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Centre Scientifique et Technique du Bâtiment

Laboratoire de sociologie urbaine générative


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LABORATOIRE DE SOCIOLOGIE URBAINE GENERATIVE

L’ANALYSE GENERATIVE
DES PROCESSUS SOCIAUX URBAINS
ET LA COMPOSITION DES MODES D’HABITER

Michel Bonetti
Novembre 2001

Article Urb&paysage/MB 2001 – L’analyse générative des processus sociaux urbains et la composition des modes d’habiter
2

SOMMAIRE

INTRODUCTION .................................................................................................................................................3

1. LES PRINCIPAUX COURANTS D’ANALYSE DES MODES D’HABITER ............................................................4

2. LA FORMATION DES MODES D’HABITER ET LA FABRICATION IMAGINAIRE DE L’ESPACE ..........................7

3. LA COMPOSITION DES MODES D’HABITER ET LA CONSTRUCTION DES DYNAMIQUES


RESIDENTIELLES.....................................................................................................................................15

BIBLIOGRAPHIE ..............................................................................................................................................20
3

INTRODUCTION

Cet article s’inscrit dans un travail de recherche plus large à travers lequel nous nous
efforçons de développer une problématique d’analyse générative des processus sociaux
urbains. De manière schématique, cette problématique revient à considérer que ces
processus ne sont pas déterminés par les caractéristiques économiques, sociales et
culturelles des habitants ou par le mode d’organisation de l’espace, mais qu’ils résultent
des interactions entre une grande diversité de facteurs. Ces interactions conduisent à
générer en chaque lieu des processus sociaux particuliers et à imprimer des dynamiques
sociales spécifiques dans chaque espace1.

Ce texte vise à analyser la façon dont les modes de formation et de composition des
modes d’habiter des occupants d’un quartier contribuent à générer ces processus
sociaux. Mais nous allons tout d’abord rappeler brièvement les hypothèses qui sous
tendent cette problématique d’analyse générative.

Il convient tout d’abord de préciser ce que recouvre cette notion assez floue de
« processus sociaux urbains ». Il s’agit de l’ensemble des phénomènes sociaux qui se
déploient dans un espace urbain et qui sont liés à l’usage de cet espace. Il s’agit à la fois
des modes d’utilisation de l’espace, des pratiques sociales qui s’y développent, des
formes de relations sociales qu’entretiennent les habitants, de la perception et des
rapports qu’ils ont aussi bien avec leur voisins immédiats qu’avec les autres occupants
du site concerné. Mais les processus sociaux urbains incluent également les
représentations que les différentes catégories d’habitants ont de l’espace dans lequel ils
vivent et les significations idéologiques, symboliques et imaginaires qu’ils y projettent.
Cela concerne donc le sens qu’ils confèrent à l’espace urbain et au fait d’y habiter, le
statut social que cela leur confère, l’attachement ou le rejet qu’ils ressentent à l’égard de
leur logement, de leur quartier ou de leur ville, le sentiment d’être isolé des centres
urbains ou de la nature ou bien, au contraire, d’en être proche. En effet, ces sentiments
ou ces significations, bien que ressentis ou perçus par chaque individu, sont également
la résultante de processus sociaux. Même la valeur esthétique attribuée à un lieu dépend
de l’intériorisation des codes sociaux et des processus de valorisation sociale.
Néanmoins ces choix esthétiques, en l’occurrence l’attrait qu’exerce telle ou telle forme
d’habitat, ne se réduisent pas à la recherche d’un mode de « distinction sociale » comme
le laisse à penser Pierre Bourdieu2.

L’analyse des processus sociaux urbains pose le problème du choix de l’échelle à


laquelle on s’efforce de les identifier. En effet, les pratiques sociales des individus
peuvent se déployer sur des territoires très ouverts, qui dépassent la ville dans laquelle
ils habitent, voire leur pays. Pour notre part, nous distinguons deux échelles d’analyse
emboîtées :
• le territoire que la majorité des individus reconnaissent comme étant le quartier
dans lequel ils habitent ;
• ce que nous appelons le « territoire de référence », dans lequel s’inscrit
l’essentiel de leurs pratiques ou qui peut avoir une valeur symbolique
importante pour eux.
4

Ce découpage est, bien entendu, pour une part arbitraire. Bien que les individus soient
de plus en plus mobiles, l’espace dans lequel ils habitent conserve une valeur
symbolique extrêmement puissante et constitue le noyau central à partir duquel se
construit leur rapport à l’espace, même si celui-ci déborde largement l’espace habité.

Bien entendu, l’espace du quartier habité, qui sert de point d’appui à nos analyses des
processus sociaux urbain, doit être articulé à l’ensemble urbain dans lequel il s’inscrit et
qui lui confère en partie son sens et sa valeur, qu’il s’agisse de la ville, de
l’agglomération ou du bassin d’habitat constitué par plusieurs villes relativement
proches. Nous savons par ailleurs que la perception des limites constituant le quartier
habité varie fortement selon les individus et qu’il importe d’en tenir compte. Sachant
cela, nous nous référons à l’espace que la plupart des habitants reconnaissent et
nomment comme étant leur quartier en l’intégrant dans l’environnement urbain auquel il
se rattache.

Pour effectuer cette analyse de la formation générative des processus sociaux urbains,
nous allons tout d’abord revenir sur les processus de construction des modes d’habiter et
des rapports que les individus entretiennent avec les espaces dans lesquels ils vivent sur
les multiples façons à travers lesquelles ils investissent ces espaces. Nous examinerons
ensuite la formation des « dynamiques résidentielles », c’est-à-dire les processus à
travers lesquels se combinent les modes d’habiter des personnes occupant un territoire
donné et se forment les relations sociales. Il convient de rappeler que ces processus
sociaux urbains dépendent également des modes d’organisation des quartiers et des
formes architecturales, ainsi que de leur positionnement et de leur mode de rattachement
à l’environnement urbain. Et il ne faut pas oublier que les organisations participant à la
gestion et au fonctionnement d’un quartier ainsi que l’action des pouvoirs publics et des
responsables politiques médiatisent le rapport des habitants à leur espace et contribuent
aussi à la formation de ces processus sociaux.

1. LES PRINCIPAUX COURANTS D’ANALYSE DES MODES D’HABITER

L’analyse sociologique des modes d’habiter a donné lieu à l’élaboration de différentes


théories. Nous nous contenterons de rappeler certaines d’entres elles, sachant que notre
propos n’est pas d’en faire ici l’analyse détaillée.

Nous mentionnerons pour mémoire les approches fonctionnalistes qui se contentent


d’analyser les liens entre les caractéristiques socio-économiques des habitants et les
caractéristiques morphologiques et techniques des immeubles et des logements
(maisons individuelles, tours en barres, surfaces et équipements techniques des
logements, configuration des pièces, etc.). Ces analyses s’efforcent d’établir des
typologies croisant les caractéristiques des ménages et celles des formes d’habitat, et
s’interrogent sur l’adéquation entre ces séries avec généralement pour souci de mesurer
la satisfaction des différents types de ménage selon les types d’habitat.

Il est d’ailleurs fréquent que des promoteurs immobiliers ou des architectes nous
sollicitent pour nous demander quel type de logement faut-il construire pour tel ou tel
type de ménage. Ces analyses établissent des relations bi-univoques simplistes entre les
5

caractéristiques de la population et les formes d’habitat, en faisant même abstraction de


la qualité de l’environnement urbain.

