Vous êtes sur la page 1sur 16

EXPOSITION GUY BRUNET Dossier d’accompagnement

Espace Barmondière 69400 Villefranche 04 74 62 17 29 www.autrecinema.fr

L’œuvre de Guy Brunet est une œuvre vivante, vibrante, en lien direct, mais de la façon la plus simple. Cette œuvre nous rend les films familiers, proches, comme si leurs protagonistes étaient nos amis, nos voisins, nous-mêmes. L’œuvre de Guy Brunet vaut qu’on la fréquente – le plus près possible – et qu’on la traite comme elle le mérite, en complice, en amie de toujours. Guy Cavagnac (cinéaste) in Catalogue de l’exposition « Le monde rêvé de Guy Brunet »

1

L’Association

, le cinéma

LES 400 COUPS

Et les

présentent

L’

EXPOSITION GUY BRUNET
Une exposition entièrement consacrée à un artiste « brut » passionné par l’âge d’or du cinéma (1930-1960).

Du 31 octobre au 11 novembre 2012
Dans la Salle

des Échevins de Villefranche-sur-Saône*

(*96 rue de la Sous-Préfecture / centre ville / à côté du cinéma Les 400 Coups)

Une exposition tout public, imaginée par Alain Moreau – commissaire de l’exposition.

300 œuvres exposées !

ENTRÉE LIBRE
Horaires d’ouverture de l’exposition :

du lundi au samedi - 14h/19h le dimanche - 11h/17h

2

DE L’INÉDIT ! C’est la première fois qu’une exposition se consacre entièrement à l’ensemble de l’œuvre de GUY BRUNET, un artiste reconnu depuis une dizaine d’année par le monde de l’art brut. C’est donc l’occasion de diffuser en avantpremière le dernier film réalisé et produit par GUY BRUNET : Le Monde magique des frères Lumière.
Les frères Lumière

L’exposition Guy Brunet est ouverte à tous. Elle peut se visiter librement, ou être accompagnée par l’un des organisateurs présents. Individuellement ou en groupe. Elle s’adresse aux professionnels de l’art brut et aux amateurs avertis. Elle parle aux professionnels et aux passionnés de cinéma. Mais aussi aux simples curieux, aux vacanciers en quête de rêve et de plaisir, aux familles… Elle se destine aux enfants et aux adolescents, par sa dimension ludique et grâce à la mise en place d’ateliers de création artistique. Sa configuration lui permet d’accueillir des personnes à mobilité réduite.
Guy Brunet tenant l’affiche de l’exposition

Voisine des salles du cinéma Les 400 Coups, elle peut se visiter avant/après une séance ou une rencontre prévues à l’occasion des :

*Programmation des 17e Rencontres à découvrir le 12 octobre 2012 !

17e Rencontres du cinéma francophone en Beaujolais du 5 au 11 novembre 2012*

Rencontre avec GUY BRUNET animée par Clovis Prévost (cinéaste, photographe et auteur) SAMEDI 3 NOVEMBRE à 11h (entrée libre)

