La conception architecturale à l'épreuve du réel : étude du processus d'évaluation dans le projet de Jean-Philippe Vassal et Anne Lacaton

Mémoire présenté en vue de l’obtention du diplôme d’ingénieur civil architecte

Jacob Thiry

Directeur de Mémoire Service

Professeur Stéphane Vanbeveren BATir
Année académique

2011-2012

Remerciements

Mes remerciements vont à toutes les personnes qui m'ont aidé dans ce travail et en particulier M.S. Vanbeveren pour son soutient inconditionnel et M.S. Marbehant pour son écoute attentive et ses conseils avisés,

Résumé : Le réel est la finalité de toute architecture et une thématique centrale du projet de Anne Lacaton et JeanPhilippe Vassal. Dans ce présent travail il sera caractérisé au travers dans leur pratique plutôt que de leur architecture. Les outils théoriques nécessaires pour préciser la posture par rapport à la contrainte économique comme vecteur d’intentionnalité sont mis en place. Dans l'étude de cas de la Tour Bois-le-Prêtre l'analyse de la modification du programme permet d'évaluer le projet par rapport à sa pertinence au regard de la problématique. L'évaluation de l'efficience du projet quant à sa concrétisation se fait en utilisant la contrainte économique comme moyen de représentation. L'utilisation du retour de l'appropriation de leur bâtiments est vu comme un processus d'évaluation de l'utilité du projet. Ce processus est investigué dans deux séries typologiques que sont d'une part le Palais de Tokyo suivi de l'École d'Architecture de Nantes et de l'autre la Cité Manifeste à Mulhouse suivi de l'ensemble de logements à Trignac. La confrontation aux études de cas fait apparaitre les obstacles à l'existence de ces deux manières de voir l'évaluations par le réel. Abstract Reality is the finality of every architecture and a central theme in Anne Lacaton's and Jean-Philipps Vassal's project(s). In this paper, it will be characterized through their practice rather then through their architecture. The theoretical tools needed in order to clarify the position on economic coercion as a means of intentionality are implemented. In the case study of "Tour Bois-le-Prêtre", the analysis of the program's modifications assesses the project according to its relevance to the issues. Evaluating the project's efficiency through its implementation is done by using the economic coercion as a means of representation. The feedback on the appropriation of their buildings is seen as an evaluation process of the utility of the project. This process is investigated in two series of typologies, on one hand, the Tokyo's Palace and the architecture school of Nantes, and on the other hand, the "Cité Manifeste" in Mulhouse followed by the housing projects in Trignac. Confrontation with case studies reveals the obstacles to the existence of these two views on the evaluation by the reality.

Curriculum Vitae
"Anne Lacaton (Saint-Pardouxla-Rivière, 1955) obtient son diplôme d’architecte (1980) et son master d’urbanisme (1984) à l’École d’architecture de Bordeaux. Elle a été invité à l’École polytechnique fédérale de Lausanne (2003-2004, 2006)." "Jean-Philippe Vassal (Casablanca, 1954) obtient son diplôme d’architecte à l’École d’architecture de Bordeaux en 1980. Il a travaillé comme architecte et urbaniste au Niger entre 1980 et 1985. Il a été professeur à l’école d’architecture de Bordeaux (19921999) et aujourd’hui il enseigne à l’École d’Architecture de Versailles. En 2005, il a été professeur invité de Peter Behrens Fachhochschule de Düsseldorf. "

Lexique
Mode opératoire Actions détaillés en vue d'obtenir un résultat. Modes de Manière de donner une forme matérielle a ce qui était théorique. concrétisation Programme Ensemble de données permettant de communiquer une problématique architectural architecturale. Objet architectural Bâtiment concret. Projet architectural conception et de l'activité pratique de conception1 " Pratique architecturale L'exercice de la conception architecturale. Savoir Ensemble des connaissances acquises par l'étude. Retour. Dans son sans anglais de feedback, entre remontées et réactions. Trivial Faisant partie du sens commun. Utilité Relation entre les enjeux et les impacts. Efficacité Relation entre l'objectif et les impacts. Efficience Relation entre les moyens et leur réalisation. Cohérence Relation entre les objectifs et les moyens. Pertinence Relation entre les enjeux et les objectifs Espace de conception
“Univers de pensée dans lequel l'architecte propose des processus ou modalités de conception2”. Il s'agit donc d'un espace cognitif, il n'est accessible que quand il se manifeste au travers de maquettes ou croquis associés a des commentaires explicatifs. "Le projet architectural est a l'intersection de la démarche intellectuelle de

Espace de Il diffère de l'espace de conception, il n'en n'est qu'une représentation en représentation décalage avec l'espace de conception. Espace architectural
“Espace concret sur lequel travaille l'architecte lorsqu'il conçoit”3 Il diffère de l'espace de conception. Il est l'espace du fait, là ou l'espace de conception est l'espace du faire.

Typologie Traits caractéristiques d'un objet architectural. Contrainte économique Nécessité incontournable de la gestion des biens. Contrainte procédurale Nécessité incontournable du chantier. Contrainte substantive Nécessité incontournable de la matérialité de l'objet architectural.

1 BOUDON P. et al. (2001)., 64. 2 Ibid., 78 3 Ibid., 80

TABLE DE MATIÈRES. Introduction 1. Préalables. 1.1 Le positionnement de l'architecture de A. Lacaton et J.-P. Vassal. 1.2 Précautions, hypothèses. 2. Théorie. 2.1 Conception architecturale. 2.2 Le processus de conception architectural chez A. Lacaton et J.-P. Vassal. 2.2.1 Références. 2.2.2 Continuité. 2.2.3 L'évaluation. 2.2.4 Intérêt du réel dans l'évaluation du projet. 2.2.5 Trivialité: la réalité de la pratique comme obstacle. 2.3 L'économie comme outil, vecteur d’intentionnalité. 2.3.1 Objectifs. 2.3.2Linéarité du processus de conception. 2.3.3 L'économie comme outil de représentation. 2.3.4 Modification du programme chez A. Lacaton et J.-P. Vassal. 2.3.5 Obstacles. 2.4 L'auto-évaluation : processus d'évaluation par le réel. 2.4.1 Objectifs 2.4.2 Enjeux. 2.4.3 Processus d'appropriation. 2.4.4 Auto-évaluation. 2.4.5 Conditions et obstacle pour une caractérisation de l'auto-évaluation. Pratique. 3. Étude de cas, la contrainte économique dans la Tour Bois-le-Prêtre. 3.1 Contexte 3.2 Projet 3.3 L'économie comme outil de modification du programme. 3.3.1. Première modification: le paradigme de la "problématique des grands ensembles". 3.3.2. Deuxième modification: l'augmentation des surfaces. 3.4. Multiplicité des implications de l'outil de représentation économique 3.5. La dépense de conception comme conséquence. 3.6 Conclusion. 4. L'auto évaluation, opportunité de la posture dans le projet de A. Lacaton et J.P. Vassal. 5. Auto-évaluation, du Palais de Tokyo à l'École Nationale Supérieure d'Architecture de Nantes au Palais de Tokyo. 5.1 Opportunité de la démarche, conditions Chronologiques , programmatiques et typologies. 5.2. Références communes. 5.3. Première rénovation du Palais de Tokyo. 5.3.1. Historique et conditions de conception. 5.3.2. Espaces projetés. 5.3.3. Usagers. 1 1 1 2 2 2 3 3 4 4 4 5 6 6 6 7 7 8 9 9 9 10 10 11 11 11 12 12 13 13 14 14 15 15 15 16 16 16 17 17 18 19

5.3.4. Appropriation par les usagers. 5.3.5. Retour aux architectes. 5.4. École Nationale Supérieure d'Architecture de Nantes. 5.4.1 Historique et conditions de conceptions. 5.4.2. Espaces projetés. 5.4.3. Usagers. 5.4.4. Appropriation. 5.4.5. Retour aux architectes. 5.5. Le Palais de Tokyo deuxième phase de travaux. 5.5.1 Historique et conditions de conception. 5.5.2. Espace projetés. 5.6. Conclusion de l'investiguation. 6. Auto-évaluation : La cité Manifeste à Mulhouse et l'ensemble de logements à Trignac. 6.1. Historique et contextes de conception. 6.2. Espaces projetés : les ensembles de Mulhouse et de Trignac. 6.3. Mulhouse. 6.3.1. Usagers. 6.3.2. Appropriations. 6.3.3. Retour aux architectes. 6.3.4. Trignac. 6.4. Évolutions typologiques. 6.4.1. Usagers. 6.4.2. Conditions d'appropriation. 6.5. Conclusion de l’investigation. 7. En conclusion de l'auto-évaluation. 8. Conclusion.

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Bibliographie. Annexe 1. Annexe 2.

32 35 41

Introduction.
L'architecture de Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal interroge. Qu'elle soit l'objet d'une forme d'admiration qui érigerait leur pratique en avant garde 1 ou au centre d'un questionnement qui remet directement leur démarche en cause 2. Une thématique commune traverse cependant leur discours autant que les tentatives de théorisations de leur pratique qui ont été produites3, l'enracinement du travail de conception dans le réel. En la singularisant, l'objectif de ce présent travail est double. D'une part comprendre comment dans la posture de Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal la notion de contrainte économique comme "nécessité incontournable4" devient un outil vecteur d’intentionnalité dans le projet, et d'autre part d'investiguer l’existence de l'utilisation du retour de l'appropriation de leur bâtiments comme processus d'évaluation du projet par le réel. Plutôt qu'une classification de leur architecture, l'originalité de ce travail consiste à comprendre et investiguer une posture et un processus comme caractéristique de leur travail. La méthode consiste à mettre en place des outils théoriques permettant de comprendre une posture à travers l'étude de cas de la Tour Bois-le-Prêtre, et d'investiguer un processus dans le cas des successions de projets que sont d'un coté le Palais de Tokyo suivi de l'École d'Architecture de Nantes et de l'autre la Cité Manifeste à Mulhouse suivi de l'ensemble de logements à Trignac. Trois sources principales ont été choisies dans le présent travail. Les approches de la méthodologie de la conception architecturale permettent d'expliciter les outils théoriques. Le discours, seule trace tangible du processus de conception, servira à décrire le projet et enfin c'est à l'observation que sera donné le primat, lorsqu'il s'agira d'analyser la complexité des cas réels.
1 Préalables. 1.1 Le positionnement de l'architecture de A. Lacaton et J.-P Vassal.

Michel Foucault annonçait, « Nous sommes à l'époque du simultané, nous sommes à l'époque de la juxtaposition, à l'époque du proche et du lointain, du côte à côte, du dispersé. 5». Hans Ibelings transcrit cet “état du monde” en le regroupant sous le terme de globalisation et interroge son implication dans l'évolution de l'architecture. Les “phénomènes regroupés sous le terme de globalisation [...] ont des répercussions inévitables sur l'architecture et l'urbanisme en modifiant notre perception du temps, et de façon plus significative notre perception de l'espace6”. Des multiples propositions pour “définir ce que la pratique de l'architecture devrais être aujourd'hui7” , le “supermodernisme” de Hans Ibelings pourrait à bien des égards servir de définition pour l'architecture de Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal. De la neutralité des “apparences des bâtiments [qui] est telle qu'ils semblent pouvoir héberger n’importe quelle fonction8” en passant par le contexte qui “ne constitue ni une légitimation ni une motivation, celles-ci se trouvants en effet dans ce qui se passe dans le bâtiment lui-même […] le programme9” au rapport au modernisme qui passe d'une “aversion quasi permanente des architectes postmodernes et dé-constructivistes pour ce mouvement [...]à une position plus
1 2 3 4 5 6 7 8 9 RUBY A., RUBY I. (2007) DIDELON V. (2012) 5-13. RUBY A., RUBY I. (2007) ; SHAMIYEH M., LABORATORY D.R. (2007) BOUDON P. et al. (2001), 154. FOUCAULT M. (1984) 46. IBELINGS H. (2003) « to define what architectural practice should now be »SAUNDERS W.S. (2007) Ibelings, Supermodernisme, 89. Ibid., 88.

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nuancée10”. Il est en est de même pour une partie de la définition que Bernard Huet fait du réalisme : “Être « réaliste » ce n'est pas accepter la réalité, mais la prendre pour la transformer « politiquement » [...]. Ce n'est pas mythifier les techniques mais s'en servir efficacement. Ce n'est pas créer du « sens » incompréhensible au plus grand nombre , mais se servir du sens commun. Ce n'est pas créer une culture prolétarienne mais rendre disponible l'héritage et son utilisation.11” Éric Lapierre se propose de comprendre l’œuvre d'Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal à travers la notion de “ready made”. Importée de l'histoire de l'art, pour une architecture "réduite et, par là même, précipitée, dans ce qu'elle a d'essentiel qui est cette étrange tension interne née d’une instabilité d’interprétation12”. Si il y a bien ici matière à penser il sera question de penser leur démarche "par le processus de la conception architecturale, plutôt que par la vaine tentative de définir l’architecture ellemême.13"
1.2 Précautions, hypothèses.

La notion de réel est ici limitée par deux sous notions. Il n'y pas de volonté de donner une prépondérance a l'une de ces notions, elles découlent toutes les deux de l'observation de la pratique et permettent de limiter le présent travail. La posture par rapport à la contrainte économique comme élément redondant du projet chez A. Lacaton et J.-P. Vassal est préexistante aux hypothèses du présent travail, qui consistera à une caractériser de cette posture. La notion d'”auto-évaluation” est une hypothèse de ce travail. Le travail consiste donc à en investiguer les conditions d'existences. La pratique de A. Lacaton et J.-P. Vassal est contemporaine. L'ensemble des données utilisés pour ce travail n'ont pour la plupart pas le recul du temps. Si le primat a été donné à l'observation personnelle, l'espace de vérité dans lequel se situe le travail et dépendant de l'ensemble des subjectivités.
2 Théorie. 2.1 Conception architecturale.

Modéliser la "conception architecturale" c'est établir des méthodes descriptives du processus de conception. La conférence de Londres de septembre 1962 « The Conference on Systematic and Intuitive Methods in Engineering, Industrial Design, Architecture and Communications.” marque le début d'un courant de recherche concernant les “Design Method” en conception de manière générale et plus particulièrement en architecture. Pour R. Prost il s'agit des “conditions et les modalités de production des énoncés de
10 11 12 13 Ibid., 129. HUET B. (1998) 132. Inquiétants ready made. MARCHAND B. et al. (2005) CLAEYS D. (2011)

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problèmes/solution en architecture14”. Au-delà de la notion d'”objet architectural”, c'est donc la notion de “projet architectural” qui est au centre du questionnement. Lors du processus de conception, « le sujet concepteur utilise sa compétence pour sélectionner, transformer, compléter et construire à partir de la représentation initiale d'un artefact [le „programme“] les informations qui lui permettent d'établir une représentation finale et définitive de cet artefact [le projet] 15».
2.2 Le processus de conception architectural chez A. Lacaton et J.-P. Vassal.