Le principal courant d’analyse des modes d’habiter, inspiré notamment par P. Bourdieu,
tend à réduire l’habitat à sa valeur sociale (comme d’autres le réduisent à sa valeur
économique) en s’interrogeant sur le statut social que tel ou tel type d’habitat confère à
ses occupants. Ces analyses prennent en compte la valeur sociale conférée à la
localisation et à l’environnement, en intégrant le statut social des quartiers dans lesquels
les bâtiments sont implantés, statut qui dépend pour une large part de celui de leurs
occupants.

Il convient de noter au passage ce phénomène social qui est effectivement très


intéressant, à travers lequel la valeur sociale attribuée à un objet (l’espace habité),
projetée sur lui, ne dépend pas de ses qualités propres mais du statut de ceux qui
l’occupent et l’utilisent. Il s’agit d’un processus de métonymisation sociale exemplaire,
le contenant (l’espace) prenant la valeur de son contenu (les habitants).

On connaît à ce propos les phénomènes de valorisation/dévalorisation extrêmement


rapides qu’ont connu les centres des villes américaines qui se sont dévalorisés après
avoir été abandonnés par les classes moyennes et investis par les minorités ethniques,
avant que certains quartiers centraux soient à nouveau réinvestis par ces mêmes couches
moyennes et connaissent un processus de « gentryfication ». En France, la réhabilitation
des quartiers populaires a provoqué le même phénomène, entraînant le départ des
populations ouvrières vers les banlieues et le réinvestissement de ces quartiers par les
couches moyennes et supérieures. Le quartier du Marais, à Paris, constitue l’exemple le
plus fulgurant de ce processus, puisqu’en moins de 15 ans (entre 1965 et 1980) il a
connu une mutation sociale radicale.

Ces analyses font, à juste titre, de l’habitat un indicateur majeur du statut social, sachant
qu’il est effectivement rare que les individus en promotion sociale ne cherchent pas à
traduire et à visibiliser leur réussite sociale à travers l’accès à un quartier ou à un habitat
plus valorisé socialement. Ces analyses mettent l’accent sur l’importance du statut
juridico-économique des habitants (locataire versus propriétaire occupant) en lien avec
les différentes formes d’habitat (maison individuelle, maison de ville, co-propriété,
etc.). Elles prennent en compte le fait que le statut procuré par un certain type d’habitat
dépend également des trajectoires sociales des occupants, sachant que le même type
d’habitat, occupé par des ménages ayant le même statut social, prendra des
significations sociales différentes selon qu’ils sont en régression ou en promotion. Cette
problématique ouvre sur une analyse des stratégies résidentielles, différenciant
notamment les ménages qui cherchent à conserver une capacité de mobilité résidentielle
en restant locataires au service de leur mobilité professionnelle et sociale, et les
ménages qui visent à constituer un capital à travers l’accession à la propriété. Bien
entendu, ces analyses mettent l’accent sur les processus de ségrégation socio-spatiale.

Un autre courant développé en France par de Singly, s’intéresse plus particulièrement


aux relations entre les structures familiales et les modes d’habiter, et met en évidence le
fait que, dans les mêmes classes sociales, les conduites des ménages, et notamment les
stratégies de mobilités, diffèrent fortement entre les célibataires, les couples sans
enfants et les familles nombreuses. Ces analyses interrogent les effets de l’éclatement
6

familial et des processus de recomposition des familles sur les modes d’habiter. Elles se
prolongent à travers l’identification des modifications du rapport à l’habitat au cours des
« cycles de vie ».

Un courant extrêmement important, développé par Nicole et Bernard Haumont et


immortalisé par leur recherche sur « les pavillonnaires »3, identifie les modèles
socioculturels qui sous-tendent les modes d’habiter, pose le rapport à l’habitat comme
un ensemble de valeurs et de pratiques culturelles, qui se lisent à la fois à travers les
formes d’ameublement, l’usage des pièces, les modes de relations de voisinage, etc.
Cette perspective rejoint les analyses inspirées par les approches ethnologiques qui
portent souvent sur des objets particuliers.

On peut citer à ce propos les recherches de Dibier sur la chambre à coucher4, celles de
Kaufman sur les pratiques domestiques5. Nous ne devons pas oublier non plus les
apports de l’ethno-méthodologie (Goffman, Hall, Cicourel), mais qui concernent plus
particulièrement les modes de gestion des rapports à l’autre dans l’espace, les stratégies
pour préserver un espace protecteur autour de soi, ou le travail de « présentation de soi »
que chacun opère en passant de l’espace intime à l’espace public.

S’y ajoutent également les approches d’inspiration psychologique ou psychanalytique,


comme celles de G. Pankow6 ou J. Palmade7 sur lesquelles nous reviendrons, ou le
courant phénoménologique initié par G. Bachelard8.

Cet examen rapide des différents courants d’analyse des modes d’habiter est loin d’être
exhaustif, mais il fait déjà apparaître la variété (et la richesse) des approches de cette
question.

Deux phénomènes paraissent frappants quand on passe en revue ces différents courants
d’analyse. D’une part, ces analyses résultent généralement de l’application à l’habitat de
théories pré-constituées. Il s’agit donc, pour l’essentiel, de théories définies en
extériorité à l’objet analysé qui trouvent là un champ d’application qui s’avère
relativement fécond. Cela confirmerait le fait que des théories solidement construites
ont la capacité de rendre compte d’une grande diversité de phénomènes, témoignant
ainsi de leur valeur relativement universelle. Mais, en même temps, de manière un peu
paradoxale, chacune de ces théories ne rend compte que d’un aspect extrêmement limité
des enjeux qui se nouent autour des modes d’habiter.

Au risque de paraître sombrer dans l’éclectisme, nous comprenons assez mal les
affrontements qui opposent les tenants de telle ou telle théorie car, derrière l’objet
générique « analyse des modes d’habiter », ces théories ne parlent pas de la même
chose, chacune d’elle rend en fait compte de phénomènes particuliers de manière
souvent pertinente. En réalité, selon la question que l’on se pose et les phénomènes que
l’on veut étudier, on est ainsi conduit à se référer à des théories différentes. Le paradoxe
dont nous sommes parti, à savoir le fait que les théories générales ont la capacité à
rendre compte de phénomènes situés dans des champs différents, mais en analysant
seulement des phénomènes particuliers dans chacun de ces champs, est quelque peu
troublant. Cela signifie que chaque théorie découpe le réel à sa mesure, en se saisissant
seulement des objets qui lui conviennent pour faire la preuve de sa validité. Cela ne
7

serait pas gênant si les théories générales n’avaient pas souvent la prétention de rendre
le compte de la totalité du réel et d’en épuiser le sens.

Ceci pose le problème de l’analyse d’ensemble des processus sociaux urbains, qui
nécessite d’articuler sur un plan « horizontal », à savoir dans un espace urbain donné
(même si celui-ci est en pente pour faire un mauvais jeu de mots), les analyses
« verticales » qu’opèrent les théories spécialisées concernant les différents objets qui
composent le champ des processus urbains. Même dans un domaine particulier à
l’intérieur de ce champ urbain, à savoir l’analyse des modes d’habiter, nous sommes
obligés d’opérer de la même façon, puisque ce domaine se décompose en une grande
diversité d’objets partiels.

