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Les files d’attente nocturnes à la Préfecture de l’Essonne, Evry (91)

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Faculté de Droit Master 2 Droits de l’Homme et Droit Humanitaire Année 2011-2012

Mars 2012

Mémoire Dans le cadre du séminaire de Contentieux des Droits de l’Homme

Thème Les files d’attente nocturnes à la Préfecture de l’Essonne, Evry (91)

/

M. Serge Slama, Maître de conférences à l’Université d’Evry-Val d’Essonne M. Jean-François Dubost, Responsable du Programme Personnes déracinées à Amnesty International France

Anne-Laure Sablé Marjorie Simonet Carole Utchanah

   

SOMMAIRE
Introduction…………………………………...............................................................1 I. L’accueil des étrangers à la préfecture de l’Essonne : une réalité loin des idéaux nationaux…………………………………………………………...….........................6
A. L’amélioration du service public : historique d’une politique nationale………………………………………..……………………………………………...6 B. Témoignages d’une réalité violente……………………………..……………….10
1. Une nuit à la préfecture d’Evry……………………………………………….…....10 2. La parole aux étrangers……………………………………………………….……12 3. Les médias, associations et politiques : extraits d’articles et semaine de mobilisation…………………………………………………………………………...13

II. L’adaptation du service public des étrangers à la préfecture de l’Essonne…………………………………………………………………………..….20
A. L’évolution perpétuelle du droit des étrangers………………………………...20
1. Le résultat de politiques publique et communautaire……………………………...20 2. La réception des textes par le bureau des étrangers d’Evry………………………..22

B. Les ajustements propres à la préfecture de l’Essonne…………………………24
1. Les améliorations revendiquées par l’Administration……………………………..24 2. Les contradictions relevées au cours d’observations………………………………26

III. Illégalité des pratiques administratives de la préfecture de l’Essonne : quelle justiciabilité ?...............................................................................................................38
A. Une pratique externe : les files d’attente nocturne…………………………….38
1. Procédure extra juridictionnelle : le Défenseur des droits…………………………38 2. Procédure juridictionnelle : le référé-liberté……………………………………….40

B. Les pratiques internes……………………………………………………………44
1. Le refus de dépôt d’une demande d’asile…………………………………………..45

   

2. L’absence de délivrance de document permettant de prouver le dépôt de dossier de demande d’asile…………………………………………………………………………….....47 3. Le refus de délivrer le formulaire de changement de statut ou d’enregistrer le dépôt de dossier de changement de statut plus de deux mois avant l’expiration du titre de séjour en cours…………………………………………………………………………………………...49 4. Le refus de renouveler un récépissé plus de trois jours avant l’expiration du récépissé en cours......................................................................................................................51

   

Introduction
Au premier semestre du Master 2 Droit public mention Droits de l’Homme et droit humanitaire de la faculté de droit de l’Université d’Evry-Val d’Essonne (91), le séminaire de Contentieux des droits de l’Homme animé par Serge Slama, maître de conférences en droit public, nous a conduit dès novembre 2011 à nous pencher sur le droit si spécifique des étrangers et, pour l’évaluation de la matière, à analyser au choix un aspect de ce droit dans le but de contribuer à son amélioration au besoin en utilisant un recours devant une juridiction. Que savions-nous du droit des étrangers à l’entrée du Master? A défaut d’avoir reçu un enseignement à part entière, nous avions au moins croisé durant notre parcours universitaire quelques jurisprudences en la matière, notamment celle rendue par le Conseil d’Etat le 8 décembre 1978 en vertu de laquelle et au nom d’un nouveau principe général du droit, « les étrangers résidant régulièrement en France ont, comme les nationaux, le droit de mener une vie familiale normale »1, ou encore la décision du Conseil constitutionnel du 13 août 1993 consacrant notamment la pleine valeur constitutionnelle du droit d’asile tel qu’il est affirmé par l’alinéa 4 du Préambule de 1946. Nos engagements auprès d’associations telle que la Cimade, dispensant des conseils juridiques aux étrangers, avaient également pu nous permettre d’aborder quelque peu cette branche du droit. Mais surtout, nous ne pouvions comme tout un chacun échapper au discours ambiant en matière d’immigration sur la scène politique et médiatique dans des proportions encore jamais atteintes. Force est de constater que, depuis plusieurs décennies, le discours officiel provenant du sommet de l’Etat a fait de l'immigration un thème central du débat public. Associée dans un premier temps à l’accroissement du chômage2, l’immigration serait également devenue source d’insécurité et entraînerait la ruine de nos systèmes de protection sociale et la mise en péril de la pérennité de notre identité nationale3.

cet arrêt G.I.S.T.I C.F.D.T C.G.T, l’Assemblée du Conseil d’Etat annule le décret du 10 novembre 1977 qui réservait le droit au regroupement familial aux membres de la famille qui ne demandaient pas l’accès au marché du travail 2 A partir des années 80 3 Sur ce sujet, voir l’ouvrage « Immigration : fantasmes et réalités », sous la direction de Claire Rodier et d’Emmanuel Terray, Collection Sur le vif, paru en octobre 2008 

1  Dans

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De fait, la France - comme la plupart des Etats européens - a cherché à rendre plus difficile l’entrée et le séjour des étrangers sur sol en développant des théories comme celle de l’immigration « choisie »4. Alors que l’objectif affiché par le gouvernement français dès 2007 était de favoriser la migration par le travail et de modifier par là même la proportion entre la migration professionnelle, jugée très faible, et la migration familiale alors dominante, l’arrivée de Claude Guéant au ministère de l’Intérieur5 le 27 février2011 a changé la donne puisqu’une lutte contre l’immigration « tout court » est en marche se traduisant notamment par les objectifs d’atteindre le quota6 de 30 000 reconduites d’étrangers en situation irrégulière pour l’année 2011 et, désormais, de réduire le nombre d'entrées légales d'étrangers en France. Corrélativement, on assiste depuis 2002 à une succession de lois qui vont toutes dans le sens d’un durcissement des conditions d’entrée et de séjour des étrangers, avec rien que pour l’année 2011, trois nouvelles lois. (cf. infra II. A. 1.) Avec cette politique du chiffre, cette volonté manifeste de restreindre l’immigration, qu’elle soit illégale ou non, et ces retouches incessantes du Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit des étrangers, l’accueil des étrangers en France s’est vu fortement dégradé. Pour preuve, les files d’attente devant les préfectures ne cesse alors de s’empirer et pas très loin de notre université, la préfecture de l’Essonne illustre parfaitement ce phénomène ayant cours depuis le début de l’année 2011 : « Depuis mars, les files devant la préfecture d’Evry ne cessent de s’allonger. Retrait de titre de séjour ou dossier pour un regroupement familial, des démarches simples qui entraînent des heures d’attentes avec parfois une nuit passée dehors »7. Nous avons donc choisi de nous consacrer aux files d'attente nocturnes à la préfecture d'Evry. Il nous restait à trouver une association de défense des Droits de l’Homme pour travailler en lien avec elle8. Or, courant novembre 2011, lors d’une intervention de JeanFrançois Dubost9 sur les demandes d’asile dans le cadre du séminaire de Contentieux des Droits de l’Homme, nous apprenons justement qu’il ne dispose guère d’information sur la
4  Par opposition à l’immigration « subie », l’immigration « choisie » a pour fondement l’immigration professionnelle sous couvert de lutter contre l’immigration illégale 5 Ministère de l'Intérieur, de l'Outre-mer, des Collectivités territoriales et de l'Immigration 6 Les quotas de reconduites à la frontière des personnes en situation irrégulière ont été mis en place en 2007, simultanément à la création en mai 2007, dans le gouvernement Fillon I, d’un ministère entier dédié à l’immigration, à l’intégration, à l’identité nationale et au développement solidaire, supprimé en novembre 2010 7 Reportage sur BFM en septembre 2011, intitulé « Préfecture d’Evry – Nuits d’attente à la préfecture pour un dossier » 8 Cela faisait partie de l’objectif assigné par notre enseignant  9 Responsable du Programme Personnes déracinées à Amnesty International France 

   

préfecture d’Evry. Le contact est aussitôt pris avec M. Dubost qui accepte de superviser notre travail. Si M. Dubost fut notre partenaire privilégié pour nous guider dans notre réflexion juridique, cette étude nous a conduit à rencontrer plusieurs interlocuteurs avec, dans l’ordre des rencontres10 : -M. Julien Monier, journaliste, rédacteur en chef d’Essonne Info, auteur d’une série de papiers sur la préfecture d’Evry - Mme Yvette Le Garff, militante LDH 91 et membre de RESF 91 -M. Christian Vedelago, chef du service des étrangers de la Préfecture d’Evry -M. Pascal Sanjuan, Secrétaire Général de la Préfecture d’Evry Ainsi avons-nous pu prendre en compte, outre l’aspect juridique de la question avec M. Dubost, d’autres paramètres: - le militantisme, dans le domaine associatif, avec Mme Le Garff notamment, - les médias, avec M. Monier et les journalistes de Canal +11 entre autres, - la pratique administrative, avec les responsables administratifs de la préfecture. A noter en décembre 2011 le contact pris par Gaylord Van Wymeersch auprès de nous, reporter pour l'émission de France Inter "Là-bas si j'y suis", suite à la publication de notre témoignage12 sur le blog « Combat Pour les Droits de l’Homme » (CPDH) animé par Serge Slama. Il souhaitait discuter avec nous de notre démarche et de notre travail de terrain mais se trouve jusqu’à ce jour occupé à terminer d’autres sujets… …Effectivement, tout a commencé par une démarche sur le terrain. Il nous paraissait indispensable d’aller nous rendre compte par nous-mêmes de la situation, ne serait-ce que de visualiser une file d’attente nocturne, de faire un repérage et un état des lieux13, pour essayer
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Pour le calendrier des rencontres, cf. annexe n°1 Présents lors du rassemblement du 8 décembre 2011, cf. p. 17 12 Cf. annexe n°2  13 D’où notre veillée nocturne le 1er décembre 2011

   

d’en comprendre les tenants et les aboutissants. Il en ressort une confusion générale, aussi bien pour les étrangers que pour nous. Les étrangers viennent passer la nuit pour renouveler un titre de séjour, chercher un récépissé, un imprimé des pièces à fournir pour une première demande de titre de séjour, rapporter un document manquant, signaler un changement d’adresse…Mais pourquoi ont-ils besoin de s’y prendre la veille au soir ? Parce que, nous racontent-ils, c’est nécessaire pour espérer accéder aux guichets le lendemain matin. L’on apprend qu’à l’ouverture de la préfecture à 9 heures, un agent administratif leur délivrera un ticket d’entrée dont le nombre serait limité à cent cinquante. Toutefois, l’obtention de ce ticket ne leur garantirait pas d’être reçu car ces cent cinquante tickets seraient ensuite répartis selon un quota au stade du « pré-accueil » en fonction du type de demande. De ces premières constations a découlé la nécessité d’aller voir ce qui se passait à l’intérieur de la préfecture tant le phénomène de la file d’attente apparaissait comme une composante des conditions d’accueil des étrangers14. Il nous fallait à présent observer les pratiques administratives à la fois en terme d’accueil mais également au regard du droit des étrangers. C’est à partir de ce moment-là que l’approche de notre sujet a commencé à se préciser en partie par le fait que nous nous soyons rapidement aperçu que ces files d’attente nocturnes dissimulaient un dysfonctionnement plus général de l’organisation interne du service des étrangers, elle-même étroitement liée à la politique publique en matière d’immigration. Pour autant, le chef de bureau du service des étrangers nous assurait qu’il ne fallait voir aucune considération politique dans le phénomène des files d’attente. Or, en admettant même qu’il s’agisse pour la préfecture d’Evry d’une situation temporaire en raison de contraintes administratives15, nous ne pouvons toutefois pas perdre de vue qu’une préfecture, autorité déconcentrée de l’Etat, se veut le relai de la politique nationale, a fortiori de celle en matière d’immigration. Ainsi pourrait-on dire que les files d’attente constituent d’une certaine manière l’une des faces cachées d’une politique publique qui, rappelons-le, cherche à réduire l’immigration, y compris légale, et à atteindre un nombre de plus en plus grand d’expulsions. Cette politique trouve forcément à se répercuter et à s’appliquer en préfecture qui représente le passage

14 15

D’où notre observation au service des étrangers en février/mars 2012 Voir les explications de M. Vedelago en annexe n°6 et se reporter à la partie II. B. 1. 

   

obligé de tous les étrangers, de ceux qui relèvent du droit général de l’immigration et de ceux qui demandent la protection au titre de l’asile. Dès lors, le constat initial de files d’attente nocturnes nous a conduites au final à traiter un sujet relativement vaste, alliant le fonctionnement du service des étrangers et le politique, le droit théorique des étrangers et la pratique, de façon perméable. Nous avons souhaité, dans un premier temps, établir un état des lieux de l’accès au service public tant dans son concept que dans la réalité (I). La mise en observation du fonctionnement du service des étrangers de la préfecture de l’Essonne nous a conduites, dans un deuxième temps, à nous pencher sur la mise en œuvre d’un droit en perpétuelle évolution (II). Enfin, dans un troisième temps, nous nous efforcerons d’établir l’illégalité de certaines pratiques préfectorales ainsi que leur justiciabilité (III).

   

I. L’accueil des étrangers à la préfecture de l’Essonne : une réalité loin des idéaux nationaux
L’amélioration du service public constitue une constante de la politique nationale française étrangère à l’alternance politique. Tous les gouvernements successifs se sont prononcés en faveur d’un meilleur accueil des usagers à travers des communications, des circulaires, des chartes et même en passant par la loi. Toutefois, l’essentiel de cette politique est dénué de force juridique et n’est donc pas invocable devant un juge. Dès lors, la réalité des grands principes énoncés a du mal à voir le jour comme le démontrent les témoignages relatifs au fonctionnement du service public des étrangers au sein de la préfecture de l’Essonne. Cette première approche sera donc abordée d’un point de vue externe.

