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REDEVANCES MINIERES
REDEVANCES
MINIERES
Les redevances minières au Québec 26 juillet 2012
Les redevances minières au Québec 26 juillet 2012

Les redevances minières au Québec

26 juillet 2012

TABLE DES MATIÈRES

1. AVANT-PROPOS

 

4

2. SOMMAIRE EXÉCUTIF

5

3. INTRODUCTION

9

3.1 Un

débat

public

9

3.2 Un cadre d’analyse et de référence

11

4. LES DÉCISIONS DINVESTISSEMENT DANS LE SECTEUR MINIER

14

4.1

Les phases d’un projet minier

14

4.1.1 La

phase

d’exploration

15

4.1.2 La phase d’évaluation des gisements

19

4.1.3 La phase de développement du complexe minier (construction)

20

4.1.4 La

phase

d’exploitation

21

4.1.5 La phase de réhabilitation (restauration) du site minier

22

4.2 Les décisions d’investissement dans l’industrie minière

23

4.3 Les

décisions

de cessation d’exploitation

28

4.4 La dynamique des marchés mondiaux des minerais

28

4.5 Évolution récente des prix et tendances futures

30

5. DESCRIPTION DU CONTEXTE MINIER AU QUÉBEC

35

5.1 Le secteur minier au Québec

35

5.2 Le régime de droits miniers au Québec

39

6. LES DIFFÉRENTS RÉGIMES DE REDEVANCES

43

6.1 Principaux éléments de compréhension

43

6.2 Régimes étudiés dans le cadre de cette étude

45

6.2.1 Redevances

ad-valorem

45

6.2.2 Redevances sur les profits miniers

46

6.2.3 Redevances sur la rente des ressources ou « profits exceptionnels »

46

6.2.4 Régimes hybrides

47

6.2.5 Comparaison des différents types de redevances

47

6.3

Comparaison des régimes et taux de redevances

de différentes régions comparables

51

7. LES PRINCIPALES ÉTUDES SUR LES REDEVANCES MINIÈRES

53

7.1 Banque mondiale

53

7.2 Ressources naturelles Canada

55

7.3 PricewaterhouseCoopers Canada

56

Table des matières…

7.4 Étude du Dr Yvan Allaire

8. LE SECTEUR DU FER : DESCRIPTION ET ANALYSE DE SCÉNARIOS

56

58

8.1 Les mines de la fosse du Labrador

59

8.2 Le modèle financier d’une mine de fer

62

8.3 Résultats des analyses VAN pour le scénario de coût de base (53 $ /tonne)

65

9. LE SECTEUR DE LOR : DESCRIPTION ET ANALYSE DE SCÉNARIOS

68

9.1 Le secteur de l’or au Québec

70

9.2 Le modèle financier d’une mine d’or

72

9.3 Résultats des analyses VAN pour le scénario de coût de base (600 $US/once)

75

9.4 Extension des conclusions aux autres minerais

78

10. CONCLUSION

79

11. À PROPOS DES AUTEURS

82

À

propos

de SECOR-KPMG

82

À propos des auteurs de l’étude

82

ANNEXE 1 : LEXIQUE

85

ANNEXE 2 : LA MINERALS RESOURCE RENT TAX AUSTRALIENNE (MRRT)

87

ANNEXE 3 : LES AMORTISSEMENTS ACCÉLÉRÉS

90

ANNEXE 4 : PRINCIPAUX OBJECTIFS DUNE POLITIQUE DE REDEVANCES MINIÈRES ET TYPES DE REDEVANCES Y RÉPONDANT LE MIEUX

91

ANNEXE 5 : LA FOSSE DU LABRADOR

92

ANNEXE 6 : DÉTAILS DES HYPOTHÈSES DU MODÈLE FINANCIER DUNE MINE DE FER

93

ANNEXE 7 : RÉSULTATS DÉTAILLÉS DU MODÈLE FINANCIER DUNE MINE DE FER

95

7.1 Résultats détaillés pour un coût de 35 $US/tonne*

95

7.2 Résultats détaillés pour un coût de 53 $US/tonne*

96

7.3 Résultats détaillés pour un coût de 70 $US/tonne

97

ANNEXE 8 : DÉTAIL DES HYPOTHÈSES DU MODÈLE FINANCIER DUNE MINE DOR

98

ANNEXE 9 : RÉSULTATS DÉTAILLÉS DU MODÈLE FINANCIER DUNE MINE DOR

100

9.1 Résultats détaillés pour un coût de 600 $US/once

100

9.2 Résultats détaillés pour un coût de 900 $US/once

101

BIBLIOGRAPHIE

102

1. AVANT-PROPOS

L’exploitation des ressources naturelles est au cœur de nombreux débats publics, au Québec comme ailleurs dans le monde. Depuis plus d’un an, l’industrie minière au Québec est ainsi au cœur d’un débat sur les redevances qu’elle paie, une thématique normale compte tenu du rôle dévolu à cette industrie dans le Plan Nord. Mais comme dans tout dossier où le débat porte sur la redistribution de revenus, l’atteinte d’un consensus social peut exiger de nombreuses discussions.

SECOR-KPMG et FMC souhaitent apporter leur contribution au débat en cours par cette étude comparative et relativement technique des différents régimes de redevances minières. L’étude s’adresse à l’ensemble des parties prenantes, du gouvernement aux citoyens, en passant par les acteurs de ce secteur. Elle vise à développer un langage commun, et ce, afin de faciliter le débat actuel. Si le document vise à expliquer la nature des redevances minières et les différents régimes en place dans le monde, il tente aussi d’expliquer l’impact des différents régimes de redevances sur les décisions d’investissement, et ce, plus particulièrement dans le contexte québécois.

L’envergure de l’étude a nécessité la mise en place d’un financement auprès de l’industrie. SECOR- KPMG et FMC tiennent ainsi à souligner l’apport de leurs commanditaires, soit ArcelorMittal Mines Canada Inc., la Corporation Minière Osisko, Goldcorp Inc., Iamgold Inc., Mines Agnico-Eagle Ltée, Mines Aurizon Ltée, l’Association de l’exploration minière du Québec et Minalliance. Nous tenons toutefois à souligner que ces commanditaires ne sont pas responsables du contenu de cette étude.

Les analyses soutenant ce rapport relèvent principalement des auteurs : Renault-François Lortie, Thomas Bienfait, David Waldron et Raphaël Mongeau-Gauthier, tous professionnels chez SECOR- KPMG. Les auteurs ont également bénéficié de l’assistance de nombreux experts, incluant des économistes, des fiscalistes, des gestionnaires de sociétés minières, et des conseillers ayant une connaissance approfondie de cette industrie.

Le document final a été préparé sous la direction d’un comité de lecture formé du Dr Marcel Boyer, professeur émérite de sciences économiques à l’Université de Montréal et Fellow du CIRANO, de M e Michel Brunet, président du conseil de Fraser Milner Casgrain, de monsieur Pierre Lortie, conseiller principal affaires chez Fraser Milner Casgrain et de monsieur Daniel Denis, économiste et associé de SECOR-KPMG. Le comité de lecture a apporté d’importantes contributions méthodologiques et a revu en détail le contenu de l’étude.

Renault-François Lortie Associé Responsable de la pratique Ressources naturelles et énergie SECOR-KPMG

de l’étude. Renault-François Lortie Associé Responsable de la pratique Ressources naturelles et énergie SECOR-KPMG 4

2. SOMMAIRE EXÉCUTIF

Dans le cadre du débat actuel sur le sujet des redevances minières au Québec, SECOR-KPMG et FMC ont souhaité apporter leur contribution afin d’éclairer les discussions concernant l’impact des différents régimes de redevances proposés pour le secteur. Le document qui en découle se veut être un outil de référence pour les participants au débat. Nous y présentons un cadre analytique spécifique à la situation québécoise permettant de comparer le régime de redevances actuel à des alternatives possibles.

Avec seulement 11 mines d’importance significative en exploitation, le secteur minier québécois est relativement marginal à l’échelle mondiale, représentant en valeur moins de 1% de la production (soit environ 0,6% de la production mondiale de fer, notre principal extrant, et 1% de la production mondiale d’or). Parmi les 200 principaux projets mondiaux actuels, 4 seulement sont situés au Québec 1 , dont 2 pour du minerai de fer. Avec une production de 7,7 milliards de dollars en 2011, le Québec se classe par ailleurs au quatrième rang parmi les provinces canadiennes, derrière l’Ontario, la Saskatchewan et la Colombie-Britannique.

Ce faible poids sur l’échiquier mondial est la conséquence de plusieurs éléments. Les exploitations minières québécoises se situent pour la plupart dans les troisième et quatrième quartiles en termes de coûts de production. Divers facteurs, tels la taille et teneur moyennes des gisements, l’hiver et l’éloignement des marchés asiatiques, contribuent ainsi à faire des mines québécoises des « high cost producers ». Néanmoins, dans les périodes hautes des cycles miniers telles que nous vivons actuellement, ces exploitations peuvent être très rentables, ce qui explique la forte activité que connaît actuellement le secteur minier québécois, les prix élevés rendant économiques des gisements auparavant inexploités. Mais le régime de redevances minières, une source significative de coûts sur la durée d’un cycle minier, doit évidemment tenir compte des particularités liées à cette situation de producteur d’appoint (« swing producer »).

Dans cette perspective, la compétitivité du Québec reste avant tout dépendante de la qualité de l’environnement d’affaires 2 (stabilité et prévisibilité du contexte politique, juridique et fiscal, disponibilité d’une expertise technique et d’une main d’œuvre formée, sécurité du personnel, excellente base de donnée géoscientifique). Par ailleurs, un autre facteur bénéfique reste sa dimension territoriale exceptionnelle, avec la coexistence de régions au potentiel prouvé (tel l’Abitibi), et de vastes régions au potentiel encore peu valorisé (tel le territoire du Plan Nord). Dans ces derniers territoires, la possibilité de réaliser des découvertes compétitives sur le plan mondial pour plusieurs substances minérales est réelle.

Le cadre analytique développé dans cette étude repose sur un modèle financier de mine construit à partir des informations fournies dans les analyses de faisabilité publiées récemment par les sociétés

1 Il s’agit des projets Lac Otelnuk (fer), KeMag (fer), Éléonore (or) et Renard (diamant). Source : Raw Material Group. 2 Ainsi, le Québec a été classé 5 e /93 pour son attractivité auprès des sociétés minières dans l’édition 2011/2012 du sondage annuel auprès des sociétés minières de l’Institut Fraser.

2. Sommaire exécutif…

minières, et qui sont conformes au règlement 43-101 de l’autorité canadienne de réglementation des valeurs mobilières. Ce modèle est utilisé pour calculer la valeur actuelle nette (VAN) d’un projet minier, sous les différents régimes de redevances étudiés et avec diverses conditions de prix et de coûts de production. Nous avons appliqué ce modèle à deux types de mines, soit une mine de minerais de fer exploitant, pendant 20 ans, un gisement typique de la Fosse du Labrador, et une mine d’or à ciel ouvert exploitant, pendant 14 ans, un gisement à fort tonnage et basse teneur. Ce modèle tient compte de l’ensemble des mesures fiscales applicables à une mine en activité au Québec au 1 er juillet 2012.

Les quatre régimes analysés sont les suivants :

1. Le régime actuel, soit une redevance de 16% sur les profits de chaque établissement minier;

2. Un régime de redevances ad valorem de 7% sur la valeur du minerai extrait;

3. Un régime appliqué en Australie occidentale, soit pour le fer une redevance ad valorem de 6,5% combinée à une redevance de 22,5% sur les profits supérieurs à 125 millions de dollars par société, et pour l’or une redevance ad valorem de 2,5%;

4. Un modèle hybride basé sur une redevance ad valorem de 5% et une redevance de 30% sur les « super profits », c’est-à-dire sur tout profit minier supérieur à 8% des revenus miniers.

Afin de contextualiser les résultats de ce modèle, nous avons tout d’abord souhaité expliquer de façon sommaire les particularités de l’industrie minière, de façon globale, mais aussi plus spécifiquement au Québec. Ainsi, le chapitre 4 de cette étude explique le processus décisionnel d’investissement, incluant des notions de base sur les différentes phases d’un projet minier et sur la dynamique des prix des minerais. Les principaux points à retenir sont les suivants :

Les activités d’exploration sont financées selon des modèles qui tiennent compte de leur nature hautement spéculative. En effet, l’activité d’exploration est une activité très risquée. Elle n’est généralement financée que par de l’équité. Si la probabilité de succès est basse, les espérances de retour sont élevées en cas de découverte d’un gisement économique 3 ;

Lors de la phase de construction, les sociétés minières réalisent des investissements très élevés, dépassant généralement le milliard de dollars, avant même la première extraction de minerai et la génération de revenus;

Les décisions d’investissement préliminaires à l’étape de la mise en exploitation se prennent sur des horizons à très long terme et, généralement, le choix des projets financés se fait sur la base d’une concurrence à l’échelle mondiale;

Un des éléments majeurs qui rend complexes les décisions d’investissement préliminaires à la mise en exploitation est la haute volatilité des prix des minerais sur la durée de vie d’un projet minier;

L’industrie minière a connu, depuis quelques années, une importante hausse du prix de l’ensemble des métaux. De fortes interrogations existent aujourd’hui, autant sur les marchés financiers que dans l’industrie, sur la pérennité de cette hausse récente des prix.

Le chapitre 5 porte spécifiquement sur une description du contexte minier québécois, incluant une description détaillée du régime de droits miniers actuellement en vigueur.

Le chapitre 6 de ce rapport applique le modèle analytique utilisé dans l’industrie à des décisions d’investissement dans des projets types, sous différents régimes de redevances existants, permettant

3 C’est-à-dire un gisement ayant un potentiel intéressant et dont l’exploitation pourrait s’avérer rentable.

2. Sommaire exécutif…

ainsi de mettre en évidence leurs avantages et inconvénients respectifs, et la justification de leur utilisation dans différentes régions minières. Ceci nous amène aux conclusions suivantes :

Aucun régime de redevances ne peut être considéré, dans l’absolu, comme universellement meilleur que les autres. Un bon régime de redevances doit être adapté à la réalité économique et minière de la région où il est instauré;

On retrouve principalement, à travers le monde, trois types de régimes de redevances, soit les redevances ad valorem, les redevances sur les profits et des régimes hybrides combinant les deux;

Le taux de redevances utilisé dans le régime actuel au Québec, soit 16%, est parmi les taux les plus élevés au monde pour les régimes de redevances basés sur les profits.

Le chapitre 7 présente quatre études récentes sur les redevances minières, soit une étude de référence de la Banque mondiale, et trois études abordant plus spécifiquement cette problématique au Canada et au Québec.

Les chapitres 8 et 9 présentent l’analyse comparative des quatre régimes de redevances, à l’aide de modèles financiers pour le fer et l’or, basée sur des analyses de valeur actuelle nette 4 (VAN) des projets. Les hypothèses de prix et de coûts utilisées pour les modèles de prix se basent sur les dernières prévisions de prix long terme et sur les coûts de production de diverses mines et projets miniers au Québec :

Pour le fer, des prix de 75, 100 et 140 $US/tonne et des coûts de production de 35, 53 et 70 $US/tonne;

Pour l’or, des prix de 900, 1 200 et 1 600 $US/once et des coûts de production de 600 et 900 $US/once.

Les principales conclusions sont les suivantes :

Les VAN pour les investisseurs sont généralement les plus élevées sous les régimes de redevances sur les profits et de redevances ad valorem, notamment sous les hypothèses élevées de prix.

L’approche sectorielle de l’Australie, qui applique des régimes différents à chacun des principaux métaux, offre plus de flexibilité. En particulier, le régime australien actuel pour une mine d’or affiche la VAN la plus élevée pour les investisseurs, notamment dans un contexte de niveau de prix moyen ou élevé.

Un régime hybride, tel que celui que nous avons analysé, maximise les revenus du gouvernement et minimise la VAN dans un contexte de prix des métaux moyens ou élevés. Cependant, dans un contexte de concurrence mondiale pour le financement de projets, la probabilité que ces projets à VAN inférieures soient financés, et donc réalisés, est moindre.

Les résultats de ces modèles corroborent également les comparaisons qualitatives des différents régimes de redevances.

Les régimes de redevances ad valorem permettent de recevoir des montants de redevances plus constants sous les diverses hypothèses de prix. Cependant, ils rajoutent une charge importante aux sociétés minières, notamment lorsque les prix sont bas et les projets miniers peu rentables. Cela peut

4 Pour plus d’informations sur la notion de VAN, se référer au Chapitre 4 de l’étude : Les décisions d’investissement dans le secteur minier.

