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l 'influenee naturelle planétaire du méme jour, bien que, je le répetc, eelle-ci reste valable et garde une valeur pratique dans un domaine restreint, plus restreint que dans le passé. On invoque done le Saint­

Esprit et on s'unit a

Jupiter », etc. La primauté de la puissanee sumaturelle vis-a-vis des influenees

astrales des jours, des heures et

a « frappé)} la tour de I'Astrologíe et de la magie astrologique spé­ cialisée. Voici un exemple de la « foudre » en aetion : l'horoseope signale une constellation funeste de Satume et de Mars dans la huitieme maison (celle de la mort) prédisant la mort violente; eependant il arrive que ee ne sont pas Satume et Mars qui agissent, mais bien la Sainte Vierge et I'Arehange Miehael, et au lieu de la mort prédite, une illumination spirituelle a lieu

volla la « foudre» qui

lui le jeudi, au lieu d'invoquer le « génie de

des années,

Ce qui est vrai de I'Astrologie et de la Magíe, l'est aussi de l'AI­

ehirnie, paree que

dire se eristallise et se prive done de la faculté de mareher au rythme de l'évolution spirituelle; e'est l'impasse. Alors « la foudre d'en haut » entre en jeu et éearte I'obstacle au progres ultérieur.

Le XVle Areane Majeur du Tarot est done un avertissement adres­

sé a tous les

est assigné a

politiques, soeiaux et autres. Illes invite a s'adonner aux taches de la eroissance au lieu de eelles de la eonstruetion, aux taches des « culti­ vateurs et gardiens du jardin », au lieu de eelles des batisseurs de la Tour de Babel.

auteurs des « systemes» dans lesquels un role important la méeanicité : systemes intelleetuels, pratiques, oeeultes,

tout ce qui se spéeialise devien t une tour, e'est-a­

550

XVII

L'ÉTOILE

intelleetuels, pratiques, oeeultes, tout ce qui se spéeialise devien t une tour, e'est-a­ 550 XVII L'ÉTOILE
Cher Ami Inconnu, «L 'Etoile» Les justes croissent comme le palmier, l/s lis portent encore

Cher Ami Inconnu,

«L 'Etoile»

Les justes croissent comme le palmier,

l/s

lis portent encore des fruits dans la víeilJell#, lis sont pleins de seve et verdoyants.

(psaume 92).

s 'élevent comme le cMre du Liban

Deux choses me remplissent d 'admi· ration : Le cíel étoi/é au.<Jessus de moi el la lai morale en dedans de moi.

(Immanuel KANT).

Le XVl e Arcane Majeur du Tarot nous a presenté l'alternative de dc'ux voies - celle de la construction et celle de la croissance -, il I1 souligné les dangers de la voie de la constructíon en presentant 'lIo tre esprit et a notre cceur la loí de la Tour de Babel. La compréhension de cette loi conduit a se décider pour la voie de la eroissance. Or le XVU e Areane Majeur du Tarot - « L~toile » - est I'Arcane d c' la Croissance, tout COrnme le XVle Arcane était celui de la Cons· 11\I e tío n. 11 s'agit done maintenant d'un exercice spirituel consacré a 1,. «'r o issance; il y a done lieu de nous concentrer sur le problerne de 111 olOissance et de méditer ses aspeets essentiels en vue d'arriver a la

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contemplation

magique et métaphysique, en un mot de son essence hermétique. Appliquons-nous done a eette triple tache. Une tour est batie, un arbre croít. Les deux processus ont ceci en commun qu'ils présentent une augmentation graduelle de vo­ lume et tendent vers le haut. Mais ils different en ce sens que la tour s'éleve par sauts et par bonds, tandis que l'arbre manifeste une élévation continue. C'est paree que des briques ou des pierres taillées

sont mises l'une sur I'autre dans la construction de la tour, tandis que

les « briques» microscopiques -

les cellules - de I'arbre se mul­

tiplient par division et croissent en volume. C'est la seve montant des racines dans le tronc et les branches qui rend la croissanee de I'arbre possible. Tandis que la tour est seche, l'arbre est empli de suc en mouve­ ment, sousjacent a la division des cellu1es et a 1eur croissaJice -sous­

jacent, en un mot, au processus de la croissance. La croíssance est continue tandís que la consttuctíon procede par sauts et par bonds. Et ce qui est vrai de I'artificiel et du naturel dans

le domaine physique, I'est aussi dans le domaine psychique et spi­

i1s sont pleins de

de

son noyau ou de son essence mystico-gnostico,

rituel : « les justes croissent comme le palmier

seve et verdoyants» (Psaume 92) et « un

les os » (Proverbes, 17,22). Nous sommes en présence d'un theme de meme portée que celui de «1'agent magique» astral, le tien entre la conscience et I'action, dont la littérature occultiste fait tant de cas, a savoir le theme de la

seve universel/e de la vie qui est celui du xvn e Arcane, l'Arcane de

Croissance. Car de meme qu'il existe un agent intermédiaire mysté­ rieux qui effectue le passage de I'imagination a la réalité, de méme il existe un agent non moins mystérieux qui effectue le passage de l'état potentiel du germe a celui de la rnaturité, le passage de ce qui

: /'agent transformateur de

/'idéal en réel.

De méme qu'une force intermédiaire entre en jeu dans le pro­ cessus qui transforme I'imagination en action, c'est-a-dire en événe­ ment objectif, de meme un jeu d'une force inconnue a Iieu dans le processus du devenir, qu'i1 s'agisse d'un g1and qui devient un chene ou d'un nourrisson criard qui devient un Saint Augustin, ou enfin d 'un monde en état de brouillard primordial qui devient un systeme planétaire peuplé d 'e tres vivants, d 'étres animés et d 'étres intelligents. Dans les trois cas - croissance d'un organisme, développement d'un individu depuis l'enfance jusqu'3. la mort, évolution cosmique - iI faut

esprit abattu désseche

la

n'est qu'en puissance

3.

sa

réalisation

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1''''lI ul cr I'cxistence d'un agent actif qui effectue le passage de I'état de " o'luí 11 'cst qu 'en puissance a celui de la réalité. Quelque chose a agi pt"llllallt le temps ou un g1and est devenu chéne, ou I'ovule fertilísé est

homme mur et OU le brouillard primordial cosmique est

,1I' vcllu le systeme planétaire, avec notre g10be habité par l'humanité. 1iJ /lais bien que ce raisonnement n 'est pas en accord avec les regles

dll ¡CIl fixées par les sciences natureHes, mais il y a d'autres regles, 1III0llt celles de la raison naturelle, avec lesquelles il est en accord, 01 ,,, . regles qui, mieux encore,exigent catégoriquement ce raisonnement. 1 urégoriquement, cela veut dire qu'i1 faut soit se résigner au silence ,I!' la pensée a I'égard des problemes de cet ordre, soit raisonner 01,' maniere conforme a la nature, aux exigences structurales de la i .II ~ ()II, ce qui est une regle du jeu de I 'Hermétisme. 11 fsut done postuler un agent de la croisSllnce, de meme qu'il a

postuler un « agent magique» agissant comme intermédiaire

"

, ' VI'UII

un

11 1

,Iulle la conscience et les événem~nts, si I'on s'est décidé a penser.

(juelle est la différence intrinseque entre « I'agent magique» et ., ¡'lIgcnt de la croissance » ? I.'agent magique est d'une nature électrique, soit terrestre, soít ooll"::ite . 1I est de nature a agir par décharges, par émission d 'étin­

i " lIe s ou d ' écIairs. 11 est sec et chaud, de la nature du feu. La « Tour '1!IIIJroyée» du XVle Arcane n 'est en fait que la rencontre de deux '¡écheresses» - celle de la Tour d 'en bas et ceHe de la Foudre d 'en

mt I

lI' lui de la « chaleur» - de deux

Bien. Les Arcanes XV et XVI sont done ceux du les Arcanes XIV et XVII sont ceux de l'Eau. Car

I'lllspiration angélique et « I'agent de la croissance)l ont ceci en o olllmun qu 'i1s coulent. qu'ils n'agissent pas par chocs et par dé­ ,'harges, mais d'une maniere continue. La continuité transformatrice est la manifestation essentielle de ' o l'agent de la croissance», tout comme la fulguration créatrice est ," ,lI e de « I'agent magique )). : es deux « agents » ' se manifestent partout, y compris dans le oI LJ maine de I'intellectualité humaine . Des esprits ont pris le parti de l 'Ea u, et c'est a eux que nous devons les idées du transformisme :

M.II et ceHe du ¡ ' /"II , tandis que

-, et I'Arcane «Le Diable» (Arcane XV) est essentiellement

« chaleurs»

encore -, celle du

I'óvolution, le progres, I'éducation, la thérapeutique naturelle, la llildition vivante; d'autres ont pris le parti du Feu, c'est a eux que IIclllS devons les idées du créationnisme : la création ex nihilo, I'in­ Vl,llltion, I'élection, la chirurgie et la prothese, la révolution . !HALES ( tAQ-540 ay. J.-C.) a cru que c'est « l'agent de la croissance» ou I'eau,

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qUl Joue le role prinCipal dans le monde, tandis que HERACLlT)':

(576480 ay. J

c.)

I'attribue a «l'agent magique » ou au Feu .

GOETHE, dans «la nuit de Walpurgis» de Faust 11. n fait discuter ANAXAGORE, partisan du Feu, avec THALES, partisan de l'Eau, sur le theme de la primauté de la fulguration créatrice ou de la con ti­ nuité transformatrice dans la nature, une discussion qui aboutit au dénouement dramatique de I'évocation magique par ANAXAGORE de la triple Lune (Diana, Luna, Hekate), évocation dont il se re­ pend; il finit par se jeter face contre terre, implorant les forces ful­ gurantes et porteuses de catastrophes irréparables de se calmer. Quant a THALES, il invite HOMUNCULUS a la féte joyeuse mari­

time (<<Zum heitern Meeresfeste»), la fete des métamorphoses, le «bal du transformisme » , et THALES s'écrit :

ent­

Tout provient de I'Eau !

«Alles

ist

aus

dem

Wasser

[sprungen!

Tout se conserve par I'Eau ! Alles wird durch das Wasser erhalten ! Océan, accorde-nous ton

Ozean, gonn' uns dein ewiges Walten !

amvre étemelle !