A. L’amélioration du service public : historique d’une politique nationale Rendre compte de l’historique national en matière d’amélioration du service public constitue une étape préalable indispensable à la compréhension des distorsions existant entre la politique nationale et la réalité du service public des étrangers. De 1986 à 2005, le discours politique est unanime : l’accueil dans les services publics doit être amélioré.  Communication en Conseil des ministres du 3 janvier 1986 sur l’amélioration des relations entre l’administration et les usagers « Le Gouvernement a fait de la qualité des relations entre l'administration et les usagers un objectif prioritaire de son action. Le secrétaire d'Etat chargé de la fonction publique et des simplifications administratives a présenté au Conseil des ministres une communication sur l'amélioration des relations entre l'administration et les usagers. Le Gouvernement a mis en œuvre et poursuit la réalisation en ce domaine de cinq grands programmes d'action : - 1 - la mise en place d'un système cohérent d'information du public et d'aide aux démarches administratives. Les centres interministériels de renseignements administratifs (CIRA) sont chargés de répondre aux demandes téléphoniques des administrés. Six centres existent aujourd'hui (Paris, Lyon, Metz, Lille, Rennes et Bordeaux), dont les trois derniers ont été créés depuis
   

1981, et traitent déjà un million d'appels téléphoniques par an. Un nouveau centre sera ouvert à Marseille en 1986. Les centres "administration à votre service" (AVS) sont des structures d'accueil, d'information et de concertation avec les usagers. Ils existent actuellement dans les préfectures de neuf départements. L'installation d'une vingtaine de nouveaux centres est prévue en 1986. - 2 - La personnalisation des relations entre les usagers et les agents publics. - Les mesures décidées par le Gouvernement concernant la levée de l'anonymat aux guichets et dans les correspondances sont désormais largement entrées dans les faits. »

 Circulaire du 23 février 1989 (M. Rocard) relative au renouveau du service public Chapitre IV : une politique d’accueil et de service à l’égard des usagers « Il convient d’engager une réflexion sur l’utilisation d’autres supports, tels que l’audiovisuel ou la télécopie, laquelle pourrait faciliter les transmissions de documents aux usagers en évitant déplacements et attentes. […] Les responsables devront insister sur les attentes des usagers en s’efforçant de parvenir à un assouplissement des horaires d’ouverture et en aménageant les systèmes d’attente pour améliorer le confort. On veillera aussi à faciliter l’accès et l’accueil des personnes âgées, des étrangers, des handicapés grâce à une assistance répondant à leurs besoins respectifs. »

 Communication en Conseil des ministres du 18 mars 1992 sur la Charte des services publics (J.-P. Soisson) Question écrite n° 21337 de M. Henri Collette (Pas-de-Calais - RPR) publiée dans le JO Sénat du 21/05/1992 - page 1156 M. Henri Collette demande à M. le ministre d'Etat, ministre de la fonction publique et des réformes administratives, de lui préciser les perspectives de mise en œuvre de la charte des services publics définie en février 1992, affirmant les principes du service public : égalité, neutralité et continuité, et les principes nouveaux de transparence, simplicité, participation des usagers et confiance. Parmi les quatre-vingt-neuf mesures nouvelles, alors présentées et confirmées au conseil des ministres du 18 mars 1992, il lui demande de lui préciser les perspectives de mise en œuvre concrète de la mesure tendant à la mise en œuvre d'un code de la communication qui devait faire l'objet d'un texte législatif. Réponse du ministère : Fonction publique publiée dans le JO Sénat du 27/08/1992 - page 1969 Réponse. - Faire connaître aux usagers des services publics leurs droits, mieux les accueillir, promouvoir la concertation et associer les usagers à la définition et à la mise en œuvre des politiques, simplifier les textes et les procédures, telle est l'ambition de la charte des services publics adoptée par le conseil des ministres du 18 mars 1992. Les actions engagées et les nouvelles décisions sont regroupées en sept rubriques : santé, protection sociale et solidarité ; éducation, emploi, travail et formation professionnelle ; justice, sécurité
   

et défense ; vie quotidienne ; transports et communication ; relations avec les entreprises ; services publics de proximité. La charte des services publics est un instrument permanent de modernisation et d'amélioration des services rendus. Elle fera chaque année l'objet d'une actualisation et d'un rapport au Premier ministre, transmis au Parlement accompagné de l'avis du Conseil d'Etat et du Conseil économique et social. Ce rapport évaluera les résultats des actions mises en œuvre et proposera les mesures d'amélioration nécessaires. S'agissant plus particulièrement de la mesure tendant à la mise en œuvre d'un code de la communication, la commission supérieure de codification a élaboré ce code qui a été remis au Premier ministre le 11 mai 1992. Une réunion interministérielle tenue le 15 juillet 1992 a arrêté définitivement ce projet de code, qui sera transmis au Conseil d'Etat avant dépôt au Parlement du projet de loi de validation.

 Circulaire du 26 juillet 1995 (A. Juppé) relative à la préparation et à la mise en œuvre de la réforme de l’Etat et des services publics « L'administration doit contribuer à relever les défis de notre société. L'implantation et l'organisation des services publics devront contribuer à l'action en faveur des quartiers urbains en difficulté ainsi qu'à la lutte contre la désertification rurale et contre l'exclusion. »

 Loi du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations Article 16 A I. « ― Les autorités administratives échangent entre elles toutes informations ou données strictement nécessaires pour traiter les demandes présentées par un usager. Une autorité administrative chargée d'instruire une demande présentée par un usager fait connaître à celui-ci les informations ou données qui sont nécessaires à l'instruction de sa demande et celles qu'elle se procure directement auprès d'autres autorités administratives françaises, dont elles émanent ou qui les détiennent en vertu de leur mission. Les échanges d'informations ou de données entre autorités administratives s'effectuent selon des modalités prévues par décret en Conseil d'Etat, pris après avis motivé et publié de la Commission nationale de l'informatique et des libertés, qui fixe les domaines et les procédures concernés par les échanges d'informations ou de données, la liste des autorités administratives auprès desquelles la demande de communication s'effectue en fonction du type d'informations ou de données et les critères de sécurité et de confidentialité nécessaires pour garantir la qualité et la fiabilité des échanges. Ce décret précise également les informations ou données qui, en raison de leur nature, notamment parce qu'elles touchent au secret médical et au secret de la défense nationale, ne peuvent faire l'objet de cette communication directe. II. ― Un usager présentant une demande dans le cadre d'une procédure entrant dans le champ du dernier alinéa du I ne peut être tenu de produire des informations ou données qu'il a déjà produites auprès de la même autorité ou d'une autre autorité administrative

   

participant au même système d'échanges de données. Il informe par tout moyen l'autorité administrative du lieu et de la période de la première production du document. »

 Circulaire du 2 mars 2004 (J.-P. Raffarin) relative à la Charte d’accueil des usagers « Il vous revient bien sûr d'adapter la charte d'accueil des préfectures et de l'étendre à ceux de vos services qui n'en disposeraient pas encore. Les préfectures doivent en la matière être exemplaires. Vous vous emploierez donc à ce que tous les services des préfectures se dotent d'une telle charte, en s'engageant notamment sur des objectifs précis et quantifiés en matière de délais d'attente ou de traitement des demandes. Vous développerez les formations, le cas échéant interministérielles, des agents chargés de l'accueil. »

 Charte Marianne applicable depuis le 3 janvier 2005 : liste des engagements obligatoires « Un accès plus facile à nos services : • Nous vous informons sur nos horaires d’ouverture :(les indiquer). • Nous vous orientons vers le bon service et le bon interlocuteur. • Nous simplifions l’accès à nos locaux (indiquer ici les dispositifs mis en place, par exemple : signalétique, parking, guichet unique, etc.). • Nos locaux sont accessibles aux personnes à mobilité réduite (indiquer les dispositions particulières). • Nous nous rendons plus facilement disponibles (indiquer ici les dispositifs mis en place : prise de rendez-vous, information sur les heures d’affluence, enquêtes sur les préférences en termes d’horaires d’ouverture, etc.). • Nous vous offrons une information plus accessible sur notre site internet (l’indiquer). • Nous vous permettons d’accomplir certaines démarches à distance (mettre ici les dispositifs mis en place : téléphone, téléprocédures, etc.). Un accueil attentif et courtois : • Nous vous donnons le nom de votre interlocuteur. • Nous vous écoutons avec attention et nous efforçons de vous informer dans des termes simples et compréhensibles. • Nous vous demandons uniquement les documents indispensables au traitement de votre dossier. • Nous facilitons la constitution de vos dossiers (notamment en précisant les pièces à fournir et en vous procurant des notices explicatives). • Nous vous accueillons en toute confidentialité lorsque nous devons traiter des situations personnelles difficiles. • Nous veillons à vos conditions d’attente (indiquer ici les dispositifs mis en place : aménagement des lieux d’accueil, services associés tels que photocopieuse ou photomaton…). Une réponse compréhensible à vos demandes dans un délai annoncé :
   

• Nous sommes attentifs à la lisibilité et à la clarté de nos courriers et de nos formulaires. • Dans un délai maximal de... [ne pas dépasser 2 mois], nous apportons à vos courriers postaux: - soit une réponse définitive ; - soit un accusé de réception indiquant dans quel délai vous sera donnée une réponse, ainsi que le nom de la personne chargée du dossier. • Dans un délai maximal de…, nous apportons une réponse à vos courriers électroniques. • Nous annonçons votre temps d’attente prévisible à l’accueil, sauf périodes exceptionnelles. • Nous répondons à tous vos appels téléphoniques pendant les horaires suivants (à préciser). Nous vous rappelons si vous laissez un message en cas d’absence de votre interlocuteur [cet engagement, provisoirement facultatif, sera obligatoire à compter du 1er septembre 2005]. »

B. Témoignages d’une réalité violente Face à une politique nationale parfaitement établie depuis une trentaine d’année se dresse une réalité particulièrement violente à la préfecture de l’Essonne. Cette réalité, nous la percevons tout d’abord vu de l’extérieur, en passant une nuit avec les étrangers devant la préfecture. Cette réalité, ce sont aussi les témoignages des étrangers eux-mêmes. Enfin, cette réalité, c’est celle décriée de façon continue par les médias depuis un an.

1. Une nuit à la préfecture d’Evry Dans le cadre de notre étude, nous avons souhaité réaliser une veillée nocturne auprès des étrangers afin d’établir un diagnostic de la situation. Mercredi 30 novembre 2011 : A notre arrivée à 19 heures, une quinzaine de personnes attendent déjà sur le trottoir longeant le Boulevard de France, à côté du grand portail blanc encore ouvert de la préfecture (il fermera à 20h30), près des barrières métalliques derrière lesquelles se constituera la file d’attente. Deux chaises bancales sont restées là, des sacs poubelles sont prévus, une caméra à 360° filme les lieux. Nous nous présentons, leur expliquons notre démarche, suscitant à la fois étonnement et reconnaissance, notre veillée commune peut alors commencer. Nous comprenons rapidement qu’il existe une organisation interne de la file d’attente liée à la présence d’un « chef ». On nous explique que la première personne arrivée sur les lieux, en l’occurrence à 10 heures ce matin-là, devient naturellement le chef jusqu’au
   

lendemain matin 7 heures, à charge pour lui de noter sur une feuille de papier le nom et le prénom de chaque personne qui souhaite prendre place dans la file. Il détient donc cette fameuse « liste » qu’il conservera précieusement et qui occupera en grande partie tous les esprits. Car chacun des inscrits se voit alors remettre un petit morceau de papier portant le numéro qui correspond à son ordre d’arrivée et par là même à sa place dans la file d’attente ; le n° 5 est arrivé à midi, le n° 15 à 16 heures, le n° 44 à 19 heures 30 etc. Cette pratique semble bien connue des étrangers ; régulièrement, des voitures s’arrêtent à l’endroit où nous veillons le temps de s’ajouter à la liste. La plupart des étrangers repartent mais non sans être avisés qu’il est impératif de revenir au plus tard à minuit, heure du premier appel général qui permet de vérifier la présence des personnes inscrites. Les gens affluent donc aux alentours de 23 heures 30, 45 hommes, 16 femmes dont une avec son bébé dans la poussette. Une simulation de file d’attente s’effectue alors consciencieusement, et ceux qui n’ont pas répondu à l’appel se voient rayés de la liste initiale sous la « pression » des personnes effectivement présentes, réclamant au chef qu’une nouvelle liste soit dressée, ce à quoi il répondra favorablement en redistribuant à chacun un nouveau numéro, marqué de rouge cette fois-ci pour le différencier du précédent écrit à l’encre noire. Beaucoup sont satisfaits d’avoir gagné quelques places et peuvent à nouveau s’échapper ou, le cas échéant, attendre dans leur voiture, dans une cabine téléphonique… Pour les autres, la seule solution est de rester, de s’assoupir sous une couverture, ou de poursuivre la veillée à penser ou à discuter, ils sont une vingtaine dans ce cas-là. Quoiqu’il en soit, un second appel est réalisé à 4 heures du matin pour former la file définitive, avec possibilité pour les nouveaux arrivants de se rajouter à la suite des inscrits. Cette fois-ci ils ne repartiront pas et l’on atteindra les 160 personnes au petit matin. Jeudi 1er décembre 2011, 7 heures du matin : Nous observons l’ouverture du portail de la préfecture par les policiers. Les étrangers sont alors placés dans des serpentins blancs et y resteront jusqu’à l’ouverture des bureaux à 9 heures, rejoints dans l’intervalle par les personnes qui arrivent spontanément. Nous dénombrons au final environ 200 personnes qui se sont présentées ce matin-là aux grilles de la préfecture. Cette organisation entre étrangers varie quelque peu d’une nuit à l’autre et se déroule parfois dans des affrontements, certains refusant de se plier à la contrainte de la liste mise en place sous prétexte qu’elle n’a aucune valeur et que chacun est libre de ne pas vouloir faire la queue. Un système de mise en vente de tickets existe. Notre veillée s’est quant à elle déroulée sans incident majeur et il n’y a pas eu a priori de vente de tickets.
   

Nous ne pouvons toutefois que souligner le risque latent de tensions en raison également de l’incompréhension des étrangers face à cette situation pour laquelle ils disent « ne pas avoir le choix », de la grande fatigue accumulée par les personnes présentes, de la lassitude de celles revenant pour la énième fois, des conditions climatiques (4 degrés cette nuit-là, une pluie fine vers les 5 heures), certains montrant des signes de fébrilité et d’inquiétude quant au traitement de leur dossier au guichet. Mais pour beaucoup, il y a encore cette incertitude de recevoir un ticket au pré-accueil de la préfecture. C’est là tout l’enjeu de l’obtention d’une bonne place dans la file d’attente.

2. La parole aux étrangers Nous avons souhaité intégrer le témoignage des étrangers rencontrés durant notre veillée dans la mesure où la perception du service public par les usagers eux-mêmes est extrêmement révélatrice du fossé existant entre le discours de l’Administration et le ressenti des étrangers.  Touas (Marocaine, en situation régulière, en activité) Touas est venue pour un changement d’adresse. Elle a fait parvenir à la préfecture un courrier pour indiquer son changement d’adresse. Une lettre lui a été renvoyée pour préciser que le changement d’adresse ne se faisait plus par courrier mais qu’il fallait se déplacer en préfecture. Ce courrier a fortement inquiété Touas car il contenait d’autres dispositions de nature à inquiéter tout étranger même en situation régulière. Touas n’a pas dormi de la nuit après avoir reçu cette lettre car elle ne comprenait pas le sens de celle-ci. Sur le panneau d’affichage à l’entrée de la préfecture, il est indiqué que les changements d’adresse se font de 10 heures à 15 heures. Cependant, Touas n’a pas réussi à avoir accès à ce service aux heures sus mentionnées. Un membre du personnel de la préfecture lui a conseillé de venir « très tôt » afin de pouvoir avoir un ticket lui permettant d’entrer dans les services de la préfecture. Touas reproche aux services de l’Etat de manquer de clarté dans les différentes procédures destinées aux étrangers. Pour elle, il serait aisé pour la préfecture de dire oui ou non aux étrangers voulant régulariser leur situation plutôt que de maintenir un flou. Elle précise que les étrangers devraient savoir à quoi s’en tenir afin d’envisager « oui ou non » d’entamer des démarches (logement, école pour les enfants, travail) pour rester sur le territoire français. En attendant, Touas passe la nuit devant la préfecture.

   

 Saïd (Marocain, en situation régulière, en activité) Saïd est chef d’équipe de ménage en région parisienne. Il doit utiliser des jours de réduction du temps de travail (dits RTT) pour pouvoir se rendre à la préfecture. Par peur de ne pouvoir accéder aux guichets d’instruction des demandes (nombre de tickets limité), Saïd passe la nuit dehors. Si l’accès lui est refusé, son jour de réduction du temps de travail est perdu. Alors, il met toutes les chances de son côté tout en déplorant une telle situation. Saïd a vécu dix ans en Italie. Il nous explique que le traitement des procédures concernant les étrangers y est largement facilité par le recours à la correspondance postale. En effet, il est possible d’envoyer toutes les pièces justificatives (notamment pour un renouvellement de titre de séjour) par le biais de la poste. Ensuite, l’administration italienne fixe un rendez-vous à heure précise ce qui évite tout phénomène de file d’attente nocturne. En attendant, Saïd passe la nuit devant la préfecture.