2. Sommaire exécutif…

avoir un impact marginal sur les pays miniers producteurs à bas coûts tels l’Australie ou le Brésil pour le fer. Cependant cela est particulièrement important pour le Québec, où les mines ont des coûts élevés de production. Un tel régime impliquerait le paiement de redevances même si les profits sont faibles ou nuls. Il risquerait donc fortement d’accélérer la fermeture de telles mines en cas de baisse des prix et de fragiliser la réalisation de nombreux projets d’investissement actuels.

À l’inverse, les régimes basés sur les profits s’ajustent à la rentabilité des projets miniers. Ainsi, lorsque les prix sont bas, les mines sont généralement peu rentables, notamment dans les régions ayant des coûts moyens de production élevés. En n’imposant pas de charge supplémentaire dans une telle situation, les redevances basées sur les profits peuvent permettre aux mines de traverser un bas de cycle minier, sans pour autant fermer. Lorsque les prix sont hauts et les profits élevés, un tel régime ira chercher une part plus importante de la richesse extraite. Cependant, les montants de redevances perçues seront plus fluctuants pour le gouvernement, pouvant même être nuls pour quelques mines certaines années.

Enfin, les régimes de redevances hybrides sont censés combiner les avantages et inconvénients des deux autres régimes. Il est alors particulièrement important de veiller à bien ajuster les taux de redevances des deux composantes. Ainsi, si les taux de la composante ad valorem sont trop élevés, le régime hybride aura les désavantages précédemment décrits des redevances ad valorem. De plus, il est important de voir dans quelle mesure les montants de redevances ad valorem versés seront déductibles des redevances sur les profits, comme c’est le cas en Australie ou en Colombie-Britannique. En l’absence de telles conditions, la charge fiscale imposée aux projets miniers pourrait être trop forte, ceux-ci risqueraient alors de ne pas être réalisés dans un contexte international compétitif.

Le risque principal de l’application de tels régimes hybrides pour le Québec serait de communiquer un message ambivalent quant à la compétitivité du régime minier. Alors que les prix semblent s’orienter à la baisse ou que l’industrie présume qu’ils le feront, comme c’est le cas actuellement, un régime de redevances hybride avec des taux élevés acquiert tous les désavantages des régimes ad valorem, des désavantages importants pour un territoire minier qui ne peut être considéré comme un producteur minier à faibles coûts (« low cost producer »).

3. INTRODUCTION

3.1 UN DÉBAT PUBLIC

Les redevances minières sont des taxes spécifiquement appliquées à l’industrie minière pour compenser la collectivité de l’extraction du sous-sol d’une ressource finie et non renouvelable. Ces redevances sont établies au-delà de l’impôt corporatif que paient les sociétés minières, comme toute autre entreprise. Au Québec, la redevance minière est aujourd’hui établie à 16% des profits d’exploitation d’une mine et est spécifique à chaque mine 5 .

Ce taux est en vigueur depuis le budget de 2010-2011, alors que le gouvernement du Québec apporta de nombreuses modifications au régime de redevances, afin de le rendre conforme aux pratiques les plus courantes dans les principaux pays miniers :

Une hausse sur trois ans des redevances, qui sont passées de 12% à 16% des profits miniers à compter du 1 er janvier 2012 ;

Une base de calcul établie sur les profits miniers de chaque mine exploitée au Québec par la société minière, plutôt que sur l’ensemble des profits réalisés au Québec par la société;

Un renforcement des règles régissant les dépenses d’amortissement des investissements en capital;

Une limitation de la déduction des frais d’exploration à 30% des profits annuels (100% auparavant).

Ces modifications au régime, combinées à une hausse des prix des métaux, ont entrainé une augmentation significative des droits miniers perçus par le gouvernement du Québec, qui sont passés de 99 millions de dollars pour l’exercice 2009-2010 à 304 millions de dollars 6 pour l’exercice 2010-2011, et à un montant estimé de 365 millions de dollars 7 pour l’exercice 2011-2012.

Ce nouveau régime est toutefois loin de faire l’unanimité. Les principales critiques sont au nombre de trois :

Le taux de redevances de 16% sur les profits miniers serait insuffisant et ne donnerait pas au gouvernement du Québec une « juste part » des revenus miniers, principalement au regard des crédits d’impôts dont bénéficie l’industrie minière 8 , notamment à l’égard des dépenses d’exploration;

La structure de redevances actuelle, basée sur les profits, serait peu adaptée à la réalité minière. Il est proposé de la remplacer par des redevances ad valorem basées sur la valeur du minerai extrait ou par un système hybride composé de redevances ad valorem et de redevances sur les profits;

5 C’est-à-dire qu’elle est basée sur les profits de chaque mine et non pas sur les profits consolidés de l’ensemble des mines de la société dans la région concernée.

6 Gouvernement du Québec : budget 2012-2013.

7 Ibid.

8 Comme d’autres industries au Québec, l’industrie minière bénéficie de divers crédits d’impôts. Ceux-ci varient d’une industrie à l’autre afin d’être adaptés aux besoins et enjeux spécifiques à chaque secteur.

3. Introduction…

Le régime de redevances ne tient pas compte des investissements publics prévus dans le cadre du Plan Nord, ni des tarifs préférentiels d’Hydro-Québec aux grands utilisateurs, qui constitueraient des subventions implicites à l’industrie minière.

Ces critiques ont été faites dans de nombreux forums, colloques, lettres ouvertes, dans les médias et au travers des positions de certains partis politiques. Elles sont généralement accompagnées de propositions de modifications au régime actuel :

Le Parti Québécois propose de remplacer le régime de redevances par une adaptation d’un modèle instauré le 1 er juillet en Australie pour l’industrie du fer et du charbon, connu sous le nom de « Minerals Resource Rent Tax » ou MRRT 9 . Tel que nous pouvons l’interpréter, leur proposition est un régime hybride avec une redevance ad valorem de 5% sur les revenus de la mine 10 combinée à une redevance de 30% sur les profits miniers consolidés de la société au Québec dépassant un rendement supérieur à 8% des capitaux engagés.

La coalition Pour que le Québec ait meilleure mine ! propose deux options structurées autour d’une taxe ad valorem :

Un régime de redevances ad valorem dont le taux fluctuerait entre 3% et 10% selon l’évolution du marché et les prix des métaux exploités 11 ;

Un régime hybride avec l’ajout d’une redevance ad valorem plancher 12 à la redevance actuelle de 16% sur les profits miniers.

Québec Solidaire et Option Nationale proposent quant à eux une nationalisation partielle ou totale de l’exploitation minière au Québec;

Le Dr Yvan Allaire, professeur émérite de stratégie à l'Université du Québec à Montréal, propose l’instauration d’un modèle hybride avec les redevances suivantes :

Des redevances ad valorem, dont le taux fluctuerait en fonction du prix du minerai avec, à titre illustratif, des valeurs comprises entre 0% et 15% pour l’or et 0% et 25% pour le fer;

Des redevances sur les « profits exceptionnels » consistant en un taux d’imposition de 80% des bénéfices nets au-delà d’un taux de rentabilité interne (« TRI ») de 15% 13 .

Comment peut-on comparer ces différentes propositions ? Un débat public éclairé exige une connaissance des impacts de ces différents régimes sur la compétitivité des sociétés minières, des effets potentiels sur les décisions d’investissement et sur les revenus du gouvernement du Québec. La question est d’autant plus difficile que le secteur minier québécois est relativement diversifié, allant du fer de la Fosse du Labrador à l’or de l’Abitibi, en passant par le nickel de l’Ungava et autres minerais métalliques du territoire de la Baie-James. Le régime de redevances étant universel, c’est-à-dire qu’il s’applique à l’ensemble des mines, le défi est de développer un modèle analytique nous permettant de situer le régime actuel et son impact sur les projets miniers, et de le comparer aux alternatives proposées.

9 Ce nouveau système de redevances australien, appliqué uniquement aux minerais de fer et de charbon, est entré en vigueur le 1 er juillet 2012. Pour plus d’informations, se référer à l’Annexe 2.

10 C’est-à-dire sur la valeur extraite (quantité extraite multipliée par les prix en vigueur au moment de l’extraction).

11 Lettre de la coalition Pour que le Québec ait meilleur mine ! sur le projet de loi 79 datée du 5 mai 2010.

12 Cette redevance ad valorem permettrait ainsi d’avoir un minimum de revenus pour le gouvernement, y compris dans le cas où la mine n’est pas rentable, le taux de cette redevance n’étant pas précisé.

13 Voir le chapitre 4 pour plus d’informations sur la notion de taux de rendement interne (TRI).

3. Introduction…

3.2 UN CADRE DANALYSE ET DE RÉFÉRENCE

Nous visons dans ce document à fournir un cadre analytique permettant d’évaluer et de comparer différents régimes de redevances, et ce, afin de mieux comprendre leurs impacts sur la rentabilité des sociétés minières et sur les revenus que peut tirer le gouvernement du Québec de l’activité minière.

À cette fin, nous avons développé deux modèles financiers, l’un portant sur une mine typique de fer située dans la Fosse du Labrador, l’autre sur une mine d’or d’Abitibi, chaque modèle tenant compte des conditions particulières d’exploitation existant au Québec. Nous avons utilisé ces deux modèles financiers pour comparer quatre propositions de régimes de redevances selon trois hypothèses de prix (hypothèse moyenne, haute et basse) et deux (pour l’or) à trois (pour le fer) structures de coûts. L’une de ces structures correspond aux coûts actuels de l’industrie, tels que rapportés dans les études de faisabilité et analyses économiques préliminaires ou « Preliminary Economic Analyses » (PEA) rendues publiques par des sociétés minières pour des projets récents. L’autre est une structure de coûts plus élevés, reflétant une mine amenée à entrer en production au cours des années à venir. Ces modèles permettent notamment d’évaluer l’impact des différents régimes de redevances sur la valeur actuelle nette (VAN 14 ) des projets. Le projet de mine de fer a une durée d’exploitation de 20 ans et le projet de mine d’or de 14 ans. Nous avons postulé que les sociétés minières n’auraient qu’un seul projet de mine en exploitation au Québec.

Le développement de modèles financiers similaires à ceux utilisés par les sociétés minières pour leurs décisions d’investissement afin de comparer les différents régimes de redevances est au cœur de notre méthodologie. Ces modèles sont basés sur le calcul de la valeur actuelle nette des projets, valeur qui doit être positive pour qu’un projet aille de l’avant et qui incorpore tous les coûts et risques des projets. Cette méthodologie est d’ailleurs un standard hautement formalisé puisqu’elle est prescrite dans les documents d’appel de financement par les agences de réglementation des marchés financiers. Au Canada, c’est le règlement 43-101 de l’autorité canadienne de réglementation des valeurs mobilières qui en définit les principes.

Les quatre propositions que nous avons choisi de comparer sont les suivantes :

1. Le régime actuel, soit une redevance de 16% sur les profits de chaque établissement minier;

2. Un régime de redevances ad valorem de 7% sur la valeur du minerai extrait;

3. Le régime appliqué en Australie occidentale, soit pour le fer une redevance ad valorem de 6,5% combinée à une redevance de 22,5% sur les profits supérieurs à 125 millions de dollars, et pour l’or une redevance ad valorem de 2,5%;

4. Un modèle hybride basé sur une redevance ad valorem de 5% et une redevance de 30% sur les « super profits », c’est-à-dire sur tout profit minier supérieur à 8% des revenus miniers.

14 Voir chapitre 4 pour plus d’informations sur la notion de valeur actuelle nette (VAN).

3. Introduction…

Ce cadre permet ainsi de comparer ces quatre propositions aux régimes en vigueur dans des provinces, états et pays avec lesquels le Québec est en concurrence pour attirer des investissements miniers. Le cadre permet également de comparer les redevances perçues aux crédits d’impôts miniers et autres « subventions » que pourrait recevoir l’industrie minière.

Le cadre d’analyse ne cherche cependant pas à déterminer la rentabilité globale de la politique minière québécoise et ne tient notamment pas compte des éléments suivants :

Les dépenses d’infrastructures du gouvernement du Québec;

Les dépenses imposées aux sociétés minières en vertu de la règlementation environnementale et sociale;

Les considérations reliées aux activités industrielles complémentaires de 2 e et 3 e transformation;

Les impacts régionaux sur l’emploi;

Les impôts corporatifs que peuvent payer les sociétés minières, autant au gouvernement du Québec qu’au gouvernement fédéral 15 .

Ces éléments ne sont pas à négliger mais, de façon générale, ils sont communs à l’ensemble des régimes de redevances et s’appliqueront quel que soit le régime.

Notre cadre d’analyse ne tiendra également pas compte de la problématique du partage de ces redevances entre le gouvernement québécois, les peuples autochtones et les autorités régionales ou municipales.

Notre principal objectif, avec ce document, est de proposer un cadre d’analyse qui permet de comparer les différentes propositions actuellement débattues au Québec, en identifier les tenants et aboutissants, et de les situer par rapport aux régimes en place dans d’autres juridictions.

Le contenu du document reflète la méthodologie utilisée :

1. Présentation des principaux facteurs influençant toute décision d’investissement dans un projet minier ou de cessation des opérations d’exploitation. Le financement du coût d’un projet minier, typiquement de l’ordre du milliard de dollars, repose sur une méthodologie relativement standardisée. Bien comprendre cette méthodologie permet de déterminer comment la variation d’un coût d’exploitation, telles les redevances, influe sur les décisions d’investir dans un projet minier et de maintenir ou cesser l’opération d’une mine existante (chapitre 4).

2. Description du secteur minier au Québec, incluant sa taille, les divers minerais produits et une description approfondie de son régime de redevances (chapitre 5).

3. Description des divers systèmes de redevances minières existant à travers le monde et de leurs avantages comparatifs. Cette section permet de situer les quatre propositions analysées et de les mettre en perspective avec les autres régimes de redevances existant dans le monde et les taux d’imposition qui leur sont associés (chapitre 6).

15 À l’exception de certains tableaux où il y a mention explicite.

3. Introduction…

4. Revue de la littérature sur les régimes de redevances minières et analyse des modèles utilisés pour les comparer (chapitre 7). Nous examinerons plus spécifiquement quatre études :

a. L’étude de la Banque mondiale, complétée en 2006, abondamment citée dans tous les débats politiques sur le sujet à travers le monde;

b. Le modèle utilisé par Ressources naturelles Canada, datant de 2011, et utilisé par le gouvernement du Canada pour comparer la fiscalité affectant les projets miniers dans toutes les provinces canadiennes à celle à laquelle ferait face un projet minier similaire dans d’autres juridictions étrangères;

c. Le modèle développé par PricewaterhouseCoopers sur la fiscalité minière au Canada et publié en 2011, fréquemment utilisé dans le débat sur les redevances;

d. L’étude du Dr Yvan Allaire intitulée Une politique pour l’industrie minière québécoise publiée en mai 2012, proposant un nouveau modèle hybride de redevances.

Ces comparaisons serviront à baliser l’approche comparative développée pour notre cadre analytique.

5. Un projet de mine de fer au Québec : analyse comparative des régimes de redevances (chapitre 8). Ce modèle d’une mine de fer typique dans la Fosse du Labrador permet d’analyser l’application des quatre propositions sous différents scénarios de prix et de coûts.

6. Un projet de mine d’or au Québec : analyse comparative des régimes de redevances (chapitre 9). Ce modèle d’une mine d’or reflétant une structure de mine en Abitibi permet d’analyser les quatre propositions sous différents scénarios de prix et de coûts pour l’or. Dans le même chapitre, nous étendons l’analyse des deux modèles miniers aux autres minerais produits au Québec.

7. Conclusion (chapitre 10).

4.

LES DÉCISIONS DINVESTISSEMENT DANS LE SECTEUR MINIER

L’exploitation minière se présente sous la forme d’une série de projets d’investissement échelonnés selon les phases de développement de la mine. Ce chapitre présente donc les modèles analytiques que les sociétés minières utilisent pour déterminer s’il y a lieu, ou non, d’investir dans un projet minier, et ses différentes étapes. Il permet, par la suite, de comprendre le rôle que jouent les redevances dans ce cadre décisionnel.

4.1 LES PHASES DUN PROJET MINIER

On peut décomposer un projet minier en cinq différentes phases principales de réalisation :

L’exploration menant éventuellement à la découverte d’un gisement économique;

L’évaluation du gisement minier et la conduite des études de faisabilité qui permettront de lever le financement du projet de développement;

Le « développement » de la mine, soit la construction du complexe d’exploitation et des infrastructures afférentes;

La période de production, qui inclut souvent de nouveaux investissements afin d’augmenter la production ou de prolonger la durée de vie de la mine;

La réhabilitation 16 ou restauration du site, suite à la fermeture de la mine.

