Vous êtes sur la page 1sur 54

Traditions

orales

arabes

«Le conte populaire arabe»

Études sur la structure et la place du conte populaire dans l'imaginaire collectif arabe

Unesco

CLT-85/WS/46

les

Ce

"Nulle

musulmans

jugement

civilisatio n

n' a cultivé

l'ar t

avec

plus d e passion qu e "

.

le

a u Moyen-âg e c o n v ie n t-il

d e conter a u conte

e t d e rapporter

populaire

dans

1

toujours

monde

arab e

à

la

fin

d e c e siècle ?

J.R. ,

le

"Dallassois",

n'a-t-il

pa s

envahi

l'imaginaire

arabe ,

tout

e n chassant le s

Contes

d'Anta r

et

d u Zir

Ben Salem

?

Quelle structure régit

ce

conte

pour

qu'il

puisse

s e perpétuer

e t s e régénérer d'u n

siècle

à

u n autre ,

e t d'u n

pays

arab e

à

u n autre ?

Peut-

on,

a in si,

parler

d'u n

conte

populaire

spécifique

a u monde

arabe ?

I. STRUCTURE DU CONTE POPULAIRE

La sémantique a accompli, a u moins dans le domaine d u

conte

populaire , de s avancées considérables e t bien précises, surtout avec le s études d e V . Propp . Elles nous sont d'un e grande utilité , e t nous évitent d e soulever de s problèmes d'ordr e méthodologique. Tout chercheur arabe (o u non-occidental), soucieux d e la rigueur académique , a à tester, e n effet, la validité d e l'approch e structuraliste pour le texte arabe (o u non-occidental), ca r cette approch e es t le produit d'un e investi- gation propre à un "Texte" , e t à de s formes littéraire s particu - lières , voire nationales e t communautaires. N otre étude n e nécessite pa s une vérification , n i une adaptation d u modèle proppie n d'analyse , e t ceci pour deux raisons distinctes , mais non moins liée s :

Le

d'expressio n

à

Conte

populaire

n'est

pa r

pa s une

form e Il qu e pa r

littéraire

autant

o u populaire.

son contenu

l'humanité ,

"nationale" e s t commun sa forme .

-

Depuis

l'étud e

d e

Propp

su r le conte merveilleux

russe

en

1928 , nous

savons

qu e c e conte

es t structuré

d'un e

1

façon

russe

bien

vaut

déterminé e

bien

pour

le

:

conte

ce

qui

vaut

arabe .

pour

le

conte

 

Mais

trouve r

ces

contes

?

Nous

n'avon s

pa s

dans

ce

domaine

un

problèm e

particulier.

Des

contes

oraux

ont

été

rassemblé s

et

publié s

dans

plu s

d'u

n

pays

arabe .

Facilem ent

nous

avons

pu

recourir

à

de s

livre s

(ou

à

de s

essais)

rassemblan t

(ou

étudiant)

c e

conte .

nous

contentons

d'e n

cite r

quelque s

uns

à

la

fin

d e

cette

Nous étude 2 .

 

Ces

livre s

sont

souvent

le

fru it

d'u n

effort

individuel,

d'u

n

é c riv a in

spécialiste

dans

ce

domaine

ou

d'u n

chercheu r

universitaire ,

non

d'u n

group e

d'enquêteurs ,

ou

d'un e

politiqu e

officielle ,

d e

tel

ou

tel

gouvernem ent

arabe ,

pour

recenser

le

patrimoine

oral.

Nous

retrouvons,

en

effet,

dans

ces

livre s

un

nombre

limité

d e

contes

arabes .

Ca r

l'intérê t

de s

chercheurs

était

souvent

lié

au x

nécessités

d e

l'analyse ,

et

non

pa s

au

recensemen t

(exhaustif)

d e

ce s

contes

:

Quelque s

conte s

suffisen t

pour

développe r

une

analyse,

ou

pour

proposer

une

analyse

comparative

de s

contes

arabes .

A

notre

connaissance,

aucun

organism e

arabe ,

o ffic ie l

ou

privé ,

n'a

entrepris

la

tâche

d e

recense r

les

contes

arabe s

dan s

les

campagne s

comm e

dan s

les

villes .

