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WWI. Historic note over the last moments of a fighter.

WWI. Historic note over the last moments of a fighter.

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Ninety years after the end of the awful WWI, the pains and sufferings of the soldiers are now mainly enriched by family archives.

This note related the last hours of a french NCO (non-commissioned officer), killed during the disastrous offensive of 16th april 1917, called « offensive Nivelle ».

The body of this soldier never been solved, his widow sought in writing the testimonies of her comrades-in-arms in order to know in which conditions her husband had been killed.

It is these testimonies that you can read in the pages which follow.
Ninety years after the end of the awful WWI, the pains and sufferings of the soldiers are now mainly enriched by family archives.

This note related the last hours of a french NCO (non-commissioned officer), killed during the disastrous offensive of 16th april 1917, called « offensive Nivelle ».

The body of this soldier never been solved, his widow sought in writing the testimonies of her comrades-in-arms in order to know in which conditions her husband had been killed.

It is these testimonies that you can read in the pages which follow.

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Published by: Margnac on Jan 04, 2009
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06/18/2014

In Memoriam Eugène Bois

Adjudant au 150ème Régiment d’Infanterie Tué le 16 avril 1917 Au Mont Sapigneul (Marne) *

Notice historique sur les derniers instants d’un combattant de 14-18 Documents recueillis par son petit-fils Jean-Paul Bois-Margnac

In Memoriam Eugène Bois

Abstract
Ninety years after the end of the awful WWI, pains and sufferings of the soldiers are mainly documented across families archives. This note related the last hours of a french non-commissioned officer, killed during the disastrous offensive of 16th april 1917, called « offensive Nivelle ». The body of this soldier having never been found, his widow sought in writing the testimonies of her comrades-in-arms to know in which conditions her husband had been killed. It is these testimonies that you can read in the pages which follow.

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In Memoriam Eugène Bois
Brève notice biographique
Eugène Bois est né le 6 octobre 1883, à Jauldes en Charente. De parents viticulteurs, ruinés par le phylloxera, il poursuivra des études qui le mèneront à l’Ecole Normale d’instituteurs de l’Académie de Poitiers. Marié le 7 août 1909 à Chatellerault avec Elise Marciel, elle-même institutrice, la déclaration de guerre les trouveront en poste à Parçay-Meslay (Indre et Loire). Père d’un garçon, Pierre Bois, né le 13 novembre 1913, il rejoignit son régiment, le 150ème d’Infanterie, dans les premiers jours de la mobilisation générale d’août 1914. Incorporé comme sergent, il fut nommé, au fil de la campagne, adjudant, puis chef de section. Il reçut plusieurs citations à titre individuel et collectif. Il participa à tous les combats du 150ème : Joppécourt, Filières, Mercy-le-Haut ; Cierges, Montfaucon ; La Croix-Sur-Meuse (1914) - L'Argonne, Bagatelle ; Champagne ; Saint-Hilaire-le-Grand (1915 ) - Verdun : Mort-Homme, Cumières ; Somme : Raucourt, Sailly-Saillisel (1916), avant d’être tué devant le Mont Sapigneul durant la désastreuse offensive du 16 avril 1917. Il a été décoré de la Médaille Militaire et de la Croix de Guerre avec palmes. *