Les notions théoriques mises en place sont descriptives. Elles permettent de situer dans un cadre théorique existant les développements qui suivront. “Dans un premier temps, il convient de comprendre suivant quelles modalités s'opère ce passage[transformation d'un registre problématique/programme vers un registre architectural/formel] Cette transformation ne s'opère pas directement de manière linéaire, par déduction d'un point d'arrivée à partir d'un point de départ, mais par un appui sur un ensemble de référence normatives qui donnent corps et substance à la solution [projet]16”

Illustration 1: Représentation de la méthode heuristique de tranformation du projet.[réalisation personnelle]

On peut représenter, en se basant sur le cycle Poppérien 17, la méthode heuristique de transformations du projet architectural introduite par R. Prost. L'ensemble des références intervenant lors de l'évaluation de l'hypothèse.
2.2.1 Références.

Robert Prost fait la distinction entre « références procédurales » et « références substantives18 » ainsi qu'entre “références propres à “l'architecture comme problème en soi” ” et “références liés au problème [en soi] et le contexte socio-économique dans lequel il s'inscrit 19”. Les références ainsi définies par R. Prost englobent tout ce qui est amené par la subjectivité du concepteur, de son savoir20.
2.2.2 Continuité.

Le concepteur en faisant appel à des références architecturales s'inscrit volontairement ou non
14 15 16 17 18 19 20 PROST R. (2000), 12.

LEBAHAR J.-C. (2007), 25.
PROST R. (2000), 57. CONAN M. (2000), 79. PROST R. (2000), 57-87. Ibid., 59. COLLECTIF (2011), 1260.

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dans une continuité de la tradition architecturale, qu'elle soit substantive ou procédurale 21. « Les références architecturales placent ainsi le projet au-delà du dessein initial émis par les acteurs sociaux. Elles introduisent une autre finalité qui relève de l’architecture comme problème en soi et que ne pouvaient pas introduire les finalités relatives au problème à résoudre 22» Si la tradition architecturale est indissociable de la conception de chaque objet architectural, cela n'induit pas forcément la participation de celui-ci à cette tradition. En faisant référence à certains éléments de ses propres réalisations le concepteur inscrit ces éléments dans des continuités spécifiques à son œuvre. Différents types de continuité peuvent coexister au sein d'un même objet, et ne s'appliquent pas forcément à l'ensemble de l'objet. Alan Colqhoun, à propos de le Corbusier parle de références à la “grande” architecture en introduisant la notion de “déplacements de concepts décrivant ainsi un processus de réinterprétation23”. Certains ayant cours sur des éléments ciblés de l'architecture comme “la fenêtre” en tant qu’élément indépendant. Une “continuité typologique” est un “déplacement” au sens d'Alan Colqhoun et s'applique à une typologie particulière qui reste identifiable à une typologie de référence, qu'elle soit propre où faisant partie de la tradition architecturale, et ce malgré des transformations.
2.2.3 L'évaluation.

L’évaluation dans le processus de conception intervient lorsque “la solution obtenue[ hypothèse] est confrontée au problème initial24”” elle [la confrontation engendrée par l'évaluation] confronte les modes opératoires à l'ensemble des dimensions du projet 25”. Pour expliquer la notion d'évaluation R. Prost l'introduit comme l'évaluation du projet par des logiques de cohérence, de pertinence et d'efficience. Ces notions permettent de mettre à l'épreuve le projet dans les limite qu'induit l'espace de conception en tant qu'espace cognitif.
2.2.4 Intérêt du réel dans l'évaluation du projet.

Pour dépasser ces limites, l'introduction d'une part de réel dans le processus de conception est ici envisagée et ceci au travers de l'évaluation du projet. En évaluant l'objet architectural approprié c'est l'utilité de celui-ci qui est questionnée. Cette utilité se mesure selon R, Prost en confrontant le bâtiment à ses enjeux sociaux et le conduit à introduire la notion de “projet social26”comme accomplissement de la problématique posée. Cette manière de voir permet de s'intéresser au résultat d'une architecture et s'écarter de la question de la qualité de l'architecture "en tant que tel". Avec la méthode de la Post Occupancy Evaluation, dont le principe consiste à donner à évaluer le projet à ses utilisateurs, la subjectivité d'une analyse extérieure "orientée" est évacuée. “L'évaluation de l'occupation des lieux consiste en l'évaluation systématique des bâtiments en usage du point de vue de ceux qui les utilisent de sorte à établir si les édifices répondent aux besoins de leurs usagers27”. Ce qui nous permet d'introduire l’intérêt de l'évaluation d'une hypothèse à travers son
"Faire référence au style d’un architecte célèbre "faire à la manière de..." " PROST R. (2000), 58. Ibid., 73. « Déplacements chez Le Corbusier » In. COLQUHOUN A. (2008) , 75. PROST R. (2000), 81. Ibid., 82. « Le »projet social« n’étant pas toujours une donnée clair au départ il vient en réponse à une problématique. »ibid., 38. 27 POE (s. d.) 21 22 23 24 25 26

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appropriation, qui dés lors est une évaluation par le réel. L'évaluation se faisant soit sur l'hypothèse dans l”espace de conception” soit sur une représentation de cette hypothèse dans un ”espace de représentation”. L'utilisation de la représentation devenant indispensable dès que le nombre d'acteurs du projet augmente, ou que la complexité du projet augmente28. “Cette représentation, au-delà de la visualisation/simulation d'un résultat possible, constitue en elle-même une heuristique” “Un [...] commentaire touche aux limites intrinsèques; à la notion même de représentation. Si les dessins qui la constituent [outils de représentation] […] contiennent des informations qu'aucun autre registre de discours ne peut contenir, ils demeurent attachés à l'objet architectural et ne peuvent informer sur la totalité des dimensions constitutives du projet d'architecture29”. L'importance de la représentation dans le processus d'évaluation sert de base pour comprendre l'intérêt d'un espace de représentation qui soit le plus proche possible de l'espace réel. Nous verrons comment la contrainte économique comme espace de représentation est propice à l'évaluation par le réel
2.2.5 Trivialité: la réalité de la pratique comme obstacle.

Dans le projet de A. Lacaton et J.-P. Vassal c'est au travers de ces deux notions que sera investigué la notion de réel dans le processus d'évaluation. Premièrement dans l'utilisation de la contrainte économique, comme outil [espace de représentation] vecteur d’intentionnalité. Deuxièmement dans le processus d'évaluation d'une hypothèse par rapport à son utilité à l'aide d'un projet déjà approprié, et ce au sein d'une même œuvre, processus que nous nommerons "auto-évaluation". La notion de trivialité se révèle être une notion centrale du sujet traité ici et dans les questionnements qui ont été introduits. En effet, les opérations de conception telles qu'elles sont écrites ici, sont des notions triviales, c'est-à-dire qu'elle „relèvent du simple bon sens30“. Cette trivialité est constamment remise en question par la complexité qu'est l'exercice de la conception architecturale. “c’est toute la démarche scientifique qui doit dépasser des obstacles épistémologiques empêchant son progrès en la retenant dans des erreurs qui sont causées non pas tant par les difficultés internes à l’objet d’étude que par les ressorts et les dispositifs mêmes de la pensée scientifique” L'obstacle épistémologique à la démarche scientifique tel qu'il est défini par G. Bachelard permet de comprendre les obstacles à la trivialité des processus décrits. “C’est dans l’acte même de connaître, intimement, qu’apparaissent, par une sorte de nécessité fonctionnelle, des lenteurs et des troubles31”. C'est donc avant tout dans la démarche du concepteur que doivent être compris les obstacles à l'utilisation de réflexes triviaux. En architecture, l'économie de la conception peut se substituer à cette notion. “L. Prieto met en situation un sujet face à un univers d'évènements possibles; Entre deux interprétations possibles il choisira toujours celle qui leur permettra de réduire davantage son incertitude” 32”. Les différents obstacles à la trivialité des processus seront décrits pour chacune des notions.

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CONAN M. (2000) 106. PROST R. (2000), 76. COLLECTIF (2011) BACHELARD G., DANTIER B. (2004). L. Prieto "pertinence et pratique, Paris, Ed. de Minuit, 1975. In. LEBAHAR J.-C. (1983), 36.

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2.3 L'économie comme outil, vecteur d’intentionnalité. 2.3.1 Objectifs.

L'économie si elle est indissociable du discours qui entoure les réalisations de A. Lacaton et J.P. Vassal est aussi au centre de l'intérêt que suscitent les bâtiments et un point commun à toute critique sur la pratique33. Dans la volonté d'échapper à toute forme de classification de leur l'architecture, le rapport à la contrainte économique sera ici prise comme une constante de leur pratique. Au-delà d'une manière de faire c'est donc une posture indissociable de la conception chez A. Lacaton et J.-P. Vassal que nous essayerons de caractériser. La contrainte économique, "en tant que nécessité incontournable34” est un passage obligé de l'architecture. "Toute solution conçue doit en effet, pour se réaliser, s'inscrire à l'intérieur d'un espace de contraintes économiques qui entraînera des choix sur tous les plans( matériaux, structure...) et qui fixera de manière significative le champ des possibles 35". Dominique Raynaud montre que "la profession fait toujours l’objet de descriptions antagonistes et certains praticiens continuent de dichotomiser leur statut en se percevant tantôt comme de purs artistes tantôt comme des techniciens […] Quelques-uns articulent contrainte et liberté.36". Dans le projet de A. Lacaton et J.-P. Vassal la contrainte économique "n'est pas ce qui fait l'architecture, mais est un excellent moyen d'arriver à produire ce qu'on a envie de produire sans se laisser freiner par les contraintes budgétaires 37 ". La contrainte de conception se transforme en un outil vecteur d’intentionnalité.
2.3.2 Linéarité du processus de conception.

Robert Prost fait la distinction entre “solution formulée” et “solution concrète38”. Le passage de l'une à l'autre se faisant en adaptant le projet aux „modes de concrétisation“ celui-ci est modifié par la transformation. Cette linéarité de la conception du projet, dont R. Prost ne fait usage qu'à des fins didactiques, comporte le risque de défaire le projet de son intentionnalité initiale. Plus généralement la linéarité d'un processus de conception se caractérise par l’empêchement d'une „rétroaction“ de l'évaluation sur le projet. Cette linéarité ne permet pas de décrire correctement la complexité de la conception architecturale et la conception ne peut être vu comme un processus linéaire 39. Néanmoins, le fait d'établir un programme est pour des questions organisationnelles souvent effectué par un concepteur tiers et engendre „de fait“ une forme de linéarité. Il en va de même pour les modes de concrétisation d'un projet dont la conception est en partie dissociée, la majorité des intervenants étant externes au concepteur architectural. Le dépassement de la linéarité, engendre une conception dynamique ou les projets deviennent le projet sans cesse ré-évalués.
33 34 35 36 37 38 DIDELON V. (2002); Eric Lapierre « Inquiétants ready mades ». In. MARCHAND B. et al. (2005) BOUDON P. et al. (2001), 157. PROST R. (2000), 98. RAYNAUD D. (2004) Eric Lapierre « Conversation avec A. Lacaton », Paris, 2 juin 2004. In MARCHAND B. et al. (2005) La solution concrète se distinguant de la solution formulée par ce qu’elle intègre des « modes de concrétisation ».PROST R. (2000) 39 La linéarité de la conception est à mettre en parralèle avec le raisonnement inductif dans le théories de la conception architecturale et ses limites. CONAN M. (2000)

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Chez A. Lacaton et J.-P. Vassal l'économie est un outil pour dépasser cette linéarité.

Figure 1: Conception linéaire et conception dynamique. [réalisation personnelle]

2.3.3 L'économie comme outil de représentation.

La notion d'économie contient à la fois des contraintes procédurales et substantives quant à la concrétisation du projet architecturale. Dans le projet de A. Lacaton et J.-P. Vassal elle peut être vue comme un “outil de représentation” du projet. La neutralité formelle de cet espace de représentation permet à A. Lacaton et J.-P. Vassal de se détacher en partie de la prégnance de la représentation graphique. "Nous ne faisons pas de dessins, ou très peu, et grâce à ca nous ne nous laissons pas bloquer par une image40“. Utilisée comme tel elle rend compte de la faisabilité de tout projet évalué. Ce champ des possibles constitue la réalité dans laquelle peut s'inscrire le projet. En intégrant les contraintes procédurales et substantives, cet espace de représentation permet d'évaluer l'efficience de la solution.

Figure 2: Logiques d'évaluation face au registres de conception de R. Prost [réalisation personnelle].

2.3.4 Modification du programme chez A. Lacaton et J.-P. Vassal.

Il a été vue que l'établissement du programme peut constituer une rupture dans la dynamique de conception. L'économie est un moyen particulièrement efficace lorsqu'il s'agit de modifier
40 LACATON A., VASSAL J.-P((2012), 135.

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un programme et ce de par son statut particulier ou elle permet de génèrer un terrain d'entente entre le client et le concepteur. L'utilisation de l'économie comme outil de "rétroaction" sur le programme permet d'intégrer au sein du processus de conception la problématique du projet41. R. Prost défini la "pertinence" comme "une logique […] en regarde de la formulation de la solution 42". Cette rétroaction permet d'évaluer le projet par rapport à sa pertinence.

igure 3: L'augmentation d'incertitude comme obstacle à la modification du programme. [réalisation personnelle]

F

2.3.5 Obstacles.

J-C. Lebahar montre que le concepteur, en soumettant le projet à de multiples modes d'évaluation poursuit naturellement une constante réduction des quantités d'incertitude du projet43. La modification du programme, engendre une augmentation du champ des possibles. Il y a dès lors conflit entre la réduction d'incertitude voulu par le concepteur d'un coté et l'augmentation du champ des possibles comme outil d'efficience de l'autre. L'ouverture de la conception au programme d'une part et l'intégration des modes de concrétisation d'autre part engendre une multiplication des cycles heuristiques de conception. „Les rétroactions entre les composantes du modèle et les transformations qu'elles entraînent ne constituent pas un processus infini, bien sûr pour des raisons pratiques en terme d'économie de temps et de moyens, mais surtout pour des raisons théoriques provenant de la saturation du processus44“. La dépense de conception engendrée est le second obstacle à la conception dynamique.

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Andreas Ruby, from « Reprogramming Architecture » In.SHAMIYEH M., LABORATORY D.R. (2007) PROST R. (2000) 116. LEBAHAR J.-C. (1983, 65. PROST R. (2000), 87.