Toutefois

certains

organismes

o fficie ls

arabes

(les

ministère s

d e

la

culture

ou

d e

l'information )

publien t

régulière -

ment

de s

revues

spécialisée s

dans

ce

domaine .

Nous

tenons ,

cependant,

à

souligner

l'in té rê t

d u

proje t

du

"Conseil

Internationa l

d e

la

Langue

Française".

C e

Conseil

a

constitué

un

group e

d e

chercheurs

tunisiens,

marocains

et

algériens,

pour

le

recensement

d e

"Contes

Maghrébins"

dans

leu

r

pay s

d'origine .

U n e enquête

a

été

menée

sur

le

terrain ,

et

le

résultat

d e

ce

travail

a

été

publié

dans

une

éditio n

bi-

lingue ,

franco-arabe .

L 'in té rê t

d e

ce

travail

est

avant

tout

pédagogique .

Il

est

surtout

destiné

à

de s

élèves

arabophone s

(résidants

au

Maghre b

ou

immigré s

en

France)

de s

classes

d u

1er

cycle

d e

l'enseignemen t

secondaire .

 

C e

livre ,

en

étant

bilingue ,

culture

p o u rra it

également

L e

livre

in itie r

les

jeunes

français

à

la

arabe .

"l'explicatio n

pédagogique"

la

plus

varié e

possible

de s

propos e contes

maghrébins .

A p rè s

chaque

conte

publié ,

le

livre

propose

quelques

exercices

:

exercices

de

compréhensio n

globale

par

un

jeu

d e

questions-réponses,

2

des

e x e rc ic e s

structurau x

d e

vocabulaire

et

d e

grammaire ,

le

découpage

de s

contes

pour

en

retrouve r

le

schém a

ou

la

struc -

ture ,

etc.

Le

recensement

du

conte

populaire

arabe,

d'un e

façon

méthodique

et

systématique,

reste

à

faire .

Le

recensement

du

conte

est

une

chose ,

et

l'analys e

d e

sa

structure

en

est

une

autre .

Nous

n'avon s

pa s

besoin

d'étudie r

un

nombr e

consi-

dérable

d e

contes

pour

définir

sa

structure .

Q uelques

contes

nous

suffisent.

C ela

est

d û

à

la

nature

mêm e

d u

conte ,

qui

est

caractéris é

pa r

la

constance

et

les

répétition s

de s

fonction s

et

de s

motifs.

L'étud e

d e

trois

contes

représentatifs

 

proposera

et

for-

mulera

de s

direction s

et

de s

unité s

d e

mesure

pou r

aborde

r

la

structure

d u

conte

populaire .

 

1.1. Etude structurale A. Conte Egyptien (sans titre)

 
 

"Un

roi

et

son

vizir

se

promenaien t

dan s

leu r

royaume

.

Ils

s 'a r r ê t è r e n t

che z

un

pauvr e

pêcheur ,

et

passèren t

la

nuit

chez

lui.

La

n u it,

 

le

v iz ir

entendit

une

grand e

agitation .

O n

lui

d it

qu e

l'épous e

d u

pêcheu r

é ta it

e n

train

d'ac -

apprit

coucher.

 

A p rè s

 

un

certain

temps ,

 

le

v iz ir

la

naissance .

 

Il

vit

une

lumière

éclatante

et

entendit

sur

qu'il

les

terre .

avait

a lo rs qu e le lui

et

anges

Il

dir e ré ve illa

entendu,

le

roi,

dit

nouvea u

lui

:

il

fit

n é

faut

serait

part

d e

que

roi

ce

nous

nous

débarrassion s

d e

cet

enfant

!

Le

v iz ir

propos a

alors

au

pêcheur

d'achete r

 

l'enfan t

contre

un

millie r

d e

livres .

 

L e

pêcheur

accepta .

Le

v iz ir

prit

l'enfan t

et

le

je ta

dans

la

mer .

Il

fut

avalé

pa r

u n gro s

poisson .

 

Un

pêcheu r

pécha

le

gros

poisson

et

le

mit

en

vente .

Ce

fut

le

père

d e

l'enfan t

qui

l'acheta .