11 n'y a rien de surprenant a ce que GOETHE, bien qu'il admette la réalité de I'agent « magique » ou le Feu, se range du coté de « I'agent de la croissance» ou de l'Eau, lui, qui a écrit quatre amvres sur la métamorphose et en a fait le theme principal de sa vie : métamorphose de la lumiere ou des couleurs (Farbenlehre), métamorphose des plantes (Metarnorphose des Ptlanzen), métamorphose des animaux (Meta­ rnorphose der Tíere) et rnétamorphose de l'hornme (le «Faust», son reuvre príncipale). Sa foi était celle du conformisrne, de l'évolution, de la tradition_ n croyait au progres de la culture sans révolutions; GOETHE attachait du prix atout ce qui coule, a tout ce qui crolt saos sauts et sans bonds. n se rangeait du coté du príncipe de la contjnuité. Le príncipe de la continuité a été mís en relief dans le domaine intellectuel, d'une maniere particulierement impressionnante et féconde, par LEIBNIZ. 11 n'avait pas a faire face aux gouffres ou

ablrnes qui séparent une croyance d'une autre, une these d'une autre, un groupe humaín d'un autre. Par-dessus les abimes séparant les

theses de leurs antitheses, i1 jetaít l'arc-en·ciel de la continuité, de la tradítíon graduelle. De me me' que le rouge se transforme graduel­ lernent en orange et I'orange en jaune, qui a son tour, se transforme ímperceptíblement en vert pour devenir plus tard bleu, indigo et

violet, de meme toute

la these «tout centre de l'existence particuliere (monade) est li­

bre» et la these « tout est prédéterminé par la cause efficiente

these se transforme en son antithese . Ainsi

et

556

"lI.,k \¡,. l'ullivers (( Harmonie préétablie») coexistaient en paíx

des idées de LEIBNIZ sur le monde, bien qu'elles

,,)1 ' 11 1 Imllemcnl contradictoires. Mais, pour LEI BNIZ, elles n'étaient

contradictoires que le rouge et le violet dans I'arc­

,1 1' 0, ~ 1'Í1lc

' 11

JlILI~ 111

(: Il-ócl

",oins

11 1' 10' 1

l. ' pla I onisme, I'aristotélisme, la scolastique, le

cartésianisme, la

le spinozisme n'étaient, pour LEIBNIZ, que des « cou­

h 111 ~ j) tle l'arc-en·ciel de la «Philosophia perennis» et il se mouvait ohlllM NOII penser sur le cercle «zodiacal» de la pensée. 1;0 11 <cuvre était donc celle de la paú:, tout cornme celle de I'Her­ o,~ 1 I',IIU -' , car la méthode de LEIBNIZ est l'Hermétisme pur et simple.

l' I "'Nt cet « arc-en-ciél de la paix» (le principe de la continuité)

visait deux buts

" lIllCls : la fondation des académies des sciences et la fusion des

1)11 1 lIuÍllait LEIBNIZ dans son activité dévorante qui

' IIV ~ lo 'llII; el

Ildh.tlli catholique et réformées. I o'N académies des sciences de Berlin, de Saint-Pétersbourg et de

pour introduire « l'arc­

de la coopération des

VII' llIl{' sont le fruit des tifforts de LEIBNIZ

I! 11111

de

la

paix», sous la forme

pratique

IVllll ts de toutes les disciplines scientifiques, dans la civilisation

l'reuvre de la fusion des Eglises catholique et

moral

1(1I 'fllIvait bati alors existe toujours, et le va-et-vient s'accentue.

I "I~st encore le principe de la continuité ou 1'« Eau » de I'Herrné­ 11- , ,,1.' "Iui porta LEIBNIZ a la découverte des basesdu calcul différentiel

différentiel n 'est que l'application du mode du penser liquide au lieu

,)" pon ser cristallisé -- dans le domaine mathématique . Le calcul infini­ 1~~ lIllal, qui. cornprend le calcul différentiel et le calcul intégral ­ l 'III(llIa et I'oméga d'un penser devenu liquide en mathérilatiques -, est )'a pplication du principe de la continuité. II résulte de l'adoússion de l ' ,1 lIgent de la croissance » dans le domaine des mathématiques 011 le I'l fo( (:ipe de la constructíon régnait seul auparavant. Ce rappel me ""IIIIC, l'occasion de sauver de l'oubli l'reuvre dun hornme probable­ OIlI" lIt oublié, si meme il a été remarqué: Le /ivre Sacréde.Thot -les lreanes Majeurs du Tarat (( Svyachtchennaya Kniga Tota - Velikiye Al kany Taro »), parue en Russíe en 1916 ou 1917. L'auteur, l'ingé­ ¡oIt' IH CHMAKOV ,s'est servi, presqu'a chaque page, du calcul différentiel I 0 11 calcul intégral pour traiter des problemes tels que I'individualité l ' I Dieu, la liberté et I'ordre cosoúque, les plans d 'existence et de 1I\Il~cience, I'esprit et la matiere, etc. L'auteur de ce livre (400 pages 11 octavo) m'avait profondément impressionné par les nombreuses

11 . od clltale. Quant a ,,\ h 11 ",¡Ses, entreprise

avec BOSSUET, le

pont intellectuel et

' "

,)"

lIIathématiques. Car le calcul JlI in ci pe de la continuité - et

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formules de calcul infinitésimal sans doute, mais surtout par de longs passages du Zohar et d 'autres livres écrits en hébreu ou en araméen qu'il ne daignait pas traduire ni transcrire en caracteres latins ou cyrilliques. Dédain magnifique de la popularité en un temps ou la populace devint toute puissante et ou la démagogie fut al 'ordre du jour ! Un tel livre avait été édité aux frais de I'auteur sur un excellent papier. Oui, il Y a eu des étoiles de noblesse au ciel de I'Hermétisme et,

je I'espere, il Y en aura toujours.

Ce salut a un Ami Inconnu défunt n 'est cependant pas sans lien avec le theme de cette Lettre, adressée a l'Ami Inconnu vivant. Car I'apport de I'ingénieur CHMAKOV a la tradition de I'Hermétisme est la démons­ tration de la fécondité de I'application du calcul infinitésimal dans le domaine auquel il appartient par droit de naissance : le domaine de I'Hermé tisme. En énumérant les esprits qui ont compris l'Arcane de l' « agent de la croissance », je ne puis pas passer sous silence un grand esprit, une étoile au ciel de la Philosophia Perennis, que vous connaissez sans doute, cher Ami Inconnu. Il s'agit d'Henri BERGSON, encore un her­ métiste par la seule grace de Dieu, sans affiliations quelconques exté­ rieures avec des ordres ou des sociétés initiatiques. Henri BERGSON a eu le courage et le mérite de réaffirmer, avec ses conséquences scientifiques, le principe de la continuité et le mode de pensée qui saisit le mouvement en se mouvant avec lui et non pas en I'arrétant. Voici ce qu 'il en dit :

«S 'agit-il du mouvement ? L 'intelligence n 'en retient qu 'une série de positions .- un point d'abord atteint, puis un autre, puis un autre encore. Objecte-t-on a l'entendement qu 'entre ces points se passe que/que chose? Vite il intercale des positions nouvelles, et, ainsi de suite indéfiniment. De la transition il dé­

toume son regard

intellectuelle du Mouvement, qui le dessine comme une série de positions. Allons droit a lui, regardons-le sans concept interposé .- nous le trouvons simple et tout d 'une piece. A vanfons alors davantage .- obtenons qu 'il coi"ncide avec un de ces mouvements incontes­ tablement réels absolus, que nous produisons nous­ mémes. Cette fois nous tenons la mobi/ité dans son essence, et nous sentons qu 'elle se confond avec un

Enjambons cette représentation

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"{furf tlont la durée est

une continuité indivisible

N"lis 1'1/ dirons autant du changement. L 'entendement ¡,. dl;CII11Ipose en états successifs et distincts, censés /l/I'/friables. Considere-t-on de plus pres chacun de ces ,'fllt,I', s'aper<;oit-on qu 'il varie, demande-t-on comment ti !Jourrait durer s'il ne changeait pas? Vite /'entende­ II/{'!lf le remplace par une série d'états plus courts qui ,1'/' décomposeront a leur tour s 'il le faut, et ainsi de

sliite indéfiniment, Comment pourtant ne pas voir que I'essence de la durée est de couler, et que du

stable accolé a du stable ne fera jamais rien qui dure? Ce qui est réel, ce ne sont pas les «états », simples illstantanés pris par nous, encore une fois, le long du changement; c 'est au contraire le flux, c'est la conti­ nuité de transition, c'est le changement lui-meme 1/ n y a ici qu 'une poussée ininterrompue de change­ ment - d'un changement toujours adhérent a lui­ meme dans une durée qui s'allonge sans fin. »

(La pensée et le mouvement, p. 6, 7,8, 1934).

lI (}nri BERGSON nous invite done a saisir 1'« agent de croissance » I I! ;u;tion au lieu de nous occuper de ses produits fossilisés, il nous Il!v l t c a l'expérience qu 'il appelle « intuition ». I' ll rmi ceux qui ont donné suite a I'appel d'Henri BERGSON, le plus il lllincnt est le Pe re Teilhard de CHARDlN. Voici le résumé de son

' 1",IIV ¡'C que nous trouvons a la demiere page de son journal, écrit avant

'j ,l 1II0rt le 7 avril

1955 :

«Jeudi Saint - Ce que je crois.

J) Saint Paul -

les trois versets .- En ptisi penta Theos.

2) Kosmos = Kosmogenese ~ Bioge"ese ~ Noogenese ~ Christogenese. Les 2 artie/es de mon Credo 3) L 'Univers est centré évolutivement en <: haut

avant Phénomene chrétien Noogenese = Christogenese (= Paul)

Le Christ en est le Centre

Les trois versets auxqueles se reporte I'auteur sont ceux-ci :

« Le demier ennemi détruit, c 'est la ~ort; car il (Le

Et quand toutes

Christ) a tout mis sous ses pieds

559

choses luí auront été soumises, alors le Fils luí-méme se soumettra ti celuí qui lui a tout soumis, afin que Díeu soit tout en tout (en pdsi panta Theos) ».

5,

(CEuvre

p. 404/405, Edit. du Seuil) .

de

Pierre

Teilhard

de

CHARDlN , tome

De meme qu'il ya Feu et feu, c'est·a~ire le Feu céleste de l'Amour

divin

l'Eau céleste de la seve de la croissance, du progres et de l'évolution, et l 'eau inférieure de l'instinctivité, de « I'inconscient collectif », de la collectivité engloutissante, l'eau des déluges et des noyades . La fem­ me , représentée a la Lame du xvn e Arcane verse les eaux de deux vases,- tenus dan s ses mains gauche et droite - qui se mélent dans

et I'électricité due a la friction , de meme il y a Eau et eau ,

un méme fleuve. Qui se mélent dan s un méme fleuve, hélas ! C'est la la tragédie de

la vie humaine, de l'histoire de l'humanité et de l'évolution cosmique. Le fleuve de la continuité - dans l'hérédité, dans la tradition, dans I'évolution enfin - porte pele-méle vers I'avenir sans fin ti la fois tout ce qui est sain , noble, saint et divin du passé, et tout ce qu'il ya d 'infec­ tieux, de vil, de blasphématoire et de diabolique . Ce que VERLAINE

dit de la Seine dans ses « Poemes

Saturniens » :

( Et tu coules toujours, Seine, et, tout en rampant

Tu

tro ines dans Paris ton cours de vieux serpent,

De vieux serpent boueux, empartant vers tes havres Tes cargaisons de bois, de houille et de cadavres ! »

peut aussi etre dit, non sans raison, du fleuve de la vie humaine, de I'histoire de I'humanité et de l'évolution cosmique, tout cornme on en peut dire, non sans raison encore , avec Victor HUGO :

( Comme un fleuve d 'áme commune,

Du blanc pylóne ti l'ápre rune, Du brahme au [lamine romain, De l'híérophante au druide, Une so.rte de Dieu fluide Coule aux veines du genre humain. » «( Les Mages » - 435440).

Car aussi bien le « vieux serpent boueux » qu'une « sorte de Dieu fluide )) coulent en effet dans les veines du genre humain.

la Vierge

coulent-ils done éternellement ensemble dans le fleuve de la Vie ?

