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LA POLLUTION ATMOSPHÉRIQUE :

UNE INTERROGATION SOCIÉTALE

La pollution atmosphérique, d'après la définition donnée par le Conseil de l'Europe en 1967, est liée aux « connaissances scientifiques du moment ». La revue Pollution Atmosphérique s'emploie à construire et à diffuser les savoirs qui articulent ce champ thématique.

Cependant, le passage de la connaissance scientifique à l'action de prévention dont se réclame l'APPA, Association pour la prévention de la pollution atmosphérique, pose un certain nombre de questions qui interrogent fortement les sciences sociales. En effet, comment construire la gestion de produits dont la toxicité est invisible et dont la nocivité est l'objet de controverse ? Tout au long du XX e siècle, l'histoire a montré le déroulement des réponses apportées au fil des âges depuis l'hygiénisme éclairé et mili- tant du début du siècle jusqu'aux interrogations millénaristes des dernières années. Globalement les réponses apportées relèvent essentiellement du compromis entre le credo du développement économique et les exigences de la santé publique. Les populations étaient peu conviées à l'élaboration de ce consensus. Or, actuellement, même si la représentation sociale de la pollution atmosphérique est encore émergente et même si les questions scientifiques font encore l'objet de controverse, les différents sondages et enquêtes effectués soulignent le poids que prend la qualité de l'air dans la vie quotidienne de nos contem- porains. Dans les conversations de tous les jours, à la faveur d'une bronchiolite, d'un embouteillage, d'un risque technologique, la pollution atmosphérique, au moins dans sa dimension de proximité, s'intègre dans la réalité quotidienne des citadins. Certes, d'un point de vue institutionnel, les organismes compétents sur le champ de la pollution atmosphérique sont légion et fleurissent, dotés de compétences allant du local au global, mais comment peuvent-ils concilier les données incertaines de la science avec les aspirations de la société ?

Ces questions fondamentales interrogent l'ensemble des disciplines des sciences sociales. Elles sollicitent également les réflexions émanant de la part de ceux qui, impliqués dans le champ de la pollution atmosphérique, cherchent à donner du sens à leur action. C'est donc dans la perspective de porter à la connaissance de tous un ensemble de travaux et de recherches plus directement orientés vers des aspects sociétaux, que la revue Pollution Atmosphérique se propose de diffuser des documents cou- vrant ces thèmes.

Ce numéro présente une synthèse sur la notion d’exposition réalisée à partir d’un séminaire qui a eu lieu à Grenoble le 7 octobre 2004 : « La mesure de l’exposition personnelle : pour quoi faire ? ». Cette journée de réflexion, placée sous le patro- nage de l’ADEME, a balayé la spécificité des différentes ambiances dans lesquelles les individus évoluent : milieux domestiques, ambiances professionnelles, transports…). Une large part a été consacrée à la présentation de l’étude multicentrique menée par l’APPA et intitulée « Sentinelles de l’air » [I. Roussel, 2003]. La présence de nombreux participants investis dans la mesure de l’exposition personnelle a permis d’élargir la réflexion en s’interrogeant sur les perspectives qu’offre ce type de mesure et sur l’utilisation qui peut en être faite pour étayer une politique de prévention ayant pour cible à la fois les individus et la collectivité. Comme le montre l’existence de thèses récentes soutenues sur le sujet, le champ d’investigation présenté s’inscrit dans le contexte de recherches opérationalisées.

POLLUTION ATMOSPHÉRIQUE N° 186 - AVRIL-JUIN 2005

Isabelle ROUSSEL Professeur émérite à l'Université Lille I Vice-présidente de l'APPA

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L’évaluation de l’exposition personnelle :

comment faire et pour quoi faire ?

Denis AMBROISE*, Mireille CHIRON**, Jacques DECHENAUX*, Mickaël DERBEZ***, Frédérique GRIMALDI*, Luc MOSQUERON****, Jean-Marie RAMBAUD*, Isabelle ROUSSEL*, Valérie ROZEC*, Corinne SCHADKOWSKI*

L’air est l’élément avec lequel l’homme est le plus directement et constamment en contact. Il est donc naturel de chercher à mieux appréhender, dans une vision anthropocentrée de l’environnement, quels sont les polluants auxquels chacun se trouve person- nellement exposé. La dose reçue ou, plus exacte- ment, la dose avec laquelle l’individu a été en contact peut être mesurée sur une durée variable, allant de quelques minutes à une vie entière. La connaissance de l’exposition individuelle peut aboutir à une démarche préventive en permettant une meilleure connaissance des sources responsables des niveaux observés. Cette démarche ne peut s’effectuer que dans un cadre de vie très bien documenté, de manière à pouvoir identifier les différentes sources sur les- quelles il est possible d’agir pour diminuer les concen- trations mesurées. La notion d’exposition est aussi utilisée pour l’évaluation d’un risque sanitaire soit pour produire des normes, soit pour évaluer comment les individus se situent par rapport à des normes exis- tantes. L’exposition, intégrée sur une longue période, peut permettre de relier les niveaux auxquels les indivi- dus ont été soumis à l’occurrence d’une pathologie par exemple [B. Festy, 2001]. Compte tenu de la complexité de la notion d’exposition et des enjeux qu’elle sous-tend en matière de connaissance des impacts sanitaires de la pollu- tion et de politiques de prévention, l’APPA, en colla- boration avec l’ADEME, a cherché à présenter un bilan des connaissances sur cette question ou, plus modestement, quelques aperçus d’une démarche complexe et évolutive, et qui est en passe de consti- tuer une discipline à part entière, « l’expologie ». La journée d’échanges organisée à cette fin le 7 octobre 2004 à Grenoble s’est appuyée, en partie, sur les conclusions d’une étude multicentrique dite « Sentinelles de l’air », que l’APPA avait menée avec l’aide de l’ADEME et avec le soutien de nombreuses collectivités territoriales à Marseille, Grenoble, Lille et Dunkerque, dans le cadre des investigations liées à l’élaboration des PRQA. Alain Perdrix, Président de l’APPA Dauphiné- Savoie, précisait, en introduction à cette journée que la connaissance de l’exposition personnelle contri- buait, de manière générale, à mieux préciser quelle est la relation entre la santé et l’environnement. Dans un domaine en constante évolution, dans lequel l’incertitude est de rigueur, la mesure et la norme sont engagées dans une dialectique continuelle. Par exemple, pour la légionellose, les dernières études

ont montré que les germes peuvent être aéroportés jusqu’à 10 voire 20 km au lieu des 5 qui avaient été précédemment estimés. De même la période d’incuba- tion estimée a été multipliée par 2, passant de 5 ou 10 jours à 20 jours. Entre le niveau collectif, l’échelle de la proximité et celle de l’individu, les réajustements sont constants. La notion d’exposition est difficile à cerner et à évaluer correctement, elle ne peut pas procéder de la même démarche que celle utilisée par exemple pour la bio-indication. Les manifestations des effets de la pollution que l’on voit apparaître sur les végétaux relèvent d’une réponse globale de la matière vivante ; elles ne représentent pas uniquement l’exposition que nous cherchons à évaluer pour l’homme mais déjà une réponse biologique qui, toute proportion gardée, se rapprocherait davantage de la démarche épidémiologique. L’exposition telle qu’elle est évo- quée dans ce texte cherche à rendre compte de la dose reçue alors que la bio-indication est la manifesta- tion des effets obtenus par la dose reçue [C. Van Halluwyn, J.-P. Garrec, 2002]. La présente synthèse, reflet des réflexions évo- quées au cours de cette journée d’échanges, a pour ambition d’éclairer un certain nombre de questions quant à l’utilisation de la notion d’exposition person- nelle, sa mesure et sa pertinence pour élaborer des politiques préventives et éventuellement quant à l’opportunité de sa généralisation. Nous rappellerons, dans une première partie, les difficultés méthodologiques de l’évaluation de l’expo- sition personnelle – dues à la diversité spatiale des sources de pollution rencontrées et à la variabilité temporelle des émissions – et ses deux principales modalités d’évaluation, directe et indirecte. La deuxième partie apportera à ce positionnement méthodologique l’illustration concrète de l’étude d’exposition personnelle « Sentinelles de l’air » menée par l’APPA, dont seront présentés les objectifs, les méthodes et les résultats. La dernière partie, proposera, à partir notamment de la critique des résultats de l’étude APPA, une réflexion élargie sur les finalités et bénéfices de l’éva- luation de l’exposition personnelle : comment rac- corder les problèmes de représentativité des échan- tillons et la modélisation ? Quel bilan entre contraintes individuelles et bénéfices collectifs ? Quels enseigne- ments tirer des déterminants pour l’évaluation et la gestion des risques ?

* Association pour la prévention de la pollution atmosphérique (APPA). ** Institut national de recherche sur les transports et leur sécurité (INRETS). *** Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB). **** Vincent Nedellec Consultants.

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DOCUMENTS

I. L’ÉVALUATION DE L’EXPOSITION PERSONNELLE

La complexité de la notion d’exposition

La mesure de l’exposition s’entend par la défini- tion donnée par l’Académie des sciences américaine en 1991 : « L’exposition est définie comme un contact entre l’homme et son environnement avec un conta- minant d’une concentration spécifique durant un cer- tain laps de temps. L’unité de mesure est la concen- tration pondérée par le temps ».

L’exposition humaine se caractérise en fonction de la concentration de polluants à laquelle l’individu a été soumis au cours d’un laps de temps donné. Cette exposition, mesurée, polluant par polluant, ne permet pas de considérer les effets synergiques des polluants à travers une évaluation de la pollution globale, pour laquelle les connaissances sont encore balbutiantes. Les polluants mesurés doivent être choisis comme étant des indicateurs pertinents. En revanche, les réponses données par l’épidémiologie sont liées à un effet global et difficile à attribuer à un polluant en particulier. D’où la difficulté, pour la canicule de 2003, à isoler la responsabilité de l’ozone par rapport aux effets de la chaleur [INVS, 2004].

L’exposition peut également être définie au regard d’un organe cible qui peut être affecté par différentes voies et vecteurs d’exposition. Le contact peut s’effectuer par l’intermédiaire d’autres vecteurs que l’air (l’eau, les aliments…). Il peut avoir lieu par inha- lation, ingestion ou absorption cutanée et affecter dif- férents organes. Compte tenu du fonctionnement de l’organisme, la dose reçue n’est pas nécessairement

la dose biologiquement efficace dans la mesure où une partie de la quantité ingérée ou inhalée peut être éliminée. La dose interne, celle qui est bioactive, dépend de facteurs physiopathologiques (âge, sexe, état de santé, par exemple) propres à chaque individu. Selon les individus, la même dose peut provoquer des effets différents. Ce sont les biomarqueurs qui peuvent rendre compte des effets de la dose.

La connaissance de la susceptibilité des individus est essentielle pour définir des moyens de prévention. Cependant la définition des personnes sensibles repose sur des critères très délicats à mettre en œuvre et mouvants dans le temps. La canicule sur- venue au cours de l’été 2003 a bien mis en lumière l’importance de la sensibilité individuelle face à la chaleur. Or, la notion de personnes fragiles évolue dans le temps. Au cours de l’été 2003, les vieillards ont été très touchés alors que les enfants ont été plus épargnés. Pourtant, il y a quelques années, les effets de la chaleur étaient catastrophiques sur les nourris- sons et les jeunes enfants. La notion de susceptibilité implique également des critères socio-économiques, ce qui pose la question, sur le plan social, de la justice environnementale.

La notion d’exposition qui retient notre attention dans le domaine atmosphérique est définie comme le contact en un site (j) entre un individu (i) et un pol- luant à une concentration donnée (Cj) pendant une certaine période de temps (Tij) selon la formule suivante :

Eij = Cj . Tij

Tableau 1. La notion d’exposition et les limites qu’elle présente quant à la connaissance des effets sanitaires. (L. Mosqueron)

Représentation schématique des principales étapes à considérer pour l’évaluation du risque sanitaire dû aux
Représentation schématique des principales étapes à considérer
pour l’évaluation du risque sanitaire dû aux polluants atmosphériques [D’après Derbez M, Mosqueron L, Nedellec V, 2001].
Sources d’émission extérieures
Sources d’émission intérieures
Dispersion,
Dispersion,
Transformation
Transformation
Échanges d’air
Teneurs extérieures
Teneurs intérieures
EXPOSITION
Environnement
Inhalation
Homme
Dose interne
Dose biologique efficace

Effets sur la santé

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DOCUMENTS

L’exposition est donc considérée comme étant le croisement entre un contaminant atmosphérique avec un individu. On mesure en fait des « immissions personnelles » qui sont considérées comme des expositions (externes).

