls. Il n'est pas possible de fonder son jugement uniquement sur celui-ci. C'est pourquoi il est pris en dernier, pour conclure et s'assurer du diagnostic."

Le pouls : l'affaire d'une vie
La prise du pouls est d'une incroyable complexité dans la tradition chinoise. L'affaire d'une vie, avertissent les textes. Comme en Occident, celle-ci s'effectue au poignet, mais il se prend simultanément à droite et à gauche, et avec trois doigts. Délimitant ainsi deux zones de trois sous parties. Et en chacune de ces sous parties, le pouls peut être pris selon trois pressions : en surface, intermédiaire ou en profondeur. Il faut une certaine habitude avant de parvenir à le prendre correctement. Lors de mes premières tentatives, bien sûr, j'étais un peu gauche. Pensez donc. Pouvoir à la fois placer une main sur chaque poignet de son patient, les tenir en douceur, exercer une pression constante et conserver sa prise le temps nécessaire... C'est aussi évident que de parvenir à vous le raconter en toute simplicité. Car il faut en plus rester patient, et laisser s'écouler un cycle entier de cinquante pulsations avant de s'interrompre. Mais, pour correctement décrire le pouls, le plus difficile est encore de trouver les mots. La tradition chinoise dispose pour cela de très nombreux adjectifs. Puisque le pouls ressenti reflète l'état du Qi composant la personne, la diversité est de mise. Onctueux, flou, rugueux,

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évanescent, impétueux, interrompu, glissant... La pratique médicale actuelle dénombre 31 pouls, dont 3 pouls normaux, 6 pouls anormaux principaux et 22 dits "ressemblants".

Au chevet des souffles en mouvement
Revenons au commencement, aux bases de la médecine traditionnelle chinoise (MTC). Celleci, toute aussi vieille que les autres "sciences" pratiquées par les anciens Chinois, repose en toute logique, le plus naturellement du monde, sur la théorie du Qi , le va-et-vient du yin / yang, les cinq éléments... Mais pas seulement. Ce premier bagage de connaissances ancestrales et essentielles, la MTC l'a étoffé. Classant organes, symptômes, remèdes et autres agents pathogènes comme autant de "souffles" distincts. Des énergies extérieures ou intérieures au corps qui se déplacent, se chevauchent, se transforment. Envisagé en ces termes, le vivant, le corps humain en particulier, s'apparente à une véritable "usine à souffles". En lui-même, l'homme n'est pas simplement constitué de l'énergie léguée par ses parents ou de celles, raffinées, obtenues par la respiration ou ses aliments. Chacun de ses organes se voit aussi doté d'une énergie qui lui est propre (13). Sur l'ensemble veille une énergie de défense – dite Wei Qi – chargée de réchauffer l'organisme et de le protéger en surface des agressions externes. Qu'il s'agisse d'égratignures, de virus ou d'un coup de froid. Si cela ne suffit pas, que des énergies malsaines, sources de toutes sortes de pathologies (fièvre, fatigue, sommeil difficile, tremblements, etc.) s'insinuent dans l'organisme, celui-ci mobilisera alors ses réserves d'énergie "saine" pour réduire à néant la menace. Enfin si possible. Le corps devient un lieu où quantités d'énergies cohabitent, se déplacent, montent, descendent, s'accumulent, stagnent et se combattent. Une cité en perpétuel mouvement et aux influences mutuelles. Un système en effervescence, sans doute extrêmement compliqué et soumis aux rythmes de l'univers. À la succession des saisons, à l'alternance du jour et de la nuit, aux variations climatiques... "L'acupuncture, c'est comme un régulateur, continue mon médecin chinois. S'il y a trop d'énergie dans le corps, cela permet de la diminuer. Et s'il en manque, l'acupuncture permet d'en avoir plus. Mais s'il n'y a rien, c'est-à-dire que le déséquilibre n'est pas assez affirmé... hé bien, dans ce cas, évidemment, l'acupuncture ne peut rien corriger." Mais si l'homme est perçu comme une somme de "souffles" instables, en constant déséquilibre... comment définir la santé là-dedans ? La médecine chinoise la voit comme un

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instant d'équilibre. Un moment d'harmonie précaire, fugace, où l'ensemble des Qi se croise sans heurts, tempêtes, ni perturbations trop importantes. Un état qu'il convient de cultiver et d'entretenir pour vivre – ou revivre – en pleine forme. Tempérez les excès et vous obtiendrez la longévité ? On peut le dire comme cela. Le diagnostic donné au patient porte sur sa maladie à lui. Causée par un déséquilibre d'énergies qui lui est propre et a lieu à un moment donné. "Une" maladie en général, ça n'existe pas. Et ça ne surgit pas non plus à cause de quelque chose que l'on pourrait isoler. Un gène, un microbe, une tumeur ? Non. Chaque "maladie" s'apparente à un processus individuel. Chaque patient a son histoire, son métabolisme, ses raisons d'être ... malade. Autrement dit, en médecine chinoise, il n'y a plus de malades imaginaires. Juste des patients plus ou moins inconscients de leur vérité. Lors d'un entretien donné au magazine Psychologies.com, Hiria Ottino, auteur du Dictionnaire de médecine chinoise, rappelait que le malade ne vient jamais seul en consultation. Il est toujours accompagné de proches que le médecin pourra questionner, "ainsi le patient n'est jamais dissocié de son milieu ambiant, physique et social." Ainsi, d'un individu à l'autre, des signes identiques peuvent dissimuler des causes très variables. Il n'y a pas une insomnie ou une céphalée, mais potentiellement autant de types de céphalées ou d'insomnies que de terriens. Pourquoi pas. Mais "cette" maladie unique, personnelle, elle a quand même bien une cause ? Une raison d'exister ? Oui. En général le coupable est tout trouvé : il s'agit du malade luimême. La faute à ses émotions. Dans la MTC, la première cause de maladie n'est pas celle des agents infectieux, des virus ou des bactéries. Non, ici, les microbes n'y sont pour rien. L'essentiel de nos ennuis de santé tient plus à la gestion de nos émotions. La question psychosomatique des maladies est prise en compte comme une évidence. L'affirmation est d'autant plus étonnante qu'elle est énoncée depuis plusieurs milliers d'années. Via le principe des correspondances. Selon celui-ci, chaque sentiment est associé à un organe. Éprouver un peu de colère ou de joie permet ainsi de stimuler le foie ou le cœur, leurs correspondants corporels. Mais gare aux conséquences si ces mêmes sentiments se mettent à durer trop longtemps. (14) Dans ce jeu dynamique et instable, où des forces variées s'exercent autour et au sein du patient, quelle que soit la cause du désordre, l'effort du médecin n'est pas de combattre la maladie. Elle n'existe pas, rappelons-le. Lutter contre cette adversaire illusoire ne servirait qu'à causer de nouvelles perturbations. Il vaut mieux chercher à restaurer l'équilibre.

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Selon cette médecine en mouvement, globale mais individuelle, centrée sur le patient et son fonctionnement particulier, il n'y a pas de recette miracle ou de solution dans l'absolu. Tout dépend des cas. Des conditions. Du moment. L'écoute et l'adaptation sont de mise et le suivi médical devient très exigeant. Il n'y a pas deux prescriptions identiques. Et un traitement requis le premier jour pourra devenir contre-indiqué le lendemain – selon l'évolution de "la" maladie. Ces ajustements permanents nécessitent des consultations fréquentes. Hebdomadaires ou quotidiennes dans les cas les plus pressés. Je comprends mieux la prise de notes.

Les aiguilles, ça pique énormément ?
L'instant des piqûres approche. Tandis qu'il prépare ses aiguilles, le docteur poursuit ses explications. "Les aiguilles sont faites en métal, un alliage de nickel-chrome. Fabriquées chacune d'une seule pièce, leur épaisseur est de 0,32 mm. Certaines peuvent avoir jusqu'à 20 cm de long. Elles sont inoxydables, déjà stérilisées et jetables après usage..." Première sensation de piqûre, sur le dessus de l'avant-bras droit. Je respire mieux. La douleur est infime, déjà oubliée. "Il est possible que vous ne ressentiez rien ou au contraire que ce soit douloureux. Cela dépend des personnes..." Seconde piqûre, au même endroit mais cette fois sur l'avant-bras gauche. Ouille. Bizarrement, cette fois, cela fait déjà plus mal. Et la douleur, quoique supportable, ne paraît pas se dissiper. "Généralement, les personnes sont plus sensibles sur les bras. Pourtant on y enfonce les aiguilles moins profondément qu'au niveau des pieds..." Un petit vent de panique monte en moi. je serre les dents, me préparant au pire. L'insertion d'une aiguille peut se faire de différentes façons. À une ou deux mains, en étalant ou en pinçant la peau, selon différents angles, différentes profondeurs. Une fois en place, cela n'est pas terminé. On peut encore la manipuler, la touiller, l'enfoncer. Voire la secouer ou la tapoter légèrement. Âmes sensibles s'abstenir ! Peine perdue. La troisième piqûre est faite, sur l'intérieur de la cheville droite. je ne l'ai quasiment pas sentie.

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Panorama des aiguilles antiques Zhen Jiu Da Cheng (1601)

"Si vous ne sentez rien, il faut me le dire. C'est important. En effet, l'acupuncture a une action directe au niveau de l'hypophyse et de l'hypothalamus, à la racine du cerveau. Ce qui entraîne un afflux sanguin dans ces zones-là et peut provoquer un vertige ou un étourdissement, avec l'impression de tomber..." Quatrième piqûre, parfaitement indolore cette fois, sur la cheville gauche. En un point symétrique du précédent. "Mais si cela se produit, ce n'est pas grave, cela n'arrive que lors de la première séance. Après, dans les séances suivantes, il n'y a plus de problème." Étendu, les bras croisés à la hauteur du bassin, me voilà rassuré. Avec ses patients aux allures de porc-épic, l'acupuncture est sûrement la technique de médecine chinoise la plus spectaculaire. Il en existe d'autres. Massages, chirurgie, pharmacopée, Qi Gong... Au fil du temps et des traités méticuleusement consignés, ces techniques empiriques, que l'on dit issues des cinq provinces antiques de l'Empire chinois, sont devenues des disciplines à part entière. Qui ont elles-mêmes essaimé en écoles et variantes, riches de nombreuses façons de faire. Le Qi Gong, littéralement "la pratique du Qi", regroupe lui un tas d'exercices physiques, de gestes et de mouvements visant à contrôler les flux d'énergie, qu'ils soient mentaux ou corporels. D'inspiration bouddhiste, taoïste, confucianiste et populaire, cette "gymnastique énergétique" aux multiples formes – plus nombreuses paraît-il que de jours dans l'année –peut se pratiquer debout, couché, assis ou pendant la marche.

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Pour Liu Dong, professeur de Qi Gong, l'essentiel "n'est pas dans les positions. Mais dans l'état d'esprit, dans la sensation de calme intérieur que vous allez ressentir et qui vous permet d'échanger de l'énergie, de communiquer avec le cosmos (15)." Cette technique en douceur est de plus en plus pratiquée, notamment par les retraités, pour ses effets bénéfiques, de plus en plus étudiés et constatés. Contre l'hypertension ou l'ostéoporose par exemple. Et bien entendu, d'autant plus efficace qu'on le pratique à titre préventif. Entrer dans une pharmacie chinoise traditionnelle, c'est comme faire ses courses dans une épicerie fine un peu bizarre. Le plus souvent, les murs sont couverts d'étagères à tiroirs contenant des dizaines de milliers d'ingrédients végétaux, minéraux ou animaux, conservés morts ou vifs dans des bocaux dédiés. Les "laborantins" locaux courent d'un bout à l'autre, font leur marché, la liste de médicaments des clients à la main. Les remèdes de la médecine chinoise utilisent autant les ressources du garde-manger que d'autres ingrédients plus exotiques, moins courants, parfois peu ragoûtants. Comme des morceaux d'insectes ou de la corne pilée d'animal rarissime (rhinocéros blanc ou licorne) qui continuent à alimenter des trafics lucratifs. Combinant phytothérapie et diététique, pour "faire" les préparations et remettre son sachet de médications prêt à avaler, la boutique peut se transformer – en coulisses – en cuisine des grands chefs. Broyant, bouillant, cuisant à la vapeur ou calcinant votre remède au-dessus des flammes.

Manger yin, manger yang
Pour les Chinois, l'alimentation est le premier médicament. Alors que chez nous les sciences de la nutrition sont toutes récentes – un demi-siècle au maximum – en Chine, là encore, celles-ci affichent quelques millénaires d'ancienneté. À la différence que, au lieu de raisonner en glucides, lipides, vitamines et calories, la diététique chinoise aborde la nutrition sous l'angle du Qi , dans un habile dosage des forces yin et de yang ou une composition des cinq éléments. Chaque chose porte son Qi. Les aliments n'y font pas exception. Viandes, céréales, fruits, légumes, poissons, boissons se caractérisent par un mélange de Qi propre à chacun. Plus ou moins yin, ou plus ou moins yang. Les proportions varient. Dès lors, plutôt que de composer notre repas au hasard, la tradition chinoise préfère piocher en cuisine les aliments qui – en plus de nous nourrir – vont aussi nous soigner. Par l'assimilation des énergies qu'ils détiennent, les aliments deviennent des ingrédients à même de réduire nos déséquilibres intérieurs. Qu'ils soient passagers ou carrément chroniques.

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Jugées selon les critères de la tradition chinoise, nos habitudes alimentaires contemporaines paraissent dans l'ensemble déplorables. Si l'on en croit les auteurs de Votre cuisine sous bonne influence, nous cumulons dans nos assiettes une quantité de Qi négatif. Nous avalons des aliments transformés et bourrés d'additifs (bien plus pauvres en énergie vitale – Qi positif – que les produits bio). Transportés qui plus est le plus souvent sur de longues distances (un remue-ménage facteur de Qi négatif) au lieu d'être produits localement. Enfin, à travers notre régime, en majorité à base de viande (œuf, poissons et produits laitiers inclus), nous ingurgitons la chair d'animaux morts, "élevés pour être sacrifiés". Bilan, le contenu de nos assiettes se sature de Qi négatif. Ces arguments traditionnels réjouissent sans doute les végétariens et les tenants de l'agriculture biologique, mais surtout, plus étonnant ! , ils rejoignent les critiques actuelles au sujet de la "malbouffe", les modèles industriels qu'elle suppose et les inquiétudes de santé publique qu'elle soulève. Ainsi en cas de stress, manger une salade froide, avec des pommes de terre, des carottes, de l'avocat et un peu de concombre, le tout assaisonné d'une larme d'huile d'olive, sera dans l'absolu plus indiqué par la cuisine énergétique chinoise qu'un oeuf au plat accompagné de frites croustillantes. À l'inverse, après un petit coup de déprime, il vaut mieux un bouillon salé bien chaud, qu'un poisson d'eau douce coupé cru en fines lamelles. Alors, comment faire ? À première vue, à l'échelle du marché et des commerçants du coin, difficile de s'y retrouver à moins d'apprendre par cœur des listes d'ingrédients plus ou moins yin ou plus moins yang. A priori pourtant, il est possible de faire le tri à l'aide de quelques critères simples : forme, couleur, texture, mouvement, origine. En général, les aliments yang apportent de la chaleur et sont riches en protéines et matières grasses. Les aliments yin au contraire sont plus doux, plus rafraîchissants, puisque contenant plus de liquide. Autres moyens de s'y repérer : le dynamisme et "l'altitude" relative. Plus l'aliment se trouve près du sol, donc loin du ciel, et plus il est yin. Une botte de radis se révèle ainsi plus yin que le chou, lui-même plus yin que des mandarines ou des amandes. Plus l'aliment est mobile, dynamique, plus celui-ci est yang. C'est pourquoi les plats à base de viande ou de poisson sont considérés comme plus yang que les tourtes aux légumes et les plateaux de fruits de mer. Et cela se retrouve parmi les viandes elles-mêmes. Le boeuf, plus placide qu'un poulet, donnera une viande plus yin, plus tendre, par rapport à un morceau de volaille. De même que la chair du crabe comparée à celle d'un saumon. Dernier facteur à prendre en compte dans votre menu : la préparation. Cru, cuit à la vapeur, frit ou rôti à la chaleur de la flamme, chaque mode de cuisson à son influence. Plus c'est chaud, ou plus l'action se fait directement sur l'aliment – en "agissant" sur lui en quelque sorte 43

– et plus c'est yang. Le fait d'utiliser une casserole en métal ou en verre aura aussi son incidence... mais là, il faut se pencher sur les recettes des cinq éléments. Tout comme le jeu des ingrédients, des saveurs. Entre l'amer, le doux, le piquant, le salé et l'acide. Ces petits riens qui s'engendrent et se contrôlent, peuvent modérer ou stimuler les vertus énergétiques de nos petits plats. C'est ici que la connaissance se transforme en art. Prenez une compote de pommes. Rajoutezy une cuillerée de miel, elle deviendra encore plus yin. Vous préférez y saupoudrer une pincée de sel ? Cela accentuera son côté yang. D'autres nuances ou combinaisons sont bien entendu possibles. De l'aigre-doux aux nouilles sautées. Maintenant que vous connaissez les grands principes de la "vraie" cuisine chinoise, à vous de jouer et d'essayer toutes vos fantaisies... Sans vous rendre malade pour autant !

Mieux vaut prévenir que guérir
Utiliser des plantes, des aiguilles, son assiette ou ses mains pour soigner, cela signifie aussi soigner avec pas grand-chose. Avec les moyens du bord, disponibles dans l'immédiat. Ou pas très loin. Une façon de faire empirique, naturelle, volontairement simple. Et ce, même si les acrobaties mentales pour établir les justes correspondances, arriver à la bonne déduction et combiner les différentes techniques tient plus de l'art d'associer les idées qu'à l'exhaustivité d'un Vidal. Toujours pragmatiques, plutôt que tomber malades et chercher à se soigner, les Chinois estiment qu'il est bien moins compliqué de rester en bonne santé. En médecine chinoise, la prévention prend le pas sur le traitement. Un vieil adage existe pour illustrer ce principe : "Voir un médecin après avoir contracté une maladie, c'est creuser un puits après avoir eu soif". Les étudiants en MTC se plaisent aussi à raconter "la logique à l'envers" qui animait les médecins chinois. En Chine, les médecins d'autrefois soignaient gratuitement les malades. Une intervention sans dédommagement. Quoi de plus normal après tout ? Si cela se produisait, c'est que le médecin avait failli à sa mission de conserver la personne en bonne santé. Par contre, il restait de la responsabilité des patients d'aller en consultation avant d'être malades. C'est lors de ces consultations avec des personnes en pleine santé, que le médecin était rémunéré pour son travail et les conseils qu'il pouvait prodiguer. On situe parfaitement l'intérêt pour le médecin d'une telle visite préventive : mieux vaut conserver des clients en bonne santé s'il tient à garantir ses honoraires. Un paradoxe qui se

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révèle plutôt vertueux. Un bon médecin a rarement des malades à voir, tandis qu'un mauvais médecin – croulant sous les cas à traiter – devrait rapidement se poser la question de changer de métier... Dans ce principe d'économie, tout le monde y gagne. Appliqué à notre époque, il ferait sans doute beaucoup de bien au trou de la sécu. La responsabilité individuelle est d'ailleurs au coeur de la conception de la santé en Chine. Les conseils du médecin visent plutôt à installer une hygiène de vie en rapport avec son patient. À base d'exercices physiques et de suggestions diététiques. Susceptibles entre autres de faciliter une meilleure gestion des émotions, de réduire le stress, les coups de sang ou les états dépressifs. Bref, la MTC est une médecine singulière. Beaucoup plus subjective que l'allopathie conventionnelle. Deux positions que résume Hiria Ottino : "La médecine occidentale soigne les maladies tandis que la médecine chinoise soigne les patients." Tandis que le médecin chinois me retire ses aiguilles, il m'explique une autre différence. Bien plus fondamentale selon lui. Si les médecines chinoise et occidentale n'ont rien à voir l'une avec l'autre, les raisons sont avant tout d'ordre philosophique. "La philosophie occidentale est une philosophie analytique. L'individu est vu comme un système dans lequel il y a des organes ; dans l'organe, il y a des tissus ; dans le tissu, des cellules ; dans les cellules, des molécules, etc. Chez les Chinois, la philosophie est synthétique... Comment vit-on ensemble ? Comment trouver l'harmonie avec notre environnement ou le climat ? L'important ici est l'interaction, la continuité de l'ensemble. C'est très différent. "Une autre différence philosophique est que la médecine occidentale me paraît un peu... statique. Depuis que la pathologie cellulaire a été trouvée, la médecine occidentale cherche toujours à isoler l'agent pathogène et à le tuer, à base de médicaments. La médecine chinoise est beaucoup plus dynamique : elle soigne sur le vivant, va le voir évoluer chaque jour et adapter son traitement en fonction de l'évolution." Synthétique ou analytique, dynamique ou statique. Ces différences expliqueraient-elles le renouveau de la médecine chinoise ? Il est évident que la MTC bénéficie, en France comme ailleurs, du développement actuel des médecines douces, où le médecin prend le temps de s'entretenir avec son patient. Ou de la lame de fond sociologique qui aspire à des philosophies et des modes de vies apaisés, en accord avec son environnement. Zen, soyons zen ? Oui, ce sont des raisons valables. Mais il y en a d'autres. Selon Hiria Ottino, "les patients qui ont eu l'occasion de faire l'expérience des deux médecines, estiment que la médecine et les médicaments occidentaux produisent des effets 45

immédiats et peuvent agir très rapidement sur les "manifestations extérieures" des maladies, mais qu'ils ne peuvent pas les guérir complètement ; à l'inverse, si la médecine traditionnelle chinoise, plus lente, ne produit pas des effets instantanés, elle est capable de supprimer définitivement la "cause d'un mal" en la "coupant à la racine" (16). De fait les médecines chinoise et occidentale n'ont jamais été aussi complémentaires. La MTC n'a jamais vraiment disparu de Chine. Ce patrimoine a survécu aux millénaires et cinquante ans de régime communiste. Dans les années 1950, le "Carnet de la nouvelle médecine", vademecum distribué aux fameux "médecins aux pieds nus" de l'Armée populaire de Chine, reproduisait des discours de Mao favorables à la MTC. Cette volonté politique s'est confirmée, en 1982, avec son inscription dans la constitution. Aujourd'hui plus d'une cinquantaine d'établissements, universités ou instituts dispensent des cours de médecine traditionnelle. Transmettant l'art du diagnostic, des piqûres, des massages et de la pharmacopée. Et plus des deux tiers des médecins chinois combinent pratiques modernes et traditionnelles, contribuant à actualiser ces dernières par la prise en compte de nouvelles "pathologies". Qu'il s'agisse du SRAS ou du SIDA. L'avenir va sans doute sceller l'alliance de ces deux visions médicales opposées. D'autant qu'une telle synthèse permettrait de mettre un peu de yin dans le yang. Et un peu de yang dans le yin. Ébauchant un système qui bénéficierait à l'ensemble. Au sortir de la consultation, occupé à analyser ma séance d'acupuncture, je réalisai mon oubli : Impossible de clore cette découverte de la médecine chinoise sans parler des méridiens. Selon la tradition chinoise, ce réseau de lignes et de ramifications qui quadrillent l'organisme servirait de voies de circulation au Qi indispensable à la vie. En MTC, les méridiens représentent un formidable outil d'alerte et de traitement. Ils sont censés se réguler d'eux-mêmes. Mais qu'une partie d'un trajet présente une tension, une pâleur ou une démangeaison, et c'est le premier signe d'un déséquilibre à corriger. Une maladie en instance, qui va rapidement se déclarer si l'on n'y prend garde. Quelle que soit la technique utilisée — l'insertion d'une aiguille ou la pression d'un shiatsu — l'intervention sur un méridien vise soit à "disperser" les énergies en excès, soit à "stimuler" pour tonifier et faire venir l'énergie manquante. Coup de pouce ou piqûre de rappel, l'objectif est juste de débloquer et relancer le "système". De façon à ce que le Qi de notre corps reprenne son cours. Depuis quatre mille ans, sur les méridiens, on ne fait pas autre chose. Même si l'on ne sait pas vraiment de quoi ils sont faits.

Notes
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13) Énergies qui circulent d'ailleurs dans l'ensemble de l'organisme au travers du réseau des méridiens (abordés au chapitre suivant). 14) Bien sûr d'autres causes existent. La médecine chinoise distingue ainsi l'hérédité, les piqûres d'insectes ou morsures d'animaux, et, plus en vrac, d'autres facteurs comme l'influence des climats, l'alimentation, une activité sexuelle débridée et un travail trop prenant. On le voit, hors accident ou événement extérieur, l'origine de nos maladies tient pour une bonne part à notre comportement, l'hygiène de vie et la gestion de nos émotions. 15) Interview, juillet 2003. 16) p.43, Dictionnaire de médecine chinoise, Hiria Ottino.

04-Le grand circuit des méridiens
L'énergie circule en nous... LE QI DU VIVANT Octobre 2001. Quartier Saint-Michel, à Paris. Un mercredi soir comme tant d'autres. Dans la salle de cours, fenêtres ouvertes, l'atmosphère est très zen. À peine troublée par les bris d'assiettes des restaurants grecs et les mélodies du piano-bar qui s'élèvent jusqu'à notre étage. Ambiance typique, pour ravir les touristes. J'entame avec la dizaine d'autres élèves du groupe notre seconde année de cours de shiatsu. Un programme apparemment chargé. Tout entier consacré, en théorie comme en pratique, à l'étude des méridiens.

D'abord un ressenti...

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planche des méridiens et ramifications (Jing Luo, extraite du Zhen Jia Da cheng, 1601)

Nous travaillons par groupe de deux. L'un est allongé sur un tapis de sol, l'autre à ses côtés. Position agenouillée, stable, verticale. La tête dans l'axe du dos. Centrée. Comme la formation nous l'a appris, je place mes pouces sur certains points du corps. Ici, le premier est posé en haut du torse, dans un creux sous la clavicule. L'autre, à ses côtés et tout près de l'épaule, s'engage le long d'une ligne imaginaire qui descend le long du bras et se poursuit jusqu'à la main. Un chemin montré par notre professeur quelques minutes avant. En veillant à garder le dos droit, je joue sur mon centre de gravité pour porter mon bassin, et avec lui mon corps, vers l'avant. De façon à exercer une pression à l'aide de mon poids dans son entier, et non à la seule force de mes bras. Je presse et j'écoute. Immobile, l'attention tournée vers l'intérieur. À ma grande surprise, je perçois quelque chose. La sensation d'un mince filet frais, ténu, comme un courant très léger. Ni liquide, ni électrique. Un brin d'énergie presque insaisissable. Il suffit d'un mouvement un peu trop brusque ou d'un regard adressé à ses voisins pour perdre le contact. Et reprendre l'expérience au début du méridien. Cet exercice, et tous les essais qui ont suivi, visent à nous faire découvrir ces lignes invisibles. Une gamme toute en nuances. L'expérience se révèle pleine de finesse en fonction des méridiens parcourus. Parfois la sensation est plus ou moins fraîche, presque métallique, et sur d’autres trajets légèrement plus tièdes. Elle peut aussi s'accompagner de fourmillements ou de picotements infimes. Ou encore

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affleurer en surface, se diffuser en profondeur, etc. Ces variations infiniment subtiles sont pourtant accessibles à toute personne après un peu d'entraînement. Cette approche des méridiens fondée sur le ressenti, l'écoute, est dans la continuité de celle mise en place par Shizuto Masunaga, un maître shiatsu japonais. Entre les années 1960 et 1970, celui-ci a établi sa propre cartographie des méridiens. Sans se référer aux textes classiques de la médecine chinoise mais sur ses seules sensations et son toucher de masseur expérimenté. Ses diagrammes se sont révélés pour l'essentiel identiques aux descriptions faites en Chine deux millénaires plus tôt. La découverte des méridiens se serait faite, paraît-il, un peu au hasard. À force de pressions empiriques, d'essais et d'erreurs, les anciens Chinois auraient appris peu à peu à utiliser certains points du corps. Au jugé, en fonction des cas, des besoins. Une douleur à un endroit donné, et hop, en appuyant ici ou là, ça allait mieux. Les poinçons en silex datés de 3 000 ans avant notre ère témoignent en faveur de cette acupuncture primitive. L'explication est satisfaisante pour repérer des points situés tout près de certaines douleurs. Mais comment imaginer la probabilité de trouver un point le long du tibia pour soigner les hémorroïdes, l'impuissance ou une simple migraine ? Une autre explication existe, transmise par les maîtres de Qi Gong : la méditation. Dans cet état de calme et de bien-être, tourné vers la conscience de soi, il serait possible de ressentir l'énergie du Qi parcourir son corps. C'est-à-dire de percevoir en soi-même le trajet "de fins ruisseaux" et de courants comparables "au flot d'une fontaine". je me souviens des impressions de chaleur, de fourmillements, de picotements gazeux entr'aperçues lors de mes cours de shiatsu. Ce sont ces sensations subtiles qui ont permis aux anciens maîtres taoïstes plongés dans la recherche de l'immortalité à l'aide de profondes méditations, de tracer le parcours des méridiens. Et aux praticiens contemporains, qu'il s'agisse de Qi Gong, d'acupuncture ou de shiatsu, de les confirmer encore aujourd'hui. "C'est de cette manière que je l'ai expérimenté avec mes maîtres, me raconte un acupuncteur, par ailleurs professeur de Qi Gong. À certains moments, vous pouvez sentir le trajet des méridiens. Mais ce trajet n'est pas très précis et reste une sensation approximative. C'est un exercice qu'on peut faire, reproduire. Tous mes élèves y parviennent mais le résultat est différent selon les personnes. Autrement dit, au point de vue de la rigueur scientifique occidentale, c'est très difficile à accepter."

Les voies des dix mille êtres

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gravure méridien cheval

Imaginez une oasis dotée d'un vaste système d'irrigation, le plus complet possible. Un système idéal, conçu comme un ensemble de tuyauteries de toutes tailles, bien rectilignes, ou pourquoi pas, un réseau de tranchées enchevêtrées. Avec, au fil de ces canalisations, des points d'eau réguliers, des dérivations, des bassins collecteurs, des pompes, des écluses... Entre les conduits principaux et secondaires, il y a une dizaine de ramifications distinctes, d'intersections et d'échangeurs. Qu'une partie du circuit vienne à manquer d'eau, et l'action d'une vanne veillera à rétablir un écoulement correct. Un trop-plein d'un côté, et c'est un déversoir automatique qui entre en action. Tout un système parfait, dédié à la meilleure circulation possible de l'eau. Le fluide vital par excellence. Figurez-vous que les méridiens... c'est à peu près la même chose. Mais à l'échelle du corps humain cette fois. L'autre différence, c'est qu'au lieu de transporter de l'eau, les méridiens véhiculent le Qi. C'est-à-dire l'énergie des souffles, la substance vitale. Un érudit vous soutiendra que l'organisation, la définition exacte des méridiens est légèrement plus compliquée. C'est juste. Mais pas beaucoup plus. Produites par la vie et disparaissant avec elle, les voies des méridiens ne sont pas le propre de l'homme. "Tous les êtres vivants disposent de méridiens, confirme un acupuncteur chinois qui exerce depuis plus d'un quart de siècle à Paris. C'est un fait connu depuis des siècles". Boeuf,

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cheval, chien, cochon, canard... À ses côtés, j'ai pu découvrir l'acupuncture des animaux à travers des illustrations extraites d'ouvrages chinois datant du XVIIe siècle. Des planches d'images, gravures ou dessins à l'encre de Chine, qui détaillent minutieusement les méridiens des plus fidèles compagnons de l'homme. Et laissent deviner l'expérience chinoise en matière d'acupuncture animale. Une discipline pratiquée autant à la ferme pour castrer des poulets et en faire des chapons – quelques aiguilles bien placées immobilisent l'animal et réduisent sa douleur – qu'au sein de disciplines sportives modernes " haut de gamme". Comme l'hippisme. Effectivement, vu de ce côté de la planète, je savais bien que le shiatsu pour chevaux était une médecine douce en plein essor dans les haras. Mais je n'avais jamais songé à faire le rapprochement – pourtant évident ! –entre des pressions manuelles sur l'échine ou l'encolure d'un cheval et la présence d'un réseau complet de méridiens. Suis-je bête ! Sous nos yeux, dès que l'on veut bien les voir, les exemples abondent. Prenons les cas les plus familiers. Chez un chat ou un chien, les zones associées aux méridiens se retrouvent sur les flancs, la colonne vertébrale, l'extérieur et l'intérieur des pattes avant et arrière. Le plus souvent, ce sont les endroits où l'animal va spontanément se gratter ou se lécher. Vous pensez qu'il se démange parce qu'il a des puces ou qu'il fait sa toilette. Pour un vétérinaire acupuncteur, c'est une forme de stimulation, d'action instinctive sur des points ou des méridiens précis, situés sous son pelage (17). Va pour les animaux ! Mais chez les plantes me direz-vous ? Les organismes vivants font partie du grand ensemble des dix mille êtres. Pourquoi le règne végétal ne devrait-il pas disposer de ses propres trajets d'énergie ? "Oui, les plantes ont leur réseau de méridiens, comme les animaux ou les hommes me confirme Dang Vinh Luu, professeur de médecine chinoise et plantes médicinales à l'Imderplam, près de Montpellier. Mais sur les plantes, c'est terriblement compliqué. Il y a beaucoup plus de méridiens que chez nous. Nous, les humains, et les mammifères en général, nous n'en avons que douze, et c'est déjà difficile à retenir. Imaginez que sur une plante, vous en avez mille fois plus." Est-ce que cela se présente sous la forme d'un écheveau de lignes, qui quadrillent le tronc ou le fruit ? Ou d'un réseau de points touffus ? Il semble très difficile d'en connaître les lois. Selon Vinh Luu, le nombre de points sur les plantes suit les saisons de façon incroyable. Au printemps, il en existe une quantité inimaginable. Et puis ils se ferment lentement avec l'hiver, reflétant la modification des échanges photochimiques entre l'extérieur et l'intérieur du végétal. Et quand ces points sont définitivement fermés, les feuilles tombent. "Vous avez alors entre les mains un bout de bois mort, poursuit-il, il n'y a plus aucun point d'acupuncture. Il n'y 51

a plus rien." (18) Difficile d'en savoir plus. Les experts en acupuncture végétale sont rares. Mais dans la nature et en théorie, ça existe.

L'héritage des anciens
De la théorie, il y en a. Cette somme de connaissances – au moins aussi vieille que la Chine et sa civilisation plusieurs fois millénaire – se retrouve disséminée dans la littérature médicale, abondante, produite au fil de la Chine antique puis impériale. La référence la plus illustre est celle du Nei Jing. Le Traité de Médecine Interne, rédigé entre le Ve siècle av. J.-C. et l'an 300 de notre ère. Il contient une première description des méridiens. Si complète que les bases n'ont pas changé depuis. (19) Les méridiens, d'après les textes classiques, l'être humain en a une infinité. Je préfère vous épargner un exposé magistral sur la question. De nombreux livres y répondent très bien. Et dans le détail. L'un d'entre eux, le Précis de médecine chinoise distingue ainsi 12 méridiens réguliers, les plus connus et les plus utilisés ; puis 8 méridiens particuliers, appelés aussi merveilleux ; 12 méridiens distincts ; 15 méridiens collatéraux ; ainsi qu'une foultitude de méridiens superficiels, capillaires, tendino-musculaires ou cutané. (20) Pour l'essentiel, les méridiens sont classés en deux groupes. - D'un côté, la douzaine de méridiens réguliers. Ils relient des points parsemés à la surface de la peau et leurs cheminements se retrouvent à l'identique des côtés droit et gauche du corps. Leurs fonctions sont assez claires. Chacun a sous sa responsabilité un domaine envisagé autant dans son versant physique (la respiration, la digestion, la thermorégulation...) que mental (la communication, la mémoire, l'émotionnel...). Par commodité, l'Occident a donné à chacun un nom d'organe : méridien poumon, foie, gros intestin, etc. Par exemple, l'aptitude à faire le tri dans sa tête et dans son métabolisme – en régulant son taux de sucre – est géré par un même méridien, dénommé rate/pancréas. (21) Ce sont eux que l'acupuncture et le shiatsu utilisent le plus fréquemment. - De l'autre, il y a tous les méridiens restants. Le plus souvent, ces tracés de deuxième catégorie "empruntent" directement des points et des portions de trajets aux premiers. Sans complexe, leurs parcours passent, sautent, zigzaguent d'un segment de méridien régulier à un autre. Parmi ces méridiens secondaires, les "méridiens merveilleux" occupent une place à part. (22) L'influence des huit méridiens merveilleux est beaucoup plus globale. Ils traversent le corps de part en part et chapeautent plusieurs organes à la fois. L'un gouverne la colonne vertébrale et ses différents étages, un autre régit tout ce qui a trait à la conception, un troisième veille au

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yin, son partenaire au yang, le suivant s'occupe de relier les moitiés supérieure et inférieure du corps, etc. Selon les Chinois, ces méridiens apparaissent dès l'embryon, aux premières heures de la division cellulaire. Les utiliser, c'est pratiquer la médecine chinoise à un niveau supérieur. "Les méridiens merveilleux, ce sont des autoroutes. Les autres à côté ce sont des départementales", m'a dit un jour Jean-Claude Guillot Noël, un ostéopathe formé à la médecine chinoise. Agir sur un méridien merveilleux, par effet domino, c'est agir sur plusieurs voies en simultané. "Et puis l'avantage des voies rapides, c'est que cela va vite." Retour à l'oasis. À l'image des méridiens réguliers dans notre corps, une douzaine de cultures s'y côtoient, délimitant des parcelles dont les besoins diffèrent. Le sol de l'oasis n'est pas parfaitement plat. Le lopin cultivé se retrouve parfois sur une butte, parfois dans un creux. L'acheminement de l'eau dans ces conditions est plus difficile. Cela occasionne des problèmes de pression, de débit, que le système d'irrigation doit compenser d'une façon ou d'une autre pour garantir un flux constant. La température de l'eau varie, aussi en fonction des parcelles à irriguer. Parfois légèrement tiède (yang), dans d'autres un peu plus fraîche (yin). Ce qui n'empêche pas l'ensemble de fonctionner comme un grand circuit fermé. À l'échelle du corps c'est la même chose. Les méridiens réguliers communiquent entre eux via leurs extrémités. Là où l'un se termine, l'autre débute à proximité immédiate. À un ou deux centimètres, sur le doigt ou l'orteil d'à côté. Un seul trait relie ainsi le torse à la main, la main à la tête, la tête aux pieds et les pieds au torse. Ce grand trajet continu et sinueux forme un cycle complet que les textes classiques appellent "la grande circulation". Un circuit accompli par le Qi, le souffle, une cinquantaine de fois par jour. Inlassablement. Raffinement supplémentaire : les méridiens ont leurs horaires. Déterminant une sorte de biorythme journalier en phase avec le cheminement de l'énergie au fil des méridiens. Au cours de ce circuit, apparemment immuable et connu depuis l'antiquité chinoise, les méridiens connaissent à tour de rôle un pic d'activité. Comme si un arrosage automatique se déclenchait par tranche de deux heures dans l'une des douze parcelles de l'oasis. Secteur après secteur, toujours dans le même ordre. De nuit comme de jour. Continuité, complémentarité, alternance... les méridiens (et à travers eux le corps) se conforment aux éternels principes du yin/yang et des cinq éléments. Dans la hiérarchie des méridiens, la surface est reliée à la profondeur, les secondaires servent de "déversoirs" au "trop-plein" d'énergie des premiers ou s'accumulent dans des collecteurs de Qi , surnommés les "mers intérieurs". Etc. Voilà pour la théorie.

Sous l'œil des scientifiques
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XXe siècle oblige, les méridiens et les points chinois ont fait l'objet de toutes les études scientifiques possibles et imaginables. Des vraies. Celles avec lesquelles on obtient des preuves irréfutables. Un défi à la science moderne relevé par des partisans comme des détracteurs. Les uns cherchant à convaincre les sceptiques de la justesse de ce savoir, les autres à reléguer ce folklore dénué de fondements aux oubliettes. Nous voilà bien.

Tsubo normal / Tsubo bloqué

En novembre 1997, l'Institut National de la Santé américain (NIH) a reconnu l'action de l'acupuncture contre les nausées, les migraines, les crampes, les maladies bénignes d'origine inflammatoire, l'arthrite, ainsi que sur les douleurs du dos, des membres, des dents, des règles. C'est l'explication de cette efficacité qui fait l'objet de controverses. "Simple effet placebo ou preuve indirecte de l'existence des méridiens ? De "quelque chose" encore scientifiquement inexpliqué ? Si c'est le cas, il y a outrage aux chercheurs. Et cela vaut bien une quête acharnée. Première hypothèse : les méridiens sont-ils vraiment invisibles ?... Après des dissections et des microdissections qui n'ont rien donné, les chercheurs ont employé une arme de choix, à base de traceurs radioactifs microscopiques : les radio-isotopes. Une fois injectées dans l'organisme, ces particules cheminent à travers lui. L'écho de leur rayonnement radioactif, d'une puissance infime mais facilement repérable, permet de suivre leur déplacement. Technique de l'ère atomique, la première utilisation des radio-isotopes pour vérifier la carte des méridiens date des années 60, par un biologiste nord-coréen. Mais c'est à la fin des années 80 que les résultats d'une équipe française créent l'événement. En confirmant, sur les bras et

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les jambes, la présence de trajets traditionnellement attribués aux méridiens. Et sans équivalents anatomiques connus. (23) Pour cette étude, le traceur – du technétium 99 – a été injecté en un point de la main ou du pied. À la naissance du méridien. Ou alors juste à côté, dans une veine ou un canal lymphatique. Ensuite, une caméra reliée à un ordinateur enregistrait image par image le parcours du traceur dans l'organisme, de façon à pouvoir comparer les trajectoires ou les vitesses de propagation des injections. Par précaution, les injections ont été reproduites sur plus de 300 personnes. Bilan : lorsque les injections ont lieu sur ur méridien, les tracés obtenus se superposent aux trajets théoriques. "Nous sommes sûrs cependant, déclarait le professeur de Vernejoul, l'un des responsables de l'étude, qu'il ne s'agit ni d'un trajet lymphatique, ni d'un trajet vasculaire, ni a fortiori d'un trajet veineux." Une belle certitude évidemment contestée, malgré le soin apporté au protocole et le nombre d'essais effectués. La faute à des capillaires sanguins non pris en compte par les médecins français mais qui expliqueraient les résultats. Entre 1950 et 1960, des travaux nord-coréens et japonais ont signalé la présence dans les muscles de conduits minuscules... qui n'ont jamais été retrouvés. Bref, canaux ou pas, le doute subsiste. Pour les Chinois eux-mêmes, il est tout à fait normal de ne trouver aucune -lace des méridiens. Le plus souvent, les méridiens ne sont considérés que comme des trajets théoriques, sans aucune existence ferme et définitive. À a limite, on peut les comparer à des lignes imaginaires que l'on s'amuserait a se dessiner sur le corps. Une sorte d'astuce mnémotechnique utilisée par es étudiants en médecine chinoise pour relier entre eux des points particuliers, ceux "qui vont ensemble", et faciliter leur apprentissage. (24) leurs yeux, ce sont les points seuls, et uniquement ceux-ci, qui existent et offrent un intérêt thérapeutique. Ces points, il y a en a effectivement pléthore. Plus de 700 ont été dénombrés. (25) Cependant, au lieu de la notion de "point" communément admise, il faudrait plutôt parler de "lieu". Les textes chinois appellent ces points tsing ("puits"). Les Japonais préfèrent le terme tsubo qui signifie "vase à l'ouverture resserrée dans lequel est renfermé quelque chose de précieux". Une sorte de calice pour protéger, en son coeur, un trésor. Ces significations imagées soulignent le rôle de ces "puits". Des sortes de valves, de petites cavités plus ou moins ouvertes ou fermées, situées sous la peau et qu'un oeil ou une main aguerrie repère simplement. Grâce à la légère dépression qui accompagne en surface leur localisation. Au toucher, on a l'impression d'y adhérer. D'ailleurs, sous des appellations diverses, l'Occident a redécouvert presque tous les points connus des Chinois. (26) Sous chacun de ces points, des terminaisons nerveuses, des capteurs sensoriels, des corpuscules de toutes sortes ont été mis

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en évidence. Sans pour autant établir de dénominateur commun. De quoi laisser choir son microscope de dépit.

Comme un réseau de fils électriques
Les années 1950. Marseille. La Canebière. Le Prado. Saint-Giniez. La Faculté des Sciences. C'est là qu'un médecin acupuncteur, le Dr Niboyet, a l'idée de mesurer la résistance électrique des points d'acupuncture à la surface de la peau. Puisqu'il semble impossible de voir les méridiens, pourquoi ne pas essayer – à l'aide de la fée électricité – d'obtenir une preuve indirecte de leur existence ? En posant par exemple des capteurs en certains endroits du corps. Et en relevant d'éventuelles anomalies électriques. Avec cette seconde hypothèse, l'énigme des méridiens commence à être résolue. La résistance et la conductivité électriques de la peau sont très particulières. Impossible, par exemple, d'appliquer strictement la formule "tension = résistance x intensité" (V=Rxl) chez un être vivant. La mesure de la résistance prise à la surface de la peau n'est jamais uniforme. Elle varie en raison de tout un tas de paramètres physiologiques autant liés à la durée du passage du courant qu'à l'émotivité du sujet, source de micro transpirations, ou encore au moment du cycle féminin. Pour son étude, le docteur Niboyet met au point le "punctomètre". Un ohmmètre inédit, toujours utilisé et qui permet des mesures au millimètre près. Pour une surface plus grande, on remplace l'électrode à pointe fine par une sonde en forme de brosse cloutée. Que découvre Niboyet au cours de ces expériences ? Que la peau est ponctuée de "puits de résistance minima". Des points qui s'avèrent de 20 à 50 % moins résistants –donc plus conducteurs – que leur environnement immédiat. Et que ces zones, parfaitement symétriques coïncident exactement avec les points recensés par les Chinois. (27) Poursuivant son exploration, le médecin marseillais constate que "dans 90 % des cas, la résistance entre deux points d'un même méridien est plus faible que celle de tout autre trajet ne suivant pas un méridien". Autrement dit, les méridiens aussi s'apparentent à des trajets de moindre résistance électrique. À des voies capables de conduire et transporter le courant électrique de façon privilégiée, en serpentant entre nos chairs. Cette découverte fait des méridiens l'équivalent d'un réseau électrique distribué à l'échelle de notre organisme. Un réseau de lignes électriques "incorporées" dont le grillage est accessible "par certains points particuliers qui sont les nœuds du réseau"... Les points d'acupuncture. Ces mesures de conductivité cutanée ont été confirmées en Chine, en Russie et ailleurs. Le docteur Becker, médecin orthopédiste américain et pionnier de l'étude des effets biologiques

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de l'électromagnétisme, raconte dans ses mémoires comment, au tout début des années 70, il arriva aux mêmes conclusions en faisant rouler un capteur circulaire sur la peau – à l'image des roulettes à pizza dont le disque effilé sert à couper la pâte – de façon à "coller" aux trajets théoriques des méridiens et obtenir des mesures continues. Sur le bras, autour des points des méridiens gros intestin et maître du coeur, il a tracé des "cartes de conductivité électrique". "Chaque point était positif par rapport à ses environs, et chacun était entouré [en surface] de son champ électrique propre, aux formes caractéristiques. (28) Au terme de six mois de mesures, il a aussi détecté des variations électriques cycliques, proches du quart d'heure. Dans les années 80, par électrophysiologie, une technique d'imagerie de son invention, le prof. roumain Dumitrescu a visualisé la présence de couronnes d'électrons au-dessus des points à traiter.(29) Électrons, électrons... Cela me rappelait des cours de physique revus quelques semaines auparavant. Les ingénieurs connaissent trois façons d'obtenir un courant électrique. C'est-àdire de déplacer des électrons, les particules dotées de charges électriques négatives. La plus commune passe par le contact d'un métal. Il s'agit de la conduction métallique. La seconde repose sur la dilution d'un sel dans un liquide. Suite à cette réaction chimique, le liquide devient électrolyte : il contient des particules en suspension dotées de charges électriques, des ions. Mises en mouvement, ces particules produiront un courant... ionique. Il existe un dernier moyen, dont l'industrie électronique s'est emparée et sans lequel aucun ordinateur, télévision ou téléphone portable ne pourrait exister : la semi-conduction. À demi conducteur et à moitié isolant, les matériaux semi-conducteurs ne savent relayer le courant électrique qu'à de très, très faibles puissances. Mais sur de longues distances, et sans aucune déperdition d'énergie. Cette propriété, tout l'inverse d'une ligne à très haute tension, ne devient un avantage que dans le domaine de l'infiniment petit. Le transistor, premier composant électronique, a été fabriqué en 1947, au sein des usines Bell. Depuis, les puces sont partout et la course à la miniaturisation n'a jamais cessé. Quel rapport avec les méridiens ou l'acupuncture ? En 1943, le prix Nobel de physiologie Szent-Györgyi avance l'idée que la bioélectricité – l'électricité présente dans le vivant – est affaire de semi-conduction. Ce découvreur de la vitamine C était un expert de l'oxydoréduction, la réaction chimique où les molécules "mutent" en s'échangeant des électrons. Selon lui, nos cellules, nos protéines sont capables de s'assembler pour laisser passer les électrons à la manière des semi-conducteurs. Donc sans perte d'énergie. Dans la conception bioélectrique (ou bioélectronique), ce sont les chairs, les tissus, les muscles qui servent de résistance électrique, c'est-à-dire de transistors. Et les méridiens de 57

circuits intégrés dans lesquels s'écoule un courant infiniment faible (des milliardièmes d'ampères). Le moindre dysfonctionnement d'un organe modifie son activité électrique – électrocardiogrammes et électromyogrammes reposent sur cette propriété – et se répercute en surface, au bout de son chemin semi-conducteur. Sur tel ou tel point d'acupuncture par exemple. (30) De fil électrique en aiguille métallique, il n'y a qu'un geste. Planter dans les noeuds de ce réseau une aiguille – un objet conducteur en or, argent, tungstène ou acier – change la résistance bioélectrique locale. Et rétablit la conductivité de la peau ou concentre le flux d'électrons. (31) Cette piste d'explication "bio-physico-chimique", retrouvée à l'aide de la thèse du docteur Niboyet, très aimablement remise par son fils, rhumatologue et acupuncteur lui-même, se révèle très différente des preuves habituellement fournies par la science. Celles-ci s'appuient sur la visualisation de l'activité cérébrale et ses agents chimiques. Constatant par exemple que la piqûre d'une aiguille entraîne une sécrétion d'endorphines, les molécules anti-douleur du cerveau. La thèse de la semi-conduction biologique, les relevés "bioélectriques" amassés depuis une cinquantaine d'années éclairent le circuit des méridiens sous in autre jour. Celui d'un Qi "scientifiquement" plausible. Et mesurable.

On n'arrête pas le progrès
Juin 2000. De bon matin. Me voilà en caleçon, pieds nus et une bobine de cuivre dans la main, étendu sur la table de massage d'un cabinet médical à Vincennes, aux portes de Paris. Un homme en blouse blanche, l'allure décontractée mais le geste averti, s'affaire à mes côtés, occupé à régler le panneau de commande d'un engin posé sur une table à roulettes. Sur les murs, de grandes planches anatomiques détaillent les chaînes musculaires du corps humain et les méridiens qui s'y trouvent. Dans un angle de la pièce, une armoire en verre aux rayonnages chargés de flacons et d'extraits pharmaceutiques. Ailleurs, revues médicales et textes annotés dépassent d'une commode encombrée. Aucun gri-gri apparent, ni d'odeur de formol inquiétante. L'atmosphère est épurée, sobre, professionnelle. "Maintenant, donnez-moi la main." L'examen commence. J'obtempère, attendant la suite. Avec une compresse légèrement trempée, Jean-Claude Guillot Noël, praticien de santé formé en Allemagne, humidifie le bord de mes doigts et y applique sur les bords de chaque ongle une sorte de stylet métallique. Une électrode qui sonde et mesure l'état électrique des points d'acupuncture situés sous la peau. "Pour mon diagnostic, explique cet électro-acupuncteur en joignant le geste à la parole, je teste la résistance électrique des points situés aux terminaisons de méridien, ou entre le 58

poignet et le coude, la cheville et le genou." Ces indications visibles sur un coin de l'appareil, un "organomètre" dernier cri, permettent au praticien en quelques mesures de disposer d'un tableau complet de valeurs qui lui décrivent l'état général du patient. De quoi dresser un bilan très précis, simplement en prenant la température électrique au bout de mes doigts et orteils. Un détail me chiffonne. Le test mené sur mes membres comprend une dizaine de mesures sur chacun. Si l'on s'en tient au savoir des Chinois, les méridiens ne sont pas si nombreux. Un pied, une main, ne comptent que six méridiens. Le plus souvent, il n'y en a qu'un par doigt. Pourquoi effectuer des mesures dans des coins de peau où il n'y a rien ? Parce que... ces bords de doigts ou de pieds recèlent les départs et terminaisons de huit méridiens supplémentaires, ignorés des Chinois mais qui s'additionnent au recensement des anciens. Un rajout effectué dans les années 1950 par un médecin allemand, le docteur Reinhold Voll. C'est en 1954, à Plochingen, en Allemagne, que le technicien médical Albert Konnen met la dernière main au tout premier organomètre. Cet étrange appareil, réalisé à la demande du docteur Voll, est relié à deux électrodes en cuivre. L'une, tenue en main, transmet le faible courant continu que génère l'appareil. L'autre, maintenue contre le point d'acupuncture testé, reçoit le courant qui traverse le corps... mais diminué de la résistance électrique locale de la peau. Sur l'organomètre, un cadran à aiguille visualise le résultat. Sur le principe, l'organomètre est similaire à n'importe quel ohmmètre ou galvanomètre conventionnel. Ou, à la même époque en France, au "punctomètre" conçu par le docteur Niboyet pour établir l'existence des méridiens. Seule différence : l'échelle. Nous ne sommes plus dans un laboratoire de recherche mais dans un cabinet médical. En soumettant tous ses clients au courant de son appareil, le docteur Voll s'aperçoit vite que les relevés fluctuent selon l'état de santé de ses patients. Autrement dit, sur un même point, les résultats divergent selon les troubles des individus. Ou les organes touchés par la maladie. Disons qu'en bonne santé, le test "normal" de résistance électrique affiche une valeur d'environ 100 000 ohms par point. Parfois, celle-ci s'effondre à 30 ou 20 000 ohms. La conductivité du point – la conductance – augmente. Dans d'autres cas, l'aiguille grimpe à 150 ou 200 000 ohms, voire au-delà. L'effet isolant de la peau est accru. Le courant passe moins bien. Avec ce système, les déséquilibres de santé deviennent quantifiables. Oscillant entre l'excès, signe d'une inflammation plus ou moins importante, et le ralentissement propre à un fonctionnement insuffisant. Une norme – fixée par exemple à 50 sur une échelle de 0 à 100 – permet de répartir les écarts. Dans le diagnostic par organomètre, le degré de gravité du trouble dépend des valeurs mesurées mais aussi du comportement de l'aiguille. Stable, en mouvement sec ou poussif, tendant vers la norme ou piquant aux extrêmes... Que de soubresauts à prendre en compte !

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Voll ne s'arrête pas là. Intrigué que certains doigts aient des méridiens et d'autres pas, l'acupuncteur multiplie les mesures en posant son électrode un peu partout. Surtout hors méridiens. Afin de vérifier si oui ou non cette incohérence globale est légitime. Son intuition est juste. Peu à peu, au fil de ses milliers de mesures, Voll met en évidence un schéma de points et méridiens apparemment inconnus de la tradition chinoise. "Les méridiens de Voll, on en dénombre huit au total" reprend Guillot Noël. Ces méridiens "modernes", répartis à égalité entre la main et le pied, se retrouvent sur l'ensemble du corps. "Ces nouveaux méridiens, du système immunitaire, des allergies ou de la lymphe par exemple, sont en quelque sorte similaires aux tracés des merveilleux vaisseaux. Ils traversent tout le corps ou empruntent les trajets existants." "Naturellement, il existe d'autres points, cartographiés sur l'ensemble du corps. D'après Voll, il s'agit de points hors méridiens que les Chinois ont oubliés ou dont ils n'avaient pas besoin, mais où il y a des correspondances anatomiques." Ces points spécifiques, Voll en a identifié 300. "Avec les points d'acupuncture des classiques, on atteint plus de 1100 points" calcule mon interlocuteur qui utilise ces points en complément de son diagnostic. Pour des investigations ciblées, sur des pathologies dites de civilisation : allergies, cancer, maladies dégénératives... L'électro-acupuncture selon Voll (EAV) combine ainsi une technique de mesure rodée et une carte des méridiens mise à jour. Mais la démarche reste difficile à accepter pour les puristes de l'acupuncture, du Qi Gong ou du shiatsu. Au pire, les méridiens découverts sont une impossibilité. Au mieux, ils sont totalement superflus. Et ne parlons pas d'homologation par des instances officielles. Pour sans doute encore quelque temps, les voies de l'EAV resteront une technique alternative à l'acupuncture académique. Née en Occident et à peine âgée d'un demi-siècle, l'électro-acupuncture ne dispose pas encore de la légitimité conférée par plusieurs millénaires d'exercice. Les méridiens, il y en a une infinité je vous disais un peu avant. Chez mon électroacupuncteur, découvrir l'existence de méridiens supplémentaires m'avait déjà passablement troublé. Écornant au passage un savoir apparemment immuable. Les mois passent. je déjeune avec Dominique Moret, un électronicien plusieurs fois primé au concours Lépine, et par ailleurs également formateur à l'électro-acupuncture selon Voll. Ce qu'il m'apprend chamboule tout le fil de notre conversation. Lui aussi a découvert sur le bout de ses doigts de nouveaux méridiens. Et en quantité. - Sur la main, il y a les 10 méridiens de Voll, m'explique-t-il, de part et d'autre de l'ongle. Mais il y a aussi des méridiens qui divisent le doigt en parties symétriques. Placé à droite, à gauche, au-dessus, au-dessous... Nous en avons 10 par doigt, donc cinquante par main. Et il y

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en a encore 8, qui terminent ou débutent dans la partie palmée située entre chaque doigt, l'un sur le dessus, l'autre au-dessous. En tout, j'en ai compté 58. (32) - Comment avez-vous pu en découvrir autant ? - Par curiosité. J'avais à ma disposition un multimètre de laboratoire avec une sonde très fine, presque aussi pointue qu'une aiguille mais dont le bout est arrondi. Je l'ai pris et je l'ai baladé à la terminaison de mes doigts. C'est ainsi que j'ai pu détecter leur présence. Et vous avez pu déterminer à quoi ces trajets correspondaient ? Pour un peu plus de la moitié d'entre eux, j'ai pu les relier à des organes ou à des fonctions. Par exemple, vous avez sur la main la rate, le foie, les organes sexuels. Dans l'acupuncture ou l'électro-acupuncture, vous ne les avez pas sur la main. Mais on peut les retrouver dans d'autres cultures. De quelle façon ? En se penchant sur les travaux réalisés par le passé. Dans l'acupuncture coréenne, j'ai découvert qu'il existait d'autres méridiens que ceux recensés par l'acupuncture classique ou par Voll, et qui recoupaient et s'intégraient à la cartographie que j'avais établie. J'ai aussi fait le rapprochement avec les huit méridiens du Docteur Caligaris qui dans les années 50, 60, travaillait avec des zones réflexes très proches de celles de l'acupuncture mais qui n'utilisait pas tout à fait les mêmes méridiens. De fil en aiguille, c'est comme cela que j'ai pu trouver d'autres fonctions, d'autres organes sur la main. Aujourd'hui, Dominique Moret a identifié 34 méridiens. Restent 24 à comprendre. Peut-être plus. C'est ce que pense l'inventeur en tout cas. "Je suis persuadé qu'il y en a encore d'autres, je n'ai sans doute pas assez cherché." Mais pas besoin pour lui d'aller plus loin. Ce n'est pas sa priorité. Ce qu'il sait lui suffit. La carte n'est pas le territoire disait un philosophe. Mes deux rencontres lui donnaient brillamment raison. L'exploration des méridiens ne fait sans doute que commencer.