Dualisme alors?

Le venin

du Serpent et la larme

de

560

I III [

,'1

JI()II . (lui ,

pour le présent qui est action et volonté, non,

1"11 11 I 'u vll ll lr qui cst

I ,11 pom I'adion , le dualisme est ce qui éveille la volonté et la fait 11.I r I' 1 di ; 1'6 tat passif a I'état actif; tout effort présuppose un duali sme

111"11'1 111' e l concret. Dans l'histoire de l'humanité, les grands maltres

0111 d ll,l ll sme tels Zarathoustra, Bouddha et Mani, ne voulaient pas

le monde par le dogme de la dualité cosmique (Zarathoustra),

' , h fI·.ych o logique (Bouddha) , ou encore psycho-cosmique (Mani) , 111111. ,1¡leifler la volonté dormante a l'effort qui se manifeste par le

1"llIvllir de di re Ouí et Non. Le fatalisme, la résignation a la routine

I I It- quié tisme sont le sornmeil de la volonté, parfois doux, parfois

du dualisme appelaient la volonté

de la sornnolence, a avoir le cou­

111110 e l la hardiesse d 'exercer pratiquement le droit de naissance de 111 voloJlté , celui du choix, celui de dire Oui et Non . Le grand Zara­

des chevaliers pour la lutte sous la banniere de la

1111 I\ I ~ tl'a voulait

r IlIid(!re contre les Ténebres - des Touraniens idolatres, des démons

de l'entendement et l'espérance .

l ' Etoüe de mer

.,l/ulll a

1I11' ItI ti 'amertume . Les grands maltres

" vc iller, a se débarrasser du poids

tlr I'impureté et de

I'ignorance,

I'esprit d'Ahriman enfin ou de

Satan .

11

voulait qu ' il y ait des gens qui sachent dire Oui a la lumie r e

et qui,

1' 111 c onséquent, apprennent a dire Non aux ténebres . [,c grand Bouddha voulait éveiller la volonté a dire Non ala grande

il lllline des désirs qui font tourner la roue des naissances . 11 voulait

1I1'~ ascetes a I'égard de la mécanicité automatique psychique qui Ill'prcnnent a dire Ouí a la créativité libre de l'esprit. I.e grand Mani , qui enseignait la Synthese des enseignements de lnra thoustraet de Bouddha dans le christianisme, voulait - que

1' lliage accomplit fu t bon ou non - mobiliser la bonne volonté de

I'humanité entiere, pai'enne, bouddhiste et chrétienne, pour un

d rort concerté et uaiversel, pour dire Oui a I'esprit éternel et Non IUX choses passageres de la matiere. Le but que poursuivaient les grands maltres du dualisme était flratique , il se rapportait au domaine du Oui et du Non . Et nous ,

en tant que nous poursuivons un but pratique terrestre, psychique ou spirituel, nous ne pouvons pas accepter le fleuve de la vie humaine, (le l'histoire de l'humanité et de I'évolution cosmique simplement

et nous liusser porter par luí. Nous sornmes tenus d'y

lIistinguer le «vieux serpent boueux » et « une sorte de Dieu fluide )),

e t de dire Ouí et Non, avec toutes les conséquences pratiques que co Ouí et ce Non comportent. En meme temps , toutefoís, nous ne devons pas oublier que le xvn e Arcane est, non seulement celui des eaux qui coulent de deux

tel qu 'il est

561

vases et se melent dans un seul fleuve , mais encore

d 'autant

celui de l'éto¡¡(·.

plus que

le nom traditionnel de la Lame est « L 'Btoilc » .

cornme d 'ailleurs la cons

La grande étoile centrale de la Lame -

tellation entiere des huit étoiles -

invite notre conscience a l'effort

d'allier la justice contemplative (l'étoile jaune a huit rayons) avec la justice active (l 'étoile rouge a huit rayons), d'unir le principe-guide

de l'entendement au principe-guide de la volonté . En d'autres termes,

elle nous invite a surmonter le dualisme par l'opération magique et alchimique de l'union des contraires l'un a l'autre que l'on appelle

le « mariage des contraires » qui fait

force-lUllÚere qui rend l'avenir, non seulement acceptable rnais encore désirable, qui transforme l'avenir en Promesse et qui est l'antithese d e la these de l'Ecclésiaste , fils de David, roi de Jéru sale m :

rayonner dans le monde cette

c 'est ce qui sera , et ce qui s 'est [ait , c 'est

ce qui se [era, il n ya rien de nouveau sous le soleil. »

~ Ce qui a été,

(Eccl.I , 9 , 10).

La force-lumiere qui émane de l'étoile constituée parle rnariage de la contemplation avec l'activité et qu i est l'antithese de la these :

il n 'y a rien de nouveau sous le soleil, c'est l'Espérance . Elle pro­ clame dans le monde: « Ce qui a été, c'est ce qui prépare ce qui sera , et ce qui s'est fait, c'est ce qui prépare ce qui se fera, il n'y a que du nouveau sous le soleil. Chaque jour est un événement et une révéla­ tion uniques qui ne se répéteront jamais. »

tempérament

optimiste ou sanguin, ou bien au désir de compensation dans le sens

de la ' psychologie freudienne et adlerienne moderne. Elle est une force-lumiere qui rayonne objectivement et qui dirige l'évolution créatrice vers l'avenir du monde. Elle est le pendant céleste et spi­ rituel de l'instinct terrestre et naturel de la reproduction biologique, qui , avec la mutation, produit la sélection naturelle , laquelle a son

tour produit avec le temps le

l'Espérance est ce qui meut et dirige l'évolution spirituelle dans le monde ; en tant qu'elle meut, elle est une force objective, en tant qu'elle oriente et dirige, elle est une lurniere subjective. C'est pourquoi

nous en parlons cornme d 'une « force-lumiere ». L'Espérance est a l'évolution spirituelle ce que l'instinct de repro­ duction est a l'évolution biologique. Elle est la force et la lumiere de la cause finale tu monde ou, si vous préférez, la force et la lurniere de l'Idéal du monde, le rayonnement magique du « point Oméga » ,

d 'apres Teilhard de CHARDIN. Ce «Point-Oméga » , vers lequel tend

L'Espérance

n'est

point

chose

subjective

due

au

progres biologique . En d 'autres termes,

562

j fv "I II!II)f1 spiJituelle de la « noosphere », est le point central de

1 • • pt4I.\II~'U I\u monde personnalisant , le point de l'unité complete ,1,. I )\\hllf~ l'! du Dedans , du matériel et du spirituel - c'est-a-dire Ilh ill 1IIllllIIIC ou Jésus-Christ ressuscité - , tout cornme le Point Alpha, Ir 1' 1I'1I 11 \: 1 motcur ou la cause efficiente , est le Verbe qui rnit en mou­

wr 11 11' 111 I\:s électrons, les atomes, les molécules , mouvement dirigé

en organismes , en familles, en races,

~,l. 1"' 11

as sociation en planetes,

1I "' fI 11 C S

.' JI' suis I'Alpha et l'Oméga » , voila cornment se lit le message dI l t !lIile centrale de la Lame du XVU e Arcane du Tarot. Ce qui veut dllr le suis l'Activité, la cause efficiente , qui mit tout en mouvement, ,1 JI ' suis la Contemplation, la cause finale , qui attire vers soi tout ce

1111 1 I' ~ I en mouvement. le suis I'Action primordiale et je suis l'Attente 111'1 I(~ pit jUsqU'3 ce que tous arrivent la OU je suis . Vllilil pourquoi nous disons non au dualisme vu sous le jour de

sous le jour du

1',IV" lIil. et nous lui disons oui, si nous le voyons

1" ~~l' rl t. L 'espérance , le fruit du mariage des contraires, nous interdit 1" oIl1i1li s me et nous invite , non seulement a croire a l'unité finale des ' 1llI llaires , mais encore a travailler asa réalisation . C'est le sens et le h u i dc l'exercice spirituel qui est le xvn e Arcane du Tarot. Car il

1.1111 le redire : les Arcanes Majeurs du Tarot sont des exercices spiri­ III,\I~ dont la pratique seule enseigne « l'arcane » (ce qu'i! faut savoir 1" ' 111 pouvoir faire des découvertes) de chaque Arcane . ()r l'exercice spirituel du xvn e Arcane consiste a «voir ensemble » ,

la

'11l1~sance spirituelle - « l'agent de la croissance » et I'Espérance lfi n de trouver , ou plutót retrouver , leur analogie, leur parenté lllllinseque et leu r identité fondamentale enfin . Car i! s'agit de saisir I','ssence de l'Eau qui coule, aussi bien dans le processus obscur de la

:1Oissance, de la multiplication et de la continuité de la reproduction

hauteurs de l'Espérance .

11 s 'agit donc d ' aboutir a

dan s le récit de MOIse du deuxieme jour de la création 011 Dieu «sé para

l'intuition de l ' Eau telle qu'elle est entendue

hlologiques , que dans la clarté des

l'o ntempler

l'essence

de

la

croissance

biologique et celle de

sereines

k s eaux qui sont au-dessus de l'étendue d'avec les eaux qui sont fl u-dessous d e l ' étendue » , et de comprendre (com-prendre) que la lumiere qui coule au-dessus de la conscience et la poussée instinctive

qui coule au-dessous de la conscience ne sont au fond que la meme ~hose. séparée pour agir selon deux modes différents, 3 savoir l'Eau, le principe de la croissance et de l'évolution aussi bien biologique que

c'est-a-dire

s pirituelle . 11 faut parven i r a la perception intuitive,

irnmédiate et douée de la certitude de l'évidence , que le principe

563

de la seve liquide porteur de « l'agent de la croissance » et le principe de l'Espérance - de la croyance en la transformabilité des choses et en leur transformation en conformité avec leurs prototypes divins

- porteur de I'évolution spirituelle, sont un : le principe de l'Eau,

bien que I'un agit a partir de la sphere située au-dessus de la cons­ cience et l'autre a partir de la sphere située au-dessous d 'elle. C'est pourquoi la Lame du XVIlc Arcane du Tarot représente la Fernme, le principe matemel, entre la constellation d'Espérance au-dessus d'elle et le fleuve de continuité de la vie biologique au­ dessous d 'elle. Car tou te mere professe une double foi : la foi de l 'Espérance céleste - l 'avenir sera plus glorieux que le présent - et la foi de la continuité terrestre - le fleuve des générations qui se succédent va en avant - dans la direction indiquée par l'Espérance d'en haut. Toute mere sait - en tant que mere - qu'au fond du fleuve des générations agit I'impulsion magique primordiale de la

Cause efficiente, de l'Alpha, du monde, et que la Cause finale,I'Oméga, du monde ne manquera pas de la diriger et de l'attirer vers lui. En d'autres termes: chaque mere professe, par le fait méme qu'elle est mere, I'origine divine et le but divin du monde. S'il n'en était pas ainsi, elle se refuserait a donner naissance aux enfants destinés a étre des victimes de I'absurdité. Nous pouvons donc aussi nommer le XVIlc Arcane : «I'Arcane de la Mere» ou « l'Arcane d 'Eve », l'in­ tuition simultanée de l'Espérance céleste et « de la magieprimor­

: « Soyez fécondes, multipliez,

diale »; la bénédiction

remplissez la terre, et assujettissez-Ia» est activement présente en elle. Les anciens puisaient leur espérance, tant pour la vie que pour la mort, dans des mysteres de la Mere. le pense en particulier aux mys­ teres d'Eleusis mais aussi a beaucoup d'autres, ceux d'!sis parexemple. Mais I'essence de tous les mysteres de la Mere est exprimée dans

l'Epítreaux Romains de l'Apótre Paul :

du Créateur

« Aussi la création attend-elle avec un ardent désir la

révélation des ti/s de Dieu. Car la création a été soumise

non de son gré, mais ti cause de celui qui

ti

la vanité -

l'y a soumise - avec l'espérance qu'eHe aussi sera affranchie de la servitude de la corruption, pour avoir part a la liberté de la gloire des enfants de Dieu. Or nous savons que, jusqu'a ce jour, la création toute entiere soupire et souffre les douleurs de I'enfantement.» (Romains, VIII, 19-23).

