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Mars 2011

Mars 2011 Evaluation de la sécurité alimentaire dans les zones de santé de Yakusu et Yaleko

Evaluation de la sécurité alimentaire dans les zones de santé de Yakusu et Yaleko

Province Orientale République Démocratique du Congo

Financée par

dans les zones de santé de Yakusu et Yaleko Province Orientale République Démocratique du Congo Financée

REMERCIEMENTS

Les résultats des évaluations présentés dans ce rapport sont le fruit d’une fructueuse collaboration. Aussi, l’équipe ACF exprime sa gratitude à toutes les personnes qui ont bien voulu échanger leurs connaissances et expériences en sécurité alimentaire dans la Province Orientale et plus précisément dans les zones de santé de Yakusu et Yaleko.

RESUME INTRODUCTIF

Les pillages et les conflits armés qu’a connu la Province Orientale, il y a de cela trois décennies ont conduit à la chute de plusieurs entreprises et entraîné le ralentissement du processus de développement économique et social dans la Province Orientale en générale et dans les zones de santé de Yaleko et Yakusu en particulier, lesquelles zones de santé sont situées respectivement dans les Districts Sanitaires de Tshopo-Lindi et Tshopo-Lomami.

Pour subvenir à leurs besoins essentiels, les populations de ces zones recourent à l’agriculture, la pêche, l’élevage de basse-cour, la chasse, l’artisanat, le petit commerce et le ramassage saisonnier des chenilles, des champignons et d’autres produits forestiers non ligneux comestibles.

Malgré la multiplicité des sources de nourriture, les deux zones traversent par moment de longues périodes d’insécurité alimentaire qui ont pour causes : la dégradation du tissu économique, la perte de l’outil de production et les catastrophes naturelles (inondations).

Les évaluations ACF de la sécurité alimentaire effectuées en mars 2011 dans la zone de santé de Yakusu, ont précédé la disette alimentaire intervenant généralement entre avril-juin et octobre-décembre. Cette crise est souvent due aux crues d’eaux du fleuve Congo et ses affluents, rendant la pêche difficile, envahissant les champs et conduisant à la rareté des gibiers dans la forêt. Dans la zone de santé de Yaleko, l’insécurité alimentaire est due au fait que les ménages ont une production agricole axée sur une seule saison culturale (saison B) sur les deux qu’offre la zone. Cette crise est aggravée par la carence en gibiers dans les massifs forestiers.

Cela étant, l’identification des problèmes par secteur d’activité dans les deux zones ont montré que :

- Agriculture : le manque des semences des cultures commerciales (riz, arachide, maïs etc.), la dégénérescence des plants et boutures des cultures de base (manioc et banane plantain), le manque des matériels de travail de qualité et diversifiés, l’abandon de la production agricole pendant la saison A (spécifiquement dans la zone de santé de Yaleko), les crues du fleuve Congo (particulièrement dans la zone de santé de Yakusu), l’exode rural des jeunes pour intégrer le secteur de transport «taximan Toleka » à Kisangani et le découragement de certains ménages à la production à cause des taxes élevées payées lors de la traversée des rivières et de la vente (sur les marchés);

- Chasse : la rareté des gibiers (antilope, porc épic, pangolin, lièvre, sanglier et singe) à cause du déboisement continuel de la forêt au profit des activités champêtres ;

- Elevage : les épidémies cycliques et la montée des eaux (inondations) sont les deux causes de la baisse du nombre d’animaux élevés dans la zone de santé de Yakusu ;

- Pêche : les naufrages d’intrants de pêche (pirogue, filet, hameçon, etc.) et les inondations des ilots (lieux de multiplication des poissons) lors qu’il y a crue du fleuve Congo et de ses affluents ;

- Cueillette en forêt des champignons et chenilles : la difficulté réside dans la saisonnalité d’apparition de ces produits.

Conséquences de la crise

Les conséquences de l’insécurité alimentaire dans les deux zones sont épouvantables, car l’analyse du nombre moyen des repas pris par ménage a montré que : dans la zone de santé de Yakusu, les enfants consomment deux repas par jour en période normale et les adultes en prennent un. A Yaleko, le nombre de repas pris par jour par ménage en période normale est de deux, peu importe l’âge, et il chute à un repas par jour quand il y a crise alimentaire.

Typologies des ménages vulnérables

Les ménages pauvres : - Superficie moyenne cultivée : inférieur ou égale à 0,5 ha

Les ménages pauvres :

- Superficie moyenne cultivée : inférieur ou égale à 0,5 ha ;

- Elevage : 1 à 2 animaux de basse-cour ;

- Habitat : maisons en bois avec toiture en pailles et sticks, portes en bambou, lits en grabat sans nasse et sans équipements ménagers ;

- Scolarité des enfants : enfants à l’âge de scolarité mais non-inscrits à lécole ;

- Accès aux soins de santé : ces ménages recourent d’abord au fétichisme et quand la situation devient dégradante et sans espoir, ils se dirigent vers les structures sanitaires ;

- Ménages victimes des crues du fleuve Congo.

Cette catégorie représente 67,5% des ménages (soit 10056 ménages) dans la zone de santé de Yaleko, au sein desquels 27,54% (2765 ménages) sont plus vulnérables et, pour la zone de santé de Yakusu, elle représente 80,5% des ménages (soit 13989 ménages) parmi lesquels 33,3% (4658 ménages) sont vulnérables.

Les ménages dits ni riches, ni pauvres (ménages à revenu moyen) :parmi lesquels 33,3% (4658 ménages) sont vulnérables. - Superficie cultivée : plus de 0,5 à 2

- Superficie cultivée : plus de 0,5 à 2 ha ;

- Elevage : en moyenne 5 à 10 animaux domestiques de différentes races ;

- Habitat : maisons du type semi-durables c’est-à-dire, construites en adobes avec ou sans tôles galvanisées, meublées des chaises et tables en plastiques ou en bois ;

- Scolarité : l’étude primaire est garantie pour tous les enfants à l’âge de scolarité ;

- Accès aux soins de santé : pas de différence avec les ménages pauvres. C’est-à-dire, le fétichisme prime sur la médecine moderne.

Cette catégorie représente 25,8% des ménages (soit 3844 ménages) à Yaleko et 18% des ménages (soit 3128 ménages) à Yakusu.

Yaleko et 18% des ménages (soit 3128 ménages) à Yakusu. Les ménages riches : - Superficie

Les ménages riches :

- Superficie cultivée : au moins 2 ha et recourent à la main d’œuvre pour leurs activités champêtres ;

- Elevage : l’élevage domestique fait par les ménages de cette catégorie n’est différents de ce qui est dans la catégorie précédente ;

- Petit commerce ;

- Autres équipements : pirogues, vélos, motos et outils agricoles de qualité relativement bonne ;

- Habitat : construit en matériaux durables, meublé des lits, mousses, chaises, tables et autres équipements ménagers ;

- Scolarité des enfants : tous les enfants à l’âge de scolarité sont inscrits à l’école ;

- Accès aux soins de santé : en cas de maladie, les membres de ces ménages ont accès aux soins de santé primaire des structures sanitaires de la place ou bien, ils vont se faire soigner au chef- lieu de la province (Kisangani). Ils associent l’agriculture au petit commerce.

Cette catégorie représente 6,7% des ménages (soit 998 ménages) à Yaleko et 1,5% des ménages (soit 260 ménages) à Yakusu.

Recommandations

ménages (soit 260 ménages) à Yakusu.  Recommandations A court terme - Distribution des kits maraîchers

A court terme

- Distribution des kits maraîchers et vivriers (outils et semences vivrières : arachide, haricot, maïs et riz);

- Distribution d’intrants de pêche aux pêcheurs ;

- Formation des bénéficiaires et partenaires en techniques agricoles et en techniques de pêche;

- Sensibilisation et formation des ménages sur l’utilisation adéquate de la nourriture pour les nourrissons, les enfants âgés de 6 à 59 mois, les femmes enceintes et allaitantes;

- Relance de la dynamique organisationnelle (groupement de producteurs et pêcheurs) ;

- Réhabilitation des points d’eau ;

- Construction de latrines publiques.

des points d’eau ; - Construction de latrines publiques. A moyen terme - Désenclavement de la

A moyen terme

- Désenclavement de la zone (réhabilitation de pistes de desserte agricole);

- Renforcement des capacités techniques des producteurs locaux (agriculture, pêche);

- Organisation et renforcement des circuits de commercialisation des produits agricoles dans la zone de santé de Yaleko et des produits de pêche dans la zone de santé de Yakusu;

- Relance du petit élevage familial.

de santé de Yakusu; - Relance du petit élevage familial. A long terme - Renforcement de

A long terme

- Renforcement de la dynamique communautaire;

- Développement de l’initiative d’entreprise agricole familiale (fermes agricoles familiales coopératives de commercialisation);

- Désenclavement de la zone (réhabilitation de pistes de desserte agricole et de pistes secondaires reliant les zones de production aux centres d’écoulement des récoltes).

SOMMAIRE

REMERCIEMENTS

 

2

RESUME INTRODUCTIF

3

1. INTRODUCTION

7

2. METHODOLOGIE

8

3. RESULTATS PAR COMPOSANTE

10

3.1. Contexte et typologie des ménages

10

 

3.1.1. Contexte général

10

3.1.2. Typologie des ménages

12

3.2. Problématique

 

13

3.3. Production et disponibilité alimentaire

13

3.3.1. Agriculture

 

13

3.3.2. Élevage

17

3.3.3. Chasse

18

3.3.4. Pêche

18

3.3.5. Dynamique du marché

19

3.4.

Revenus et dépenses

20

3.4.1

Revenus

20

3.4.2

Dépenses

21

3.5. Disponibilité et accessibilité de la nourriture

22

3.6. Situation sanitaire, en eau et assainissement

22

4.

CONCLUSION ET RECOMMANDATIONS

27

4.1. Conclusion

 

27

4.2. Recommandations

28

4.2.1.

Ciblage prioritaire

28

4.2.2

Recommandations d’intervention

28

ANNEXES

31

Liste des tableaux

 

Tableau

1

: Calendrier

agricole

16

Tableau 2 : Calendrier cultural des principales spéculations

16

Tableau 3 : Etude du marché

20

Tableau 4 : Données de morbidité et mortalité

23

Tableau 5 : Résultat du dépistage nutritionnel dans la zone de santé de Yaleko

23

Tableau 6 : Résultat du dépistage nutritionnel dans la zone de santé de Yakusu

24

Tableau 7 : Données des maladies hydriques dans la zone de santé de Yakusu

24

Tableau 8 : Stratégies d’adaptation à la crise alimentaire adoptées par les ménages de Yaleko

25

Tableau 9 : Stratégies d’adaptation à la crise alimentaire adoptées par les ménages de Yakusu

25

Liste des annexes

 

Annexe 1 : Guide d’entretien auprès des acteurs clés

31

Annexe 2 : Questionnaire de collecte des données sur les inondations Focus group-

32

Annexe 3 : Enquête Sécurité Alimentaire -Questionnaire de group (8 à 12 personnes)-

34

Annexe 4 : Termes de Référence de la Mission Exploratoire dans la zone de santé de Yakusu

41

Annexe 5 : Termes de Référence de la Mission Exploratoire dans la zone de santé de Yaleko

42

Enquête et rapport réalisé par :

MASIALA BODE, Superviseur Evaluateur Sécurité Alimentaire, ACF-USA.

1. INTRODUCTION

Action Contre la Faim a mené des évaluations en sécurité alimentaire afin d’optimiser la connaissance de la vulnérabilité des populations des zones de santé de Yaleko et Yakusu, situées respectivement dans les Districts Sanitaires de Tshopo-Lindi et Tshopo-Lomami, dans la province Orientale.