Ceci tient au fait que le rapport des individus à l’habitat est extrêmement riche et
diversifié et recouvre une multitude de phénomènes. Ceci est le point de départ de notre
propre approche de l’analyse des modes d’habiter, que nous avons développée dans une
recherche qui a donné lieu à la publication d’un livre intitulé « Habiter : le bricolage
imaginaire de l’espace »9, analyse dont nous allons tenter de rendre compte brièvement.

2. LA FORMATION DES MODES D’HABITER ET LA FABRICATION


IMAGINAIRE DE L’ESPACE

Notre premier constat nous conduit à considérer que le rapport des individus à leur
habitat fonctionne sur de multiples registres : sociologique, économique, psychologique.
Dans le rapport à l’habitat se jouent aussi bien l’organisation de l’espace de la société, la
place de chacun dans cet univers (topologiquement, économiquement et socialement) et
le rapport aux autres, que le rapport de chacun à sa véritable propre histoire, les
relations affectives et le développement de son identité personnelle. Pour notre part,
nous nous efforçons donc d’analyser comment, pour chaque individu, ces facteurs
interfèrent.

En fonction de sa trajectoire sociale et de son histoire affective propre, chaque individu


va conférer un sens particulier aux formes d’habitat auxquelles il peut avoir accès, qui
dépendent bien entendu du marché immobilier local et de ses ressources économiques,
du statut social qu’il s’efforce d’acquérir à travers le type d’habitat qu’il recherche, mais
également de ses compétences et de sa capacité à gérer les contradictions entre les
différentes significations à l’œuvre dans son rapport à l’habitat.

Les individus ne vivent pas à proprement parler dans l’espace physique qui leur sert de
cadre, chacun vit dans un espace imaginaire qu’il a fabriqué de toutes pièces, qu’il a
« bricolé » en procédant à des ajustements entre les significations que l’espace qu’il
occupe lui renvoie et les significations liées à sa propre histoire. Les modes d’habiter
résultent en effet à notre sens d’un « bricolage imaginaire et symbolique de l’espace ».
Cela signifie d’ailleurs que les membres d’un couple qui partagent le même logement ne
vivent pas en fait dans le même espace symbolique.

Les significations attachées à l’habitat ne se réduisent pas au logement : elles intègrent


les significations liées à l’immeuble, au quartier et à la ville, voire au-delà. Chaque
individu recompose un espace habité qui est le fruit des articulations qu’il opère entre
8

les significations dont sont porteurs pour lui ces différents éléments emboîtés. Il ne vit
donc pas dans un espace donné qui serait son logement voire l’immeuble, mais à
l’articulation de ces espaces, dans cet espace d’articulation composé des liens de sens
qu’il tisse entre ces espaces. Certains individus peuvent ainsi vivre repliés dans leur
logement, mais celui-ci prend son sens comme espace le protégeant d’un extérieur
menaçant. D’autres peuvent habiter leur immeuble et la ville, en mettant à distance ou
en escamotant l’espace du quartier vécu comme dévalorisant. D’autres encore peuvent
vivre dans un espace qui relie l’immeuble, le quartier et la ville et qui intègre ces
différentes dimensions dans une continuité fluide.

Ces analyses s’inspirent tout particulièrement des travaux de J. Palmade10 qui analyse
les modalités d’investissement symbolique et les processus de formation du sens
conféré à l’habitat. Ces analyses témoignent de la formidable capacité de l’espace
construit à être à la fois porteur et générateur de sens et à accueillir et recueillir les sens
qu’on projette sur lui.

L’espace construit est en effet porteur du sens qu’ont voulu lui donner ses promoteurs et
ses concepteurs. A travers le choix des matériaux, des techniques de constructions, des
formes architecturales et des signes esthétiques, la plus modeste construction est
porteuse de toute une symbolique sociale, culturelle et politique. Elle peut être référée à
la période historique de sa construction, à la culture architecturale régionale, aux
intentions politiques qui ont sous-tendu sa réalisation. Que l’on songe aux significations
politiques et sociales auxquelles renvoient certaines formes architecturales, comme les
réalisations de l’école d’Amsterdam des années 20, les constructions sociales de la ville
de Vienne ou les HBM qui ceinturent Paris à la même époque, significations qui restent
inscrites dans la pierre.

Ces significations historiques d’origine ne s’effacent jamais, elles affleurent toujours,


mais elles sont sans cesse retravaillées, remaniées, transformées par la société et par les
générations d’occupants qui s’y succèdent et y impriment leurs marques. A travers des
mouvements de dévalorisation/revalorisation on leur découvre des vertus ou des tares
insoupçonnées,. De sorte que chaque construction et chaque espace urbain est un
véritable palimpseste.

Les grands ensembles d’habitat social, souvent réalisés par des architectes prestigieux :
Le Corbusier, Berlage, Mies Van der Rohe, Gropius, Franck Lloyd Wright, Kandilis,
pour ne citer que les plus célèbres, après avoir étés salués comme des réalisations
audacieuses, magnifiques, sont ainsi tombées dans la déchéance, se dévalorisant au fur
et à mesure que la qualité technique des constructions se dégradait, faute de
maintenance et de gestion adaptée, et que leur occupation sociale se paupérisait avec le
départ des couches moyennes et de l’aristocratie ouvrière fascinées par l’accession à la
propriété. Dans le même temps, par contre, les modestes chalets de montagne, occupés
par les paysans pauvres, séduisaient la bourgeoisie, éprise soudain de rusticité, qui
découvrait les joies des sports d’hiver.

Chaque individu doit bien entendu composer avec les significations sociales massives
que lui renvoient l’espace dans lequel il a plus ou moins choisi d’habiter, soit qu’il
s’identifie à ces significations quand elles sont plutôt valorisantes, ou qu’il s’efforce de
les atténuer ou de les effacer avec plus ou moins de bonheur quand elles le sont moins.
9

Il va aussi puiser dans ces significations pour se valoriser lui-même et en extraire celles
qui lui conviennent : la qualité de la vue dégagée qu’offrent les derniers étages d’une
tour, la profusion de lumière que laisse entrer une immense baie vitrée, le sentiment
d’intimité que procure un petit appartement pourtant situé dans un immeuble médiocre,
la beauté d’un parc paysager proche… Mais certains éléments vont être une source de
souffrance : la caractère angoissant d’une cage d’escalier aveugle et dégradée,
l’étroitesse d’un couloir, l’exiguïté d’une cuisine qui ne permet même pas de prendre le
petit déjeuner en famille. Même ces éléments, apparemment « objectifs », font l’objet
d’évaluations différenciées.

L’espace habité peut être à la fois une source de plaisir ou de souffrance ou le plaisir et
la souffrance peuvent aussi se mêler comme nous l’avons développé dans un article
consacré à ce sujet11, et la sociologie ne peut pas être sourde à ces phénomènes. Chacun
va greffer des significations variées sur l’espace qui lui est donné en partage, jusqu’à y
projeter ses angoisses ou le rendre responsable de ses propres difficultés, comme ces
habitants des quartiers dégradés qui considèrent que leur quartier n’est pas l’expression
de leur déchéance mais la cause première de leurs difficultés à éduquer leurs enfants, en
raison des mauvaises fréquentations du voisinage, ou à trouver du travail parce qu’ils
sont stigmatisés dès qu’ils mentionnent le lieu dans lequel ils vivent.