3. Les médias, associations et politiques : extraits d’articles et semaine de mobilisation La préfecture d’Evry a fait l’objet de nombreuses attentions dans la presse, au sein d’associations militantes de défense des droits de l’homme et au niveau politique, plus encore lorsque nous avons commencé à traiter le sujet au mois de novembre 2011. Avril 2011 Le Parisien : « De nombreux débordements ont eu lieu depuis janvier : échauffourées, bousculades, policiers pris à partie…Ces derniers ont dû faire usage de gaz lacrymogène à plusieurs reprises pour disperser la foule. Le syndicat policier Alliance a obtenu un rendezvous avec les services préfectoraux et, la semaine dernière, une dizaine d'associations de soutien aux étrangers se sont fédérées pour demander la même chose. »(…) « Tous réclament des changements dans l'accueil des étrangers à la préfecture d'Evry. »
http://www.leparisien.fr/essonne-91/accueil-des-etrangers-des-mesures-pour-gerer-la-cohue-20-042011-1414829.php

   

Mai 2011 Le Parisien : « Le député-maire (PS) d'Evry Manuel Valls a interpellé le représentant de l'Etat sur les conditions d'accueil des étrangers à la préfecture d'Evry, qu'il juge « indignes ». « Depuis plusieurs semaines, des files d'attente interminables se forment aux abords de la préfecture, rue des Mazières, où les ressortissants étrangers sont contraints de patienter des nuits entières », écrit le député-maire. Celui-ci réclame du représentant de l'Etat(…) « une solution d'accueil décente et pérenne ». En réponse à Manuel Valls, le préfet a indiqué qu'il était « prêt à examiner avec lui toutes les pistes d'aménagement des conditions actuelles d'accueil et leur impact pour apporter une réponse aux nuisances des riverains. »
http://www.leparisien.fr/brunoy-91800/manuel-valls-interpelle-le-prefet-sur-l-accueil-des-etrangers09-05-2011-1440883.php

Rue 89 : « La préfecture (d’Evry) ouvre ses porte à 9 heures, mais on nous a dit qu'il y avait tellement de monde qu'il valait mieux arriver en avance. Lorsque nous arrivons, une queue de plusieurs centaines de personnes se dresse à l'entrée de la préfecture. Trois policiers sont là à discuter devant cette foule, nous leur demandons comment ça se passe pour être accueilli au guichet des étrangers. Ils nous répondent qu'il suffit de faire la queue, mais qu'en fait il n'y a aucune chance pour nous, car le nombre de personnes reçues est limité à 150 par jour. » Extrait d’un témoignage : http://www.rue89.com/2011/05/07/lhumiliation-ordinaire-des-etrangers-ala-prefecture-de-lessonne-202861

Essonne info : « Ils sont plus de 400 chaque matin, à faire la queue devant les grilles de la préfecture de l’Essonne. Certains attendent sur place depuis la veille. Renouveler un titre de séjour ou déclarer un changement d’adresse est devenu un véritable calvaire pour les résidents étrangers du département. »
http://essonneinfo.fr/91-essonne-info/9800/ils-dorment-devant-les-grilles-de-la-prefecture/

« Ce qui se déroule actuellement devant la préfecture n’est pas pensable, jusqu’à ce que l’on se présente un soir, tel un riverain ou un curieux. Et à l’écoute des témoignages, au gré des discussions, le visiteur ne peut que se trouver lui-même désarçonné à la compréhension de la situation »
http://essonneinfo.fr/91-essonne-info/9849/lattente-interminable-des-residents-etrangers-devant-laprefecture/

Juin 2011 Essonne info : « Le flot de personnes pointant chaque soir devant la préfecture, en espérant entrer le lendemain matin pour une démarche administrative, ne semble pas s’atténuer (…). La préfecture semblait pourtant avoir pris conscience du problème. Dans son communiqué, elle indique avoir « réalisé une analyse détaillée des types de demandes des usagers et les modalités d’accueil du public » (…). C’est ainsi que depuis le 23 mai dernier, les demandes « de renouvellement de récépissé » ainsi que les « changements d’adresse » pourront être faits « sans restriction de 9h00 à 16h00 » indique-t-elle. »
http://essonneinfo.fr/91-essonne-info/10462/laccueil-des-etrangers-a-la-prefecture-resteproblematique/    

Essonne info : « Des files d’attente qui durent toute la nuit, et une situation qui s’éternise (…). Malgré l’annonce d’améliorations de l’accueil, par les services de l’Etat, ils étaient près de 200 ce dimanche soir (5 juin 2011) sous les intempéries, à passer une nouvelle nuit dehors. »
http://essonneinfo.fr/91-essonne-info/10454/un-dimanche-soir-presque-ordinaire-a-la-prefecturedevry/

Essonne info : « Le secrétaire général de la préfecture estime que plusieurs personnes qui dorment sur place peuvent maintenant se présenter directement en préfecture, selon les demandes (…). Il regrette cependant le manque d’informations qui parviennent aux usagers, contraints selon lui à passer la nuit dehors alors que beaucoup pourraient s’en passer. « Nous n’avons pas suffisamment communiqué sur les nouvelles procédures »reconnaitil. »
http://essonneinfo.fr/91-essonne-info/10561/la-prefecture-reconnait-le-probleme-de-laccueil-desetrangers/

Essonne info : « Malgré les améliorations que tente de mettre en place les services de la préfecture, la réalité est là. Ce mercredi soir (22 juin 2011), ils étaient déjà plus de 200 à 22H. »
http://essonneinfo.fr/91-essonne-info/11039/essonne-info-passe-la-soiree-devant-la-prefecture/

Essonne info : « Jeudi dernier (23 juin 2011), lors de la soirée organisée en direct devant la préfecture d’Evry, plusieurs élus essonniens sont venus à la rencontre des ces naufragés de l’action préfectorale. (…) Le président (PS) de l’instance départementale (Conseil général) Jérôme Guedj (…) a parlé d’un « système délibéré qui consiste à organiser de la précarité pour des personnes qui vivent, qui travaillent en France, qui ont des enfants, et qui viennent demander le bon fonctionnement du service public ». « Si il faut, avec mes collègues élus du Conseil général, créer une forme de rapport de force politico-médiatique, nous le ferons. » »
http://essonneinfo.fr/91-essonne-info/11194/prefecture-de-lessonne-et-maintenant/

Mediapart : « Depuis plusieurs mois, la rue des Mazières se retrouve inondée par une foule d’étrangers qui s’entasse, jour après jour et nuit après nuit, devant les grilles de la préfecture d’Evry. La majorité vient pour renouveler un titre de séjour ou effectuer un simple changement d’adresse. Ces formalités, autrefois anodines, se sont transformées en véritable parcours du combattant. Depuis quelque temps, les procédures administratives se sont compliquées. La préfecture d’Evry ne distribue plus que 150 tickets par jour aux étrangers venus pour ces demandes, réduisant considérablement l’accès aux locaux et le nombre de dossiers traités puis validés. »
http://blogs.mediapart.fr/blog/essonne-info/240611/jeudi-23-juin-au-soir-essonne-info-est-en-directdu-parvis-de-la-prefe

Essonne info : « Alors que tous les témoignages recueillis indiquaient que seuls 150 tickets ouvrant l’accès aux guichets étaient distribués chaque jour, le Préfet de l’Essonne, par un communiqué, revient sur ces chiffres qu’il considère incorrects : « La capacité d’accueil des étrangers à la préfecture n’est pas de 150 personnes mais d’environ 500 par jour, tous types de demandes confondus. » (…). Il reconnait cependant que la capacité d’accueil de la préfecture est devenue insuffisante. »
http://essonneinfo.fr/91-essonne-info/11242/galere-des-ressortissants-etrangers-le-prefet-reagit/

   

Juillet 2011 Essonne info : « La société civile a décidé de réagir, ce mardi, aux conditions d’accueil réservées aux résidents étrangers à la préfecture de l’Essonne (…). Ce mardi matin (5 juillet 2011), un rassemblement était organisé par un collectif d’associations, soutenues par des syndicats et partis politiques. »
http://essonneinfo.fr/91-essonne-info/11521/un-premier-rassemblement-pour-les-naufrages-de-laprefecture/

Septembre 2011 Le Parisien : « Pour en finir avec les files d'attente interminables, qui s'étirent parfois toute la nuit devant ses locaux, la préfecture de l'Essonne tente d'améliorer l'accueil des étrangers. A partir d'aujourd'hui (19 septembre 2011), un nouveau guichet sera réservé aux demandes de changements d'adresse, d'état civil ou de duplicata de titre de séjour. Par ailleurs, les étrangers titulaires d'une carte de séjour étudiant résidant dans l'arrondissement d'Evry peuvent désormais prendre rendez-vous sur Internet pour déposer leur demande de renouvellement. »
http://www.leparisien.fr/evry-91000/un-effort-pour-l-accueil-des-etrangers-en-prefecture-19-09-20111614391.php

Le Républicain : « Le guichet rapide destiné à faciliter la prise en charge des changements d’adresse et d’état civil des titres de séjour, ainsi que les demandes de duplicata, est opérationnel depuis le lundi 19 septembre. Reste à savoir si cette nouvelle disposition permettra enfin de résorber les files d’attente nocturnes des ressortissants étrangers. »
http://www.le-republicain.fr/index.php?option=com_flexicontent&view=items&id=4584:evryouverture-guichet-rapide-prefecture-de-lessonne-pour-accueil-ressortissants-etrangers

Essonne info : « La première séance publique du Conseil général de cette rentrée avait lieu ce lundi (27 septembre 2011) à l’Assemblée départementale de l’Essonne (…). Les élus ont demandé au préfet comment celui-ci comptait résoudre le problème de l’accueil des résidents étrangers à la préfecture. Michel Fuzeau, qui a précisé avoir rajouté quatre personnes supplémentaires pour l’accueil des étrangers a prévenu les élus départementaux : « Attention à ne pas mettre d’étincelles » sur un sujet qu’il considère comme « sensible ». »
http://essonneinfo.fr/91-essonne-info/12597/le-prefet-interpelle-par-lassemblee-departementale/

   

Décembre 2011 Dimanche 4 décembre 2011 L’Express : « EVRY - A 06H00, trois heures avant l'ouverture et après une nuit blanche pour certains, une centaine d'étrangers patiente devant la préfecture à Evry: en Ile-deFrance, matinée après matinée, la scène se répète, suscitant l'indignation d'associations qui appellent à une semaine de mobilisation (…). De lundi à vendredi (du 5 au 9 décembre 2011), un collectif appelle à des rassemblements devant les préfectures d'Ile-de-France: "On demande qu'il y ait plus de moyens mis en œuvre, qu'il y ait une humanisation des pratiques et qu'on traite dignement ces personnes. Il faut respecter la loi, fixer des délais décents pour une réponse", explique à l'AFP David Hedrich, de Dom'Asile. "Cet été, on a connu des files d'attente de 150 à 200 personnes qui ont attendu soit tôt le matin, soit tard la nuit. Aujourd'hui, ce temps d'attente a diminué", assure Pascal Sanjuan, secrétaire général de la préfecture de l'Essonne, qui accueille en moyenne 530 étrangers chaque jour. Face à une situation "très insatisfaisante", la préfecture a affecté "quatre agents supplémentaires", "un site internet a été mis en place", ainsi qu'un guichet pour les prestations rapides." »
http ://www.lexpress.fr/actualites/1/societe/les-etrangers-continuent-a-faire-la-queue-devant-lesprefectures-d-ile-de-France_1057762.html

Du 5 au 9 décembre 2011 (à Evry le 8 décembre, de 6h à 9h) Semaine de rassemblement devant les préfectures d’Ile de France, à l’appel de dizaines d’associations et de syndicats16 "Assez d'atteintes aux droits et à la dignité des personnes dans les préfectures!" A Evry : Tract17 et photos18 du rassemblement

Annexe n°3 Annexe n°4 18 https://picasaweb.google.com/107118568106201623620/RassemblementDevantLaFileDAttenteALaPrefecture DEvryDe6HA9HLe7122011?authkey=Gv1sRgCIPTwJeSv_G-lQE&feat=email
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12 décembre 2011 Libération : « Cinq heures du matin, par un froid de canard, sur le trottoir qui longe la préfecture de l’Essonne à Evry, ils sont déjà une centaine en file indienne à grelotter derrière des barrières. Marie-Louise s’encourage en tapotant ses pieds gelés : «Allez, plus que trois heures de temps et ils ouvriront les grilles.» Elle est arrivée ici à 2 heures du matin, toute seule, avec sa chaise pliante et une couverture, par le bus de nuit. «La semaine dernière, je suis venue à 4 h 30. J’ai fait la queue cinq heures et, arrivée au bout, on m’a dit de revenir, il y avait trop de monde avant moi.»
http ://www.liberation.fr/societe/01012377013-pour-cinq-minutes-d-entretien-il-faut-patienter-vingtheures

14 décembre 2011 Canal + : Reportage sur les files d’attente à la préfecture d’Evry, lors du rassemblement du 8 décembre
http://player.canalplus.fr/#/560663

Communiqué de presse de la Campagne Ile de France contre les atteintes aux droits et à la dignité des personnes dans les préfectures19 : « Au cours de ces actions, de nombreux témoignages ont été recueillis, par les militants et par les journalistes présents. Ils confirment à quel point les étrangers sont mal traités dans les préfectures : manque d’information, refus de dossiers, obligation de démarches répétitives, dossiers qui s’accumulent, délais de réponse démesurés, multiplication des titres précaires (dont le renouvellement fréquent augmente mécaniquement les files), non respect des procédures, etc. »
http://www.gisti.org/spip.php?article2491

15 décembre 2011 Essonne info : « Voilà des mois que nous vous alertons sur la situation de dizaines de résidents étrangers de notre département, contraints de dormir devant les grilles de la préfecture, afin de renouveler leurs papiers (…). Les mois ont passé depuis ces soirées de mai et juin. (…). L’automne est arrivé, et la file d’attente a changé de lieu. Auparavant située rue des Mazières, sous les fenêtres de riverains à bout de nerfs, la queue a été déplacée boulevard de France, c’est-à-dire de l’autre côté (…). Avec l’arrivée du froid, la situation devient difficile pour ces hommes et femmes qui passent la nuit sur place, bien qu’en se relayant, comme le relate le témoignage de trois étudiantes20 du master Droits de l’HommeDroit Humanitaire de l’université d’Évry. »
http://essonneinfo.fr/91-essonne-info/17200/le-calvaire-des-residents-etrangers-se-poursuit-dans-lefroid/

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Communiqué intégral en annexe n°5 Notre témoignage de la veillée nocturne, annexe n°2 

   

GISTI : « Le motif même de la demande de régularisation peut être utilisé pour rejeter d’office certaines catégories de demandeurs ou demandeuses. A cet égard, la préfecture d’Evry (Essonne) s’illustre par les étonnantes libertés prises avec la règle de droit, et a développé des pratiques inédites. (…). L’actuel préfet de l’Essonne, a en effet décidé, par un exercice totalement arbitraire de son pouvoir discrétionnaire, de n’instruire aucun dossier de demande de titre de séjour fondée sur une présence de dix années sur le territoire français, certain que ce type de demande sera en tout tat de cause rejeté. Les intéressé.e.s se voient ainsi refuser l’obtention d’une décision, même de rejet, qui est pourtant un préalable indispensable à un recours, le cas échéant, devant la juridiction administrative. » La Revue du Gisti, Plein droit, n°91, décembre 2011 « Les bureaux de l’immigration », p. 2122 Février 2012 Question au gouvernement à l’Assemblée Nationale le 2 février 2012, au sujet des conditions d’accueil des étrangers à la préfecture de l’Essonne et à la sous-préfecture de Palaiseau, par François Lamy, député – maire (PS) de Palaiseau : « Actuellement, les files d’attente nocturnes ont disparu aussi bien à Evry qu’à Palaiseau. Tous les ressortissants étrangers qui se présentent au pré-accueil sont présents dans la journée. A Evry tous les étrangers qui se présentent peuvent déposer leur dossier. », réponse de Mme Marie-Luce PENCHARD, Ministre auprès du Ministre de l’Intérieur
http://www.dailymotion.com/video/xob5ke_question-au-gouvernement-au-sujet-des-conditions-daccueil-des-etrangers-a-la-prefecture-de-l-essonn_news

Sur un tel sujet où se mêlent le politique, le militantisme et la défense des droits de l’homme par le biais d’associations venues dénoncer la situation des files d’attente nocturnes à l’occasion des diverses manifestations, il nous fallait garder à l’esprit que le but de notre démarche devait essentiellement être juridique. C’est d’ailleurs en cette qualité de « juristes » que nous avons pu obtenir un premier rendez-vous avec le chef du bureau du service des étrangers de la préfecture, rendez-vous qui initiera notre étude vue de l’intérieur.