Etant donné que la situation sanitaire, nutritionnelle, sécurité alimentaire, en eau et assainissement sont préoccupantes, dans les deux zones de santé précitées, elles ont été retenues prioritaires dans le district de Tshopo pour la première allocation Pooled Fund 2011 par les clusters Nutrition, Sécurité alimentaire et Wash.

Sur le plan sanitaire, il y a une faible implication des communautés aux activités sanitaires. Suivant la morbidité, le paludisme, l’IRA (infections respiratoires aigües), la diarrhée, le MCP et l’onchocercose sont les principales pathologies dans la zone de santé de Yaleko et, dans la zone de santé de Yakusu, le paludisme, les infections respiratoires aigües, les diarrhées simples, l’anémie et en fortes proportions la malnutrition, sont les pathologies les plus fréquemment rencontrées. De plus, les crues du fleuve Congo à Yakusu conduit périodiquement à des inondations qui favorisent la prolifération des maladies hydriques telles que la diarrhée et le choléra.

Sur le plan nutritionnel, la situation est inquiétante. En effet, l’ONG COOPI a organisé en août 2010 des enquêtes nutritionnelles anthropométriques dans les deux zones de santé et, les résultats ont prouvé la présence d’une crise nutritionnelle car l’analyse sur la malnutrition aigüe globale (MAG) des enfants de 6 à 59 mois a donné 12,7% pour Yaleko et 10,2% pour Yakusu. Depuis la publication de ces résultats, aucune activité n’a été envisagée dans la zone de santé de Yaleko alors qu’à Yakusu ladite ONG a procédé à la prise en charge des malnutris pendant deux mois.

Sur le plan accès à l’eau de boisson et assainissement, les deux zones sont caractérisées par un faible accès à l’eau potable et aux latrines hygiéniques.

Partant de ces informations, Action Contre la Faim a pris l’option d’effectuer des évaluations rapides combinant le volet Sécurité Alimentaire, Nutrition, Eau et Assainissement afin d’améliorer la connaissance de la vulnérabilité et des causes de la malnutrition dans les deux zones.

Ces évaluations ont eu quatre objectifs :

Décrire et analyser les caractéristiques des moyens d’existence des ménages locaux en période normale et de crise alimentaire ;

Identifier les principales contraintes affectant les aspects relatifs à la sécurité alimentaire des ménages, ainsi que les conséquences qui en découlent ;

Effectuer une typologie des ménages selon une échelle de vulnérabilité construite localement ;

Dégager les déterminants de l’insécurité alimentaire des ménages plus vulnérables et proposer les types d’intervention appropriés.

Le présent rapport s’articule autour des points ci-dessous :

la méthodologie utilisée dans chaque zone de santé ;

les résultats par composante, y compris le contexte géographique, social et économique des zones en étude;

la conclusion et les recommandations d’interventions.

2. METHODOLOGIE

La méthodologie de la présente étude s’est articulée autour des points ci-dessous :

- L’exploitation des données secondaires et les rencontres avec des personnes ressources et des partenaires locaux ;

- L’organisation des focus group avec des groupes ciblés, autour des thématiques suivantes :

informations générales sur la zone (ethnies, activités, habitudes alimentaires etc.), moyens de subsistance et économie avant et pendant la crise (sources de nourriture, part de la population dans chaque activité de la zone, principales utilisations de l’argent par les ménages etc.), production agricole (spéculations vivrières et maraîchères cultivées, principales contraintes agricoles, origine des semences, utilisations principales de la production agricole et maraîchère etc.), consommation alimentaire, mécanisme d’adaptation des ménages en période de crise alimentaire, marché (différents marchés de vente des denrées alimentaires fréquentés par les ménages, fréquence d’ouverture des marchés, produits alimentaires commercialisés, articles manquant le plus souvent etc.), typologie de la population etc.

Les outils de collecte de données utilisés sur le terrain sont les questionnaires semi-structurés (Annexe 2 et3) pour les focus groups et le guide d’entretien pour les personnes ressources (annexes 1).

La zone de santé de Yakusu renferme 21 aires de santé dont 14 sont situées dans la rive droite en aval du fleuve Congo et 7 dans la rive gauche. Lors des crues du fleuve Congo d’Avril 2010, la zone a enregistré des naufrages partiels pour l’uns et totaux pour les autres, des villages situés le long du fleuve. Sur l’ensemble, six ont fait totalement naufrage. Sur ce, l’évaluation de la sécurité alimentaire faite dans cette zone s’est focalisée sur les villages riveraines, victimes des crues du fleuve Congo et, sur un échantillon des villages continentaux non affectés par les inondations. Ainsi, sur le plan écologique, ethnique, activités de subsistance et habitudes alimentaire, la zone de santé de Yakusu a été subdivisée en deux strates différentes à savoir : la strate riveraine et la strate continentale :

La strate riveraine : Elle renferme les villages de la zone de santé de Yakusu situés le long : Elle renferme les villages de la zone de santé de Yakusu situés le long du fleuve Congo et touchés saisonnièrement par les inondations. Cette strate est habitée par l’ethnie « Lokele », ayant comme activités de subsistance la pêche, l’artisanat (fabrication des mortiers, pilons etc.) et le maraîchage dans les ilots. La population de cette strate a une préférence alimentaire penchée vers le lituma fait à la banane plantain bouillie et pilée, accompagnée des poissons et/ou des légumes.

La strate continentale : Elle est habitée à majorité majoritairement par les « Turumbu », une ethnie vi : Elle est habitée à majorité majoritairement par les « Turumbu », une ethnie vivant de l’agriculture (manioc, banane, maïs, arachide, niébé, riz, tomate, ciboule, amarante, céleris, aubergine et piment), de la chasse (chimpanzé, porc épic, sanglier, rat etc.), élevage (poule, mouton, chèvre etc.) et du ramassage des chenilles et champignons. Les aliments de base de la population est le lituma 1 fait au manioc plus banane plantain accompagné de la viande du gibier et des légumes (feuilles de manioc, amarante etc.).

Quant à la méthodologie appliquée dans la zone de santé de Yaleko, elle a été aussi axée sur les rencontres avec les personnes ressources, les partenaires locaux œuvrant dans la zone et l’organisation des groupes de discussions avec les producteurs agricoles, les chasseurs et les pêcheurs dans les différentes grappes retenues aléatoirement dans l’échantillon (Yaune, Yaliyembe, Yafata, Itokola, Yalisambola, Yalosuka, Yalifonde, Yefutu, Olife, Yaohu, Aketo atala, Yawisa II, Yaelengo II, Yaongama village et Yaeti.).

Compte tenu des contraintes temporelles, logistiques et financières, seulement 14 aires de santé sur le 20 que compte la zone de santé de Yaleko ont été investiguées. S’agissant des choix des grappes (quartiers ou villages) dans les aires de santé, il a été fait au hasard grâce à la constitution d’une base de sondage pour chaque aire de santé (liste exhaustive des villages ou quartiers), travail fait avec le concours de l’équipe du bureau central de la zone.

1 Lituma : patte obtenue après avoir fait bouillir et piler les tubercules de manioc ou la banane plantain.

Il est important de signaler que le temps imparti à ces évaluations est resté le grand goulot d’étranglement. Ainsi, l’étude de marché s’est limitée à la localisation des différents marchés dans les deux zones, la distance de ces marchés par rapport aux grappes, les fréquences de vente, l’identification des produits qui sont rares ou absents dans ces marchés et la collecte des données sur le prix de vente des produits alimentaires disponibles.

Carte de la zone de santé rurale de Yaleko

disponibles. Carte de la zone de santé rurale de Yaleko Carte de la zone de santé

Carte de la zone de santé rurale de Yakusu

rurale de Yaleko Carte de la zone de santé rurale de Yakusu Evaluation Sécurité Alimentaire /

3. RESULTATS PAR COMPOSANTE

3.1. Contexte et typologie des ménages

3.1.1. Contexte général Les zones de santé de Yaleko et Yakusu sont situées respectivement dans les territoires d’Opala et d’Isangi, district sanitaires de Tshopo-Lindi et Tshopo-Lomami, dans la Province Orientale. Elles sont respectivement limitées :

Au Nord par la zone de santé de YAKUSU et BANANLIA ;

Au Sud par la zone de santé d’OPALA et YALEKO ;

A l’Est par la zone de santé d’UBUNDU et de YAKUSU;

A l’Ouest par la zone de santé de zone de santé de YAHISULI et de YABAONDO.

La zone de santé de Yaleko a une superficie est de 8746 km² avec une population de 119185 habitants, soit une densité moyenne de 14 habitants au km² alors que celle de Yakusu a une superficie de 4380 km² avec une population totale de 139017, soit une densité de 32 habitants au km².

Plusieurs rivières et ruiseaux traversent les deux zones. Les plus importants sont Luelu, Etoli, Lokumete, Kwakanga, Olonge, Loyile, Enona, Lowue, Lobaie et Romain pour la zone de santé de Yaleko et le fleuve Congo ainsi que ses affluents pour la zone de santé de Yakusu.

Dans les deux zones, le climat est du type équatorial alternant la saison pluvieuse à la saison sèche. La saison pluvieuse va du 15 mars au 15 décembre intercalée d’une petite saison sèche entre la deuxième quinzaine du mois de juillet et la première quinzaine du mois de septembre. La grande saison sèche couvre la période allant du 15 décembre au 15 mars.

Dans l’ensemble, le relief est constitué par des plaines aux sols argilo-sablonneux (60%) et sablo-argileux (40%). Concernant la végétation, elle est dominée par la forêt équatoriale, très dense mais claire semée à certains endroits à cause du déboisement au profit des activités agricoles. A Yakusu, à cause des crues du fleuve Congo, la végétation est par moment tapissée par des marécages.

Pour ce qui est de la composition des populations, à Yaleko l’ethnie majoritaire est les Mbole, elle représente à elle seule 82,2% de la population totale. Les « Topoke » à 8,9%, les « Mongo » à 5,9%, les « Lokele » à 2,3% et les « Turumbu » à 0,7%, sont les autres groupes ethniques qui composent la zone de santé de Yaleko. Toutes ces ethnies parlent chacune une langue portant le même nom que l’ethnie.

La zone de santé de Yakusu est composée des « Lokele » à 85,7% et des « Turumbu » à 14,3%. La population « Lokele » est localisée à la fois le long du fleuve Congo et dans la partie continentale de la zone. Les « Lokele » qui habitent la partie continentale ont un mode de vie semblable aux « Turumbu », peuple continental.

Quelle que soit cette diversité ethnique rencontrée dans les deux zones, les langues de communication de masse, parlées et entendues par tous sont : le lingala et le swahili.

En ce qui concerne la production agricole, les cultures vivrières pratiquées dans les deux zones sont : le riz, le manioc, la banane, le maïs, l’arachide, le vigna et le soja. A ces cultures, s’ajoutent l’arachide et le niébé pour la zone de santé de Yakusu. En ce qui concerne le maraîchage, les semences utilisées sont :

l’amarante, la tomate, l’aubergine, la ciboule, l’épinard et le piment. Le palmier à huile, le caféier et l’hévéa sont les principales cultures pérennes qui occupaient jadis une place notable dans les deux zones mais dont les plantations sont restées abandonnées. Dans la zone de santé de Yaleko, la population est très active dans la culture de riz car elle est essentiellement à visée commerciale.

L’élevage pratiqué dans les deux zones est confronté à des épidémies qui anéantissent les efforts consacrés par les ménages. La pêche et le chasse se font durant toute l’année car les deux activités constituent les sources secondaires de la nourriture respectivement pour la zone de santé de Yakusu et Yaleko.