Il s’agit de construire puis croiser 2 types d’informations

C Où se trouve l’individu tout au long de la journée Quelle concentration de polluant
C
Où se trouve
l’individu
tout au long
de la journée
Quelle
concentration
de polluant
observe-t-on en
ces mêmes lieux
quand l’individu
y est
0
24 h

Figure 1. L’exposition est le résultat du croisement de deux types d’informations. (L. Mosqueron)

Cette définition, très simplificatrice, ne prend pas en compte le volume d’air inhalé par l’individu, qui n’est pas sans relation avec la dose finale reçue. En effet, si l’individu est au repos la dose inhalée est beaucoup plus faible que s’il est en train d’exercer une activité physique avec un rythme respiratoire accéléré. Dans le cas de mesures directes, la dose retenue devrait être pondérée en fonction de l’activité exercée par l’individu. En toute rigueur, la concentra- tion mesurée devrait être pondérée par la fréquence pulmonaire :

(concentration × durée de l’exposition × fréquence pulmonaire)

Tableau 2. Quelques exemples de débit journalier inhalé en fonction de l’activité du sujet. (D. Ambroise)

Volume inhalé journalier (Q) (EFH Sect. 5, 1997)

Activité très légère Conduire une voiture, position debout : 10 l.min 1

Activité légère Marche lente, lavage de vêtements : 13 l.min 1 Marche rapide, nettoyage des sols : 19 l.min 1

Pousser une brouette de 15 kg, réparer une voiture :

25

l.min 1

Activité modérée

Pousser une brouette de 75 kg, marteau-piqueur :

30

l.min 1

Creuser à la bêche, monter des escaliers : 35 l.min 1

Activité intense Monter des escaliers avec une charge : 55 l.min 1 Fendre du bois à la hache : 70 l.min 1

POLLUTION ATMOSPHÉRIQUE N° 186 - AVRIL-JUIN 2005

Généralement, ce paramètre est peu pris en compte dans les résultats, ce qui génère une source d’incertitude supplémentaire puisque, d’après le tableau présenté par D. Ambroise, le volume d’air inhalé quotidiennement peut varier de 1 à 7 en sachant cependant qu’il est exceptionnel qu’une acti- vité de forte intensité puisse être maintenue tout au long de la journée. Il faut néanmoins souligner que la notion d’expo-

sition individuelle humaine telle qu’elle est le plus souvent évaluée, représente une simplification réduc- trice d’une notion plus complexe. La mesure de l’exposition, la plupart du temps, se limite à l’évalua- tion de la concentration de polluants en contact avec un individu, assimilée par combinaison avec la durée, avec la dose inhalée sans tenir compte de la dose interne efficace, ce qui peut brouiller la mise en évi-

dence des déterminants des effets sur la santé. L’évaluation de l’exposition personnelle résulte généralement de simplifications représentatives de l’absorption pulmonaire assimilée, polluant par polluant, à la concentration ambiante sans tenir compte de l’activité effective du sujet. Mais outre ces simplifications, de nombreuses questions restent posées sur le mode de mesurage et sur l’évaluation des différentes sources spécifiques aux ambiances traversées.

La variabilité des expositions en fonction des ambiances traversées et l’exposition personnelle intégrée

L’évaluation de l’exposition personnelle suppose l’intégration des différents niveaux de pollution rencontrés dans chaque ambiance traversée. Les milieux rencontrés par un groupe d’individus sont multiples mais ils peuvent être regroupés selon une typologie classique identifiant les ambiances extérieures, intérieures au domicile, professionnelles, les transports et les activités diverses… Il s’agit alors, pour les différentes ambiances iden- tifiées de prendre en compte les émissions des sources de pollution spécifiques qui peuvent influen- cer l’exposition de l’individu représentée par des polluants indicateurs.

Les ambiances extérieures ne peuvent renseigner qu’approximativement sur l’exposition individuelle intégrée

Certes, l’air s’infiltre partout et les polluants surveillés dans l’air ambiant extérieur se retrouvent en tout ou partie dans les lieux clos. Néanmoins les AASQA ne mesurent, le plus souvent, que les polluants réglementés (un peu plus d’une dizaine) et le temps passé par les personnes à l’extérieur est faible. En ville, selon les âges et les activités, c’est plus de 80 % du temps qui est passé à l’intérieur de locaux et il est certain que personne ne passe sa vie à côté d’un analyseur fixe de surveillance de la qualité de l’air extérieur ! C’est pourquoi les mesures dites « de fond » sont représentatives d’une zone géo- graphique assez large.

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DOCUMENTS

Comparaison mesures de NO des stations/ 2 expositions au NO 2 dans les habitats 80
Comparaison mesures de NO
des stations/
2
expositions au NO 2 dans les habitats
80
60
40
20
0
0
20
40
60
80
100
120
Concentrations mesurées par les stations (μg/m 3 )
Expositions
individuelles
dans l’habitat
(μg/m 3 )

Figure 2. L’absence de relation claire entre les mesures « extérieures » et la mesure de l’exposition individuelle dans l’habitat. (H. Plaisance)

Les niveaux d’immission mesurés dans l’air ambiant sont rarement utilisables directement dans l’évaluation de l’exposition intégrée, ne serait-ce qu’en raison de la différence entre pollution de fond et pollution de proximité. Les AASQA, selon un cahier des charges défini par l’ADEME, mesurent, à l’aide de stations dites « de fond », la qualité de l’air respirée par l’ensemble de la population. En revanche, la mesure de l’exposition personnelle se réfère néces- sairement à la pollution dite de proximité inhalée par un individu qui peut avoir été soumis à des sources précises. Certes, les AASQA gèrent également des stations, dites de proximité, influencées par une source locale routière ou industrielle. Mais cette influence locale, illustrée par une mesure ponctuelle, ne peut pas être superposable à l’ambiance traversée par un individu précis. Lors de l’étude « Sentinelles de l’air » (voir ci-dessous) [I. Roussel, 2003], une des incerti- tudes rencontrées réside dans l’assimilation de la pollution extérieure à celle mesurée par les AASQA, en fonction d’une pondération entre les niveaux indiqués par les sources fixes et ceux relevés par les stations de proximité. La mobilité inhérente à tout citadin fait qu’au cours de la journée, plusieurs stations de proximité et de fond peuvent servir de référence en fonction des déplacements de l’individu au sein de la ville. La comparaison entre pollution « intérieure » et « extérieure » gagnerait aussi à être effectuée à partir d’analyseurs identiques placés le plus près possible du domicile de la sentinelle.

Les résultats présentés dans l’étude « Sentinelles

de l’air » montrent la relative cohérence des niveaux relatifs « intérieurs » et « extérieurs » selon les agglo- mérations et les saisons pour le NO 2 ; cette cohérence disparaît pour les BTEX.

Cependant, les mesurages effectués par les AASQA représentent des référents précieux. En effet, ces mesures résultent de protocoles standardisés et soumis à des impératifs de qualité. Cette référence permet de comparer les résultats obtenus par des capteurs passifs, utilisés pour des mesures portables, avec ceux obtenus, par les stations fixes, par chimi- luminescence. En outre les niveaux de polluants sont observés par les AASQA en continu, ce qui permet de replacer les valeurs obtenues au cours de cam- pagnes ponctuelles dans un contexte temporel plus vaste puisque les conditions météorologiques ont toujours un poids élevé dans l’évaluation de la pollu- tion ambiante.

La qualité des ambiances professionnelles, évaluée dans un autre contexte, devrait être mieux prise en compte

En effet, la plupart des études portant sur l’expo- sition personnelle imposent, comme critère d’inclu- sion des volontaires, de ne pas être soumis à des pol- lutions particulières au cours de leur temps de travail. Dans les ambiances professionnelles, les niveaux de pollution admis et tolérés correspondent à des normes beaucoup plus élevées que pour la régle- mentation environnementale dans la mesure où la population active est considérée comme étant adulte et en bonne santé. La prise en compte de ces niveaux d’exposition professionnelle serait susceptible, pour certains polluants, d’engendrer une hétérogénéité plus élevée des mesures que dans le cas d’un échan- tillon d’individus exempts d’exposition professionnelle. On pourrait cependant considérer que d’un point de vue environnemental, les travailleurs soumis à des ambiances polluées relèvent du qualificatif de « person- nes à risque » non pas tant en raison de leur état de santé mais en fonction des teneurs élevées aux- quelles ces travailleurs sont soumis. Les paramètres sanitaires mesurés dans les études épidémiologiques

Exposition μg/m 3 Exposition NO 2 été μg/m 3 NO 2 hiver personnelle 50 personnelle
Exposition
μg/m 3
Exposition
NO 2 été
μg/m 3
NO 2 hiver
personnelle
50
personnelle
60
Intérieur
Intérieur
50
40
Extérieur
Extérieur
40
30
30
20
20
10
10
0
0
Grenoble
Lille
Dunkerque
Marseille
Grenoble
Lille
Dunkerque

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intègrent à l'inverse les effets éventuels de l'ensemble des expositions subies par un sujet : on respire en effet avec les mêmes poumons quel que soit le type d'exposition. Il est dès lors étonnant de ne pas chercher à estimer des expositions intégrant l'aspect professionnel. Les indicateurs utilisés pour rendre compte de l’exposition individuelle, dans la plupart des études, ne sont pas nécessairement pertinents pour intégrer l’exposition professionnelle qui peut être liée à des polluants très spécifiques (Tableau 3). De la même manière, tous les habitants des zones anciennement fortement polluées au cours d’un passé industriel plus ou moins récent devraient également être considérés comme « personnes à risque ». Les études épidémiologiques (PAARC, VESTA) souhaitent d’ailleurs reconstituer les expo- sitions passées pour expliquer les pathologies récentes ou la mortalité. En fonction de la durée de la vie professionnelle (estimée environ à 40 ans) et des concentrations rencontrées au sein des enceintes de travail, D. Ambroise observe que la part de l’exposition pro- fessionnelle dans l’exposition totale d’un individu pour la durée de sa vie entière (estimée à 70 ans) peut varier entre 0 et 100 % selon le rapport entre les concentrations estimées en milieu professionnel ou non professionnel. Il faut également noter que les réflexions actuelles menées sur « la santé au travail » tendent à élargir la notion d’ambiances professionnelles nocives puisqu’on s’aperçoit que des bureaux ou des locaux dédiés à des activités tertiaires peuvent induire des pathologies (syndrome des bâtiments malsains). Des études récentes montrent que l’ensemble des lieux clos, qu’ils soient ouverts au public ou privés, peut présenter des niveaux de pollution qui, pour cer- tains polluants, ne sont pas anodins.

La pollution à l’intérieur des locaux n’est pas réductible aux polluants indicateurs mesurés à l’extérieur

Certes, la plupart des polluants mesurés à l’extérieur se retrouvent dans les espaces clos par le

 

Tableau 3. Estimation, par D. Ambroise, de la part de l’exposition professionnelle dans l’exposition totale d’un individu.

R

= 0,1 La part professionnelle est estimée à 2 % de la dose reçue

R

=

1

La part professionnelle est estimée à 20 % de la dose reçue

R

= 10

La part professionnelle est estimée à 75 % de la dose reçue

R

= 100 La part professionnelle est estimée à 96 % de la dose reçue

 

R = Cp / Cnp

Cp : concentration rencontrée dans les enceintes professionnelles. Cnp : concentration rencontrée dans des ambiances non profession- nelles.

POLLUTION ATMOSPHÉRIQUE N° 186 - AVRIL-JUIN 2005

jeu des transferts de l’extérieur vers l’intérieur des bâtiments, transferts dont les taux varient selon les polluants considérés. On trouve cependant pour certains de ces polluants des taux intérieurs plus élevés qui traduisent l’importance de sources intérieures spécifiques. Le taux de transfert varie non seulement selon les polluants mais aussi selon les caractéristiques du logement et sa ventilation. L’aération d’un logement n’est pas la même selon les saisons, l’âge de l’oc- cupant, le site (Figure 4). Lorsque les systèmes de ventilation sont performants et qu’il n’existe pas de sources conséquentes à l’intérieur, telle que la fumée de tabac, les teneurs intérieures sont alors bien corrélées avec les concentrations extérieures au moins pour les particules [ P. Ebner et al. 2005 ] . Même pour les polluants classiques, les sources peuvent être spécifiques dans les logements puisque chauffage et cuisine se traduisent par des phéno- mènes de combustion incomplète. La cuisson des ali- ments augmente l’exposition aux particules (cuisiner émet environ 4 mg/min de particules). En outre, les matériaux de construction peuvent relarguer des sub- stances gazeuses ou volatiles. Les aéroallergènes, présents à l’intérieur des maisons, proviennent des acariens, des blattes, des moisissures, des animaux domestiques et, dans une moindre mesure des pollens. Les produits d’entretien, les parfums, bio- cides, déodorants sont des substances couramment employées. Leur composition n’est pas neutre et elles peuvent même devenir des sources importantes en cas de combustion (encens). Les bactéries et les micro-organismes présents dans l’air intérieur ont une origine autre que le système de traitement de l’air, ils sont surtout présents dans les logements les plus anciens, mal aérés et moins fréquemment nettoyés. L’influence des ambiances intérieures sur la santé apparaît par ailleurs beaucoup plus complexe que ne pourrait le révéler la seule mesure des polluants « classiques ». Depuis l’époque de l’hygiénisme, l’in- salubrité des logements est étroitement surveillée. Elle relève de différents types de pollution dont la pollution physico-chimique ne représente qu’une composante. En effet, dans les logements, la présence

100 70 % 75 % 60 % 20 3
100
70 %
75
%
60
%
20
3

BTEX

PM 2,5

FN

SO 2

O

CO, NO 2

Figure 4. Taux moyen de « transfert » des différents polluants de l’extérieur vers l’intérieur des bâtiments (la ventilation est contrôlée et constante). (Étude CSTB-LHVP, 2001).

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de bactéries, de moisissures, d’allergènes de tous genres peut être tout à fait nocive pour la santé des habitants.

Certaines études ont mis en lumière l’importance des impacts sanitaires liés aux pollutions domes- tiques (Tableau 4).