   

II. L’adaptation du service public des étrangers à la préfecture de l’Essonne
Après avoir fait un bilan extérieur de la situation, notre attention s’est portée sur le fonctionnement interne de la préfecture de l’Essonne. Au terme d’un second rendez-vous avec le chef du service des étrangers et en présence cette fois du Secrétaire Général de la préfecture, une mise en observation nous a été accordée. Nous avons tout d’abord cherché à déterminer les contraintes externes qui pèsent sur l’organisation de la préfecture pour ensuite, se concentrer sur les choix propres d’organisation de la préfecture en tant que politique publique territorialisée. A. L’évolution perpétuelle du droit des étrangers Le phénomène d’inflation législative touchant le droit des étrangers doit nécessairement être abordé pour pouvoir faire état des contraintes externes qui pèsent sur l’administration française et plus particulièrement sur le service des étrangers de la préfecture de l’Essonne. 1. Le résultat de politiques publiques nationale et communautaire L’inflation législative que subit le droit des étrangers a une double origine : l’une nationale et l’autre internationale. Le droit communautaire s’est en effet emparé du thème de l’immigration. De ce fait, le droit français se doit d’être en conformité avec les normes de l’Union européenne. Le législateur français n’a d’autre choix que de transposer les dispositions en droit interne lorsque le droit communautaire l’exige. La seconde origine, nationale, joue pour sa part un rôle déterminant dans le phénomène d’inflation législative. En adoptant de manière régulière de nouveaux textes en matière d’immigration, le législateur par l’intermédiaire du phénomène majoritaire - soutient ouvertement les gouvernements en place depuis 2003. Cette politique nationale a tout d’abord cherché à mettre en œuvre une politique de « l'immigration choisie » plutôt que « subie » pour finalement aboutir à une restriction pure et simple de l’immigration. Avalisée par le législateur, la politique d’immigration a généré une multiplication des textes de loi comme l’illustrent ces nombreuses « lois ministérielles » :

   

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La loi du 26 novembre 2003, dite « Loi Sarkozy », relative à la maîtrise de l'immigration, au séjour des étrangers en France et à la nationalité, qui limite l'immigration familiale et encourage l'immigration professionnelle ; La loi du 10 décembre 2003, dite « Loi Villepin », modifiant la loi n°52-893 du 25 juillet 1952 relative au droit d'asile, qui durcit les possibilités d'obtention du statut de réfugié ; La loi du 24 juillet 2006, dite « Loi Sarkozy II », réformant le Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui réduit l'étranger à la force de travail qu'il représente ; La Loi du 20 novembre 2007, dite « Loi Hortefeux », relative à la maîtrise de l'immigration, à l'intégration et à l'asile, qui, notamment, prévoit l’identification par les empreintes génétiques des enfants entrant sur le territoire dans le cadre du regroupement familial ; la non-motivation de la décision d’obligation de quitter le territoire français (OQTF) après un refus ou un non-renouvellement de titre de séjour ; l’exigence d’une autorisation spécifique pour les étrangers résidents de longue durée souhaitant exercer une profession commerciale ; la suspension des prestations familiales en cas de non-respect du contrat d’accueil et d’intégration ; l'exigence de conditions de ressources pour les personnes handicapées qui demandent le regroupement familial. Toutes ces réformes ayant d'ailleurs été considérées par la Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Egalité (HALDE) comme ayant un caractère discriminatoire ; La loi du 16 juin 2011, dite « Loi Besson/Hortefeux/Guéant », relative à l'immigration, à l'intégration et la nationalité, qui porte essentiellement sur l'éloignement des étrangers.

L'inflation des textes concernant les étrangers en 2011 est d’autant plus flagrante. En effet, au cours de l'année passée, nous avons dénombré pas moins de trois nouvelles lois, sept nouveaux décrets et deux nouveaux arrêtés susceptibles de concerner le service des étrangers de la Préfecture de l'Essonne : 9 février 2011 : Décret n°2011-163 sur le montant des taxes prévues aux articles L. 311-13, L. 311-14 et L. 311-15 du CESEDA ; 14 mars 2011 : Loi n°2011-267 « Orientation et programmation pour la performance de la sécurité intérieure » ; 31 mars 2011 : Arrêté « Documents et visas exigés pour l'entrée des étrangers sr le territoire européen de la France » ; 12 mai 2011 : Arrêté fixant la liste des diplômes au moins équivalents au master pris en application du 2° de l'article R311-35 et du 2° de l'article R313-37 du CESEDA ; 17 mai 2011 : Loi n°2011-525 « de simplification et d'amélioration de la qualité du droit » (articles 18 et 162) ;
   

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8 juin 2011 : Décret n°2011-638 « Application de gestion des dossiers des ressortissants étrangers en France, titres de séjour et titres de voyage des étrangers (articles 1er à 7 et article 8) ; 16 juin 2011 : Loi n°2011-672 « Immigration, intégration et nationalité » (articles 1er à 7, 8 à 70, 89 à 96, 97, 98, 99, 101 à 108, 111, 50-II et 111) qui intègre en droit français, les directives communautaires de 2008 et 2009 « Retour » et « Sanction » respectivement; 8 juillet 2011 : Décret n°2011-819 « Application de la loi n°2011-672 du 16 juin 2011 relative à l'immigration, à l'intégration et à la nationalité » ; 8 juillet 2011 : Décret n°2011-820 « Application de la loi n°2011-672 du 16 juin 2011 relative à l'immigration, à l'intégration et à la nationalité et portant sur les procédures d'éloignement des étrangers » ; 29 août 2011 : Décret n°2011-1031 « Conditions d'exercice du droit d'asile » ; 6 septembre 2011 : Décret n°2011-1049 « Pris pour l'application de la loi n°2011-672 du 16 juin 2011 relative à l'immigration, à l'intégration et à la nationalité et relatif aux titres de séjour » (articles 2 à 50 et 62) ; 7 septembre 2011 : Décret n°2011-1070 « Entrée en vigueur des dispositions relatives aux taxes sur les titres de séjour et les titres de voyage prévues à l'art. 77 de la loi n°2010-1657 du 29 décembre 2010 de finances pour 2011 ».

2. La réception des textes par le bureau des étrangers d’Evry La constance avec laquelle le législateur légifère en droit des étrangers impose au service public toujours plus d’adaptabilité afin d’entrer en conformité avec la loi. Chaque modification textuelle engendre une adaptation du service des étrangers de la Préfecture d'Evry. En effet, lorsqu'un nouveau texte apparaît, modifiant les conditions d'accueil ou de traitement des dossiers, ce sont tous les agents préfectoraux qui doivent en connaître les éléments afin de pouvoir renseigner au mieux les usagers. Dans un contexte d'inflation législative, comme nous l'avons vu, se pose la question de savoir comment les agents réceptionnent ces nouvelles informations qui évoluent à une vitesse considérable. Le bureau des étrangers de la Préfecture d'Evry nous a indiqué la façon dont certains textes de 2011 avaient été réceptionnés et leur perception sur ces modifications :  Lorsque les modifications ne sont pas très importantes, le chef du service des étrangers fait passer une note à ses agents afin de les informer des changements en question ;  Les modifications apportées par le décret du 9 février 2011, augmentant les taxes perçues par l'OFII et ainsi les tarifs des titres, et par l'arrêté du 12 mai 2011, fixant la liste des diplômes au moins équivalent au master acceptés à l'appui d'une demande ou d'un renouvellement de carte de séjour temporaire avec mention « étudiant », ont fait
   

l'objet d'une réunion dirigée par le chef du service des étrangers auprès de ses agents, une fiche de procédure ainsi qu'un compte-rendu leur a été remis ;  La loi du 14 mars 2011 a déshabilité la Préfecture à prendre les photos d'identité au profit d'entreprises privées, ce qui, malgré tout, lui permet de gagner du temps et ainsi de recevoir plus d'usagers ;  Le décret du 8 juin 2011, en application du règlement communautaire de 2008, met en place l'utilisation du logiciel AGDREF 2 avec enregistrement biométrique dans les préfectures. Les agents ont reçu une formation sur l'utilisation de ce logiciel, les obligeant ainsi à s’absenter du service et donc à réduire la capacité d’accueil de celuici. Ce décret revoit également le format du titre de voyage, qui doit désormais être fait par l'imprimerie nationale et non plus directement par la Préfecture, or, si cela la déleste, les délais de fabrication augmentent et sont alors plus chers, comme nous le fera remarquer le chef du service des étrangers ;  La loi du 16 juin 2011 étend les visas de long séjour valant titre de séjour directement en visa d'un an, ainsi la Préfecture n'a plus à recevoir les individus concernés en première demande, ce qui permet de recevoir plus d'usagers. Néanmoins, le bureau fera mention de la création d'un statut pour jeunes majeurs, introduit par cette loi, particulièrement compliqué, et qu'ils ne mettent en œuvre que difficilement avec leurs partenaires.

Finalement, le chef du service des étrangers avouera à demi-mots, que pour lui, autant que pour ses agents, c'est « difficile de suivre ». Les agents du pré-accueil confirmeront cette difficulté lors de notre mise en observation. Lorsque nous les interrogeons sur leur capacité à intégrer les nombreuses modifications législatives21, ils avouent avoir du mal à tout assimiler (qui pourrait leur reprocher ?). Non juristes de formation, les agents du pré-accueil sont seulement formés au droit des étrangers pendant trois jours. En cas de changement dans les procédures relatives aux étrangers, une simple réunion a lieu. Ces difficultés liées à la lisibilité du droit des étrangers est particulièrement nuisible pour l’usager. En effet, la multiplication des textes de loi rend sa mise en œuvre complexe. Si les agents en contact direct avec les usagers ont des difficultés à assimiler les modifications récurrentes, comment
du pré-accueil prend pour exemple les étrangers malades : auparavant, ils devaient se rendre chez un médecin agréé puis déposer leur dossier à la préfecture. Désormais, il faut se rendre chez un médecin qui enverra le dossier à l’Agence régionale de santé puis l’étranger devra se présenter à la préfecture un mois après son rendez-vous chez le médecin. 
21  L’agent

   

l’information peut-elle être retransmise de façon claire aux étrangers, eux-mêmes issus d’une culture juridique différente ? Nous-mêmes étudiantes en droit n’avons toujours pas cerné, en trois mois d’étude, nombre de subtilités liées au traitement des procédures du CESEDA. Il apparaît donc clairement que la politique nationale en matière d’immigration conjuguée aux exigences communautaires va à rebours des objectifs de politique nationale en matière d’amélioration dans l’accès au service publique. A ces contraintes externes s’ajoutent les choix internes de la préfecture de l’Essonne, choix présentés comme des améliorations par l’Administration mais présentant toutefois de nombreuses contradictions.

B. Les ajustements propres à la préfecture de l’Essonne

Si toutes les préfectures appliquent en principe le même droit, les pratiques sont cependant propres à chaque service des étrangers. Nous allons tâcher dans cette partie de vous présenter le point de vue de la préfecture de l’Essonne sur ces « ajustements internes » pour ensuite le mettre en perspective avec nos observations respectives.

1. Les améliorations revendiquées par l’Administration Selon les sources, les files d’attente nocturnes devant les grilles de la préfecture de l’Essonne ont commencé à se former entre janvier et mars 2011. Pour le Préfet, interrogé au mois de mai, cette situation se justifie par l’arrivée de la biométrie sur les cartes de séjour et la nécessaire mise aux normes de l’Administration aux passeports biométriques pour laquelle le département de l’Essonne a été choisi comme site pilote pour expérimenter le logiciel AGDREF222. Pour cette raison, mais aussi en vertu de la Révision générale des politiques publiques (RGPP) qui vise à limiter les dépenses, seule la préfecture d’Evry, et parfois la sous-préfecture de Palaiseau, sont habilitées désormais à
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Refonte de L'Application de Gestion des Dossiers des Ressortissants Étrangers en France (AGDREF) qui permet de gérer les dossiers des ressortissants étrangers en France, depuis la demande de titres de séjour jusqu'à leur délivrance, de contrôler la régularité du séjour des étrangers et de produire des statistiques sur les flux migratoires

   

recevoir les demandes des étrangers résidents. L’expérimentation du dispositif d’AGDREF2 a eu pour conséquence de devoir former quatre agents aux nouvelles procédures pendant les vacances d’avril ce qui aurait entrainé du retard dans le traitement des dossiers mais le Secrétaire général de la préfecture prévoyait en mai un retour à la normale pour septembre. A ces nouvelles contraintes s’est ajoutée la reprise en préfecture (1er mars 2011) de l’accueil des étrangers jusqu’alors effectué dans deux commissariats et dans soixante-et-onze mairies (9 mai 2011), ce qui a généré une augmentation des étrangers à accueillir de l’ordre de 10%. Au mois de décembre, alors que les files d’attente perdurent, le Secrétaire général indique avoir cependant pris les mesures nécessaires pour améliorer les conditions d’accueil des étrangers, pour résorber le temps d’attente à l’intérieur et pour remédier à la formation de files d’attente, évoquant les aménagements suivants : - Remplacement des barrières provisoires (jusqu’en avril) par l’installation de barrières fixes, des serpentins, pour éviter les resquilleurs et les mouvements de foule - Une réorganisation des guichets avec l’inversion des halls (entre le service carte grise et le service des étrangers) et du coupe une attente aux guichets à l’intérieur de la préfecture et non plus à l’extérieur ; la mise en place d’un guichet pour les prestations rapides pour les demandes de renouvellement de récépissé et les changements d’adresse, sans restriction, de 9h à 16h ; ainsi que trois guichets de pré-accueil. - Un renforcement en terme d’effectifs, de quatre agents supplémentaires, pour répondre à l’insuffisance de la capacité d’accueil de la préfecture. - La mise en place d’un site internet pour délivrer des informations et permettre le téléchargement de formulaires : avec dès le printemps les formulaires de listes de pièces à fournir en ligne pour la constitution d’un dossier de première demande ou de renouvellement de titre de séjour et depuis le 1er septembre la possibilité pour les ressortissants étrangers titulaires d’une carte de séjour « étudiant » et résidant dans une commune de l’arrondissement d’Evry de prendre un rendez-vous pour le dépôt de leur demande de renouvellement de titre de séjour, possibilité étendue ensuite aux demandeurs d’un renouvellement d’une carte de séjour munie de la mention « conjoint de français ».