Eugène et Elise Bois vers 1910

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In Memoriam Eugène Bois
Dès l’annonce de la disparition présumée de son mari, Elise Bois a sollicité les récits de témoins directs ou indirects. Compte tenu des difficultés de correspondance, dues aux hostilités en cours, ils s’échelonneront sur plusieurs mois. L’ordre chronologique de rédaction des courriers a été retenu. Chaque fois que cela est possible, l’expéditeur et le destinataire sont identifiés. Les textes sont reproduits intégralement en conservant les ponctuations et les éventuelles fautes d’orthographe. On voit, au fil des missives, se préciser les circonstances de la mort d’Eugène Bois. On perçoit aussi les efforts conjugués de plusieurs membres de la famille Marciel (parents, frères, beaufrère) pour connaître la vérité sur ses derniers instants. Jean-Paul Bois-Margnac * Support : papier simple quadrillé Destinataires : probablement Mme et M. Marciel, parents d’Elise Bois. Mardi matin (première semaine de mai 1917 ?) Chère Madame, Chère Monsieur, Hélas ! J’ai une bien triste nouvelle à vous annoncer, ma sœur vient de me confirmer la mauvaise nouvelle que nous avions apprise samedi. Deux soldats du même bataillon à qui elle avait écrit, ont répondu que ce pauvre Mr Bois avait été tué le 16 avril à 7 heures du matin. Il n’en est resté que 17 sur le bataillon. Pauvre Mme Bois, comment lui apprendre une chose pareille, sa vie est brisée maintenant, pauvre petit Pelot [son fils, Pierre Bois]! Je ne vais pas y aller ce soir, elle se figurera que la réponse n’est pas arrivée ; je l’ai écrit à Milou tout à l’heure. Mon Dieu, quel chagrin, comment lui apprendre sans lui faire beaucoup de mal. Chère Madame et cher Monsieur, nous devions aller jeudi à Chatellerault, mais peut-être lui direz-vous ce jour-là ; devons-nous y aller, voudrez-vous être assez aimable de nous faire savoir télégraphiquement ce que je dois faire. Si cette pauvre Mme Bois veut aller à Chartres, qu’elle désire n’importe quoi, que je puisse lui aider, soyez sûre (sic) que je ferais tout ce que je pourrais pour atténuer un peu son chagrin. Soyez assurés, chère Madame et cher Monsieur, que je prends une très grande part à votre peine. Mes amitiés à Lilyte. Meilleurs baisers pour vous. Signé : Mounette

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In Memoriam Eugène Bois
Support : Papier à lettres quadrillé. Destinataire : probablement un membre de la famille Marciel, peut-être un frère aîné. Expéditeur : non identifié, peut-être un combattant du 150ème . 10 mai1917 Monsieur, Je m’empresse de venir répondre à votre aimable lettre datée du 1er courant, me demandant des nouvelles de l’adjudant Bois, que je connaissais très bien, et que j’estime beaucoup. Aussi je ne puis me refuser au service que vous demander (sic), sachant très bien dans quelle anxiété affolante vous devez vivre à l’heure actuelle _ Mais il m’est très pénible de vous apprendre ainsi qu’à Madame Bois l’horrible nouvelle de la mort douloureuse de son mari qui a été tuer (sic) d’une balle au cœur, le 16 avril dans la matinée ; lorsqu’il entraîner (sic) sa section à l’assaut des tranchées ennemies à Sapigneul (près de Berry-au-Bac) _. Je ne pourrais vous donner de renseignements au sujet de son inhumation, car je ne sais ce qui est advenu de son corps _ Prenant part à votre triste malheur _ Recevez Monsieur l’expression de mes sentiments dévoués _ Signé : L. Cal… ( ?) Support : Papier à perforations, format pneumatique. Cachet : Paris 8éme rue Clément Marot. 18 - 5 17 Timbre en rond encre violette :SECOURS AUX BLESSES MILITAIRES HOPITAL AUXILLIAIRE N° 50 HOTEL BEAU SITE. 4, rue de Presbourg. Paris Destinataire : Monsieur C.(Camille) Marciel à Parcay-Meslay ( Indre et Loire ) Expéditeur :M. Archambault. Médecin auxiliaire en traitement. Hôpital 50 21 mai1917 Monsieur Les renseignements que j’ai recueilli au sujet de mon ami l’adjudant Bois ne sont malheureusement pas bons – Blessé au début de l’action, il est retourné à sa compagnie où paraît-il, il fut blessé à nouveau très grièvement. Depuis on n’a pas eu de ses nouvelles au 150 – J’espère qu’il a été ramassé par les Allemands et qu’il est soigné chez eux mais il est possible qu’il soit mort sur le champ de bataille – J’espère qu’il n’en sera rien – En tous cas si vous avez quelques renseignements, transmettez les moi. Adieu Monsieur croyez que je participe à votre douleur et que personnellement je regrette beaucoup votre beau frère qui était pour moi un excellent camarade. Signé : Archambault Médecin auxiliaire en trait (sic) - 150éme d’infanterie (barré à l’encre) premier bataillon (barré à l’encre) - hôpital 50 - 4 rue de Presbourg - Paris •5•