La pollution de fond dans les logements a long- temps été quelque peu occultée par une focalisation trop exclusive sur la crainte d’épisodes aigus de monoxyde de carbone, le « polluant qui tue ». Les investigations entreprises par l’OQAI (Observatoire de la qualité de l’air intérieur) vont permettre de mieux caractériser et quantifier les pollutions domestiques avec pour objectif, parmi d’autres, de rapprocher les niveaux de pollution mesurés des notions très quali- tatives d’insalubrité ou de Haute Qualité Environ- nementale qui pourraient se situer sur une échelle constituée par des valeurs guides quantitatives [S. Kirchner, 2002]. Les intoxications liées au monoxyde de carbone restent cependant une pré- occupation majeure dans la mesure où elles touchent essentiellement des milieux défavorisés utilisant des modes de chauffage bon marché. Ces intoxications surviennent plus fréquemment au cours d’épisodes climatiques précis, ce qui explique le déclenchement en série de ces intoxications dans une même zone géographique.

10 9 8 7 6 Lieu de travail Habitat ext. 5 Habitat int. 4 3
10
9
8
7
6
Lieu de travail
Habitat ext.
5
Habitat int.
4
3
2
1
0
Helsinki
Bâle
Athène
Prague
μg/m 3

Figure 5. Exposition personnelle au benzène dans quatre villes européennes. (D’après l’étude EXPOLIS, C. Boudet et al., 2000)

La présence de sources endogènes et l’importance du temps passé à l’intérieur des maisons se conju- guent pour expliquer la part élevée de l’exposition domestique dans l’exposition totale mesurée pour le benzène [Étude EXPOLIS, C. Boudet et al., 2000]. Si, en pourcentage, la part de l’exposition domestique est élevée, en valeur absolue, les niveaux atteints varient d’une ville à l’autre et d’une saison à l’autre (Figure 5). À Rouen, au cours de l’étude MACBETH (Monitoring of Atmospheric Concentrations of Benzene in European Towns and Homes), les logements investigués présentaient des teneurs en benzène comprises entre 2 et 50 μg/m 3 (dans 35 % des cas : C < 5 μg/m 3 , dans 10 % des cas : C > 20 μg/m 3 ). L’exposition moyenne personnelle mesurée était évaluée à 5 μg/m 3 . Ce niveau est essentiellement déterminé par les environnements intérieurs.

Dans l’ensemble des environnements traversés au cours d’une journée, le poids des pollutions à l’in- térieur des locaux est fort même si, en ce qui concerne les transports, les niveaux atteints pour le benzène sont supérieurs mais subis pendant des laps de temps, en général, beaucoup plus courts. Une étude italienne, portant sur une centaine d’adultes résidant à Milan montre la part plus importante de l’exposition dans les logements que celle attribuée aux transports (M. Maroni, 2000).

100 90 80 70 60 Trajet 50 Lieu de travail 40 Habitat 30 20 10
100
90
80
70
60
Trajet
50
Lieu de travail
40
Habitat
30
20
10
0
COVT
Benzène
Toluène
%

COVT : composés organiques volatils totaux.

Figure 6. Part relative de l’exposition domestique mesurée sur une centaine d’adultes à Milan. (D’après M. Maroni, 2000)

Tableau 4. Estimation des impacts de la pollution de l’air intérieur en Italie. (D’après M. Maroni, 2000)

     

Coûts

Polluants

Maladie

Impact

médicaux directs

(millions )

Allergènes

Asthme bronchique chez les enfants et les adolescents

>

160

000 cas/an

>

80

(acariens, moisissures)

   

Radon

Cancer du poumon

1 500-6 000 morts/an

26-105

Tabagisme passif

Asthme bronchique chez les enfants et les adolescents Infection des voies respiratoires Cancer du poumon Maladies cardiovasculaires

>

30 000 cas/an

>

15

> 50 000 nouveaux cas/an

>

12

500

morts/an

>

9

900

morts/an

>

8

Benzène

Leucémie

36-190 cas/an

0,5-4

Monoxyde de carbone

Intoxication

>

200 morts/an

 

1

TOTAL

   

152-234

208

POLLUTION ATMOSPHÉRIQUE N° 186 - AVRIL-JUIN 2005

DOCUMENTS

L’influence des transports sur l’exposition personnelle totale ne se fait pas sentir uniquement au cours des déplacements

La part de l’exposition personnelle liée aux dépla- cements est importante en valeur absolue mais faible en valeur relative compte tenu de la faible durée des déplacements au cours d’une journée. En fait, les émissions liées aux transports influencent l’exposition totale des habitants par l’intermédiaire de la pollution de fond, du temps passé à proximité d’une voie de circulation et du temps passé dans les transports.

La part des transports dans le bruit de fond de l’exposition

Les émissions liées aux transports contribuent à la pollution ambiante. Selon les inventaires effectués par le CITEPA, la place des transports parmi les autres sources d’émission varie selon les polluants.

Tableau 5. Part des transports dans les émissions de différents polluants pour la France entière. (CITEPA, 2004)

NO x

53 %

(premier émetteur)

CO

34 %

(premier émetteur)

COVNM

24 %

(< industrie depuis peu)

Benzène

26 %

(< résidentiel, tertiaire)

PM 10

8 %

(< industrie, agriculture, résidentiel)

D’après les estimations effectuées pour l’élabora- tion du PDU de Lyon, les NO x émis par les transports représentent deux tiers des émissions urbaines, trois quarts pour le CO, la moitié pour les COVNM, et le tiers des PM 10 .

Ces émissions polluantes ont des effets sani- taires. Selon une étude de la SFSP (Société française de santé publique), effectuée en 1996, 5 700 hospita- lisations par an pour cause respiratoire (effet à court terme) sont attribuables aux particules d'origine automobile dans les agglomérations françaises de 250 000 habitants ou plus. L’exemple d’Atlanta au cours des jeux Olympiques de 1996 est resté célèbre [M.S. Friedman et al., 2001] : pendant la durée des jeux (17 jours) le centre-ville a été interdit à la circula- tion automobile, ce qui a permis de comparer le trafic, le niveau d’ozone et le nombre de crises d’asthme entre la période des jeux et les semaines précédentes ou suivantes. Le trafic journalier en semaine a baissé de 2,8 % pendant les jeux, la consommation d’essence de 3,9 %, le niveau des pics journaliers d’ozone a diminué de 28 %, les épisodes asthmatiques de 11 %. En contrepartie, la fréquentation des transports publics avait augmenté de 217 %.

L’influence de la proximité d’un axe routier sur l’exposition des riverains

Les AASQA estiment que le niveau de pollution mesuré à proximité des voies routières est environ deux fois plus élevé que le niveau de fond.

POLLUTION ATMOSPHÉRIQUE N° 186 - AVRIL-JUIN 2005

La loi sur l’air et l’utilisation rationnelle de l’énergie du 30-12-96 a fourni une base juridique à l’évaluation des effets sur la santé des infrastructures de transport. Les quelque 5 000 études d’impact menées chaque année doivent comporter un volet sanitaire qui s’essaie à l’évaluation du risque encouru par les populations installées à proximité de l’infrastructure envisagée. La complexité de l’exercice est forte car de nombreuses incertitudes se cumulent tant au niveau de l’évaluation des émissions que pour esti- mer les niveaux d’exposition auxquels les riverains sont/seraient soumis. [J.-M. Rambaud, 2004]. Le niveau de l’exposition dépend des caractéristiques et de l’intensité du trafic mais il dépend également de la distance par rapport à l’axe routier. L’influence de la route diminue rapidement quand on s’éloigne ; elle se fait sentir sur environ 100 m de part et d’autre de la voie sauf si les conditions topoclimatiques se tra- duisent par des conditions de dispersion défavo- rables.

Les résultats d’une étude effectuée sur l’impact du trafic des poids lourds sur la qualité de l’air des vallées alpines (Pollution dans les vallées alpines, POVA) montre la relation entre les niveaux d’oxydes d’azote et l’intensité du trafic poids lourds [G. Brulfert et al., 2005]. En moyenne, la qualité de l’air s’améliore au cours des week-ends lorsque les camions sont moins nombreux (Figure 7).

Reungoat et al. [2003] a pu, dans le cadre de l’étude VESTA, estimer la part de l’exposition indivi- duelle attribuable au trafic de proximité (Tableau 6).

Année 2003 – Profil hebdomadaire : NO 2 et PL 45 7 000 6 000
Année 2003 – Profil hebdomadaire : NO 2 et PL
45
7
000
6
000
40
5
000
35
4
000
30
3
000
25
2
000
20
1
000
15
0
Lundi
Mardi
Mercredi
Jeudi
Vendredi Samedi Dimanche
St-Jean-de-Mne
Trafic PL RN6 + A43 St-Jean
St-Julien-Montdenis
Trafic PL RN6 + A43 St-Michel
[NO 2 ] en μg/m 3
Poids lourds/Jour

Figure 7. Profils hebdomadaires des niveaux de NO 2 et de l’intensité du trafic poids lourds dans les vallées alpines en 2003. (Étude POVA, PRIMEQUAL-PRÉDIT)

Tableau 6. Part de l’exposition personnelle attribuée au trafic. (D’après l’étude VESTA)

μg/m 3 NOx n = 403

 

Proximité

Expo totale

Max.

Moy.

Médiane

Moy.

Clermont

177

34

18

80

Grenoble

33

5

7

63

Nice

130

12

3

57

Paris

219

14

7

107

Toulouse

118

14

7

44

209

DOCUMENTS

L’exposition moyenne liée au trafic de proximité est inférieure à la moyenne de l’exposition globale. En revanche, les niveaux maximaux peuvent être beaucoup plus élevés que la moyenne.

Le risque relatif caractérisé par un excès de mor- talité pour les sujets exposés, de manière proche, à l’influence du trafic automobile a été évalué dans différents villes (Birmingham, Tokyo, Denver, Munich…) à travers les NO x pris comme indicateur. Aux Pays-Bas [Hoek et al., 2002], les risques relatifs (RR) de mortalité exprimés, sur le long terme, pour ceux qui vivent à moins de 100 m d'une autoroute ou moins de 50 m d'une voie à fort trafic sont de 1,53 [1,01 ; 2,33] pour la mortalité toutes causes et de 1,94 [1,08 ; 3,51] pour la mortalité cardio-pulmonaire.

L’exposition aux polluants au cours des déplacements motorisés

Au cours des trajets, le niveau d’exposition dépend du mode de transport utilisé. La figure 8 rend compte de résultats de mesure de niveaux de CO enregistrés sur un même trajet, selon différents modes de transport empruntés. Ces résultats doivent être pondérés par le temps mis pour effectuer le même parcours. Les niveaux observés sont plus faibles pour le piéton mais la durée du trajet est plus longue. Les automobilistes sont donc sensibles aux embouteillages qui les obligent à séjourner plus long- temps au milieu du trafic donc à proximité de l’émis- sion des polluants primaires. Ces résultats sont plus sensibles au trafic et aux conditions de dispersion de

la pollution qu’au type de véhicule. Les voies ferro- viaires souterraines sont également des lieux qui pré- sentent de fortes teneurs en PM 10 . Les concentra- tions horaires sont habituellement comprises entre 100 et 300 μg/m 3 mais peuvent atteindre sur des durées horaires, selon la RATP, plus de six fois les concentrations maximales horaires observées dans l'air ambiant francilien sur les stations de mesures les plus exposées. Le nombre de personnes concernées par la proximité d’une route est beaucoup plus élevé que dans un souterrain du métro !

Ces indications peuvent concerner différents métiers pour lesquels l’utilisation de la voiture est indispensable et induit un risque professionnel.

Les différents approches de l’évaluation de l’exposition personnelle

Le mesurage direct de l’exposition est une mesure personnalisée sur une période donnée (courte) de l’exposition à un ou plusieurs polluants par utilisation de capteurs ou ana- lyseurs portatifs (passifs ou actifs) ou par bio- marqueurs d’exposition.

L’évaluation indirecte de l’exposition corres- pond à l’évaluation des teneurs (mesurages in situ, modélisation) dans les micro-environ- nements fréquentés, avec prise en compte des budgets espace-temps-activités : c’est une cons- truction mathématique simple.

20 Médiane Moyenne Centile 25 Centile 75 Centile 90 18 16 14 Mode de déplacement
20
Médiane
Moyenne
Centile 25
Centile 75
Centile 90
18
16
14
Mode de déplacement
Voiture
Bus
12
Vélo
10
Marche à pied
8
Métro
6
4
2
0
À
travers Paris
Bd circulaire
Bd périphérique
Banlieue
Autoroute
À
travers Paris
Bd circulaire
Banlieue
À
travers Paris
Bd circulaire
Banlieue
Zone piétonne
À
travers Paris
Bd circulaire
Banlieue
Ligne 1
Ligne 6
RER A
RER B

DOCUMENTS

Le mesurage direct ou « l’immission personnelle »

L’idéal consisterait à pouvoir disposer d’un enre- gistrement en continu qui permettrait en plus de relier les niveaux de pollution aux ambiances traversées. Malheureusement, cette possibilité n’est valable que pour le CO qui est contenu dans l’atmosphère à des niveaux suffisamment élevés pour pouvoir être mesuré en continu. Pour les autres gaz, seule une concentra- tion cumulée sur un certain pas de temps permet d’obtenir des niveaux mesurables. Ce sont les contraintes métrologiques qui déterminent, selon les différents polluants, le pas de temps nécessaire pour mesurer des niveaux d’exposition. Plus le pas de temps est long, plus il est difficile de mettre en rela- tion la mesure obtenue avec un micro-environnement précis puisqu’un individu reste rarement dans un même milieu pendant plus de quelques heures.