3

L’Exposition Guy Brunet
N.B. Des changements dans la mise en scène de l’exposition peuvent être apportés par le commissaire de l’exposition et l’artiste. Les silhouettes Près de 220 silhouettes sont exposées sur un tapis rouge qui traverse la salle des Échevins dans sa longueur. On dirait que toutes les plus grandes vedettes du cinéma se sont donné rendez-vous pour un festival de Cannes exceptionnel. Elles sont peintes sur du carton récupéré et découpé. Elles se tiennent droites grâce à une barrette de bois fixée dans leur dos. Elles tiennent debout grâce à un petit socle en bois peint. Les traits sont doux et les couleurs sont vives. Les expressions de leurs visages leur donnent l’air vivant. On a l’impression que les stars des années 1930-1960 sont venues tout droit du passé nous accorder une dernière séance de flashs et d’autographes. Elles n’ont pas pris une ride. Elles s’amusent, se racontent les derniers potins d’Hollywood, nous observent… Elles se sont mises sur leur trente-et-un : les hommes en costume, les dames en robe de soirée. Et si l’on s’approche, si l’on est bien attentif, bien vigilent, on peut les voir nous révéler leur identité... Il y a les vedettes du cinéma américain : Marlène Dietrich, Humphrey Bogart, Fred Astaire, etc. Mais aussi les vedettes du cinéma français : Jean Gabin, Fernandel, Jeanne Moreau, etc. Les silhouettes mesurent en moyenne 1m40. Pas plus grandes que des enfants, elles nous invitent à entrer dans un monde magique, où règnent l’imagination et le rêve. Les affiches Contre les murs de la salle des Échevins, des dizaines d’affiches de films cultes des années 1930-1960 encadrent le défilé de stars qui se déroule au centre. Elles sont pendues à des grilles en métal recouvertes de carton. Les titres des films et le nom des personnes qui ont participé à sa réalisation (cinéastes, acteurs, scénaristes, compositeurs, scénographes, etc.) sont vrais. Mais ces affiches peintes sur des supports de récupération (papier et carton) ne sont pas les répliques des affiches originales. Guy Brunet a recréé chaque affiche, selon son interprétation du film, son admiration pour les acteurs, mais aussi selon ses souvenirs d’enfant, son imagination. Les affiches ont été pliées, dépliées, cornées, abîmées. On dirait qu’elles ont servi, il y a soixante, soixante-dix ou quatre-vingt ans, par les exploitants des salles de cinéma, pour présenter les nouveautés projetées.

4

Les couleurs sont éclatantes. Les affiches sont exposées les unes à côté des autres, on se croirait le long d’un trottoir, au pied de grands panneaux d’affichage annonçant les prochaines sorties en salle. Les vieux films semblent redevenus des inédits, même si leurs titres ne nous sont pas inconnus : Les Aventures de Robin des bois ; Spartacus ; Le Chanteur de Mexico ; etc. Les films Dans un coin de la salle, à l’abri des regards, le nouveau film de Guy Brunet se dévoile dans sa totalité. C’est un hommage à l’invention du cinéma : Le Monde magique des frères Lumière. Il a été tourné cet été, c’est la première fois qu’il est montré au public. On peut en regarder un extrait de loin, sans le son, ou bien s’asseoir un moment pour le découvrir, un casque sur les oreilles. Comme les onze autres films que Guy Brunet a réalisé depuis 2001, Le Monde magique des frères Lumière est en noir et blanc. L’artiste l’a conçu de bout en bout. Il a écrit le scénario, il a fabriqué les silhouettes qui font office d’acteurs, il a choisi les musiques, il a tenu la caméra, il a prêté sa voix à tous les rôles, il a fait le montage… Il a tout fait, tout seul, chez lui, dans sa maison. À côté de cet inédit, un autre film, un peu plus connu, est diffusé : L’Âge d’or au festival de Cannes, réalisé par Guy Brunet en 2005. C’est un long métrage de 3h50 qui fait défiler les vedettes des années 1930-1960 et nous les présente à tour de rôle. À regarder quelques minutes, pour le plaisir de découvrir le célèbre festival de Cannes autrement… L’audio Pour que l’ambiance de Hollywood, des années 1930-1960, de leurs studios, leurs salles de cinéma, leurs plateaux de tournage, leurs festivals, soit restituée, une bande son accompagne l’exposition. On entend tantôt des musiques de films, tantôt des répliques cultes, tantôt la voix de Guy Brunet lui-même, nous parlant du scénario d’un grand film, de son réalisateur, de son acteur principal, etc. On a l’impression de faire un voyage dans le temps. On a la sensation que Guy Brunet est présent, là, quelque part parmi ses silhouettes, on a envie de le chercher des yeux…

