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Le délit du pot-de-vin

Madina

Cheikh Housséïne Ali Ach-Cheikh

Vendredi 3/4/1423 (14/6/2002)

O gens !

Je vous recommande, ainsi qu’à moi-même la crainte d’Allah ; car quel bonheur aura
celui qui le craint ! Quelle réussite aura celui qui a peur de lui en cachette ! Et quel
succès aura celui qui demeure toujours dans son obéissance et s’éloigne de sa
désobéissance !

Mes frères en Islam !

Parmi les principes de l’Islam, le fait que le gouverneur et les gouvernés doivent
s’entraider, et l’obligation de protéger la responsabilité donnée à chaque personne pour
que le bien se réalise pour toute la communauté, que les intérêts de la société soient
protégés et pour qu'il y ait la sécurité et la prospérité. Et la communauté ne peut
progresser que si chaque personne accomplit la responsabilité qui lui a été donnée,
respecte ses devoirs avec loyauté et sincérité, avec dévouement et sacrifice, de même
qu’en respectant les interdictions d’Allah et ses lois. C’est ainsi que la législation
islamique est venue avec tous les éléments essentiels et tous les fondements principaux
qui protègent les buts de la responsabilité, et qui éloignent d’elle les causes de la
perversion et les facteurs du mal et de la corruption.
Parmi ces éléments et ces fondements : l’interdiction certaine et la réprimande sévère
du délit (crime) du pot-de-vin, pour celui qui le prend, celui qui le donne, et celui qui est
l’intermédiaire entre les deux.

Serviteurs d’Allah !

Le pot-de-vin rend le Seigneur (Allah) en colère et est la cause du châtiment. Abdoullah


ibn Amr (qu'Allah soit satisfait de lui et de son père) a dit :

« Le messager d’Allah a maudit le suborneur (celui qui donne les pots-de-vin) et l’acheté
(celui qui les prend) » Tirmidhi a dit que ce hadith est bon et authentique.

Et dans le Mousnad et d’autres recueils de hadiths, Thaoubane (qu'Allah soit satisfait de lui)
a dit :

« Le messager d’Allah (qu'Allah prie sur et le salue) a maudit le suborneur, l’acheté, et celui
qui est l’intermédiaire entre eux ».

En se basant sur ces preuves évidentes et sur ce qu’At-Tabarani a rapporté, le prophète


(qu'Allah prie sur lui et le salue) a dit :

(Le suborneur et l’acheté sont en enfer) ; les savants comme Ad-Dahabi et d’autres
ont dit :

« Le pot-de-vin fait partie des grands péchés ».

O vous les musulmans !

Le pot-de-vin correspond au fait de manger l’argent injustement et illégalement ; Allah


(qu'il soit exalté) a dit :

{Ne Mangez pas vos biens entre vous injustement et ne les donnez pas aux juges
pour manger une partie des biens des autres en pur péché alors que vous
savez que vous êtes dans votre tort}.

Et il a dit (qu’il soit glorifié) à propos des juifs :

{Ils aiment bien écouter le mensonge et ils aiment bien manger le produit
du péché}.

Il est aussi rapporté qu’Omar (qu'Allah soit satisfait de lui) a dit :


« Parmi les moyens que les gens utilisent pour manger le produit du péché : les pots-de-
vin, et la dot de la fornicatrice ».

Mes frères en Islam !

Le pot-de-vin est une maladie pernicieuse et dangereuse. Son danger sur les individus
est très grand, ainsi que sa corruption de la société. On enlèvera à quiconque commet
ce péché la bénédiction dans sa santé, son temps, sa subsistance, ses enfants et sa vie;
ses invocations ne seront pas acceptées, sa grandeur d’âme disparaîtra, ses qualités
deviendront mauvaises, et sa pudeur s’en ira ; et dans le hadith :

(Tout organe (toute viande) dont l’origine provient du produit du péché, mérite
l’enfer) ; on dit :

« qu’est-ce que le produit du péché ? » ; il dit (qu'Allah prie sur lui et le salue) :

(Le pot-de-vin dans le jugement (le verdict)) rapporté par Ibn Jarir et d’autres.

Le pot-de-vin est la cause de la destruction et de la perte des sociétés ; il corrompt ses


situations, il y répand l’injustice, et les bonnes qualités disparaissent ; puis, l’immoralité
et la haine se propagent. De même que la tromperie prendra la place du bon conseil
dans la communauté dans laquelle le pot-de-vin est répandu, ainsi que la trahison à la
place de la loyauté, l’injustice à la place de la justice, la peur à la place de la sécurité.

Dans le Mousnad :

(Un peuple dans lequel les pots-de-vin apparaissent, sera frappé par la peur (la
frayeur)).

O vous les musulmans !

La réalité sur le pot-de-vin est :

- « Tout ce que la personne donne à celui qui a une fonction parmi les fonctions des
musulmans, pour obtenir ce qui ne lui est pas permis » ; et il se fait de plusieurs façons,
parmi les plus graves :

- « Ce que l’on donne pour enlever le droit d’une personne ou pour la réalisation de ce
qui n’est pas permis ou pour être injuste envers une personne ». Et aussi :

- « Donner de l’argent pour l’accomplissement d’une affaire qui doit être accomplie par
celui qui en est responsable sans qu'il ne prenne de l’argent ». Ou encore :
- « Ce qu’une personne prend pour une chose (une affaire) qu’il doit obligatoirement
accomplir ». De même que :

- « Celui qui donne le pot-de-vin pour obtenir ce qui ne lui appartient pas ; ou pour
repousser (enlever) un droit qu'il devait accomplir ; ou pour qu'il soit favorisé ou qu'il
passe avant les autres ».