In Memoriam Eugène Bois
Support : Papier bristol petit format sous enveloppe. Cachet : Poitiers Vienne. 7-8 17 Destinataire : Madame Bois. Institutrice. Parcay-Meslay ( Indre et Loire ) Expéditeur : non identifié Poitiers, 6 juin 1917 Nous recevons, avec la plus vive douleur, la lettre de Monsieur Marciel nous annonçant la mort de Monsieur Bois. Jusqu’à maintenant, nous voulions espérer malgré tout et nous comptions toujours sur de nouveaux renseignements nous permettant d’attendre, avec confiance, des nouvelles de lui ; on m’avait signalé la présence à Poitiers, probablement à l’hôpital du Pont Achard, d’un capitaine et d’un lieutenant appartenant au 150ème et je me disposais à aller les voir et les interroger au moment où la lettre de Monsieur Marciel est venue nous enlever notre dernier espoir. Puisque, hélas !, le sacrifice est maintenant entièrement consommé et qu’il n’est plus possible de venir vers vous avec des mots d’espérance, je voudrais au moins essayer, en vous disant toute la part que nous prenons à votre immense douleur, de vous apporter quelques paroles de consolation. Votre mari vous laisse, et laisse à son petit Pierre, un héritage moral dont vous pouvez et devez être fiers. Dès notre première rencontre, je m’étais senti attiré vers Monsieur Bois, parce que j’avais deviné en lui des qualités que nos relations ultérieures m’ont permis de voir se manifester pleinement. Dès le début, je l’avais jugé modeste, loyal et bon ; l’avenir devait prouver qu’il était aussi courageux et héroïque, et les circonstances de sa mort sont de celles qui commandent la plus respectueuse admiration. Il est de ceux qui ne meurent pas tout entier, car ils laissent au cœur de tous ceux qui les ont connus, le souvenir d’une âme élevée et modeste, d’un caractère froid et ferme, d’un cœur délicat et tendre. Nous sommes, ma femme et moi, de tout cœur avec vous en ces terribles moments. Nous avons appris avec émotion que votre petit Pierre avait déjà le sentiment que c’était à lui, désormais, qu’incombait le devoir de consoler et de soutenir sa mère et nous espérons que son affection vous aidera à supporter plus courageusement votre peine. Nous lui envoyons tous les trois nos meilleures caresses. Nous vous prions, Madame, de nous rappeler au bon souvenir de toute votre famille et vous prions de croire à notre très sincère amitié. Signé : R Vau…

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In Memoriam Eugène Bois
Support : Papier à lettres petit format sous enveloppe. Cachet : Paris 75, rue Lé Pérouse. 28-7 17 Timbre en rond encre violette :SECOURS AUX BLESSES MILITAIRES HOPITAL AUXILLIAIRE N° 50 HOTEL BEAU SITE. 4, rue de Presbourg. Paris Destinataire : Madame E. Bois. Institutrice à Parcay-Meslay ( Indre et Loire ) Expéditeur :M. Archambault. Médecin auxiliaire en traitement. Hôpital 50 27 juillet 1917 Madame, Je me fais un devoir de répondre à votre lettre et de vous renseigner dans la mesure où cela m’est possible. Malheureusement je ne pourrai pas vous donner beaucoup de détails puisque je n’étais plus sur le champ de bataille quand votre mari a été frappé. Vous ne devez pas vous désespérer, mais garder encore l’espoir qu’il est prisonnier. Le Commandant Hermitte commandait le bataillon, mais je sais qu’il est passé au 332ème après une blessure. Le Capitaine de Roucy était adjudant major et commande maintenant le 1er bataillon du 150ème avec son quatrième galon. Monsieur Girard, que je connais particulièrement, est passé lieutenant et commande la 1
ère

Compagnie du 150 ; il n’a pas été évacué au cours des attaques de l’Aisne. Vous pourriez certainement avoir des renseignements précis en lui écrivant ou en

interrogeant de vive voix les survivants de sa compagnie ; mais je ne crois pas qu’on vous autorise, au Ministère à rejoindre le 150 dans ses cantonnements. Vous pouvez compter sur moi, Madame, et je vous aiderai autant que cela me sera possible – Je garde un excellent souvenir de votre mari qui a toujours été pour moi le meilleur des camarades. Son fils aura le droit d’être fier de son père – Quant à moi, Madame, je vais bien mieux mais ma jambe et mon pied droit restent paralysés – Adieu, Madame – Croyez à tout mon respect et à mon absolu dévouement. Signé : Archambault