Ces interactions signifiantes entre soi et l’espace dans lequel on habite, qui finissent par
habiter chacun de nous, sont très profondes, puisque dans ce rapport entre soi et l’espace
se jouent le rapport à son corps et l’image du corps. Dans un autre article, nous avons pu
montrer comment l’espace habité constitue à la fois une sorte de prolongement et
d’enveloppe protectrice du corps12 et fonctionne comme métaphore du corps. Toute
agression contre son habitat est vécue comme une agression contre soi, au point que le
vocabulaire juridique a intégré ce phénomène en qualifiant de « violation de domicile »,
c’est à dire de viol, toute effraction, toute « pénétration » dans le logement. On retrouve
ce rapport métaphorique entre le corps et l’habitat, mais aussi l’espace urbain à travers
le langage. Le vocabulaire de la psychologie emprunte largement à celui de la
construction, en parlant des fondations de la personnalité, de forteresse psychique. Mais
ces rapports métaphoriques entre le corps et l’architecture ou l’urbanisme sont encore
plus prégnants puisque, comme l’a montré P. Séchet13, une multitude de termes de ces
deux disciplines renvoient au corps. Pour désigner le revêtement d’une façade on parle
de la « peau » d’un bâtiment. Une ouverture est considérée comme un « regard ». On
parle aussi de corps de bâtiment, d’épaulement, de cul de four, d’œil de bœuf, etc. Et
l’urbanisme multiplie les métaphores organicistes en évoquant les « artères » irriguant
les villes, les « cœurs » de quartier, les « poumons verts ».

L’habitat assure une protection au corps et comprend des espaces intimes où celui-ci
peut se dévoiler sans risque, sans compter les lieux d’aisance dont l’histoire a été
analysée finement par H. Guerand14. Il instaure des limites à la fois physiques et
symboliques qui circonscrivent les formes des pratiques et les relations corporelles
autorisées ou prescrites selon les sous-espaces.

Après une longue période « d’entassement des corps », pour reprendre l’expression de
Foucault15, à partir du XVIIIème siècle on assiste à une séparation des corps dans
l’espace et à une séparation des sous-espaces (espace jour/espace nuit, séparation des
chambres de parents et des enfants, de la cuisine, de la salle à manger et de la salle de
10

bain, etc.). L’organisation de l’espace constitue ainsi le support d’une discipline des
corps, d’une structuration des relations sociales mais aussi des relations
interpersonnelles sur lesquelles s’appuie la structuration psychique des individus. Le
fantasme de la « scène primitive » qui, pour Freud, joue un rôle déterminant dans le
développement psychique a bien à voir avec cette distribution des individus dans
l’espace habité.

L’habitat assume donc une protection de l’intégrité corporelle des individus et, plus
largement, joue un rôle déterminant dans la préservation de leur sécurité. Il est censé les
protéger contre les menaces d’agression et conforter leur sentiment de sécurité. Les
réactions suscitées par le développement de la violence et de la délinquance dans
certains espaces urbains témoignent de l’importance de ce phénomène puisque c’est
devenu un enjeu politique majeur.

La crainte ou le risque de se faire agresser affecte profondément la valeur et le sens que


les individus confèrent à leur habitat. Les enquêtes auprès des habitants, réalisées dans
le cadre de l’Observatoire d’Analyse des Dynamiques Résidentielles dirigé16 par B.
Allen, montrent que la majorité des habitants d’un quartier, qui se sentent insécurisés
voire menacés dans l’espace urbain, se sentent néanmoins en sécurité dans leur
logement. Celui-ci constitue souvent une sorte de rempart ultime contre les risques
d’agression. Mais ceci conduit souvent les individus confrontés à cette situation à
désinvestir l’environnement urbain jugé menaçant et à se replier dans leur logement en
s’efforçant de maintenir les autres à distance, le logement devenant de ce fait une sorte
de forteresse assiégée. Si une fraction des ménages parvient à vivre de manière
relativement satisfaisante au prix de cette mise à distance des autres, pour une grande
partie, cela ne fait que renforcer leur sentiment d’insécurité et les risques de se faire
agresser, car l’aggravation de l’insécurité est très fortement liée dans la plupart des cas
au renforcement de l’isolement social. Les analyses menées dans le cadre de cet
Observatoire montrent que la situation est invivable pour les individus qui ne se sentent
plus en sécurité dans leur logement même. Leur intégrité psychique est alors menacée,
ce qui montre l’importance de la fonction protectrice du logement, sachant encore une
fois que celui-ci prend son sens dans les relations qu’il entretient avec l’immeuble dans
lequel il est situé et l’environnement urbain. Certains habitants ont le sentiment que
« les autres » risquent de faire intrusion à tout moment dans leur logement, que rien ne
les sépare de l’environnement urbain qu’ils perçoivent comme menaçant. Les murs
entre lesquels ils vivent ne constituent plus une barrière symbolique suffisante pour les
protéger.

Dans la plupart des quartiers d’habitat social jugés pourtant insécures, seule une
minorité des habitants (15 à 20%) se vivent en insécurité dans leur logement, néanmoins
cette proportion peut atteindre parfois 30 à 40%, ce qui est significatif d’une situation
particulièrement préoccupante. Mais, là encore, il faut insister sur le fait que des
individus placés dans la même situation objective réagissent de manière très différente.
Certains peuvent être terrorisés quand ils doivent traverser leur quartier, d’autres
n’éprouvent que de vagues craintes, d’autres encore s’y promènent en toute tranquillité.
Ceci tient à la fois aux capacités psychiques des individus concernés, au mode
d’interaction qu’ils ont noué avec leur habitat et aux relations qu’ils entretiennent avec
les habitants du voisinage. De la même façon, les menaces d’agression et le sentiment
d’insécurité des habitants varient très fortement d’un quartier à l’autre, et ceci n’est pas
11

lié mécaniquement aux caractéristiques socio-économiques de la population, mais


dépend à la fois de l’organisation urbaine et architecturale de l’espace, des relations
entre les habitants et des modes de gestion des quartiers concernés.

L’habitat vise également à se protéger de l’environnement naturel car, dans notre


culture, celui-ci est perçu comme menaçant. Il constitue un artefact créant une
enveloppe protectrice contre le froid, la chaleur, la pluie, le vent, la neige, etc. Au fur et
à mesure de leur développement, les sociétés ont cherché à renforcer la protection
contre les aléas climatiques à défaut de pouvoir les maîtriser, ce qui aboutit in fine à la
création d’espaces entièrement « climatisés ». On notera au passage le choix étrange de
ce terme, puisqu’un espace climatisé est précisément un espace qui abolit les variations
du climat. Cette recherche de protection contre les rigueurs du climat conduit à une
inadaptation croissante des individus par rapport à leur environnement, car ils
supportent de moins en moins le froid ou la chaleur. Et, dans le même temps où elles
tendent à mettre à distance la nature, nos sociétés valorisent l’exposition au soleil ou les
expériences de confrontation avec les éléments naturels dans des abris de fortune ou de
survie, dans des conditions extrêmes, à travers le développement des loisirs comme
l’alpinisme ou la navigation.

Le rapport de l’habitat à la nature est très complexe. Il a été très marqué par la vision
purificatrice de la nature développée par le mouvement hygiéniste, pour lequel les
concentrations humaines étaient la source du développement des maladies et de la pertes
des valeurs morales. Pour ce mouvement, le contact avec la nature avait des vertus
régénérantes, et il prônait la pénétration de l’air et du soleil à profusion dans les
logements à travers de larges baies vitrées. L’attrait de la nature s’avère de plus en plus
vif, comme en témoigne le développement de l’écologie. La majorité des habitants
souhaitent se rapprocher de la campagne ou disposer d’un jardin et tendent de plus en
plus à fleurir leur appartement. Nos recherches sur l’urbanité montrent que le
développement de l’espace paysager dans la ville est très apprécié17 et l’univers minéral,
l’architecture moderne de verre et d’acier sont fortement rejetés.