Il

o u v rit

le

ventre

d u

poisson

et

y

trouv a

son

enfant.

Q uelque

3

temps

plus

tard

le

ro i

e t

le

vizir

revinren t

chez

le

pêcheur

afin

était

devenu.

Ils

fu re n t

étonné s

d e savoir d e revoir

c e qu'il l'enfant ,

deven u

jeune

homme .

Ils

décidèrent

d e

se

débarrasser

d u

garçon

d'un e

autre

manière.

O n

demanda

au

pêcheur

d'en -

voye r

son

fils

a u

palais ,

e t on

lu i donna

lettre ,

lui

demandan t

d e n e pa s

l'ouvrir .

un e C e tte

le t t r e ,

destinée

à l'intendan t

d u

palais ,

transmettait

de

tuer

le garçon dè s son arrivée .

A rriv é

au x

l'ordr e abord s

du

p a la is ,

le

garçon

s e sentit

fatigu é

e t

Alors

qu'il

é ta it

endormi,

la

fille

d u ro i

servante

dormit. le vit ,

ains i

qu e

la

lettre .

E lle

envoya

sa

cherche r

la

le ttre

sans

réveille r

le garçon .

Quand

e lle

eû t

lu

la

lettre ,

e lle

prit

peur.

E lle

la

déchira

e t

la

remplaça

pa r une autre ,

o ù il

était

écrit

: "S i

le

messager

arrive ,

tu

le

proclameras

roi, e t tu

lui

accordera s

la main

d e

m a fille" .

 

Aussitô t

lu , aussitô t fait.

 

De

passé.

en

retour

Il

disan t

a u palais ,

le

céda

qu e

le trône

la

c'était

ro i apprit

c e qu i s'était

tout

il

à son nouveau

volonté

d e

gendre ,

Dieu .

P uis

 

condamna

à mort son dangereux

vizir."

Afin

d'effectue r

une

descriptio n

exacte

d u conte,

nous

ferons appel à la méthode

d'étudie r ce

nous

conte

isole r

à partir

d'abor d

devon s

:

d e Propp . Cette méthode propose de s fonction s de s personnages , qu e

i)

Eloignem ent

:

le ro i e t son vizir

s'éloignen t

d u

palais .

ii)

Interdiction

:

d'emblé e

c e conte

pose

u n problème,

car

il

prend

une

le

form e

inversée

:

le

héros

n'es t

pas

le

roi, n i

vizir,

mais

plutôt

le nouveau né ,

aprè s

rétro-lecture

d u

conte.

L e

qu e le

faux

héros ,

e t le vizir ,

l'agresseur.

ro i n'es t Donc,

la pré -

sence

d u

ro i

e t

d u

vizir

la

maison

au

est

moment

le futu r

ro i es t sur

dans le poin t

d e

naître

mena -

çante ,

e t le spectre

d e

l'adversité

plane

déjà ,

bien

qu'invisible ,

au-dessu s

d e cette

famille .

L e héro s

se

fa it

s ig n ifie r,

donc ,

une

interdiction ,

dans

une

form e

inversée.

 

A

 

iii)

T ransgression

:

la

mère

ayant

accouché,

l'in te r d ic -

 

tio n

es t transgressée .

 

iv) ,

v )

Inform ation

 

:

l'agresseu r

re ço it

de s information s su r

 

sa

victime .

 

vi)

T ro m p e rie

:

 

le

vizir

décide

d e s'empare r

d u nouveau

 

né.

 

vii)

C om plicité

:

le

héros ,

représenté

pa r so n père , s e

 

laiss e

trompe r

e t aid e ains i son ennem i malgré lui.

 

viii)

M é fa it : l'agresseu r

n u it

a u héro s

e n le

jettan t

dan s

la

mer .

 

Nous

n e tenons

 

pa s

à

poursuivre

cette

enumeration.

C ette

étude e s t scrupuleusement conform e a u modèle proppien , d'un e

fonctio n

der -

nière s

à

un e

autre ,

sauf

à

la

fin ,

o ù l'ordr e

de s

deu x

fonction s

es t invers é

:

xxxi)

M ariage

:

le héros

s e marie et accède au trône.

xxx )

Punition

: l'agresseu r

est puni.