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2.4 L'auto-évaluation : processus d'évaluation par le réel. 2.4.1 Objectifs

La“notion d'évaluation renvoie l'architecture à un paradoxe. Pour être vraiment consistante, l'évaluation doit s'opérer non pas sur la solution concrète mais sur la solution appropriée, puisque c'est seulement la que l'on peut […] observer en quoi un objet donné engendre un projet social45“. L'introduction de la notion d'auto-évaluation pose la question du dépassement de ce paradoxe et permettre l'évaluation du projet au regard de son utilité. Partant de l'hypothèse que tout objet architectural construit subit un processus d'appropriation, ce processus sera caractérisé avant d'introduire l'auto-évaluation, les conditions d'existence de cette notion et les limites qu'elle implique.
2.4.2 Enjeux.

"Structures spatiales" et "structures sociales" ne peuvent pas être comprises comme étant en adéquation. Amos Rappoport46 souligne cette difficultée dans la société actuelle où les structures spatiales ont une longue temporalité face à des usagers très variés évoluant au cours du temps. Cette inadéquation temporelle des structures est reprise par Umberto Ecco à travers l'exemple de Brasilia."Entre le temps ou les formes signifiantes avaient été conçues et celui ou elles avaient été reçues il s'était passé un temps suffisant pour changer le contexte historicosocial47 ". Pour U. Ecco " Les architectes étaient tombées dans les deux erreurs[...] ils avaient accepté passivement les fonctions identifiées par la vision sociologico-politique […]ils avaient pensé que rien que par le fait d'avoir été bâtie ainsi Brasilia aurait plié le cours de l'histoire selon ses fins 48". D. Pinson retrace la manière dont l'architecture, en réaction à l'approche moderne 49 50 a intégré, au même titre que les sciences physiques l'ont été au XIXe siècle, les sciences sociales. En réaction “On assiste donc à une sorte de retournement du paradigme : c'est désormais le social qui détermine le spatial. Une bonne résolution du social conduit à une configuration spatiale adéquate, l'illusion de la correspondance parfaite 51". La prise de conscience de l'impasse de l'adéquation parfaite entre structure spatiale et sociales, ne doit pas empêcher “l'attention plus poussée aux attentions des publics, à la connaissance de ces dernières, à leur prise en compte […] sans jamais pouvoir lui apporter une résolution parfaite52”

45 46 47 48 49

Ibid., 117. Amos Rapoport, Vernacular architecture and the cultural determinants of form, In KING A.D. (1984) UMBERTO E. (1984) , 315. Ibid. De l’approche moderne de l’usage D. Pinson retient à l’égard de Le Corbusier « une adaptation de l »espace du logement à la vision corbusénne du « logis’, celle que Le Corbusier fonde sur sa propre rationalité, en réalité sur un credo scientiste, qui ordonne les fonctions du logement à partir de la réduction techniciste, étroitement ergonomique et tayloriste de l’habiter ». BONNIN P. et al. (2007) 50 En résulte une forme de « forçage social », dont Philippe Boudon illustre les réactions extrêmes que cela peut engendrer avec l’exemple de Pessac.BOUDON P. (1981) ; « L’espace influence effectivement les pratiques sociales , mais il ne les produits pas mécaniquement. » Le « forcage social » est la croyance dans le rapport mécanique décrit. « L’évalutation socio urbaine générative des projets urbains » Michel Bonneti. In BONNIN P. et al. (2007) 51 PINSON D. (2000) , 156. 52 D. Pinson « Enjeu Social et matrise d’oeuvre partagée » In. BONNIN P. et al. (2007)

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2.4.3 Processus d'appropriation.

R. Prost parle de "processus d'appropriation de la solution 53" par les usagers comme de phases de conception faisant partie du processus de conception architectural. Les processus d'appropriation sont conditionnés par le couple formé par les usagers et le bâtiment. D. Pinson pose au centre du concept d'appropriation “ la liberté, l'autonomie dont dispose l''individu ou le groupe dans la maitrise de son espace de vie54”. L'usager ne peut pas être vue comme un acteur homogène du processus d'appropriation, le processus d'appropriation est dépendant de classes d'usagers délimités par leur libertés propres au sein de la structure sociale des utilisateurs. Charles Perraton défini les “programmateurs de l'espace55 ” comme une entité de médiation qui s'occupe de la gestion du lien entre usagers et espace. Cette classe d'usagers possède un rôle prépondérant dans les modes d'appropriation en particulier dès qu'il est question d'espace public.
2.4.4 Auto-évaluation.

L'évaluation par le réel s'effectue dès qu'il est possible de substituer un objet architectural construit et approprié au projet en conception, pour évaluer l'utilité d'une hypothèse. Lors que cet objet fait partie de l’œuvre du concepteur il y a auto-évaluation. B. Bordass et al, à travers la notion de "Feedback" mettent en avant une rétroaction de l'expérience de l'appropriation des occupants sur les concepteurs "afin de les aider à faire mieux la prochaine fois.56“. L'utilisation de la Post-Occupancy-Evaluation 57 servant comme outil dans la transmission de l'expérience des usagers aux architectes. En introduisant ici le préfixe "auto“ la volonté est de réduire au maximum les intermédiaires et en particulier de se détacher de l'ajout d'un troisième acteur que représente l'analyste. L'architecte devient dès lors à la fois analyste et concepteur et se pose la question de la relation de l'architecte aux appropriations qui du projet construit. En devenant analyste, l'architecte est en position privilégiée face à son projet en cours d'appropriation. En effet il est le seul capable de mesurer les implications de tel ou tel élément construit en termes de conception.

53 La notion de solution fait ici référence aux structures spatiales de Amos Rapopoart.KING A.D. (1984) , 132 54 PINSON D. (2000) , 154. 55 Charles Perraton, Espace et Pratiques d’espaces de la grande place du complexe Desjardin à Montréal. In RENIER A., (1984) 56 « Feedback of experience to designers, builders, developers, project managers, and to the building department of major clients, so helping them to do better next time. »BORDASS B. et al. (2004) 57 BORDASS B. et al. (2004)

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évaluation. [réalisation personnelle]

Figure 4: Auto-

2.4.5 Conditions et obstacle pour une caractérisation de l'auto-évaluation.

L'évaluation se fera sur l'utilité de l'objet architectural au regard de la problématique qui avait été posée préalablement. Le processus d'évaluation est un processus progressif. La première condition est donc d'ordre chronologique, l'appropriation devant avoir eu lieu avant de pouvoir évaluer l'utilité de l'objet architectural. Pour pourvoir discerner dans la complexité du réel l'auto-évaluation dans le processus de conception requiert une continuité typologique et problématique. La complexité introduite par les modes d'appropriation pose la question de la légitimation de l'auto-évaluation. Cette appropriation ayant lieu au sein d'un ensemble de libertés et de pratiques culturelles partagés il serait simpliste de penser que chaque appropriation résulte d'un „meilleur usage“ du bâtiment. Daniel Pinson, essaye à ce propos de distinguer ce qui en fait partie de ce qui résulte de la domination d'une structure sociale extérieure aux utilisateurs58. Cette distinction impose une connaissance exhaustive des usagers. À ce premier obstacle se superpose celui de la multiplicités de rapports qu'entretient l'architecte avec son bâtiment construits, en devenant analyste il n'en est pas pour autant utilisateur. La phase d'appropriation se passe indépendamment des architectes, il n'y a pas de relation "a priori“ entre le bâtiment approprié et le concepteurs. Les médias de retour du bâtiment approprié vers l'architecte sont néanmoins multiples et souvent subjectifs; des visites effectués sur place aux hypothétiques critiques d'architecture analysant le bâtiment. La démarche de l'architecte en tant qu'analyste ne peut être fructueuse que si elle est orientée vers une objectivation des donnés. Son analyse est dépendante de sa subjectivité personnelle.

Pratique.
3 Étude de cas, la contrainte économique dans la Tour Bois-le-Prêtre.
58 " Ainsi en conclusion d’un article pour la revue Magrheb-Machrek, je disais par exemple en quoi cette »rétroévolution« , exprimée en l’occurrence par l’installation d’un four à pain ( Farran "Hafifi") en lieu et place d’une salle de bain vivement attendue par la fille, pouvait s’expliquer par le pouvoir du père.[...]cette dernière ne tire aucunement sa légitimité d’un "meilleur" usage, mais bien plutôt d’un pouvoir abusant." In PINSON D. (2000) , 215216

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3.1 Contexte

La Tour Bois-le-Prêtre est située dans le dix-septième arrondissement de Paris, porte Pouchet en bordure du périphérique. Le bâtiment, une Tour de logements élaboré par Raymond Lopez entre 1959 et 1961 subit une première rénovation en 1990 au cours de laquelle l'isolation des façades sera effectuée. La ville de Paris lance fin 2001 le Grand Projet de Renouvellement Urbain (GPRU) et ce notamment pour le quartier “Porte Pouchet”59. La tour Bois-le-prêtre est dès 2004 au centre de concertations entre l'Office Public d'Aménagement et de Construction 60 (OPAC, devenu plus tard Paris Habitat) et les locataires. En 2005 un concours61 est lancé et parmi les huit architectes participants62 les Lauréats sont Frédéric Druot en association avec Anne Lacaton & Jean-Philippe Vassal.

Illustration 2: Tour Bois-le-Prêtre. Vue extérieure et plan avec extensions.[RUBY A., RUBY I. (2007) ; lacatonvassal.com]

3.2 Projet

Le projet propose de transformer les 96 logements existants et de créer 8 logements supplémentaires. Au bâtiment est adjoint une enveloppe extérieure comprenant des surfaces chaudes supplémentaires ainsi que des jardins d'hiver et de balcons. Chaque appartement bénéficie d'une augmentation de surface, soit par extension soit en abattant une parois pour changer de "type" de logement. Tous les locataires qui le souhaitent ont la possibilité de rester dans la tour, ce sera le cas pour 70% d'entre eux. Que ce soit dans le même appartement modifié ou, et ce après une négociation commune avec les concepteurs et les locataires, dans une autre partie du bâtiment. Il y a une diversification des typologies liée aux demandes multiples de habitants, celles-ci passent de quatre typologies différentes à six. Les espaces communs bénéficient d'une ouverture sur le domaine public. Deux ascenseurs sont ajoutés et les existants requalifiés. Les travaux sont réalisés dans le bâtiment occupé. Dix appartements sont vidés pour
59 VILLE DE PARIS (2012) 60 Associé à Francoise Hélène Jourda, Architecte. In MANDOUL T. (2012) 61 Ce concours fait partie d’un marché de définition plus large, incluant la démolition de la « tour Borel » et une réhabilitation de la « barre Borel » gagné par l’équipe: CO-BE Architecture et Paysages an association avec Trévelo & Viger-Kolher,COLLECTIF. (2006) 62 Architekturbüro halle 1, - atelier Philippe Madec - atelier Castro-Denissof-Casi, - Tania Concko architectes urbanistes - Dominique Perrault architecture, - Frédéric Druot, Anne Lacaton & Jean-Philippe Vassal. Ibid.

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permettre au travaux de commencer, tout en maintenant la plus grande partie du bâtiment en état de fonctionnement. Les adjonctions sont placées de manière indépendante et en construction sèche sur tout le pourtour du bâtiment. L'évolution se fait étage par étage, appartement par appartement, en limitant au maximum les désagréments aux locataires 63
3.3 L'économie comme outil de modification du programme. 3.3.1 Première modification: le paradigme de la "problématique des grands ensembles".

La problématique des "grands ensembles64" se pose dès les années 1970 avec la démolition de la barre de la Muette à Drancy65. La démarche de réhabilitation est une démarche qui a été amorcée bien avant l'année 2004, et ce autant en France qu'en Europe 66. En Janvier 2004, en réaction à de “nombreux architectes [qui] se sont mobilisés [...] pour souligner la qualité de l'ensemble de logements sociaux construits par Jean Renaudie en 19811982 à Villetaneuse en Seine Saint-Denis.[Le Ministre de la Culture et de la Communication], a confié aux architectes Frédéric Druot, Jean-Philippe Vassal et Anne Lacaton, une étude sur les possibilités de réhabilitation, alternatives aux opérations de démolition-reconstruction, de ces grands ensembles67”. Si Frédéric Druot a l'occasion dès 1998 de s'intéresser à la problématique de la démolition de grands ensembles68, c'est suite à cette demande que les architectes produiront une étude qui propose une vision alternative à la réhabilitation et la démolition-reconstruction des grands ensembles. Réunis sous forme d'un livre, „PLUS, Les grands ensembles de logement, Territoires d'exception 69“ une série d'études de faisabilité pour des sites choisis en France accompagnent leur travail. Dans cette étude les architectes proposent une alternative : la transformation. Cette proposition se base sur une première analyse d'ordre économique. Les règles de l'Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine (ANRU70) de 2004 proposent, pour chaque appartement détruit-reconstruit une somme de 167 000 euros, dont 6% vont à la démolition, 60% à la reconstruction et 34% représentent le "coût social 71". Une réhabilitation comprenant la remise aux normes et le travaux de propreté bénéficie quant à elle de 17 000 euros. Leur constat est le suivant. La réhabilitation ne permet pas de générer une rupture dans la perception des espace par les usagers et la démolition-reconstruction renvoit à la problématique de la dédensification, tout en engendrant un coût social. La transformation avec le budget d'une démolition-reconstruction propose de 2 à 4.7 fois plus de logements transformés72. La deuxième analyse se situe au niveau des espaces, pour les auteurs du livre, les grands ensembles offrent des qualités intrinsèques qu'il est important de privilégier. “Il s'agit de ne jamais démolir, ne jamais retrancher ou remplacer, toujours ajouter, transformer et utiliser" "tirer le bénéfice des qualités intrinsèques des grands ensembles 73”
63 64 65 66 67 68 69 70 71 72 73 Pour une description précise du projet, voir LACATON A., VASSAL J., DRUOT F. (2007) Logements collectifs construits entre les années 1950-1970. SEMERCLI (s.d) Le premier programme d’amélioration fut lancé à titre expériemtal en 1972. BONILLA M., TOMAS F., BLANC J.-N. (1995) 1992), 85. MINISTÈRE DE LA CULTURE ET DE LA COMMUNICATION (2004) DRUOT F. (2009) LACATON A., VASSAL J., DRUOT F. (2007) ANRU, « Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine »,ANRU (2012) « ensemble des charges que supporte la collectivité du fait de l’activité économique et des nuisances qu’elle peut entraîner »COLLECTIF (2011) LACATON A., VASSAL J., DRUOT F. (2007) , 62. Ibid., 29-31.