Et si c'était l'eau ?
"Le taoïsme désigne les méridiens par le mot li, qui signifie rivière, cours d'eau. Il s'agit donc d'un mouvement, de quelque chose qui n'est pas figé. Le plus proche, décrit en termes de matière-énergie, c'est la vapeur d'eau. Comme dans les nuages. Car à la différence de l'état solide ou liquide, l'eau sous forme de gaz, c'est de l'énergie pure. (33) Je suis au téléphone avec le professeur Dang Vinh Luu. Cet ancien physicien de l'université de Montpellier – désormais professeur de médecine chinoise – s'est attelé durant sa carrière à analyser les propriétés de l'eau.

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Parvenant au cours des années 80 à dégager un modèle physico-chimique ingénieux qu'il inspira entre autres, dit-on, les travaux sur la mémoire de eau de Benveniste. Mais ceci n'est pas la question. Au cours de notre discussion sur la rationalité des conceptions taoïstes - tout un programme ! - nous avions évidemment dérivé sur le sujet des méridiens et de leurs mécanismes de fonctionnement. J'ai des difficultés à me représenter sa réponse. Des bouffées de vapeur en train de cheminer en lieu et place des méridiens ? C'est vrai que l'un des sens de l'idéogramme Qi signifie "vapeur". Mais de là à imaginer des volutes de fumées d'eau... Erreur ! Les choses doivent être envisagées à une toute autre échelle. Celle, beaucoup plus petite, de la molécule d'eau elle-même. "Les méridiens, poursuit-t-il, ce sont simplement des couloirs de vapeurs d'eau alignés sous la peau, dans des zones bien définis, où l'on ne trouve ni veines, ni artères, ni nerfs. L'eau, en tant que molécule, est à la fois très magnétique et très électrique. Cette combinaison fait que la molécule d'eau - à l'état de molécule isolée, dissociée, propre à l'état gazeux - s'exprime en onde. Une onde électromagnétique." En effet, la molécule d'eau est composée de deux atomes d'hydrogène pour un atome d'oxygène. Coudée selon un certain angle, quasi perpendiculaire, sa structure déséquilibrée génère des polarités électriques, positives d’un côté et négatives de l'autre. Cet agencement la rend particulièrement attractive et permet - à l'aide de liaisons chimiques appelées liaisons hydrogène (voir encadré) - d'infinies possibilités d'assemblages. Comme un grand jeu de construction dont le but serait de bâtir du vivant. Protéines, acides aminés, brins ADN et transmission de l'information nerveuse compris. Mais quel rapport avec les méridiens ? "Les méridiens sont des couloirs d'orientation électromagnétique où les molécules d'eau s'alignent les unes derrière les autres, comme des fourmis. Ces voies communiquent vers l'extérieur par des petits trous, chez les plantes on appelle cela des stomates : ce sont les points transmis par les Chinois. Et la vapeur d'eau qui va sortir par ces trous s'appelle la perspiration. C'est un phénomène de respiration cutanée qui n'est connu que depuis une soixantaine d'années. - Si je vous suis bien, si l'on cartographie les points de la peau par où a lieu la perspiration, on obtient la grille des méridiens ? - Exactement. C'est par ces points que la peau exprime le plus de vapeur d'eau. Au point que si l'on prend une photo par infrarouge, on peut voir perler des étoiles sur le corps. Et ces points peuvent se fermer, ils peuvent s'ouvrir. Cela dépend des conditions extérieures. Cela dépend aussi de l'état émotionnel intérieur. Avoir beaucoup de ses points fermés fait que vous allez vous sentir fatigué. Car la respiration cutanée est complémentaire de la respiration

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pulmonaire. À la différence que la perspiration est beaucoup plus pure car elle évacue des déchets énergétiques. L'eau de la sueur, liquide, ne charrie elle que les déchets organiques." Hypothèse : Le train des molécules d'eau servirait-il de fil conducteur aux méridiens ? Organisées en de longues chaînes plus ou moins stables, les molécules d'eau tisseraient dans nos chairs des ponts semi-conducteurs, traversés d'un courant continu. Répercutant le flux d'une onde invisible, communiquant avec l'extérieur, faisant le ménage par perspiration. Que l'intensité augmente, que les points "perspiratoires" se referment sous le coup d'une émotion violente... et tout le système se dérègle ! Les ondes s'empilent, se percutent, s'embrouillent. La chaîne des passerelles hydrogène se brise, emportée par l'excès ou le manque de charges électriques. Le circuit de liaison et de régulation ne répond plus. Hypothèse : Ces collisions en cascade, subtiles, répétées, pourraient-elles être à l'origine de toutes nos petites ou grandes douleurs : inflammations, contractures, etc. Des troubles que la médecine traditionnelle chinoise cherchera à "disperser" ou "tonifier", préférant rétablir la circulation et la cohésion de l'ensemble. Jusqu'au déséquilibre suivant.

La chaîne de la vie
D'un strict point de vue chimique, les liaisons hydrogènes (H) sont chose courante dans la nature. Fondées sur l'attraction électrostatique des atomes d'hydrogène entre eux, environ 20 fois plus fragiles que les liaisons chimiques habituelles, ces liaisons H se font et se défont sans cesse, ne permettant aux molécules que de brefs contacts. Juste le temps de s'associer l'une à l'autre, de réagir puis se séparer. Selon l'Encyclopedia Universalis, "c'est dans le domaine de la chimie de la vie que ces liaisons hydrogène revêtent leur plus grande importance. D'une part elles assurent la cohésion entre les diverses molécules constituant les tissus, et, d'autre part, c'est à elles que l'eau doit ses propriétés exceptionnelles, sans lesquelles la vie ne serait pas concevable." L'eau est la vie. Cette matière première nous baigne, ou plutôt, disons que nous sommes baignés par elle. Sang, lymphe, salive, suc digestif, bouffée de perspiration, liquide céphalorachidien, extra ou intracellulaire, l'eau constitue les trois quarts de notre organisme, de nos cellules. Voire au-delà. Même à l'échelle de l'infiniment petit, les molécules et atomes du corps humain restent entourés de liquide. En moyenne, une protéine est enveloppée de 10 000 molécules d'eau. Elles forment une sorte de coque aqueuse, dite couche de solvation, qui protège et "encapsule" la molécule située en son centre. Une hydrocage assemblée grâce aux liaisons hydrogène.

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Autour des muscles, sous la peau, de longues protéines collagène ou élastine tapissent notre organisme et composent le tissu conjonctif : un gel capable de retenir 30 à 50 fois son poids en eau. La quantité de liaisons H y est colossale... Maintenue par le collagène et l'élastine, les molécules d'eau tissent une trame continue, quasi solide. Pas aussi figée que dans la glace, mais bien plus stable qu'à l'état liquide. Un entre-deux quasi cristallin. Ces liaisons H relient l'ensemble du conjonctif. Comme un seul et gigantesque filet d'eau.

Notes
17) p. 134-145, La médecine douce des Animaux, Dr Gérard Lippert, Éditions Marco Pietteur. 18) Interview, novembre 2003. 19) Ce classique des classiques, véritable Bible de la médecine orientale de 81 chapitres, est constitué des dialogues de l'Empereur Jaune Huangdi avec son médecin et ministre Tch'i Pai. Des discussions tenues, d'après la légende, dix siècles avant notre ère. D'un point de vue historique, l'ancienneté du Nei Jing varie selon les sources et les experts. Selon certains, la rédaction du Nei Jing a débuté en -453 ou -206, d'autres estiment qu'il a été terminé en l'an 220, ou l'an 300, voire au Vlle siècle après JC. Au-delà de ces querelles de dates, il semble que ce livre légendaire a été écrit en plusieurs bouts, à des époques et par des auteurs différents. Les particularités phonétiques et historiques de la langue chinoise font qu'il existe plusieurs transcriptions de son intitulé. On peut ainsi l'appeler Huang Di Nei Jing, Houang Ti Nei King, Nei Ting ou encore Nei Tching. Même si les conventions de traduction changent, il s'agit bien du même ouvrage. 20) Précis de Médecine Chinoise, Eric Marié, Éditions Dangles, 2002. 21) Outre l'influence globale du méridien, mêlant corps et esprit, cette "zone d'influence» est aussi perceptible à la surface du corps, en certains endroits privilégiés. Comme l'œil, la langue, l'oreille ou bien entendu sur le tracé du méridien en lui-même. 22) Les textes les appellent aussi méridiens curieux, extraordinaires, ou merveilleux vaisseaux. Rien d'étrange à cela. Le terme chinois original Qi jing ba moi accepte ces différents sens, Qi signifiant au choix : merveilleux, curieux, impairs... Une façon de souligner leur importance et leurs particularités et qui explique dans les traductions courantes, l'usage d'un adjectif pour un autre. 23) Publiés en 1985 par l'Académie nationale de médecine, approfondis en 1992 dans l'Americ- - journal of Acupuncture, ces travaux menés par les professeurs Jean-Claude 64

Darras, Pierre ce Vernejoul et Pierre Albarède se sont déroulés à Paris, au service de biophysique et de médecine nucléaire de l'hôpital Necker. 24) Vu sous cet angle, les méridiens n'ont pas d'existence propre. Ils résultent des relations entre un point, puis un autre et ainsi de suite. Il y a autant de méridiens possibles que de voies pour relier les points entre eux. Ainsi certains points se révèlent des carrefours très importants, d'autres des intersections périphériques. Cela expliquerait aussi que les méridiens, selon les personnes, peuvent avoir des tracés légèrement différents. 25) 718 selon le Dictionnaire de médecine chinoise de Hiria Ottino, 763 d'après le traducteur Soulié de Morand. 800 avancent les auteurs du Que sais-je sur l'acupuncture. Depuis 1987, année de sa reconnaissance par l'OMS, l'acupuncture "officielle" ne recense plus qu'une partie de ces points, les plus importants : 409 au total, dont 361 situés sur des méridiens. 26) Le sinologue Jacques André Lavier en dresse une liste incomplète, "égratignant" le manque de savoir-vivre de l'Occident : "ignorant qu'ils portaient déjà un nom depuis des millénaires, on a sans vergogne donné le nom de leurs "inventeurs" : points de Mac-Burney, de Bazy, de Valleix, de Dujardin, de Martinet, de Wetterwald, de Halle, de Ponteau, de Morris, d'Erb, zones de Head, etc. Mais il reste que c'est dans la tradition chinoise que l'on trouve le système le plus complet et le plus cohérent." (Médecine chinoise, médecine totale, p. 182) 27) La moindre résistance à l'électricité de surfaces punctiformes et de trajets cutanés concordants avec les points et méridiens bases de l'acupuncture, Jean H. Niboyet, Presses universitaires de Gap, 1963. Cette thèse, difficile à mettre en place mais dont les enseignements et la rigueur n'ont jamais été remis en cause, a permis au docteur Niboyet d'obtenir son doctorat. Et d'apporter sa première reconnaissance scientifique à l'acupuncture. 28) P. 236, The Body Electric, Robert O. Becker et Gary Selden, Editions Quill, 1998. 29) L'électrophysiologie des points d'acupuncture, I. F. Dumitrescu, in Encyclopédie MédicoChirurgicale, Encyclopédie des Médecine Naturelles, Paris, France IB-2a - 12, 1989. 30) La médecine superlumineuse, Régis Dutheil et Brigitte Dutheil, Sand, 1999. 31) "Lorsqu'on plante une aiguille en un point quelconque du corps, la partie fixée dans le corps est portée à une certaine température. Il s'installe donc une différence de température entre la pointe et la partie métallique restée à l'air libre, ce qui provoque une polarisation de la pointe par suite du phénomène thermoélectrique. Cette électrode positive focalisera la population d'ions négatifs autour de l'électrode. Il y aurait une diminution de la concentration

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en électrolytes qui ferait diminuer la résistance ohmique locale et augmenter la conduction électrique." L'Acupuncture, p.109. Que sais-je n°705, PUF. 32) Interview, février 2004. 33) Interview, novembre 2003.

05-Les champs de la vie
L'énergie circule en nous... LE QI DU VIVANT Récapitulons. L'homme est un être électromagnétique. Un organisme traversé par une force infime mais continue, légère comme de la vapeur et pourtant essentielle à notre équilibre. Ces courants électriques extrêmement faibles, probablement dus à un flux de molécules d'eau, transitent par les méridiens, s'enfuient vers la surface de notre peau. Vers par exemple le bout des doigts et la plante des pieds. Le schéma complet de ces circuits nous échappe encore. Mais depuis Faraday et Maxwell, on sait une chose – une chose qui s'est toujours vérifiée. Qui dit courants électriques, dit induction de champs magnétiques. Invisibles et probablement aussi infimes que les courants des méridiens, ces champs accompagnent, à chaque instant, les activités de notre machine biologique. Champ de force, champ électrique, magnétique ou gravitationnel... Un champ, c'est une force qui s'exerce à distance, rayonnée à partir d'un point central. Cette influence a une direction et s'exerce tous azimuts. Vers le haut, le bas, devant, les côtés. Elle a aussi une portée, liée à la puissance du champ. Plus celui-ci est intense, plus sa force aura de portée. Et plus l'on s'éloigne, plus son influence deviendra insignifiante jusqu'à disparaître. En physique, on sait bien, très bien même, calculer les valeurs d'un champ d'énergie. On détermine ensuite sa forme, en reliant tous les points de l'espace où l'influence du champ est identique. Un peu comme des courbes de niveau, le dessin des "lignes de force" du champ traduit sa répartition, ses volumes. Car un champ est rarement uniforme. En amande, aplani, bosselé... au gré des lignes de forces qui le structurent, la forme d'un champ se modèle. Quitte à ressembler à une goutte d'eau ou un beignet troué par exemple. Je changeais de dimension. Ma quête des méridiens quittait le terrain de a tradition chinoise pour aborder les berges de la biophysique. Un détour inévitable. 'L'énergie du Qi Gong est électromagnétique", m'avait-on dit à plusieurs reprises. Direction donc la route du biomagnétisme et des électrothérapies. Un chemin moderne. La voie de l'Occident peut-être... jusqu'où l'arpenter ? De la Russie aux États-Unis, des mystères de la régénération aux mesures de l'aura, pénétrer le royaume des champs allait m'entraîner très loin au pays du vivant. Même si à ce moment, je ne savais pas où poser le doigt. 66

Technologies kirlioniques
"Nous allons faire un test. Le plus simple est que l'essai ait lieu avec vous.' je suis à Marseille, dans le cabinet du docteur Pierre Jo. Initialement, je suis venu voir ce psychothérapeute pour qu'il m'explique comment il soigne les maladies mentales par ondes électromagnétiques, y compris leurs formes les plus graves. Paranoïa, schizophrénie, psychoses. Des délires qui condamnent en général les victimes à l'internement et la camisole chimique. Le destin en a décidé autrement. Depuis quelques jours, Pierre Jo dispose d'un tout nouvel équipement. Un engin de haute technologie, au diagnostic particulièrement performant et qu'il a à peine eu le temps d'essayer. Il en est assez fier. À cette date, paraît-il, il n'y en a que deux exemplaires en France. Le sien et celui d'un autre collègue, son fournisseur. Pierre Jo me propose d'être son cobaye. L'occasion est trop belle. J'accepte bien volontiers et lui emboîte le pas. Ne sachant trop si je vais me retrouver avec des électrodes sur le crâne, devoir fournir un échantillon de salive ou m'allonger les pieds orientés au sud. Il n'en est rien. Nous passons dans la salle voisine. La pièce n'est pas bien grande, de teinte jaune-orange. Éclairée par une rangée de fenêtres en longueur d'où filtre la lumière extérieure, printanière. Sur les bords de la Méditerranée nous sommes en mars, la luminosité est déjà forte. Contre un mur, des étagères alignent différents ouvrages sur les médecines douces et plusieurs appareils électroniques un brin archaïques. Des sortes d'amplis avec molettes, cadrans et prises jacks en façade. Un pas de plus, nous approchons d'une boîte noire posée sur un coin de table. Anonyme et compacte, surmontée d'une lentille de caméra vidéo tournée vers le plafond. Des câbles blancs, rouges et noirs s'échappent du boîtier et se raccordent à l'ordinateur portable situé à côté. Ma curiosité est maintenant à son maximum. je me lance, décidé à rompre le mystère

Caméra Korotkov

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- De quoi s'agit-il ? - Familièrement, on parle d'un "korotkov", du nom de son inventeur m'explique Pierre tandis qu'il démarre son ordinateur. C'est un appare russe tout récent, conçu dans la seconde moitié des années 90 à l'université d'État de Saint-Petersbourg. Il permet de faire un bilan énergétique très précis. Mais l'intérêt de cette machine est que ses résultats ont été fiabilisés. - C'est-à-dire ? - Les informations données par l'appareil ont été étalonnées et confirmées avec plus de 3 millions de mesures. C'est-à-dire que tous les diagnostics obtenus avec le "korotkov" ont été simultanément vérifiés par des examens médicaux plus conventionnels. Des radios, des analyses de sang, des scanners... menés auprès de chaque patient de façon à contrôler la fiabilité de la machine. À Tbilissi par exemple, en Géorgie, des tests en aveugle ont été effectués sur plusieurs centaines de personnes. Dans 95 % des cas, les diagnostics de cancer annoncés par l'appareil se sont révélés exacts. - Et comment fonctionne cette machine ? - On pose ses doigts sur l'objectif, un par un. On appuie bien à plat, comme pour laisser son empreinte digitale sur le verre. La caméra prend une photo. Comme il s'agit de vidéo numérique, les images sont transmises à l'ordinateur et consultables à l'écran. Ensuite, des logiciels d'analyse spécifiques font le reste du travail et dressent leur bilan. Ce que ne me dit pas Pierre Jo, c'est qu'une électrode transparente est coulée dans la lentille de 3,5 mm d'épaisseur sur laquelle le doigt se positionne. Il y passe une décharge électrique imperceptible et particulièrement brève : un centième de milliseconde. Le temps de prendre le cliché d'électrophotographie. Intrigué, ignorant tout de ce qui va suivre, je glisse mon pouce dans le cache opaque — une sorte de sas en lamelles de caoutchouc souple — qui recouvre l'objectif de la caméra et le protège de tout reflet ou lumière extérieure. J'appose tant bien que mal, au jugé, mon empreinte digitale au contact du verre. Au centre et bien à plat m'a-t-il dit. Je m'attends à une sensation. Un bruit de flash, une impression de chaleur ou un dégagement de lumière peutêtre. Non. Rien ne s'en échappe. "Là, comme cela, ça me va bien". Satisfait, Pierre Jo valide sur l'écran de son micro le cliché que nous venons d'obtenir. La prise est bonne. On passe au doigt suivant. Avant cela, j'ai eu le temps d'inspecter l'engin. Pendant que Pierre jo activait les logiciels nécessaires et révisait la documentation, j'ai d'abord retire le capuchon de plastique noir et nettoyé la lentille de la caméra avec un coton imbibé d'alcool. Rendre la surface bien nette évitera toute trace parasite. Sur le devant un écusson est orné de trois lettres énigmatiques : GDV. Gaz Discharge Visualisation en abrégé. La "visualisation de décharge gazeuse" ? À cet instant, cela ne me dit rien.

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Une autre petite marque discrète est inscrite sur le bord de la caméra numérique. je lis "Kirlionics Ldt.". Immédiatement, les indices s'assemblent. je comprends enfin à quelle "famille" d'appareils le GDV Korotkov appartient. À celle de la photo Kirlian.

Une auréole qui impressionne
Back in USSR. Avant la fièvre des Beatles et les fumées de la Seconde Guerre mondiale. En 1939, à Krasnodar, tout près de la mer Noire, un électromécanicien Semyon Kirlian, répare un générateur au sous-sol d'un hôpital. Tout à son travail, il constate qu'une ancienne égratignure à la main, parfaitement invisible en temps normal, ressort clairement lorsqu'il se plonge dans les champs électriques hautes fréquences de l'appareil médical. Mieux, en posant sa main sur une plaque photographique, il obtient une image inédite. "Elle ressemblait beaucoup à une radio, raconte Kirlian lui-même, ce n'était pas la même chose parce que ce n'était pas le squelette qui ressortait le mieux dans cette photo, mais les contours de ma main, de chaque doigt." (34) Avec sa femme Valentine, universitaire et photographe, il s'attelle dans les mois suivants à affiner sa découverte, son procédé. Ainsi débute l'histoire de l'effet Kirlian. Ou électrophotographie. Des photos Kirlian, vous avez déjà dû en voir, ou en entendre parler. s'agit de ces clichés spectaculaires, vaporeux où se discerne une silhouette dans un halo d'éclairs. Une main, une fleur, encerclée de petites flammèches électrostatiques, en densité variable. Attention, ces lueurs n'ont aucun rapport avec un genre d'effet d'optique que l'on obtient sur des appareils photos du commerce. Comment voir différence ? Dans l'image Kirlian, ce qui est pris en photo irradie de charges électriques, délimitant autour de lui une couronne d'étincelles. Dans l'autre cas, l'effet d'optique, le sujet est recouvert d'une sorte de nuage coloré, cotonneux et translucide. L'ensemble de sa surface irisée est plus proche d'une tache d'huile que d'un arc électrique nettement découpé. Concrètement, le procédé Kirlian se compose d'une plaque photo prise en sandwich – à quelques millimètres – par deux tranches de métal où s'accumule de l'électricité. Dès que l'on touche la plaque photo, un circuit se -rée à la masse, avec la terre. Une décharge d'électricité statique a lieu. Décharge sans danger pour le vivant mais pas pour l'air ambiant. Protégé par la peau qui agit comme un isolant naturel, le courant haute fréquence court à la surface du corps sans pouvoir y pénétrer et amorce une réaction en chaîne. L'air qui affleure la peau s'électrise. Invisible à l'œil nu mais rapide comme l'éclair, cette décharge gazeuse impressionne la pellicule avant de se dissiper. La photo Kirlian est terminée. Tout cela n'a duré qu'un instant.

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D'une personne à l'autre, selon son état de santé du moment, sa forme physique ou mentale, les effluves lumineux sur l'électrophotographie ne sont pas les mêmes. Une bulle large, régulière est signe d'harmonie, avec un fonctionnement équilibré. Une autre beaucoup plus disparate, aux crêtes accidentées, ponctuées de taches – pire, de trous – exprime des fuites ou des blocages d'énergie. La marque de troubles de toutes sortes, de la dépression à l'intoxication alimentaire ou aux maladies dégénératives. L'un des effets Kirlian les plus connus est sans doute celui mis en évidence par des chercheurs de l'université de Alma Ata. Prenez une feuille encore verte et découpez-en un bout. Posez la feuille en partie déchirée sur l'appareil, tirez-lui son électroportrait. Résultat ? La feuille apparaît entière, telle qu'elle était avant d'être déchirée. Du moins, son fantôme photoélectrique. Pourquoi ? Comment ? Le mystère reste entier. À moins de prendre en compte la rémanence du champ d'énergie qui l'entoure. Il n'en fallait pas plus. La visualisation par effet Kirlian – présentée en Russie dans les années 1950 puis, rapidement, au-delà du rideau de fer – devient la méthode de référence pour enregistrer le rayonnement d'une chose ou d'une personne. Et percevoir les émanations de son énergie vitale, de sa bioénergie. De son aura peut-être ? Qu'importe l'explication, pourvu qu'on ait l'image bien nette... Retour à Marseille. Nous voici avec nos dix vignettes digitales. Regardant l'écran par-dessus l'épaule du médecin, je fais face à la marque lumineuse de mes doigts. Ou plutôt à l'image des méridiens situés à leurs bouts si vous préférez. Au lieu de voir l'empreinte digitale, j'aperçois ma "décharge gazeuse". Une petite couronne d'arcs électriques colorés et plus ou moins dessinés. Ces contours de soleils miniatures, ce sont les rayonnements de chacun de mes doigts. Wow. Mis bout à bout, l'ensemble me donne l'état global de mes méridiens. Mon bilan de santé énergétique. Pierre Io navigue dans les répertoires informatiques, il valide. Au bout de quelques instants, une nouvelle image se forme. Mon "aura" reconstituée. De face, de profil, en couleurs. Affichant ses dentelures, ses creux, ses pics. Une trentaine de paramètres sont pris en compte (brillance, densité, symétrie, etc.). L'effet est saisissant. L'analyse peut commencer. À première vue, mon halo est loin d'être uniforme. Je repère plusieurs trous dans son pourtour. Me voici un peu inquiet, mais cela n'émeut pas Pierre-Io outre mesure. Un rapide coup d'oeil sur des tableaux statistiques – qui récapitulent et pondèrent les valeurs recueillies en surlignant les zones à risque – achève de le convaincre. - Cela m'a l'air assez équilibré, pas de maladies apparentes. Il y a un petit problème aux yeux, surtout d'un côté, et un problème de vertèbres. Aux cervicales.

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C'est mentionné à l'écran mais je suis assez stupéfait. J'ai effectivement une légère myopie, surtout du côté droit où, enfant, mon orbite a reçu quelques balles de tennis. Depuis je porte des lunettes, de temps en temps. Mais pas ce jour-là. Pour la nuque, idem. C'est tout récent mais j'ai bien là aussi une vague raideur à cet endroit. Voilà qui dépasse la simple analyse des méridiens ou des chakras. - Nous allons refaire une série de clichés, m'annonce Pierre-Io, décidé. - Pour quelle raison ? – Vous allez placer un filtre haute fréquence sur l'objectif. Cela va nous permettre de saisir uniquement l'activité métabolique. Donc de faire un diagnostic qui ne concernera que votre physique sans prendre en compte l'influence des pensées ou de l'émotionnel. Je m'exécute, prends la fine rondelle en plastique qu'il me tend, la place sur le verre. Il poursuit. "Il est conseillé de prendre deux séries de clichés. L'une avec filtre, l'autre sans. Ainsi, on peut confirmer ou pas les informations obtenues au cours du premier bilan." La raison se trouve dans l'une des plaquettes décrivant le GDV : "L'aura qui entoure l'être humain est composée en partie de radiations électromagnétiques qui s'étendent des microondes à l'infrarouge et l'ultraviolet. Les basses fréquences des micro-ondes et de l'infrarouge semblent en relation avec le fonctionnement de notre corps, dans ses niveaux les plus profonds (circulation sanguine, séquence ADN...) tandis que les hautes fréquences (l'ultraviolet et au-delà) sont plus en relation avec des activités conscientes comme la pensée, la créativité, l'intention, le sens de l'humour ou les émotions." Cette fois, sans mes pensées, les résultats sont bien meilleurs. Les irrégularités, les trous ont quasiment disparu. La comparaison des deux GDVgrammes confirme l'influence de mon psychisme sur mes petits troubles. Le problème aux cervicales lui-même s'est atténué. Mon inconscient chercherait-il à me faire passer un message ?

Électrodynamique du vivant
Nous sommes tous des êtres électromagnétiques. De véritables batteries ambulantes mêlant piles cutanées, potentiels cellulaires, courants biologiques... Et rayonnements en tous genres ! En 1973, Ronald Pethig, un biologiste du Pays de Galles, a évalué le nombre de réactions chimiques présentes dans le corps humain. Et de là, la quantité d'électrons en circulation. En total cumulé, cela donne un courant de 200 ampères. (35) Ailleurs, au Japon, chez Panasonic, des chercheurs estiment la force de travail de notre métabolisme à environ 100 watts. L'équivalent puissance d'une grosse ampoule à filament ou d'un téléviseur en fonctionnement. Mais dix fois moins qu'un fer à repasser par exemple. Cette quantité d'énergie, nous pourrions même la fournir à ces appareils si l'on savait comment les

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brancher à un corps humain. Vous pouvez en sourire, mais plusieurs labos l'envisagent déjà. Un million de fois plus fines qu'un cheveu et 1 000 fois plus petites qu'un globule rouge, ces machines en quête d'électricité biologique iraient directement "se brancher" à la source. Grappillant dans notre organisme les quelques électrons nécessaires à leur fonctionnement. (36) Mais nous ne sommes pas que des batteries organiques. Les quelque dix mille milliards de cellules vivantes qui nous composent abritent une activité électrique constante et intense. Des variations de potentiel électrique, mesurées en millièmes voire en millionièmes de volt de part et d'autre de toute membrane cellulaire, que les biologistes appellent "polarisation" ou "dépolarisation" cellulaire. La répétition de ces courants électriques infimes, particulièrement brefs, due au va-et-vient des ions traversant la membrane, génère une flopée de signaux électromagnétiques ultra faibles. Répercuté à l'ensemble de notre organisme, ce système de circuits émetteurs biologiques cumule des millions de pulsations et d'impulsions à la seconde. Imaginez la scène. Ross Adey, Président du Conseil Américain de Protection contre les Radiations, ancien chercheur à la NASA, décrit la chose ainsi : "nos cellules chuchotent entre elles grâce à des ondes électromagnétiques qui se propagent dans tout le corps". Elles conversent sans discontinuer, et se répondent, dans cet immense brouhaha d'ondes radio. En 1993, dans un rapport sur l'état des connaissances en matière de champs électromagnétiques naturels et artificiels, l'OMS soulignait que "le corps humain émet des champs électromagnétiques à des fréquences allant jusqu'à 300 gigahertz". (37) C'est-à-dire au beau milieu, mais aussi au-delà des gammes de fréquences aujourd'hui utilisées par la radiodiffusion, les satellites, les mobiles, l'UMTS... Un peu avant la Seconde Guerre mondiale, le jeune professeur d'anatomie à la prestigieuse université de Yale, Harold Saxon Burr, est l'un des premiers à s'intéresser aux champs électromagnétiques du vivant. Ses observations, menées entre 1935 et 1972, vont servir de référence à toutes celles qui suivront. Pour ses recherches, Burr bricole un voltmètre à l'aide des premiers tubes à vide des transmetteurs radios de l'époque. Un prototype très sensible, dont la mise au point prendra trois ans. Les mesures commencent. Tous les jours, il plonge les index de ses élèves, de ses collaborateurs, de lui-même, dans des bols d'eau salée raccordés à son voltmètre. Burr relève des différences très précises. Des voltages particulièrement faibles, distincts d'un courant électrique ou de la résistance de la peau. De l'ordre de quelques millivolts à peine, et qui diffèrent d'une personne à l'autre. (38)

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Pris d'un jour sur l'autre, à heures fixes, Burr constate aussi que ces potentiels électropersonnels restent plus ou moins stables. À peu près, car les valeurs ne sont pas immuables. Elles évoluent dans le temps, traçant des courbes régulières, avec des minima et maxima quasi hebdomadaires. L'observation de ces biorythmes électriques, fondés sur 30 000 mesures effectuées auprès de 430 personnes, font dire à Burr : "Quand ils se sentent au pic de leur forme, leurs voltages sont élevés, quand ils se sentent en baisse, leurs voltages sont faibles." (39) Sur une salamandre, Burr obtient la preuve qu'il a affaire à un champ électrique et non à un potentiel de surface, en mesurant des voltages à une distance de 1 ou 2 millimètres de la peau. Sa conviction est faite. Burr va consacrer les quarante années suivantes à l'explorer. Du lapin à la salamandre, aux plantes, aux organismes monocellulaires... Ce cocon d'énergie ne concerne pas simplement l'homme, mais le vivant dans son ensemble. Les valeurs moyennes de ce champ vital sont parfaitement mesurables et propres à chaque espèce. Burr décide de baptiser sa trouvaille "L-Field". L pour Life. La vie. À ses yeux, le placement de toutes les cellules d'un organisme serait le fruit de ce champ global. La distribution dans l'espace des gradients de voltage, c'est-à-dire des valeurs du potentiel électrique, agirait comme un système de coordonnées en trois dimensions. Définissant la trame, le gabarit, le patron à partir duquel la forme, l'organe, le corps se fabrique. Burr poursuit sa réflexion. Si ce "champ de vie" est organisateur, des mesures anormales devraient signaler la présence de maladies. À l'hôpital Bellevue à New York, après avoir mesuré le "champ vital" d'un peu plus de 1 000 femmes, 102 patientes montrent vers le bas-ventre une chute de voltage. Un examen chirurgical confirme le dépistage par "champ L". 95 d'entre elles ont un cancer des ovaires. Burr répète l'expérience avec des souris. Il leur injecte des cellules cancéreuses et vérifie leur voltage durant les jours qui suivent. "24 ou 28 heures après, écrit-il dans Blueprint for immortality, des changements furent observés dans les gradients de voltage. Le différentiel augmenta assez régulièrement jusqu'à atteindre un maximum d'à peu près 5 millivolts vers le 11ème jour." Le groupe des souris non inoculées n'affiche aucune fluctuation significative.

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Champs embryonnaires

Le champ électrodynamique accompagne l'évolution du vivant. Mais le champ fait bien plus. Il précède, dirige. Comme un canevas qui modèle la forme d'un corps et contrôle sa croissance. Dans ces conditions, la plus petite différence de potentiel devient lourde de conséquences. Chez l'embryon comme chez l'adulte, les cellules en développement baignent dans un champ électrique infime, de quelques millivolts par mm. Parcourus de minuscules courants électriques, très nombreux, les points d'entrée, de sortie de ces trajets, déterminent autant la forme générale que la position des organes et des membres de l'organisme en gestation. Postulé par Burr, cet aspect des "champs L", a été confirmé en 1994, lorsque des biologistes se sont penchés sur le champ électrique embryonnaire. Délaissant la repousse des pattes de grenouilles, Borgens et son collègue Robinson ont cherché à modifier le champ L de larves d'amphibiens. Avec succès. En déviant les courants électriques ou en perturbant les polarités du champ global, plus de 90 % des échantillons ont présenté des malformations. Le plus souvent fatales. Selon le protocole suivi par les deux savants, les anomalies concernaient les organes internes ou la forme générale des pseudo embryons. Ils en ont déduit que plusieurs champs coexistent. Un champ global, interpénétré de dizaines d'autres champs cellulaires. Comme une bulle de savon peut contenir d'autres bulles enchevêtrées, qui s'entrecroisent dans l'espace en dessinant un labyrinthe en trois dimensions. Sur des semences de maïs, des hybrides conçus par génie agricole, Burr constate une variation du champ L selon la composition génétique. Il suffit d'un seul gène d'écart pour observer autour de la graine un changement du gradient de voltage. D'un génome à l'autre, le champ

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différerait-il subtilement ? Et des champs électriques extérieurs suffiraient à altérer la morphogenèse d'un embryon ? Voilà de quoi rendre un peu plus plausible les recherches menées par un médecin chinois, Tsiang Kan Zheng. Un rescapé de la révolution culturelle maoïste, naturalisé russe en 1989. Ses travaux sont à la limite de la science-fiction, ou du malaise, mais, au vu de ce qui précède, ils ne paraissent plus si improbables. Que fait donc le Dr Zheng de si spécial ? Il pratique le génie génétique... sans gène. Cet honorable chercheur est capable de transmettre les informations génétiques d'un être vivant à l'autre en passant par le champ vital. L'altération du champ électromagnétique provoque la mutation génétique. Bingo ! Nous entrons dans la haute précision, celle des "organismes éner-géné-tiquement modifiés". Deux mots sur sa théorie. Les interactions ADN et champ électrodynamique constituent ce que Zheng appelle la matière génétique combinée. L'ADN y conserve sa fonction de répertoire de données, de mémoire passive dans laquelle l'organisme pioche tout le matériel et les informations nécessaires à sa reproduction. jusque-là, tout le monde est d'accord. Tout comme Burr, Zheng estime que le champ d'énergie qui nous entoure n'est pas simplement l'écho de notre activité corporelle. Il en est le principe actif. La mémoire vive qui déterminerait l'organisation de notre corps physique. Donc susceptible de modifier notre ADN. La théorie est audacieuse. Mais le plus innovant est la machine qu'il a mise au point. Burr ou Borgens ont réussi à cartographier les "champs L" d'une graine ou d'un embryon, Tsiang Kan Zheng utilise lui un biotransmetteur UHF, c'est le nom de son appareil, pour enregistrer les valeurs du champ d'une espèce. Particulièrement dans l'infrarouge et les hautes fréquences. Puis le champ de son biotransmetteur impose, restitue la "photocopie" de ces paramètres de rayonnement à une autre espèce. Et ça marche. Depuis une trentaine d'années, le palmarès mis en avant par le Dr Zheng a de quoi faire frissonner les anti-OGM. On y compterait des concombres au petit goût de melon, des plants de maïs en forme d'épis de blé, quelques centaines de poussins dotés de pattes de canard, un inquiétant lapin aux dents de bouc... Et qu'il s'agisse de plantes ou d'animaux, les modifications obtenues sous l'influence du champ UHF sont transmises par l'hérédité. (43) Les dernières recherches de Tsiang Kan Zheng – en 1991 – auraient obtenu un brevet et l'aval du ministère de la Santé publique russe. Sa thérapeutique consiste à soumettre les organismes malades, fatigués, aux "champs" de sujets jeunes ou en pleine santé. De quoi réactiver les portions du génome devenues inactives avec l'âge. Et relancer des processus de guérison, voire de régénération. Oui, pas moins.

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Des rayonnements contre le cancer
Le cancer perçu comme une anomalie électromagnétique ? Voilà une idée semble-t-il fort provocante. Et pourtant... C'était la conviction du prix Nobel Albert von Szent-Gyôrgyi — récompensé en 1937 pour ses travaux sur la vitamine C. Selon ce pionnier des processus bioélectriques, l'apparition du cancer est en relation avec des déséquilibres électroniques à l'échelle de la cellule. (40) Plusieurs thérapies ont usé de champs électromagnétiques. Au cours des années 30, un immigré russe, Georges Lakhovsky, met au point en France une série d'appareils à soigner le cancer. Ses inventions — le radio-cellulo-oscillateur et l'oscillateur à ondes multiples — utilisent toute la gamme de champs électromagnétiques, couvrant les fréquences de 750 kHz jusqu'à l'infrarouge. Les premiers cancers sont soignés à Paris, à la Pitié Salpêtrière. Avec succès. Sa réputation dépasse rapidement les frontières. En janvier 1937, son appareil soigne le pape Pie Xi. En 1939, il obtient le prix international de médecine à Vienne. Il meurt aux États-Unis en 1942, écrasé par une voiture dans des circonstances assez troubles. Plus proche de nous, en 1983, le Dr Bjorn Nordenstrom a dévoilé une méthode à base d'électricité pour traiter des tumeurs inopérables. Deux électrodes sont reliées à une pile, l'une plantée dans la tumeur, l'autre à côté, dans un tissu sain. Le courant continu qui passe dans ce circuit fermé "simule" un courant de blessure à même de relancer la guérison. À Caen, en 1997, une équipe dirigée par le Professeur Mainguy a détruit des cellules cancéreuses en les soumettant à un mélange de champs magnétiques pulsés à basse fréquence et d'autres rayonnements issus de dilutions homéopathiques réalisées à partir des échantillons cancéreux. (41) Tracassé par les autorités médicales françaises à cause de son protocole peu orthodoxe, il est parti en Suisse poursuivre ses recherches. Depuis 2001, une autre technique, l'électrocution instantanée des cellules cancéreuses, est testée en France, en Angleterre, en Allemagne et aux États-Unis. Les résultats sont prometteurs. (42)

La régénération, c'est pour demain ?
Nous sommes en 1974. En Angleterre. Un jour comme un autre à l'hôpital pour enfants de Sheffield. Une petite fille attend son tour au service des urgences, l'une de ses dernières phalanges sectionnée net par une machine agricole.

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Cette fois, bizarrement, la procédure habituelle n'est pas respectée. Au lieu de replier et recoudre la peau sur l'os, l'infirmier de garde laisse la blessure ouverte et n'y applique qu'un simple pansement. Quelques jours plus tard, c'est l'étonnement dans l'équipe soignante. Le bout du doigt mal soigné semble se régénérer. Consigne est donnée de ne pas y toucher. Trois mois de "laisser faire" plus tard, la phalange a repoussé. En entier. Os, muscles, vaisseaux sanguins, terminaisons nerveuses, ongle. Le doigt est en parfait état. Tout comme avant. Empreintes digitales incluses. L'anecdote est connue des pédiatres et chercheurs en biologie. Du moins dans les pays anglosaxons. Aujourd'hui, plus de 1 000 cas similaires ont été dénombrés. Les raisons restent mystérieuses mais les conditions sont toujours identiques. Complète, spontanée, constatée en moins de 90 jours, à chaque fois, la régénération survient chez des enfants de moins de 11 ans et dont la blessure ne dépasse pas la dernière phalange du doigt... De quoi bousculer pas mal de certitudes sur les facultés humaines à s'auto-réparer. L'homme, avec lui les mammifères, est peut-être au sommet de l'évolution. Mais son pouvoir de régénération reste réduit, périphérique, limité. La régénération "vraie" – celle qui restaure un membre ou un organe dans son entier – reste le privilège d'espèces animales dites "inférieures". L'escargot, le ver de terre, le crabe. Même le poisson rouge fait mieux que nous. Avec bien entendu la salamandre, championne toutes catégories. Une salamandre perd une patte. En quelques jours, le bout du moignon est recouvert d'un bourgeon de chair : le "blastème", qui foisonne de cellules indifférenciées issues des tissus alentours, osseux, musculaires, veineux, etc. Ces cellules ont régressé au stade des cellules souches embryonnaires, perdant leurs spécificités. Cette phase de régression et prolifération, très active, se traduit par l'allongement du blastème. Seconde étape : la véritable régénération du blastème. Une fois en nombre suffisant, les cellules souches se transforment en cartilage. Elles redeviennent chairs, muscles, terminaisons nerveuses, capillaires sanguins... Six semaines après environ, le membre s'est reconstitué. Deux ou trois mois de plus et sa taille est complète, en tous points semblable à l'extrémité disparue. En fait, la salamandre et ses consœurs urodèles, la famille des amphibiens à queue, savent régénérer presque tout leur organisme. Moelle épinière, rétine, mâchoire, queue... Pour l'instant, elle est le seul vertébré connu capable de faire ça. À quoi tiennent ses prouesses ? Anatomistes et biologistes se heurtent à ce défi depuis plusieurs siècles. Constatant combien la nature sait bien faire les choses, sans faire trop d'explication. Depuis quelques décennies, la biochimie est massivement explorée. Des acides aminés de l'œil de poulpe à la coquille du crabe, les chercheurs ratissent large. Sur la piste 77

d'agents déclencheurs ou inhibiteurs. Délaissée par la plupart des instances officielles, une technique a déjà donné des résultats. Celle de l'électricité. Dans le vivant, toute blessure s'accompagne d'un courant électrique minime, appelé "courant de blessure". Mis en évidence dès 1860, il n'a été mesuré qu'au début du XXe siècle. Ses valeurs sont faibles, très faibles. De l'ordre du millionième d'ampère. Parmi les vertébrés, humain inclus, le potentiel électrique à la surface d'une blessure est en général toujours positif. Chez la salamandre, c'est différent. D'abord positif, le flux électrique s'inverse brutalement après quelques jours. Il s'effondre, devient très négatif, et le reste jusqu'au terme de la repousse. L'apparition du blastème, caractéristique du processus régénératif, coïncide avec cette inversion de la polarité électrique. Au cours des années 1960 et 1970, le modèle électrique des salamandres a été appliqué à des grenouilles adultes, des rats, des spécimens qui ne régénèrent pas. Courant continu, tension identique, potentiel négatif... Dans ces conditions, ça pousse un peu. Le résultat le plus abouti concerne la patte avant d'un rat, une repousse partielle obtenue en 1972 par un médecin orthopédiste, spécialiste de bioélectricité, le docteur Robert Becker. Sectionnée sous l'omoplate, encerclée par deux électrodes extensibles traversées d'un courant électrique, la patte du rat a cessé de se régénérer au coude. Là où le moignon contenait une ébauche d'articulation, "complète dans tous ses détails anatomiques" (44). Ce résultat, une première sur un mammifère, a été reproduit en 1979 et 1981. À l'origine des travaux de Becker, il y a la littérature scientifique soviétique. En 1958, l'orthopédiste découvre les expériences faites par le moscovite Sinyukhin sur des plants de tomates dont les branches étaient coupées afin d'y mesurer une éventuelle activité électrique. (45) Bonne pioche. Le savant russe détecte la présence de courants de blessures chez les végétaux.

Il ne s'arrête pas là. "Branchées" sur piles pour légèrement accroître ce courant, les tiges de tomates amputées repoussent plus rapidement : environ trois fois plus vite que sur les plants laissés à leur sort. "Les courants étaient très petits – seulement 2 ou 3 microampères durant 5 jours", raconte Becker dans ses mémoires, The Body Electric. "Des quantités plus importantes d'électricité tuaient les cellules et n'avaient aucune incidence sur la croissance. De plus, la polarité devait correspondre à celle présente dans la plante. Quand Sinyukhin utilisait un courant de polarité contraire, annulant celui propre à la plante, la restitution était retardée de 2 ou 3 semaines." Becker comprend la relation entre courant de blessure et régénération. L'un ne va pas sans l'autre.

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L'imposition de champs électriques accroît et dirige le développement cellulaire du vivant. C'est l'une des plus grandes découvertes du siècle dernier, mais aussi l'une des plus méconnues. Depuis 1920 par exemple, on sait qu'avec un champ électrique minime, quelques dizaines de microvolts par millimètre, les neurones "poussent" en direction de la cathode, le pôle négatif qui attire les électrons. Pas la peine de se coller la tête contre un générateur électrique. Cela ne vous rendra pas plus intelligent. Les cellules musculaires orientent leur croissance "à l'horizontale", en restant perpendiculaires aux deux pôles électriques. Les cellules osseuses y sont aussi sensibles. Mais c'est un peu plus compliqué. L'activité électrique est inséparable de la charpente de notre organisme. Cette capacité, mise en évidence en 1954 par le Japonais lwao Yasuda, orthopédiste lui aussi, est directement due à la structure de notre squelette. Faussement rigide, l'os s'organise comme un millefeuilles de protéines (du collagène) tartinées de sels de calcium (l'apatite). Tordu, pressé, étiré, soumis à des stress dit mécaniques, ce sandwich en lamelles superposées se révèle conducteur et générateur d'électricité. En produisant des charges proportionnelles aux microdéformations qu'il subit. Cet effet "piézoélectrique" est typique des semi-conducteurs utilisés dans l'industrie électronique, comme les cristaux liquides. Avec ses potentiels locaux, l'os attire et aligne la dépose des fibres de collagène. Cette "bioélectricité" lui permet de consolider en permanence les parties osseuses sollicitées ou usées. Appliqués au domaine médical, les tests menés sur des chiens et des lapins, entre 1960 et 1970, confirment les espoirs des pionniers. On peut, on sait accélérer la croissance osseuse avec des stimulations électriques externes, qui reproduisent la piézoélectricité du squelette. Voilà un traitement idéal pour les fractures. Un système à base de champs électromagnétiques pulsés (PEMFS) s'est imposé. En agissant à distance, il ne nécessite pas la pose d'électrodes. Breveté par ses deux concepteurs, Arthur Pilla et Andrew Bassett, le dispositif a été approuvé en 1979 par la FDA (46). En 1994, Bassett estimait que 250 000 patients avait pu bénéficier d'un traitement PEMFS. Taux de réussite affiché : près de 80 %. Toujours aux États-Unis, le docteur Richard Borgens a développé une technique de repousse de la moelle épinière, à base de champs électriques alternatifs. À première vue, l'Oscillating Fields System (OFS) ne paye pas de mine. Pas plus grand qu'un bâton de rouge à lèvres, ce tube est placé au contact de la zone à traiter et délivre un courant de 200 microampères, et un champ de 135 à 210 microvolts par millimètre. Pour faciliter la repousse des fibres nerveuses dans les deux sens, le champ électrique inverse sa polarité (la cathode devient l'anode et vice-versa) tous les quarts d'heure. Après des cochons d'Inde puis des chiens, Borgens a obtenu en 2003 l'autorisation de tester l'OFS sur

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des humains. À condition que les blessures des volontaires soient récentes : 18 jours au plus. Moins on tarde, meilleures seraient les chances de réussite. En janvier 2005, l'université de l'Indiana communiquait les premiers résultats. Malgré deux opérations assez lourdes (pour implanter puis retirer l'OFS), l'état de l'ensemble des cobayes paralysés s'est amélioré. Une étape symbolique est franchie. (47) Utilisation de courants et champs électriques micro dosés, stimulations de la repousse osseuse, nerveuse... La solution est dans le champ.

Mon coeur, cet électro-aimant
Restons un instant à l'échelle de la cellule. Plus précisément près de l'oeuf, de l'ovule, qui entame une fois fécondé sa division cellulaire et sa transformation en embryon. Le champ électrique de la cellule n'est pas uniforme. Ses potentiels se répartissent selon des gradients, des lignes de forces et des intersections qui délimitent les "quartiers" et les principaux axes de l'organisme. La médecine chinoise y associe l'apparition des méridiens merveilleux. Sur un oeuf de salamandre, avant et après fécondation, Harold Saxon Burr a identifié un point où la valeur du champ électrique était maximale. Ce point marquait la future localisation du coeur. Chez l'homme, et les vertébrés en général, le coeur est le premier organe à se former. L'ébauche du muscle cardiaque devance tous les autres et se dessine dès la fin de la troisième semaine. Ses premiers battements apparaissent dans les jours qui suivent. Le coeur occupe alors dans l'organisme une place démesurée. Dans les premières semaines de vie, il représente un bon tiers du volume de l'embryon. Et cette influence du muscle cardiaque, ce rôle central, électrique et électromagnétique, perdure bien après la naissance. Les cardiobiologistes en ont eu confirmation en 1963. Au gré de ses battements, notre coeur irradie un champ magnétique pulsé dont la puissance est considérable. Du moins à l'échelle des mesures biologiques dont les courants et potentiels électriques s'expriment en millivolts et nano ampères. Centré sur la poitrine, ce champ du coeur nous encercle en rayonnant comme une grosse bouée circulaire. Les experts évoquent une forme en tore. Une sorte d'anneau épais et bombé, mais incurvé au centre. À la manière d'un beignet troué. La preuve incontestable du magnétisme cardiaque a été apportée par les docteurs Baule et MacFee en 1963. Avant celui du cerveau dont le champ magnétique, il est vrai mille fois plus faible que celui du cœur, ne sera détecté qu'en 1970. Mais mesurer est une chose. À l'heure actuelle, le mystère demeure sur l'origine de ce champ cardiomagnétique.

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Peut-être est-il causé par les mouvements du cœur ? Les déplacements infimes de l'activité électrique – dus aux soubresauts des pulsations cardiaques – pourraient créer par induction un champ magnétique. Il y a l'hypothèse du flux sanguin. Chargé d'hémoglobine, vecteur d'un flot de microparticules de fer, le sang deviendrait le véhicule de son propre magnétisme. Propulsé avec force au travers des ventricules, le sang en s'enroulant au fil des circonvolutions de la pompe cardiaque occasionne un va-et-vient périodique qui serait la source des fluctuations du champ magnétique. Autre possibilité : la mise en cohérence des cellules cardiaques. En phase, ensemble, elles feraient varier le potentiel électrique de leurs membranes. Cumulées, cela produirait des oscillations magnétiques mesurables... Entre l'un ou l'autre raisonnement, on ne sait pas trop. Le coeur a un champ magnétique. Comme le cerveau, et nos autres organes sans doute. Mais celui du cœur prédomine au point de se propager au-delà de nous, à distance.

Champ cardiomagnétique enregistré par Auguste Waller en 1887

Des expériences menées au Heartmath Research Center à Boulder Creek, aux États-Unis, ont montré que l'énergie cardiaque pouvait être transmise à une autre personne. Mais sous certaines conditions : qu'elles soient en contact ou très proche l'une de l'autre. Ce qui signifie que le signal électromagnétique du coeur est non seulement mesurable un peu partout sur le corps. Mais aussi à proximité immédiate. Sa pulsation influence les activités physiologiques de ceux que l'on touche. Le plus souvent sans même s'en rendre compte. 81

En comparant les courbes de deux sujets enregistrés en simultané, les chercheurs se sont aperçus que l'une des deux activités cérébrales présentait un pic régulier mais inexplicable. À moins de prendre en compte le rythme cardiaque de son voisin ! Surprise... cet écho particulier était en phase non pas avec son propre battement de coeur mais avec celui de la personne à ses côtés. Celle qui lui "donnait" la main. Pour l'exercice, l'équipe du Heartmath lui avait demandé une seule chose. D'entrer le temps de la séance dans un état de calme, de bien-être, de bienveillance et de paix que l'on appelle la cohérence cardiaque (en référence à la régularité du battement cardiaque qui accompagne cet état). Bref, on lui avait en quelque sorte demandé de donner de l'amour. Et cela se voyait dans les tracés de son voisin ! Cette harmonisation entre deux personnes, complètement inconsciente, dépend de la portée du champ cardiaque. En général, l'écho s'amenuise jusqu'à cinquante centimètres de distance, au prix d'un délai rallongé de quelques millisecondes. Au-delà, à un mètre l'un de l'autre par exemple, la communication – si elle a lieu – devient imperceptible. À l'inverse, c'est lorsque les peaux se touchent, bien sûr, que l'amplitude du pic se révèle le plus marqué et le plus synchrone. Il suffit de se donner la main... mais pas n'importe lesquelles. "Des différences ont été observées dans l'amplitude du signal transféré selon l'orientation choisie pour se serrer les mains, rapportent les auteurs de l'étude. L'amplitude était la plus haute lorsque la main droite du receveur tenait la main gauche de l'émetteur. À l'inverse le transfert n'était pas détecté du tout quand les sujets se tenaient main gauche contre main gauche". Selon la combinaison testée, ou les barrières éventuelles (comme le port d'un gant isolant), le signal peut varier d'un facteur de 1 à 10. De quoi se poser pas mal de questions. Sur le fait d'être bien ou pas avec quelqu'un, sur la proximité entre un bébé et sa mère, sur nos capacités J'apaisement des autres et de nousmêmes. Essayons déjà de retenir l'essentiel... Laisser parler son coeur suffit parfois à tout se dire.

Paroles de flamme
Ce jour-là, je piétine. Autour de moi, la documentation s'amoncelle. Je suis submergé d'informations, de dates, de descriptions rédigées entre la seconde moitié du XIXe siècle et le début du XXe. Pas moyen de dégager un fil conducteur. Mon insatisfaction grandit. Soudain, à la vitesse de la lumière, une idée...

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Une flamme entoure une silhouette, l'englobe totalement. Elle palpite, fluctue, vacille. Vivace et fragile, elle se déforme sans cesse, au fil des saisons, au moindre mouvement, aux plus petites pensées. Car au gré des émotions, elle grandit ou s'étiole. Va rayonner de mille feux et soudain décliner. Dès qu'un sentiment nous épuise, qu'un microbe nous abat. Comme une flamme, nimbée de rubans évanescents, dressée vers le ciel. Des traînées intangibles s'élèvent, exhalées par la bouche, les doigts, le bout des cheveux, libres de s'enfuir. D'un geste un peu appuyé, ce feu changeant, instable, se concentre autour de la main. D'autres fois, en pleine réflexion, il ira s'accumuler autour de la tête. J'y vois plusieurs couches, comme dans la flamme d'une bougie. La première est comme une graine, un oeuf... Un centre bien net, dense, au plus près du corps, quelques millimètres à peine. Le second panache, au milieu, est déjà plus épais. La troisième enveloppe, la plus à l'extérieur, s'évanouit doucement dans l'espace. Sans contours précis. Comme une flamme, ses couleurs fascinent. Palette chaleureuse, miroitante, inondée d'écarlate, d'azur, de doré. Soulignée de nuances de vert, de soupçons de violet... Le spectacle est total, ardent, lumineux, passionné. C'est une flamme et je devine qu'elle souffle, crache, fulmine et crépite ses éclats d'un son sourd. Sauvage et essoufflée, égarée mais à l'affût. Elle ne se cache plus. Elle m'embrase. Il n'y a pas besoin de la voir. Juste de la sentir en tendant la main. Flamme, te voilà. Avec nous... Fin du flash. L'image est puissante. Trop simple ou consistante pour ne pas la vérifier. J'apprends en ouvrant l'Encyclopedia Universalis que la flamme est le résultat visible d'une réaction chimique entretenue et très intense. Les atomes vibrent, tournent sur eux-mêmes. Excités en tous sens, les électrons débordent d'énergie, qu'ils restituent sous forme de photons. Des grains de lumière "dans les régions du spectre ultraviolet, visible et infrarouge." (48) Tiens, peu ou prou les mêmes gammes de fréquences que celles rayonnées par l'organisme humain. Suivons la correspondance. Brillante intuition ou Jolie métaphore d'alchimiste (dont les taoïstes étaient les grands précurseurs), les anciens Chinois associaient eux aussi la flamme à l'activité du vivant. Traditionnellement, chez l'homme, le tronc est en effet divisé en trois foyers superposés, qui fonctionnent comme des forges perpétuelles. En bas règne le feu de l'énergie sexuelle. Au milieu bouillonne celui de la digestion. Le foyer supérieur abrite le cœur, qui rayonne chaleur et lumière. Correctement "nourris", ces fourneaux ne s'éteignent qu'à la mort. Autre exemple : le Wei Qi. En médecine chinoise, cette énergie rapide, vigilante, à configuration variable, circule à la surface du corps et correspond à la première ligne de défense de l'organisme. Par la force des choses, les traducteurs occidentaux l'ont assimilé aux

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mécanismes du système immunitaire, qui protège le corps de toute intrusion extérieure. Peutêtre est-ce le cas. Mais par essence, le wei Qi est bien plus que cela. Les taoïstes anciens et modernes considèrent plutôt l'énergie wei Qi comme un écran protecteur. Ce cocon est plus ou moins épais en fonction de notre état de santé. Exténué, stressé, l'enveloppe Wei Qi se rétracte et prend l'épaisseur d'une feuille de riz. Mais dès que l'on retrouve la santé ou que l'on parvient à stimuler cette énergie à travers des exercices de Qi Gong, le wei Qi reprend du relief, gagne de l'ampleur et s'étend à distance. Par exemple à une vingtaine de centimètres au-dessus de la peau. À Shanghai, l'institut de recherche en médecine traditionnelle a constaté autour de maîtres Qi Gong plongés dans le contrôle de leur wei Qi une augmentation du champ magnétique corporel. Ainsi qu'une quantité anormale d'électricité statique 50 cm au-dessus de leur tête et une diminution des rayonnements infrarouges émis par l'organisme. (49) Plus près de nous, en 1987, à l'hôpital Necker, à Paris, une expérience similaire a été menée. Des photos thermiques d'un maître Qi Gong ont été prises avant et après une démonstration de wei Qi. "La comparaison des deux séries de clichés [réalisés à une demi-heure d'intervalle] révéla un déplacement de chaleur invraisemblable du crâne vers l'extrémité des doigts, écrit le journaliste Bernard Martino. Au moins huit degrés centigrades. je dis "au moins" parce que le professeur Thierré, très perplexe, nous a expliqué que sa machine n'était pas réglée pour enregistrer de tels écarts de température." (50) Reparlons physique. Dans ce puzzle livré à mon regard, le feu, l'infrarouge, revenait un peu trop souvent. Qu'est-ce qu'une flamme précisément ? Il s'agit d'un plasma. Un état gazeux "énergisé", chargé de particules électrisés – une soupe d'atomes disssociés en ions et électrons – donc capable de relayer un courant. Un état de la matière omniprésent dans l'univers. Sauf sur Terre. En général, ces nuages de gaz ionisés ne se trouvent en effet que dans l'espace, ou lors de réactions chimiques de plusieurs centaines ou milliers de degrés. Le soleil, la foudre rentrent dans la famille des plasmas. À son échelle, minime, la flamme d'une bougie aussi. C'est peut-être cela l'aura ? La manifestation d'un plasma exotique, à température ambiante et très faible densité, que produirait l'activité intrinsèque du vivant. N'oublions pas que notre corps émane naturellement, en continu, des rayonnements électromagnétiques multiples : champ-L ou cardiomagnétique par exemple. Ces ondes excitent une partie de l'air alentour, les molécules les plus proches de nous. À quelques dixièmes de millimètres de notre peau ou à peine un peu plus éloignées. C'est cette fine couche de gaz, plus ou moins conductrice, qui transparaîtrait lors de l'effet Kirlian ou durant les mesures de Wei Qi. Il n'y a rien d'ésotérique là-dedans.

