Vous êtes sur la page 1sur 8

Dossier

Transrural
N° 362-63
15 JUIL
2 0 0 8

Quelle politique agricole


commune en Europe demain ?

Il faut se faire une raison, l’Union européenne a encore perdu une occasion d’évaluer et repenser sa
politique agricole. Alors qu’elle s’était proposé pour 2008 de réaliser un « bilan de santé » de la
Politique agricole commune, à mi-parcours de l’application de la réforme de 2003, la Commission
européenne a soigneusement évité d’engager une réelle évaluation de la PAC aux regards des nouvelles
demandes de la société et du contexte international. Le rapport des forces en présence a abouti au
maintien d’une ligne libérale qui entend réintégrer l’agriculture européenne dans les marchés
mondiaux. Le fait que 20 % des agriculteurs continuent de toucher 80 % des aides, sans réelle
contrepartie sociale, sanitaire et environnementale, ne semble toujours pas gêner plus que ça la
Commission et une majorité du Parlement. La PAC reste le plus gros budget de l’UE, mais continue de
souffrir d’un fort déficit démocratique, malgré le retour récent sur le devant de la scène médiatique des
questions agricoles et alimentaires (pV).
Dans le contexte actuel de crise alimentaire, la proposition de Marianne Fischer-Boel qu’une partie des
fonds de la PAC non utilisés soient réorientés pour soutenir le développement agricole de pays pauvres
est une pâle compensation des impacts que la PAC continue d’avoir sur l’économie de ces régions
(pVII).
Pour le début de la présidence française de l’UE, Transrural apporte sa contribution à l’évaluation de la
politique agricole communautaire.

Dossier réalisé en partenariat avec le Fédération nationale des Centres d’initiatives


pour valoriser l’agriulture et le mileu rural (Civam)
Crédit photo : FNCIVAM
TRANSRURAL Initiatives • 15 juillet 2008 • II
Dossier
Les marchés agricoles
incapables de répondre seuls aux exigences
de la société
Interview de Jean-Christophe Kroll, professeur au département d’économie et sociologie de l’ENESAD, signataire
avec d’autres chercheurs d’un texte pour le maintien d’une politique agricole européenne.
TRI : Comment expliquez-vous l’évolution mette de prendre le risque d’investir à en compte les besoins d’intervention de
vers une Politique agricole commune moins long terme. l’agriculture ainsi que la demande sociale
interventionniste et pourquoi jugez-vous cela Depuis la création de l’Organisation mon- (en termes social, environnemental). Le
néfaste ? diale du commerce qui accélère la libérali- plafonnement des aides est selon nous
Jean-Christophe Kroll : Deux tendances sation des échanges, force est de constater nécessaire afin de ne pas favoriser le capi-
sont à l’œuvre. Une première plaide pour qu’aucun des objectifs recherchés n’a été tal par rapport au travail. Le découplage
un interventionnisme bien compris : des atteint: les prix agricoles restent instables, des aides a maintenu le lien entre l’aide et
protections aux frontières pour éviter les les aides agricoles n’ont pas baissé, le le nombre d’hectare et donc la substitu-
importations, mais des subventions fortes à développement des pays pauvres n’a pas tion du capital au travail, en totale contra-
l’intérieur de l’Union euro- été facilité car leur agricul- diction avec les discours officiels d’une
péenne pour soutenir le Aucune augmentation ture ne peut pas se reposer agriculture vivante et qui emploie.
revenu des producteurs et significative sur des prix rémunérateurs Les aides doivent également être liées aux
d’autres pour aider l’expor-
tation. Ce « néo-mercanti-
du bien-être collectif garantis permettant l’inves-
tissement productif.
prix. Des aides invariables et sans condi-
tions alors que les prix augmentent,
lisme» est porté par les syn- ne peut résulter Cette confiance aveugle comme en ce moment celui des céréales,
dicats agricoles majoritaires de la libéralisation dans les marchés agricoles ne sont pas défendables politiquement.
(FNSEA en France) et le sec- des échanges agricoles constitue une régression Par ailleurs, les aides doivent être modu-
teur des grandes coopéra- intellectuelle. Il nous faut lables en fonction des régions, ce qui
tives. À côté de cela, le point de vue conserver une politique agricole euro- plaide pour le maintien des aides en com-
défendu par la Commission européenne péenne. Aucune augmentation significative pensation de handicaps (type aide en zone
est celui d’un retour au marché avec un du bien-être collectif ne peut résulter de la de montagne).
souci écologique : on veut garantir une libéralisation des échanges agricoles. D’autre part, nous affirmons la nécessité
agriculture productive mais qui soit propre d’un renforcement des aides alimentaires
et également récréative. Cela amène à faire TRI : Quelles propositions faites-vous pour aux plus démunis. La France et bien
diminuer l’importance du 1er pilier de la la politique agricole en Europe et ailleurs ? d’autres pays européens n’ont jamais mis
PAC (soutiens à la production) et à faire J.-C. K. : Avant toute chose, rappelons que en place de politiques alimentaires car cela
augmenter celle du 2nd pilier (développe- la question agricole ne peut être dissociée revenait à reconnaître qu’il y avait des
ment rural, environnement). La logique de celle de la solvabilité des acheteurs. La besoins chez eux. Or, il est urgent de
ultime de cette approche est le zonage qui « demande » considérée dans les discours contribuer à l’alimentation de tous et de
distingue des zones d’agriculture compéti- actuels correspond à la demande solvable, promouvoir une alimentation de qualité,
tive, d’autres où l’on trouve une agriculture et non pas à celle des estomacs… notamment via la restauration collective.
récréative, et des zones naturelles. On pol- Un certain nombre de forces politiques uti- Enfin, des politiques internationales de
lue à un endroit mais on protège ailleurs. lisent l’OMC pour supprimer la Politique régulation des prix mondiaux doivent être
Les logiques en cours ont amené à la mise agricole commune européenne, le risque à créées. L’OMC pourrait en être le pilote, à
en place du découplage des aides1. Cela terme étant la renationalisation des poli- condition que la FAO la rejoigne pour faire
repose sur l’hypothèse que les marchés tiques agricoles avec un axe fort autour de valoir les nécessités alimentaires avant le
agricoles sont des marchés concurrentiels l’assurance des récoltes. Mais une poli- commerce.
efficients. Or on constate depuis long- tique agricole européenne est nécessaire Propos recueillis par C. T.
temps que ce n’est absolument pas le cas: car l’addition de politiques nationales dans
Le texte « Quelle politique agricole pour
les marchés agricoles sont chaotiques, et un marché qui resterait unique serait l’Europe», dont Jean-Christophe Kroll est signa-
ce d’autant plus en l’absence de politiques source de distorsions fortes et donc ineffi- taire aux côtés d’autres membres de
publiques. Les prix sont très fluctuants, on cace. l’Académie d’Agriculture de France, est dispo-
ne peut aucunement être sûr que l’alimen- Il faut cesser d’opposer deux piliers au nible sur ruralinfos.org.
tation sera accessible à tous à chaque sein de la PAC. Leur existence n’a pas de (http://www.ruralinfos.org/spip.php?article2586)
moment car les prix sont susceptibles de sens car l’agriculture constitue un tout 1. Les aides directes versées ne sont plus liées à la pro-
s’envoler, et les producteurs n’ont aucune qu’il faut traiter comme tel. Notre collectif duction. La détention d’une surface agricole permet donc
un large choix d’utilisation possible incluant la possibilité
garantie de prix minimum qui leur per- défend une politique agricole qui prenne d’un simple entretien, sans aucun acte de production.
III • TRANSRURAL Initiatives • 15 juillet 2008