O vous les musulmans !

Le pot-de-vin est interdit dans l’Islam quelle que soit la façon dont il est pratiqué, quel
que soit le nom qui lui est donné, qu'il soit appelé : cadeau, récompense ou générosité ;
car les noms ne changent pas la réalité des choses. Et dans la législation islamique,
(donner des cadeaux aux travailleurs (aux employés) est un vol) ; ici, «travailleurs» veut
dire : tous ceux qui ont une fonction parmi les fonctions des musulmans, et ceci
comprend le gouverneur, ses représentants et ses employés, quelles que soient leurs
responsabilités, la différence de leurs rangs et de leurs degrés. Al-Boukhari et Mouslim
ont rapporté d’après Abou hamid As-Saadi (qu'Allah soit satisfait de lui) qui a dit :

- « Le prophète (qu'Allah prie sur lui et le salue) donna une fonction à un homme de la
tribu Al-Assad ; lorsqu’il revint, il dit : ceci est pour vous et ceci m’a été offert en cadeau.
Le messager d’Allah (qu'Allah prie sur lui et le salue) monta alors sur le mimbar (la chaire), il
loua Allah, fit son éloge et dit :

(Pourquoi un travailleur que j’ai envoyé accomplir une fonction a-t-il dit : ceci est
pour vous et ceci m’a été offert en cadeau ? Ne fallait-il pas mieux qu'il resta chez
son père ou chez sa mère pour qu'il voie si on lui offre un cadeau ou non ? Par
celui qui détient mon âme dans sa main, quiconque parmi vous prend quelque
chose (de l’argent de zakat), viendra le jour du jugement en le portant sur son
cou…).

Al-Khattabi (qu’Allah lui fasse miséricorde) a dit :

« Nous apprenons ainsi que les cadeaux offerts aux travailleurs (fonctionnaires)
proviennent du produit du péché, et qu’ils ne sont pas comme les autres cadeaux
permis ; mais ils sont offerts pour faciliter les affaires de celui qui les offre ».

L’imam Ach-Chaoukani a dit :

« Les cadeaux qui sont offerts aux juges et autres, font partie des pots-de-vin, car celui
qui les offre n’a pas l’habitude d’offrir des cadeaux aux juges, mais il ne les offre que
pour faciliter ses affaires, et ceci est interdit ».
Et d’autres savants ont dit :

« Le juge et celui qui a une fonction importante ne doivent pas accepter le cadeau de
celui qui n’avait pas l’habitude de leur en offrir avant qu’ils ne soient à cette fonction, car
ceci est considéré comme étant un pot-de-vin ».

O vous les musulmans !

Parmi les bonnes actions, le fait de faire une bonne intercession : pour obtenir le bien et
pour empêcher le mal en espérant la récompense d’Allah. Et dans le recueil
d’Al-Boukhari, le prophète (qu'Allah prie sur lui et le salue) a dit :

(Intercédez, vous serez récompensés, et Allah décide ce qu'il veut).

Celui qui intercède ne doit pas accepter de cadeau pour cette intercession ; Abou
Dawoud rapporte dans les Sounanes que le prophète (qu'Allah prie sur lui et le salue) a dit :

(Quiconque intercède pour son frère, ensuite, celui-ci lui offre un cadeau pour
cette intercession, et il l’accepte, aura alors commis un grand péché faisant partie
de l’usure (les intérêts)).

Ibn Mass’oud (qu'Allah soit satisfait de lui) a dit :

« Le produit du péché est que ton frère te demande quelque chose ; et lorsque cette
chose est faite, il t’offre un cadeau que tu acceptes ».

Il est rapporté qu’Omar ibn Abdel-Aziz (qu’Allah lui fasse miséricorde) eu envie de manger
des pommes, il n’en trouva pas chez lui, et ne trouva pas non plus de l’argent pour en
acheter. Il sortit et des enfants portant des paniers de pommes vinrent à lui ; il prit un
panier, le sentit et le rendit.

On lui demanda la raison de son acte, il répondit :

« Je n’en ai pas besoin ». on lui dit :

« Le messager d’Allah, Abou Bakr et Omar n’acceptaient-ils pas les cadeaux ? ». Il dit
alors : « Il est pour eux un cadeau, et il est pour les travailleurs (les fonctionnaires)
après lui un pot-de-vin ».

Donc, craignez Allah, ô vous les musulmans, répondez à l’appel de votre Seigneur,
obéissez à ses ordres, évitez ses interdictions, faites attention aux causes de sa colère,
ainsi, vous aurez le bonheur dans ce monde et dans l’autre.
Deuxième sermon :

Craignez Allah (qu'il soit exalté) en secret et en public, dans la prospérité et l’adversité, car
celui qui le craint, il le protégera ; celui qui s’en remet à lui, il lui suffira ; celui qui
cherche refuge auprès de lui, il le protégera et le rendra heureux. Mes frères dans la foi !
A cause du pot-de-vin, les droits ne sont pas respectés, les affaires publiques sont
détruites ; celui qui mérite d’être retardé, passe le premier, et celui qui mérite de passer
le premier est lésé au profit de l’autre ; celui qui est idiot et fainéant est choisi, tandis
que celui qui est laborieux et actif est éloigné. Donc, faites attention à ce péché,
serviteurs d’Allah ; combattez ceux qui le commettent, répandez le bien parmi vous, et
soyez parmi les gens de bien, de bienfaisance et de mérite.

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