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In Memoriam Eugène Bois
Support : Papier à lettres petit format bordé d’un large liseré noir sous enveloppe « deuil ». Cachet : TRESOR ET POSTES (à demi effacé) Mention manuscrite : Franchise postale Militaire. Destinataire : Madame E. Bois. Institutrice à Parcay-Meslay ( Indre et Loire ) Expéditeur : Commandant P. de Roucy Aux tranchées, le 15 août 1917 Madame, Excusez mon retard à vous répondre. La vie aux tranchées laisse peu de loisirs pour la correspondance et je profite d’un instant de calme pour vous donner les renseignements que très légitimement vous me demandez. Votre mari, l’adjudant Bois, après avoir été adjudant de bataillon pendant un certain temps, avait été depuis la fin de l’année dernière, affecté comme chef de section à la 1ère compagnie. C’est dans ces conditions qu’il participa à l’attaque du 16 avril dernier, attaque extrêmement sanglante pour le 150ème d’Infanterie. La première compagnie était en première ligne pour l’assaut et peu après être sorti vaillamment, en tête de sa section, des tranchées françaises, Bois reçut un éclat d’obus à la main. Le lieutenant Girard lui donna l’ordre d’aller au poste de secours pour se faire panser. La blessure était peu grave mais demandait des soins immédiats. Sorti du poste de secours, l’adjudant Bois n’eut qu’un désir, celui de rejoindre sa Cie engagée sous le feu dans les tranchées allemandes conquises. En traversant seul la 1ère tranchée allemande, Bois fut frappé d’une balle en pleine tête et tomba raide mort. Je m’associe de tout cœur, Madame, à votre douleur d’épouse et à la tristesse de votre vie actuelle, mais vous pouvez avoir une légère consolation, celle de savoir que votre mari qui était un modèle de sang-froid sous le feu, est tombé la tête haute, face à l’ennemi, en faisant tout son devoir. L’adjudant Bois avait été longtemps avec moi auprès du Chef de Bataillon et j’avais toujours admiré ses grandes qualités de bravoure et de dévouement et en particulier son mépris le plus absolu du danger. Votre fils, Madame, pourra être fier plus tard de son père qui est l’un de ces nombreux et modestes héros que seuls savent apprécier les combattants et dont le souvenir doit passer à la postérité. Croyez, Madame, à ma grande sympathie en cette douloureuse circonstance et daignez agréer mes très respectueuses condoléances. Signé : Commandant de Roucy

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In Memoriam Eugène Bois
Support : Papier à lettres ligné. Destinataire : Madame ( Bois ). Expéditeur : probablement un compagnon d’armes 23 novembre 1917 Madame, Vous voudrez bien m’excuser de répondre si tardivement à votre aimable lettre datée du 22 septembre que je n’ai reçue que le 5 novembre ( date à laquelle je suis de retour au régiment ) parce que depuis le 10 septembre j’avais été évacué pour maladie – Enfin ! Madame sachant maintenant que vous connaissez officiellement l’affreuse nouvelle de votre Cher Mari pour lequel j’apportais ma plus grande amitié – Je ne puis me refusé (sic) de vous faire connaître qu’elles (sic) en sont les circonstances – Je ne l’ai pas vu tombé (sic) au moment où il fut frappé, n’étant pas avec lui à l’instant où ce 16 avril dernier ( face au mont Sapigneul ) tous nous partions à l’assaut des tranchées ennemies – Ce n’est que le soir lorsqu’il nous fallut après une violente contre-attaque abandonner ces dernières conquises par nous – Que j’ai vu en nous repliant vers nos anciennes premières lignes le corps de M. l’Adjudant Bois que je ne fut (?) aller reconnaître pour bien m’assurer que c’était bien lui – Je ne pourrais vous dire si son corps a été ramené vers l’arrière pour être inhumer (sic) parce que sitôt après l’attaque ( c’est à dire dans la nuit du 16 au 17 avril ) nous avons immédiatement étaient (sic) relevés par un autre régiment et n’étant par la suite jamais retourner (sic) dans ce secteur je ne puis de ce faites (sic) rien vous certifié (sic) à ce sujet – Mais j’ose tout de même espéré (sic) ? que nos remplaçant (sic) ont fait le nécessaire – Ne voyant plus d’autres renseignements dont je regrette de ne pouvoir vous donnés (sic) plus précis – Veuillez agrée (sic) Madame l’expression de mes sentiments respectueux – Signé : Léon Cat …