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En participant activement à faire évoluer la question de la démolition des grands ensembles, Frédéric Druot et A. Lacaton et J.-P. Vassal en modifient le „paradigme” dans le contexte français. De ce fait, avec les études proposées dans „PLUS“, ils actualisent une alternative. L'influence dans la décision de L'OPAC de proposer un budget de transformation 74 en lieu et en place d'une démolition reste à démontrer. “L’OPAC veut démontrer qu’en dépensant moins (100.000 € par logement contre les 170.000 € nécessaire à une démolition reconstruction) l’opération sera plus réussie que dans du logement neuf75” Le rôle de l'économie dans ce changement d'attitude ne peut être sous-estimé Les architectes ont pour volonté de préserver les qualités intrinsèques des grands ensemble en se servant d'une alternative économiquement avantageuse pour modifier le programme76, et réévaluent la pertinence de la démarche.
3.3.2 Deuxième modification: l'augmentation des surfaces.

Une volonté des architectes, dans leur discours sur le plaisir d'habiter, est d'apporter de la “qualité” dans le logement social. Dans la réinterprétation de la maxime de Jean Nouvel pour qui un beau logement est un grand logement, ils substituent l'augmentation de surface à la notion de qualité. Dans le cas de la Tour Bois-le-Prêtre le projet propose une extension de la surface d'environ 20% à 30 % par logement, la surface de plancher total, incluant les balcons et jardins d'hiver augmente quant à elle de 60%77. Le système constructif, modifiant le moins possible la structure existante par une structure portante autonome[contrainte procédurale], et faisant usage de modules réguliers et préfabriqués rend l’augmentation de surface très performante[contrainte substantive]. Tout en laissant au choix du Jury sa souveraineté, cette performance était supérieure à celle des autres bâtiments78 et dans le cadre d'un concours public la performance économique est la condition principale d'attribution. En augmentant les surfaces, l'économie est utilisée pour amener ce que les architectes considèrent comme étant la qualité d'un projet, et permet de réévaluer la pertinence du programme.

Figure 5: Mutliplicité des implication de l'outil de représentation économique dans le projet de la Tour Boisle-Prêtre. [réalisation personnelle]

74 Le budget alloué se situe entre la « démolition/reconstruction » et la « réhabilitation » que proposent les règles de l’ANRU. Avec 9 M euros en budget prévisionnel, il s’agit d’environ 90 000 euros par appratement. MANDOUL T. (2012) 75 DANA K. (2006) 76 « Le bénéfice financier de l’opération serait de 8.8 M euros: 11.2 M euros de travaux au lieu de 20 M minimum pour une démolition/reconstruction » [coût coût final des travaux]. MANDOUL T. (2012) 77 LACATON A., VASSAL J., DRUOT F. (2007) 78 ALBA D., VAN DE WYNGAERT T. (2007)

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3.4 Multiplicité des implications de l'outil de représentation économique

En représentant le projet dans sa dimension économique [outil de représentation] il a pu être évalué au regard de l'efficience des modes de concrétisation. Dans le cadre d'une rénovation en site occupé, comme il était stipulé dans le concours 79, le déplacement des usagers engendre des coûts sociaux. Cette évaluation du coût social [contrainte procédurale] a des répercutions qui dépassent la stricte matérialité du projet et permet d'augmenter l'adéquation entre le projet et le programme, celui-ci tenant compte des nuisances de l'intervention.
3.5 La dépense de conception comme conséquence.

“L'OPAC reconnait avoir sous-estimé la difficulté d'intervenir dans ce milieu occupé 80”. L'efficience de la solution en terme de concrétisation engendre une complexité de mise en œuvre. Au-delà des contraintes techniques cette complexité est liée à des contraintes organisationnelles[dépense de conception] des modes de concrétisation.
3.6 Conclusion.

Dans le projet de la Tour Bois-le-Prêtre, l'économie permet donc d'évaluer le projet au regard de sa pertinence par rapport aux problématiques et de son efficience par rapport à sa concrétisation. L'utilisation de la contrainte économique comme vecteur d’intentionnalité est aussi vérifiée. Les implications de l'augmentation d'incertitude, ne peuvent pas être mises en évidence dès lors que la démarche est analysé de manière externe et "a posteriori". L'existence d'une dépense de conception a quant à elle été mise en évidence. Cette posture face à la contrainte économique dans le projet de A. Lacaton et J.-P. Vassal rejoint l'étude que fait D. Raynaud de la contrainte dans le travail de conception architectural général. Il y défait la notion de contrainte „ du préjugé selon lequel la liberté est définie par l’absence de contrainte. [...][car]la liberté du concepteur ne varie pas en raison inverse des contraintes qui s’exercent sur lui81“.

4 L'auto évaluation, opportunité de la posture dans le projet de A. Lacaton et J.-P. Vassal.

La pratique de A. Lacaton et J.-P. Vassal se positionne de manière pertinente au regard des conditions qui ont été soulevés pour caractériser la démarche d'auto-évaluation. Dans une conférence donnée à l'université de Laval en novembre 201282, Jean-Philippe Vassal réaffirme la volonté de concevoir des bâtiments de l'intérieur. Cette posture s'inscrit dans le discours de leur pratique ou ils défendent depuis les débuts une architecture de l'usage 83. “On cantonne bien souvent l'architecte à son bâtiment fini, vide alors qu'en réalité, c'est à l'objet utilisé qu'il devrait être évalué” cette citation est de Jean-Philippe Vassal dans un entretient avec David Cascaro84 85. Elle vient renforcer le lien de leur architecture à l'usage, JP. Vassal introduit lui-même son intérêt pour l'évaluation par l'appropriation.
79 80 81 82 83 84 DANA K. (2006) OPAC DE LA VILLE DE PARIS (2005) RAYNAUD D. (2004) VASSAL J.-P.(2012) DIDELON V. (2012) David Cascaro est directeur de l’école d’art Le Quai à Mulhouse. Il a été directeur des Relations Publiques au Palais de Tokyo entre 2000 et 2006. . 85 CASCARO D. (2006)

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Dans la communication qu'ils produisent autour de leurs œuvres, les images diffusées sont systématiquement prises dans des bâtiments déjà largement appropriés 86. Il n'est pas ici question mettre en question les pratique de la photographie d'architecture souvent esthétisante mais bien de montrer que l'usage et l'appropriation sont ici communiqués et dès lors conscientisés comme indissociables du bâtiment. Il s'agira de comprendre le projet pour le mettre en relation avec ses appropriations et pouvoir identifier des modifications typologiques pouvant avoir comme origine l'auto évaluation.

d'Architecture de Nantes au Palais de Tokyo. typologies.

5 Auto-évaluation, du Palais de Tokyo à l'École Nationale Supérieure 5.1 Opportunité de la démarche, conditions Chronologiques , programmatiques et

La succession de bâtiment qui a été prise comme support pour investiguer l'auto-évaluation sont l'installation du Palais de Tokyo suivi de l'École Nationale Supérieure d'Architecture de Nantes (ENSAN) et de l'extension récente de la seconde phase du Palais de Tokyo. La première caractéristique qui fonde ce choix est la temporalité dans laquelle ont été conçu les bâtiments cités. En janvier 2002 la rénovation du palais de Tokyo est achevée, en mars 2003 a lieu le concours concernant l'école d'architecture de Nantes et entre juin 2011 et avril 2012 est mise en œuvre la seconde tranche du palais de Tokyo. (schéma) La continuité si elle est strictement programmatique pour les deux interventions du Palais de Tokyo, ne l'est pas pour l'école d'architecture de Nantes. Néanmoins, les espace dont il est question ici accueillent un nombre non négligeable d'expositions tout au long de l'année. Au-delà du programme, nous verrons qu'il y a une continuité typologique. Ceci au travers d'éléments récurrents des espaces construits ainsi que des références communes qui marquent le discours.
5.2 Références communes.

Dans la démarche qui consiste à comprendre les espaces projetés par les architectes, la place du discours est prépondérante. En effet il permet de comprendre le projet dans sa dimension qui dépasse le bâtiment construit pour y inclure les usages projetés. Anne Lacaton à ce sujet parle d'" idées " qui " portent le projet au-delà du travail de terrain 87". Une des référence commune88 est le " Fun Palace " de Cedric Price. À propos du Fun Palace, Jacques Lucan explique « Il intègre une dimension d’indétermination de ses fonctions et de ses usages, l'espace pouvant être aménagé au gré des besoins, les installations étant éphémères au sein d'une ossature permanente ; il demande au visiteur […] d'agir et de réagir pour que les
86 À voir en particulier les photos des appartements de la « Cité Manifeste » à Mulhouse. Anne Lacaton et JeanPhilippe Vassal, LACATON A., VASSAL J.-P (s. d.)b 87 LACATON A. (2002b) 15ème minute. 88 CASCARO D. (2006)

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situations soient créés ou que des événements adviennent »89. Si l'échelle des superstructures n'est plus la même90 que celles développés dans les projets d'Archigram 91, Anne Lacaton parle de "créer une situation ou quelque chose peut se passer "92 à la manière dont Archizoom voit la " condition ". Pour le projet de " Non Stop City ", " qui étend une grille isotrope à l'infini93 " chez Archizoom la Non Stop City " cesse d'être un " lieu " pour devenir une " condition " 94".
5.3 Première rénovation du Palais de Tokyo. 5.3.1 Historique et conditions de conception.

Situé sur la rive droite de la Seine, à l'origine “Palais des Musées d'art moderne” il a été conçu pour accueillir des expositions d'art moderne lors de l'exposition internationale de 1937. Si l'aile Est accueil aujourd'hui le musée d'art moderne de la ville de Paris. L'aile Ouest est soumise, dès 1977, à une utilisation variée, et sera le lieu choisi pour implanter le Palais du Cinéma. En 1998, après avoir engagé une importante phase de travaux, le projet est revu à la baisse puis abandonné. C'est sous la pression de Catherine Trautmann, Ministre de la Culture, que sera engagée l’idée d'y installer un centre contemporain pour la jeune création et mettre fin à l’inoccupation du Palais de Tokyo. Nicolas Bourriaud et Jérôme Sans gagnent le concours de la direction du lieu. En 2000 Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal sont choisis pour effectuer la rénovation d'une Partie du Palais de Tokyo 95 qui sera inauguré en janvier 2002. La conception se fait en contact permanent entre les architectes et les usagers, à savoir les directeurs artistiques, loin de conditions de conceptions habituelles pour un marché public. Ces liens prennent en partie source dans une approche conceptuelle commune et sont renforcés par une cohabitation pendant la phase de conception.
5.3.2 Espaces projetés.

89 LUCAN J. (2009) , 474. 90 « En 1976, aprés le retournement dur choc pétrolier, alors que l’engouement pour les mégastructures appartient maintenant au passé »ibid., 476. 91 COOK P., (ARCHIGRAM) (1965), 570. 92 LACATON A. (2002b) 93 LUCAN J. (2009) , 461. 94 Archizoom Associtatti, « Città, catena di montaggio del sociale. Ideologica e teoria della metropoli » ( Ville, chaine de montage du social: Idéologie et théorie de la métropole), Casabella, n°350-351 , Juillet-Août 1970. p 48. In LUCAN J. (2009) , 474. 95 CASCARO D. (2006)

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Illustration 3: Première phase du Palais de Tokyo, espaces d'exposition. [lacatonvassal.com]

Seul trace tangible et accessible du processus de conception, le discours des concepteurs permet d'approcher le projet. Les architectes héritent d'un bâtiment existant qui est largement en chantier. Les démolitions successives révèlent sous la façade de vastes plateaux libres supportés avec un système de colonnes. Ces qualités intrinsèques des espaces constitue une grande partie du projet. L'installation96 concerne une partie seulement des surfaces disponibles. Ces sont 8000m² qui sont viabilisés en grande partie sur un niveau, la structure du bâtiment est mise à nu. Le bâtiment en soi bénéficie que de très peu d'intervention. En dehors des mises aux normes, une dalle de sol en béton lissé est mise en place et les verrières impliquées par l'intervention sont restaurés. L'“urbanité97“ est une notion fondamentale pour comprendre l'intervention, elle se décline ici sous deux variations. L'urbanité par rapport au contexte d'une part et une urbanité interne d'autre part. Les espaces produits s'inscrivent dans urbanité par rapport au contexte, une continuité par rapport à l'espace public extérieur, la coupure que le musée entretient avec son contexte est réduite au minimum. Le musée ne bénéficie pas d'une entrée unique. L'entrée principale ainsi que deux autres portes accessibles par des passerelles, se trouvent sur l'avenue du président Wilson. Une quatrième entrée donne sur l'esplanade, située un étage plus bas 98. La multiplication des points de contact avec l'extérieur permet d'effacer les limites entre espace public et espace de musée. L'absence de traitement des murs, exprime une négation de leur existence, cette inexistence leur permet de disparaître dans le sens ou un minimum d'attention leur est accordé. A. Lacaton et J.-P. Vassal diront de ces espaces qu'ils ont “comme particularité de ne pas posséder de limite“ “Pour nous le Palais de Tokyo,[...] n'avais ni murs ni toit 99”. Cette ouverture sur l'espace public n'est pas limitée aux espaces à proprement parler, le centre d'art contemporaine qu'il accueille se veut, de la même manière, doté d'une ouverture aussi grande que possible se l’extérieur. Pour permettre a un public varié d'en profiter, les horaires d'ouverture sont déplacés de midi à minuit.
96 « Le terme d’installation était inscrit lui-même dans le titre du concours , sans doute pour qualifier le caractér provisioire et ponctuel du projet » In ibid., 11. 97 Caractère urbain. 98 Une annexe au Palais de Tokyo le « module hors les murs », se trouve rue de la Manutention et possède aussi une entrée propre. . 99 CASCARO D. (2006)

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Les espaces générés sont dotés d'une urbanité propre, le fonctionnement est celui d'une place publique. À la manière de la place Jemna el Fnaa100 dont la particularité est que les espaces générés résultent du lien qu'entretiennent les utilisateurs entre eux. C'est la négociation entre ces usagers qui est génératrice de structure de l'espace. Cette construction du sens à base des liens entre usagers trouve sont alter ego dans la manière dont Nicolas Bourriaud aborde l'art. “la forme ne prends sa consistance et n'acquiert une réelle existence qu'au moment où elle met en jeu des interactions humaines ; […] L'essence de la pratique artistique résiderait ainsi dans l'invention entre des sujets 101“. Valéry Didelon en substituant relation à usage dans ce que propose Nicolas Bourriaud, interroge une pratique ou “ programmation et usage deviennent , en amont et en aval, les clefs de la réussite de tout projet ; peu importe l'édifice pourvu qu'il fonctionne comme un interstice social”102. L'espace est volontairement décloisonné sur toute sa surface. Une librairie prend place dans une structure grillagée d'une transparence maximum. La billetterie se trouve dans une caravane, elle peut être déplacée en fonction des besoins. Sont prévus une garderie et d'autres fonctions tels qu'un fleuriste un coiffeur ou un vendeur de journaux.
5.3.3 Usagers.