Le cas du CO

La figure 9 montre l’enregistrement en continu des teneurs en CO dans les environnements traversés par une sentinelle [C. Schadkowski, 2004]. On peut constater que ce gaz apparaît plutôt par bouffées tandis que le niveau de base est très faible. Pour pou- voir saisir l’irruption de ces quelques pics, il faut que le pas de temps de mesure soit très court et, pour être en mesure d’expliquer ces pointes et de les relier à des sources ou des déterminants possibles, il faut que l’emploi du temps de la sentinelle soit consigné avec beaucoup de détails et de minutie. L’exemple présenté montre que quelques pointes restent inex- pliquées : peut-être sont elles liées à des variations des données environnementales comme la mise en route d’un chauffe-eau, par exemple. C’est à travers l’interprétation de données de ce type qu’il a été pos- sible d’identifier le caractère nocif de certains chauf- fages d’appoint [C. Schadkowski, 2004]. Les sources intérieures paraissent plus importantes que la circula- tion automobile.

À noter que la baisse générale des niveaux de CO dans l’atmosphère ambiante rend leur évaluation

Sentinelle 212 014, mesure individuelle 4,5 4 09:11 : marche 3,5 20:41 : cuisine ?
Sentinelle 212 014, mesure individuelle
4,5
4
09:11 : marche
3,5
20:41 : cuisine ?
20:41 : ?
3
2,5
2
09:56 et18:56 :
15:56 :
trajets en voiture
1,5
trajet en voiture
1
0,5
0
28-05-01
28-05-01
29-05-01
29-05-01
30-05-01
30-05-01 31-05-01
00:00:00
12:00:00
00:00:00
12:00:00
00:00:00
12:00:00
00:00:00
Concentration de CO, en ppm

Figure 9. Résultats des mesures de l’exposition personnelle au CO pour quatre jours du mois de janvier 2001 à Lille. (D’après C. Schadkowski, 2004)

POLLUTION ATMOSPHÉRIQUE N° 186 - AVRIL-JUIN 2005

difficile puisque les niveaux mesurés du bruit de fond se confondent avec les seuils de détection des appa- reils de mesure.

Les contraintes métrologiques pour la mesure de l’exposition aux autres gaz et particules

Les analyseurs qui sont utilisés pour ce type de mesures doivent satisfaire à un certain nombre de conditions qui orientent la recherche métrologique vers des appareils de nouvelle génération [H. Plaisance et al., 2004], capteurs et/ou analyseurs actifs :

ces analyseurs doivent être portables, donc légers

et peu bruyants. Les pompes nécessaires pour la mesure des particules sont relativement lourdes et bruyantes, ce qui limite la possibilité de trouver des volontaires coopératifs ;

les mesures obtenues doivent présenter une certaine stabilité et satisfaire à des tests de répétabilité ;

en outre, ces analyseurs doivent pouvoir rester

stables même s’ils traversent des environnements différents. En particulier, ils ne doivent pas être trop sensibles aux paramètres climatiques pour pouvoir fonctionner aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur des locaux ;

les résultats doivent pouvoir être comparés à ceux

obtenus par des analyseurs fixes dont la fiabilité et l’étalonnage sont sûrs ;

s’agissant des capteurs passifs, les appareils utili- sés pour des mesures individuelles doivent pouvoir s’adapter à de courtes périodes d’échantillonnage, ce qui suppose la mise au point d’une nouvelle généra- tion de capteurs passifs à haut débit.

Le calcul du débit d’échantillonnage est établi à partir d’une équation « multivariée » qui intègre diffé- rents facteurs d’influence :

D éch (cm 3 /s) (pour t = 4 h) = 0,032 × T (°C) + 0,0006 × C (μg/m 3 ) + 0,31

Le laboratoire de chimie de l’environnement de l’École des mines de Douai travaille à l’amélio- ration des performances de ces types d’analyseurs et à l’évaluation de différents systèmes de mesure [H. Plaisance et al., 2004].

Tableau 7. Évaluation du tube Radiello pour les mesures de O 3 et de COV. (LCSQA, PRIMEQUAL-2)

Débit d’échantillonnage

Limite de détection

Répétabilité

CV (min-max)

n=6

O 3

25 cm 3 /min

3 μg/m 3 pour 8 h

5 %(1-7)

B

membrane jaune :

27 cm 3 /min

0,03 μg/m 3 pour 7 j

6 %(1-10)

membrane blanche :

58 cm 3 /min

0,2 μg/m 3 pour 8 h

211

DOCUMENTS

L’importance du budget espace-temps-activités et de l’analyse du cadre de vie pour interpréter les mesures directes de l’exposition

Les valeurs mesurées au moyen de capteurs passifs individuels pour des gaz présents à faible concentration dans l’atmosphère ne peuvent pas être affectées à un micro-environnement précis puisque ce sont des mesures intégrées sur plusieurs heures durant lesquelles les lieux et les activités de la senti- nelle ont varié.

Seule une analyse statistique portant sur un échantillon de taille satisfaisante peut permettre de dégager des éléments d’interprétation à partir d’ana- lyses bivariées ou multivariées.

Ainsi, dans l’étude APPA « Sentinelles de l’air », on a pu identifier que l’exposition individuelle au toluène s’explique par l’utilisation de la peinture et qu’il s’agit essentiellement d’une exposition à l’inté- rieur des locaux.

Tableau 8. Principaux déterminants de l'exposition individuelle au toluène dans le cadre de l’étude « Sentinelles de l’air ». Régression linéaire multiple (n = 60) (I. Roussel, 2003)

 

Coefficient

   

de

Écart type

P

régression

Constante

2,736

0,085

0,000

Toluène

     

exposition intérieure

1,594 E -02

0,003

0,000

Utilisation de peinture

0,419

0,199

0,040

Exposition personnelle au toluène = 1,594 E -02 exposition inté- rieure au toluène + 0,419 utilisation de la peinture.

Le choix de l’échantillon revêt alors une importance particulière tout en sachant que l’organisation et le coût de telles campagnes interdisent la multiplication des sentinelles. Il est, dans ces conditions, illusoire de rechercher une représentativité forte de l’ensemble d’une population urbaine.

Ce dispositif d’évaluation directe repose sur le sérieux et la disponibilité de volontaires pour remplir des questionnaires pertinents. Il présente l’avantage de refléter des situations réalistes et bien documentées. Néanmoins, la contrainte liée au port des appareils peut susciter des changements de comportement (courses différées par exemple). Les résultats, diffici- lement extrapolables à une population générale, ne peuvent être utilisés que comme des tendances. En outre, la question de la restitution de l’information aux volontaires pose quelques problèmes (voir ci- dessous).

L’évaluation indirecte de l’exposition

Ce mode d’évaluation repose sur une construction « mathématique » qui établit la somme des expo- sitions rencontrées dans différents micro-environ- nements. Cette somme est pondérée par le temps passé dans ces ambiances.

Il s’agit d’une évaluation plus grossière, reposant

sur des hypothèses fortes qui pondèrent la validité des résultats obtenus. Les contraintes métrologiques apparaissent moins manifestes mais d’autres incerti- tudes interviennent. Or, dans ces conditions, la modé- lisation de l’exposition repose sur l’utilisation de deux types de « modèles », l’un portant sur les budgets- espace-temps-activités (BETA) de la population considérée, l’autre concernant les concentrations correspondant à différents micro-environnements.

Semaine, été, indice NO 2 5 à 6 Cas n° 1 Cas n° 2 Cas
Semaine, été, indice NO 2 5 à 6
Cas n° 1
Cas n° 2
Cas n° 3
Cas n° 4
300
250
200
150
100
50
0
Heures de la journée
Concentration NO 2 (μg/m 3 )
00
30
00
30
00
30
00
30
00
30
00
30
00
30
00
30
00
30
00
30
10
00
10
30
11 9 9 8 8 7 7 6 6 5 5 4 4 3 3 2 2 1 1 0 0 h h h h h h h h h h h h h h h h h h h h h h h h h h h h h h h h h h h h h h h h h h h h h h h h 30
00
11
30
12
00
12
30
13
00
13
30
14
00
14
30
15
00
15
30
16
00
16
30
17
00
17
30
18
00
18
30
19
00
19
30
20
00
20
30
21
00
21
30
22
00
22
30
23
00
23

Figure 10. Essais de modélisation de l’exposition de la population parisienne. (Source : AIRPARIF, Étude PRIMEQUAL, 2001). Cas n° 1 : habitant de la grande couronne, prenant le RER pour aller travailler à Paris. Cas n° 2 : habitant de la petite couronne allant travailler en voiture dans la petite couronne. Cas n° 3 : habitant travaillant et vivant à Paris, se déplaçant en métro. Cas n° 4 : habitant vivant à Paris et travaillant à l’extérieur.

212

POLLUTION ATMOSPHÉRIQUE N° 186 - AVRIL-JUIN 2005

DOCUMENTS

Quelques tentatives ont été réalisées dans cette perspective (AIRPARIF, 2001, Figure 10). Les résultats obtenus sont extrêmement généraux, ils montrent des situations types. Ils peuvent servir d’indication pour bâtir des projets à très grande échelle. En revanche, ils ne peuvent pas être utilisés comme élément d’aide à la décision individuelle compte tenu de la multiplicité des solutions possibles et de l’extrême personnalisation des modes de vie. Ces documents posent la question de la finalité des réponses obtenues et de l’utilisation des données portant sur l’évaluation de l’exposition indivi- duelle (Figure 10).

Quand on compare les résultats obtenus par le mesurage individuel (méthode directe) à ceux

obtenus par la construction mathématique (méthode indirecte) [M. Derbez et al., 2001], généralement, les résultats obtenus par la seconde méthode sont infé- rieurs à ceux provenant du mesurage individuel. Cette dernière technique est sûrement plus sensible aux « bouffées » de pollution liées à des circons- tances exceptionnelles et surtout elle tend à assurer l’exhaustivité de l’exposition.

Un autre mode d’évaluation de l’exposition, qui n’est pas présenté dans cet article, consiste à doser des marqueurs biologiques appropriés dans le sang, les urines ou l’air expiré des sujets de manière à déterminer la dose interne, biologiquement active.

II. LE CAS DES « SENTINELLES DE L’AIR »

Il s’agit d’une étude multicentrique (Lille, Dunkerque, Grenoble et Marseille), entreprise par l’APPA, le plus souvent dans le cadre des investi- gations complémentaires effectuées au moment de l’élaboration des PRQA. La variété des préoccupa- tions locales explique que cette étude a comporté « un tronc commun » (mesure des NO x et des BTEX) qui a été complété, selon les villes, par des investi- gations complémentaires (CO pour Lille et Dunkerque, particules en suspension (PS) pour Marseille et quelques procédures d’inclusion spéci- fiques à Grenoble qui avait pour ambition d’utiliser cette étude pour faire un état des lieux de l’exposition des individus avant la mise en place d’une seconde ligne de tramway).

Les caractéristiques de cette étude

Les objectifs portaient essentiellement sur l’éva- luation de l’exposition individuelle hors exposition professionnelle spécifique et tabagisme actif ou passif.

Les mesurages devaient permettre de comparer, pendant un même laps de temps (48 heures), la mesure de l’exposition personnelle d’un individu équipé d’un appareil portable avec les résultats de la mesure effectuée avec le même appareil déposé à l’intérieur

de la maison (dans le salon le plus souvent). La comparaison avec la mesure « extérieure » devait s’effectuer en utilisant les données des réseaux de mesure.

Les campagnes ont eu lieu au printemps et en hiver

afin de mieux saisir l’incidence de la saison sur les niveaux d’exposition.

Les données obtenues, comparées avec les BETA

et les caractéristiques du cadre de vie devaient per-

mettre de préciser

les

déterminants de l’exposition

individuelle.

Sur un échantillon de population, il était possible de mieux connaître les emplois du temps et la mobilité des habitants. De même, ont pouvait connaître quelques exemples de cadres de vie détaillés.

Ces campagnes permettent de sensibiliser une

partie de la population, les volontaires qui acceptent des dispositifs contraignants. En outre, elles font souvent l’objet d’une bonne couverture médiatique,

ce qui permet de sensibiliser les habitants des villes qui se reconnaissent mieux dans ces investigations effectuées dans le cadre de la vie quotidienne que dans les mesures plus impersonnelles des analy- seurs fixes.

Les protocoles et méthodes utilisés

Voir Tableaux 9, 10 et Figure 11.

 

Tableau 9. Campagne hiver 2002 (environ 30 sentinelles par agglomération). (I. Roussel, 2003)

 
 

Marseille

Grenoble

Lille

Dunkerque

Début de la campagne

28-01-2002

08-01-2002

10-12-2001

04-12-2001

Fin de la campagne

26-04-2002

12-03-2002

10-04-2002

26-03-2002

Polluants mesurés

NO, NO 2 int, pers, ext BTEX int, pers

NO, NO 2 , BTEX int, pers, ext

NO, NO 2 , BTEX int, pers, ext

NO,NO 2 int, pers, ext BTEX int, pers

POLLUTION ATMOSPHÉRIQUE N° 186 - AVRIL-JUIN 2005

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DOCUMENTS

 

Tableau 10. Campagne été 2001 (environ 30 sentinelles par agglomération). (I. Roussel, 2003)

 
 

Marseille

Grenoble

Lille

Dunkerque

Début de la campagne

02-04-2001

02-05-2001

23-04-2001

09-05-2001

Fin de la campagne

31-10-2001

08-07-2001

11-07-2001

18-07-2001

Polluants mesurés

NO, NO 2 pers, ext BTEX int, pers

NO, NO 2 , pers, ext BTEX int, pers, ext

NO, NO 2 , BTEX int, pers, ext

NO,NO 2 ,int, pers, ext BTEX int, pers

NO 2 /NO x

BTEX

Prélèvement

passif

(48 heures)

NO 2 /NO x BTEX Prélèvement passif (48 heures) Badge OGAWA Tube RADIELLO Analyses LHVP Colorimétrie

Badge OGAWA

/NO x BTEX Prélèvement passif (48 heures) Badge OGAWA Tube RADIELLO Analyses LHVP Colorimétrie + Fondazione

Tube RADIELLO

Analyses

LHVP

Colorimétrie

+

Fondazione

Salvatore Maugeri

Désorption thermique

+

spectrophotométrie UV-

visible

chromatographie phase gazeuse détection par ionisation de flamme

spectrophotométrie UV- visible chromatographie phase gazeuse détection par ionisation de flamme

Figure11.

