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Définition Du Pauvre Et Du Misérable

Le document définit les termes de 'pauvre' et 'misérable' selon des critères de suffisance financière pour vivre, en tenant compte des besoins de première nécessité et du statut social. Il explique également les conditions d'éligibilité à la zakât, notamment en ce qui concerne le travail, les aides extérieures et la durée de l'évaluation des besoins. Enfin, il aborde le droit à la zakât pour les étudiants en sciences, considérant leur rôle dans la communauté.

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Définition Du Pauvre Et Du Misérable

Le document définit les termes de 'pauvre' et 'misérable' selon des critères de suffisance financière pour vivre, en tenant compte des besoins de première nécessité et du statut social. Il explique également les conditions d'éligibilité à la zakât, notamment en ce qui concerne le travail, les aides extérieures et la durée de l'évaluation des besoins. Enfin, il aborde le droit à la zakât pour les étudiants en sciences, considérant leur rôle dans la communauté.

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DÉFINITION DU PAUVRE ET DU MISÉRABLE

Bismillâhir-rahmânir-rahîm

Les premiers des huit bénéficiaires de la zakât mentionnés par Allah (s. 9, v.
60) sont le pauvre et le misérable. Mais qui sont-ils précisément ?
Définissons-les en sept étapes :

1ère étape :
Chacun des deux ne possède pas, par ses biens et/ou un travail, ce qui lui suffit
pour vivre, lui et les personnes à sa charge (femme et enfants, mais peut-être aussi
parents, frères et sœurs, etc.). Et le misérable est en cela dans une situation plus
critique. Il possède moins de 50% de ce qu’il lui faut, tandis que le pauvre possède
entre 51 et 99%. Par exemple, une personne qui a besoin de 1500 € par mois pour
les dépenses nécessaires (les siennes et celles des personnes à sa charge) mais ne
dispose que de 1000 €, est pauvre ; s’il ne trouve que 500 €, il est misérable.
Définir la pauvreté et la misère en fonction de ce qui est nécessaire pour vivre, le
possède-on ou pas, est l’avis des Malikites, des Chafiites et des Hanbalites. Quant
aux Hanafites, ils déterminent cela par rapport au nisâb (le seuil d’imposition pour la
zakât), le possède-on ou pas.

2ème étape :
Ce qui est voulu par « ce qui est nécessaire / qui suffit pour vivre » ce sont les
besoins de première nécessité : s’alimenter, se vêtir et se loger, mais aussi se
soigner et assurer les frais de déplacement nécessaire de son véhicule ou par les
transports en commun, le cas échéant.
D’autre part, l’on tient compte en cela du rang social de l’individu, même si cela
est plus compréhensible et applicable dans les sociétés traditionnelles où les degrés
de noblesse/bassesse selon la tribu, l’ethnie, la lignée ou le métier sont encore en
vigueur. Ainsi, un noble nécessiteux (pauvre ou misérable) aura droit à plus d’argent,
de la zakât, qu’un individu de bas rang ayant exactement le même manque (par
exemple 50% de ce qui suffit pour vivre). Cela car la classe sociale du premier exige,
en termes de logement, d’habillement et de moyen de transport, bien plus que celle

1
du second. Également, les gens de haut rang ne peuvent pratiquer n’importe quelle
activité professionnelle. Il y a un exemple de cela dans le hadith : « Les gains les plus
mauvais sont le prix de vente d’un chien, le salaire de la prostituée et le salaire du
praticien en hijâmah. » (rapporté par Mouslim d’après Râfi’ ibn Khadîj) ; cela car
gagner de l’argent en pratiquant la hijâmah était un travail vil dans la société arabe, à
tel point que le Prophète - sallallâhou ‘alayhi wa sallam -, pour inciter les individus libres
(non-esclaves) à s’en éloigner, a associé son revenu, pourtant licite, à deux gains
illicites (celui de la vente d’un chien et celui de la prostitution) dans l’attribut qu’est
« les gains les plus mauvais »1. Par exemple, dans la société arabe du Yémen du nord
d’aujourd’hui, le travail de boucher ainsi que celui de serveur sont très vils et ne
peuvent donc être pratiqués que par les descendants d’esclaves ou ceux qui ne sont
pas de lignée arabe. Dans la société arabe mauritanienne d’aujourd’hui, ne peuvent
avoir un âne comme moyen de transport que les classes les plus basses, telles que les
descendants d’esclaves.