Dossier
La PAC, un système d’assurance ?
Les céréaliers, qui ont vu en France leur revenu augmenter de 104% en 2007, sont souvent pointés comme
les principaux bénéficiaires de la PAC. Interview de Xavier Uzu, agriculteur (grandes cultures) dans la Sarthe.
TRI : Comment jugez-vous la PAC ? pratiques agricoles. nant vers plus d’agronomie, en diversi-
Xavier Uzu : Nous, les producteurs en TRI : Que pensez vous des propositions fiant les assolements, en réalisant des
grandes cultures, sommes les grands d’évolution de la PAC ? mélanges de variétés… Chez nous, par
bénéficiaires de la PAC actuelle. X. U. : Rien à redire sur le fait qu’il faille exemple, on pratique des mélanges de
D’ailleurs cette année avec les prix éle- plus de modulation [prélèvement d’un variétés ce qui se traduit par plus de
vés, je me demande dans quelle faible pourcentage des aides directes rusticité et plus de résistance aux mala-
mesure la PAC actuelle est légitime. pour abonder d’autres fonds, notam- dies, aux ravageurs.
Certaines productions ne sont pas ment le développement rural, ndlr], Revenir à plus d’agronomie c’est ça la
aidées et il n’est pas normal que ceux mais c’est plutôt le système d’assurance base du métier et c’est ça que doit pro- 1. Centres d’ini-
tiatives pour
qui vendent leurs produits à un bon récolte qui me choque. Le métier mouvoir la PAC.
valoriser l’agri-
prix touchent la majeure partie des d’agriculteur exige qu’il faille compo- Propos recueillis par Michael Chariot culture et le
primes. Il faut revenir à plus d’équité. ser avec la météo, on n’a pas besoin (FNCivam) milieu naturel.
Il faut cibler les aides par rapport à des d’assistanat supplémentaire. La PAC est
objectifs environnementaux forts. Je déjà un système d’assurance en soi.
La PAC : repères
suis le cahier des charges « Grandes Pour ce qui est de la conditionnalité
Cultures Economes » des CIVAM1 qui des aides (pilier I), il faut aller beau- chronologiques
prouve qu’il est possible de produire coup plus loin que le simple respect de > 1957 : le 25 mars, signature du traité de Rome
en quantité tout en respectant les équi- la réglementation. Là aussi, il faut qui instaure la CEE (France, Allemagne, Bene-
lux et Italie) et la Politique agricole commune
libres naturels. Il n’est quand même conditionner l’octroi des aides à de
pas normal que les gens qui impactent réelles pratiques en faveur de l’envi- > Années 1970 : des excédents apparaissent dans
le plus sur l’environnement touchent ronnement. Par exemple, pour les pro- les secteurs laitiers et céréaliers
l’essentiel des primes ! Il faut absolu- duits phytosanitaires, on peut large- > 1984 : Instauration des quotas laitiers
ment orienter celles-ci en fonction des ment diminuer leur utilisation en reve- > 1988 : Instauration des « régulateurs » (ex : inci-
tation au gel des terres, à l’extensification…)
> 1992 : Réforme de la PAC (Système basé sur les
La production laitière en prix garantis avec mesures de soutien des prix
et aides directes au revenu)