Matériels et méthodes utilisés. (Étude « Sentinelles de l’air ». I. Roussel, 2003)

Des procédures d’opérations standards (POS) ont été rédigées et observées :

pour le recrutement des sentinelles : le principe

retenu était celui du volontariat (annonce par la presse locale, affiche dans les cabinets médicaux…). Les volontaires devaient satisfaire à plusieurs critères d’inclusion : être adulte, non-fumeur, non exposé professionnellement à des sources de pollution spéci- fiques, pas (ou peu) soumis au tabagisme passif, domicilié ou travaillant dans l’agglomération étudiée sans avoir de projet de déménagement précis.

Il était souhaitable de pouvoir disposer d’au moins

30 sentinelles par agglomération ;

pour les questionnaires « cadre de vie » et

« budget espace-temps-activités » : il s’agit, grâce à un questionnaire rempli avec l’aide d’un respon- sable, de caractériser les environnements personnels des sentinelles dans leur logement, sur leur lieu de travail et dans les transports. Quelques imprécisions ont été relevées, elles pourront servir de mise en garde pour des études futures. En particulier, les questions concernant le chauffage et les modes de chauffage d’appoint utilisés étaient trop vagues et les

réponses ne portaient pas sur la période du mesurage. En outre, la caractérisation de l’habitat au sein du tissu urbain a été effectuée de manière un peu arbitraire.

Le BETA avait pour ambition de caractériser la mobilité dans l’espace et le temps de la sentinelle (pendant 5 jours ouvrés et par périodes de

15 minutes). Il s’agissait d’essayer de saisir quelles

214

avaient été les modifications éventuelles des emplois du temps sous la contrainte des mesures portables ;

pour l’échantillonnage et l’analyse des polluants :

le recueil des échantillons, leur stockage et leur envoi au laboratoire a fait l’objet d’un protocole rigoureux. Ce sont toujours les mêmes laboratoires qui ont effec- tué les analyses ;

pour la saisie et le traitement des données à

travers des grilles de saisie et des procédures statis- tiques.

Des résultats globaux et quelques éléments de discussion

Pour les NO x , les niveaux de l’hiver sont toujours plus élevés que ceux de l’été [I. Roussel, 2003]. Grenoble et Marseille présentent des niveaux plus élevés que ceux observés à Lille et à Dunkerque. Cette constatation correspond vraisemblablement à la localisation plus périphérique des sentinelles du nord. Les niveaux de NO sont plus élevés que ceux de NO 2 mais les valeurs relatives restent les mêmes. Les concentrations observées à l’intérieur des bâti- ments sont assez proches de celles de l’exposition personnelle. Ces niveaux, paradoxalement, sont plus faibles que les concentrations extérieures en été et plus élevés en hiver. Grenoble représente une excep- tion avec des niveaux de pollution extérieure plus élevés que pour les autres types de mesures en hiver.

Les niveaux de benzène sont, eux aussi, plus élevés l’hiver que l’été et plus importants à Grenoble et à Marseille que dans les villes du nord. Comme pour les oxydes d’azote, les niveaux de pollution intérieure sont assez proches des niveaux mesurés par l’exposition personnelle et les niveaux de pollution extérieure sont plus faibles sauf à Grenoble.

Les caractéristiques spécifiques de l’échantillon, (voir ci-dessous) ne permettent pas de tirer d’ensei- gnements généralisables mais cette étude peut donner quelques indications sur les caractéristiques de l’exposition personnelle et sur ses principaux déterminants.

Que ce soit pour les NO x ou les BTEX, les condi- tions de logement pèsent fortement sur le niveau des concentrations observées. Le temps passé dans la maison et l’utilisation d’une cuisinière à gaz sont des éléments qui contribuent à expliquer des niveaux d’oxydes d’azote élevés.

POLLUTION ATMOSPHÉRIQUE N° 186 - AVRIL-JUIN 2005

DOCUMENTS

60 μg/m 3 GRENOBLE NO 2 50 Hiver MARSEILLE LILLE DUNKERQUE 40 Été 30 20
60
μg/m 3
GRENOBLE
NO 2
50
Hiver
MARSEILLE
LILLE
DUNKERQUE
40
Été
30
20
10
0
60
μg/m 3
GRENOBLE
NO
50
Hiver
MARSEILLE
LILLE
DUNKERQUE
40
30
Été
20
10
0
Perso
Perso
Perso
Perso
Int
Int
Ext
Ext
Ext
Ext
Perso
Perso
Perso
Perso
Int
Int
Int
Int
Ext
Ext
Ext
Ext
Perso
Perso
Perso
Perso
Int
Int
Int
Int
Ext
Ext
Ext
Ext
Perso
Perso
Ext
Ext

Figure 12. Résultats de l’étude « Sentinelles de l’air » (mesures d’exposition personnelles, intérieures et extérieures pour NO et NO 2 et les deux campagnes, (hiver et été).

(I. Roussel, 2003)

BENZÈNE μg/m 3 8 1 Exposition personnelle 2 Exposition intérieure 1 3 3 Exposition extérieure
BENZÈNE
μg/m 3
8
1 Exposition personnelle
2 Exposition intérieure
1
3
3 Exposition extérieure
7
2
2
1
6
1
5
2
Été
4
3
3
Hiver
2
1
0
Grenoble
Lille
Dunkerque

Figure 13. Résultats de l’étude « Sentinelles de l’air »

(mesures d’exposition personnelles, intérieures et extérieures pour le benzène pour les deux campagnes (hiver et été).

(I. Roussel, 2003)

POLLUTION ATMOSPHÉRIQUE N° 186 - AVRIL-JUIN 2005

215

DOCUMENTS

L’exposition personnelle au benzène est forte- ment liée aux niveaux de benzène mesurés à l’inté- rieur des logements. Ces niveaux sont associés à la présence d’un type de chauffage individuel, d’un garage qui communique directement avec le loge- ment, et à la date de construction du logement. Les niveaux de pollution semblant plus élevés dans les logements antérieurs à 1970*.

Dans cette étude, l’influence du tabagisme passif n’apparaît pas, contrairement à d’autres études où il semblait prépondérant. Sans doute, les critères d’inclusion des sentinelles ont-ils été respectés avec scrupule. Peut-être peut-on penser également que dans les ambiances de travail ou les lieux publics le tabagisme est en voie de disparition.

Les travaux de peinture ou le bricolage, fréquents dans les maisons individuelles, contribuent directe- ment à l’explication du niveau de toluène mesuré.

La saison joue également un rôle important comme

le montre la différence des graphiques entre l’été et l’hiver (Figure 13). Les BETA sont relativement sem- blables entre l’été et l’hiver, à l’exception du temps passé dans les jardins. Cette homogénéité permet d’affecter l’augmentation des niveaux d’exposition au chauffage ou à la pollution extérieure. Cependant, l’influence de l’air extérieur dans la constitution de la pollution intérieure est difficile à quantifier, les mesures « extérieures » étant celles des analyseurs des AASQA, les lieux de mesure peuvent être éloignés du domicile de la sentinelle. La faiblesse relative des niveaux de pollution extérieure en hiver souligne l’existence de sources endogènes. La pollu- tion extérieure est loin d’être le seul facteur explicatif.

L’importance de la saison correspond aussi à l’uti- lisation de modes de chauffage qui peuvent être plus ou moins respectueux de l’environnement [C. Schadkowski, 2004]. Malheureusement, le proto-

cole de l’étude mentionne le mode de chauffage, l’existence de chauffages d’appoint mais ne précise pas si le chauffage d’appoint était en service au moment de l’investigation. Or, les jours de mesurage se situent souvent lors des saisons intermédiaires favorables à l’utilisation de chauffages auxiliaires.

L’influence des transports, quoique faible, est visible. Elle contribue à l’augmentation des niveaux de NO x et de benzène : la régression multiple effec- tuée donne l’équation suivante :

Exposition personnelle au benzène = 4,605 E -02 exposition intérieure au benzène

+ 0,209 temps de voiture (Ln)

+ 0,236 type d'activité.

L’échantillon représenté par les sentinelles a par ailleurs, selon les comparaisons effectuées ci-dessous avec les Enquêtes Ménages, eu tendance à exagérer le temps passé en voiture par rapport à la moyenne.

Ces quelques indications montrent combien ce type d’étude apporte essentiellement des précisions quant à l’impact de choix comportementaux et de modes de vie même si elle peut s’intégrer dans une démarche d’évaluation des risques. En même temps, le décentrage par rapport à la stricte évaluation du risque sanitaire, porteuse de victimisation, vers une notion plus dynamique d’environnement personnel et de qualité de vie confère à la santé environnementale une dimension plus positive et responsabilisante.

Les limites de ce type d’investigation sont vite atteintes compte tenu de l’importance de la logistique déployée et de son coût ; néanmoins, outre les apports à la connaissance dont les retombées seront discutées ci-dessous, la valeur pédagogique de ces mesures qui impliquent directement les populations est réelle [V. Rozec et al., 2005] et a fait l’objet d’un travail particulier.

III. L’ÉVALUATION DE L’EXPOSITION PERSONNELLE :

QUELLES LIMITES ET POUR QUOI FAIRE ?

À travers la question de la mesure de l’exposition personnelle aux pollutions atmosphériques, on voit se profiler la construction sociale de la qualité de l’air, insérée dans une dialectique subtile entre l’individu et la collectivité. En effet, les résultats de ces études d’exposition individuelle, qui reposent sur l’accep- tation de contraintes personnelles, servent souvent, paradoxalement, à élaborer des conclusions glo- bales, davantage utilisables pour la gestion collective que pour des enseignements individualisés. Par ailleurs, outre la question de la contribution d’efforts individuels à un bénéfice collectif se pose toute la

question de la relation entre la connaissance et l’action. La pollution atmosphérique, comme toute question environnementale, implique une relation pragmatique et sensible entre l’homme et le milieu qui l’environne [L. Charles, 2002]. Cette relation ne peut pas relever uniquement de l’ordre intellectuel. Elle doit également être nourrie par une expérience pratique qui interagit avec la connaissance. Le fait de participer à la mesure engage les volontaires à « l’expérimentation » de l’atmosphère sur un mode semblable à celui de l’évaluation « sensible » du temps qu’il fait.

* Selon le modèle de régression multiple utilisé, l'exposition intérieure au benzène = 0,696 type de chauffage individuel + 1,398 garage communiquant avec le logement + 1,134 année d'achèvement de la construction de la maison individuelle. Ce modèle explique 59,3 % des variations de l'exposition intérieure au benzène dans l'habitat individuel.

216

POLLUTION ATMOSPHÉRIQUE N° 186 - AVRIL-JUIN 2005

DOCUMENTS

Les débats fructueux de la journée de Grenoble, alliés aux investigations portant sur les attentes et motivations des sentinelles menées en prolongement des campagnes de mesures de l’APPA et de l’OQAI, amènent à poser la question des véritables bénéfices de la mesure de l’exposition personnelle, au-delà de ses aspects métrologiques et méthodologiques :

En quoi les limites inhérentes aux échantillons de volontaires peuvent-elles influer sur la modélisation des expositions ?

En quoi les déterminants mis en lumière par ce type d’études participent-ils à l’évaluation et permet- tent-ils une gestion pertinente des risques ?

des

contraintes qu’ils acceptent dans ces expériences ?

Que

peuvent

retirer

les

volontaires

La faible représentativité des échantillons

Compte tenu du coût des études de l’exposition personnelle, le nombre des volontaires impliqués ne peut être que très réduit. Le choix des volontaires doit privilégier la motivation des individus et leur aptitude à observer un protocole rigoureux. (Pour être repré- sentatif il ne faut pas partir de volontaires mais pro- céder par tirage au sort dans une population donnée, c’est la méthode à privilégier quand c’est possible). Dans ces conditions, l’inclusion des volontaires dans le protocole de l’étude ne repose pas sur des critères de quotas ou sur des impératifs de constitution d’un échantillon représentatif de l’ensemble des habitants de l’agglomération.

De telles études sont cependant précieuses pour pondérer les données brutes issues de la surveillance de la qualité de l’air extérieur, en tenant notamment compte du fait que toutes les études portant sur la mesure de l’exposition personnelle ont fait état de niveaux d’exposition individuelle plus élevés que les niveaux de pollution mesurés dans l’air extérieur ambiant.

La représentativité socio-économique de l’échantillon

Il se trouve que trois des agglomérations sur lesquelles a porté l’étude APPA « Sentinelles de l’air » ont fait l’objet d’une enquête dite « Enquête Ménages » à des dates suffisamment proches pour permettre une comparaison (Lille, Marseille et Grenoble). Grâce au CERTU et au CETE Nord-Picardie* il a été possible de comparer l’échantillon « Sentinelles de l’air » avec l’échantillon des ménages enquêtés dans le cadre d’études sur les déplacements et la mobilité. Ces enquêtes, qui se sont déroulées selon un protocole analogue, permettent d’avoir une représen- tativité satisfaisante de la population de l’aggloméra- tion.

