L'avenir de la loi sur l'énergie en question après le vote du Sénat

Certains évoquent la levée de la procédure d'urgence, ce qui permettrait à la loi proposée par le député François Brottes d'être amendée et simplifiée.
Si le principe d'un tarif progressif de l'énergie était une proposition de campagne de François Hollande, le texte du député PS François Brottes et sa mise en oeuvre ont été jugés trop compliqués. - LANIER/REA Par Anne Feitz | 31/10 | 07:00

La loi sur l'énergie semble mal partie, alors que les sénateurs communistes du CRC devaient voter hier soir une motion d'irrecevabilité, alliés aux groupes UMP et UDI-UC . En toute théorie, ce vote ne remettra pas en question la proposition de loi (PPL) présentée par le député PS François Brottes, visant à instaurer un bonus-malus sur la consommation résidentielle de gaz et d'électricité. L'adoption de la motion d'irrecevabilité entraînant le rejet du texte par le Sénat, le gouvernement peut ensuite, en vertu de son caractère d'urgence, convoquer une commission mixte paritaire (CMP) pour tenter de concilier les points de vue entre les deux chambres. Faute d'accord à ce stade, le texte initial reviendra in fine devant l'Assemblée nationale, qui aura le dernier mot. Sur le papier, la PPL Brottes serait donc toujours susceptible d'être adoptée, en dépit de l'opposition des communistes et de la droite. La question toutefois est de savoir si le gouvernement continuera de la soutenir. Si le principe d'un tarif progressif de l'énergie était inscrit parmi les projets phares de campagne de François Hollande, le texte proposé par François Brottes a été jugé trop compliqué, y compris au sein même du PS. « Beaucoup de parlementaires s'inquiètent de ne pas parvenir à expliquer le système à leurs électeurs. En outre, sa mise en oeuvre serait un vrai casse-tête », souligne un professionnel. François Brottes propose d'instaurer un bonus-malus sur les volumes consommés, en fonction de trois critères : la composition du foyer, le mode de chauffage utilisé et la situation géographique du logement. « Sa vocation n'est pas punitive mais pédagogique », insiste le député. « Ces critères sont destinés à établir l'équité . » Les sénateurs PS n'en ont pas moins largement amendé le texte pour le simplifier. « Le texte qui nous est arrivé de l'Assemblée était d'une grande complexité », soulignait ainsi dans nos colonnes François Rebsamen, président du groupe PS au Sénat. Alors rapporteur du texte, le sénateur Roland Courteau proposait de se contenter d'un malus appliqué aux ménages dépassant le triple d'un volume de référence, qui serait établi d'après la moyenne des volumes consommés en France. « Ce dispositif a le mérité d'être simple et de ne pas générer de déficit », souligne-t-il. N'ayant pas pu défendre ses amendements en raison de la motion d'irrecevabilité, Roland Courteau a démissionné de ses fonctions de rapporteur en fin de semaine dernière. Favorable à une simplification mais souhaitant conserver un bonus, le gouvernement a toutefois émis un avis négatif sur les amendements du sénateur.

Les tarifs sociaux : une priorité
Si François Brottes continue de défendre mordicus son texte, certains évoquent d'autres pistes, comme la levée par le gouvernement du dispositif d'urgence. Cela retarderait l'adoption de la loi, mais lui permettrait d'être examinée en seconde lecture au Parlement : le texte proposé par le député PS pourrait ainsi être simplifié. « Mais, attention, la PPL comporte aussi une extension des tarifs sociaux à 4 millions de ménages supplémentaires qui, elle, est réellement urgente. Il faudrait alors isoler cette disposition pour la faire passer en priorité », souligne un parlementaire. La balle est dans le camp du gouvernement.
ANNE FEITZ

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