S’agissant des habitudes alimentaires, le manioc, la banane plantain, la chikwangue et le riz sont les aliments de base des populations. Les feuilles de manioc, la viande, le poisson et les légumes sont les principaux accompagnements. La composition des repas varie fortement en fonction des préférences alimentaires de chaque ethnie. Les « Mbole » consomment le plus le lituma fait au manioc et à la banane plantain accompagné de la viande de gibier et rarement des légumes, ils produisent du riz mais n’en consomment pas assez. Les « Topoke » et les « Turumbu » ont une composition alimentaire semblable. Chez ces peuples, c’est le lituma fait au manioc et/ou à la banane plantain, consommés avec les feuilles de manioc ou la viande qui constituent la base alimentaire. Les « Lokele » préfèrent le lituma à la manière des « Mbole », accompagné des poissons. L’huile de palme intervient de façon permanente dans l’alimentation journalière des ménages. En raison du faible développement de l’élevage et de la forte pression qu’exercent les épidémies dans les deux zones, la disponibilité des viandes d’animaux domestiques est fortement réduite. Les ménages sont obligés de consommer des morceaux minables de gibier qu’ils ont surnommés « Kamundele 2 »

Par rapport à l’organisation sociale des ménages, il se développe des réseaux de solidarité à travers les associations locales pour les travaux champêtres (pré-culturaux et de récolte) et les mutualités pour assister les familles éprouvées ou célébrant un mariage. Ces mutualités ont aussi comme finalité, l’achat rotatif des équipements ménagers et des matériaux durables de construction pour les membres. Le mode principal d’acquisition des terres est l’héritage coutumier pour les autochtones. Chaque autochtone cultive en général sur la terre de ses ancêtres en choisissant librement l’emplacement de son champ. Les étrangers établis dans la communauté et ayant reçu une portion de terre de la part des autochtones, ne possèdent sur cette dernière qu’un simple droit d’usage accordé par le propriétaire terrien moyennant une valeur monétaire symbolique et versement à la fin de la campagne de dix pourcent de la production réalisée. La jouissance est d’une saison culturale renouvellable.

Par ailleurs, le patriarcat constitue le mode d’héritage en vigueur au sein des communautés ethniques et la succession du pouvoir suit également le même principe. Par rapport à la pratique de mariage reconnue, la monogamie et la polygamie sont les deux formes de mariage acceptées par les communautés. La division du travail au sein des ménages est observée pour les activités champêtres. Dans ce secteur, l’ouverture, l’abattage et l’incinération des champs sont de l’apanage de l’homme, tandis que la femme intervient plus pour les semis et l’entretien des cultures. La récolte et le transport des produits sont faits par les deux genres.

Dans les ménages riverains, il est possible de trouver l’homme et la femme dans la pirogue pour la pêche mais la proportion d’hommes pêcheurs est plus élevée que celle des femmes.

L’accès à Yaleko à partir du chef-lieu de la province (Kisangani) est possible par la voie routière (140 km), actuellement dans un état de délabrement indescriptible. La zone de santé de Yakusu est à une vingtaine des kilomètres de Kisangani par route en argile battue et est accessible aussi par fleuve.

La zone de santé de Yaleko n’est pas couverte par un réseau de communication cellulaire. Seule sa radiophonie se trouvant au Bureau Central permet à l’équipe cadre de rester en contact avec les zones de santé voisines et le chef-lieu de la province. Par contre, à Yakusu à part la fréquence radiophonique du bureau central, la zone est desservie par trois réseaux de communication cellulaire (Congo Chine Télécom, Air Tel et Vodacom).

Les religions pratiquées dans les deux zones sont : les catholiques, les églises de réveil (Epouse parole, Assemblée de Dieu, FEPACO etc.), les témoins de Jéhovah, le BMS (Batiste Missionary Society), les Kimbanguistes et le Nzambe Lumumba.

2 Kamundele : Morceau de viande de gibier dont le poids n’excède pas 300gr, consommé dans le ménage.

Les acteurs qui ont déjà intervenus ou qui interviennent encore dans les deux sont :

1. BAD (Banque Africaine de Développement) : 2009 à ce jour : Appui logistique, formation et prime du personnel ;

2. OMS et UNICEF : Appui dans la surveillance épidémiologique et la vaccination ;

3. Action Damien : Intervient en permanence dans la lutte contre la lèpre et la tuberculose ;

4. UNFPA : Appui en médicaments et matériels des soins de santé primaire.

5. COOPI (Coopération Italienne) : Août 2010 : Enquêtes nutritionnelles à Yakusu et Yaleko et intervention pendant deux mois à Yakusu ;

6. FAO (Food and Agriculture Organization) : 2010 : Distribution des semences d’aubergine, d’amarante et d’épinard auprès des associations locales à Yaleko.

7. PAIDECO (Programme d’Appui aux Initiatives de Développement Communautaire) : Novembre 2010 : Distribution des vélos auprès des agronomes de la fonction publique installés dans la zone de santé de Yaleko ;

8. UNFPA : Appui en médicaments et matériels des soins de santé primaire.

3.1.2. Typologie des ménages En se basant sur la superficie cultivée, le nombre d’animaux domestiques, le type d’habitat, le nombre des repas pris par jour, la scolarité des enfants, l’accès aux soins de santé primaire, les dégâts causés par les crues du fleuve Congo etc., il a été possible de dégager trois catégories de ménages en commun accord avec les participants des groupes de discussions, notamment les pauvres, les moyens et les riches.

Ainsi, la typologie des ménages découlant des focus groupes se présente de la manière suivante :

Les ménages pauvres. Retenus dans cette catégorie, les ménages qui ont des champs avec superficie moyenne n’excédant pas Retenus dans cette catégorie, les ménages qui ont des champs avec superficie moyenne n’excédant pas 0,5 ha. L’élevage pratiqué est de bassecour avec 1 à 2 animaux. L’habitat est caractérisé par des maisons en bois avec toiture en pailles et sticks, porte en bambou, lit en grabat sans nasse et sans équipements ménagers. Ces ménages ont des enfants à l’âge de scolarité mais non-inscrits dans les écoles. En cas des maladies, ils recourent d’abord au fétichisme et quand la situation devient dégradante et sans espoir, ils se dirigent vers les structures sanitaires. A Yakusu, sont classés aussi dans cette catégorie, les ménages victimes des crues du fleuve Congo, dépourvus de tout bien matériel de première nécessité. Cette catégorie représente 67,5% des ménages (soit 10056 ménages) dans la zone de santé de Yaleko, au sein desquels 27,54% (2765 ménages) sont plus vulnérables et, pour la zone de santé de Yakusu, 80,5% des ménages (soit 13989 ménages) parmi lesquels 33,3% (4658 ménages) sont vulnérables.

Les ménages dits ni riches, ni pauvres (ménages à revenu moyen) emblavent des champs dont la superficie varie entre 1 et 2 ha. Ils font de emblavent des champs dont la superficie varie entre 1 et 2 ha. Ils font de l’élevage du type familial avec un peu plus d’animaux que les ménages pauvres (en moyenne 5 à 10 bêtes de toutes races confondues). Ils ont des maisons du type semi-durables c’est-à-dire : construites en adobes avec ou sans tôles galvanisées, meublées des chaises et tables en plastiques ou en bois. La scolarité des enfants de niveau primaire est garantie. Cette catégorie représente 25,8% des ménages (soit 3844 ménages) à Yaleko et 18% des ménages (soit 3128 ménages) à Yakusu.

Les ménages riches ont des champs d’au moins 2 ha et recourent à la main d’œuvre pour l ont des champs d’au moins 2 ha et recourent à la main d’œuvre pour leurs activités champêtres. Ils ont un élevage domestique qui n’est pas très différents des catégories précédentes. Ils sont aussi actifs dans le petit commerce et possèdent de motos, de vélos et d’outils agricoles de qualité relativement bonne. L’habitat qu’ils occupent est en matériaux durables, meublé des lits, mousses, chaises, tables et autres équipements ménagers. Tous les enfants à l’âge de scolarité sont à l’école. En cas de maladie, les membres du ménage ont accès aux soins de santé primaire des structures sanitaires de la place ou bien, ils vont se faire soigner au chef-lieu de la province (Kisangani). Ils associent l’agriculture au petit commerce. Cette catégorie représente 6,7% des ménages (soit 998 ménages) à Yaleko et 1,5% des ménages (soit 260 ménages) à Yakusu.

3.2. Problématique

Les zone de santé de Yakusu et Yaleko ont connu une succession d’événements tragiques il y a une trentaine d’années. Ces événements ont conduit à la fermeture des sociétés qui y étaient implantées. C’est le cas notamment à Yaleko de la fermeture de l’Etablissement MANGOLE (spécialisé dans l’exploitation du café et le décorticage du riz) en 1994 et de l’usine CELCO BAMBOLI en 1998 et, à Yakusu, de la fermeture de la compagnie LOTOKILA, de la SOTEXKI, de la SORGERIE, de SOLOLA. La disparition de ces principaux marchés d’emploi dans les zones ont ralenti les activités de développement et économique. A l’heure actuelle, les principales activités de subsistance des populations sont l’agriculture, la pêche, l’élevage de basse-cour et petit bétail, l’artisanat (fabrication des pillons, des mortiers, des fusils de chasse, des outils agricoles, des chaises et tables en bois etc.), la chasse, le petit commerce et le ramassage saisonnier des chenilles, des champignons et d’autres produits forestiers non ligneux comestibles. Malgré cette diversité des activités de subsistance, les ménages connaissent périodiquement des disettes effroyables des produits agricoles, des gibiers, des produits halieutiques, des viandes et d’autres produits indispensables.

- Pour les produits agricoles, la crise est due essentiellement au manque de semences de cultures commerciales (riz, arachide, maïs etc.), à la dégénérescence des plants et boutures de cultures de base (manioc et banane plantain), au manque de matériels de travail de qualité et diversifiés, à l’abandon de la production agricole pendant la saison A (à Yaleko), aux crues du fleuve Congo (à Yakusu), à la migration des jeunes des campagnes vers la ville de Kisangani pour intégrer le secteur de transport «taximan Toleka » et au découragement de certains ménages à la production à cause des taxes.

- La rareté des gibiers (antilope, porc épic, pangolin, lièvre, sanglier et singe) est causée par le déboisement continuel de la forêt au profit des activités champêtres. Dans ces zones de santé, les agriculteurs ne restent pas plus d’une saison culturale sur un même terrain. Chaque année ils ouvrent des nouveaux champs dans la forêt vierge, cette situation fait que, pour qu’un chasseur ait plus des chances d’abattre un gibier, il doit s’enfoncer au cœur de la forêt. Les rares gibiers abattus sont enfumés et vendus par morceaux à des prix élevés. Certains ménages ayant la viande comme base alimentaire, ils sont obligés d’acheter ces morceaux minables pour la consommation du ménage tout entier.

- Pour les viandes (de la volaille, de chèvre etc.), la pénurie est causée par les épidémies cycliques auxquelles font face les animaux élevés. Dans la partie riveraine de Yakusu, la montée des eaux est la deuxième raison de rareté des viandes car la plupart danimaux domestiques sont emportés par les inondations.

- Pour les produits halieutiques, la baisse est due aux naufrages d’intrants de pêche (pirogue, filet, hameçon, etc.) et des inondations ilots (lieux de multiplication des poissons) lors qu’il y a crue du fleuve Congo et de ses affluents. Limpact de la pénurie des poissons se fait sentir dans la zone de santé de Yakusu où l’activité constitue l’une des principales sources de nourriture et de revenu des ménages après l’agriculture.