L’échantillon de volontaires est en grande partie conditionné par l’acceptation d’un certain nombre de contraintes. Il s’agit tout d’abord d’accepter de porter un sac à dos muni de nombreux appareils tout au long de la journée et de dormir à proximité de cet « instrument ». La mesure de certains polluants tels que les particules exige le fonctionnement d’une pompe dont le niveau sonore, même faible, est gênant. Il est également indispensable d’accepter de s’astreindre à noter quart d’heure par quart d’heure toutes les activités effectuées et les lieux traversés. On peut considérer, en revanche, que le question- naire détaillé sur le cadre de vie ne représente qu’une contrainte plus faible et subie une fois pour toute. Les contraintes imposées par l’OQAI sont également très lourdes même si elles n’impliquent pas de porter un sac à dos toute la journée, les mesures n’affectant que le logement. Il s’agit de vivre pendant huit jours avec des appareils de mesure disposés dans les différentes pièces de la maison. Là encore, le détail de l’occupation du logement pendant les mesures doit être consigné avec une grande précision au pas de temps quart horaire.

Tableau 11. Les Enquêtes Ménages CERTU et la campagne « Sentinelles de l’air ». (I. Roussel, 2003)

Enquête

Ménages

 

Taille

   

de

l’échantillon

Date

Date

 

Lille

5

100

1998

 
 

Marseille

3

490

1997

 
 

Grenoble

2

943

2001

 

Sentinelles

Lille

 

30

23-04 – 11-07-2001

10-12-2000 – 10-04-2001

 

Marseille

 

24

02-04 – 31-10 avec une interruption entre le 20-05 et le 11-09-2001

28-01 – 26-04-2002

 

Grenoble

 

65

02-05 – 08-07-2001

08-01 – 12-03-2002

* Nous remercions particulièrement B. Quettelard qui a particulièrement travaillé sur l’exploitation des fichiers et contribué à déduire les résultats présentés.

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DOCUMENTS

100 % 90 % Retraités 80 % Chômeurs 70 % Inactifs 60 % Prof. libérales
100 %
90
%
Retraités
80
%
Chômeurs
70
%
Inactifs
60
%
Prof. libérales cadres
50
%
Prof. intermédiaires techniciens
40
%
Ouvriers
Employés
30
%
Artisans commerçants
20
%
Agriculteurs
10
%
0 %
Sentinelle
Réel
Sentinelle
Réel
Sentinelle
Réel
Lille
Marseille
Grenoble

Figure14.

Répartition des sentinelles par catégorie socio-professionnelle par rapport à la structure de l’échantillon des Enquêtes Ménages, indiqué « réel » sur la figure. (Source : Enquête Ménages Déplacements CERTU)

Il n’est donc pas étonnant que les étudiants (inactifs) et les professions libérales, plus sensibles au bénéfice intellectuel d’une action se soient davan- tage investis. Les étudiants ont participé massive- ment à l’étude à Marseille. À l’inverse, les ouvriers et les employés sont sous-représentés parmi les senti- nelles. En revanche, on peut souligner l’adhésion des artisans et commerçants à ce type d’études, sans doute par intérêt mais aussi parce que cette popu- lation est la première ciblée par une campagne d’information reposant sur la diffusion d’affiches.

La comparaison avec les données de l’INSEE confirme la surreprésentation des cadres et profes- sions intellectuelles supérieures (51 % au total, Figure 15), suivis par les cadres intermédiaires et les employés (20 % chacun). Seul l’échantillon greno- blois paraît équilibré et représentatif de la répartition générale des catégories socio-professionnelles dans l’agglomération. Dans les autres villes, les cadres sont largement surreprésentés au sein des senti- nelles qui forment un public motivé et globalement

Cadres, professions intellectuelles supérieures 80 % 70 % 60 % 50 % 40 % 30
Cadres, professions intellectuelles supérieures
80
%
70
%
60
%
50
%
40
%
30
%
20
%
10
%
0%
SE
INSEE
SE
INSEE
SE
INSEE
SE INSEE
Grenoble
Lille
Dunkerque
Marseille

Figure 15. Pourcentage de cadres représentés dans l’échantillon des sentinelles par rapport à la population globale pour les quatre villes. (Étude « Sentinelles de l’air ». I. Roussel 2003)

218

averti. Les ouvriers et les artisans sont peu repré- sentés (< 5 %) et les agriculteurs exploitants sont totalement absents.

Globalement, les sentinelles, dans les trois villes étudiées, passent moins de temps chez elles, plus dans leur lieu de travail et dans d’autres lieux que la moyenne des habitants de l’Enquête Ménages. (Figure 16).

En particulier, le temps que les sentinelles consa- crent au transport est élevé. Alors qu’en moyenne, les habitants de ces agglomérations consacrent environ une heure par jour au transport, les sentinelles leurs consacrent, en moyenne, près de deux heures par jour. Peut-on pour autant en déduire que la mobilité physique augmente avec le niveau culturel des habi- tants ? Le mode de transport utilisé tend également à différencier l’échantillon des sentinelles dans l’en- semble des villes étudiées. Paradoxalement, la durée plus longue du transport est ventilée dans les diffé- rents modes. Les sentinelles marchent beaucoup mais elles utilisent également beaucoup la voiture et les deux-roues. C’est donc bien l’augmentation de la mobilité qui caractérise les sentinelles et non la dépendance par rapport à un mode de transport par- ticulier.

L’échantillon ` et les variations du budget espace-temps-activités

Ces comparaisons tendent à mettre en évidence des spécificités liées à un échantillon basé sur le volontariat. Les contraintes que suppose ce type d’exercice sont mieux acceptées par des volontaires curieux et motivés par un souci de connaissance [V. Rozec et al., 2005].

Même si les catégories socio-professionnelles ne constituent pas l’indicateur le plus pertinent quant à la

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Durée des activités en minutes 1 600 1 400 1 200 1 000 Autre Travail
Durée des activités en minutes
1 600
1 400
1 200
1 000
Autre
Travail
800
Transport
600
Domicile
400
200
0
Sentinelles
Réel
Sentinelles
Réel
Sentinelles
Réel
Lille
Marseille
Grenoble

Figure 16. Répartition des activités des sentinelles et de leur durée par rapport à la structure de l’échantillon des Enquêtes Ménages CERTU, indiqué « réel » sur la figure.

Marche 140 Autre Durée des déplacements en minutes selon le mode 120 Deux-roues 100 Transports
Marche
140
Autre
Durée des déplacements en minutes selon le mode
120
Deux-roues
100
Transports
en commun
Voiture
80
60
40
20
0
Sentinelles
Réel
Sentinelles
Réel
Sentinelles
Réel
Lille
Marseille
Grenoble

Figure 17. Répartition des déplacements des sentinelles par rapport à la structure de l’échantillon des Enquêtes Ménages CERTU, indiqué « réel » sur la figure.

Tableau 12. Temps passé par jour (en minutes) au domicile, au travail et dans les différents modes de transport à Grenoble selon la catégorie socio-professionnelle. (Source : Enquêtes Ménages Déplacements CERTU)

   

Artisans

           

Professions

Professions

Durée en minutes

Agriculteurs

Commer-

Chômeurs

Élèves

Employés

Inactifs

Indéterminés

Ouvriers

inter-

libérales

çants

médiaires

Cadres

Temps au domicile

1 400

1 025

1 122

930

1 084

1 284

1 143

1 095

980

912

Temps au travail

0

256

0

0

189

0

46

169

262

347

Temps en autres activités

17

86

231

420

97

102

195

103

113

99

Temps en voiture

3

45

35

90

32

19

34

35

50

54

Temps en transport en commun

0

13

41

0

17

17

4

14

12

12

Temps en deux-roues

0

0

0

0

2

0

6

 

23

2

Temps en autres modes

0

5

0

0

1

1

0

 

73

0

Temps en marche

20

9

12

0

18

17

12

14

17

13

POLLUTION ATMOSPHÉRIQUE N° 186 - AVRIL-JUIN 2005

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DOCUMENTS

motivation et à la sensibilisation des sentinelles puisque des renseignements sur le niveau culturel ou sur la sensibilité écologique des volontaires auraient été plus intéressants, on peut néanmoins faire l’hypo- thèse que les personnes incluses dans l’échantillon sont plus curieuses et sensibles aux questions environ- nementales que la moyenne.

Ces caractéristiques sociologiques ont leur impor- tance puisqu’elles ont une influence sur les modes de vie des volontaires. Or, le temps passé à la maison ou le mode de transport utilisé pèsent sur le niveau de l’exposition personnelle enregistrée. Le tableau 12, réalisé à partir de l’Enquête Ménages de Grenoble, montre l’ampleur des variations du temps consacré à différentes activités selon la catégorie socio-profes- sionnelle des habitants. Le tableau 13 souligne l’ampleur des variations des habitudes de vie selon le statut des sentinelles (actives ou non).

Ces caractéristiques tendent à marquer l’échan- tillon de la même manière dans les différentes villes puisque les différences entre Lille et Grenoble n’apparaissent pas significatives. Cependant, la culture de la maison individuelle dans la France du Nord apparaît nettement. Il faut toutefois signaler que le poids de la maison individuelle est minoré à Grenoble en raison même des critères d’inclusion des volontaires pour l’étude qui portait sur l’impact d’une nouvelle ligne de tramway. Les sentinelles recrutées habitaient toute la ville alors que dans les autres agglomérations, une résidence plus périphérique n’était pas exclue. En revanche, les résultats des Enquêtes Ménages montrent nettement l’importance de la maison individuelle dans les villes du nord et donc la faible densité des villes et leur étalement.

Que ce soit à Lille ou à Grenoble, le temps passé au domicile varie peu selon le type de logement. En revanche, la résidence dans une maison individuelle s’accompagne de l’augmentation du temps passé en voiture (Tableau 14).

Tableau 13. Temps passé par jour (en minutes) au domicile, en voiture et à pied à Grenoble et Lille selon le statut d’activité. (Source : Enquêtes Ménages Déplacements CERTU)

 

Lille

 

Grenoble

 

Durée en minutes

Actifs

Inactifs

Actifs

Inactifs

Temps au domicile

909

1

202

899

1

240

Temps en voiture

65

 

28

53

 

23

Temps en marche

9

 

17

12

 

22

Tableau 14. Temps passé par jour (en minutes) au domicile, en voiture et à pied à Grenoble et Lille selon le type de résidence. (Source : Enquêtes Ménages Déplacements CERTU)

 

Collectif

 

Individuel

 

Durée en minutes

Grenoble

Lille

Grenoble

Lille

Temps au domicile

1 044

1

018

1 054

1

069

Temps en voiture

37

 

39

51

 

50

Temps en marche

17

 

20

11

 

10

220

100 % 90 % 80 % 70 % 60 % Maison 50 % Collectif 40
100 %
90
%
80
%
70
%
60
%
Maison
50
%
Collectif
40
%
30
%
20 %
10 %
0%
Sentinelle
Réel
Sentinelle
Réel
Sentinelle
Réel
Lille
Marseille
Grenoble

Figure 18. Répartition des sentinelles par catégorie socio- professionnelle par rapport à la structure de l’échantillon des Enquêtes Ménages CERTU, indiqué « réel » sur la figure.

Ce type d’étude, imposant un protocole très strict, nécessite une adhésion volontaire qui, automatique- ment, biaise la représentativité de l’échantillon constitué. Si on considère qu’un des apports des études d’exposition personnelle consiste à mettre l’accent sur le poids de la pollution intérieure en raison du temps passé dans les maisons, cette conclusion, valable pour les sentinelles, ne peut être que confortée pour la population dans son ensemble puisque les habitants, en moyenne, passent plus de temps dans leur logement que les sentinelles et consacrent moins de temps au transport que ces dernières.

L’élaboration de modèles d’exposition

La taille de l’échantillon et le parti pris du volon- tariat constituent des limites à l’exploitation des résul- tats obtenus. C’est pourquoi la mesure directe de l’exposition sert, le plus souvent, à consolider et à élaborer des modèles d’exposition. L’utilisation de modèles est essentielle pour les épidémiologistes qui travaillent nécessairement sur de gros échantillons compte tenu de la puissance statistique nécessaire pour mettre en évidence des effets qui résultent d’expositions à de faibles doses. Les études épidémio- logiques prennent en compte les niveaux de la pollu- tion ambiante de fond, ce qui représente une hypothèse simplificatrice mais réaliste si l’exposition réelle de la population est bien corrélée avec les niveaux ambiants mesurés.

La plupart des études ont mis au point leur propre

modèle d’exposition comme à Philadelphie [J.M.Burke et

al., 2001]. Elles se heurtent, en général à plusieurs difficultés :

L’une d’entre elles consiste à reconstituer le passé pour connaître l’exposition sur une longue durée. Cet exercice difficile est indispensable pour mieux connaître la causalité des cancers ou évaluer l’impact de la pollution atmosphérique sur le long terme. La reconstitution de l’exposition sur un court laps de temps est plus facile mais ne permet que l’évaluation des effets immédiats et exclut ainsi les cancers

[M. Krzyzanowski, 1997]. Une des principales diffi-

cultés tient à l’imprécision quant à l’évaluation de la pollution de proximité. Si l’exposition personnelle est

plus élevée que le niveau de la pollution de fond c’est

POLLUTION ATMOSPHÉRIQUE N° 186 - AVRIL-JUIN 2005

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en raison de la proximité des sources que rencontre l’individu au cours de la journée. L’évaluation de l’exposition personnelle suppose de prendre en compte des sources différentes. Les sources inté- rieures et extérieures ne sont pas le plus souvent les mêmes. En particulier, les particules rencontrées à l’intérieur des maisons peuvent avoir des origines bien distinctes de celles des particules rencontrées dans l’air ambiant comme le montrent les modélisa- tions utilisées dans la région de Los Angeles [S. Yeh, M.J. Small, 2002]. Les modèles d’exposition ont alors pour ambition d’inférer les niveaux de particules à l’in- térieur des maisons à partir des mesures effectuées dans l’air ambiant [D.T. Mage, 2001]. Quelques mesures concernant l’impact spatial des infrastruc- tures routières commencent à être réalisées et mon- trent la décroissance rapide de la pollution quand on s’éloigne de la source [AIRPARIF*, 2004 ; M. Brauer et al., 2003]. L’étude VESTA portant sur les asthma- tiques [S. Gauvin, 2003] a mis l’accent sur la part des infrastructures routières dans l’évaluation de l’expo- sition qui a été reconstituée à partir de l’élaboration d’un indice d’exposition mis au point par l’INRETS et le CSTB [Reungoat et al., 2003].