Dans ce rapport entre l’habitat et la nature se jouent également des processus


psychologiques et sociaux. Le fait de disposer d’un habitat solide, protégeant des
menaces du climat, mais aussi de jardins attrayants ont toujours été des signes de
valorisation sociale, alors que les populations en difficulté sont particulièrement mal
loties sur ce plan et sont condamnées à vivre dans un habitat précaire, humide et mal
chauffé.

Tout un imaginaire se développe autour de ces problèmes. La pénétration de l’eau dans


les logements, voire simplement quelques taches d’humidité, peuvent déclencher de
véritables peurs paniques. Le fait de voir sa maison détruite par une inondation
constitue sans doute l’un des pires traumatismes que peut subir un habitant, et ce
traumatisme va bien au-delà de la seule perte d’un bien économique. Lorsque les
individus ne se sentent pas protégés des rigueurs du climat, ils se sentent fragilisés
psychologiquement.

Cette fragilisation psychologique tient au fait que la fragilité des constructions face aux
menaces de l’environnement naturel signifie que l’habitat n’assure pas une fonction
imaginaire essentielle, qui est la protection contre l’angoisse de mort. La solidité et la
12

pérennité des constructions font que leur durée dépasse largement généralement celle de
la vie humaine et, de ce fait, elles peuvent paraître éternelles. Cette capacité de résister à
l’épreuve du temps donne aux occupants un sentiment inconscient de ne pas être
menacé par la mort. Ce fantasme se prolonge d’ailleurs dans le choix de la dernière
demeure, à savoir le tombeau, et se traduit par la recherche de sépultures inaltérables.
Lorsque l’habitat est précaire ou se délabre, les habitants se sentent eux-mêmes menacés
de destruction.

L’évocation de ce phénomène montre que l’habitat ne joue pas seulement un rôle dans
le rapport à l’espace mais également dans le rapport au temps. Les lieux habités
témoignent de l’inscription des sociétés dans l’histoire et permet à chacun de s’inscrire
dans cette historicité. Quand on vit dans un environnement urbain dont les constructions
ont été édifiées au cours de plusieurs siècles, où se mélangent des styles architecturaux
qui témoignent chacun d’une période particulière, on se sent partie prenante de cette
société et de son histoire. Par contre, lorsque l’on vit dans des quartiers récents, sans
histoire, on se sent coupé de cet ancrage historique. C’est l’un des problèmes majeurs
des Villes Nouvelles, passée la période euphorique de leur création et de la génération
des « pionniers », de se constituer une histoire. Cet ancrage dans l’historicité se joue
également sur un plan plus personnel, au niveau du rapport à l’histoire familiale. Le fait
de connaître les lieux dans lesquels ont vécu nos parents ou nos grands-parents permet
de s’inscrire dans cette histoire et de s’étayer sur cette généalogie. Ce sentiment est bien
entendu conforté lorsque l’on a la chance de conserver une maison familiale, à condition
que la transmission de cet héritage n’ait pas entraîné des drames familiaux
épouvantables comme c’est souvent le cas. L’intensité de ces drames montre bien
l’importance des enjeux symboliques qui se nouent autour des lieux dans lesquels s’est
développée l’histoire familiale. Les gens qui ont perdu toute trace de l’implantation de
leur famille peuvent se sentir fragilisés.

Les différents lieux dans lesquels chaque individu a séjourné une partie de son existence
participent à la formation de son histoire et au développement de son identité. Chacun
d’eux reste chargé du sens des événements qu’il y a vécus et des relations affectives,
sociales et familiales qui ont marqué cette période de sa vie. J. Palmade18 a montré que,
parmi ces lieux, l’habiter de l’enfance conserve une prégnance particulière et marque
durablement tous les individus. Les personnes qui ont connu une enfance heureuse dans
des endroits dont ils gardent un souvenir merveilleux ont toujours une certaine nostalgie
de ces lieux et certains cherchent à retrouver ou à reconstituer cet univers et cette
ambiance particulière. Celles qui éprouvent un souvenir douloureux à l’évocation des
lieux de leur enfance s’efforcent de l’effacer, de le mettre à distance, mais il n’est pas
rare qu’ils restent marqués à jamais par cette expérience.

De plus façon plus générale, chaque lieu dans lequel on s’installe est vécu en fonction
du sens conféré aux habitats précédents, il s’inscrit dans cette chaîne d’expériences et de
significations. On peut y retrouver avec plaisir certains éléments que l’on avait
particulièrement apprécié dans des appartements ou des maisons antérieurs, ou bien
éprouver le sentiment d’avoir perdu des choses que l’on avait connues autrefois sans
pouvoir en faire le deuil : la qualité de la lumière, des relations chaleureuses avec les
voisins, la proximité de la nature, etc. On peut aussi être amené à vivre
malencontreusement dans un environnement qui avait été difficilement supportable et
13

que l’on avait cherché à fuir par le passé, ou bien se sentir dévalorisé par son nouvel
habitat.

Nous n’insisterons pas sur le fait que tout habitat confère un certain statut social à ses
occupants, puisque cette question est au cœur de nombreux travaux sociologiques.
Personne n’est indifférent à la valeur sociale de son logement ou de son quartier, et les
gens en promotion sociale s’efforcent généralement de traduire rapidement leur nouveau
statut en changeant de logement, car c’est le signe qui permet de montrer de la manière
la plus visible et la plus tangible sa réussite. Inversement, les personnes qui subissent un
processus de régression sociale, s’efforcent de le dissimuler, à leur propre regard
comme à celui de leur entourage, en essayant de conserver leur habitat ou bien en
recherchant un logement moins coûteux mais d’une valeur sociale équivalente.

Mais les fonctions sociales de l’habitat ne se réduisent pas au statut qu’il procure à tout
un chacun. Si l’habitat constitue l’enveloppe qui nous protège de l’environnement et
dans laquelle se déploient les relations affectives, où se constitue l’univers de l’intimité
personnelle, c’est aussi l’espace qui nous met en relation avec les autres, à partir duquel
se structurent les relations sociales. Ces relations concernent non seulement les rapports
avec les habitants du voisinage immédiat ou du quartier, car on se trouve
nécessairement en rapport avec les gens qui habitent à proximité même si on ne fait que
les côtoyer, mais également l’ensemble des relations que l’on entretient avec autrui.
L’habitat constitue un support d’interface et de médiation dans le rapport aux autres,
dont à la fois il nous sépare et avec lesquels il nous met en relation. Il permet soit de se
protéger des autres, de les tenir à distance, soit au contraire de s’en rapprocher. Il
constitue un filtre complexe qui autorise de multiples stratégies permettant des échanges
différenciés avec les gens que l’on s’efforce d’éviter, ceux avec lesquels on discute
brièvement au bistrot du coin ou au pied de l’immeuble, ceux que l’on invite seulement
à prendre un verre et ceux que l’on convie à une soirée. Mais il y a également les
personnes qui peuvent à tout moment passer vous voir, voire s’installer chez vous
quelques temps ou bien avec qui vous décidez de cohabiter.