B. Le Chasseur et le Cadi (conte maghrébin)

"Il

é ta it

u n chasseu r

q u i

sortait

chaqu e

jou r

dans

un e fois le s grasses

prairie s

e t le s sombre s

forêts .

Il

main.

ramenait

tous

le s soirs

d e

quo i

s e nourrir

le

lende -

Un

jour,

il

p rit

le

plus

gros

perdreau

d e s a vie

et

décida

d e

le

faire

cuire

a u four

d u villag e e n

le

truffan t

d e bonnes

choses

:

épices,

a il,

oignon,

plantes

aromatiques

 

Il

le

porta

d e bo n matin

e t

demanda

a u boulanger

de

fa ire

trè s

 

attention

à

c e délicieu x

repa s

et d e

ne

pa s

tro p

le

faire

cuire

afin

d e n e pa s le grille r

complètement.

5

pro -

menad e quotidienn e

pa r l'odeu r alléchante qui émanait d u four. S a curio - sité le poussa à entre r et à demande r a u boulange r :

Comme par hasard, ce jour-là , le

frapp é

cadi

fou r

dans

et

fut

sa

pass a

devan t

le

-

Qu'avez-vou s

d e

si

bo n dans

votre

four ?

-

appartenan t

au chasseur d u villag e qui en fera son repas , ré -

pondit

O h rien ,

ce

n'es t

qu'u n

perdrea u

truffé

le

boulanger.

-

Vous

alle z

m e donner

ce

délicieu x

perdreau ,

j'e n

fera i

mo n

repas

d'aujourd'hui,

répondit

le

cadi.

Il

en avait

l'ea u

à

la

bouche.

- Mais ,

répliqu a

le

boulanger

embarrassé ,

je

n e

peux

vous donner

ce

qui

ne m'appartient

pas , qu e dirais -

je

au chasseur

?

T u

- va s

m e donner

ce

qu e je

te

demande

et,

lorsque

le

chasseur

viendra ,

tu

essaieras

d e

te

débarrasse r

d e

lui

;

si

tu

n'arrive s

pa s à

le

convaincre ,

alors

tu

lui

dira s

d'alle r

voir

le

cadi .

M o i ,

je

mettra i

un

term e

à

tout

cela ,

conclut

le

cadi.

Le cadi emmène donc le perdreau et, seur arriv e pour chercher son repas.

à

midi,

le

chas-

- T u

n e

m'a s

rie n

donné

et

dan s

le

four ,

il

n' y

 

a

qu e d u

pain ,

lui

d it

le

boulanger .

 

- Comment,

je

t'ai

donné

c e

matin

un

perdrea u

truffé

 

à

faire

cuire ,

s'écria

le

chasseur.

 

-

T u

ne

veux

pas

m e

croire ,

allons

voir

le

cadi,

lui

jugera

notre

querelle ,

répondit

le

boulanger .

 

Cette propositio n fit

l'a f f a ir e

d u

chasseu r

:

ils

v o n t

tous

deux

chez

le

cadi.

 

-

Racontez-moi

votre

histoire ,

demande

le

cadi,

en

s'adressant

au chasseur

avec

malice.

 

6

-

E h bien ,

à

faire

Excellence,

à

j'a i

donné

cuire

c e boulanger.

u n perdrea u truffe

venu

Quand

je

suis

 

le

chercher,

il

a prétendu qu e je n'avais rien

donné.

J e veux

mo n perdreau,

c'est

mo n repas.

 

Le

cadi,

bien

sûr , avait

préparé

la

réponse

qu'il

ferait

a u

chasseur,

il

lui

d it

donc

ironiquement

:

"cette

plainte

mérite

l'ouverture

d u livre

sacré

qu i

nous

donnera

la

solutio n

d e to n problème" .

 

L e cad i

ouvre

u n livre

et

reprend

:

"L e livre

sacré

dit

qu e

le

perdreau

s'est

envolé".