3ème étape :
Quand est-il du travail, en avoir un ou être capable d’en avoir un, dans la définition
de la pauvreté et de la misère ?
Avoir un travail dont le salaire est insuffisant (qui ne permet pas d’assurer à 100%
les dépenses de première nécessité), ne fait pas perdre le statut de nécessiteux ; à
condition, bien sûr, que ce revenu insuffisant ne soit pas complété par un gain venant
d’un investissement, par exemple, ou une aide familiale ou sociale (comme on va
l’expliquer dans une prochaine étape).
Être capable de travailler est différent, il y a en cela le détail suivant. Le premier
cas est celui du nécessiteux qui a donc droit à la zakât : c’est l’individu capable de
travailler mais qui ne trouve pas de travail correspondant à son rang social ou en a
trouvé un mais dont le revenu est insuffisant. Le second cas est celui de l’individu
qui n’a pas droit à la zakât : celui qui a les capacités physiques et la qualification pour
faire un travail qui correspond à son rang social et dont la rémunération lui est
suffisante, qui a aussi la possibilité dans le monde du travail d’exercer ce métier qu’il
sait faire, mais qui ne le fait pas pour une raison autre que de s’occuper par une (autre)
obligation. Cette règle est établie par le hadith suivant : « Deux hommes demandèrent
au Prophète - sallallâhou ‘alayhi wa sallam - de leur donner une part de la zakât. Il les
observa de la tête aux pieds puis leur dit : « Je vais vous en donner une part, mais
après que vous sachiez que toute personne qui a déjà sa suffisance ou qui a
déjà une qualification pour un travail pour lequel elle est apte physiquement,

1
Notons tout de même qu’il y a eu d’autres interprétations de ce hadith chez les oulémas.
2
n’y a droit. ». » (rapporté par Aboû Dâwoûd et an-Nasâ-i d’après ibn ‘Adiyy ibn al-
Khiyâr)2.

4ème étape :
Pour quelle durée doit-on évaluer la suffisance d’un individu ? Pour un an. C’est-
à-dire que le nécessiteux est celui qui ne dispose pas de ce qui lui suffit pour une
année. Si le revenu est mensuel et qu’il est suffisant pour les dépenses nécessaires du
mois, on a alors ce qu’il faut pour une année tant que ce revenu ne s’interrompt pas.
De ce fait, le manque à combler lorsqu’on verse la zakât à un besogneux doit se
calculer sur une période d’un an. Par exemple, un pauvre qui perçoit 1000 € par mois
alors qu’il a besoin de 1500 € pour ses besoins primaires, et qui n’a pas d’autre entrée
d’argent ni d’économies pour compléter ce manque, a droit en part de zakât à 500 €
* 12 = 6000 €, et pas plus.
C’est là l’avis des Malikites et des Hanbalites, ainsi que de certains grands juristes du
madhhab châfi’i. Tandis que l’avis de référence dans l’école chafiite dit que ce n’est pas
sur la durée d’un an que l’on fait cette estimation mais plutôt sur la période moyenne
de vie. C’est-à-dire que celui qui ne dispose pas de ce qui lui suffit pour vivre, lui et
ceux qui sont à sa charge, jusqu’à la mort selon l’espérance de vie moyenne dans sa
région, reste nécessiteux ; et le manque à combler quand on lui verse la zakât n’est
pas celui d’un an seulement mais de toute une vie. En d’autres termes, cet avis dit
que la zakât est fait pour sortir le nécessiteux de l’état du besoin vers l’état de la
suffisance pour toujours et non pas pour une année seulement.
De cette divergence dépend, par exemple, la divergence sur le statut de construire
ou d’acheter un logement au nécessiteux avec l’argent de la zakât. Les premiers
disent non, on ne peut lui donner plus que ce qu’il lui faut pour payer un an de loyer.
Les derniers disent oui, on peut lui donner de quoi avoir un logement à lui pour toute
sa vie.
Les arguments de l’avis majoritaire sont en résumé :
- Le fait que le Prophète - sallallâhou ‘alayhi wa sallam - ait pris de ce qui lui
revenait de droit parmi les prises de guerre de quoi manger, lui et sa famille,
pendant un an, puis a dépensé le reste dans l’équipement militaire nécessaire
aux musulmans.