Chacune de ces phases diverge par sa durée, les montants investis et les risques qui y sont associés.

FIGURE 1 : DESCRIPTION DES PRINCIPALES PHASES DUN PROJET MINIER

2011

Évaluation des gisements miniers (exploration avancée et mise en valeur , 3-8 ans) Développement du
Évaluation des gisements miniers
(exploration avancée et mise en valeur ,
3-8 ans)
Développement du
Exploration minière
Production minière
complexe minier
(en continu)
(15-30 ans)
(2-3 ans)
Détermination des
Exploration préliminaire
Forage prospectif*
Étude de faisabilité
Construction de la
mine
Production du minerai
réserves*
Faisabilité
Go / No-Go
Évaluation économique
préliminaire / Pré-faisabilité
Valeur de l’actif
Risque
Indicateurs métriques
d’investissement et
acteurs à chaque
stage de
développement
Rapport technique
Découverte
Prospecteurs
Co. d’exploration (1 500)
Co. junior (1 000)
Co. majeur (40)
Co. intermediaire (300)
Banques, sociétés
Bailleurs de fonds
Investisseurs locaux
Capital de risque,
gestionnaires de portefeuille
minières, partenaires
Varié, incluant des banques
commerciaux
Total des dépenses
(monde, milliards de $US
par année)
8
3
40
100
Participants
(monde)
Risque / Valeur
de l’actif

*Approximativement 1/150 à 1/1000 des évaluations de gisements atteindront l’étape de construction. Sources : Ressources naturelles Canada, Association minière du Québec, Aspermont, SECOR

16 Étape non incluse dans la Figure 1.

4. Les décisions d’investissement dans le secteur minier…

4.1.1 LA PHASE DEXPLORATION

La phase d’exploration est la phase la plus risquée de l’activité minière. Des sociétés d’exploration, communément appelées « juniors » 17 , dominent par leur nombre les deux premières étapes menant à la découverte de gisements exploitables et à leur caractérisation. Il s’agit de phases où les investissements, bien que relativement modestes en comparaison avec ceux requis pour construire le complexe minier, sont hautement risqués. Ces entreprises se financent sur le marché boursier, où leurs titres sont considérés comme de nature spéculative, ou en établissant des ententes de participation avec des sociétés minières de taille plus importante.

Au Québec, comme dans plusieurs autres juridictions, les gouvernements ont mis en place des outils fiscaux afin de faciliter le financement de ces sociétés sur les marchés publics, connus ici sous le nom d’actions accréditives (voir Encart 1). En effet, les sociétés minières d’exploration étant généralement en situation non imposable avec des revenus inférieurs à leurs dépenses, elles ne peuvent utiliser aucune des déductions fiscales qui sont généralement accordées aux entreprises. Ces outils fiscaux permettent ainsi de transférer des déductions fiscales attribuables au titre des dépenses d’exploration de la société minière aux détenteurs des actions. Cette mesure a un coût fiscal modéré pour le gouvernement, les montants transférés ne pouvant bien évidemment plus être déduits par les sociétés minières 18 .

Au Canada, les sociétés d’exploration « juniors » ont représenté 57% des dépenses en exploration et en évaluation de gisements entre 2007 et 2012. Les sociétés minières d’importance, connues sous le nom de « seniors », ont apporté l’autre 43%, bien qu’une partie importante de ce montant ait été dépensé dans le cadre d’ententes d’exploration avec des « juniors ». Ces ententes mènent généralement à l’acquisition, par les sociétés « seniors », des gisements découverts.

L’activité d’exploration est une activité à risque élevé, mais aussi à retour potentiellement élevé dans les quelques cas où il y a une découverte. Le financement de ces activités se fait ainsi selon un mode similaire au capital de risque, à la différence que les fonds sont généralement levés sur des bourses spécialisées telles le TSX Venture. Afin d’attirer le financement, les sociétés soumettent dans leur prospectus les zones d’intérêt où elles désirent faire de l’exploration et les justifications sous-jacentes.

Les sociétés « juniors » espèrent trouver un gisement potentiellement économique, afin qu’il se fasse racheter par une société « senior » avant que la société exploratrice ne tombe à court de liquidités 19 . Cependant, lors de la dernière décennie, on a également vu au Québec des sociétés « juniors » d’exploration devenir des sociétés intermédiaires d’exploitation, telles Osisko, Aurizon, Consolidated Thompson Iron Mine et d’autres.

17 Pour plus d’informations sur les différents types de sociétés minières, se référer au lexique.

18 Cependant, les particuliers peuvent déduire jusqu’à 150% du montant des dépenses admissibles, voir l’Encart 1 pour plus de détails.

19 Ayant peu ou pas de revenus en dehors de l’apport en capitaux des investisseurs, la gestion du financement est cruciale pour les sociétés « juniors » d’exploration.

4. Les décisions d’investissement dans le secteur minier…

Indice de prix des métaux MEG

(1993=1)

Le principal risque associé à cette phase est la faible probabilité de découverte d’un gisement qui pourra, par la suite, être transformé en mine. Selon l’Association de l’exploration minière du Québec, un projet d’exploration seulement sur 1 000 aboutit finalement à une mine en activité 20 .

Enfin, soulignons que les dépenses d’exploration sont fortement corrélées à la hausse des prix des métaux (cf. Figure 2). La forte hausse de la demande de métaux et minerais depuis une dizaine d’années, principalement en Chine et en Inde, a amené une hausse importante des prix des métaux, qui a soutenu une forte augmentation des dépenses mondiales d’exploration. Celles-ci ont ainsi été multipliées par près de 9,5 entre 2002 et 2011 pour atteindre un montant de 18 milliards de dollars américains.

FIGURE 2 : ESTIMATION DES DÉPENSES MONDIALES EN EXPLORATION NON FERREUSE

1993-2011, milliards de $US, %

$18 5.0 Indice de prix des métaux MEG Total de l’exploration non ferreuse $15 4.0
$18
5.0
Indice de prix des métaux MEG
Total de l’exploration non ferreuse
$15
4.0
$12
3.0
+847%
$9
2.0
$6
1.0
$3
$0
0.0
93
94
95
96
97
98
99
00
01
02
03
04
05
06
07
08
09
10
11
Exploration non ferreuse
(milliards de $ US))

Sources : Metals Economics Group

Le Canada est un important joueur dans l’industrie mondiale de l’exploration, avec comme pilier la Bourse de Toronto, principale place de marché pour cette industrie. Les sociétés minières canadiennes effectuent ainsi une part importante de l’exploration mondiale, ayant réalisé de 30% à 45% des dépenses mondiales totales entre 1998 et 2010. Notons cependant qu’une part importante de ces dépenses est réalisée à l’étranger, 50% des 9 700 projets d’exploration des sociétés inscrites à la côte du TSX et du TSX croissance ayant eu lieu dans un pays autre que le Canada.

Ceci reflète la forte mobilité internationale des capitaux qui financent les investissements d’exploration. Les dépenses en exploration n’entraînant pas d’importantes immobilisations, contrairement à la construction du complexe minier, il y a peu de freins géographiques pour les

20 Les estimations varient en fonction des sources utilisées. Ainsi, l’Association minière du Québec évalue ce chiffre à 1 sur 150.

4. Les décisions d’investissement dans le secteur minier…

sociétés d’exploration, y compris pour les sociétés de taille modeste, généralement actives dans plusieurs pays et parcourant le monde à la recherche de sites prometteurs.

FIGURE 3 : RÉPARTITION DES INVESTISSEMENTS MONDIAUX DEXPLORATION PAR ZONE GÉOGRAPHIQUE

2011, % Russie 3% 18% Canada Europe Ex URSS/Mongolie 4% 3% 8% États-Unis Chine 4%
2011, %
Russie
3%
18%
Canada
Europe
Ex URSS/Mongolie
4%
3%
8%
États-Unis
Chine
4%
6%
Mexique
6%
Afrique de l’Ouest
Colombie
2%
5%
îles Pacifiques
N.W.T.
Pérou
3%
4%
1,4%
Nunavut
Brésil
0,5%
0,8%
2,3%
5%
13%
Australie
Chili
B.C.
8%
AB
3,3%
Afrique Sub-saharienne
Sask.
Man.
2,6%
P.E.I
0,2%
QC
N.B.
0,1%
4,7%
Argentine
0,1%
N.S.
1,6% 0,5%
Ont.
2%

Sources : Metals Economics Group, Corporate Exploration Strategies, Association minière du Canada

Le Canada demeure une région minière privilégiée, notamment à cause de son étendue et de la richesse minérale du Bouclier canadien. En 2011, il s’est classé au premier rang pour l’accueil des investissements en exploration, avec près de 18% du total mondial. Au Canada, le Québec se situe au second rang des provinces, derrière l’Ontario, avec 3,3% du total mondial des dépenses d’exploration, ce qui est comparable avec des pays comme le Brésil ou la Russie. Il est ainsi intéressant de constater que le Québec, bien que marginal du point de vue de la production minière, dispose d’une attractivité certaine avec son potentiel d’exploration et son climat d’investissement favorable.

L’attrait varie aussi selon le type de minerais. La Fosse du Labrador est connue pour ses importants gisements de fer, quoique de teneur moyenne. Pour l’or, l’Abitibi, en particulier le long de la faille de Cadillac, constitue depuis plus de 80 ans la principale région productrice du Québec avec plusieurs gisements à hautes teneurs. Toutefois, la découverte de ce type de gisements en Abitibi devient de moins en moins fréquente. Des nouveaux gisements à fort tonnage et basse teneur sont maintenant identifiés et commencent à être exploités. L’exploration de minerai d’or se développe également dans la région de la Baie-James où un premier gisement important, la mine Éléonore, débutera sa production en 2014.

Le coût moyen de la découverte d’or dans le monde occidental n’a cessé d’augmenter depuis les années 1950, avec une hausse moyenne de 6% par année entre 1950 et 2008 (cf. Figure 4). En parallèle, la teneur moyenne en or des gisements découverts ne cessait de diminuer, passant de 5 g/tonne en 1955 à

4. Les décisions d’investissement dans le secteur minier…

moins de 1 g/tonne en 2010 (cf. Figure 5). Cela est partiellement dû au fait qu’il est devenu généralement plus aisé et moins onéreux de découvrir et d’exploiter un gisement à ciel ouvert et à basse teneur plutôt qu’un gisement souterrain à forte teneur.

Encart 1 : Les actions accréditives

Une action accréditive est un titre émis par une société de ressources qui renonce à déduire ses frais d'exploration en faveur d'un investisseur.

Les sociétés « juniors » d'exploration de ressources ont souvent de la difficulté à réunir le capital nécessaire pour financer leurs activités d'exploration et d'aménagement. La plupart des sociétés étant en position non imposable (revenus inférieurs aux dépenses), elles n'ont pas de possibilité de déduire leurs frais d’exploration pour fin de calcul du montant imposable. Le programme des actions accréditives offre ainsi aux investisseurs qui acquièrent ces actions une déduction des frais d’exploration et de mise en valeur auxquels la société a renoncé.

Les déductions offertes aux particuliers pour l’impôt du Québec sont les suivantes, pour un total maximum de 150% du coût de l’investissement :

Déduction de base égale à 100 % du coût des actions accréditives;

25 % de plus lorsque les frais d’exploration sont engagés au Québec par une société qui n’exploite aucune ressource minérale (admissible également aux entreprises domiciliées dans d’autres provinces n’ayant pas de mines au Québec);

Déduction supplémentaire de 25 % lorsque l’exploration est effectuée à partir de la surface.

Lors de la vente de l’action accréditive, l'investisseur ne paie l’impôt sur le gain en capital, au niveau provincial, que sur la partie comprise entre le prix d’acquisition et le prix de vente.

La déduction offerte pour l’impôt fédéral est une déduction de base égale à 100% du coût des actions. Lors de la vente de l’action, le particulier paie l’impôt d’un gain en capital sur la totalité du prix de vente, le prix de base rajusté de l’action étant égal à 0.

Sources : Agence du revenu du Canada, MRNF

FIGURE 4 : COÛT MOYEN DE LA DÉCOUVERTE DOR PRIMAIRE DANS LE MONDE OCCIDENTAL

1950-2008, $US/once, $ de 2009

DANS LE MONDE OCCIDENTAL 1950-2008, $US/once, $ de 2009 Source : Standard Chartered Bank 2 1

Source : Standard Chartered Bank

21 Découvertes de plus de 1 million d’onces d’or.

FIGURE 5 : TENEUR MOYENNE DES GRANDES DÉCOUVERTES MONDIALES DOR PRIMAIRE 21

g/tonne, 1950-2008

MOYENNE DES GRANDES DÉCOUVERTES MONDIALES D ’ OR PRIMAIRE 2 1 g/tonne, 1950-2008 Source : Standard

Source : Standard Chartered Bank

4. Les décisions d’investissement dans le secteur minier…

Mais la baisse de teneur et la hausse des coûts moyens de découvertes pour les gisements d’or n’ont pas affecté indûment la rentabilité de l’exploration, car d’autres facteurs sont venus les compenser :

La hausse des prix des métaux permet d’exploiter des gisements auparavant non économiquement rentables et de récupérer des dépenses d’exploration plus élevées;

L’amélioration des technologies d’exploration, en particulier grâce à l’informatique, la géochimie, la géophysique et la télédétection, fait baisser les coûts de découverte pour certains types de gisements;

L’amélioration des technologies minières, telles le foudroyage par bloc, permet d’exploiter des gisements auparavant difficiles à exploiter.

4.1.2 LA PHASE DÉVALUATION DES GISEMENTS

La phase d’évaluation suit la découverte d’un gisement potentiellement économique. Elle consiste à déterminer l’importance du gisement en termes de quantité de minerai exploitable et de teneur moyenne. Cette connaissance est acquise au cours d’un processus rigoureux et normé, où la quantité de matériel rocheux potentiellement exploitable répond à des définitions précises :

Ressources : tonnage minéralisé dont la viabilité économique n’est pas encore démontré. C’est la première étape d’évaluation d’un gisement potentiel, réalisée avec une étude de préfaisabilité. Les ressources sont divisées en catégories présumées, indiquées et mesurées, selon le degré de confiance croissant de l’interprétation géologique de la minéralisation. Par exemple, à l’étape des ressources présumées, aucune considération économique ne peut être donnée;

Réserves : tonnage minéralisé dont le caractère économique est démontré au cours d’une étude de faisabilité tenant compte de l’ensemble des facteurs propres au gisement (tonnage, teneur) et des facteurs externes au gisement (ensemble des coûts pour une mise en production, infrastructures, fiscalité, etc.). Les réserves incluent des catégories probables et prouvées, établies au moins à partir des ressources indiquées et mesurées telles que définies précédemment.

Pour toutes les sociétés minières, ces études servent à démontrer qu’un gisement est viable et permettent de rechercher le financement pour une mise en production. Les sociétés juniors vont assez souvent céder tout ou une partie de leurs droits sur un gisement à l’étape de la préfaisabilité ou de la faisabilité. Les études de faisabilité, régies par les autorités en valeurs mobilières du Canada selon le règlement 43-101, doivent fournir des données détaillées sur les aspects suivants :

Données techniques sur le gisement;

Investissements prévus pour construire et exploiter la mine;

Production moyenne annuelle prévue et durée de vie estimée de la mine;

Rentabilité estimée du projet selon diverses estimations de coûts d’exploitation et de prix de vente de la ressource extraite.

Dans les sociétés minières intégrées qui possèdent déjà plusieurs mines et gèrent un portefeuille de projets en phase I et II, des études similaires sont entreprises pour pouvoir choisir entre les différents projets en cours.

4. Les décisions d’investissement dans le secteur minier…

Les études de faisabilité mènent aux décisions finales d’investissement dans le développement du complexe minier. Sous réserve d’une conclusion positive de l’étude de faisabilité et de la disponibilité du financement, le projet peut alors entamer la phase suivante.

4.1.3 LA PHASE DE DÉVELOPPEMENT DU COMPLEXE MINIER (CONSTRUCTION)

Cette phase est associée au démarrage de l’aspect visible de la mine, à savoir la préparation de la mine, la construction de l’usine de traitement primaire et des infrastructures requises (port, chemin de fer, etc.). Elle nécessite d’importants investissements, variant en fonction du minerai, du type de mine (souterraine ou à ciel ouvert), du volume de production prévu et de sa localisation.

