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INTIMODERNE
NOUVELLE EDITION
REVUE ET AUGMENTEE

HUITIEME

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CITIONS DE LA REVUE DES JEUNES
SCLÉE ET
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30,

RUE SAINT-SULPICE, PARIS-Vh

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A VLADIMIR GHIKA PRINCE DANS LE SIÈCLE ET PAR UNE VOCATION PLUS HAUTE DE JÉSUS-CHRIST LÉGLISE PRÊTRE DANS .

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ANTIMODERNE .

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4« édition.) Saint Thomas d'Aquin Apôtre des Temps Modernes (Une pla: quette aux éditions de la Revue des Jeunes. En réim- Théonas ou les entretiens d'un Sage et de deux Philosophes SUR diverses matières inégalement actuelles (Nouvelle Librairie nationale). (Nouvelle Librairie Nationale). OUVRAGES PARUS G. Fascicule II :-Petite Logique. R.) Réflexions sur l'Intelligence et sur sa vie propre. P. 2« édition.\ direction MARITAIN LA NOUVELLE LIBRAIRIE NATIONALE A de m. Fascicule I Introduction générale à la Philosophie. Art et Scolastique pression. de V Institut. Rousseau). diverses al^tières inégalejvient actuelles J- Maritain. en Ch. tion 12^ édi- (Plon-Nourrit. Guenon. Termier. Chesterton Théonas ou les Entretiens d'un Sage et de deux Philosophes sur J. Descartes. Trois Réformateurs (Luther. L'esprit Suisse SUR SA VIE propre du Protestantisme . 8^ édition. Garrigou-Lagrange.) BIBLIOTHEQUE FRANÇAISE DE PHILOSOPHIE publiée sous Jacques L. : de Tonquédec. R. (Librairie de l'Art catholique). Gradmann." MaRITAIN. études critiques (Rivière). (Téqui. Richard. Le Probabilisme moral et la Philosophie Le Sens Commun Histoire de la Philosophie orientale T. Le Conflit de la Morale et de la Sociologie Réflexions sur l'Intelligence et Mgr J- S.Grousset. Eléments de Philosophie.-K. Journct. 4^ mille. Thomas d'Aquin .OUVRAGES DU MÊME AUTEUR La Philosophie bergsonienne. Deploige. La Somme Théologique de Saint Mgr M. En réimpression. Le Théosophisme A la Gloire de la Terre R.

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i ANTIMODE NOUVELLE EDITION REVUE ET AUGMENTEE EDITIONS DE LA REVUE DES JEUNES DESCLÉE ET C^ 30.JACQUES MARITAIN lllllllililllliiiii. .i]li<:Mlitllilliiiiilliiniiilill(iBitHllllliciUflliiilllilillliittit:iJiii)iiit)iiiiia.ilti(4'iiit(i4<4it. PARIS-Vl.. RUE SAINT-SULPICE.

1922 6 ?ti9859 . COPYRIGHT BY REVUE DES JEUNES.TOUS DROITS DE REPRODUCTION ET DE TRADUCTION RÉSERVÉS POUR TOUS LES PAYS.

AVANT-PROPOS .

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encore que de ses études biologiques le eût gardé s'ini- goût des sciences expérimentales.ANTIMODERNE Les études réunies dans ce volume. plaît sur un espace d'une Le ton oratoire. et que nous publions s' échelonnent avec quelques corrections. Revue de Philosopliie. déclamatoire. et après une fréquen- tation des milieux intellectuels a dirigeants » suffisante pour en pouvoir apprécier. A vrai dire. avait pensé. l'auteur. en particulier par celle du bergsonisme. avait (1) Cf. Hans Driesch. de la de côté les recherches sagesse humaine. sinon la même un peu qu'on peut relever dans première ne me guère aujourd'hui. . dont les mo- dernes représentants la vanité. notre travail sur le NéovitaHsme en Allemagne et le Darwinisme. l^^ octobre 1910. et 1908) fort peu connu en France Mais la lorsqu'il écrivit il cet article sur la Science moderne et Raison. à cette époque (1907 (1). douzaine d'années. 1921). assez pour vouloir tier aux travaux de M. les saints l'intéressaient plus que il losophes. hélas! la valeur et l'esprit. dire un jour quoniam non cognovi introïbo in les phi- potentias Domini. laisser une fois la lumière du Christ levée dans son cœur. après une jeunesse universitaire traversée par bien des influences. Le tome premier du principal ouvrage de M. lui avaient convenablement démontré et vivre : en telle paix et repos d'esprit qu'il pût litteraturam. Driesch {La Philosophie de l'Organisme) a été récemment traduit en français (Rivière.

à rendre ser- vice à quelques-uns. tout en perdant. * * Ce que j'appelle ici antimoderne. une certaine induU gence à son égard. lui disait des néophytes » qui passera. la vérité n'était pas encore très avancé en âge. au contraire. en effet. que le catholicisme est aussi à la eintimoderne par son immuable attachement tradition (Tu'ultxamodeme par sa hardiesse à s'adapter mîx conditions . il l'espère du moins. elle est deveecclésiastique. me confiait ce que la grâce avait commencé de faire en lui. mon un jour le vénérable directeur d'un établissement d'éducation eh non! elle n'a pas passé. qui passera. parce quelle a été bien accueillie. — nue. à cause de cela. en tout cas. Peut-être. insiste sur Notre première étude des vérités qui paraîtront. grâce à ANTIMODERNE l'Ange de l'Ecole. malgré ses imperfections. si non thomistizavero !) —à et comme un nouveau il : printemps philosophique. mais qui sont de celles qui préoccupent les commençants. Il est bien connu. pour la première fois. plus tenace et plus déter- minée. aurait pu tout aussi bien être appelé ultramoderne. avec le temps. Je garde. bien élémentaires.14 retrouvé. au désert. l'inutile âpreté de la jeunesse et de l'inexpérience. est-elle apte encore. dont V amplissime doctrine avait achevé de le guérir du bergsonisme. par Ernest Psichari la : c'est après l'avoir lue qu'il il m'envoya de Zoug lettre où. et venait de lui manifester sa vocation intellectuelle (vae mihi. — une nouvelle ardeur de pensée précisément cette « ardeur ami. sans doute.

toute sagesse rationnelle pouvoir être formée en doctrine. qu'aujourd'hui tout. et — élaborée d'abord par — devenue après d'elle-même dans fixé. par le docteur doit d'une part. une pensée univerla raison natu- selle et perdurahle. comme la sagesse commune dont il n'était que l'agent de transmission. sans fin. pourra. cela sagesse supél'intelligence rieure l'Eglise. un jour par un homme. ristes voire futu- — paraît tout de suite vieille lune et vieux jeu ? Un Ernest Psichari n'est pas seulement le chef de la génération sacrifiée. et en doctrine d'autant plus fermement jointe et il membrée est qu'elle est plus large. formu- lée élu. de laquelle on s'ef- force de s'inspirer dans le présent livre. Faut-il faire remarquer. désormais formée. en outre. d'autre part. — sagesse qui. mais cette doctrine a été formulée par saint Thomas d'Aquin non pas comme sienne. conforme à notre condition humaine que nous soyons instruits dans la science par un maître humain. et commune : comme le bien commun dont Thomas n'était que le fidèle économe. en réalité. auxquelles V espérance des hommes Quant à la pensée de saint Thomas. avec les sens plus qu'avec Elle est. au temps parce que. elle n'est pas la pensée d'un siècle ni d'une secte. relle de l'humanité.AVANT-PROPOS US nouvelles surgissant dans la vie du monde. . en elle — ceux qui ne voient que l'accident historique et les particularités du hic et nunc montrent par là qu'ils la considèrent l'intellect. sauf lui — même et surtout les idéologies spécifiquement modernes. définie. et parce que. — consciente de puis liée et formée en doctrine. il est aussi l'annonciateur des vertus est attachée. tout au contraire comme indépendante de lui-même.

mais aussi parce qu'étant faite pour devenir CfcX* immatériellement l'objet. passant à l'état habituel et pour ainsi dire. ce qui va en parce qu'ayant une capacité infinie. mais les comme erreurs l'éviternel au momentané. qui *> »> '^•V»^ dans le temps. il arrive que chez nous s' incarnant. Antimoderne contre elle est le du temps présent. ne s'oppose pas aux systèmes modernes comme le passé à V actuellement donné. elle veut toujours posséder davantage. l'autre en tant qu'autre. c'est dans la miste qu'il est réalisé. et collectif humain de nos de la philosophie. ne satisfait plus le besoin natif J'altérité spirituelle Il de la faculté întellective. intelligence se relâche de son actualité. matérialisant ainsi dans le sujet. dans notre être propre. le nest que misonéisme tel. est normal. dé- borde infiniment. neuf et de l'innovation. l'étroi- du moment présent. : croître et s' assmiler toute vérité. non seulement.16 ANTIMODERNE et se développer. prend si l' facilement. bien que il l'intelli- gence soit supra tempus. doctrine thoelle jours. Par son universalité même. le déjà connu. Bergson a. et même. dans tesse le passé elle comme dans l'avenir. Le nouveau vit plaît comme parce qu'il est une addition d'être. est que l'infirmité naturelle de tout ce qui créé soit compensée par une . Il répond aux conditions de la nature hu- maine. le sentiment si net. {si ce n'est la néolâtrîe). vetera novis augere la car étant spirituelle elle n'est pas soumise à nécessité du vieillissement et de la mort. y a en elle un goût naturel du soi. dont Le caractère M. de plus ultramoderne pour toutes les vérités Il enveloppées dans rien sot temps à venir. l'aset se pect de quelque chose de nous-mêmes. à un autre point de vue.