- Pour le ramassage en forêt des champignons et des chenilles, la soudure est expliquée par la saisonnalité d’apparition de ces produits.

3.3. Production et disponibilité alimentaire

Dans la zone de santé de Yakusu, l’agriculture et la pêche sont les principales sources de la nourriture alors que, dans la zone de santé de Yaleko il s’agit de l’agriculture et de la chasse. Ces sources sont secondées par le maraîchage et le ramassage dans la forêt qui approvisionnent les zones en denrées alimentaires d’appointes (légumes, champignons, chenilles et fruits).

3.3.1. Agriculture L’agriculture une activité pratiquée par 100% des ménages à Yaleko et 76,9% des ménages à Yakusu.

On trouve dans ces zones la culture du manioc, de la banane, du riz, de l’arachide, du maïs, du soja, du vigna et des légumes (amarante, tomate, aubergine, ciboule, épinard et piment). Le manioc, la banane plantain et les légumes constituent la base alimentaire des ménages alors que le soja, le maïs, l’arachide, le vigna et le riz sont des cultures de rente.

Les évaluations ACF au sujet de l’origine des semences utilisées par les agriculteurs pour ces cultures ont montré que, dans la zone de santé de Yaleko, 100% des semences maraîchères, 92,7% des boutures de manioc, 88,5% des plants de bananiers, 59,3% des semences de maïs et 50,5% de celles du riz proviennent des stocks des producteurs contre respectivement 7,3%, 11,5%, 40,7% et 49,5% qui ont des sources diverses (achat, emprunt ou don). Par contre, pour les cultures telles que le soja, le vigna et l’arachide, 90%, 76% et 51,8% des semences utilisées respectivement proviennent des achats, des emprunts et des dons contre, 48,2% pour l’arachide, 24% pour le vigna et 10% pour le soja qui sont issues des récoltes des producteurs. Cette réalité récurrente de la zone de santé de Yaleko sest montrée contraire à ce qui a été observée dans la zone de santé de Yakusu au sujet de la provenance des semences.

En effet, dans la zone de santé de Yakusu, 100% des semences maraîchères, 89% d’arachide, 75,7% de haricot, 75% de vigna, 67,4% des boutures de manioc et 50% des plants de bananiers semés sont achetés. Les besoins restants, soit 50% des plants des bananiers, 32,6% des boutures de manioc, 25% de vigna, 24,3% de haricot et 14% de l’arachide sont couverts par les achats ou emprunts. Pour la culture du riz et du maïs, les semences utilisées proviennent respectivement à 66% et 55,7% des récoltes des producteurs et les quantités manquantes sont supplées par les achats et les emprunts.

Par rapport à l’utilisation des produits récoltés, dans la zone de santé de Yaleko, le manioc et la banane plantain sont consommés respectivement à 83,6% et 76,4%, et vendus à des proportions respectives de 12,1%, 10% et 16,4%. Les parts restantes des récoltes, soit 7,2% pour la banane plantain et 4,3% pour le manioc sont utilisées comme semences pour la prochaine saison culturale, dons aux membres de familles, remboursement de prêts et paiement des taxes lors des traversées des rivières et lors de la vente au niveau du marché. Quant à l’utilisation des autres produits vivriers tels que le soja, le maïs, l’arachide, le vigna et le riz, ils sont vendus à des proportions respectives de 86,7%, 75,3%, 75%, 71,7% et 63%, et consommés respectivement à 6%, 15,8%, 12,5%, 22,5% et 16,5%. Les parties restantes soit de 20,5% pour le riz, 12,5% pour l’arachide, 8,9% pour le maïs, 7,3% pour le soja et 5,8% pour le vigna sont écoulées sous forme de semences, de dons, de remboursement de prêts et de paiement en nature des traversées des certaines rivières et taxes lors de la vente. Les produits maraîchers sont plus destinés à la consommation (80%) qu’à la vente (10%) et la partie restante est écoulée sous forme de dons (10%) selon les affinités développées dans la communauté.

La manière d’allouer les récoltes aux différents usages à Yaleko est quasiment la même qu’à Yakusu. En effet, dans cette dernière les récoltes des légumes, du manioc et de la banane plantain sont consommées à des proportions respectives de 83,2%, 65,6% et 56,3%, et vendues aux proportions de 12,3%, 31,9% et 37,5%. Les différences, soit 4,5% pour les légumes, 2,5% pour le manioc et 6,2% pour la banane plantain sont utilisées sous forme des dons, des remboursements des dettes en nature ou des taxes. Le maïs, le soja, le riz et l’arachide sont vendues respectivement à 78,1%, 77,5%, 75% et 64,3% et leur consommation par les ménages s’élève respectivement à 14,4%, 12,5%, 13,6% et 27,9% de la quantité récoltée par spéculation. Les autres usages (constitution de la réserve des semences, partage sous forme des dons, remboursement des dettes et paiement des taxes) sont de 7,5% pour le maïs, 10% pour le soja, 11,4% pour le riz et 7,8% pour l’arachide.

Les contraintes identifiées, liées aux activités agricoles, sont les suivant l’ordre décroissant d’importance :

Dans la zone de santé de Yaleko :

- Le manque de semences de qualité et diversifiées, cité par 20,2% des groupes interviewés. Les cultures pour lesquelles les semences font défaut sont : l’arachide (21,2%), le haricot (21,2%), le soja (15,4%), le riz (15,4%), le vigna (13,5%), le maïs (9,6%) et le manioc (3,8%) ;

- Le manque d’outils de qualité, cité par 16,7% des personnes interviewées. Les outils qui manquent le plus souvent sont la machette (20%), la lime (16,9%), la hache (15,4%), la houe

(12,3%), la bêche (10,8%), le marteau (9,2%), l’arrosoir (4,6%), les tronçonneuses (4,6%) et le marteau (3%) ;

- La taxation, citée par 14,3% des participants aux groupes de discussion. La taxe pour les agriculteurs est payée à deux niveaux : lors des traversées des rivières et au niveau du marché lors de la vente (la patente reçue par la direction générale des recettes de la Province Orientale, l’hygiène du marché etc.) ;

- L’impraticabilité des routes de desserte agricole, attaque des cultures par les ravageurs (oiseaux, criquets, sauterelles etc.) pendant la saison A et baisse du rendement de certaines cultures due à la dégénérescence des semences utilisées, ont été citées respectivement par 9,5% des personnes qui ont constitué les groupes de discussion ;

- Le manque des moyens de transport pour l’évacuation des produits récoltés des champs vers les ménages et des ménages vers les différents marchés de vente (Yanonge, Yangambi et Kisangani), évoqué par 8,1% des personnes interviewées ;

- Le prix de vente trop bas et vols des cultures vivrières sur pied, ont été évoquées par respectivement 6% d’interviewées.

Dans la zone de santé de Yakusu :

- Le manque d’outils agricoles évoqué par 27,1% des interviewés dans la strate riveraine et 21,9% dans la strate continentale ;

- Le manque des semences évoqué par 22,9% des interrogés dans la strate riveraine et 18,6% dans la strate continentale ;

- Les inondations citées par 22,9% des personnes consultées dans la strate riveraine et 15,5% dans la strate continentale ;

- Le manque de terre est la difficulté qu’a eu au moment des évaluations 10,5% des ménages dans la strate riveraine et 8,5% des ménages dans la strate continentale ;

- Les taxes exigées lors de l’évacuation des récoltes pour la vente est une contrainte qui est mentionnée par 10,4% des participants aux groupes de discussion dans la strate riveraine et 8,5% dans la strate continentale ;

- Le vol des récoltes dans les champs et la présence par moment des animaux sauvages dans les ilots cités respectivement par 13,6% des interviewés dans la strate continentale et 6,3% dans la strate riveraine ;

- La présence des ravageurs culturaux (criquets et les animaux en divagation), le manque de la main d’œuvre et l’insuffisance des extracteurs d’huile de palme ont été citées respectivement par 5,1%, 5,1% et 3,4% des personnes interrogées dans la strate continentale.

Quant aux contraintes liées aux activités maraîchères, les évaluations ont dévoilé ce qui suit :

- Le manque des semences évoqué par 35% des personnes interviewées dans la zone de santé de Yakusu et 29,7% dans la zone de santé de Yaleko. Pour les deux zones, il s’agit notamment des semences de l’amarante, de la tomate, de la ciboule, de l’aubergine, de l’épinard, du poireau et du piment ;

- Le manque de terre évoqué par 35% des personnes rencontrées à Yakusu, particulièrement dans la strate riveraine ;

- Le manque d’intérêt vis-à-vis des activités maraîchères évoqué par 29,4% des participants aux groupes des discussions à Yaleko ;

- Le manque des connaissances sur les cultures maraîchères s’est révélé aussi comme une contrainte handicapant l’accès au maraîchage pour 25% des interviewés à Yakusu et 20,6% à Yaleko ;

- La divagation des bêtes (cochons, chèvres, poules etc.), citée par 11,8% des personnes rencontrées à Yaleko et 5% à Yakusu ;

- Le manque d’outils appropriés pour le jardinage (râteau, arrosoir etc.), évoqué par 8,8% des personnes interviewées.

S’agissant du calendrier agricole et des cultures principales, ils se présentent dans les tableaux ci-dessous.

Tableau 1 : Calendrier agricole

Opérations culturales J F M A M J J A S O N D Préparation
Opérations culturales
J
F
M
A
M
J
J
A
S
O
N
D
Préparation des champs
(défrichement, abattage des
futaies et incinération)
Semis
Entretien des cultures
Récolte

Légende :

Semis Entretien des cultures Récolte Légende : : Saison A : Saison B La saison agricole
Semis Entretien des cultures Récolte Légende : : Saison A : Saison B La saison agricole

: Saison A : Saison B

La saison agricole A s’étale de mi-janvier à août et la saison agricole B s’étale d’août à février. Dans la zone de santé de Yaleko, la saison A n’est pas exploitée par les ménages.

Tableau 2 : Calendrier cultural des principales spéculations

Spéculations J F M A M J J A S O N D Banane plantain
Spéculations
J
F
M
A
M
J
J
A
S
O
N
D
Banane plantain
Manioc
Arachide
Maïs local
Vigna
Soja
Paddy nerica
Paddy baibing
Paddy Kitombe
Paddy Lienge
Paddy lioto
Légende :
Semis
Croissance et entretien
Récolte

NB : Pour le manioc et la banane plantain, les semis et les récoltes se font sur toute l’année.

Systèmes de cultures

A.

Association

L’association des cultures est une pratique très développée par les agriculteurs rencontrés dans les deux zones. Elle offre l’avantage du gain de temps dans la mesure où les travaux d’entretien se font au même moment pour toutes les cultures installées dans la parcelle.

Les différentes possibilités d’associations sont :

1. Banane + Manioc + Maïs + Riz : Les producteurs commencent d’abord par la mise en place des rejets locaux du bananier aux écartements de (10x10)m au même moment avec les plantation des

boutures de manioc aux écartements de (3x3)m. Deux jour après, ce sont les semences du maïs et du riz qui sont mises en terres dans le même champs aux écartements respectifs de (1x3)m et

(20x30)cm.

2. Arachide + Manioc ou Maïs + Manioc : Pour ces deux variances, c’est toujours les boutures du manioc qui occupent le sol en premier. Les écartements sont les mêmes que la précédente variante.

3. Soja + Manioc : Le même jour après la mise en place des boutures du manioc, les semences de soja sont épandues à une distance de 30 cm sur les lignes et de 40 cm entre les lignes.

4. Vigna + Manioc : Pour l’association vigna-manioc, les écartements pour les semences du vigna sont de (30x30) cm et pour le manioc ils sont de (3x3) m.