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In Memoriam Eugène Bois
Support : Papier quadrillé 21X27 cm. Destinataire : l’adjudant de la 2ème Cie du 1er bataillon du 150ème RI Rédacteur: un sergent de la première compagnie du 150ème Le 19 décembre 1917 Mon cher Adjudant, Excusez-moi du retard que j’ai apporté à ma réponse. J’ai voulu, au préalable, interroger quelques hommes qui, selon moi, avaient dû assister à ce drame, mais je n’ai rien appris de nouveau de ce que je savais déjà. Notre cher camarade Bois fut blessé à la main d’un éclat d’obus, le 16 avril vers six heures du matin. Après son pansement au poste de secours, il fut renvoyé en ligne. C’est en allant reprendre sa place, en plein combat, qu’il reçût dans la tête cette malheureuse balle qui le tua net. Il resta donc, dans le boyau qui réunissait les deux tranchées adverses, jusqu’à la relève, qui se fit, le lendemain, par le 114ème. Je ne sais pas si ce pauvre Bois a été enlevé par les brancardiers. Mais je pense plutôt qu’il a dû être jeté sur le parapet car, j’ai entendu le capitaine du 114ème, qui nous relevait, donner des ordres pour qu’il en fût ainsi de tous les cadavres qui … « encombraient » son secteur. Je crois devoir ajouter que le secteur fut agité pendant un mois, et c’est justement cela qui me renforce d’idée que le corps de notre pauvre ami restera à jamais introuvable. Ce cher Bois était aimé de tout le monde. Je dis aimé, le mot n’est pas trop fort car il a toujours été pour tous un bon papa. Et c’est même son bon cœur et son caractère affable qui l’ont perdu. Autrement, il serait resté au bataillon et, ma foi, il y aurait eu beaucoup de chances pour qu’il fût encore en vie. Voilà tout ce que je peux vous dire sur ce pauvre Bois. Je reste néanmoins à votre disposition pour tout renseignement qui vous intéresserait. Veuillez accepter, cher adjudant, une bonne poignée de main du tout votre, Signé : Kléber Laurent Sur le verso de cette lettre figure la réponse ci-dessous Destinataire : probablement, Marcel Boucher, beau-frère d’Elise Bois Lundi, le 24 décembre 1917 Mon vieux et très vénéré, J’ai tardé à te répondre mais il n’y a pas de ma faute, comme tu le verras par la lettre du sergent auquel je m’étais adressé pour pouvoir expliquer à ta pauvre Belle sœur la fin tragique de son mari. Le Rat m’est arrivé ces jours derniers sans s’annoncer, comme tu le penses je l’ai engueulé comme il le méritait. On n’a pas idée de venir ici. Enfin c’était son idée. Il est fourrier à ma compagnie et remplace actuellement le sergent-major un peu à l’arrière. Il n’est pas à plaindre. Je te quitte mon vieux ayant un nombre incalculable de babillardes en retard. J’espère que tu m’accuseras réception de la présente. Je te les serre vigoureusement Ton vieux et fidèle Signé : Maliquière ( ?) Adjudant 2ème Cie 150 RI SP 32 1er Bataillon 150ème d’Infanterie