2
Cependant, les Malikites ne font pas cette distinction. Pour eux, tout individu qui ne dispose pas
de ce qui lui suffit pour vivre, que les conditions favorables au travail qui lui sied soient toutes
réunies ou pas, a droit à la zakât.
3
- Le fait qu’une année soit, de coutume, la période moyenne pour laquelle
l’individu cherche à assurer, dès à présent, la subsistance de sa personne et de
sa famille.
- Le fait que le versement de la zakât se répète chaque année pour les
nécessiteux.
Remarque : selon l’avis de la majorité des juristes, celui qui a un revenu mensuel
insuffisant par rapport à ses besoins de première nécessité, mais a des économies
qui suffisent pour combler ce manque durant un an, n’est pas un nécessiteux, il
n’a pas droit à la zakât.
Attention : il faut tenir compte de ce que possède l’individu comme moyens
naturels d’obtenir de l’alimentation (potager et bêtes) et pas seulement de ses
revenus financiers pour déterminer son statut face à la pauvreté. Nous avions défini
le besogneux dans la première étape en disant : celui qui ne possède pas, par ses biens
et/ou un travail, ce qui lui suffit pour vivre. Avoir une entrée d’argent mensuelle très
faible n’est pas forcément synonyme de droit à la zakât. Bien sûr cela concerne
davantage les sociétés sous-développées ou en voie de développement que les
sociétés industrielles de l’Occident, mais il faut donc y faire attention quand on verse
sa zakât en Afrique, au Moyen-Orient ou en Asie.

5ème étape :
Quand est-il du nécessiteux qui a ses besoins assurés par autrui ? Si cela vient
d’une personne qui a l’obligation de le faire, telle que l’homme pour son épouse et
l’homme pour son proche, on sort alors de l’état du besoin vers celui de la suffisance.
Mais si cela vient d’une personne qui n’a pas l’obligation de le faire, donc d’un
bienfaiteur, on reste dans l’état de besoin qui donne droit à la zakât ; c’est l’avis des
Chafiites et des Hanbalites3. (Cf. al-mou’tamad fil fiqh ach-châfi’i de Mouhammad az-
Zouhayli et al-mawsoû’ah al-fiqhiyyah al-kouwaytiyyah)
C’est pourquoi en interrogeant quelques chaykhs 4 au sujet du musulman
nécessiteux qui perçoit des aides sociales de l’État, mensuellement, couvrant
tous ses besoins primaires, j’avais obtenu en réponse que dans ce cas-là il sort de
l’état de besoin à celui de la suffisance, sans qu’il n’y ait de différence en cela entre
un État musulman et un État mécréant. Cela car, d’après ces chaykhs, l’individu n’a
plus de dépense nécessaire qui ne soit déjà assurée, il n’est donc plus démuni. Et
selon le détail présent dans l’avis des Chafiites et des Hanbalites cité précédemment,

3
Je ne connais pas celui des Hanafites ni celui des Malikites pour le sujet.
4
Le mufti égyptien Ahmad Zakiy, le juriste chafiite libanais Îfân Moustafâ Tantâ, le mouhaddith
indien Wasiyyoullâh ‘Abbâs.
4
on ajoute la raison suivante : aussi car l’État a l’obligation de subvenir aux besoins
nécessaires des individus du peuple qu’ils ne parviennent à assurer eux-mêmes.