Pour toutes les variantes d’associations mentionnées ci-dessus, les ménages ont également la possibilité de répandre à la volée les semences des cultures maraîchères. Dans les trois dernières possibilités d’associations, les ménages mettent aussi quelques rejets de bananier qui servent des limites des champs et en même temps, la production de ces rejets permet aux ménages d’avoir une bonne disponibilité des plantains.

B.

Rotation

1ère année :

Sur un nouveau terrain ouvert en forêt primaire, les ménages suivent les étapes suivantes :

Le choix du terrain et défrichage : juinprimaire, les ménages suivent les étapes suivantes : L’a battage : vers le 15 juillet L’i

L’abattage : vers le 15 juillet battage : vers le 15 juillet

L’incinération : 2 ou 3 jours après abattage ncinération : 2 ou 3 jours après abattage

Le semis : mi-août et septembre. où on y plante le bananier (plantain), le manioc, le maïs, le riz, l’arachide, le soja, le vig na et rarement la patate douce l’arachide, le soja, le vigna et rarement la patate douce

L’entretien : 1 mois après les semis tretien : 1 mois après les semis

La récolte : elle dépend du cycle végétatif de chaque culture emblavée. Elle intervient vers mi-juin à juillet pour le maïs et de septembre à novembre pour le riz.la patate douce L’en tretien : 1 mois après les semis 2ème année : Le manioc

2ème année :

Le manioc et la bananier évoluent seuls, et sur un nouveau terrain, les ménages mettent les mêmes cultures que celles plantées en première année.

3ème année :

Récolte totale du manioc et des bananes dans le champ exploité en année 1 puis, sa mise en jachère durant 5 à 10 ans.

NB : Chaque année, les cultivateurs ouvrent de nouveaux champs en forêt primaire. C’est ce qui fait qu’actuellement les champs soient à des dizaines de kilomètres des habitations et à cause de cette distance qu’il faut parcourir chaque jour lors des campagnes culturales, certains ménages se délocalisent de leur village pendant ces périodes pour s’installer proche de leurs champs jusqu’à la fin des campagnes (semis et récolte).

3.3.2. Élevage Avant la crise, l’élevage constituait une source de revenu non négligeable dans la zone de santé de Yakusu comme dans celle de Yaleko. Il s’agissait essentiellement de l’élevage familial d’animaux à cycle court :

volaille, caprins et ovins.

Les évaluations ACF ont montré que suite aux épidémies, vols et inondations, la proportion des ménages ayant au moins un animal domestique est passée de 40,3% à 25,7% dans la zone de santé de Yakusu et, de 29,5% à 25,4% dans la zone de santé de Yaleko.

Les épidémies apparues en 2009 pour la première fois, ont eu encore à secouer l’élevage domestique dans les deux zones entre janvier et février 2010 avec comme symptômes : gonflement de l’anus de l’animal, apparition des plaies au niveau de la partie renflée et, s’en suit la mort de l’animal quelques jours après.

Les villageois ont surnommé cette épidémie « fota itoko », c’est qui veut dire, la plaie à l’anus. Les cadavres des animaux morts de l’épidémie, sont utilisés comme viandes par les ménages. Depuis un certain temps, les mêmes symptômes apparaissent aussi chez personnes consommant la viande issue d’un animal mort de l’épidémie. Chez les êtres humains, la maladie est précédée par la fièvre et des maux de ventre, signes indicateurs permettant aux ménages de recourir au service d’une pharmacopée traditionnelle. Chez les êtres humains, la maladie n’a pas encore atteint l’ampleur d’une épidémie.

Dans la zone de santé de Yakusu, en 2010, ladite épidémie a précédé la crue du fleuve Congo, qui à son tour a emporté les animaux et autres intrants vitaux de la population. A titre illustratif, dans le village Lokolongo 15 porcs, 45 chèvres, 42 moutons, 65 poules et 37 canards ont été emportés par l’inondation.

3.3.3. Chasse

La chasse est l’apanage des hommes qui capturent des gibiers (antilope, porc épic, pangolin, lièvre, sanglier, singe et les rongeurs) à l’aide de pièges et des fusils de chasse. Elle n’est pas réglementée de la part des autorités locales mais pour des raisons de carence des gibiers entre mai et juillet, certains chasseurs préfèrent, pendant cette période, se mettre à autre chose.

Des résultats des groupes des discussions organisés dans les deux zones, il ressort que pendant la période normale, 26,4% de la population de Yaleko est active dans la chasse contre 20% dans la zone de Yakusu. Lorsqu’il y a crise de gibier dans les massifs forestiers, le pourcentage des chasseurs régresse jusqu’à 22,7% à Yaleko et à 5% à Yakusu. La faible diminution du pourcentage des ménages chasseurs pendant la crise des gibiers dans la zone de santé de Yaleko est due au fait que, la chasse est une des sources principales de la nourriture dans cette zone.

Le rapprochement de Yakusu à Kisangani (Chef-lieu de la province) et l’attachement du grand marché de Yangambi à Yanonge (une des aires de santé de Yakusu), sont les deux alternatifs qui permettent aux ménages de Yakusu de se procurer la viande même en période de crise des gibiers dans la zone.

A des proportions presque égales, les principales utilisations des produits de chasse sont la vente après fumigation des gibiers et l’autosuffisance alimentaire. Sur 100% de nourriture consommée en période normale, les produits de chasse représentent 23,3% des aliments consommées dans la zone de santé de Yaleko et 13,3% à Yakusu. En période de crise, ils représentent 18,6% de la nourriture consommée à Yaleko et 5% à Yakusu.

S’agissant des contraintes rencontrées, les chasseurs de deux zones sont restés unis par un même sentiment et une même conviction que le manque d’intrants (les cartouches 00, les fusils, le filet de tenderie, la sagaie et le câble métallique ou en nylon) et la déforestation au profit des activités agricoles sont les deux principales contraintes auxquelles ils sont butés pour évoluer au mieux. En outre, dans la zone de santé Yaleko, la concurrence déloyale amènent certains chasseurs à s’entre tuer dans la forêt.

3.3.4. Pêche

La pêche est une activité qui est plus pratiquée par les « Lokele », majoritaire à Yakusu (85,7% de la population totale) et minoritaire à Yaleko (2,3% de la population totale).

Elle se fait sans calendrier et c’est durant toute l’année. Les types de filets utilisés dépendent du niveau des eaux et est fonction de la période de l’année :

- Décembre à mars : il y a baisse du niveau des eaux riveraines et fluviales. C’est la saison d’étiage, elle est connue sous l’appellation dialectale de « Bolanga ». C’est une période au cours de laquelle les pêcheurs utilisent les filets de grandes dimensions.

- Avril à septembre : il y a montée du niveau d’eau. Cette période est connue sous l’appellation de « wda ». Pendant cette période, les pêcheurs recourent aux filets de petites dimensions.

Mais à cause des perturbations climatiques (qui font variées deux fois par an le niveau d’eau du fleuve Congo) et de carence des poissons dans les eaux, les pêcheurs ont eu la résolution de ne plus observer la logique ci-haut. Chaque pêcheur recours, à n’importe quel moment, au type de filet de son choix, pouvant lui permettre de capturer les poissons.

La pêche, comme il a été souligné dans le préambule du présent rapport, est l’une des principales sources de nourriture de la population de Yakusu et une source d’appointe pour celle de Yaleko.

Les évaluations ACF ont montré que pendant la période normale, la pêche couvre 41,4% des besoins alimentaires à Yakusu et 15% à Yaleko contre respectivement 25% et 14% lors qu’il y a crise alimentaire dans les deux zones.

Les techniques développées pour la pêche sont la pêche au filet, la pêche à la nasse et la pêche à la ligne. Les équipements de pêche les plus fréquents dans les deux zones sont :

- Les pirogues à rames ;

- Les hameçons de différents numéros ;

- Les bobines de nylon de numéro ;

- Les nasses.

A Yakusu, les ménages riverains sont victimes chaque année des naufrages de leurs équipements de pêche lors des inondations. A titre d’exemple, l’inondation de 2010 a emporté :

- 20 pirogues et 37 filets dans le village de Lokolongo ;

- 37 pirogues, 5 filets de pêche et 6 pagaies dans le village Yatumbo ;

- 4 pirogues et 3 filets dans le village Yaosuka ;

- 3 pirogues à Yalufi, etc.

3.3.5. Dynamique du marché L’étude de la dynamique des marchés locaux s’est focalisée sur la localisation des différents marchés, leur distance par rapport aux villages environnants, leur fréquence d’ouverture, l’identification des produits qui sont le plus souvent rares le marchés et la collecte des prix des produits alimentaires trouvés lors des évaluations.

Sur 15 villages visités dans la zone de santé de Yaleko, 8 ont un marché local contre 7 qui n’en ont pas. Les villages qui se ravitaillent dans leur propre marché sont : Yalosuka, Olife, Yaosha, Yefutu, Yalifonde, Yaeti, Yaongama et Yelengo II. Par contre, les villages sans marchés locaux fréquentent les marchés les plus proches dont la distance peut varier de 3 à 32 km. C’est le cas notamment des résidents de Yelenge II qui côtoient le marché de Yaolongo (11 km), la population de Yaune qui s’approvisionnent à Kisangani (32 km) etc. Tous ces marchés ont une fréquence de vente hebdomadaire sauf Kisangani.

S’il a été possible à l’équipe d’évaluation sécurité alimentaire de dénombrer plusieurs marchés à Yaleko, à Yakusu par contre c’est une réalité tout autre. Les populations n’ont que trois marchés à fréquenter. Il s’agit de Yangambi, Yalikombo et Kisangani. Parmi ces marchés, il n’y a que celui de Yalikombo qui est situé dans la zone de santé de Yakusu. La population fréquente ces marchés en fonction de leur distance et des articles vendus. A titre illustratif, les résidents de Yalikombo s’approvisionnent dans leur village et à

Yangambi (5 km), la population de Yakungu s’alimente à Yangambi (12 km) et Yalikombo (9 km), les ménages de Bakota se ravitaillent à Kisangani (30 km) etc. La fréquence de vente est hebdomadaire pour le marché de Yalikombo (chaque samedi) et de Yangambi (chaque dimanche).

Les différents marchés dont il a été question dans les deux zones, présentent un fort disfonctionnement due au nombre réduit de commerçant en raison de l’inaccessibilité de certains marchés et du faible pouvoir d’achat des populations locales.

Quant aux articles vendus, ce sont plus les produits manufacturés non alimentaires que l’on retrouve dans ces marchés. Les évaluations ont pu relever les prix de quelques denrées alimentaires commercialisés dont les données affichées dans le tableau ci-dessous.

Tableau 3 : Etude du marché

Produits

 

Unités métriques

Prix en FC

Période de disponibilité sur le marché

Riz local

500

grammes

350

Janvier Avril et Septembre -Novembre

Manioc farine

500

grammes

200

Janvier - Décembre

Manioc cossettes

1

kg

200

Janvier - Décembre

Maïs farine

500

grammes

200

Avril - Juin

Maïs grain

500

grammes

200

Avril Juin

Niébé

500

grammes

300

Avril Septembre

Banane plantain

Régime

1000

Janvier Décembre

Banane de table

287

grammes

 

Janvier Décembre

Huile de palme

75 cl

 

300

Janvier Décembre

Légumes

 

-

   

Chikwangue

1

kilogramme

150

Janvier Décembre

Poissons

Tas

 

2000

Janvier Décembre

Sucre

Gobelet

900

Janvier Décembre

3.4. Revenus et dépenses

3.4.1 Revenus Les activités génératrices des revenus dans les deux zones sont : l’agriculture, la pêche, l’élevage, la chasse, le petit commerce, la vente de travail et l’artisanat.