FIGURE 6 : RÉPARTITION DES DÉPENSES ESTIMÉES EN IMMOBILISATIONS POUR UN PROJET TYPIQUE DEXPLOITATION AURIFÈRE

2012, millions de $CAN, %

1 720

3%

9%

24%

Réhabilitation Exploration et mise en valeur Maintien Construction
Exploration et mise en valeur Réhabilitation Maintien Construction
Maintien Réhabilitation Exploration et mise en valeur Construction
ConstructionRéhabilitation Exploration et mise en valeur Maintien

64%

Source : SECOR

Basée sur l’étude de faisabilité d’un projet typique d’exploitation aurifère au Québec, la répartition du montant des investissements de 1,7 milliard, sur l’ensemble de la durée de vie d’un projet, serait la suivante :

64% pour la construction du complexe minier;

24% pour le maintien des infrastructures de production;

9% pour l’exploration et la mise en valeur du site (acquisition d’un gisement ou coût interne des phases I et II);

3% pour la réhabilitation du site minier à l’issue de son exploitation.

Les dépenses de construction de la mine et de ses infrastructures, réalisée généralement sur une période de deux ou trois ans au début du projet, dominent les immobilisations d’un projet. Ceci explique le traitement fiscal privilégié accordé, dans de nombreux pays, à l’amortissement de ces dépenses. Le rythme d’amortissement accru lors des premières années d’exploitation permet aux sociétés minières de rentabiliser plus rapidement des investissements très importants, augmentant leur attractivité et permettant aux sociétés de taille moyenne de réaliser plus aisément ces investissements (cf. Annexe 3 pour plus de détails).

Ceci est d’autant plus important que le montant des investissements requis pour la construction d’une mine est en forte progression. Cette hausse des coûts initiaux n’est pas étrangère à la forte augmentation des dépenses en immobilisations pour les minéraux et métaux non ferreux depuis une dizaine d’année à travers le monde, tel qu’indiqué par la Figure 7.

4. Les décisions d’investissement dans le secteur minier…

FIGURE 7 : INVESTISSEMENTS MONDIAUX EN MINERAIS ET MÉTAUX NON FERREUX

1978-2011, milliards de $US, Indice des prix NFM 2005 base 100

milliards de $US, Indice des prix NFM 2005 base 100 Source : EU Policy on Natural

Source : EU Policy on Natural Resources

4.1.4 LA PHASE DEXPLOITATION

La durée de vie de l’exploitation d’une mine est variable, en fonction non seulement de l’importance du gisement, mais aussi de l’évolution du prix du minerai.

Cette phase, caractérisée par des flux positifs de trésorerie, assure la viabilité du projet qui, jusqu’à cette étape, n’a engendré que des coûts. Mais ces flux ne sont pas dénués de risques. Une exploitation minière reste en effet une activité complexe, et de nombreux imprévus peuvent survenir, remettant en cause les projections des études de faisabilité, comme le prouvent certains évènements récents au Québec (cf. Encart 2).

Encart 2 : Risques potentiels de la phase d’exploitation, le cas Goldex Goldex est une
Encart 2 : Risques potentiels de la phase d’exploitation, le cas Goldex
Goldex est une mine d’or située dans la région de Val-d’Or qui appartient à Agnico-Eagle. En
octobre 2011, elle a dû être fermée par mesures de sécurité à cause de problèmes d’infiltration d’eau
et de tassement du sol. Goldex était, avant cet accident, l’une des mines d’or les plus importantes au
Québec :
 La production de la mine se situait entre 150 000 et 170 000 onces d’or par année. Goldex
représentant alors 15% de la production totale d’Agnico-Eagle;
 Goldex renfermait environ 1,6 million d’onces d’or avant sa fermeture en 2011 et n’était en
activité que depuis 3 ans.
Les conséquences furent nombreuses pour Agnico-Eagle à la suite de cet incident :
 Un recours collectif des actionnaires a été organisé contre la société minière devant la Cour
supérieure de justice de l’Ontario;
 La partie de la mine la plus affectée par cette infiltration ne sera jamais réouverte;
 Le prix de l’action d’Agnico-Eagle a chuté de 18,3% le jour de l’annonce de la fermeture de
Goldex;
 La perte totale estimée pour Agnico-Eagle se chiffre aux alentours de 190 M$.
Source : Agnico-Eagle
21
21

4. Les décisions d’investissement dans le secteur minier…

De plus, les sociétés minières font face à des fluctuations constantes au niveau des prix et taux de change 22 , affectant leurs revenus.

Ainsi, les prévisions de flux financiers, sur des périodes de 10 à 30 ans, sont soumises à de nombreux aléas inhérents à la nature même de l’activité minière, ainsi qu’à des fluctuations de coûts de production, affectant la rentabilité des projets qui peut ainsi s’avérer très variable, nonobstant les prévisions des études de faisabilité.

Encart 3 : Les sites miniers abandonnés Il est indéniable qu’il existe au Québec des
Encart 3 : Les sites miniers abandonnés
Il est indéniable qu’il existe au Québec des sites miniers abandonnés qui n’ont fait l’objet d’aucune
activité de restauration.
De fait, avant 1995, aucune obligation de restauration n’était imposée aux sociétés minières à
l’issue de l’exploitation du site.
Depuis 1995, les sociétés ayant une activité d’exploitation minière au Québec ont cependant
l’obligation de déposer un plan de restauration accompagné d’une garantie financière couvrant
70% du montant total prévu des dépenses de restauration.
Cette modification de la Loi sur les mines a eu pour impact de limiter l’existence de nouveaux sites
miniers abandonnés après cette date. Seuls 5% des sites miniers abandonnés en date de mai 2012
ont connu une période d’activité après 1995.
Le projet de loi 14 sur les mines propose également de renforcer la réglementation actuelle sur la
restauration des sites miniers au travers des points suivants :
 Le dépôt et l’approbation du plan de restauration avant l’émission du bail minier;
 Une garantie financière correspondant à la totalité des travaux de restauration du site;
 Le versement de cette garantie financière sur une période de trois ans (50%/25%/25%);
L’objectif de ces différentes mesures est d’empêcher l’existence de tout nouveau site minier
abandonné qui ferait encourir des coûts de restauration supplémentaires au gouvernement.
Source : MRNF

4.1.5 LA PHASE DE RÉHABILITATION (RESTAURATION) DU SITE MINIER

À l’issue de la phase d’exploitation, le projet entre dans la phase finale de réhabilitation du site.

L’environnement d’un site minier est affecté significativement par les activités d’extraction et de transformation primaire. C’est notamment vrai pour les fosses et les parcs à résidus miniers. Diverses mesures doivent cependant être appliquées lors de l’exploitation afin de minimiser l’empreinte environnementale, particulièrement pour les parcs de résidus. De nos jours, la construction

22 Les principaux minerais étant transigés en dollars américains, les sociétés minières sont sujettes aux fluctuations de taux de change entre le dollar américain et la monnaie utilisée dans le pays où le minerai est extrait.

4. Les décisions d’investissement dans le secteur minier…

d’infrastructures étanches pour contenir les résidus, la récupération en circuit fermé des ingrédients chimiques lors du traitement primaire, et l’intégration de systèmes de traitement des eaux ont pour objectif d’éliminer les risques de pollution des eaux et des sols hors du périmètre immédiat de la mine.

Des travaux de réhabilitation sont également entrepris après la cessation de l’exploitation afin de le retourner à un état le plus naturel possible. Ces méthodes impliquent souvent le recouvrement du site par une combinaison de géomembranes étanches, de géotextiles, de couches de matériaux granulaires, le tout recouvert de terre végétale. De plus, tel que précisé dans l’Encart 3, les sociétés minières ont à l’heure actuelle au Québec l’obligation de prévoir, avant la mise en exploitation, une garantie financière à même de couvrir au moins 70% des coûts estimés de restauration, cette garantie pouvant être fournie au gouvernement sous diverses formes 23 . Le projet de loi 14 propose également d’augmenter cette garantie à 100% des coûts estimés.

4.2 LES DÉCISIONS DINVESTISSEMENT DANS LINDUSTRIE MINIÈRE

Les principaux investissements, dans le cycle de vie d’une mine, se font lors de la construction. Ces décisions obéissent à des protocoles analytiques très différents des autres phases. En somme, il s’agit d’évaluer la rentabilité probable d’un projet et les risques qui y sont associés.

L’analyse de base qui préside à une décision d’investissement dans un projet minier 24 est l’analyse de valeur actuelle nette (VAN). Il s’agit d’un modèle d’analyse financière largement utilisé, avec ses forces et ses faiblesses. Sa principale force est sa simplicité : ramener à un chiffre la valeur créée par le projet en tenant compte des investissements, coûts et revenus du projet, de son risque et de la valeur temporelle de l’argent :

La VAN d’un projet correspond à la somme des flux de trésorerie actualisée sur la vie du projet. Ces flux de trésorerie sont calculés après paiement des impôts et redevances minières;

Le taux d’actualisation utilisé 25 correspond généralement au coût moyen du capital utilisé. Dans le cas de capitaux internes, le taux utilisé inclut une prime de risque spécifique au projet, et non le coût moyen du capital pour l’entreprise qui reflète la diversité de son portefeuille d’investissements;

Un projet ne sera accepté que s’il est associé à une VAN positive commensurable avec le montant des investissements requis et les hypothèses sous-jacentes au calcul de la VAN.

23 Pour plus d’informations, se référer au Ministère des Ressources naturelles et de la Faune. (1995). Guide et modalités de préparation du plan et exigences générales en matière de restauration des sites miniers au Québec .

24 Comme pour la majorité des décisions d’investissement.

25 Qui est actuellement d’environ 5% pour les métaux précieux, 8% pour les métaux de base et 8 à 12% pour les autres métaux.

4. Les décisions d’investissement dans le secteur minier…

Une autre perspective de l’analyse de la VAN est de déterminer le taux de rendement interne (TRI) qui correspond aux taux d’actualisation donnant une VAN égale à 0. Quoiqu’on le retrouve dans certaines analyses, le TRI est moins utilisé que la VAN à cause de différentes limitations méthodologiques :

Le TRI n’est mathématiquement plus valide si les flux de trésorerie changent plusieurs fois de signe durant la vie du projet (c’est-à-dire s’ils sont successivement positifs et négatifs) à cause du fait qu’il peut alors exister plusieurs TRI différents;

Le TRI est un taux et ne reflète pas le montant global que l’on espère récolter de l’investissement, cela est particulièrement important en cas de projets mutuellement exclusifs;

Le TRI est très sensible à la durée du projet et peut varier fortement en cas d’arrêt de production anticipé de la mine.

Il existe des modèles plus sophistiqués d’analyse de valeur présente qui intègrent mieux les risques associés au projet. En particulier, des chercheurs du CIRANO ont développé la valeur actuelle nette optimisée, ou VAN-O 26 . Une autre approche est celle des options réelles 27 , issue des méthodes d’évaluation des options financières. Toutefois, ces approches ne sont généralement pas utilisées dans l’industrie minière, y compris par les plus grandes sociétés, les VAN étant des outils importants de communication s’adressant aux marchés financiers.

FIGURE 8 : ILLUSTRATION DE LA VAN ET DU TRI DUN PROJET HYPOTHÉTIQUE DE MINE

Millions de $CAN, %

Taux d’actualisation 8%
Taux d’actualisation
8%
TRI 16%
TRI
16%
Exploitation Exploration* Construction Réhabilitation** 598 300 300 300 300 300 300 300 250 250 200
Exploitation
Exploration* Construction
Réhabilitation**
598
300
300
300
300
300
300
300
250
250
200
200
150
100
100
-50
-50
-300
-350 -350
VAN
-3
-2
-1
0
1
2
3
4
5
6
7
8
9
10
11
12
13
14
15

*Acquisition d’un gisement auprès d’une exploratrice « junior » ou investissements cumulés en exploration. **À titre illustratif. Source : SECOR

26 La Van-O permet de tenir compte de manière plus rigoureuse de la nature diversifiée des sources de risque associées à un projet. Pour plus d’informations, voir Boyer, M. et Gravel, E. (2006). Évaluation de projets : la valeur actualisée nette optimisée (VAN-O). Assurances et gestion des risques. Vol. 74 (2), p163-185. 27 La méthode des options réelles est de plus en plus utilisée implicitement par la haute direction des entreprises sous divers vocables tels l’analyse ou le positionnement stratégiques qui font référence à des évènements futurs plus ou moins probables qui pourraient amener l’entreprise à prendre alors des décisions conditionnelles à la réalisation du projet actuel. Pour plus d’informations, voir Boyer, M. et al. (2003). Création de valeur, gestion de risque et options réelles. Montréal : CIRANO.

4. Les décisions d’investissement dans le secteur minier…

La Figure 8 montre divers éléments d’évaluation d’un projet illustratif de mine. L’analyse de ce projet dégage une VAN de près 600 millions de dollars sur une durée de 19 ans et pour un investissement initial de 1,05 milliard de dollars, soit un TRI de 16%. Le taux d’actualisation utilisé est de 8%, largement inférieur au TRI. Dans un tel cas, les investisseurs et la direction financière de la société minière considéreraient vraisemblablement que la VAN qui découle du projet est suffisamment importante pour couvrir les imprévus qui pourraient surgir (et surgiront vraisemblablement) pendant la durée du projet.

Ces imprévus sont de plusieurs ordres : évolution des cours mondiaux des métaux, évolution des taux de change (les coûts de la mine sont en dollars canadiens, les prix des minerais en dollars américains), la concentration du minerai, le broyage et la métallurgie, le prix de l’énergie et du transport 28 (transport maritime notamment 29 ). Les coûts de main-d’œuvre sont eux plus prévisibles sur des horizons de 15 à 25 ans, cependant ils peuvent avoir tendance à augmenter en période de forte hausse des prix, situation que nous constatons actuellement au Québec.

Il est ainsi possible que ce même projet minier, qui avait une VAN initialement positive, devienne non rentable à la suite d’un de ces imprévus. La Figure 9 simule ainsi l’impact d’une baisse des cours à partir de l’année 6. La VAN du projet passe alors de 598 millions de dollars à -38 millions de dollars. Cette VAN négative fait que le projet, rentable sous les hypothèses précédentes, devient dorénavant non rentable.

FIGURE 9 : ILLUSTRATION DE LA VAN ET DU TRI DUN PROJET HYPOTHÉTIQUE DE MINE

Millions de $CAN, %

Taux d’actualisation 8%
Taux d’actualisation
8%
TRI 7%
TRI
7%
Exploitation Exploration* Construction Réhabilitation** 300 300 250 200 200 150 100 50 30 10 -10
Exploitation
Exploration* Construction
Réhabilitation**
300
300
250
200
200
150
100
50
30
10
-10
-20
-38
-30
-30
-50
-50
-300
-350 -350
VAN
-3
-2
-1
0
1
2
3
4
5
6
7
8
9
10
11
12
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15

*Acquisition d’un gisement auprès d’une exploratrice « junior » ou investissements cumulés en exploration. **À titre illustratif. Source : SECOR

28 Les coûts de transport dépendent à la fois de facteurs spécifiques (la localisation du projet) et de facteurs globaux (les taux de fret pour le transport par minéralier). 29 Reflété, entre autres, par la forte volatilité du Baltic Dry Index.

4. Les décisions d’investissement dans le secteur minier…

D’autres facteurs viendront également influencer la décision d’investir, ou non, dans un projet et influeront sur la VAN qui sera exigée par les investisseurs :

L’environnement politique et la stabilité de la région, considérés dans une perspective à moyen terme;

L’environnement fiscal et plus spécifiquement les tendances d’évolution futures d’imposition à même d’influer sur la rentabilité du projet;

La qualité des relations avec les communautés locales et autochtones et les dépenses qui pourraient être requises pendant la durée du projet. L’augmentation des revendications de la part des communautés locales constatée depuis quelques décennies dans de nombreux pays tend à entraîner des hausses de coûts dans les projets miniers, soit sous forme de redevances locales, soit sous forme de dépenses communautaires. Cette hausse s’accompagne également d’une augmentation de l’incertitude entourant ces projets;

Les délais nécessaires pour l’obtention des permis et la réalisation du projet qui peuvent être fortement impactés par la « paix sociale »;

La qualité et la durabilité des infrastructures existantes (ports, voies ferrées, routes, réseau de distribution électrique) et le financement de leur maintien en état;

La disponibilité d’une main-d’œuvre formée et de qualité.

Encart 4 : Principaux critères de décision dans les investissements miniers

1.

Potentiel du gisement

2.