proie au chaos du marché > 1999 : Réforme dite « Agenda 2000 » (cette
réforme prolonge celle de 1992 avec la baisse
des niveaux d’intervention sur les céréales, la
viande bovine…), apparition de la conditionna-
Interview de Fabrice Bouin, éleveur bovin lait en production biologique lité environnementales des aides, du second
pilier (développement rural)
(Manche).
> 2003 : accords de Luxembourg : découplage
TRI : Vous êtes concerné par la suppres- dans un contexte où les charges aug- des aides de la production, DPU et références
sion annoncée des quotas laitiers, qu’en mentent. Ce sera donc au final une historiques, conditionnalité
pensez-vous ? nouvelle baisse de revenu pour les pro-
> 2007-2008 : « Bilan de santé »
Fabrice Bouin : C’est une fausse bonne ducteurs. Les charges augmentent plus
idée. Si on prend comme exemple la vite que le prix du lait. Cette année cela > 2013 : nouvelle PAC
campagne de production qui vient de s’est traduit par une nouvelle baisse du
se terminer, les indus- revenu et ce, au profit, budget global de la PAC, car s’il baisse
triels nous ont incité à «Les industriels nous ont comme toujours, des la question ne se posera même plus.
produire plus, et les agri- incité à produire plus, fournisseurs d’intrants. Ce sera une baisse générale des sub-
culteurs ont réagi très ventions.
vite (10 à 15% de lait en
mais au bout du compte TRI : Comment analysez- Il faut également être attentif aux types
plus). Au bout du ils ne savaient plus vous la PAC actuelle et les de transfert qui seront proposés, car il
compte, on a reçu une quoi faire du lait» perspectives de réforme ? y a des gens qui ont tout intérêt à
lettre qui disait qu’il fal- F.B. : Plus de modula- maintenir les choses telles qu’elles
lait arrêter, car ils ne savaient plus quoi tion et de subventions au sein du pilier sont. Il faut absolument faire pression
faire du lait… II [développement rural, ndlr] est plu- pour que la répartition des aides évo-
Sans quotas, ce sera la désorganisation tôt une bonne idée, car pour nos sys- lue vers plus d’équité. Peut-être
du marché et on aboutira à une ré- tèmes orientés vers l’agriculture qu’avec l’appui des environnementa-
intensification des systèmes de produc- durable et la valorisation des produc- listes et des consommateurs on peut
tion avec des conséquences environne- tions à l’herbe, c’est ce qu’on demande constituer un lobby efficace.
mentales néfastes, à une surproduction depuis des années. Mais il faut faire
qui conduira à une chute du prix du lait attention avant tout au maintien du Propos recueillis par Michael Chariot.
TRANSRURAL Initiatives • 15 juillet 2008 • IV
Dossier
À chaque pays sa PAC : Une politique d
Le découplage des aides à la
la fin d’une politique unifiée production a fait virer plus
franchement la politique agri-
L’analyse de la mise en œuvre de la réforme de 2003 de la Pac fait apparaître cole vers un soutien au revenu
une grande variété de stratégies d’un pays à l’autre. des agriculteurs, dont les
La dernière réforme de la Politique agricole et favorables au découplage maximum, pour
commune de 2003 a introduit une plus justifier les aides.
effets restent peu évalués.
grande subsidiarité aux États membres sur L’intensité des aides directes dont bénéfi- La dernière réforme de la PAC a mis en
les modalités de son application au niveau cient les exploitations des États membres œuvre le découplage des aides à la pro-
national. Des marges de manœuvre impor- apporte d’autres facteurs explicatifs des duction, dans le prolongement de la
tantes ont été laissées aux États sur le degré choix nationaux. Ce sont l’Allemagne et la réforme de 1992 qui avait introduit la
de découplage des aides, sur les modalités France qui touchent le niveau d’aides par déconnexion des aides directes avec les
de calcul des aides directes (Droits à paie- hectares le plus élevé (estimé respective- volumes produits . Aujourd’hui, les Droits
ment unique1) ou sur le choix d’aides spéci- ment à 321 €/ha et 272 €/ha), le Royaume à paiement unique (DPU), principal outil
fiques complémentaires (article 69, permet- Uni, l’Espagne et l’Italie se situant en des- du découplage en France, sont versés
tant aux Etats membres d’attribuer des paie- sous de la moyenne de l’Union (à 15). En sous forme d’aide forfaitaire sans
contrainte de production. Ils peuvent
ments supplémentaires aux agriculteurs revanche, si l’on rapporte les aides perçues
ainsi être assimilés à un soutien direct au
engagés dans des systèmes de production à la valeur de la production, la prédomi-
revenu des producteurs, distribués sous
favorables à l’environnement et à la qualité nance des systèmes d’élevages extensifs au
l’unique obligation de respecter un cahier
des produits). Une étude2 conduite en 2006 Royaume-Uni a pour conséquence de placer
des charges de « bonnes pratiques agri-
par des chercheurs de l’ENESAD 3 dans ce pays en première position. La revendica- coles et environnementales» peu contrai-
quatre pays européens ayant fait des choix tion britannique d’un niveau élevé de gnant. Ce processus est appliqué de façon
différents de ceux de la France (l’Allemagne, modulation des aides en faveur du second différente selon les productions (plus for-
le Royaume-Uni et plus particulièrement pilier a été un bon moyen de consolider un tement appliqué pour les grandes cultures
l’Angleterre, l’Italie et l’Espagne) fait le plafond d’aide confortable en transférant qu’en élevage) et les pays européens (voir
constat de la fin d’une PAC unifiée. une partie des aides directes aux agricul- ci-contre à gauche). Le «bilan de santé» de
Les États membres ont massivement utilisé teurs vers le développement rural bénéfi-
les marges d’adaptation du dispositif com- ciant d’une plus grande légitimité dans l’opi-
munautaire autorisées par le règlement (cf. nion publique. aux risques que pouvait représenter le
figure 1), notamment en termes de décou- découplage maximum, notamment dans les
plage et de modalités de calcul des DPU LÉGITIMATION DU SOUTIEN PUBLIC régions peu productives menacées par une
(références historiques ou régionalisation À L’AGRICULTURE désertification rapide, sans autre activité
du calcul du montant unitaire des DPU). Ces Sur le plan politique, la préoccupation de la alternative que l’agriculture.
choix s’organisent autour de deux stratégies justification des aides directes versées aux En définitive, si aucun grand bouleversement
polaires : celle d’États comme le Royaume- agriculteurs a été déterminante dans les n’est envisagé en 2008 sur l’organisation des
Uni ou l’Allemagne qui ont mobilisé au choix de mise en œuvre en Allemagne et au soutiens à l’agriculture, l’échéance 2013
maximum les innovations que permettait la Royaume-Uni. Elle s’est traduite parl’harmo- apparaît en revanche comme une étape déci-
réforme, et celle d’États comme la France, nisation du niveau des aides par hectare, à sive, notamment pour les États-membres
l’Espagne ou le Portugal qui au contraire l’échelle des Länder en Allemagne dans une ayant opté pour une mise en œuvre mini-
ont choisi l’option d’une application mini- perspective de péréquation, contrairement à male de la réforme. En ce sens, les modèles
male, pour limiter les effets de réorientation l’Angleterre qui a privilégié le potentiel agro- combinant découplage et régionalisation
des productions (découplage minimum) ou nomique et les
de redistribution des aides (maintien des régions « natu- Figure 1 :
références historiques). relles», limitant de Choix de mise en œuvre de la réforme de la PAC
Mode calcul DPU par les Etats membres de l'UE
Les situations économiques et socio-structu- fait la redistribu-
relles contrastées de l’agriculture des États tion entre agricul-
teurs. En Espagne, Régionalisation Danemark Angleterre
membres permettent en partie d’expliquer
Finlande Allemagne
pourquoi les pays de l’Union ont ressenti le en France et dans
Suède
besoin d’une adaptation de la réforme. une moindre Luxembourg
Hybride
Ainsi, une opposition nette se dessine entre mesure en Italie, statique Irlande du N
les deux pays exportateurs agricoles (France le maintien d’un
Ecosse
et Espagne) soucieux de maintenir leurs maximum d’aides
Pays de Galle
capacités de production agricole en limitant couplées et la France Autriche Italie
Références
le découplage des aides, et les trois pays mobilisation de Espagne Belgique Irlande
historiques
Portugal Pays Bas Grèce
importateurs (Royaume Uni, Allemagne, Ita- l’article 69, corres-
lie), plus attentifs à la baisse du coût des pond à un souci
produits agricoles sur le marché européen, de prudence face 0% Degré de découplage libre
100 %
V• TRANSRURAL Initiatives •15 juillet 2008