pour la science infuse du Christ. est. d'une certaine ma- nière par la diversité spécifique des sciences. pour la philosophie. 1 cest pourquoi l'univers de races et de climats il est si Varié. l'art requiert soi les renouvellements et les changements. il est vrai. de diversification et de renouvellement se retrouve dans la connaissance humaine. Enfin. parce qu'il s'agit la de faire l'objet. il y a autant J'habitus eu de Vertus de l'objet. le — à tel point que pour type divinement parfait de la connaissance in- tellectuelle humaine. qu'il savoir. et d'imprimer sur une matière et lumière des transcendantçiux qu'une infinité de modes spécifiquement distincts sont alors possibles. parce qu'ici l'esprit ci ne se règle pas sur ce qu'une chose créer doit être.7 . îl n'en va pas de s'agit même. profusion les spirituels parmi hommes. pourvu que la que dans travail mesure où le per- met de la continuité nécessaire au humain. est connaturel à l'homme d'avoir des habitus aussi Variés l'objet s'y prête. dont notre intellection grossièrement abstractive ne peut imaginer la délicatesse et l'aurorale fraîcheur. C'est ainsi que possible. En particulier. et parce qu'il n'y a pas deux façons l'esprit. Profusion d'astres et d'anges. mais sur ce que pour la chose est déjà. profusion d'espèces animales et végétales. Toutefois. et là la multipli- cité des écoles. la loi de multiplicité se traduit enla dans l'ordre de : connaissance. où il de connaître l'objet. d'une autre la loi façon encore. En tant que notre connaissance participe de la nature de l'art {par la fabrica- . en face du même objet formel. autant de modes distincts de toucher y a de quiddités à connaître. AVANT-PROPOS multiplication d'être. d'être conforme à ce qui core.

et qui répond à une nécessité il à une imperfection proprement humaines). qui est sa doctrine diversité des écoles philosophiques et théologiques. grâce à l'incomparable bienfait d'une tradition et d'une école. brille fragments détachés et périssables. et pérennité est qui donc est d'aujourd'hui comme d'hier. un instant quelque parcelle de nous. par de la les archa'i- de la Renaissance et Réforme. les négligences et les étroitesses sujet auxquelles humain n'échappe pas. S'il est vrai que selon la définition de Charles Maurras. a toujours pris soin de protéger. de saint Thomas. et plus consciemet ment par Descartes. moderne inauguré de sants non d'intention. même lorsqu'il use. . nous aimons le nouveau. à la substance acquise. selon la mesure de la pru- dence. Encyclique Fauslo appetente die. en dépit des grands mots des (1) Benoit XV. où vrai. et quelque prédilection qu'elle la doctrine la ait manifestée pour propre (1). 29 juin 1921. c'est et s'ajoute. dans lequel l'individu qui vient au monde trouve incomil faut dire que le schisme fait. la civilisation est un état . aient pour contreet les dissidences partie les changements que d'autres écoles perpétuent parmi et d'autres doctrines. du dépôt de l'universelle sagesse. Nous savons le tout cela. Mais à une condition. relle est conforme à notre condition natu- que les le déficiences. est. parablement plus qu'il n'apporte. connaissant la nature humaine.18 ÀNTIMÔDERNE de concepts et la formulation tion discursive quelle et com- porte. sans la détruire. et précisément parce que nous la prétendons adhérer à une philosophie dont caractère propre. C'est pourquoi l'Eglise. que ce nouveau continue véritablement l'ancien.

une revendication pure et simple de barbarie. le parce quelle implique dès principe le mépris de la pensée intel- des générations précédentes. la manière de philosopher des modernes. se soit arrêté de préférence à celle d'entre elles qui faisait profession ouverte d'universalisme. et Lorsqu'on parle du monde de la pensée modernes. S. . « Ce que le Thomisme doit avant tout à saint Thomas. Si donc la doctrine philosophique du Christianisme porte son nom. il importe de bien distinrjuer ce qui est de l'ordre matériel et (1) Cf. et soumet le savoir. Car dire Thomisme. « saint le au particularisme du sujet philosophant. Woroniecki. Ev... III. mais résultat du travail social des "' « La mentalité moderne imbue de particularisme. avec toutes ses générations ? . l'œuvre d'un une doctrine particulière. lîcilé Comm. qui lût son inventon homme a peu de valeur en comparaison avec l'œuvre des générations entières. qui ne voulait pas être œuvre individuelle d'un homme. c'est cette note de liberté à l'égard de tout particularisme individualiste en matière de pensée philosophique. aux yeux de l'Église. Revue Thomiste. Et comme par là même elle substitue de fait la poursuite de l'originalité à celle de la vérité. octobre-décembre 1921. 5. en quête d'une doctrine philosophique. C'est cela qui ne peut pas et qui vicie originaire- être pardonné à pensée moderne. ce n'est pas du tout au même titre que tel ou tel système philo- permette . Joannis. Thomas n'aurait pas hésité un » moment à lui appliquer nom J'adultère spirituel la (1). consiste précisément en ce qu'il n'est pas la doctrine d'un homme. En particulier. précisée. sophique porte le nom de tel ou tel penseur. enfin coordonnée avec les données de la foi. Qu'on nous de reproduire les lignes suivantes de cet excellent article « L'immense valeur du Thomisme. Il aurait répugné à saint Thomas de construire selon lui.AVANT-PROPOS 19 apparences du décor. ment ses meilleurs résultats. mais la synthèse de la pensée humaine. « Faut-il encore s'étonner que l'enseignement chrétien. — H. Catho: du Thomisme. in. 1. en définitive. ch. par l'intelligence géniale du grand philosophe médiéval. systématisée. doit être appelée barbarie lectuelle. et approfondie. ne veut pas dire la docmais la doctrine du trine de tel homme qui s'appelait Thomas d'Aquin genre humain élaborée pendant des siècles de réflexion.

que sais-je encore. depuis l'industrie. les Renaissance. 111. chap. XI. la sensibilité poétique. peut se produire. elle se scandalisera du rôle que l'Eglise assigne avec une persévérance de plus en plus décidée à l'enseignement de saint Thomas d'Aquin. Erreur C'est le contraire qui est vrai. j'ai essayé. et les multiples vies particulières qui sont en activité dans ce tout. et la fin même. « A cela nous répondrons Ce n'est pas le Catholicisme qui est thomiste. qui est catholique . soit dans le présent volume (I). La pre- mière. dit catluili(iue. les se- condes. peuvent poursuivre leur développement manifester ainsi la et leur croissance dans l'ordre matériel. Système des harmonies philosophiques. » .et moral. aura encore longtemps de la peine à comprendre cette union intime de la foi avec le Thomisme. mais c'est le Thomisme : ! et il est catliolique parce qu'il est universaliste. du arts. moins jusqu'à du XVIlf siècle.20 ANTIMODERNE ce qui est de l'ordre formel. (2) Théonas. chap. Souvent encore on déplorera que le catholicisme devienne thomiste. les méthodes critiques.Car qui dit universaliste. la En ce qui concerne philosophie. soit ailleurs (2). un certain décalage si je puis dire. et merveilleux. — (1) Cf. entre la forme spirituelle qui anime le tout. peut dégénérer de plus en plus. conditions matérielles de la vie sociale. et de bien comprendre qu'une certaine disjonction. une baisse considérable par rapport au moyen mais que la âge. là la des progrès quelquefois spiritualité et C'est que V intellectualité accusent. de montrer comment le départ doit se faire conséquences dans le domaine intellectuel. De quelques conditions de la renaissance thomiste. science des phénomènes. Incapable de saisir l'universalisme de ce dernier et voyant en lui un système particulariste comme tant d'autres. tout altérées qu elles soient par là même dans ce qui fait leur qualité la plus haute. au point de vue de l'évolution historique. . si elle est profondément viciée par quelque inordi- nation primordiale. la technique des ont continué leur évolution ascendante.

spirituels et les normes éternelles dont la civilisation médié- vale ne nous présente. selon le vœu absurde que certains pénétrants critiques nous prêtent restituer généreusement. mais définitivement passée. nous espérons voir nouveau. et d'aimer l'effort qui cherchent. nous ne voulons pas pour cela retourner au moyen âge. et dans un monde les principes pour informer une matière nouvelle. Nous aimons des cathédrales. néo-gothique et le pré- cours du temps de est irréver- sible. qu'une réalisation historique particulière.ÀVÂNT-PROPOS entre les précieux accroissements matériels 21 quelle a reçus depuis trois siècles. Et en re- vérité les chrétiens ne supplient-ils pas V Esprit-Saint de la vie nouveler la face de la terre ? N'attendent-ils pas siècle à venir? tout le du C'est là qu'il y aura du nouveau. parce qu'il fait lui-même de l'opposition au patrimoine hu- main sa spécification propre. Nous savons que le l'Angelico. si fort que nous admirions le siècle saint Louis. c'est parce que le moderne issu de la Révolution antichrétienne nous y oblige par son esprit. alors nous ne souhaitons rien tant que d'être ultramodernes. et s'adore. et parce que nous haïssons et méprisons cette haine et ce mépris. et la disposition qui sont morale initialement faussée. Si nous sommes antimodernes. Giotto et le Mais nous détestons raphaélisme. l'âme des systèmes modernes. et pour l'art monde. ce nest pas par goût personnel. à ses meilleures époques. mais s'il s'agit de saucer et d'assimiler toutes les richesses d'être accumude ceux lées dans les temps modernes. . certes. supérieure en qualité. hait et méprise le passé. et les principes erronés. malgré ses énormes déficiences. et de désirer les renouvellements. et cette impureté spirituelle.