   

Si bien qu’en décembre 2011, le Secrétaire général semble ne pas comprendre les raisons qui poussent les usagers à dormir devant les grilles avant d’affirmer en février 201223 que « les files d’attente sont derrière nous », précisant que parmi ceux qui font encore la queue la nuit, beaucoup viennent alors qu’ils n’ont aucune chance d’obtenir un titre de séjour. Le Secrétaire général conteste par ailleurs la polémique des cent cinquante tickets puisque la préfecture accueille jusqu’à cinq cent cinquante personnes en plus chaque jour. Pour autant, les gens continuent de faire la queue la nuit. Mais le Secrétaire général considère que beaucoup pourraient s’en passer. Regrettant en juin le manque d’informations qui parviennent aux usagers et reconnaissant « ne pas avoir suffisamment communiqué sur les nouvelles procédures », aucune amélioration en ce sens n’a été faite depuis la pose au mois d’avril d’un panneau d’affichage dont la signalétique n’a toujours pas été revue. Quant au chef du service des étrangers, celui-ci déclarait en février 2012 que la capacité d’accueil de chaque guichet n’a pas été saturée depuis novembre 2011 alors qu’il reconnaissait en décembre 2011, au cours de notre entretien (annexe n°6), l’existence des files d’attente nocturnes. Bref, autant de contradictions que nous avons pu relever lors de nos observations.

2. Les contradictions révélées au cours d’observations Notre mise en observation des guichets du service des étrangers à la préfecture de l’Essonne s’est échelonnée sur la période allant du 17 février au 2 mars, à raison d’une journée et demi à deux journées chacune, ce qui, en soi, est largement insuffisant pour « faire le tour » de toutes les pratiques mais qui nous a tout de même permis d’en tirer des observations. N’ayant pas eu la même approche, le même ressenti et a fortiori les mêmes observations, nous avons choisi d’établir un rapport d’observation propre à chacune dont voici un aperçu : Observation n°1 (Carole Utchanah) Observations des mardi 21 février (matin) et vendredi 2 mars

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Entretien du 13 février 2012

   

Le matin, en arrivant à la Préfecture de l’Essonne, je constate, comme d’habitude, la file d’attente dans le serpentin blanc. Je vais discuter avec les premiers de la file pour savoir à quelle heure ils sont arrivés pour faire la queue. Deux ou trois personnes me répondent qu’ils ont passé la nuit devant la Préfecture mais très vite, les suivants disent qu’ils sont arrivés à 4h. Il semblerait donc que, depuis notre observation de novembre, une amélioration ait eu lieu, bien que la majorité des personnes arrivent entre 4 et 5h du matin, ce qui reste encore trop tôt pour pouvoir accéder à un service public. A l’intérieur de la Préfecture je reste en observation en grande partie au pré-accueil, qui est, selon le chef du service des étrangers et les agents, le lieu principal d’accueil des étrangers. Néanmoins, il faut noter qu’au pré-accueil, si les guichets reçoivent la grande majorité des étrangers, surtout ceux qui ont attendu des heures devant la Préfecture, l’accueil général informe tous ceux qui arrivent dans la journée, ainsi que certaines personnes dans le cadre de certaines procédures (naturalisation, retrait de carte de séjour). C’est pour accéder aux guichets du pré-accueil que l’attente est la plus longue alors que celui-ci n’a pour principale mission que de diriger les étrangers vers le guichet correspondant à leur demande. En effet, dans la majorité des cas, les étrangers, qui ont déjà attendu des heures dehors, attendent encore longtemps, parfois plusieurs heures, pour accéder aux guichets du préaccueil et une fois arrivé là, on leur demande la raison de leur venue, pour alors simplement les diriger vers les guichets compétents au vu de leur demande et leur donner un nouveau ticket avec un numéro de passage pour aller une nouvelle fois attendre leur tour dans la file d’attente du guichet concerné. Il y a 4 sections vers lesquelles le pré-accueil peut envoyer les personnes : l’immigration familiale ; l’immigration professionnelle ; les procédures spéciales et les premières demandes en matière de procédures spéciales. Selon les effectifs et sur la base d’une moyenne du temps de traitement d’un dossier selon les sections, un nombre de ticket à distribuer au pré-accueil est fixé par avance chaque jour. Le vendredi 2 mars, l’immigration familiale pouvait recevoir 44 usagers, l’immigration professionnelle 80, les procédures spéciales 25 et les premières demandes de procédures spéciales 8 à 10. Dès la matinée, la quatrième section a été saturée, le pré-accueil demandant aux personnes se présentant pour ce type de demande de revenir un autre jour car n’ayant plus de tickets. Cependant, les autres sections n’ont pas atteint leur nombre d’usagers maximum, l’immigration familiale ayant reçu 38 individus dans la journée. Il faut préciser que la journée du vendredi est la plus calme de la semaine, il n’y a eu ce jour que 171 personnes qui sont venues. A titre de comparaison, le mardi matin, le rythme était beaucoup plus soutenu.
   

Il y a 3 guichets au pré-accueil, les 3 agents en poste sont tous arrivés en septembre 2011, ils ont suivi une formation de 3 jours, n’étant pas juristes et encore moins spécialistes du droit des étrangers, avant d’entrer en fonction. Les agents sont courtois, l’une d’entre eux me dira à quel point c’est important de recevoir et de garder le sourire avec les usagers, ceuxci ayant attendu très longtemps et étant parfois dans des situations difficiles, selon elle, elle les reçoit donc toujours calmement et avec le sourire tandis que son collègue, au guichet à côté, lui fait de l’humour pour apaiser les tensions. Le pré-accueil, cependant, traite lui-même des demandes de titre de séjour de 10 ans, et parfois, avant d’envoyer les usagers vers le guichet concerné par la demande, fait une première vérification des pièces demandées, bien que ce soit le guichet qui approuvera ou non ces pièces. Les usagers faisant une demande de titre de 10 ans doivent nécessairement faire, en même temps, une demande de carte de séjour d’un an, « au cas où leur demande de 10 ans ne soit pas acceptée ». De nombreux étrangers viennent à la Préfecture pour renouveler un titre avant que ce dernier n’arrive à péremption, cependant, de manière systématique, ils sont renvoyés lorsqu’ils se présentent avant les 2 mois précédant l’expiration de leur titre antérieur. Les dépôts de dossier doivent se faire dans la période de 2 mois avant la péremption voire même après (s’ils n’ont pas fait l’objet d’une obligation de quitter le territoire en attendant) la péremption effective du titre dont ils disposaient, ce qui me semble bizarre sachant qu’ils viennent pour éviter de prendre tout risque d’attente entre la péremption de leur titre de séjour et leur nouveau titre renouvelé pour éviter d’être éloignés pendant ce laps de temps. Le site internet de la Préfecture de l’Essonne permet aux usagers de retirer certains dossiers sans avoir à venir sur place. Néanmoins, le pré-accueil vérifie que le dossier retiré est bien celui qui correspond à la personne en question, le nombre de dossiers étant impressionnant. Un des agents me dira qu’il est nécessaire de vérifier car « ils se trompent souvent », mais dans ce cas, pourquoi ne pas améliorer la qualité de l’information sur le site ? Quand je demande pourquoi certaines procédures par voie postale n’est pas possible, tel que l’envoi du dossier aux usagers et le renvoi du dossier complété avec les pièces demandées par la Préfecture - ce qui permettrait de désengorger le service des étrangers - , le chef du service en question m’informe qu’avec la mise en place des titres biométriques, conformément au règlement communautaire n° 380/2008 du 18 avril 2008 et à la décision du Conseil d’Etat du 26 octobre 2011, les procédures par voie postale ont été paralysées, car il
   

est devenu nécessaire de voir l’étranger dès le début de la procédure alors qu’avant, la présentation physique n’était obligatoire qu’une fois au cours de la procédure et pouvait ne se faire qu’au moment du retrait du titre. Ces nouvelles conditions ont engendré un afflux de 150 à 180 personnes en plus par rapport à avant, selon le chef du service. Mais dans ce contexte, l’inverse ne serait-il pas possible ? A partir du moment où la personne s’est présentée physiquement pour retirer puis déposer son dossier, ne serait-il pas possible de lui envoyer son titre par voie postale ? Cette solution ne semble pas envisagée.

Observation n°2 (Marjorie Simonet) Passer du côté des guichets du service des étrangers a le mérite de se rendre compte de la complexité des procédures et des situations personnelles des étrangers. On pourrait même dire qu’il y a autant de cas particuliers que de situations mais les contraintes nouvelles imposées par un droit sans cesse en proie à des modifications laisse peu de place à un traitement humain des usagers. L’entrée en matière de la mise en observation donne le ton : le chef du bureau du service des étrangers et l’un de ses agents vérifient l’authenticité d’un passeport. Le chef de service découvre qu’il a notamment été décousu, la Police Aux Frontières (PAF) est alors appelée pour venir chercher le détenteur de ce faux passeport qui attend dans la salle que l’agent le rappelle. Une partie de mon observation a eu lieu aux guichets 17 et 18 des demandeurs d’asile situés au fond du hall du service des étrangers. Suite à la réorganisation interne du service et à l’inversion des halls, ces deux guichets ont hérité du triple vitrage autrefois prévu pour les agents des caisses mais qui dorénavant sépare les deux agents affectés aux guichets asile des demandeurs d’asile, ce qui implique que les agents doivent hausser le ton pour se faire entendre ; les demandeurs d’asile, eux, parlent peu. Les demandes de protection au titre de l’asile se font les lundi/mardi/jeudi matins uniquement. A l’ouverture de la préfecture à 9 heures, l’un des agents filtre les demandes au niveau de l’accueil général en contrôlant la liste des pièces à présenter à l’appui, avant de retourner à son poste. Ce matin-là (un jeudi), il est 9h30 lorsque l’agent revient de l’accueil, ce qui signifie qu’aucun autre ticket ne pourra être délivré. Quinze tickets ont été attribués et les deux agents y passeront la matinée entière en alternant avec les demandes de titre de
   

voyages pour réfugiés et apatrides. Pour chaque demandeur qui présente les pièces exigées (quatre photos d’identité, une pièce d’identité en original et en copie, un justificatif de domicile), l’agent vérifie dans le système informatique si la personne est déjà enregistrée ; tel est le cas de cette algérienne qui a déjà un dossier à Sarcelles et qui a fait l’objet d’une obligation de quitter le territoire en juin 2010 ; alors l’agent la place en procédure prioritaire, ce qui ne lui donne ni accès à une autorisation provisoire de séjour (APS) ni à l’offre d’hébergement dans les Centres d’Accueil des Demandeurs d’Asile (CADA). Pour tous, l’agent pré-remplit un dossier bleu que la personne devra finir de compléter avant de revenir vendredi matin pour la délivrance de l’APS. Mais avant de repartir avec ce dossier, l’agent les emmènera dans une salle à part pour prendre leurs empreintes digitales. A ce moment-là, l’agent m’indique que les soudanais, les somaliens et les érythréens se « bousillent les doigts » pour échapper à l’exploitation de ces empreintes. Sauf pour l’algérienne à qui l’agent donne un rendez-vous à un mois, tous ceux qui ont déposé leur demande ce matin-là ainsi que les lundi et mardi matins de cette même semaine se présenteront le vendredi matin pour se voir remettre l’APS. Vendredi matin : L’agent auprès duquel je me trouve a une quinzaine de dossiers à écouler, tous en procédure « normale » excepté un en procédure « Dublin » que l’agent réserve pour la fin, précisant que c’est « plus long et plus délicat ». S’agissant de la procédure normale, l’agent vérifie s’il manque des informations dans le dossier (ce qui est pratiquement toujours le cas) et demande alors à l’intéressé de les compléter ; exemples : nationalité, noms des père et mère, date d’arrivée en France, moyen de transport pour arriver en France (je vois souvent d’écrit qu’ils ont voyagé par avion en empruntant un passeport mais qu’ils disent ne plus posséder lorsque l’agent le leur réclame, ou bien par pirogue ou encore par bateau). Puis l’agent leur remet à chacun :  l’APS (verte), valable un mois, portant la mention « En vue de démarches auprès de l’OFPRA »  un dossier OFPRA (formulaire de demande d’asile), en indiquant qu’il ont 21 jours pour soit le déposer soit l’envoyer (mais alors en recommandé, or cela n’est pas toujours bien précisé par l’agent), après l’avoir dûment rempli et y avoir joint :  l’original du registre de naissance (et de la traduction) ou du passeport  une photocopie de l’APS, l’original « sur vous »

   

 avec une date de rendez-vous à la préfecture un mois plus tard pour le suivi de la demande (avec l’attestation OFII le cas échéant et un justificatif de domicile de moins de 3 mois) Ces informations sont données de manière répétitive et à la hâte ; j’ai douté plusieurs fois de la réelle compréhension par les étrangers des démarches et des délais qui leur incombaient de respecter à partir de ce jour ; moi-même j’aurais eu besoin de tout noter pour être sûre de ne rien oublier. Quant au dossier en procédure « Dublin II » : Le demandeur d’asile, guinéen, est accompagné d’un ami traducteur. L’agent leur explique que la prise d’empreintes digitales a révélé que ces dernières étaient connues du système EURODAC, en Espagne ; dès lors, la France doit d’abord demander aux autorités espagnoles si elles acceptent de le réadmettre sur leur territoire et c’est seulement en cas de réponse négative de leur part que la demande de protection en France pourra se faire. L’agent procède à un petit questionnaire qui consiste principalement à retracer l’itinéraire du ressortissant guinéen depuis son pays d’origine. Il repartira ensuite sans APS et dans l’attente d’être convoqué ultérieurement par la préfecture pour connaître la décision de l’Espagne de le réadmettre ou non (cela peut prendre jusqu’à six mois). Visiblement, la procédure Dublin ne laisse pas l’agent indifférent : il me raconte qu’il arrive régulièrement que les demandeurs d’asile prennent peur et « disparaissent » du guichet, profitant d’une absence de l’agent parti photocopier un document ; que certaines fois, lors de leur convocation par la préfecture pour les aviser de la suite de la procédure, le pays par lequel ils ont initialement transité acceptant leur réadmission, ils sont alors emmenés sur le champ par la PAF vers un avion de retour, certains tentent alors de s’enfuir mais sont vite rattrapés par la police ; une personne néanmoins a réussi à se sauver. Au guichet de pré-accueil un mercredi matin : Le mercredi, il n’y a pas de dépôt de dossier ; l’agent oriente les demandes de renouvellement de récépissés vers le guichet rapide, fournit des formulaires (de visiteur, de renouvellement de carte de séjour d’un an pour vie privée et familiale…), ou documents (de circulation pour mineurs nés en France par exemple).