Rentabilité estimée des opérations

3.

Sécurité des permis miniers

4.

Capacité à rapatrier les profits

5.

Stabilité des politiques minières

6.

Contrôle des taux de change

7.

Stabilité de la législation et des conditions relatives à l’exploration

8.

Capacité à déterminer les obligations environnementales

9.

Capacité à déterminer les montants de redevances payés

10.

Stabilité du régime fiscal

Source : Sondage des Nations Unies auprès de 45 sociétés minières, 2005

Ces divers facteurs influeront cependant de manières diverses, leur importance dans la décision finale n’étant pas identique (cf. Encart 4 pour plus de détails sur les principaux critères de décision).

Ce n’est qu’une fois l’ensemble de ces facteurs considérés qu’une société minière prendra une décision sur le fait de poursuivre, ou non, son projet. Les investisseurs appelés à contribuer à ce projet prendront également en compte les mêmes facteurs. Le montant élevé des investissements initiaux et leur non-mobilité justifient une certaine prudence dans la décision d’investissement. Cela explique d’ailleurs la forte importance accordée à la stabilité du cadre politique (incluant les politiques minières) et du régime fiscal dans la prise de décision.

4. Les décisions d’investissement dans le secteur minier…

FIGURE 10 : FACTEURS AFFECTANT LA PRISE DE DÉCISION DINVESTISSEMENT POUR UN PROJET MINIER

Facteurs d’analyse

Facteurs relatifs à l’environnement mondial

Facteurs spécifiques au projet

Revenus potentiels

Évolution des cours mondiaux des minerais

Volume et concentration moyenne du minerai

Évolution des taux de change

Coûts

Équipements (corrélation positive avec le prix des minerais)

Type de mine

Électricité et eau

Énergie (pétrole notamment)

Salaires

Transport (taux de fret notamment)

Transport (localisation du projet)

Contexte

Évolution du contexte économique et de la demande

Politique

Politique des pays compétiteurs au niveau minier

Fiscal

Communautés locales

Infrastructures

Facteurs affectant la VAN des projets et déterminant la décision d’investissement VAN faible (ou nulle)
Facteurs affectant la VAN des projets et
déterminant la décision d’investissement
VAN faible (ou nulle)
VAN moyenne
VAN élevée
« No go »
Zone d’incertitude
Projet envisageable
Projet certain

Chaque projet est évalué de façon individuelle et comparé aux autres projets potentiels à un niveau mondial, y compris pour certaines entreprises minières sur des minerais différents

Source : SECOR

Il importe donc de bien saisir la notion de coût d’opportunité dans ce contexte. Les sociétés minières « seniors », principaux investisseurs dans de nouveaux projets miniers, développent un portefeuille de projets potentiels. Il est ainsi rare qu’une telle société minière n’ait, à un moment donné, qu’une seule possibilité d’investissement, même si elle n’a pas la capacité d’investir dans de nombreux projets à la fois. C’est dans ce contexte que les projets sont mis en compétition les uns avec les autres. Les projets les plus attractifs au regard de l’ensemble des éléments évoqués ci-dessus seront entrepris, les autres seront rejetés ou remis à une date ultérieure.

L’impact relatif de ces différents éléments sur la décision d’investissement est détaillé à la Figure 11.

FIGURE 11 : IMPACTS DE LA VARIATION DE DIVERS FACTEURS SUR LE CADRE DÉCISIONNEL

Cadre de décision d’investissement

« No go »

Zone d’incertitude

Projet envisageable

Projet certain

Contrairement à l’opinion largement répandue, il existe peu ou pas de projets certains, la grande majorité se situant dans la zone d’incertitude Seul un gisement particulièrement riche, dans un contexte* favorable, associé à un haut du cycle minier, peut permettre un tel projet

Impact de la hausse des prix des matières vendues sur le cadre de décision d’investissement

vendues sur le cadre de décision d’investissement Lorsque le prix des minerais augmente, la VAN d’un

Lorsque le prix des minerais augmente, la VAN d’un projet augmente, et des projets auparavant dans la zone d’incertitude peuvent basculer dans la zone envisageable

Impact d’une hausse des coûts sur le cadre de décision d’investissement

des coûts sur le cadre de décision d’investissement Lorsque le coût des intrants augmente, la VAN

Lorsque le coût des intrants augmente, la VAN d’un projet diminue, et des projets auparavant dans la zone envisageable peuvent basculer dans la zone d’incertitude

Impact de l’évolution du contexte* sur le cadre de décision d’investissement

du contexte* sur le cadre de décision d’investissement Lorsque les contextes politique, fiscal ou autre se

Lorsque les contextes politique, fiscal ou autre se dégradent, la zone d’incertitude augmente, et des projets auparavant dans la zone envisageable peuvent basculer dans la zone d’incertitude

* Politique, fiscal et autres. Source : SECOR

4. Les décisions d’investissement dans le secteur minier…

4.3 LES DÉCISIONS DE CESSATION DEXPLOITATION

La décision de cesser l’exploitation d’une mine repose généralement sur la baisse de la rentabilité de la mine. Cela peut être la conséquence de plusieurs choses :

Il ne reste plus de minerai exploitable dans le gisement;

Le minerai qui pourrait encore être extrait de la mine entraîne des coûts d’exploitation trop élevés;

Suite à une baisse de prix à l’échelle mondiale et compte tenu de perspectives trop faibles de leur remontée, les revenus anticipés de la mine seront inférieurs aux coûts d’exploitation pour une période trop longue pour justifier les pertes qui en résulteraient.

Une étude australienne s’est ainsi récemment penchée sur les raisons des fermetures des mines en Australie entre 1981 et 2005 30 . Les deux causes principales sont l’épuisement des ressources qui a provoqué près de 25% de l’ensemble des fermetures et la baisse des prix des minerais, qui n’a pas permis de justifier la poursuite des opérations, cause invoquée dans 23% des cas. Les autres raisons de fermeture sont variées, chacune ayant une importance marginale 31 .

Par ailleurs, il est plutôt rare, mais pas impossible, qu’une mine fermée soit rouverte, cela étant souvent lié à une importante hausse du prix des métaux qui peuvent y être exploités. Cependant la réouverture d’une mine implique généralement une réévaluation des ressources et des réserves, le renouvèlement d’infrastructures, le remplacement de la machinerie et la mise aux normes des parcs de résidus, ce qui entraîne des dépenses importantes. Il arrive plus fréquemment qu’un gisement, déjà partiellement exploité dans le passé, soit entièrement redéfini et qu’une nouvelle mine soit construite à proximité de l’ancien site minier 32 .

Nous avons, à de nombreuses reprises, évoqué l’importance de l’évolution du prix des minerais pour le secteur minier. Nous allons ainsi maintenant détailler les principaux éléments intervenant dans la mécanique des marchés mondiaux des minerais.

4.4 LA DYNAMIQUE DES MARCHÉS MONDIAUX DES MINERAIS

On ne peut appréhender les décisions des sociétés minières de construire une mine ou de cesser son exploitation sans tenir compte du rôle important que joue la cyclicité des marchés des minerais et donc du prix que peuvent obtenir les sociétés minières pour leur produits.

L’industrie minière écoule sa production sur des marchés dits de commodités où les prix ont une influence déterminante et où il y a peu de potentiel de différentiation du produit. Les acheteurs sont

30 David Laurence. (2010). « Establishing a sustainable mining operation: an overview », Journal of Cleaner Production, vol. 19 (2011), p278-284.

31 La durée de vie ou période d’exploitation d’une mine est donc incertaine, ce qui influe sur l’évaluation de l’investissement initial.

32 C’est notamment le cas du projet DSO de Tata Steel et New Millenium Iron qui se développe sur un gisement exploité de 1954 à 1982 par Iron Ore Company of Canada.

4. Les décisions d’investissement dans le secteur minier…

généralement expérimentés et bien informés des cours mondiaux 33 , des prix de référence caractérisant chacun de ces marchés. Les commodités sont transigées sur des marchés spécialisés, où l’on retrouve des marchés spot et des marchés à terme, ainsi que divers produits financiers tels des options, des « forwards » et des « futures ». En plus des acheteurs et des vendeurs, on y retrouve beaucoup d’intermédiaires et investisseurs qui assurent la liquidité. Les principaux marchés sont situés en Amérique du Nord avec les CME (Chicago Mercantile Exchange), CBOT (Chicago Board of Trade), NYMEX (New York Mercantile Exchange), COMEX (New York Commodity Exchange) et ICE (Intercontinental Exchange), et à Londres avec le LME (London Metal Exchange).

Sur ces marchés, la grande majorité des producteurs miniers sont ainsi des preneurs de prix (« price takers »). Il n’y a que quelques très grandes sociétés minières, telles par exemple BHP Billiton ou Rio Tinto, qui peuvent, selon certains, avoir une influence sur les prix et pourraient ainsi être considérées comme des faiseurs de prix (appelés « price searchers » ou « price makers »). Cela ne s’applique toutefois que sur certains produits/marchés, où quelques sociétés contrôlent une part importante de la production mondiale. Une situation analogue pourrait se retrouver du côté de la demande, où de gros acheteurs pourraient être considérés comme des faiseurs de prix.

Dans les marchés de commodités, la demande et l’offre s’ajustent continuellement, guidées par des fluctuations constantes des prix. Ainsi, une hausse de prix contribue à augmenter l’offre en faisant passer des projets de probables à réels, augmentant ainsi le nombre de gisements qui peuvent être exploités. L’inverse vaut pour les baisses de prix, des gisements devenant non rentables et cessant leur production, ce qui diminue l’offre disponible sur le marché. Dans ce dernier cas, la diminution de l’offre sera accentuée par la forte diminution des investissements pour de nouveaux projets miniers, à l’exception des projets les plus robustes.

Les pays peuvent aussi influencer les cours des commodités par des politiques commerciales ou même, dans le cas de la Chine, du Brésil ou de l’Australie, par des interventions spécifiques sur certains marchés, ce qui demande toutefois que le pays soit un fournisseur ou un acheteur important. La Figure 12 fait état de ces influences. Toutefois, le Québec est un producteur minier de petite taille et ne peut aspirer à influencer les prix, voire même l’offre. Il en est de même du côté de la demande.

FIGURE 12 : PARTIES PRENANTES INFLUANT SUR LE PRIX DES MINERAIS

Influence des producteurs ■
Influence des producteurs

Les principaux pays producteurs mondiaux sont plus susceptibles d’influencer le prix des métaux

Par exemple, l’Australie, la Chine, le Brésil, etc.

Deux facteurs influeront sur la capacité d’un pays à devenir un important producteur

La taille et le nombre de gisements disponibles

L’environnement minier qui attirera (ou freinera) les investisseurs

Le Québec est un producteur minier de petite taille

Source : SECOR

Influence des acheteurs
Influence des acheteurs

Les plus grands consommateurs de minerais ont un impact plus important sur l’évolution de la demande

Ainsi, on attribue une partie de la hausse du prix du minerai de fer à la forte hausse de la consommation chinoise

Forte croissance du secteur de la construction (ce secteur représente 50% de la consommation d’acier mondiale)

La Chine représente aujourd’hui près de 60% de la consommation mondiale de minerai

Le Québec est un consommateur relativement marginal de minerai

33 Giraud, P.-N. Économie industrielle des commodités. Université Paris Dauphine.

4. Les décisions d’investissement dans le secteur minier…

4.5 ÉVOLUTION RÉCENTE DES PRIX ET TENDANCES FUTURES

Le prix des minerais a fortement augmenté depuis 10 ans. Les années 1990 furent caractérisées par des prix relativement stables, voire en légère baisse, la demande et l’offre s’équilibrant globalement. Depuis le début des années 2000, la forte demande en provenance des pays émergents, couplée à une relative stagnation du volume de production, a provoqué une hausse importante des cours.

FIGURE 13 : ÉVOLUTION DE LINDICE DU PRIX DES MÉTAUX MEG (MOYENNE ANNUELLE)

1992-2011, base 1 en 1993

5.0 4.0 TCAC +18% 3.0 TCAC 2.0 -4% 1.0 0.0 Indice de prix des métaux
5.0
4.0
TCAC
+18%
3.0
TCAC
2.0
-4%
1.0
0.0
Indice de prix des métaux MEG (1993=1)
1992
1993
1994
1995
1996
1997
1998
1999
2000
2001
2002
2003
2004
2005
2006
2007
2008
2009
2010
2011

Sources : Metals Economics Group, FMI

FIGURE 14 : ÉVOLUTION DU PRIX DE LOR (MOYENNE ANNUELLE)

1992-2011, $US/once 1 600 1 400 1 200 TCAC +19% 1 000 800 600 TCAC
1992-2011, $US/once
1 600
1 400
1 200
TCAC
+19%
1 000
800
600
TCAC
-3%
400
200
0
1992
1993
1994
1995
1996
1997
1998
1999
2000
2001
2002
2003
2004
2005
2006
2007
2008
2009
2010
2011

Source : FMI

Entre 1992 et 2001, l’indice des prix des métaux de base 34 a ainsi diminué de 4% en moyenne par année (cf. Figure 13), tandis que le prix de l’or diminuait de 3% en moyenne sur la même période (cf. Figure 14). À l’inverse, les prix de ces différents métaux ont connu une hausse annuelle moyenne de près de 20% sur les 10 dernières années.

Ce « boom minier » particulièrement important a amené certains à rêver de la fin des cycles miniers « traditionnels » qui seraient potentiellement révolus. La grande majorité des experts ne souscrivent pas à cette thèse. Déjà, des analystes soutiennent que le cycle actuel pourrait être dans sa phase terminale 35 . La demande chinoise, principale responsable du boom actuel, ne peut continuer à augmenter éternellement. Sa part dans la consommation mondiale en 2011 est de 37% pour le nickel, 39% pour le cuivre, 41% pour le zinc, 44% pour l’aluminium et près de 60% pour le fer (Mohr, 2011). Mais le taux de croissance du produit intérieur brut de la Chine a commencé à fléchir. De nombreux experts soutiennent que la Chine amorce une transition d’un modèle de croissance fondé sur des investissements dans les infrastructures et les exportations, très consommateur de matières premières, à un modèle fondé sur la consommation intérieure, qui se traduit par une consommation de métaux moindre 36 .

34 Cuivre, aluminium, fer, étain, nickel, zinc, plomb, uranium.

35 Crédit Suisse. (Mars 2012). China: Is the Commodity Super-Cycle Over?

36 Minardi, J.F. (2012). Les dangers du nationalisme des ressources au Québec.

4. Les décisions d’investissement dans le secteur minier…

Intensité de consommation de commodités (indice 100 maximum)

Certains producteurs, dont Xstrata, soutiennent à l’inverse que la Chine n’a pas encore atteint le point d’inflexion de la consommation, comme en fait état la Figure 15, tirée d’un de leurs rapports. Ce point d’inflexion est nettement plus marqué pour le fer que pour les métaux de milieu de cycle, comme le cuivre, le zinc et le plomb, impliquant une forte chute de leur consommation une fois dépassé. Tout ce qu’on peut cependant établir avec certitude, c’est que les prix des dernières années ne seront pas éternels et que, sous l’effet de l’inflation, ils devraient s’ajuster vers le bas au cours des années à venir. La réelle incertitude demeure à quel moment ils le feront et dans quelles proportions.

FIGURE 15 : ÉVOLUTION DE LA CONSOMMATION DE COMMODITÉS EN FONCTION DU DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE

Milliers de $US, années

DU DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE Milliers de $US, années PIB Chine : 7,3 K$/habitant PIB É-U : 100

PIB Chine :

7,3 K$/habitant PIB É-U : 100 42 K$/habitant 75 PIB Inde : 3,2 K$/habitant 50
7,3 K$/habitant
PIB É-U :
100
42 K$/habitant
75
PIB Inde :
3,2 K$/habitant
50
25
0
0
5
10
15
20
25
30
35
40
45
50

Sources : Xstrata, PwC

5 10 15 20 25 30 35 40 45 50 Sources : Xstrata, PwC PIB/habitant Commodités

PIB/habitant

Commodités de début de cycle (ex. acier, fer)

Commoditiés de milieu de cycle (ex. cuivre, plomb, zinc)

Commodités de fin de cycle (ex. platine, nickel)

Compte tenu des fluctuations constantes des prix, il demeure très difficile de prédire le haut d’un cycle et l’amorce d’une baisse structurelle. Cependant, elle arrive inévitablement un jour ou l’autre, l’industrie minière étant évidemment sensibilisée à cette réalité.