L’exposition personnelle ou la difficile carto- graphie :

La modélisation de l’exposition utilise bien sou- vent des systèmes d’information géographique pour croiser les niveaux d’exposition avec la répartition spatiale des populations.

La cartographie de l’exposition répond à deux objectifs : soit rechercher l’exposition estimée d’un individu en interrogeant la carte ou le modèle à travers son adresse géocodée, soit estimer le nombre de personnes concernées par le niveau d’exposition potentiel territorialisé avec toutes les imprécisions liées à la spatialisation de l’exposition.

Le premier cas de figure semble peu réaliste puisque la territorialisation de la pollution atmo- sphérique est difficilement congruente avec le mou- vement, la mobilité dont rend compte la mesure de l’exposition personnelle à travers les différents environ- nements traversés. La mobilité des citadins rend la représentation cartographique de l’exposition très dif- ficile à moins de distinguer, avec des hypothèses assez grossières, l’emploi et la résidence et de faire deux cartes d’exposition, l’une le jour et l’autre la nuit.

L’estimation de l’exposition potentielle peut repré- senter un document de travail intéressant, qui a été utilisé par AIRPARIF lors de l’élaboration du PRQA et pour la réflexion sur les mesures à prendre pour res- pecter les objectifs européens. En identifiant les niveaux d’exposition à un espace, le PRQA Ile-de- France** évoque l’exposition potentielle qui est assi- milée aux niveaux de pollution de fond de l’air ambiant. L’exposition potentielle représente l’expo-

sition minimale des citadins qui demeurent dans un même secteur géographique. Cette valeur est alors affranchie de l’influence des logements et des modes de transport utilisés. Pour Paris les graphiques pré- sentés distinguent les résidents et les emplois puisque les niveaux de pollution n’affectent pas les mêmes personnes le jour et la nuit. Néanmoins, pour l’instant, les normes à respecter concernent l’air ambiant et non l’exposition des individus.

Ce mode d’évaluation de l’exposition est repris dans la circulaire du 25-02-2005 sur le volet sanitaire de l’étude d’impact qui propose un indice IPP (indice d’exposition des populations) qui croise des données du cadastre d’émission avec la répartition spatiale des populations.

La recherche de l’échantillon idéal et la modéli- sation de l’exposition sont d’autant plus difficiles que le phénomène de la pollution lui-même est extrême- ment variable et complexe. Il épouse la fluidité et la dynamique de l’environnement. L’incertitude est constitutive des processus collectifs associés à la pol- lution atmosphérique, non sans lien avec les questions et les effets d’échelle, qui rendent difficile l’analyse séparée de tel ou tel niveau d’appréhension ou d’intervention. Elle tient fondamentalement à la multiplicité et à l’hétérogénéité très forte des sys- tèmes d’information et des univers d’action qui y sont impliqués, qu’il est impossible de mettre formellement en cohérence. Cette incertitude, constitutive du phéno- mène, se retrouve dans les modèles dits déter- ministes. Ils combinent la complexité des phéno- mènes météorologiques (variations temporelles) avec les aléas liés aux variations spatio-temporelles des émissions et l’hétérogénéité spatiale des immissions. L’incertitude sur les phénomènes augmente avec la proximité. La modélisation semble plus adaptée à la généralisation des phénomènes à grande échelle alors qu’à l’échelle locale, la multitude des contextes augmente les incertitudes de même que la représen- tativité spatiale des stations dites de fond est plus satisfaisante que celle des stations dites de proximité. La focalisation sur l’individu, comme le fait la mesure de l’exposition personnelle, accroît encore l’incertitude par rapport à des indications sur la pollution locale ou de proximité. La connaissance en temps réel de l’exposition personnelle et qui plus est du risque sani- taire afférant ne peut relever que du rêve.

Entre contraintes individuelles et bénéfices collectifs

Compte tenu du caractère encore utopique de l’évaluation du risque individuel lié à la pollution atmo- sphérique, le bénéfice direct de ces études est peu évident pour les sentinelles volontaires qui acceptent les contraintes du protocole de mesure. Toutefois,

* Quel impact sur la qualité de l'air d'un échangeur routier urbain ? Le cas de l'échangeur de Bagnolet. AIRPARIF 2005 : 83 p. (http://www.airparif.asso.fr).

** DRIRE 1997, (http://www.drire.gouv.fr/environnement/prqa/prqa).

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l’identification de niveaux très élevés peut, immédia- tement, servir d’alerte auprès des volontaires pour qu’ils essaient d’identifier l’origine de la pollution dont ils sont victimes et y remédier rapidement. Néanmoins, dans la plupart des cas, ce n’est pas pour identifier un danger que les sentinelles ont accepté d’être volontaires dans ce type d’étude. L’étude réalisée par l’APPA pour l’AFSSE essaie de mettre en évidence quelles sont les motivations des volontaires.

Un bénéfice individuel immédiat réduit à des cas exceptionnels

Seul le CO permet d’établir, en temps réel, une relation directe entre l’exposition et les activités (Figure 9, p. 211) dans le cas des contraintes de mesurage individuel. En cas de niveaux élevés, une information directe et efficace permet de rechercher les causes locales et précises contribuant à ces niveaux élevés qui peuvent être mortels.

Plusieurs sentinelles de l’agglomération dunkerquoise ont présenté des niveaux de BTEX nettement supé- rieurs aux normes admises, ce qui pèse dans la moyenne de cette ville. Pour l’instant, ces normes ne concernent que le benzène, composé cancérogène reconnu. La norme ne comporte donc pas de seuil d’innocuité ; en revanche, le Conseil supérieur d’hy- giène publique de France, en appliquant un modèle d’extrapolation dose-réponse linéaire sans seuil pro- posé par l’OMS, recommande les valeurs de 25 μg/m 3 en valeur limite journalière et de 5 μg/m 3 en valeur limite annuelle.

Le tableau 15 présentant les résultats des mesures obtenues pour le benzène montre que plusieurs sentinelles dépassent, tant pour l’exposition personnelle que pour les valeurs mesurées à l’inté- rieur de leur logement les seuils de 5 μg/m 3 ; trois senti- nelles de Dunkerque dépassent la valeur limite de 25 μg/m 3 , deux d’entre elles dépassant nettement les seuils acceptables.

Ces deux sentinelles, bien que non soumises au tabagisme passif, présentent toutes les conditions requises pour subir des niveaux élevés de benzène. Elles habitent dans une zone industrielle, à Saint-Pol- sur-Mer, dans une maison individuelle dont le garage communique avec l’intérieur de la maison et elles effectuent de nombreux déplacements quotidiens en voiture. Leur maison est antérieure à 1970, elle a une surface de 70 m 2 , un chauffage individuel au gaz et la cuisine est équipée d’une cuisinière à gaz. La femme,

Tableau 15. Valeurs mesurées pour le benzène et le toluène (intérieur et personnel) pour deux sentinelles de Dunkerque (μg/m ). (Étude « Sentinelles de l’air ». I. Roussel, 2003)

3

Personnel

Intérieur

Benzène

Toluène

Benzène

Toluène

36,45

277,83

42,83

304,33

31,21

225,24

40,77

304,33

222

la plus exposée, est sans profession et passe plus d’une heure par jour dans sa cuisine. Elle séjourne plus longtemps que son mari dans son domicile. La contribution de sources domestiques paraît évidente, même si, en l’absence de mesures extérieures on ne peut pas exclure, en été, la pénétration de polluants à des concentrations élevées. Néanmoins, ces fortes valeurs seraient très localisées dans l’espace et dans le temps car les autres sentinelles dunkerquoises ne semblent pas soumises à des niveaux aussi élevés.

Il faut noter que les caractéristiques de ce ménage risquent de peser très lourd dans les traitements statis- tiques ultérieurs ayant pour objectif de rechercher les déterminants de la pollution, du fait de la taille réduite de l’échantillon.

Pour les autres composés, les valeurs sont hétéro- gènes mais pas aussi inquiétantes, compte tenu de leur toxicité plus faible. Une sentinelle lilloise présente des niveaux élevés de xylènes, peut-être suite à une période de bricolage à l’intérieur de la maison. De même, à Grenoble, une sentinelle présente des niveaux personnels élevés de toluène.

En dehors de ces cas exceptionnels pour lesquels le bénéfice de la mesure peut être immédiat, la connaissance des niveaux d’exposition est de faible utilité pour les sentinelles elles-mêmes qui pourtant se sentent valorisées par leur participation à la construction de la connaissance portant sur un sujet sensible.

Motivations et attentes des sentinelles

Les études sur l’exposition personnelle recourent à des volontaires qui, certes, se voient imposer des contraintes qu’ils acceptent dans l’intérêt général, non sans retirer toutefois quelques bénéfices de ces investigations qui s’efforcent de ne pas considérer les sentinelles comme de simples instruments de mesure.

Pour mieux cerner quelles ont été les attentes, les motivations et les bénéfices recueillis par les volon- taires impliqués dans deux études de ce type [I. Roussel, 2003 ; S. Kirchner et al., 2002], l’APPA et le CSTB, ont entrepris une étude spécifique portant sur une population totale de 240 personnes s’étant portées volontaires auprès de l’APPA et de l’OQAI pour participer à une étude de mesurage de leur exposition individuelle et/ou domestique [V. Rozec et al., 2005] ; 127 questionnaires ont été remplis, dont 76 % de personnes ayant participé à l’étude sur l’exposition « Sentinelles de l’air » et 24 % de ménages de l’OQAI. Ces volontaires résident dans la région Nord-Pas-de-Calais, dans la communauté de communes « Grenoble-Alpes-Métropole » et dans la région d’Aix-Marseille. On peut faire l’hypothèse que l’échantillon ainsi constitué est formé par des

personnes particulièrement sensibilisées aux questions de la pollution atmosphérique. Pour 91 % des personnes interviewées, « la pollution de l’air peut être responsable de nombreuses maladies ». Elle serait à l’origine de cancers (79 %) et contami- nerait notre alimentation (79 %). Cependant, 62 % estiment qu’elle atteint surtout les personnes

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sensibles. Au-delà de l’atteinte à la santé, la pollution atmosphérique serait liée à la mort (75 %) ou tout au moins à la baisse de l’espérance de vie (73 %). En outre, une grande majorité de sentinelles estiment que la pollution de l’air est responsable du réchauf- fement de la planète. Pour une majorité de personnes interviewées la pollution de l’air fait peur (78 %) et elles estiment qu’on nous cache des choses sur celle-

ci (70 %). Pourtant, une grande majorité de volon-

taires semblent découvrir la pollution intérieure et confondent polluants et sources. Même pour des personnes intéressées par la question de la pollution atmosphérique, le déficit de connaissances est grand. La participation à l’étude offre ainsi aux volontaires l’opportunité d’améliorer leurs connaissances sur le sujet et même, plus large- ment, d’aider la science (91 %) ou de participer à la lutte contre la pollution de l’air (91 %). Il s’agissait d’informer l’entourage (77 %) ou de participer à cette étude pour son caractère innovant (68 %) ; 63 % des personnes interrogées ont accepté de participer à ces études par simple curiosité. D’autres raisons plus personnelles ont motivé les sentinelles. La relation

entre la santé et la pollution est très étroite. Un tiers des personnes interrogées ont accepté de participer à cause de problèmes de santé dans leur entourage proche. Dans cette perspective, les sentinelles recherchent une information plus personnalisée en se demandant si elles sont particulièrement exposées à

la pollution de l’air (67 %). Elles souhaitent, le plus

souvent, passer de la connaissance à l’action en améliorant la qualité de l’air de leur environnement (87 %) ou en disposant d’indications sur les modalités de lutte contre la pollution de l’air (87 %). Comment les résultats de ces études ont-ils pu répondre à leurs attentes ? Les volontaires ont reçu les résultats des mesures de leur exposition ainsi que de leur situation par rapport à l’ensemble des volon- taires de l’étude. Pour 44 % d’entre eux, ces résultats ne présentent pas de concentrations élevées de polluants. En revanche, 33 % estiment que les

Tableau 16. Répartition de l’accord des sentinelles à propos de la présentation des résultats. (V. Rozec et al., 2005)

 

D’accord

N

%

Les résultats étaient bien étoffés

70

83

C'était clair

57

68

Cela manquait de graphiques et de dessins

37

44

Il y avait trop de chiffres

37

43

Les chiffres n'étaient pas interprétables

36

42

Il n'y avait pas de conseils pratiques pour agir

27

33

C'était flou

20

24

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mesures réalisées ont mis en évidence des concen- trations importantes. Signalons également que 23 % ne savent pas répondre à cette question. Les chiffres offrent une réponse « magique » mais quelque peu déroutante. Ils inquiètent autant qu’ils rassurent et, en tout état de cause restent difficiles à interpréter et à traduire concrètement. L’évaluation des résultats et de leur présentation est quelque peu biaisée par la délicatesse des per- sonnes interrogées puisque les organismes qui déli- vraient le questionnaire étaient ceux qui avaient piloté les études. Néanmoins, la présentation des résultats semble avoir été appréciée ; 83 % sont d’accord pour dire qu’ils étaient étoffés, les trois quarts ne les ont pas trouvés flous et 68 % les ont trouvés clairs. En revanche, 33 % regrettent qu’il n’y ait pas eu plus de conseils pratiques pour agir ou également l’absence de graphiques et dessins (44 %). Certains ont pensé qu’il y avait trop de chiffres (43 %) ou que ceux-ci n’étaient pas interprétables (42 %). Ce regret exprime toute la difficulté, dans le domaine de la qualité de l’air, à franchir le passage entre la connaissance et l’action (Tableau 16). En participant aux études d’exposition individuelle menée par l’APPA et l’OQAI, les volontaires non seu- lement ont contribué à la construction de la connais- sance collective mais ils ont également acquis des connaissances sur la pollution de l’air (90 %). Ils se sont notamment rendu compte que les sources de pollution intérieure sont multiples (90 %), que l’on pouvait être exposés sans le savoir (71 %) ou encore qu’il existe de la pollution à l’intérieur des logements (69 %). Ce type d’étude n’est donc pas sans retom- bées positives sur ceux qui la mènent. On peut dire que d’après les appréciations recueillies, la représen- tation que les volontaires se font de la pollution atmo- sphérique s’est affinée puisque 71 % d’entre eux se sont rendu compte que l’on pouvait être exposé sans le savoir. En effet, il est essentiel d’acquérir des connaissances qui permettent de dépasser la notion de pollution perçue.