il ne se trompe que plus grandement.22 ANTIMODERNE * * Pour éviter tout malentendu. et dans la pureté de tels non pas aux qualités subjectives de ou tels des auteurs qui représentent l'une et l'autre. si l'on trouOe dans nos modestes études et beaucoup d'admiration pour la philosophie scolastique. on voudra bien se rappeler qu'en disant philosophie scolastique nous pensons à l'expression la plus pure et la plus universelle. quelques-uns parmi les philosophes modernes l'emportent de beaucoup sur certains des scolastiques secondaires des trois derniers siècles. de plus. Je ferai observer. de la scolastique. en philosophie. En premier lieu. en second tifs lieu. et si un grand esprit sort de la voie. Mais. beaucoup de critiques à l'égard de la philosophie moderne. car le nous n'ignorons pas que pour tuelle et la talent. la seule indéficiente. — à la philosophie thomiste. je présenterai encore deux remarques préliminaires. c'est l'objet qui est maître. le que les jugements négaet la qu'on peut et doit porter sur monde pensée mo- . s'adressent et. l'activité travail intellec- perfection technique du conceptuel. qu'admiration thomiste et et et critiques à la philosophie à la philosophie moderne considérées en elles-mêmes leurs principes.

AVANT-PROPOS 23 anime. réu- nis. du les principes spirituels auxquels nous avons affaire même coup. et c'est qu'il faut bien principe. en attachant à ces termes. On peut dire. toute aide. avant une double exigence déjà maniieste chez Luther. l'autorité de l'autorité humaine. qui répond à une nécessité absolue de probité mtellectuelle et de fidélité au vrai. nos propres principes Quelqu'un demande-t-il ? quels sont ces principes spirituels du le monde moderne Je renvoie au Syllabus et à V encyclique Pascendi. en outre. par eux-mêmes assez vala gues. c'est une entrée de jeu. qui. nous en montrent dans un résumé saisissant les résultats suprêmes. donc dégager d'abord pour. et que je me permettrai d'appeler à la fois Immanentiste et transcendantaliste. il a déjà été S'il faut commencer par de commencer par le tels jugements. tout magistère qui pro- viendrait de l'autre {de l'objet. prendre plus clairement conscience de spirituels. toute règle. dance du dedans par rapport au dehors vérité et vie doivent sujet donc être uniquement cherchées au dedans du humain. à spécifiquement modernes se ramènent. sont un point demes considérés dans l'esprit qui les de départ indispensable. toute action. Principe . liberté signification l'intériorité suivante. mais pour aller plus loin. ouvertement déclarée chez Rousseau. de divine) étant un attentat contre l'esprit. dans une revendication d'indépen. Principe immanentiste : la et consistent essentiellement dans une opposition au non-moi. tout à fait explicite chez Kant et ses successeurs. mais à laquelle doit suc- céder l'immense labeur d'assimilation auquel fait allusion. qu'au point de vue philo- sophique les principes spirituels tout.

définitions. savoir il notre intellect a la capacité physique requise. dès l'origine. m valUrlirhi' Si/stcm âer CrixtritArcli. spirituelle et détruisant précisém. Gesch. devoirs.ns au sfns strictement kantien. par là même et réciproquement il n'y a plus de donné qui nous mesure et nous domine. faut aussi savoir si nous choisisla de demeurer en souffrant mépris dans maison de la sagesse plutôt que d'habiter honorablement dans la science les chaires et les académies de de ce monde. mais notre fond intime transcende et commande tout donné. mais en un sens beaucoup plus g(^n(^ral. p. l'esprit en nous. et de l'activité créatrice de sont. f. A vrai dire. les idées qui agissant sous les les modes {qui les plus divers et avec la nuances plus variées. sont pures expressions de notre dedans. C'est naviguer sans boussole que de traiter modernes sans avoir d'abord compris ces de déterminer pour nous-mêmes choses.. Il faut. Dns wis. dogmes. DiLTiirv. 62. Voulons-nous faire œuvre de pensée ? si évidemment. der Phil.ent véritable vitale autonomie l'autre par est une intériorisation de le V intelligence et par l'amour) aboutissent dans monde moderne au grand avec les principe de V Indépendance absolue de la Créature. et une attitude de l'âme à l'égard de la vérité.) . ou (1) J'emploie ce mot « transcendnnfaliste » non p. mais sons. n'étant pas objets qui s'imposent de par l'autre. Nature ' et lois. (Cf. tes.24 ANTIMODERNE transcendantaliste (1). très voisin de celui oij les auteurs allemands entendent de nos jours le mot tranacen- dentale Philosophie. il s'agit aussi une certaine disposition morale.trnschalten xviiten Jalirhundert. Telles rassemblées en des formules nécessairement imparfai- mais qui me semblent les assez générales et assez typiques. vi.

une fois le choix dont nous par- Au la contraire. s' abandonnent à eux. une fois assuré le travail d'établissement qui garantit. tiens. une condition fort avantageuse d'avoir tre les puissances de ce monde tournées con- nous chrétien — — ce qui n'était pas le cas lorsque le monde était car ainsi le choix se présente à nous de façon plus franche et plus pure. ce qui nous inclinera. Gillet. nous pourrons et devrons laisser jouer libre- ment la tendance universaliste. — pensée moderne et de sympathiser avec tout ce y a de bon en elle avant d'avoir pris soin de discerner ses principes spirituels et la manière dont ils commandent. opérée cette discrimination. chez ceux qui lons. spécificité de notre vie intellectuelle. Il serait d'une extrême naïveté. J'ajoute que c'est pour nous. si je puis dire. mais alors seulement. car il porte sur la fin poursuivie. évidemment. jouir à la fois à supposer que nous soyons chré- des bienfaits d'une piété sincère et des l'esprit bienfaits de la connivence avec a moderne )). Bureaux de Revue thomiste. alors. si admirablement manifeste en un saint Thomas d'Aquin (1). à juger que cet esprit n'est pas si mauvais qu'on le dit. la H. — de de saint Thomas l impersonnalité R. 1919. conformer à notre temps. Un tel choix ne peut pas ne pas et il être fait. nous et. bienveillante et (1) Cf. et c'est une chose redoutable de commencer sa vie intellectuelle par un péché d'esprit. on ne peut pas s'y dérober.AVANT-PROPOS 25 si nous voulons. . et article cité. qui porte. est décisif. en un sens. WoROMECKi. P. dès l'origine et par élection première. la trahison — et nous savons que rien ne ressemble tant à d'aborder qu'il la qu'une certaine naïveté. La Personnalité sa doctrine.

s'ils sont tenus. le — monde moderne. . et il a de quoi tenter leur esprit d'initiative. à édifier plutôt qu'à disperser. Car ils doivent faire face à une œuvre d'intégration de universelle. pour garder leur être. la pensée catholique à chercher partout les con- cordances plutôt que les oppositions. rejeter et. dans la le le mesure où souverain maître de l'Histoire voudra retarder la grand mouvement de chute dont premier signe éclatant. les fragments de vérité plutôt que les privations et les déviations. à sauver et à assu-' mer plutôt qu'à renverser. mais à pour le conquéet temps du moins. le travail ne manque pas aux catholiques. Et certes. absolument les prin- cipes spirituels qui font que le monde moderne se pose et ils s'oppose et se spécifie lui-même comme moderne. réforme luthérienne est Juin 1922.26 ANTIMODERNE pacifique. le n'ont pas rir à et détruire le transformer.

LA SCIENCE MODERNE ET LA RAISON .

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Chapitre Premier LA SCIENCE MODERNE ET LA RAISON La raison nous commande bien plus impérieusement qu'un maître en désobéissant à car. en effet. La Raison est faite pour la pour posséder Ce que nous appelons Raison devrait plutôt s'appeler. la pour besoin essentiel et l'évidence. selon la scolastique et selon le sens exact des mots. . Intellect ou Intelligence. ce n'est que pour . et en désobéissant à l'autre. Pascal. par laquelle notre esprit devient adéquat au réel. l'être. on est un sot. I La Raison la faculté est la faculté du réel. d'une manière analogique la sans doute et très lointaine. ou du moins certitude. l'un. réalité vérité. le sens de ? la distinction scolastique entre l'Intelligence et la Raison L'Intelligence a pour fin propre l'être intelligible. réalités. mais véridique. et par laquelle nous connaissons. Quel est. ou. plus correctement. des DiEU. on est malheureux.