6ème étape :
Sujet annexe : quand est-il du cas de l’individu qui dispose de toutes les conditions
favorables au travail (il est apte physiquement, est qualifié pour un métier et a la
possibilité de l’exercer dans le monde du travail), en l’échange d’un revenu qui lui
procure la suffisance, mais ne le fait pas car il s’occupe d’accomplir une
obligation 5 telle que l’étude d’une science, religieuse ou mondaine, dont la
oummah a nécessairement besoin ? Il est parmi les bénéficiaires de la zakât ;
sans parler de celui qui ne réunit pas toutes ces conditions favorables au travail et
s’investit dans ce type d’études. Cependant, certains oulémas limitent cela aux
sciences islamiques. D’autre part, certains oulémas mettent une condition : qu’il
ait les aptitudes intellectuelles pour réussir dans l’acquisition de cette science puis
dans sa transmission, car l’objectif est qu’il la transmette ensuite aux musulmans et
servent leurs intérêts au moyen de celle-ci. D’autres en citent deux autres : la
première, s’il est dans le besoin, s’il n’a pas déjà de quoi subvenir à ses dépenses
nécessaires et ses dépenses pour acquérir cette science (comme l’achat de livres par
exemple) de par les biens qu’il possède, des économies, une aide financière familiale,
une bourse étudiant, etc. ; la deuxième, si le fait de travailler l’empêche de réaliser ce
but qu’est d’acquérir ce savoir.
Notons que s’il est dans le besoin et ne réunit pas les conditions favorables au
travail, il a droit à la zakât en tant que démuni avant tout.
La raison du droit de l’étudiant en sciences islamiques (ou, selon l’avis plus large, en
sciences nécessaires aux musulmans) à la zakât, est qu’il s’occupe d’accomplir un
des devoirs collectifs de la communauté. Aussi, selon une partie des juristes
concernant l’étudiant en sciences islamiques, car il est un moujâhid fî sabîlillâh, le
premier degré du djihad étant celui dont l’outil est le ‘ilm (jihâd ad-da’wah) et,
également, le but visé par le djihad étant d’établir la législation d’Allah comme
système de gouvernance (ce qui nécessite la présence des gens qualifiés en termes de
connaissance sur cette charî’ah, les oulémas) ainsi que de permettre à la prédication

5
Collective mais qui peut même être pour lui, selon sa situation, individuelle au départ. Quant au
statut de l’obligation collective (fard al-kifâyah) après l’avoir commencée, devient-elle une obligation
individuelle (fard al-‘ayn) qu’il est donc interdit d’abandonner ou non ? Il y a des avis divergents sur
la question, mais nul doute (nulle divergence) que pour certaines de ces obligations telles que le
djihad, elles deviennent fard ‘ayn dès lors qu’on s’y est engagé. Talab al-‘ilm a-t-il le statut du djihad
en cela ? Allah est plus savant…
5
islamique de se diffuser largement et librement. Et les moudjahidines sont certes une
des huit catégories des bénéficiaires de la zakât6.
Dans l’encyclopédie koweïtienne en droit comparé, on trouve :
« Les juristes ont été unanimes sur la permission de verser la zakât à l’étudiant en sciences
islamiques. Les Hanafites, les Chafiites et les Hanbalites ont cité cela expressément, et les Malikites
l’ont laissé sous-entendre puisqu’ils voient qu’il est licite de donner la zakât à celui qui a toutes les
conditions favorables au travail mais qui, malgré cela, ne travaille pas, même si - selon l’avis notoire
du madhhab - c’est de plein gré qu’il fait cela.
Certains Hanafites ont été d’avis que l’étudiant en sciences islamiques a le droit de percevoir la
zakât même s’il possède déjà ce qui lui procure suffisance, dans le cas où il se consacre entièrement à
l’apprentissage et à la transmission, puisque dans un tel contexte il ne peut travailler. […]
L’avis des Chafiites et des Hanbalites est qu’il est permis à l’étudiant en sciences islamiques de la
percevoir s’il lui est impossible d’étudier et de travailler en même temps, de sorte à devoir interrompre
les études s’il travaille. […] »

7ème étape :
Sujet annexe : donner la zakât à un nécessiteux dévoyé (fâsiq)7 ? Il est permis de
le faire sauf si l’on est certain ou quasi-certain qu’il va la dépenser dans le harâm. Il
convient cependant de la verser aux pieux afin de les aider dans leur obéissance à
Allah.