Au détour d’une demande de renouvellement de récépissé, l’agent m’explique que « la politique c’est de faire des récépissés ». Dans ce cas, le renforcement en terme d’effectif
   

revendiqué par la préfecture pour résorber les files d’attente présente un intérêt plus que restreint si l’étranger est obligé de revenir tous les trois mois renouveler son récépissé. De plus, l’agent auprès duquel je me trouve fait partie de cet effectif de renfort, or il apparait assez nettement qu’il se trouve désemparé face une législation de plus en plus complexe. En même temps, cet agent n’a eu que trois jours de formation, c’est peu pour appréhender un minimum le droit des étrangers. Mais du coup, les informations délivrées aux étrangers ne sont pas toujours exactes, l’agent peut exiger un document qu’un autre agent n’exigera pas, si bien qu’on arrive à une pratique voire à une politique variable d’un agent à un autre, d’un guichet à un autre, d’une préfecture à une autre… Si la préfecture commençait par respecter le délai de traitement des dossiers, les étrangers seraient moins nombreux à se présenter jour et nuit aux portes de la préfecture pour venir chercher leurs récépissés.

Observation n°3 (Anne-Laure Sablé) A mon sens, il existe de profondes contradictions entre le discours tenu par l’administration de la préfecture de l’Essonne et la réalité des pratiques dans l’accueil des étrangers.  Sur l’absence de nécessité de dormir dehors pour pouvoir être reçu A titre liminaire, il faut rappeler que le Secrétaire Général et le chef du service des étrangers de la préfecture de l’Essonne, au cours d’un entretien qui a eu lieu le 13 février 2012, nous ont assuré que le phénomène des files d’attente nocturne avait cessé à Evry depuis octobre-novembre 2011. Or, dans la nuit du 30 novembre au 1er décembre, des dizaines d’étrangers dormaient toujours depuis la veille au soir devant le bâtiment public. A la sortie du serpentin qui se trouve à l’extérieur de la préfecture, un agent administratif distribue des tickets aux étrangers afin de déterminer l’ordre de passage dans la queue du pré accueil à l’intérieur des bâtiments préfectoraux. Lorsque la distribution de tickets prend fin à l’extérieur (la distribution continue jusqu’à ce que le serpentin d’attente soit vide soit 153 tickets le 24 février 2012). Les étrangers arrivés après peuvent rentrer par l’accueil général de la préfecture et se diriger directement vers le pré accueil. Toutefois, ils n’ont aucun ticket. Ils devront donc attendre que les titulaires d’un ticket aient été reçus au pré accueil pour pouvoir à leur tour y accéder. Traiter les dossiers des étrangers avec un ticket prendra à peu près la matinée entière pour le pré-accueil. Les personnes sans numéro, qui arrivent donc
   

spontanément sans avoir fait la queue dans le serpentin à l’extérieur, se retrouvent confrontées à deux difficultés : Il peut tout d’abord exister un risque de saturation des guichets. Chaque guichet a une capacité maximale de traitement des dossiers par jour en fonction du personnel disponible. A titre d’exemple, le 1er mars, la capacité de traitement des dossiers par les guichets était de 44 dossiers pour l’immigration familiale, 30 pour l’immigration professionnelle, 25 pour les procédures spécialisées en cas de renouvellement et 8 (voire 10 au maximum) pour les procédures spécialisées mais cette fois en cas de première demande. Concrètement, la 45ème personne qui aura fait la queue pour un dossier d’immigration familiale et qui se présentera au pré accueil se verra refuser l’accès aux guichets « Immigration familiale ». D’après le chef de service, la capacité d’accueil n’aurait pas été saturée depuis novembre 2011. Pourtant, le 1er mars, un avocat se présente au pré-accueil avec son client étranger et demande à être reçu au titre d’une première demande de procédure spécialisée, il est environ 11 heures. L’agent lui accord alors un ticket pour se rendre au guichet « Procédures spécialisées ». Soulagé, l’avocat confie à l’agent administratif qu’il s’estime chanceux car il pensait ne pas recevoir de ticket à cette heure-ci. L’agent lui répond qu’effectivement, il ne reste plus que trois tickets disponibles. De toute évidence, la saturation des guichets existe bel et bien. Ensuite, et ce à partir de 13 h 30 environ, les premières demandes de titre de séjour ne sont plus acceptées. Comme ces dossiers prennent plus de temps à traiter que de simples renouvellements, les étrangers désirant déposer une première demande ne peuvent accéder aux guichets en charge de leur procédure. Enfin, que ce soit les agents du pré-accueil ou les agents de l’accueil général, tous ont déjà répondu à plusieurs reprises aux usagers n’ayant pas eu accès au guichet de leur choix de « revenir très tôt la prochaine fois ». En réalité, il est donc primordial pour un grand nombre d’étranger d’obtenir un ticket à l’extérieur, c’est-à-dire à la sortie du serpentin, pour pouvoir être reçu au guichet compétent. Mais il n’est pas seulement impératif d’être en possession d’un ticket, il faut en-sus être « correctement » placé dans l’ordre de passage pour éviter tout refoulement en cas de saturation du guichet recherché. Dès lors, l’attente nocturne s’explique facilement. Les délais ont une importance capitale en droit des étrangers. Si les usagers n’ont pas accès aux guichets, leur démarche peut être mise en péril soit parce qu’ils sont en situation irrégulière et qu’ils
   

cherchent à la régulariser, soit parce qu’ils sont en situation régulière mais avec un titre qui arrive à échéance. Le risque d’être mis en situation irrégulière pour ces derniers peut avoir des conséquences terribles. La présence massive de cinq policiers à l’extérieur le 24 février 2012 aux côtés de l’agent administratif qui délivre les tickets pour pouvoir accéder au pré-accueil, alors même qu’un hôtel de police se trouve à moins de cent mètres de la préfecture24, ne peut que produire un sentiment de peur auprès des étrangers et une volonté accrue de leur part de se maintenir en situation régulière ou d’être régularisé. Par conséquent, les files d’attente nocturne ont une origine profondément inscrite dans les dysfonctionnements du service des étrangers de la préfecture de l’Essonne ; dysfonctionnements en partie imputable vraisemblablement aux manques de moyens alloués à ce service public.

 Sur le fait qu’il est possible de retirer les formulaires avec la liste des pièces à apporter sur le site internet de la préfecture Cette information comporte des limites incontestables en matière d’immigration familiale ce qui concerne la plupart des dossiers d’après un agent du pré-accueil (information probablement confirmée par le fait qu’à ce type de procédures est délivré le plus grand nombre de tickets). En effet, seuls quelques formulaires sont disponibles sur le site car l’éventail de procédures est trop large. De ce fait, les usagers risquent de se tromper de formulaire. Les étrangers doivent donc venir à la préfecture une première fois pour retirer le formulaire qui correspond à leur situation puis revenir une seconde fois pour le déposer. Le 24 février 2012, un usager se présente effectivement avec un « mauvais » formulaire imprimé sur internet ainsi qu’avec ses pièces justificatives. L’agent lui répond qu’il s’est trompé et qu’il devra revenir cet après-midi pour retirer le bon formulaire (et donc encore une autre fois pour déposer le dossier). Je lui demande pourquoi, puisqu’il a fait la queue, elle ne peut pas lui donner le bon formulaire pour qu’il puisse revenir avec les bonnes pièces une seconde fois. Elle réitère qu’il doit se représenter dans l’après-midi. Il s’avère, en réalité, que toutes les pièces requises par ce « mauvais » formulaire correspondent aux pièces requises par le « bon » formulaire. Le chef de service vient observer la situation et finalement l’agent accepte le dossier puisque toutes les pièces nécessaires sont présentées. Le chef me fait remarquer à quel point l’agent peut être conciliant mais il précise ensuite qu’une telle faveur est possible

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Dont le Service Départemental de la Police Aux Frontières

   

uniquement les jours où l’affluence n’est pas trop forte. En réalité, si l’étranger n’avait pas insisté, son dossier aurait été refusé.

 Sur la recherche d’une meilleure productivité du service Puisque tout est question de crise économique et de restrictions budgétaires, le service des étrangers doit logiquement améliorer le traitement des dossiers tout en n’augmentant pas ses ressources. A ce titre, plusieurs contradictions sont à relever. Le guichet rapide : l’administration argue de l’installation d’un guichet dit « rapide ». Ce guichet est en charge du renouvellement des récépissés, des changements d’adresse pour les anciennes cartes et des attestations provisoires de séjour (APS) hors demandeurs d’asile. Pour pouvoir atteindre ce guichet rapide, il faut toutefois préalablement passer par le pré-accueil25. Pour les renouvellements de récépissé, l’usager donne une photographie à l’agent du pré-accueil qui transmet lui même le récépissé et la photographie au guichet rapide. Cette étape engorge inutilement le préaccueil et rend l’adjectif « rapide » du guichet des renouvellements inopérant (sauf l’après-midi où l’afflux d’usagers diminue). Les formulaires : les agents administratifs refusent de délivrer les formulaires contenant les pièces à produire trop en avance (plus de deux mois avant l’expiration du titre en cours). L’usager, en l’espèce un couple franco-étranger venu pour un changement de statut le 24 février 2012, s’est donc rendu une première fois au préaccueil pour rien. Il devra revenir une seconde fois pour une demande exactement similaire. De manière analogue, le 3 février 2012, un jeune homme vivant depuis près de dix ans sur le territoire français souhaite retirer le formulaire lui permettant de renouveler son titre de séjour. L’agent lui oppose un refus car il n’a pas son titre de séjour sur lui (la présentation du titre de séjour permettant, selon l’administration, de délivrer le bon formulaire) ; le jeune homme devra se représenter une autre fois avec son titre de séjour. L’étranger insiste en indiquant à l’agent qu’il vit en France depuis très longtemps et qu’il connaît par conséquent le formulaire qui lui est applicable.
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Annexe n°7 : Je viens pour renouveler mon récépissé ? Je me présente le matin à partir de 9h et je passe par le serpentin blanc (allée C. de Gaulle) pour aller au pré-accueil. Tout renouvellement de récépissé sera assuré jusqu’à 15h.

   

L’administration fait appel aux agents de sécurité puis à la police pour que l’usager laisse le pré-accueil libre. Encore, une fois, l’usager aura à revenir pour une démarche identique (comble de la situation : ce formulaire est disponible sur internet sans que soit demandé un quelconque numéro de titre de séjour et est donc accessible à tous). En terme de gestion du flux des usagers, la démarche pose quelques questions. Les récépissés : de la même façon que pour les formulaires, les agents administratifs refusent de renouveler un récépissé trop tôt. Ainsi, un étranger s’est présenté à la préfecture le 24 février 2012 pour renouveler son récépissé. Le pré-accueil le dirige vers le guichet rapide. L’agent l’informe qu’il s’est présenté trop tôt à la préfecture (trois semaines en l’occurrence avant l’expiration de son actuel récépissé) et qu’il devra revenir seulement deux ou trois jours avant l’expiration de son récépissé. A mon sens, le temps passé à la fois au pré-accueil et au guichet rapide pour finalement être renvoyé et devoir revenir deux semaines plus tard (j’ai observé des cas où les personnes devaient se représenter une semaine après) ne peut être analysé comme une recherche de meilleure productivité.

 Sur la clarté des informations Un seul exemple (qui peut être multiplié) : M., 17 ans, fille de réfugiés rwandais, veut retirer la liste des pièces à fournir à l’appui d’une demande d’asile (annexe n°8). A titre indicatif, voici ce qu’indique la page d’informations du site de la préfecture de l’Essonne (annexe n°7) : Je viens déposer une demande d’asile ? Je me présente à l’accueil général à partir de 9h (sans passer par le serpentin blanc situé allée C. de Gaulle) Je viens pour me renseigner ? Dans la file d’attente du pré-accueil de 10h à 16h N.B. Le retrait de la liste des pièces à fournir à l’appui d’une demande d’asile relève-t-il du dépôt d’une demande d’asile ou d’un renseignement ? M., à l’approche de ses 18 ans, se rend le 24 février 2012 à la préfecture de l’Essonne et explique à l’agent de l’accueil général qu’elle souhaite entreprendre des démarches en faveur d’une demande d’asile puisque ses deux parents bénéficient du statut de réfugié. L’accueil
   

général l’oriente alors curieusement vers la file d’attente extérieure, celle qui permet d’accéder au pré accueil (le pré accueil ne concernant que les titres de séjour et non la demande d’asile). A l’extérieur, l’agent qui distribue les tickets pour le pré accueil lui répond qu’elle ne se trouve pas dans la bonne file et qu’il faut passer par l’accueil général de la préfecture qui délivre les tickets en matière de demande d’asile. M. lui explique que l’accueil général l’a orientée vers la file d’attente extérieure. L’agent lui délivre finalement un ticket pour pouvoir accéder au pré accueil. Après avoir attendu toute la matinée, M. est finalement appelée par son numéro au pré accueil. Lorsque l’agent lui demande la raison de sa venue, elle explique sa situation. L’agent lui indique qu’il n’est pas compétent en matière d’asile et qu’il faut accéder au guichet dit demande d’asile en passant par l’accueil général. M. explique alors qu’elle a été orientée vers le pré accueil. Finalement, l’agent lui dit se rendre directement au guichet compétent mais sans ticket. A la réouverture du guichet en début d’après-midi, M. parvient enfin à s’adresser à l’agent compétent qui lui remet la liste des pièces.

   

III. Illégalité des pratiques administratives de la préfecture de l’Essonne : quelle justiciabilité ?

En accord avec notre premier thème de recherche, les files d’attente nocturne devant la préfecture d’Evry, nous avons cherché à rassembler les éléments de droits pertinents dans le but de remédier à une telle situation. De l’extérieur à l’intérieur, il n’y avait finalement qu’un pas. Nous nous sommes donc par la suite orientées vers les pratiques illégales internes dans la mesure où tous ces dysfonctionnements ont un lien. Car il paraît bien établi que toutes ces mesures s’inscrivent dans une politique déterminée : celle de décourager les étrangers par tous moyens. A. Une pratique externe : les files d’attente nocturne Concernant les files d’attente nocturne, nous avons développé deux types de raisonnements, l’un extra juridictionnel par l’intermédiaire du Défenseur des droits, l’autre juridictionnel par le biais du référé-liberté. 1. Procédure extra juridictionnelle : le Défenseur des droits Le principe d’égalité en droit administratif français énonce que les usagers du service public se trouvant dans une même situation doivent subir le même traitement. Le Conseil d’Etat lui a reconnu la valeur d’un principe général du droit (CE, Sect., 9 mars 1951, Soc. des concerts du conservatoire) et le Conseil constitutionnel une valeur constitutionnelle (Conseil constitutionnel 79-107, 12 juillet 1979, Ponts à péages). Si en principe aucune distinction ne doit être faite entre usagers aussi bien pour l’accès au service public que pour le service rendu lui-même, cette égalité n’est pas absolue. Des différences sont en effet possibles mais elles doivent être justifiées par des critères objectifs. Ainsi l’Administration peut-elle déroger au principe dans trois cas : si elle y est autorisée par la loi, pour un motif d’intérêt général où s’il existe une différence de situation objectivement appréciable entre les usagers (CE, Sect. 10 mai 1974, Sieur Denoyez et Sieur Chorques). En matière de droit des étrangers, les étrangers subissent-ils le même traitement ? S’ils se trouvent placés au départ dans une situation identique face à la loi qui régit leur entrée et leur

   

séjour sur le territoire français, ils ne bénéficient toutefois pas tous des mêmes prestations en tant qu’usagers de l’administration préfectorale. En effet, les pratiques administratives variant d’une préfecture à une autre, il en résulte des traitements différents et ce, à tous les stades du déroulement d’un dossier déposé par un étranger : Certaines préfectures acceptent que les étrangers déposent leur dossier de demande de titre de séjour par voie postale tandis que la plupart imposent la présence personnelle de l’étranger. Les préfectures refusent parfois aux étrangers le dépôt du dossier pour pièces manquantes qui varient selon les préfectures. Les services de la préfecture ne mettent pas le même délai pour traiter les dossiers. Concernant l’instruction des dossiers, et ceux en particulier relatifs aux demandes de titre de séjour « salariés », certaines préfectures vont exiger le formulaire Cerfa tandis que d’autres acceptent un contrat de travail rédigé par l’employeur. Pour apprécier les demandes de titre de séjour « vie privée et familiale », là encore l’administration se fonde sur des critères variables. Ces divergences de pratique aboutissent à des différences de traitement qui ne sont pas fondées légalement, qui ne répondent pas à un objectif d’intérêt général ni à une différence de situation objectivement appréciable entre les usagers. Elles sont source d’insécurité juridique pour les étrangers et entrainent un traitement différencié illégitime et arbitraire entre étrangers eux-mêmes alors qu’ils sont placés dans une situation identique au départ. C’est pourquoi nous considérons que les pratiques administratives divergentes entrainent des discriminations entre étrangers placés dans une même catégorie. Pour cette raison, nous pensons qu’un recours au Défenseur des droits serait possible. Institué par la loi organique du 29 mars 2011, le Défenseur des droits est notamment chargé de lutter contre les discriminations, directes ou indirectes. Il pourrait être saisi par une association régulièrement déclarée depuis au moins cinq ans à la date des faits pour assister les victimes des discriminations qui s’estimeraient lésées par le fonctionnement des autorités préfectorales et tout particulièrement par leurs pratiques administratives en matière de traitement de leurs dossiers, et qui signaleraient par écrit les faits dénonciables. Mais des démarches auprès de la préfecture en cause et notamment auprès du défenseur des droits en préfecture auront dû être préalablement accomplies pour essayer de résoudre les difficultés.