Quod manifeste cognoscitur. notre intelligence s'appelle ratio. ait appelé Raison et la faculté la par la- nous atteignons l'absolu. non habent necesse procedere de une ad aliud sed simpliciter. ad veritatem inlelligibilem cognoscendam et ideo angeli. de conviction bien plus que d'explication. cognitionem intelligibilis veritatis. qui perfeclc possident. en dépit même de sitions anticartésiennes. aspects divers d'opération différents — — en raison et de deux modes faculté hu- d'une seule même maine Par une des plus curieuses révolutions que la l'histoire de Et philosophie ait eu à enregistrer. secundum modum su. dum. « Respondeo dicenquod ratio et inlollectus in homine non possunt esse diversae polentiîc. : : ratiocinari aiitem est procedere de iino intellecto ad aliud. I. theol. et absque discursu veritatem reriim apprehendunt. un signe de et la secrète force de pénétration ses dispo- du rationalisme du kantisme à sa suite. 8). comme deux (1). Palet crgo quod ratiocinari comparatur ad intclligere. — En distinguant de cette manière l'Intelligence d'avec la Raison. quorum . si utriusqiie actus considcrelur inlelligore cnim est simpliciter veritatem inlelligibilem apprehcndere (1) Cf.e naturae. on ne mais les distingue pas comme deux facultés différentes. lxxix. : : . q. Raison. qu'un philosophe comme Blanc de quelle Saint-Bonet. sicut moveri ad quiesccre. vol acquirere ad habere.30 atteindre cette elle a besoin fin AhmMODERNE qu'elle use du moyen de la démonstration . Ilomines autem ad inlelligibilem veritatem cognoscendam pervcniunt procedendo de uno ad aliud et ideo rationalcs dicuntur. Intelligence faculté Saint Thomas {Siim. Mais les dé- monstrations et les explications et le discours sont l'œuvre et l'instrument de l'Intelligence (de notre intelligence d'homun mouvement prol'être mes) : en tant qu'elle s'exerce ainsi par gressif et qu'elle use de ces moyens pour conquérir intelligible. elle a besoin de la réalité et non pas du discours. les modernes ont complèles tement interverti c'est sans doute deux termes de cette distinction.

doit repousser absolument la première Il de ces innovacar si y a le là plus qu'une question de mots. » « Intelligentia proprie significat inlelligere » (Ibid. C'est que le psalmiste. Et rursus iii via judicii resolvendo redit ad prima principia. toutes les la analogies que ce nom ont éveille dans le monde de pensée. titre même en prétendant conserver sous un autre aussi la réalité qu'il représente. Et sic patet.) . « Ratio comparatur ad intellectum XI.LA SCIENCE MODERNE ET LA RAISON du raisonnement. » qui est generatio ad esse. secundum viam acquisitionis vel inventionis. et je scruterai ta loi. ad quœ inventa examinât. inde est. une puissance d'avec une autre puissance. {De Veri- tate. Les mots ne sont pas ils une étiquette quelconque qu'on attache à un objet. quod ratiocinalio humana. C'est par l'intelligence que nous jouirons de Id vision béatilique. donne-moi que je sache tes témoi- gnages. l'effet on l'ordre et intellectuel par duquel ce nom avait été choisi. 10). Donne-moi l'intelligence. et ad aliquid quietuni terminatuf. En même la temps. afin commande- ments.1. 3. Et quia motus semper ab procedit.. aliud autem imperfecti. réclame avec une merveilleuse insistance intelledum da mihi et vivam. et j'apprendrai tes l'intelligence. l'on abandonne abandonne noble nom d'Intelligence. On tions. procedit a quibusdam simpliciter intellectis. quod in homine eadem potentia est ratio et unum est îmmobili ititellectus. ipsum ut actum intelectus. selon une distmction réelle. Un des noms des Anges est est celui d'Intelligences pures.. quœ sunt prima principia. avec leur objet une surnaturelle est le second des dons elle intime et vivante parenté. 1. les modernes ont ten- ^ dance à distinguer Raison d'avec l'Intelligence comme une faculté d'avec une autre faculté. donne-moi l'intelligence. Notre intelligence aussi précieuse à DiEU que perîecti. si dans le psaume 118 en : particulier. L'Intelligence du Saint-Esprit.

l'esprit comme de dis- humain est soumis par nature à la la la nécessité courir et qu'il ner. à regarder après cela ce que les modernes appel- lent raison et ce qu'ils appellent comme deux la comme deux choses réellement distinctes. intelligence Quant facultés. n'appeler proprement Raison que l'Intelligence prise en tant mouvement et les progressif. il ne peut avancer qu'à condition de raisondistinction n'y a pas d'inconvénient. une le fois établie. nous nous est-il en garderons bien. en pratique. C'est de toute notre intelligence com(2). Philipp. à employer indifFéremment. Toutefois. custodiat corda vestra et telligentias vestras (1). mot de Raison et celui d'Intelligence. et ANTIMODERNE n'envoie rien de moins que sa paix. . sa la garder. au moins chaque fois qu'on les n'a pas à opposer deux opérations de ratiocinari et le d'mvers ielligere. il paix qui surpasse tout sentiment. (2) Marc xii.32 notre cœur. distinction très utile Mais impossible d'interpréter moderne d'une à la philosophie autre manière. et que. qucs illuminât omnem hominem venientem laisser in hune mundum. elle arrive à appréhender le réel. — et Nous devons donc qu'elle se meut d'un aux mots leur sens naturel. et qui pourrait être ? 11 ne faut pas oublier que les (. 7.1) Saint Paul. in- qua exsuperat omnem sensum. 33. ev. me de fin la tout notre cœur que nous devons aimer DiEU En- pensée chrétienne a toujours recoimu dans notre intel- ligence une participation créée de la Lumière divme. pour Et pax Dei. passant d'un concept à un autre enchaînant dans un certain ordre. qui diffèrent entre elles le comme mouvement terme et la possession du terme.

L'œil qui lit. à et à la l'état brut. pour prendre une image. La philosophie moderne si est. en tant qu'il représentera l'Intelligence. sert ne s'occupant de la raison qu'en tant qu'elle ils à la conquête de la vérité. Raison on le voit. dans son fonctionnement normal et ordonné. et qu'en conséquence la prenaient toujours. dont le est ordonné. indépendamment de . comme pure et simple puissance de raisonner. ordonnés tous deux à leur commune premier dans l'autre cas. qu'on compare train l'intelli- gence à un œil en voit. as- que nous appelons Intelligence ou Raison. on a deux termes. n'est pas superposable à la distinccas. surtout pour étudier sa physiologie. Soit. par hypothèse. soit à faux. au contraire. Intelligence (ou Raison). tion scolastique. de lire. on la peut distinguer de et faculté ordonnée à l'être intelligible. Alors ce n'est plus que la fonction mentale du raisonnement ou du discours. ordonnée à l'être intelligible. Si succes- et ordonnés. et puissance matérielle de raisonner.LA SCIENCE MODERNE ET LA RAISON ' 33 avant auteurs scolastiques se plaçaient à un point de vue tout ontologique. l'autre non. Or. il représentera la maintenant l'on distingue encore la fonction physiologique qui a pour objet le simple mouvçment de l'œil. Dans un on avait deux termes. soit selon le vrai. qu'on peut opposer à l'Intelligence véritable. — Cette fin. c'est-à-dire distinction. à ce point de vue. un certain pect de la Raison qui répond à l'exercice de son activité purement matérielle. et elle s'occupe de la raison. ce sera surtout psychologique. chercher les conditions internes de son fonctionnement. en tant qu'il accomplit lire — condition indispensable pour sifs — des mouvements Raison. Intel- ligence et Raison.

exclut tout effort original d'invention. le relatif. et cherche à tout « expliquer » d'une manière uniforme en ramenant le supérieur à l'inférieur et la qualité à la quantité. A quoi peut-elle tendre. par des concepts élaborés tout exprès. entraînée par l'autoet matisme des combinaisons logiques. ordonnée à la fin de l'Intelligence. et en subissant au minimum l'action or- donnatrice de l'Intelligence. La à raison purement discourante. à se conformer adéquatement à l'objet. plus qu'un mécanisme tend n'être d'aspect intellectuel au service de l'imagination verbale. ou presque plus. Elle présente encore l'appareil et l'ap- . l'effort d'intuition). qu'elle procède par syllogismes (ce qui n'exclut pas. Il n'est que trop facile de constater des cas pareils. au contraire. c'est-à-dire le vraisemblable. tandis que la Raison tend à la vérité et à l'absolu. c'est-à- dire à l'erreur ? N'étant plus. ANTIMODERNE la gence ou de Raison. qu'elle s'appuie sur les premiers principes pour aller spontanément au réel.34. ne continue à se mouvoir pour essayer de s'il que voit encore. qui est l'être intelligible. la raison purement discourante peut très bien s'exercer d'une manière médiocre- ment raisonnable. et qu'elle de découverte et cherche. dans ces conditions. la raison purement discourante laissée à elle-même ne cherche que connus de soi. visant seulement le plus bas degré d'intelligibilité. perd confiance en les principes revient sur elle-même dans une perpétuelle critique. dans notre lire exemple. si peu que ce soit. à chaque instant. comme Mais l'œil. puisqu'elle n'est qu'une fonction considérée à part dans la Raison. dès sinon au raisonnement vide et au discours vain. Tandis que l'Intelligence. lors. elle ne peut plus que travailler sur soi-même.