5

Guy Brunet : l’œuvre d’une vie
Guy Brunet est né en 1945 à Viviez, non loin de Decazeville, dans l’Aveyron. Il passe toute son enfance au Plaza, la salle de cinéma que ses parents ouvrent et exploitent en plein pays minier. Il s’y forge naturellement une culture encyclopédique, se prend de passion pour les grandes firmes cinématographiques, les scénarios cultes et les vedettes hollywoodiennes. « Au moment où mes parents tenaient leur cinéma, on envoyait les premières fusées dans l’espace. Je m’imaginais que le public entrait dans le hall et prenait un billet pour monter dans une fusée et voir la Terre d’en haut. La fin d’un film, c’était comme une fusée qui revenait sur Terre. » Faute de spectateurs, le Plaza ferme définitivement en 1963, tirant le rideau sur La Dernière Séance. C’est un véritable traumatisme. La passion de Guy Brunet pour le septième art se fige. Le cinéma d’après les années 1960 ne trouve pas grâce à ses yeux. Il n’y voit que sang, sexe et violence.

Guy Brunet tenant la fresque « il était une fois de Broadway à Hollywood »

En 1961, d’après ses souvenirs et une collection d’archives précieusement conservées, Guy Brunet commence à lister la production cinématographique des années 1930-1960 sur des cahiers d’écolier. Inventaire des films selon leur titre ou selon leur genre, inventaire des acteurs mythiques, des réalisateurs célèbres, des grands producteurs, etc., rien ne lui échappe. À la même époque, il écrit ses premiers scénarios : La Vie de Napoléon à SainteHélène (en trois tomes plus ou moins fondés sur des recherches historiques), Dialogues compris, etc. « Les scénarios, j’ai commencé à l’âge de seize ans. J’ai eu l’idée de les réaliser dès ce moment-là, mais je n’avais pas de caméra. J’ai fait mes premiers films au début des années 2000. » Guy Brunet réalise des courts et longs métrages minimalistes, chez lui, dans l’ancienne boucherie de Viviez qu’il a acquise en 1994 et où il vit seul. Il tourne avec un caméscope d’amateur, fabrique tous les décors, met en scène des personnages en carton et prête sa voix à tous les rôles. « Mes acteurs, ce sont mes figurines. Et mes figurines, ce sont les vedettes de cinéma qui m’ont marqué au temps où mon père était exploitant de salle. » Guy Brunet peint inlassablement les silhouettes de ses acteurs fétiches sur des cartons découpés et ondulés. Sa production compte aujourd’hui près de 750 effigies, presque grandeur nature. John Wayne, Clark Gable, Anthony Quinn, Gary Cooper, Alfred Hitchcock, Marilyn Monroe, Luis Mariano, Tino Rossi, Jean Marais, Gérard Philipe, mais aussi Blanche-Neige, Mickey, Astérix, Chambre des silhouettes d’hommes les Daltons, etc. La vivacité des couleurs, la candeur des traits, la force des regards, leur donnent l’air vivant. Guy Brunet est attaché à l’image des vedettes qui ont bercé son enfance, comme à « une famille ». Il a donc installé la foule impressionnante des silhouettes qu’il a peinte chez lui, au premier étage, les hommes dans une chambre, les femmes dans une autre.

6

Guy Brunet tenant l’affiche d’Ali Baba

Parallèlement, Guy Brunet recrée les affiches de films cultes des années 1930-1960 : Le Train sifflera trois fois, Autant en emporte le vent, Un américain à Paris, Fanfan la tulipe, etc. Il peint à la glycéro de salle de bain sur des supports de fortune. Souvent pliées en dix puis dépliées, ces affiches ont l’air d’avoir servi. Mais loin de reproduire des originaux, Guy Brunet donne à voir sa propre interprétation des films, habitée d'une authentique modestie. Images singulières où une figuration brillante et haute en couleur se marie avec une typographie totalement inspirée, qui se moque des conventions.

La passion de Guy Brunet ne s’arrête pas là et semble sans borne. Sa production compte aussi : des décors de films fabriqués à partir de bric et de broc (celui de Ben-Hur est en carton, celui du Pont de la rivière Kwaï en bois de cagette, etc.) ; des petits portraits de stars (Gregory Peck, Eddy Constantine, Audrey Hepburn, Jean Gabin, etc.) peints sur des supports de récupération ; des logos de firmes hollywoodiennes reproduits au verso d’anciens plans de mines ou sur du double vitrage (Metro Goldwyn Mayer, Universal, Paramount, etc.) ; des fresques géantes retraçant l’histoire d’un genre (le western, le policier, le cirque, etc.).