Le petit commerce Le petit commerce est fait par les ménages au travers la vente des récoltes agricoles Le petit commerce est fait par les ménages au travers la vente des récoltes agricoles (riz, arachide, maïs, vigna, huile de palme etc.), les viandes boucanées, les boissons alcooliques fabriquées localement, du sucre, les savons, les allumettes, les lampes torches, les bougies et autres ustensiles de cuisine. Les vendeurs autochtones ne commercialisent que les produits agricoles issus de leur plantation et les produits exotiques sont amenés par les vendeurs ambulants. A part le jour du marché, la vente des récoltes agricoles continue dans les villages et se fait sans exposition des produits dans les marchés mais dans les habitations des vendeurs.

La vente de force de travail Elle est fréquente pour les travaux champêtres ( l’ouverture d’un champ, l’abattage d’arbre, le semis, Elle est fréquente pour les travaux champêtres (l’ouverture d’un champ, l’abattage d’arbre, le semis, le sarclage et la récolte), le transport des produits agricoles des champs vers les marchés à l’aide des vélos «Toleka » et autres travaux non agricoles. La rémunération de la main d’œuvre se fait en fonction du type de travail et selon les arrangements de deux parties engagées. Le paiement peut avoir lieu en espèce ou en nature (une partie de la récolte, le repas, etc.).

L’artisanat Les principaux métiers artisanaux rencontrés dans la zone sont : - Fabrication des pirogues

L’artisanat Les principaux métiers artisanaux rencontrés dans la zone sont :

- Fabrication des pirogues ;

- Forgeron : fabrication des fusils et calibres de chasse ;

- Vannerie : fabrication de nasse, nattes, paniers, chaises et lit en bambou (kitikwala) etc ;

- Menuiserie : fabrication de meubles ;

- Maçonnerie : fabrication de briques cuites et construction de cases.

3.4.2 Dépenses Les dépenses effectuées par les ménages varient selon que la zone est en période normale ou en période difficile. Néanmoins, les principaux postes des dépenses des ménages dans les deux zones de santé sont :

l’achat des produits non alimentaires, l’achat des produits alimentaires, l’éducation, la santé, l’achat dintrants agricoles, les taxes pour les traversées des rivières, obligations sociales et l’épargne.

Produits non alimentaires : Les dépenses des non vivres concernent notamment les achats des vêtements, des chaussures, des produits d’hygiènes, du carburant, des tôles galvanisées, des ustensiles de cuisine, etc. Cette catégorie représente 28,7% des dépenses des ménages de la zone de santé de Yakusu et 25,1% à Yaleko ;

Alimentation : Bien que les deux zones soient agricoles, les récoltes des champs ne permettent pas aux ménages de couvrir leur besoin alimentaire. Les dépenses alimentaires des ménages consistent aux achats des morceaux de gibier, de l’huile de palme, de la banane plantain, de légumes (feuilles de manioc, matembele 3 , feuilles de patates douces ou autres), de poisson etc. La zone de santé de Yakusu étant proche de la ville de Kisangani, son coût de la vie est influencé par ce rapprochement contrairement à Yaleko. En moyenne 31,5% des revenus des ménages de Yakusu sont affectés à cette fin contre 23,6% pour les ménages de Yaleko;

Éducation : La part du revenu affecté dans les dépenses scolaires des enfants (frais, fournitures etc.) est quasiment la même pour les deux zones. Elle est de 17% pour Yaleko et 16,2% pour Yakusu ;

Santé : Dans la contrée, les ménages croient plus au fétichisme quà la médecine moderne en cas de maladie d’un membre de famille. Quoi qu’il en soit, les dépenses monétaires consacrées à ce poste représentent 13,9% du revenu des ménages de Yaleko et 9,8% pour les ménages de Yakusu ;

Dépenses agricoles : Elles consistent à l’achat des outils agricoles, des semences, paiement de la main d’œuvre pour déboisement de la forêt vierge et le transport des récoltes du champ au domicile de l’agriculteur. Elle est de 8,1% à Yaleko et 7,4% à Yakusu ;

Diverses taxes : Les deux zones étant parcourues par divers cours d’eau. Lors des traversés, les ménages font face aux frais de passage payés aux piroguiers, aux tracasseries fluviales (auprès des marins qui patrouillent le long du fleuve Congo) et aux taxes perçues par la DRPO (Direction Générale des Recettes de la Province Orientale) dans certains port comme celui de Lobaie où l’on trouve tous les services taxateurs de la province Orientale. Ce poste englobe également les taxes payées au niveau du marché (patente, hygiène etc.). En moyenne, 7,1% du revenu des paysans de Yaleko sont alloués à ces dépenses contre 4,9% à Yakusu ;

Obligations sociales : Il s’agit du mariage, du décès, de la fête de fin d’année, etc. Certains ménages se regroupent en mutualités et ouvrent une caisse permanente de collecte de fonds pouvant permettre à la communauté d’aller à la rescousse d’un des leurs en cas de maladie, de décès ou

3 Matembele : Feuilles de la patate douce

autres problèmes. Les dépenses sociales représentent 5,2% du revenu moyen des ménages à Yaleko et 4,3% à Yakusu.

3.5. Disponibilité et accessibilité de la nourriture

Les causes de l’insécurité alimentaire qui prévaut dans les zones de santé de Yaleko et Yakusu sont à la fois structurelles (dégradation du tissus économique et perte de l’outil de production) et contextuelles (inondations).

de l’outil de production ) et contextuelles (inondations). Disponibilité de la nourriture au niveau de la

Disponibilité de la nourriture au niveau de la zone Les évaluations ACF ont montré que la grande partie de la nourriture disponible dans la zone de santé de Yaleko provient de l’agriculture et de la chasse, alors que pour la zone de santé de Yakusu c’est principalement l’agriculture et la pêche. Outre ces sources, les autres aliments trouvés dans les deux zones proviennent de l’élevage et du ramassage (chenilles et champignons).

Dans la zone de santé de Yakusu, la disette de la nourriture dans les villages est observée entre avril et juin, puis entre octobre et décembre. Cette disette est due aux crues d’eaux du fleuve Congo et ses affluents, aux fortes pluies, à la rareté des gibiers dans la forêt et à l’envahissement des eaux dans les champs continentaux (contenant des cultures constituant les aliments de base tels que la banane plantain et le manioc).

Du côté de la zone de santé de Yaleko, la pénurie alimentaire est expliquée par le fait que les ménages ont une production agricole axée sur une seule saison agricole (saison B) et dont les récoltes sont prioritairement à visée commerciale. La faune de la zone, considérée par les ménages comme deuxième source d’approvisionnement alimentaire, a démontré son incapacité à pouvoir satisfaire les attentes des ménages à cause de la déforestation continuelle de la zone au profit des activités agricoles, conduisant à la rareté des gibiers. Les quelques animaux abattus sont vendus à des prix élevés.

Partant de ce qui précède, les évaluations ACF conclut que les deux zones présentent une disponibilité limité de la nourriture laissant ainsi les ménages plusieurs mois durant sans stock alimentaire.

Accessibilité de la nourriture au niveau du ménage

L’accessibilité limitée de la nourriture au niveau des ménages est due au faible niveau de revenu des ménages et aux prix élevés des denrées alimentaires. L’analyse du nombre moyen des repas pris par les ménages a permis de cerner ce niveau d’accessibilité de la nourriture par les ménages.

Les résultats des évaluations ont montré que dans la zone de santé de Yakusu, les enfants consomment en période normale deux repas par jour et les adultes en consomment un. A Yaleko, le nombre de repas pris par jour est de deux, peu importe l’âge. En période difficile, un repas par jour est l’idéal pour les ménages mais il s’avère que la plupart des ménages passent des journées entières sans trouver de quoi à manger. Au village Yafata, aire de santé de Yatolema, dans la zone de santé de Yaleko, certains ménages compensent ce manque de nourriture par les boissons alcooliques locales.

3.6. Situation sanitaire, en eau et assainissement

Parlant de la situation sanitaire, les pathologies fréquentes dans les deux zones sont le paludisme, l’IRA (infections respiratoires aigües), la diarrhée et le MCP (Malnutrition Calorico- Protéinique). A Yaleko, les ménages font face aussi aux IST et à l’onchocercose qui est une maladie parasitaire transmise par les maringouins.

Tableau 4 : Données de morbidité et mortalité

 

Yakusu 4

Yaleko1 5

Pathologies fréquentes

Cas

Décès

Cas

Décès

Paludisme

49

1

385

4

IRA

10

0

45

1

Diarrhée simple

374

0

68

0

Malnutrition Caloriques et Protéiques (MCP)

24

0

14

0

IST

   

24

0

Source : BCZ de Yakusu et de Yakole

En ce qui concerne la malnutrition, la prise en charge des cas aigus sévères a été assurée pendant deux mois dans la zone de santé de Yakusu par l’ONGI COOPI avec la mise en place la PCCMA dans 3 aires de santé (UNTA) et à l’HGR (UNTI). Malgré cette intervention de la COOPI, visiblement précaire, la malnutrition dans les deux zones demeure encore un problème de santé communautaire. Les résultats des évaluations ACF, tels que repris de façon détaillée dans les tableaux ci-dessous, ont montré que la malnutrition aigüe globale (MAS) est de 8,5% dans la zone de santé de Yaleko et 12,1% dans la zone de santé de Yakusu.

Tableau 5 : Résultat du dépistage nutritionnel dans la zone de santé de Yaleko

       

Malnutrition Aigüe

   

Malnutrition Aigüe Sévère (MAS)

Malnutrition Aigüe Modérée (MAM)

Globale

 
   

(MAG)

           

70%≥P/T< 80%

         

Villages

Enfants

110≥PB<120

dépistés

P/T<70%

PB<110

Œdèmes

 
 

N

%

N

%

n

%

Yalosuka

18

0

0

0

0

0,0%

0

1

1

5,6%

1

5,6%

Itokola

17

0

0

0

0

0,0%

2

2

4

23,5%

4

23,5%

Yalisambola

17

0

0

0

0

0,0%

0

1

1

5,9%

1

5,9%

Yalifonde

16

0

0

0

0

0,0%

0

0

0

0,0%

0

0,0%

Yefutu

15

0

0

0

0

0,0%

0

0

0

0,0%

0

0,0%

Olife

15

0

0

0

0

0,0%

0

0

0

0,0%

0

0,0%

Yaohu

15

0

0

0

0

0,0%

0

0

0

0,0%

0

0,0%

Aketo Atale

15

0

0

0

0

0,0%

0

0

0

0,0%

0

0,0%

Yaelengo

17

0

0

0

0

0,0%

1

0

1

5,9%

1

5,9%

Yaongama

17

3

0

0

3

17,6%

2

0

2

11,8%

5

29,4%

village

                       

Yawisa 2

16

0

0

0

0

0,0%

3

0

3

18,8%

3

18,8%

Yaeti

20

0

0

0

0

0,0%

1

0

1

5,0%

1

5,0%

Yaliembe

17

0

0

0

0

0,0%

2

0

2

11,8%

2

11,8%

Yafata

16

1

0

0

1

6,3%

1

0

1

6,3%

2

12,5%

Yaune

16

0

0

0

0

0,0%

0

0

0

0,0%

0

0,0%

TOTAL

247

4

0

0

4

1,6%

14

3

17

6,9%

21

8,5%

4 Données du mois de janvier et février 2011

5 Données du mois de janvier 2011

Dans la zone de santé de Yaleko, 247 enfants de 6 à 59 mois ont été dépistés dans 15 villages. Parmi eux, 4 étaient atteints de la malnutrition aiguë sévère et 17 de malnutrition aiguë modérée.

