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PERSPECTIVES ÉTUDE

 

RLDC

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Les catalogues raisonnés sont incontournables pour tous les acteurs du marché de l’art,

 

y compris pour les juges. En contrepartie de l’impact majeur de ces ouvrages sur la valeur et l’authenticité des œuvres, la responsabilité de leurs auteurs peut être mise en cause.

La responsabilité civile de l’auteur d’un catalogue raisonné

 

Par Emmanuel

et se heurtèrent au refus catégorique du petit-fils d’Auguste Renoir. Ce dernier s’op- posa, jusque devant les juridictions, à la publication en France du catalogue rai- sonné consacré à son grand-père et obtint gain de cause (Cass., civ. 1 re , 16 juin 1982, n° 81-10.805, Bull. civ. I, n° 228). Il convient encore, et préalablement, de préciser que la cour d’appel de Paris a affirmé que « la réalisation d’un catalogue raisonné, ouvrage ayant pour objet le clas- sement scientifique de l’œuvre d’un artiste, appartient à quiconque, l’auteur d’un catalogue n’ayant d’autre obligation que de respecter les droits attachés à l’œuvre décrite » (CA paris, 1 re ch., sect. A, 23 sept. 1997, n° RG : 95/028397, Palmer c/ Dumas, Giacometti, Berthoud, Arm). S’il est vrai que les auteurs de catalogues raisonnés disposent, à certains égards, et particulièrement en matière d’authentifi- cation des œuvres, d’un monopole et jouis- sent d’une entière liberté, il n’en demeure pas moins qu’ils sont soumis à un régime de responsabilité de nature civile.

que, en réalité, elle n’est pas de l’artiste. Reste encore l’hypothèse où l’œuvre figure bien dans le catalogue raisonné, mais… dans la catégorie des œuvres douteuses. La responsabilité civile résulte donc de la très grande liberté dont jouissent les auteurs de catalogues raisonnés. Il faut toutefois noter que l’éditeur d’un catalogue raisonné n’est pas responsable de la décision de l’auteur de ne pas inclure une œuvre dans son ouvrage ; et que cet auteur ne peut être condamné que s’il a commis une faute (CA Paris, 25 e ch., sect. A, 2 févr. 2007, n° RG : 05/03228, Shaltiel Gracian c/ Wildenstein Institute

PIERRAT

Avocat au barreau de Paris, Membre du Conseil de l’ordre, Spécialiste en droit de la

Avocat au barreau de Paris, Membre du Conseil de l’ordre, Spécialiste en droit de la propriété intellectuelle

Les catalogues raisonnés font-ils la loi sur le marché de l’art ? Cette question n’est pas nouvelle, mais elle se pose avec une plus grande acuité depuis quelques années. L’influence des catalogues rai- sonnés sur la valeur vénale des œuvres sur le marché de l’art est indéniable. Mais la problématique des catalogues raisonnés est aussi étroitement liée à la question parfois délicate de l’authenticité des œuvres d’art. Le catalogue raisonné d’un artiste est sans conteste l’ouvrage de référence pour l’ensemble des acteurs du marché de l’art (marchands, galeristes, collectionneurs, etc.), mais également pour les juges. En effet, l’inclusion ou la non-insertion d’une œuvre dans le catalogue raisonné d’un artiste est presque toujours prise en considération par la jurisprudence pour mettre en cause la responsabilité de l’au- teur dudit catalogue. Selon la définition proposée par François Duret-Robert, les catalogues raisonnés sont « des ouvrages qui répertorient, décrivent, situent dans le temps, classent et, si possible, reproduisent, toutes les œuvres connues des artistes en question » (François Duret- Robert, Droit du marché de l’art, Dalloz Action, éd. 2010/2011). Ces ouvrages font autorité au sein du marché de l’art. Fruits de travaux fastidieux de recherches et de classification, ils sont généralement l’œuvre de spécialistes, d’experts, d’historiens d’art. Ils font l’objet d’une attention toute particulière de la part des héritiers des artistes. À ce titre, chacun se souvient des affaires qui ont pu opposer les héritiers d’un artiste à l’auteur du catalogue raisonné consacré à leur aïeul. Cela a été le cas, par exemple, du catalogue raisonné de l’œuvre d’Auguste Renoir. Ses auteurs sollicitèrent des héritiers du peintre l’autorisation de reproduire les œuvres dans leur ouvrage

et

Restellini).

B - Les principes applicables

- La liberté de communication des pensées et des opinions…

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La liberté d’expression demeure un prin- cipe à valeur constitutionnelle. Dès lors, la jurisprudence retient que l’auteur d’un catalogue raisonné a le droit de présenter l’œuvre comme il l’entend (TGI Paris,

I - UNE RESPONSABILITÉ DE PRINCIPE

La responsabilité des auteurs de catalogues raisonnés peut, en principe, être mise en cause. Toutefois, en pratique, rares sont les décisions qui condamnent les auteurs.

1 re ch., 1 re sect., 30 avril 1997, n° 5891- 97, Cartier-Audouy c/ Bonzon-Claudel), sauf à répondre de ses fautes : « En vertu du principe à valeur constitutionnelle de

la

libre communication des pensées et des

opinions, l’auteur d’un catalogue raisonné

 

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toute liberté pour présenter, selon ses

A - Les fondements de la responsabilité civile de l’auteur d’un catalogue raisonné

La mise en cause de l’auteur d’un cata- logue raisonné se joue sur le fondement des articles 1147 ou 1382 du Code civil. Et la condamnation aboutit en général au versement de dommages-intérêts en réparation du préjudice subi. Les parties au litige sont, selon les scé- narios habituels, d’abord le propriétaire d’une œuvre qui met en cause la respon- sabilité de l’auteur du catalogue raisonné parce que celle-ci ne figure pas dans l’ou- vrage. Este aussi parfois en justice l’ache- teur ou le vendeur d’une œuvre qui met en cause la responsabilité de l’auteur du catalogue raisonné car cette œuvre figurait comme authentique dans l’ouvrage alors

vues, les œuvres attribuées à l’artiste qu’il

choisi de soumettre à sa recherche (…) »

(TGI Paris, 1 re ch., 1 re sect., 30 avril 1997, n° 5891-97, Cartier-Audouy c/ Bonzon- Claudel, précité).

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- Sauf à répondre de ses fautes

L’auteur répond des fautes commises dans l’exercice de sa mission lorsque, « par dénaturation ou falsification, il pré- sente comme véridiques des allégations manifestement erronées, retient avec inconséquence ou légèreté une thèse dépourvue de tout fondement, ou omet, par négligence grave, des opinions ren- contrant l’adhésion de personnes assez qualifiées et éclairées pour que le souci d’une information impartiale lui interdise de les passer sous silence » (ibid).

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