Fresque « l’âge d’or de la science-fiction »

L’artiste travaille à rendre réel le monde imaginaire dans lequel il vit depuis l’enfance. Sur la devanture de son atelier, il a peint « l’âge d’or du cinéma d’Hollywood ». Son univers, son studio, sa firme, se nomment « Paravision ». « J’ai pris les deux premières syllabes du mot paradis et le mot vision. » Une référence à la rêverie dans laquelle se plonge une salle de cinéma lorsque la projection commence, au souvenir heureux que peut laisser la découverte d’un film en chacun de nous.

Guy Brunet dans l’entrée de son atelier, tenant le portrait des frères Lumière

7

Art brut : « art des fous » ?
Nous avons tous eu l’occasion, durant notre enfance, d’inventer des motifs et des représentations, en laissant notre imagination et notre inconscient s’exprimer pleinement, sans nous fier à des règles, des modèles, des normes artistiques. C’est ainsi que l’on commence à découvrir le monde autrement que par l’approche pratique. Chez la plupart des individus, ce type d’activité créatrice disparaît une fois atteint l’âge adulte et la découverte du monde par une approche intellectuelle. Mais certaines personnes, comme Guy Brunet, restent de véritables créateurs d’images. Elles constituent un groupe riche, varié et hétérogène de créateurs qu’on ne peut réduire à des artistes professionnels et encore moins officiels. Ce groupe est communément appelé « art brut ». Les artistes bruts sont des créateurs extraordinaires, ou plutôt hyperordinaires. L’art brut est d’ailleurs souvent défini comme « l’art des fous ». C’est en effet l’art des malades mentaux, des autodidactes et des médiums. L’artiste Jean Dubuffet, considéré comme l’inventeur du concept d’art brut, affirmait d’ailleurs que l’art ne peut être fait que d’ivresse et de folie.

Jean Dubuffet

Histoire de l’art brut Les liens entre l’art et la folie sont tout d’abord explorés par les Romantiques, au XIXe siècle. Ces derniers élèvent le dément au rang de héros en communion secrète avec les forces du destin. Mais il faut attendre le début du XXe siècle pour que des artistes commencent à apprécier la production plastique des malades mentaux. Ces artistes appartiennent à une nouvelle génération qui s’intéresse à la distorsion formelle et à l’expressionnisme : Pablo Picasso, Paul Klee, etc. Ce dernier est le premier artiste moderne à accorder à l’art des fous sa valeur créatrice, dans un article qu’il rédige pour la revue Die Alpen. « Les œuvres des aliénés, écrit-il, sont à prendre plus au sérieux que tous les musées des beaux-arts, dès lors qu’il s’agit de Paul Klee réformer l’art aujourd’hui. » Certains psychiatres, eux-mêmes influencés par les théories expressionnistes qui s’attachent à la spontanéité et à l’immédiateté, essaient d’examiner les œuvres de leurs patients sous l’angle esthétique. Hans Prinzhorn, un historien d’art devenu psychiatre fait partie de ce groupe. Son idée de base consiste à montrer que les artistes aliénés sont des artistes à l’état de nature, non corrompus par la société. Il considère les malades mentaux comme des élus qui ont accès aux vérités ultimes. Prinzhorn établit des parallèles entre l’évolution de l’art des malades mentaux et l’expressionnisme. Il pense qu’ils ont en commun « un refus du monde extérieur » et « un mouvement marqué vers l’intériorité ». Il décrit également leurs différences fondamentales, qui résident selon lui dans l’acte de choisir. L’aliénation du monde des apparences est imposée, dans le cas du schizophrène, comme « une chose horrible auquel il lui est impossible d’échapper et contre lequel il lutte quelque temps jusqu’à ce qu’il s’y soumette et commence lentement à se sentir chez lui dans ce monde autiste enrichi par ses fantasmes » ; mais l’aliénation de l’artiste moderne est consécutive à une douloureuse analyse de soi.