Les modalités d’ouverture aux autres et les pratiques relationnelles dépendent bien
entendu de l’appartenance sociale et culturelle, mais peuvent également varier en
fonction de l’environnement social dans lequel on se situe et être infléchies par les
formes architecturales et l’organisation urbaine de l’espace. Ces différents facteurs
interfèrent et se composent, sachant qu’il existe également une variabilité des conduites
individuelles en fonction notamment des capacités relationnelles de chacun et de
l’existence dans l’environnement de supports de mise en relation ou de personnes qui
jouent un rôle de médiation.

L’habitat permet également de gérer avec plus ou moins de bonheur et d’efficacité


l’autre face des relations aux autres, à savoir les conflits. Il peut être lui-même à
l’origine de certaines tensions sociales liées au bruit, à la propreté ou à l’usage des
espaces, tensions qui se développent quand des populations ayant des pratiques
contradictoires doivent cohabiter et lorsque l’organisation de l’espace ne facilite pas
cette coexistence.

L’espace habité constitue un support de médiation des relations sociales, puisque c’est à
travers la façon dont chacun gère son rapport à cet espace, la façon dont il l’investit et
14

l’utilise, qu’il gère ses relations aux autres, en se servant de l’espace pour échanger avec
les autres, les accueillir chez lui ou les tenir à distance. Les lieux qui composent
l’espace habité, les équipements d’ouverture et de fermeture, sont autant de dispositifs
socio-spatiaux qui permettent d’opérer cette gestion des échanges.

L’espace urbain constitue la scène sur laquelle se déploient les interactions sociales. Il
convient de rappeler, si on se réfère à Giddens19, que cette scène constitue par ailleurs
une « propriété structurelle des systèmes sociaux » et peut être considérée comme un
véritable organisateur social. Chaque société produit différentes formes d’espaces
urbains et architecturaux dans lesquels se distribuent les individus, et ces espaces
représentent une projection spatiale de son organisation. Remarquons au passage que
cette organisation spatiale n’est pas uniforme et statique, elle est éclatée et différenciée,
et elle évolue en permanence, chaque espace étant la résultante d’une sédimentation se
trouve traversée de tension et de contradictions en même temps qu’il subit l’influence et
la pression des espaces environnants. Cela laisse à penser que les systèmes sociaux eux-
mêmes ne sont pas des ensembles homogènes, monolithiques et parfaitement ordonnés,
mais des entités multiformes, travaillées par des processus contradictoires.

Ces organisations spatiales sont codifiées, car chaque société prescrit des règles de
production, de gestion et d’usage des différents espaces. L’armature urbaine des
sociétés constitue donc un cadre dans lequel s’organisent les pratiques et les relations
sociales, cadre qui est porteur de règles et de significations. Mais le fonctionnement et
l’évolution de ce cadre sont également la résultante de l’action des acteurs qui le
gouvernent et le gèrent et des interactions entre les usagers qui y vivent ou y travaillent.
Comme nous l’avons vu, ces derniers investissent différemment ce cadre et participent à
la formation des multiples significations qui s’y développent. Ils en coproduisent le sens
en utilisant ce cadre comme le support de leurs pratiques et de leurs représentations,
comme un matériau dont ils retravaillent sans cesse le sens. Chaque individu va se saisir
de ce cadre et l’investir à sa manière, en fonction de sa problématique propre. Cet
investissement va dépendre, bien entendu, de sa situation économique et de son
appartenance sociale et culturelle, ainsi que de la trajectoire dans laquelle il s’inscrit.
Mais il dépend également de l’expérience de chacun et de l’importance conférée à
chacune des fonctions évoquées précédemment : recherche d’intimité, de protection
contre l’environnement naturel, recherche de sécurité face aux autres ou, au contraire,
développement des échanges avec les autres, sensibilité à la valeur sociale de
l’environnement ou à sa valeur d’historicité, degré de prégnance de l’habiter de
l’enfance et de l’environnement familial, etc.

L’environnement urbain dont chacun dispose est plus ou moins congruent avec ses
attentes et plus ou moins propice au développement des significations qu’on y
recherche, de sorte que les ajustements qu’opèrent les individus avec cet environnement
leur paraissent plus ou moins satisfaisants.

En outre, ces différentes attentes sont plus ou moins cohérentes et donnent lieu à
différents modes de composition. Les individus peuvent trouver un certain équilibre
entre les éléments qui composent leur mode de rapport à l’habitat, ou bien être tiraillés
entre plusieurs composantes et souffrir cruellement de certains manques, alors que sur
d’autres plans ils sont pleinement satisfaits. La capacité d’ajustement de chacun entre
les différents désirs qu’il cherche à satisfaire d’une part, et sa capacité d’ajustement
15

avec l’environnement auquel il peut avoir accès ou dont il bénéficie entrent également
en jeu, sachant que ces équilibres ne sont pas toujours stables et peuvent évoluer voire
basculer brutalement suite à des événements comme une séparation conjugale, le départ
des enfants, des conflits familiaux, le chômage, ou bien en raison de changements de
l’environnement lui-même.

La formation des modes d’habiter donne donc lieu à différents modes d’interaction et
d’ajustement avec l’environnement spatial, qui dépendent pour une part des
caractéristiques de ce dernier, mais aussi de ses modes de fonctionnement et de gestion.

3. LA COMPOSITION DES MODES D’HABITER ET LA CONSTRUCTION


DES DYNAMIQUES RESIDENTIELLES

La façon dont chaque individu investit son habitat et les significations qu’il lui confère
dépendent donc d’une multitude de facteurs qui se combinent de façon particulière pour
chacun.

Si on considère un quartier donné, qui constitue une entière particulière en raison de sa


localisation, de sa topographie, de ses formes urbaines et architecturales, de son histoire
et des caractéristiques de ses habitants, il est nécessairement occupé par des gens dont
les modes d’habiter peuvent être très variés. Les occupants du même espace urbain
l’investissent et l’utilisent de manière différente et lui confèrent des significations
multiples.

La question est de savoir ce que produit cette co-existence de modes d’habiter différents
et d’identifier les effets en retour qu’elle peut avoir sur le fonctionnement social du
quartier, sur les relations sociales qu’entretiennent les habitants, sur leurs pratiques
sociales et culturelles, sur la valeur économique et sociale de cet environnement et sur
son évolution. Dans un espace donné, on ne peut pas considérer que les modes d’habiter
ne font que se juxtaposer. Même si les relations sociales sont limitées, si beaucoup de
gens vivent dans un relatif isolement, ils partagent le même espace, et la présence des
autres, la façon dont ils vivent et dont chacun les perçoit, influencent en retour la façon
d’investir le quartier, les satisfactions qu’il procure et les craintes qu’il suscite.

A notre sens, les différents modes d’habiter qui coexistent dans un quartier tendent à
composer une alchimie particulière qui va dépendre à la fois de la nature et de la
diversité de chacun d’eux, de leur importance relative et de la façon dont ils
communiquent et interagissent entre eux. Cette composition des modes d’habiter
individuels imprime une dynamique particulière à chaque quartier et à ce titre nous
pouvons parler de « dynamique résidentielle ».

Encore une fois, la diversité de ces modes d’habiter et les dynamiques résultant de leur
composition dépendent pour une part de l’organisation urbaine de chaque quartier et des
modes de fonctionnement des organisations qui participent à leur gestion. Cette
composition aboutit à la formation de dynamiques et non pas simplement de « situations
résidentielles » car ses effets ne sont pas nécessairement stables, ils peuvent changer
dans le temps avec l’évolution de la population ou d’autres facteurs, et surtout parce que
c’est une source de tension qui produit des affrontements entre les usages et les modes
16

d’appropriation des espaces et les règles implicites qui orientent les conduites des
différentes catégories d’habitants.