Les usagers de l'espace principal sont avant tout les artistes et bien sur les visiteurs. Le site est aussi un site de création, c'est-à-dire que les œuvres sont en parties crées sur place lors de résidences dont la direction du Palais de Tokyo assure la coordination. La médiation au sens ou l'entend C. Perraton est assurée par la direction artistique du lieu.
5.3.4 Appropriation par les usagers.

L'espace a subit un processus d'appropriation par les usagers qui a conduit à certaines modifications par rapport à la typologie initiale. Face à la multiplication des ouvertures, l'entrée unique à du être adoptée rapidement en raison d'un plan sécuritaire ayant cours à cette époque103. La mise en place de portes badgés ente le restaurant et le musée a aussi réduit la perméabilité interne du centre. Dans l'espace unique, la mise en place de cloisons, parfois présentes durablement lorsqu'il s'agit de créer une scénographie particulière104, permettent au "Palais" de démultiplier les surfaces d'exposition et de créer l'intimité que certains artistes exigent pour exposer leur œuvre. À la demande de l'artiste Wolfgang Tillmans, les murs du Palais de Tokyo seront finalement blanchis. En privilégiant une organisation évènementielle, le Palais de Tokyo se retrouve confronté à des problèmes de privatisation des espaces d'exposition allant à l'encontre de l'ouverture du lieu 105. Les fonctions annexes projetés ne seront pas mises en œuvre. Les critiques font état de visiteurs surpris par l'impression de friche que dégage le lieu et de leur déception lorsqu'ils trouvent un musée en changement d'exposition 106. La température constitue aussi un point des critiques. Ces prise de position sont
100 101 102 103 104 105 106 Ibid. N. Bourriaud, « Esthétique relationnelle » In. DIDELON V. (2012) DIDELON V. (2002) En l’occurence le plan Vigipirate suite aux attentats du 11 septembre au États-Unis . GAUCHER A. (2012) Annexe 2. CASCARO D. (2006) , 32.

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caractéristiques de l'état des forces en présence dans les usagers du Palais de Tokyo. Si les modifications des usagers-visiteurs permettent une appropriation éphémère du lieu et s'expriment principalement dans la presse et la critique, le poids d'artistes comme W. Tillmans permet d'aller jusqu'à modifier l'espace durablement. Les directeurs d'exposition représentent donc dans ce cas-ci les agents médiateurs entre le projet et les usagers. Les conditions d'appropriation sont donc particulières, puisque le temps de leur présence sur le site, et ce jusqu'en 2006, ils pourront faire perdurer leur approche de l'usage du bâtiment, n'empêchant aucunement tout ce qui a été cité plus haut.
5.3.5 Retour aux architectes.

Dans le cas du Palais de Tokyo on peut difficilement spéculer sur tous les médias entrant en ligne de compte dans ce lien. Le fait que les architectes maintiennent un certain temps leurs bureaux sur le site mérite d'être remarqué. L'importance du rôle des critiques dans la perception des usages au contraire ne peut être évaluée. Dans un entretient avec David Cascaro107 ces appropriations sont commentés par les architectes. Les architectes ont pleinement conscience des enjeux des appropriations. La réaction qui s'en dégage est une forme de „déception“ face aux modifications qui ont engendré des réductions du potentiel de l'espace projeté.
5.4 École Nationale Supérieure d'Architecture de Nantes. 5.4.1 Historique et conditions de conceptions

L'ancien bâtiment de l'École Nationale Supérieure d'architecture de Nantes ( ENSAN), construit en 1975 et située en périphérie de la ville, accuse d'un manque de surface et ne correspondait plus aux attentes en termes de confort d'utilisation. La nouvelle école d'architecture prends place sur l'île de Nantes, le long de la Loire et à proximité du centreville. La mise en place d'un groupe pilote interne dès 1996 et une coopération avec un programmiste permet à l'école en tant qu'utilisateur d'être fortement impliqué et d'effectuer elle-même la programmation108. Le carnet d'intention développé par le groupe de travail interne met en avant des objectifs de flexibilité, d'adaptabilité et d'ouverture sur la ville 109. En mars 2003, à l'issu d'un concours, A. Lacaton et J.-P. Vassal sont désignés pour réaliser le projet.
5.4.2 Espaces projetés

107 CASCARO D. (2006) 108 ENSAN, « Projet nouvelle école ». 109 Parmi d'autres : Ouverture sur la ville, permettre le travail sur place, faciliter les échanges et pratiques transversales, autoriser les appropriation individuelles ou collectives, assurer une adaptabilité maximum, assurer une possibilité d’extension interne sans toucher à la structure principale du bâtiment, garantir un accès permanent sur les lieux de travail pour l’enseignement et la recherche, présenter un caractère exemplaire et démonstratifs dans le traitement des paramètres physiques. In APOR (2002).

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Illustration 4: ENSAN, plan d'étage et murs dématérialisés.[RUBY A., RUBY I. (2007).]

L'école se développe sur trois planchers principaux, positionnés respectivement à 9,8m, 16,4m et 23,30m ils sont reliés entre eux par une rampe extérieure assez grande pour pouvoir accueillir des véhicules. À chaque niveau des structures plus légères en acier viennent démultiplier les planchers avec des étages intermédiaires dans lesquels sont inscrites les surfaces programmatiques que sont les salles d'enseignement et autres fonctions comme la bibliothèque. Au bâtiment principal s'ajoute un bâtiment secondaire ou se trouvent les fonctions administratives de l'école. La continuité avec le Palais de Tokyo en ce qui concerne l'urbanité externe est ouvertement revendiquée par les architectes110. Elle est valable en particulier pour les espaces tampons qui sont générés. Les circulations se font au travers de ceux-ci et ils forment des espaces intermédiaires avec des conditions climatiques moins poussées. Représentant environ ¼ de la surface totale ils se développent sur les plateaux principaux et sont dégagés sur toute la hauteur. L'urbanité de ces espace est caractérisé par de grandes portes s'ouvrant sur l'espace public. En prolongeant la thématique de l'"absence de limites“ les parois qui les séparent de l'extérieur sont en polycarbonate translucide, celles qui les séparent des espaces programmatiques sont vitrées et les grandes portes donnant sur la ville dans les étages supérieurs tendant à les faire disparaitre. Le projet est urbain dans sa verticalité. Le dernier étage est constitué d'une terrasse et se veut accessible en permanence par la rampe d'accès. L'ouverture passe aussi par la mixité des usagers et l’accueil d'utilisateurs externes. L'urbanité à la manière du Palais de Tokyo est aussi axée sur l'urbanité interne. À travers une logique de "démultiplication verticale des rez-de-chaussée" les espaces intermédiaires proposent des sols artificiels ayant "les propriétés d'un sol naturel 111" À la différence d'un Palais de Tokyo fragilisé les planchers sont sur-dimensionnés et permettent une flexibilité importante. "L'habitant s'installe sur ces méga-plancher comme il installerait une maison sur un terrain 112“ La référence ouverte aux habitations construites sur des planchers superposés que Frei Otto proposés à l'IBA de Berlin en 1981113. En donnant cette espace librement appropriable aux étudiants, cette extension des ateliers pédagogique se veut accompagnatrice
110 « In fact it isn’t unrelated to the Palais de Tokyo, there too the different levels are in fact ground floors ». In Ruby et RUBY A., RUBY I. (2007), 147. 111 Ibid., 145 112 Ibid., 142 113 Iibid, 171.

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d'une nouvelle manière d'enseigner l'architecture. Fonctionnant comme des vases d'expansion des espaces pédagogiques, ils proposent un espace d'expérimentation par les étudiants à l'échelle 1 114.
5.4.3 Usagers.

Les utilisateurs dont il est question sont les utilisateurs des espaces tampons de l'ENSAN. Les usagers se partagent entre les étudiants, les utilisateurs externes et les employés de la structure dont fait partie le corps professoral. Les étudiants ne sont pas tous étudiants en architecture, notons parmi d'autres la présence d'un cursus en scénographie 115. Les utilisateurs externes sont variés. La location de l'auditorium ou de locaux pour des séminaires en forme une grande partie. Certaines expositions temporaires 116 et enfin des évènements plus ponctuels117 prennent aussi place au sein de l'école. Le service "Accueil et communication" est chargé de gérer la programmation des différents évènements, qui ont pour obligation d'avoir un lien plus ou moins fort avec la fonction première du lieu qui est l'enseignement. Il se charge par ailleurs aussi de leur régulation "matérielle" des espaces. Au travers d'un service technique, la préparation pour des évènements précis, ainsi que la suppression des encombrants est à sa charge. Ce rôle de médiation est partagé en parallèle par le corps professoral qui se charge de coordonner les interventions des élèves qui se font dans le cadre de cours. Certains travaux pratiques tels que celui de construction, ainsi qu'une partie des présentations de travaux d'étudiants y prennent place.
5.4.4 Appropriation.

L'utilisation des espaces à des fins pédagogiques est variable, utilisés pour la présentation de travaux peut d'étudiant se l’approprient quand cela n'est pas encouragé spécifiquement par un professeur118. Certaines grandes maquettes y sont réalisés, et les divers objets dont d'anciennes maquettes y prennent place. C'est la section de scénographie qui dans son usage s'approche le plus de ce qui consiste du projet. S'en servant avant tout comme atelier pour mener à bien des constructions volumineuses ils occupent et travaillent en grande partie dans l'espace. Il doit être remarqué que cette utilisation de l'espace varie aussi au cours de l'année, et ce pour des raisons thermiques notamment119. La question de l'appropriation par les étudiants, en tant que dépôt par exemple, fait très vite apparaître l'importance de la cohabitation entre utilisateurs. L'ouverture à ceux-ci implique de maintenir les espaces dans un état tel qu'il leur soit accessible. Cette nécessité empêche l'entreposage permanent d'objets. Ce conflit d’intérêt souligne le rôle du médiateur qui devient coercitif dans ce cas en entravant les étudiants pour maintenir une cohabitation. Les coûts engendrés par la surveillance du bâtiment complet ont eu comme conséquence sa fermeture pendant la nuit. La structure de l'école ne permetttant pas à celle-ci de fonctionner avec un accès unique. Ce changement a conduit en particulier à la fermeture de la rampe d'accès par l'ajout d'une barrière externe120.
114 DIDELON V. (2012) 115 Parmi les DPEA « Architecture Navale », « Scénographe ». Master 2 professionel « Villes et Territoires » , Master 2 recherche « sciences et techniques des environnements urbains »ENSAN, « Projet nouvelle école ». 116 ENSAN (2012) 117 Par exemple le festival « Archicultures ». 118 Annexe 1. 119 Les plaintes inhérentes aux températures sont en première ligne face à l’utilisation des espaces tampons. Ibid. 120 Ibid.

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5.4.5 Retour aux architectes.

Anne Lacaton exprime une forme de déception quant à l'utilisation qui est faite par les étudiants des espaces intermédiaires, ainsi que pour la manière dont se passe l'ouverture de l'école sur l'extérieure. La déception n'est pas en soi orientée sur l'utilisation des espace, mais bien plutôt sur la “non-utilisation” et les solutions considérées comme étant de “facilité”, en particulier pour la problématique de l'ouverture de l'école 121.
5.5 Le Palais de Tokyo deuxième phase de travaux. 5.5.1 Historique et conditions de conception.

Entre février 2011 est avril 2012 A. Lacaton et J.-P. Vassal effectuent dans la continuité de leur première intervention une extension des surfaces utilisables dans le Palais de Tokyo 122. La particularité de la deuxième phase du Palais de Tokyo réside dans le fait que les utilisateurs ont pu pendant les 10 années d'utilisation expérimenter la proposition de A. Lacaton et J.-P. Vassal. En tant que futurs utilisateurs, ils placent les concepteurs dans une situation privilégiée pour l'introduction d'une auto-évaluation. Pendant la période de conception, la structure administrative qui gère le Palais est en position incertaine avec l'annonce d'un possible rattachement au centre Pompidou 123. Les usagers ne sont pas les maitres de l’œuvre, une structure administrative s'occupe de la maitrise de l’œuvre pendant la transition vers la nouvelle équipe de directions 124.
5.5.2 Espace projetés.

Le Palais de Tokyo possède désormais 16 500m² supplémentaires. Une grande majorité des quatre étages que comporte le bâtiment est rendu accessible au public. La volonté est de révéler le bâtiment dans sa verticalité. Ceci à travers l'établissement de nouvelles circulations et en réhabilitant les existantes entre les différents niveaux. L'intervention privilégie la diversité des espaces. La référence au Fun Palace est explicite. “The Fun Palace, venir et repartir... ou juste jeter un coup d’œil en passant. Pas besoin de chercher l'entrée-on peut entrer partout. Ni portes, ni foyer, ni queue, ni guichet: tout est ouvert. Regarder, prendre un ascenseur, une rampe, un escalator, pour aller vers tout ce qui semble intéressant 125”.

121 122 123 124 125

Annexe 2 LACATON A. (2002b) Annexe 1. Ibid. Cedric Price. In Anne Lacaton et Jean-philippe Vassal, « Palais de Tokyo, seconde Phase », LACATON A. (2002b)

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ustration 5: Schéma récapitulatif des modes d'appropriation. [réalisation personnelle]

Ill

La démarche d'ouverture de l'espace sur l'espace publique est prolongée, de nouvelles entrées sont créés et ceci à tous les niveaux. Le type d'intervention est lui aussi dans la continuité de la première phase: mettre le bâtiment aux normes et proposer des conditions spatiales et climatiques. Un système de cimaises en panneaux mobiles et transformables est livré avec le bâtiment, il permet de générer les différentes scénographies sans passer par des cloisons fixes.
5.6 Conclusion de l'investiguation.