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juste une bonne dose de réactions physicochimiques. Mais peut-on réduire la croyance en l'aura à une simple question d'atmosphère humaine ?

Notes
34) Les Nouveaux Sorciers du Kremlin, chap 6 & 7, Henri Gris et William Dick, Éditions Tchou, 197 35) "Electronic conduction in biological systems" Electronic & power, 19, 445-9. 1973. 36) "L'électricité sanguine sera sucrée", novembre 2003, Futurinc.com 37) EHC 137 : Electromagnetic fields, OMS, Genève, 1993. inchem.org/documents/ehc/ehc/ehcl37.htm (anglais). 38) Publié en 1972, Burr présente dans Blueprint for immortality l'ensemble de ses découvertes. Au cours de sa carrière, Burr disposa d'une autre tribune — le journal universitaire de Yale — dont il était le rédacteur en chef et dans lequel il a pu publier les articles relatifs à ses travaux. 39) Burr a constaté après avoir accroché durant une dizaine d'années son système sur deux arbres, que leurs champs-1 variaient en fonction de la lumière et de l'obscurité (le cycle jour/nuit), mais aussi selon les orages, les tâches solaires et les phases de la lune. L'expérience reproduite par Fraser-Smith en 1977 a fait la couverture de Nature, la célèbre revue scientifique. 40) Conception qu'il expose dans son ouvrage The Living State & Cancer, Ed. Marcel Dekker, New York, 1978. 41) Publié dans deux revues Zeischrift für Onkologie / journal of Oncology, 29, 4 (1997), p.113-117. 42) La décharge par champs électriques a un voltage de 60 000 volts / centimètre et dure 0,3 millionième de secondes. (source : Spectrum du 10 juin 2004, A high-voltage fight against cancer, http://www.spectrum.jeee.org/webonly/wonews/jun04/0604ncell.html). 43) II existe peu de documentation sur les expériences de Tsiang Kan Zheng. On trouve sur inter-net plusieurs textes mais leurs contenus sont identiques. Tous reprennent la traduction d'un article paru en 1993 dans la revue moscovite Aura-Z.

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44) Electromagnetism & Life, Chap 2 : growth control. 45) "Nature of the variation of the bioelectric potentials in the regeneration process of plants", A. M. Sinyukhin, Université d'État Lomonosov, Moscou. Article paru dans la revue Biofizika. 46) La Food and Drug Administration décide de la mise sur le marché américain ou pas des nouveaux produits médicaux ou alimentaires. 47) "Moelles épinière (re)connexions", 11 janvier 2005, http://www.Futurinc.com 48) Encyclopedia Universalis. 49) p. 22, B.A. BA Qi Cong, éditions Pardès. 50) p. 92, 93. Les Chants de l'invisible, Ed. J'ai lu, Paris. 2000.

06-Neurones, esprits viscéraux et tas de consciences
Les pensées secrètes du cerveau... LE QI DE LA PENSÉE Parlons chiffres. On estime le corps humain composé de 50 mille milliards de cellules. Et les cellules du cerveau, les neurones, comptent pour 10 à 100 milliards. Chaque neurone est à l'origine d'un écheveau de filaments et de ramifications nerveuses, le centre d'un réseau pouvant aller jusqu'à 500 000 interconnexions. La communication de neurone à neurone s'établit à travers des terminaisons appelées synapses. Pour les tenants de la neurobiologie la plus moderne, notre pensée se situe quelque part dans cet agrégat cellulaire unique qu'est le cerveau. Elle résulterait de la somme des interconnexions observées entre neurones, synapses... et la centaine d'agents chimiques désormais recensés. Des molécules relais intermédiaires dont les neurotransmetteurs ou neuromédiateurs sont les catégories les plus connues. Vos pensées actuelles, le dialogue intérieur en cours, ces quelques lignes que vous lisez, peuvent ainsi se réduire à des processus chimiques et électriques incessants, se déroulant de part et d'autre de votre cerveau. De neurone à neurone, via les synapses impliquées. Voici la conception enseignée aux médecins. En Chine, la pensée se trouve considérée bien autrement. Traditionnellement, car c'est ainsi que l'enseignent les textes antiques, le cerveau ne serait pas le siège de la pensée. Du moins... pas en lui-même. Cette croyance, anachronique et plutôt déroutante, devient encore plus irrationnelle lorsqu'on découvre que ces textes répartissent l'activité mentale au sein de l'organisme. En la distribuant entre le cœur, le foie, la rate, les 86

reins et les poumons. La pensée n'est plus concentrée, localisée en un seul endroit mais partagée entre plusieurs. Chaque organe assumant l'une des facettes de l'activité mentale.

Histoires d'esprits viscéraux
Selon cette division du travail cognitif, les poumons deviennent le siège de la vie végétative, le "Po". Il assure tout ce qui a trait aux automatismes inconscients, aux actions réflexes, aux gestes et mouvements effectués machinalement. Sans y penser. Respiration, apnée, déglutition, mastication. Si vous vous mordez la langue, vous savez maintenant à quoi vous en tenir : votre po est perturbé. Le "Hun", associé au Foie, contrôle lui l'imagination, l'élan créateur. Il s'agit de la force d'impulsion, la pulsion de vie pourrait-on préciser, qui va inspirer rêves, désirs et projets. Un trop plein d'idées qui foisonnent et se dispersent, un sommeil agité, avec des cauchemars, ou au contraire l'appauvrissement de l'imaginaire sont autant de problèmes de hun. Situé dans la rate, le "Yi" assimile les expériences et la connaissance. Très sollicité dans les métiers à dominante intellectuelle ou cérébrale, le vaste champ du yi recouvre mémorisation, compréhension, concentration, reformulation. "Lorsque le yi fonctionne, on comprend aisément, on retient facilement, on conçoit bien et on énonce clairement" résume Éric Marié, dans son Précis de médecine chinoise. Le "Zhi", lui, est localisé dans les reins et permet de mener à terme une action sans se laisser détourner. Il fédère esprit de décision, volonté, détermination, affirmation de soi. Bref, toutes les vertus utiles à la concrétisation d'une intention. Un caractère indécis, le découragement expriment une déficience d'énergie zhi. Alors que l'excès entraîne témérité ou entêtement. Nous voilà avertis. Enfin, au coeur revient la place du "Shen". De la conscience. Énergie centrale, qui gouverne les quatre autres, le shen comprend autant la faculté de jugement que celle de la compassion. Une aptitude au discernement que l'on appelle aussi l'intelligence du coeur. Ces énergies psychiques sont les "cinq esprits viscéraux" des Chinois. Les organes en sont les dépositaires. Que l'activité du rein ou de la rate soit affectée, son versant mental en subira les conséquences. Un trop-plein d'euphorie ou d'état dépressif ? Cela va influer sur votre shen. Dans la logique chinoise, ce sont bien les manifestations d'une même énergie sous ses aspects yin et yang. À la fois pensée intangible, en mouvement, et forme matérielle, condensée au sein d'un organe. Pour en revenir au cerveau, son existence anatomique n'est pas mise en doute par les praticiens de la médecine traditionnelle chinoise. Cependant, considéré plutôt en tant que support nerveux, sa fonction se limite à une sorte de grand "ordonnateur". Une "matière grise"

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chargée de commander les mouvements et les sens, telle la vision ou l'audition. L'équivalent d'un centre de tri mental, dédié à coordonner et rendre cohérentes les informations intellectuelles, affectives, ou neurovégétatives qu'il réceptionne. Loin de lui tout raisonnement, intuition ou émotion propre. Pour cela, les "esprits viscéraux" restent souverains. Stricto sensu, une telle interprétation des fonctions du cerveau se révèle identique à celle enseignée en France, dans les lycées. Par exemple, lorsque la fonction première de l'encéphale est décrite comme "un système central de traitement et de commande." Un système en trois strates.

Un cerveau divisé
Aujourd'hui, l'histoire des cerveaux droit et gauche est bien établie par la science. À l'un, l'hémisphère gauche, revient la pensée logique, l'analyse, le calcul. À l'autre, le droit, la pensée spatiale, la visualisation, la synthèse. Au premier, la bosse des maths. Au second, le génie créatif. Une dualité à harmoniser pour qui veut "vivre en bonne intelligence" avec luimême. Mise en évidence lors d'une intervention chirurgicale menée au cours des années 60, cette première séparation, verticale, binaire, s'est complétée quelques années plus tard d'une autre avancée, tout aussi décisive, permise par les progrès de l'imagerie médicale : il n'existerait non pas un mais trois cerveaux superposés. En interaction les uns avec les autres.

Cerveau triunique

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Cette découverte, on la doit au neurologue américain Mac Lean, un pionnier de la résonance magnétique nucléaire. Appliquée à l'imagerie cérébrale, cette technique permit à la fin des années 60, en évitant des observations à "crâne ouvert", de visualiser le cerveau en activité. Ou plutôt de distinguer ses trois parties en fonctionnement. Une révélation que ce neurologue a dénommé "cerveau triunique". Comme trois en un. Un assemblage composé d'un cerveau primitif, dit reptilien ; d'un cerveau émotionnel, appelé aussi limbique ; et d'un cerveau "évolué", le néo-cortex. Tout petit mais central, le cerveau reptilien est le plus ancien dans notre évolution. Âgé d'environ 300 millions d'années, la fonction de ce cerveau archaïque mais indispensable est d'assurer notre survie. Prise en charge des activités réflexes et vitales (comme la respiration, le sommeil, la température du corps...), instinct de conservation, de reproduction, de défense du territoire, siège de la mémoire à court terme... son intelligence porte sur le présent immédiat, celui de l'action juste ou instinctive. Second cerveau : le limbique ou cerveau émotionnel. Il est apparu il y a 160 millions d'années, aux temps des mammifères. Peur, colère, désir, joie, envie... il régit tout ce qui a trait à nos émotions et à nos croyances. Ce que Mac Lean décrit comme des "certitudes à composantes affectives puissantes et sans frein". Autrement dit, il s'agit du fruit de nos expériences vécues, que ces leçons du passé soient déplaisantes ou fort agréables. Et que le limbique cherchera perpétuellement à fuir ou à revivre, inconsciemment ou non. Puisque les empreintes qui ont marqué ce cerveau engendrent la répétition des comportements, le limbique est à l'origine des attitudes "spontanées", adoptées face à une situation donnée. Parade nuptiale ou de combat... avant d'étudier les hommes, l'éthologie avait déjà recensé l'essentiel de ces rituels chez les animaux. Les interdépendances entre l'affectif, l'émotionnel, et les processus de mémorisation à long terme – des questions soulevées il y a peu – se retrouveraient expliquées par le système limbique. Enfin, dernière enveloppe à s'être surajoutée, le néo-cortex, synonyme de "nouvelle écorce" en latin il correspond à la surface plissée du cerveau, dont les circonvolutions sont "à peine" âgées de 50 millions d'années. Son domaine est celui de l'abstraction pure, de l'intelligence "intellectuelle". Le néo-cortex ne sait que penser et réfléchir, conceptualiser, suggérer... bref, tirer des plans sur la comète. Il abrite les aires du langage ou de la logique, mais aussi celles activées par le mensonge. Une invention habile, qui mélange créativité, beaux discours et interprétations en tous genres. Ce cerveau évolué vit dans le futur, délégant à son confrère reptilien la gestion du présent immédiat, et au limbique la question du passé. Ce qui le laisse totalement démuni. Pris en otage. Coincé entre l'impérieuse nécessité d'une survie corporelle qui le dépasse, et des torrents émotionnels, qui l'envahissent, qu'il subit mais dont les raisons lui échappent.

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Dans la théorie de Mac Lean, il n'y aurait donc pas seulement chez l'homme une paire de demi-cerveaux aux propriétés antagonistes mais complémentaires, mais aussi trois couches de cerveaux qui se répartissent les tâches. Au plus ancien l'indispensable et le plus vital, au plus récent les attributions les plus superflues et hypothétiques. Depuis le début des années 70, cette compréhension moderne, compartimentée, du fonctionnement de la psyché s'est imposée. Confortée par les progrès de l'imagerie cérébrale en quête des zones "corticales" du langage, des rêves, de la colère, du stress. Des zones qui, à l'écran, clignotent, changent de couleur et se répondent. Des résultats apparemment bien éloignés de la théorie formulée par les anciens Chinois. La question des "esprits viscéraux" semble pourtant d'actualité. Car, désormais, il ne paraît plus si étonnant que la médecine chinoise ait pu se représenter l'activité mentale comme une somme d'esprits distincts. Les progrès accomplis en neurophysiologie, l'étude du fonctionnement des neurones à travers l'organisme, confirment la présence de cerveaux "annexes", distribués dans l'ensemble du corps. Comme les Chinois le disaient naguère.

Les "petits cerveaux" du corps
"On sait depuis peu que l'intestin et le coeur ont leurs propres réseaux de quelques dizaines de milliers de neurones qui sont comme des "petits cerveaux" à l'intérieur du corps. Ces cerveaux locaux sont capables d'avoir leur propres perceptions, de modifier leur comportement en fonction de celles-ci, et même de se transformer à la suite de leurs expériences, c'est-à-dire, d'une certaine manière, de former leurs propres souvenirs." Ce constat, formulé par le docteur David Servan-Schreiber dans son ouvrage Guérir, n'est possible que grâce aux progrès réalisés en psycho-neuro-immunologie. Cette discipline fertile et toute récente, née il y a une petite quinzaine d'années, vise à expliciter les multiples mécanismes – émotionnels, hormonaux, nerveux – en relation avec le système immunitaire. Mais la psycho-neuro-immunologie cherche aussi comment, dans ce dialogue à plusieurs, le système immunitaire influence à son tour le cerveau. Prenons le cas du coeur, le foyer du shen en médecine chinoise. Selon les travaux rapportés par David Servan-Schreiber, cette pompe à faire circuler le sang dispose, pour se faire entendre, de connexions avec le cerveau. Outre la tension artérielle, la sécrétion de substances hormonales ou son influence sur le champ magnétique corporel, le coeur renvoie aussi vers la base du crâne des fibres nerveuses en relation directe avec le système limbique. Résultat ? "Quand le coeur se dérègle, il entraîne avec lui le cerveau", résume le médecin.

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On connaît les symptômes. Une émotion intense, la peur, la colère, la honte... Et voilà la peau, les joues, les lobes qui rougissent. Le coeur bat la chamade. Le souffle manque. La pression artérielle s'élève. L'ensemble du système vasculaire s'engorge et les glandes endocrines fabriquent une cascade d'hormones appropriées. Bref, avec le système cœur-cerveau, c'est déjà tout un tas de changements physiologiques qui s'enchaînent et nous "chamboulent". Mais les quelque 40 000 neurones du coeur suffisent-ils à faire de cet organe le seul de nos cerveaux secondaires ? D'autres usines à hormones, comme le foie ou les reins, ont été mis en évidence. Surtout le coeur n'est pas le seul organe à avoir un réseau de neurones seraiautonomes. Il y a le système urinaire, les intestins. Ces derniers, richement pourvus, disposent d'ailleurs de leur propre appellation : le système nerveux entérique. Notre intestin contient 100 millions de neurones, à peu près autant que la moelle épinière. Le premier a les avoir compté, est Michael Gershon, un professeur d'anatomie et de biologie moléculaire de l'université de Columbia. Son livre The second brain, publié en 1999, a fait l'effet d'une révélation. Depuis, le "petit cerveau" de nos intestins est le centre de toutes les attentions, désormais regroupées sous un même nom gigogne : la neuro-gastro-entérologie. Enroulées autour du tube digestif, regroupées en ganglions, dispersées le long de la paroi intestinale, reliées à l'estomac et au pancréas, ces cellules nerveuses assurent le bon fonctionnement de la digestion – appelée aussi réflexe péristaltique – et dirigent une bonne partie de nos défenses immunitaires, dont 80 % des molécules se concentrent au sein du système digestif. Leur parenté avec les neurones du cerveau devient encore plus frappante au fil de la comparaison. Production de neurotransmetteurs identiques, lésions similaires en cas de maladies dégénératives... les cellules abdoneu-rales partagent avec leurs "cousines d'en haut" la même sensibilité aux antidépresseurs. Voilà qui explique les problèmes de digestion qui accompagnent la prise de ces cachets. Ce qui peut inhiber les uns, a le même effet sur les autres. De là à imaginer qu'un médicament traitant la constipation ou l'ulcère de l'estomac puisse agir sur les troubles de l'humeur, il n'y a... qu'un peu de temps ! Ces hypothèses sont testées par les labos. Les mécanismes et découvertes issus de la psycho-neuro-immunologie ouvrent, bien sûr, des perspectives en matière de chirurgie, de traitement et de culture de tissus nerveux. Mais également dans la gestion de nos émotions.

Les émotions, ça se digère !

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L'émotion est une réaction à une situation donnée, une façon de vivre un événement. Pour l'organisme, cela s'apparente à un stress et ses réponses biologiques sont connues : poussée sanguine et hormonale. Qu'elle soit positive ou négative, la surcharge émotionnelle, soudaine, violente, sera résolue dans le feu de l'action ou progressivement évacuée. Mais on ne peut pas toujours sauter de joie ou laisser monter des sanglots. Alors ? Trop de stress tue. Ou plutôt détruit à petit feu. C'est une évidence aujourd'hui acceptée par tous. L'accumulation d'émotions ravalées, non exprimées, a une conséquence physiologique directe, aussi bien que psychologique, qui occasionne à la longue bon nombre des "maladies modernes" : ulcère, hypertension, cancer, dépression... De telles interactions entre l'émotionnel, le corps et la mémoire sont par exemple au coeur de la psychologie biodynamique. Ce courant psychothérapeutique, à base de travail corporel et d'intégration verbale (voir encadré) considère qu'avec son ventre, un organisme sain peut "digérer" naturellement le stress de ses émotions. La biodynamique nomme cette capacité innée d'autorégulation le "psycho-péristaltisme". Mais quand les émotions restent inexprimées de façons répétées, que le stress perdure, la "digestion des émotions" ne se fait plus. Les toxines résiduelles s'accumulent et encombrent les tissus. Empoisonnant peu à peu l'organisme et l'esprit. Les conséquences deviennent chroniques. Couche après couche, la névrose s'installe et "s'incarne" dans le corps. La psychologie biodynamique est directement inspirée des écrits du psychiatre Wilhelm Reich, qui, dès les années 40, en praticien exalté, appelait à la libération des énergies caractérielles. Des énergies peu à peu bloquées pour, selon lui, nous défendre en créant des "cuirasses" musculaires. Ces zones rigides, comme mortes, nous encerclent. Tels des anneaux qui nous ceinturent à différentes hauteurs du corps. C'est Henri Laborit qui le premier – dans le cadre de son "Agressologie", prémisses seventies de la psycho neuro-immunologie – a démontré sur des rats les effets destructeurs du stress. Ses expériences d'inhibition de l'action vont lui apprendre une chose essentielle mais terrible. Coincé dans une situation stressante et sans issue, quand un rat ne peut plus réagir par la fuite ou la lutte et qu'il ne lui reste que le choix de subir passivement son stress, des pathologies apparaissent. Le rat "se rend" plus ou moins malade selon son état de santé du départ et la durée de la situation. Qu'elle s'installe et dure un peu trop longtemps, et cette inhibition de l'action provoque en plus des problèmes de mémoire. Avec sa démonstration du cerveau abdominal, Gershon va plus loin dans les relations du trio émotion-stress-mémoire. Le chercheur américain suggère que le ventre serait la matrice biologique de l'inconscient. Ses caractéristiques, du réflexe péristaltique au réseau d'influences neuro-hormonales, cette biochimie que l'on commence à peine à comprendre, le 92

rendraient capable de se souvenir. Gershon prend l'exemple de la sérotonine, l'hormone du sommeil paradoxal. La phase du sommeil où l'on rêve et qui servirait de "gymnastique mémorielle" au cerveau. Eh bien, cette hormone, notre système nerveux entérique la sécrète également durant la nuit. En matière de conscience et de mémoire distribuée, diffusée à l'ensemble du corps, une théorie encore plus audacieuse existe. Elle associe les biophotons, l'énergie lumineuse fabriquée et émise par les cellules vivantes, et les globules rouges. Les cellules élémentaires du sang qui, elles, savent circuler partout. Les fameux biophotons, ce sont d'infimes rafales de lumière lâchées à chaque instant et à faible distance par nos noyaux cellulaires. Mis en évidence par un allemand, Fritz Popp à la fin des années 80, ces photons biologiques seraient la signature du système de communication du vivant, fondé sur l'échange de signaux électromagnétiques entre cellules. Contrairement aux cellules du foie, du cerveau, des muscles ou des os, les hématies, c'est le vrai nom des globules rouges, sont des cellules mobiles. A même de se déplacer et parcourir notre organisme d'un bout à un autre. De plus, à l'inverse des globules blancs par exemple, les hématies sont dépourvues de noyaux. Ce qui les rend capables de se faufiler dans des passages extrêmement étroits, d'atteindre des recoins autrement inaccessibles à des cellules mieux équipées mais plus grosses. Nos globules rouges disposent d'une autre particularité. Outre le transport de l'oxygène, l'hémoglobine des hématies contient un vestige du règne végétal, un pigment spécialisé qui lui permet de capter l'énergie solaire. Donc des photons. Cette énergie lumineuse, stockée dans les globules rouges, peut ensuite se décharger à n'importe quel endroit de l'organisme, à proximité de n'importe quel tissu. Y compris le tissu cérébral. Pour certains, le globule rouge assurerait une fonction de "photo-transmetteur mobile", de la surface du corps à portée des rayons solaires vers le cerveau. En effet, si la barrière hémato-encéphalique préserve les neurones de tout contact direct avec les globules rouges, ceux-ci, au cours de leur trajet dans les capillaires sanguins du cerveau, affleurent la névroglie. Une couche de cellules intermédiaires, qui, de l'hématie au neurone, peuvent se "passer" les photons relâchés. Et transmettre les photons dans l'autre sens, du neurone vers l'hématie. Revenons à la mémoire. Selon cette hypothèse, les globules rouges absorbent les photons rayonnés par l'interconnexion incessante des neurones. Quelques millisecondes plus tard, portés par la circulation sanguine, ces mêmes globules rouges, véhicules d'une sorte de mémoire "flash" des processus neurochimiques, libèreraient leurs photons ailleurs. Diffusant

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le produit de l'activité nerveuse dans l'ensemble de l'organisme. La conscience se distribue dans le corps. (51) Cette piste ne se réduit pas à une savante spéculation. L'absorption des photons par les hématies a été vérifiée. Cette propriété est même à l'origine de thérapies dites "hématophotoniques". Des techniques médicales "d'avant-garde", découvertes par un vétérinaire américain en 1923, régulièrement utilisées depuis aux États-Unis, en Allemagne et dans les pays de l'Est. (52) De tels mécanismes pourraient-il expliquer comment nos pensées, conscientes et inconscientes, puissent se nicher ainsi au fin fond de nos cellules ? Que nos petits et grands affects du quotidien, nos peines, nos peurs, nos joies ou nos espoirs – ou du moins la bio énergie qui en résulte – puissent débarquer, s'incarner dans notre chair ? Où situer alors la mémoire, la pensée ? La conscience ? Du côté des Chinois, nous avons déjà la réponse. Eux-mêmes, avec leur théorie des "esprits viscéraux" semblent d'ailleurs la connaître depuis longtemps. Revenons au cerveau. La pensée, ce n'est pas que des paquets de cellules. C'est aussi une onde. Disons plutôt des ondes, les reflets de l'activité cérébrale. À chaque instant, des millions de neurones s'échangent à leurs extrémités des molécules dotées de charges électriques. Ces courants infimes produisent un champ électrique en fluctuation continue. Des petits va-et-vient bioélectriques que l'on sait mesurer.

La thérapie biodynamique
Développée par la psychologue et physiothérapeute Gerda Boyesen, la psychologie biodynamique estime que les processus "esprit" et "corps" fonctionnent de concert, et va donc attacher une attention particulière à l'expression corporelle d'une personne. La névrose ayant un développement aussi bien physiologique que psychologique, les symptômes de celle-ci peuvent être à dominante caractérielle ou corporelle. Une situation qualifiée de "névrose incorporée". Le cycle émotionnel est au coeur de la psychologie biodynamique. Si le processus intestinal de digestion des émotions, auquel Gerda Boyesen a donné le nom de psycho-péristaltisme, ne peut avoir lieu, le corps ne peut plus totalement évacuer les effets du stress émotionnel. L'énergie, les toxines déployées lors du choc émotif restent contenues et s'accumulent au fil des émotions inexprimées. Ces retenues deviennent partie intégrante de la structure corporelle. Finalement les muscles intestinaux perdent la capacité de répondre aux "pressions" censées stimuler le psycho-péristaltisme (armure viscérale). Les fluides ne circulent plus

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librement, les tissus ne sont pas correctement nettoyés et le fonctionnement cellulaire s'en trouve affecté (armure tissulaire). Il n'y a pas de séance type en psychologie biodynamique. Le thérapeute, pour dissoudre les tensions corporelles, travaille avec des techniques de mouvement et de massages spécifiques. En utilisant un stéthoscope sur l'abdomen, le thérapeute suit les sons du péristaltisme en détail. Ces sons variés — un langage complet en lui-même — viennent en réponse aux différents touchers du thérapeute. Une fois que l'armure du corps, couche après couche, commence à se dissoudre, une poussée "biodynamique" des énergies étouffées aura lieu. Sensations musculaires, souvenirs "oubliés", respirations expansives ou éclats émotionnels, la remontée à la conscience de ces stimuli peut prendre de nombreuses formes. Un travail verbal, de psychothérapie classique, est alors requis. La thérapie biodynamique, par le "décrassage" corporel et mental qu'elle suscite, libère la personnalité primaire. Celle qui correspond au "noyau vivant", non névrotique, de la personne. Favorisant des retrouvailles avec soi-même pour enfin s'affirmer et s'exprimer pleinement.

Je pense, donc je trace...
L'histoire des ondes cérébrales débute à la fin des années 20. Elle se confond avec la mise au point en 1924 par un savant allemand, Hans Berger, d'un curieux dispositif : l'électroencéphalographe. EEG, en abrégé. Appareil primitif, tentaculaire, destiné à sonder la pensée – son inventeur souhaitait paraît-il mesurer la télépathie – l'EEG ressemble à un écheveau de fils terminés par des électrodes. Ses capteurs, au minimum une vingtaine, sont à répartir sur le cuir chevelu... bien symétriques. (53) À travers la boîte crânienne, chaque électrode enregistre les variations du champ électrique local qui résulte des sautes de potentiel des neurones situés juste en dessous : les dizaines de millions de micro-décharges électriques échangés par nos neurones lors de leurs interconnexions. On le sait maintenant, le vivant est le siège d'une activité micro-électrique intense, qu'elle soit cellulaire ou à plus grande échelle. Le cerveau n'échappe pas aux pulsations ténues et éparpillées de ce champ d'énergie vital.

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Ondes bêta, alpha, thêta, delta

Cette activité électrique soutenue repose sur l'absorption ou la diffusion de molécules chimiques dotées de charges électriques, des ions. Ce sont les neurotransmetteurs répertoriés par la biologie moléculaire. Pour passionnante ou extraordinaire que soit cette connaissance électrochimique, l'essentiel à mes yeux n'est pas là. Chose incroyable en effet, toute cette activité cérébrale obéit à des rythmes. Oui, tous les éclairs de courant que s'échangent nos neurones ne se déroulent pas au hasard. Notre cerveau suit une partition aux caractéristiques précises. Une sorte de symphonie qui lui serait propre, aux portées entrelacées. Tout d'abord, on s'en est aperçu grâce aux techniques d'imagerie médicale les plus récentes, l'activité cérébrale est cohérente. Elle oscille, varie, circule dans notre cerveau à des temps, une vitesse, selon différents rythmes synchronisés de l'arrière vers l'avant, puis l'inverse. Ce flux et reflux nous balaye l'encéphale de part en part, sans arrêt, plusieurs fois par seconde. Comme une vague continue, vivifiante et régulière. Témoins fidèles mais subjectifs, les ondes cérébrales se disposent en familles. Selon leur allure, leur amplitude, leur périodicité. En termes scientifiques, on va parler de fréquences et d'intensités électriques. Ces ondes sont triées selon les lettres de l'alphabet grec : alpha, bêta, gamma, delta, thêta. Leur composition entraîne des états de conscience distincts.

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Première catégorie, l'état bêta. Pour être exact on devrait plutôt parler d'ondes bêta. Il s'agit de notre état de conscience ordinaire. L'état de veille au quotidien. Ses tracés sont présents dès qu'il y a action volontaire, calcul, geste, pensée analytique. Ce sont les plus rapides (13 à 30 oscillations/seconde) mais leur amplitude est faible (environ 5 microvolts). Si les ondes bêta sont celles des yeux ouverts, les ondes alpha apparaissent elles en un clin d'œil, dès que les paupières se ferment. État indispensable à notre bien-être, l'alpha s'accompagne d'une activité cérébrale ralentie (8 à 12 oscillations/sec) mais très ample (50 microvolts). Cet état passif est le temps de la récupération mentale et physique. Repos, rêvasseries, relaxation ou méditation légère, l'alpha est souvent un prélude au sommeil. Le temps d'une sieste ou l'espace d'un instant. Ondes du sommeil paradoxal (là où l'on rêve), les ondes thêta, encore plus lentes (3 à 7 oscillations/sec), sont aussi celles des états de grande intuition, de remontées de souvenirs ou d'idées géniales. Cet état de visualisation intérieure et d'unité profonde avec soi-même ou l'univers a été systématiquement relevé auprès des religieux, moines zen ou bouddhistes, plongés en méditation profonde. Enfin, encore plus lentes : les ondes delta (0,5 à 3 oscillations/sec.). À ce stade, il s'agit d'un sommeil profond, sans rêves. Ou d'un état de conscience proche du coma. Tout récemment, des pics d'agitation impromptus et soudains – les ondes gamma – ont été ajoutés. Comprises entre 30 et 70 oscillations/sec, voire plus, les décharges gamma sont associées autant aux crises d'épilepsie qu'aux éclairs de génie. Pour l'instant, sur ces brèves tempêtes de neurones, on n'en sait pas plus. À l'état de la conscience ordinaire coexistent les ondes alpha et bêta, mais la prédominance de l'une, l'excès de l'autre, va entraîner ce que les spécialistes appellent des états "modifiés" de conscience. Une vingtaine d'entre eux sont répertoriés. Le rêve, le sommeil, la méditation, la transe ou le stress par exemple. L'excès d'ondes bêta est sans doute le plus nocif, car il marque un état de stress chronique. Insomnie, épuisement, la récupération devient impossible. Une dominante thêta ou alpha, au contraire, accompagne l'accès à des états moins communs : créativité, intuition, jusqu'à des phénomènes paranormaux comme la perception extrasensorielle ou les transes, avec insensibilité à la douleur et contrôle absolu du corps. Que les proportions évoluent, juste d'un soupçon, et notre humeur s'y conforme. (54) Que la balance des ondes cérébrales s'inverse, et nous changeons d'état de conscience. Voilà un

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cocktail de fréquences électriques à manier avec respect car sa saveur peut varier du tout au tout. Mine de rien, la conscience, c'est surtout une affaire de dosage.

Des empreintes "very" fiables
Fidèles reflets de l'activité psychique consciente ou pas, les labos accommodent les ondes cérébrales à toutes les sauces. Analyse des tracés en fonction des âges de la vie ? Comparaison des signatures cérébrales propres aux grands dépressifs, aux alcooliques, aux schizophrènes et autres monsieur "tout-le-monde" ? À l'extrême, pourquoi pas imaginer la lecture de la pensée ou un détecteur de mensonge assistée par EEG... Vous pouvez sourire. Dans l'esprit des scientifiques, les thèmes de recherche ne manquent pas. Dès le premier coup d'oeil, enfin pour qui "sait" lire des électroencéphalogrammes, il est possible de faire la différence entre le tracé d'un adulte et celui d'un enfant. En effet, plus on prend de l'âge, plus les ondes petites et rapides, les bêta, dominent et prennent le dessus sur les autres. Notamment les alpha, typiques elles du nourrisson. En 2002, des neuropsychiatres de l'université de Californie sont allés plus loin. En scrutant les ondes cérébrales avant et après traitement, ils sont parvenus à vérifier après quelques jours l'effet d'un antidépresseur prescrit à une cinquantaine de patients. (55) Pour la première fois, en détectant des changements particuliers de l'activité cérébrale, on a pu prédire correctement l'issue d'un traitement médicamenteux. Logique, puisque les molécules des antidépresseurs visent à modifier l'activité chimio-électrique du cerveau... Pourquoi s'étonner de tels résultats ? Parce que... Si l'on peut vérifier ainsi, à peine avalé, l'efficacité d'un médicament, pourquoi ne pas ausculter la psyché avant traitement ? Identifier par exemple dans les tracés des troubles psychologiques latents ? Ou voir si d'infimes signaux électriques ne trahiraient pas la présence d'une maladie ou d'un comportement plus ancien ? 2002 encore. Décidément une grande année pour la société de l'esprit et l'exploration de nos ondes. Une étude menée cette fois au Connecticut, auprès de plus de 150 étudiantes âgées de 16 à 20 ans, a pu retracer dans leurs enregistrements des nuances subtiles. Des indices qui reflétaient rien moins que leur histoire personnelle ou familiale. Ainsi, celles ayant connu des épisodes dépressifs (un tiers) présentaient dans leurs EEG plus d'ondes alpha que les autres. Une petite différence mais "constamment présente parmi cellesci, constate Lance Bauer, le psychiatre à l'initiative de l'étude, même après la fin de leur période de dépression sévère". Autre enseignement, les tracés des jeunes filles nées de parents alcooliques – sans l'être elles-mêmes – ont montré un excès d'ondes bêta absent des relevés

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des anciennes dépressives. Inattendu ! Une surdose des ondes de la vie quotidienne et du stress serait-elle un symptôme de l'alcoolisme ? Oui, du moins dans les proportions mesurées par les chercheurs. Les déséquilibres constatés par Lance Bauer sont d'autant plus instructifs que tout les oppose. L'héritage familial de l'alcoolisme, marqué par des ondes rapides, se situe dans l'hémisphère gauche du cerveau. L'empreinte de la dépression, cette légère prédominance d'ondes lentes alpha, se loge dans l'hémisphère droit. (56) Mais si ces médecins commencent à voir dans nos ondes le plus parfait reflet de nos émois les plus intimes, c'est parce que celles-ci se comportent comme une sorte de signature personnelle unique. Tous les spécialistes sont d'accord. Que l'on examine la forme d'un électroencéphalogramme dans son entier ou le détail d'une somme de paramètres, il n'existerait pas deux relevés identiques. Copies conformes de notre activité psychique, ces tracés nous sont propres et nous accompagnent. Au fil de nos pensées, de nos expériences et de notre évolution. Au point de faire de ces ondes infalsifiables de véritables "empreintes cérébrales" ? Similaires aux bonnes vieilles empreintes digitales utilisées depuis près d'un siècle ? Une nouvelle industrie pointe le bout de ses électrodes. Une industrie de la sécurité, de l'interrogatoire et de la reconnaissance mentale qui a amplement dépassé le stade des études de faisabilité. Les systèmes de lecture de pensée proprement dit restent à venir, mais de nombreux laboratoires, publics ou privés, travaillent à des systèmes si perfectionnés qu'ils en deviendraient infaillibles. En 2001, le magazine Time saluait les travaux d'un jeune neurologue, le Dr Farwell, parmi sa liste des 100 innovateurs du siècle à venir. Nulle greffe de cerveau ou psychotrope inédit à son actif. Lui, il utilise l'électroencéphalogramme comme détecteur de mensonge. Toute perception s'accompagne d'un réflexe neurologique involontaire. Ce qui se traduit par une ou plusieurs "sautes de tension" dans le cours de nos ondes cérébrales. Un phénomène bien connu des spécialistes qui appellent ces pics des "potentiels de réponse évoquée" (ERP), codés en abrégé P300, N150 ou N480. Selon que la variation, positive ou négative, survient dans le cerveau après 150 ou 480 millisecondes par exemple. Le procédé de Farwell repose sur "l'effet P300". Dans les tracés EEG, ce pic spécifique est le signe de la reconnaissance... quelle qu'elle soit ! Une forme, un lieu, un son, un objet. Peu importe. Si le pic apparaît, c'est que l'information est contenue dans un coin de la mémoire du sujet testé.

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Bien que l'administration fédérale ne reconnaisse pas encore sa technique, la contre-expertise menée par Farwell en 1999 sur un condamné à mort a été jugé scientifiquement recevable par la cour de justice de l'Iowa. Le test des empreintes cérébrales a permis d'innocenter l'accusé. Et confondre le faux témoignage du véritable assassin. (57) Le risque d'erreur n'est pas éliminé pour autant. Le meilleur moyen de leurrer cette machine revient à leurrer le cerveau lui-même. Comment savoir par exemple si les souvenirs du suspect n'ont pas été suggérés sous hypnose ? Ou que le paysage reconnu sur photo – l'effet P300 l'atteste – n'est pas aussi la réminiscence d'une scène entrevue à la télévision ? Entre deux coupures de pub. Autre solution : s'astreindre à un entraînement mental particulier. Impossible ? Pas chez les bouddhistes. Au grand étonnement des scientifiques, l'exploration du cerveau des moines tibétains a révélé que leur réflexe de "sursaut" (58) est suspendu lorsqu'ils se plongent dans de profondes méditations. C'est l'une des plus antiques réactions à la surprise que notre cerveau reptilien puisse garantir. Les moines parviennent à le dompter. Malgré ces réserves, la reconnaissance des ondes cérébrales avance à grands pas. Notamment outre-Atlantique où, guerre contre le terrorisme oblige, de nombreux chercheurs et militaires militent en faveur de ces solutions. Appelant publiquement de leurs vœux l'usage de ces dispositifs. Quand ils ne décrivent pas directement les techniques ad hoc. (59) Et ce n'est que le début. "Toutes nos activité mentales, quelles qu'elles soient, vont devenir petit à petit transparentes" avait prédit, il y a quelques années, Jean-Pierre Changeux, neurobiologiste et professeur au Collège de France. Et d'ajouter : "Si on commence à pouvoir les identifier, on pourra aussi les manipuler... (60) Nous voilà avertis. La police de la pensée est prête à contrôler votre esprit.

Notes
51) cf. "globules rouges : leur face cachée, énergétique et informative", Effervesciences #21. 52) Très simples, de telles thérapies consistent à prélever du sang (environ 5 % du volume total), d'y mélanger un anticoagulant avant de le soumettre à une lampe UV, avant de réinjecter le tout au patient. Particulièrement adaptées aux maladies infectieuses, aux hépatites virales, aux anémies, ce type de thérapie est par contre sans effet sur le cancer ou le sida. L'armée russe utiliserait une méthode de ce type, baptisée Helio, et destinée aux infections

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post-opératoires. En France, ces thérapies photoniques restent interdites, classées dans la catégorie "non éprouvées". 53) Toute activité ou processus physiologique s'accompagne de tels potentiels électriques. Il s'agit de la signature la plus évidente du vivant. Avec des électrodes adaptées, on peut capter tout ou partie des impulsions électriques d'un organisme : l'électromyogramme mesure l'activité musculaire ; l'électrointestinogramme suit l'activité intestinale (c'est d'ailleurs ainsi que le psycho péristaltisme a été mis en évidence) ; l'électrocardiogramme, le plus connu, mesure l'activité cardiaque. 54) C'est ainsi que fonctionnent les antidépresseurs : en inhibant ou stimulant les messagers chimiques, les molécules porteuses de charges électriques que s'échangent les neurones. 55) Seuls les sujets répondant le mieux aux fluoxetine et venlafaxine, les remèdes testés, ont montré 48 heures après, puis encore une semaine plus tard, une diminution significative de la "cor-dance" de leurs ondes cérébrales. Les premiers effets sur le comportement n'ont été perceptibles eux qu'au bout d'un mois. "UCLA researchers check brain waves to predict effectiveness of antidepressants", 10 juin 2002 (http://www.eurekalert.org/Pub_releases/2002-06/uoc—urc061002.php) 56) "Teen-age girls, dépression, alcoholism, and brain activity", EurekAlert, 14 novembre 2002. "Beta power in the EEG of alcoholics", Suny Health Sciences Center, in Biology Psychiatry, 15 oct. 2002. 57) Après avoir décroché un financement de 1 million de $ de la CIA et débauché un ancien cadre du FBI, Farwell travaille maintenant à un diagnostic précoce de la maladie d'Alzheimer, réalisable en une demi-heure par un médecin ou une infirmière - http://brainwavescience.com 58) Celui-ci se manifeste par la contraction involontaire d'une série de muscles du visage. Ce réflexe, provoqué par exemple lors d'une détonation, les tireurs d'élite s'entraînent sans relâche à le réduire afin qu'ils ne dévient pas leur tir. Malgré cela, chez eux, il ne disparaît jamais pleinement. 59) En octobre 2002, l'Université de Pennsylvanie, aux États-Unis, a présenté à un panel d'experts en sécurité intérieure des travaux de neuropsychologie qui utilisent l'imagerie à résonance magnétique fonctionnelle (IRMf), pour identifier les aires du cerveau impliquées dans le mensonge. L'exposé a connu un vif succès. Le 5 mars 2003, le Washington Times publiait un article de Jack Wheeler, un vétéran de l'espionnage et des forces spéciales, expliquant comment mener un interrogatoire infaillible à l'aide des techniques modernes. Son secret pour extorquer des informations garanties ? Combiner IRMf, poison paralysant et

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assistance respiratoire. Traduction disponible sur le site du Réseau Voltaire http://www.reseauvoltaire.net/articie9391.html 60) "Le rêve", Hors série Science & Avenir #109, Décembre 1996.

07-Le pouvoir de l'intention
Les pensées secrètes du cerveau... LE QI DE LA PENSÉE L'image est saisissante et a fait le tour des magazines. Elle montre un moine tibétain, le visage rieur, drapé dans ses robes safran et pourpre, le crâne rasé bardé d'une chevelure artificielle. Une tignasse de capteurs aux tresses de synthèse qui retombent, reliés à toute une machinerie médicale.

La béatitude, ça s'apprend
Un instant saisi au vol, représentatif des discussions du colloque "Investigating the Mind" qui s'est tenu à Philadelphie, en septembre 2003, au sein du prestigieux MIT et qui réunissait la crème de la crème des spécialistes du cerveau. Des neurologues et biologistes venus partager leurs connaissances sur la méditation, acquises après des années de mesures de toutes sortes prises en accord avec les moines bouddhistes tibétains. Car le Dalai-Lama lui-même a voulu ces rencontres, lançant directement des invitations aux scientifiques dès 2000, à travers le Mind and Life Instituts et son programme "Meditation & neurosciences". Des rencontres officielles et opportunes, car depuis une trentaine d'années que les savants enregistrent les ondes du cerveau, la méditation a toujours été l'un de leur sujet favori. Qu'a-t-on appris lors de ce rendez-vous ? Pas mal de choses. Tout d'abord, la méditation est un état de conscience à part entière, reconnaissable à une activité cérébrale proche du repos et de la relaxation. Les ondes alpha prédominent, la part de bêta diminue. Mais ce n'est pas tout. Car la méditation peut être superficielle mais aussi très profonde. Si profonde qu'elle suspend des réactions archaïques inconscientes. Des réactions de survie, de sursaut – comme à la suite d'une détonation, d'un bruit très violent comme l'explosion d'un ballon ou d'un pétard – que des décennies d'entraînement conscient et répété ne parviennent pas à effacer. Cette insensibilité apparente aux stimuli extérieurs remet en cause les limites de la conscience admises jusqu'ici. (61) La troisième découverte est une surprise de taille. La qualité de la méditation est directement en rapport avec l'expérience du méditant. De son habitude à méditer. Ainsi, un moine aguerri, après 10 ou 20 ans de méditation quotidienne sera capable d'atteindre des états de calme, de plénitude plus profonds et surtout bien plus rapidement qu'un novice – en quelques minutes 102

contre une demi-heure par exemple. Novice qui lui ne prie ou se recueille que depuis 8 ou 12 mois par exemple. Reformulé en tracés de physiologiste, cela signifie que plus on médite plus les ondes alpha laissent la place à des ondes encore plus lentes. Des ondes thêta ou delta. Des rythmes que l'on croyait réservés au sommeil paradoxal. Le moment où l'on rêve. Ces états de grâce ne sont pas réservés aux moines bouddhistes. Des pratiquants d'autres religions ou traditions philosophiques ont également prêté leur esprit, leurs pensées, à l'inquisition scientifique. Des études faites en Chine pour évaluer l'influence du Qi Gong sur l'activité du cerveau ont montré que les ondes cérébrales des maîtres de Qi Gong (avec plus de 10 ans d'expérience) étaient différentes des débutants ou des groupes de contrôle invités à respirer profondément les yeux clos. Celles des maîtres avaient tendance au cours de l'exercice à se ralentir, gagner en amplitude et se synchroniser. Bref, à montrer plus de cohérence. Comme si les deux hémisphères du cerveau se mettaient à fonctionner de concert. Au même rythme. Pour décrire ces états mêlant sérénité et concentration, les chercheurs n'utilisent plus automatiquement le terme de méditation, jugé trop vague ou trop réducteur. Ils préfèrent parler d'éveil paradoxal (en référence au sommeil paradoxal). J'ai même vu passer les mots d'hyper conscience ou de super quiétude. On se sent bien. Loin. Si bien et si loin que rien ne semble pouvoir vous atteindre. Dans cet état paradoxal, tout paraît simple. On a le sentiment, la certitude, de ne faire qu'un avec l'univers. Les intuitions les plus géniales vous traversent. Inspiration et compréhension du monde, de ses mystères coulent de source. Avec force et netteté, évidence. Mais que l'on soit yogis, moines zen, bouddhistes ou adeptes du Qi Gong, tous vous le confirmeront. Ce qui est le plus important, ce n'est pas la religion d'origine mais la qualité du vécu, l'intensité de l'expérience du méditant. Et pour cela, nul besoin de rester cloîtré dans un monastère ou assis sous un arbre à attendre que le soleil se couche... il faut cultiver la compassion et l'amour de son prochain. Car c'est en passant par son cœur qu'il est possible d'entraîner son cerveau. Après avoir compris cela, l'école de la méditation est à la portée de chacun. Pas besoin pour devenir un athlète du mental de prendre des pilules spéciales ou d'autres médications stimulantes. C'est plus une question de temps passé à l'écoute de vous-même ou de corrections de vos habitudes. Un apprentissage de la quiétude, de la sérénité, d'un état de bien-être aux allures de cours particuliers. Juste entre vous et vos ondes cérébrales. Pour les plus réfractaires, des méthodes de méditation assistées par ordinateur ont même été mises au point. (Voir encadré : s'entraîner ou se laisser entraîner ?)

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Dans Guérir, David Servan-Schreiber consacre deux chapitres à un appareil utilisé en psychothérapie pour traiter les cas de stress, d'angoisse ou d'hypertension les plus résistants dans les hôpitaux américains. Cette méthode s'appelle la cohérence cardiaque. "Dans les états de stress, d'anxiété, de dépression ou de colère, écrit le psychiatre, la variabilité du rythme cardiaque entre deux battements devient irrégulière ou "chaotique". Dans les états de bien-être, de compassion ou de gratitude, cette variabilité devient "cohérente"." Le rythme des battements, enfin régulier, entraîne la tension artérielle et la respiration à se synchroniser. La cohérence se répand dans tout l'organisme. (62) La mesure du rythme cardiaque se fait à l'aide d'un ordinateur portable et d'une petite pince placée au bout du doigt, pour écouter les pulsations de la circulation sanguine. L'ensemble constitue ce qu'on appelle un système biofeedback, que l'on peut traduire par retour d'informations biologiques. Cette innovation date des années 1970 et a révolutionné l'étude des influences corps-cerveau. Le fonctionnement de notre corps – sa température, la dilatation des pupilles ou la microtranspiration de la peau – nous est habituellement inaccessible. Ces informations échappent à nos sens. Ou plutôt à notre conscience. À la différence d'un EEG ou de tout autre capteur qui retranscrit, fidèle mais passif, l'état de ces paramètres physiologiques, le biofeedback amplifie les signaux reçus et les restituent de manière à les rendre perceptibles. En temps réel. Il est possible par ce moyen – si on le souhaite – d'essayer de modifier son métabolisme. D'apprendre à domestiquer ses rythmes, ses ondes, son coeur. "Le logiciel qui mesure la variabilité du coeur permet de visualiser à la seconde près l'influence de nos pensées sur la cohérence et le chaos, poursuit David Servan-Schreiber. Lorsqu'on focalise son attention sur le cœur et le bien-être intérieur, on voit s'opérer le changement de phase et la cohérence monter en puissance sous la forme des ondes régulières et douces (...). Ce logiciel de "biofeedback" permet de visualiser instantanément son niveau de cohérence et donc d'accélérer l'apprentissage." Résultat : en réduisant le désordre, le cerveau fonctionne mieux. Et le corps aussi. Mise au point au centre HeartMath, cette technique me rappelait une autre de leurs trouvailles. C'est lors des états de cohérence cardiaque, de calme intérieur et d'amour envers son prochain, que le rayonnement du champ magnétique cardiaque s'avère avoir le plus de portée. Comme si l'état d'esprit et l'émotionnel étaient en relation directe avec sa puissance. Outre celui de la cohérence cardiaque, il existe toutes sortes d'appareils biofeedback. Aussi nombreux sans doute que les techniques mises au point pour écouter tout ou partie des signaux du corps. Mais ce qui fait toute la différence, c'est la possibilité de prendre connaissance des données. En direct et sans différé.

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Casque Attention Trainer

Plus ludique, l'Attention Trainer a été la première interface biofeedback destinée à contrôler un jeu vidéo par la pensée. Tapissé de capteur, le casque de l'Attention Trainer enregistre les ondes cérébrales de son porteur et les convertit en commandes de jeu. La vitesse des bolides d'une course de voitures, leur accélération, la précision de leurs virages dépendent de la concentration du joueur. Commercialisée depuis fin 2001, cette technologie encore grossière est utilisée pour rééduquer les enfants atteints d'hyperactivité. Jouer – et gagner – les incite à fixer et contrôler leur attention (63). Ces outils de thérapies comportementales assistées par ordinateur sont très proches des programmes de recherche destinée à permettre aux hémiplégiques d'écrire ou de télécommander des objets par la seule "force" de leur cerveau. En faisant adopter à leurs ondes cérébrales des formes et "schémas de pensées" types, associées à des instructions précises (allumer ou éteindre la lumière, vers le haut, le bas, à droite, à gauche, oui, non...), l'ordinateur reconnaît instantanément leurs "pensées" et relaie leur ordre. Sorti en novembre 2003, Journey to Wild Divine n'offre lui non plus aucun joystick à manipuler. Juste deux pinces à glisser au bout de ses doigts. L'une mesure la pulsation cardiaque, l'autre la conductivité de la peau (qui évolue selon la micro-transpiration des doigts). Dans ce jeu d'aventure qui consiste à atteindre l'illumination, le passage des niveaux repose sur l'accès à divers états intérieurs : la béatitude, le désir, la paix, etc., validés à l'aide des pinces. Outre le soutien de décors oniriques et d'une musique planante, des conseils de respiration sont donnés au fil du jeu. Procédé hémisync ou répétitions de mantras, peu importe. Méditez, il vous en restera toujours quelque chose. Plus elle est fréquente, plus la méditation devient profonde et facile d'accès. Cet entraînement, une véritable discipline au long cours, induit des effets durables. Comme s'il permettait de reprogrammer son fonctionnement cérébral. Trouver la paix, cela vous change un homme.

S'entraîner ou se laisser entraîner ?
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L'accès aux palettes des états modifiés de conscience tient à des petits riens. Un peu de musique, une posture particulière, des respirations profondes ou en hyperventilation. Le plus souvent, ces techniques archaïques reposent sur des stimulations rythmées, optiques et acoustiques. Le son des tambours, les pulsations lumineuses d'un stroboscope agissent en effet comme des "inducteurs d'états de conscience". (64) Pas à cause du risque d'épilepsie justement. Cela ne résulte que de la capacité naturelle du cerveau humain à se mettre à l'unisson de sons et lumières. Ceux-ci "rythmés selon certaines fréquences et appliqués sur une certaine longueur de temps, explique l'anthropologue et psychothérapeute Michel Nachez, amènent une réponse du cerveau qui tend à synchroniser son activité électrique sur ces fréquences (...) C'est ce que l'on appelle, en termes techniques, FFR (Following Frequency Response)." (65) Mise en évidence à l'Institut Monroe de recherche et d'exploration à la fin des années 1950, cette faculté donne, très simplement, à l'aide de stimulations lumineuse et sonores, le moyen de modifier le délicat équilibre de nos ondes cérébrales. Et, concrètement, de faciliter l'accès à une relaxation légère ou à d'autres états prédéterminés. Les lunettes à relaxation en sont parmi les produits les plus connus. Équipés de diodes lumineuses qui clignotent selon différents rythmes, en fonction de la programmation choisie, les plus évolués incluent des écouteurs stéréo. Durée du voyage multimédia ? En général, un quart d'heure. Pionnier, l'institut Monroe a développé sa propre technologie : le procédé Hemisync. "Si l'on fait entendre simultanément un son différent dans chacune des oreilles, les 2 hémisphères du cerveau seront "encouragés" à produire simultanément la même quantité d'impulsions électriques à droite comme à gauche." Un effet de vibrato apparaît alors, un troisième son, appelé son "binaural", dont la fréquence est "déterminée par la différence entre les 2 sons originaux entendus par chaque oreille." (66) Particulièrement sophistiqués, ces "remix" audio sont commercialisés et enseignés sous la forme de stages, de cassettes et de musique d'ambiance (métamusic) destinés à favoriser l'état de conscience voulu chez leur utilisateur. Pour plus d'efficacité, ces états mentaux ont été définis puis hiérarchisés en autant de "focus" thématiques. Des étapes au profil cérébral subtilement dosé. Le focus 1 est celui de la conscience ordinaire. Le focus 10 celui d'une conscience éveillée dans un corps endormi. Et ainsi de suite jusqu'au focus 21.

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Aux portes du psi
Me voici devant le siège de l'IMI. L'Institut Métapsychique International, une société savante reconnue d'utilité publique fondée à Paris en 1919. Le fief historique, en France, de la recherche parapsychologique. Des phénomènes que l'on appelait métapsychiques au temps de la Belle Époque. Aujourd'hui, la parapsychologie est une science. Étudiée depuis plusieurs dizaines d'années, avec rigueur et curiosité, aux États-Unis, en Russie, en Angleterre, ainsi que dans de très nombreux pays... sauf en France. Dans nos contrées, la parapsychologie reste encore marginale, moquée ou suspecte de tous les truquages, et son enseignement – officiellement tout au moins – bannie des programmes universitaires. À tort ? Historiquement, la France tenait une place de choix dans l'étude des phénomènes psi, mais – nul n'est prophète en son pays – c'est avec la seconde moitié du XXe siècle qu'un rationalisme réducteur s'est imposé. Pourtant, à regarder les protocoles d'un peu plus près, les expériences de parapsychologie modernes sont souvent celles qui respectent le plus les procédures les plus strictes. Par exemple le contrôle dit en double aveugle. Et puis il y a des résultats, des phénomènes de guérison, de clairvoyance, de télékinésie, observés en labo et sur le terrain. Des données que les parapsychologues de tous pays recensent, amassent, explorent. Inlassablement. Parmi celles-ci, les états modifiés de conscience que nous pouvons traverser. Et les ondes cérébrales qui les accompagnent. Car ce sont bien elles qui m'ont entraîné jusqu'ici, à la rencontre de Mario Varvoglis, président de l'IMI, et Grégory Gutierez, journaliste et membre du bureau directeur. Car si les ondes bêta sont bien celles de notre activité quotidienne, les ondes alpha semblent ouvrir la porte des états psi. Des états de conscience où les perceptions extrasensorielles, la résistance à la douleur, l'influence de l'esprit sur la matière se manifestent. Des facultés peu ordinaires dont peuvent témoigner le tracé des ondes cérébrales. La conversation s'engage... "Effectivement, entre les années 1970 et 1990, à l'aide d'électroencéphalogrammes standard, on a trouvé une certaine cohérence dans le psi, m'explique le parapsychologue américain Mario Varvoglis. En cas de perceptions extrasensorielles (67), il y a une abondance d'ondes alpha dans le cerveau droit. Cet hémisphère serait le plus sollicité, avec une sorte de ralentissement de l'activité mentale pendant les essais "réussies" de perceptions extrasensorielles (ESP). Le cerveau gauche, lui, ne paraît pas affecté. En général, c'est la signature la plus visible chez des sujets sélectionnés." je comprends qu'il s'agit des personnes manifestant des capacités hors du commun.