Il ne s’agit pas seulement d’une juxtaposition de modes d’habiter où chaque individu


occuperait l’espace à sa manière en étant quelque peu indifférent aux pratiques des
autres. Les différents modes d’habiter s’ajustent, se confrontent, interfèrent et
rétroagissent sur le sens que chacun confère à son environnement et sur la façon dont il
l’investit.

Les gens qui partagent des conceptions et des pratiques relativement similaires ou
proches peuvent dans certains cas développer une certaine solidarité, voire exprimer des
revendications communes et former de véritables groupes sociaux dont les membres ont
des liens étroits. Mais la plupart de ces personnes pourtant proches dans leur façon
d’investir l’espace ne se connaissent pas nécessairement, elles peuvent se trouver
disséminées dans l’espace urbain concerné et il est parfois abusif d’affirmer qu’un
quartier est constitué par des groupes sociaux clairement identifiables.

Des ensembles de personnes peuvent partager des caractéristiques communes, avoir des
pratiques et des attentes similaires, mais s’opposer par ailleurs sur de nombreux points.
De nombreuses recherches tendent à distinguer les modes d’habiter en fonction de
différents critères tels que la situation socio-économique, la classe d’âge, le fait d’avoir
des enfants ou pas, la nationalité ou l’origine géographique, l’ancienneté d’installation
dans le quartier, le type d’habitat ou de localisation dans le quartier. On voit que si l’on
croise l’ensemble de ces variables en distinguant quatre ou cinq modalités pour chacune
d’elles, on se retrouve déjà avec plusieurs centaines de groupes différents.

Chacun de ces facteurs contribue effectivement à la façon d’investir un espace urbain,


mais une multitude d’autres facteurs sont en jeu et jouent un rôle au moins aussi
important. Les analyses développée par B. Allen dans le cadre de l’Observatoire
d’Analyse des Dynamiques Résidentielles20 montrent clairement que les facteurs socio-
économiques, culturels ou relatifs à la structure familiale sont rarement explicatifs des
modes d’habiter. Pour prendre un exemple, le fait d’être très attaché à son logement ou
à son quartier, la vision que l’on a de son devenir, le fait d’aimer s’y promener, le fait de
s’y sentir vraiment chez soi, qui sont très significatifs des rapports que les individus
entretiennent avec leur habitat et du sens qu’ils lui confèrent, sont en général rarement
corrélés avec ces variables. Mais ceci n’empêche pas que dans certains quartiers, on
puisse identifier par exemple un sous groupe de gens originaires des classes moyennes,
plutôt jeunes et vivant en couple avec un ou deux enfants, récemment installés qui
partagent des modes d’habiter similaires. Mais selon les contextes, ce genre de variables
pourra avoir un impact différent , et selon les modes d’habiter identifiés ce ne sont pas
nécessairement les mêmes variables qui seront significatives. Les analyses réalisées
dans le cadre de l’Observatoire précité font apparaître que les variables relatives aux
modes de relation avec autrui, à la perception des autres, et qui touchent les capacités
relationnelles des individus, jouent généralement un rôle déterminant et sont d’ailleurs
beaucoup plus significatives que les variables socio-économiques mentionnées
précédemment. Ceci renforce l’hypothèse selon laquelle le mode d’habiter de chaque
individu dépend des autres et qu’il existe des interférences entre les différentes formes
d’habiter. Cela signifie que le rapport à l’habitat de chaque individu peut évoluer en
fonction du contexte dans lequel il se situe.
17

B. Allen a montré que le rapport aux autres pouvait avoir des influences très profondes,
puisque le rapport au chez soi, à l’espace intime, souvent considérés comme étant du
ressort de la vie privée et de la psychologie personnelle, s’étayent sur les relations aux
autres, prennent leur sens en fonction de ces relations21. On ne peut pas en effet se sentir
véritablement « chez soi » et investir son espace personnel si celui-ci est un lieu dans
lequel on se réfugie pour se protéger des menaces de l’environnement dans un
mouvement de repli défensif, ou si on éprouve le besoin d’être clivé de cet
environnement.

L’importance des capacités relationnelles des individus dans la formation de leurs


relations à l’espace montre que l’habitat, bien que faisant l’objet d’un usage privé, est en
même temps un bien collectif, car il s’inscrit dans un environnement socialement
partagé, et c’est aussi un bien public, car sa production et son usage appellent une
régulation par les pouvoirs publics. La construction de la moindre maison affecte le
fonctionnement de la collectivité dans laquelle elle s’inscrit, car elle contribue à
modifier l’environnement et l’usage de l’espace des autres habitants.

Les réflexions qui précèdent signifient que l’on ne peut pas définir des modes d’habiter
en soi, qui seraient propres à certaines catégories d’individus. Il s’agit toujours d’une
interaction entre les caractéristiques et l’expérience propre de chaque individu et un
environnement social et spatial particulier. Chaque individu est porteur d’attentes, de
pratiques, d’un imaginaire, qui vont interagir avec l’environnement dans lequel il
s’installe et auquel il va s’ajuster avec plus ou moins de bonheur, en recherchant à
répéter ce qu’il a vécu ailleurs, à retrouver ce qu’il a perdu ou bien à découvrir les
potentialités que lui offre ce nouvel espace.

Cela signifie qu’in fine chaque individu adopte un mode d’habiter particulier dans
l’environnement dans lequel il s’inscrit, et il existe une très grande variété de modes
d’habiter. La rencontre entre chaque individu et un environnement social et spatial
particulier va donc générer une grande diversité de modes d’habiter. Il est de ce fait
difficile de prédire par avance la dynamique résidentielle qui va être générée par
l’installation d’une population dans un nouveau quartier et de faire des hypothèses
fiables sur son évolution à moyen terme.

Cette diversité pose donc problème pour identifier les différents modes d’habiter qui
existent dans un quartier. On peut néanmoins repérer des similitudes et des proximités
entre les modes d’habiter de certains individus et inversement de grandes différences
avec d’autres. La diversité des modes d’habiter que l’on peut distinguer dans un quartier
va dépendre du degré de précision auquel on veut se situer. On peut par exemple
identifier quatre ou cinq types de modes d’habiter correspondant à de grandes
tendances, chacun d’eux rassemblant des individus partageant des modes
d’investissement similaires. Mais chacun de ces groupes peut ensuite se décomposer en
plusieurs sous groupes correspondant à des variations concernant les facteurs en jeu
dans leur rapport à l’habitat ou les causes qui sous tendent leurs modes d’habiter.
Signalons au passage que l’analyse hiérarchique fondée sur une analyse factorielle des
correspondances est l’outil méthodologique qui nous paraît le mieux adapté pour traiter
ce problème, puisqu’il reconnaît chaque individu comme ayant effectivement des
caractéristiques particulières dans son rapport à l’habitat et il permet de les regrouper en
fonction de leurs similitudes et de leurs différences. Cet outil ne préjuge pas du nombre
18

de groupes existants dans un quartier, c’est l’analyste qui choisit à quel niveau de
finesse il veut distinguer les groupes.