   

2. Procédure juridictionnelle : le référé-liberté « Le droit sans dignité n’est que médiocrité et la dignité sans droit n’est que déraison. » (Blaise Pascal, Pensées)26 Les difficultés auxquelles font face les étrangers pour accéder aux services de la préfecture de l’Essonne emportent violation du principe de dignité humaine à notre sens. Contraints à devoir passer la nuit le long de la voie publique pour espérer voir leur dossier traité par le service des étrangers de la préfecture de l’Essonne, les usagers étrangers ressentent cette situation comme une humiliation. « La notion de dignité humaine est aussi liée à celles de respect et d’humiliation. La personne est considérée comme un être social. La notion implique donc la reconnaissance respectueuse de la dignité d’autrui. L’idée d’humiliation et de respect peut servir à l’interprétation de la dignité humaine. Définir la violation de la dignité en tant que comportement qui humilie, peut permettre de tenter d’ébaucher une définition conceptuelle de la dignité humaine. En outre, la perception de l’humiliation doit être comprise de façon subjective, c’est-à-dire comment la personne perçoit l’acte. »27 L’attente des usagers, telle que nous la décrivons dans notre témoignage, relève sans conteste d’une atteinte profonde au droit au respect de la dignité humaine. En outre, il nous semble que la qualification de « traitement dégradant » au sens de l’article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales28 pourrait être retenue. Dans un arrêt Tyrer contre Royaume-Uni29, la Cour européenne des droits de l’homme précise que « [les traitements dégradants] sont de nature à créer [chez ceux qui les subissent] des sentiments de peur, d’angoisse et d’infériorité propres à les humilier, à les avilir et à briser éventuellement leur résistance physique ou morale. »30 Quant à l’intention d’humilier ou d’avilir, elle n’est pas nécessaire. Comme l’a rappelé la Cour européenne dans une affaire V. contre Royaume-Uni31, « l’absence d’un tel but ne saurait toutefois exclure de façon définitive un constat de violation. »32 Enfin, dans une affaire

E. E., « La notion de dignité humaine dans la sauvegarde des droits fondamentaux des détenus » in Prison Policy and prisoner’s rights, 2008, p.45 27 Ibid, p.46 28 « Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. » 29 Cour européenne des droits de l’homme, Tyrer c. Royaume-Uni, 25 avril 1978, req. n°5856/72 30 Ibid, parr. 30 31 Cour européenne des droits de l’homme, V. c. Royaume-Uni, 16 décembre 1999, req. n°24888/94 32 Ibid, parr. 71

26 Aksoy

   

Peers contre Grèce33, alors même qu’il n’y avait pas eu véritable intention d’humilier ou de rabaisser le requérant, le fait que les autorités compétentes n’aient rien fait pour améliorer les conditions de détention de l’intéressé a emporté violation de l’article 3 de la Convention européenne des droits de l’homme. La situation dans laquelle sont laissés les étrangers de la préfecture de l’Essonne atteint selon nous le seuil de gravité requis pour qualifier de « dégradant » le traitement qui leur est infligé. Confrontés au froid et à la fatigue, les étrangers subissent une attente interminable dans le silence. A ces conditions particulièrement rudes s’ajoute l’humiliation ; l’humiliation d’avoir à passer la nuit dans la rue seulement dans l’espoir d’être reçu au guichet compétent du service des étrangers. Certaines personnes présentes lors de notre veillée iront jusqu’à utiliser ces mots forts, ces mots révélateurs du sentiment d’infériorité ressenti : « Ils nous prennent pour des animaux ! », « En fait, on se prostitue pour la préfecture. ». Le phénomène des files d’attente nocturne doit pouvoir trouver une réponse adaptée dans le droit français. En ce sens, nous pensons que l’atteinte subie par les usagers étrangers du service public relève en priorité de la procédure du référé-liberté. Le référé-liberté est une procédure d’urgence résultant de la loi du 30 juin 2000 qui permet au juge des référés de faire cesser l’atteinte portée à une liberté fondamentale par le biais de mesures de suspension ou d’injonction. Le référé-liberté est prévu à l’article L.521-2 du Code de justice administrative. Cet article dispose que, « saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. » N.B. Un référé conservatoire au titre de l’article L. 521-3 du Code de justice administrative aurait constitué une seconde option envisageable. Cependant, notre choix s’est porté sur le référé-liberté dans la mesure où nous avons choisi d’engager une réflexion sur l’atteinte à une liberté fondamentale. Pour autant, les développements de notre raisonnement ci-après pourraient demeurer adaptés aux conditions requises par le référé conservatoire (autrement appelé le référé mesures utiles) à savoir l’urgence et la nécessité de la mesure demandée.
33 Cour

européenne des droits de l’homme, Peers c. Grèce, 19 avril 2001, req. n°28524/95

   

Le fil de notre raisonnement réside dans cette question: l’exercice d’un droit peut-il impliquer l’existence de conditions contraires à d’autres principes ? Le phénomène des files d’attente nocturnes constaté à l’occasion de notre veillée dans la nuit du 30 novembre au 1er décembre devrait, selon nous, pouvoir faire l’objet d’un référé-liberté dans la mesure où cette attente nocturne constitue une modalité d’exercice d’un droit contraire au principe de dignité humaine. Pour obtenir une mesure de sauvegarde, plusieurs conditions doivent être satisfaites : il faut être en présence d’une liberté fondamentale l’atteinte portée doit être grave et manifestement illégale il doit y avoir une situation d’urgence

a) Sur l’urgence de la situation Au sens de la jurisprudence du Conseil d’Etat, la condition d’urgence doit être regardée comme remplie « lorsque la décision administrative contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre » (CE, Sect., 19 janvier 2001, Confédération nationale des radios libres, req. n° 228815). Le rétablissement du fonctionnement normal du service des étrangers de la préfecture de l’Essonne constitue une urgence à deux titres. Tout d’abord, les files d’attente nocturnes doivent prendre fin du fait de leur nature dégradante. Ces files d’attente nocturnes, ce sont des hommes et des femmes de tous âges mais aussi des enfants qui résistent tant bien que mal ; chaque heure qui passe les plongeant un peu plus dans un mutisme profond. Cette angoisse vécue de façon répétée, parfois à chaque nouvelle démarche, nous éclaire sur l’urgence de la situation. Remédier aux dysfonctionnements, c’est aussi pallier à l’urgence dans laquelle se trouve un certain nombre d’étrangers en situation irrégulière ou risquant de le devenir en cas de refus d’accès au guichet compétent. En limitant l’accès aux guichets par l’instauration de quotas journaliers pour chaque grand ensemble de procédure (immigration familiale, immigration professionnelle, procédures spécialisées), le service des étrangers de la préfecture d’Evry contraint les usagers à multiplier les démarches pour se maintenir en situation régulière ou tout simplement pour être régularisé. Les restrictions imposées par la préfecture de l’Essonne empêchent bien souvent les étrangers d’enregistrer leur demande de titre de séjour alors même que cette impossibilité peut
   

contraindre l’intéressé à résider irrégulièrement en France34. L’urgence est donc doublement caractérisée.

b) Sur l’existence d’une liberté fondamentale La dignité humaine est un principe matriciel de notre droit protégé à différentes échelles. Tout d’abord, la dignité humaine est protégée par la loi. L’article 16 du Code civil dispose que « La loi assure la primauté de la personne, interdit toute atteinte à la dignité de celle-ci et garantit le respect de l’être humain dès le commencement de sa vie. ». Cette consécration par le législateur en date du 30 juillet 1994 fait directement écho à la décision rendue quelques jours plus tôt par le Conseil Constitutionnel sur les lois bioéthiques. En effet, dans sa décision du 27 juillet 199435, le juge constitutionnel a érigé la dignité humaine au rang de principe à valeur constitutionnelle. La dignité humaine est donc un principe essentiel à la fois protégé aux rangs législatif, constitutionnel mais aussi international. La Déclaration universelle des droits de l’homme du 10 décembre 1948 y fait tout d’abord référence dans son préambule36. Référence reprise ensuite par les préambules des Pactes internationaux du 16 décembre 1966 relatifs aux droits civils et politiques mais aussi économiques, sociaux et culturels. Si, en revanche, la dignité humaine n’apparaît pas dans la Convention européenne des droits de l’homme du 4 novembre 1950, la Cour européenne a toutefois pallié à cette carence à travers sa jurisprudence. Dans un arrêt C. R. contre Royaume-Uni du 22 novembre 199537, elle considère ainsi la dignité humaine comme « l’essence même de la Convention »38. Enfin, la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne du 7 décembre 2000 consacre son premier article à la protection de la dignité humaine : « La dignité humaine est inviolable. Elle doit être respectée et protégée. » Invocable depuis le 1er décembre 2009, cette Charte consolide la dignité humaine en tant que liberté fondamentale à laquelle il n’est pas possible de déroger mais surtout à laquelle on doit assurer une protection de façon impérative.
refus d’enregistrer une demande de titre de séjour encourt l’annulation, d’autant qu’il contraint l’intéressé à résider irrégulièrement en France, TA Paris, 29 mars 1996, Zeggai, req. n°9413133-4 35  Conseil constitutionnel, 27 juillet 1994, Décision sur la loi relative au respect du corps humain et loi relative au don et à l'utilisation des éléments et produits du corps humain, à l'assistance médicale à la procréation et au diagnostic prénatal, n°94-344/44 DC 36  « Considérant que la reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine et de leurs droits égaux et inaliénables constitue le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde. »  37 Cour européenne des droits de l’homme, Arrêt de Chambre, C. R. c. Royaume-Uni, 22 novembre 1995, req. n°20190/92 38 Ibid, parr. 42
34  Le

   

Au terme de ce développement, il apparaît que la dignité humaine devrait constituer une liberté fondamentale au sens des dispositions de l’article L. 521-2 du Code de justice administrative.

c) Sur le caractère grave et manifestement illégal de l’atteinte portée L’inaction des pouvoirs publics face à une telle situation confère un caractère grave et manifestement illégal à l’atteinte portée à la dignité humaine des usagers du service public. Fébriles et anxieux à l’idée de ne pouvoir avoir accès aux agents de la préfecture compétents, les étrangers sont conscients de l’importance capitale que représentent les délais en matière de droit au séjour. Or, le respect des délais demeure conditionné par l’accès aux services préfectoraux, véritable clé de voûte du droit des étrangers. L’inertie de l’administration préfectorale est flagrante : les files d’attente nocturnes perdurent depuis février 2011. C’est cette inertie même que nous considérons illégale. En effet, par une décision du 27 octobre 199539 (Commune de Morsang-sur-Orge), le Conseil d’Etat a considéré la dignité humaine comme une composante de l’ordre public. De ce fait, les autorités publiques ont le devoir d’intervenir en cas d’atteinte à la dignité humaine et de prendre toutes les mesures nécessaires pour mettre fin à cette atteinte. L’installation de barrières le long des trottoirs et de sanitaires mobiles sur un parking proche ne saurait suffire à protéger ce droit à valeur constitutionnel. Ainsi nous semble indiscutable le caractère grave et manifestement illégal de l’atteinte portée à la dignité humaine dans cette affaire.

B. Les pratiques internes Les pratiques internes illégales concernent à la fois les migrants soumis aux dispositions classiques du CESEDA et les demandeurs d’asile. Pour autant, même si un grand nombre pratiques semblent hautement déloyales et pour certaines illégales, cela ne suffit pas toujours à les rendre justiciables.

39 Conseil

d’Etat, Commune de Morsang-sur-Orge, 27 octobre 1995, req. n°136.727

   

1. Le refus de dépôt d’une demande d’asile Cas n°1 S., 17 ans, fils de réfugiés d’origine mauritanienne, se présente à l’accueil général de la préfecture de l’Essonne en janvier 2012 afin d’accéder au guichet dit « demande d’asile » et y déposer un dossier de première demande. Les agents de l’accueil général, chargés de distribuer les tickets permettant d’accéder à la file d’attente du guichet mais aussi de vérifier que le dossier est complet, lui indiquent de se rendre en préfecture de Palaiseau. S. se rend alors à la préfecture de Palaiseau le lundi 27 février 2012 dans le but d’y déposer son dossier. La préfecture de Palaiseau se déclare incompétente et le renvoie vers la préfecture d’Evry. Le mardi 28 février 2012, S. retourne à la préfecture de l’Essonne. Les agents de l’accueil général lui indiquent alors qu’il n’y a plus de tickets et qu’il devra donc revenir jeudi 1er mars. A 9h15, le jeudi 1er mars, S. n’obtient pas de ticket car aucun de ses parents ne l’accompagne pour déposer le dossier. S. contacte alors son père qui quitte son travail afin d’assister son fils dans ses démarches. Son père arrive à 10h15 mais l’agent lui annonce qu’il est trop tard pour demander un ticket et qu’il faudra revenir un autre jour. Ce jeudi 1er mars, 15 tickets auront été distribués.

Cas n°2 Madame A. se rend à la préfecture le mardi 28 février 2012. Elle souhaite déposer une demande d’asile. Toutefois, les agents de l’accueil général lui indiquent qu’ils ne disposent plus de tickets. Elle devra revenir le jeudi 1er mars 2012. De retour le jeudi 1er mars, Mme A. se voit opposer de nouveau un refus d’accès au guichet demande d’asile pour la raison qu’il n’y pas toujours plus de tickets.

L’impossibilité répétée et constatée de faire enregistrer sa demande emporte violation du droit de solliciter l’asile. A ce titre, le refus d’enregistrement d’un dépôt de demande d’asile par l’administration de la préfecture d’Evry peut faire l’objet d’un référé-liberté au sens des dispositions de l’article L. 521-2 du Code de justice administrative.