Dossier
de soutien des revenus
la PAC, à mi-parcours de l’application de la dispositif de modulation prélève auprès des effets sur l’augmentation du prix des
dernière réforme, devait être l’occasion plus gros bénéficiaires une partie de leurs reprises d’exploitation, et notamment celui
d’évaluer notamment les effets de ce décou- aides au delà d’un certain montant. des terres. Sur ce point, une étude réalisée
plage, ce qui n’a que peu voire pas été fait Les aides PAC étant déconnectées de l’asso- par l’INRA pour le ministère de l’Agriculture
par la Commission européenne. Quelques lement, les agriculteurs reportent davantage montre qu’il n’y a visiblement pas eu, en
éléments d’analyse se dégagent toutefois. leurs critères sur les appels des prix du mar- France, d’effet significatif du découplage
Rappelons tout d’abord que le découplage ché. Ainsi, on a pu constater par exemple sur le prix du foncier. Deux raisons princi-
avait été très froidement accueilli par une une forte diminution de la production de pales expliquent cela : l’accès au paiement
large partie du secteur agricole qui refusait blé dur en France et en Italie, les produc- d’un DPU n’est rendu possible que lorsqu’il
de rentrer dans une logique teurs se reportant sur est «activé» par un hectare de terre auquel
qui les éloignait de la voca- D’une politique d’autres cultures plus rému- le DPU se réfère, et, surtout, le nombre de
tion productive du métier agricole à la titrisation nératrices. DPU est inférieur au nombre d’hectares cul-
d’agriculteur. En France, où L’application d’aides directes tivés. « La capitalisation [des aides euro-
les DPU ont été calculés sur des soutiens en agriculture permet de péennes] dans le prix de la terre n’a rien
la base du montant des aides à l’agriculture sur limiter la concentration géo- de systématique, si le nombre de droits est
directes versées pendant une les marchés financiers ? graphique des productions. inférieur au nombre d’hectares », consta-
période de référence, « Les productions de tent ainsi les auteurs du rapport. En
l’inéquité du dispositif avait également été céréales, de viande bovine et de lait [soute- revanche, ces derniers avancent que « la
dénoncée. Les inégalités historiques entre nues par la PAC, à la différence de la pro- suppression de la contrainte d’activation
producteurs ont été maintenues par le prin- duction porcine, avicole, du maraîchage engendreraient la sortie des DPU de la
cipe de référence historique, aucune réelle ndlr] sont globalement les mieux réparties sphère agricole. En effet, ceux-ci pren-
redistribution des aides n’étant engagée sur le territoire », rappelle ainsi Vincent draient alors les principaux traits des bons
alors qu’une telle dissociation entre pro- Châtelier de l’INRA de Nantes. Le décou- du Trésor, ceux d’actifs financiers à renta-
duction et soutien financier enclenchait la plage, pas complètement opéré, n’a visible- bilité garantie. Ils ne s’échangeraient plus
première étape d’une autre répartition des ment pas modifié pour l’instant cet effet. dans les campagnes mais sur des marchés
aides directes en agriculture et du décloi- La mise en place d’un système d’aide au financiers.» Ce qui ne devrait pas manquer
sonnement entre productions aidées et non revenu tel qu’il a été réalisé dans le cadre d’aiguiser certains appétits.
aidées. À noter toutefois que le nouveau du découplage a fait craindre à certains des C. T.