564

VII!I;) !Ion seulement l'ame de tous les mysteres anciens de la MI~II' lI1ais encore de toutes les doctrines modernes de I'évolution 100"ltlglquc et spirituelle! Car l'évolutionisme moderne n'est, au fond, ' 1111' la renaissance, sur le mode scientifique, des anciens mysteres de la

MI ~' ~ . Ic~ mysteres de l 'Espérance et des douleurs de l'enfantement. 1,"; rnysteres du Pere contenaient le quoi, le salut par le Fils; les

comment, l'évolution biologique

.'{ ·¡plrl tuelle. Or la science naturelle est orientée vers le comment du

IIIV 'i lc res de la Mere contiennent le

"" Illdc, c'est pourquoi elle est en train de faire renaitre les mysteres .l/ leICns de la Mere, la connaissance de l'Evolution; tandis que la

/I'!r l-\ion

I'II I C , le salut par le Fils. Et c'est a Teilhard de CHARDIN, l'hermé­

chrétienne est en premier lieu orientée vers les mysteres du

Il ble

de

notre temps par la grace de Dieu, que nous devons la syn­

ou

une voie vers la synthese

-

du Quoi et du Comment

.111 monde, de la Religion et de la Science, ce qui est la tache et la 1I11s~ion de I'Hermétisme. Dorénavant, tout le monde peut contempler III Serpent de I'évolution crucifié sur la croix de la Providence Divine 1'1 le Fils de Dieu crucifié sur la croix de l'évolution du Serpent, 1', 1 y puiser l'Espérance pour la vie et pour la mort. L'évolution et ic Salut - les deux vérités de la Science et de la Religion - ne sont

ti 'Dres et

slIgc de l 'Espérance.

Mais n 'oublions pas que cette synthese d 'aujourd 'hui a eu son

« douleurs de l'enfante­

série d'efforts continus, de

hIstoire et qu'elle est ment ». Elle est née

plus contradictoires : elles portent ensemble le mes­

déja

due, elle aussi, aux

apres une longue

siecle en siecle : l 'effort d 'un HERACLITE, le philosophe du chan­ ¡.:cment perpétuel de la matiere, des gnostiques qui fuent résonner dans I'histoire humaine le drame de la chute et du retour de Sophia Achamoth, d un Saint Augustin, le pere de la philosophie de l'histoire, qui mit en lumiere le double courant dans l'histoire de l'humanité

celui de la «Cité terrestre» et de la «Cité de Dieu» -, des penseurs hermétiques alchimisants qui affirmaient et ré-affirmaient inlassa­

hlement le principe de la transformabilité de ce qui est vil en ce qui

son Traité de la

Réintégration des étres; dun Fabre d'OLlVET, I'auteur de l'Histoire

Philosophique du genre humain montrant I'opération dynamique du triangle Fatalité-Liberté-Providence dans l'histoire de l'huma­ nité, dune H.P. BLAVATZKY, qui ajouta et opposa a l'évolution matérialiste de Charles DARWIN une vision vertigineuse de I'évolu­ lion spirituelle de lunivers, dun Rudolf STEINER, qui mit en relief le centre de gravitation de l'évolution spirituelle cosmique - a savoir

cst noble, d un Martines de PASQUALL y qui écrivit

565

lésus-Christ - aussi n 'est-il pas éloigné du «Point Oméga» de Teilhard de CHARDlN; tous ces efforts ont contribué - d'une maniere visible ou invisible - a la synthese d'aujourd'hui. lis vivent, tous ensemble, dans la synthese contemporaine de I'holution et du Salut, qui est le fruit de I'effort collectif de siecle en siecle.

Envérité,

<{ de

la fusion

des

opinions la

vérité luit». Car la

synthese n'est pas due au choc des opinions, mais a leur fusion cornme

éléments constitutifs de « I'arc-en-ciel » de la paix. La synthese des vérités du Salut et de I'holution est en effet un arc-en-ciel, dans lequel resplendissent les essences irnmorteIles des efforts du passé, purifiés de ce qui les enveloppait de temporaire et d'accidentel. Car ce n'est pas a la réfutation de I'alchimie ancienne et médiévale, par exemple, qu'est dll le transformisme moderne - I'holution biologique et spirituelle - mais bien au fait que le dogme alchimique fondamental de la transmutabilité a été adopté par les penseurs contemporains. Purifiée des éléments temporaires et accidentels - cornme I'orientation vers le but de la production de I'or matériel, de la pierre philosophale matérieIle et de la panacée matérieIle -, I'alchimie célebre aujourd'hui son apothéose dans la splendeur de l'arc-en-cieI de la synthese du Salut et de I'holution . L'alchimie est sortie aujourd 'hui des sombres cuisines alchimiques ou ses adeptes dépensaient souvent des fortunes enHeres et la fleur de leur vie, pour s'installer dans un laboratoire plus digne d 'elle, la vaste étendue de I'univers. C'est maintenant le monde qui est devenu le laboratoire alchimique, tout cornme iI est devenu I'ora­ toire mystique. Est-ce une perte ou un gain pour I'alchimie qu'eIle

une occupation secrete, souvent de caractere ma­

de

aie cessé d 'etre niaque, relevant

l'humanité? Qu'eIle soit devenue, apres avoir été I'art secret de la transmutation des rretaux, de la fabrication de la pierre philo­ sophale et de la préparation de la panacée, la lumiere de I'Espérance universelle de la synthese du Salut des ames et de l'~volution cosmique. La réponse est évidente : nous sornmes aujourd'hui témoins du triomphe de I'alchimie, triomphe inoui et dépassant les espérances les plus téméraires du passé . Ce qui est vrai de l'alchimie I'est aussi de la philosophie de l'his­ toire augustinienne. La croix de la « cité terrestre» et de la « cité de Dieu» que Saint Augustin voyait surtout dans l'histoire d 'Israel et de I'empire romain, s'est transformée aujourd'hui, tout en gardant son essence inunortelle, en la croix du Salut et de I'holution, de la

d 'une secte et qu 'elle soit devenue I'idée-reine

566

111 " Khll ' 1'1 de la Science, la croix,

,.,II/1/tl. de la (;¡¡ice et de l'Effort. 1 .1 vlslun augustinienne vit donc, elle aussi, dans l 'arc-en-ciel de la

en derniere analyse, de l'Ora et

1I11 11'~tl lIloderne du Salut

et' de l 'holution.

I ro qui est vrai de l 'alchimie et de Saint Augustin l'est aussi de 11.lIit", I(~s autres contributions anciennes, médiévales et modernes, a ! I ~ )l lIlhcsc du Salut et de l'holution. L'reuvre de tous ceux qui voie, soit mystique et spirituelle de la purification,

'lI w l~llaient une

d,

110 1;, civilisation de la justice sociale et des mreurs, soit biologique,

d I I'é volution de la sphere des éléments chimiques a la sphere

1I 11",llIlismes vivants et de la sphere des organismes vivants a celle des ¡l tlllS douées de la réflexion et de la parole. L'reuvre de tous ceux qui voie de perfectioMement individuel ou collectif p'f¡ plcndit maintenant dans I'arc-en-ciel de la synthese du Salut et de

rll~t 'lg naient une

I'llIuntination et de I'union, $Oit historique et sociale du progre s

des

I"I'vollltion, I'arc-en-ciel de l'Espérance de l'humanité. (' ,U cet arc-en-ciel, c'est la Tradition arrivée au temps de la

ru ll/oll. Aussi n'oublions pas non

plus le poete, car

flo­

~ c 'est lui qui, malgré les

épines,

L 'envie et la dérision, Marche, courbé dans vos ruines, Ramassant la tradition. De la tradition féconde Sort tout ce qui couvre le monde, Tout ce que le ciel peut bénir.

Toute idée, humaine ou divine, Qui prend le passé pour racine A pour feuilIage I'avenir. » (Victor HUGO « Les rayons et les ombres» - Fonc­

tion du pode, 287-296).

On ne peut pas se passer de la poésie, si l'on atta che du prix a la

Tradition. La Bible toute entiere souffle la poésie - épique, Iyrique,

dramatique - et le Zohar est

Les reuvres principales de Saint lean de la Croix sont des corrunen­ taires a des poésies. Un élan poétique vibre dans l'reuvre entiere du Pere Teilhard de CHARDlN, et ses critiques y voient une faiblesse réprouvable au point de vue scientifique, philosophique et théolo­ gique. Mais ils ont tort, puisque la poésie est 1'élan, et l'élan dOMe des ailes al'imagination, et sans I'imagination ailée,dirigéeet contrólée par les lois strictes de la cohérence intrinséque et de la conformité

plein de poésie .

567

aux faits, aurun progres n'est possible . On ne peut pas se passer de la poésie , paree qu 'on a besoin de l 'élan de l'imagination . l1 faut seule­

ment veiller a ee qu 'on ne soit pas emporté par l'imagínation qui

cherche I'éclat et non la vérité. Quant a I'imagination éprise de la vérité, c'est-a-dire qui n'aime et ne cherche que ee qui est cohérent

et conforme aux faits, elle est ce que nous nommons « génie » ou fécondité, dans tous les domaines de I'effort humain .

passer de la poésie. La

qu 'une

poésie sublime. Certes , elle n 'est pas « que poésie » dans le sens de l'esthétique verbale et mu sica1e pure et simple, puisqu 'elle avanee le grand dogrne mystique, gnostique, magique et alchiITÚque, mais elle n'est pas davantage un traité disrursif en prose. Elle est un chant de la vérité des trois mondes. Et les Arcanes Majeurs du Tarot ? Ne font -i1s pas appel a"l 'imagi­ nation ailée dans le cadre et dans la direction propre a chacun d 'eux ? lis sont des symboles. Mais que faire avec des symboles sinon y appliquer I'imaginatíon ínspirée , attachée a trouver leurs sens par

une volonté obéissant aux lois de la cohérenee íntrínseque et de la conforITÚté aux faits de l'expéríenee extérieure et íntérieure, maté­ rielle et spirituelle ? Or la poésie n 'est pas simplement une question de goGt , mais

encore de fécondité ou de stérilité de I'esprit. Sans veine poétique , aucun acres n 'est ouvert a la vie de la tradition hermétique.