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"D'autres études n'ont pas cherché à mesurer mais plutôt à stimuler l'état "alpha" plutôt que "bêta". Par des musiques douces, des images, de manière à exciter le cerveau droit plutôt que le cerveau gauche plus sensible lui à des tâches mathématiques ou linguistiques. Dans ces conditions, les sujets testés ont aussi tendance à avoir une meilleure performance psi." La prédominance des ondes alpha a aussi été mise en évidence lors d'expériences de micropsychokinèse, la micropk. Lorsque l'esprit essaye d'influencer la matière à l'échelle imperceptible de l'infiniment petit. Celui de l'électronique et des atomes. Pour mesurer de tels effets, les parapsychologues ont inventé un drôle de bidule : le générateur numérique aléatoire (GNA). (68) De plus en plus perfectionnés, ces engins électroniques fabriquent des nombres en continu, comme des "roulettes automatisées". Générée à la volée, au hasard, la répartition des nombres est – en théorie du moins – parfaitement imprévisible. (69) Il y a micropk si, en présence d'un être vivant, chargé de tâches précises ou non, les relevés du GNA affichent des anomalies statistiquement "significatives". Des écarts assez nombreux et cohérents pour dévier les séries numériques de "la ligne de base du hasard" (selon l'expression consacrée). Cette entorse à la stricte loi des probabilités est impossible à expliquer à moins d'admettre l'influence exercée par la pensée. Bilan de presque 40 années d'essais menés en laboratoire : l'anomalie micropk existe bel et bien. Reste à comprendre comment. À la fin des années 70, le chercheur américain Chuck Honorton relève l'augmentation des effets micropk en état alpha. Marin Varvoglis, alors étudiant à l'université de Princeton, aux États-Unis, a profité de son doctorat en psychologie expérimentale, en 1980-1981, pour mettre à l'épreuve ces résultats. Très poussé, son protocole de recherche associait non pas un, mais deux GNA parallèles, l'un visible et l'autre dissimulé, et un appareil biofeedback... Les sujets devaient soit influencer la composition de leurs ondes cérébrales pour "forcer" l'apparition d'ondes alpha (par biofeedback) soit influer le cours des nombres générés par le GNA (par micropk). Quelle que soit la tâche, le deuxième GNA, bien caché, fabriquait des chiffres tout au long de l'expérience. De quoi vérifier si les données du second générateur numérique aléatoire variaient en fonction des objectifs donnés au sujet. – je pensais alors que la psychokinèse était par définition "orientée", se souvient le directeur de VIMI. C'est-à-dire consciente et avec un but. "Mon étude n'examinait pas les ondes cérébrales spécifiquement. Et nous n'avons pas vraiment trouvé de corrélation entre ondes alpha et micropk... mais il se trouve qu'on a pu établir une corrélation intéressante." Une corrélation entre l'attention du sujet – son "intention" – et son activité. "Différents états conscients ont été détectés. Pas des états physiologiques, mais des états intentionnels. Lorsque le sujet orientait son attention vers un système interne, vers son 108

cerveau, l'activité du GNA caché différait des cas où la personne tentait d'influencer un système externe, en l'occurrence le GNA qu'elle avait sous les yeux." Une volonté consciente. Ou en tout cas une intention favorable. Ce serait l'une des clés du pouvoir de la pensée ? Autre extrême, quand l'activité du cerveau se compose quasi exclusivement d'ondes alpha. Dans ces conditions, le corps semble capable d'ignorer la douleur. Totalement. Dans son ouvrage sur Les États non ordinaires de Conscience, l'anthropologue Michel Nachez cite deux cas. Celui du Néerlandais jack Schwarz, capable de s'enfoncer une aiguille de part en part du biceps sans écoulement de sang, ni cicatrice après l'avoir retirée. "Pendant toute la durée de l'expérience, des ondes bêta étaient présentes sur son EEG. Mais lors de l'enfoncement de l'aiguille, là où toute personne ordinaire aurait produit en abondance des ondes bêta anarchiques, jack Schwarz se mit à produire de l'alpha régulier, avec une légère prédominance de l'hémisphère cérébral gauche." Second sujet, Ramon Torres. Un Péruvien qui se transperçait les joues avec un rayon de vélo. "Dès que le métal touchait le visage, relate Michel Nachez, son cerveau passait de bêta en alpha et ne revenait en bêta que quand la tige métallique était ressortie par l'autre joue." (70) Le temps de l'exercice, cette résistance à la douleur hors du commun s'accompagne d'un détachement complet de l'esprit. Un état de relaxation absolue aux alpha omniprésents, cohérents, confirmé lors d'autres prouesses aussi extrêmes (marche sur le feu, yogis enterrés vivants). Mais ce cocktail de fréquences homogènes diffère de la véritable méditation. Celle étudiée par les scientifiques, qu'il s'agisse de la quiétude des pratiquants de Qi Gong ou du sourire compatissant des lamas tibétains. En Chine aussi, les phénomènes parapsychologiques existent et sont étudiés. Télékinésie, soin à distance... de tels pouvoirs sont ramenés à une simple capacité de contrôler le Qi. Mais simple ne veut pas dire rapide. Maîtriser l'art d'émettre ou projeter le Qi , les flux qui permettent d'agir à distance, demande des années de pratique.

"La pensée guide le Qi"
Nous sommes à deux pas de la gare Montparnasse, à Paris. Au siège de l'association Ling Gui, consacrée à la promotion et à l'enseignement du Qi Gong. Professeur principal : le docteur Liu Dong. Souriant, veste à col Mao déboutonné, cheveux noirs et visage étonnamment juvénile, il m'accueille dans un geste de bienvenu. Nous prenons place avec simplicité. La bouilloire de thé traditionnel est servie.

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Le Qi Gong, vous en avez sans doute déjà vu de bon matin. Dans un parc ou un jardin. Seules ou en petits groupes, des personnes bougent en silence, lentement, la tête, les bras, les mains. Adoptant des poses, des exercices de respiration, des gestes réguliers. Comme un art martial répété au ralenti. Ces gens font du Qi Gong. Comme plusieurs milliers de personnes en France. Et quelques dizaines de millions en Chine. Une sorte de yoga chinois, transmis – dit-on – depuis cinq mille ans et dont l'influence a bercé les débuts des arts martiaux et de la médecine traditionnelle chinoise. Une pratique à nouveau en plein essor, dynamisée par le succès en Occident des médecines douces. Debout, couché, assis. Qi Gong de la grue, du tigre, du nénuphar, etc. Il existe une multitude de formes de Qi Gong, qui utilisent les frictions, les étirements, les tapotements des poings sur le corps ou les sons de la voix. En Chine, la coutume dit que les Qi Gong sont plus nombreux qu'il n'y a de jours dans l'année. L'auteur Gérard Edde assure qu'il existe plus de 10 000 techniques distinctes. La maigre expérience que j'avais du Qi Gong, pratiqué en début de chaque cours de shiatsu – pointe de la langue collée au palais, gestes amples, respirations profondes – m'avait montré l'état de relaxation, de bien-être que ces mouvements procuraient. Comme si cet apaisement tout en douceur renouait avec une force tranquille et bénéfique. L'habitude que nous avons de ramener le Qi Gong à un ensemble de "gymnastique énergétique" a le don d'agacer Liu Dong, le maître de Qi Gong qui me fait face. Initié en Chine par son grand-père aux secrets du taoïsme et du Qi Gong dès l'âge de 5 ans, Liu Dong a parachevé ce savoir en poursuivant des études de médecine chinoise à l'université de Pékin et en produisant sa propre méthode : le Qi Gong du corps de jade. Pour lui, le Qi Gong est bien plus qu'une gymnastique en général. "La définition du Qi Gong est la suivante : c'est la sensation de soi-même. Ce n'est pas seulement une méthode où l'on bouge et l'on met en mouvement des énergies. Le mouvement ce n'est qu'un moyen. Le plus important est l'état d'esprit. Dans la vie quotidienne, votre pensée et votre cœur sont toujours tournés vers l'extérieur. Tandis qu'avec le Qi Gong, votre conscience est tournée vers vous, à l'écoute, et cherche à visualiser l'intérieur. Dans cet état de relâchement, vous créez une sensation, une énergie, une joie qui est la vôtre." (71) C'est effectivement ainsi que cela se passe. En silence, en fermant les yeux. En se laissant bercer comme une algue par les courants marins. Dans ce moment de quiétude, l'instant reprend ses droits. Petit à petit, le corps et le mental se détachent de l'ébullition ambiante. Ils se rapprochent, s'unissent. Pour atteindre un état de calme, de vide. Un sentiment de plénitude qui vous donnerait l'envie – et presque la force – de déplacer des montagnes. J'exagère à peine.

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"Cette joie-là qui vient du soi, poursuit Liu Dong, est une relation du corps humain avec le cosmos. Elle vous permet de ressentir la spiritualité, mais aussi de faire de l'autoguérison, d'agir sur votre environnement. Car quand vous avez suffisamment perfectionné cet état de détente, vous ne faites pas que sentir le cosmos. Vous pouvez aussi le transmettre. Et transformer les choses." (72) Nous y voilà. Peaufinés, maîtrisés, le Qi Gong et ses techniques de méditation et de visualisation donnent accès le moment venu, c'est-à-dire après un certain niveau de pratique, à d'autres sensations. Des manifestations d'une "portée" bien supérieure aux exercices de santé habituels. À leur façon, les adeptes du Qi Gong taoïste sont des maîtres de l'énergie corporelle. Des alchimistes du "souffle vital" qui savent faire circuler, s'accumuler et concentrer le Qi autour et dans certaines parties de l'organisme. En dirigeant cette énergie avec la pensée, le doigt, ou des gestes, les pratiquants l'amènent dans les zones du corps à revitaliser, stimuler ou rééquilibrer. Dès que l'on est un peu familier dans l'exercice, des sensations apparaissent. Le plus souvent cela prend la forme d'un fourmillement, de sensations de chaleur, ou d'une fraîcheur délicate et régénératrice. Pour les plus aguerris, il devient possible de ressentir la trajet des méridiens (73). Certains préfèrent accumuler cette énergie dans la main, la tête, l'abdomen, s'en servir comme d'un bouclier et accomplir des prouesses destinées à ravir les badauds. Mais jusque-là l'énergie du Qi, son champ d'action, reste à la surface du corps. À l'image des arts martiaux, on peut diviser le Qi Gong en deux grands domaines : le Qi Gong interne (plutôt yin). Le plus commun, celui qui s'enseigne et dont je viens de vous parler. Orienté vers la mise en mouvement des énergies du corps, par soi et sur soi-même. Avec des exercices au quotidien, du plus simple au plus complexe, qui vise la bonne santé et une prévention des maladies. (74) Il y a aussi le Qi Gong externe (son versant yang), réservé aux maîtres ou à ceux qui ont suivi une formation spécifique. Pour ces pratiquants très expérimentés, la manipulation de l'énergie, sa circulation, se fait non seulement à la surface du corps mais aussi à distance. Par des projections ou des émissions de Qi. Des flux conscients et dirigés qui sont aux frontières des "magnétiseurs" et de la télékinésie. Pourchassés lors de la Révolution culturelle, le retour en grâce des maîtres Qi Gong a eu lieu à la fin années 1970. Aussi craints que respectés par le pouvoir central, le parti considérait ces maîtres de l'énergie personnelle comme des sujets d'études top secret, des armes stratégiques dont il fallait chercher à comprendre et exploiter les capacités.

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Lors de ses séjours en Chine communiste, en 1979 et en 1983, dans les instituts médicaux officiels auxquels il a eu accès, David Eisenberg a pu assister à d'étonnantes démonstrations qu'il relate dans son ouvrage. (75) Kung fu fakir destiné à épater la galerie, anesthésie assistée par projection de Qi sur des points d'acupuncture, action à distance sur des objets suspendus, transes magnétiques, l'exemple le plus spectaculaire est celui de l'homme qui parvenait à allumer des tubes de néon à volonté... et à mains nues. "Tous ceux qui ont pratiqué le Qi Gong externe peuvent le faire", déclarait ce maître, un ancien malade d'un cancer de l'oesophage, lors de sa démonstration impromptue en juillet 1983 à l'institut de médecine traditionnelle de Pékin. "Lorsque vous sentez le Qi sortir de votre bras, vous pouvez le diriger vers une ampoule, et elle s'allume à chaque fois." Selon lui, plusieurs conditions sont nécessaires à cette action reproductible (mais exténuante) : qu'il s'agisse d'une ampoule fluorescente ; que cela ait lieu dans les instants qui suivent un échauffement de Qi Gong ; et que le tout se déroule à peu près au niveau du sol. Impossible d'y parvenir par exemple au-delà du cinquième étage d'un bâtiment. Après trois inspirations profondes, l'homme fit claquer sa main droite sur le verre et la déplaça le long de l'ampoule, d'une extrémité à l'autre. "La lumière suivait précisément le chemin de sa main raconte David Eisenberg. À chaque tape donnée sur l'ampoule, le verre luisait vivement. Il répéta ce mouvement cinq ou six fois." Suffisamment pour que les observateurs ne puissent en toute bonne foi écarter l'hypothèse d'une mise en scène électrostatique très bien préparée. La première application du Qi externe reste avant tout d'ordre curatif. Désireux de contribuer à la reconnaissance et la recherche sur le Qi Gong, Liu Dong prête volontiers son concours à des expériences scientifiques. Ainsi en 1988-89, à Pékin, il a participé à une recherche sur la régulation du système immunitaire de souris a qui l'on avait injecté des cellules cancéreuses. Résultat : ses projections de Qi ont renforcé le système immunitaire des souris bénéficiaires. (76) Assis face à moi, baigné d'un rayon de soleil, Liu Dong choisit ses mots. Les deux mains ramenées en suspension au dessus de la poitrine, paumes bien à plat, il me donne l'impression de recharger le haut de son corps. Branché à une batterie cosmique universelle. L'expression impénétrable, sa sérénité serait presque contagieuse. "Après mon arrivée en France, j'ai travaillé avec un institut de recherche à Marseille, se rappelle-t-il, avec un professeur de médecine très connu. Cela concernait la lutte contre le sida. Tout s'est déroulé en double aveugle. Je me suis concentré sur une éprouvette, en restant les mains autour quelques minutes, pour envoyer de l'énergie. Une semaine plus tard, le contenu a été analysé. Il y avait moins de virus et le taux de cellules du système immunitaire, les T4, avait augmenté.

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"Nous n'avons fait l'expérience qu'une seule fois mais le professeur marseillais était très content du résultat", précise Liu Dong, lettres et documents à l'appui. "Quand vous sentez très fort la pensée arriver, il est possible de transformer les choses. Les gens dans la salle ont senti la vibration, l'échange d'énergie." Cette expérience de culture virale me faisait penser à d'autres résultats, publiés en 1983. Dans cette étude, un maître Qi Gong tenait une minute dans sa main trois éprouvettes contenant la même population d'une bactérie bien connue, la Escherichia coll. Dans un cas, l'éprouvette, tenue sans intention précise, servait de contrôle. Autre fiole, même protocole sauf que le maître souhaitait détruire toutes les bactéries. Pour le dernier échantillon, au contraire, son désir était d'émettre un Qi propice au développement des E. coll. L'expérience a été répétée quarante fois. Lors des projections de Qi "favorable", l'analyse des tubes a montré que les bactéries étaient 7 à 10 fois plus nombreuses. Leurs voisines du tube d'à côté, soumises à l'énergie d'un Qi "tueur", étaient elles deux fois plus rares. (77) Ainsi, à volonté, on peut créer des "ondes de pensée" positives ou négatives, bénéfiques ou néfastes. C'est en tout cas ce que me disait, avec calme et conviction, mon interlocuteur. "Dans le Qi Gong, on est toujours en train de créer quelque chose. Par le mental." Les bénéfices du Qi Gong reposeraient-ils simplement sur un effet placebo, causé par la pensée des patients ? "Peut-être n'est-ce que psychologique, ou ressenti de façon imaginaire... Mais dans l'éprouvette à Marseille ou avec les souris en Chine, il n'y a pas de sentiments. Dans ces caslà, les résultats ne sont pas causés par ça." La projection à distance de Qi ne dépend pas du seul bon vouloir du pratiquant. Il faut aussi connaître et respecter certains principes. "Au début, il ne faut pas uniquement vouloir projeter du Qi , avertit Liu Dong. Ce qui est essentiel, c'est tout à la fois de capter et de projeter de l'énergie." Pour cela, me dit-il, il convient de bien connaître ses mains. Car nous avons chacun une main qui projette du yang et une qui reçoit du yin. Chez un droitier, la main émettrice de yang est la droite, et sa main gauche est yin. Chez un gaucher, c'est l'inverse. "Pour pouvoir s'exercer à émettre du Qi , reprend Liu Dong, il faut d'abord utiliser un objet avant de passer à l'homme. Cet objet peut être une feuille d'arbre, une fleur fraîche ou une bougie allumée." En théorie, cela ne se fait pas non plus n'importe quand. Le moment le plus favorable est en général le printemps ou l'été, tôt le matin, avant 10 h. Se tenir face à l'est, avec un grand arbre devant soi, serait l'idéal. (78) "Ce qui compte, c'est de transmettre, ici ou ailleurs", me glisse en conclusion cet éminent professeur qui partage son temps entre la France, la Chine et les États-Unis. "Mais de

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transmettre en respectant l'union du cosmos." Message reçu. Mon prochain arrêt allait justement m'amener à l'échelle de la planète.

Projet Conscience Globale
Le 26 décembre 2004, la terre a tremblé en Asie. Les 65 capteurs du GCP aussi. Première expérience de parapsychologie planétaire, le "Global Consciousness Project" (GCP) est né sous l'impulsion des professeurs Nelson (père et fils). Sous le sceau de l'Institut des Sciences Noétiques, l'équipe a réuni une dizaine de bénévoles. Des experts venus de tous les horizons. Intelligence artificielle, neurosciences, anthropologie, analyse de données... Universitaires et bidouilleurs au service d'une même démarche, audacieuse et inspirée : confirmer ou non l'existence d'une conscience globale. Officiellement rendu public en août 1998, le GCP enregistre depuis toutes les joies et les peines de la planète. Célébrations de l'An 2000, funérailles de Lady Di, tremblements de terre spectaculaires ou ouverture des JO... Des événements amplement commentés par les médias et présents sur toutes les lèvres. Tandis qu'en coulisses, discrètes, les séquences de données du réseau GCP convergent vers l'ordinateur central de l'expérience. "Nous avons l'hypothèse que nos instruments montreront des déviations anormales liées à des Événements Globaux quand se manifeste une large communauté de participation ou de réaction à l'événement et que nous pouvons en attendre une résonance et une cohérence à grande échelle." Comme si l'humanité entrait en communion. Comment vérifier cet état ? À l'aide d'une toile de plusieurs dizaines de "générateurs numériques aléatoires" dispersés entre les continents. Si un individu peut influencer un GNA dans un laboratoire... Que se passe-t-il dehors, une fois sur le terrain ? Et quel effet peut avoir un groupe ? Une foule en train de partager un moment particulièrement intense ou émouvant ? Entre 1994 et 1998, l'équipe de Roger Nelson a calibré ses GNA et multiplié les prises de chiffres en extérieur, dans des circonstances peu ordinaires : concert lyrique, prière collective, stade et supporters de football exaltés... Il en ressort que les fluctuations les plus fortes surviennent lors des situations les plus "impliquantes", quand les investissements intellectuels ou émotionnels sont maximum. Internationale, décentralisée, l'architecture du Programme Conscience Globale est constituée d'un serveur situé à Princeton, aux États-Unis, qui fait fonction de "panier". Et d'ordinateurs portables équipés de Micro-REG, des GNA dont les données – des"oeufs" – transitent par Internet. Moulinés, agrégés, un tracé global se dessine : ce sont des électro-gaïa-grammes (EGG). Les électroencéphalogrammes de Gaïa, en hommage à l'ancienne déesse de la Terre.

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Avec aujourd'hui une soixantaine d' "oeufs" en fonctionnement – disséminés entre l'Europe, les USA, l'Inde, les îles Fidji, la Nouvelle-Zélande, l'Indonésie, le Brésil... – le réseau est désormais "suffisamment fiable pour fournir les données nécessaires aux analyses prévues... et continuer à croître naturellement en fonction des nouveaux volontaires." Parfois, les corrélations sont fortes. À d'autres quasiment nulles. Mais pour Nelson "les résultats accumulés montrent en moyenne en cas d'événements globaux – qui font l'objet d'une déclaration à priori – des fluctuations légèrement différentes d'un pur relevé aléatoire. Les différences sont subtiles et à analyser avec prudence afin d'éviter les erreurs ou l'influence des observateurs". Le 11 septembre 2001, les ordinateurs du GCP ont immédiatement crépité, accumulant des nuages de points significatifs. Une tendance avec des écarts statistiques si marqués – notamment aux heures de crash des avions et d'effondrement des tours – qu'il y avait "une chance sur un million que cela soit dû au hasard", a écrit Nelson au cours de l'été 2002. Enfin la preuve de la présence d'un esprit collectif ? D'après Peter Bancel, un expert occupé durant plusieurs semaines à "traquer les bugs" du projet, on ne peut s'avancer pour l'instant à donner des probabilités. Il faut mettre un bémol à ce qui a été dit "mais pas à 100 %". Les données brutes sont encore là et l'honnêteté intellectuelle de l'équipe n'a jamais été mise en doute. (79) S'il est juste d'émettre les plus grandes réserves sur l'interprétation des résultats, les perspectives esquissées restent extrêmement troublantes. Pour Erik Pigani, journaliste à Psychologies Magazine et auteur de Psi, Enquête sur les phénomènes paranormaux, ces résultats "démontrent qu'une sorte d'inconscient collectif se manifeste à travers une cohérence très significative". Et de rappeler d'autres anomalies observables sur les relevés où "il semblerait même qu'il y ait une anticipation de l'événement". Le Consciousness Project questionne les limites admises de la conscience et évoque d'anciennes traditions spirituelles (Grand Esprit, Mère Gaïa). Ou des théories plus récentes comme l'inconscient collectif de Jung ou la noosphère de Teilhard de Chardin. Contemporain de Jung et Teilhard de Chardin, l'ingénieur chimiste René Warcollier, l'un des prédécesseurs de Mario Varvoglis à la tête de l'IMI au cours des années 30, s'est consacré à l'exploration des phénomènes télépathiques. L'une de ses conclusions, après des décennies d'expériences sur la transmission de pensée, est qu'existerait aussi pour lui une sphère de pensée commune : le polypsychisme. Cette conscience collective, nourrie des pensées diffuses de chacun, se manifeste, par exemple, au travers des pensées parasites, des images étrangères, captées ou reçues au cours des innombrables séances de dessins "télépathiques" organisés par Warcollier.

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Pour l'instant, les défricheurs du GCP poursuivent leurs recherches, en tâche de fond, consolidant leurs résultats statistiques et s'obstinant à mieux comprendre leurs "anomalies signifiantes". Car quelque part, il pourrait bien exister un appareil capable d'enregistrer la "température psychique" du globe.

Le cerveau émetteur
Une question demeure. Qu'elle ait lieu à l'échelle de la planète ou d'un seul individu... comment expliquer le pouvoir de l'esprit sur la matière ? Quelle énergie pourrait en être le support ? - La seule hypothèse confirmée, c'est qu'il ne s'agit d'aucune énergie connue, me dit Mario Varvoglis. "À part cela, pour expliquer l'effet micropk, il y a deux grandes écoles théoriques. L'une dit, finalement, il n'y a aucune psychokinèse. Il n'y a rien d'influencé. C'est nous qui nous adaptons à ce qui se déroule et interceptons une information." Prenez une pièce, lancez-là et décidez de faire pile. C'est gagné. Le comportement, la trajectoire, la vitesse de la pièce reste la même. C'est vous qui anticipez le résultat, en vous synchronisant avec un instant futur. Une hypothèse difficile à vérifier, qui repose sur la prémonition... Mais que nous avons tous vécu. - D'autres soutiennent l'inverse : il y a une véritable influence de l'esprit sur la distribution mathématique des événements. C'est une influence sur les probabilités. La volonté va "changer" les chances qu'un événement se réalise. Comme si l'esprit mettait un peu plus de "poids" sur l'une des faces d'une pièce, pour que cette pièce ait tendance à tomber de ce côté là. Mais ce qui est injecté tient plus de la suggestion d'information. Pas de la pression d'un poids ou d'une force proprement dite." Ici, les tenants de cette hypothèse se réfèrent à la mécanique quantique. À la façon dont ses équations rendent compte, avec une part d'incertitude, de l'état de la matière à un instant donné. Rien ne va plus. Les jeux étaient-ils faits... ? Pourtant, plusieurs chercheurs s'étaient essayés à des explications reposant sur des champs d'énergie, des particules... - II existe en effet une troisième école, un peu dépassée aujourd'hui, me confirme le parapsychologue américain, qui insistait sur l'évidence d'une énergie psychokinétique à part entière. En se focalisant plutôt sur des expériences à grande échelle telles que la lévitation d'une table ou les cuillères tordues. Dans ce domaine très spectaculaire – dit macropk – hé bien là... il n'y a pas de théorie satisfaisante. On ne sait plus. - Comment, malgré les efforts déployés ? Et les progrès des appareils de mesure ? - Il y a plusieurs raisons. Tout d'abord les opportunités pour étudier la macropk sont très rares. Deuxièmement, quelle énergie voulez-vous mesurer ? Chaque appareil ne couvre par exemple

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qu'une partie du spectre électromagnétique. Donc sur une échelle entre zéro et l'infini, il faut choisir la portion mesurée." Micro-ondes, rayonnement visible, ou ultraviolets, par exemple. Pour l'instant, même dans les perceptions extrasensorielles (ESP), les tentatives de découvrir de l'énergie n'ont pas donné grand-chose. Les expériences les plus détaillées datent des années 30. Ce sont celles de Vassiliev, un chercheur de l'Académie des sciences russe qui explorait l'hypnose à distance. Une sorte d'hypnose par télépathie. Vassiliev a interposé certaines matières entre un hypnotiseur et son hypnotisé pour voir si l'influence cessait. En interrompant l'hypnose avec du plomb ou du cuivre, on allait pouvoir en déduire la fréquence de l'onde qui passe au travers. Des tentatives sans grand résultat. Apparemment, rien à voir avec les rayonnements électromagnétiques. Quoique.

Experience Schneider-Osty à l'IMI

À l'occasion de notre rencontre à l'IMI, Grégory Gutierez, fin connaisseur de l'histoire de la parapsychologie et de la métapsychique, m'a relaté une série d'expériences organisées dans les années 1930, associant un médium autrichien et un système de rayons infrarouges. Une trouvaille fabriquée sur le modèle des premières alarmes à infrarouge, utilisées à cette époque en Angleterre pour protéger les expositions de pierres précieuses. Des expériences menées au siège même de l'IMI. Là encore. 117

"Dans la salle plongée dans l'obscurité se tenait Rudi Schneider, le médium, en pyjama et prostré dans un coin, contrôlé par des assistants et le président de l'IMI, Eugène Osty, qui lui tenait les mains. Et une petite table, avec un mouchoir au milieu. On demandait alors à Rudi Schneider de faire bouger par la pensée, en état de transe, le mouchoir. Mais tout autour de la table, il y avait plein de rayons infrarouges invisibles. Et dès qu'un rayon infrarouge était coupé, un appareil photo se déclenchait ou, par la suite, une sonnette." "En fait, les rayons infrarouges n'ont jamais été réellement coupés, mais des baisses de puissance ont été constatées. Jusqu'à 30 % en moins. Et toujours au moment où le médium disait "la force est en train de rentrer", "la force se rapproche de la table", etc. Sauf que le mouchoir n'a jamais été bougé, à part une ou deux fois, lorsque le mouchoir a été retrouvé à l'autre bout de la salle. Noué." L'expérience fut reproduite en Angleterre. Mais en présence de la fiancée du médium, en dépit des avertissements de Eugène Osty. Surprise à manipuler le mouchoir, elle jeta le discrédit sur l'ensemble des tentatives effectuées auparavant. Les résultats positifs obtenus à Paris inclus. "Eugène Osty, continue Grégory Gutierez, pensait avoir mis en évidence une force émanant de la volonté de l'être humain. Mais une force qui présentait la particularité de n'être détectable que par des rayons infrarouges, ou en présence d'une lumière rouge ou orange assez prononcé. Avec d'autres rayonnements colorés, ou l'ultraviolet, cela ne marchait pas. Osty pensait que c'était un phénomène physique, donc mesurable." (80) L'hypothèse électromagnétique est séduisante. À la même époque, Cazzamelli, un médecin italien a poursuivi des expériences électroniques avec des patients soignés pour troubles psychiatriques. Que découvre-t-il ? Plongé dans des états d'intenses émotions, de colère, de peur, le cerveau émet des rayonnements électromagnétiques détectables à l'aide de montages électroniques simples – les récepteurs radios à lampes. Des tempêtes cérébrales émises dans des fréquences comprises entre 60 et 400 mégahertz. Une recherche que ce professeur de neuropsychiatrie appelait "la psychobiophysique cérébrale". Pour les taoïstes, l'explication de tels phénomènes est bien entendu évidente. Il s'agit d'un Qi émis. C'est-à-dire d'un Qi diffusé, projeté par l'esprit. Une énergie qui, à force d'exercices et de méditations, se contrôle, se canalise, se dirige. Ce Qi transmis à distance peut être utilisé pour soigner une plante ou faire bouger une lampe. Une seule condition est nécessaire : un esprit calme, centré. Un état inverse à celui d'une transe hypnotique ou d'un accès de fureur intense.

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Nous voilà avec une contradiction de plus. Ou l'expression d'une intention inconsciente. Allez savoir.

Notes
61) "Le neurologue Jean-François Lambert ( ... ) a réussi à prendre les électroencéphalogrammes de lamas tibétains en train de méditer. Pendant la méditation on envoie des flashs lumineux dans les yeux des lamas – ce qui, en principe, se solde par un tracé particulier dans le cerveau, dit "potentiel évoqué réflexe" (PER). Là, non : la concentration des méditants est telle qu'ils effacent le PER de leur tracé. D'après la loi française (Loi Caillavet), cela signifie qu'ils sont en état de mort clinique." Une expérience commentée par Jean Staune in "Nouvelle science, nouvelle spiritualité", Nouvelles Clés #33, fév-mars 1994. 62) p. 57, Guérir, David Servan-Schreiber, Robert Laffont, 2003. 63) À découvrir : http://www.imagineneurosolutions.com. Son homologue, play attention, est commercialisé depuis 1994 : http://www.playattention.com/main.html 64) Les états non ordinaires de conscience, Michel Nachez, ed. Marabout. 65) p. 255, op. cit. 66) "La technique Monroe", Programme 2004 / 2005 Harmonic Vision. Les chants de l'Invisible p. 210-217 67) Ces perceptions regroupent télépathie, vision à distance, perception du passé, du futur... 68) Enoncé GNA ou REG, pour Random Event Generator en anglais. 69) Les modèles miniaturisées les plus récents, le microREG, sont grands comme la main et blindés contre toute influence extérieure (notamment électromagnétique). Dans ces engins, les nombres générés sont produits par désintégration d'éléments radioactifs, du strontium-90 par exemple. 70) Cas extraits de Beyond Biofeedback de Alyce et Elmer Green, que Michel Nachez résume dans son ouvrage sur Les États non ordinaires de conscience, p. 245 à 248, éditions Marabout, 1997. 71) Interview, juillet 2003.

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72) En Qi Gong, lorsqu'on parle du cosmos, il ne s'agit pas de la lune, du soleil ou des étoiles, mais plutôt des objets, des gens, de la société... C'est-à-dire du cosmos qui environne l'homme. 73) C'est d'ailleurs ainsi que le Qi Gong taoïste dit avoir découvert les méridiens. 74) Les effets du Qi Gong sur la santé sont incontestables. Notamment sur l'hypertension. Si bien qu'en Chine et aux États-Unis principalement les recherches se poursuivent dans de nouvelles directions et vers de nouvelles pathologies (cancers, alzheimer, etc.) pour évaluer à quel point le Qi Gong peut être un précieux auxiliaire de traitement et surtout un outil de prévention efficace. Pour ambitieux que soient ces programmes, ils sont loin d'être farfelus si l'on se souvient de la conception de la santé en médecine chinoise. Celle-ci dépend de l'équilibre et de la circulation des énergies. Donc travailler cet équilibre au quotidien permet de réduire d'éventuelles perturbations et de se prémunir de leurs effets : l'apparition ou le développement de maladies de toutes sortes. Liu Dong lui-même participe régulièrement à de telles recherches. Après avoir travaillé à Paris, avec des patients toxicomanes à l'hôpital Marmottan, et aux États-Unis avec les professeurs Leed et Benson à l'université de Harvard, il étudie actuellement l'effet thérapeutique du Qi Gong sur le stress. 75) Encounter with Qi , rédigé avec Thomas Lee Wright. 76) A study of the immune regulation effect of the emitted Qi on immunosuppressed animal model, Chinese Journal of Experimental Immunology, 1989. 77) "The effects of externat Qi on bacterial growth patterns", Dr Fong Li-Da, China Qi Gong magazine, 1(1983):36. 78) Qi Gong, la voie du calme, Ed. trancher, 1998. 79) Interview, février 2003. 80) Interview, mai 2003.

08-Voyage au coeur de la matrice
Les objets ont une âme... LE QI DES TECHNOLOGIES MODERNES Parlons objets. Informatique par exemple. Par bien des aspects, l'ordinateur est devenu le compagnon de notre quotidien. On parle de l'âge de l'écran, c'est bien plus que cela. Un nouvel espace, de nouveaux usages, celui des communications électroniques s'est imposé. 120

Micro-informatique, réalité virtuelle, Internet. Tout laisse croire que la machine est lancée. Et l'énergie dans tout ça ? le ne l'oublie pas. Elle est même centrale. Comment ça marche un ordinateur ? Comme un boulier ou un métier à tisser. Ces deux objets sont les précurseurs de la révolution informatique, des "machines à calculer" qui font des opérations à partir d'instructions enchaînées l'une après l'autre. Un métier à tisser peut même être "programmé" à accomplir des tâches répétitives, en décomposant le tissage en une succession d'actions élémentaires. Rudimentaire, traduit sur cartes perforées et inséré comme dans un orgue de Barbarie, le programme commande alors l'instrument. On a utilisé ce système d'automate jusqu'au milieu du XXe siècle. Un mathématicien anglais du XIXe siècle, Charles Babbage, a ainsi travaillé une partie de sa vie à la conception d'un ordinateur entièrement mécanique. Un projet appelé "la machine à différences". (81) L'ordinateur que nous connaissons, électronique, est né durant la Seconde Guerre mondiale. Le principe est conservé, il s'agit toujours d'une machine à calculer – et résoudre – n'importe quel problème converti en une série d'instructions. Mais au lieu de s'appuyer sur des engrenages ou des combinaisons de mécanismes, on utilise des flux d'électrons. L'ordinateur moderne fonctionne à l'image d'une centrale électrique miniature. Ce qui transite par les câbles, les circuits imprimés, les microprocesseurs... ce sont des impulsions électriques. Stockées dans la mémoire magnétique des disques durs ou bien "gravées" par laser sur un support CD. Il s'agit plus précisément d'information, c'est-à-dire un langage codé dont les signaux sont convertis et manipulés sous une forme électrique. Les jeux vidéo, les textes, les images qui apparaissent à l'écran d'un ordinateur ne sont rien d'autre que cela. Des va-et-vient d'électrons, agencés, codés et transformés en informations, conduits à travers de la matière solide dont la propriété est de laisser passer le courant. Ces composants électroniques sont conçus à partir d'un assortiment d'ingrédients connus le cuivre, le plomb, le silicium – la famille des semi-conducteurs. Le tout forme une machine-énergie sophistiquée, qui reçoit, produit et distribue de l'information. Et que l'on s'efforce de faire calculer de plus en plus vite. En à peu près 50 ans, l'ordinateur a traversé l'équivalent de plusieurs révolutions industrielles. Témoins d'une époque, d'une ambition, les technologies de l'information et de la communication concentrent le bénéfice de l'essentiel des découvertes contemporaines en matière de transport d'énergie, de manipulation de l'infiniment petit, de contrôle des rayons lumineux... Si convergence matière-énergie il y a, l'ordinateur en est le prisme révélateur. Et un maillon essentiel. Que nous prépare l'avenir ?

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Bienvenue dans un monde "pervasif"
Demain les ordinateurs seront invisibles. Discrets au point de devenir imperceptibles. Cette réduction de taille, de poids, de consommation d'énergie se fait déjà sentir. Ordinateur, lecteur dvd, téléphone... tout est devenu portable. Pour une puissance de calcul, d'affichage, de stockage toujours plus grande. Les experts de l'industrie expliquent cela par la loi de Moore. Très simple, énoncée en 1965 par l'Américain Gordon Moore, l'un des cofondateurs d'Intel – le leader mondial des fabricants de puces, cette loi prédit que la puissance des microprocesseurs, donc des ordinateurs à notre disposition, double tous les 18 mois. Grâce aux effets conjugués de l'innovation et des baisses de coût de fabrication. Et c'est vrai, depuis, la loi de Moore s'est toujours vérifiée. Prochaine échéance annoncée : 2020. À cette date, les frontières de la matière telles que nous la connaissons seront atteintes. Impossible alors de miniaturiser ou fabriquer des puces pardelà cette barrière. À moins que justement, la synergie de ces "surplus" de puissance ne nous mène à une nouvelle poussée accélératrice. Nous faisant franchir un cap, un point de nonretour à partir duquel la courbe – exponentielle mais prévisible – s'infléchirait soudain vers le haut. Esquissant un pic effréné, infini, affranchi de toutes limites. Filant vers un autre monde. Vers une réalité "pervasive". Où l'informatique serait omniprésente. Imaginez un monde en réseau, raccordant par liaison sans fil une multitude d'objets "futés" et ultracommunicants. Une montre qui affiche le cours de la Bourse. Une monture de lunettes à baladeur intégré, pour écouter une radio diffusée sur Internet depuis l'autre bout de la terre. Des chaussures de sport mémorisent temps de course et Km parcourus par leur porteur. Un "stylordinateur" reconnaît les mots qu'il écrit et les traduit en langue étrangère. Ou des vidéos publiées sur "son" journal par téléphone mobile, consultable sur le web... Vous allez me dire, c'est déjà un peu le cas aujourd'hui ? Oui, mais dans cinq ou dix ans, généralisé à outrance – loi de Moore aidant – arrivera un moment où nous utiliserons quasiment en permanence des ordinateurs et le plus souvent sans le savoir. Aujourd'hui, sur nous, nous transportons en moyenne 3 ou 4 objets électroniques : un téléphone caméra, 1 ou 2 cartes à puce (carte bancaire, carte vitale, etc.), et, disons, un coupecircuit de voiture ou un baladeur numérique. À l'horizon 2015, les industriels tablent sur beaucoup plus. Gadgets, badges, rasoirs, chaussettes, voitures, frigos... Une bonne centaine minimum ! Tous reliés, entourés, d'appareils, de bidules, de capteurs également interconnectés et communiquant sans fil. Car si dans une "réalité pervasive" les ordinateurs

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sont partout, les échanges de données sont constants. Et se propagent, diffus, discrets, dans l'air autour de nous. À l'origine du pervasif, il y a le "Projet Oxygen". Un projet alliant reconnaissance vocale, agent intelligent, réseaux de capteurs. De quoi aboutir à un ordinateur omniprésent, toujours à l'écoute et aussi transparent que l'air. Qui disparaît, s'évapore, imprègne notre quotidien. Lancés par le célèbre Massachusetts Instituts of Technology (MIT), la prestigieuse école d'ingénieurs américaine, dont les recherches sont largement financées par l'industrie, les premièrs outils "Oxygen" ne seront pas commercialisés avant 2010. Les prototypes sont déjà là : bâtiment "conscient" truffé de capteurs et de microphones, terminal "à tout faire" rapatriant données et logiciels ad hoc à la moindre parole des utilisateurs. Ils s'ajustent, peaufinent leurs derniers réglages avant de déferler. (82) C'est sans doute l'aspect le plus confortable du monde "pervasif". Finis les claviers et autres manettes incommodes. L'interaction homme machine s'adapte au corps humain et la communication redevient intuitive. L'ordinateur est aux aguets, programmé à anticiper nos besoins ou répondre au moindre de nos gestes. L'informatique devient ambiante. Il ne s'agit plus d'une sorte de domotique qui greffe aux meubles une télécommande et un ordinateur de bord. On glisse vers une espèce d'environnement partenaire, dans lequel on injecte de l'intelligence. Qui lui permet de nous comprendre ou d'interagir avec nous dans le plus grand naturel. En douceur. Science-fiction ? Utopie technologique ? Que nenni. Les premiers systèmes "pervasifs" sont déjà en vente ou en passe de l'être. Affective Media, laboratoire écossais en "ingénierie émotionnelle", prépare avec le constructeur Toyota une voiture capable de détecter l'état de son conducteur à sa seule manière de parler. Au pilote stressé, le véhicule envoie de la musique douce. En passe de s'endormir, une alarme retentit. Le système d'analyse vocale peut bien sûr se décliner à d'autres objets : jouets, téléphone, etc. Les premières voitures "affectives" sont prévues en 2007. (83) Créée en 2003, voici la Dal Violet, "la première lampe intelligente et communicante connectée à Internet". Ce cube de verre translucide et lumineux, très conceptuel, voit ses couleurs varier en fonction du bruit, du toucher mais aussi d'informations électroniques, directement reçues par la lampe. Par liaison Wi-fi, sans fil ni ordinateur. Personnalisable sur le site du fabricant, on peut choisir ses couleurs, configurer les fils d'actus suivis par la Dal. Météo, CAC 40, périph' parisien encombré... La moindre variation du temps ou du niveau de pollution se traduit alors par un changement de couleur de l'une ou plusieurs de ces faces.

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Illumination complète, lentes pulsations, défilement rapide, "messages et informations sont dilués dans l'ambiance de la pièce." (84) Sensitive Objects, une autre société parisienne, a développé elle un système de reconnaissance fondé sur le toucher. Plus précisément le rythme des doigts. La technologie capte les vibrations sonores liées à la frappe des doigts sur une surface et les traduit en commandes prédéfinies. Ces anciens du CNRS savent ainsi transformer n'importe quel support rigide en interface naturelle. Un mur, un bureau, un miroir, une vitrine. De fait, appliqué au show-room parisien Illumina, ce système permet aux passants, d'éteindre ou d'allumer l'une des lampes en démonstration. Simplement, depuis la rue. En touchant l'un des 8 cercles blancs, des boutons tactiles dessinés sur la vitrine interactive. (85)

Lumières virtuelles
Les interactions informatiques directes, tangibles, vont aussi passer par la lumière. Plus précisément par des "sculptures de lumière". Des objets fantômes lumineux que nous pourrons projeter, saisir, manipuler avec la main. Cette branche des technologies de l'information qui cherche à dompter la lumière s'appelle l'opto-électronique, abrégé optronique. Rayon laser, fibre optique, photonique... Depuis une vingtaine d'années cette discipline sort peu à peu de la clandestinité des centres de recherches et va vers le grand public. Quoi de plus familier qu'un clavier d'ordinateur ? Ça l'est déjà moins lorsqu'il est rouge, translucide et qu'il a l'air de flotter dans l'air, au-dessus de la surface de la table. Révélée lors du Siggraph 2003, la technologie Canesta consiste à projeter à partir d'un téléphone mobile un clavier de lumière. En pianotant ses touches virtuelles, obtenues par rayons lumineux, le détecteur de mouvement associé au système de projection déduit la lettre que l'on touche. On peut taper ses messages à deux mains, environ une cinquantaine de mots à la minute. Bien plus vite qu'avec un seul doigt. Peu encombrant, l'idée du clavier lumineux est en développement depuis 1999. Outre les californiens Canesta, quatre ou cinq sociétés préparent leurs propres versions. Siemens, au salon Cebit 2005, a ainsi présenté un téléphone doté d'un clavier similaire. Autre technique de projection d'images en vraie-fausse 3 dimensions, l'heliodisplay se branche sur n'importe quelle sortie vidéo d'une télé, d'un lecteur DVD ou d'un ordinateur. À peine plus grand qu'un vidéo projecteur, le système combine soufflerie et laser. La colonne d'air rejetée par Heliodisplay devient un "écran flottant tactile". L'image, éthérée, flotte dans l'air et peut se manipuler à la pointe du doigt. Sans gant ni stylo optique. (86)

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Si le secteur connaît une telle effervescence c'est que ces "images-mirages", après des années de recherche, arrivent enfin à maturité commerciale. Laser, images en relief, projecteurs miniatures, tous ces dispositifs de projection 3D sont les héritiers d'un unique procédé, mis au point dans les années 1960 : l'hologramme. Expérimenté dès 1947, ce n'est pourtant qu'à partir de 1962, grâce à l'apparition du laser, que seront fabriqués les premiers hologrammes dignes de ce nom. Invention pour laquelle Dennis Gabor, l'inventeur du procédé, recevra le prix Nobel de physique en 1971. À la différence de la photographie, l'image holographique est – réellement – en trois dimensions. Comme une empreinte, un volume fait de lumière. Plus exactement un écho, obtenu par l'interférence de deux rayons lumineux issus d'une même source. L'un est resté inchangé, l'autre a rencontré sur son chemin le sujet de l'hologramme. En s'entrecroisant, les deux sources lumineuses marient sur un seul support leur point de vue respectif. Ce qui donne le relief, la profondeur de l'image.

Exemple de Blu-Ray Disc, version papier

Une bonne part de la magie des hologrammes tient à leur étonnante capacité à rester complet. Fragmentés en petits bouts, chaque morceau affiche encore l'image dans son entier. Seul l'angle de vue est légèrement différent, dissimulant certains détails. Lorsque les franges d'interférences impressionnent le support, elles le submergent, l'investissent d'une lumière qui inclut tous les points de vue. Cette multiplicité permet de retrouver à grande ou petite échelle l'intégralité de l'interférence. Donc l'empreinte lumineuse laissée par l'objet. En tant que support de stockage, l'hologramme promet une densité d'informations considérable – multi-angle en quelque sorte. De quoi multiplier par 10, 100 ou 500 l'espace mémoire disponible et contenir des centaines d'heures de vidéo (l'intégrale d'une série télé à rallonge par exemple) dans un DVD. Ou dans un cube de cristal grand comme un carré de sucre. Un DVD multicouches contient aujourd'hui 16 giga de données, soit l'équivalent de 8 heures de vidéo. Son successeur annoncé, le Blu-Ray Disc, commercialisé fin 2005, pourra en contenir une centaine. Horizon 2010, d'autres procédés préfigurent des capacités de stockage

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de 250 giga, voire 1 000 giga si l'enregistrement se fait sur plusieurs couches. La "mémoire holographique" existe déjà dans les labos. L'autre avantage de la lumière, c'est sa rapidité. En théorie, rien ne va plus vite. Parvenir à un ordinateur "photonique", transportant l'information grâce à la lumière au lieu de l'électricité, garantirait de nouveaux records de vitesse. Enlight, par exemple, le prototype réalisé par la société israélienne Lenslet ne repose plus sur des composants électroniques standard, mais sur un ensemble de 256 rayons lasers. Résultat, cette "puce" atteint les 8 000 milliards d'opérations à la seconde. Mille fois mieux que les microprocesseurs actuels. On comprend alors pourquoi les chercheurs tiennent tant à jouer avec la lumière.

L'autre dimension de l'information
je le sais. À chaque instant, un faisceau d'électrons me percute, propulsé par l'écran cathodique qui me fait face. Ces particules d'énergie, ma peau, mon visage, mes yeux, les absorbent. Avec leur cortège de photons. je reconnais aussi l'assemblage de points qui s'y dessine. Ces "pixels", codés chacun selon l'une des trois couleurs de base : rouge, vert, bleu (RVB), s'alignent en une trame ordonnée. L'expression d'une suite de 0 et de 1. Les unités binaires (binary unit – abrégé en bit) du langage logique élémentaire adopté par l'informatique pour décrire des situations, des abstractions, des formes. Regroupés par paquets de 8 (les octets), les microprocesseurs traitent ces briques de base en les manipulant des millions de fois par seconde. Description, mesure, quantités, calcul... Derrière le support de l'écran s'étend un monde. Celui de l'information. En son temps, la faculté m'a enseigné que l'information est "une différence qui produit de la différence". À cette définition toute théorique (87), l'informaticien voit une quantité logique. Tandis que certains physiciens et ingénieurs préfèrent analyser l'information en tant qu'énergie. Oui, au même titre que la masse d'un objet. Une énergie dégradée, dissipée et consommée lors de la remise en ordre d'un système. C'est en 1961, dans un centre de recherche d'IBM, alors qu'il imagine un ordinateur capable de fonctionner sans dépenser d'énergie, que le physicien Rolf Landauer formule son principe d'équivalence entre énergie et information. Fondant ce qu'on appelle la théorie physique de l'information. Quelle que soit son expression, l'information est synonyme de structure, d'organisation. Au premier coup d'oeil, on voit la différence entre un tas et un mur de briques. Elle ne réside ni dans la composition chimique, ni dans le nombre de briques. Toutes identiques. Mais dans leur organisation. Un tas en vrac ou un mur bien aligné ne contiennent pas la même quantité – ni la même qualité logique – d'information. Selon Landhauer, la quantité d'information

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contenue dans un objet est en fait égale à la longueur de son "programme minimal" : le minimum d'instructions nécessaires pour décrire le système dans son entier. Mais l'information, ce n'est pas qu'un programme plus ou moins complexe. Elle est devenue à notre époque une dimension à part entière. Un espace collectif, exponentiel, issu de toutes les données et ressources informatiques mises à disposition par les entreprises et les particuliers. L'espace global, interconnecté, de tous les flux électroniques quotidiens. Bonjour la matrice, la réalité virtuelle, le cyberespace... Basarab Nicolescu, physicien théoricien au CNRS, propose de "désigner l'espace informatique dans son entièreté, cet espace est en train d'envelopper la terre entière" par le terme de CyberEspace-Temps (CET). À ses yeux, cet espace technologique, artificiel et abstrait ne doit pas être sous-estimé. Le cyberespace représente une opportunité inédite. Pour la première fois, l'homme est en mesure d'interagir avec son propre imaginaire, en se projetant "matériellement en dehors de lui-même", expérimentant un nouveau type de navigation "qui affecte la perception et qui, à son tour, alimente l'imaginaire." "En conclusion, nous pouvons affirmer que le CET est un nouveau niveau de réalité." Une dimension parallèle où l'homme se déplace à la vitesse de la lumière et où l'information qui y circule "est tout aussi matérielle qu'une chaise ou qu'une voiture". (88) Réel ou virtuel, tangible ou immatériel, notre organisme n'y voit aucune différence. Nos sens captent l'information. Le message est converti en signal nerveux – des variations de potentiel électrique convoyés jusqu'au cerveau. Peu importe alors l'origine des données assimilées. Illusoires ou concrètes, le cerveau ne fait pas la différence. Il absorbe le signal nerveux et réagit en conséquence. Des psys se sont emparés de cet outil pour mettre au point des "cyber thérapies", qui confrontent leurs patients à des simulations de leurs phobies. Le risque devient interactif. Toutes les expériences de neurophysiologie faites face à un écran télé ou plongé dans un univers virtuel confirment les réactions du métabolisme à l'impact des stimuli électroniques. Qu'ils soient violents, apaisants ou sensuels. La matrice s'incarne, fondue dans le décor. Le réel se prend pour une matrice. Les briques s'alignent, se mettent en place, doucement. En attendant la grande immersion.

Génération spintronique
"Un ordinateur demain pourra être une simple molécule". Cyril Fievet m'annonce cela sur le ton de l'évidence. je connais Cyril depuis une dizaine d'années. Nous avons travaillé ensemble. C'est un ami. Écrivain et journaliste lui aussi, sa spécialité ce sont les technologies

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avancées : intelligence artificielle, robotique, nanotechnologies... Lui à Bali, moi à Paris, nous discutons par courrier électronique interposé. Chacun derrière son ordinateur. je l'ai sollicité au sujet des tendances de l'informatique du futur. le suis servi. Le premier choc passé, je reprends ma lecture. Les doigts sur le clavier. "Dans 20 ou 30 ans, on peut imaginer que la notion traditionnelle d'ordinateur ne signifiera plus grand-chose. Avant tout parce que nous aurons appris à domestiquer la matière à des fins "computationnelles", c'est-à-dire que les unités d'informations que nous manipulerons seront les caractéristiques fondamentales des atomes, des molécules ou des électrons. - C'est-à-dire ? - Il existe de multiples façons de stocker un "bit" d'information, l'unité élémentaire d'information logique manipulée par les ordinateurs. Un gène, le nombre d'atomes dans une molécule, ou même le sens de rotation des électrons sont quelques unes des informations élémentaires que les ordinateurs de demain (ou d'après-demain) manipuleront." En ce qui concerne les électrons, la réalité a rattrapé notre conversation. La "spintronique", électronique de spin en abrégé, est une technologie désormais utilisée tous les jours. Mis en évidence en 1988 par un français, Albert Fert, ce procédé nouvelle génération emploie le spin de l'électron. Cette petite pirouette que l'électron fait sur lui-même et que la physique quantique a décomposé en différents moments magnétiques. La spintronique exploite le magnétisme de l'électron, et non plus sa seule charge électrique, comme jusqu'alors. Mais manipuler cette grandeur magnétique, pour en faire une variable porteuse d'information, demande d'agir sur la position de l'électron. Le placer dans un sens ou dans un autre. Donc de pouvoir modifier son comportement à volonté. Pour l'industrie des technologies de l'information, la maîtrise du spin – et des moyens pour y parvenir – est synonyme d'applications étourdissantes. Plus particulièrement pour les mémoires. Concrètement, cette spintronique-là a déjà envahi nos ordinateurs. C'est même la raison pour laquelle la capacité des supports de stockage a explosé ces dernières années, tout en devenant de plus en plus petits. C'est en 1997 que IBM sort la première tête de lecture à magnétorésistance – l'autre terme pour évoquer la spintronique. Depuis la capacité des "disques durs" du commerce a été multipliée par 100. Et elle ne cesse d'augmenter. (89) Grâce à la loi de Moore, toujours elle. Mais l'innovation ne s'arrête pas au seuil des disques durs. Les premières mémoires vives magnétiques, à base d'électronique de spin, les MRAM, sont attendues en 2005. Non-volatile, remarquablement dense mais peu gourmande, cinquante fois plus rapides que les mémoires actuelles, la MRAM ne comporte que des avantages. Évitant par exemple aux malchanceux de perdre toutes leurs données non sauvegardées en cas de coupure de courant. Ou, aux plus

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pressés, d'allumer un ordinateur en quelques instants, comme on met en marche une télévision ou un appareil photo numérique. La course aux technologies spintroniques est lancée. Et elle est mondiale. La France s'est dotée à Grenoble d'un labo dédié, le Spintec, qui réunit cinquante chercheurs dirigés par Albert Fert lui-même. Les États-Unis, le Canada, le japon sont aussi de la partie. À la pointe de l'atome. À l'université de Californie, David Awschalom, du Center for Spintronics and Quantum Computation de Santa Barbara, explore directement le spin du noyau atomique. Son postulat ? Les parties subatomiques d'un atome peuvent recevoir des informations. Poussé par un rayon laser, chargé d'informations, l'électron agirait alors comme un bus de données, en transit dans et vers le noyau. (90) Logique. "Les composants élémentaires de la matière sont déjà des supports de stockage, depuis l'origine de l'univers, rappelle Cyril. Par exemple, le nombre d'électrons d'un atome détermine ses caractéristiques chimiques, tandis que la manière dont s'assemblent les molécules définit leurs propriétés. Il en va de même bien sûr pour l'ADN, qui se réplique en conservant les informations qu'il contient ou en les transformant, donnant lieu a une mutation ou une anomalie génétique... - Nos cellules également j'imagine ? - Bien sûr. Les cellules vivantes utilisent en permanence des "machines", des câbles, des filtres et des transmetteurs d'informations. Si nous avions la taille d'un noyau atomique, à l'échelle du nanomètre (une distance égale à un millimètre divisé par mille, puis à nouveau divisé par mille), ce que nous verrions ressemblerait probablement à une vaste usine, avec une quantité incroyable de composants et de flux d'informations qui circulent dans tous les sens. Atomes, molécules ou cellules vivantes sont donc déjà des ordinateurs, au sens large du terme. La nanotechnologie devrait nous permettre de maîtriser la matière, au point de l'utiliser nous-mêmes pour domestiquer ces échanges d'information. - Quelles en seraient les conséquences directes ? - Des puissances de calcul démultipliées de façon astronomique. Un assemblage de molécules conçues a cet effet, en charge de tâches ou calculs précis, pourra tenir le rôle d'un ordinateur aujourd'hui. Demain – ou après-demain – un "ordinateur" pourra être une simple molécule." Fin des messages. Cette rapide visite guidée, menée à la vitesse de la lumière, confirme ce que j'avais compris. L'informatique a basculé dans le domaine de l'infiniment petit. Une sacrée descente où tout devient possible.

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En apprivoisant la matière élémentaire, des atomes, des molécules, des cellules, on peut "fabriquer" des ordinateurs très différents de ce que l'on imagine en général. En novembre 2003 par exemple, une équipe israélienne a réalisé un processeur composé d'atomes de carbone, assemblés sous forme de tubes et greffés sur de l'ADN provenant d'une bactérie. En 2004, l'université Louis Lumière, à Strasbourg, a annoncé la mise au point d'une mémoire holographique à base de cellules vivantes. Ce procédé, 'l'hyper mémoire diffractive", fait appel à des protéines de volaille qui "stockent les données en se déformant sous l'effet d'un rayon laser, lui-même modulé en fonction des données à enregistrer". (91) Dans le monde subatomique, électronique, vivant, calcul s'entremêlent. jusqu'à se confondre.