apparaissent, comme ceux qui antici-


pent le mieux les évolutions à venir.
L’hypothèse d’un découplage et d’une
L’agriculture resurgit dans les médias
régionalisation intégrale du calcul des L’agriculture au cœur des préoccupations de des ménages agricoles, certaines analyses se
aides pose toutefois la question de la l’opinion publique ? On n’a jamais autant sont penchées sur des entrées moins clas-
justification, d’une part du montant de parlé d’agriculture et de politiques agricoles siques comme les exploitations familiales.
ces aides, au regard des aménités que ces dernières semaines. Le bilan de santé Il serait illusoire de croire que le bilan de
qu’elles sont censées rémunérer et de la Politique agricole commune (PAC), la santé et la présidence française de l’Union
d’autre part des écarts du niveau d’aide «crise alimentaire», le «Grenelle de l’environ- européenne suscitent à eux seuls cet engoue-
par hectare entre les régions des États- nement» ont provoqué un surgissement de la ment. La «crise alimentaire» a un retentisse-
membres du Nord et celles du Sud de question agricole dans les médias. Que la ment important dans l’opinion publique et a
l’Europe. question intéresse les centres de recherche, très largement concouru au développement
Denis Lépicier (ENESAD) les think tanks européens et la « profession de ce sujet dans les médias. Et appuyées, ici,
agricole », on y était habitué. Par contre, on par des organisations environnementales, là,
1. Les aides directes en grandes cultures, en viandes
bovine et ovine, les aides laitières ainsi que certaines l’était moins à voir la presse généraliste multi- par des associations de consommateurs, ou
autres aides sont en totalité ou en partie remplacées plier de façon conséquente la publication des groupes de citoyens, des actions et prises
par un paiement unique par exploitation calculé par
unité de surface, sur la base d’une référence histo- d’articles sur l’agriculture et les politiques de positions collectives s’organisent au sein
rique. agricoles. des instances de concertation mises en place
2. Rapport consultable à l’adresse suivante :
www.dijon.inra.fr/esr/partenariats/politiqueagricole.ht Ainsi, au cours des trois derniers mois, ce ne par les pouvoirs publics (Grenelle, Assises de
m. sont pas moins de 100 articles traitant – exclu- l’agriculture) ou par les institutions interna-
3. Etablissement national d’enseignement supérieur
agronomique de Dijon. sivement ou en partie - des politiques agri- tionales et communautaires. Cela n’est pas
coles qui ont été publiés dans le quotidien Le nouveau. Ce qui l’est davantage c’est l’élargis-
Pour en savoir plus Monde. Et, au-delà de la multiplication du sement effectif de la participation d’acteurs
nombre d’articles, ce sont les «entrées» et les non agricoles à la concertation autour de ces
Boinon et al., 2007, La mise en «échelles» d’analyse qui ont été multipliées. grands «rendez-vous». A l’usage, il faudra véri-
œuvre des DPU dans les Etats Car au-delà des «entrées » qui permettent une fier si cette tendance est durable et dans
membres de l’Union Européenne, meilleure compréhension des enjeux du bilan quelle mesure elle modifie le rapport de force
Notes et Etudes Economiques de santé de la PAC comme les quotas laitiers, «classique» sur la gestion des questions agri-
(à paraître), 26 p.
la part des aides européennes dans le revenu coles. S. J.
TRANSRURAL Initiatives • 15 juillet 2008 • VI
Dossier