8

Adolf Wölfli

Jean Dubuffet, l’un des plus importants défenseurs de l’art produit en dehors du mainstream, donne suite au travail précurseur des psychiatres. Après avoir rassemblé une collection de dessins d’enfants, il tourne son attention vers les œuvres des malades mentaux et d’autres artistes autodidactes. Au cours de ses voyages en Suisse, il acquiert, entre autres, des œuvres d’Adolf Wölfli (interné à l’asile de La Waldau) et Aloïse Corbaz (internée à l'asile de la Rosière à Gimel), lesquels sont aujourd’hui des exemples incontournables d’artistes bruts. Dubuffet collectionne aussi l’art de médiums comme Augustin Lesage et Laure Pigeon.

Aloïse Corbas

Malgré des différences stylistiques importantes entre les œuvres des uns et des autres, les artistes malades ou médiums sont unis par la foi de Dubuffet en la nature brute qui surgit comme une injonction dictée par leur moi intérieur. C’est pour dénoncer le caractère sélectif et répressif de la culture officielle, que Dubuffet crée en 1945 le concept d’art brut, un art spontané et inventif refusant tout effet d’harmonie et de beauté. Qu’est-ce que l’art brut ? Il faut bien comprendre que ni l’art brut, ni ses éventuelles sous-catégories ne se rattachent à une tendance stylistique ou à un mouvement historique. Contrairement aux artistes des mouvements tels que l’impressionnisme ou le cubisme, les créateurs de l’art brut se connaissent rarement et sont loin de former un groupe cohérent. L’art brut ne suit pas les schémas habituels de l’histoire de l’art. Le mot « brut » évoque à la fois la simplicité et le naturel, mais aussi le manque d’éducation. La diversité des possibilités et en fait, la difficulté de proposer une définition précise est sans doute une des raisons de l’attirance première de Dubuffet pour ce mot. L’idée d’un état naturel est au centre de sa définition et en ce sens, le mot « brut » s’oppose au mot « culture ». Dubuffet dans son Art brut préféré aux arts culturels (1949) propose une définition : Nous entendons par là des ouvrages exécutés par des personnes indemnes de culture artistique, dans lesquels donc le mimétisme […] ait peu ou pas de part, de sorte que leurs auteurs y tirent tout (sujets, choix des matériaux mis en œuvre, moyens de transposition, rythmes, façons d’écriture etc.) de leur propre fond et non pas des poncifs de l’art classique ou de l’art à la mode. Nous assistons à l’opération artistique toute pure, brute, réinventée dans l’entier de toutes ses phrases par son auteur, à partir seulement de ses propres impulsions. Selon sa conception de l’art brut, la situation de l’artiste hors du monde culturel est un gage de la pureté de son art parce que l’isolement du créateur montre son absence de duplicité et prouve que son travail ne consiste pas en une manipulation cynique des goûts à la mode. Pour Dubuffet, « un peintre se doit d’être honnête ! Pas de voile ! Pas de ruse ! Tout doit être nu ; présenté à son pire état ».