Le

chasseur

surpris

répond

a u cadi

:

"Peut-être qu e

le

perdrea u

s'es t

envolé ,

mais

est-ce

qu e

le s

épices ,

l'ail e t le s arôme s s e sont envolé s ave c

lu i

? "

Alor s

le

cad i

s'étonn e

d e la

finesse

d u chasseu r

e t avou e

:

"C'es t

mo i

qu i

a i

pris

to n perdrea u

parce

qu e

l'odeu

r

a

ch a to u illé

me s

narines

et

je

n'a i

p u

résister.

Maintenant je

vais

te paye r to n perdrea u

e t je

t'invite

à

du

déjeuner."

et,

cad i

A in s i, e n plus ,

le

il

chasseu r

reçut

table

u n sa c d'or , e n guise

fu t

convié

à

la

de

récompense.

 

Bie

n

penser ,

bie n

dire ,

font

faire

d

e gran d

chemin. "

L e débu t d u conte présente e n mêm e temp s la situatio n

initiale e t la première fo n ctio n (éloignem ent) : u n chasseu r s'éloign e (tous le s jours ) d e s a maison (pou r

chercher

s a nourriture).

Interdictio n : le chasseu r donne l'ordr e a u boulanger

donc

d e bien le garder. C ette demand e suppose nécessaire -

de

bien

préparer

so n perdreau

dans

le

four,

ment qu e le chasseur interdis e a u boulanger d e donner

le

perdrea u

à autre

qu e

lui.

Transgression

nouveau

l'agresseu r

:

l'in te rd ic tio n

fa it

es t

transgressée.

dans

le

personnage

d u héros.

so n entrée

U n

:

conte

Interrogation , Inform atio n

tenir

de s renseignements

boulanger.

Il

le s obtient.

7

:

e n posant

l'agresseu r

essaye

d'ob -

a u

de s questions

vi), vii)

Tromperie , Complicité : l'agresseu r tente d e trompe r le boulanger, e n imposant son autorité . L e boulanger

se

laisse

tromper

.

viii)

M éfait

:

l'agresseur

nuit

a u chasseur

e n emportant

son

repas

quotidien .

ix)

M é d ia tio n

: la nouvelle d u méfait es t divulgué .

 

x )

Début d e l'actio n contraire . : le héro s décid e d'agir ,

accompagné

d u boulanger.

 

xii)

P re m iè re fonction d u donateur : le héros

subit u n

 

questionnaire

d e la part

d e l'agresseur.

xvi)

Combat

:

le

héros

e t

so n agresseur

s'affrontent

verbalement.

 

xviii)

V icto ire : l'agresseur e s t vaincu. L e cadi avoue

au

chasseur

sa supercherie.

 

xix )

R éparation

:

le

méfait

in itia l

es t réparé .

L e cad i

offre

a u chasseur

u n sa c d'or , e t il

l'in v ite

à

s a

table .

le constater, le s fonction s de s per -

sonnages

tion s

de succession. Rien à signaler, donc , sauf le nombre limité de s personnages . T ro is a u lie u d e sept, comm e dan s le conte

tout e n gardan t le mêm e ordr e

Comm e

nous

pouvon s

dans c e conte s e déroulent dans le s limite s de s fonc-

pa r Propp ,

répertoriée s

merveilleux . Nous arrivon s facilemen t à reconnaître dans le s fonction s d u chasseu r le s traits d u héros , e t dans celle s d u

cad i

le s traits

d u méchant.

Toutefois nous n e retrouvon s dans

les

fonction s

d u boulange r

aucun

de s

traits

de s

sept

personnage s

répertorié s

pa r Propp .

Nous pouvons, néanmoins, partiellemen t

retrouve r

dans

le s fonctions

d u boulanger

le s traits

d u person -

nage

donateur.

C a r le boulanger fa it passe r dans u n sens,

une

épreuv e

a u héros ,

c e qu i caractéris e

le s fonction s

d u

dona -

teur. T outefois il nous semble nécessaire d e répondre à la

question,

comment il le fait", aprè s avoir s u c e qu e le s personnages

"ont

E n effet, l'étud e de s attributs de s personnages

déjà

posée pa r Prop p :

qu i "fait quelque chose e t

fa it".

8

et

leur

signification

pourra

nous

apporte r

d e

nouvelles

indica -

tions

pour

étudier

la

structure

d e ce conte.

