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Chine:l’appel auxréformes L orsqu’ilétaitgouverneurdelaprovin- ce du Guangdong à la fin des années 1970, Xi

Chine:l’appel auxréformes

L orsqu’ilétaitgouverneurdelaprovin-

ce du Guangdong à la fin des années 1970, Xi Zhongxun, qui avait mené la

lutte révolutionnaire aux côtés de Mao un demi-siècle plus tôt, fit un constat: il faut

s’ouvrir pour prospérer. Il fut de ceux qui portèrent ce conseil à Deng Xiaoping, l’homme à qui la Chine doit d’être, troisdécennies plus tard,la deuxième éco- nomie de la planète. Son fils, Xi Jinping, serait bien inspiré de suivre l’enseignement paternel. A la veille de sa montée à la tête du parti uni- que, dans quelques semaines, et de l’Etat chinois, au printemps 2013, les appels à unenouvelle vague de réformes économi- ques se multiplient. L’éventail s’étend de la suggestion bienveillante à la critique acerbe, avec pour point commun de s’in- terroger surlamainmise del’Etat. Sa puis- sance étaitlemoteur des réformes etla clé du succès chinois voilàune décennie,lors- que Hu Jintao et Wen Jiabao sont arrivés aux affaires. Son omniprésence est aujourd’hui devenue une charge pour la croissance. L’équipe sortante a su investir dans les infrastructures, essentielles, et le loge- ment social, des projets qui ont contribué à la traversée maîtrisée de la tempête des

cinq dernières années. Mais le Parti com- muniste a profité de ce mouvement pour se renforcer et il est aujourd’hui réticent à lâcher du lest du fait d’«intérêts particu-

liers »,

formule désignant pudiquement

les gains des cadres de l’Etat dans le Parti. « Ce gouvernement a permis à l’économie de croître mais il a essayé de tout garder en l’état,jugeAndyXie, ancienchef économis- te de Morgan Stanley en Asie-Pacifique. La politique dite de l’harmonie fut en cela synonyme de stagnation.» Le plan de relance de 2008, un temps salué, est fustigé ouvertement. La Chine profite des autoroutes et des lignes de train à grande vitesse apparues depuis, mais ces dépenses bénéficièrent essentiel- lement aux entreprises publiques, dont

Analyse

Harold Thibault Shanghaï, correspondance

les dirigeants sont nommés par le comité central. Beaucoup de ces mastodontes publics se sont aventurés dans la spécula- tion immobilière, afin de multiplier leurs

gains, suscitant l’ire du peuple qui peine à

se loger. Et ce alors que «l’esprit » de

la

réforme est un

mouvement, contrôlé

et

progressif, vers un renforcement du rôle du secteur privé, aujourd’hui le premier exposé au ralentissement. Bien conscient de ces critiques, Wen Jia- bao s’efforce de défendre son bilan. Entre2003 et 2011: 10,7% de croissance en moyenne, montée du sixième au deuxiè- me rang mondial, 15,2 fois plus de brevets déposés, 13000kilomètres de rails, etc. S’il n’y avait pas eu de dépenses publiques,

souligne le premier ministre sortant, les ouvriers seraient rentrés dansleur campa- gne, les usines auraient fermé. Avec 7,5% prédits par le gouvernement pour cette année, la croissance a perdu près de trois points en deux ans. Le rebond que la plupart des banquiers anticipaient

pourl’été se fait toujours attendre.Selon Li Daokui, directeur du Centre sur la Chine dans l’économie mondiale à l’université deTsinghua,lepaysn’estpas encorenéces- sairement entré en crise,maisla crainte de son avènement est telle qu’il faudra bien

changerdecap.AncienconseillerdelaBan-

que centrale, ce pragmatique respecté juge que son pays n’en a pas fini avec la croissance. Le PIB chinois par habitant n’est encore qu’à 18% de celui des Etats- Unis. La Chine pourrait monter à 75 % de cet étalon de comparaison dès 2020.A une condition toutefois et dans une certaine urgence, « si la Chine peut se réformer». Pour Li Daokui, le pays ne pourra faire l’impasse sur l’Etat de droit. «L’environne- ment juridique se dégrade depuis cinq

ans », jugeait-il lors de la session d’été du Forum économique mondial, à la mi-sep- tembre. Ce thème n’est plus l’apanage de l’opposant politique. Les entreprises chinoises cherchent à faire valoir leurs droits et plus seulement par le réseau de copinage de leurs patrons qui parfois ont leur valise prête si les choses tournaient mal… Là encore, c’estle rôle du Parti qui est en cause. Les avocatssont bien frileuxlors- qu’il s’agit de défendre quiconque ayant affaire àlui. « Nous n’avions pas réalisé que sans fondementslégaux, on ne pouvait pas gérer l’économie», constate M. Li. Reste à déterminer quelles réformes, puisquele «modèle chinois» n’estpas une recette finalisée. Pas question de laisser filer toute la puissance étatique, la Chine pense quela clé de son succès économique est de n’avoir pas suivi le « consensus de

Pékindoitsoutenir sesnouveaux pionniers technologiques plutôt quesesvieuxprivilégiés

Washington»: pas de réforme achevée des taux d’intérêt, un sérieux contrôle des changes,pasdedémantèlementdesmono- poles et, quoi qu’en dise Pékin, pas de plei- ne ouverture des barrières commerciales. Dans un article paru dans le magazine Caixin, l’ancien chef économistedela Ban- que mondiale Justin Lin Yifu estime qu’il faut trouver le juste équilibre quant au rôle de l’Etat. Pékin doit soutenir ses nou- veaux pionniers technologiques plutôt que ses vieux privilégiés. Ces dernières années, ces distorsions ont trop souvent bénéficié à des industries – et des officiels – habitués à vivre de leur rente, au détri- ment de la majorité des Chinois. Il s’agira donc pour Xi Jinping de soutenir l’écono- mie de la Chine de demain, plutôt que cel- le d’hier. p

thibault@lemonde.fr