9

S’étant tout d’abord penché sur la simplicité et la liberté des dessins d’enfant au début des années 1940, Dubuffet relève que l’art des fous et des malades mentaux combinent ces caractéristiques avec l’expérience du vécu, pour aboutir à quelque chose de plus sophistiqué et viscéral. Dubuffet pense que la conscience fait écran à la perception, élevant une barrière répressive entre la réalité et l’expérience. C’est l’inconscient qui renferme la clé, et seuls des états approchant la folie permettent d’accéder à ce territoire : « La folie dans beaucoup de lieux apparaît comme le pôle de toutes les plus hautes créations mentales, […] et notamment, en premier lieu, de la création artistique. » Dubuffet, comme Nietzsche, estime que les artistes sont par définition des êtres asociaux dont les pouvoirs d’innovation proviennent d’un refus de se contenter de l’ordre des choses. Pour lui, la folie se situe à l’apogée de l’individualisme, et ses jaillissements créatifs sont particulièrement aboutis. L’art brut aujourd’hui L’époque où l’on commence à parler d’art brut est aussi celle d’un nouveau regard sur la maladie mentale, la folie, avec des penseurs et praticiens comme François Tosquelles, Lucien Bonnafé, Jean Oury qui entendent abattre tout à la fois les murs de l’asile et les murailles mentales. La médecine psychiatrique devient plus humaine et accorde davantage d’attention aux patients en tant que personnes. Pour Tosquelles, Oury ou Bonnafé, la reconnaissance de l’art brut est un levier de libération mentale. On remarque alors que l’automatisme et la répétition obsessionnelle des mêmes formes – qui présente une liberté d’invention – sont comme l’élément fondateur de l’expression graphique des malades mentaux. On note que les réalisations des fous, comme celles des enfants, se caractérisent par une forme pure, des couleurs audacieuses et une maladresse marquée. Aujourd’hui, l’art brut est reconnu comme une pratique artistique à part entière. Musées, galeries et autres lieux dédiés à la création plastique lui sont consacrés un peu partout en France : Le MIAM (Musée International d’Art Modeste) à Sète, le Fabuloserie à Dicy, le Musée de la création franche à Bègles, le Musée de l’insolite à Cabrerets, Le Palais idéal du Facteur Cheval à Hauterives1, la Maison de Celle qui peint à Roquevaire, le Jardin de la Luna Rossa à Caen, etc.

Palais idéal du Facteur Cheval

La définition de l’art brut n’a cessé d’interroger les artistes et les penseurs, et les questionnent toujours. Il a été établi que l’art brut n’inclut pas seulement l’art des fous, des médiums et des enfants, mais qu’il regroupe des artistes simplement autodidactes. Ce qui a considérablement ouvert le domaine de l’art brut et laissé la voie libre à différentes tentatives de ranger les artistes bruts dans des sous-catégories. La fin du XXe siècle a vu apparaître de nouveaux concepts tels que « art hors-les-normes », « art singulier », « art naïf », « art modeste », mais dont la définition, l’homogénéité et les frontières restent aussi floues que celles de l’art brut. L’historien de l’art et philosophe, Michel Thévoz, qui s’interroge depuis longtemps sur l’art brut, propose une définition qui figure parmi les pertinentes :
Ferdinand Cheval (1836-1924), facteur dans la Drôme, rêvait d’un palais merveilleux. Un jour, durant l’une de ses tournées, il a buté sur un caillou à la forme bizarre. Ce fut le début d’une longue aventure. Pendant trente ans, il a collecté des pierres lors de ses tournées et durant ses temps libres, il a édifié un palais à l’aide d’instruments rudimentaires. Ce palais est aujourd’hui reconnu comme une œuvre incontournable d’art brut.
1

10

L’art brut, c’est l’art pratiqué par des individus qui, pour une raison ou pour une autre, ont échappé au conditionnement culturel et au conformisme social : pensionnaires d’hôpitaux psychiatriques, détenus, solitaires, inadaptés, marginaux de toutes sortes. Ces auteurs ont produit pour eux-mêmes, en dehors du système des beaux-arts, des œuvres issues de leur propre fonds, hautement originales par leur conception, leurs sujets, leurs procédés d’exécution, et sans allégeance aucune à la tradition ni à la mode.