Quand l'univers compute...
Depuis un bon moment, la physique de l'information est sortie du cadre strict et confiné des micro-ordinateurs. Pour ces physiciens qui analysent l'univers "en termes de bits et d'octets", les formules physiques qui régissent la matière sont autant de calculs que la nature accomplit en permanence et, bien entendu, à notre insu. Ou presque. Cette école de pensée théorique se représente "la nature des trous noirs, la structure de l'espace-temps, le comportement de l'énergie cosmique, les lois ultimes de la nature" en langage numérique (codé 0 ou 1). Comment ? En calculant la somme des interactions atomiques effectuées par l'univers. On peut alors mesurer, cumuler, extrapoler le traitement global des données en cours ou déjà accompli. Afin de comparer l'incomparable –un ordinateur portable et l'univers dans son entier – ces "infophysiciens" ont défini une unité intermédiaire, assez étrange mais parlante : "le portable ultime". L'équivalent de 1 kilogramme de matière dans un volume de 1 litre. Sa puissance de calcul, facile à estimer, est égale à sa masse convertie en énergie (en vertu de E=mc2, l'équation d'Einstein). Directement issues des interactions de l'ensemble des atomes et particules qui le composent, sa rapidité et sa mémoire sont vertigineuses : environ 1 milliard de fois plus performantes que les meilleurs ordinateurs actuels. "À chaque fois que les particules interagissent, elles peuvent induire le basculement d'un bit. Chaque bit peut se transformer <math>10^20</math> fois par seconde, d'où une vitesse d'horloge de 100 milliards de gigahertz. (...) En utilisant toute cette énergie pour basculer des bits, cet ordinateur exécute 1051 opérations par seconde, en ralentissant peu à peu à mesure que l'énergie est consommée."

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Le portable ultime fonctionne en fait comme un supercalculateur massivement parallèle. Les opérations se déroulent à une vitesse telle que chaque "particule-processeur" travaille en quasi-indépendance de ses voisins. En supposant que la loi de Moore reste valide, "nos descendants verront le portable ultime au XXIIIe siècle." Soit à peu près l'époque imaginée pour Star Trek. Si un bloc de matière constitue un ordinateur, que faut-il penser de l'univers ? "À l'aide des estimations disponibles sur sa masse et son énergie, les chercheurs ont pu estimer que l'univers peut effectuer jusqu'à <math>10^107</math> opérations par seconde, d'où un total de <math>10^123</math> opérations depuis sa naissance". Une puissance computationnelle occupée à faire quoi ? À se calculer elle-même... Tout simplement.

Vertiges du quantique
Où s'arrête le monde subatomique ? Pas simplement à l'échelle des cellules, des molécules ou des atomes qui les constituent. Plongeons plus bas. Aux limites de l'infiniment petit. Vers un pays indistinct. Un monde quantique, éphémère, enchevêtré, insaisissable. Confus et fragile, mais pas tant que ça. Ce lieu inhumain, apparemment contre-nature est loin d'être incohérent. Les lois quantiques sont juste singulières. Inapplicables, semble-t-il, à notre échelle. Pourquoi quantique d'ailleurs ? Parce que dans les recoins de l'infiniment petit, l'énergie est quantifiée. Elle se transmet par paquets : les quanta. Et ces différents paquets d'énergie, en s'additionnant, fabriquent la matière. Nous. L'univers. Et le reste. Le monde n'est plus un assemblage de mécanismes continus, à base d'atomes et de molécules. Il devient vibrant, mouvant, en constante communication. Traversé de fluctuations d'énergie. Par facilité, nous pouvons continuer à parler d'objets, de grains, de briques ou de particules de matière. À l'échelle du femtomètre ou de l'attomètre (millionième ou milliardième de nanomètre), il s'agit de plissement, de nébuleuses plus ou moins allongées, ramassées ou confondues. Des filaments d'énergie qui s'enroulent, s'étirent, s'attirent ou se repoussent. Enfin, je dis ça, mais je n'en suis pas si sûr. Ici-bas, les choses se présentent d'une façon si étrangères que les scientifiques estiment qu'au sens strict, hormis par les équations mathématiques qui les décrivent, il est impossible de s'en faire une idée juste. Il y a 100 ans a débuté une gigantesque aventure intellectuelle – un effort d'abstraction sans précédent – pour tenter d'en appréhender les règles. Tentons un résumé. Dans le monde quantique, tout est à la fois onde et particule. Tout corps devient le centre d'un champ de potentiel quantique, d'une force qui se calcule très

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précisément. Ce rayonnement accompagne chaque atome, chaque parcelle de poussière. Produisant une certaine propagation d'énergie dans l'espace, mesurable en quantum. Toute matière est la somme des mouvements de milliards de milliards d'éléments qui s'agitent et se diffusent en tous sens. (92) Ces vibrations minimes, superposées, coexistent à des fréquences d'oscillations différentes. On parle alors d'ondes de matière. Suggérée par le Français Louis de Broglie, l'idée que la matière ne soit pas immobile mais vibre intensément a été vérifiée en 1927, avec l'électron. Depuis l'aspect ondulatoire du proton, du neutron, des principaux atomes de la table des éléments a été observé. Mais cette onde de matière n'est pas réservée aux atomes. Il s'agit d'une vibration globale, qui contient toutes les pulsations des particules et quantas d'un objet. Ce faisceau d'ondes cumulées, décrit par une équation assez simple – la fonction d'onde, est d'une complexité extrême. Qui s'accroît avec la masse de l'objet. À notre échelle, celle du corps humain, la formule devient impossible à calculer. On y parviendra sans doute un jour. Au cours des années 1990, une expérience a ainsi établi le comportement ondulatoire de molécules de carbone, des sphères de soixante atomes appelées fullérènes. Il s'agit de la plus grosse onde de matière jamais observée. Du point de vue quantique, le "macroscopique", notre monde, celui visible à l'oeil nu, n'est qu'une petite parenthèse entre deux infinis. Une étape intermédiaire qui commence grosso modo aux dimensions d'une molécule ou d'une cellule. Les quanta deviennent alors si nombreux – des milliards de milliards... – qu'ils se "normalisent". Comme dans une foule où chacun joue des coudes sans que celle-ci se déplace pour autant. Au-delà d'un certain nombre de particules quantiques en interaction, les lois de la physique classique reprennent le dessus. C'est encore une question de quantité. Enfin... pas toujours. La mise en évidence des supraconducteurs ou des superfluides – qui lévitent ou n'opposent aucune résistance au passage de l'électricité – présentent des comportements en principe impossibles... Mais parfaitement en phase avec les règles du monde quantique. Comprendre qu'à tout instant, chaque chose conjugue des états "ondulatoires particuliers" et voilà notre conception du monde renversée. Prenons l'exemple d'une odeur. Nous avons l'habitude de nous représenter une odeur comme une molécule chimique isolée, portée par le vent et l'air ambiant jusqu'à nos narines. Imaginons que nous ayons tout faux. Sous un angle quantique, l'odeur s'apparente non plus à une molécule mais à une signature d'énergie. Une onde qui se diffuse, se répand. Il n'est plus question d'agents actifs ou de particules odorantes. La fragrance se module selon la forme de l'onde perçue. Cette oscillation d'énergie a bien entendu des caractéristiques uniques : fréquences, longueur d'onde, etc. Des

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propriétés vibratoires, propres à chaque odeur, peut-être de nature électromagnétique. Car la bande passante de ces radiations "odorantes" reste à découvrir. D'ailleurs, aujourd'hui encore, les portions les plus basses du spectre lumineux, et les plus élevées, n'ont toujours pas été détectées. Mais si l'odeur est une onde, notre nez devient une antenne. Sélectionnant, captant, retransmettant au système nerveux les signaux d'une certaine gamme de fréquences. Tout comme l'oeil permet la vision de la lumière visible. Cette sensibilité "olfactivomagnétique" s'acquiert, se travaille. Que l'on soit créateur de parfums ou herboriste. Il suffit d'inspirer. Puis, simplement, de se laisser aller à fermer les yeux. Et d'inspirer encore. Je vous sens perplexe ? L'hypothèse n'est pourtant pas si éloignée de la réalité des atomes, dont les savants ont recensé les émissions électromagnétiques. (93) La physique quantique est elle aussi adepte des matrices. De tableaux entrecroisant des chiffres pour obtenir des valeurs. C'est même ainsi que le fameux principe d'incertitude a été découvert par Werner Heisenberg en 1925. En classant les informations à sa disposition, les fréquences et intensités du rayonnement émis par un atome, le physicien a déduit différents niveaux d'énergie. Il s'est aussi aperçu que selon l'ordre dans lequel s'effectue le calcul – intensité x fréquence ou fréquence x intensité – le résultat n'est plus le même. Mais les deux calculs sont justes. Bref, sorti de ses équations, le quantique devient approximatif. Cette part d'incertitude est due à l'impossibilité de connaître à la fois la vitesse et la position d'une particule. La moindre mesure de l'une de ces deux valeurs se fait au détriment de l'autre. Si l'on sait où elle se trouve, son mouvement nous échappe. Et la mesure de sa vitesse empêche de fixer où elle se situe. Sa position se trouble. Voir net, ou flou, telle est la question. Jusqu'à ce que, patatras, l'observation remette tout en cause. Ce casse-tête, Sven Ortoli et Jean-Pierre Pharabod le résument ainsi : "La théorie quantique est capable, grâce à la fonction d'onde, de prévoir à tout instant l'évolution d'un système microphysique, mais à partir du moment où l'on veut vérifier expérimentalement cette évolution, on introduit une perturbation dans le système, qui en modifie l'évolution." (94) Dernier problème : l'enchevêtrement. En mathématiques, il est facile de combiner des équations entre elles. Pour deux fonctions d'ondes, c'est la même chose. Résultat ? Une fois en contact, elles fusionnent et n'en forment plus qu'une. Cumulant leur paquets et leurs probabilités. Désormais indiscernables, elles ne peuvent plus être décrites indépendamment. Seule subsiste la fonction d'onde globale. Et quoi qu'il advienne ou les sépare, les fonctions restent liées, enchevêtrées... On parle d'interactions non-locales.

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En 1982, Alain Aspect, un physicien français de l'Institut d'Optique d'Orsay, vérifie le comportement de deux photons "jumeaux", nés d'une même source. Il scinde le couple de particules et les envoie dans des directions opposées. L'opération se déroule à la vitesse de la lumière, et change de sens 100 millions de fois par seconde. Mais la mesure de l'un affecte toujours le comportement de l'autre. Dans l'expérience d'Aspect, les deux photons n'étaient écartés que de 13 mètres. Le test a été reproduit en 1997, dans la banlieue de Genève. Avec des fibres optiques transportant les photons à 11 kilomètres de distance. Le résultat est demeuré identique. Un peu comme si deux chaises en bois, taillées dans le même arbre mais placées dans des lieux différents, conservaient un lien indéfectible. Leur permettant de s'effondrer dans l'instant si l'une des deux venait à se briser. Dans les faits, cette non-séparabilité n'est pas aussi systématique. Ou alors elle s'exerce à notre insu. À la lisière de la perception, du hasard, des intuitions soudaines et des coïncidences heureuses. Une hypothèse à la marge que n'exclut pas la parapsychologie. "La non séparabilité existe, constate Alain Aspect. Elle est. Ni plus ni moins. Tout bizarre ou impossible que cette réalité nous paraisse." (95) Au point qu'en scrutant les étoiles, par la seule action de notre regard, nous pourrions rentrer en communication avec elles ? Pourquoi pas.

Nous sommes tous connectés
Si l'on en croit les astrophysiciens, nous partageons la même origine. Terrestre sans doute, mais aussi stellaire. Nous serions chacun des poussières d'étoiles, issus d'éléments en flottaison dans l'espace. Hydrogène, fer, carbone, bactéries... Les ingrédients sont les mêmes mais cuisinés à la sauce de chacun. Seule l'organisation, la recette, change. Si l'on en croit les lois de l'enchevêtrement et de la non-séparabilité quantique, vivre un moment, une expérience avec quelqu'un nous transforme et nous relie à cette personne. Bien sûr, tout est fonction du temps passé ou de l'intensité du moment. Cercle familial, compagnons d'études ou relation professionnelle. Malgré l'éloignement, le lien perdure. Prenons le cas d'un nouveau-né. Sa mère, surtout au début, est particulièrement liée à lui (ce lien cohérent est peut-être la source de l'instinct des jeunes mamans). Un peu plus que le père, qui l'est cependant lui-même beaucoup plus que leur nouveau voisin – celui qui vient d'emménager trois étages plus bas. Etc.

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Comme les photons ou les chaises, nous sommes reliés. Entre nous. Mais aussi avec chaque chose de l'univers, à l'océan primordial. Ainsi qu'avec tout (et tous) ce qui a croisé un jour notre chemin. D'un cliché de notre enfance au papillon aperçu un beau matin, cette somme d'instants tisse une maille subtile de brins, de liens, d'interactions dont nous n'avons pas le moins conscience et dont la nature échappe encore à la science... Mais qui existe. Nous laissant libre, mais toujours connecté. À leur façon, les Chinois ne cessent de nous le répéter depuis des millénaires. Le Qi, la matière première de l'univers plus ou moins condensée, nous imprègne et nous traverse. Nous reliant tous, en permanence, les uns aux autres. Et à la source aussi, au Tao. Au mouvement créateur, primordial, qui a initié tout le reste. Le monde qui nous entoure. Nous-mêmes. Et les 10 000 êtres qui nous côtoient. Pour expliquer ce phénomène inexplicable, le physicien anglais David Bohm avance l'hypothèse de deux dimensions parallèles, contiguës. Le monde implié, au-delà de nos capacités d'appréhension, et l'univers déplié. Celui où nous évoluons. Tout dans le monde manifesté trouverait son origine dans cet univers implié. Il serait la source des phénomènes de l'univers, la dimension inaccessible dans laquelle se trame le réel. Il n'est pas question de destin. Mais d'un espace hors du temps et de l'espace connu. D'un univers où les interactions quantiques se jouent et se dénouent. Où l'énergie s'organise et s'agglomère en paquets suffisants pour peupler notre univers. Le déplier. Cet état de fait, en accordéon, David Bohm le compare à un hologramme. Une image "empruntée" à une fameuse application de la physique quantique. Dans ces images fantômes conçues par ricochets lumineux, rappelons-le, la partie contient le tout. C'est bien d'ailleurs ce qui intéresse tant l'industrie informatique. La brique de base pour construire la matière, le quantum d'action, est aussi fondée sur le photon. Cette particule élémentaire de lumière est un messager. La charnière capable de s'empiler, de se charger d'énergie au point de créer des particules. Ou de les lier entre elles. Tissant un canevas au dimensions de l'univers. La lumière est partout, envoyée par les étoiles ou fabriquée au coeur de nos cellules. Cette production de rayonnements lumineux, aux interférences incessantes, pourrait bien susciter un univers hologramme. Sous la présence bienveillante de mes trois vieux sages taoïstes – des statuettes qui incarnent la prospérité, la fécondité et la connaissance – je repense au Qi , à cette énergie ambiante, ressentie, transmise par les Chinois... et je la compare au quantique. Tout comme le Qi , le quantique reconnaît aux choses un état de vibration fondamental. Certes le quantique repose sur le quantum d'action. Sur la discontinuité de petits paquets d'énergie qui s'échangent au moindre mouvement. Mais l'un et l'autre se réfèrent à la mer

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d'énergie qui est là. L'océan quantique primordial. Le Tao. Ils sont tous deux invisibles, hors de portée des sens de notre petit quotidien. Pourtant ils nous baignent, discrètement nichés au coeur de toute chose. A l'échelle du vide quantique, dans l'infiniment petit, les fluctuations sont incessantes. On peut prendre l'image d'un océan qui bouillonne — c'est d'ailleurs ainsi que les scientifiques décrivent la trame de fond de l'univers. Non pas comme une toile qui vibre mais comme une mer agitée de vaguelettes. Ils l'appellent l'océan de Planck, en hommage au découvreur de la première constante de la physique quantique : le quantum d'action. On peut le comparer à un tapis de minuscules ressorts qui s'étendraient à perte de vue, très étroitement accolés les uns aux autres et vibrant si vite qu'on ne peut les voir. Si l'on suspend ce mouvement frénétique, perpétuel, une surface tapissée de creux et de bosses apparaît. Un instantané de matière et d'antimatière en gestation. Doit-on s'étonner que l'Asie, plus à l'aise avec ces notions de champ d'énergie, soit la première à nous proposer l'énergie du corps humain comme moyen de communication ?

RedTacton, NTT, Nippon Telegraph and Telephone Corporation

Lancé par NTT, le géant nippon des télécoms, RedTacton utilise le champ électrique du corps pour recevoir ou transférer des informations à distance, par contact et sans fil. RedTacton n'utilise pas les ondes radio ou les émissions infrarouges naturellement émises par l'organisme. Non, il exploite les fluctuations du champ vital, les interférences qui résultent de sa rencontre avec les autres champs électriques de l'environnement. Des champs d'énergie disséminés à dessein pour relayer les informations. (96) Miniaturisé, le décodeur tient dans une carte aux dimensions d'un téléphone mobile. Avec RedTacton, l'envoi et la réception de données peut avoir lieu de n'importe où... à condition d'être en contact ou à portée, quelques centimètres, des émetteurs placés derrière les murs, sous une table ou – pourquoi pas – à même le sol. "En tenant son assistant personnel numérique, explique l'un des inventeurs, l'utilisateur peut se connecter à Internet simplement en restant ou en marchant à la surface de ce plancher." (97)

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Historiquement, l'idée date de 1996 et vient de deux illusionnistes qui souhaitaient jouer des percussions à distance, sans contact. À l'arrivée, Thomas Zimmerman, alors étudiant au MIT encore lui, fit de ce numéro de music-hall le sujet de sa thèse. Cette première mouture d'échange d'informations par champ électrique humain, avec une tension d'un milliardième d'ampère, montrait un débit franchement poussif (98). De l'ordre d'un accès Internet via une ligne téléphonique avant l'ADSL. Très loin de la vitesse de Bluetooth ou RedTacton. Mais amplement suffisant pour s'échanger ses coordonnées par une simple poignée de mains. Par cartes de visites électroniques. Outre l'ergonomie, l'atout essentiel de ce système "naturel", c'est son débit. La vitesse de liaison sans fil par RedTacton surpasse ce qui existe aujourd'hui. Assez pour susciter l'intérêt de l'industrie des télécoms et de l'informatique wireless. (99) Publicité, sécurité, loisirs, les premières applications du "Human Area Network" – le réseau local humain – devraient arriver très vite, d'ici 1 an ou 2 environ. On en revient au réseau pervasif. À la télécommunication globale, transparente. À la navigation dans des univers de synthèse. Désormais ordinateurs et électronique se fondent dans le décor. Ne gardant le contact entre eux, avec nous que par des paquets d'ondes. Des bouffées d'énergie à base de flux radio et de signaux lumineux porteurs d'informations. Une toile à laquelle nous sommes déjà tous connectés.

Notes
81) http://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Babbage 82) Ce programme de cinq ans, lancé en 2000, a été financé 30 millions de $ par une alliance de six sponsors industriels. Un petit comité restreint à Nokia, Philips, Hewlett Packard, Acer, NTT et la Darpa, l'agence de recherche en "projets avancés" de l'armée américaine. 83) Affective Media - http://www.affectivemedia.com 84) Violet - http://www.violet.net 85) Sensitive Object – http://www.sensitive-object.com. Illumina, 16 rue de l'Arbalète, 75005 Paris. 86) Heliodisplay - http://www.io2technology.com . Seul hic, le prix : 18 600 $.

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87) cf. Babbage et sa "machine à différences". 88) "Le Cyber-Espace-Temps ou l'imaginaire visionnaire", Basarab Nicolescu, Colloque "Penser les réseaux", 20 et 21 mai 1999, Montpellier http://www.boson2x.org/article.php3?id_article=69 89) Groupe prospective du Sénat — http://www.prospective.org 90) "Electron spins can control nuclear spins", Physics News Update 622 (Novembre 18, 2003) Consultable en ligne : http://gabriel.physics.ucsb.edu/~awschalom/ 91) Dépêche AFP, 13 mai 2004. 92) Neutron, proton, électron fût aussi quark, gluon, photon, etc. 93) Ces informations constituent la "signature spectrale" d'un atome qui permet de l'identifier au sein d'un spectre lumineux. La spectroscopie, mise au point entre le XVIIIe et le XIXe siècle, s'est depuis diffusée à bien d'autres domaines – de la chimie à la radio-astronomie. 94) Le cantique des quantiques, p.46, éd. la Découverte. 95) "Des codes secrets protégés par les lois de la nature", Science & vie 980, mai 1999. 96) RedTacton – http://www.redtacton.com "A Broad-band intrabody Communication System with Electro-Optic Probe", M. Fukomoto, M. Shinagawa, T. Sugimura. First Inter. Conf. on Appliance Design 2003, Proceedings. 97) Les oscillations électriques du champ artificiel se répercutent sur le champ vital. Un petit boîtier portatif – conjuguant cristal et faisceau laser – capte ces fluctuations. Les variations électriques modifient la structure du cristal (piézoélectricité). La trajectoire du faisceau lumineux qui le traverse est alors plus ou moins déviée. Ces modifications de polarisation lumineuse, suivies en permanence, sont alors décodés et traduites en informations. 98) De l'ordre d'un accès Internet via une ligne téléphonique avant l'ADSL. 99) Mesuré à 10 mégabits seconde, le débit de RedTacton vaut celui d'ordinateurs reliés par câble Ethernet. Il est surtout 10 fois supérieur au débit maximum supporté par les micro-ondes du Bluetooth (1 mégabit/sec.). Et à peu près deux fois et demie plus rapide que l'IrDA, un autre standard de communication sans fil utilisant l'infrarouge.

09-La guerre des ondes

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Les objets ont une âme... LE QI DES TECHNOLOGIES MODERNES C'est dans l'air. Des nuées d'ondes, d'échos, d'oscillations. Plus ou moins heurtées, confondues, convergentes, envahissantes. Un filet resserré de fréquences qui se répandent dans le ciel. Des mailles intangibles qui s'égarent, s'entrechoquent, se répercutent. Qui se mélangent et se traversent. Et, avec elles, les corps qu'elles rencontrent sur leur passage. À l'infini et sans fin. À la recherche d'une antenne correctement réglée et assez sensible pour entendre leurs messages. C'est dans l'air. Des colonnes de métal se dressent un peu partout. Des armées d'acier qui progressent en file indienne, reliées par câbles ou non. À leurs sommets, certaines affichent des sortes de grands hauts parleurs tournés vers le sol. Ailleurs, ce sont de simples pylônes. Émetteurs du réseau hertzien, stations relais pour téléphone mobile, lignes à haute tension. Des échafaudages de toutes sortes, des conifères artificiels plus ou moins discrets et de plus en plus fréquents. Pointés vers le ciel. Là où des satellites en orbite, en communication constante avec la Terre, observent et arrosent des zones entières au sol. C'est dans l'air. Des voix s'élèvent, sous les pylônes et dans les écoles, dénonçant cette pollution perverse. Une pollution insidieuse, subtile, incolore, inodore et inaudible. Ces victimes protestent. Car ce manteau d'ondes artificielles, produit par l'homme et nécessaire à son activité, serait mauvais pour la santé. Très mauvais même. À les écouter, les téléphones mobiles nous grilleraient le cerveau, les transformateurs électriques empêcheraient tout Sommeil et les écrans télé assécheraient les yeux. Épileptiques, tournez le regard... mais rassurezvous ! Vous n'êtes plus les seuls concernés.

Le grand méchant spectre
Paris. Quelque part dans ses sous-sols, entre Porte de la Villette et place de Belleville. À toute allure, nous filons de station en station, régulièrement secoués par les légers cahots du métro. Cyril est journaliste, spécialiste des technologies de pointe que sont la robotique, les ordinateurs quantiques et les nanotechnologies. Comme à l'accoutumée, nous discutons des dernières innovations en matière d'informatique et de réseaux communicants. Mais cette fois la conversation prend une tournure résolument nouvelle. Cyril l'engage sur la question des pollutions électromagnétiques. Le sujet fait, en France, à cette date, encore débat. - Pour faire simple, lui répondis-je, il s'agit de tous les rayonnements, de tous les champs d'énergie émis par les appareils électriques ou électroniques que nous utilisons à longueur de journée. Une forme de pollution qui ne se voit pas, ne se sent pas mais qui nous environne et accompagne l'activité humaine. Ce brouillard électromagnétique, que l'on appelle aussi

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"électrosmog", nous y sommes confrontés à chaque instant et le plus souvent sans que nous ayons conscience. - Cet "électrosmog", à quoi correspond-il exactement ? Est-ce comme si l'on était en permanence soumis à des rayons X ou des radiations nucléaires ? - Oui, en quelque sorte. Mais à la différence qu'il s'agit de rayonnements bien moins puissants que ceux que tu viens de me citer. Ceux-là, leur dangerosité est connue et prouvée depuis Marie Curie et les débuts de la physique nucléaire. La question de la pollution électromagnétique est beaucoup plus diffuse et ne concerne qu'une certaine gamme de fréquences, connue sous le nom de rayonnements non-ionisants. Car il y a ondes et ondes, même si cela demande quelques éclaircissements. Dans les faits, la science divise le spectre des ondes électromagnétiques en deux grandes parties : les rayonnements ionisants et les rayonnements non-ionisants. Aux premiers, les radiations les plus élevées. C'est-à-dire celles directement issues des étoiles ou à peine atténuées par l'atmosphère de la Terre, qui cherche à nous en protéger autant que possible. On y retrouve les radiations cosmiques, les rayons gamma, ainsi que les rayons X et les ultraviolets. Comme ce sont les rayonnements les plus chargés en énergie, ce sont aussi les plus pénétrants. C'est par exemple la raison pour laquelle les rayons X nous permettent de voir à l'intérieur du corps humain. C'est aussi pourquoi ils sont si dangereux et endommagent la matière. En arrachant les électrons à leur orbite autour des atomes pour les emporter avec eux, ces rayons génèrent ainsi des atomes ou des molécules "ionisées", c'est-à-dire dotées d'une charge électrique. Ces rayonnements "ionisants", l'homme les produit à travers l'industrie – et la bombe – nucléaire. Les autres ondes électromagnétiques, toutes les autres, aux gammes de fréquences plus faibles, composent la grande famille des rayonnements non-ionisants. On les retrouve dans les ondes radio, le radar, la technologie des téléphones mobiles et du four à micro-ondes. Comme ces radiations électromagnétiques véhiculent moins d'énergie, leur impact est sans effet sur les électrons... et sans nuisance pour l'homme. Du moins selon l'avis de certains rapports officiels, car d'autres clament le contraire. Fin de la parenthèse. Dans le métro, mon explication se continuait. - Les experts décomposent les rayonnements non-ionisants en différents groupes, là encore toujours selon leur longueur d'onde. Des plus longues, les basses fréquences, aux plus courtes, les radiofréquences, ou celles, encore plus courtes, des hyperfréquences utilisées en téléphonie mobile et dont la longueur d'onde se situe aux alentours du millimètre. Ces ondes coexistent en très grand nombre, à la fois voisines mais distinctes les unes des autres. Comme si une 2CV roulait au côté d'une Ferrari. L'exposé s'enlisait, les stations défilaient, il était temps d'aller à l'essentiel. - Dans la pratique, pour simplifier et rester compréhensible, les experts considèrent trois "grandes" sources de pollutions électromagnétiques : le courant électrique, les écrans 140

cathodiques et les téléphones mobiles. - Comment cela ? - Le va-et-vient continu du courant domestique, fixé à 50 hertz en Europe (c'est-à-dire 50 fois par seconde) génère un champ d'énergie qui varie au même rythme, selon la même fréquence. Ce champ, à extrêmement basse fréquence et induit par le courant alternatif, se retrouve autant le long des fils électriques qu'autour des prises de courant et des appareils électroménagers mis sous tension... Rien ne l'arrête, il traverse les cloisons et rayonne à une distance proportionnelle à sa puissance. Cela peut aller d'une trentaine de centimètres dans le cas d'un radio-réveil à une centaine de mètres dans le cas des lignes à haute tension.

Fréquences et longueurs d'onde d'objets quotidiens

Des mesures effectuées en 2002 auprès d'appareils en fonctionnement transforment le quotidien d'une ménagère en journée de tous les dangers. Parmi les objets les plus irradiants : l'aspirateur, le robot ménager, le rasoir électrique, le sèche-cheveux. Avec parfois des doses amplement supérieures aux normes en vigueur. (100) Il existent bien entendu d'autres sources de pollutions électromagnétiques. Les lignes à haute tension, les lampes halogènes, les montres à quartz, les télécommandes et les "bipers" de toutes sortes. Dans le domaine des transports, les systèmes électroniques embarqués dans les voitures, tout comme les lignes électrifiées des TGV, sont à l'origine de champs magnétiques de plus en plus puissants. Professionnels de la route, détenteurs de voitures de luxe, vous voici avertis. Pour les écrans cathodiques, jusqu'ici couramment employés dans les télévisions ou pour les ordinateurs, c'est autre chose. Il y a le champ lié à l'alimentation électrique, assez important mais centré sur l'arrière de l'appareil, près du câble. Le devant de l'écran, avec sa surface en verre bombée, émet tout un tas de rayonnements, entremêlant ionisant et non-ionisant, rayon X, ultraviolet et infrarouge. Arrosant celles ou ceux qui lui font face.

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Enfin, depuis une dizaine d'années, le problème s'est encore accru avec la multiplication des antennes relais et des téléphones portables, tous émetteurs-récepteurs de micro-ondes. Les mêmes que celles utilisées pour réchauffer les plats. Globalement, le niveau ambiant des rayonnements non-ionisants n'a cessé de croître au fil des années. Wolfgang Volkrodt, à la tête du département R&D chez l'électronicien Siemens, s'est livré en 1990 à un rapide calcul à la suite duquel il a déclaré "au cours des 30 dernières années, la densité des transmissions a doublé environ tous les quatre ans, et la pollution électromagnétique a centuplé". Diable ! - Mais quel est l'effet sur l'organisme de ces ondes en tous genres ? Si l'on parle de pollution, c'est qu'il y a un danger... De quoi a-t-on peur ? - En matière de téléphone mobile, une première gamme d'effets est connue. Il s'agit des effets thermiques. Les micro-ondes émises ou reçues par le terminal sont absorbées par la peau, la chair, les muscles. Comme les micro-ondes entraînent une agitation des molécules d'eau, cela provoque sur les parties du corps exposées, à quelques centimètres autour de l'antenne, une élévation de la température locale. Ce que les opérateurs mobiles sont les premiers à reconnaître en parlant de DAS : le débit d'absorption spécifique. C'est une valeur mise en avant par l'industrie suite à des mesures effectuées sur des mannequins. Au-dessous d'un certain seuil, officiellement, il n'y a plus de danger. Le problème est que des effets non-thermiques ont aussi été mis en évidence, même à des puissances très faibles. Bien inférieurs à un éventuel échauffement de la peau par exemple. Et c'est là que se joue tout le débat actuel sur les pollutions électromagnétiques.

Principes de précaution ?
Menace fantôme ou pas ? Contre toute attente, les alarmistes ne manquent pas d'arguments. Prenons l'effet du portable sur la barrière hématoencéphalique par exemple. En temps normal, cette fine membrane préserve le cerveau des toxines, des déchets et autres molécules que les vaisseaux sanguins charrient avec eux. Soumis aux rayonnements d'un téléphone mobile, ce filtre devient poreux, laissant passer des protéines, ou des agents infectieux, qui n'ont rien à faire au milieu des neurones. Prion de la vache folle ou agent de la méningite par exemple. Mis en évidence en 1975, cet accroissement de la porosité de la barrière naturelle entre le sang et le cerveau a été confirmé en 2001, à l'issue du programme COMOBIO (Communications Mobiles et Biologie) conduit à Bordeaux sous l'égide du Pr Veyret. (101) L'impact des écrans cathodiques concerne d'abord nos hormones. Depuis 1984, plusieurs études ont découvert qu'au-delà de 4h passés trop près d'un écran, différents symptômes apparaissaient : changements d'humeur, augmentation des maux de tête, risque accru de fausses couches... À qui la faute ? À notre adrénaline semble-t-il. Après 4 heures d'exposition,

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l'organisme n'élimine plus correctement cette hormone, typique d'une réponse aux agressions. La courbe est très nette, s'infléchit et remonte au lieu de continuer à baisser comme chez des personnes loin de tout écran. Problème : cet accumulation d'adrénaline bloque la sécrétion d'autres hormones. Parmi elles, la mélatonine. La substance fabriquée par la glande pinéale, la petite glande située au milieu du cerveau associée à la bonne marche du sommeil et du système immunitaire. (102) Quatre heures d'exposition à un écran et c'est aussi votre champ d'énergie, le champ vital, qui en prend un coup. Et 8 heures passées devant l'écran détruisent le champ d'énergie bioélectromagnétique naturel aux trois quarts. Il faut 12 heures de repos pour le reconstituer à 100 %, 16 heures dans le cas d'un travail avec deux écrans. (103) Bref, trop d'écrans mettent les batteries de notre système biologique à plat. Est-ce l'origine du syndrome de fatigue chronique dont souffrent beaucoup de cadres ? Autre cas : Coutiches, une commune du nord de la France. Malgré la mobilisation de ses habitants opposés au tracé du projet, EDF construit et met en service en 1989 des lignes à haute tension au-dessus des maisons. Des analyses sanguines, officiellement prises en charge par EDF, sont effectuées. Verdict : 45 % des habitants souffrent d'une carence en fer. Mais l'affaire ne s'arrête pas là. Voici ce que déclare l'un des habitants, après visite au CHU de Lille : "Un myogramme a mis en évidence une surcharge en fer dans les cellules de la moelle osseuse. En revanche, une scintigraphie a révélé que des organes de réserve, comme le foie et la rate n'avaient plus de stock de fer. Nous ne souffrions pas d'une carence mais d'une mauvaise répartition du fer dans l'organisme." (104) Diable, auraient-ils été magnétisés par les lignes de 400 000 volts passant au-dessus de leur tête ? Depuis les résidants sont partis. Mais les pylônes, eux, restent. – Si c'est vrai, pourquoi ne le sait-on pas ? J'imagine que des preuves existent ? J'ai envie de répondre "bien sûr, des quantités". Là, je garde le silence plusieurs secondes, le temps de trouver les mots. Difficile en quelques minutes de transmettre la somme des 15 000 études, documents, rapports produits à travers le monde en 40 ans de recherches et d'expériences. Toutes bandes passantes confondues. Nasa. EDF. Émetteurs hertziens. Opérateurs télécoms. Armées de tous bords ont mené leurs mesures, accumulé les résultats. Des preuves il y en a. Mais en ordre dispersé. – Ce qui est prouvé, c'est que les effets biologiques existent. Pas les effets sanitaires, trop variables en fonction des fréquences, des puissances rayonnées, des individus. Autrement dit pour les décideurs politiques, les cours de justice, en matière de santé publique, il n'y a pas aujourd'hui de responsabilité "prouvée" de ces rayonnements en matière de cancers, de leucémies, de maladies de "civilisation". Juste ce que les experts prudents, ou politiquement corrects, vont appeler un faisceau d'indices convergents. C'est un facteur de risque probable,

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fondé sur des résultats qui ne sont d'ailleurs pas totalement homologués, pour une raison ou pour une autre. Comment cibler, isoler les effets de certaines fréquences et pas d'autres ? Comment conjuguer dans une même étude, l'influence d'un téléphone mobile, qui rayonne en champ proche – c'est-à-dire posé contre une zone de la peau – et celle d'une ligne à très haute tension, qui s'exerce au loin, à plusieurs dizaines de mètres, et irradie l'ensemble du corps ? Comment relever sur du long terme, les doses reçues en présence d'une télé, d'un portable, et d'un radioréveil ? Qui ou quoi faut-il incriminer ? "C'est comme se demander combien de cigarettes il est possible de fumer par jour avant de développer un cancer du poumon !" résume à sa façon un chercheur suédois. À chaque rapport indépendant rendu public, des résultats contradictoires sont mis en avant, à travers des études financées par les institutions ou les industries du secteur. C'est le cas en France, mais aussi dans d'autres pays. Il y a des directives, des décrets qui existent mais qui ne sont pas appliqués. Les enjeux économiques et financiers prédominent. Fin 2004, le nombre d'abonnés au téléphone mobile dépasse en France les 44 millions de personnes, générant plus de 4 milliards d'euros de chiffre d'affaires. Une véritable manne à destination des opérateurs télécoms, des revenus trop importants pour être remis en cause par la stricte application du principe de précaution. Même si depuis le 1 er mars 2003, les compagnies d'assurances ont pris de leur côté la décision de ne plus couvrir les risques liés aux champs électromagnétiques des polices de responsabilité civile de ces mêmes opérateurs. (105) Dans cette bataille sur l'information, on joue sur les mots, on joue sur les normes. Les valeurs limites fixées par l'Union Européenne ou les États-Unis sont 10 fois supérieures à celles édictées par des pays comme l'Australie ou le Luxembourg. Qui eux-mêmes tolèrent des seuils de puissance 10 fois plus importants que ceux toujours en vigueur en Russie ou adoptée depuis peu par l'Italie. Des divergences internationales, d'un rapport de 1 à 100, simplement dues aux choix politiques effectués. L'armée en tout cas est parfaitement au courant de toutes ces émanations. Et elle ne cesse d'apprendre à les utiliser. Ici, il n'est plus question de pollutions électromagnétiques mais d'informations stratégiques.

À l'écoute des rayonnements compromettants
Quelque part en France, en 1995. Le ministère de la Défense organise dans une camionnette postée dans la rue une petite démonstration de ses capacités d'espionnage informatique, à 144

partir des seules ondes hertziennes émises par un ordinateur lors de son fonctionnement. À l'aide d'un récepteur trouvé dans le commerce et d'une antenne télé pour caravane grande comme une assiette, les techniciens de l'armée obtiennent sur leur écran, devant la presse médusée, la copie conforme du contenu visualisé au même instant sur l'ordinateur de bureau d'un immeuble voisin. Une reconstitution à la frappe et à la touche de clavier près. Le tout se déroule sans fil, à quelques dizaines de mètres de l'ordinateur pris pour cible. (106) Cette "écoute" repose sur les rayonnements électromagnétiques propres à l'activité d'un ordinateur. Ces radiations, l'équivalent de parasites électriques, se propagent sans rencontrer de résistance hors de la pièce, vers l'extérieur. Tous les appareils électroniques émettent ce type de signature mais tous ne contiennent pas ou n'affichent pas des données classées "secret défense". Ces radiofréquences porteuses d'informations, les états-majors du renseignement les appellent des "ondes compromettantes". Puisque faussement confidentielles et relativement simples à capter. Il suffit de tendre l'antenne vers l'écran. Tout ce qu'affiche un écran cathodique se traduit, à sa surface, par de très légères variations du champ électrique. À l'échelle par exemple de la différence d'intensité lumineuse entre un point noir et un point blanc. Ces fluctuations strient le champ électromagnétique de l'écran de lignes au relief infime, une empreinte recouverte de creux et de bosses. Reste alors aux électro-espions à parcourir cette écriture en braille cathodique, et resynchroniser les lignes pour reproduire les signaux présents à l'écran. (107) Mais l'écran n'est pas seul fautif. Une unité centrale, un clavier avec son câble de raccordement s'accompagnent aussi de variations électromagnétiques faciles à saisir et à décoder. Cette prise de conscience des appareils électroniques fonctionnant comme des émetteurs radio n'est pas nouvelle, au moins parmi les spécialistes des télécommunications. Depuis les années soixante, une norme a d'ailleurs été fixée par l'armée américaine pour protéger ces appareils contre eux-mêmes. En les "blindant" contre toute émission "sauvage". Baptisé TEMPEST, un sigle dont la signification et les détails restent obscurs (108), ce label – finalisé en 1974, et dont la dernière mise à jour remonte à 1992 – fédère un ensemble de normes, de standards, de mesures destinées à sécuriser les communications, les préservant de tout risque de fuite ou de propagation inopinée. Seul hic : le prix. Ces technologies qui transforment n'importe quel objet électronique en boîte noire, muette et opaque, coûtent plus ou moins cher selon qu'il s'agit de blinder un fax, un scanner, un ordinateur ou une zone entière. Ces produits répondent à des spécifications strictes. Et leur prix d'achat, hors de portée des particuliers, les réserve à des organismes gouvernementaux ou aux budgets de la défense. Un tel savoir, ou savoir-faire, aurait pu rester l'apanage des militaires si un chercheur hollandais, Wim van Eck, n'avait fait paraître au cours des années 80, dans une revue d'électronique grand public, l'essentiel des formules "secrètes" et montages nécessaires pour

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réaliser de telles écoutes. Son travail a consisté à vérifier si un assemblage simple, fabriqué à l'aide de matériels trouvés dans la boutique du coin, permettait l'écoute des rayons compromettants. "Si aucune mesure préventive n'est prise, l'écoute clandestine d'un écran est possible à plusieurs centaines de mètres de distance, en utilisant uniquement un récepteur tv noir et blanc, une antenne directionnelle et un amplificateur d'antenne." Selon les modèles d'écran, il est même possible de capter des informations émises à plus d'un km. Pour s'en protéger, cet expert préfère aux solutions de blindage trop onéreuses à son goût, la technique de désynchronisation des données. Incorporée aux écrans, une telle clé de cryptage rendrait l'image captée similaire aux émissions de Canal + visionnées sans décodeur. (109) Mais la guerre de l'information ne s'arrête pas au simple contrôle ou décryptage des rayonnements parasites des matériels informatiques. Une autre facette existe. Plus offensive. Un art de la guerre où le soldat, les armes, les véhicules exploitent les propriétés des radiofréquences. Cette fois, il ne s'agit plus d'écouter mais de détruire. Ces armes non conventionnelles sont déjà prêtes au combat.

L'arsenal du troufion électromagnétique
Premier engin, le plus commun peut-être, la bombe EMP. Son principe est le suivant : générer une impulsion électromagnétique (EMP) suffisamment puissante pour provoquer à la vitesse de la lumière, en un clin d'œil, une surcharge d'interférences, un court-circuit généralisé dans tous les appareils électroniques à proximité. Arme de destruction électrique massive, la bombe EMP, appelée aussi E-bombe, touche autant la télévision ou la radio que la chaîne hi-fi, les ordinateurs, les téléphones mobiles. Selon la force de l'impulsion, on peut faire disjoncter un quartier, une ville, un pays, un continent. Paralyser son infrastructure, son informatique, ses moyens de communication, ses installations électriques, ses transports. Nous laissant soudain un monde en panne, mais avec aussi de nombreuses victimes. En effet, en grillant les processeurs et composants de tous les appareils modernes, on met hors d'usage les véhicules à démarreur et injection électronique. Les commandes et tableaux de bord des avions ne répondent plus. Les ascenseurs non plus. Les appareils hospitaliers, les thermostats... Tout s'arrête. À l'image sans doute de la société décrite par Barjavel dans Ravage. Où du jour au lendemain, sans crier gare, l'électricité a disparu. Si l'e-bombe fait tant de dégâts, c'est aussi parce que son impulsion se propage. Elle profite de toutes les structures métalliques, des câbles conducteurs, pour se répandre d'un appareil à l'autre. Bien au-delà de son aire d'effet initiale. Seule parade connue : le blindage. Type

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Tempest ou encore plus important. Mais, outre le coût, l'encombrement, le poids que cela impose limitent ce blindage à quelques appareils seulement. Militaires pour la plupart. Pour tout le reste, le problème reste entier. L'origine des bombes EMP remonte aux premiers essais nucléaires. Une explosion atomique génère un gigantesque effet EMP. Une bouffée électromagnétique extrêmement brève (quelques milliardièmes de seconde) mais terriblement intense, qui couvre tout le spectre des rayonnements connus. Redoutable. En 1958, après une série d'essais menés en toute clandestinité dans la haute atmosphère de l'Atlantique Sud (à plus de 150 kilomètres d'altitude), l'armée américaine a perturbé durant plusieurs semaines les communications radio, en chamboulant les propriétés électriques du ciel. (110)(111) Le traité d'interdiction des essais nucléaires dans l'atmosphère, signé en 1963 entre l'URSS et les États-Unis est la conséquence directe de ces expériences. Missiles, obus, grenades... Des e-bombes, il en existe de toutes sortes et dans tous les étatsmajors des pays les plus développés. Des bombes nucléaires à basses, moyennes et hautes fréquences aux systèmes micro-ondes de forte puissance (MFP ou HPM, pour High Power Microwave en anglais). Début 2003, Air & Cosmos traitait d'un générateur EMP franco-allemand en préparation depuis 25 ans, désormais suffisamment compact pour tenir dans un cylindre de 10 cm de diamètre et 40 cm de long. (112) Tandis que les Américains reconnaissent du bout des lèvres avoir utilisé des ogives EMP lors de la première guerre du Golfe ou des interventions au Kosovo, la Russie cède au plus offrant des radars assez perfectionnés pour lancer des rafales de micro-ondes et provoquer des effets EMP. La bête noire des services de sécurité du monde entier, ce sont surtout les "e-bombinettes". Plus artisanales, de la taille d'une mallette ou d'une canette de bière, et conçues à partir de systèmes dits à compression de flux – qui convertissent des explosifs chimiques en rayonnements électromagnétiques. Élaborée dans les années 1950 par le physicien Sakharov, la recette est passée depuis dans le domaine public. Il suffit d'une semaine et d'un peu d'argent pour assembler un tel engin. Prix de revient à l'unité : environ 400 euros. Portée : une dizaine de mètres. Amplement de quoi saturer de parasites un bureau ou un immeuble entier. Officiellement, les armes EMP sont présentées comme non-létales. Pas mortelles ? Pas vraiment. Souffle explosif, rayonnements micro-ondes, parasitage électrique à grande échelle, les individus pris dans l'aire d'effet sont sans défense. (113) Et tout comme l'électronique, le système bioélectrique humain est affecté. À basses fréquences, il y a de quoi perturber l'activité cérébrale ou cardiaque, causant une perte de connaissance, une rupture d'anévrisme, des paralysies ou des spasmes entraînant un arrêt du

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cœur. Les mêmes symptômes que lors d'une électrocution. Limitée aux micro-ondes, à quelques mètres ou centaines de mètres de l'explosion, l'impulsion devient une vague de chaleur qui vous traverse la peau. Causant selon sa puissance des brûlures superficielles ou plus profondes. D'autant plus si la bouffée d'énergie devient une salve, continue ou répétée. Alors il ne s'agit plus d'une bombe, plutôt d'un canon ou d'un pistolet à énergie dirigée. (114) En septembre 1994, le Dr Barbara Hatch Rosenberg, spécialiste des programmes d'armement américains et professeur en science de l'environnement à l'université de New York, soulignait que "de nombreuses armes non-létales envisagées utilisent des infrasons ou l'énergie électromagnétique (lasers, micro-ondes, radiations de fréquence radio ou lumières visibles pulsées aux fréquences des ondes cérébrales)". Aveuglement permanent ou temporaire, troubles de l'attention, modifications du comportement ou des réponses émotionnelles, paralysies, nausées, diarrhées... Oui, la palette est variée. (115) Comprenez bien, ce n'est plus de la science-fiction. Il y a quelques mois un projet de recherche de "projectiles d'énergie pulsée" (PEP) financé par l'armée américaine a été dévoilé. Son principe : des impulsions laser capables de provoquer des crises de douleur aiguë, via le système nerveux et sans abîmer les tissus. Un peu comme les pistolets à électrochocs qui équipent les forces de sécurité civile. Déjà testé avec succès sur des animaux, le système est en phase d'optimisation, afin de maximiser la douleur provoquée. Présenté comme une arme "anti-émeutes", l'engin serait utilisable dès 2007. Portée : 2 kilomètres. (116) En matière de micro-ondes, la palme revient sans doute au projet Haarp. Le High frequency Active Auroral Research Program est une installation anodine, située en Alaska et financée par l'Armée américaine depuis 1993. Du ciel, Haarp ressemble à un tapis de cordes à linge, de 8 lignes sur 6. Ce champ de 48 pylônes de 22 mètres de haut constitue un seul et unique émetteur-récepteur radio. À terme, il y en aura 180. Surface totale de l'antenne : un peu plus de 13 hectares. L'équivalent de 26 terrains de foot. On ne sait pas trop quel est le but réel de Haarp. La version officielle que ne cessent d'affirmer l'Air Force et l'US Army est qu'il s'agit d'un programme d'étude de la ionosphère. Pour mieux comprendre le fonctionnement de la haute atmosphère dont les couches permettent les transmissions radio. Pour les détracteurs du projet, il s'agit de la plus grande arme à énergie dirigée existant au monde. Elle peut manipuler l'atmosphère, modifier la météo, brouiller les communications radio... Une chose est sûre : la société à qui l'armée sous-traite la réalisation de l'installation détient moult brevets sur l'usage de rayonnements électromagnétiques dans l'atmosphère. L'un d'eux décrit même comment produire une explosion nucléaire "sans fil" et sans radiations. Des

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brevets dans la lignée des essais Argus menés dans les années 1950. Haarp serait-ce une station de recherche de plus ? Aujourd'hui probablement, mais sa puissance est faramineuse. (117) Selon les données publiques, la puissance installée frise le 1 mégawatt. Amplement de quoi bombarder la ionosphère de micro-ondes et voir ce qui s'y passe. En chauffant les molécules de l'air, Haarp les "excite" et modifie les propriétés électromagnétiques locales. Ce qui influe sur la capacité de la zone ciblée à relayer un message radio, à filtrer les rayonnements solaires, à se condenser en nuages, etc. Le 10 mars 2004, pour la première fois, un effet visible à l'oeil nu a été obtenu : une aurore boréale. Made in Haarp. (118)

Électrosensibles s'abstenir !
Je ne sais pas pour vous, mais, en ce qui me concerne, quand j'utilise mon téléphone mobile un peu trop longtemps... cela me rend "patraque". J'ai mal à la tête, à la hauteur de la tempe, à peu près là où j'ai plaqué mon combiné durant plusieurs minutes. Je connais très bien les symptômes. Une sensation de surchauffe qui peut descendre sur le côté de la mâchoire. Une impression diffuse, qui mélange fourmillements électriques et contractions musculaires durables. Une sorte de gêne qui peut durer plusieurs minutes après la conversation. Et que j'éprouve aussi dans la main qui tient le téléphone. D'ailleurs, lorsque je sens que ça chauffe, je ne change pas d'oreille, je préfère abréger la conversation. Je me dis que c'est mieux pour moi... et pour mon forfait ! Face à un ordinateur, c'est un peu la même chose. Au bout d'un moment, malheureusement de plus en plus réduit, j'ai les yeux un peu secs ou l'envie de faire jouer les muscles de mon visage. J'ai aussi l'impression d'une légère chaleur, comme le rayonnement d'une lampe à bronzer. Et puis il y a aussi les mains, les avant-bras qui se crispent légèrement. Qui ont besoin de s'étirer, de faire des gestes et de se détendre. Comme pour évacuer un excès d'énergie. Là aussi, ces sensations ne s'estompent pas tout de suite après l'arrêt de la machine. Bien sûr, de telles impressions, on peut facilement ne pas y prêter d'attention, les mettre sur le compte d'une simple effet psychosomatique ou des problème d'ergonomie. Peut-être. Il y a des dizaines de millions de personnes qui utilisent de tels appareils et si cela avait un effet nuisible, cela se saurait. Justement. À en croire l'Association Suédoise des Électrosensibles, la FEB (119), les sensations que je viens de vous décrire – installées depuis une paire d'années maintenant – ne sont pas à prendre à la légère. Il s'agirait des premiers symptômes d'une pathologie nouvelle : l'électrosensibilité. Une forme d'allergie particulière, récente et en pleine progression dans nos pays industrialisés, qui se produit en présence de champs électromagnétiques. (120)

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"22 % de la population européenne en souffrent à un degré ou un autre", m'avait dit Jacques Surbeck lors de notre rencontre autour d'un café. Cela m'avait paru beaucoup. Mais après tout, si cela se limite aux types de gêne que je peux éprouver... Pourquoi pas ? D'autres chiffres beaucoup moins alarmistes circulent. En Suède, les statistiques officielles estiment la proportion d'électrosensibles à 2 ou 3 % de la population. (121) On ne sait pas encore trop bien quelle est la cause première de cette hypersensibilité aux rayonnements non-ionisants. Comment se déclenche t-elle exactement, à la suite de quelles prédispositions personnelles ou de quels excès d'exposition ? Une réaction chimique à la surdose de métaux lourds ? La conséquence éventuelle d'une électrocution ? On ignore dans le détail les doses précises, les fréquences ou les types de rayonnements coupables. Le seuil à partir duquel l'organisme va dire : "Stop ! Ras le bol, ça suffit !". Ce dont l'on est certain, c'est qu'il s'agit bien d'une allergie. C'est-à-dire d'une réaction du système immunitaire par rapport à un agent externe, qui l'agresse. Le corps produit le même type de réaction biochimique qu'en présence d'un rhume des foins ou d'une crise d'asthme. Sauf qu'ici l'agent irritant semble être l'onde ou le champ électromagnétique émis par les appareils électroniques, ordinateurs et téléphones mobiles en tête. Le cas le plus connu est sans doute celui de la Norvégienne Gro Harlem Brundtland. Alors directrice de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), celle-ci a révélé son électrosensibilité au public en 2002. Cette femme d'une soixantaine d'années, personnalité politique de premier plan, plusieurs fois Premier ministre de son pays et à l'origine du concept de développement durable, est en effet capable de détecter à quelques mètres de distance si un téléphone portable est allumé ou non. Des tests menés avec ses propres collaborateurs confirment qu'elle tombe juste à tous les coups. Portée de son électro-sens : 4 mètres. Durée des migraines : 30 mn à une heure. Et ses symptômes sont identiques avec les téléphones sans fil d'intérieur. Pour elle aussi, tout a commencé avec une sensation de chaleur autour de l'oreille, puis les maux de tête ont suivi. Son électrosensibilité, elle vit avec, écourte ses communications passées sur les mobiles des autres. Et se méfie désormais de son ordinateur portable. "Si je le tiens pour lire ce qui est à l'écran, c'est comme si je recevais un choc électrique à travers les bras." (122) Tout comme une allergie, celle-ci peut s'aggraver avec le temps. Plus les expositions aux ondes "provocantes" se reproduisent, plus l'organisme devient sensible. Réagissant à des doses de plus en plus faibles ou des gammes de fréquences ignorées jusque-là. À ce jour, il n'existe aucun traitement connu au problème de l'électrosensibilité. Une fois les premiers signes constatés, elle ne peut que s'accroître.

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À mon degré, la gêne est encore supportable. Je me contente d'entendre grésiller les lignes électriques et d'éviter de passer ma journée devant un ordinateur (ce qui par rapport à mon activité n'est pas toujours évident). Ça l'est déjà moins pour Gro Harlem Brundtland et ses migraines persistantes. Cela devient un enfer dans les cas les plus sévères. Non seulement par rapport à l'aggravation des symptômes, dont les manifestations physiques peuvent prendre les formes les plus diverses : hypertension, insomnie, états dépressifs, troubles neurologiques, chutes de cheveux. Mais aussi à cause de sa permanence. Parce que l'on devient sensible à n'importe quels rayonnements. Lampes halogènes, alarmes de voitures, systèmes de télécommandes. Certains sujets se révèlent même porteurs d'interférences avec le fonctionnement électrique normal des appareils. Montres régulièrement en panne, "fritures" à l'antenne dans la réception d'images ou de sons. Des effets spectaculaires, mystérieux et toujours avec les mêmes personnes. (123) Vous allez me dire, certains jours, tous les utilisateurs d'informatique ont connu cela, il y a l'ordinateur qui plante "comme par hasard" au moment où l'on est de mauvaise humeur, ou un peu tendu. Dans les cas les plus extrêmes, la solution préconisée est la mise à l'abri dans des cages isolantes, préservées de toutes irradiations électromagnétiques. Un séjour plus ou moins long, de quelques heures à plusieurs jours, qui permet enfin aux victimes les plus sensibles de respirer, de ne plus subir l'agression permanente de leur environnement. D'autres préfèrent déménager, ou changer de travail. Mais pour aller où ? Changement de décor. Nice, à deux pas de la promenade des Anglais. Au domicile d'un notable : le docteur Jean-Pierre Maschi. Élégant, le regard limpide, toujours digne, cet ancien médecin généraliste fut à la fin des années 60, l'un des premiers en France à dénoncer les effets de l'électrosmog. Aujourd'hui, l'affaire est un peu tombée aux oubliettes. A l'époque, ses démêlés avec la justice ont passionné le Sud de la France et la radio suspendait ses programmes pour livrer les comptes-rendus d'audience. Le courant passe, il me raconte son histoire. Coupures de presse et dossiers d'archives à l'appui. La pile est étonnante. Son constat également. (124) "je pense que la pollution électrique provoque une lente et progressive électrocution." Formulé ainsi, ce diagnostic est à ma connaissance inédit. Pour une fois, pas besoin d'avoir fait Polytechnique pour comprendre. Les armatures métalliques d'un immeuble, les objets en matière plastique, les revêtements de sol isolants, les fibres synthétiques, les appareils électroménagers, les lignes haute tension, les antennes-relais... Selon le Docteur Maschi, c'est bien l'ensemble de notre environnement moderne qui contribue à électriser notre organisme. Et cette électrisation continuelle, de faible intensité, fabrique inexorablement, sur plusieurs dizaines d'années, le terrain de toutes les "maladies de civilisation". Des troubles osseux,

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cardiaques ou neurologiques, analogues à ceux relevés, en quelques semaines, chez les rescapés d'une électrocution accidentelle. Sclérose en plaques incluse ! La saturation en charges électriques entraîne une surtension de l'influx nerveux qui provoque l'échauffement des manchons de myéline, c'est-à-dire de la gaine isolante qui enrobe la fibre nerveuse. Par effet joule "biologique", la résistance (la myéline) fond. La sclérose en plaques peut se développer. Pour drainer hors du corps ces charges électriques en excès, Jean-Pierre Maschi a conçu sa propre thérapeutique. Il s'inspire des bains de boue utilisés en cure thermale depuis des siècles et met au point une "application locale, au niveau de la colonne vertébrale, de minéraux secs et pulvérisés." Ce petit sachet de poudre, à remplacer tous les 3 mois, agit comme une "prise de terre" et revient environ à 45 euros par an. En 1967, après l'avoir expérimenté sur lui-même, le médecin niçois utilise sa poudre auprès de patients rhumatisants, puis de sclérosés en plaques. Le succès de son traitement rudimentaire, peu coûteux mais terriblement efficace, sera le début de ses ennuis. Radié à vie de l'ordre des médecins en 1968. Amnistié par François Mitterrand en 1990. Jean-Pierre Maschi n'a été réhabilité qu'en 2002, par le Président Chirac. (125) "Ma méthode a fait ses preuves, ce que je souhaite c'est la diffuser autour de moi." Docteur, j'espère que ces quelques lignes y auront contribué. Peu à peu, à force d'indices étalés devant moi, je voyais s'ébaucher un fil conducteur. Que l'on soit femme au foyer poussant l'aspirateur ou réparateur de lignes à haute tension, l'organisme est constamment soumis à ces champs d'énergie non-ionisants. En fonction des prédispositions de chacun, le corps devient de plus en plus sensible à ces expositions. Ce rayonnement non thermique, intangible et diffus, est vécu comme une agression. Toutes les ressources vitales se mobilisent contre ce stress : hormones, activations immunitaires, modifications du comportement. Ces réactions ne sont pas faites pour durer, mais pour échapper à un danger ponctuel. Si la menace persiste, le métabolisme sans cesse sur le quivive, sous tension permanente... s'effondre. Un enchaînement parfaitement connu des scientifiques russes qui étudient depuis les années 1950 les effets des rayonnements non-ionisants sur la santé. "À notre avis, la première cible qui souffre, c'est le système nerveux central. C'est lui qui régule tous les autres organes. Puis des symptômes perturbent l'activité cardiovasculaire", explique Leonid Paltsev, directeur à Moscou du laboratoire électromagnétique de l'institut de recherche de médecine du travail. "Qu'est-ce qui vient ensuite ? Des effets sur les systèmes hormonaux, la glande thyroïde et l'hypophyse, les glandes surrénales, il y a un dérèglement général de tout le système endocrinien. Puis après de longues irradiations, on a une perturbation du système immunitaire, une sorte d'épuisement." (126)

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Des maladies apparaissent. Cardiaques, nerveuses, osseuses. Si la science russe a si bien cerné la succession des syndromes, c'est que depuis des dizaines d'années des milliers de volontaires et d'animaux ont été étudiés. Pourquoi des animaux ? Pour suivre des générations entières et relever au fil des portées de rats et de lapins d'éventuels effets nocifs. Car toute une gamme de problèmes de reproduction ont été constatés : fausses couches, grossesses anormales, accouchements prématurés, retards de croissance... Des effets qui varient selon les fréquences et les intensités étudiées.