Ces préalables étant posés, nous pouvons revenir aux processus de composition des
modes d’habiter qui construisent les dynamiques résidentielles. Dans la plupart des
quartiers, la grande majorité des habitants sont à la fois relativement satisfaits de leur
logement et y sont très attachés. C’est souvent l’endroit le plus important pour eux et ils
aiment l’entretenir, ils y apportent beaucoup de soin et d’attention. Mais les raisons de
cet attachement varient considérablement : cela peut-être lié aux qualités intrinsèques du
logement, au fait d’avoir beaucoup investi dans son aménagement, d’y avoir vécu une
partie de sa vie, d’y avoir élevé ses enfants ou d’y avoir connu des relations affectives
très chaleureuses, etc. Mais cet attachement au logement n’empêche pas que certains
habitants veulent le quitter, car ils jugent l’environnement peu attrayant, dévalorisant ou
insécure, ou parce qu’ils ne se sentent pas réellement « chez eux » dans leur immeuble
ou leur quartier. Certains ne supportent pas d’être isolés de la ville ou bien d’être isolés
socialement.

Néanmoins, dans certains quartiers, près de 50% des habitants ne se sentent pas attachés
et en sécurité dans leur logement, ce qui signifie donc qu’on a là des dynamiques
résidentielles très problématiques, car l’importance de ce groupe crée une atmosphère
d’inquiétude et de malaise. Mais, en général, l’attachement au logement n’est pas
discriminant. Par contre, le degré d’attachement au quartier et la vision de son devenir
sont déterminants, car on rencontre là des différences très importantes entre les
quartiers. On peut avoir jusqu’à 80% de gens attachés à leur quartier et ayant une vision
positive de son devenir, mais il arrive que cet attachement soit partagé par seulement 30
ou 40% des habitants, les autres ayant le sentiment qu’il se dévalorise et/ou se dégrade,
que les conflits entre les habitants et l’insécurité s’aggravent.

Mais pour une part importante des habitants, cette absence d’attachement peut être due à
une certaine indifférence à l’égard de leur espace environnant liée au fait qu’ils
investissent plutôt le centre ville, que la majorité de leurs activités ou de leurs relations
sociales sont à l’extérieur.

Les écarts entre les proportions de gens attachés à leur quartier constituent l’indice
d’une différence significative de dynamique résidentielle, mais on doit distinguer les
situations où c’est l’indifférence qui domine, où le quartier est un lieu plutôt
fonctionnel, éventuellement jugé relativement agréable, et les situations de véritable
rejet du quartier, qui va souvent de pair avec le rejet autres. Le rejet peut également
avoir différentes formes et diverses causes. Ce peut-être un rejet global, les habitants
jugeant que tout dans leur quartier est problématique, et qu’il ne leur offre aucune
source de satisfaction, ou bien il peut tenir à des causes particulières, clairement
identifiées, même si elles diffèrent selon les personnes.

Des ménages peuvent donc être très attachés à leur logement et ne pas être attachés à
leur quartier et vouloir en partir. Ils sont alors pris dans une contradiction qui peut les
conduire à tenter de se replier dans leur logement, dans un mouvement défensif contre
un environnement jugé inquiétant et menaçant, en s’efforçant de maintenir les autres à
distance. Cette tentative de repli peut tout à fait réussir, et ces ménages peuvent se sentir
parfaitement heureux à l’intérieur de la bulle protectrice que représente alors leur
19

logement. Mais ces tentatives de repli défensif peuvent conduire à un sentiment


d’enfermement insupportable, ou bien se solder par un échec, ces personnes ayant le
sentiment que leur logement ne les protège pas réellement des autres car leur présence
reste sans cesse prégnante et ils font fantasmatiquement intrusion dans leur espace
privé, ils se sentent comme harcelés.

Ces cas de figures montrent que les individus gèrent différemment les situations
auxquelles ils sont confrontés et recherchent différentes solutions aux contradictions
entre les multiples significations que leur renvoie leur habitat en fonction non seulement
des références sociales auxquelles ils adhèrent, mais également de leurs capacités
psychiques propres.

A supposer que l’on retrouve dans plusieurs quartiers à peu près la même proportion de
gens partageant ces différents modes d’habiter, les dynamiques résidentielles varieront
aussi sensiblement d’un quartier à l’autre, selon que les gens ayant des modes d’habiter
similaires sont concentrés dans certains immeubles ou certains îlots, ou selon qu’ils sont
dispersés dans l’ensemble du quartier. Dans le premier cas, on aura donc des ambiances
urbaines très différentes en passant d’un îlot à l’autre, avec des immeubles témoignant
d’une ambiance conviviale et chaleureuse et d’autres où l’atmosphère peut être tendue
entre les voisins, d’autres encore où on a un sentiment de vide, les habitants étant très
isolés, se côtoyant dans l’indifférence sans pour autant être en conflit.
20

BIBLIOGRAPHIE

1
. Cette problématique est développée de manière plus précise dans l’ouvrage suivant :
BONETTI (M.), Éléments de réflexion sur les fondements de la sociologie urbaine
générative, Paris, CSTB, 1998.
2
. BOURDIEU (P.), La distinction, Critique sociale du jugement, Paris, Editions. de
Minuit, 1979.
3
. HAUMONT (N.), Les pavillonnaires, Paris, L’Harmattan, 2001.
4
. DIBIER (P.), Ethnologie de la chambre à coucher, Grasset, 1987.
5
. KAUFMAN (J.-C.), La trame conjugale : analyse du couple par son linge, Paris,
Pocket, 2002.
6
. PANKOW (Gisela), L'homme et son espace vécu : abord analytique de la parole
poétique, Paris, 2ème Ed. aug. et rev., Ed. Aubier, 1993.
7
. PALMADE (J.), Système idéologique et symbolique de l'habiter, thèse d'Etat,
Université de Toulouse, 1989.
8
. BACHELARD (G.), La poétique de l'espace, Paris, PUF, 1957.
9
. BONETTI (M.), Habiter : le bricolage imaginaire de l'espace, Ed. Desclée de
Brouwer, Paris, 1994.
10
. PALMADE (J.), op. cit.
11
. BONETTI (M.), « Au plaisir de l’espace », Actes du forum professionnel des
psychologues, Paris, juillet 1999.
12
. BONETTI (M.), Le corps à la conquête de l’espace, Paris, CSTB, 1995.
13
. SECHET (P.), Les métaphores corporelles dans le vocabulaire de l’architecture,
Paris, CSTB, 1998.
14
. GUERAND (R.-H.), Les lieux : histoire des commodités, Paris, La Découverte,
1997.
15
. FOUCAULT (M.), Surveiller et punir, Paris, Gallimard, 1993.
16
. ALLEN (B.), BONETTI (M.), ELIAS (P.), Diversité des modes d'habiter et
appréciation de la gestion dans neuf quartiers d'habitat social, Paris, CSTB, 1998.
21

17
. BONETTI (M.), SECHET (P.), « Le développement de l'espace paysager, enjeu
majeur de la requalification urbaine », in Colloque des Eco-procédés, Nantes, 10-11
octobre 2000.
18
. PALMADE (J.), op. cit.
19
. GIDDENS (A.), La constitution de la société, Paris, PUF, 1987.
20
. ALLEN (B.), D'un quartier social à l'autre. Pluralité des modes d'habiter et
diversité des situations résidentielles, CSTB, Paris, 1997.
21
. ALLEN (B.), « La problématique théorique sous tendant l’analyse des dynamiques
résidentielles », conférence de Balaton, Hongrie, European Network for Housing
Research, août 1999.