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Fiche 4 – Les origines du marché : ordre naturel ou

institution
Notions essentielles : ordre naturel, institution

A – LE MARCHE PRODUIT D’UN ORDRE NATUREL

• Depuis A Smith les théoriciens libéraux postulent que le marché découle


d’un ordre naturel. P Rosanvallon écrit d’ailleurs : « Selon Adam Smith, le
marché n'est pas simplement un lieu particulier d'échanges : c'est la société tout
entière qui constitue le marché. Dans la société de marché, c'est le marché
(économique) qui est le vrai régulateur de société (et pas seulement de
l'économie). Chez Smith, le marché est un concept politique, et sociologique : ce
n'est plus la politique, le droit, le conflit, qui doivent gouverner la société, c'est le
marché. Aux formes hiérarchiques de l'autorité féodale, le marché oppose un type
d'organisation largement dissocié de toutes formes d’autorité : il réalise des
ajustements automatiques, procède à des transferts à des redistributions sans que
la volonté des individus en général et des chefs de la société en particulier joue
aucun rôle ».

• Dans la logique libérale la destruction de la société traditionnelle en Europe à la


fin du 18ème siècle a permis de libérer l’individu des contraintes imposées par un
système de valeurs et de normes reposant sur des croyances irrationnelles. Dés
lors l’homo oeconomicus qui se trouve en chacun (caractéristique naturelle) a pu
s’exprimer et a permis d’assurer un décollage économique (la révolution
industrielle) lançant une croissance durable et autoentretenue.

• A Weinberg constate d’ailleurs : « L'histoire retiendra sans doute de ces dernières


années du siècle l'extension de l'économie marchande à presque toute la planète.
Tous les pays communistes, de la Chine aux pays de l'Est, basculent du socialisme
au capitalisme ; dans le même temps, du Mexique à l'Inde, la conversion des
dirigeants du tiers monde au modèle libéral est quasi générale. En Occident,
privatisations et déréglementations se poursuivent partout. Si l'on ajoute à cela la
marchandisation progressive de la sphère domestique, l'unification des sociétés
sous la loi du marché semble bien en voie de réalisation. Quels seront à terme les
effets de cet envahissement du marché sur les relations sociales ? Faut-il y voir un
risque de destruction des communautés par une société d'individus guidés par
leur seul intérêt égoïste et soumis à une concurrence permanente ? Au contraire,
comme le pensent les libéraux, le triomphe du capitalisme ne marque-t-il
l'avènement de sociétés d'abondance régies par la paix et le libre contrat entre les
hommes ? »

Cette conception sera mise en avant par des théoriciens comme Rostow ou comme F
Fukuyama qui considèrent que l’effondrement du bloc communiste symbolise la fin de
l’histoire c'est-à-dire l’avènement d’une société assurant simultanément prospérité et
démocratie.

B – LE MARCHE : UNE INSTITUTION (doc.4 à 8 p 238-239)

• Mais dés le 19 ème de nombreux auteurs pointaient les dangers d’une analyse
naturaliste : En Europe, l'action dévastatrice du capitalisme a débuté en sapant les
bases sociales de la féodalité. Dans le style épique du Manifeste, Marx écrit que la
bourgeoisie marchande « a détruit tous les liens complexes et variés qui
unissaient l'homme féodal à ses supérieurs naturels, elle les a brisés sans pitié
pour ne laisser d'autre lien entre l'homme et l'homme que le froid intérêt. [...] Elle
a noyé les frissons sacrés de l'extase religieuse, de l'enthousiasme chevaleresque,
de la sentimentalité à quatre sous dans les eaux glacées du calcul égoïste. »
• Comme le constate le document 4 p 238 : « contrairement à une idée
couramment admise il ne suffit pas de laisser une totale liberté aux agents
économiques pour que le marché s’organise et fonctionne de lui-même ». La
création des foires et les lois sur les enclosures sont deux exemples parmi tant
d’autres qui démontrent que l’Etat a mené une politique active afin de contribuer
à la création et de contribuer à l’organisation du marché .