qu'il se meuve avec ordre ou sans ordre. et la formation des concepts et des noms. pour cause. en tout cas tinue d'exercer également la fonction ainsi il con- de se mouvoir. il est bien impossible de supposer que cette soit puissance de discourir isolée absolument de l'Intelli- )- . Il faut donc inventer un terme spécial. Que l'œil lise bien ou mal. que la raison aille droit ou qu'elle erre. sorte de En fait. et les axiomes primitifs. si ne mérite vraiment que elle se conforme à la loi de l'Intel- ligence. qu'elle soit saine ou qu'elle s'altère. les vérités intuitives qui jaillissent sponl'esprit s'exerce. se réduirait à agréger et désagréger des concepts dans une rêve dénué de toute objectivité. la conformation de pensée à l'être par le jugement. tanément dès que et l'exacte application du raisonnem. la que considérée séparément par fonc- tion de l'esprit dont nous avons parlé continue toujours de s'exercer. tout cela n'est-il pas du ressort de l'Intelligence ? La simple puissance de discourir.ent au réel. — Comment appeler cette fonction mentale ? et Le langage vulgaire ne l'a pas nommée. quelques-uns des philosophes qui l'ont eue l'ont en vue nommée et à tort Intelligence. le de raison purement discouelle Quant au nom de fonction du raisonnement. car le raisonnement doit tout ce qu'il a d'être à : l'Intelligence l'appréhension de la réalité intelligible par le moyen du et la concept. de la Raison. on aura l'image de la mentale dont nous venons de parler. C'est l'abstraction. séparée par impossible de l'Intelligence. qu'il voie clairement les lettres ou qu'il se trouble.LÀ SCIENCE MODERNE ET LA RAISON l'ordre 35 fonction de ce mouvement. nous nous risquons à proposer celui de raison matériellement prise ou rante.

mais c'était un privilège de fait. ne saurait tomber dans l'erreur. à s'émanciper de la (1) Sutn. est à montrer constante d'erreur oii pour l'intelligence humaine la nécessité même. la possibilité de se tromper. elle est placée par nature. q. quand le laissée à elle1' même. de raisonner et de discourir.36 ANTIMODERNE n'appelle-t-on pas ordinairement parence de l'intelligence : intelligence une certame agilité à jouer avec les idées ou avec raison les mots ? C'est pourquoi nous pouvons donner à la elle est purement discourante. non une qualité procurée de chute. L'analyse quelle précédente revient. Un intellect intuitif. C'est « intelli- des esprits faux. droit par la nature. . dement cela discursif. qui raisonnent abondamment. occasion en définitive. mais un entena. Après la l'homme se trouvant à la fois dépouillé des dons surnaturels et blessé dans sa nature. En Adam cause de cet entenc^ement était incapable d'errer à la droiture absolue des facultés inhérente à l'état de justice. comme est l'entendement humain. 4. mais qui s'éloignent d'autant plus la vérité qu'ils raisonnent davantage. dans une nature fin serait parfaitement ordonnée à la de l'Intelli- gence. au contraire. a. bien qu'il puisse toujours atteindre d'au- tant plus enchn à l'erreur que la vérité lui avait été plus familière. theoL. est l'entendement humain le vrai. I. habilement. par même qu'il est discursif. (1). tend constamment. dû à la grâce. subde tilement. 94. intègre. gence » nom de pseudo-intelligence. appréhen- dant la réalité sans mouvement logique ni composition de concepts. devenu. La puissance de discourir qui.

par exemple. même pas croire à ce qu'elle voit. se laisse follement conduire vers les marais qui bordent sa route. disait Renouvier. aucune que nous voyions plus clairement que la mort.LA SCIENCE MODERNE ET LA RAISON loi 37 la de l'Intelligence et de la Raison. Depuis quelques jours je remâche la même idée je sais que je je_ n'arrive pas à me persuader que je vais mourir ». Paris. elle ne peut. vrier comme ferait un mécanisme en marche que Tou- ne surveillerait plus. et qui.* 4. faible qu'elle depuis qu'il y a des philosophes sur la terre. et au- cune réalité à laquelle naturellement l'effet nous croyions moins 7 Cela n'est pas seulement taire. est s'est laissé sans résistance. Elle qui est faite pour la certitude. lorsqu'elle cesse un instant de veiller. L'abandonnerons-nous pourtant parce qu'elle est faible ? C'est-à-dire irons-nous. trois jours avant sa mort. qui est si grande qu'elle peut s'élever si jusqu'à la connaissance de son Créateur. jeter loin de nous. Et si peu que Raison relâche son contrôle. p. lumière qui éclaire nos vais mourir. le raisonnement fonctionne désordon- nément. bien souvent. étant dans un lieu ténébreux semé de précipices. * « Cette Raison. duper par les plus grossiers prestiges. relle d'un étourdissement volon- c est aussi un signe de l'étrange impuissance natu- de notre raison (I). à son disciple Prat. 1904. être certaine de : ce qu'elle réalité sait par expérience y a-t-il. C'est une reine languissante qui marche à moitié portée par des escla- ves aveugles. la seule parce qu'elle est vacillante.) . {Derniers (1) « : Entreliens.

l'œil La pupille de l'intel- de l'âme est la Foi » (1) : parce que la vue de ligence surnaturellement complétée par la Foi est conforme à la pensée de point parler ici \ DiEU lui-même. l'intelligence reçoit directement et infaillible- ment la divine substance sans laquelle elle meurt d'inani- tion. qui est une pleine et volontaire adhésion de l'intelligence aux vérités révélées par DiEU. Dialogue slv. par la Foi elle possède la Vérité. cris la ne demanderons-nous pas à grands C'est guérison ? vient Dieu qui nous guérit. 5. le faire renaître. est capable de démontrer que l'Eglise catholique enseigne si des vérités révélées par DiEU.38 pas ? ANTMODERNE Ou plutôt épouvantés par le péril et par notre misric. et du même L'intelli- illumine l'intelligence. aux yeux malades. Bien qu'elle ne voie (1) Sainte Catherine de Sienne. dans l'exercice ordinaire de la raison. vérités dont l'Eglise a le dépôt. qui n*a pas besoin d'user la certitude de démonstrations. comme la grâce vient achever la nature la Foi. la foi. la foi et sans les dons qui l'accompagnent n'est « pas Rachel. Maintenant de et par le je n'entends la merveilleuse régénération qui vient à l'âme par la Foi baptême. cela reste lettre et n'ébranle point l'âme. Mais touché l'homme pour la grâce n'a point morte. La Foi compléter et . . DiEU. mais Lia. du fait qu'elle a reçu l'achè- Foi. — La raison. donne gratuitement coup transforme l'âme gence sans et avec ou sans la preuve (la preuve rationnelle explicite). achever la raison. avec ses seules forces naturelles. J'entends parler uniqueproduits ment des vement de Par la effets extérieurs dans la Raison.

mais maintenant commande à ses serviteurs en reine véritable. tranquille quant à l'essentiel. Certes. elle ne devient pas pour cela infaillible. d'ailleurs con- naissant maintenant le goût de la vérité. affranchie à du scepticisme et de l'ambition de la pseudo-intelligence. qui est celle de serviteur. et elle peut s'avancer sans crainte. Elle croit. mais elle est singulièrement aidée et et fortifiée. Sur les vérités de la Foi. la fois et dedans d'elle. elle jouit déjà de la laquelle elle fut créée. Elle ne renonce pas au raisonnement. contre lesquelles rien ne peut être vrai. puisqu'elle peut se tenir au gardefou qui borde la route aux endroits vraiment dangereux. régénérée par la Foi. aux réalités qu'elle veut connaître. elle n'a si plus soif de rien d'autre. la raison le laisse s'exercer afin de les mieux connaître. Dans l'étude même de la nature. la Raison est restituée dans ses droits de souveraineté.LA SCIENCE MODERNE ET LA RAISON encore que dans un miroir. ire dont elle et sait en possession. ce n'est de la vision béatifique. mais dans elle a pour le maintenir et pour le diriger la lumière d'une vertu divine. ensuite parce que l'ordre et la santé sont rétablis au et que. . tude. non de maître. avec une force de pénétration immensément accrue une justesse plus parfaite. et une certitude supérieure à l'égard des principes suprêmes eux-mêmes de l'ordre naturel. Mais le raisonne- ment est mis à sa place. D'abord parce qu'elle reçoit de la Foi l'ensemble harmonieux des vérités divines. ni aux procédés logiques. fin 39 pour puisqu'elle tient la suprême certi- Elle n'a besoin de rien d'autre. elle peut s'appliet quer. le traitement des problèmes philo- sophiques. Sa route passe toujours elle au milieu de marais de précipices. qui est une récompense de la Foi.