Il est ainsi possible d’utiliser des méthodes de couverture pour atténuer ces fluctuations, du moins à court terme, au travers de contrats de gré à gré (« forward ») et de contrats à terme (« futures »). Le marché des métaux de base est ainsi généralement couvert en « backwardation » (inférieur aux prix spot selon la courbe des prix futurs), alors que l’or est généralement couvert en contango (supérieur aux prix spot) 37 . L’utilisation de ces méthodes de couverture est toutefois mal vue par beaucoup d’investisseurs car elles impactent les revenus en limitant les prix. Elles entraînent aussi des risques de contreparties, surtout en période de haute volatilité. Enfin, ces méthodes de couverture ne sont valides qu’à court terme (rarement plus qu’un an).

37 Voir le lexique pour une définition des méthodes de couverture.

4. Les décisions d’investissement dans le secteur minier…

La réalité des cycles miniers peut être illustrée par l’évolution à long terme des prix des matières premières. La Figure 16 présente ainsi l’évolution du prix réel du cuivre 38 , en dollars américain de 2007, depuis la fin du XVIIIe siècle. Nous avons aussi tracé les évolutions à long terme qui mettent en évidence un cycle de l’ordre de 40 à 50 ans, indiquant clairement qu’il n’y a pas de tendance au maintien séculaire de prix élevés. Mais le plus important constat est la superposition, par-dessus ces cycles, de cycles beaucoup plus courts, où l’on remarque des fluctuations de l’ordre de 10% à 50% des prix de vente sur des périodes de moins de dix ans 39 .

FIGURE 16 : ÉVOLUTION HISTORIQUE DU PRIX RÉEL DU CUIVRE

1771-2007, $US/tonne, $US de 2007

Prix annuel du cuivre 12 000 Tendance illustrative 10 000 8 000 6 000 4
Prix annuel du cuivre
12
000
Tendance illustrative
10
000
8
000
6
000
4
000
2
000
0
1771
1791
1811
1831
1851
1871
1891
1911
1931
1951
1971
1991

Source : Crowson, P. (2008). Mining Unearthed. Londres: Aspermont UK., SECOR

Ce caractère cyclique varie selon le type de commodité. La Figure 17 présente l’évolution du prix du cuivre au cours des dix dernières années. Des augmentations de plus du double et des diminutions de plus de moitié peuvent s’observer sur des périodes courtes de 1 à 2 ans. Le cuivre étant l’une des commodités historiquement les plus volatiles, avec l’or, le plomb et le zinc 40 .

38 Le cuivre a été choisi car les évolutions au cours du temps y sont les plus visibles et qu’il est considéré comme un des meilleurs indicateurs de l’évolution historique du prix des métaux. Cependant, les résultats sont identiques pour la plupart des autres métaux. Pour plus d’informations, voir Crowson, P. (2008). Mining Unearthed. Londres : Aspermont UK.

39 Pour plus d’informations sur ces cycles de prix, voir Bilge, E. et Ocampo, J.A. (2012). Super-cycles of commodity prices since the mid-nineteenth century. DESA Working Paper No.110.

40 Tiré de l’évolution historique des prix réels de divers métaux depuis le XVIII e siècle. Pour plus d’informations, voir Crowson P. (2008). Mining Unearthed. Londres : Aspermont UK.

4. Les décisions d’investissement dans le secteur minier…

FIGURE 17 : ÉVOLUTION DU PRIX NOMINAL DU CUIVRE

2002-2012, $US/tonne

+52% -23% 10 000 -65% 9 000 +148% -26% +134% 8 000 7 000 6
+52%
-23%
10 000
-65%
9
000
+148%
-26%
+134%
8
000
7
000
6
000
5
000
4
000
3
000
2
000
1
000
0
2002 2003
2004
20005
2006
2007
2008
2009
2010
2011
2012

Source : Banque mondiale

Tous les métaux et minerais connaissent ainsi des variations cycliques de prix, qui induisent de fortes variations de rentabilité pour les sociétés minières durant la vie utile d’une mine. Les périodes de forte rentabilité ne constituent qu’une partie du cycle, et sont encadrées de périodes où la rentabilité est plus faible, voire négative. La trésorerie accumulée par les sociétés minières durant les années « fastes » leur permet de traverser les années plus « difficiles ». Cela est d’autant plus vrai pour les sociétés intermédiaires d’exploitation ayant généralement une plus faible diversification géographique et sectorielle, et ne produisant qu’un ou deux types de minerais différents dans quelques régions distinctes.

Cela se reflète notamment dans la grande disparité de la rentabilité moyenne des sociétés minières d’une année à l’autre. Ainsi, la Figure 18 présente l’évolution de la rentabilité moyenne des sociétés minières produisant des métaux communs. Bien que cette rentabilité puisse être très élevée certaines années, atteignant près de 30% en 1994 et 2008, elle n’en demeure pas moins très volatile. La rentabilité moyenne avant impôts, redevances et intérêts de ces sociétés a ainsi été d’environ 9% sur les 20 dernières années 41 .

Cette forte volatilité des prix a également de forts impacts sur les décisions de construction et de maintien en exploitation ou de fermeture d’une mine. Les calculs de VAN reposent sur des hypothèses de prix forcément incertaines. Il n’est donc pas surprenant que les investisseurs cherchent à protéger leur mise par des marges importantes dans ces analyses « exante » que leurs présentent les développeurs de mines, la réalité des prix futurs n’étant jamais très claire dans cette industrie.

41 Cette rentabilité étant basée sur le ratio de bénéfices avant impôts et intérêts sur les revenus (« EBIT Margin »), elle ne reflète pas l’effet des impôts corporatifs, redevances minières et intérêts payés par celles-ci.

4. Les décisions d’investissement dans le secteur minier…

1994
1995

2004
2005

1997
1998

1999
2000

2008
2009

1993

2006
2007

2002
2003

1996

2010

2011
2012

2001

FIGURE 18 : ÉVOLUTION DE LA RENTABILITÉ MOYENNE 42 DES SOCIÉTÉS MINIÈRES DE MÉTAUX COMMUNS

1993-2012, %

29%

27% 19% 14% 12% 11% 10% 9% 8% 8% 8% 7% 5% 4% 4% 4%
27%
19%
14%
12%
11%
10%
9%
8%
8%
8%
7%
5%
4%
4%
4%
4%
-1%
-2%

Source : Bloomberg

-4%

Ø 9%

Les régimes de redevances ne peuvent ignorer la réalité de ces cycles, car ils constituent une source de coûts supplémentaires non négligeables. D’où l’importance d’un choix de structure de redevances adéquat, celles-ci ayant des impacts variables sur les coûts d’exploitation et les décisions d’investissement des sociétés minières.

De façon générale, il y a un décalage dans le temps entre les phases de hausse du prix des métaux et les phases subséquentes de découvertes et de mises en production. Une mine découverte et développée pendant une phase de hausse des prix des métaux peut ainsi éventuellement avoir à débuter sa production au cours d’une phase de baisse des cours.

Nous verrons aux chapitres 8 et 9 les hypothèses de prix retenues dans les modèles d’analyse de VAN dans le secteur minier.

42 Mesurée par la marge de bénéfices avant intérêts et impôts (« EBIT margin »).

5.

DESCRIPTION DU CONTEXTE MINIER AU QUÉBEC

5.1 LE SECTEUR MINIER AU QUÉBEC

Le Québec était, en 2011 43 , la quatrième province canadienne pour la valeur de sa production minière, comme en fait foi la Figure 19. Avec plus de 7,7 milliards de dollars, la valeur de cette production minière est près de 30% moindre comparée à l’Ontario, qui a extrait des minerais pour une valeur de plus de 10,6 milliards de dollars. L’Alberta n’apparaît pas dans ce classement, le gaz naturel et le pétrole n’étant pas inclus dans la production minière.

La valeur de la production minière au Québec a connu une progression annuelle moyenne de près de 9% au cours des dix dernières années. Cette hausse est due à l’augmentation de la quantité de minerais extraite combinée à une hausse de leurs prix.

FIGURE 19 : PRINCIPALES PROVINCES MINIÈRES AU CANADA

2011, millions de $, %

10 663 9 214 -27% 8 592 7 750 5 190 Ontario Saskatchewan Colombie- Québec
10 663
9 214
-27%
8 592
7 750
5 190
Ontario
Saskatchewan
Colombie-
Québec
Terre-Neuve
Britannique
et Labrador

Source : Ressources naturelles Canada

FIGURE 20 : ÉVOLUTION DE LA VALEUR DES MINERAIS EXTRAITS AU QUÉBEC

2002-2011, millions de $, %

10 000 25% 8 000 20% 6 000 15% 4 000 10% 2 000 5%
10 000
25%
8
000
20%
6
000
15%
4
000
10%
2
000
5%
0
0%
2002
2003
2004
2005
2006
2007
2008
2009
2010
2011p
Poids relatif du Québec au Canada
Valeur en M$ courants
M$ courants
Poids relatif du Québec

Source : Institut de la Statistique du Québec

Cette hausse a été relativement similaire à celle constatée dans les autres provinces canadiennes. En fait, la part du Québec dans la valeur totale de la production au Canada est passée de 18,7% en 2002 à 16,1% en 2011 (cf. Figure 20).

43 Données provisoires.

5. Description du contexte minier au Québec…

FIGURE 21 : VALEUR DE LA PRODUCTION DE MINERAIS 44

2011, milliards de $CAN

157

50 8
50 8
50 8
50 8
50 8
50 8
50 8

50

50 8
50 8
50 8
50 8
50 8

8

50 8
50 8
50 8

Australie

Canada

Québec

Source : Ressources naturelles Canada, Minerals Council of Australia

Au niveau international, le Québec est également un producteur minier de taille modeste. Ainsi, la valeur de la production de minerais au Québec en 2011, soit 7,7 milliards de dollars, a représenté environ 5% des exportations de minerais australiennes sur la même période, soit 157 milliards de dollars (cf. Figure 21). Si l’on regarde l’ensemble du Canada, la valeur de la production de minerais représente moins de 30% du montant des exportations de minerais australiennes, composées à plus de 66% de fer (pour 57 milliards de dollars) et de charbon (pour 47 milliards de dollars), ce qui explique que la MRRT, comme détaillé à l’Annexe 2, ne

s’applique qu’à ces deux minerais qui bénéficient d’une forte demande en provenance de la Chine, de l’Inde et du Japon.

La réalité du secteur minier au Québec doit tenir compte de trois particularités majeures, dont l’impact variera en fonction du minerai exploité et du type de mine :

L’hiver a des impacts significatifs avec les bris de matériel, les difficultés de construction en période hivernale ou en période de dégel, les difficultés reliées à l’extraction du minerai, notamment dans les mines à ciel ouvert et enfin les difficultés de transport du minerai de fer;

Si le Québec a, dans le passé, profité de sa proximité avec les États-Unis, il est maintenant géographiquement loin des grands marchés porteurs (Inde et Chine principalement), en comparaison de pays comme l’Australie ou le Brésil;

Les mines au Québec disposent, grâce à l’électricité au tarif industriel (tarif L), d’une source d’énergie à un coût relativement faible disponible sous certaines conditions (cf. Encart 5). Cela est particulièrement important pour les mines ayant d’importants besoins énergétiques, notamment les mines d’or à grand volume et faible teneur (p. ex. Osisko) ou encore les mines de minerai de fer;

Il faut également se rappeler que la compétitivité du Québec reste avant tout dépendante de la qualité de l’environnement d’affaires 45 (stabilité et prévisibilité du contexte politique, juridique et fiscal, disponibilité d’une expertise technique et d’une main d’œuvre formée, sécurité du personnel, excellente base de donnée géoscientifique).

44 Valeurs des exportations de minerais en 2010-2011 pour l’Australie. 45 Ainsi, le Québec a été classé 5 e /93 pour son attractivité auprès des sociétés minières dans l’édition 2011/2012 du sondage annuel auprès des sociétés minières de l’Institut Fraser.

5. Description du contexte minier au Québec…

Le Québec comptait ainsi, en 2011, 17 mines de métaux de diverses tailles, tel que détaillé dans le Tableau 1 :

12 mines de taille importante, dont le nombre a été réduit à 11 suite à la fermeture de la mine Goldex (cf. Encart 2), 4 mines se démarquent nettement en ayant extrait chacune pour plus de 500 millions de dollars de minerais en 2011 (Lac Bloom, Mont Wright, Raglan et Fire Lake);

5 mines de petite taille ayant extrait pour moins de 50 millions de dollars de minerais en 2011, qui par le biais d’une petite production, poursuivent des travaux d’exploration dans l’espoir de découvrir un gisement plus important. Leur nombre a été réduit à 4 en 2012 avec la fermeture de la mine Géant Dormant 46 .

TABLEAU 1 : VALEUR DE LA PRODUCTION DES MINES DE MÉTAUX AU QUÉBEC

2011, millions de $CAN

   

Principaux minerais

Valeur de la production en 2011 (M $CAN)

Estimation du profit minier**** en 2011 (M $CAN)

Mine

produits

 

Mont-Wright

Fer

2 350*

N/D

Lac Bloom

Fer

1 459*

N/D

Raglan

Nickel et cuivre

816*

N/D

Fire Lake

Fer

604*

N/D

Persévérance

Zinc et cuivre

321*

N/D

Mines

Lac Tio

Ilménite

300*

N/D

d’importance

Canadian Malartic

Or

263

130

Casa Bérardi

Or

260

171

LaRonde

Or, argent, cuivre et zinc

189

(21)

Niobec

Niobium

178

67

Goldex**

Or

161

104

Lapa

Or

99

30

 

Beaufor

Or

42

16

Kiena

Or

35

(1)

Mines de petite taille

Doyon et Mouska

Or

34

(4)

Géant Dormant***

Or

27

(5)

Lac Herbin

Or

16

(7)

* Valeurs estimées à partir du cours moyen de 2011 des différents minerais produits **Production arrêtée en 2011 à cause d’un affaissement rocheux. ***Production arrêtée en janvier 2012 à cause d’une rentabilité insuffisante due à des coûts d’exploitation trop élevés. ****Bénéfices avant impôts, redevances et intérêts. Sources : Rapports annuels des différentes sociétés, Rapport sur les activités minières au Québec, Banque mondiale, SECOR

Parmi ces 17 mines, 5 ont enregistré des pertes en 2011. De plus, 2 d’entre elles ont cessé toute activité d’exploitation en 2012, une en raison de sa non-rentabilité, l’autre à cause d’un affaissement rocheux. Cela peut partiellement expliquer le non-paiement de redevances minières par des mines certaines années.

46 La mine Géant Dormant a cessé sa production en janvier 2012 à cause de coûts de production trop élevés.

5. Description du contexte minier au Québec…

Encart 5 : Le tarif L La tarification de l’électricité varie, au Québec, selon le
Encart 5 : Le tarif L
La tarification de l’électricité varie, au Québec, selon le type de clientèle et/ou le niveau de
consommation et/ou l’usage. Le tarif L s’applique aux abonnements annuels dont la puissance à
facturer minimale est de 5 000 kilowatts ou plus. Ce tarif général s’applique aux plus gros
consommateurs d’électricité publics ou privés, dont, mais pas exclusivement, des entreprises
industrielles.
Le niveau effectif du tarif L dépend de la puissance souscrite, de la puissance appelée, d’éventuels
dépassements de la puissance souscrite, de potentiels crédits d’alimentation en moyenne ou haute
tension et de certains ajustements pour pertes de transformation. Le tarif payé peut donc varier d’un
client à l’autre, mais se situait autour de 4,5 ¢/kWh en 2011.
Toutes les nouvelles demandes dont la puissance nécessaire au fonctionnement des installations se
situe entre 5 à 50 MW ont automatiquement accès à ce tarif général. Au-delà de 50 MW, l’accès au
bloc d’énergie souhaité et l’obtention du tarif L sont liés à l’impact économique du projet sur la
société québécoise. De manière simplifiée, on doit prouver ou s’engager à ce que la création de
richesse pour la société dans son ensemble soit supérieure au coût marginal d’approvisionnement en
électricité du projet pour Hydro-Québec.
Comme toute entreprise, les sociétés minières peuvent avoir accès au tarif général. Seuls certains
projets miniers d’envergure dépassant 50 MW ont des besoins énergétiques suffisants pour justifier
le droit au tarif L. Certains projets en régions éloignées n’ont, à l’inverse, pas accès à ce tarif car ils
ne peuvent pas se raccorder au réseau d’Hydro-Québec à cause de leur position géographique. C’est
ainsi le cas de la mine Raglan de Xstrata.
À la lumière des informations disponibles et à titre illustratif, le tarif L pour Osisko a été justifié sur
la base d’un effet net de création de richesse de près de 100 M$ par année pour l’ensemble de la
société québécoise en 2011.
ÉVALUATION DES COÛTS D’APPROVISIONNEMENT EN ÉLECTRICITÉ PAR RAPPORT À LA RICHESSE CRÉÉE
ANNUELLEMENT – ILLUSTRATION - Osisko; 2011
Puissance
Consommation d’électricité annuelle
Coût marginal
Coûts d’approvisionnement en électricité pour HQ
Création de richesse annuelle du projet Osisko
Effet net sur l’ensemble de la société québécoise
84 MW
662,3 GWh
9,1
¢/kWh
60,3 M$
153,6
M$
93,3 M$
Source : Osisko, revue de presse, SECOR

5. Description du contexte minier au Québec…

5.2 LE RÉGIME DE DROITS MINIERS AU QUÉBEC

La première loi sur les mines au Québec, intitulée Acte général des mines de Québec, date de 1880. Ce régime a été modifié 114 fois entre 1880 et 2007, les dernières modifications d’importance ayant eu lieu en 1994 et en 2010.