Une nouvelle énergie perverse ?
Lorsqu'une énergie de l'environnement devient prédominante au point d'envahir l'organisme et provoquer tout un tas de maladies, les Chinois disent qu'il s'agit d'une "énergie perverse". Froid, canicule, sécheresse, humidité, froid ou vent... n'importe quel climat peut devenir nocif, dès qu'il se dérègle ou que les autres ne le tempèrent plus assez. Et si notre société moderne, avec sa prolifération de rayonnements en tous genres était en train d'inventer une nouvelle forme d'énergie perverse ? À base d'ondes porteuses, de transfos et d'antennes paraboliques ? À première vue, pas la peine d'y penser. Montrer des rougeurs, une migraine, souffrir d'insomnies, autrement dit une bonne part des symptômes énoncés jusqu'ici, suffit à un médecin chinois pour rattacher le problème à l'une des énergies perverses déjà connues. Ou à une combinaison d'entre elles. L'important, c'est la correspondance des symptômes. Tous ne sont pas de cet avis. Le professeur Vinh Luu, rencontré lors de la recherche sur les méridiens, considère que nous sommes confrontés à un risque sans précédent. "Les ondes les plus dangereuses, pour moi, sont les micro-ondes. Parce qu'elles perturbent les molécules d'eau qui sont le récepteur d'énergie qui transmet la vie. C'est pourquoi, sur le long terme, les micro-ondes s'apparentent à une nouvelle énergie perverse." Et pas seulement à cause de la durée d'exposition. Le problème viendrait plutôt d'une concurrence entre deux formes d'énergie. "Ce que je crains avant tout, c'est le jour où ces ondes électromagnétiques créées par l'homme vont se confondre avec les rythmes naturels. Alors, la concurrence sera directe, sans aucun parasite. L'organisme ne saura plus quel signal recevoir. Est-ce que ce sera celui des phénomènes réguliers qui se répètent, comme le jour, les climats ? Ou bien alors les ondes artificielles, porteuses d'informations ou non, que nous avons créées ?" "Heureusement, pour l'instant, ces énergies ne sont pas synchronisées, poursuit l'ancien physicien. L'organisme les reçoit en phase non-cohérente. Ces ondes artificielles ne sont peutêtre pas tout à fait les mêmes que celles de la nature, mais l'organisme s'y adapte quand même. Par souci de cohérence. Cette concurrence indirecte empêche l'organisme de recevoir 153

la totalité des informations fournies par la nature. C'est comme si des parasites perturbaient son fonctionnement naturel." "Cette concurrence concerne aussi les rayonnements issus d'autres planètes. Ainsi, en fonction des phases lunaires, les ondes radio de l'homme modifient les rayonnements lumineux renvoyés par la lune. Tout cela, à mon sens, est très dangereux." (127) À entendre Vinh Luu, en repensant au spectre de fréquences de plus en plus saturé, à la montée en puissance du projet Haarp, la perspective d'une chape de brouillard électronique recouvrant la planète – un bouclier électromagnétique constitué d'ondes d'origine humaine qui nous isolerait des transmissions du reste de l'univers – me semble non seulement envisageable, mais aussi très risquée. Aux conséquences incalculables. Même constat chez Liu Dong. Pour ce taoïste traditionnel, la concurrence existe. Mais l'homme peut garder sa place. C'est une question de volonté. "Nous sommes tous des ondes, un champ de vibrations. Aujourd'hui l'énergie des objets est très puissante. Pour résister, il faut se protéger en créant une idée, une onde, une vibration très puissante. Est-ce qu'il faut supprimer les ordinateurs et les téléphones ? Non, ce n'est pas la peine. Il faut simplement utiliser un ordinateur uniquement lorsque vous le décidez. C'est votre pensée qui doit diriger et commander aux choses et non l'inverse. Dans ce cas, les ondes de l'ordinateur ne vont pas vous perturber. "Les gens très sensibles, fatigués, fragilisés ou malades, absorbent toutes les ondes, des objets et des personnes. On en revient au wei Qi, à l'énergie défensive. Plus elle vous entoure et vous environne, plus elle est épaisse. Et plus elle est forte." (128)

Comment s'en protéger ?
Avant tout par des gestes simples. De bons réflexes, ce qui demande seulement à changer un peu ses habitudes. Par rapport aux champs basses fréquences, ceux du courant domestique, les recommandations sont les suivantes : bannir l'usage de la couverture chauffante, et si vous disposez d'un radioréveil, l'éloigner de votre tête de lit d'au moins un mètre. Mieux vaut en effet une exposition brève aux radiations électromagnétiques d'un sèche-cheveux ou d'un aspirateur que supporter un faible rayonnement durant huit heures d'affilée. Et toutes les nuits en plus ! Au sujet de votre installation électrique en elle-même, vérifiez que toutes les prises et luminaires soient bien reliés à la terre. En matière de mesure, les valeurs de mesure maximum recommandées sont 0,5 milligauss (mG), 5 volt/mètre (V/m), et 7 ohms. Plus ces valeurs sont basses, mieux c'est.

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D'autres investissements sont nettement plus onéreux. L'achat d'interrupteurs spécifiques, souvent appelés biorupteurs, neutralisent le 220 V dans les prises et les portions du réseau électrique non utilisées. Autre voie : la pose d'un câblage spécial, constitué d'un blindage magnétique torsadé (le mumétal, à base de ferrite). Le seul matériau capable de bloquer la propagation du champ causé par le passage du courant. Concernant l'électricité statique, le Dr Maschi préconise d'éviter à tout prix le port de vêtements et sous-vêtements en synthétique, comme le nylon ou l'acrylique. Leurs fibres attirent, mais surtout retiennent les charges électriques ambiantes. C'est l'effet Damart. Des chaussures à semelles plastique ou caoutchouc – isolants électriques – nous coupent aussi du contact avec le sol, la prise de terre naturelle de l'organisme. Autre recommandation du docteur pour réduire les agressions électrisantes : se plonger dans l'eau. Doucher ses jambes au moins une fois par jour, pratiquer autant que possible les bains de mer, la piscine ou la thalasso permettent une prise de terre "liquide" qui draine les charges électriques en surplus, accumulées dans les membres au fil des méridiens. Un conseil proche de ce que m'avait dit un jour un acupuncteur à propos du travail sur écran d'ordinateur : boire un verre d'eau toutes les demi-heures et se passer les bras sous l'eau, jusqu'au pli du coude, toutes les deux heures. Mêmes principes, mêmes effets. Toujours à propos des écrans cathodiques, gardez vos distances et limitez autant que possible vos temps d'exposition afin de ne pas dépasser les 4 heures d'affilée devant l'écran d'ordinateur ou la télé. Placez celle-ci à 1 ou 2 mètres de vos yeux, ou au minimum à trois fois la longueur de diagonale de l'écran. L'arrivée des écrans plats, LCD ou plasma, en attendant les prochaines innovations, résout une partie des rayonnements émis. Mais pas tous, des rayons ultraviolets et infrarouges sont encore produits. Enfin, en attendant des téléphones mobiles "biologiquement compatibles", voici quelques précautions d'usage assez faciles à suivre. Tout d'abord, engagez-vous à réduire la durée de vos appels. Au-delà des six minutes de conversation, l'exposition, de ponctuelle, devient prolongée. Pour l'organisme, l'agression se fait plus profonde. Évitez également de téléphoner en déplacement, dans un train ou une voiture, ainsi que dans des mauvaises conditions de réception. Dans ces situations, le téléphone rayonne beaucoup plus, il "force" le signal de façon à ne pas perdre la communication. Ainsi pour chaque trait en deçà du maximum – les fameuses "4 barres", la puissance d'émission du portable est doublée. 2 fois, 4 fois, 8 fois... une simple suite géométrique pour multiplier la portée... et ses effets. Évitez également de le garder sur vous, notamment en le portant à la ceinture. Placé là, il baigne de ses rayonnements les cellules reproductrices, ovaires ou testicules, qui sont avec les yeux les cellules du corps les plus sensibles aux rayonnements non-ionisants. 155

"L'usage banalisé du portable par les enfants, à l'exception des appels essentiels, doit être combattu." Ce dernier conseil empreint de précaution est extrait d'un rapport remis au ministère de la Santé britannique en 2000, renouvelé en janvier 2005. Pour quelles raisons ? Le journaliste Jean-Pierre Lentin, les résume ainsi : "Tout indique que le cerveau des enfants absorbe plus de rayonnement que celui des adultes ; l'ensemble du crâne est plus petit, les os sont plus minces et font moins écran, les tissus et les neurones sont en croissance et donc à la fois plus conducteurs, plus absorbants et plus sensibles aux agressions ; on peut calculer que les ondes pénètrent plus profondément et atteignent des zones du cerveau normalement hors d'atteinte chez les adultes ; enfin s'il existe un effet cumulatif des doses reçues, plus on commence tôt, plus on est exposé à long terme." (129)

Comment le rayonnement du mobile pénètre le cerveau.

Notes
100) "24 heures de vie magnétique", "Automobilistes prisonniers des rayons", articles du dossier "Surdose de champs magnétiques", Sciences & Avenir, mai 2002. 101) Une enquête de 12 millions de francs, menée de mai 1999 à décembre 2001. 102) Publiés en 1989 par l'OMS, ces résultats ont été confirmés par plusieurs équipes. Un groupe français de 79 médecins du travail a constaté la probabilité "statistiquement significative" de maux de tête au-delà des 4 heures de travail sur écran (Rapport Loiret TEC-2 - Direction Régionale du Travail et de l'Emploi, Poitou-Charentes). De 1985 à 1988, Marylin

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Goldhaber a observé auprès de 1789 femmes, un risque doublé de fausses couches en cas de dépassement des quatre heures de travail sur écran. 103) Ces tests faits par la société suisse SEIC de Jacques Surbeck ont eu lieu sur un échantillon de 25 personnes à l'aide du réflexe auriculo-cardiaque. Une technique de diagnostic empirique, mise au point par Paul Nogier, le père de l'auriculothérapie, qui repose sur l'écoute des réactions du pouls. Il serait très intéressant de reproduire ces tests à l'aide des appareils utilisés par Burr ou Borgens pour mesurer le champ vital. 104) Rapporté dans le dossier de Science & Avenir, mai 2002. 105) "Les assureurs reconnaissent le risque des relais", Le Parisien, 23 octobre 2002. 106) "Pirates en treillis", Libération, du 12 mai 1995. 107) Voir à ce sujet la recommandation n°400 produite par la Délégation Interministérielle pour la sécurité des Systèmes d'Information, le 18 octobre 1991. Consultable http://www.ssi.gouv.fr/fr/reglementation/R400 108) Telecommunications Electronics Material Protected from Emanating Spurious Transmissions. 109) "Electromagnetic radiation from Video Display Units : an eavesdropping risk ?", Wim Van Eck, Computers and Security 4, 1985. 110) Menées le 28 août, le 30 puis le 6 septembre 1958, les explosions nucléaires de l'opération Argus ont impliqué 4500 personnes. Le premier quotidien à les relater fut le New York Times, le 19 mars 1959 (wikipedia.org). 111) Quand les radiations nucléaires rencontrent les atomes de l'air, des électrons sont expulsés et électrisent l'atmosphère, ce qui modifie ses propriétés. À haute altitude, cela touche la ionosphère. Le bouclier naturel qui filtre les rayonnements venus de l'espace est utilisé sur Terre pour les communications radios. 112) "Une avancée franco-allemande vers la bombe "E", Air & Cosmos n°1877, 14 février 2003. Testée à l'Institut de St-Louis, cette arme compacte et réutilisable fournit des courants et tensions intenses : " ( ... ) une impulsion de tension de 200 kV à 1 MV, avec une charge HT de 1,7 GHz de bande passante."

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113) "Do Microwave Weapon Kill ?", Scientific American, 18 février 2003 ; "E-bombs, la dissuasion électromagnétique", 01 net, 3 mars 2003 http://www.01net.com/article/202586.html 114) Ces ondes qui tuent, ces ondes qui soignent, Jean-Pierre Lentin ; Les Armes de l'ombre, Marc Filtermann. On y trouve des chapitres dédiés aux cyber-armes et canons à micro-ondes montés sur véhicules, tel le VMADS. La presse scientifique a également consacré plusieurs articles à ces technologies. Parmi eux le canon à induction abordé dans Science & Vie 954, mars 1997. 115) Bulletin of Atomic Scientist, page 45, Sept/Oct 1994 (consultable : http://www.bullatomsci.org/issues/1994/so94/so94Aftergood.html#anchor987110). 116) "Maximum pain is aim of new US Weapon", New Scientist, 2 mars 2005 http://www.newscientist.com/article.ns?id=dn7077 117) Le programme Haarp : science ou désastre ?, rapport du GRIP, 1998. Téléchargeable http://www.grip.org/pub/rapports/rg98-5_haarp.pdf 118) Radio waves make aurora sparkle", news@nature.com, 31 janvier 2005 119) Fondée en 1987, cette "vieille" association est sans doute la plus active en Europe. Son site web, en anglais, constitue l'une des sources de référence les plus complètes et accessibles http://www.feb.se 120) Voir à ce sujet l'article de Science & Avenir consacré en mai 2003 aux hyperallergies, et le dernier chapitre du petit fascicule de Benoît Louppe, Pollutions électromagnétiques, Éditions Nature Progrès. 121) Cité par 0lle Johansson (cf. l'article de Sciences & Avenir de mai 2003), professeur au département des neurosciences - unité expérimentale de dermatologie - de l'institut Karolinska à Stockholm. Il a inventé le terme de "Screen Dermitis" au sujet des premières maladies de peau repérées sur les secrétaires en bureautique. 122) Dablagnet Norge, 9 mars 2002. 123) Cf. "hypersensibilités aux champs magnétiques", p.73-75, dans le livret de BenoÎt Louppe. 124) Interview, novembre 2003.

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125) En 1971, 1974 et 1978, soutenu par ses malades nombreux à témoigner, Maschi enchaîne les procès pour "exercice illégal de la médecine". La justice ne le condamne qu'à des peines de principe. 126) Ces ondes qui tuent, ces ondes qui soignent, p.29. 127) Interview, novembre 2003. 128) Interview, juillet 2003. 129) Ces ondes qui tuent, ces ondes qui soignent, p. 150

10-A la recherche des veines du dragon
La force des éléments... LE QI DE L'ENVIRONNEMENT Me voilà les pieds sur terre, reliés à la masse. Après avoir exploré le virtuel et ses électrons, reprendre contact avec le sol me fait du bien. Et quoi de plus concret qu'une petite marche dans la campagne ? À la chasse aux truffes. Et aux ondes qui quadrilleraient notre environnement. Mes pas m'ont porté cette fois sur les hauteurs de Draguignan. La journée est belle, bleue et lumineuse. Pas un nuage pour cacher le ciel d'octobre et son paysage. Un vaste champ de chênes s'étend devant moi. Il ne s'agit aujourd'hui encore que de jeunes pousses, vertes et bien alignées. C'est leur particularité.

La truffe et les ondes
La parcelle expérimentale de chênes truffiers cultivée ici, dans le Var, me fait songer à un Carnac végétal en pleine croissance. À perte de vue et régulièrement espacés, de jeunes chênes sont piquetés au milieu de la rocaille, sur le terrain de Jean-Pierre Ducret. Cet exadjudant-chef, désormais sourcier et radiesthésiste, est également rabassier. Un cultivateur de truffes, compagnon des garrigues et respectueux de la nature et des mystères du diamant noir. La culture des truffes, c'est tout un art. Car le résultat, la récolte n'est jamais garantie. Entre les petits trucs transmis oralement entre trufficulteurs, et les dernières techniques mises au point par la recherche agronomique, chacun cherche la méthode, le secret de fabrication de ce champignon qui grandit au pied des arbres et qui vaut son pesant d'or. Car selon sa qualité, le kilo de truffes se négocie à l'étal entre 1.000 et 3.000 euros. Les dernières avancées, brevetées par l'INRA, reposent sur l'insémination artificielle, en inoculant les germes du champignon truffe à des arbres qui en deviennent les porteurs – un

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procédé appelé mycorisation. Ou, depuis la fin des années 90 par le clonage. On prélève des cellules, on transplante des boutures issues d'un arbre aux rendements exceptionnels. Malgré ces progrès, la production reste aléatoire. De l'ordre d'un arbre sur trois environ. Pourquoi ? "Pourquoi, dans un terrain aux conditions physico-chimiques idéales, c'est-à-dire dans le meilleur terrain à truffes du monde, avec des plants mycorisés, pourquoi certains arbres vont donner des truffes et d'autres pas ?" Jean-Pierre Ducret se pose cette question depuis une bonne quinzaine d'années. Le pendule à la main et les baguettes sous le bras, il sillonne sa région et multiplie les mesures, les recoupements, les déductions. Sa conclusion est la suivante : l'un des tout premiers facteurs du "système truffes", ce sont les ondes Hartmann. C'est-à-dire des rayonnements liés au magnétisme terrestre. "Si on regarde l'étymologie de l'arbre truffier, m'explique le spécialiste en marchant d'un bon pas vers une ancienne truffière, truffe vient du latin tuber. Les bonnes truffes de la région sont des Tuber melanosporum. Tuber pour protubérance, métastase, cancer. C'est quelque chose qui tient de la maladie de la racine. Par ailleurs, lorsque vous avez un arbre qui est tordu, penché, noueux, avec des nodosités, c'est que cet arbre est à un endroit qui le rend malade. J'ai fait alors le rapprochement avec les truffes. Si le chêne truffier est un arbre malade, sur quoi est-il positionné ? Sur des failles, des lignes telluriques... sur autre chose encore ? C'est comme ça que j'ai commencé à regarder. – Qu'est-ce qui rend l'arbre malade alors ? – Le fait qu'il soit placé sur des ondes nocives, qu'on appelle géopathogènes. À un endroit où la nature du sol ne lui convient pas. L'humidité, l'eau qui passe sous l'arbre dégage une radioactivité naturelle. Les failles dans le sol ont aussi des polarités électriques, positive et négative. Enfin, il y a le radon, un gaz qui est extrêmement dangereux, issu de la désintégration de la matière. Tout cela accumulé fait que l'arbre souffre, est malade... et il se penche pour tenter d'y échapper. Un arbre qui est truffier, c'est pareil. Sauf que lui n'est pas sur de l'eau ou des failles, mais sur d'autres lignes. Celle des ondes Hartmann (H). – Comment s'est déroulée cette découverte ? – Quand j'ai compris cela, je suis immédiatement allé prendre des mesures auprès d'un arbre truffier, le type d'arbre qui me sert de référence. Je ne détecte pas d'eau, pas de faille, mais une onde H. Je vérifie auprès d'un second, puis d'un autre... Résultat identique ! Malgré mes confirmations sur le terrain, j'avais trouvé quelque chose que je ne pouvais pas démontrer. Cela a sonné le début de l'aventure." Nous arrivons près d'un vieil arbre truffier. Au sol, autour de ce vénérable producteur, je vois son "brûlé" typique. Un cercle vide de toute herbe ou végétation. Un premier indice pour repérer les coins à truffes.

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– Cet arbre-là fait un brûlé mais ne fait pas encore de truffes. Car les énergies de ses racines et de son feuillage ne sont pas encore alignées. J'ai d'abord nettoyé le pourtour de l'arbre puis, en vérifiant à l'aide de mes baguettes, j'ai tourné la polarité nord du feuillage en direction du nord magnétique, du nord-nord/est. C'est-à-dire que j'ai orienté la forme du feuillage. C'est très fatigant car une telle préparation prend beaucoup d'énergie. On joue avec les forces du sol et de l'arbre. Ce sera une expérience superbe, car j'ai tout noté. – Comment procédez-vous ? – En taillant l'arbre. Je lui coupe les branches, je réduis celles qui vont vers l'est ou l'ouest. Cela va mettre des années, mais la polarité se déplace au fur et à mesure... dans le sens inverse des aiguilles d'une montre. – Et en ce qui concerne la polarité des racines ? – De la même façon. Je me mets dos à l'arbre – face au sud – et je "demande" à ma baguette quel est l'emplacement où intervenir sur les radicelles. Admettons que la baguette me dise : "C'est ici !". Je donne un coup de pioche, pas trop profond. Et je vérifie comment la polarité des racines a tourné. Je fais cela peu à peu, jusqu'à ce que l'énergie du feuillage soit superposée à l'énergie de la racine. À ce moment-là, une énergie puissante se dégage, irradie le sol et permet les truffes. C'est l'un des secrets que la science n'a pas encore prouvés. – C'est-à-dire ? – Il se passe la chose suivante : la transformation de la matière organique s'accélère. Cela se manifeste automatiquement par une vie microbienne intense : caramboles, vers de terre, bactéries, enzymes, etc. Tous les microorganismes qui composent la biomasse. Je pense d'ailleurs que les bactéries, c'est l'un des petits secrets... mais, là encore, lesquelles ? – Je récapitule... Vous repérez un arbre truffier, bien placé. C'est-à-dire à l'intersection de deux lignes Hartmann. Puis vous le réorientez, vous alignez son feuillage et ses racines par rapport au nord magnétique, en coupant des branches, en donnant des coups de pioche au sol, en certains endroits repérés à l'aide de vos baguettes. C'est bien ça ? – Cet arbre peut se situer à un emplacement "favorable", géopathogène. Mais tant que ses polarités branches et racines ne sont pas alignées, son "brûlé" sera stérile." D'anecdotes locales en expériences vécues, Jean-Pierre se révèle intarissable sur la truffe et les ondes. J'ai la plus grande peine à le freiner, le temps d'assimiler tout ce qu'il me raconte. Sa passion, son enthousiasme seraient presque contagieux. Sa théorie est étudiée par l'INRA. Gérard Chevalier, ingénieur agronome, a mis sur pied, à Ampus, une parcelle témoin de 1 hectare au plan très précis. La moitié des arbres est plantée sur des croisements d'ondes, les autres en dehors. "La trufficulture est un travail de longue haleine, m'explique le scientifique. Les ondes telluriques sont un phénomène dont certains se moquent mais il faut le montrer de façon scientifique. Tous les arbres plantés sont des "clones", ce qui élimine une variable : l'arbre. Si

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on constate des différences entre eux, elles seront dues au sol." Et peut-être aux ondes ? La réponse dans quelques années. je ne savais pas à ce moment-là si les Chinois cultivaient des truffes. (130) Ceux-ci disposent pourtant d'une batterie de théories et d'instruments qui leur permettraient sans doute d'atteindre le même type de résultat. Cette connaissance savante et très ancienne est regroupée dans une sorte de médecine chinoise de l'habitat : le feng shui. (131)

Les règles du vent et de l'eau
En Orient, que l'on soit humble ou richissime, cultivateur ou empereur, chacun sait que l'homme ne peut s'opposer aux forces de la nature. Alors autant faire avec et essayer de s'en accommoder. À la fois science de l'habitat et connaissance du terrain, la pratique du vent (feng) et de l'eau (shui) conjugue l'art et la manière d'analyser l'environnement afin de s'en préserver comme d'en bénéficier. Mais les courants d'énergie de la surface terrestre ne sont pas limités à ces deux éléments. "Si l'on considère le vent et l'eau comme les courants matériels de la vie, prévient le professeur Vinh Luu, il faut les replacer entre le ciel, le soleil, en haut ; et la terre, en bas, dans laquelle il y a le magma. Le magma aussi est un vent – un vent tellurique en quelque sorte – tandis que le vent solaire est un vent électromagnétique." Bref, dans le feng shui, il est nécessaire d'aller plus loin que l'eau et le vent, de "tenir compte du soleil "qui tourne" autour de la Terre, poursuit le professeur, toujours de l'est vers l'ouest. Tandis que le mouvement du magma suit lui le sens de la Terre, en sens inverse, de l'ouest vers l'est." Ces interactions stellaires et géologiques, l'Occident peine encore à les accepter. Pour les Chinois au contraire, l'environnement est vivant, agité et mis en mouvement par des courants de toutes sortes. Il est considéré dans son entier. Et il n'y a rien de ridicule à observer les chemins de traverse des animaux pour percevoir les flux de Qi. Lorsqu'il n'y en a pas, on les recherche. Pistant les lignes du dragon, la caverne du tigre, l'envol de l'oiseau pourpre (le phénix) ou la tortue noire. Les Chinois appellent les courants telluriques – les courants de Qi au sol – les "veines du dragon". Ils sont comparables aux méridiens qui parcourent le corps humain. En sélectionnant des points sur ces lignes, il est possible d'évacuer des excès d'énergie ou au contraire de rendre sa vigueur au terrain en pratiquant une sorte d'acupuncture terrestre. L'eau, l'air, les autres éléments ont également leurs dragons. Les courants aériens, les Qi de l'air, sont les "souffles du dragon" ; l'eau des rivières et des lacs forme son sang, etc.

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Au départ, le Qi flotte entre ciel et terre. C'est en dévalant des pentes, en subissant les aléas du terrain et en se perdant dans des fosses ou des voies sans issue, que le Qi s'étire, tournoie et se dépose. Au cours de ces méandres, le Qi se répand et se subdivise en nappes, en flux, en rubans. Il se décompose en fonction des reliefs, de l'eau et de la végétation. Au dehors comme à l'intérieur des lieux. A l'image des énergies du corps, l'expert en feng shui croit en la coexistence de plusieurs Qi plus ou moins bénéfiques pour l'homme. Il en est un à éviter par dessus tout : le sha Qi. Malsain, négatif, ce Qi est exhalé par les lieux et les paysages extrêmes, abrupts ou dissonants à l'excès. En cas de lignes trop rectilignes, ou de constructions bâties en angles droits... l'harmonie est non seulement rompue, elle devient destructrice. Sitôt produit, le Qi s'échappe et suit ces lignes qui le conduisent et le dispersent loin de sa source. Soumis à une fuite continuelle, le Qi n'a plus les moyens de s'accumuler. Un manque d'énergie chronique s'instaure. Nos villes, tracées au cordeau, en seraient la meilleure illustration. Dans l'ancien temps, pour analyser un lieu, le maître feng shui – surnommé aussi "l'homme des dragons" – était porté au plus haut sommet. Au point culminant du paysage. De là, après avoir pris son inspiration, il se laissait dévaler dans une course éperdue. Apparemment au hasard mais guidé par l'instinct. Épousant, des hauteurs du relief jusqu'au tréfonds des vallons, les contours de la pente, l'écoulement des souffles. Chevauchant les "veines du dragon" dessinées par le paysage mais tapies, dans l'attente de s'exprimer. (132) Si celles-ci se révèlent inadéquates, il reste la solution de les modeler pour les faire correspondre à une disposition idéale. Un bassin par-ci, un bosquet ou un tumulus par-là. Dans l'art d'aménager un jardin ou de transformer le paysage, la différence tient uniquement à l'échelle des travaux et aux moyens à votre disposition. Les empereurs chinois eux ne se privaient pas d'imposer leurs tracés à la nature en utilisant la force de centaines d'hommes. Comment faire si le paysage ne présente pas assez de pentes ? Que "l'homme des dragons" n'a plus de montagnes escarpées (source de yang) ou de collines arrondies (signe de yin) face à lui, mais de simples, grandes et vastes plaines ? Facile. Il s'empare de sa boussole. L'intuition de son manège cède alors le pas à une tout autre analyse. Rigoureuse. Méthodique. Fondée sur l'usage d'un compas très particulier. Ne vous y fiez pas. Le compas utilisé en feng shui n'a rien à voir avec celui de nos courses d'orientation. Et ce n'est pas parce que dans cette boussole-là le Nord pointe la tête en bas avec une aiguille tournée vers le Sud. Pas seulement du moins. Elle se révèle avant tout beaucoup plus complexe à manipuler. Le Luo Pan, c'est son nom, est une tablette très élaborée au centre de laquelle se trouve une petite boussole, cernée d'une succession d'anneaux concentriques. La rotation de ces cercles gradués permet d'aligner, dans la direction montrée par la boussole, plusieurs cases. Leur

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combinaison décrit l'énergie imprégnant un endroit, avec son évolution dans le temps. Comme si, avec ce compas, par calculs et déductions, vous étiez en mesure de lire et dresser l'horoscope d'un lieu pour les 20 ans à venir. Voire au-delà. L'opération demande un peu d'habitude – surtout pour lire le cumul des différentes cases alignées – mais n'est pas infaisable. Une petite dizaine de Luo Pan existe, conçus à l'identique. "Les anneaux extérieurs décrivent l'influence du Ciel, puis en allant vers l'intérieur, l'Homme, puis la Terre. Ce "ternaire" donne les potentialités d'un site, d'un habitat. À partir du centre, le yin-yang se divise en cinq éléments, puis en huit orientations du ba gua. Ensuite les 24 faîtes se divisent en 72 dragons, jusqu'aux 120 graduations du découpage céleste. On y trouve également les 64 hexagrammes sur les plans céleste et terrestre." (133) Conjonctions, corrélations, calendrier et transits planétaires... Le Luo Pan, comme tant d'autres trouvailles chinoises, contient en miniature toute la palette des énergies et des cycles du cosmos. La science du feng shui ne s'arrête pas au seuil de la maison et au décodage des harmonies de l'environnement. Il inclut l'aménagement intérieur. Car notre demeure est aussi traversée de souffles. En général, ceux-ci tourbillonnent dans toutes les pièces. Ils arrivent par la porte, repartent par la fenêtre. Ou l'inverse. Le centre de chaque salle devient un point névralgique. Veillez à le laisser vide, sans piles disgracieuses ou de choses laissées au sol. Elles pourraient nuire au bon écoulement du Qi. Un coin de table un peu trop prononcé. Une armure en métal rouillé. Un aquarium sous une poutre... il suffit d'un rien pour boucher, entraver, perturber la bonne marche des énergies. Et, par voie de conséquence, votre harmonie, votre sommeil, votre carrière. La encore, tout dépend des qualités et faiblesses du lieu, du moment de votre vie, des cinq éléments composant les objets de votre habitat. Ces paramètres, le conseiller feng shui les intègre... Il fait sa cuisine. Et finit par placer un vase en porcelaine rouge dans un coin de la pièce. Une action minime. Mais un petit rien peut tout changer. En plus des couleurs ou des sons, l'une des armes favorites du feng shui est le miroir. Une arme à double tranchant d'ailleurs. Ceux-ci ont la propriété de renvoyer, en face ou de biais, ce qui vient frapper leur surface. Nous nous y reflétons. L'énergie aussi. Bien employé, un miroir peut faire des miracles. Corriger des déséquilibres, relayer la lumière et rendre l'énergie à un espace laissé stagnant, à l'abandon. Placé au mauvais endroit, le même miroir vous renverra tous les malheurs qui passeront à sa portée. Les petits comme les grands. Mais ne le brisez pas pour autant. Le retourner contre le mur suffit largement.

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En Asie, ce savoir est vivace et plus que jamais enseigné, utilisé, monnayé... notamment pour analyser les constructions modernes. Par exemple Taipei 101, la plus haute tour du monde en construction à Taiwan. En septembre 2003, les concepteurs du gratte-ciel ont révélé avoir soumis les plans, la maquette, le chantier à l'oeil aguerri d'un maître feng shui. Verdict : l'immeuble de 101 étages est bon pour le service ! À condition d'écarter la menace posée par l'avenue qui lui fait face. Cette longue ligne droite – telle une flèche cachée – "visait" directement l'entrée principale du bâtiment, apportant faiblesse et énergies nocives à la base de Taipei 101. Le rajout d'une fontaine a suffi pour couper court à cette influence néfaste. Un autre avis de cet initié du compas a recommandé la présence de boutiques et commerces dans les étages inférieurs. De façon à créer l'animation, la vie, un mouvement qui pourront se propager au reste de cette structure de verre et d'acier, haute d'un demi kilomètre et réalisée à l'image d'un bambou. Un symbole mûrement réfléchi. Qui pousse, pousse jusqu'à atteindre le ciel. Orienté plein sud, divisé en huit sections (chiffre de la bonne fortune), Taipei 101 arbore aussi sur sa façade tout ce qu'il faut de talismans géants pour se protéger du mauvais sort et conjurer des "souffles" propices. Des mesures ostentatoires évidentes pour l'architecte et chef de chantier : "le feng shui fait partie de notre culture, c'est pourquoi nous avons construit ces symboles pour aider les gens à se sentir chanceux." (134) Je ne sais pas si le barrage des Trois Gorges a eu la même chance ou bénéficié d'autant d'attention que Taipei 101 ou, disons, la pyramide du Louvre, réalisée en son temps par un architecte... chinois. Depuis quelques années, les traités sur le feng shui se sont répandus dans nos contrées. Suppléant à la théorie plus austère de la géobiologie occidentale. Il s'agit pourtant du même savoir, simplement formulé avec d'autres mots.

Dans les mailles du réseau
Nous sommes à table, en train de déjeuner dans un restaurant, environnés de bruits de cuisine. Face à moi, Jean-Louis Poilane, géobiologue scientifique, en transit entre Saint-Brieuc et la côte varoise. Oubliez le pendule ou la baguette de sourcier ! Géomagnétomètre et sonde hautes fréquences, les appareils électroniques perfectionnés qu'il transporte dans sa mallette lui permettent de traquer la moindre déformation du champ magnétique terrestre, de quantifier ses anomalies, ses excès. Entre les pommes vapeur et la tarte aux fruits, il m'explique ce qu'il sait. Et l'influence de l'eau dans le processus géopathogène.

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"Pour faire mes relevés au sol ou dans une maison, j'utilise un Géomagnétomètre qui mesure la qualité du champ magnétique terrestre et ses variations. Ces variations ne sont pas régulières ou constantes. Dans la journée, au fil des saisons, le champ magnétique change. Tout simplement parce que les cours d'eau souterrains sont alimentées à 80 % par la fonte des neiges et à 20 % par le ruissellement des eaux de pluie. Donc en fonction des régions, on n'a pas les mêmes problèmes telluriques. – C'est-à-dire ? – Le sol, les plateaux rocheux sont traversés de failles souterraines. Dans ces conduits, l'eau circule et arrache sur son passage des électrons à la paroi. Une petite charge électrique se dégage, très faible, de l'ordre de la moitié d'un volt (entre 50 et 500 millivolts à peu près). Ce courant électrique continu, qui suit le mouvement de l'eau, génère un champ magnétique qui, localement, perturbe le champ magnétique terrestre. Ce n'est pas une question de profondeur mais de frottement. Plus il est important, plus la perturbation magnétique induite sera importante." Ce phénomène d'électrofiltration ou courant d'écoulement, j'en avais entendu parler à plusieurs reprises. Des ingénieurs canadiens ont même proposé de faire de cette propriété une source d'énergie renouvelable et transportable. Leur prototype, une pastille remplie d'eau et tapissée de canules microscopiques, fabrique de l'électricité par la circulation de l'eau. En pressant cette pompe avec la main, l'eau va-et-vient dans le dédale des conduits et produit par frottement son lot de charges électriques. De quoi alimenter par exemple un téléphone mobile. Pour l'instant, l'énergie récupérée est infime mais les chercheurs ont bon espoir d'optimiser leur moteur hydro-électrique dans les années à venir. (135) La question magnétique, son corollaire, me ramenait à leur préoccupation. – Quelles sont les valeurs normales, non perturbées, d'un sol ? – La qualité du champ magnétique se mesure en nano teslas (nT). Globalement, les valeurs naturelles se situent entre 35 000 et 45 000 nT. Une valeur élevée signifie un champ magnétique très peu perturbé. Donc très favorable au vivant. Certains atteignent les 65 ou 70 000 nano teslas. Ce sont des hauts lieux cosmo telluriques. À l'inverse, des maisons avec des zones à 4 000 nT seront particulièrement néfastes. – Si je vous suis bien, quand en surface le champ magnétique est réduit, cela signifie que pour un organisme vivant, de l'énergie va "manquer" ? – C'est bien cela. Lorsque ce champ est perturbé, suivant leurs métabolismes, les gens sont plus ou moins affectés. Sur un plan physiologique, un faible champ magnétique amoindrit le fonctionnement des cellules. Les ennuis de santé vont apparaître. – Mais comment peut-on affaiblir le champ magnétique terrestre ? – C'est une question d'orientation. L'écoulement de l'eau a toujours lieu vers la mer. Invariablement. Donc selon le sens de la faille, le courant électrique est par exemple orienté

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Nord-Sud ou Est-Ouest. Ce qui va induire un champ magnétique continu, avec un sens, une polarité qui va modifier, voire empêcher la propagation du champ magnétique terrestre. C'est aussi valable pour les lignes à haute tension. Une ligne électrique implantée Est-Ouest induit également un champ magnétique Nord-Sud, donc de polarité opposée au champ magnétique ambiant. Et 50 fois par seconde, le courant alternatif de la ligne affaiblit le champ magnétique naturel. Cheminées telluriques, failles, zones géopathogènes... je comprenais un peu mieux comment toutes ces choses pouvaient apparaître. Fin 2003, Jean-Louis Poilane a fait des mesures au milieu des truffières de Jean-Pierre Ducret, c'est d'ailleurs ainsi, par ce sourcier commun, que nous avions fait connaissance. Qu'avait-il découvert là-bas, dans la garrigue ? "Dans ses plantations de truffes, champ expérimental de l'INRA inclus, j'ai mesuré une valeur constante de 41 000 nT. Normalement, une telle régularité, est impossible. Ma déduction personnelle est que l'arbre truffier a la vertu naturelle de corriger les perturbations magnétiques, de compenser l'effet des failles et des cours d'eau. Ce serait l'équivalent végétal d'un appareil de correction d'environnement. Pour moi, c'est du jamais vu." Jean-Louis Poilane utilise lui une boîte noire remplie d'électronique l'Helioce. Primé à huit reprises au Concours Lépine, ce caisson permet de corriger le champ géomagnétique d'un lieu. Comment ? En transformant les ondes nocives, à polarité verticale, en ondes à polarité horizontale, donc bénéfiques. En jargon d'électronicien, il s'opère une correction de phase. Impossible d'en savoir plus sans en parler avec le concepteur de l'Helioce, l'inventeur et électronicien Dominique Moret. L'occasion aussi de lui demander ce qu'il savait du réseau Hartmann. Un réseau qui, paraît-il, quadrille la terre. "Imaginez un diapason en train de vibrer. Si on l'éclaire par intermittence, avec un stroboscope, on voit autour une sphère, avec, autour de cette sphère, un quadrillage. – Quel rapport avec la terre et les mailles du réseau Hartmann ? – J'y viens. Vous avez un phénomène discontinu – les ondes électromagnétiques émises par tout l'univers – et un phénomène continu – le champ magnétique terrestre. Vous mélangez les deux, vous secouez bien... vous obtenez une sphère avec à sa surface un quadrillage d'ondes stationnaires, plus ou moins serré. C'est-à-dire que les lignes Hartmann, Curry, Peyré sont les produits du champ magnétique terrestre et des ondes électromagnétiques ambiantes. – D'accord, mais desquelles ? – Des rayonnements qui proviennent des molécules de carbone, d'azote, d'oxygène et d'hydrogène, les constituants essentiels de la vie." En clair, selon mon interlocuteur, les réseaux telluriques qui parcourent notre planète ne sont pas le reflet des ondes électromagnétiques émises par le Soleil, Jupiter ou la Nébuleuse du

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Crabe. Non, il s'agirait de l'écho des éléments chimiques présents autour de nous. Comme des ombres chinoises projetées du centre de la terre. Comment cela ? "C'est très simple, me répond l'inventeur en sautant apparemment du coq à l'âne. Vous savez comment, à distance, on parvient à analyser la composition atomique d'une étoile à partir de son seul rayonnement électromagnétique ? – Oui, c'est le principe de la radioastronomie. On capte les radiofréquences d'un astre et sur l'enregistrement de son spectre, sa bande passante, des barres noires apparaissent. Ces "raies d'absorption" trahissent la présence d'éléments précis. Hydrogène, hélium, etc. – C'est bien cela. Mais l'énergie absorbée n'est pas perdue. Elle est restituée selon des fréquences d'émission elles aussi très précises. C'est la même chose pour le carbone, l'azote, l'oxygène terrestre. Leur fréquence d'émission dessine en surface des quadrillages aux dimensions caractéristiques. L'hydrogène par exemple émet principalement sur la bande des 21 cm de longueur d'onde. 21 cm, c'est aussi la largeur moyenne des lignes Hartmann. L'hydrogène est pour moi à l'origine du réseau H. – Ces maillages qui se superposent à la surface de la terre ne seraient que le fruit des rayonnements venus frapper la terre et de ceux qui résonnent en réponse depuis l'intérieur du globe ? – Parfaitement. Mais il y a encore autre chose." Pause. À ce point de la conversation, il avait fallu fournir pas mal d'effort pour ne pas décrocher – vous aussi j'imagine. Quelques pièces manquaient encore. Averti, je redoublais d'attention. "Ce réseau qui se crée, reprend mon interlocuteur, est un réseau d'ondes électromagnétiques stationnaires. Elles ont l'air d'être immobiles mais elles sont surtout cohérentes. Ce qui leur donne la capacité de véhiculer des informations." Comment ? Les lignes géomagnétiques disséminées dans nos campagnes agiraient "comme" les réseaux de communication "sans fil" mis au point par l'homme ? Pourquoi pas, après tout ! Nous sommes bien parvenus à ce résultat en domptant les radiofréquences par des moyens artificiels. Relais hertzien, téléphonie mobile, courant porteur de ligne, ces technologies transmettent du texte, du son, des images. Pourquoi la nature, à sa façon, n'en serait pas capable ? "Il suffit qu'il y ait un cimetière ou une usine de produits chimiques positionnés sur ces réseaux d'ondes stationnaires, poursuit le chercheur, pour que, sur plusieurs centaines de mètres, ces lignes relaient des informations nocives ou toxiques, destructrices pour le vivant." En elle-même, l'onde stationnaire n'est pas dangereuse. Le problème vient plutôt de l'information qu'elle véhicule. La solution consiste à la "réinformer", en restaurant par exemple son environnement ou le champ magnétique premier.

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Graines de sourciers
1992. Cette année-là, Joseph L. Kirschvink, professeur de géobiologie au California Instituts of Technology et à l'Université de Princeton, publie une série d'articles dans lesquels il établit la présence dans notre cerveau de minuscules fragments de magnétite (Fe304). Des cristaux en quantité colossale. Selon les calculs de Kirschvink, nous en aurions un minimum de 5 millions par centimètre cube, et près de 100 millions par endroits. Soit, par gramme de tissus cérébral, entre 4 et 70 nano grammes (ng) dans ses densités les plus fortes. Une pesée infime, répartie de façon homogène à l'ensemble de nos hémisphères. Mais extrêmement sensible. La particularité de ces grains de poussières ferromagnétiques, qui rassemblent plusieurs centaines d'oxydes de fer, chacun long de quelques dizaines de milliardièmes de centimètres, tient à leur forme. Ces cristaux s'organisent en "petits paquets" ordonnés selon un plan dit "hexaoctahédrique tronqué". Cette forme imprononçable maximiserait leur sensibilité magnétique. Il s'agit aussi et surtout d'une structure cristalline propre au vivant. "Naturellement" fabriquée par des mécanismes biologiques encore ignorés, elle est sans équivalent dans l'environnement géologique. (136) Les résultats de Kirschvink confortent ce que l'on suspectait depuis quelques années. Déjà en 1983, un dénommé Baker a extrait un cristal de magnétite de l'arcade sourcilière humaine. Ces particules avaient déjà fait parler d'elles lors de leurs découvertes, vingt ans plus tôt, dans des bactéries appelées "magnétotactiques". C'est-à-dire qui utilisent leurs cristaux de boussole embarquée pour s'orienter et se synchroniser les unes avec les autres. Ces mêmes magnétites, nos amies les bêtes en sont couramment pourvues. Dans la tête et le cou du pigeon voyageur, dans l'abdomen des abeilles, dans les ailerons de la baleine, chez le dauphin, le thon, le saumon... La magnétite animale se niche partout. De fait, cette biomagnétite, nous en disposons tous. À un degré ou un autre. Elle se dépose en certains points du corps, s'y précipite et s'y accumule. Ajoutant son magnétisme au fer déjà présent dans l'hémoglobine du sang. En France, au cours des années 1980, le mathématicien et physicien Yves Rocard, père de la bombe atomique française – et de l'un de nos Premiers ministres – a dressé la carte dans notre corps de "centres récepteurs magnétiques", localisés dans les arcades sourcilières, le cou, le bas des lombaires, les genoux, les talons, à l'articulation des gros orteils. Mais aussi les omoplates, les coudes, l'attache des biceps et le bout de nos doigts. (137) Une répartition harmonieuse, "à étages", que l'on retrouve chez tout le monde. Pour garder les traces des relevés individuels qu'il effectuait, Yves Rocard a proposé l'équivalent d'une "carte d'identité magnétique". Cette notation originale repose sur la

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stimulation à l'aide d'un aimant des douze principaux "centres récepteurs" du corps, tandis que le sujet testé tient à la main un pendule. Selon les personnes et le centre stimulé, le pendule entre alors en rotation dans le sens des aiguilles d'une montre. Ou son contraire. Une carte magnétique normale affiche une sorte de symétrie croisée. Lorsqu'un côté "tourne" dans un sens, la stimulation du centre opposé – de l'autre côté du corps – produit une rotation inverse. D'après les constatations répétées du professeur Rocard, une carte magnétique standard, équilibrée, doit présenter deux ou trois croisements. Les exceptions sont le signe d'une anomalie congénitale, de fractures mal soignées. Ou d'une agression magnétique de grande ampleur, ponctuelle ou prolongée.

Exemples de cartes d'identité magnétique rapportés par Yves Rocard.

Doté selon ses dires d'une sensibilité "pas très extraordinaire", Yves Rocard est le scientifique qui a mené en France le plus de recherches sur notre sens magnétique – une "marotte" qui lui valut de devenir la risée de ses éminents collègues de l'Hexagone. La biomagnétite, cette boussole embarquée, réduite en poudre et accumulée en certains points du corps, serait à l'origine de tout. Autant de la sensibilité des sourciers aux légères variations du champ magnétique global, que des "pouvoirs des magnétiseurs" (138), capables de soigner

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– ou de momifier des fruits – à l'aide de leurs mains. Ces amas de cristaux expliqueraient enfin l'extrême sensibilité du vivant, des pigeons voyageurs aux lobes de notre cerveau, aux champs magnétiques ambiants, naturels et artificiels. Au terme de 30 années d'hypothèses et d'essais en tous genres, ses conclusions sur le réflexe sourcier sont sans appel : "Le sourcier voit sa baguette filer malgré lui ( ... ) lorsqu'il traverse une petite anomalie du champ magnétique terrestre, qui cesse d'être uniforme sur la zone sourcière." (139) Pour être aussi définitif, ce "pionnier" de la géobiologie sensitive et scientifique a utilisé des instruments de mesure terriblement sensibles. Précis au centième de milli gauss près. L'équivalent du champ magnétique produit à 3 ou 4 cm de distance par une pièce de monnaie en nickel (celles des "anciens" francs, avant l'euro). S'il vous en reste, empilez-les et faites-en des rouleaux. Vous pourrez alors les détecter plus facilement... s'il vous prenait l'idée de les chercher avec des baguettes.

Premières baguettes
Passons à la pratique. Après une journée à crapahuter dans la campagne à chercher des truffes, j'étais évidemment très curieux de m'essayer au maniement de ces "baguettes parlantes". Et de confirmer ou non, de mon propre chef, les éventuelles sensations dues au croisement d'une ligne "cosmotellurique". Nous voilà partis pour une leçon particulière. Pour l'exercice, Jean-Pierre Ducret me prête les siennes. Elles ne sont pas comme celles que l'on m'a offertes il y a quelques années et qui prennent la poussière, quelque part. Non, cellesci sont faites maison. Deux fils de cuivre ou de fer de 3 mm de diamètre, rigides, à peu près longs d'une cinquantaine de centimètres. On les replie en forme de L, de façon à ce que la branche la plus courte mesure 15 cm environ. Un fil électrique dénudé, acheté à un magasin de bricolage, fait parfaitement l'affaire. Dernier détail : la poignée. Il suffit d'emmancher un cylindre évidé de stylo bille (au tube en plastique transparent) à l'extrémité la plus courte de chaque L. Et voilà. L'ensemble se révèle à l'usage – Jean-Pierre me l'assure – tout aussi efficace et surtout bien moins cher que des baguettes achetées dans le commerce. Première étape : la position. Debout, le buste droit, les avant-bras à l'horizontale, les coudes en équerre, légèrement détachés du corps. Les deux mains ramenées dans l'axe des jambes. Repliées – mais pas crispées – elles tiennent la branche du L la plus courte. Ensuite, il faut dire ce que l'on cherche, et veiller à bien poser la question. C'est une affaire de "convention mentale" comme me l'explique en détail mon guide. "Il faut formuler la demande dans sa tête ou à voix haute, avec le plus de précision possible. Par exemple, pour chercher de l'eau... est-ce de l'eau qui court ? Qui stagne ? De l'eau douce, salée, pure, polluée ? Avec un

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débit de 1 ou de 5 m3 ? Si je ne trouve pas, je change de convention mentale, de fréquence en quelque sorte. J'essaye de m'aligner en pensée sur la chose que je cherche." Pour accentuer cette mise "en phase", Jean-Pierre use de la visualisation. "Voir les grottes, l'argile, me décritil par les gestes. Ensuite il faut entendre le son, le bruit de l'eau. Comme si on descendait s'y baigner." Dernier point, la démarche. En répétant entre mes lèvres le "mantra" de ma recherche, j'avance sur le terrain caillouteux, d'un pas lent, régulier. Évitant le moindre à-coup pouvant faire remuer les tiges que je tiens fermement. Un véritable souci de profane. Ma vitesse frôle celle d'un escargot. Et voilà qu'à un moment, au vu des essais qui suivront il faudrait plutôt dire à un endroit, alors qu'il n'y a pas un seul souffle de vent, les deux branches les plus longues de mes baguettes viennent doucement se croiser. C'est tout. Pas de fourmillement, ni de chaleur. Juste un mouvement de repli, net et sans bavure. Je recommence, pour bien avoir la certitude que ce n'est pas la faute à mes poignets. Puis en sens inverse. Et les yeux fermés. Ou avec d'autres points de départ. Le phénomène se reproduit, sauf que parfois les deux baguettes s'écartent au lieu de se rapprocher. "C'est normal, cela dépend de la polarité du courant...", me souffle JeanPierre, amusé. Je passe les baguettes au photographe qui m'accompagne, dubitatif. Au bout de quelques essais, le temps de corriger sa position de bras, régler son intention, lui aussi parvient au même résultat. je ne peux dire ce qui est dû à la suggestion ou la sensibilité des baguettes proprement dite. Ce qui est sûr, c'est que nous en sommes tous capables. Le professeur Rocard, en 1962, lors de la parution de son premier livre sur la question, Le signal des sourciers, avait fait sensation en suggérant une expérience très simple, que chacun est en mesure de répéter s'il veut évaluer sa sensibilité de sourcier. À la condition de disposer d'une voiture en rase campagne. "Une tonne de métal, dont beaucoup d'acier, parquée sur un endroit où elle constitue la seule anomalie magnétique". Placez-vous à bonne distance du véhicule, face à lui mais un peu décalé. Empoignez vos baguettes et dirigez-vous droit vers lui, à pas lents, l'esprit vide. "Le plus souvent il ne se produit absolument rien, note dépité le savant, mais pour ne pas modifier son allure [le sujet] longe la voiture à 50 cm ou 1 mètre de distance, puis s'en éloigne. Et c'est à ce moment-là que quelque chose se produit." Au magnétomètre, la présence de la voiture peut se faire sentir à 15 m. Selon votre propre magnéto-sensibilité, vous la détecterez pendant ou un peu après votre déplacement. Certains, les plus réceptifs, obtiendront des réactions avant de s'en approcher. Pour d'autres, même le frôlement d'un bulldozer ne fera pas fléchir leurs baguettes. Le monde est parfois injuste.

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Les elf de la terre
Connaissez-vous la résonance Schumann ? C'est une sorte de phénomène atmosphérique naturel, régulier, qui existe depuis que le monde est monde et qui se propage autour de la planète sous la forme d'une vaste onde radioélectrique. Cette résonance, appelée aussi onde ou champ Schumann, doit son nom au scientifique allemand qui l'a mise en évidence au cours des années 50. (140) Coincée dans la "cavité" d'air comprise entre la surface du sol et la ionosphère (141), elle se répercute sans fin à la fréquence immuable de 7,82 Hz. Constamment réactivée, cette pulsation en extrême basse fréquence (142) se nourrit de l'activité électrique des orages – à l'échelle du globe, il y a près de 300 éclairs à la seconde. Mais aussi et surtout par le "vent solaire" dont les rafales de photons à hautes énergies viennent constamment "caresser" – face à ses déferlantes, il serait plus exact de dire "tamponner" – les couches les plus hautes de notre atmosphère. Électrisant celle-ci au fil de leur rencontre et de leur absorption par les molécules de l'air. Saturant la haute atmosphère de charges électriques qui constituent la ionosphère. Mais cette ligne de front n'est pas figée. En fonction du jour, de la nuit, des saisons, la pression du "souffle" solaire sur la haute atmosphère s'accroît ou diminue. L'épaisseur de la ionosphère s'en ressent. L'atmosphère terrestre s'en fait l'écho, propagé autour du monde à la vitesse de l'éclair. Fidèle témoin des colères du ciel et du cosmos, des coups de foudre comme des éruptions solaires, l'onde Schumann se perpétue au quotidien. Soumise au cycle, au rythme, aux variations de forces cosmiques déchaînées. Comme un métronome qui oscille et bat la mesure, sa mesure. Mais sans doute aussi, quelque part, la nôtre. Car ce battement atmosphérique, connu par les météorologues du monde entier... on lui attribue de nombreux pouvoirs. En particulier celui d'être le tempo implicite de tous les organismes vivants. Humanité incluse. Le rythme des pulsations Schumann concordent avec une portion de nos ondes cérébrales : les ondes alpha. En fait, c'est plutôt l'activité de notre cerveau qui, en fidèle récepteur radio biologique, aurait adopté la résonance de l'atmosphère comme fréquence de référence. Pourquoi pas ? L'onde Schumann nous traverse depuis toujours. Elle peut nous influencer autant que les différences de pression d'un baromètre. Et ce ne serait pas le premier rythme à échapper à notre conscience. L'onde Schumann est loin d'être la seule fréquence habitant notre atmosphère. Il en existe bien d'autres. Dénommées par exemple "tweek", "crack" ou "souffle". Ces bruits plus ou moins étranges expriment la façon dont le son se rend audible. Car ces ELF-là, on sait les entendre. Pas directement mais à l'aide d'un poste radio spécial, réglé pour recevoir les basses fréquences de la planète Terre.