. comme un agent instrumental. conclusions. qu'elle soit contredite par une preuve irré- futable. raison affirme qu'à (1) Cette célèbre formule n'est certes pas acceptable purement et simplement dans le sens où saint Pierre Damien l'entendait. est Car c'est un principe premier de le que ce qui incompatible avec dit. Etudes de Philosophie médiévale. C'est u liberté reur. ch. vrai est nécessairement faux. ou par un dogme la raison. (Cf. et qui semblait comporter une condamnation de toute science profane. à titre de sagesse supérieure. persiste néanmoins dans son erreur. ou par une expérience certaine.40 ANTIMODERNE II Philosophia ancilla theologiœ iae). Gilson. et non servante) passe au service de la lumière théologique. quelle que soit la manière dont l'erreur en question a pu être dénoncée. II. la Si l'on irace pour prendre une image. dans l'nsage que la théologie fait des vérités philosopliiques pour établir ses propres : . que l'intérieur le révélation un vaste cercle à est duquel on rangera tout et à l'extérieur la ce qui d'accord avec dogme. accorde point cette « liberté )). une question pourtant de savoir de la science » se confond avec la liberté de l'er- La Raison n'admet Elle ne lui pas qu'un philosophe ou un savant. (Et physica puella ancil- L'indignation avec laquelle les savants modernes protes- tent contre cet ordre pourtant immuable excite l'admiration. ayant l'assurance qu'il s'est trompé. croient que tout leur est dû et s'imaginent que la vérité est si à la leur disposition.) Mais prise en elle-même. (1). a droit de elle signifie aussi que la contrôle sur les conclusions de la philosophie philosophie (qui en elle-même est libre. ils Parce qu'ils ont dans les mains un compas ou une cornue. indépendamment de ses origines historiques. duquel on rejettera tout ce qui le contredit. de la foi. elle peut recevoir un sens très juste elle signifie que la théologie.

qui songerait jamais à la leur refuser. mais que toute hypothèse située à sera profit de ce cercle C'est tout fausse a priori et. la liberté Ce ou de qu'ils la demandent. solide ou liquide. aussi. et . en réclamant de la science. c'est la manière dont elle nous parvient qui leur importe. Qu'on lise par exemple la les spéculations des biologistes sur l'origine de vie. Or. Ce n'est pas la vérité. ou de la pensée. et l'on de- vinera sans et peine que les penseurs modernes préfèrent a priori. et vérité. dans les l'autre cas par la bonté de DiEU. recherche. vérité venant dix erreurs venant de l'homme à une de DiEU. le champ de ce ? la vérité qui peut être Vrai. comme de ciel. l'extérieur inipossible. comme ils ce n'est pas la n'acceptent de mais eux-mêmes qu'ils cherchent. sans aucune hésitation. en supprimant du coup toutes les hypothèses qui sont contraires. parce qfu'elle est « théologique les et y substituent supposer que hypothèses les plus absurdes. les germes vivants sont tombés du ou qu'une substance inorganique. colloïde de préférence. on verra avec quelle douce assurance ils écartent l'idée d'une )). se nourrir et produire une nombreuse progéniture . pour penseurs du monde moderne. lui lui Tout fait certain découvert par science limite. pour la science la et pour la philosophie. on ne saurait préciser. s'est mise un beau jour à respirer. par suite. vérité que celle qui passe par eux. et qui songe à s'en plaindre Seulement dans un cas vail nous parvient par le tra- de l'homme. la différence est consi- dérable.LA SCIENCE MODERNE ET LA RAISON de ce cercle une foule d'hypothèses 41 l'intérieur différentes sont possibles a priori. ce n'est pas la liberté d'arriver au vrai. création.

par nulle. de se Or. autant qu'ils veuautre partout la veulent. du même ouvrage divin Ce rai- demandent. toute recherche. la science. et tous trois enla semble seront sages. sans contrôle qu'eux- mêmes. chaque science a. cette dans ce que l'on appelle au sens restreint.ent le lui incom- L'astronome . a priori. Toutefois. Et Raison leur refuse a'bsolument cette liberté. un cas particulier.ne s'aventure pas sur terrain du chimiste. et celui-ci devient très humble s'il faut passer près des champs cultivés par le botaniste. métaphysique.e non pas dans de tats ses principes propres qui relèvent les conclusions et les résulle la raison naturelle. La philosophie. avant d'aborder faire métaphysiciens. dont la certi- tude domine. de se tromper comme où ils ils veulent. mais dans auxquels elle aboutit. — . un cercle où elle est compétente pétente. pratiquement comme La en effet. la science doit re- connaître l'autorité de la raison. là même où elle est compétente. la liberté lent. science. selon son objet et d'après ses procédés propres. j'entends dans la science physico-mathématique. elle n'est pas indépendante du dogme. c'est la liberté du sonnement. Voilà principe qu'il convient de reconnaître avant tout. rendue révélation. par conséquent de la révélation. en ce n'est pas la liberté de la raison. la liberté de raisonner sans règle ni mesure. Elle est dépendante du dogm. deux des ? de la même vérité et réalité. la liberté d'être raisonnables. et à l'extérieur duquel elle est totalem.42 ÀNTIMODERNE vérité comment une parties qu'ils de la science pourrait-elle jamais contrepuisqu'elles sont toutes dire une vérité de la foi. dépendance se trouve.

la en général. mais en cherchant à traduire certaines de dans un langage. l'homme. le leurs relations extérieures langage ma- thématique. du monde matériel : c'est-à-dire d'un objet sur lequel la révélation ne nous fait connaître. résultats. restreint. des natures. et en second lieu elle s'ocleur réalité essentielle. la science moderne . Mais la science au sens restreint. La science. . — la révé- lation porte sur des réalités d'ordre historique. et sur des réalités d'ordre spéculatif ou rationnel. C'est ainsi essaient de tendre sur qu'en fait. en ce qui concerne les vérités accessibles soi la raison. encore en tant qu'on envisage le déroulement de leurs s'avancent en tournant constamment le dos à ces vérités. sur des évé- nements.LA SCIENCE MODERNE ET LA RAISON 43 qu'elle nous livre des mystères surnaturels ou qu'elle confirme des vérités accessibles de soi à la raison. par exemple : DiEU a créé le monde sur . par exemple à : l'homme a une âme immortelle et ces événements et ces natures. Et extrêmement non seulement mais nombre lesdites des vérités premières inhérentes aux sciences physico-mathématiques est sciences. non pas en essayant de pénétrer vérités. historique ou rationnelle. de nous sont d'autant plus connus qu'ils intéres- sent davantage le chef de la création. est science physico-mathématique la science rationnelle qui en premier lieu une partie de s'occupe non de toutes les natures créées. et sans risquer de les rencontrer sur leur route. qu'un nombre très restreint de cupe de ces natures. elle aussi. en fait. est. particulièrement la pratique commode ainsi à l'intelligence et à le de l'homme. étant uniquement des complications sans cesse croissanoccupées tes les du réseau mathématique qu'elles phénomènes. mais des natures inférieures.

historiques au sens le du mot. les autres sciences rationnelles et les sciences faits historiques. cosmologiques ou géologiques s'il s'agit s'il de l'histoire du monde ou de s'agit la terre. dès qu'elles essaient s'en vont remontant d'expliquer les qu'elles étudient. rien. Au contraire. et les sciences historiques plus encore. qui ne peuvent point mathématiser. les autres sciences rationnelles. ni de la constitution de l'univers. et qui travaillent sur des réalités dont la nature intime leur importe. de phénomène en phénomène ou d'événement en événement jusqu'à des vérités de plus en plus importantes. — les représentations de l'univers qu'une métaphysique enfantine ou orgueilleuse leur suggérait. de plus en plus gêné- . condition dont les esprits se sont hâtés peu exacts ou peu instruits de profiter. biologiques s'agit étroit de l'histoire s'il des êtres vivants. borné soit-il. mais seulement des abstraites. et d'un autre côté pour confondre avec mathématique proprement vient dite. biologie. nom n'y fait c'est toujours de l'histoire. qui ne s'occupe ni de l'origine ni de l'histoire de la matière. de l'histoire des nations. reste variations accouplées de certaines grandeurs dans son développement. indépendante des vérités révélées. métaphysique. thématique de ANTIMODERNE stricto sensu. à cause précisément de ce qu'elle a d'inférieur et d'incomplet. ni de la nature intime de la ma- tière.44 proprement dite. psychologie. et autres. elle-même. — indépendante science physico- comme on de le voir. la connaissance physico-ma- la nature. d'un côté pour doter ridiculement toute la science en général de la même la indépendance. si mais si incomplète qu'elle ne peut dans se suffire à aucun esprit.

convient. en fait. Et amsi. Quelques détours qu'elles longtemps qu'elles s'occupent avec la multitude des il secondaires. et faits si miers. et ne veut pas que nous confondions avec les dogmes sait divins quelqu'une de nos conceptions transitoires. Si la raison exige absolument qu'on reconnaisse cet ordre et cette dépendance. le même DiEU qui nous a donné la révélation. dans l'application. par la biologie. quelqu'une des vérités dogmatiques auxquelles raison la demande que nous nous les soumettions. c'est et la logique et lui aussi qui a fait l'intelligence humaine. C'est dire qu'elles rencontrent. Elle se méfie. d'une dépendance presque nulle à une dépendance de plus en plus étroite. elle est singulièrement libérale. pour indiquer les étapes classiques. la psychologie. et se défend d'intervenir au nom de la foi. et la prétendue sociologie. faut bien qu'elles rencontrent sur leur route quelqu'une de ces vérités essentielles. elle sait que DiEU étonnant dans ses moindres œuc est vres et que ses pensées ne sont pas fait comme nos pensées . de faire confiance à l'esprit hu- main. pourquoi elle crédit à la science. for- cément.LA SCIENCE MODERNE ET LA RAISON raies. tant que la contraIl diction avec le dogme n'est pas tout à fait irréductible. on voit qu'elles vont en même temps. d'un autre côté. en effet. Elle que jamiais l'homme ne croira assez à la richesse est de la créa- tion. veut qu'on laisse les savants pousser aussi loin que possible leurs hypothèses. la . en passant. jusqu'à 45 des natures premières ou des événements prefassent. la depuis sciences physico-mathématiques jusqu'à philosophie. à l'égard du dogme. si l'on les distribue sciences dans un ordre progressif. de notre paresse.