L 'Hermétisme, lui aussi, ne

peut

pas se

Table d 'Emeraude d 'Hermes Trisrregiste n'est rien d'autre

Aimons donc la poésie

et respectons les poetes . lIs sont la noblesse

véritable de l'humanité . On n 'est noble de la noblesse de creur, que si on

porte en son creur la poésie. Et puísque toute ame humaine est en prín­ cipe pretre, noble et travailleur a la foís, n'étouffons pas en nous la noblesse par une surestimation des buts pratiques, ou une préoccu­ pation de notre salut ; au contraire, annoblissons notre travail et notre religion en y faisant entrer le souffle de I'inspiration poétique . Ce.Ia n 'aduItérera point les fonctions de pretre et de travailleur. Les prophetes d 'Israel étaient de grands poétes et le chant de Saínt Paul sur la charité est une reuvre de poésie índépassable. Quant au travail, iI n'apporte la joie que s'il s'éleve au-dessus de I'esprit d'esclavage en participant a I'élan poétique du grandiose Effort Humain. Quoiqu'il en soit, nous sommes tenus de faire cas du probleme de la poésie sous le titre du xvn e Arcane du Tarot, I'Arcane de l'Eau d'au-dessus et d'au-dessous du firmament , l'Arcane de l'Espéranee et de la Continuité . Car la poésie est I'union des eaux supérieures et des eaux inférieures du deuxieme jour de la création . Le poete

568

I h JllIl !! I 1II~lJle oÚ les eaux séparées se rencontrent et ou confluentle

• 'lIt ~1llI l' Hl'lptSr:lllce et celui de la Continuité. C'est lorsque la circulation

qui porte la Continuité - et le rayonnement de l'Espé­

'IlI i es" le sang du monde spirituel et de toutes les hiérarchies 1". se rCllcontrent , s'unissent et cornmeneent a vibrer ensemble '1111 1'"~pÓricllcc poétique a lieu. L'inspiration poétique est l'union du 1I¡¡ d '(1 11 haut · de l'Espérance - et du sang d ' en bas -de laContinuité. "" n lllllll -ilctrc incarné,avoir la pulsation du sang chaud terrestre, pour 1''' \l V' tlr c,;récr des reuvres poétiques, et non seulement des reuvres poéti­

' 1lIftil h portée subjective (setrams), mais encore a portée objective I I/hl/lframs ). n fallait etre immergé dans le sang chaud humain, (etre

1111 ,lI lIé ). ct s'élever au-dessus de lui en s'unissant avec lesanglumineux 1111 I 'jol, avec 1'Espérance, pour que puissent naitre les psaumes de David, 1"'1 Il)(omple. Ce n'est pas au Cíel , mais sur terre, que les psaumes de I'!lvl" naquirent. Et une fois nés, ils sont devenus 1'arsenal des mantrams ," nl(h IlIes, non seulement sur terre, mais aussí au Cíel. Car les mantrams

magiques - des psaumes sont en usage cornme tels, non

magiques - des psaumes sont en usage cornme tels, non 111 .,11," hllmain II tI fo

111

.,11," hllmain

II tI fo nnules

• 11II1I II o n t chez les etres a sang chaud -les hommes - mais encore chez l. , ~Iros a sang lumineux -les entités des hiérarchies célestes-.

I .os mantrams -les formules a portée magique danslestroísmondes­ IlIlfN~lm t du mariage de la Chaleur et de la Lumiere, du sang terrestre,

)lllI lllUr de la Continuité; et du sang céleste, porteur de l'Espérance.

humaine peut devenir

Il li lHi que si elle est sincere au point d 'engager le sang et si elle est en 1l 1i" II C temps remplie de foi au point de mettre en mouvement les ' .IUX IUITÚneuses de I'Espéranee d'en haut. Le « grand cri » poussé par " 's us-Christ sur la croix 10rsqu ' i1 rendit l ' esprit fut suiv i du tremble ­ II ll' n t de terre - « le voile du temple se déchira, depuis le hautjusqu 'en has . la terre trembla, les rochers se fondirent , les sépulcres s'ouvri­ I('Jlt » - paree qu ' i1 portait la magie d'une rencontre supreme , ceHe do la derniere goutte de sang humain versé avec I'océan entier de l' Espéranee du monde .

II s'ensuit qu'on n'invente pas les formules magiques - tout comme on n'invente pas la vraie poésie - mais qu'elles naissent du sang et

de la lumiere . C 'est pourquoi , en général , dans la Magie

utilise les formules traditionnelles, non parce qu 'elles sont anciennes , mais parce qu 'elles ont pris naissanee de la maniere que nous avons

dites et qu 'elles se sont avérées magiques . C'est ee que savait bien, par exemple , Martinez de PASQUALL Y. Le rituel de ses invocations magiques n 'est constitué que de formules traditionnelles , puisées sur­ tout dans les psaumes. Et eela non paree qu'ilétaitcatholiquepratiquant,

Mai s

iI

faut

dire

aussi que

toute parole

sacrée , on

569

mais surtout en vue de l'efficacité de la magie qu'i! enseignait et qu 'i! pratiquait. La Magie sacrée difflhe de la « magie arbitraire ou personnelle » de plusieurs manieres. Outre les différences dont nous avons faít

état dans la 3 c Lettre, il faut ajouter que la Magie sacrée « se sert »

de « l'agent de la croissance » , tandis que la « magie arbitraire » tra­ vaille surtout avec «l'agent magique » de nature électrique, Or c'est a ces deux « agents» que se rapporte le passage du Ser­ mon sur la Montagne que voici :

~ Vous avez eneore appris qu 'i/ a été dit aux anciens :

Tu ne te parjureras point, mais tu t'aequitteras envers

le Seigneur de ce que tu as déelaré par sennent, Mais moi, je vous dis de ne jurer aueunement, ni par le ciel, paree que e 'est le tróne de Dieu, ni par la terre, paree que e'est son marehepied, ni par Jérusalem, paree que e'est la vil/e du grand roi. Ne jure pas non plus par la tete, ear tu ne peux rendre blane ou noir un seul eheveu, Que votre paro le soit oui, oui, non, non;

ce qu 'on y ajoute vient du

33-37).

mali". » (Matthieu

V,

Car «jurer» comprend toute la catégorie des actes magiques

désignés a renforcer magiquement la simple promesse et .la simple décision de la volonté humaine faite dans les limites de sa compétence,

c'est·a-dire dans les limites de « oui, oui, non,

d 'outrepasser ces limites en

au cercle de la volonté afin qu 'elles la rendent plus puissante en lui

pretant un mécanisme dynamique qui la servira, fait nécessairement

appel aux forces électriques du Serpent , du « malin « Jurer» est done I'acte-type qui représente le

domaine entier de

la « magie arbitraire ou personnelle » ; il s'agit de rendre la volonté personnelle plus puissante en la renfor9ant par des force s de nature électrique - fulgurantes, agissant par décharges - provenant de I'ex· térieur de la volonté et mises sous sa domination . Or, dit le passage cité, la Réalité est soustraite a la volonté arbitraire humaine ; le Ciel et la Terre sont a Dieu, Jérusalem fut le domaine du grand roi, et la tete, le propre corps, est réservé a «I'agent de croissance » soustrait a l'arbitraire humain (car tu ne peux rendre blanc ou noir un seul cheveu»). Le Ciel, la Terre, Jérusalem et la tete sont soustraits, non seulement a I'arbitraire humain, mais encore a celui du Ser· pent, a la force électrique due a la friction et au conflit. Ce n'est pas

non», Les désirs

invoquant I'aide des forces extérieures

»,

570

I 'W' l i t 1I ',I~',III' II~ » qlli (Iomine la Réalité - le Ciel, la Terre, Jérusalem I I ,11'11" " lI l nis bieJl un autre « agent» : « le grand roi }) , qui ne sert que 111, " l' ,o ', ',"1 vil'~lIrs,Or cet autre «agent», cet «agent» soustrait aI'ar­ 11I11,dll /1 1111 1, ,1111 el a l'arbitraireduSerpent,c'est ce que nousavonsdési­ 111 o lli 'lIl lt' « a g cllt de la croissance » et qui est « I'agent » de la Magie

11 , 1'

"

"11 dlv ille,

probleme de la différence entre les « phéno·

entre ce que réalise la « magie

Magie sacrée ou divine.

1111 " 'pI, ' ,;e probleme ait été traité sous le titre du lIle Arcane Majeur 11 , 111,11 « L'impératrice», il se présente a nouveau sous le titre du

1" I ,<J II II,' II,' l)ll arbitraire » et ce qu'accomplit la

I 1 11' III S VL)ici en plein

11'

1I 1I11\1 qllCS»

11."

et les « mirades »,

 

\

11 ' 1\ IC,lOe , sous un aspect particulier. Avec le lIle Arcane, il s'agissait

d.

1,11/ 1,'/11', de la source de I'initiative , de I'opération magique, persono

ti' 11 , 1111 divine ; iI s'agit maintenant de l 'agent, du moyen actif de cette

(1'111111011 , I1I I'agc nt de la Magie divine est essehtiellement soustrait ala volonté '" 1" 'IIIII; lIe humaine, tandis que celui de la magie personnelle ne I'est l' 1, ," est 1'« agent de la croissance» qui sert d'instrument dans la Ml'ltlr tlivine . C'est done lui qui est le moyen dynamique des miracles, IIllII'! entendons par « miracle » I'effet de I'action d'une force qui est

, o 1IIII'IIement et entierement soustraite a la volonté personnelle hu­

,,", III r,; , mais qui est en meme temps, non indifférente envers les qualités IIIIfI.des des aspirations de la volonté personnelle humaine et peut leur 1" ,- 11' 1 une puissance réalisatrice supérieure aux forces du déterminisme l,hV~lIlue, biologique, psychologique et intellectuel, c'est·a-dire aux

et intellectuelles. La Magie divine est

¡jOlIl C la conscience morale qui invoque I'aide de la conscience morale

" p¡' rl cure, laquelle répond a cette invocation en mettant en mouve­

111"111 « I'agent de la croissance », les eaux inférieures de la Vie et les , II II X su périeures de l'Espérance. Et partout ou l'Espérance et la Conti·

!',"I é agissent ensemble en réponse a I'évocation morale de la volonté IIIIIlIaine, un miracle a Iieu. Le miracle est la descente de l'Espérance

le domaine

d ll la Continuité - des eaux inférieures d'au-dessous de l'étendue ­ II I I'action de ces deux « eaux » réunies , Ni la science, ni la magie personnelle ou arbitraire , ne font de IIIlwcles . La science ne met en jeu qu'une série de déterminismes

meut l'air , I'élec·

Il lc ité produit la chaleur. Or la science se sert du mouvement mé­

chaleur et de l'électricité. Elle effectue

" lI lüque au moyen de la

la con ve rsio n de l'électricité en chaleur et de la chaleur en mouvement

(\lI ltre une autre . Le vent meut I'eau, la chaleur

" Iqh »

naturelles , psychiques

IHIUX supérieures d' « au-dessus de l 'étendue)} - dans

571

mécanique, Elle procede, dans l'acte de la connaissance, du mouvemcnt visible a ses causes invisibles et procede, dans l'acte de réalisatioll, des forces invisibles au mouvement visible. La recherche poursuivic I'a portée a la découverte de I'énergie nueléaire. Les électrons, les

protons, les neutrons, etc. des atomes sont invisibles, mais I'explosion nueléaire est bien visible . Voila done le cerele de la Science : montée du visible a l'invisible

la pratique .

dans la théorie, et descente de I'invisible au visible dans Cest l'ancien symbole du Serpent qui se mord la queue :

o

Ce cerele est elos. Son diametre peu t croitre indéfiniment, mais il est et

sera tou­

jours un cerele sans ouverture, a la différence de la spirale. On y découvre les forces de la chaleur , du magnétisme et de I'électri­

cité, les forces nueléaires; et on peut y découvrir une série d'autres forces, plus cachées et plus subtiles encore, mais on ne découvrira que des [orces, c'est-a-dire des causes du mouvement mécanique.