Un cap libéral maintenu


Les propositions de la Commission européenne pour poursuivre la réforme de la PAC confirment l’option libérale.
Même si le bilan de santé de la PAC n’a vache allaitante et les primes aux ovins et Malgré la demande de plusieurs pays et
jamais vraiment commencé, les acteurs caprins. Quelques pays (France, Espagne, secteurs pour plus d’équité dans la PAC,
agricoles se tournent déjà vers l’« après Italie) estiment que cette suppression des des États-membres s’opposent au projet
2013 » qui verra la prochaine grande aides encore couplées à la production de réduction progressive des aides (en
réforme de la PAC. Les principes en sont doit être étudiée au cas par cas. On notera plus des taux annuels de modulation) de
clairs : simplification voire disparition de également l’augmentation des quotas lai- quelques % pour les exploitations rece-
la plupart des dispositifs d’intervention et tiers qui doit permettre la transition avant vant plus de 100 000 € par an. En
d’encadrement (soutiens aux prix, quotas leur disparition après 2013. revanche, la Commission suggère que les
de production, etc.) et des organisations Certains pays, comme la France, ont choisi États prévoient un seuil minimum de
communes de marché, découplage total de calculer le montant des aides directes 250 € ou une superficie admissible mini-
entre aides versées et productions. sur la base du soutien dont ils ont bénéfi- male d’un hectare par exploitation et
L’objectif, libéral, est de donner le maxi- cié au cours d’une période de référence. qu’ils puissent « décider, de manière
mum de place aux mécanismes de marché. Cette approche historique étant de plus en objective et non discriminatoire, de ne
En attendant, la Commission européenne plus difficile à justifier, la Commission pro- pas accorder de paiement direct aux
a émis des propositions législatives, que le pose d’autoriser les Etats membres à adop- compagnies ou sociétés dont l’objet prin-
bilan de santé devait inspirer, pour modi- ter d’ici le 1er août 2010 un système de cipal ne consiste pas en l’exercice de
fier à mi-parcours la PAC de 2003. Elle paiements plus uniforme et à le mettre en l’activité agricole ».
envisage de généraliser le découplage œuvre en au moins trois étapes annuelles
total des paiements directs à partir de préétablies et selon « des critères objectifs
2010, avec deux exceptions, la prime à la et non discriminatoires ». (Source Agra Presse Hebdo)

OMC : l’agriculture, un « test » pour la conclusion


du cycle de Doha ?
Les réformes des politiques européenne et américaine ne peuvent être déconnectées des négociations en cours
à l’Organisation mondiale du commerce.
L’affaire avait fait grand bruit. Dès avant le font de l’agriculture un sujet extrême- baisses des mesures de soutien interne et
« vote » qui devait amener l’Irlande à ne ment sensible. Pour autant, il faudra bien des subventions à l’exportation ne sont
pas ratifier le Traité de Lisbonne, les agri- trouver une solution aux blocages du pas sans provoquer des inquiétudes du
culteurs irlandais pointaient du doigt les cycle de Doha qui faute d’accord à l’issue côté de la profession agricole qui y voient
menaces qui planeraient sur l’avenir de de la semaine de négociations qui une source de baisse considérable du
leurs productions dès lors que les négo- s’ouvrent le 21 juillet pourrait mettre revenu des agriculteurs. À cet égard, le
ciations sur les échanges sérieusement mettre à mal ministre français de l’Agriculture et de la
de produits agricoles à Achever l’abaissement l’institution genevoise. Pêche, a estimé devant les présidents de
l’Organisation mondiale des droits de douane Pour l’OMC, il s’agit chambres d’agriculture que les conditions
du commerce (OMC)
reprendraient. C’est à
et des subventions d’achever l’effort entrepris
en 2003 – et qui avait
d’un accord n’y étaient pas –rappelant par
ailleurs que l’organisation genevoise
Genève, le 21 juillet prochain, que le donné lieu à la dernière réforme de la n’était pas seule compétente pour parler
directeur général de l’OMC – Pascal Lamy PAC –d’abaissement des droits de douane de l’alimentation en invoquant d’autres
– essaiera d’arracher un accord sur l’achè- et des subventions ayant des effets de dis- instances comme la FAO, la banque mon-
vement du cycle de Doha en général et de torsions sur le commerce des produits diale, le FMI… L’OMC joue donc son va
faire avancer, en particulier, les négocia- agricoles. Le projet d’accord pour le cycle tout sur un sujet ayant désormais une très
tions sur l’agriculture et le dossier de de Doha discuté le 21 juillet comporte des large résonance sur l’opinion publique et
l’« accès aux marchés pour les produits avancées décisives puisqu’il prévoit l’éli- ce alors même que les voix se font de plus
non agricoles » (AMNA). mination des subventions à l’exportation en plus nombreuses pour que bénéficie
Comme souvent les négociations ne d’ici à 2013 et la diminution de moitié d’un traitement différencié dans les négo-
s’engagent pas sous les meilleurs aus- d’ici à 2010. Concernant les mesures de ciations commerciales internationales de
pices. Ce d’autant plus que la crise ali- soutien interne, le texte prévoit une son caractère vital.
mentaire, le bilan de santé de la Politique réduction allant de 75 % à 85 % pour
agricole commune et le « non » irlandais l’Union européenne. Ces prévisions de S. J.
VII• TRANSRURAL Initiatives • 15 juillet 2008