   

a) Sur l’urgence de la situation En refusant le dépôt d’une demande d’asile sous prétexte qu’il n’y a plus de tickets distribués pour le guichet compétent moins d’une heure après l’ouverture de la préfecture, l’administration de la préfecture de l’Essonne place les étrangers souhaitant solliciter l’asile dans une situation caractérisée par l’urgence. Dans l’impossibilité pour la plupart de justifier la régularité de leur séjour en France, les demandeurs d’asile risquent à tout moment de faire l’objet d’une mesure d’éloignement à l’occasion d’un simple contrôle d’identité, par exemple. Au sens de la jurisprudence du Conseil d’Etat, la condition d’urgence doit être regardée comme remplie « lorsque la décision administrative contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre » (CE, Sect., 19 janvier 2001, Confédération nationale des radios libres, req. n° 228815). Plus spécialement en matière d’asile, le Conseil d’Etat a jugé que : « Considérant qu’il résulte des dispositions précitées qu’un étranger qui demande le bénéfice de l’asile conventionnel doit être admis à séjourner sur le territoire national sauf dans certains cas limitativement énumérés dans les dispositions précitées ; que le refus d’admission provisoire au séjour porte par lui-même une atteinte suffisamment grave et immédiate à la situation du demandeur d’asile pour que la condition d’urgence soit, sauf circonstances particulières, satisfaite » (CE, 3e section, 3 novembre 2003, N° 258322). En outre, la condition d’urgence est également remplie dès lors que le refus de séjour opposé à l’étranger avait « pour effet de le priver des droits attachés à un séjour régulier » (TA Paris, Ord. réf., 20 janvier 2006, M. Idrissa TANDIAN, n° 0600554/9/1).

b) Sur l’atteinte à une liberté fondamentale En application de l’article 4 du préambule de la Constitution de 1946 et de l’article 531 de la Constitution de 1958, le droit d’asile acquiert valeur constitutionnelle. Le droit constitutionnel d’asile fait figure de liberté fondamentale au sens des dispositions de l’article L. 521-2 du Code de justice administrative. Une jurisprudence établie a en effet érigé l’exercice du droit d’asile au rang de liberté fondamentale dans le cadre d’un référé-liberté : « Considérant qu'au nombre des libertés fondamentales au sens où les a entendues le
   

législateur lors de l'adoption de la loi n° 2000-597 du 30 juin 2000 relative au référé devant les juridictions administratives, figure le droit constitutionnel d'asile qui a pour corollaire non seulement la possibilité de demander la qualité de réfugié mais aussi celle de solliciter du ministre de l'intérieur, en vertu de l'article 13 de la loi susvisée du 25 juillet 1952, l'asile territorial. » (CE, M. Hadj H., 15 février 2002, req. n°238547). Dès lors, le refus opéré par l’administration de la préfecture de l’Essonne d’enregistrer les dépôts de demande d’asile emporte constat de violation d’une liberté fondamentale.

c) Sur l’atteinte grave et manifestement illégale à l’exercice du droit d’asile En multipliant les refus d’accès au guichet afin de déposer un dossier de demande d’asile alors même que l’ensemble des documents nécessaires a été réuni, le préfet porte une atteinte manifestement illégale et grave au droit de solliciter le statut de réfugié. La gravité de l’atteinte portée est en outre déterminée par le caractère fondamental de la liberté visée. Par ailleurs, en ne permettant pas au demandeur d’asile d’accéder au guichet de la préfecture, l’administration prive l’étranger de l’ensemble des droits attachés à la liberté fondamentale susvisée, à savoir : la délivrance du formulaire de l’OFPRA, les conditions matérielles d’accueil, l’attestation provisoire de séjour. A ce titre, nous estimons que l’ensemble des conditions de fond du recours est rempli. Il revient au juge des référés de prendre toutes les mesures nécessaires permettant de mettre un terme à cette situation.

2. L’absence de délivrance de document permettant de prouver le dépôt de dossier de demande d’asile Pour pouvoir déposer un dossier de demande d’asile, les étrangers doivent se présenter une première fois à la préfecture afin de retirer la liste des pièces à présenter à l’appui de leur demande d’asile (annexe n°8). Ils doivent ensuite revenir une seconde fois pour pouvoir déposer les pièces. A cette occasion, les agents de la préfecture d’Evry relèvent les empreintes digitales des demandeurs en vue de mettre en œuvre la procédure communautaire dite Dublin II (règlement CE n°343/2003 du Conseil du 18 février 2003). S’il s’avère que les empreintes
   

digitales du demandeur ont déjà été relevées dans un autre Etat de l’Union européenne dans le cadre d’une demande d’asile, la France doit en informer cet Etat puisqu’il est théoriquement compétent. Si ce dernier admet que le demandeur d’asile relève de sa compétence alors la France renvoie l’étranger vers ce pays. A contrario, si la demande relève effectivement de la compétence française, la préfecture doit remettre au demandeur une attestation provisoire de séjour (APS). Ce n’est qu’une fois les résultats des empreintes connus que la préfecture délivre une attestation provisoire de séjour au demandeur d’asile. Malgré le fait que ces résultats puissent être connus quasi instantanément, la préfecture de l’Essonne délivre les résultats et donc les APS uniquement le vendredi. Lorsque les demandeurs d’asile déposent leur dossier le lundi, mardi ou jeudi, ils doivent tous revenir le vendredi pour recevoir leur APS ou être notifiés de leur remise vers un autre Etat. Au moment du dépôt, le demandeur remet les pièces à fournir à l’administration. Une des agents des guichets 17 et 18 de la préfecture d’Evry complète alors une fiche d’information et de suivi d’une demande d’asile (FISDA, annexe n°9) qu’elle conserve à la préfecture. Ensuite, elle pré remplit un dossier bleu (annexe n°10) avec le demandeur. Enfin, elle remet ce dossier à l’étranger en lui demandant de finir de le compléter chez lui et de le ramener le vendredi lors de la délivrance ou non de l’APS. Pour autant, le dépôt des pièces et l’enregistrement de la FISDA ne fait l’objet d’aucun récépissé de dépôt. Le demandeur d’asile repart seulement avec un formulaire (dossier bleu) à compléter et sur lequel il précisé : « Ce formulaire ne vaut pas autorisation de séjour. ». A titre de comparaison, à la préfecture de Créteil, ce formulaire40 (dossier bleu) est remis lors de la première visite du demandeur, en même temps que la liste des pièces à présenter à l’appui de la demande. Ce comportement de l’administration de la préfecture de l’Essonne porte atteinte à la sécurité des demandeurs d’asile qui se retrouvent en présence d’un document sans valeur. Quand bien même ce dossier bleu pourrait servir à attester des démarches entreprises par le demandeur d’asile en cas de contrôle d’identité par exemple, le fait qu’il soit précisé que le formulaire ne vaut pas autorisation de séjour peut contribuer à inquiéter les demandeurs d’asile. Il nous semble donc que le refus de remettre un récépissé prouvant le dépôt de la demande d’asile constitue une pratique déloyale de la préfecture de l’Essonne. Le refus de délivrance du récépissé de dépôt a d’ailleurs été condamné à deux reprises par le Conseil d’Etat le 12 novembre 2001. Dans des affaires Ministre de l’Intérieur contre Farhoud et Ministre de l’Intérieur contre Bechar, le Conseil d’Etat a estimé que « le refus de délivrance du récépissé à l’issue de l’audition du demandeur constitue une atteinte grave et

40 Annexe

n°11

   

manifestement illégale à la liberté fondamentale que constitue le droit constitutionnel d’asile qui a pour corollaire, non seulement la possibilité de demander la qualité de réfugié, mais aussi de solliciter l’asile territorial ; le juge n’hésite ainsi pas à enjoindre au préfet de délivrer ledit récépissé valant autorisation provisoire de séjour. »41 En outre, « le préfet, saisi d’une demande d’admission au séjour, doit ″soit statuer immédiatement et délivrer à l’intéressé l’autorisation provisoire de séjour portant la mention en vue de démarches auprès de l’Ofpra, soit, s’il estime nécessaire de procéder à une instruction de cette demande avant de délivrer l’autorisation provisoire de séjour, remettre un récépissé de demande valant autorisation de séjourner provisoirement en France″. Dès lors, en se bornant à remettre au requérant (…) une convocation l’invitant à déposer sa demande d’asile dans un délai de quatre mois, sans lui délivrer de récépissé de sa demande d’admission à l’asile valant autorisation provisoire de séjourner provisoirement en France jusqu’à ce qu’il se prononce sur cette demande, le préfet [porte] une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale. (TA Orléans, 17 mai 2002, n°02-1142, Miguel Carlito Samba) »42 En conséquence, il nous semble que cette situation pourrait faire l’objet d’un référé-liberté au sens de l’article L. 521-2 du Code de justice administrative.

3. Le refus de délivrer le formulaire de changement de statut ou d’enregistrer le dépôt de dossier de changement de statut plus de deux mois avant l’expiration du titre de séjour en cours Cas n°1 Le 24 février 2012, un couple franco-étranger se présente à la préfecture de l’Essonne, au pré-accueil. La femme est une étudiante étrangère titulaire d’un visa de type D (long séjour) valable jusqu’en septembre 2012, l’homme est un ressortissant français. Ils se sont mariés en janvier 2012. La jeune femme souhaite modifier son statut et passer d’étudiante à conjointe de français, titre qui doit lui être délivré de plein droit en vertu de l’article L. 313-1143. Pour ce faire, elle doit retirer un formulaire de conjoint de français afin de préparer les pièces nécessaires au dossier. Toutefois, l’agent du pré-accueil refuse de lui donner ce formulaire
CESEDA, p. 145 Dictionnaire permanent du droit des étrangers, Mise à jour 48, p.593-594, Section 2, parr. 1, 82  43 A condition de ne pas vivre en état de polygamie, que l’entrée de l’étranger ait été régulière, que la communauté de vie n’ait pas cessé depuis le mariage et que le conjoint ait conservé la nationalité française
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pour une unique raison : elle vient trop tôt retirer son formulaire. Elle devra revenir un mois avant l’expiration de son visa pour pouvoir avoir accès à ce formulaire dans un premier temps puis pour pouvoir déposer son dossier lors d’une nouvelle visite. Cas n°2 Le 24 février 2012, un couple franco-étranger marié se présente pour la seconde fois à la préfecture de l’Essonne, au pré-accueil. Ils y étaient déjà venus une première fois pour retirer le formulaire permettant à la femme étrangère de changer de statut. Son titre de séjour étudiant arrivant à échéance en juin 2012, elle souhaite déposer, en présence de son mari, le dossier lui permettant d’obtenir un titre de séjour en tant que conjointe de français. Contrairement au couple précédent, la préfecture a accepté de lui remettre le formulaire bien avant les deux mois invoqués plus haut. Cependant, au cours de cette seconde visite, l’agent du pré-accueil refuse de les diriger vers un guichet compétent. Elle explique au couple francoétranger qu’un dépôt de dossier ne peut être effectué que deux mois avant l’expiration du titre de séjour en cours de validité.

La procédure du changement de statut étudiant vers le statut vie privée et familiale n’est pas prévue par le Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA). A défaut, l’article R. 311-1 4° du CESEDA prévoit que la demande de titre de séjour est présentée par l’intéressé, lorsqu’il séjourne déjà en France, « dans le courant des deux derniers mois précédant l’expiration de la carte de séjour dont il est titulaire. » Cet article règlementaire a trait au délai « maximal » de dépôt d’une demande et aux conséquences induites en cas d’arrivée à échéance de ce délai et non au délai « minimal ». En effet, la nécessité de venir dans les deux mois avant l’expiration du titre de séjour pour prétendre à un nouveau titre est généralement présentée comme un impératif au vu du temps nécessaire au traitement du dossier et à la fabrication du nouveau titre et non comme une interdiction de déposer un dossier trop tôt. Mais cette obligation légale est utilisée à d’autres fins par l’administration qui interprète ce délai de façon restrictive en amont. Les usagers ne peuvent ni déposer leur demande de titre, ici une demande de changement de statut, ni obtenir un formulaire préalable à tout dépôt plus de deux mois avant l’expiration de leur titre actuel. Cette interprétation du CESEDA par l’administration porte atteinte aux droits de l’étranger qui, par le biais du changement de statut, cherche uniquement à adapter son statut administratif à sa situation personnelle. Cette adaptation ne relève d’ailleurs pas forcément du
   

terme « demande de titre de séjour » tel que prévu à l’article R. 311-1 4°. Comme l’indique le Dictionnaire permanent du droit des étrangers, « rien n’interdit à un étudiant étranger en situation régulière de solliciter une carte de séjour temporaire soit pour exercer une activité salariée, soit pour entreprendre une activité commerçante, artisanale ou industrielle. La demande doit être introduite à l’expiration de la carte de séjour étudiant, ou même au cours de la durée de validité de celle-ci. »44 A fortiori, le raisonnement peut être transposé au mariage avec un ressortissant français. Cependant, au regard des critères de justiciabilité, cette pratique de la préfecture de l’Essonne ne peut vraisemblablement pas faire l’objet d’un référé en l’absence d’urgence caractérisée. L’importance des délais en matière de droit des étrangers rend un recours pour excès de pouvoir peu opportun dans la mesure où la décision ne peut intervenir immédiatement.

4. Le refus de renouveler un récépissé plus de trois jours avant l’expiration du récépissé en cours Un étranger se présente au pré-accueil de la préfecture le 24 février 2012 afin de renouveler son récépissé qui arrive à terme trois semaines plus tard. L’agent du pré-accueil le dirige vers le guichet rapide qui se charge du renouvellement des récépissés sans nécessiter de tickets. Une fois appelé par son nom au guichet rapide, l’étranger explique vouloir renouveler son récépissé. Cependant, l’agent lui annonce qu’il est beaucoup trop tôt pour un renouvellement et qu’il devra revenir deux ou trois jours maximum avant l’expiration du récépissé en cours.

Lorsqu’une demande de titre de séjour est en cours d’instruction, l’étranger se voit remettre un récépissé dans l’attente de la décision finale. « La détention d’un récépissé d’une demande de délivrance ou de renouvellement d’un titre de séjour (…) autorise la présence de l’étranger en France sans préjuger de la décision définitive qui sera prise au regarde de son droit au séjour. » (Article L. 311-4) Tant qu’aucune décision n’a été prise par l’autorité administrative, le récépissé est renouvelé. Pour cela, l’étranger doit se rendre à la préfecture d’Evry, accéder au pré-accueil pour fournir une photographie puis attendre que le guichet dit
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Dictionnaire permanent du droit des étrangers, Mise à jour 49, p.769, Section 3, 57-1

   

« rapide » lui fabrique un nouveau récépissé. Le droit des étrangers ne prévoit à aucun moment une exigence formelle particulière lors de la demande de renouvellement de récépissé. L’article R. 311-5 prévoit simplement que « le récépissé peut être renouvelé. » De ce fait, l’administration outrepasse la loi en renvoyant les étrangers qui se présenteraient « trop tôt » à la préfecture. Au regard de la justiciabilité de cette pratique, nous sommes confrontées au même problème que dans le cas précédent. L’urgence sera difficilement caractérisable dans une telle situation puisque l’étranger n’est pas placé en situation irrégulière du fait de cette décision45 (a contrario, nous pourrions imaginer que si une femme enceinte arrivant au terme de sa grossesse se voyait refuser le renouvellement de récépissé pour les mêmes raisons, l’urgence serait caractérisée). Quant au recours pour excès de pouvoir, le raisonnement est identique à la situation précédente.

L’administration est tenue de délivrer le récépissé à défaut duquel l’étranger ne peut être considéré en situation irrégulière et ne peut donc faire l’objet d’une reconduite à la frontière, CE, 1er février 1995, req. n°154329

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