Voila en quoi ce cerele est elos et pourquoi

intervention extérieure, comme chez Teilhard de CHARDIN, prison et captivité de I'esprit. Ce qui est vrai de la Science naturelle, l'est aussi de la magie per­ sonneHe ou arbitraire. Celle-ci procede exactement conune celle­ la : montée dans la théorie et descente dans la pratique. Les auteurs modernes de la magie ont parfaitement raison lorsqu'ils soutiennent la these que la magie est une science et qu'elle n'a rien a voir avec les miraeles comme tels .

If' La Magie est I'étude et la pratique du maniement des [orces secretes de la Nature. Cest une science pure ou dangereuse comme toutes les sciences

dit PAPUS dans l'introduction a son Traité méthodique de /Jfagie pratique. Cest vrai, mais nous devons ajou ter que « les forces secretes

de la Nature» ne sont secretes que pendant quelque temps, jusqu'a ce qu 'elles soient découvertes par la scíence naturelle qui ne fait que découvrir et rendre maniables les « forces secreteS» de la Nature, l'une apres I'autre. Il faut s'attendre a ce que l'objet de la Magie et

naturelle co'incident et apparaissent identiques .

il est, a moins d'une

»

celui de

la Science

Mais, il reste vrai aussi que le cerele elos de la scíence, qui est la prison et la captivité de I'esprit, s'applique aussi a la Magie personnelle .

572

I

1

MIl"II' . ('11

tilllt

que scicnce

et

elle l'est

elos ,

-

a le meme destin

(11 r 111 .dl'll~·~\ ; la (;aptivité dans un cerele

,

'1 . 1

'

· 1 11 "

(; 11 d'fct,

'"

IlIat é rialisme

dit

plus loin

des futurs

1 "'1111 seu' aspect du

dan s l'introduction a son Traité

"",,111111/(11/1' de JI1agie pratique : « La Magie, pourrions-nous dire,

admet

11" 11' 1" lal! ue la captivité de la Magie comme telle dans le cerele

« matérialisme », et il

1'11111(' I'cspoir qu'a l'avenir une intervention extérieure a ce cerele 11,, ·, "'udla Ics magistes futurs « des chevaliers du Christ» . En d'autres

' 1 II"" ~, iI prédit que des Teilhard de CHARDIN futurs feront pour la ~11'110' (' C qu'ils ont fait pour la science : qu'ils ouvriront le cerele elos

í , 111 1Llllst'unneron t en spirale . '.1 l ,ouis·Gaude de SAINT -MARTIN a quitté le cerele des disciples d. MllItillcs de PASQUALLY, qui pratiquaient la magie cérémonielle, ' 1 Ilhalldonné la pratique de cette magie - sans nier son efficacíté 1"'1i1~,llnce - pour embrasser la mystique et la gnose de Jacob 111 JI 11M 1': , c'est qu'i! sentait que la magie cérémonielle est un cerele ¡"" t tandis que lui aspirait a la perfection illimitée qualitative, c'est-a­

, Car si meme on avait réalisé par la magie cérémonielle de PASQUALLY le but supreme de ses invocations, si

OI I" UII ' o n avait réalisé la « passe » magique ou Jésus-Christ ressuscité " lIu t apparu, cette « passe » magique n'aurait abouti qu'a une appa­ 01111111 phénoménale, et non point ala révélation de l'essence du Christ,

cerele de ce il ne s'agira

\l lI llIédiate et certaine, a l'in'térieur de I'ame humaine. Le l' ltl ti de magie, tout sublime que soit son but, est elos;

Itolliours en ses apparitions que de « passes». Mais SAINT -MARTIN, 1111. avait faim et soif de l'union intuitive, de l'ame avec I'ame, de

1't·.~prit avec I'esprit ; et rien de moins que cela ne pouvait le satisfaire. Il

'1L'Iil

chevaliers du Christ

. »;

il

monde, qu'il nomme

d 11 "

Ir

11 Dieu

Ma rtines

dans

Mon

portrait

historique

et philosophique (1789-1803)

ro23 :

If' 11 Y a des hommes qui sont condamnés au temps. 11 y en a qui sont condamnés (ou appelés) a I'éternité. le connais quelqu 'un de ce dernier genre; aussi quand ceux qui sont condamnés au temps voulaient juger son éternité et la gouverner par le sceptre du temps, on peut présumer comment ¡¡les traitait. »

Etant condamné (ou appelé) al'éternité,SAINT-MARTIN ne pouvait pas se con ten ter de quoi que ce soit qui passe - y compris toute « passe » I'éalisée aux moyens de la magie cérémonielle . Aussi s'est-il tourné vers la rnystique gnostique ou la gnose mystique d 'un J acob BOEHME.

573

~ Dans le mois de brumaire an 9 (novembre 1800JFai publié ma traduction de ['Aurore naissante de lacob BOEHME. l'ai sentí en la re/isant de suite, et tout ti mon aise, que cet ouvrage serait béni de Dieu et des ' hommes, excepté du tourbil/on des papillons de ce monde qui n y ve"ont rien ou qui n 'en feront que l'objet de leur critique et de leurs sarcasmes. » (Op. cit., 1013).

Voici ce qu 'j) en dit encore :

(l'aurais été trop longtemps souffrant et malheureux si Dieu m'avait fait connaftre plutót les choses qu'il me fait connaftre aujourd'hui, grdce aux fruits qui me naissent des fécondes bases de mon ami B. (BOEHMEJ. Voilti pourquoi ces magnifiques cadeaux ont été di!­ férés si /ongtemps. » (Op. cit. 9/2).

Les « magnifiques cadeaux» ne sont pas des phénomenes ma­ giques mais des révélations dans la vie intérieure de I'intuition et de l'inspiration. Les phénomenes magiques relevent du &avoir et du pouvoir scien­ tifique humains, et les mirades de la Sagesse et la Puissance divines; ce qui veut dire que la participation humaine consciente aux mirades de la Magie &acree cornmence avec la mystique, se poursuit dans la

gnose et aboutit aux mirades, c'est-l't-<lire a la Magie sacrée pratique :

« ex Deo, in Deo, per

ex

Deum» qui fut la vocation intérieure de SAINT-MARTIN; il ne put se contenter de la voix «ex hornine, in hornine, ad Deum», de la magie cérémonielle la plus noble de son temps, celle de l'école de

Martines de PASQUALLY. SAINT-MARTIN, en s'évadant du cerde elos de cette école, a, toutefois, gardé de la gratitud e pour

l'expérience qu 'il y avait faite llécrit:

(Si Martines de PASQUALLY qui était notre maUre a tous avait voulu me connaftre, il m 'aurait conduit autrement qu 'il n'a fait, et aurait fait de moi un autre sujet, quoique je lui aye cependant des obligations inexprimables, et que je rem.ercie Dieu tous les jours d'avoir permis que je participdsse, quoiqu'en petite mesure, aux lumieres de cet homme extraordinaire qui a été pour moi le seul homme vivant, de ma

Deo, in Deo, per Deum . Et

c'est la voix

et de la vénération pour son maltre.

574

(V l/l/als.'i(Jru.: e , dunt je n'aye pas fait le tour.»

eH

1(17).

(Op .

1 "('1; 1 que, si le cercle de Martines de PASQUALLY était une prison

I 1\ \ . 1111 quc ccrde dos, SAINT -MARTlN, en ayant cherché et trouvé

111 ' H .llI c , ne pouvait le voir autrement que cornme le premier cerde

d n In \ pl ralc « infinie )) dans laquelle il s'était engagé. Maís pcut-on parler de cerde dos a pro pos de la magie cérémo­

IW II l' de I'école de Martines

.1'111 "11 s()rtir ?

11' cercle de la magie cérémonielle - tout cornme celui de la III' II\'C - est elos en principe, mais toute ame humaine individuelle 1"' 11 1 l~1l sortir en embrassant un idéal plus élevé et en renon~nt a

"'"~ Ics avantages que le cerele lui offre. C'est un aspect important du de la formule christique : «Je suis la porte », qu'il y a sortie de

l:orde dos, de toute captivité de I'esprit. « Je suis la porte. Si

'1'1I'lqu'un entre

11' 111 vé ra des paturages ) (lean X, 9 J, ce qui veu t dire que si quelqu 'un 1,, 1 11111 par l'amour de Dieu et du prochain, il peut entrer dans tout , "1 de dos et iI peut en sortir. Au lieu de prisons, il «trouvera des p.Jlurages » , c'est-a-<lire qu'il se mouvera en spirale. C'est ainsi que, par "e mple, Teilhard de CHARDIN put entrer le cerde dos de la science . III S y étre captivé, et put sortir de ce cerde en le transformant en puale. C'est ainsi encore que SAINT-MARTlN put entrer le cerde ,Iu~; de la magie cérémonielle sans y étre captivé, et put en sortir, IlIujours en le ' transformant en spirale. La Spirale, c'est la Bonne N\)uvelle, l'f:vangile, annonre a tous ceux qui sont captifs dans des

rcr des dos. Jésus-Christ dit el

par moi, il sera sauvé; il entrera et iI sortira, et il

111111

de PASQUALLY ,alorsque SAINT -MARTlN

¡ ' II"

Nathanael :

f: Paree que je t 'ai dit

crois : tu verras de plus grandes choses que celles-ci. Et il lui dit : En vérité, en vérité, vous ve"ez désormais le ciel ouvert et les anges de Dieu monter et (iescendre sur le Fils de l'homme:» (lean, 1,50,51).

que je t 'ai vu sous le figuier, tu

Le «cíel ouvert», c'est la voie de la spirale dans I'infinité qui s'ouvre. La spirale est l'arcane de la croissance. aussi bien spirituelle que

biologique, Une plante croit d'apres le mouvement de la spirale; une idée, un probleme croit de meme d'apres le mouvement de la spirale.