c'est sur les incertitudes et de la science. que le monde moderne en- tend par liberté. où science vraiment compétente arrivent il non à des hypothèses mais à des qu'elles se trompent vérité. champ le plus vaste possible. est impossible se trouvent en désaccord avec la est de fait. là donc où cette intelligence bien cette la employée. Là maintenant où la science.46 méthode et " ANTIMODERNE science. sur les hypothèses qu'elle peut former. sous peine de périr. le c'est en ' laissant à ces hypothèses liberté . où les différentes sciences sont incompétentes. n'y a le moindre conflit entre Ainsi donc ce n'est nullement sur les certitudes ' de la science. exerce rigoureusement son autorité. est incomplète et infé- . plus une scienc. mais bien sur ce qui la est le plus étranger. et et certitudes. parfois le plus nuisible. que Foi vient exercer sur la science son autorité restrictive. dans les neuf dixièmes de ce qui arrive au public sous le nom de science. Eln vérité. cette insupportable Tyrannie des esclaves révoltés. mais ce n'est point une dance absolue. ni cette ni méconnaissance entière de l'autorité. la Foi laisse à la science toute la liberté souple et heureuse qui convient à la plus noble des activités pureliberté ment humaines. une dure et d'indépen- amère liberté d'orgueil. le maximum de est lui ce n'est jamais sur ce qui dans la science vraiment propre à la science. il faut que la raison. c'est-à-dire. Or. sur aucun des points où la science il certaine elle et de ce qu'elle avance la doctrine révélée. contre les glis- empiétements sent et les usurpations sans nombre auxquels d'eux-mêmes (encore que généralement modestes dans de leur spécialité) les savants les limites de toute science.

pour ainsi dire. sont l'essence de la réalité. comme d'un modèle provisoire. c'est pour s'en aider. là et oij admet tous les degrés d'approximation.atifljis quantitatives entre certaines grandeurs abstraites des phéno- mènes. comme si elle était un approfondisse- ment de la nature de la réalité. après une expérience de deux ou siècles. et c'est pourquoi la science physico-mathétrois matique.1. et même l'approximation est le plus parfaite.lS science moderne et la raison rieure. une sorte de pellicule mathématique qu'elles essaient d'ajuster à la réalité physique. hélas! de ses usurpations. ce qui n'est possible que pour certaines parties de cette réalité. 47 et plus vaste est l'étendue de son incompétence. c'est-à-dire certaines fonctions de la variation de ces grandeurs. ou que les hypothèses qu'elle construit la à leur égard les ambitions naïves de ses fon- renseignent sur la nature vraie . ce n'est point pour prendre cette hypothèse au sérieux. ne sont positives et compétentes qu'en tant qu'elles mesurent les r)5. Ainsi les sciences physico- mathématiques. qui. aussi. pour prendre un exemple. utile aux esprits concrets et imaginatifs. Et lorsqu'elles font quelque hypothèse sur la nature intime ou la constitution ou le méca- donne une vue sur l'extérieur. Mais dès qu'elle s'imagine que les grandeurs qu'elle asbtrait de la réalité. nisme intérieur des choses. d'une représentation schématique. C'est pourquoi ces hypothèses sont souvent misérables au pomt a de vue logique. nous non une connaissance véritable de la nature des choses étudiées. Elles fabriquent de la sorte. dû abandonner dateurs. qu'en fait on n'étudie point pour elle-même. et qu'elles établissent par des lois. des grandeurs purement abs- traites qui font seules l'objet véritable si de la science.

et à vrai dire indispensable. fatalement. il faut bien que. Contre un tel accident. ou encore que son langage et ses méthodes et ses hypothèses conviennent aux sciences d'un ordre supérieur. savant Quand un qui veut s'affranchir de métaphysique honteuse la science. à laquelle elle est subordonnée par et d'une hiérarchie d'une organisation clairement re- connue. ni elle n'est plus ni scienti- positive. mais la protège . faire l'unité dans son Aucune influence exté- rieure ne vient vicier et altérer la science fidèle à DiEU. Toutefois main ne peut ne se satisfaire . contre en fait à ses résultats certains. parce que l'effet la théologie. il s'insinue à rir chaque instant dans ne peut recou: qu'à un moyen d'une efficacité et certaine être intégra- lement fidèle aux vérités révélées. esprit sous cette lumière supérieure. ne touche ni en droit à ses principes. . elle empiète sur un dol'esprit huet maine qu'elle ne peut pas connaître. mais dont la rectitude même suppose de fait. proie illusoire. et il glisse à ces empiétements de l'incompétence.48 des choses et sur ANTIMODERNE fonctionnement réel de la le nature. définie. et par l'autorité souveraine de la Raison régénérée dans la Foi. une ple et ferme adhésion aux âme soutenue sim- dogmes la révélés. et même ont seuls le droit d'y être acceptés. cherchant une la dans les bas-fonds de fausse métaphysi- que qui s'appelle hypocritement science moderne. fique. et si rien de substantiel nourrit. s'égare. de fortes études philosophiques et métaphysi- ques sont une protection sûre. ni compétente. avec des grandeurs abstraites des modèles idéaux le il veut du réel . délimitée. et accessible de toutes parts à l'examen de ni la raison. en général par la et quant aux dispositions du sujet.

et de la foi n'est pas seulement restrictive. la science qui oublie DiEU et qui la se moque de philosophie est viciée et altérée. le la fond propre plupart fécond de chacune grandes des sciences (comme vertes). essentiellement. en relation avec leur racine si commune. la débarrasse de ce qui est une per- pétuelle occasion de perversion. et s'applique à ce qui. fait. inaccessible ni à l'examen de la raison. Mais elle est l'autorité aussi. dissimulée. en ces se trouve différentes sciences. un tel. sont dus à qui. ce. m. mais auxquelles . et fécondante et créatrice. par- tout oii la science.ais vient y adjoindre sour- noisement les plus fausses hypothèses. En exerçant sur la science une autorité restrictive. se laisse aller aux empiétements de l'incompétence. parce que métaphysique honteuse dont elle est la servante par l'effet d'une dépendance et d'une connivence inavouée. C'est de la aussi pourquoi toute science. et vivante. et C'est pourquoi principe essentiel. en à ses prin- cipes ni à ses résultats certains.LA SCIENCE MODERNE ET LA RAISON l'intrusion 49 la des plus fausses hypothèses. effort d'approfondissement métaphysique. ne touche. on la sépare connaissance des premiers principes et des vérités pre- mières — qui ne sont pas son objet propre. La si réalité est une chaque partie de délimitée que nos méthodes puissent la faire paraître. Au contraire. est le en relation harmonieuse avec tout le reste. comme a une portée universelle. et sans toucher rien et la Foi purifie lui la scien- de ce qui peut donner de lui la vie du mouvement. tirent de leurs décou- leur origine de la métaphysique. illimitée. devenant pseudo-science. la réalité.

elle se trouve encore très étroite par rapport à la l'immense réalité. comme tête ou ou le bras d'un cadavre qu'un anatomiste dissèque à loisir. Par la théologie nous sommes donc en possession de cette pleine . mais à condition de connaître aussi les lois I générales qui régissent le corps tout entier. 1075 a 15. seule. c'est lui ainsi que l'unité d'une armée cette unité. nous contente. les vérités qui nous sont données à part. unité nécessaire à la perfection de la connaissance est produit ' l'ordre dans notre esprit. doctrine sacrée. en même temps nous sommes délivrés de l'ambition vaine de tout expliquer et de tout (1) Aristote. pour cette raison que toutes les tentatives de la « philo- sophie des sciences » sont inopérantes. Métaphysique. et parce que toutes les choses du domaine surnaturel étant hors de sa portée. . î et solidem. Or. l'objet qu'elle connaît est mort. l'unité la juxtaposition et ne peut jamais venir de tion c'est artificielle de la cimentaet de ce qui nous est donné séparément. la le secours * telle qu'en nous la métaphysique seule est insuffisante. L'unité ne peut venir que d'une vérité d'un autre ordre qui domine sans forcément les contenir. étant parfaite et parfaitement universelle parce qu'elle vient de Dieu. Mais pour procurer faut. vient de son chef fait il (1). A 10.50 elle ANTIMODERNE tient par et des relations organiques — va au dessèche- ment la à la mort.ent enracinée en nous par la Foi. qu'on peut bien l'on veut étudier à part. parce que sans la possé- des vertus d'en haut notre nature ne peut der elle-même que d'une façon beaucoup trop précaire. ce n'est point une réalité vraie et agissante la tête le comme si bras d'un corps vivant.