Les conditions d'appropriation des bâtiments étudiés sont complexes. Elles sont tributaires de la grande complexité des interactions entre les usagers. Cette complexité a pour origine les différents niveaux de liberté qui régulent la cohabitation entre les usagers. Le rôle du médiateur est indissociable de la distribution de ces libertés. Par là il devient un acteur fondamental du processus d'appropriation des bâtiments. Dans la typologie étudiée à travers les différents bâtiments les limites entre un meilleur usage et usage résultant d'un rapport d'autorité son, à l'image de ce qu'avait prédit D. Pinson, difficiles discerner. La typologie projetée évolue tout au long des projets, que ce soit dans le traitement des limites de l'espace avec l'évolution du mur ou dans l'apport de la verticalité qui démultiplie le sol de l'espace public en intensifiant les circulations verticales. Les origines des évolutions prennent parfois source dans le contexte : la multiplication des sols était indispensable dans l'ENSAN au vu de la densité ; dans la seconde phase du Palais de Tokyo celle-ci est tributaire de la structure du bâtiment. D'autres viennent s'inscrire dans la continuité du projet de typologie, c'est ce qui se passe lorsque la structure des planchers est sur-dimensionnée pour une

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utilisation encore plus flexible ou lorsque les murs sont amenés à “disparaître” dans le cas de l'ENSAN. Une des traces les plus tangibles d'évolution du projet ayant pour origine l'appropriation par les usagers, est la livraison de cimaises mobiles qui permettent de “cloisonner-décloisonner, éclaircir - obscurcir, avec facilité et économie , pour varier les configuration et les ambiances, et pouvoir aussi revenir à l'espace maximum126”. Cet ajout se fait, en réaction à l'utilisation de l'espace “qui s'est, au fil du temps et des expositions, cloisonné et assombri 127”. Cette modification semble donc directement liée à l'appropriation qui été faite des espace. Néanmoins il ne s'agit pas de la prise en compte d'un “meilleur usage” mais bien de celle d'un “ usage inadéquat” au regard de la typologie projetée. De plus il s'agit d'une idée qui existait déjà pour la première phase de transformations mais avait du être abandonnée faute de budget. L'auto-évaluation tel qu'elle a été définie ne semble pas pouvoir être discernée en tant que tel au regard des donnés rassemblés.

Trignac.

6 Auto-évaluation : La cité Manifeste à Mulhouse et l'ensemble de logements à 6.1 Historique et contextes de conception.

En 2003, à l'occasion de l'anniversaire des 150 de la Cité Ouvrière de Mulhouse128, la Société Mulhousienne des Cités Ouvrières (SOMCO dont Pierre Zemp en est le directeur, lance le projet de la “Cité Manifeste”. En coopération avec Jean-Nouvel129 qui en établira le „master plan“ elle a pour but de générer une nouvelle expérience du logement social. Ceci, en limitant les concepteurs uniquement avec un budget, budget qui corresponds au budget standard alloué pour du logement social. Jean Nouvel propose d'ouvrir la conception à de jeunes architectes français, et c'est avec quatre autres participants130 que A. Lacaton et J.-P. Vassal sont choisis. Ils développent une unité de 14 logements sur le site. Entre 2007 et 2010 l'Office Public de l'Habitat de la ville de Saint-Nazaire (OPH Silène) renouvelle l'expérience menée à Mulhouse. A. Lacaton et J.-P. Vassal sont mandatés pour concevoir 23 logements dans la Zone d’Aménagement Concerté (ZAC) de Granchamps à Trignac131 en périphérie de Saint Nazaire. L'ensemble de logement pour la “Cité Manifeste” de Mulhouse est achevé en 2005, celui de Trignac en 2010. Les deux ensembles sont situés dans un contexte urbain de type pavillonnaire identique et la problématique est la même. Il s'agit de construire du logement social dé-normé à bas coût. Il sera vu que les deux bâtiments qui nous intéressent ici sont presques identiques. La continuité typologique y est stricte132.
6.2 Espaces projetés : les ensembles de Mulhouse et de Trignac.

A. Lacaton et J.-P. Vassal partent du constat que “habiter dans un espace qui n'a pas été fait
126 Ibid. 127 Ibid. 128 Construite en 1853 sous l’impulsion de Jean Dolfus, Achille Penot, Émile Muller. y cohabitent trois typologies, un groupe de quatre ou « carré Mulhousien », des maisons contiguës en bande, et des maisons en bande entre cour et jardin STUDER A. (2010) 129 Avec le projet Nemausus Jean Nouvel était détenteur d’une expérience unique en terme de logement dé-normé. 130 JESKA S. (2008) 131 LACATON A., VASSAL J.-P(s. d.)b 132 Si la réponse apportée par les architectes à Trignac se décline en deux bâtiment l’étude porte sur un seul des deux. .

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pour être habité [une usine, un garage, un entrepôt] est souvent beaucoup plus confortable et excitant133” “Nous voulions procéder avec un système de loft ou chacun installe du mobilier dans un espace qui n'a pas été conçu pour ca. Pourquoi cette liberté ne pouvait-t-elle former la base d'un logement? D'où l'idée de fabriquer un loft pour commencer, un loft idéal, à savoir une enveloppe qui soit aussi grande que possible.134” Une structure en béton d'une profondeur de 20m sur une longueur de 60m avec une hauteur de 3m constitue la base de l'ensemble. Trois travées de serres horticoles industrialisés sont montés sur le socle en béton et servent de couverture à la fois pour une partie isolée et pour le “jardin d'hiver”. Chacun des 14 appartements, 13 dans le cas de Trignac, se déploie sur deux étages. Reliés par un escalier hélicoïdal les appartements sont constitués d'un espace unique. Seul le garage et les salles d'eau, intégrés dans le volume sont séparés par des cloisons et génèrent de l'intimité pour les chambres. Il y a une alternance des typologies, les pièces à vivre se retrouvant alternativement et en fonction des appartements au rez-de-chaussée ou à l'étage. Dans la continuité de la „maisons à Courtras“ et de la „maison Latapie“, préalablement construites par A. Lacaton et J.-P. Vassal, les espaces étudiés ici s'inscrivent dans démarche personnelle sur la thématique du logement. Les espaces projetés se veulent aussi généreux que possible. La simplicité des plans d'appartements des immeubles de Lake Shore Drive par Mies Van de Rohe est une référence ouverte des architectes135. C'est cette générosité de l'espace que A. Lacaton et J.-P. Vassal retrouvent dans les bâtiments du style internationale136 bâtis sur le pourtour de la méditerranée “ Leur succès a à faire, j'en suis sûr, avec la générosité des espaces et leur simplicité”. “À Mulhouse [..] il était nécessaire de créer de mètres carrés de surface au sol supplémentaire afin de rendre l'utilisation et le contrôle du climat plus efficace 137 ”. Le jardin d'hiver vient compléter les appartements, il s'agit d'un espace intermédiaire où la température est régulée par le système de régulation standard des serres mises en place.
6.3 Mulhouse 6.3.1 Usagers.

À la manière de ce qui a été vu pour les espaces publiques, les usagers se départagent en fonction de leur liberté par rapport à l'espace. Dans le cas de la location de logement, le propriétaire, ici les sociétés de logement sociale, jouent le rôle de médiateur de l'espace. La question du propriétaire comme réel usager de l'espace reste posée. Les locataires quant à eux, si les conditions d'accès au logement social sont spécifiques, leur statut n'est pas différent d'un locataire du secteur privé.

133 FILLION O. (2009) 134 « We wanted to proceed from the system of the loft where one intalls one’s furniture in a space that’s not been foreseen for it . Why couldn’t such freedom form the basis of Housing? Whence the idea of manufacturing a loft to begin with , an ideal loft, namely an envelope that’s as big as possible. » In. RUBY A., RUBY I. (2007) 135 CASCARO D. (2006) 136 Où « Mouvement moderne.»COLLECTIF (2011) 137 « Their success has to do , I am sure, with the generosity of the spaces and his simplicity » « In Mulhouse,[...],it was necessary to create square meters of extra ground surface in order to make use of the given terrain and a comfortabll climate control more efficiently »RUBY A., RUBY I. (2007)

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Illustration 6: Cité Manifeste à Mulhouse, vue extérieure et d'espaces appropriés. [lacatonvassal.com]

6.3.2 Appropriations

À Mulhouse la médiatisation importante de l'opération de la Cité Manifeste a engendré une forte demande de la part des locataires et conduit la SOMCO à effectuer une sélection. Résultant de cette sélection, les habitants sont a priori demandeurs de la typologie telle qu'elle est proposée. D'après l'institut National de la Consommation, concernant l'état du logement en cours de location, “ Le locataire est libre d’aménager son logement dès lors qu’il ne le transforme pas [...]. Il peut ainsi changer la moquette ou poser un placard, mais non abattre une cloison ou créer un cabinet de toilette.138”. Cette obligation légale va à l'encontre du besoin d'appropriation qu'appelle le logement de type loft. Toute "transformation“ effectuée doit être validée par la société de logement social. La connivence entre les deux partis est donc une condition nécessaire pour permettre aux locataires d'effectuer des modifications et s'approprier le logement, ce qui à la Cité Manifeste était une réalité. "Depuis la Cité manifeste, nous n'avons jamais retrouvé de maître d'ouvrage de logements animé par une telle envie d'inventer" affirme J.P. Vassal139. A. Lacaton “Au début ils ne savaient pas vraiment quoi y mettre, comment les meubler, ils „flottaient“ un peu dans les grands espaces140“. L'appropriation se fait de manière variable en fonction des usagers. Les usagers s'approprient à leur manière le lieu en organisant du mobilier. „Très peu viendront cloisonner l'espace141“. L'espace du jardin qui relie le bâtiment à la rue est minéralisé et sera au centre de déceptions de la part des usagers.
6.3.3 Retour aux architectes

Pierre Zemp a mis en place un suivi des bâtiments pour toute la Cité Manifeste et c'est donc tous les six mois que les architectes ont été soumis à une visite obligatoire des réalisations et ce pendant deux années consécutives 142. Elles ont permis aux architectes de suivre de près les modalités d'appropriation des usagers.

138 139 140 141 142

INSITUT NATIONAL DE LA CONSOMMATION (2007) MIGUET L.(2009). Annexe 2. Ibid. Ibid.

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6.3.4 Trignac.

Illustration 7: Trignac facade et élévation. [RUBY A., RUBY I. (2007)]

6.4 Évolutions typologiques

Certaines différences vont marquer l'évolution entre les deux ensembles. Outre l'ajout de balcons au premier étage „qui permettent d'entretenir les façades143“ certains matériaux utilisés sont légèrement différents. Le Jardin sera cette fois-ci en terre. Le seul élément marquant qui vient remettre en cause la typologie proposée est l'ajout de portes pour une partie des chambres.
6.4.1 Usagers.

Dans le cas de Trignac les nouveaux locataires sont en partie issus d'une opération de relogement faisant suite à la démolition d'une tour adjacente 144 et il n'y a dès lors pas de sélection pour tout les usagers.
6.4.2 Conditions d'appropriation.

Les conditions d'appropriation sont différentes de celles de Mulhouse. Lors d'une visite sur le site, une des locataires explique les raisons qui l'empêche de s'approprier l'espace145. Les transformations auxquelles elle aspire, en particulier la construction d'une cloison, l'installation de parois limitant la vue dans le jardin, l'ajout de plafonniers et la peinture du béton brut, ne sont pas réalisables à son sens. Premièrement la question de l'investissement que représente ces modifications ne lui semble pas intéressant sans perspectives de long terme. Deuxièmement toutes ces transformations demandent à être négociées avec le propriétaire avant de pouvoir être réalisés. Négociations qui ne sont pas facilités par un lien au propriétaire qui est strictement administratif. La connivence qui était de mise dans la Cité Manifeste, n'est pas perceptible ici. A. Lacaton confirme les écarts entre la motivation affichée de faire d'une opération médiatique une opération a succès et une démarche moins ambitieuse pour l'ensemble de Trignac.
6.5 Conclusion de l’investigation.

La spécificité du programme de logement a plusieurs conséquences sur les appropriations de la typologie. La structure sociale, à la différence d'un lieu public, est spécifique à chaque locataire mais constante pendant toute la durée de la location. Dans le cas du logement social la
143 Annexe 1. 144 La locatrice dont il est question ici rappelle qu’elle est est issue d’une relocation après la démolition d’une tour avoisinante. 145 Annexe 1.

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mobilité interne des locataires est assez élevée146. Un locataire n'étant pas à l'aise avec l'espace proposé peut donc assez facilement demander à être déplacé 147. Il y a donc peu à peu, au fil des migrations internes, une adéquation grandissante entre structures spatiales des structures sociales. L'introduction de logement dé-normé dans un mode de fonctionnement qui n'a pas lui, été dénormé pose renforce le rôle du médiateur. Nous avons vu que son rôle était déterminant dans la liberté d'appropriation laissée aux usagers là ou la typologie proposée par L&V demande par définition une appropriation de la part de ceux-ci. Si la typologie projetée reste la même d'un ensemble à l'autre, nous avons vu que certaines évolutions existent. Il est une fois de plus difficile de donner "de l'extérieur“ des origine à celles-ci. Les évolutions pouvant résulter de tout type de conditions contextuelles. En ce qui concerne le jardin et les portes. Néanmoins, il nous semble peut-être possible de parler d'autoévaluation dans le cas de l'ajout des balcons. De l'aveu d'A. Lacaton ceux-ci ont été ajoutés pour permettre le nettoyage des vitres par l’extérieur. Pour autant il ne s'agit pas d'un élément typologique marquant.
7 En conclusion de l'auto-évaluation.

Certaines évolutions de typologie ont pour origine une appropriation particulière. Le cas des cimaises est marquant parce qu'il est une réaction a une mauvaise utilisation de la typologie au regard du projet. Cet exemple démontre que l'appropriation par les usagers est conscientisée par les architectes. Les conditions mises en places pour investiguer le processus d'auto-évaluation ne sont dès lors pas suffisantes. L'intentionnalité du concepteur est nécessaire pour mener à bien ce processus. Il n'y a pas d'adéquation entres les espaces construits et les structures sociales au moment de la réalisation des objets architecturaux de A. Lacaton et J.-P. Vassal. V. Didelon voit dans l'appropriation de l'ENSAN un projet qui ne correspond pas aux "évolutions récentes de la vie scolaire. En raison de leur emplois du temps surchargé […] les étudiant fréquentent assez peux les ateliers,[...]ils ont peu de temps pour expérimenter l'échelle 1 et laisser cours à leur créativité"148. On peut remarquer dans le même registre que la redondance de la fermeture des entrées publiques dans le Palais de Tokyo puis à L'ENSAN, ne conduit pas les concepteurs à réduire le nombre d'entrées dans la seconde phase de travaux du Palais de Tokyo, bien au contraire pusiqu'ils y multiplieront les points d'accès. Il n'y a pas de la part de A. Lacaton et J.-P. Vassal de volonté de générer des espaces conduisant à une adéquation avec tous les usagers en présence, mais la conscience de générer des espaces appelant des efforts de la part des utilisateurs 149.
8 Conclusion.

Face à la problématique du réel comme question centrale en architecture et en particulier dans le projet de A. Lacaton et J.-P. Vassal l'objectif de ce travail est double. Premièrement mettre en place des outils méthodologiques pour : comprendre une posture face à la contrainte économique, et les mettre en application à l'aide d'une étude de cas. Deuxièmement investiguer le processus d'auto-évaluation au travers d'exemples.
146 147 148 149 À titre d’exemple la mairie de paris affiche pour 2009 une mobilité interne de 17,2%. MAIRIE DE PARIS. (2009). Ce qui est le cas de la locataire interrogée pendant la visite sur place. Annexe 1. DIDELON V. (2012) Annexe 2.