Tableau 6 : Résultat du dépistage nutritionnel dans la zone de santé de Yakusu

       

Malnutrition

 

Malnutrition Aigüe Sévère (MAS)

Malnutrition Aigüe Modérée (MAM)

Aigüe Globale

   
 

(MAG)

           

70%≥P/T< 80%

         

Villages

Enfants

110≥PB<120

dépistés

P/T<70%

PB<110

Œdèmes

 
 

N

%

N

%

n

%

Yawenda

15

0

0

0

0

0

2

0

2

13,3%

2

13,3%

Yakusu 2

15

0

0

0

0

0

0

0

0

0,0%

0

0,0%

Bakota

15

2

0

1

3

3

0

1

1

6,7%

4

26,7%

Yasekwe

16

2

0

0

2

2

1

0

1

6,3%

3

18,8%

Yalungu

15

0

0

0

0

0

0

0

0

0,0%

0

0,0%

Solola

16

0

0

0

0

0

1

0

1

6,3%

1

6,3%

Yaliembe

17

0

1

0

1

1

1

1

2

11,8%

3

17,6%

Yalotcha

15

0

0

0

0

0

0

0

0

0,0%

0

0,0%

Yasuka

17

0

0

1

1

1

2

1

3

17,6%

4

23,5%

Yaokombo

15

0

0

0

0

0

0

2

2

13,3%

2

13,3%

Yalanga

15

0

0

0

0

0

1

0

1

6,7%

1

6,7%

Yakondji

15

0

0

0

0

0

0

1

1

6,7%

1

6,7%

Celco

15

0

0

1

1

1

0

0

0

0,0%

1

6,7%

Yaotike

15

0

0

0

0

0

1

0

1

6,7%

1

6,7%

Ilota

15

0

0

0

0

0

3

0

3

20,0%

3

20,0%

TOTAL

231

3

1

3

7

3,0%

15

6

21

9,1%

28

12,1%

Dans la zone de santé de Yakusu, un total de 231 enfants de 6 à 59 mois a été dépisté dans 15 villages par l’équipe ACF. Parmi eux, 7 étaient atteints de malnutrition aiguë sévère et 21 de malnutrition aiguë modérée. Les dépistages rapides réalisés dans les deux zones de santé ont montré une situation de crise nutritionnelle.

Dans la zone de santé de Yakusu, à cause des crues saisonnières du fleuve Congo conduisant aux inondations et au manque d’eau potable, il y a prolifération des maladies hydriques telles que l’amibiase, la trypanosomiase et la dysenterie bacillaire. Les statistiques sur l’évolution de ces maladies sont reprises dans le tableau ci-dessous.

Tableau 7 : Données des maladies hydriques dans la zone de santé de Yakusu

 

sept-10

oct-10

nov-10

déc-10

janv-11

févr-11

mars-11

Maladies hydriques

Cas

Dcd

Cas

Dcd

Cas

Dcd

Cas

Dcd

Cas

Dcd

Cas

Dcd

Cas

Dcd

Amibiase

44

0

29

0

32

0

51

0

62

0

55

0

75

0

Trypanosomiase

1

0

1

0

4

0

0

0

0

0

1

0

1

0

Dysenterie bacillaire

1

0

2

0

1

0

0

0

0

0

5

0

40

0

Choléra

0

0

0

0

0

0

0

0

0

0

1

0

35

7

Diarrhée simple

126

0

123

0

91

0

152

0

174

0

374

3

629

1

Source : BCZ de Yakusu

Par rapport à l’accès à l’eau, la situation est caractérisée par un manque des structures aménagées dans la ZS de Yaleko. La population consomme l’eau issue des sources non aménagées et non protégées provenant des ruisseaux, des rivières et des pluies.

Dans la ZS de Yakusu, les données récoltées sur 30 villages répartis dans 11 aires ont montré que 56 % des sources sont non-protèges et/ou non-fonctionnelles. Sur 15 villages répartis dans 5 aires de santé, il a été observé que, parmi 18 puits existants, seulement 1 était en état de fonction et protégé.

3.7. Les mécanismes de survie

Quand il y a crise alimentaire, les ménages mettent en place des stratégies leur permettant de s’adapter à la crise et de se procurer de la nourriture. La nature et la fréquence hebdomadaire d’adoption de ces stratégies varient selon le niveau de sévérité de la crise (1,2 ou 3) et d’une zone de santé à l’autre. Les tableaux ci-dessous, montrent la fréquence hebdomadaire d’adoption de chaque stratégie par les ménages pour faire face à la crise qui gangrène leur situation alimentaire.

Tableau 8 : Stratégies d’adaptation à la crise alimentaire adoptées par les ménages de Yaleko

   

Fréquence

Niveau de sévérité de la crise

Stratégies de survie

hebdomadaire

d’adoption

1

Vente des récoltes sur pied

1

1

2

Ramassage des chenilles et des champignons

7

1

3

Modification des habitudes alimentaires

4

2

4

Emprunt de la nourriture

3

2

5

Diminution du nombre des repas

2

3

Tableau 9 : Stratégies d’adaptation à la crise alimentaire adoptées par les ménages de Yakusu

   

Fréquence

Niveau de sévérité de la crise

Stratégies de survie

hebdomadaire

d’adoption

1

Achat de la nourriture à Kisangani

1

1

2

Diminution de la consommation des adultes

3

1

3

Emprunt de la nourriture

2

2

4

Modification des habitudes alimentaires

6

3

La fréquence hebdomadaire d’adoption varie de 0 à 7 (0 = jamais, 1 = 1 jour par semaine … 7 = 7 jours par semaine) et le niveau de sévérité de la crise varie de 1 à 3 (1 = peu sévère, 2 = moyennement sévère et 3 = très sévère).

Commentaires sur les stratégies d’adaptation à la crise alimentaire :

Pour la zone de santé de Yaleko :

La vente des récoltes sur pied (1) : cette stratégie adoptée quand la crise est moins sévère. La vente concerne plus les : cette stratégie adoptée quand la crise est moins sévère. La vente concerne plus les produits céréaliers (riz et maïs).

Le ramassage des produits forestiers non ligneux (1) : Le ramassage des produits forestiers non ligneux constitue selon les enquêtés une stratégie de survie Le ramassage des produits forestiers non ligneux constitue selon les enquêtés une stratégie de survie non sévère dans la mesure où la période

dans laquelle ces évaluations ont eu lieu coïncide avec l’apparition des chenilles et des champignons dans les massifs forestiers. A cette occasion, les ménages récoltent ces produits forestiers pour subvenir à leur besoin alimentaire.

La modification des habitudes alimentaires (2) : Quand le niveau de la crise devient moyennement sévère, les ménages de la zone de Quand le niveau de la crise devient moyennement sévère, les ménages de la zone de santé de Yaleko ne tiennent plus compte de leur préférence alimentaire et consomment a nourriture disponible.

Les emprunts (2) : les enquêtés estiment que cette stratégie est adoptée lors que la crise est moyennement sévère. les enquêtés estiment que cette stratégie est adoptée lors que la crise est moyennement sévère. Il s’agit souvent des emprunts de la nature (banane plantain, tubercule de manioc, poisson, viande boucanée, etc.).

La diminution du nombre des repas ou réduction de la consommation des adultes (3) : Les résultats des évaluations ont montré que la réduction du nombre des repas est un Les résultats des évaluations ont montré que la réduction du nombre des repas est un mécanisme adopté quand la crise devient très élevée. A Yaleko, le nombre de repas pris par jour est de deux, peu importe l’âge. En période de crise sévère, les adultes prennent un seul repas par jour ou parfois sans repas en privilégiant les enfants.

A partir de la somme des nombres résultants de la multiplication de fréquence d’adoption de chaque

stratégie à la sévérité relative de la crise, le résultat obtenu (28 soit 18,1%) a montré que la zone de santé de Yaleko se trouve actuellement dans la phase de crise alimentaire peu sévère.

100 % 55,4% 0% 50% 54,4% 0 70 77 84 154
100 %
55,4%
0%
50%
54,4%
0
70
77
84
154

Crise alimentaire peu sévère

Pour la zone de santé de Yakusu

Crise alimentaire moyennement sévère

Crise alimentaire sévère

Achat de la nourriture à Kisangani (1) : le rapprochement de la zone de santé de Yakusu à la ville de Kisangani : le rapprochement de la zone de santé de Yakusu à la ville de Kisangani permet aux populations de pouvoir se ravitailler dans les marchés qui y sont installés. Mais le niveau élevé des prix des denrées agricoles dans ces marchés et le faible pouvoir d’achat de la population rend ce mécanisme précaire et non adoptable à tous les ménages en crise alimentaire.

La diminution de la consommation des adultes (1) : dans cette zone, la diminution du nombre de la consom mation des adultes est un dans cette zone, la diminution du nombre de la consommation des adultes est un mécanisme qui plus adopté par les ménages qui n’ont pas accès aux marchés de Kisangani pour faire à la crise peu sévère de la nourriture dans la zone.

Les emprunts de la nourriture (2) : les emprunts de la nourriture est un mécanisme adopté par les ménages de Yakusu quand les emprunts de la nourriture est un mécanisme adopté par les ménages de Yakusu quand la crise est moyennement sévère. Quand le prêt de la nourriture est octroyé par un ami ou une personne familière, le remboursement se fait sans quantité additionnelle de la quantité empruntée. Par contre, quand le prêteur est une tierce personne, l’emprunteur s’acquitte de sa dette par le remboursement du principal et de l’intérêt. Cet intérêt peut valoir la quantité empruntée.

Modification des habitudes alimentaires (3) : Quand les ménages font des achats à Kisangani ou empruntent la nourriture , ils les Quand les ménages font des achats à Kisangani ou empruntent la nourriture, ils les font pour les aliments qu’ils préfèrent consommer. Mais quand la crise devient sévère, les aliments consommés ne correspondent pas forcement à leurs habitudes alimentaires. Les ménages qui mangent traditionnellement le lituma aux poissons ou à la viande du gibier, se sont contraints de manger le lituma aux feuilles de manioc, le riz aux légumes etc.

A

la question de savoir à quelle phase de crise alimentaire se trouve la zone de santé Yakusu, le résultat de

la

somme des nombres résultants de la multiplication de fréquence d’adoption de chaque stratégie à leur

sévérité relative de la crise, 26 soit 53,1% montre que la zone de santé de Yakusu se trouve actuellement dans la phase moyennement sévère de la crise alimentaire.

100 % 37,5% 0% 50% 64,3% 0 17,5 24,5 31,5 49
100 %
37,5%
0%
50%
64,3%
0
17,5
24,5
31,5
49
100 % 37,5% 0% 50% 64,3% 0 17,5 24,5 31,5 49 C r i s e

Crise alimentaire peu sévère

Crise alimentaire moyennement sévère

s é v è r e Crise alimentaire moyennement sévère Crise alimentaire sévère 4. CONCLUSION ET

Crise alimentaire sévère

4. CONCLUSION ET RECOMMANDATIONS

4.1. Conclusion

La Province Orientale a été touchée par deux conflits armés survenus entre 1996 et 2001 et les zones de santé de Yakusu et Yaleko n’ont pas été épargnées. Ces deux conflits ont affecté considérablement les moyens d’existence des populations locales dont cette étude, portant sur leurs moyens d’existence et la situation de sécurité alimentaire, décrit la situation actuelle présente dans la zone.