Non seulement

la spirale, mais encore les cereles dits « aubiers», qui se forment

les branches d 'un arbre se trouvent arrangée selon

575

chaque année entre l'écorce et le camr du tronc d'un arbre , constituclIl des traces ou des effets de l'opération de croissance circulaire en dl~\lX dimimsions - la verticale et l'horizontale - a la fois, c'est-a-dirc' procédant en spirale . Quant aux idées et aux problemes, ils croisscnl en ampleur et en hauteur dans les consciences humaines par une séric de « retours » et « d'éloignements », c'est-a-dire par cercles concen· triques, semblables aux aubiers du tronc de l'arbre . C'est ainsi que en 1919/19 20 , je me suis occupé pour la premühe fois des Arcanes Majeurs du Tarot sous les quatre aspects que comporte le nom divin ;, 1;" (JOD-HE -VAV-HE), qui se présentaient alors a moi comme unité comprenant la Nature, I'Hornme et le Ciel, ou l'Alchimie, I'Hermétisme éthique et l'Astrologie unis dans la Théurgie. Mainte­ nant, apres une série de retours sur ce theme , les présentes Médi­ tations sur le Tarot traitent encore des quatre aspects que comporte

elles se' présentent corrune unité de la

le nomdivin :1 1 i1' , mais

Mystique , de la Gnose et de la Magie sacrée dans I'Hermétisme . C'est un exemple de la croissance des idées et des problemes en spirale de deux dimensions. Autre exemple : la préparation de la venue du Christ dans l'histoire . L'Evangile selon Mathieu en fait une sorte de généalogie de Jésus­ Christ qu 'il résume par une seule phrase :

en tout quatorze générations depuis

Abraham jusqu 'ci David, quatorze générations depuis David jusqu 'ci la d1portation ci Babylone et quatorze générations depuis la déportation ci Babylone jusqu au

<f II

Y

a done

Christ. » (I , 17).

Voila la spiralede I'histoire de la préparation de la venue du Christ,

spirale de trois cercles ou «pas» , chacune de quatorze générations . Le premier cercle ou « pas » de la spirale est celui ou la triple empreinte des patriarches Abraham, Isaac et J acob - I'empreinte d 'en haut qui correspond au sacrement du baptéme au nom du Pere, duoFils et du Saint-Esprit - rendit possible la révélation et l'acte de l'alliance du Mont Sina!, et aboutit a ce que la Loi devint ame dans une personnalité humaine , celle de David . Car c'est en David que les conunandementset ordonnances de la Loi révélée « avec des tonnerres, des éclairs et une

au peuple saisi d'épouvante », se sont

épaisse nuée sur la montagne

intériorisés au point de devenir amour et conscience, affaire du creur

épris de leur vérité et de leur beauté. La Loi devint ame en David, et e'est pourquoi ses transgressions, elles aussi, donnerent lieu a la naissance dans I'ame d 'une force nouvelle , la pénitence intérieure .

576

!

,

pOI u,lr l

(

pas »

de

la spirale,

les quatorze générations depuis

II! .1,,"11

P I~ I" "\ David , corrcspond

done au processus de I ' intériori ­

' 111" 11111 ,1 IíC' JI (h'pllis le sacrement du baptéme (les trois patriarches),

.1[11' 1111'111 de la confirmation (l'Alliance au désert de Sina'i),

i).

J,It'lI''" 41Jc.:1\! lIIc llt de la pénitence.

1 ,II' II X ll\ IIIC ccrde ou « paS» de la spirale , les quatorze géné­

,,1111111 cll')l\I ts David jusqu'a la déportation de Babylone, est I'école

\. I '''v lOl . 1'é colc de la pénitence intérieure qui aboutit a son but 1"111'111 I'toxpiation, la déportation a Babylone. I ICl I:li~me cercle ou « paS » de la spirale , les quatorze géné­

a Babylone jusqu'au Christ, correspond

1" 11111 a spirituellement Iieu entre le dernier acte du sacrement de

I ¡jitl '"

¡l c' puis la déportation

1,"" 11 1' I L' \:

I'absolution -, et le saerement de la Saínte Communion

'1\ I I/I'haristie , celui de la présence et de la réception du Christ. " '11 11 Uaptiste « préparait le chemin du Seigneur et aplanissait ses

'1IIIrl~ » en répétant, en raccourci , 11ústoire entiere de

la préparation

11, 111 VC,lIl lle du Christ , c'est-a-dire la voie de la pénitence qu'était son

David » était «fils de la pénitence»

IllIIplhue d'eau ». Car « le fils de

,1" Hi l<'i du pere : Joseph, et « fils de l'innocence » du roté de la 11"'1 1' : Marie . Jésus.christ n'aurait pas pu venir dans un autre milieu '1lh~ rdui de I'innocence virginale et de l'innocence' récupérée par la

1"' lIlI clrI ce . Jean-Baptiste est donc celui qui accomplit dans l'histoire ,1" lIIonde I'acte de la transition de la pénitence a la corrununion; c'est

1111 ,!\j i a conduit par la main le premier pénitent du monde anclen a

('¡1\ IId de la grace du monde nouveau . L 'Evangile selon Jean décrit • j I moment de portée immense d'une maniere on ne peut plus lapidaire :

~Le /endemain, lean était encore Itl avec deux de ses discip/es; et, ayant regardé lésus qui passait, il dit :

Voi/il /'agneau de Dieu. Les deux discip/es /'enten­ dirent prononeer ces paro/es et i/s suivirent lésus. lésus se retourna, et voyant qu 'íls le suivaient, i11eur dit : Que cherchez-vous ? fls luí répondirent : MaUre, 014 demeures-tu ? Venez, leurdit-i1 et voyez, lis alIerent et ils virent 014 il demeurait; et ils resterent aupres de lui ce jour-Itl, C'était enviran la dixieme heure.»

(Jean 1, 35-39).

C'est ainsi que Jean-Baptiste transmit le fruit d'un monde qui venait de flnir a un monde qui allait corrunencer. Les trois saints Rois-Mages avaient mis aux pieds de l'enfant Jésus la triple quintes­ !lence de ce que l'ancien monde avait accompli : « l'or, 1'encens et la

577

myrrhe », Saínt Jean-Baptiste fit au Mai!re le quatrieme don : le creur pur dont le Maitre dira qu'jJ yerra Dieu. Trois fois quatorze générations est done la spirale a trois pas du chemin depuis Abraham jusqu'au Christ, de meme que les ages d 'Or, de 1'Encens et de la Myrrhe furent les trois pas de la spirale du ehemin de la spiritualité de 1'humanité, depuis les patriarches de la

spiritualité - les Rishis de I'aneienne Inde - jusqu 'au Christ. Car 1'age d'Or de la spiritualité, celui de I'aneienne Inde, fut suivi de I'age de l'Encens de la spiritualité, ceJui de I'ancien Iran 0\1 la révélation

cosmique des Rishis devint ame et affaire du de l'Encens fut, a son tour, suivi de I'age de

deuil et de la pénitence - dont I'aneienne fgypte était le flambeau millénaire. L'ancienne fgypte , dont Hermes Trismégiste dit dans le traité nornmé Asc/épius :

creur humain ; et I'age la Myrrhe - I'age du

«: Ignores-tu donc, Asc/épius, que l'F;gypte est la copie du del ou, pour mieux dire, le Iieu ou se transferent et se projettent ici~as toutes les opérotions que gou­ vernent et mettent en auvre les forces célestes ? Bien plus, s 'jI faut dire tout le vrai, notre terre est le temple du monde entier. Et cependant, puisqu'il convient aux sages de con­ naUre a l'avance toutes les choses futures, iI en est une qu 'il faut que vous sachiez. Un temps viendra Ol¿ iI semblera que les Égyptiens ont en vain honoré leurs dieux, dans la piété de leur caur, par un culte assidu :

toute leur sainte adoration, échouera inefficace, sera privée de son froit. Les dieux, quittant la terre, rega­ gneront le Ciel; ils abandonneront l'F;gypte; cette contrée qui fut jadis le domicile des saintes Iiturgies, maintenant veuve de ses dieux, ne jouira plus de leur présence. Des étrangers rempliront ce pays, cefte

Alors cette terre tres sainte, patrie des sanc­

tuaires et des temples, sera toute couverte de sépulcres

te"e

et

de marts.

O

Egypte, Egypte, il ne restera de tes cu/tes que des

fab/es et tes enfants, plus tard, n y croiront meme pas;

rien ne survivro que des mats gravés sur les pierres

qui racontent tes pieux exploits

;} (Asclepius, 25)

Voila la voix de I'embaumeur. du sage de la sagesse de la myrrhe

578

'lll l lIti cmUlail UIlJlS la mort, dans les lois de la mort, la voix de Jérémie

I lit- l'I ;,gypte .

1' 1 voló la voix de celui qui porte I'encens, du sage de la sagesse ,tll l'I\II<.'cns,la voix du Psalmiste de I'anclen Iran :

, Nous ne devons pas te déplaire, ó Ahura MauJa ! "i iJ Asho (la Loi) ni a Vahis-ta Mananh (la Raison la meilleure), que Ion a eSSllyi! de comprendre dans le

don des Iouanges qui s 'adressent a toi I,orsque j'eus pour la premiere fois I'idée de toi dans man esprit, ó Mazda - dit Zarothoustra - je te regar­ dai sincerement comme le premierActeurdans I'univers, c()mme le Pere de la Raison, comme le véritable Auteur de la Lo; juste, comme Celui qui gouveme les actions

de

/'humanité. ;} (Gathas, eit. R. P . MASANI, Le Zoro·

astrianisme, p . 48).

Nous Iouons l'intel/igence d'Ahura MOlda, afin de [saisir la sainte parole. Nous louons la sagesse d'Ahura MOlda, afin d'étudier [la sainte parole. Nous louons la langue d'Ahura Mazda, afin de propager [la sainte parole. Nous adorons, choque jour et choque nuit, le mant [Uhidarena, le Dispensateur de I1ntel/igence . ;

(priere journaliere, MASANI, Zoroastrianisme, p. 140).

,

Et voi ci enfin la voix d 'un sage de la Sagesse d'Or, pre chant 1'Hu­ IlIunisme cosmique :

«: L 'homme (Purusa) n 'est autre que cet univers ce qui est passé, ce qui est iz venir. Et iI est le maUre du domaine immortel parce qu 'il cro ít au-de/iJ de la nourriture

Tous les etres sont un quartier de lui; /1mmortel au ciel, les trois autres quarts.

Avec trois quartiers l'Homme s'est élevé úi-haut, le quatrieme a repris naissance ici-bas. De la il s 'est répandu en tout sens, vers les choses qui mangent et qui ne mangent paso ;}

(Rigveda X, 90,24).

579

Voila le c1ef d'or de l'Evolution matérielle et spirituelle. Seulc I'universalité et la transcendance du príncl'pe humain - de l'Adam Kadmon de la Kabbale ou du Purusa du Véda - la rendent intelligible. La spirale a trois cercIes de quatorze générations d'Israel et la spirale a trois pas de la spiritualité de 1'0r, de I'Encens et de la Myrrhe dans l'histoire générale de l'humanité, eonstituent done la prépa· ration de la venue du Christ. Les trois prenúeres semaines de I'Avent ne seraient-elles pas le raeeourci de cette préparation millénaire, la quatrieme rappellant leur résumé, I'reuvre de Jean.Baptiste ? Quoi qu'il en soit, e'est la loi de /¡z spirale qui nous occupe iei. Car e'est la spirale qui caraetérise I'aetion de « I'agent de la erois­ sanee» qui est le theme du xvn e Areane Majeur du Tarot dont

la

Lame nous montre le rapport qu'il y a entre le stellaire, le fénúnin,

le

liquide et le croissant. Il y a des étoiles au ciel, il y a une fernme

nue qui verse I'eau de deux vases, et il ya deux arbustes qui poussent. C'est I'eau qui fait pousser les arbustes dans le désert; e'est la fernme

qui verse I'eau, et e'est des étoiles, enfrn, qu'émane la lunúnosité qui se transfonne en Iiquidité par I'intermédiaire de la fernme. Celle·

ci transfonne done l'Espérance en la Continuité de la Tradition et

des générations. C'est ainsi que les arbustes poussent. La eontexture de la Lame représente done une spirale qui des· eend des étoiles (prenúer pas) , a la femme (deuxieme pas), ensuite a I'eau (troisieme pas) et aboutit aux arbustes (le résultat, quatrieme pas).