Encart 6 : Les sociétés minières ne payant pas de redevances

Deux chiffres sont avancés à propos des sociétés minières ne payant pas de redevances au Québec, ces chiffres datant d’avant la dernière réforme du régime minier qui a profondément changé la base de calcul des profits miniers :

10/19 en 2010, d’après le Parti Québécois;

14/20 entre 2002 et 2008, d’après le rapport du Vérificateur général du Québec.

Pour des raisons de confidentialité, le gouvernement ne divulgue pas le nom des mines ne payant pas de redevances.

Cependant, plusieurs raisons peuvent expliquer que certaines sociétés minières ne paient pas de redevances, bien qu’elles extraient des ressources ayant une valeur marchande :

La mine est dans les premières années d’exploitation et peut réduire sa base d’imposition à 0 avec le mécanisme des amortissements accélérés;

La mine a connu un problème opérationnel et la production a été réduite ou stoppée (cas de la mine Goldex d’Agnico-Eagle, cf. Encart 2);

La mine est une exploitation à petite échelle, peu ou pas rentable, mais opérant tout de même dans l’espoir qu’un gisement plus important soit découvert au cours des travaux;

Avant 2010, il était possible de retrancher les pertes d’une mine des profits d’une autre;

Pour toute autre raison, la mine est non rentable.

Il faut ainsi garder à l’esprit que ce n’est pas sur une seule année mais plutôt sur une période de plusieurs années qu’il faut étudier le nombre de sociétés minières ne payant pas de redevances, comme l’avait fait le rapport du Vérificateur général du Québec.

De plus, le passage en 2010 à une approche mine par mine pour le calcul des profits miniers réduira le nombre de mines ne payant pas de redevances à celles déficitaires uniquement.

Sources : Parti Québécois, Vérificateur général du Québec, SECOR

De 1987 à 1993, les redevances nettes, c’est-à-dire les droits miniers moins les crédits de droits remboursables pour pertes, représentaient une perte pour le gouvernement du Québec, tel que le montre la Figure 22.

Afin de remédier à cette situation, le gouvernement a décidé, en 1994, de mettre en place une série de politiques modifiant le régime minier, notamment via deux éléments principaux :

Une réduction du taux de redevances sur les profits de 18% à 12%;

Un resserrement des crédits d’impôts attribuables à l’industrie minière, notamment les crédits d’impôts pour pertes.

5. Description du contexte minier au Québec…

Suite à ces mesures, les redevances nettes ont légèrement augmenté, tout en représentant annuellement moins de 1% de la valeur extraite jusqu’en 2009.

FIGURE 22 : TAUX NOMINAL HISTORIQUE DE REDEVANCES MINIÈRES SUR LES PROFITS ET POURCENTAGE DES REDEVANCES NETTES* SUR LA VALEUR MINIÈRE PRODUITE

1987-2016**

Pourcentage des redevances sur la valeur produite Moyenne 1987-1994 Moyenne 1995-2009 Moyenne 2010-2016 - 0,7%
Pourcentage des redevances sur la valeur produite
Moyenne 1987-1994
Moyenne 1995-2009
Moyenne 2010-2016
- 0,7%
0,6%
4,4%
5,0%
18%
4,0%
16%
Taux de redevances sur les profits
3,0%
12%
14% en 2010
15% en 2011
16% à partir de 2012
2,0%
1,0%
0,0%
1986
1988
1990
1992
1994
1996
1998
2000
2002
2004
2006
2008
-1,0%
-2,0%

2010 2012p 2014p 2016p

*Droits miniers moins crédits de droits remboursables pour pertes. **Estimation de la croissance de la valeur minière produite de 2012 à 2016 basée sur le TCAC historique 1987-2011. Source : Ministère des Finances, Gouvernement du Québec, SECOR

En 2010, les modifications apportées au régime de droits miniers furent également nombreuses, tel que le détaille le Tableau 2.

L’ancien régime prévoyait un taux de redevances de 12% sur la base du profit annuel de l’exploitant. Ce profit annuel était établi en ayant soustrait de la valeur brute extraite de la mine les différentes déductions et allocations prévues par le régime de droits miniers sur la base consolidée des opérations minières au Québec. C’est-à-dire que le calcul se faisait au niveau de toutes les mines appartenant à l’exploitant. Cette disposition, appliquée dans la plupart des juridictions ayant des redevances basées sur le profit 47 , permettait de déduire les pertes potentielles réalisées par certaines mines des revenus d’autres mines d’une même société.

Les principaux changements introduits par le nouveau régime sont les suivants :

Hausse du taux des redevances minières de 12% à 16%;

Passage d’une assiette d’imposition calculée de façon consolidée à un calcul mine par mine;

47 C’est également le cas pour l’impôt des sociétés qui est calculé sur l’ensemble des activités réalisées au Québec et ce pour l’ensemble des industries.

5. Description du contexte minier au Québec…

Réduction de 100% à 30% de l’allocation annuelle pour amortissement 48 pour les investissements réalisés après le 30 mars 2010;

Réduction de l’allocation pour traitement 49 ;

Limitation des déductions pour frais d’exploration;

Réduction de 50% du crédit de droits miniers;

Agrandissement du territoire admissible à la bonification pour l’exploration dans le Nord du Québec.

La diminution du taux de l’allocation annuelle pour amortissement a eu un impact important sur les redevances payées. Le montant élevé des investissements requis pour la construction d’une mine, dépassant souvent le milliard de dollars, entraîne des montants d’amortissement élevés. En baissant de 100% à 30% le taux de l’allocation pour amortissement, on diminue significativement le montant annuel que les mines peuvent soustraire pour le calcul du profit minier. Cela a pour effet d’accélérer le paiement de redevances minières dès les premières années d’exploitation, voire même la première année.

Avec cette réforme, le Québec est également aujourd’hui une des seules juridictions ayant des redevances minières basées sur les profits miniers en fonction d’une approche mine par mine; le calcul dans les autres juridictions étant généralement fait sur une base consolidée.

Le nouveau régime introduit en 2010 a ainsi fortement augmenté l’imposition réelle des sociétés minières au Québec.

48 C’est-à-dire que le montant des amortissements annuellement déductibles pour le calcul des redevances minières passe de 100% à 30%. 49 L’assiette d’imposition des droits miniers étant le profit d’un exploitant, une partie de ce profit peut être attribuable à une valeur ajoutée au-delà de la sortie de la mine par le traitement de la substance minérale. Pour cette raison, le régime de droits miniers prévoit une allocation pour traitement.

5. Description du contexte minier au Québec…

TABLEAU 2 : ÉLÉMENTS DE COMPRÉHENSION DE LÉVOLUTION RÉCENTE DU RÉGIME DE DROIT MINIER AU QUÉBEC

 

Avant

 

Après

Taux de redevance

12%

 

16%

Base profit minier

Ensemble des mines en activité au Québec

 

Mine par mine

 

3 taux différents selon l’année d’investissement :

3 taux différents dépendamment de la catégorie des biens :

Amortissement des

Avant le 1 er avril 1975 : 15%

Avant le 1 er avril 1975 : 15%

 

investissements en

Entre le 31 mars 1975 et le 12 mai 1994 : 30%

Entre le 31 mars 1975 et le 12 mai 1994 : 30%

capitaux

Après le 12 mai 1994: 100%

Entre le 12 mai 1994 et le 30 mars 2010 : 100%

Après le 30 mars 2010 : 30%

 
 

Limitée à 65% du profit annuel. L’allocation est égale à :

Limitée à 55% du profit annuel. L’allocation est égale à :

Allocation pour

8% pour une entreprise minière qui fait de la concentration

8% pour une entreprise minière qui traite du minerai provenant d’une mine d’or ou d’argent

15% pour une entreprise minière qui fait de la fonte ou de l’affinage

7% pour une entreprise minière qui fait de la concentration

traitement

7% pour une entreprise minière qui traite du minerai provenant d’une mine d’or ou d’argent

13% pour une entreprise minière qui fait de la fonte ou de l’affinage

 

Un compte cumulé pour les frais d’exploration, d’aménagement, et de mise en valeur avant et après production :

3

comptes distincts au lieu d’un cumulé :

Dépenses d’exploration, aménagement et mise en valeur

Les frais d’exploration bénéficient d’un taux de 100% avec bonification de 25% pour le Grand et Moyen Nord

 

Allocation pour exploration : 100% d’amortissement avec 25% de bonification pour les mines dans le Nord québécois (plus grande région couverte que dans l’ancien régime), limité à 10% du revenu annuel

Allocation pour aménagement et mise en valeur avant production : 100%

Les frais d’aménagement et de mise en valeur avant la production bénéficient d’un taux de 100%

Les frais d’aménagement et de mise en valeur après la production pouvaient être considérés comme dépenses courantes

 

Allocation pour aménagement et mise en valeur après production : 30% de l’ensemble des soldes de ce compte

 

ou profit annuel calculé avant allocation moins élevé des deux)

(montant le

Source : MRNF

Suite à ces changements, les redevances nettes ont sensiblement augmenté, représentant plus de 4% de la valeur extraite en 2010, taux qui devrait se maintenir au cours des années à venir. Cela a eu pour effet de rehausser la position du Québec au sein du Canada au regard du montant de redevances sur la valeur extraite. Le Québec a ainsi été, en 2010, la 3 e province canadienne, avec un montant de redevances représentant 4,5% de la valeur extraite, devant d’autres provinces minières telles Terre-Neuve-et-Labrador et l’Ontario, ayant des taux respectifs de 3,8% et 1%.

TABLEAU 3 : REDEVANCES VERSÉS AU REGARD DE LA VALEUR MINIÈRE EXTRAITE

2010

   

Redevances /

Rang

Province

valeur extraite

1

Sasktachewan

10,0%

2

Colombie-Britannique

5,1%

3

Québec

4,5%

4

Terre-Neuve

3,8%

5

Nouveau-Brunswick

1,7%

6

Manitoba

1,3%

7

Ontario

1,0%

8

Nouvelle-Écosse

0,6%

Source : Ministère des Finances, Ressources naturelles Canada

6.

LES DIFFÉRENTS RÉGIMES DE REDEVANCES

6.1 PRINCIPAUX ÉLÉMENTS DE COMPRÉHENSION

Tel que rappelé auparavant, les redevances minières sont une taxe spécifiquement appliquée à cette industrie pour compenser la collectivité de l’extraction du sous-sol d’une ressource finie et non renouvelable. Il est en effet indéniable que l’activité minière soutire de façon permanente le stock de ressources d’un pays, tout en précisant que le stock connu de ressources ne représente qu’une partie du stock total, une grande partie restant généralement à découvrir.

Étant donné cela, il est primordial que le régime de redevances mis en place soit le plus équitable possible, pour la collectivité propriétaire de la ressource, mais aussi pour les investisseurs qui ont encourus les risques permettant sa découverte et son exploitation. Ainsi, d’après l’International Mining for Development Center (IMDC) 50 , « les gouvernements devraient avoir pour rôle de gérer l’exploitation de ces ressources de sorte à maximiser les avantages économiques pour leur communauté, conformément à la nécessité d’attirer et de conserver le capital d’exploration et de développement nécessaire afin de continuer à réaliser ces bénéfices aussi longtemps que possible ».

Encart 7 : Définition d’une rente économique Une rente économique correspond à la différence entre
Encart 7 : Définition d’une rente économique
Une rente économique correspond à la différence entre le prix actuellement payé et le prix minimum
qui devrait être payé afin que le bien ou le service soit produit. […] Les sociétés sont à même de générer
des rentes économiques dans la mesure où elles sont plus efficaces que d’autres sociétés.
Pour le secteur minier, cette rente correspond à la marge réalisée après compensation sur les revenus
bruts issus de l’exploitation de tous les coûts de production, incluant un rendement du capital
minimum pour attirer des capitaux et les conserver dans le projet.
Sources : Joseph E. Stiglitz cité dans Otto, J. et al. (2006). Mining Royalties: A global Study of Their Impact on Investors,
Government, and Civil Society. Banque mondiale : Washington DC.; Guj, P. (2012). Les redevances minières et autres impôts
spécifiques à l’industrie minière. International Mining for Development Center.

Rappelons qu’une des spécificités de l’industrie minière, étant donné la volatilité des prix, est de générer, de temps à autre, une plus-value des recettes au-delà de tous les coûts de production, incluant un rendement sur le capital minimum afin d’attirer et de conserver les investisseurs. Cette plus-value est appelée rente économique 51 , ou aussi rente des ressources dans ce cas précis.

50 Partenariat entre le gouvernement australien, l’Université de l’Australie occidentale et l’Université du Queensland dont le but est de prôner une utilisation plus durable des ressources minérales et énergétiques.

51 D’après Guj P. (2012). Les redevances minières et autres impôts spécifiques à l’industrie minière. International Mining for Development Center. Pour plus d’informations, on pourra se référer à Otto, J. et al. (2006). Mining Royalties: A global Study of Their Impact on Investors, Government, and Civil Society. Banque mondiale :

Washington DC.

6. Les différents régimes de redevances…

Il est bien évident que les enjeux pour le gouvernement et les investisseurs sont différents (cf. Figure 23), le système de redevances choisi devant concilier ces différents enjeux de la meilleure façon. Il est cependant important de garder à l’esprit que le choix du système de redevances pourra avoir un impact sur la décision d’investissement, impact qui variera en fonction de plusieurs éléments :

Le système de redevances choisi;

Le taux effectif d’imposition appliqué à ce système;

L’évolution du cycle de prix des métaux.

FIGURE 23 : DÉTAILS DES DIFFÉRENTS ENJEUX AU REGARD DE LA FISCALITÉ MINIÈRE

Enjeux pour le gouvernement ■ Maximisation des recettes fiscales à moyen et long terme* ■

Enjeux pour le gouvernement

Maximisation des recettes fiscales à moyen et long terme*

Neutralité** du régime de redevances

Stabilité dans le temps des revenus fiscaux

Facilité de perception des redevances

Le gouvernement souhaite permettre le maintien d’une industrie minière dynamique et s’assurer de la juste part

perçue par la collectivité de la ressource non renouvelable dont elle est propriétaire

Les redevances basées sur le volume de production;

Les redevances basées sur les profits (cas du Québec);

52 Pour plus d’informations, se référer à l’Annexe 2. 53 Pour plus d’informations, se référer à l’Annexe 4.

Enjeux pour les investisseurs

Rentabilité des projets miniers

Équité selon les différents types de projet

Limitation des contraintes et des distorsions à la production ou à l’exploration

Stabilité du régime fiscal

Les investisseurs souhaitent s’assurer que les redevances permettront une rentabilité

minimum au regard des risques du projet ainsi que des autres opportunités d’investissement

projet ainsi que des autres opportunités d’investissement *Il s’agit ainsi de trouver le bon équilibre entre

*Il s’agit ainsi de trouver le bon équilibre entre un taux de redevances suffisamment élevé qui n’aura pas d’impact important sur le nombre de projets. **C’est-à-dire sans influence sur les décisions des acteurs économiques. Sources : Banque mondiale, IMDC, SECOR

Les différents systèmes de redevances existant à l’heure actuelle peuvent être aujourd’hui divisés en quatre (Banque mondiale) à six catégories (IMDC) qui sont les suivantes :

Les redevances basées sur la valeur de la production, aussi appelées redevances ad valorem;

Les redevances basées sur la rente des ressources ou « profits exceptionnels » (Minerals Resource Rent Tax 52 australienne);

Les redevances hybrides, combinaison d’une redevance ad valorem et d’une redevance sur les profits ou sur la rente des ressources;

Les contrats de partage de la production (CPP), très utilisés par l’industrie pétrolière.