Dossier
Entre modèle et menace
pour les agricultures du Sud
Le collectif « Soignons la Pac » rappelle les impacts de la PAC sur les économies rurales des pays du Sud.
Les émeutes de la faim, qui ont frappé de positifs sont d’autant plus forts que les de pays en développement. C’est le cas à
nombreux pays du Sud ces derniers mois, pays du Sud n’ont souvent aucune protec- travers sa forte dépendance en protéines
ont mis au centre des préoccupations les tion commerciale et subventionnent peu végétales, et en particulier en soja pour
questions agricoles. On constate que les ou pas leur agriculture en raison des l’alimentation animale, qui se fait au prix
pays qui souffrent le plus de la faim sont contraintes imposées par les programmes d’un coût environnemental et social élevé.
ceux qui ont négligé leur agriculture et d’ajustement structurel du FMI et de la On peut craindre aujourd’hui que le déve-
dépendent des importations pour nourrir Banque Mondiale. Aujourd’hui, les aides loppement de la consommation d’agrocar-
leur population. La nécessité de mettre en agricoles européennes tendent à être burants ait des impacts similaires, dans la
place des politiques agricoles apparaît découplées de la production, pour soute- mesure où il reposera en grande partie sur
donc comme une priorité. À certains nir le revenu des producteurs, mais elles les importations.
égards, la Politique agricole commune permettent à ces derniers de produire et À l’heure du bilan de santé de la PAC et de
(PAC) peut être considérée comme un exporter à des prix inférieurs aux coûts de la définition de ses orientations après
modèle pour certains pays du Sud car elle production, maintenant une concurrence 2013, les organisations partenaires1 de la
a permis rapidement à l’Europe d’assurer déloyale. campagne « L’agriculture est malade : soi-
son autosuffisance alimentaire. Toutefois, Par ailleurs, il ne faut pas oublier que des gnons la PAC!» demandent que la PAC res-
celle-ci est loin d’être exemplaire et repré- exportations non subventionnées rentrent pecte le principe de souveraineté alimen-
sente une forte menace pour les pays du également en concurrence avec les écono- taire.
Sud en réduisant leur capacité à nourrir mies locales. C’est le cas des morceaux de Pour plus d’informations sur cette mobilisation,
leur population. volailles : les Européens privilégient les allez sur le site www.soignonslapac.org.
La PAC a notamment développé des outils parties nobles et les bas morceaux (ailes,
à l’origine d’une concurrence déloyale sur carcasses…) sont importés à bas prix sur Stéphanie Margot (Artisans du Monde –
les marchés du Sud. C’est le cas des sub- les marchés africains. plateforme Soignons la Pac)
ventions aux exportations qui permettent L’UE contribue également à accroître
de vendre ses excédents à bas prix sur les 1. Attac France, les Amis de la Terre, le CRID, le CCFD , le
l’insécurité alimentaire des pays du Sud CFSI, la Confédération paysanne, la fédération Artisans du
marchés mondiaux. Les impacts de ces dis- par ses importations, dont 2/3 proviennent Monde et Peuples Solidaires.

La PAC de demain : deux piliers en un ?


La politique agricole suisse continue de faire référence auprès des agriculteurs bio pour son efficacité à faire évoluer
les pratiques agricoles vers un meilleur respect de l’environnement.
La politique agricole commune s’organise actuels. Cette question se pose et se posera grée», et enfin l’agriculture biologique, don-
sur deux piliers. D’un côté, un premier certainement avec plus d’insistance quand il nant lieu à une aide maximale. Après plu-
dédié au soutien des productions et à la faudra aborder la justification des aides à sieurs années d’application de ce dispositif,
réglementation des marchés. Ce pilier l’agriculture : des versements pour qui et plus de 10 % des surfaces suisses sont
demeure dominant, malgré les réformes pour quelles finalités ? Une redistribution et conduites en agriculture biologique, et 80%
successives engagées depuis 1992 pour en une réorientation des aides en fonction en production intégrée. Loin d’exclure les
ébranler quelques-uns de ses fondements. d’objectifs sociétaux, notamment en termes agriculteurs conventionnels, le choix d’un
De l’autre, un «second» pilier qui fait figure environnementaux et de vie des territoires soutien fort à l’agriculture biologique a per-
de parent pauvre et reste confiné au finan- apparaissent nécessaires. mis de stimuler une évolution de
cement de mesures structurelles et ponc- Dans cette optique l’exemple de la Suisse l’ensemble de leur agriculture vers une
tuelles, qui visent finalement à réparer les peut servir de point de départ. Dans ce amélioration environnementale et sanitaire.
«dégâts» des aides du premier pilier. Si le pays, les soutiens agricoles sont organisés Tendre à terme vers ce type de modèle
prochain cadre législatif issu du bilan de en plusieurs niveaux progressifs : un niveau reviendrait à aller dans le sens des promo-
santé de la PAC prévoit de renforcer ce dit minimal, en dessous duquel aucune aide teurs d’un premier pilier fort, sinon exclu-
pilier par une augmentation du taux de n’est accordée (simple respect de l’usage de sif. Un seul pilier, certes, mais conditionné
modulation (passage progressif de 5 à 13% bonnes pratiques agricoles à savoir l’équiva- aux exigences de la société pour répondre
d’ici 2013), il convient aussi de s’interroger lent du référentiel de l’«agriculture raison- aux enjeux alimentaires, environnemen-
si l’avenir est encore au maintien de cette née» en France), un niveau intermédiaire, taux, d’emplois, et de gestion des terri-
dichotomie tant les inégalités des soutiens basé sur des techniques bio mais autorisant toires.
accordés aux exploitations demeurent l’usage exceptionnel de produits chimiques,
constants et sont loin de répondre aux défis correspondant à la « la production inté- Olivier Clément (FNAB)
TRANSRURAL Initiatives • 15 juillet 2008• VIII