La Lame répond a la question : Que faut-i1 pour qu'un arbre vive? 11 faut des étoiles, la fernme et de I'eau. En effet, que faut-il pour que I'évolution de l'humanité eontinue ? Il faut l'Espéranee, la Maternité et l'Hérédité . Que faut-il pour que la vérité spirituelle ne sombre pas dans I'oubli

et

vive? Il faut l'Espéranee, la Créativité loyale et la Tradition. Il faut

le

témoignage corroborant de trois témoins toujours présents : de

I'Esprit, du Sang et de l'Eau. La vérité témoignée par l'Esprit, par le Sang et par I'Eau ne tombera jamais dans I'oubli. On peut la tuer, mais elle ressuseitera.

Or I'unité de I'Espéranee, de la eréativité et de la Tradition, e'est

1'« agent de la eroissanee ». Il est I'aetion eoncertée de l'Esprit, du

Sang et de l 'Eau. Il est done

indestructible, son aetion est i"éver·

sible et son mouvement est irrésistible. Et e'est l'agent de la eroissanee qui est, en derniere analyse, le sujet de la Table d'Emeraude d'Hennes Trismégiste.

« Et eornme toutes ehoses ont été et sont venus d'Vn, ainsi toutes

580

1111" ~I)uf Ilécs dans eette chose unique par adaptation», dit la f.tI'/, ,, 'l?m crlJud~. Ce qui revient a dire : eornme l1]n est le eréateur

ehoses, ainsi y a-t-il un agent unique qui adapte

, I \ 1\ 11' /11 ' / ' de toutes ehoses a leur essenee, le príncipe de I'adaptation

111 , ,- 'fUI est né a son prototype eréé, ou « agent de la eroissanee »,

It

11, f'I",pé ranee

1'!l II '\ (la Lune), ce qui produit I'impulsion générale ou poussée

I'évolution. Il est engendré par la lunúere spontanée (le Soleil) reflétée dans le mouvement des eaux infé·

,lo

1, 1\(" 1/ (' ('

1'" IIl'l pe

de

de

toutes

1'" V" uf), qui porte I'Espérance primordiale vers sa réalisation dans lo d"lIIaine matériel (la Terre), qui lui préte les éléments eonstruetifs

I/¡

l Le soleil enest le pere, la lune en est la mere, le vent l'a porté dans son ventre, la te"e est sa nourrice :l .

,111 \'IlCore la Table d'Émeraude. La lunúere spontanée d 'en-haut, la lunúere reflétée en bas,

I'im­

p ul ~lon ou poussée de I'évolution qui en résulte et qui se sert, pour I I(~ a lisation, des éléments matériels, voila I'analyse complete du I" III,;CSSUS intérieur de I'évolution et de la eroissanee. Il s'agit d'un I~llut qui adapte con starnmen t I'existenee a I'essenee - « I'agent !Ii' croissanee» - que la Table d'Émeraude désigne par le tenne «le I héleme de tout le monde».

l Le pere de tout, le Théleme de tout le monde est ici; sa force est entiere si el/e est convertie en te"e. »

Or le mot « thelemos» (8€A€llór) signifie en gree, dans le lan·

'\ 11 ourrit »).

Ilage poétique, « volontaire, spontané» et les mots « le thelema» ('fO 8 €AT/¡.ta) et «he thelesis (Ti 8 €A€Utr) signifient dans le langage

du Nouveau Testament

ri'Émeraude veut done expliquer la nature et la poussée volitive quasi spontanée du monde en transformation et - eornme nous disons aujourd'hui - en évoiution. Il veut nous exposer I'origine et les faeteurs eonstitutifs de I'agent transformateur du transfor· misme, I'agent aetif sousjaeent a I'évolution. Cet agent est décrit dans le XVIe traité hennétique D'Asclépios au roi Ammon : défi­ nitions, eornme :

l /¡z lumiere qui est emprisonnée dans le monde et qui baigne de son éc/¡zt l'entiere concavité de l'eau, de la te"e et de l'oír avec lequel le Soleil vivifie et met en mouvement, par les naissances et les métamorphoses,

« le désir, la volonté ». L'auteur de la Table

581

les etres vivants qui subsitent dans ces parties-ci du

monde, les remodelant et transformant les uns dans les autres a la fa~on d'une spiraIe (helikos tropon)

le changement des uns dans les autres opérant un

échange continuel de genre a genre (gene genon) et

d'especes a especes (eide eidiJn):

» agit «ti la faqon

d'une spirale entre la terre et le del ». Car si on sépare le Théleme, le désír immanent au tréfonds de la matiere, de son enveloppe matérielle,

( il monte de la terre au del et derechef il descend en

terre et il re<;oít la force des choses supérieures et infé­

rieures» - a la faqon d'une spirale quí monte et quí descend.

Vous voyez done, cher Ami lnconnu, que le transformisme, la doctrine de I'évolution redécouverte par la science du XIX e siecle, était non seulement connu cornme fait dans l'Hermétisme de I'époque hellénistique, mais était encore le sujet d'une philosophie profonde

changement

qui s'occupait de I'agent du transformisme opérant « un

continuel de genres a genres et d 'especes a especes » et les transfor­

mant « ¡\ la fa~on d 'une

L'héliocentrisme, lui aussi, était connu dans l'Hermétisme de cette

époque - au moins quinze siecles avant sa redécouverte - cornme il ressort du meme traité hermétique.

( Car le Soleil est établi au milieu du monde, portant le monde comme une couronne (p.eoor' -ya.p ('ÓPVT(X(

spiraIe ».

OTe\(JQ/Jr¡.popW/J

TO/J

KOOP.Ó/J)

et,

tel un bon conduc­

teur, il a assuré l'équilibre du char du monde et se l'est attaché a lui-meme de peur qu 'il ne soit emporté en une course désordonnée.» (D'Asclépios au roi Ammon :

défmitions, 7).

Peut-on donner un énoncé plus précis sur le systeme solaire hélio­ centrique? Les anciens hermétistes connaissaient le fait de I'évolution, du transformisme, ils en cherchaient I'agent actif, le Théleme, cette poussée volutive et quasi spontanée opérant dans le tréfonds de la matiere. Et la Table d'Emeraude d'Hermes Trismégiste est le legs fait par eux a la postérité : elle contient le résumé de ce qu'ils ont trouvé. C'est le testarnent du monde ancien au monde moderne; le monde moderne re~oit ce que le monde ancien avait accompli ou, du moins, croyait avoir accompli.

582

subtil de l'épais, monte de la terre

'¡"WT /1I",,(, uvec: grunde industrie. Il

, 11 , ,/ 1'1 ,,( IkrecheJ: íl descend en terre et íl reqoit la t I m ' /' d,',~ choses supérieures et inférieures. Tu auras

1m , ',' ",oyen toute la gloire du monde et toute obscu­

I lit' ,~¡I{oignerade toi.

~ ("("SI lu force forte de toute force, car elle vaincra '1111ft' ehose subtile et pénetrera toute chose solide. Imi le monde a été créé. • /)t' ceci seront et sortiront d'innombrables adap­ IlIlioflS desquelles le moyen est id ,

• ( "est pourquoi ¡'ai été appe/é Hermes Trismégiste

,1I/I1"t les trois parties de la philosophie du monde , « ('c que ¡'ai dít de l'opération du Soleil est accompli ,'1 parachevé. »

",~ ,11 '/'tlr("TlI,~ la tem~ du feu, le

Arc;ompli et parachevé», conclut le Testament de I'antiquité. I If' une prétention folle, une arrogance nalve, une illusion pieuse

1111 11'11' c.:onstatation de fait? Question de conscience et d'expérience, , 1111l' un d'y répondre individuellement, Quant a moi, je me range .1,. I (li Ó de ceux qui y voient une constatation de fait. Constatation de

qui con cerne 1'« agent de la croissance)} qui

1.11

lI u larnment en

ce

,.1 ¡( la force forte

1" IIl'1r ont toute chose solide, I \l theme de 1'« agent de croissance » a déja été traité, notarnment t i 1m la Lettre sur le lIle et ceIle sur le Xle Arcane du Tarot. Ne 1'1"l'/ant pas nous soustraire ¡\ la loi de la spiraIe, qui régit non seule­ ,IIH' lIll'ensemble de la série des Arcanes Majeurs du Tarot mais encore I, '~ nfforts et le progres de la conscience de celui qui les médite, il ,,,,lí~ fallait revenir a ce theme pour la troisieme fois dans la Lettre I' lIíscnte , CeIle-ci représente le « troisieme pas)} de la spiraIe - a -

de toute force)} mouvant toute chose subtile et

1IIIItinuer a l'infmi , 'é v(llu tion,

La Table d'Emeraude est le résumé concis de ce que le monde ,mcien avait a dire au sujet de 1'« agent de la croissance et de l'évo­ 1111 ion»; les Arcanes Majeurs du Tarot sont le résumé, développé en cole ou en « systeme}) pratique d'exercices spirituels, de ce que le lIIonde médiévaI avait a dire au sujet de cet agent, cornme fruit de !lCS méditations sur la Table d'Emeraude et de ses propres efforts

incombe de nos jours

consiste a effectuer le « troisieme pas» de la spiraIe de l'évolution

du theme de l'agent de la croissance et de

¡

l

expériences spirituels; la táche qui nous

583

de la Tradition de 1'Hermétisme, de la troisieme « renaissance» du sujet de la Table d'Emeraude. Notre époque fait appel a l'efforl collectif des hermétisants d'aujourd'hui pour faire un traisiemc' résurné qui serait a notre temps ce que fut le Tarot au Moyen Agc:

et la Table d'Emeraude a l'antiquité, afin que, corrune la Table d'E­ meraude a sauvé l'essence de la sagesse antique et le Tarot l'essencc de la sagesse médiévale a travers les déluges qui les séparaient, 1'essencc de la sagesse mademe soit sauvée dans une « arche de Noé» spiri· tuelle du déluge qui va venir et qu'elle soit transmise a l'avenir tout corrune l'essence de la sagesse antique et l'essence de la sagesse médié­ vale nous ont été transntises au moyen de la Table d 'tmeraude et des Arcanes Majeurs du Tarot. La Tradition de l'Hermétisme doit vbte dans le temps futur comme elle avait vécu dans le passé; aussi exige­ t-elle un réSlUllé modeme aussi viable que le furent la Table d'eme· raude et les Arcanes Majeurs du Taro!. Volla . le message de la Ferrune agenouillée sous les étolles, sur le bord du fleuve qui coule du passé vers l'avenir, la Ferrune qui ne cesse jamais de verser de l'Eau d'en-haut dans le fleuve de l'eau d'en-bas. e'est elle qui est la Mere de l'Avenir et c'est pourquoi son message nous confronte avec le Devoir envers l'avenir, le Devoir du fleuve de

la

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ininterrompue .

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584

nous efforcer de nous y

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XVIII

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