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La contrainte économique dans le projet de A. Lacaton et J.-P. Vassal, en dépassant la linéarité de la conception architecturale, est utilisés comme vecteur d’intentionnalité. La modification du programme architectural autorise l'évaluation du projet au regard de sa pertinence. L'utilisation de la contrainte économique comme mode de représentation permet d'évaluer le projet au regard de son efficience. Ces deux logiques engendrent une augmentation d'incertitude et une dépense de conception qui sont autant d'obstacles à leur mises en place. Dans l'étude de cas de la Tour Bois-le-Prêtre A. Lacaton et J.-P. Vassal modifient le programme de deux manières. En faisant évoluer le paradigme de la rénovation des grands ensembles ils permettent de sauvegarder un patrimoine qu'ils considèrent comme important et en proposant une augmentation des surfaces ils donnent de la qualité au logement social. Enfin, à l'aide de la contrainte économique comme mode de représentation ils proposent un projet efficient aux implications multiples, dont la conséquence est une dépense de conception plus importante que prévue. L'auto-évaluation, comme processus d'évaluation par le réel est dépendante de l’interaction entre structures sociales et structures spatiales. L’enjeu étant l'évaluation d'une typologie au regard de son utilité. Le préfixe auto se justifiant par la position privilégiée de l'architecte face au processus d'appropriation de ses bâtiment et l’intérêt de la réduction comme réduction de la complexité dans l'analyse de celle-ci. À la continuité interne comme condition nécessaire s'ajoute celle de la continuité problématique et programmatique de la typologie. La complexité des structures sociales, en particulier les libertés qui régissent cette structure ainsi que l’intentionnalité de l'architecte ont été vu comme deux obstacles à l'accomplissement du processus d'auto-évaluation. La première investigation concerne la succession de projets que sont la première phase de transformation du Palais de Tokyo, l'École Nationale d'Architecture de Nantes, et la seconde phase de transformation du Palais de Tokyo. Elle n'a pas pu révéler de signes tangibles d'autoévaluation parmi les évolutions typologiques mises en évidence. L'importance du rôle du médiateur dans le processus d'appropriation montre qu'il est difficile de dissocier une meilleure utilisation de la typologie d'une utilisation résultante d'un rapport d'autorité. Dans le cas de la succession de la Cité Manifeste à Mulhouse et de l'ensemble de logement à Trignac, le rôle du médiateur s'est avéré être prépondérant dans le processus d'appropriation. La simplification de la structure sociale et la grande similitude des continuités typologiques et problématiques n'ont pour autant pas permis de mettre en évidence le processus investigué. Si des exemples d'auto-évaluation n’ont pu être clairement discernés dans ces deux exemples, le cas de la livraison des cimaises pour le Palais de Tokyo et l'ajout de balcons dans l'ensemble de Trignac ont démontré que des évolutions en réaction aux usages existent dans le projet de A. Lacaton et J.-P. Vassal. Ces deux évolutions de typologie ont en commun le fait de proposer des conditions pour améliorer l'usage en l'amenant plus proche du projet initial. L'obstacle principal au processus d'auto-évaluation est donc à chercher dans l'intentionnalité de l'architecte ce que A. Lacaton confirme en disant ne pas vouloir créer des espaces dont le seul but serait de correspondre aux attentes des utilisateurs. Le présent travail a donc permis, dans le projet de A. Lacaton et J.-P. Vassal, d'une part de comprendre plus précisément la posture face à la contrainte économique et d'ouvrir la question de leur responsabilité d'architectes comme concepteurs d'espace qui demande à être appropriés de manière active.

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Il doit être pris en compte que le présent travail, en proposant un analyse externe et a posteriori du processus de conception, ne permet qu'une appréciation limitée de la complexité de celui-ci. La mise en place d'outils pour une étude active du processus de conception permettraient de réactualiser les conclusions en y intégrant une plus grande part de réel.

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Compte rendu de visites effectuées sur les sites. ANNEXE

1

Partie A
L'École Nationale Supérieure d'Architecture de Nantes. Visite du 2012 .04 .04.
Contexte. Premier contact avec le bâtiment. Arrivée en fin de journée de cours, vers 19 h 45--> Arrivée en fin de journée de cours, vers 19h45, et premier contact avec le batiment. Le bâtiment il est déjà vidé d'une partie de ses élèves. Les élèves restants sont principalement occupés à travailler dans les étages du bâtiment. Au rez certains sociabilisent, après un tour du bâtiment ( remontée par la rampe à voiture, le toit, et une redescende par la complexité des circulations), première rencontre qui durera environ 2 h.
Il s'agit d'un étudiant de Bac2, il est Nantais et n'a connu que cette école. (nommons-le Antoine) Le premier point abordé sera la thermique, on y vient rapidement, ils sortent d'une réunion entre administration et élèves et c'était à l'ordre du jour de la réunion. Il n'y aurait pas de souci pour les espaces programmatiques, la température est suffisante voir trop importante en cas de défaillance des systèmes de régulation. Il n'en est pas de même pour les espaces tampons qui sont chauffés en hiver à une température de 16°C. Il y fait donc très froid et certains étudiants s'en plaignent. Cela semble perturber les étudiants même si aucun cours ne prend place dans ces espaces, l’exiguïté des espaces programmatiques les rend indispensables. Les étudiants s'en servent comme couloir bien sûr, mais aussi comme zone de décompression et pour prendre les repas. Certains Travaux Pratiques, principalement ceux de construction sont effectués dans ces espaces, et donc dans le froid en hiver. La température de l'auditorium est très sujette aux fluctuations. Il m'explique ensuite que d'une manière générale et que pour les autres espaces la température se doit d'être régulée par l'utilisateur, et cela semble être efficace. Il y prend plaisir et cela lui convient. Surtout pour les petites classes. Le moment fort de cette régulation est apparemment l'ouverture des grands panneaux au niveau 1A qui donne directement sur la rivière ou sur la rue. « J'ai eu trop froid aux doigts » « Je me les suis gelés » « S'il fait trop froid, on n’a pas cours, cette année ils ont annulé un jour » « Les sommes engouffrés dans dans le chauffage sont colossales c'est pour cela que l'on doit louer les espaces » « Les anciens élèves sont très contents d'êtres partis de l'ancienne école, elle tombait en ruine » La fermeture de l'école serait due à un coût trop important de la sécurité pendant la nuit. Il faudrait payer une personne pour la sécurité, alors que celle-ci fonctionne actuellement sans surveillance humaine. « C'est à elles que je dois demander si je veux faire quelque chose dans l'espace. C'est à elle que j'ai demandé lorsque j'ai installé mon cratère dans le Macadam et c'est aussi elles

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qui ont demandé que cela reste plus longtemps que prévu. » La conversation se poursuit autour de l'utilisation des espaces tampons. Il a l'air de dire que l'espace fonctionne souvent comme un dépôt, mais la partie communication de l'école le repère assez rapidement, après communication par mail les objets sont enlevés. L'espace vit principalement à travers les remises de projet. Que ce soit celles d'architecture ou celles d'art plastique, de maquette de construction. Puis certaines expos sont omniprésentes, les expositions par les élèves et celles qui sont organisées par le service de communication. Les expositions des élèves sont aussi les travaux de fin d'études, ou autres maquettes exposés pour une certaine période. La mixité avec les étudiants en scénographie, qui utilisent beaucoup plus activement les espaces est pour Antoine positive. Elle permet de faire vivre les espaces même si quelques luttes stériles entre professeurs et territoires sont engendrées. Il y a deux personnes à plein temps pour la communication de l'école. Elles s'occupent de dire quand les objets doivent êtres enlevés de l'espace. Ce sont les personnes de références pour l'espace public. Le directeur (qui finalement s'avèrera être une directrice) semble incarner la limite. Ceci au travers de son présupposé lien à la sécurité et du côté arbitraire qui régit les locations d'espace. (Remarque erronée, il s'agit principalement du bureau de communication qui s'occupe en fait de cette partie de la gestion.) « Ce sont les assurances » « On se plaint beaucoup » « L'espace ne fonctionne pas » « On peut faire ce que l'on veut ». « Les tensions ne servent à rien. Moi je dis oui pour l'utilisation de l'espace comme dépotoirs, oui au bordel » « Ils nous ont dit que les gens qui passaient par l'école par après ne se sentaient pas à l'aise » Ensuite, la discussion se développe sur plusieurs points et l'on passe en revue beaucoup d'éléments qui le touchent, autour de l'espace et autour de la ville de Nantes et son développement récent. Antoine note la vision de la flexibilité à long terme qu'il entre-aperçois dans les armatures qui ont été prévues en cas de réorganisation de l'espace. La division programmatique n'est pas faite par année. Les années sont plus ou moins mélangées. Point important de conflit entre les administrations et les élèves : les toilettes. L'histoire: seul espace où l’interdiction de « blazer » les murs ne peut être contrôlée, une lutte est engagée. Entre l'administration et les étudiants avec menace de faire payer les frais à ceuxci. (Un étudiant proposera un mur à tag en réaction, une cimaise érigée dans un espace tampon prêt à recevoir toutes les expressions.) Effectivement, les murs sont donc protégés et le fait de coller des choses sur celui-ci--> ceux-ci ne convient pas. Pour Antoine il y a la une grosse contradiction avec le projet de départ, l'idée comme il l'appelle. Les limites de l'idée d'école 24/24, il me raconte qu'il était impossible pour la direction d'encourager ce genre de fonctionnement extrême pour les élèves. Mais si il s'agit d'une réalité pourquoi ne pas lui donner l'espace dont elle a besoin, et des conditions de travail correctes ?

Fin de la discussion, Antoine va rentrer on a du sortir, extinction automatique des lumières, fermeture des portes, dernière ronde du vigile.
Notes : La problématique des toilettes est en fait un lieu intense de rencontre. Devant la « perfection » apparente des échanges de milieux, entre étudiants et externes, les toilettes sont une zone de « guerre ». L'idée de l'échange des espaces plait, d'un coté comme de l'autre, mais encore faut-il pouvoir la faire cohabiter les attentes des deux publics et ne pas rebuter les externes avec quelque chose de trop « underground ». Il y a le sentiment des élèves que tout se passe à leur insu. Même si la communication du planning existe elle n'est pas assez forte pour que le message passe, elle témoigne peut-être d'un manque d'implication des étudiants dans le processus

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de décision. Les soucis de température font à mon sens partie d'un malentendu, on aimerait que l'école soit chauffée en permanence et partout. Les premières remarques sont de dire qu'il fait trop froid, mais si on pose la question plus précisément il ne fait que trop froid la ou il y a bien lieu de faire froid si l'on en suit les intentions premières du projet. Néanmoins, la température des 16°C me semble optimiste, à 16°C il ne peut y avoir une sensation de trop froid à mon sens, surtout s'il s'agit d'un atelier de construction. La problématique du chauffage est aussi liée à un amalgame entre ce qui devrait constituer la marche « normale » du bâtiment et les problèmes de chauffage qui ont eu lieu cet hiver. La fermeture de 20 h 30 et la problématique de la sécurité seront mieux expliquées par Simon. (Y a -t-il un lien entre les horaires de fermeture et les lofts situés à la vue des étudiants ?)

ENSAN Visite du 2012 04 05
Contexte Arrivée à l'école autour de 11h, jour de Soleil de printemps. Premier passage à la Barbacane, caravane postée au niveau 0a c'est le coin où certains étudiants proposent un petit déjeuner (Boissons, croissants, pour le reste il y à un réfectoire) . Discussion avec Samuel, Sophie et d'autres gens qui passent. Certains sont plus âgés et Simon a vécu le passage de l'ancienne école à la nouvelle.
Passé sur le confort thermique. On parle de froid puis des nuances apparaissent. Samuel temporise, il fait référence à l’ancienne école ou tout le monde travaillait tout le temps en manteaux et une seule salle était chauffée. L'auditorium y est encore évoqué avec l’anecdote de L&V qui viennent faire une conférence ou il fera bien trop chaud. « On se plaint, mais on aime » « Moi je ne connais pas le niveau 2A » « La terrasse on y va pour la montrer aux amis » « Des Erasmus du Brésil ne viennent que pour le confort d'enseignement » « On se plaint, mais vous n'avez pas connus l'ancienne » « Ça pue je hais cette école ! » « Çela fonctionne, mais l'on est pas toujours au courant » « L'autre jour il y avait un salon du robinet. » La discussion s'oriente dès lors sur des anecdotes en terme de "j'aime ou pas" autour de l'utilisation des espaces tampons. Ils ont l'impression de pouvoir tout y faire, et cette phrase sonne presque comme un leitmotiv, mais il y a un mais. Le tournage d'un clip à 18h précise par exemple, alors que personne ne semblait être au courant. Ce genre de choses qui donnent à l'école son côté urbain est aussi ce qui empêche son appropriation personnelle par les étudiants. Samuel tente dès lors d'expliquer ce à quoi ressemblait l'ancienne école. Il s'agissait de volumes imbriqués avec des mezzanines. Elle était apparemment très peu accessible, en interne (pas ou peux d'ascenseurs) et à la ville. Les espaces étaient très peu définis, seules certaines salles avaient une fonction. Il n'y avait pas l'ouverture de l'école telle qu'on la connait aujourd'hui. Il n'y avait pas assez de chaises pour tout le monde. Pas assez de place. Seul point positif sa fin de vie qui en on fait un lieu complètement appropriable par les étudiants, vouée à la démolition elle a pu servir de terrain d'expérimentation. Une explication liée à la fermeture limitée à 20 h 45 est donnée. En fait, le fonctionnement est tel que quand l'école est ouverte il n'y a aucun contrôle sur les personnes qui y ont accès. La grande rambarde de sécurité le long de la pente a été rajoutée par après. Il s'agit pour Samuel simplement de pouvoir contrôler les vols de matériel par exemple c'est ce qui empêche de la laisser ouverte, pas tant des coûts de surveillance donc, mais de l'impossibilité de la surveiller. Pour gérer ce manque de contrôle, il faudrait canaliser une entrée avec badges. Ce qui ramène le tout aux assurances, et au final au coût desdites assurances. Au sujet des espaces tampons, il s'agirait d'un espace qui a été normé en tant que couloir, et qui donc ne peut pas bénéficier de la même validation de sécurité au feu. Typiquement, il

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n'y a pas d'extincteurs automatiques. (Ceci sera contredit par le bureau de communication qui assure que l'école se place très bien avec sa RF de 2 h). « On utilise vraiment les terrasses, pour les clopes bien sûr, mais aussi simplement comme ça, le toit a comme principal problème qu'il est très exposé au vent. » « J'adore les ouvertures sur la rue, » « Notre studio est le même pour toute la classe, mais nous n'avons pas de place personnalisée » « On manque de place dans les studios, il y a trop de chaises »