Pour une Politique Agricole Cohérente


Parmi les nombreux collectifs mobilisés autour de la PAC, le groupe PAC 20131 fournit une analyse pour la future
version prévue pour 2013.
Depuis le début de l’année, les débats À l’opposé, une seconde vision suggère la nature des dépenses et sur les instru- 1. Rassemble
autour du bilan de santé de la Politique que, face au retour de l’insécurité ali- ments du premier et du second pilier, ce notamment Les
Amis de la Terre,
agricole commune (PAC) font apparaître mentaire, la gestion et la régulation des qui conduit au fil des réformes, les le Comité catho-
des divergences géopolitiques et straté- marchés ont un rôle à jouer contre acteurs de la PAC dans une impasse. Le lique contre la
giques. Le rôle de cette politique est l’instabilité des prix, et que la PAC doit débat sur les piliers est le plus embléma- faim et pour le
développement
remis en débat, alors que la PAC cherche être renforcée dans sa vocation écono- tique des limites de la PAC actuelle : au (CCFD), le Comité
de nouvelles légitimités sur les scènes mique autour du premier pilier. Le ren- lieu de chercher à en affaiblir un pour français pour la
intérieure et extérieure, et que la hausse forcement du développement rural est renforcer l’autre -le débat sur la modula- solidarité interna-
tionale (CFSI), la
du prix des matières premières agricoles considéré comme une menace car il tion des aides étant le plus sensible au Fédération natio-
a provoqué le retour de l’insécurité ali- affaiblit le premier pilier d’autant qu’il Conseil des ministres-, il est urgent pour nale de l’agricul-
mentaire sur l’agenda ampute une partie des l’avenir de s’affranchir de ces notions de ture biologique
politique au plus haut Une crise de sens soutiens aux produc- 1er et 2nd pilier, et de mettre en cohé-
des régions de
France (FNAB), la
niveau (ONU, FAO, G8). traverse l’Europe verte teurs. S’il faut malgré rence ses différents objectifs au sein Fédération natio-
Au sein de l’UE, deux tout redistribuer des d’une politique alimentaire, environne- nale des centres
d’initiatives pour
visions s’affrontent sur le rôle de la PAC aides au profit de catégories d’éleveurs mentale et rurale mieux intégrée au sein valoriser l’agricul-
dans cette conjoncture internationale. La oubliés par la PAC (ovins et caprins, lai- de l’Europe. ture et le milieu
première considère que le découplage tiers herbagers), le financement des assu- À partir de 2014, le défi sera véritable- rural (FNCIVAM),
la Fondation Nico-
des aides reste l’instrument le plus effi- rances récolté au titre de la gestion des ment de concilier des objectifs à la fois las Hulot pour la
cace pour soutenir le revenu des agricul- risques demeure la priorité. Cette vision de sécurité alimentaire (par une gestion Nature et
teurs, et que les instruments d’interven- « conservatoire » est notamment incarnée de l’offre qui permette de stabiliser les l’Homme, le
Groupe de
tion ont un faible rôle à jouer puisque les par la France, l’Espagne, l’Irlande et la prix), de nutrition et de santé publique recherche et
«signaux du marché» doivent orienter les Roumanie. pour favoriser une alimentation saine d’échange techno-
choix des producteurs. Les aides directes Cette polarité des débats inter-gouverne- pour tous, et de durabilité pour que logique (GRET),
l’association 4D
ne sont plus justifiées si les prix restent mentaux actuels sur le bilan de santé de l’agriculture soit plus écologique et (Dossiers et débats
durablement élevés, d’autant que 80% ne la PAC illustre la crise de sens que tra- moins dépendante des énergies fossiles. pour le développe-
profitent qu’à 20 % des exploitations. verse l’Europe verte. Elle peut se résu- Au delà de ça, il est impératif de connec- ment durable), le
Réseau action cli-
Ainsi certains pays y voient-ils une oppor- mer ainsi : en l’absence d’un projet poli- ter la réforme de la PAC aux enjeux de mat, le Réseau
tunité pour démanteler une PAC qui tique commun pour l’agriculture et les développement rural en Europe et de agriculture
coûte cher au contribuable, et réorienter zones rurales des vingt-sept, la Commis- souveraineté alimentaire des pays du durable, et le WWF
France. Contact :
les dépenses sur l’environnement et le sion européenne anime une discussion Sud. samuel.feret@gm
développement rural. technique dont le seul horizon porte sur Samuel Féret (groupe PAC 2013) ail.com.

Dossier réalisé grâce au soutien de :

Ce dossier est tiré du numéro 362-363 de la revue Transrural initiatives.


Portée par des mouvements associatifs d’éducation populaire à vocation rurale (l’AFIP et les CIVAM), Transrural initiatives apporte tous les 15 jours un éclairage
de l’actualité agricole et rurale en privilégiant les réalités de terrain. Expression militante et alternative, elle tend à prendre en compte la pluralité des analyses et
des points de vue.
Revue associative, Transrural s’appuie sur un comité de rédaction composé d’acteurs du développement rural (animateurs, militants associatifs).
Sans publicité, la revue vit en partie grâce aux abonnements. Alors, si vous avez apprécié ce dossier n’hésitez pas à demander deux numéros gratuits afin de

" découvrir la revue sous son format entier. Et si cela vous a plu… abonnez-vous !

Nom : .......................................... Prénom : ........................................ n Je m’abonne en groupe et souscris …… abonnements.


NT

La revue est expédiée à chaque personne dont la liste des adresses est jointe.
Adresse : ................................................................................................ Au terme de l’abonnement, je recevrai une lettre de relance pour tout le groupe.
ABONNEME

Code postal : ............................ Commune : ...................................... n Je désire découvrir la revue


et je m’abonne pendant 3 mois pour 15 €
Profession : ............................................................................................ (6 numéros).
Je verse la somme de ……… euros
n Je m’abonne seul à Transrural Initiatives (pour un an, 24 numéros) à l’ordre de l’ADIR, 2 rue Paul Escudier - 75009 Paris.

n Je désire une facture. 4 à 10 abonnements 35 € l’unité


Individu : 44 € – Etudiant, chômeur : 35 € – Institutions : 72 € – Soutien : 100 € + de 10 abonnements 30 € l’unité