6
Cette catégorie qu’Allah a nommée par « et fî sabîlillâh » a été interprétée par la majorité des juristes
par le djihad contre les mécréants uniquement, sans le reste des œuvres pieuses qui servent la cause
d’Allah (et sont donc elles aussi fî sabîlillâh). Puis, cette majorité s’est divisée en deux avis sur la
nature de ce djihad, est-ce le combat armé seulement ou tant la lutte par les armes que par le savoir ?
« N’obéis donc pas aux mécréants et, avec ce Coran, mène contre eux un grand djihad. », s. 25, v.
52 ; « Menez le djihad contre les associateurs par vos biens, par vos personnes et par vos paroles. »,
rapporté par Aboû Dâwoûd d’après Anas.
Des fatwas contemporaines, soutenant le second avis, insistent sur l’importance de financer, avec
la zakât, les prédicateurs et les organismes de prédication qui luttent activement dans l’arène du
combat idéologique acharné que mènent les ennemis de l’Islam de divers horizons à notre époque
contre le dogme, le droit, l’éthique mais aussi l’histoire de l’Islam. Les attaques idéologiques lancées
contre l’Islam et les musulmans à notre époque étant terribles et constantes, il est alors un devoir
collectif de riposter avec autant de force si ce n’est plus. Toutefois, le premier des savoirs à acquérir,
pour mener à bien ce combat par la plume et la parole, étant la mémorisation et la compréhension
de la Révélation, il est alors permis, chez les partisans du second avis, de financer avec la zakât une
école coranique, par exemple. Tout en précisant que ce financement doit être pour les besoins
essentiels dans ce domaine (comme le salaire des prédicateurs ou des enseignants, l’achat ou la
location d’un local), non les besoins secondaires (tels que les annonces, les concours, etc.).
7
C’est-à-dire celui qui accomplit un ou plusieurs péchés majeurs.
6
8ème étape :
Sujet annexe : comment faire pour savoir si la personne à qui on veut verser la
zakât est bel et bien dans le besoin ?
Premièrement, on doit savoir que l’estimation prépondérante (ghalabat adh-dhann)
est suffisante en cela et que la certitude n’est donc pas une obligation. C’est-à-dire
que s’il y a tout lieu de croire que la personne est nécessiteuse, mais sans en être
certain, il est alors permis de lui donner la zakât. Cela laisse comprendre qu’il est
suffisant de se baser sur l’état apparent de l’individu et/ou sur les renseignements
que nous donnent sur lui des gens de confiance qui connaissent sa situation.
Deuxièmement, il est obligatoire de s’enquérir comme il se doit sur la situation
des personnes et de ne pas donner sa zakât au premier venu, sous peine d’avoir
l’obligation de la verser une seconde fois si l’on apprend que l’individu à qui on l’a
donné n’est pas en réalité parmi les bénéficiaires légaux. En effet, le problème qu’est
le fait de se rendre compte de son erreur sur la personne à qui on a versé la
zakât est un sujet juridique, dont la solution est la suivante. Si on a fait cela sans
s’efforcer de se renseigner comme il faut (sans remplir son devoir d’enquête) ou en
l’ayant fait mais en ayant eu pour résultat qu’il soit plus probable que l’individu ne
soit pas un bénéficiaire, cette zakât est invalide et il est alors obligatoire de l’acquitter
une seconde fois et comme il faut cette fois-ci. Et si on a fait cela après s’être enquis
comme il se doit, les juristes sont partagés sur la validité de la zakât dans ce cas. Elle
est valide selon Aboû Hanîfah, mais elle ne l’est pas d’après Aboû Yoûsouf, le second
imam de référence dans le madhhab hanafi. Elle est invalide selon les Malikites (mais il
peut la récupérer, et dans certains cas il est de son droit de la récupérer, pour la verser
à un réel bénéficiaire) et les Chafiites (et il est obligatoire pour celui qui l’a reçue de
la rendre). Chez les Hanbalites, il y a une différence qui est faite entre les individus
dont l’état de non-bénéficiaire n’est, la plupart du temps, pas méconnu (l’esclave, le
mécréant, le membre de la famille prophétique, le proche qu’il faut prendre à sa
charge) et les personnes dont l’état apparent laisse fortement croire qu’ils sont dans
le besoin, car cela est souvent trompeur. Pour le premier type d’individus, la zakât
est invalide, et pour le second, il y a deux avis opposés rapportés de l’imam Ahmad.
L’argument de ceux qui valident la zakât donnée à quelqu’un qui n’est pas besogneux
mais dont on pensait de manière prépondérante le contraire, c’est le fait que la
certitude sur l’état de l’individu n’est pas une obligation avant de lui donner la zakât
et que l’estimation prépondérante est donc suffisante.
Troisièmement, il est illicite d’accepter une somme d’argent que l’on sait être une
zakât lorsque l’on entre dans aucune des huit catégories de ses bénéficiaires ;
pareil pour la nourriture que l’on nous apporte pour acquitter zakât-al fitr lorsqu’on
ne fait pas partie des besogneux.

7
Qu’Allah couvre de grâce et de salut Son messager Mouhammad et sa famille, et
louange à Allah Seigneur de l’univers.

Par Rajab ibn ‘Abd Allah.

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