Fin de la discussion. Tour exhaustif de l'école visite des recoins, prises de photos tentatives de comprendre ce qu'il s'y passe. Qui est dans cet atelier et pourquoi, qu'y fais-t-on. Vers 13 h conversation croisée avec le personnel de la cellule de communication, en particulier la responsable de cette même cellule.
Les espaces sont gérés par un logiciel qui centralise la programmation à venir. Les espaces intermédiaires sont aussi cartographiés dans ce programme et donc délimités entre les utilisations scolaires et les utilisations par des intervenants extérieurs. À la question de qui est choisi pour intervenir de l'extérieur, elle met en avant la politique de la nouvelle directrice. En effet, tout évènement externe doit, avoir un lien à la fonction première du lieu qui est l'enseignement. Est privilégiée la culture. Si des évènements trop externes sont amenés, ils sont mis en dehors des horaires de présence des étudiants. Toutes les gammes de prix existent, il dépend principalement de l'intérêt scolaire et culturel que l'intervenant propose. Toutes les sommes dégagés par les activités externes sont directement redistribués pour l'enseignement, cela permet en particulier d'organiser des conférences régulièrement, avec pour-->comme thème l'architecture. Il en va donc de même avec ce que chaque étudiant propose. Si la proposition entre dans le cadre d'un cours c'est l'enseignant qui prend le relais et c'est l'enseignant qui interprète, organise et fait remonter l'information au travers du secrétariat des professeurs vers la direction. Il n'est pas possible de tout amener à l'école, de fait qu'en tant que lieu public l'école se plie à des normes en matière d'incendie qui sont assez drastiques. Les coûts sont une fois de plus invoqués pour justifier la fermeture de nuit et les problèmes de sécurisation qui se posent. La communication aux utilisateurs sur le programme se fait par mail et sur les écrans informatifs. Il semble que ce soit assez nouveau, mais c'est donc bien la cellule de communication qui au travers d'un technicien s'occupe de gérer l'organisation plus matérielle des espaces, et en assure le suivi. Souvenirs de l'ancienne école ou les étudiants étaient la en 2/3.5j dus au manque de place et pour éviter de saturer l'école.
Notes : Une manière pour moi d'aborder le sujet est de passer par des choses comme le confort thermique, de la complexité d'amener le débat sur une thématique plus essentiellement liée à l'espace. Forme d'erreur aussi me semble-t-il dans le sens ou dès lors des attentes sont présentes et il n'y plus vraiment d'objectivité dans le discours, c'est tout comme si j'essayais de faire justifier quelque chose.

Partie B
Trigniac, Lotissement de Grandchamps Visite du 2012 04 05

Trigniac, sur les abords de St-Nazaire, arrivée en voiture, les premiers contacts se font avec une triple génération, la grand-mère, la mère et le fils. Coup d'envoi de trois heures de discussion avec la mère. N'est pas repris ici tout ce qui ne touche pas le bâtiment.

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Entrée par le garage, petite berline et électroménager, machine à laver, sèche-linge, chaudière. Montée à l'étage à l'aide de l'escalier en colimaçon, et arrivée dans la pièce de vie. La discussion se formalise autour d'une traversée de l'appartement ou chaque problématique et remarque sera soulevée. Jardin d'hiver. L'analogie qu'en fera la mère est celle d'une véranda. Des tasseaux sont disposés sous la porte coulissante, celle en polycarbonate qui donne du jardin d'hiver sur l'extérieur, pour éviter au chat de sortir, la porte coulissante n'est jamais ou presque utilisée en position ouverte. Les panneaux de polycarbonate sont pour elle un choix difficile. Elle ressent le besoin d'intimité, mais est gênée par la vue en “vague”. Sorte d'indignation pour quelque chose qui à surface équivalente aurait surement eu un coût équivalent. On aborde la gestion automatique de l'ouverture de la serre qui semble ne pas poser de problème. Si il y a surchauffe elles ferment les baies vitrées qui séparent le jardin d'hiver de la pièce de vie et ne profitent pas de la chaleur excessive. Les rideaux horizontaux sont pour elle très importants, ils permettent de ne pas avoir un sol trop chaud pour les pieds nus. Une gène évoquée est celle de la promiscuité des voisins, les jardins d'hiver étant très peux isolés on profite de tout ce qui se passe à côté. Contraste entre le sentiment d'être à l'intérieur de la maison que l'irruption du voisinage vient perturber. La tempête a laissé des séquelles. La structure de la serre qui sert de couverture communique fort avec les espaces de vie, les sifflements et tremblements de celle-ci se sont fait ressentir dans toute la maison. La chambre de l'enfant est isolée du salon par une cloison fixe et une porte, la chambre de la mère pas. Des problèmes d'intimité sont donc au menu puisque l'enfant dors avec sa mère, la grand-mère ne peut plus continuer à utiliser l'espace une fois l'enfant couché. La construction d'une cloison n'est pas envisagée dans la chambre de celle-ci, frilosité par rapport à Silène (office des HLM) et coûts d'investissement trop élevés sont évoqués. On retrouve les rideaux thermiques dans les chambres, ici leur couleur bleue a été jugée trop froide et une seconde couche de rideaux est mise en place, de voiles transparents aux couleurs plus chaudes. Une critique des volets qui ne se ferment pas complètement et laissent passer la lumière par le bas et sur le côté. Qui grincent et sont assez lourds à manipuler, un problème de finition qui semble être caractéristique du manque d'attention pour la réalisation du bâtiment. Autres observations dans la même veine, on retrouve le béton ciré qui a des trous, la corrosion dans le joint entre la dalle avec l'escalier, une inscription au crayon laissée par les ouvriers sous la cire du béton. Dans la pièce de vie, tout s'articule entre la TV et la cuisine. Même si le manque de plafonnier la dérange, pour les mêmes raisons que la cloison, elle n'osent pas modifier le construit. On joue au Ballon dans le jardin d'hiver. La pièce du bas, composée en enfilade d'une salle de douche et de la chambre de la mère, une longue pièce. Son plus grand désespoir, l'impossibilité de dormir la porte ouverte, les baies vitrées descendant jusqu'en bas, donc le sentiment de sécurisation n'est pas assez présent. Les rideaux imposants ne s'escamotent pas complètement et prennent une part de la lumière. Le jardin est petit et pas du tout utilisé, elle n'y sort selon ses mots, jamais. Ceci principalement du aux problèmes de promiscuité dont elle aimerait venir a bout avec une cloison sur les deux premiers mètres. Une cloison/porte coulissante sépare le garage de la chambre. Le manque d'espace de rangement est ressenti comme un handicap, le garage doit prendre le relais et comme il s'agit de l'entrée quand on reçoit “ça doit être rangé”. La chambre du bas me marque principalement par le béton qui s'impose très fort dans un espace si exigu, si les premiers mois il devait être protégé pour pouvoir détecter des fissures, il absorbe une grande partie de la lumière. Et même avec une hauteur de plafond plus que généreuse, pas facile de se sentir à l'aise. La chambre sent le béton selon elle, et sa toux serait fortement liée à la poussière ambiante.

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Notes : Je remarque la grande subjectivité des arguments et remarques. Les limitations qu'elle ressent du bâtiment sont pour la plupart lié à la condition de celui-ci. Un HLM où elles n'ont pas envie d'investir. Beaucoup d'observations ont aussi eu lieu autour de la sécurité. C'est d'une part le modèle qui est remis en question, mais surtout la vie du bâti après sa construction. L'accompagnement dans l'appropriation du bâtiment ne se fait donc pas idéalement.

Partie C
2012 04 06 Paris, Palais de Tokyo.
Contexte L'arrivée au palais de Tokyo se fait un jour de chantier, à l'approche de la visite de la commission de sécurité annoncée 3 jours plus tard et de l'ouverture temporaire autour du 12 avril. Arrivée à 17h environ. Amené sur le chantier par des sous traitants, puis le DRH de l'équipe Vinci (exécutant du projet), puis un architecte de l'agence L&V, Dimitri Messu qui s'occupe du suivi de chantier. Je reçois une paire de bottes et un casque et suis invité pour faire un tour par moi-même sur le chantier. En retour de visite de chantier un premier exposé rapide de mes questionnements à Dimitri Messu, puis rapidement avec Florian le Pous, autour du processus de conception.
Il a été présent sur le chantier du Palais de Tokyo pour la première phase. Il parle d'un changement complet dans le mode opératoire sur la deuxième phase du même projet. Le processus avec l'équipe du musée n'est pas du tout le même. Le temps de réalisation est lui aussi beaucoup plus court. Pour la première partie, les liens ont été jusqu'à penser la scénographie. Ici il y a eu des changements de direction dans la structure du Palais de Tokyo et principalement en ce qui concerne la direction. De la difficulté de construire quelque chose qui prend en compte les usagers. (Cette réponse fait suite à la question explicite de l'intégration de la question des usagers, ce sont les artistes auxquels il est fait écho) Si la première tranche avait comme but de redonner au Palais une ouverture sur la ville, ouvrir son axe horizontal, la seconde tranche veut permettre au visiteur de renouer avec la verticalité du bâtiment. C'est donc la verticalité qui a été mise en œuvre avec comme corollaire une multiplication des différents niveaux d'intimité et de pénétration du bâtiment.

La discussion de continuera pas, une visite de chantier s'impose pour préparer la venu de la commission de sécurité.
Dernier passage à travers le bâtiment pour détecter les éléments qui seront jugés comme négatifs pour la commission de sécurité.

Fin de la visite 20 h 30, restes de champagne et de cacahuètes, la journée semble avoir été longue, difficile de continuer une conversation.
Notes : Il aurait été bon de pousser le dialogue plus loin.

Partie C
2012 04 07 Paris, Palais de Tokyo.
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Arrivée à la tour de bois le prêtre Les Bâtiments autour portent tous des panneaux et autres marques qui annoncent--> annoncent, pour la plupart, une destruction même si parfois elle n'est prévue que pour être partielle. L'esthétique générée est impressionnante, le jeu des niveaux, la diversité due aux différentes configurations que génèrent les rideaux isolants. Première discussion avec Jeanine, mère de deux enfants.
Elle est satisfaite du résultat final. D'autant qu'elle possède un appartement qui a été très peux ou pas modifié. Seul un jardin d'hiver a été ajouté, ainsi qu'une cloison abattue si elle se réjouit de l'espace qui lui est accordé sans augmentation de loyer, elle déplore la lourdeur du chantier. Des retards l'ont forcé à bouger plus longtemps que prévu. Elle a passé 5 semaines en dehors de son appartement, avec les enfants il n'est pas facile de bouger souvent. Deuxième demande et les personnes acceptent de me faire entrer dans un F3. L'appartement original a gagné en surface. Ici aussi on se félicite que les travaux n'ont pas augmenté le prix de reviens de l'appartement. L'intervention semble avoir été moins douloureuse. L'appropriation du bâtiment ne se fait pas encore de manière très visible, mais les espaces sont largement utilisés. Une chambre avec deux filles et le père dans une autre chambre. Le jardin d'hiver est en cours d'utilisation la terrasse un peu moins.

Discussion informelle avec Anne Lacaton ANNEXE

2

La discussion dont ceci constitue des notes incomplètes a eu lieu le 15 .05 .2012. Plus que des notes de dires de Anne Lacaton il s'agit des idées qu'elle a exprimées et qui sont reformulés ici.
À Nantes même s’il appartient aux utilisateurs de décider ce qu'ils font de l'espace, il y a une déception face au manque d'efforts que font les étudiants pour s'approprier l'espace. Malgré la charge de travail qu'on les étudiants. Mais cet état de fait peu évoluer, lorsque l'équipe d’enseignants évolue, la manière d'enseigner aussi. Si les espaces ne fonctionnent pas au maximum de leur capacité aujourd'hui ce sera peut-être le cas demain. Le bâtiment évolue et les usagers aussi, il y a des périodes avec et de périodes sans. Ce manque d'effort est aussi perceptible dans la manière dont est gérée l'école, le directeur y étant très attaché il ne permet pas au bâtiment d'exprimer tout son potentiel. Dans le projet de la Cité Manifeste de Mulhouse, en amont de la réalisation du projet, la société HLM chargée d'effectuer la mise en location a, devant le grand nombre de demandes de locataires, effectué une sélection. À la différence de l'intervention à Trignac où la société est plus importante et la démolition d'une tour voisine ont conduit une partie des locataires à être relogés dans le projet de L&V. Dans le logement tout les rapports avec les usagers sont plus simples. À la demande du maitre d'ouvrage, des visites ont été effectués tout les six mois sur le site. Après les premières modifications dues aux ratés du chantier et le réglage des détails, les réunions se sont transformés en visites amicales, le besoin d'intervention dans le rôle de l'architecte ne se faisait plus trop sentir. Au début les gens ne savaient pas trop où se mettre, ils ont demandés quel types de

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meubles il fallait choisir pour aller avec ce type d'espace. Finalement c'est le temps qui s'est chargé de donner à chacun sa réponse et ils ont finit par s'habituer à la manière dont fonctionnaient les espaces. Certaines personnes ont dit que les architectes avaient donnés des directives quant à l'utilisation de l'espace, il n'en est rien. Certains conseils ont été donné, simplement. Par exemple l'utilisation du béton brut comme revêtement permet de limiter l'entretient, si les utilisateurs peignent c'est presque irréversible et faut entretenir. En tant qu'architectes ils dégagent des conditions, ils ne se sentent pas le rôle d'intervenir à postériori sur les espaces, il tient aux utilisateurs de s'approprier les espaces. Pour la cité manifeste, très peu de locataires finiront par cloisonner les espaces, d'une manière générale ils sont satisfaits. Dans le cadre du palais de Tokyo les directeurs artistiques ont du supporter des évolutions contre leur gré. En privilégiant une organisation par évènements, ils ont dû faire intervenir des intervenants externes qui ont conduit à la privatisation de certaines parties, à l'image de ce qui se passe aujourd'hui. Les évolutions successives de l'espace ne sont pas perçues comme réellement négatives, mais le fait de ne pas pouvoir repartir de zéro avec un espace libéré à chaque fois fait s'accumuler les strates de modifications. En proposant des cimaises mobiles pour tous les étages, le Palais de Tokyo pourra très rapidement revenir à l'espace original. Les espaces construits ne sont pas des espaces qui conviennent à tout le monde. L'architecte ne doit pas absolument tout faire pour ses usagers. Ce sont des espaces qui demandent de l'effort et il faut y croire. L'idée n'est pas de se dire que si les utilisateurs ne feront pas cet effort alors il ne faut pas le faire. Il faut faire le pari du succès.

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