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In Memoriam Eugène Bois
Support : Papier à lettres petit format. Destinataire : Madame Bois à Parcay-Meslay ( Indre et Loire ) Expéditeur :Hermitte (Ex Commandant au 150ème RI) Ce 19 février 1918 Madame, J’ai bien reçu votre lettre du 24 janvier (1918) qui du 332ème R.I. m’a suivi à mon nouveau poste. Obligé de réclamer les renseignements que vous désirez, d’avoir des témoignages, je ne sais quel temps cela demandera et si je réussirai dans ces démarches. Soyez persuadée, Madame, que je ferai tout ce qui est possible pour vous donner satisfaction et pour apporter un soulagement à votre si grande douleur. Je viens donc seulement vous prévenir, pour vous éviter une attente anxieuse, que j’attends des informations. Blessé dès le début de cette journée si glorieuse pour le 150ème, mais si chèrement payée, j’ai demandé des nouvelles de tous ceux que je connaissais. Les camarades qui sont revenus en si petit nombre n’ont pas toujours pu me renseigner. Beaucoup de braves sont tombés sur un terrain dont on n’a pas pu maintenir la conquête. Il est impossible d’admettre que nos ennemis, quelle que soit leur barbarie, n’aient donné une sépulture à ces héros, tombés en si grand nombre dans le plus courageux assaut. Comme à tous les destins de la Providence on cherche des causes humaines vous vous êtes demandé si votre mari ne serait pas encore vivant s’il était resté adjudant de bataillon. Son remplaçant n’est pas revenu et a été tué m’a-t-on dit. L’emploi d’adjudant de bataillon réclame une activité de plus en plus grande avec les conditions de la guerre, l’adjudant Bois n’y suffisait pas et je ne me suis séparé de lui qu’après bien des expériences. J’avais toujours admiré son courage et son calme dans toutes les situations ; c’était un homme de devoir et son changement n’entachait pas son honneur de soldat. Vous pouvez être fière de lui et le donner en exemple à son fils. Veuillez agréer, Madame, l’hommage de mes sentiments de profonde sympathie. Signé Hermitte État-major du Groupe d’Armées de l’Est Secteur postal 124 Note : Le commandant Hermitte commandait le bataillon (voir courrier d’Archambault du 27 juillet 1917)

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In Memoriam Eugène Bois
Annexes
L’efficacité de la Croix-Rouge internationale Elise Bois et son père ont aussi mené des recherches en direction de la Croix-Rouge internationale à Genève. L’Agence Internationale des Prisonniers de Guerre leur répondit le 20 décembre 1917 en leur communiquant le témoignage d’un sergent fourrier du 150ème recueilli dans le camp où il était retenu prisonnier en Allemagne. Ce récit recoupe les autres informations relatives aux circonstances du décès d’Eugène Bois.

La Grande Guerre sur le WEB Les sites traitant de la Guerre de 14-18 sont nombreux et souvent très documentés. Ceux qui les créent et les animent, contribuent à préserver de l’oubli la mémoire de cette incommensurable tragédie. Aujourd’hui, la troisième génération a repris le devoir du souvenir, gommant par la modernité de ses moyens de communication le côté souvent caricatural des « anciens combattants ». Voilà par exemple, un récit très intéressant trouvé sur des « pages perso » : « Plus au sud, sur Sapigneul, la 40e division d'infanterie (150e,161e et 251e régiments d'infanterie), se fit tuer sans pouvoir progresser. Cependant, les admirables fantassins de cette division bousculèrent les deux premières lignes allemandes, malgré des pertes énormes. Mais, rapidement décimée et désorganisée par la mort de la plupart des officiers, la 40e division ne put résister à une violente contre-attaque, et il lui fallut regagner les tranchées de départ. Il est heureux que les boches n'aient pas poursuivi leur offensive sur ce point, car personne ne résistait plus, et nous aurions été, sans contredit, bousculés de l'autre côté du canal. Nos pertes étaient grandes, et le résultat mince. Cependant nous n'eûmes pas le chiffre de pertes qui fut mis en circulation â cette époque et entraîna l'arrêt de l'offensive a la suite d'incidents parlementaires que l'on connaît. » • 12 •

In Memoriam Eugène Bois

Le texte précise de nombreux points intéressants dont la composition de la 40ème division (le 150ème en faisait partie) et le fait que les fantassins avaient franchi le canal pour tenter de s’emparer de deux points stratégiques : la Cote 108 et le Mont Sapigneul. On voit aussi l’étroitesse du front que pouvait tenir une division d’environ trois mille hommes : un peu moins de deux kilomètres …

Une initiative récente du ministère de la Défense Le site officiel des archives militaires a récemment mis en ligne le fac simile des notices relatives aux les soldats tués par fait de guerre. C’est ainsi que j’ai rapidement trouvé la fiche de mon grand-père et d’utiles précisions pour d’autres recherches, comme son numéro matricule.

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In Memoriam Eugène Bois
Fac simile de la première page de la lettre du Cdt de Coucy du 15 août 1917

SGdB Avril 2004

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