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Là encore, il s'agit d'ondes radio. Des VLF (143). Des radiofréquences comprises entre quelques centaines et dix mille hertz. Nous sommes très loin au-delà des pulsations précédentes. Et à la différence des ondes Schumann, celles-ci sont fugaces et accidentelles. La source de la plupart de ces signaux VLF est la foudre. Lorsqu'elle claque et illumine le ciel, elle balance autour d'elle une décharge électromagnétique. Une impulsion EMP de très grande ampleur qu'il est possible de capter parfois à plusieurs centaines de kilomètres à la ronde. Comme toute onde radio, ce signal s'appuie, rebondit à la vitesse de la lumière sur la ionosphère qui lui sert de relais naturel. Ainsi, en juillet 2002, les signatures radio relevées au japon et en Antarctique ont confirmé la découverte à Taiwan, au-dessus des nuages, de colonnes lumineuses inédites, hautes de 90 kilomètres pour 40 kilomètres de diamètre. Des éclairs gigantesques qui, au lieu de frapper le sol, ont filé vers l'espace. Parcourant plus de 1 000 km en une seconde. (144) Pour les radioamateurs, tels ceux de l'ex-réseau Inspire (145) ces émissions hertziennes spontanées ressemblent souvent au bruit d'une tranche de bacon en train de rissoler. Ou aux crépitements d'un feu de camp sauvage. Mais au hasard de ces ricochets, d'autres sons peuvent être captés. Des sifflements rapides et aigus qui s'abîment dans le grave. Ou des choeurs de souffles chuchotant une langue ignorée. Les plus rares ressemblent au chant lointain de vagues venues s'échouer sur une plage. En général, on ne les entend qu'à l'aube ou au crépuscule, à proximité d'aurores boréales. Lorsque la densité des électrons de la ionosphère le permet. Mais les bruissements de notre planète ne se limitent pas à ces effets suraigus et subtils. D'autres tons existent, beaucoup plus graves. C'est l'histoire de Jack Dea. Un chercheur sino-américain de VUS Navy, diplômé de physique atmosphérique, qui poursuit une impossibilité. Celle de prédire les tremblements de terre. Pas à quelques minutes ou quelques mois d'avance, lorsqu'il est trop tard ou selon de vagues probabilités. Sa méthode au contraire est précise à quelques jours près. Elle repose sur l'écoute et l'analyse minutieuse des ondes telluriques. Le murmure quasi-immobile émis par la terre et dont le ciel se fait l'écho. Pour Jack Dea, tout commence en avril 1990. Alors qu'il cherche à enregistrer les signaux basses fréquences de la ionosphère, il repère une anomalie, un petit pic radio. Pic encore présent le lendemain matin, avant de s'estomper en fin d'après-midi. Entre-temps – à peine quelques heures avant – un tremblement de terre est survenu à 200 kilomètres de là. La coïncidence l'intrigue, ses investigations débutent. Durant trois ans, il effectue des relevés quotidiens et vérifie les corrélations entre une trentaine de séismes plus ou moins importants et les données relevées par lui ou Antony Fraser-Smith à l'université de Stanford. L'analyse statistique confirme son intuition : "L'émission basse fréquence arrive trois semaines avant un

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séisme. Mais la fréquence élevée, 1 hertz au maximum, survient seulement une semaine avant le tremblement de terre." (146) Il le reconnaît lui-même, la bande passante à écouter est des plus basses. Il s'agit de la gamme des fréquences ultra basses (ULF), comprises entre 1 et 5 hertz, encore plus difficiles à capter que la résonance Schumann. D'autant que d'après le physicien, "la zone des 0,1 Hz est des plus informatives". À ces valeurs, la longueur d'onde devient extrême. En électromagnétisme comme ailleurs, plus la fréquence d'une onde est élevée, plus sa longueur d'onde est courte. Elle se mesure par exemple en centimètres et millimètres pour les signaux de la télévision ou de la téléphonie mobile, qui se propagent à des millions ou des centaines de milliers de hertz. À l'inverse, plus la fréquence se réduit, plus la longueur d'onde augmente. À moins de 10 hertz, la longueur d'onde atteint des milliers de kilomètres. "À 8 hertz, la longueur d'onde est exactement égale à la circonférence terrestre; à 2 hertz, la longueur d'onde atteint quatre fois cette circonférence". Poursuivons. À 0,1 hertz, si mes calculs sont justes, la longueur d'onde frise les 80 fois le tour du globe. Conséquence : une telle onde électromagnétique déborde de la surface de la Terre. Ainsi ce qui est détecté, ce n'est pas l'onde, ni même sa demi onde, mais une toute petite portion de celle-ci. Un centième, un vingtième... au mieux un quart de l'onde initiale. Dans ces conditions, la composante magnétique de l'onde prédomine. "Nous pouvons détecter les oscillations du champ magnétique, assure le chercheur, et avec une certaine efficacité." Pour écouter les ondes telluriques, le récepteur ULF mis au point par Jack Dea tient plus du magnétomètre que de l'antenne parabolique. Il est constitué d'un trépied surmonté d'un bobinage de 90.000 boucles, enroulées en spires autour d'un cylindre de mumétal. Un matériau connu pour absorber la force magnétique. Chaque boucle permet d'amplifier le signal reçu. "Si le signal vous donne un pico volt par tour – c'est-à-dire 0,000.000.000.001 volts, un potentiel électrique d'un millionième de millionième de volt – au terme des 90.000 boucles vous obtenez un signal de l'ordre du microvolt, qui peut lui être capté." D'où proviennent ces signaux ULF ? Comme Poilane, Jack Dea considère que les infiltrations d'eau jouent un rôle majeur. "Avant un tremblement de terre, des microfissures se forment dans le sol et s'éloignent de la faille. Ces fissures permettent à l'eau souterraine, sous pression, de se diffuser dans les roches, entraînant avec elle des sels minéraux, donc des ions. Vous avez alors un liquide électrolyte, doté de charges électriques." "Ces flots de courants, qui irriguent la terre, génèrent les premiers signaux radio. La progression des fissures vers la surface produit les fréquences les plus élevées. Ces signaux sont alors visibles une ou deux semaines plus tard." 175

Si la conviction de Jack Dea ne fait plus aucun doute, la voie des émissions radiosismiques est une hypothèse désormais prise très au sérieux. Le 29 juin 2004, à Baïkonour (Russie), la France a envoyé en orbite le satellite Demeter qui doit survoler durant 2 ans les zones sismiques du globe et sonder la ionosphère, à l'affût des plus petits craquements de la Terre. Les premiers relevés ont déjà permis "de mettre en évidence des émissions naturelles dont on ne connaissait pas l'étendue." (147) Dans les énergies de l'environnement, l'eau joue, encore une fois, un rôle central. Croisée lors de ma recherche auprès des méridiens, je la retrouvais sous mes pieds, dans le sol. Modifiant le magnétisme terrestre, affolant les baguettes du sourcier ou alertant les savants de l'arrivée prochaine d'un séisme. L'eau — et ses ondes — était incontournable. Inutile de repousser ma rencontre avec elle plus longtemps.

Prophètes du temps
Excitation, irritabilité, sensations d'oppression, de migraine, gênes articulaires. Un temps orageux, des changements climatiques soudains, c'est épuisant. La palme revient aux rhumatisants, capables lorsque leur douleur se réveille d'annoncer, la veille ou l'avant-veille, l'arrivée de la pluie. Ce sont les "prophètes du temps". Connus depuis des millénaires, ces phénomènes ont abouti au début du XXe siècle à la biométéorologie, une branche de la science qui étudie les réactions de l'organisme par rapport au changement de temps. 30 % de la population serait météorosensibles, surtout les enfants et les personnes âgées. Même si l'on ne sait pas trop pourquoi. Masses d'air chaudes ou froides, pressions, dépressions, influences gravitationnelles... Une certitude : l'électricité atmosphérique joue un rôle essentiel. L'air est chargé d'électricité. De ions positifs ou négatifs – des petites molécules d'azote ou d'oxygène électrisées issues de la haute atmosphère, des forêts, etc. – à l'origine d'un champ électrique naturel variable, mesuré au niveau du sol à environ 150 volts par mètre par beau temps et grimpe dès que l'on prend un peu d'altitude (1.500 v/m à 10 mètres de haut) ou lorsque le temps tourne à l'orage (10 ou 20.000 v/m à 1 m au-dessus du sol). L'humidité n'accentue pas les douleurs articulaires – sinon ce serait pire en séances de thalasso. Mais les modifications électriques ambiantes oui. C'est pourquoi tout le monde se sent mieux après l'orage, rhumatisants inclus. L'air a déchargé son excès d'électricité.

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Quoi de plus normal ? Souvenez-vous, la croissance des os, l'activité cardiaque, les rythmes du cerveau "fonctionnent" à l'électricité. Ces parties du corps, très sensibles à l'électromagnétisme, sont légitimement les premières à être affectées par le temps.

Notes
130) Entre temps, j'ai découvert que oui. Il s'agirait même du pays où la culture de la truffe est des plus anciennes. Beige aux reflets pourpres, la truffe chinoise - Tuber indicum - est bien moins odorante que l'espèce cultivée traditionnellement en Europe. 131) Attention, se prononce "fong shouei". 132) Rapporté dans Feng Shui Terre Vivante, Stephen Skinner. 133) "L'art du Feng Shui", Jean-Louis et Marie Laure Augay, La géobiologie et vous, p.294. 134) http://www.Muzi.com, 23 septembre 2003. http://news.1chinastar.com/ll/english/1280782.shtml 135) "Batterie à eau : et les chercheurs pompaient..." http://www.Futurinc.com, 23 octobre 2003. 136) http://www.gps.caltech.edu/users/jkirschvink/pdfs/PNASbrainMagnetite.pdf 137) La Science et les Sourciers, Ybes Rocard, éditions Dunod, 1989. L'auteur y décrit ses diverses pérégrinations ainsi que ses multiples expériences, aux bricolages très ingénieux. 138) Yves Rocard les qualifie de "super-sourciers". 139) Les Sourciers, Que sais-je n°1939, 1981. 140) "Uber electrische Eigenschwingungen des Hohlraumes Erde-Luft-lonosphäre, erregt durch blitzentladungen", W.O. Schumann, Z. angew Phys. 9 (1957) 141) Cette couche électrisée de l'atmosphère débute à 60 km d'altitude et s'étend sur plusieurs centaines de km. 142) Abrégé EBF ou ELF si l'on reprend la terminologie anglo-saxonne. 143) very low frequency.

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144) "Par-delà les nuages, des éclairs géants", Le Temps, 9 juillet 2003. 145) "Interactive Nasa Space Physics lonosphere Radio Experiments." Ce programme éducatif américain bénévole, animé par le Centre Spatial Goddard de la Nasa, a compté entre 1994 et 2002 plus de 1500 classes de collège dans ses rangs. Dans la même période, profitant d'expériences menées par la station Mir, les Russes ont lancé un programme similaire, intitulé INTMINS (INTerball-Mir-INSpire). Du nom des trois projets d'écoute des signaux radioatmosphériques naturels. 146) "ULF/ELF observations "predict" earthquakes", OE Reports 164, août 97, consultable en ligne http://www.spie.org/web/oer/august/aug97/earthquakes.html 147) "Mieux connaître l'environnement électromagnétique de la Terre pour prévoir les séismes." Mission d'étude du Cnes (http://smsc.cnes.fr/DEMETER/Fr/index.htm) et "Écouter les séismes pour mieux les prédire", Effervesciences #31, avril-juin 2004

11-Les mémoires de l'eau
La force des éléments... LE QI DE L'ENVIRONNEMENT "Auxerre. Terminus. Tous les voyageurs sont invités à descendre du train." Nouveau jour, nouvelle expérience. Je quitte un TER flambant neuf pour m'enfoncer à pied dans une ville dont j'ignore tout. je touche à la fin de mon voyage, de cette enquête. Mais avant, j'ai une dernière rencontre à faire. Chez Aqua-Prima, un centre de bains énergétiques régénérant. Un lieu ouvert depuis 18 ans dont l'adresse, méconnue, se transmet par le bouche à oreille. Je chemine en songeant à l'article de presse qui m'a conduit jusqu'ici. À en croire ses auteurs, l'eau des bains Aqua-Prima est traitée à l'aide de décharges de lumière. Des "flashs photoniques" qui permettent de "détruire les chaînes de molécules" d'eau "alourdies" par toutes sortes de polluants ou d'éléments présents dans notre environnement. "Grâce à ce procédé, dit l'entrefilet, les combinaisons électriques nocives se trouvent déconnectées et l'eau retrouve une structure organisée, sa structure première". L'effet de recharge énergétique serait presque immédiat, l'eau composant notre organisme, dans nos cellules, se met "au diapason des 150 litres d'eau du bain régénérant". Comme si l'on se branchait sur une pile neuve, liquide. (148) Suite à une telle description, j'avais immédiatement décroché mon téléphone et pris rendezvous chez Aqua-Prima. Et qu'importe s'il me fallait plusieurs heures de rail pour m'y rendre !

Plongeon dans l'eau d'orage
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À première vue, le procédé du traitement peut sembler bien mystérieux. Mais avec ce que j'avais appris depuis quelques mois sur l'électricité terrestre ou atmosphérique, les chaînes hydrogène, les quantum d'énergie et les fréquences électromagnétiques, cela était plausible et loin d'être incohérent. Ces flashs de lumière, je les associai immédiatement à une électrisation de l'eau, à une eau "ionisée". Celle-ci, traversée d'éclairs miniatures, agitée d'impulsions lumineuses, gagnait ainsi ses propriétés électromagnétiques particulières, bénéfiques pour le vivant. Une dame en blouse blanche m'accueille avec le sourire, chaleureuse. Il s'agit de Joëlle Henry, naturopathe et directrice du lieu. Je suis son premier client de l'après-midi. "Vous prendrez bien un verre d'eau ?" me propose-t-elle devant un vaste pichet en grès, fermé par un couvercle relié à une prise électrique. À l'intérieur, de minuscules éclairs de lumière sont produits à un certain rythme. "Ici, c'est la tradition. Mais c'est comme vous désirez." J'accepte, curieux de goûter cette eau dotée de tant de vertus. Fraîche, avec un léger goût métallique, elle est à ma grande surprise extrêmement désaltérante. L'eau des bains est produite, dynamisée selon le même procédé. Cela permet aux acquéreurs de ce pichet "électronique" de continuer à boire de "l'eau d'orage" chez eux, au quotidien. Un pichet d'eau d'orage... Cela me rappelait un autre engin. Le GERS, un récipient en plastique au nom sans doute malheureux et présenté dans les années 70. D'une capacité de neuf litres et doté d'une cuve parfaitement étanche, les concepteurs de ce gros thermos disaient reproduire en vase clos, par le dispositif électronique clignotant intégré au couvercle, ce qui se passe tous les jours dans la nature. Entre ciel et terre, en bombardant l'eau de photons "vitaux", chargés d'une longueur d'onde propice à la santé. (149) Un autre précurseur, Marcel Violet, ingénieur des Arts et Métiers, s'était penché dans les années 40 sur le sujet. Curieux de l'attrait des animaux pour l'eau d'orage et des bienfaits qu'il avait constatés sur la croissance des salades. Les expériences auxquelles il se livre alors lui apporte la conviction que les vertus de l'eau d'orage ne sont pas dues à des éléments chimiques mais à un rayonnement "cosmique" capté en altitude, qui imprègne l'eau dans les nuages. Après quelques tâtonnements, il parvient à reproduire cet effet et met au point ce qu'il appelle le bio-oscillateur. Un appareil doté d'un boîtier raccordé au réseau électrique, composé pour partie de cire d'abeille et d'un fil terminé par un assortiment de tiges – des électrodes de magnésium, de cuivre, de carbone, d'argent, de zinc, de manganèse, de cobalt... – à plonger dans l'eau. Une fois branché, le bio-oscillateur fonctionne comme une antenne, captant et relayant cette énergie particulière. (150)

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L'eau électro-vibrée, dynamisée par bio-oscillateur, n'est pas seulement potable. Elle devient extrêmement bénéfique pour le vivant, à l'image de cette fameuse eau d'orage. Pour vérifier la qualité de son eau et ses conséquences à long terme, Violet en donne à boire à 7 générations de cobayes. Résultats : longévité accrue, système immunitaire renforcé, aucune contreindication repérée. D'autres tests menés avec du bétail (agneaux, vaches laitières...) et des cultures confirment ces effets... À chaque fois, la croissance est améliorée, la quantité – et la qualité – de la production augmentent. En 1942, alors âgé de 56 ans, Violet est victime d'un infarctus. Selon le médecin, ses jours sont comptés. Il n'a plus rien à perdre. Il décide de boire 1 litre d'eau électro-vibrée par jour. "En quatre mois, c'était la guérison complète, écrit-il en 1961. D'autre part j'ai pu constater que j'ai pratiquement cessé de vieillir depuis que j'ai commencé à prendre régulièrement de l'eau traitée. Je ne sais plus ce que c'est que la fatigue, physique ou cérébrale, et un test a montré lorsque j'avais 75 ans, que mes réflexes visuels et auditifs me classaient dans une catégorie de gens de 20 ans." (151) Chez Aqua-Prima, affairée comme une fourmi à préparer ma cabine de bain, Joëlle Henry me raconte son histoire, l'origine des bains, l'effet de ceux-ci sur ses clients. "Ce que vous allez vivre est le fruit d'une recherche sur l'eau qui a débuté il y a une trentaine d'années, nous avons essayé différentes techniques et puis peu à peu nous sommes parvenus à obtenir l'effet recherché. Notre eau a une action bénéfique. – Mais votre technique, à base de flashs, d'éclairs, c'est une sorte de pasteurisation ? – Oh non, pas du tout, la pasteurisation tue la vie. Et là, ce n'est pas ce que l'on cherche. Ce que l'on veut avec cette technique, c'est redonner à l'eau son principe vital." Un principe "emmagasiné" dans l'eau des cuves, avant d'être "transmis" à l'eau du corps ? Même si, comme le reconnaît Aqua-Prima dans sa brochure, "les mécanismes en jeu ne sont pas encore totalement connus", tout cela semble reposer sur une sorte de "mémoire de l'eau". Nettoyée, purgée, effacée de ses mauvaises informations, cette eau "allégée" renouerait alors avec son rôle premier de liquide nourricier. Allongé, paré à m'immerger dans la source de jouvence délivrée par Aqua-Prima et qui remplissait peu à peu ma baignoire, mon esprit dérivait. Je le laissai flotter. S'emplir des volutes de cette eau tiède. Et se souvenir du coup de tonnerre qui a secoué le milieu scientifique il y a quelques années.

L'affaire Benveniste
La "mémoire de l'eau" est étroitement associée à la controverse déclenchée par le biologiste Jacques Benveniste à la fin des années 1980. Chez nous, en France, l'affaire fit grand bruit. Ce n'est pas tous les jours qu'un directeur de recherche de l'INSERM se voit banni par ses pairs. 180

La tempête médiatique terriblement violente, plus proche du réquisitoire mené en place publique que du simple débat entre points de vue opposés, s'est fondée au cours des années sur des rumeurs de fraude savamment nourris par les plus hautes sphères de la communauté scientifique internationale. Ce procès n'a pourtant plus de raison d'être. D'autres laboratoires ont entre-temps confirmé les résultats obtenus. Mais officiellement, la mise à l'index du professeur Benveniste n'a jamais été démentie. Nous sommes en juin 1988. Après plusieurs mois d'attente, la revue Nature, la plus prestigieuse source de validation des travaux scientifiques tous pays confondus, accepte de publier un article signé du chercheur français Jacques Benveniste. Ce dernier n'est pas un inconnu. Docteur en médecine, cumulant plus de 300 publications, dont une petite dizaine dans Nature, Benveniste gagne ses galons de biologiste de renommée internationale en 1971 après la découverte d'une molécule impliquée dans les mécanismes des réactions allergiques et inflammatoires, asthme inclus. À l'époque de l'article, il dirige une unité de recherche de l'INSERM qui regroupe une cinquantaine de personnes et travaille toujours sur les allergies, toutes pistes confondues. L'article soumis au comité éditorial de Nature par Benveniste et une douzaine de collaborateurs présente le bilan de travaux menés entre 1984 et 1987, en double aveugle et au sein de quatre laboratoires distincts, en France, Italie, Israël et Canada, dans le domaine des hautes dilutions. (152) La haute dilution constitue le fondement des remèdes homéopathiques. Elle revient à diluer une substance plusieurs fois, avec de l'eau, jusqu'à sa disparition chimique. Quand la préparation ne contient plus "que" des molécules d'eau. Les expériences décrites concernent des anticorps, dilués dans 10 volumes d'eau et agités au moins une dizaine de secondes à chaque dilution. Au final, ce qui est recherché, ce n'est pas la présence des anticorps en eux-mêmes, mais la réaction que la haute dilution peut entraîner. Contre toute attente, celle-ci a bien lieu. C'est-à-dire que les globules blancs étudiés, des basophiles, continuent à se décolorer malgré l'absence de la molécule chimique connue pour provoquer cette réaction, l'anti-immunoglobine E (algE). L'hypothèse avancée par Benveniste est que l'eau obtenue au fil des dilutions agit comme si elle avait gardé en "mémoire" de l'algE présente au départ. Cette supposition reprend ce que les homéopathes affirment déjà : il y a effet biologique en l'absence de molécules, et cet effet repose sur l'interaction le temps de l'agitation entre les molécules d'eau et les anticorps. Avec cet article, Benveniste s'aventure en terrain miné. Les partisans de l'homéopathie jubilent. Pour eux, la parution d'un tel article représente la validation de leurs pratiques. Elle leur ouvre la reconnaissance officielle, scientifique, attendue depuis tant d'années. Or la

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réaction est tout autre. Bien qu'ayant approuvé et diffusé ce compte-rendu de recherche, Nature y exprime des réserves de circonstances. Le protocole de ces expériences est peut-être inattaquable mais ses conclusions bousculent les connaissances communément admises par les institutions académiques. Après le désaveu vient le refus, en bloc. Les résultats rapportés par Benveniste l'hérétique sont niés, sa légitimité scientifique remise en cause. Au mieux, des erreurs de calcul ou de manipulation ont été commises par l'équipe. Au pire, cela sent la fraude. L'affaire de la "mémoire de l'eau" commence et va poursuivre le chercheur plusieurs années. Lui coûtant sa carrière, son équipe, ses budgets. Hors le dogme, point de salut. Nous voici 15 ans plus tard. La mise à l'écart continue. Une quarantaine de références scientifiques constatant l'efficacité des hautes dilutions sont désormais disponibles. Les plus récentes confirment que Benveniste avait raison. En 1999, une étude réalisée par plusieurs centres de recherches européens – en France, Italie, Hollande, Belgique et Irlande – a cherché à reproduire les expériences originales de Benveniste mais avec des protocoles plus sévères. Les résultats se révèlent statistiquement significatifs. Une ultime vérification, menée par Madeleine Ennis, de l'Université Royale de Belfast, avec des systèmes automatisés pour réduire encore tout risque d'erreur humaine, confirme les travaux antérieurs. (153) Le plus étrange dans cette histoire est surtout l'inexplicable amnésie de la communauté scientifique. Car Benveniste n'est pas le seul, ni le premier, à évoquer une mémoire de l'eau. D'autres laboratoires ont signé à ses côtés l'article paru en juin 1988. Aucun ne fut ainsi mis sur la sellette, ni soumis à autant de tracas. Et puis il y a les travaux précédents – si bien acceptés qu'à leur époque, dans les années 1960, on les enseignait en faculté. Alors... Mémoire sélective ? Oubli involontaire ? "Les arbres de l'affaire Benveniste ont caché la forêt de la mémoire de l'eau", a dit un chercheur du CNRS. (154) Il y a toutes les raisons de le croire.

Qui se rappelle de l'effet Piccardi ?
Retournons encore un peu plus loin dans le passé. Quand la mémoire de l'eau était connue. Au détour des années 1960, en Italie et en Belgique, voici ce que disait Giorgio Piccardi, le directeur de l'Institut de PhysicoChimie de l'Université de Florence : "Sous l'effet de certains facteurs physiques l'eau subit une modification de ses propriétés les plus subtiles. Depuis 1933 maints hommes de science étudient la structure de l'eau et essayent 182

de l'identifier soit théoriquement, soit expérimentalement. Il n'y a aucun doute, aujourd'hui, que l'eau possède une structure de laquelle dépendent ses propriétés. On peut alors concevoir "l'activation" de l'eau comme la modification de sa structure, imposée par des moyens physiques différents, à l'exclusion de la température." (155) Électrolyse, ultrasons, radiations ultraviolettes... Dès 1935, puis à partir des années 1950 avec Carmen Capel-Boute, électro-chimiste de l'Université Libre de Bruxelles, Piccardi s'est intéressé aux techniques empiriques de l'industrie qui nettoyait des chaudières avec de l'eau. juste de l'eau, sans additifs, ni détergents. Les ingénieurs savaient comment faire et déposaient des brevets à ce sujet. Mais de là à l'expliquer... le mystère a longtemps défié la science. L'un des moyens utilisés par Piccardi pour fabriquer de "l'eau activée" à la demande reposait sur l'usage de la bouée à mercure. (156) Plongée dans l'eau distillée et agitée en faisant lentement des ronds dans l'eau, cette boule dégage un faible rayonnement électromagnétique qui a un effet sur l'eau. Cet effet induit, un petit temps de latence observé lors de réactions chimiques menées en parallèle, le liquide peut en garder la trace durant des heures, voire plusieurs jours. Liée au peu d'énergie transmise, l'eau "activée" supporte la congélation mais pas l'élévation de sa température. (157) Selon Piccardi, ses plus proches collaborateurs et les chercheurs américains qui ont répliqué ces tests à la fin des années 1960, ces transferts d'énergie que l'eau imprime et conserve sont possibles par sa "structure labile, complexe et quasi-cristalline". (158) En effet, l'eau n'est pas un élément comme les autres. Ce tout petit assemblage de trois atomes (deux d'hydrogène pour un d'oxygène) se retrouve partout. Dans nos cellules, dans l'air, dans l'espace même. Surtout, ce trio infernal ne cesse de faire s'arracher les cheveux aux chimistes et physiciens de tous bords. Tout d'abord, la répartition de ses charges électriques en fait ce que les chimistes appellent une molécule polaire, avec un côté positif et un autre négatif. Comme un aimant. D'ailleurs, livrée à elle-même, la molécule d'eau en tourbillonnant génère son propre champ magnétique et se transforme en petite dynamo. Cet extrême sensibilité électromagnétique est ce qui permet l'IRM. L'imagerie à résonance magnétique, utilisée en médecine par exemple pour explorer les tréfonds du cerveau. Le patient, glissé au centre d'un cylindre, est baigné d'un champ magnétique très intense, assez puissant pour faire voler les objets métalliques de la pièce et les attirer contre la paroi. Toutes les molécules d'eau du corps se mettent au "garde-à-vous", orientées dans une certaine direction par la polarité du champ magnétique de la machine. De brèves impulsions électromagnétiques sont émises. L'eau absorbe la salve, oscille, entre en résonance avant de 183

relâcher un peu d'énergie et de reprendre immédiatement la position induit par le champ resté constant. Captées puis analysées, ces résonances dressent une carte celle de l'intérieur du corps. Et de l'eau qu'il contient. Des chercheurs israéliens utilisent les radiofréquences depuis fin 2003 pour mesurer la déshydratation du corps. Pratique et indolore. C'est aussi la seule substance à changer aussi facilement d'état. Il suffit de quelques dizaines de degrés pour voir passer l'eau d'un extrême à l'autre. Devenir vapeur ou glace. Mais, au grand dam des académies des sciences, rien n'est vraiment fixé. À l'état de vapeur, l'eau présente diverses allures. De la brume opaque aux masses énormes des nuages. Cirrus, stratus, cumulo-nimbus... Il en existe une dizaine de variétés, répertoriés selon leur taille ou leur altitude de flottaison. Même rengaine à l'état solide. Grêle, neige ou glace, sous une forme ou une autre, l'eau a le choix entre une douzaine de structures cristallines distinctes. D'ailleurs, Si vous avez appris que l'eau se transforme en glace juste en dessous de zéro degré Celsius, vous avez tout faux. Car là aussi, ça dépend. Tout comme les nuages résultent de gouttelettes d'eau microscopiques, condensées, agglutinées autour de grains de poussière en suspension dans l'air, les cristaux de glace se forment à partir – disons plutôt autour – de particules dissoutes. Prenez de l'eau sans une once d'impuretés, et ce n'est plus à 0° que l'eau devient glace, mais à une température bien plus basse. Certains labos parviennent ainsi à descendre jusqu'à -35° ou -41°. Sans givre ni rien... du moins tant que l'eau reste pure. Des étrangetés comme celles-là, l'eau en raffole. Masse volumique, viscosité, conductivité thermique, cette substance de référence accumule les particularités. Au dernier pointage, l'eau présente une bonne quarantaine de bizarreries physico-chimiques. (159) Mais revenons un instant aux cristaux de glace et à leurs motifs presque infinis.

"Visages" dans les cristaux
Direction le Japon. Pour feuilleter un album d'images splendides, réalisé par un personnage inspiré. Sa méthode, son objectif reste – il faut le reconnaître – très discuté. "La neige tombe sur terre depuis des milliers d'années et il n'y a pas deux flocons identiques." Voici comment le professeur Masaru Emoto a eu l'idée de photographier au sein du IHM General Research Instituts des cristaux d'eau gelée. De septembre 1994 à avril 1999, il a

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réalisé près de 10.000 clichés d'eaux congelées, à partir d'échantillons prélevés en différents lieux. Villes, lacs ou rivières, du Japon et du monde. (160) "La photographie de cristaux ne peut être possible qu'après avoir réuni diverses conditions, explique Emoto dans son livre, une température de congélation et un temps de refroidissement précis, un agrandissement microscopique, une ouverture de diaphragme et un éclairage adéquat." Bref, la procédure se révèle compliquée et surtout très exigeante. L'ensemble des manipulations a lieu dans une chambre froide à –5°. Disposés dans une centaine de boîtes de Petri, les petites boîtes rondes et transparentes utilisées en biologie pour étudier les microorganismes, les échantillons sont laissés deux heures au congélateur. Placés un à un sous un microscope, on les grossit entre 200 et 500 fois pour enfin saisir l'instant propice – lors du dégel des cristaux – et les photographier correctement. Un travail de patience, emmitouflé dans des parkas, "qui m'a pris trois mois avant de prendre une photo qui me satisfasse". Une question précise motive cet entêtement. Est-il possible, en étudiant les structures cristallines de l'eau gelée, d'obtenir des informations sur sa qualité ? D'aspect, rien ne ressemble plus à l'eau limpide qu'une autre, quel que soit son degré de pureté. Mais une fois congelée, est-ce toujours le cas ? Peut-on visualiser, par cristallographie, les différences entre l'eau pure et l'eau souillée ? Certes, d'un cristal à l'autre, il existe des variations. Mais, sur un échantillon donné, quelle que soit la boîte étudiée, leurs structures présentent des signes, des tendances types qui permettent de les classer et d'élaborer des grilles de cristallisation. (161) Le résultat, au prix de toutes ces précautions, se révèle bien visible. Et très instructif. En effet, qu'il s'agisse d'eau du robinet ou d'eau de source, la forme des cristaux varie. Parfois énormément. Un cristal parfait traduit ainsi un échantillon d'eau pure, alors que l'eau polluée se présente comme un amas sans formes. Pas facile de faire le tri ? Oui et non. "Le critère de jugement, résume Emoto, est de savoir si vous trouvez [le cristal d'eau] beau ou non." Ce conseil d'esthète permet de percevoir en un instant, à la seule sensibilité du regard, le vrai visage de l'eau. Les traitements réalisés à partir d'une eau distillée, stérile, vierge de toute particule chimique sont encore plus instructifs. Ils utilisent le son, particulièrement la musique. Symphonies, sutra tibétain, chansons populaires, Elvis, Enya... Emoto et ses assistants explorent tous les styles. Après écoute, l'eau repose une nuit entière avant de passer au congélateur. Là encore, les clichés confirmeraient l'hypothèse des chercheurs. À mélodies variées, grille de cristallisation variable. Géométrique ou régulière lorsque les flacons sont coincés entre deux haut-parleurs de Bach, Chopin ou Mozart. Ébréchée, fendue ou morcelée suite à un concert de heavy metal. La musique choisie influerait sur la structure de l'eau... si l'on en croit le reflet des cristaux mis en avant.

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Les dernières expériences de Emoto vont encore plus loin. Elles abordent le pouvoir des mots. Des paroles prononcées en toute conscience ou inscrites sur des étiquettes scotchées sur les flacons d'eau diluée. Idiot, merci, ange, démon, beau, sale... Selon les termes adressés au flacon d'origine, il y aurait un impact. Révélant des cristaux plus harmonieux lors de messages positifs ou aimants. Ou, au contraire, carrément difformes dans le cas de mots méchants ou destructeurs. Faut-il y voir l'influence du son, de la calligraphie ou de l'intention humaine ? Les interprétations les plus subtiles sont permises. Mais les photos, elles, restent.

Le grand jeu des hélices coudées
Finie la rêverie. Rasséréné après mon voyage à Auxerre, chargé de bouteilles d'eau d'orage, je me sens à la fois fatigué et reposé. L'esprit assagi. Paré à découvrir ce qui se tramait dans l'eau. "Ce que j'ai envisagé, m'explique au téléphone la voix calme de l'ancien professeur de physique à Montpellier Dang Vinh Luu, c'est que d'un point de vue énergétique, il est possible de diviser les propriétés fondamentales de l'eau en trois niveaux." "D'un côté, il y a une base quasi-cristalline, à la structure parfaitement organisée. Comme dans la glace, qui est l'une des manifestations de l'eau cristallisée. À l'autre extrême, on trouve le flot pur de la vapeur d'eau. Cette base extrêmement rapide, presque immatérielle, correspond à l'état célibataire des molécules en ébullition, dissociées les unes des autres. L'énergie y est à son maximum. Enfin, entre les deux, se trouve une base intermédiaire et mouvante, dite amorphe. Celle de l'eau liquide." Selon Vinh Luu, l'eau liquide – le juste milieu entre la glace et la vapeur –n'est pas homogène. Il faudrait plutôt l'envisager comme un mélange des trois états : liquide, solide et gazeux. Un assortiment de "paquets d'eau" aux proportions variables. Un cocktail composé par exemple d'un quart de molécules isolées, qui se renouvellent sans cesse car elles ne le restent jamais très longtemps ; d'un tiers d'eau "solide", des blocs en suspension à l'image d'icebergs minuscules et éparpillés ; et le reste de l'eau "vraiment" liquide, dont les liaisons moléculaires se défont et se reforment continuellement. Et ce n'est qu'un dosage parmi des centaines de combinaisons éventuelles. Si tout cela est possible, c'est grâce à la forme de la molécule d'eau justement. Vue de très près, isolée au microscope électronique, celle-ci se présente comme un triangle isocèle. À notre échelle on dirait un cintre ou un volant de badminton, équilibré de part et d'autre par deux petits lests qui font tournoyer l'ensemble comme une hélice. Cette forme régulière, coudée, idéale permet aux molécules d'eau de s'accrocher entre elles et

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de s'emboîter par groupes de deux, de trois, de quatre... Comme s'il s'agissait d'un jeu de construction où des pièces triangulaires, toutes identiques, pouvaient s'agencer, s'assembler, se reconfigurer à l'infini. Ces regroupements de molécules sont bien connus des savants. Ces amas sont appelés agrégats, en anglais "clusters". Dans l'eau liée, l'eau qui baigne les organismes vivants, cela crée des chaînes. Des mailles qui forment un immense filet d'eau qui tapisse, relie et retient – dans des grillages de molécules d'eau – toutes les cellules et protéines composant les chairs. Dans l'eau libre, qu'il s'agisse d'un torrent ou d'un flacon que l'on remue, ces agrégats deviennent des "pelotes" d'eau de toutes sortes, de toutes tailles. Qui s'enroulent sur elles-mêmes comme par effet "boule de neige", se brisent, se rassemblent sans cesse. Mais de là à doter d'une mémoire cette grande pagaille de petits "paquets" de liquide aggloméré... n'était-ce pas un peu exagéré ? Non. Car ce désordre n'est qu'apparent. "Les combinaisons de ces différents groupes, poursuit le physicien à la retraite et maintenant professeur de médecine chinoise, entraînent dans la structure de l'eau des états intermédiaires. Soit des combinaisons de courte durée, éphémères, soit des combinaisons stables pouvant durer plusieurs mois. Chacune de ces combinaisons d'état liquide, solide et gazeux reflète un niveau d'énergie particulier. La structure de l'eau varie en fonction de ces différents niveaux d'énergie." Dans cette vision des choses confirmée en laboratoire, les blocs stables et rigides des "microicebergs" contiennent un minimum d'énergie. Tandis que les "pelotes" en vrac, déformables, ont un niveau d'énergie plus élevé. Plus il y a d'énergie – de chaleur par exemple – plus il y a de mouvement. La pelote se détricote. Ses molécules s'envolent et gagnent en degrés de liberté. (162) Ainsi, selon la quantité d'énergie qu'elle absorbe, qui l'agite ou qu'elle restitue, l'eau se modifie. Pelotes et micro-icebergs s'ajustent en permanence et s'échangent les molécules "célibataires", qui se comportent alors comme des relais, des agents de transmission d'énergie. Car la moindre variation des conditions ambiantes – un écart de température, l'ajout d'une particule ou d'un peu d'énergie cinétique – désorganise cet équilibre précaire. Nouvelles formations cristallines ou recrudescence de paquets déformables, la structure de l'eau change, s'adapte. Se contrebalance. "La mémoire de l'eau vient de là, termine Vinh Luu. Suivant les circonstances, sa faculté de rétention d'information peut durer quelques microsecondes... ou plusieurs mois."

Une disquette dans un verre d'eau

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Présentons les choses autrement. La mémoire de l'eau tiendrait à sa faculté de se réorganiser pour retenir une énergie ambiante. Comme une éponge, ou un support de stockage dans lequel inscrire les données. Portez l'eau à haute température. Mieux... faites-la bouillir. L'eau se transforme en vapeur. Les cristaux, les pelotes se délitent. La structure conservée au fil des liaisons moléculaires disparaît. L'information, la trace s'efface. Désormais "reformatée", la disquette liquide est comme neuve, libérée de ses empreintes passées. Et parfaitement réinscriptible. Cette image de la disquette n'est pas de moi mais de Benveniste. Après sa descente aux enfers académiques, ce personnage haut en couleur, disparu en octobre 2004, a monté sa société – Digibio – à travers laquelle il a poursuivi ses recherches, en effectif réduit. Il m'expliquait ainsi, en janvier 2000, ses activités de chercheur en biologie numérique. "Ce qui m'intéresse, ce qui m'a intéressé depuis le début, ce n'est pas l'eau du tout, précise l'ancien directeur de recherche de l'INSERM. C'est le message qui était inscrit dessus, la nature de ce message. – Et vous l'avez trouvé ? – Ce qu'on a découvert, c'est que les molécules de nos cellules communiquent par une corésonance de faisceaux hertziens due à leurs vibrations. Ces vibrations engendrent des ondes de basses fréquences dans la bande audio, entre 20 Hz et 20 kHz... – Vous voulez dire que les molécules se parlent de la même façon que nous nous parlons en ce moment... – Oui, dans la même bande passante que les sons que nous entendons. Celle que les hommes ont appris depuis peu à numériser et à mettre sur ordinateur, sauvegarder, éditer et transmettre à grande distance, notamment par Internet. Ce qui fait que nous pouvons enregistrer et reproduire l'activité de n'importe quel médicament ou substance biologique. On fait jouer ce signal à un organe ou à une cellule sensible. Et à l'autre bout de la Terre, l'organe, la cellule, la molécule croient entendre la molécule d'origine. Avec cette méthode, assez simple, je peux en théorie détecter par téléphone un OGM dans l'assiette du consommateur." Les conséquences d'une telle biologie hertzienne dépassent la simple télédétection, à Paris, d'un bacille situé en Nouvelle-Zélande ou dans une station orbitale. Ou encore l'archivage sur DVD-Rom de prélèvements sanguins analysés dans 20 ans. Imaginez mieux. Par exemple une bibliothèque de substances numérisées, accessibles par Internet, offrant – qui sait, un jour ? – le téléchargement gratuit de compléments alimentaires, d'anti-virus et de molécules génériques. Une véritable trousse d'urgence labellisée OMS, consultable par téléphone mobile. De quoi révolutionner le rapport de force pharmaceutique. On peut rêver.

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"À terme, poursuit le biologiste, un genre de baladeur MP3 suffira amplement pour numériser le signal. La seule limitation actuelle est qu'on ne peut pas utiliser d'analyseur de fréquences. Technologiquement, pour détecter une molécule, il faut passer l'enregistrement à un système biologique, à une cellule ou une bactérie par exemple. Comme l'oreille nous sert à reconnaître un bruit ou une voix." – Comment avez-vous découvert tout cela ? – Par étapes. La première était très simple. On a pris un champ magnétique pour voir si le champ magnétique effaçait le message. En 1991-1992, avec une équipe du CNRS, on a fait 100 expériences en aveugle. Le message a été effacé 100 fois. Donc on savait que le message était de nature électromagnétique, comme lorsque l'on prend un aimant et que l'on efface une bande magnétique. C'est le modèle du magnétophone. Les premières amplifications d'activités moléculaires ont suivi en 1993, quand je les ai mis sur ordinateur pour la première fois. Puis, en août 1995, j'ai envoyé mon premier enregistrement fréquentiel d'une molécule au-dessus de l'Atlantique. Je me prenais pour Lindbergh à l'époque." Lors de ces essais entre Paris et Chicago, le fichier son contenant le signal, en pièce jointe (format .wav) transmise par courrier électronique, transitait par une disquette, avant d'être "écouté" sur un pc équipé d'une carte son. Transférés à 27 reprises, ces "échos" d'activité biologique ont été vérifiés avec succès, en aveugle. (163) - Mais quel est le rapport avec la mémoire de l'eau, s'il y en a un ? - Il n'y a que l'eau qui fait le boulot. J'ai démontré que l'on peut transporter, à distance et en temps réel, l'activité d'une molécule contenue dans un flacon à un autre flacon contenant de l'eau. Et l'eau conserve ensuite cette activité pendant plusieurs heures, plusieurs jours... Voire plusieurs mois si on modifie l'eau de façon à la rendre stable. Dans mon réfrigérateur, j'ai des tubes d'eau qui sont là, encore actifs, depuis des années." (164) En Angleterre, les préparations ne résistent que 1 ou 2 mois. Placés contre la peau, les flacons d'eau "activés", traités à l'aide de champs magnétiques aux fréquences ciblées, sont utilisés dans un but thérapeutique. Pour soigner des allergies. Au début des années 1980, les docteurs Jean Monroe et Ray Choy, des spécialistes assistés du professeur d'électronique Cyril W. Smith, ont découvert que des rayonnements électromagnétiques pouvaient – quasi-instantanément – déclencher ou neutraliser les crises d'allergie de leurs patients. La réaction, obtenue à volonté, a lieu en l'absence de toute trace de pollen, d'aliment ou de poil de chat. Pratiquée au Lister Hospital à Londres, puis dans d'autres instituts britanniques entre 1982 et 1985, la paire de fréquences radio, celle qui provoque et celle qui apaise, se situe quelque part entre les milli hertz (0,001 hertz) et la centaine de gigahertz. Sans rapport l'une avec l'autre, différentes chez tous les allergiques, il faut pour les découvrir passer en présence du patient

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tout le spectre électromagnétique. Parmi la centaine de cas étudiés, certains patients électrosensibles avaient aussi des problèmes avec l'eau. Certains ne toléraient que "de l'eau de source en bouteilles, de l'eau tri distillée ou prise sous la forme de jus de fruit." Pour d'autres, une fois transvasée dans des bouteilles en verre (afin d'éviter des réactions au plastique), l'eau était enterrée durant plusieurs jours avant d'être consommée. Si l'eau pouvait être une source d'allergie, pourquoi ne pas l'utiliser comme solution ? C'est ainsi que les premières fioles d'eau "informée", imprégnée d'ondes "neutralisantes" ont été testées outre-Manche. Il n'est même pas nécessaire de les boire. Un simple contact avec la peau, à travers le verre du flacon, suffit pour abréger une crise. Cette homéopathie électronique a ses limites : elle se décharge. "Dès qu'un patient s'est servi d'un tube d'eau dynamisée pour neutraliser une forte réaction allergique, écrit Smith dans L'Homme électromagnétique, le tube semble perdre de son efficacité." Comme si l'eau, saturée des émissions du patient en crise, "oubliait" la fréquence emmagasinée. (165) Dans le milieu de la biologie moléculaire, la découverte de Benveniste ou des chercheurs anglais auraient de quoi faire l'effet d'une bombe. Il n'en est rien. Pour l'instant, en France en tout cas, tout cela a accouché d'un pétard... mouillé. Et pourtant. Depuis une cinquantaine d'années, outre les électrodes-antennes de Violet et les éclairs clignotants des bains Aqua-Prima, quantité de chercheurs ont essayé d'imbiber l'eau de messages. L'association "Eau Future" dénombre une centaine de techniques. À base de mouvements, de sons, de lumière, de magnétisme... Flashé, irradié, vibré... le langage de l'eau conserve cependant sa grammaire. Car il y a des lois à respecter pour qui veut écrire correctement. Première règle : L'eau est un support délicat, sensible. Ce qui signifie qu'il y a sans doute mille méthodes d'inscription imaginables mais qu'il est aussi très difficile d'isoler une influence d'une autre. Un grain de sable, une phase de la lune, un téléphone mobile suffisent à modifier la structure de l'eau. Pire, laissée stagnante et sans protection, cette "aquastructure" a tendance à disparaître, à s'atténuer. Recouverte peu à peu par d'autres énergies ambiantes. Deuzio, il est assez facile de dupliquer le message d'un flacon "activé". Il suffit d'une goutte. Transvasée d'un récipient à un autre, l'information se propage, comme par contamination. Les homéopathes font cela très bien. Pour y parvenir, la fabrication de leurs remèdes inclut deux étapes indispensables. Bien agiter le mélange dans un mouvement circulaire (on peut présumer que le sens de la rotation a son importance, même si rien pour l'instant n'indique lequel). Et le laisser reposer quelques heures, le temps que l'information se répande et fasse effet.

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Troisièmement... Figée dans la glace, l'information se conserve. Benveniste et Emoto ont leur frigo. Les archives climatiques et magnétiques de la Terre se trouvent elles dans les carottes de glace rapportées de l'Antarctique. (167) À l'inverse, à partir de 65°, et surtout au-delà de 70°, l'information s'effrite. Elle s'évapore, bien avant la température d'ébullition de l'eau. Comme Violet ou Benveniste l'ont remarqué, ce seuil de température est celui de la pasteurisation. Pourquoi ? Mystère. Je repense au début de mon enquête, aux méridiens. À ces voies de circulation du Qi que les anciens Chinois ont décrits dans notre corps. je repense aux ordinateurs du futur, intangibles mais omniprésents, comme l'air, dispersés autour de nous comme l'air et réduits à la taille de quelques atomes qui feront leur calcul en déplaçant des électrons. Je me souviens de l'effet des radiofréquences sur les molécules d'eau de notre organisme. Et je m'interroge... Et si au lieu d'être un système de respiration et de distribution d'énergie le réseau des méridiens n'était pas plutôt simplement une sorte de circuit d'information extrêmement élaboré ? La réponse la plus pertinente inventée par le vivant pour transporter un signal et assurer ainsi toutes les tâches de régulation et d'ajustement métabolique requises en permanence ? Ce système biologique sophistiqué, autonome et particulièrement réactif, pourrait-il adopter comme agent de liaison l'eau, cette matière première organisée dans notre corps en une grille resserrée et souple ? En communication constante avec l'extérieur ? Capable d'être le relais entre les cinq éléments et les forces de l'univers ? "Il y a toujours une interface, m'avait glissé Dang Vinh Luu. Et l'interface qui fait la jonction entre le ciel et la terre ... c'est l'eau."

À mains levées ?
Le corps humain est le centre de nombreux champs magnétiques, dont le plus important — centré sur le torse, à hauteur du cœur — palpite au gré du rythme cardiaque. Puisque des champs d'énergie peuvent laisser une trace dans la structure moléculaire de l'eau, pourquoi l'homme n'en serait-il pas capable ? Installez-vous confortablement, près d'une table, assis, le dos droit. Posez devant vous un verre ou une petite bouteille d'eau à moitié remplie devant vous et mettez vos mains autour, en couronne — les paumes tournées vers le liquide. Laissez-vous sentir progressivement vos mains, vos doigts se raidir. Restez ainsi et comptez jusqu'à 15... minutes. C'est le temps minimum pour obtenir une eau "bioactivée". Patience...

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Vous pouvez sourire. Des expériences menées en Italie et en Chine, avec des maîtres Qi Gong, ont confirmé l'empreinte du "magnétisme humain" dans un verre d'eau. L'Université de Milan a mené en 1986, puis à plus grande échelle en 1990, avec une centaine de participants —dont seule la moitié se déclarait "magnétiseur" — une série de tests reprenant la méthode de Piccardi, fondée sur l'accumulation de faibles réactions chimiques. Reproduits des centaines de fois, les résultats deviennent statistiquement significatifs. Un additif (du chlorure de bismuth) servait de révélateur dans les échantillons d'eau soumis ou non à l'énergie des magnétiseurs (qualifiés de "sujets bioradiants" dans le cadre de l'étude). Les nuances de coloration obtenues, parmi les échantillons témoins et ceux laissés entre les mains de personnes "normales", étaient quasiment identiques. Tandis que les fioles magnétisées différaient elles nettement. (166) Dans son BA-ba du Qi Gong, Gérard Edde évoque des essais faits en Chine, en laboratoire, avec des projections de Wei Qi effectuées sur de l'eau. L'analyse par spectroscopie Raman, qui déduit la composition moléculaire d'un liquide à partir des déviations d'un rayon lumineux, a confirmé les modifications moléculaires de la structure de l'eau.

Notes
148) "Bains régénérants", Santé pratique #24, 15 novembre 2003. 149) Selon le physicien Rodolphe Lavinay, ces photons ont une longueur d'onde de 21,22 cm. Sont-ils en résonance avec la fréquence d'émission de l'hydrogène ? 150) Cet appareil, toujours en vente, est commercialisé avec tout un mode d'emploi. Selon qu'il s'agit de plonger les électrodes dans de l'eau, de l'huile, du miel, des graines. Ou que l'on veut de l'eau pour boire, faire sa toilette, arroser les plantes ou améliorer la combustion d'une voiture. Vous avez dit moteur à eau ? 151) Le secret des patriarches, 1964. 152) "Human basophil degranulation triggered by very dilute antiserum against IgE", Nature, Vol. 333, No. 6176, p. 816-818, 30 juin, 1988. 153) "Thanks for the memory", The Guardian, 15 mars 2001, décrit l'essentiel du protocole et des résultats de ces deux recherches. Une traduction française est disponible via le site de http://www.digibio.com

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154) Un cas de censure dans la science, Michel Schiff, Albin Michel, 1994. Cette contreenquête pointe toutes les dérives irrationnelles des "adversaires" de Benveniste. Un historique effarant. 155) Symposium International sur les Relations entre Phénomènes solaires terrestres en chimie-physique et en biologie, tenu en octobre 1958 à l'Observatoire Royal de Belgique, à Bruxelles. Presses Académiques Européennes, 1960. 156) Cette boule de pyrex scellé contient environ 2 millilitres de mercure, à faible pression. La friction du mercure sur le verre produit une décharge lumineuse lors de l'agitation (triboluminescence) dont l'onde électromagnétique est comprise entre 3 et 4 kHz. 157) L'effet Piccardi proprement dit concerne la découverte de facteurs ambiants, incontrôlables, dont l'influence varie en fonction de l'heure, du jour, de la latitude, etc. Recherchée à l'aide de tests chimiques simultanés très simples (10 couples de précipités chimiques, la moitié protégée par des cloches de Faraday, l'autre non...), menés en nombre, tous les jours et sur une longue durée (10 tests menés 2 par jour, cela donne 600 mesures en un mois, 7000 en un an, etc.), cette influence imprègne l'eau "hors cloche" et se révèle au fil des données accumulées. Cette entreprise statistique de longue haleine a été l'un des points de départ de la biométéorologie. 158) Electromagnetic effects on behaviour of water and colloids, Fischer & coll., Report of the Laboratory of Atmospheric Sciences, National Center for Atmospheric Research (NCAR), Boulder Colorado, 1968. L'eau comme récepteur d'information environnementale, Capel-Boute, 1985 159) l'Énumérées et expliquées dans Water: structure and properties of liquid water de Martin Chaplin. Cette encyclopédie en ligne, en anglais, récapitule tout ce que la science sait sur l'eau et ses propriétés : http://www.lsbu.ac.uk/water/index.html 160) Les plus beaux clichés peuvent être consultés dans son ouvrage : Messages de l'eau, éditions AlterNature / Éditions Guy Trédaniel. 161) La cristallographie préfère le terme de "structure laminaire de cristallisation". 162) "Nouveau modèle de structure moléculaire de l'eau liquide", Luu D. Vinh & Luu Claudine, journal of Molecular Structure 1982, 81-1-10.

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163) "Transatlantic transfer of digitized antigen signal by telephone link", J. Benveniste, P. Jurgens, W. Hsueh, J. Aïssa. journal of Allergy and CI. Imm. 99:SI75, 1997 http://wvvw.digibio.com/cgi-bin/node.pl?lg=us&nd=n4_3 164) Interview, janvier 2000. 165) Cette découverte est racontée dans l'ouvrage de Cyril W. Smith L'Homme Électromagnétique. Voir aussi l'article "Water, Friend or Foe ?", publié en 1985 dans Laboratory Practice 34(10), p. 29-34; et "Sensibilité électrique chez les patients allergiques", Clinical Ecology, vol. 4, Number 3, p. 93-102. 166) Publié dans Minerva Medica, vol. 81 - n°9 - p. 625-627 - sept. 1990. 167) En décembre 2002, le forage Epica a ramené un prélèvement de banquise de 3.000 mètres de profondeur. Ce qui correspond à 700.000 années de climat. Pour les paléoclimatologues, les glaces polaires s'apparentent à des archives météo du temps jadis. Leur analyse révèle la composition chimique de l'atmosphère et l'évolution du climat au fil des âges. ("La plus vieille carotte de glace", http://www.Cybersciences.com, 16 décembre 2002.

12-Quand les couleurs soignent
Les nouvelles applications du Qi... LE QI ET LES INVENTEURS Paris, 27 septembre 2003. Tout début de journée. Après un départ sous l'averse, je foule le macadam d'un bon pas, en vue du centre où se prépare une série de conférences en rapport avec le pouvoir des couleurs. Les couleurs, nous vivons avec. Toutes contenues, entremêlées, par la seule lumière visible, nous les décomposons, les associons, les agençons au quotidien selon nos goûts, sans nous en rendre compte ou au contraire à dessein. Dis-moi ta couleur préférée et je te dirai qui tu es... La sagesse populaire et les architectes d'intérieur prêtent aux couleurs mille vertus. Une pièce aux murs verts serait plus relaxante qu'une autre peinte en rouge. Une salle orange, ou blanche, sera plus stimulante intellectuellement qu'un environnement bleu. Cette connaissance est régulièrement relayée par la presse, le bouche à oreille, l'expérience des décorateurs, d'infirmières, d'enseignants. Allez savoir ! Justement, je suis venu assister aux Rencontres de la Couleur. Ce congrès annuel, la 23e édition déjà, est organisé par le CEREC – le Centre d'Étude et de Recherche sur l'Énergétique

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et les Couleurs. Une association consacrée au développement d'une marque déposée, la "chromatothérapie". Cette technique de soins, à base de couleurs, repose pour l'essentiel sur la sélection et la projection de couleurs choisies sur le corps. Depuis plus de 20 ans, des centaines de médecins ont traité des milliers de malades avec une simple lampe et un jeu de filtres de couleurs. Autant dire presque rien. Pourtant, les résultats sont étonnants. Et parfois, pour la médecine classique, apparemment impossibles. Notamment lors de la cicatrisation de brûlures graves. J'avais besoin d'en savoir plus. Le temps de choisir ma rangée, je me glisse dans un strapontin encore vacant. Avec quelques minutes d'avance, me voici paré à écouter la première intervenante du programme.

La marque d'Agrapart
Mal à l'aise, Nicole Pages s'excuse du manque de préparation de son intervention. Personnellement, je ne vois pas pourquoi. Ce que cette spécialiste de l'épilepsie nous raconte est passionnant. "Nous avons voulu donner une base scientifique à l'effet "chromato", avec des modèles validés." L'expérience menée à l'Université de Châtenay-Malabry repose sur des souris carencées en magnésium, ce qui les rend particulièrement sensibles au son. En les exposant à une agression sonore, les chercheurs provoquent à la demande, chez ces souris "audiosensibles", des crises d'épilepsie. "La crise d'épilepsie se compose de 4 phases distinctes, chronométrées, poursuit la spécialiste. Un temps de latence où la souris est immobile, un temps de course et d'agitation, puis suit la crise proprement dite, à laquelle succède un temps de récupération." Pour vérifier comment la lumière peut influencer ces étapes, l'étude compare les réactions des souris témoins à celles de souris "irradiées" avec du rouge, du jaune, du violet, du bleu, de l'orange et du vert. Les couleurs de base utilisées en chromatothérapie. Le protocole procède par projections de couleurs. Des expositions de 50 secondes en "chromato" directe, sur tout le corps. On place un premier filtre anti-infrarouge devant la lampe, puis le filtre coloré sélectionné. Ensuite les souris restent dans le noir, à l'abri de toute lumière durant une vingtaine de minutes. Les meilleurs résultats sont apparus après un rayonnement jaune. "L'effet protecteur du jaune touche toutes les phases". La crise met plus de temps à se déclencher, la course est plus longue. La crise est plus courte, la durée de récupération aussi. Bref, les résultats seraient supérieurs aux meilleurs anti-épileptiques actuels. "Plusieurs facteurs sont à prendre en compte : la température, l'humidité ambiante, la durée de

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l'exposition : brève ou prolongée ... » Étrangement, détaille la scientifique, plus la "dose" de lumière s'accroît, moins la couleur protège, etc. L'exposé se poursuit mais dans l'assistance, autour de moi, l'ambiance s'est rafraîchie. Chacun repense à ce qui a été dit un peu avant : pour l'une des couleurs testées, l'équipe de recherche a découvert le pire. "Avec du violet, la complémentaire du jaune, les effets sur les souris sont inversés", nous explique le professeur Pages, tableaux récapitulatifs à l'appui. "Latence de course beaucoup plus courte, durée de course également réduite, la durée des convulsions passe de 5 à 23 secondes. Durée de récupération : aucune. Elles meurent. Toutes." (168) Terrifiant. juste avec une différence de quelques dizaines de secondes de violet. À l'évidence, nous sommes très loin d'un éventuel effet placebo. Jouer avec les couleurs se révèlerait beaucoup moins innocent qu'on ne le pense. Impossible avec ces travaux de ne pas songer aux armes à impulsions électromagnétiques que nous mitonnent, plus ou moins discrètement, les états-majors des pays industrialisés. États-Unis et pays européens inclus, bien entendu. "Il faut vraiment faire attention avec les couleurs, prévient le Dr Christian Agrapart. Si vous faites n'importe quoi, vous pouvez avoir des résultats catastrophiques."