Chacune aura, tel que discuté, différents avantages et inconvénients au regard des objectifs poursuivis 53 et des modalités d’application.

6. Les différents régimes de redevances…

6.2 RÉGIMES ÉTUDIÉS DANS LE CADRE DE CETTE ÉTUDE

Deux des six régimes de redevances énumérés ne seront pas considérés dans la suite de cette étude :

Les redevances basées sur le volume qui ne s’appliquent qu’à des matières premières à faible valeur (p. ex. pierre ou charbon dans certains cas); presque aucun pays n’utilise ce type de redevances pour l’or, le fer ou d’autres métaux communs;

Les redevances basées sur des contrats de partage de la production (sorte de joint-venture) qui existent uniquement dans certains pays pour l’industrie pétrolière et la production d’aluminium.

Les quatre autres régimes de redevances, dont l’application pourrait éventuellement être pertinente, vont cependant faire l’objet d’un examen approfondi. Cet examen se base principalement sur une étude de la Banque mondiale 54 et les travaux de l’IMDC 55 . Pour les récapitulatifs des différents avantages et inconvénients de chaque système de redevances, on pourra se référer à l’Annexe 4.

6.2.1 REDEVANCES AD-VALOREM

Les redevances ad valorem sont des redevances basées sur un pourcentage de la valeur du minerai extrait. Elles peuvent être prélevées selon deux bases différentes.

La première est la valeur réalisée des ventes, valeur représentant souvent les revenus nets sur la fonderie (RNF 56 ). Celle-ci a pour avantages d’être définie de manière non équivoque, donnant lieu à des vérifications plus simples et engendrant donc des coûts administratifs réduits. Cependant, elle a pour inconvénient de se rapporter au métal payable plutôt qu’à la valeur de la ressource à la sortie de la mine.

La seconde méthode de calcul est basée sur la valeur brute du minerai contenue dans le produit minier vendu. Il s’agit alors de multiplier le poids du produit minier extrait par sa teneur (ou concentration) moyenne afin de calculer la quantité effective extraite. Ce calcul se fait généralement en utilisant une base de prix journalière, généralement un prix « spot de référence ». Cependant, cette méthode a comme inconvénient de rendre plus problématique la vérification des quantités et teneurs du produit vendu.

Les principaux avantages de ce type de redevances sont la relative stabilité des rentrées fiscales ainsi qu’une mise en place relativement aisée.

Les principaux désavantages proviennent du fait que ces redevances peuvent entraîner des distorsions dans les décisions d’investissement car elles ne tiennent pas compte de la « capacité à payer » des sociétés minières ni de l’augmentation de la base de coûts. Elles tendent ainsi à accélérer la fermeture

54 Otto, J. et al. (2006). Mining Royalties: A global Study of Their Impact on Investors, Government, and Civil Society. Banque mondiale : Washington DC.

55 Guj P. (2012). Les redevances minières et autres impôts spécifiques à l’industrie minière. International Mining for Development Center.

56 Communément appelé Net Smelter Revenue (NSR).

6. Les différents régimes de redevances…

des mines les moins rentables en cas de baisse des prix et à diminuer le nombre de projets en augmentant les coûts d’extraction du minerai.

6.2.2 REDEVANCES SUR LES PROFITS MINIERS

Les redevances sur les profits miniers consistent en un pourcentage sur ces profits réalisés par la société minière (revenus miniers - coûts de production - amortissements - autres déductions attribuables à l’exploitation d’une mine).

Elles peuvent être basées sur les profits consolidés (réalisés par l’ensemble des mines de la société sur le territoire concerné) ou suivant une approche mine par mine. C’est cette dernière option qui est actuellement en vigueur au Québec. Cette approche limite les situations ou l’État ne perçoit pas de redevances, les pertes d’une mine ne pouvant être déduites des profits d’une autre pour le calcul des profits imposables.

Ce type de redevances se retrouve le plus souvent dans les pays développés disposant d’une administration fiscale forte et rigoureuse. L’un des inconvénients de ces redevances est en effet lié à la vérification des dépenses et des bénéfices réalisés.

Les redevances sur les profits ont généralement un taux uniforme. Le Québec applique ainsi actuellement un taux uniforme de 16% sur les profits miniers. Quelques juridictions utilisent cependant des échelles progressives telles le Manitoba ou l’Alaska.

L’efficacité de ce type de redevances sur les profits est fortement liée au traitement des dépenses déductibles pour le calcul des profits miniers, en particulier les méthodes d’amortissement des investissements.

Le principal avantage de ce type de redevances sur le profit minier est de tenir compte de la « capacité à payer » des entreprises. Cela est particulièrement important en cas de forte baisse des prix, fréquent dans cette industrie. En effet, dans de telles situations, les régimes miniers ad valorem contribuent à accélérer les fermetures des mines les moins rentables, le profit diminuant généralement plus vite que les prix à cause d’une faible corrélation entre les coûts de production d’une mine donnée et la baisse des prix.

De plus, en période de boom minier, les redevances sur les profits permettent d’aller chercher des montants de redevances plus élevés, les profits augmentant alors plus rapidement que les prix à cause de cette faible corrélation entre les coûts de production d’une mine donnée et la hausse des prix.

6.2.3 REDEVANCES SUR LA RENTE DES RESSOURCES OU « PROFITS EXCEPTIONNELS »

Les redevances basées sur la rente des ressources (ou « profits exceptionnels ») sont très analogues aux redevances sur les profits. Il s’agit en fait d’une redevance sur la rente économique des projets (cf. Encart 5 sur ce sujet), généralement calculée sur les profits miniers au-delà d’un certain seuil. La

6. Les différents régimes de redevances…

MRRT 57 australienne appartient ainsi à ce type de redevances. Sa spécificité réside dans l’application d’un seuil en dessous duquel les profits ne seront pas imposés.

6.2.4 RÉGIMES HYBRIDES

Les régimes hybrides combinent des redevances ad valorem et des redevances sur les profits ou sur la rente des ressources « profits exceptionnels ». Cette combinaison peut être cumulative ou mutuellement exclusive (le montant de la redevance ad valorem donne alors droit à un crédit d’impôt réduisant d’autant le montant de la seconde redevance (cas de la MRRT)). De par sa nature, elle tend à atténuer les avantages et inconvénients de chacun des types de redevances utilisés.

6.2.5 COMPARAISON DES DIFFÉRENTS TYPES DE REDEVANCES

Tout système de redevances a des avantages et des inconvénients qui varieront fortement de l’un à l’autre. Le Tableau 4 présente ces différents avantages et inconvénients tels que définis dans la littérature économique.

TABLEAU 4 : PRINCIPAUX AVANTAGES ET INCONVÉNIENTS DES DIFFÉRENTS RÉGIMES DE REDEVANCES

Régime

Avantages

Inconvénients

de redevances

 

Relative stabilité des rentrées fiscales

Peut s’avérer inefficace en engendrant des distorsions dans la décision d’investissement

Ne tient pas compte de la « capacité à payer » des entreprises

Ad valorem

Mise en place relativement aisée engendrant des coûts administratifs modérés

Charge fiscale liée au prix du minerai (et donc à la profitabilité des entreprises dans une certaine mesure)

Ne tient pas compte de l’augmentation de la base de coûts

 

Tient compte de la « capacité à payer » des entreprises

Impacte plus faiblement les décisions d’investissement

Revenus plus instables pour le gouvernement

Sur les profits

Frais de mise en œuvre et de vérification élevés pour le gouvernement, généralement utilisé par des pays développés disposants d’une forte administration fiscale

Permet de capturer une partie plus importante des profits des entreprises, notamment en cas de forte hausse des prix

 

Tient compte de la « capacité à payer » des entreprises

Revenus très instables pour le gouvernement

Frais de mise en œuvre très élevés

Sur la rente des ressources

Permet de capturer une partie plus importante des profits des entreprises au-delà d’un certain seuil, particulièrement intéressant en cas de forte hausse des prix

N’est pas nécessairement économiquement neutre à cause d’un effet de seuil

Ajoute de l’incertitude dans les décisions d’investissement

 

Niveau minimum de rentrées fiscales

 

Hybride

Tient compte, dans une certaine mesure, de la « capacité à payer » des entreprises

Permet de capturer une partie plus importante des profits des entreprises comparativement aux redevances ad valorem

Rentrées fiscales plus instables comparativement aux redevances « ad valorem »

Frais de mise en œuvre potentiellement plus élevés pour le gouvernement

Peut ajouter de l’incertitude dans les décisions d’investissement

Sources : Banque mondiale, IMDC, SECOR

57 Pour plus d’informations, voir l’Annexe 2.

6. Les différents régimes de redevances…

On note ainsi que les redevances sont généralement dues en amont de l’impôt sur les sociétés (ou impôts sur les bénéfices). Elles viennent donc réduire la base d’imposition pour cet impôt.

FIGURE 24 : ILLUSTRATION DE LIMPACT DES DIFFÉRENTS TYPES DE REDEVANCES SUR LA DÉCISION DINVESTISSEMENT

Cadre de référence: Absence de redevances

« No go »

Zone d’incertitude

Projet envisageable

Projet certain

Régime de redevances ad valorem

Principaux modèles de redevance étudiés

Principaux modèles de redevance étudiés En augmentant les coûts de production et amplifiant l’impact de
Principaux modèles de redevance étudiés En augmentant les coûts de production et amplifiant l’impact de
Principaux modèles de redevance étudiés En augmentant les coûts de production et amplifiant l’impact de
Principaux modèles de redevance étudiés En augmentant les coûts de production et amplifiant l’impact de
Principaux modèles de redevance étudiés En augmentant les coûts de production et amplifiant l’impact de

En augmentant les coûts de production et amplifiant l’impact de l’évolution des prix, ce régime étend la zone d’incertitude

Régime de redevances basé sur les profits

d’incertitude Régime de redevances basé sur les profits La dimension zone d’incertitude ne varie pas mais
d’incertitude Régime de redevances basé sur les profits La dimension zone d’incertitude ne varie pas mais
d’incertitude Régime de redevances basé sur les profits La dimension zone d’incertitude ne varie pas mais
d’incertitude Régime de redevances basé sur les profits La dimension zone d’incertitude ne varie pas mais
d’incertitude Régime de redevances basé sur les profits La dimension zone d’incertitude ne varie pas mais

La dimension zone d’incertitude ne varie pas mais la VAN des projets concernés diminue

Régime de redevances basé sur les « profits exceptionnels »

ne varie pas mais la VAN des projets concernés diminue Régime de redevances basé sur les
ne varie pas mais la VAN des projets concernés diminue Régime de redevances basé sur les
ne varie pas mais la VAN des projets concernés diminue Régime de redevances basé sur les
ne varie pas mais la VAN des projets concernés diminue Régime de redevances basé sur les
ne varie pas mais la VAN des projets concernés diminue Régime de redevances basé sur les
ne varie pas mais la VAN des projets concernés diminue Régime de redevances basé sur les

Ce régime n’aura aucun impact sur les flux monétaires du projet en dessous d’un certain seuil, au-dessus il peut engendrer une zone d’incertitude dépendant des modalités du régime (seuil et taux d’imposition)

Source : SECOR

Contrairement à l’opinion largement répandue, il existe peu de projets miniers dont la rentabilité est suffisamment élevée pour être certain que ce projet sera réalisé. La plupart des projets se trouvent dans une zone d’incertitude où les investisseurs regarderont l’ensemble des éléments relatifs au projet avant de prendre la décision finale. Les impacts des différents régimes de redevances étudiés sur les décisions d’investissement sont détaillés dans la Figure 24.

Le premier diagramme permet d’établir le cadre de référence de l’analyse pour fins de comparaison, et correspond à l’absence de tout régime de redevances. En fonction de leur VAN, les projets seront répartis entre des projets à VAN très faible ou nulle qui ne seront pas entrepris (« no go »), des projets à VAN moyenne qui se situeront dans la zone d’incertitude (réalisation du projet très aléatoire) ou dans la zone des projets envisageables (réalisation du projet plus probable), et enfin des projets avec des VAN élevées qui constitueront des projets certains.

Le point commun à l’ensemble de ces régimes de redevances est, qu’en prélevant une partie des flux monétaires issus du projet, ils auront tous pour effet de diminuer la rentabilité de ce même projet 58 . Les comparaisons ci-après sont à caractère illustratif, les impacts variant fortement en fonction du taux d’imposition et des diverses déductions attribuables pour le calcul de la base d’imposition.

58 Ceci ne remet en aucun cas en cause le fait que ces régimes sont pleinement justifiés et se doivent d’exister.

6. Les différents régimes de redevances…

Le second diagramme schématise les impacts potentiels d’un régime ad valorem :

Ce type de redevances augmente les coûts de production dans toutes les situations, que le projet soit peu rentable ou très rentable. Cet impact sera plus important pour les projets peu rentables, des projets situés dans la zone d’incertitude devenant non rentables;

En amplifiant l’impact de l’évolution des prix des minerais, il tend également à étendre la zone d’incertitude entourant les projets.

Le troisième diagramme schématise les impacts potentiels d’un régime sur les profits :

Ces redevances diminuent la rentabilité des projets en prélevant une partie des flux monétaires. Cependant, il aura un impact accru sur les projets les plus rentables mais moindre sur les projets les moins rentables.

Ainsi, quand comparé à un régime de redevances ad valorem, un nombre moindre de projets situés dans la zone d’incertitude risque de tomber dans la zone de « no go » du fait que ce type de redevances n’impacte pas les coûts fixes d’une mine, ce qui est particulièrement important pour les projets les moins rentables.

Le quatrième diagramme, enfin, schématise les impacts potentiels d’un régime sur la rente des ressources ou « profits exceptionnels » :

Ce type de redevances diminue la rentabilité des projets en prélevant une partie des flux monétaires. Elles ont également un effet accentué par rapport aux redevances sur les profits, les projets les moins rentables étant exemptés de redevances, les plus rentables ayant quant à eux des taux d’imposition plus élevés.

Ainsi, quand comparé à un régime de redevances ad valorem, un nombre moindre de projets situés dans la zone d’incertitude risque de tomber dans la zone de « no go ».

L’impact d’un régime de redevances de type hybride n’a pas été modélisé car il dépendra fortement des différents types de régimes utilisés. Comme nous l’avons précédemment écrit, ce régime tendra à réduire les différents avantages et inconvénients des régimes de redevances utilisés.

Encart 8 : Contrôles fiscaux dans les mines au Québec

Au Québec, la vérification fiscale de l’industrie minière est une responsabilité partagée entre Revenu Québec et le ministère des Ressources naturelles et de la Faune (MRNF) :

Revenu Québec analyse ce qui a trait aux impôts et aux taxes de vente;

Le MRNF tout ce qui touche aux redevances.

Comme toutes les entreprises, les sociétés minières sont sujettes à une vérification en fonction du risque de perte fiscale. Le pourcentage d’interventions en fonction du risque dans le secteur minier est comparable à celui des autres secteurs selon Revenu Québec. Toutes les entreprises dont le chiffre d’affaires est supérieur à 60 millions de dollars font également l’objet d’une vérification aux trois ans au minimum. Le MRNF a pour sa part la responsabilité de s’assurer du respect de la Loi sur les mines, dont le paiement des redevances et le dépôt du montant adéquat pour le réaménagement et la restauration des sites. Pour chaque mine, les sociétés minières doivent présenter leurs résultats annuels au MRNF.

Sources : Revenu Québec, ministère des Ressources naturelles et de la Faune

6. Les différents régimes de redevances…

FIGURE 25 : ILLUSTRATION DES IMPACTS POTENTIELS DES DIFFÉRENTS RÉGIMES DE REDEVANCES SUR LA PRODUCTION

Cadre de référence: Production potentielle sans redevances

Rente Redevances Coûts de production A B C D E F G Mines non rentables
Rente
Redevances
Coûts de production
A
B
C
D
E
F
G
Mines non rentables
Prix du minerai par unité

Production potentielle avec un régime de redevances sur les profits

Rente Redevances Coûts de production A B C D E F G Mines non rentables
Rente
Redevances
Coûts de production
A
B
C
D
E
F
G
Mines non rentables
Prix du minerai par unité

Source : SECOR

Production potentielle avec un régime de redevances ad valorem

potentielle avec un régime de redevances ad valorem Rente Redevances Coûts de production A B C

Rente

potentielle avec un régime de redevances ad valorem Rente Redevances Coûts de production A B C

Redevances