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Automobile: lacriseinquiète aussi lesallemands

Jusque-làépargnés sur unmarchéeuropéenen chute,les Daimleret autresVolkswagen sont àleur tour fragilisés

usque-là, la crise européenne les avait oubliés. Ils incarnaient

cemodèle allemand tant vanté, fait de haut de gamme, d’interna- tionalisation réussie et de coût du travail maîtrisé. Les construc- teurs automobiles allemands ne sont désormais plus épargnés par les difficultés que connaissent leurs concurrents français, ita- liens ou américains sur le Vieux Continent. Alors que le Mondial de l’auto- mobile de Paris ouvre ses portes samedi 29septembre, les signaux se multiplient qui témoignent de cette évolution. Mardi, Martin Winterkorn, le président du grou- peVolkswagen (VW),aseméledou- te. Certes, il maintient son objectif de faire du géant de Wolfsburg le premier constructeur mondial à l’horizon 2018, devant le japonais Toyota et l’américain General Motors. Mais, a alerté M.Winte- rkorn, «l’environnement est deve- nu nettement plus dur». Le groupe parle aujourd’hui d’«ajustements minimes» desesprévisionsdeven- tes pour 2012 en Europe del’Ouest. La marque Volkswagen a beau être de très loin la plus vendue en Europe, avec 12,9 % du marché européen,elle n’en apasmoins vu, depuis le début de l’année, ses immatriculations fléchir de 2,4%. Même Porsche, une autre mar- que du groupe, souffre: sa direc- tion a prévenu, le 19 septembre, qu’il lui faudrait réduire ses inves- tissements en 2013, car ses ventes, cette année-là, seraient inférieu- res de 5% à 10% par rapport à l’ob- jectif initialement fixé. Du côté de Daimler, on a aussi donné des signes d’inquiétude. Dieter Zetsche, le président, a déploré, le 20 septembre, « les conditions très, très difficiles du marché en Europe, plus négatives queprévu», et annoncédansla fou- lée un plan d’économies qui pour- rait être de 1milliard d’euros. Les

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qui pour- rait être de 1milliard d’euros. Les J Une chaîne de montage dans l’usine d’assemblage

Une chaîne de montage dans l’usine d’assemblage Porsche, à Leipzig (Allemagne), en mars. SEAN GALLUP/GETTY IMAGES

résultats du second semestre 2012 de Mercedes pèseront sur les pro- fits du groupe, qui avaient tout de même représenté plus de 5mil- liards d’euros l’an dernier. Pour l’heure, chez BMW et Audi (groupe VW), on reste confiant.

« Cela ne m’étonnerait pas que,

d’ici deux mois, les deux marques

évoquentégalementquelquesdiffi-

cultés » , confie Ferdinand

Dudenhöffer,ledirecteurdel’insti-

tut CAR de l’université de Duis- burg-Essen.

SiAudiréussit actuellementsur tous les tableaux en Europe, en Amérique du Nord et en Asie, BMW semble moins immunisé contre la crise sur le Vieux Conti- nent, où ses ventes se sont affais- sées de 3,1% sur les huit premiers

mois de l’année. «Mais, pour l’ins- tant, c’est compensé par les ventes hors d’Europe », assure M.Dudenhöffer. Cependant, la Chine, cet eldora- do pour les constructeurs haut de gamme allemands, s’est un peu

Lesconstructeursmultiplientlesmesuresde rigueur en Europe

VENTES qui chutent. Pertes finan- cières qui s’accumulent depuisla fin 2011… Dans ce contexte de crise,

l’heure est à la réduction des coûts,

et aux suppressions d’emplois,

chez nombre de constructeurs automobiles en Europe. Après PSA Peugeot Citroën, qui

a engagé, enjuillet, un plan de 8000 suppressions de postes en France, Ford a annoncé,mardi 25septembre, un plan d’écono-

mies surle Vieux Continent. Le second constructeur américain,

qui emploie 66000 personnes en Europe, prévoit de supprimer «plu- sieurs centaines» d’emplois admi- nistratifs et commerciaux d’ici à

fin 2012, parle biais de départs volontaires et d’unmoindre recours aux intérimaires. Ford a perdu 420millions d’euros au pre-

mier semestre. L’italien Fiat pourrait, quant à lui, sacrifier 110 postes demana- gers sur 550 selonl’agence Bloom- berg, alors que GeneralMotors pré- voit de réduirela voilure de sa filia-

le européenne Opel, qui a perdu 617millions d’euros depuisle début de l’année. Selonla presse américaine,mille postes d’admi- nistratifs au siège du groupe, à Rus- selsheim, en Allemagne, pour- raient être supprimés.