Toute une gamme de vibrations
Quelques mois plus tôt, j'ai rencontré le Dr Agrapart. Neuropsychiatre, acupuncteur, ce médecin de la région parisienne est également président du CEREC. C'est lui qui, il y a près de trente ans, a "inventé" la chromato. Jacques Surbeck, expert suisse des pollutions électromagnétiques, m'avait dit le plus grand bien de sa recherche sur les couleurs. Un passage par Internet m'avait aussi appris que la chromatothérapie était explicitement fondée sur des principes de médecine chinoise. Tout cela justifiait un voyage jusqu'à son cabinet, à Melun. À la source. "Pour faire simple, disons que la chromatothérapie utilise une vibration, m'explique à son bureau avec une grande courtoisie, beaucoup de sérénité, le Dr Agrapart. Des vibrations avec lesquelles on obtient des réponses physiologiques constantes, chez l'homme, l'animal ou la plante. Ces vibrations peuvent être de la lumière, mais pas seulement. La matière vibre aussi. Donc si je prends des molécules, un cristal ou du métal, qui vibrent de la même façon que la lumière, le résultat sera le même." Une affaire de vibration. Voilà l'essentiel de la découverte. De fait, nous ne nous sommes pas très éloignés des principes découverts auprès du champ vital, des ondes radio et des dilutions homéopathiques électroniques. La démarche concerne cette fois la lumière colorée. Ou plutôt

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les énergies qu'elle véhicule. "On peut maintenant en avoir la preuve, me dit-il, parce que les effets sont reproductibles. Nous rentrons dans la science." Que dit la science au fait ? Que la couleur est affaire de rayonnement optique. C'est-à-dire des seules radiations électromagnétiques visibles à l'œil nu. Il s'agit d'une toute petite frange du spectre, coincée entre les rayons X et les infrarouges, large de 400 nanomètres (0,0004 mm). Dans cette bande très étroite, les six couleurs de base ont chacune leur intervalle de longueur d'onde. Les plus courtes regroupent tous les violets. Puis ces ondes perdent un peu d'énergie, elles vibrent moins vite et changent de couleur. Elles deviennent bleu, puis vert, jaune, orange et rouge. Attention, il va y avoir autant de teintes de bleu, de vert ou de rouge que de longueurs d'onde contenues dans l'intervalle concerné. Ainsi, au sens strict, des rouges à 762 ou 780 nanomètres sont deux rouges distincts. Même si la nuance nous paraît imperceptible. Longueur d'onde, fréquence... une couleur se définit par l'énergie qu'elle transporte. Ou plutôt qu'elle dégage. Il est d'ailleurs possible de mesurer la température d'une couleur. C'est peutêtre l'origine de la distinction couleur chaude, couleur froide ? (169) En elle-même, la couleur n'existe pas. Elle "naît de l'alliance de l'énergie et de la matière. La couleur est information sur la matière" (170). En écho à la radioastronomie. Car les couleurs sont le produit d'une absorption sélective d'énergie. Éclairés par la lumière, les atomes d'un objet, d'un tissu, d'une surface absorbent une partie plus ou moins grande du rayonnement reçu. Comme en partie épongé par un papier buvard. Les radiations qui n'ont pas pénétré la matière sont renvoyées, diffusées, réfléchies. Les professionnels de l'optique emploient le terme de réfraction ou de diffraction. Ceux de la physique quantique parlent d'électrodynamique. Ce reliquat d'ondes lumineuses détermine la couleur perçue par notre système sensoriel. (171) La couleur, in fine, est sensation. Le résultat d'un stimulus électromagnétique, capté par l'œil et qui excite ses cellules réceptrices selon les longueurs d'ondes reçues. Travaillée, cette sensibilité peut devenir cutanée. Les travaux d'Yvonne Duplessis, avec les aveugles, ont contribué entre les années 1970 et 1980 à la reconnaissance de la perception dermo-optique. Car notre peau aussi absorbe la lumière. (172) Luminothérapie, photothérapie... Une lumière fait recette en médecine le traitement de la déprime saisonnière. Cette "douche" lumineuse quotidienne apporte "sa dose" de lumière aux glandes endocrines et permet de traverser les périodes hivernales sans baisse de moral. Mis au point dans les années 1980, ce traitement est très courant dans les pays scandinaves, en manque de soleil chronique. Autre cas : la jaunisse du nourrisson. Visible sur la peau, elle est la conséquence d'un foie

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déficient qui ne parvient pas à éliminer un pigment toxique présent à la naissance : la bilirubine. En 1956, l'exposition fortuite au soleil anglais d'un groupe de nouveau-nés permit de constater un "déjaunissement" spontané. Depuis la méthode a rejoint les maternités, favorisant en quelques heures la dégradation de la bilirubine en molécules "cousines", très facilement éliminées par l'organisme. Il n'y a pas encore de consensus sur la longueur d'onde idéale. Les longueurs d'onde de 410 nanomètres (bleue) et 510 nanomètres (verte) seraient les plus efficaces. (173) Ce dernier détail sonnait juste. Chez les Chinois aussi, rappelez-vous, les couleurs sont traditionnellement chargées de sens. Selon la loi des cinq éléments, chaque couleur est en relation avec un mouvement d'énergie particulier, reliant ainsi couleur et climat, plante, émotion ou organe. Le rouge par exemple est associé au coeur; le jaune à l'estomac; le noir au rein et le blanc au poumon. Le vert, lui, va avec le foie. Alors c'est bien sûr ! La chromatothérapie repose sur les correspondances et codes couleurs établis par la médecine chinoise... Pas du tout. "La chromatothérapie utilise une gamme très différente de celle habituellement transmise par la pensée chinoise, corrige mon interlocuteur. De plus, en chromatothérapie, le noir ou le blanc ne sont pas présents." J'avais plaqué un modèle sur l'autre, trop vite. Voilà mon erreur. "Les textes anciens ne peuvent être exploités à la lettre, continue-t-il. Ils contiennent des images écrites à une autre époque. Ces métaphores ne sont, à mon avis, interprétables que si l'on a déjà compris. Pour vérifier."

Les couleurs de Goethe
Tourné vers moi, l'écran de l'ordinateur portable du Dr Agrapart enchaîne les images. Finalement il s'arrête sur un cercle divisé en six parties colorées. En haut le rouge, l'orange, le jaune. En bas le vert, le bleu et le violet. La figure me fait penser au camembert du Trivial Pursuit. Petite correction historique, il s'agit plutôt du cercle de Goethe. La représentation traditionnelle en Occident des six couleurs de base. Sauf qu'ici, il y a dans chaque quartier – en surimpression – un symbole chinois de trois lignes pleines ou brisées. Ce trigramme représente à la fois une valeur et une énergie climatique. C'est l'une des clés de la théorie, m'explique le président du CEREC. "La médecine chinoise dit que les énergies climatiques – chaleur, froid, humidité, sécheresse et vent – sont responsables de certaines maladies. En temps normal ces climats s'équilibrent les uns avec les autres. C'est pourquoi pour neutraliser une engelure due au froid, on fait appel à l'énergie chaleur. Contrairement à l'approche occidentale qui considère ces pathologies locales comme des portes ouvertes a de dangereux microbes, le traitement chinois ne vise pas

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à détruire l'agent infectieux mais à mobiliser les systèmes défensifs de l'organisme contre une énergie externe, en excès. – Concrètement, quel est le rapport avec votre traitement fondé sur les couleurs ? – L'homme est incapable de différencier une énergie climatique d'une vibration, d'une couleur. Si on lui projette du rouge, le corps voit du froid et produit une réponse chaleur. L'orange génère une réaction organique froide. Le vert assèche. Etc. En clair, la chromatothérapie utilise les systèmes d'adaptation de l'organisme, en provoquant chez celui-ci des réponses standard. Voilà comment ça marche." Ah d'accord. Je comprends mieux. Pourquoi le rouge, pourtant la moins "chargée" d'énergie, a la réputation d'une couleur chaude. Comment une couleur peut associer climat et – selon le codage symbolique des Chinois – trigramme. Notre physiologie détient la clé. Comme nombre de médecines "énergétiques", la chromatothérapie ne combat pas l'agent pathogène mais stimule l'immunité. Elle va dans le sens des défenses de l'organisme. Mais dans le cas du cancer ou de la sclérose en plaques... comment faire ?

Couleurs, énergies climatiques et symptômes.

"C'est un peu plus complexe, répond Agrapart. Il n'est pas possible de réduire un cancer à un phénomène de multiplication cellulaire et d'éclairer avec une couleur. C'est le même problème avec l'arthrose ou l'ostéoporose. Ce sont des conséquences d'un déséquilibre global. Il faut soigner la dynamique de l'ensemble, à l'échelle de l'organisme. – En résumé, deux cas sont possibles : la pathologie liée à un déséquilibre global, et celle que cause un événement, une énergie externe subite. Comme un froid sur la nuque ou une brûlure

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à la main ? – Effectivement, il y a le système des agressions extérieures et celui du déséquilibre interne. Le problème est que quelquefois les deux systèmes se potentialisent. L'équilibre parfait n'existe pas, c'est contraire à la vie. Si vous recevez un coup à un endroit où un déséquilibre minime existe déjà, son effet sera amplifié." Vous, moi, nous avons tous une énergie dominante, propre à notre équilibre. Soit on est un peu plus humidité, soit un peu plus chaleur, etc. Ce déséquilibre léger entraîne par exemple à un endroit, un point légèrement plus froid. "Imaginez que vous preniez un coup à l'endroit où l'énergie froide domine. Ce traumatisme, un phénomène froid, s'additionne au froid que vous avez déjà. Ce qui n'était jusqu'alors qu'un déséquilibre minime, de dominante physiologique, devient un froid pathologique qui entraîne un phénomène inflammatoire. – Fabriquer du chaud pour lutter contre le froid, c'est bien la réponse naturelle de l'organisme ? – Oui, et répondre à cette douleur par un traitement anti-inflammatoire, c'est rajouter du froid sur le froid. Alors que si vous cherchez à rééquilibrer les choses, en enlevant l'énergie locale en excès, en y projetant du rouge... Tout rentre dans l'ordre. – On peut le faire avec n'importe quelle lampe ? – Parfaitement ! Une lampe de poche suffit. La puissance ne joue pas. L'important, c'est la qualité de l'information." Autrement dit, de la précision du rayon, de la vibration envoyée à l'organisme. Mais outre la chromatothérapie directe, sur zone, il y a d'autres façons de pratiquer la "chromato". "La chromatothérapie oculaire, continue le médecin, se déroule par les yeux. Elle permet d'accéder au système central, au cerveau, et d'obtenir une réponse du psychisme. Il est préférable de mettre un masque sur son visage, un loup par exemple, pour n'avoir que les yeux éclairés." Enfin la chromatopuncture, qui éclaire un millimètre, sur un point précis de la peau. Il s'agirait de beaucoup "la plus extraordinaire." – Qu'est-ce qui rend la chromatothérapie des points d'acupuncture si exceptionnelle ? – Prenez un méridien. Ses points sont comme des notes de piano. Si vous touchez les bonnes notes, là où il faut, que vous calculez la longueur d'onde exacte, le bon signal..., vous obtenez une puissance d'action incroyable ! Dans la mesure où vous savez exactement où et comment agir, vous pouvez utiliser le point qu'il faut pour rééquilibrer globalement les choses. Du coup, vous n'avez pas besoin de plusieurs aiguilles... – C'est ce qu'on appelle l'acupuncture uniciste, je crois ? – Actuellement, aucun acupuncteur ne traite avec une seule aiguille. Certains tentent, mais tant que la mécanique globale n'est pas comprise, c'est un horizon idéaliste." Nous passions un premier voile, dans l'envers de l'acupuncture. J'en avais l'intuition. Peu importe les noms, les classifications ou les trajets retenus, m'explique Agrapart, il s'agit de

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"recettes" approximatives et inexactes. Car il n'y a pas de zone préférentielle. Tout point du corps est en vibration avec le reste. "À partir du moment où la logique mathématique est comprise, vous avez toutes les possibilités. La notion de points prend une autre dimension. Avec ce système, je peux créer, je calcule des tas de points. Ce n'est pas contradictoire avec la présence sur le corps de centres plus importants que d'autres."

"La formule, c'est l'arc-en-ciel"
"Mettez un arc-en-ciel sur un cercle, permutez une couleur... toutes les autres se redistribuent en fonction de ce changement. Eh bien, les méridiens et les points d'acupuncture c'est la même chose. Ils se disposent les uns par rapport aux autres selon un arc-en-ciel personnel. La structure énergétique de notre corps dépend d'une couleur dominante, cette énergie centrale que nous avons en excès. C'est simple, très précis. L'arc-en-ciel est notre élément unitaire. Et c'est la règle chez tout le monde." – Voilà une chose que je n'ai jamais vue dans les textes anciens. – Et pourtant si !... si on les regarde après coup. On y parle bien d'arc-en-ciel, de grands dragons. Des éléments extrêmement importants selon les anciens. Lorsqu'on connaît la dominante de quelqu'un, la distribution de son arc-en-ciel, tout le reste suit !" À condition lors de la première consultation de passer au moins une heure avec son patient, d'effectuer des calculs mathématiques très précis. Car le nombre de possibilités est énorme. "Le corps est quelque chose de très complexe, poursuit le médecin. Beaucoup plus délicat qu'on aurait pu le croire au début. Différents plans de symétrie s'équilibrent les uns avec les autres : le haut avec le bas; la droite, la gauche; la surface, la profondeur... – Et dans quelle direction vont vos recherches actuelles ? – Dans un sens d'harmonisation, de rencontres, d'explosion des énergies, de scission de matière... Toute la difficulté c'est de trouver la vibration correcte. Cela va très loin. Dans l'ondulatoire, dans les harmoniques du spectre visible, les phénomènes de propagation. Mes calculs théoriques, trigrammatiques, correspondent aux mathématiques quantiques." Prenons un point au niveau du pied. Un traitement à cet endroit, pour être complet, va s'accompagner d'un traitement au niveau de la main. Ce point de contrôle, qui respecte les plans de symétrie du corps humain, a la particularité de réagir exactement de la même façon. Ce qui entraîne un effet de renforcement. "Ce phénomène des points symétriques – que j'utilise sans arrêt – est expliqué en physique quantique... Un atome, quel qu'il soit, s'équilibre toujours avec un autre. Où qu'il soit. Les atomes ont aussi leurs couleurs. La longueur d'onde du fer correspond au rouge, le cuivre aussi... ce sont les mêmes vibrations. C'est pourquoi les aiguilles d'acupuncture étaient 201

autrefois en fer. L'aiguille transmettait une vibration "froid", provoquant une réponse "chaleur". L'homéopathie aussi se fonde sur l'information électromagnétique des atomes. Cela marche un peu moins bien parce que la matière est avant tout faite pour être absorbée par le tube digestif. Mais on peut quand même agir avec ses rayonnements. Des pommades d'oligoéléments, ont été réalisés à partir de mes principes en Espagne et en France..." Il était possible de continuer la discussion durant des heures. Mais à ce point de mon enquête, j'avais éclairci l'essentiel de la démarche chromatothérapique. J'étais impressionné. À partir d'une écriture mathématique, d'équations posées un beau matin il y a plus de 30 ans, ce médecin a réussi à faire le lien entre énergies et traditions. Qu'elles soient égyptienne, hindoue ou chinoise, lumière et acupuncture. L'histoire de la chromatothérapie ne s'est pas faite en un jour. Elle débute... en réaction à des questions sans réponses. Alors vice-président du collège d'acupuncture de Paris, Christian Agrapart s'étonne des contradictions existant entre les enseignements des différentes écoles. Il n'en comprend pas la raison et part en Chine remonter aux sources. Son voyage se révèle un fiasco, les Chinois ignorent comment ça marche. Les bases de l'acupuncture se sont perdues au cours des millénaires. Encore plus déboussolant, l'un de ses amis sur place lui avoue que la Chine n'attend qu'une chose : que les Occidentaux la trouvent, eux, cette fameuse explication. Terrible choc ! Revenu en France, le Dr Agrapart abandonne ses activités liées à l'acupuncture. Plus question de pratiquer dans ces conditions, et encore moins d'enseigner des choses apparemment incohérentes. Mais il ne cesse pas ses recherches pour autant. Muni de son bagage théorique et d'un petit cahier à spirale, il veut comprendre et prend la seule décision qui lui reste : tout démonter et repartir de zéro.

Mathématiques des trigrammes
Au bout de plusieurs mois, le médecin formule ses hypothèses de base qu'il compare aux textes chinois. Pas de contresens, cela concorde. Pourquoi ne pas aller plus loin ? Transformer toutes ces formules de pure philosophie en équations mathématiques ? Au lieu de s'enfermer dans un système d'écriture étranger, pourquoi ne pas utiliser un langage connu : celui de l'algèbre ? Comme par exemple (a+b)² = a² + b²+2ab. Où l'on peut mettre dans a ce que l'on veut, dans b aussi... "À ma grande surprise, tout est rentré dans des trigrammes. Instantanément. – Les trigrammes... comme ceux qui constituent le Yi King ?

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– Non. Le Yi King utilise les trigrammes à sa façon. Vous pouvez en avoir d'autres usages. Pour moi, les trigrammes sont une écriture mathématique. Le point de départ est simple. Pour les Chinois, l'homme est le produit du Ciel et de la Terre, donc notre corps est divisé en deux : une partie céleste, l'autre terrestre. Au niveau de la Terre, l'homme absorbe par son alimentation de la matière terrestre. On peut décomposer les aliments en particules et ces particules vont donner de l'énergie, comme le charbon ou le sucre. J'ai donc supposé qu'il existait des particules positives, négatives et neutres. – Tout comme la physique a découvert des protons, des électrons, et des neutrons ? – Tout a fait. Et si cela existe au niveau de la terre, on doit le retrouver avec le ciel. Donc si notre muqueuse digestive absorbe des particules terrestres positives, négatives et neutres, la même chose doit se passer au niveau de la peau. Après tout, la lumière est faite non seulement d'énergie mais aussi de grains de matière. Grains que l'on peut aussi diviser en particules positives, négatives et neutres. Vous avez au total six éléments. Un système de trois énergies célestes et trois énergies terrestres, soit deux trigrammes." Le système binaire est insuffisant. Il faut trois énergies : positive, négative et neutre. Obligatoirement. – C'est à partir de là que vous avez joué avec les trigrammes ? – Oui, je me suis aperçu qu'on pouvait les classer par ordre décroissant de charges. Un jour, j'ai fait la même chose avec les six couleurs de base, dans l'ordre de leur charge. Du violet, la plus grande quantité d'énergie, jusqu'au rouge qui en contient le moins. Puis j'ai aussi classé mes trigrammes célestes de la même façon. Du plus vers le moins. J'ai alors superposé les six couleurs aux six trigrammes. Il y avait correspondance. À partir du moment où on a compris la logique mathématique, on a toutes les possibilités." Au sortir de notre discussion, je repensai aux calculs trigrammatiques. Un jour, au téléphone, le professeur Vinh Luu m'avait sensiblement expliqué la même chose. "Selon les taôistes, le système vivant est constitué de 64 paramètres. C'est-à-dire de 64 situations de temps et d'espace qui sont à l'origine, à travers leurs combinaisons, de l'ensemble des phénomènes. – Des situations de temps et d'espace, qu'est-ce cela signifie ? – Le temps, c'est le ciel. L'espace, la terre. Les deux communiquent selon une logique de 0 et de 1, binaire ou yin/yang si l'on veut, à l'aide de six paramètres : trois issus du ciel et les trois de la terre. Les pages du Yi-King, le Livre des Mutations, exposent leurs combinaisons. Ces petits motifs de six éléments répartis dans l'espace et le temps compliquent les choses. Ils révèlent des événements créateurs, correspondant par exemple aux conditions de base de vie sur terre. – Autrement dit, les hexagrammes décrivent des événements qui sont l'équivalent de réactions chimiques ? – Il s'agit de phénomènes chimiques lorsque ces éléments se révèlent dans une structure

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matérielle. Dans des structures énergétiques, cela correspond aux changements de climat, aux cycles des radiations solaires ou cosmiques." – C'est vertigineux, vous avez compris tout cela comment ? – En croisant les informations des textes et mon travail de physicien. Les anciens Chinois n'utilisaient pas dans leur langage de phrases modernes, scientifiques. Mais si l'on traduit précisément le sens exact de leurs expressions, on retrouve le langage utilisé aujourd'hui pour désigner tous ces phénomènes. Vinh Luu me cite le cas de la génétique. La double hélice ADN peut être totalement traduite à l'aide des hexagrammes chinois. L'ADN est constitué de 64 triplets. Et chaque triplet, avec ses trois bases associées par paire, est détenteur d'une triple information. "Pour moi, continue le professeur, l'idée de décrire le monde vivant à l'aide de 64 paramètres n'est pas utopique. C'est compliqué certes mais l'algèbre moderne, l'ordinateur, nous permettent de résumer tout cela sans aucun problème. L'hexagramme a l'avantage d'être ordonné. Si vous changez l'ordre, vous changez l'information. Donc le résultat." Réduire la complexité de l'univers à une combinatoire aussi dérisoire, qui plus est connue des Chinois depuis le fond des âges... Voilà de quoi être déboussolé. Pourtant, mathématiquement, la logique de la démonstration restait cohérente, convaincante. Une petite permutation pour l'homme, un grand tour pour l'humanité ?

Notes
168) "Comparison of a short irradiation (50 sec) by different wavelengths on audiogenic seizures in mice : evidence for a preventive neuroprotective effect of yellow." N. Pages, P. Bac, P. Maurois, C. Agrapart. Magnes. Res., 16, 29-34 (2003). 169) Température exprimée en Kelvin (K). "Plus la température de couleur est élevée, d'environ 5300 à 6500 K, plus l'ambiance obtenue est froide. La source lumineuse aura une teinte bleutée. Si la température de couleur est basse, entre 2700 K et 3000 K, la lumière sera chaude, avec des nuances rouge-orangé." - Suzanne et Pierre Déoux, L'écologie, c'est la santé, éditions Frison-Roche, 1993, p.459. 170) L'écologie c'est la santé, p. 4 71 . 171) Lumière et matière, Richard Feynman, Point Science. 172) "Capacité de l'homme à réagir à des surfaces colorées, dissimulées à sa vue et placées à quelques distances de ses mains, ou sous des écrans transparents et opaques." Un aveugle peut différencier le rouge, le vert, le noir à 80 cm mais les longueurs d'onde du violet, plus rapides,

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sont perçues à une distance plus grande. Les couleurs visibles et non visibles, Ed. du Rocher, 1984. 173) L'écologie, c'est la santé, p.451. D'autres thérapies et effets biologiques, ondes cérébrales, synchronisation du système immunitaire, etc., exploitant la lumière et les couleurs sont également décrits dans cet ouvrage indispensable.

13-Les tourbillons qui transforment
Les nouvelles applications du Qi... LE QI ET LES INVENTEURS Que peuvent bien avoir de commun une galaxie, un coquillage, une tornade et une baignoire qui se vide ? À leur échelle, ces phénomènes répondent tous au même principe physique : le vortex. Un mouvement tourbillonnaire. Une spirale en trois dimensions, en forme d'entonnoir, en rotation sur elle-même. Une figure facilement reconnaissable. Et beaucoup plus fréquente qu'on ne l'imagine. La première fois où j'ai entendu parler des vortex, c'est en discutant avec Terre de Lys. Un fabricant de pastilles de céramiques un peu spéciales, à coller sur votre ordinateur ou votre téléphone portable. Des pastilles chargées de vous protéger des influences néfastes de ces appareils. Effet garanti. Mais difficile à mesurer. Ces pastilles recouvrent les signaux électromagnétiques des appareils "patchés", par des ondes de leur cru, en harmonie avec les signaux du vivant. Ni électromagnétique, ni chimique, l'effet ondulatoire de ces céramiques repose sur une résonance passive : au passage des pastilles, les ondes "électroniques" émises sont corrigées, complétées, transformées en ondes "biologiques", compatibles avec l'organisme de l'utilisateur.

Juste un mot
Difficile d'en savoir plus sur la composition ou les protocoles de validation de ces mystérieuses pastilles couleur crème. Lors de notre discussion, Pierre Nicolas, fondateur de Terre de Lys, m'a expliqué une partie du secret. Pour obtenir ses propriétés ondulatoires "biologiquement amicales", la céramique est spécialement traitée avec un procédé qui lui confère à la cuisson une organisation moléculaire particulière : une structure en vortex. Cette disposition de la matière, en forme de tourbillon, permet aux pastilles de céramique de produire leur effet anti-pollution électromagnétique. Un vortex. Immédiatement, le terme fait référence à toute une littérature de genre, espionnage ou anticipation, aux technologies bizarres, vertigineuses, fantastiques. Pourquoi pas, mais au-

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delà des fantasmes, le vortex est un mot de savants. Ils rassemblent sous ce terme une gamme de phénomènes physiques distincts, mais aux mouvements similaires. À ce moment-là, pour moi, un vortex, c'était avant tout une tornade, une trombe d'eau ou un ouragan. Le mot ne m'était pas étranger. Je l'avais rencontré en apprenant comment les experts météo faisaient la traque aux tempêtes, par avion ou sur les routes, lâchant leurs sondes et verrouillant leurs satellites sur le trajet de vents à la puissance phénoménale. Et j'étais bien surpris de l'entendre à nouveau, sorti de ce contexte. À qui la faute ? À la dynamique des fluides. Selon cette discipline volontiers complexe mais aux applications très variées, le cours d'un fleuve comme les bouffées de fumée d'une cigarette répondent aux mêmes lois. Tous deux savent s'écouler en lignes droites ou en tourbillons. Dans le premier cas, on parle de flux laminaires. Dans l'autre de turbulences. (174) Le problème, c'est qu'il suffit d'un rien pour qu'un courant d'air ou d'eau laminaire et régulier commence à s'enrouler et tournoyer sur lui-même. Un peu trop de vitesse, une aspérité digne d'un grain de sable, et hop... on bascule dans un mouvement de toupie, dans le chaos d'un tourbillon. La turbulence fait son entrée. En bref, il y a vortex dès qu'il y a tourbillon. C'est-à-dire un mouvement en spirale, dont la rotation sur lui-même crée un entonnoir, qui s'enroule, s'étire... Phénomène giratoire tout en volume, le vortex a une hauteur, une largeur et une profondeur. Qui du sommet de sa vrille, de son diamètre le plus large, se torsade, s'enroule et se concentre vers sa base, en un point central. Vers une zone où l'énergie converge.

Fluides, maelströms & turbulences
Aujourd'hui, la nature reste le plus grand fabricant de vortex. Des plus spectaculaires – les tornades, les trombes d'eau – aux plus insignifiants. De l'eau qui s'enfuit par la bonde d'une baignoire aux turbulences visibles à la surface d'une rivière. Forces de Coriolis oblige. Chaque jour, les animations météo nous présentent des vortex qui font la pluie et le beau temps. Selon leur sens de rotation, ces grosses masses d'air en circulation dans l'atmosphère éloignent ou attirent les nuages. En se déroulant vers la gauche, l'air fabrique de la surpression. Les nuages sont absents, comme tenus à distance, un grand ciel bleu règne. C'est le fameux anti-cyclone. En Europe, les plus cités sont ceux des Açores et de la Sibérie. Lorsqu'elle s'enroule vers la droite, on parle de dépression, de phénomène cyclonique. Dans ce cas, les nuages arrivent et s'amoncellent dans le ciel. Pluies ou tempêtes sont à prévoir.

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(175) Mais assez parler d'air. Dans la baie de Passamaquoddy, près des côtes atlantiques des États-Unis et du Canada, il existe un tourbillon marin naturel qui fait le délice des trompe-la-mort : le Old Sow. Réputé, considéré comme l'un des cinq plus grands tourbillons à voir, le Old Sow résulte de la configuration particulière du relief marin à cet endroit, qui dessine une tranchée en forme de coude. À marée montante, les flots s'y engouffrent bruyamment. Selon les conditions de la marée, du vent, un tourbillon plus ou moins important apparaît en surface durant plusieurs heures. Cette attraction locale est régulièrement traversée par des canots. Les inconscients qui y parviennent (avec un moteur, il paraît qu'il n'y a pas grande difficulté) rejoignent la prestigieuse Old Sow Whirlpool Survivor's Association. Et reçoivent contre 10$ leur certificat de survivant officiel. (176) En mer, le gros des vortex ne sont pas des maelstrôms spectaculaires et ponctuels, près des côtes. On trouve aussi en plein océan de grands courants marins tourbillonnaires : des "gyres". Il est impossible de les repérer à hauteur des flots. Mais de l'espace on ne voit qu'eux. Depuis 1973 et les premières observations de ces spirales liquides, les astronautes en orbite sont devenus les yeux des océanographes. Rapportant des moissons de photos et de relevés satellites. Selon des estimations faites en 1976, il y aurait à chaque instant quelques cinq millions de "gyres" en train de tourner dans tous les océans du monde. Ces enroulements sont heureusement assez lents, avec une vitesse de rotation moyenne de 1 mètre par seconde. Soit à peu près 3,5 km/heure. La dimension de ces siphons atteint plusieurs kilomètres de diamètre, généralement entre 5 et 15 km. Parfois plus. En 1985, au large du Groenland, une spirale de 50 km de diamètre a été repérée. Photographiée et analysée par des Norvégiens, le radar "a pu mettre en évidence la présence d'un noyau central tourbillonnant allant jusqu'à 300 m de profondeur; en fait aussi loin qu'allaient les mesures." (177) Dernière particularité, ces grands enroulements de masses d'eau tournent tous dans le sens cyclonique. Sans exception. Sous nos latitudes, cela signifie vers la droite, dans le sens inverse des aiguilles d'une montre. Les courants convergent vers un point en surface... et là ils s'y enfoncent, naturellement entraînés dans la dépression de cet énorme siphon. Au coeur de ces colonnes d'eaux plongeantes et persistantes, dans le brassage de courants marins qui a lieu, l'eau se mélange, se refroidit, se nettoie de ses bactéries en suspension. Elle devient plus pure, s'enrichit de planctons, de nutriments, de sels minéraux. Passée à la moulinette des vortex océaniques, l'eau de mer sort comme régénérée. Rien d'étonnant à cela. Avec 70 types de minéraux différents (contre une trentaine

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d'habitude), 35 fois plus de magnésium, une double ration de calcium, la composition de cette eau des profondeurs devient un liquide nourricier. Très proche du liquide amniotique, salé, qui nous baigne avant notre naissance. Une eau idéale pour la vie. Le premier à s'en être aperçu est un Français, le physiologiste René Quinton. En 1904, à l'issue de son voyage à travers les mers du globe, il revint avec une carte des principaux vortex de l'océan. En ces points précis, où les courants s'enchevêtrent et se conjuguent les uns aux autres, se trouve selon lui le secret de nos origines, l'équivalent d'un remède universel. Ce sérum d'eau salée, commercialisé sous le nom de Plasma de Quinton est puisé sous certaines conditions (30 mètres sous la surface, à 10 mètres au-dessus des fonds). (178) Ces gisements d'eau "vitale", injustement oubliés dans nos contrées, les Japonais en raffolent. En 15 ans, une cinquantaine de sociétés produisant 120 produits de "santé" se sont partagé le marché de cette eau très froide, extraite à 340 mètres de fond. (179) Nous voici un siècle plus tard, et la complète dynamique des vortex marins reste à comprendre. Tout comme leur influence sur les climats. Il y en a évidemment une, mais les simulations informatiques ne l'ont pas percée. Tant de "gyres" représentent trop de paramètres, trop d'inconnues et de turbulences à mettre en équations avant de devenir d'éventuels modèles météo... Comment faire d'ailleurs alors que les flux de l'atmosphère, étudiés depuis tant d'années, défient encore nos capacités de prédiction ?

Est-ce que tout ça tourne en rond ?
Il semble que la forme du vortex soit une constante de l'univers. Faut-il envisager les mouvements des planètes sous l'angle des vortex ? "Et pourtant, elle tourne !" se serait exclamé Galilée en 1633, au terme du procès qui révolutionna l'astronomie. En effet, la Terre tourne sur elle-même, et la Lune autour d'elle. Ensemble, avec les autres corps célestes du système solaire, tous orbitent autour du Soleil. Lui-même n'est pas immobile. Outre sa révolution propre qui prend une trentaine de jours, notre soleil se balade dans la galaxie, la Voie Lactée, selon une orbite quasi circulaire. Ce grand périple, il l'accomplit en près de 200 millions d'années durant lesquelles le soleil entraîne avec lui tous son système, à la vitesse un peu folle de 230 kilomètres/seconde. Environ 830.000 km/heure. En définitive, à l'échelle galactique, la rotation de la Terre, du système solaire entier, ne se déroule jamais au même endroit. (180)

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Tracés de particules

Difficile, dans ce ballet des astres et des planètes, ces enroulements d'enroulements, d'orbites et de rotations, de ne pas penser au mouvement de notre galaxie dont le plus souvent – "vue du dessus" – on voit la lente spirale de ses bras. Ou aux pulsars, ces masses tournoyantes mais encore mystérieuses, dont les astrophysiciens recherchent les radio émissions. Voilà de quoi il retourne. La Terre, lancée sur elle-même, en rotation autour du Soleil. Le Soleil, poursuivant sa révolution, qui orbite à distance du centre de la Voie Lactée. Notre galaxie elle aussi qui graviterait autour... Stop ! Cette étape du voyage, les scientifiques l'ignorent encore. À une tout autre échelle, celle de l'infiniment petit, un mouvement de toupie existe aussi. Il s'agit du "spin" de l'électron. Cette particule élémentaire tourne en permanence sur elle-même, agitée par un mouvement giratoire dénommé "spin". Une vrille "électronique", incroyablement rapide, que l'on a péniblement décomposée – saisie en quelque sorte – en deux moments distincts. Plus largement, toutes les particules, prises une par une, virent sur elles-mêmes dans l'espace. Mais chacune à sa façon. Dans son ouvrage "On a perdu la moitié de l'univers" (181), l'astrophysicien Jean-Pierre Petit nous explique comment les particules s'enroulent en spirale dans un champ magnétique. Le rayon de giration (182) est déterminé par la masse, tandis que le sens de la courbe est fonction de la charge de la particule, positive ou négative. Pour visualiser ces trajectoires subatomiques, les physiciens utilisent le système des "chambres à bulles". Des enceintes liquides assez denses que les particules traversent en

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semant sur leur passage un sillon de bulles minuscules. Il reste alors à lire leurs empreintes et interpréter ces feux d'artifice. Et repérer dans l'amas d'entrelacs dessinés par les gerbes de particules élémentaires, les éventuels enroulements inconnus. C'est ainsi qu'en 1933, la première trace d'antimatière a été découverte aux États-Unis. Une image bien connue des physiciens. "Sur les clichés, l'anti-électron, bien visible, voyait sa trajectoire se courber, avec le même rayon de giration que celui de l'électron, mais en sens inverse." (183) Autre exemple, niché cette fois au coeur du vivant : la spirale de l'ADN. Voici une structure moléculaire en forme de double hélice. Une échelle spiralée, qui s'étire, se réplique et s'assemble dans l'espace microscopique de nos cellules. Là aussi, il y a enroulement. Pourquoi ? Mystère. La biologie moléculaire n'en a aucune idée. Et l'on peut ainsi, dans la nature, multiplier les cas. Les arbres n'échappent pas à cette loi du tourniquet. Les conifères par exemple. Au Nord, ils poussent en tournant dans le sens inverse des aiguilles d'une montre. Mais passé l'Équateur, au Sud, cela devient l'inverse. Pour simplifier l'explication, disons que dans la nature, quel que soit l'hémisphère, la torsion du tronc se fait dans le sens cyclonique. Oui, comme dans l'océan. Deux botanistes norvégiens se sont intéressés à la question. Après avoir analysé les dissymétries des branches, l'influence des vents d'ouest ou le critère d'ensoleillement, ils ont finalement opté pour l'explication génétique. L'expérience s'est bornée à planter en NouvelleZélande, dans l'hémisphère sud, des graines de Pinus radiata, l'espèce surveillée dans l'hémisphère Nord. Verdict de cette pousse à l'envers : la torsion reste identique à celle de l'habitat d'origine. Intrigant. Bien qu'on ne sache rien du sens de rotation des pommes de pin importées, ni des générations suivantes du conifère. (184) Avec ou sans gènes, l'explication va donner des idées à Jean-Pierre Ducret, lui qui fait tourner les arbres truffiers selon leur polarité Nord-Sud. De la structure spiralée d'un tronc d'arbre à celle du colimaçon dessiné par les coquillages... Le monde ne serait-il qu'un long vortex tranquille ?

Les tourbillons du corps
Outre l'ADN, le corps a aussi ses tourbillons. Ou plutôt ses "enroulements tissulaires spiralés" comme la biokinergie les décrit. Cette thérapie enseignée depuis une quinzaine d'années en France et qui compte plus de 600 praticiens, est un courant de la kinésithérapie qui combine les techniques et savoirs de l'ostéopathie et de la médecine chinoise.

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Triskell

Pour son fondateur, Michel Lidoreau, "toutes les perturbations qui affectent le corps, qu'elles soient d'origine mécanique, métabolique ou énergétique, s'inscrivent dans les tissus sous forme de torsions qui se répercutent jusqu'à la surface de la peau." Des torsions, qui, sous la forme de contracture musculaire, qui, de déséquilibre énergétique ou de blocage osseux, se compensent et s'accumulent. La biokinergie repose ainsi sur une sorte de "palpation" très particulière du corps qui permet au "biokiné" de repérer les points d'enroulement. Et, de là où ça fait mal, remonter la peau jusqu'à la torsion d'origine. Une vrille sous-cutanée que l'on peut alors dénouer, en tournant avec le pouce vers la droite ou vers la gauche. Car l'enroulement n'a pas forcément le même sens, selon que la tension incorporée, concentrée, est d'origine biologique ou psychologique. Une autre forme de tourbillon existe. Transmise, vécue par différentes traditions spirituelles, plus précisément bouddhistes et hindoues. Selon elles, plusieurs lieux du corps humain sont surmontés de grandes vis immatérielles, appelées chakras – un terme sanskrit qui signifie "roue" – dont la forme précise et la fonction varient selon leur localisation. Ces spirales d'énergie serviraient de portes, de conduits destinés à recevoir l'énergie de l'univers. Une force tout autant cosmique que spirituelle. Des chakras, nous en aurions principalement sept. Ces centres de puissance majeurs participent à la clarté de notre conscience et au bon fonctionnement de notre corps, avant tout à travers l'activité hormonale. On peut ajouter de nombreux chakras secondaires, situés au niveau des genoux, des chevilles, des mains, des pieds. Si l'on en croit les enseignements des différents yogas, entre une quinzaine et plusieurs dizaines de milliers de chakras ont été dénombrés. (185) L'ancienne physicienne et désormais guérisseuse Barbara Ann Brennan établit une relation entre chakras et points d'acupuncture. Ceux-ci, maintenant si familiers, ne seraient rien d'autres que des chakras. Des sas par où l'énergie, le Qi, s'écoulerait, entre l'extérieur et l'intérieur du corps. Les Chinois les ont simplement cartographiés autrement. Sous forme de puits plutôt que de roues en mouvement. (186) 211

Le mouvement circulaire, giratoire, c'est également la dynamique qui anime le Tai Chi, le symbole du yin et du yang. Une fois lancé comme une toupie, ce qui se présente comme une simple image de deux gouttes ou poissons entrelacés gagne en épaisseur et devient un vortex, centré sur lui-même. Ce changement de point de vue est applicable à bien d'autres symboles sacrés. Comme le triskell, déjà marqué d'une ou plusieurs spirales. La tradition du tourbillon se retrouve aussi dans la danse des derviches tourneurs. Ces mystiques musulmans, particulièrement entraînés, savent tourner des heures durant. En tenue d'apparat et la position immuable : un bras la paume tournée vers le ciel, l'autre la main vers la terre. Cette posture légèrement asymétrique leur ouvre, les yeux clos, les voies de l'extase et l'union avec le mouvement de l'univers. Au lieu de sombrer dans le tournis.

À la recherche de l'énergie libre
L'œil du cyclone. La pointe du cône. Pour de nombreux théoriciens des énergies alternatives, si les vortex sont tellement présents dans la nature c'est parce qu'ils sont la manifestation favorite, spontanée, de l'énergie ambiante. Libre et propre. Selon ces chercheurs, comprendre et maîtriser les lois des tourbillons nous donneraient l'accès à une énergie gratuite, puisque omniprésente et inépuisable. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, un ingénieur français, Edgard Nazare, travaille à un projet de centrale éolienne. Une centrale à courants d'air qui repose non pas sur des hélices plantées face au vent, mais sur un conduit de cheminée géant. "Une tour métallique de 300 mètres de hauteur sur une base de même diamètre, construite (...) dans une région de fort ensoleillement", résume Pierre Lance. "L'air chaud qui pénètre dans la base de la tour est encore surchauffé par l'effet de serre de la structure et tend à s'évader vers le haut. Il entre alors dans une colonne montante où il est happé dans une forme hélicoïdale qui amorce un vortex, c'est-à-dire un cyclone artificiel. Celui-ci déclenche une formidable aspiration tourbillonnante dont l'énergie peut être récupéré par des turbines." (187) Selon les calculs de Nazare, la puissance d'une telle centrale à air chaud est énorme et dépend directement de la hauteur de la tour d'échappement. 700 mégawatts (MW) pour 300 mètres de cylindre, 2.000 MW (= 2 gigawatts) si la tour culmine à 450 mètres de hauteur. De quoi remplacer pas mal de tranches de réacteurs nucléaires. La tour à vortex fera l'objet d'un brevet, déposé en 1956. Apparemment sans suite. D'autres tours existent. Des projets russe, israélien, allemand. Un prototype de 200 mètres de haut a fonctionné entre 1982 et 1989 à Manzanares, en Espagne. Rendement moyen : 50 kilowatts/heure. Soit 44 MW à l'année. Depuis 2003, une tour d'un kilomètre de haut doit s'élever dans le désert australien. Puissance annoncée : 200 mégawatts.

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Ces modèles restent bien moins performants que le concept initial de la Tour Nazare. Ces tours se contentent d'utiliser la montée de l'air chaud sans créer de tourbillon aspirant. D'où la nécessité si l'on veut accroître le rendement (et rendre le prix du kilowatt compétitif) d'augmenter la hauteur. Ce qui pose encore d'autres problèmes de construction. (188) Dans son ouvrage Énergie libre et Technologies (189), Jeane Manning évoque les travaux de deux autres inventeurs qui, l'un avec les fluides, l'autre avec des aimants, ont également exploré le principe des vortex. À la fin des années 1970, l'Allemand William Baumgartner a mis au point un système de tubes spiralés, assez difficiles à fabriquer à cause, à l'extérieur et à l'intérieur du tuyau, d'enroulements profilés qui créent un effet de tornade. C'est-à-dire que l'eau ou l'air qui s'y engouffre est amené à converger vers l'avant, entraîné, poussé vers une extrémité resserrée comme un goulot d'étranglement. Autrement dit, le tube reproduit la forme d'un tourbillon et la force de l'écoulement, sa poussée, est canalisée, augmentée, accélérée au-delà de ce que permet l'effet Venturi. Ainsi, en appliquant la mécanique des fluides, par effet de mouvement tourbillonnaire, sans aucun mécanisme ni pièce mobile, la turbine de Baumgartner obtient plus d'énergie en sortie qu'à l'entrée. Le rendement dépasse sa consommation énergétique. Un paradoxe pour les lois admises mais qui se résout si l'on prend en compte les théories de l'énergie libre. L'énergie qui nous environne et qu'il suffirait d'apprendre à saisir pour en disposer en abondance. On croirait entendre la définition du Qi, mais formulée au goût du jour. Ces tubes à effet tornade, et la turbine qui les recouvre, sont des générateurs à implosion. Au contraire des moteurs à explosion, ces appareils méconnus fabriquent plus d'énergie qu'ils n'en consomment. Parce qu'ils reposent sur des principes d'enroulement, de convergence et de concentration d'énergie. Au lieu de se dissiper, elle s'accumule et se recycle en continu. L'autre exemple vient de Bruce de Palma, inventeur à la fin des années 70 de la "n-machine". Ces observations et expériences continuelles, menées sur des objets en rotation – toupie, billes de métal, balancier de pendule, platine disque vinyle – entraînèrent cet ingénieur du MIT à s'intéresser au concept de générateur homopolaire, décrit en 1831 par Faraday, l'inventeur de l'induction électromagnétique, sans jamais être réalisé. Dans ce générateur, l'électricité résulte des mouvements conjoints de plusieurs aimants autour d'une bobine. En rotation, ensemble et sur eux-mêmes. La n-machine de De Palma, appelée aussi générateur Sunburst, reprend ce principe d'aimants rotatifs, agrégés les uns sur les autres. Testée à travers les États-Unis, la n-machine a permis d'obtenir et de confirmer ce fameux excès d'énergie tant recherché par ces pionniers. Et par le premier d'entre eux, Tesla lui-même.

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Comme le rappelle Jeane Manning, pour De Palma, Baumgartner et les nombreux autres précurseurs du domaine de l'énergie "libre", nous sommes environnés d'énergie. Littéralement baignés par elle. Qu'il s'agisse des particules ionisées en suspension dans l'air ou des neutrinos, ces particules en théorie composées d'une si haute énergie qu'elles traversent tout le cosmos sans dommage. La Terre inclus. Et nous avec. Les physiciens s'arrachent les cheveux – sans plus de succès jusqu'ici – à essayer d'en détecter et mettent au point des pièges à neutrinos toujours plus alambiqués. Mais je n'ai pas l'intention de vous faire un cours sur l'énergie libre. Revenons aux vertus des vortex.

Le secret du vortex
Le vortex – par le mouvement tourbillonnaire qui le caractérise – capte particules et énergie ambiante. Il les attire, les rassemble, les accumule jusqu'à un point critique. Qui va produire des effets visibles, perceptibles et exploitables à notre échelle. La foudre, une tornade, un gyre... De plus en plus de scientifiques considèrent les vortex comme des transformateurs d'énergie. Dans cette force tourbillonnaire, les électrons autour des atomes se détachent, se laissent emporter et s'agglutinent. Cette ionisation gagne en puissance à chaque tour de spirale. Jusqu'à la libération des électrons, en bout de vrille. À un niveau géologique ou astronomique, certains chercheurs voient dans le mouvement de rotation terrestre – et le vortex qu'elle suscite – l'origine du magnétisme. Et, par là, ébauchent des relations entre vortex, magnétisme et gravité. Bien sûr, tous les phénomènes aquatiques et atmosphériques, constitués de flux, de courant, de liquides et de masses d'air, aux densités et aux charges électriques variables, représentent naturellement le cadre privilégié d'observation et d'analyse des vortex. Ces phénomènes tourbillonnaires sont permanents. Et ils nous environnent, que nous portions notre regard vers le ciel ou sur un ruisseau agité. Bref, tout se meut, ou presque. Malgré ce que nous pouvons percevoir au premier abord. Ou, justement, dans la plus grande partie de ce qui nous reste imperceptible. Les "spins" élémentaires de la matière, les brins entrelacés du vivant, les turbulences liquides et gazeuses, les corps célestes et les objets galactiques encore à découvrir. Mais comment ressentir ce mouvement giratoire global, dont les dimensions s'emboîtent... alors que la rotation de la Terre et sa folle course à travers l'espace échappent à notre perception ? Et pourtant... elle tourne.

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Notes
174) Ses formules permettent de comprendre entre autres autant la portance d'un avion que la trajectoire "brossée" d'un ballon de foot. 175) Pour mieux distinguer ces deux sens de rotation, les spécialistes parlent de vortex dextrogyre ou lévogyre. Dans l'hémisphère Nord, l'anti-cyclone est lévogyre : les nuages s'éloignent vers la périphérie. La dépression est dextrogyre, ses masses d'air convergent vers le centre. Et dans l'hémisphère Sud, c'est l'inverse. 176) http://www.quoddyloop.com/oldsowwhirlpool/vortex.htm 177) "Les tourbillons ont changé notre vision des océans", Fusion #73, nov-déc 1998. 178) Le Secret de nos origines; André Mahé, Courrier du Livre, Paris. 179) "Le business de l'eau profonde", Delphine Nerbollier, lauréate du Prix Robert Guillain 2003. 180) Le phénomène n'est pas isolé. Dans une même galaxie, toutes les étoiles orbitent aussi autour d'un centre géométrique que l'on appelle l'axe galactique. 181) On a perdu la moitié de l'Univers, Jean-Pierre Petit, Coll. Pluriel, Hachette, 2002. 182) Connu en physique sous le nom de rayon de Larmor. 183) p.29, On a perdu la moitié de l'Univers. 184) "Des arbres en spirale", Science & Vie #969, juin 1998. 185) Atlas des centres énergétiques, Kalashatra Govinda, Éditions Dangles 2003. 186) Le Pouvoir bénéfique des mains, Barbara Ann Brennan, Mitions Tchou. 187) Savants Maudits, Chercheurs exclus, Pierre Lance, Guy Trédaniel Éditeur, 2003. 188) "Quand le vent soufflera..." http://www.Futurinc.com, 11 octobre 2003 189) Énergie libre et Technologies, Jeane Manning, Louise Courteau Éditrice, Québec 2001

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14-Ce Qi est à vous !
Connaissez-vous la théorie "constructale" ? Non, rien à voir avec les fractales. Il n'y a pas ici de principe d'autosimilarité, avec un même motif répété à n'importe quelle échelle, jusqu'à l'infiniment petit. Le calcul constructal, c'est plutôt l'inverse. On va du plus petit au plus grand, par le rajout d'une forme élémentaire optimale. La complexité de l'ensemble se "construit" progressivement. D'où son nom. Cette méthode élégante et logique, formulée en 1995 par Adrian Bejan, un ingénieur roumain diplômé du MIT et docteur honoris causa dans 11 universités de par le monde (dont Nancy), considère les phénomènes comme des systèmes globaux et imparfaits. Soumis à des contraintes d'écoulement, de frictions, de conductivité et de dissipation d'énergie, bref cherchant à faire au mieux. Au plus simple. Réduit un banal problème de géométrie. Toute la difficulté consiste à (re)découvrir la brique de base. Applicable à des sujets aussi variés que la capillarité du poumon, la répartition des électrons ou l'optimisation des réseaux informatiques, "jamais une théorie n'avait embrassé d'un seul principe des systèmes aussi nombreux et divers (...), ses prédictions se révèlent au bout du compte en parfait accord avec les données empiriques observées". Tour Eiffel, forme des arbres ou circuit des courants atmosphériques inclus. Autre pied de nez à l'histoire des sciences, l'approche "constructale" s'appuie sur des lois énergétiques énoncées il y a... un siècle ou deux ! Par Carnot, Bernoulli, Poisson, Fourier, etc. Les pères fondateurs de la thermodynamique et de la mécanique des fluides. Pourquoi vous raconter tout cela ? Parce qu'il est troublant de constater combien la théorie constructale, si simple et si universelle, en codifiant l'organisation de la matière selon des turbulence et des courants, rejoint ce que la tradition chinoise sait si bien faire : décrire l'ordre du monde et des mille êtres comme des problèmes d'énergies entrelacées. À sa façon, la théorie constructale nous reparle de Qi. Sauf que ce changement de lunettes, de schéma de pensée, est porté par les ingénieurs des Arts et Métiers eux-mêmes. Tout change. Et ce changement obéit à des lois. Retour à la case quantique. Et à l'océan d'énergie qu'elle sous-tend. Les nouvelles se succèdent. L'énergie envahit l'actualité à un rythme effréné. L'an dernier, en 2005, des chercheurs allemands menés par Popp, le spécialiste du rayonnement électromagnétique du vivant – les célèbres biophotons – sont parvenus à repérer des "trajets lumineux" sur le corps. Comment cela ? En stimulant des points cutanés à l'aide de cônes d'armoise incandescents, placés à quelques microns de distance de la peau. La propagation du rayonnement infrarouge dans les instants qui ont suivi, une manifestation de l'énergie "chaleur", n'avait pas lieu au hasard mais selon des voies qui coïncidaient avec les méridiens. Une preuve de plus de la présence des méridiens ? Probablement. 216

Plus récemment, en novembre 2005, l'armée américaine a présenté son nouveau joujou : le PHaSR. Acronyme anglo-saxon du « Personnel Halting and Stimulation Response ». Un fusil laser destiné à "aveugler temporairement" les opposants, civils ou militaires. Dans les cartons depuis plusieurs années, le projet ne donnait pas satisfaction car jugé trop dangereux. À courte distance, l'aveuglement devenait souvent définitif. En 1995, ce type d'armes a d'ailleurs été banni par l'ONU, au nom du protocole sur les armements lasers aveuglants. Une convention qui ne couvre toutefois pas toutes les options, dont celle de l'aveuglement provisoire. Dont acte. Les deux premiers PHaSR, réalisés par l'US Air Force, ont été livrés à l'état-major américain. Dernière annonce, et non des moindres. D'ici cinq ans, le premier système de propulsion hyper spatiale pourrait fonctionner. je parle d'une machine à voyager entre la quatrième, la cinquième et la sixième dimension. De quoi mettre Mars à 3 heures de la Terre. Ou de rallier une étoile située à 11 années-lumière en 80 jours de voyage. D'aller à une vitesse bien au-delà de celle de la lumière. Là encore, il ne s'agit plus d'un rêve de science-fiction. Le dispositif reste théorique, mais la proposition, détaillée, a récolté l'an dernier le premier prix du prestigieux AIAA, l'Institut Américain d'Astronautique et d'Aéronautique. Une référence qui gêne et divise la communauté scientifique. Il y a ceux qui y croient. Et les autres. Le principe en lui-même est assez ancien. Il a été formulé en 1957 par un physicien allemand handicapé, méconnu mais génial, Burkhard Heim. Ses travaux de mécanique quantique, jamais traduits en anglais, ne sont connus que de quelques physiciens germanophones. Faut-il écarter sa proposition pour autant ? Il n'y a pas de raison, d'autant que ses hypothèses et théorèmes, bien que osés (il postule ainsi l'unification des quatre forces fondamentales dans un univers à six dimensions, ainsi que l'existence d'une nouvelle particule : le gravitophoton), ont déjà permis de résoudre des problèmes de physique fondamentale restés sans solution. Comme la possibilité de prédire la masse exacte d'une particule élémentaire. Une chose impensable jusqu'alors. Du moins d'après les théories en vigueur. Pragmatique, l'armée américaine a fait connaître son intérêt pour cet engin de transport inter dimensionnel. Ok, c'est passionnant... Mais pourquoi vous en parler ? Quel rapport avec le Qi, l'énergie, les ondes, les tourbillons ? C'est que cet envol dans l'hyperespace repose sur un immense mouvement d'énergie. Un champ magnétique particulièrement puissant, généré par une bobine parcourue par un courant intense et en rotation ultrarapide. Une fois lancé, ce champ tournoyant produirait un effet d'anti-gravité, suffisant pour... disparaître. Simplement. De glisser ailleurs, entre la cinquième et la sixième dimension, emportant avec lui le vaisseau, la bobine et son équipage. Pour revenir dans "notre" réel, couper le courant suffirait. Et plop ! La capsule se rematérialise. Les

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savants ont calculé que pour une masse de 150 tonnes, un champ magnétique d'une puissance de 25 teslas serait nécessaire. Une valeur à peu près un demi million de fois plus puissante que le seul champ magnétique terrestre. Faramineux. Mais à dire vrai rien d'impossible non plus. Des installations capables de produire une impulsion magnétique de 80 teslas existeraient déjà. Au laboratoire de recherche Sandia, par exemple, aux États-Unis. À suivre... dans cinq ans ?

15-Conclusion
Nous voici arrivés au terme de ce voyage. De mon voyage. Ensemble, nous avons parcouru les chemins des méridiens, l'esprit du Qi Gong, les méandres du yin, du yang, des cinq éléments. Nous avons découvert comment l'eau, la lumière, les couleurs, peuvent véhiculer des informations. Vu aussi comment l'homme moderne apprend à manipuler l'énergie à ses propres fins, qu'il s'agisse d'informatique pervasive, de médecin électromagnétique ou d'armes du futur. Nous sommes des antennes. Des émetteurs récepteurs électromagnétiques. Des êtres d'échange, plongés dans un univers d'énergies, en interaction continuelle avec les flux environnants. Vapeurs d'eau, grains de lumière, chaleur, couleur, le moindre objet, la moindre personne à proximité ou avec laquelle nous entrons en contact. Oui, mon périple s'achève. D'autres se préparent. Mais pas pour vous. Pas tout de suite. Ces secrets du Qi, maintenant, sont les vôtres. À vous désormais, en refermant ce livre, de regarder le monde autrement. À vous de poursuivre les indices qui vous conviennent. Où que vous soyez. Dans un jardin, un labo de physique, la salle d'attente d'un médecin, en regardant s'étirer un chat ou jouer des enfants.

Le Qi est là. Il est à vous. Merci de m'avoir suivi jusqu'ici. Bon voyage.

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16-Bibliographie
Généralités - Encyclopedia Universalis - L'Énergie et la matière, Larousse, 2001 - Université de tous les savoirs : la physique et les éléments, vol. 16, Odile Jacob Web - Wikipedia : http://fr.wikipedia.org

Civilisations et Traditions du Qi - Qi chinois et anthropologie chrétienne, Kwong Lai Kuen, Ed. L'Harmattan, 2001 - Les cinq saisons de l'énergie, Isabelle Laading. Ed. Désiris, 2001 - Le Discours de la tortue, Cyrille J-D Javary, Albin Michel, 2003 - La Recherche du Ki dans le combat, Kenji Tokitsu, Ed. Desiris, 2004 - Le Rituel du dragon, Georges Charles, Ed. Chariot d'or, 2003 - Dictionnaire de la sagesse orientale, coll. Bouquins, Ed. Robert Laffont, 1997 - L'Esprit du Tao, Jean Grenier, Coll. Champs, Ed. Flammarion, 1993 Web - Arts classiques du tao : http://www.tao-yin.com - Portail de la Chine traditionnelle : http://www.chenmen.com

Médecine chinoise - Dictionnaire de médecine chinoise, Hiria Ottino, Ed. Larousse, 2001 - Précis de médecine chinoise, Éric Marié, Éditions Dangles, 2002 - Les cinq saisons de l'énergie, Isabelle Laading. Ed. Désiris, 2001 - Votre cuisine sous bonne influence, Simon Brown, Hachette, 2000

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CEREC : Centre d'Étude et de Recherche sur l'Énergétique et les Couleurs 28 rue du Château, 77000 Melun, France Tél : +33 (0)1.64.37.24.34 Fax : +33 (0)1.64.39.42.22 Mel : secretariat@chromatotherapie.com CIFA : Comité International de recherche et d'étude de Facteurs de l'Ambiance http://www.cifa-icef.org DELVAUX – DANZE Consultants 22 rue du Chalet, B-4920, Aywaille, Belgique Tél : +32 (0)4.384.50.63 Fax : +32 (0)4.384.78.45 http://www.delvaux-danze.be ÉCOLE LING GUI – Liu Dong 25 rue de Fleurus, 75006 Paris, France Tél : +33 (0)1.45.49.95.75 Fax : +33 (0)1.45.49.28.65 Mel : liu@club-internet.fr HARMONIC VISION 20 Bd Leau, 13008 Marseille, France Tél : +33 (0)6.23.10.82.15 Fax : +33 (0)4.91.72.11.20 Mel : dominique.lu@wanadoo.fr http://www.harmonic-vision.com HELIOCE – CRA Jean-Louis Poilane 71 rue du Vignal, 83600 Fréjus, France Tél : +33 (0)4.94.44.20.11 Fax : +33 (0)4.94.44.20.10 Mel : cra.ca@tiscali.fr IMDERPLAM : Institut Méditerranéen D'Étude et de Recherche sur les Plantes Médicinales Mas des Bonnes Ouest, RD 106, 34130 Candillargues, France Tél : +33 (0)4.67.29.60.05 Fax : +33 (0)4.67.29.32.05

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Mel : ecole@imderplam.net http://www.imderplam.net IMI : Institut Métapsychique International 51 rue de l'Aqueduc, 75010 Paris, France Tél/Fax : +33 (0)1.46.07.23.85 http://www.metapsychique.org LABORATOIRES MARCEL VIOLET 82 rue Saint-Lazare, 75009 Paris, France Tél : +33 (0)1.42.80.43.54 Fax : +33 (0)1.42.80.43.79 http://www.laboratoire-violet.fr EAU FUTURE 10 avenue L. Barthou, 35000 Rennes, France Tél : +33 (0)2.23.42.45.89 mel : eaufuture@club-internet.fr TERRE DE LYS 11 route du Coq Gaulois, 80290 Digeon, France Tel / Fax : +33 (0)3.22.38.01.14 http://www.terredelys.com Jean-Pierre Ducret Route de Chateaudouble, 83111 Ampus, France Tél : +33 (0)6.11.36.36.38 Jean-Pierre Maschi 6 boulevard Dubouchage, 06000 Nice, France Tél : +33 (0)4.93.80.04.07 Dominique Moret 9 rue Hasloch, 67720 Hoerdt, France

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