L’art brut de Guy Brunet Aujourd’hui, l’art brut est souvent une expression forte de l’affect, liée à la nostalgie de l’enfance. Beaucoup d’artistes bruts revivent une passion, une expérience, un sentiment de leur enfance, à travers leurs créations : le cinéma pour Guy Brunet. La passion se confond avec l’obsession, si bien que la création devient un enjeu, une activité vital(e). La création est un refuge, un havre de paix et de joie. Elle prend possession du quotidien, jusqu’à ne laisser qu’une très petite place à toutes les autres occupations. Dans certains cas, l’obsession de l’artiste le pousse à récupérer et accumuler des objets qui lui plaisent ou qu’ils pensent pouvoir exploiter. Il y a, parmi les artistes bruts, des collectionneurs qui aiment vivre au milieu de leur collection. Ils se sentent en sécurité, heureux, lorsqu’ils sont entourés des objets qu’ils récupèrent ou qu’ils créent à partir de leur récupération. C’est le cas de Guy Brunet. L’artiste brut est souvent un solitaire, un marginal. Il vit seul à la périphérie de la vie en société. Son habitation est aussi son atelier, son entrepôt, sa galerie d’exposition, voire son œuvre. Guy Brunet entrepose ses créations dans les différentes pièces de sa maison. Comme tout artiste brut, il a cette propension à faire surgir l’extraordinaire de et dans l’ordinaire…

11

Guy Brunet : les expositions précédentes
Il était une fois de Broadway à Accra Musée International des arts modestes (Sète), exposition, 2002
L’artiste aveyronnais Guy Brunet fait partager sa passion pour le cinéma des années 1930-1960. À découvrir absolument, pour la fantaisie et le plaisir ! Divas Guy Brunet propose des jeux de miroirs d’images cinématographiques. La Marseillaise Cet étrange passionné de cinéma est un curieux mélange d’anticonformisme et de puritanisme. Midi Libre Pour lui le temps s’est arrêté aux années 60. Un charme naïf émane de son univers figé. Il s’est même inventé un film, du moins l’affiche : La Belle de Broadway, pour donner à celle qu’il aime en secret, la chanteuse Karen Cheryl, le rôle de sa vie. Télérama
© MIAM

Guy Brunet fait son cinéma Arts Factory (Montreuil), exposition, 2004
Le « Brunerama » est un art de la couleur brillante, soit tout le criard de la glycéro de salle de bains au service d'un déni de vieillesse : l'enfance éternelle ne se vit que dans l'éclat. Libération Guy est en train d’achever une composition gigantesque. Elle a trait au fameux long métrage Les Dix Commandements de Cécil B. De Mille. Le Viviézois a soigné la mise en scène, la mettant aux feux de la rampe. La Dépêche Les Rencontres autour de l’Art Singulier Association Hors-Champ (Nice), festival annuel 2004 : Art en friche, un film de Philippe Macary et Jean-Marc Pennet, produit par le Cinok et Cie 2008 : L’Histoire du festival de Cannes au temps de l’âge d’or (1946-1960), un film de Guy Brunet 2009 : Télévision de demain, un film de Guy Brunet 2012 : Le Monde magique des frères Lumière, extraits du film en cours de Guy Brunet

12

Affiches de Guy Brunet au Musée International d’Art Naïf Anatole Jakovsky Association Hors-Champ (Nice), exposition, 2005

Le monde rêvé de Guy Brunet Espace Antonin Artaud (Rodez), exposition, 2008

Étonnant destin que celui de ce manieur de pinceaux que rien ne prédestinait à montrer son travail, travail qu’ont salué galeristes et de nombreux quotidiens hebdo nationaux. Guy Brunet illumine Rodez de son rêve du cinéma. Ça ressasse et ça sourit. C’est onirique. La Dépêche du Midi