Il en ressort que les zones de santé de Yakusu (territoire d’Isangi) et Yaleko (territoire d’Opala) étaient, avant les deux guerres susmentionnées, en sécurité alimentaire, dans la mesure où les populations locales arrivaient à subvenir correctement aux besoins alimentaires de leurs familles. Ces territoires étaient les centres de production comptant plusieurs exploitations agricoles privées qui alimentaient en produits agricoles la ville de Kisangani. Les routes, praticables à cette époque, (réhabilitation périodique des routes) favorisaient les échanges commerciaux entre ces zones et Kisangani et donc l’écoulement des produits agricoles.

Actuellement, la subsistance des populations de ces zones dépend de l’agriculture, de la pêche, de la chasse, de l’élevage et de la cueillette des produits forestiers. Mais, la dégénérescence d’intrants agricoles, le manque des matériels de pêche, les crues du fleuve Congo, le déboisement de la forêt et les épidémies et épizooties ont affecté négativement ces moyens susmentionnés permettant aux populations de subvenir à leurs besoins essentiels. Ainsi, dans les deux zones, la disponibilité des produits alimentaires est presque inexistante. Et, à l’échelle des ménages, l’accès à la nourriture est très limité. A cette situation d’insécurité alimentaire que traversent les ménages, s’ajoutent le manque d’accès à l’eau potable et aux latrines hygiéniques, qui sont à la base des fréquentes maladies et épidémies hydriques observées dans la zone de santé de Yakusu. Depuis l’apparition des crises répétées, aucune action humanitaire de grande envergure n’a été entreprise dans les deux zones de santé.

Par conséquence, ACF propose de mettre en place une intervention multisectorielle en Sécurité Alimentaire / Nutrition dans la zone de santé de Yaleko et, en Sécurité Alimentaire / Nutrition et Eau-Assainissement dans la zone de santé de Yakusu.

Pour le volet sécurité alimentaire, ACF propose un programme de restauration des moyens de subsistance (agricole et halieutique) et de renforcement de la sécurité alimentaire des ménages vulnérables. Pour le volet Eau et Assainissement, ACF propose de mettre en œuvre un programme de réhabilitation/construction de plusieurs infrastructures publiques et individuelles (latrines, points d’eau potable) et de sensibilisation aux bonnes pratiques d’hygiène auprès des ménages vulnérables, en particulier les ménages ayant des enfants malnutris, en adaptant son action aux caractéristiques particulières de la zone de santé de Yakusu (problématique d’inondation). Enfin, pour le volet Nutrition, ACF compte mettre en place des unités nutritionnelles thérapeutiques ambulatoires et intensifiées pour la prise en charge des malnutris.

4.2. Recommandations

4.2.1. Ciblage prioritaire Les groupes cibles pour le futur programme devront être constitués des :

Dans la zone de santé de Yakusu :

- Ménages victimes des crues du fleuve Congo en avril passé ;

- Villages et structures sanitaires n’ayant pas accès à l’eau potable et latrines hygiéniques ;

- Ménages ayant un ou plusieurs enfants mal nourris,

- Ménages avec cas du choléra ;

- Ménages pêcheurs et agricoles, mais ne disposant pas d’outillage de qualité et diversifié ;

- Villages sans sources ou puits d’eau potable ;

- Villages sans latrines hygiéniques.

Dans la zone de santé de Yaleko :

- Ménages ayant un ou plusieurs enfants mal nourris ;

- Ménages reconnus agriculteurs, mais ne disposant pas dintrants agricoles de qualité et diversifié ;

- Ménages agricoles ne produisant qu’une saison culturale sur deux.

D’autres caractéristiques des groupes cibles pourront être complétées par les communautés lors de la phase de l’identification des bénéficiaires des programmes.

4.2.2 Recommandations d’intervention

Secteurs

Zones

Types d’activités

Populations cibles

d’activités

de

santé

Agriculture de

subsistance

Yakusu

et de

Distribution d’intrants (outils et semences) : 1 houe, 1 machette, 1 hache, 10kg de semences
Distribution d’intrants (outils et semences) : 1 houe, 1 machette, 1 hache, 10kg de semences

Distribution d’intrants (outils et semences) : 1 houe, 1 machette, 1 hache, 10kg de semences de céréales (maïs, et riz), 3kg de légumineuses (arachide, haricot) ;

Formation des partenaires et bénéficiaires en techniques agricoles, c'est-à-dire renforcement des capacités sur les opérations culturales ;

Ménages de la zone de santé de Yaleko dont les caractéristiques sont reprises ci-haut ;
Ménages de la zone de santé de Yaleko dont les caractéristiques sont reprises ci-haut ;

Ménages de la zone de santé de Yaleko dont les caractéristiques sont reprises ci-haut ;

Ménages d’accueil des sinistrés situés dans les villages de : Yaokombo, Yawenda, Yaongonda, Yadanfe et Yelenge dans la zone de santé de Yakusu.

Yaleko

Mise en place de jardins de démonstration dans des villages où il a été dénombré

Mise en place de jardins de démonstration dans des villages où il a été dénombré de nombreux cas de malnutrition.

Maraîchage

Yakusu

Distribution d’un kit maraîcher/ménage comprenant :

houeDistribution d’un kit maraîcher/ménage comprenant :

Ménages riverains, victimes d’inondation et ayant des enfants mal nourris,

Ménages riverains, victimes d’inondation et ayant des enfants mal nourris,

machetteMénages ayant des enfants malnutris, monoparentaux et dont la femme est chef.

Ménages ayant des enfants malnutris, monoparentaux et dont la femme est chef.

Ménages ayant des enfants malnutris, monoparentaux et dont la femme est chef.

arrosoirenfants malnutris, monoparentaux et dont la femme est chef. 40g de semences maraîchères (amarante, tomate, épinard,

40g de semences maraîchères (amarante, tomate, épinard, aubergine)

40g de semences maraîchères (amarante, tomate, épinard, aubergine)

 

Yaleko

Distribution d’un kit maraîcher/ménage comprenant :

Ménages reconnus agriculteurs, monoparentaux et dont la femme est chef.

Ménages reconnus agriculteurs, monoparentaux et dont la femme est chef.

houekit maraîcher/ménage comprenant : Ménages reconnus agriculteurs, monoparentaux et dont la femme est chef. machette

machettekit maraîcher/ménage comprenant : Ménages reconnus agriculteurs, monoparentaux et dont la femme est chef. houe

   
1 arrosoir

1 arrosoir

 
40g de semences maraîchères (amarante, tomate, épinard, aubergine)

40g de semences maraîchères (amarante, tomate, épinard, aubergine)

Pêche

Yakusu

Distribution des équipements de pêche :

Pêcheurs professionnels artisanaux réunis en associations.

artisanale

1000 filets de taille adaptée aux conditions de pêche dans la zone ;

1000 filets de taille adaptée aux conditions de pêche dans la zone ;

Regroupement des pêcheurs en associations et organisation des ateliers d’échange d’expériences dans les sites de

Regroupement des pêcheurs en associations et organisation des ateliers d’échange d’expériences dans les sites de pêche.

 

Éducation

Yaleko

Formation des bénéficiaires sur la composition des repas pour femmes enceintes, femmes allaitantes, nourrissons, enfants

Formation des bénéficiaires sur la composition des repas pour femmes enceintes, femmes allaitantes, nourrissons, enfants âgés de 6 à 59 mois, ainsi que les principes nutritifs des aliments.

 

nutritionnelle

et

Yakusu

Eau et

Yakusu

Améliorer l’accès à l’eau potable par la création/réhabilitation de 27 points d’eau (10 sources +

Améliorer l’accès à l’eau potable par la création/réhabilitation de 27 points d’eau (10 sources + 15 puits manuels + 2 impluviums) ;

Les structures sanitaires visées : Yalongonda, Yaselia, Ikongo, Yaosenge, Yalotsha, Yawenda, Yaokombo, Yakungu, Yaotike, Yalanga, Yasendo, Yaesea, Bolongo, Ilota, Lotokila et Yaoseko ainsi que dans les marchés de Yalikombo et Yanonge;

assainissement

Construction 4 latrines publiques dans les milieux populaires (1 marché de Yalikombo + 1 marché

Construction 4 latrines publiques dans les milieux populaires (1 marché de Yalikombo + 1 marché de Yanonge + 1 port de Lindi + port de Yanonge) dans les et à l’assainissement ;

Améliore les pratiques d’hygiène .

Améliore les pratiques d’hygiène.

A court terme

- Distribution des kits maraîchers et vivriers (outils et semences vivrières);

- Distribution d’intrants de pêche aux pêcheurs ;

- Formation des bénéficiaires et partenaires en techniques agricoles et en techniques de pêche;

- Sensibilisation et formation des ménages sur l’utilisation adéquate de la nourriture pour les nourrissons, les enfants âgés de 6 à 59 mois, les femmes enceintes et allaitantes;

- Relance de la dynamique organisationnelle (groupement de producteurs et pêcheurs) ;

- Réhabilitation des points d’eau ;

- Construction des latrines publiques.

A moyen terme

- Désenclavement de la zone (réhabilitation de pistes de desserte agricole);

- Renforcement des capacités techniques des producteurs locaux (agriculture, pêche);

- Organisation et renforcement des circuits de commercialisation des produits agricoles dans la zone de santé de Yaleko et des produits de pêche dans la zone de santé de Yakusu;

- Relance du petit élevage familial.

A long terme

- Renforcement de la dynamique communautaire;

- Développement de l’initiative d’entreprise agricole familiale (fermes agricoles familiales);

- Désenclavement de la zone (réhabilitation de pistes de desserte agricole et de pistes secondaires reliant les zones de production aux centres d’écoulement des récoltes).

Calendrier d’intervention Dans l’optique de distribuer les intrants agricoles en conformité avec le calendrier cultural local (saison B), nous proposons le calendrier d’activités ci-dessous :

Activités J F M A M J Jt A S O N D 1. Recrutement
Activités
J
F
M
A
M
J
Jt
A
S
O
N
D
1.
Recrutement et formation
de l’équipe de terrain
2.
Ciblage des zones
d’intervention
3.
Identification des
bénéficiaires et partenaires
4. Distribution des Kits
5. Formation des bénéficiaires
6. Monitoring
7. Jardins de démonstration

ANNEXES

Annexe 1 : Guide d’entretien auprès des acteurs clés

Historique de la zone

Evénements politiques, économiques, naturels (insister sur ces événements pour la zone de Yakusu), démographiques…sur les 10 à 20 dernières années sur la zone/ le village.

Dynamique spatio-temporelle des activités de production (agriculture, élevage, pêche) et de valorisation (transformation/vente/consommation) des produits locaux

Caractéristiques naturelles du village

Localisation, végétation

Accès/le village

Caractéristiques démographiques et ethnoculturelles

Nombre de familles dans le village/ Nombre moyen de personnes par famille/ Composition des familles

Ethnies, langages, religions

Origines des familles : résidents/ déplacés/réfugiés, mouvement de population ?

Localisation/répartition spatiale des différents groupes

Activités

Principales activités industrielles/ commerciales/ agricoles/ artisanales/etc.

Calendrier des activités saisonnières (insister sur les différentes phases climatiques)

Opportunités d’emploi

Organisation du village

Administrative

Traditionnelle

Religieuse

Sociale Relation au sein de la population (domination, réseau de solidarité/entraide, crédit/prêt/usure, banque des semences). Utilisation et accès aux ressources (à la terre, aux espaces aquatiques, à la forêt,…) Pratique d’héritage, de mariage,…condition des veuves ? Identification des partenaires potentiels

des veuves ? Identification des partenaires potentiels Infrastructures  Ecoles  Dispensaire  Château
des veuves ? Identification des partenaires potentiels Infrastructures  Ecoles  Dispensaire  Château

Infrastructures