«Tempête »

En ce qui concerneles sites industriels, alors que PSA va fer- mer son usine d’Aulnay (Seine- Saint-Denis), Opel pourrait faire de même à Bochum, en Allemagne,

en 2016. Chez Ford,l’arrêt de Genk, en Belgique, n’est pas confirmé. Bob Shanks,le vice-président en charge des finances, a déclaré cet été quel’entreprise s’est, pourle moment, contentée demettre en place «des semaines de travail plus courtes» et de réduirele recours aux intérimaires. «La situation est difficile dans nos usines, nous la gérons à travers le chômage partiel», a aussi expli- qué Carlos Tavares, directeur géné- ral de Renault, à Latribune.fr,le

21septembre. «A ce stade,il n’y a pas de plan de suppression d’em- plois ou de fermeture de site, a-t-il ajouté. Mais la tempête en Europe risque de durer.» ArnaudMonte- bourg soutient cette attitude.Mar- di, il s’est dit « favorable à ce qu’on élargisse, à ce qu’on facilite l’usage du travail partiel, plutôt qu’on fer- me des usines». «C’est la stratégie allemande qui leur a tant réussi dans la crise», a indiquéleminis- tre du redressement productif. p

Ph. J.

enrhumée cet été. L’économie ralentit, la guerre des prix sévit.

D’autantquelesmarquesalleman-

des y ont transféré leurs stocks de

véhicules invendus, selon un bon connaisseur du marché…

Surcapacités structurelles

Les constructeurs allemands, comme leurs concurrents mais à un degré qui reste moindre, pei- nent sur un marché européen qui

a chuté de 7,1 % sur les huit pre-

miers mois de l’année et qui souf- fre de surcapacités structurelles. Jusqu’à peu, ils ont pu compter sur leur marché national qui a résisté à la déprime générale.Mais aujourd’hui, le marché allemand

marque également le pas : il a décroché de près de 5% en août, et la bataille commerciale n’y a jamais été aussi intense. «Depuis le dernier trimestre 2011, les rabais et autres promotions n’ont jamais été aussiimportants », relève Kars- ten Neuberger, qui compile le

« CAR-Rabatt-Index» pour l’uni-

versité de Duisburg. «Auparavant, les constructeurs étrangers étaient les grands habi- tués des promotions, poursuitl’ex- pert, mais les constructeurs alle- mands s’y mettent fortement. On peut, par exemple, trouver la nou- velle Golf de Volkswagen, en vente

à partir de ce mois-ci, avec une ris- tourne de 17% sur le prix de vente annoncé,maisVW faitpeudepubli- cité sur ce type de promotion.» On peut interpréter l’attitude de Volkswagen de deux façons, juge Rémi Cornubert, du cabinet Oliver Wyman. « Soit le groupe cherche à profiter de la faiblesse de ses concurrents, à les affaiblir enco- re plus, soit il souffre comme les autres et doit adapter ses prix, en moyenne 8% à 12% plus élevés que ceux de la concurrence. Vu cette marge, il a une certaine latitude pour mener ces deux politiques.» Début juillet, Sergio Marchion- ne, le patron de Fiat, avait d’ailleurs accusé la firme alleman- ded’alimenterla guerredesprix et de vouloir provoquer un « bain de sang ». «Venant de Fiat, qui est le premier à faire des promotions, ces attaques sont un peu incongrues», juge M.Neuberger. «Face à la crise européenne, ils sont mieux armés que les autres européens, juge M. Dudenhöffer. Leurs vrais concurrents sont désor- mais Toyota, Hyundai ou Kia. » Il fautdire queVolkswagen,Daimler

et les autres ont accumulé depuis

des années un véritable trésor de guerre. En 2011, ils ont gagné près

de 28milliards d’euros… p

Philippe Jacqué

des années un véritable trésor de guerre. En 2011, ils ont gagné près de 28milliards d’euros…
des années un véritable trésor de guerre. En 2011, ils ont gagné près de 28milliards d’euros…