 
 

Ce

conte

n'est

qu'un

duel,

non

violent,

d'aspect

légère-

ment

amusant,

entre

le

cad i

et

le

chasseur,

entre

les

ruses

du

pouvoir

et

l'intégrité

et

le

courage

d u

pauvre .

L e

cadi

a pu

non

monter

ave c

pa s

sa

violence ,

machination,

ni

ave c

en

un

compromettant

le

moye n

"magique "

boulanger,

autre ,

ou

mais

seulement

en

imposant

le

poids

d e

son

autorité

religieuse

et

sociale .

L a

fin

d u

conte

n e

reme t

pa s

en

questio n

le

statu t

social

de s

personnages

avant

leur

entrée

en

scène

(comme

dans

le

conte

précédent),

qu'il

s'agisse

du

 

cadi

et

du

chasseur,

ou

du

boulanger.

Le

chasseur

est

gracieusement

récompensé

à

la

fin,

mais

le

cadi,

l'agresseur,

n' a

été

qu e

momentanément

vaincu.

L 'o r d r e

religieux

et

social

 

a

été

aussitôt

rétabli.

Le

chasseur

ne connaîtra

pa s un changement

d e

son

statut

social,

sauf

au

moment

où ,

lors

d'u n

repas ,

il

est

invité

à

la

table

du

cadi.

Le

cadi

restera

cadi,

après

avoir

abusé

d e

son

pou-

voir

pour

satisfaire

sa

convoitise.

 

L 'o b je t

d e

la

convoitise

ne remettait

pas

en

cause

l'ordre

établi,

contrairement

au

conte

précédent.

 

Est-ce

à

dire

que

le

conte

est

anti-religieu x ?

Non,

car

la

critiqu e

est

adressée

au

cadi,

et

non à

la

religion

elle-même.

Dans

beaucoup

d e

contes

arabes

nous

retrouvons

cette

distinctio n

entre

"deu x

sortes

d e

religion :

celle

d e

l'habit

et

ses

apparences,

 

et

celle

du

coeur

et

d e

la

foi

en

Dieu,

la

véritable" 3 .

La

première

est

souvent

incarnée,

comme

dans

notre

conte,

par

le

cadi,

et

parfois

aussi

par

le

roi,

 

chef

politique

et

religieux,

dans

d'autre s

contes.

La

seconde

reli-

gion

est

souvent

incarnée

par

de s

hommes

pauvres ,

dont

la

foi

religieus e et

l'honnêteté

morale

sont

assez

solides .

 

C .

L e pauvre

et

l'ang e

 
 

"Il

é ta it

un e fois

un

homme ,

victim e

d'un e

telle

pau -

vreté ,

qu e

sa

vie

même

en

était

menacée.

 

Il

s o rtit

alors

 

à

errer.

Quant

il

se

rendit

compte

qu'il

ne

possédait

plus

qu e ce qu'il

portait,

il

ôta

son chapeau

et

le

jeta

au

loin .

A

son grand

étonnement,

le

chapeau

revin t

d e

lui-mêm e

se

poser

sur

sa

tête .

 

Il

le

jeta

de

nouveau,

et

le

chapeau

se

posa

une

seconde

fois

sur

sa

tête .

Il

le

jeta

une troisièm e

fois ,

 

d e

toutes

ses

forces ,

et

un

inconnu

se

présenta

devan t

lui,

9

en

lu i

demandant

pourquoi

il

je ta it so n chapeau d e

cette

manière .

L'homm e

lu i expliqu a qu'il é ta it

devenu

ses

si

vêtements,

pauvre

d u

qu'il

peu

voulait

qu'il

s e débarrasser d e

encore .

possédait

L 'in -

connu

tempéra

le désarro i

d u pauvre ,

e t lu i expliqu a

qu'il

ca r

c e t

inconnu

pouvait fa is a it

l'aide r g u é rir

à gagner le s gens

d e l'argent, e t gagnait

a in s i s a

vie.

L e

pauvre

accepta

l'offre ,

e t accompagna

l'in -

connu.

Leur

première

rencontre

fu t avec

u n

aveugle ,

l'inconn u

le

guérit

e t

reçut

s a récompense.

Puis

il