Né pour ainsi dire dans un cinéma et imprégné de connaissances cinématographiques on ne peut dire Guy Brunet sans culture. Encore faut-il s'entendre sur ce mot ! Ce qui nous est ici rendu n'a rien à voir avec une quelconque culture académique. C'est comme si il avait fixé sur sa rétine les vieilles affiches d'autrefois et qu'il nous les restituait morceau par morceau avec une minutie telle que les noms du deuxième accessoiriste, d'un obscur assistant ou de la maquilleuse prenaient autant d'importance que ceux du chef-opérateur, du réalisateur, sans oublier le producteur. Salutaire leçon que cette remise à plat où, de plus, les idoles, les stars comme les seconds rôles sont réduits à leurs effigies de cartons comme autant d'ombres d'eux-mêmes. Cet hommage au cinéma en montre aussi la perversion et Guy Brunet rejoint ici la grande cohorte des « insurgés de l’art » dont parlait Jean Dubuffet. Voyez-la cette immense foule d’acteurs fétiches réduits à leur platitude ! Car ce n'est ni le talent ni l'absence de talent ni même l'industrie cinématographique ou la publicité, c'est le besoin qu'on a d'elle qui crée la star. C'est la misère du besoin, c'est la vie morne et anonyme qui voudrait s'élargir aux dimensions de la vie de cinéma. L'art modeste de Guy Brunet rejoint celui des clandestins de l'Art Brut pour lesquels les images des entractes conviennent mieux que toutes les autres pour évoquer un entracte de la vie. Jean-François Maurice (fondateur de la revue Gazogène), in Catalogue de l’exposition « Le monde rêvé de Guy brunet »

13

Guy Brunet et les
Du 5 au 11 novembre 2012
Créées conjointement par l’association l’Autre Cinéma et le cinéma Les 400 Coups en 1996, les Rencontres du cinéma francophone en Beaujolais proposent de découvrir un panorama du cinéma francophone d'horizons variés. Une quinzaine de films des régions françaises, du Québec, d'Afrique, de Suisse ou de Belgique sont présentés chaque année pendant sept jours. La plupart de ces longs et courts métrages, fictions et documentaires, sont nouveaux, en avant-première, voire inédits. Tous sont présentés par leur réalisateur/trice ou un membre de l’équipe du film. Les Rencontres proposent également une carte blanche à un/une cinéaste ou un focus sur un métier du cinéma. Un programme spécifique ainsi que des ateliers sont proposé aux jeunes spectateurs. Depuis la 8e édition un jury de spectateurs présidé par un professionnel remet le prix du meilleur film. Des collaborations avec les lycées de la région, le tissu associatif et d'autres organismes culturels – le Conservatoire de musique, le Théâtre de Villefranche, le musée Paul Dini, notamment – favorisent l'intégration de la manifestation dans le paysage culturel de la région. Les professionnels de l'industrie cinématographique font eux aussi confiance aux Rencontres du Cinéma Francophone en Beaujolais, et reconnaissent en l'événement un passage non négligeable pour la promotion de films inédits ou en avant-première. Ils sont venus aux Rencontres…

Raymond Depardon, Bertrand Tavernier Chantal Akerman, Benoît Poelvoorde Claude Chabrol, Antoine Duhamel Agnès Varda, Dominique Cabrera Jean-Luc Godard, Yolande Moreau Patrice Leconte, Christophe Honoré Zabou Breitman, Marjane Satrapi…

14

Les Organisateurs
est une association de cinéphiles qui a pour but de défendre et promouvoir la cinéphilie. Fondée en 1990, elle organise des Rencontres cinématographiques et est responsable de la programmation et de l’animations du cinéma « art et essai » Les 400 Coups à Villefranche-sur-Saône, à 30 km au nord de Lyon. Le cinéma LES 400 COUPS, géré par l’ADECSE, est situé en plein centre ville, sur un espace piétonnier et attractif. Il dispose de trois salles classées "Recherche" de 159 (salle Maurice Bacquet), 152 (salle Raymond Depardon) et 72 places et enregistre en moyenne 55 000 entrées annuelles. Soucieux de programmer des films en direction de tous les publics et de valoriser le patrimoine cinématographique, le cinéma Les 400 Coups détient également les labels « Jeune Public » et « Répertoire ».

Contacts
Les 400 Coups (cinéma) / L’Autre Cinéma (association) Espace Barmondière 69400 Villefranche 04 74 62 17 29 Médiatrice culturelle, coordinatrice : Bérengère Gaidon / autre.cinema@wanadoo.fr Déléguée à l’exposition Guy Brunet : Béryl Bain / berylbain.autrecinema@gmail.com un site internet : www.autrecinema.fr le blog du festival : www.rencontrescinemavillefranche.blogspot.com sur facebook : www.facebook.com/autre.

15