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L'approche "end of pipe"

Le marché de la pollution - i.e. l'approche "end of pipe"


Depuis le début des politiques de « protection de l'environnement », dans les années 50-60
(d'abord dans les pays de l'OCDE), l'approche principale consiste à agir de manière
réparatrice, en aval, en traitant la pollution : c'est ce que l'on appelle l'approche « end of pipe
», que l'on peut traduire en français par « fin de processus ».
Traditionnellement, on distingue trois aspects de l'approche « end of pipe » :

• les équipements nécessaires au traitement de la pollution : Équipements de traitements


de déchets, stations d'épuration des eaux, dispositifs de contrôle des polluants (filtres,
etc.).

• les infrastructures nécessaires au fonctionnement de ces équipements : installations,


infrastructures pour effectuer ces traitements de la pollution.

• les services à valeur ajoutée associés : services de suivi et conseil associés: mesures,
analyses, contrôles, évaluations, études d'impact, etc.

A l'inverse de l'approche end of pipe, l'écologie industrielle (tout comme d'autres approches
plus anciennes et moins globales, comme la Cleaner Production ou l'Eco-efficacité) vise une
approche en amont, préventive.
L'industrie séparée de la biosphère
Selon une étude de l'International Finance Corporation (un organisme rattaché à la Banque
mondiale), le chiffre d'affaire annuel global des activités de traitement de la pollution dans le
monde a dépassé les 600 milliards de dollars en 2000. C'est un marché en très forte
croissance, notamment dans les pays en développement, avec un taux de croissance de l'ordre
de 25% par an dans certains de ces pays. Dans les seuls pays de l'OCDE, le nombre d'emplois
« verts » (qu'il serait plus juste de qualifier de « bruns » puisqu'il s'agit essentiellement
d'emplois liés au traitement de la pollution) dépasse les quatre millions.

Légende

Le système industriel perçu comme séparé de la Biosphère


Conceptuellement, on peut dire que l'approche « end of pipe » suppose une vision de
l'environnement comme étant extérieur à l'activité économique. Dans cette perspective, il
s'agit de minimiser les impacts du système industriel sur l'extérieur sur « l'environnement ».
Dans cette vision, l'activité économique, le système industriel, sont vus comme séparés de la
Biosphère.
Utile, mais ...
Il est indéniable que l'approche « end of pipe » a rendu, et rend toujours, de grands services.
Toutefois, on peut relever un certain nombre de limitations à cette stratégie centrée sur le
traitement de la pollution :

1. C'est une approche sectorielle, qui considère séparément l'eau, l'air, les sols, ne
prenant pas en compte la nature systémique de la Biosphère. En pratique, cette
approche sectorielle revient ainsi souvent à déplacer une pollution d'un milieu à un
autre, par exemple la pollution aquatique dans des boues d'épuration. Ce transfert de
pollution, qui peut s'avérer momentanément et localement bénéfique, ne résout donc
pas véritablement les problèmes d'environnement.
2. C'est une approche incrémentale, qui procède par petites améliorations successives des
activités économiques. De ce fait, elle ne favorise pas vraiment l'innovation.

3. Une caractéristique de l'approche incrémentale réside dans son coût de plus en plus
élevé pour une efficacité proportionnellement moindre. Considérons exemple d'un
filtre retenant 60% des polluants d'un effluent gazeux: pour passer d'une efficacité de
60% à 80%, puis à 90%, 95%, etc., le coût (lié à la difficulté technique) augmentera de
plus en plus pour un gain en efficacité proportionnellement de plus en plus petit.
4. Involontairement, l'approche « end of pipe » induit un effet économique douteux, dans
la mesure où les activités de traitement de la pollution sont comptabilisées dans le PIB
au même titre que d'autres activités économiques. Autrement dit, la pollution, dans la
mesure où elle est traitée, fait augmenter la croissance économique - alors qu'en
réalité, cette croissance reflète une dégradation de l'environnement !
5. L'approche « end of pipe », qui vise essentiellement à respecter les standards minima
édictés par les législations environnementales, encourage les entreprises à en faire le
minimum sur le plan de l'environnement, dans une attitude réactive, plutôt qu'à
adopter une approche proactive et préventive. On peut dire par conséquent qu'elle
favorise une certaine inertie, voire paresse, technologique.

6. Les pays industrialisés (OCDE) favorisent, souvent par le biais de subventions et


d'aides diverses, l'exportation de leurs technologies « end of pipe » dans les pays en
développement. Toutefois, cette tendance peut être vue comme leur étant défavorable,
dans la mesure où elle incite ces pays à suivre une trajectoire de développement
polluante, similaire à celle accomplie par les pays industrialisés. A l'inverse, une
stratégie de «saut technologique» («leapfrogging» selon l'expression anglaise), leur
donnant accès sans délai à des technologies plus efficaces (et donc moins polluantes)
leur serait plus favorable.

7. Enfin, l'approche « end of pipe » aborde les questions d'environnement par le petit
bout de la lorgnette, en se concentrant uniquement sur le traitement des conséquences,
sans intervenir à l'échelle systémique. En particulier, le traitement de la pollution reste
sans effet sur le problème de la consommation des ressources. Pourtant, agir en amont,
en diminuant la consommation de ressources, est l'une des meilleures manières de
prévenir la pollution.

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