Tableau 17. Répartition de l’accord des sentinelles à propos de l’apport de connaissances de l’étude. (V. Rozec et al., 2005)

 

D’accord

N

%

J'ai acquis des connaissances

   

sur la question de l'air

77

90

Je me suis rendu compte que les sources de pollution à l'intérieur pouvaient être multiples

77

90

On ne retient pas les noms des polluants

65

76

J'ai appris qu'on pouvait être exposé sans le savoir

61

71

J'ai appris qu'il y avait de la pollution à l'intérieur des logements

59

69

Cela m'a rassuré

49

57

Cela m'a inquiété

41

48

C'était impossible de se situer par rapport aux normes

33

39

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Le passage de la connaissance à l’action, même pour un échantillon de personnes sensibilisées, est plus difficile. Il semble que les personnes qui font un lien direct entre la pollution atmosphérique et les problèmes de santé de leur entourage sont plus dis- posées à prendre des mesures préventives

En revanche, les sentinelles motivées essentielle- ment par la curiosité intellectuelle ne sont pas dispo- sées à changer de comportement. Leur sensibilisation reste au niveau intellectuel. Les liens que les senti- nelles entretiennent entre la santé et les attitudes qu’elles peuvent avoir sont flous. Les mécanismes de décision dans un champ aussi contradictoire se situent dans des registres très différents des méca- nismes classiques d’adaptation, beaucoup plus uni- voques. En l’absence d’une logique globale lisible, le jeu des contradictions est tel qu’il impose aux acteurs des stratégies et des mises en œuvre d’une toute autre nature que celles utilisées en présence de rap- ports de causalité directe, ainsi que le recours massif à l’empirisme et l’expérience. Cependant la connais- sance est essentielle dans la prévention de la pollu- tion et la diffusion d’un savoir profane est un gage pour des évolutions futures. Or, les études d’expo- sition personnelle permettent de mettre en relation les niveaux de pollution avec l’environnement.

Les déterminants de l’exposition personnelle et la prévention

La connaissance de l’exposition personnelle, lorsqu’elle est mise en relation avec le détail des acti- vités des individus et des environnements traversés, permet de donner des indications sur les origines de cette exposition. Ces déterminants doivent être replacés dans une perspective dynamique et pondérés par la durée des activités observées. Cependant, comme dans toute étude statistique, les résultats obtenus doivent être interprétés avec précaution. D’une part, ils ne sont valables que pris globalement, pour l’ensemble de l’échantillon étudié, et ne peuvent pas, sans précaution, être individualisés. D’autre part, ils ne peuvent pas être généralisés puisque la taille de l’échantillon étudié est souvent très faible et donc insuffisante pour être représentative de l’ensemble d’une population. Les relations mises en évidence ne sont pas nécessairement causales et elles doivent être replacées dans un contexte complexe. De très nombreux facteurs interviennent dans la déter- mination de l’exposition, il est donc difficile de réduire

ces facteurs à une relation, même statistiquement significative. Toutefois, les résultats obtenus peuvent donner quelques indications aux décideurs et permettre d’affiner la modélisation de l’exposition. Ainsi, par exemple, à l’issue de l’étude « Sentinelles de l’air », il est possible de mettre en garde les constructeurs sur le danger que représente une communication trop facile entre le garage et la maison puisque les teneurs observées en benzène sont significativement supérieures dans les maisons qui communiquent facilement avec le garage.

Schématiquement, H. Plaisance montre, dans une étude réalisée par l’École des mines de Douai sur l’évaluation de l’exposition de citadins lillois au NO 2 , comment on peut mettre en évidence, de façon sans doute très simplifiée, la relation entre la concentration observée et le mode de transport utilisé (Figure 19). De même, à l’intérieur des maisons, les niveaux aug- mentent en fonction de la ventilation, du mode de chauffage et de la nature des appareils de cuisson (Figure 20).

La prudence est de rigueur quant aux leçons à tirer puisque le mot déterminant est trop fort, il s'agit d'une relation, d'une présomption mais le flou et la complexité l’emportent. Il ne faudrait pas croire qu’en agissant sur un seul facteur, l’exposition, dans son ensemble, serait améliorée. Dans le domaine de la pollution atmosphérique, toutes les causalités sont plurifactorielles, ce qui se traduit par un certain désarroi vis-à-vis des bonnes pratiques à adopter. Le lien entre la santé et la pollution a sûrement été un élé- ment fort dans la prise de conscience de la gravité du phénomène [ F. Boutaric, 2003 ] mais les clés de la prévention demeurent complexes.

C’est pourquoi, une des richesses de ces études sur l’exposition individuelle, consiste à pouvoir donner des éléments de choix, des indications sur des actions qui pourraient être entreprises dans la perspective d’un environnement plus sain. Elles per- mettent, en identifiant un certain nombre de facteurs responsables de l’élévation des niveaux de l’expo- sition, de dominer la peur, l’inhibition, la passivité devant le risque en éclairant quelques pistes qui per- mettent d’opter pour un environnement plus sain.

La santé environnementale ne consiste pas unique- ment dans une évaluation des risques, elle s’inscrit dans une perspective dynamique de développement individuel, de changements de comportements et de choix en faveur d’un environnement plus sain. Dans le domaine de la pollution atmosphérique en parti-

Tableau 18. Relation entre les changements de comportement après l’étude et les personnes concernées par des problèmes de santé liés à la qualité de l’air. (V. Rozec et al., 2005)

 

Personnes ayant des problèmes de santé dans leur entourage

Personnes non directement concernées par les questions de santé

J’aère plus souvent

78

%

56

%

J’achète des produits et des matériaux peu polluants

80

%

60

%

Je réduis l’utilisation de produits polluants

75

%

58

%

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culier, l’évaluation du risque encouru est nécessaire mais elle n’est pas suffisante comme indication pour l’action. Certes la référence sanitaire demeure, pour des raisons mystérieuses, un motif d’agir, mais les choix à faire insistent sur une dynamique de l’action plus positive que la connaissance du risque subi ou accepté.

L’évaluation de l’exposition personnelle est tout à fait représentative de la dialectique entre l’individu et le collectif qui caractérise la question de la pollution atmosphérique en particulier et celle de l’environ- nement en général. En effet, les investigations repo- sent sur un investissement individuel, sur un individu volontaire pour accepter les contraintes d’un protocole de mesurage rigoureux. Le bénéfice de ces études est avant tout collectif, il s’inscrit dans une démarche de santé publique et d’augmentation de la connais- sance des phénomènes généraux que ce soit par l’évaluation des risques sanitaires ou par l’améliora- tion de l’identification des facteurs environnementaux contribuant à l’élévation des niveaux de pollution. Néanmoins, la complexité des facteurs mis en cause incite à la prudence quant aux conclusions pratiques à tirer de ce type d’étude. Il est hors de question de pouvoir glaner des résultats précis pour une sentinelle (sauf cas extrêmes décrits) mais le bénéfice que les individus investis dans le mesurage peuvent tirer est loin d’être nul, outre la satisfaction de participer à une œuvre d’intérêt général, les connaissances acquises permettent d’éclairer, imparfaitement certes, les choix de la vie quotidienne.

Conclusion

L’évaluation de l’exposition personnelle apporte un éclairage sur les avantages et les limites de la déclinaison à l’échelle locale et individuelle de la notion de pollution de proximité. En effet, paradoxale- ment, plus l’évaluation de la pollution atmosphérique se situe à une échelle fine plus elle est complexe puisqu’elle intègre une série de facteurs qui se dérou- lent à des échelles supérieures. La complexité mise en évidence renvoie à des progrès à faire en matière de mesures et de modélisation.

Cette évaluation montre l’importance du contexte, de l’environnement dans lequel les individus évo- luent, soulignant ainsi la dépendance de la santé de l’individu par rapport à ses habitudes, son logement, le climat et la saison… Cependant cette dépendance n’est pas univoque et il serait tout à fait vain de chercher une causalité linéaire et évidente. Les facteurs mis en cause interagissent de manière mul- tiple, nuancée et complexe. D’un point de vue sanitaire les évaluations effectuées montrent à la fois l’impor- tance emblématique que la santé confère aux questions environnementales tout en indiquant que la notion de santé ne peut pas être assimilée à une pathologie. Elle doit évoluer, comme le suggère l’OMS, vers la qualité de la vie et la dynamique des personnes. Le choix d’un environnement de qualité est-il toujours possible pour tout le monde ? L’injustice environnementale ne vient-elle pas se cumuler avec une injustice sociale ? La mesure de l’exposition

Échelle des concentrations (μg/m 3 )

* Individus correspondants placés en individus supplémentaires. Train Tramway-métro Vélo Voiture-moto
* Individus correspondants placés en individus supplémentaires.
Train
Tramway-métro
Vélo
Voiture-moto

Figure 19. Mise en évidence des déterminants de l’exposition au NO 2 dans les transports par ACM. Projection des modalités des variables sur le 1 er plan factoriel. (Étude École des mines de Douai. H. Plaisance)

Échelle des concentrations (μg/m 3 )

Chauffage Cuisson Chauffage Cuisson électrique électrique au gaz au gaz
Chauffage
Cuisson
Chauffage
Cuisson
électrique
électrique
au gaz
au gaz

Présence d’un système de ventilation

Pas de système de ventilation

Figure 20. Mise en évidence des déterminants de l’exposition au NO 2 dans les habitats par ACM. Projection des modalités des variables sur le 1 er plan factoriel. (Étude École des mines de Douai. H. Plaisance)

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personnelle peut alors avoir d’autres applications que l’évaluation d’un risque sanitaire. La possibilité d’iden- tifier quelques déterminants de l’exposition peut donner des indications, ténues certes, mais réalistes de quelques pistes pouvant éclairer la prévention.

En insistant sur l’importance des contextes indivi- duels, les études d’exposition ont ainsi mis en évi- dence la responsabilité des individus, au travers des choix quotidiens opérés vis-à-vis de la pollution. D’un phénomène extérieur, lié à l’industrie ou à la ville, la qualité de l’air a réintégré le champ des responsa- bilités individuelles et des choix comportementaux. Dans le même temps, les enjeux industriels se sont déplacés des émissions atmosphériques vers les produits et le consommateur devient un acteur essen- tiel de la qualité environnementale.

La mesure de l’exposition personnelle permet de tirer des leçons globales et générales aussi bien en terme d’évaluation du risque sanitaire global que d’in- dications sur les déterminants de l’exposition.

Ces mesures contribuent à affiner la représen- tation que les sentinelles ont de la pollution atmo- sphérique. Elles participent ainsi au besoin de connaissance très clairement réclamée par les popu- lations. Même si les normes de référence ne reposent pas sur l’exposition personnelle, cette mesure paraît

aux populations plus concrète et plus proche de la réalité vécue que les chiffres issus des analyseurs fixes. Cette expérience met en scène le logement de l’individu et donc ses choix les plus intimes, mais elle insiste également sur le poids des saisons et sur le lien entre pollution et climat. Cette expérience est fondamentale pour s’approprier les liens existant entre les pollutions aux différentes échelles. Toute- fois, il ne faut pas non plus considérer que la connais- sance de l’exposition, parce qu’elle est plus proche de l’individu que la mesure de la pollution de fond, est plus représentative de la perception que peut en avoir le sujet. Des analyses ont montré que la perception de la pollution est toujours très différente de la pollu- tion mesurée pour toute une série de facteurs et, tout d’abord, parce que les polluants les plus toxiques sont souvent imperceptibles.

L’approche de la pollution atmosphérique par la notion d’exposition, pour utile qu’elle soit, ne peut pas être unique. Elle doit être complétée par un certain nombre de connaissances supplémentaires sur les effets et les impacts de la pollution. L’approche pro- posée au cours de ce séminaire (Grenoble, 7 octobre 2004) s’est appuyée essentiellement sur une vision environnementale de l’exposition personnelle mais on pourrait développer une approche plus sanitaire avec l’utilisation de biomarqueurs.

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