une justesse. contaminés d'erreurs que fussent ses fondateurs. la précision la l'harmonie où l'esprit occidental ? parvmt grâce à Scolastique Assurément les disciplines inférieures et l'étude de la m. tions. Descartes. et s'intéresse moins l'éternité. sur l'action divine et l'ordre divin dans la création. une sagesse supérieures.atière étaient fort loin du renoutre dement prodigieux qu'elles ont acquis aujourd'hui. sans être frappé de l'union constante. la foi lui conununique. Sans doute celui que vers la Foi illumine pense à se tourner Dieu plutôt que vers les créatures. et sana remarquer quel profit la science tirait chez eux de sou voisi- . au temps qu'à Mais ce n'est pas au détriment des la facultés naturelles. j'ose dire. fait hommage si à Notre-Dame-de-Lorette de si qui devait. ne peut pas nier ce qu'elle doit à la religion. régler à notre mesure. Rétablissant l'esprit tout entier dans la force et dans l'unité. si des considérations scientifiques aux considérasi pauvres fussent-elles et indignes de leur objet. mais fitable à l'intelligence qu'elles étaient en un sens comprises d'une manière plus pro- humaine. la philoso- phie et une activité. Et l'on ne peut lire les travaux de tous ceux qui ont fondé notre science altière. mal tourner.LA SCIENCE MODERNE ET LA RAISON 51. une pénétration. quoi- qu'elle en ait. Enfin la « science moderne » elle-même. Conunent oublierait-on et perfection lu- mmeuse. ils con- fessaient tout de a même le nom du Christ et ils furent parfois de sincères croyants. leur méthode actuelle a été sur bien des points préparée et élaborée par les savants du moyen si âge. dans leur pensée. le « père de la philosophie moderne cette fille ». même dans l'ordre purement naturel où se trouvent comprises les diverses sciences.

III La raison est donc achevée et régénérée par la foi. ainsi établie dans la lumière et conformée si à son type éternel. Mais cesse. Certes. travail pris l'habitude de n'appeler science que finit il le de ces disciples. dans l'assemblée des sciences. la guettent à la représentent. Aujourd'hui leurs descendants veuet lent oublier tout cela. l'orgueil. siège en reine et maîtresse. et elle doit veiller sans Car elle n'est point dans la paix. la pensée discursive. tanquam leo rugiens. dont l'immense grouillement par cacher le travail primitif. on a pour un seul génie des milliers de disciples. la parole. taines comme pour un seul architecte et il peut y avoir des cen- de manœuvres. une fois faite la décou- verte première. une fois tuée et le ramenée la profitable proie. la paet l'envie de savoit des choses élevées. dépeçage ensuite ou l'analyse vont tout seuls ou à peu près. faut. son ennemi. le concept. mais dans la guerre. et cette raison. le travail de fond sans quoi n'y aurait pas de science. n'est nullement et d'aucune . quand lutter elle veut tant chercher la vérité dans les est sciences qu'elle sur la terre contre la nature corrompue par le péché. et qu'on aime pour chaque instant. resse.52 nage avec la ANTIMODERNE religion. comme. rôde toujours autour le d'elle. La curiosité. une sorte d'avarice spirituelle par laquelle on préfère à la réalité la monnaie des concepts qui eux-mêmes. il lui surtout )). Placée par baptême dans (( l'ordre surnaturel. elle est fidèle.

leur prévarication a commencé l'autorité de se donner carrière. aussitôt la foi qui la fortifiait et la préser- que vait la raison abandonne de toute chute grave. lex perihit a sacerdote et ovi consilium a senioribus. dème ou un moderniste pour proférer pareil blasphème mais dans V usage que nous faisons du concept et de la pensée discursive. cations pour des conditions du Erreurs où la raison purement discourante va d'elle-même tomber dès qu'elle échappe au gouvernement souverain de l'intelligence . En la ce temps-là. Depuis oià l'époque de Réforme. et 53 il n'y a qu'un Euthy. plaisir et transportée dans les caves obscures de leurs misé- rables demeures.LA SCIENCE MODERNE ET LA RAISON manière inapte en soi à la vérité. ils ont peu à ils peu détruit et la vigueur de la raison. nous risquons constamment. tique ou faciles à notre analyse plutôt que la vérité de nous imaginer ce qui doit être seulement pensé. et aussitôt qu'elle devient orgueilleuse ou infidèle. et de prendre les impuissances de nos expliréel. si notre raison ne '^" ttVS't de chercher des images commodes pour notre pra. au lieu de chercher la vérité. Et en vérité et l'ouvrage de . dit Ezéchiel. l'ont par violence et par ruse le soleil arrachée du sol fertile où elle croissait librement sous de Dieu. Et là ils l'ont maquillée et travestie à les en une ridicule idole qu'ils ont convoqué c'est. erreurs de portée immense. à la santé et qui deviennent infiniment dangereuses comme à la beauté de l'esprit humain. de généraliser à faux au lieu d'approfondir. de prétendre tout expliquer à notre mesure. veille. eux-mêmes peuples à venir adorer. qu'elle se cherche elle-même. L'âge est depuis longtemps venu raison périt par la les philosophes et les savants.

parlant des temps modernes. de papier. souillée de plus en plus par une inconcevable ignorance. en une immense nappe de médiocrité. on verra ce qu'il en la en réalité. Mais de l'on veut estimer les choses à la est qualité. est bien là. Le monde moderne produit et consomme une Il extraordinaire quantité de denrées intellectuelles. pervertie. cette pseudo-raison. et elle règne. illustration Les philosophes du de cette le XVIII® siècle sont lors le une bonne vérité. à l'époque même sommes. infidèle à son Créateur. tant tant de laboratoires et d'instruments. tant de professeurs. à l'activité ordonnée. . dépouillée de la foi. tant de chercheurs. et l'on sera épouvanté diminution de l'intelligence. plus abjecte est sa déchéance quand elle apostasie. non au poids. mais l'Intelligence véritable n'est plus qu'une pauvresse chassée de partout.54 ANTIMODERNE en adorant ce simulacre d'intel- leurs mains qu'ils adorent. livrée aux fantaisies aveugles du raisonnement déréglé. gagnant fond. L'in- ielligence au sens vulgaire. au point de vue intellectuel? l'activité toute A substituer matérielle. que leur caractéristique est un affaiblissement et une déchéance générale de la raison. n'y a jamais eu tant d'auteurs. bien qu'on peut dire. temt si de talent. la réserve commune. de la puissance brute de raisonne! laissée à elle-même. Plus glorieux était le sort de l'intel- ligence régénérée dans la foi. En quoi consiste le progrès moderne. l'agilité à remuer des mots. et s 'étalant. Depuis mal cheles mine peu à peu. de la raison purement discourante. avait vastes couches populaires où l'esprit humain coutume où nous Si de se renouveler. Op- timi conuptio pessima. dénuée de toute lumière intuitive. valant et croissant seulement en quantité. ligence.

erreur ou vérité peu importe. On ne sait plus choisir. délivrée par le goût de l'indivî- .ent peut-être prouver. à la rigueur. pseudo-intelligence absorbe tous les efforts dans et d'analyse. ruinées peu à peu. doit se cacher derrière une plate et écœurante fiction où le sentiment trouve à s'attendrir. broyant. en une sorte de pâte amorphe qu'on peut découper comme on veut. et s'accommode que les instituteurs et les journaux sont chargés de distribuer aux âmes. Toute vérité. Il semble qu'en ces temps et qu'elles la -vérité soit trop forte pour les âmes. qui savent que frères tales baptême a leur fait d'eux des Anges. pour être acceptée. critiquant. nourrir leur esprit de sucreries sentimen- ou d'opinions vaines. et avec beaucoup de bonne volonté. et qui veut qu'on dise oui ou non. Et l'on ne même leur plus de voir une foule les de catholiques. épouvante sait raison débile.lS science moderne et là raison valant seulement par la qualité. et l'on pense si que peut tout homme est mortel. cela seulem. et chercher vie loin la de l'Eglise. avilissant toute pensée. l'imagmation à se délecter. et transformant tout ce qu'on lui présente. qui se prête à toutes les manipulations et à tous les goûts. de l'Intelligence et 55 de la Raison. on ne plus tirer la conclusion d'un syllogisme. une vaine prétention de critique La petite mé- canique du raisonnement va sans arrêt. ne puissent plus se nourrir que de vérités diminuées. mais sans est certitude. le raisonnement à subtiliser. discutant. tière Dans tous les ordres et de l'activité humaine ma- déborde triomphe. abaissées. Les la vraies spéculations de la raison sont aban- données. émiettant. et si Paul est homme. Mais la réalité. dégradées. qui a une forme et qui la résiste. que Paul s'étonne mortel.

n'y a plus de joie. convenant à tout et à rien. n'y a plus que l'ennui pesant du mécanique. occupée. toute vérité qui n'appartient pas à l'ordre des agencements mécaniques de solides matériels. la Privée de lumière de l'intelligence et débarrassée de son contrôle. A la seule idée de l'absolu cette raison dépravée tombe en défaillance. armée par l'art la tradition des rudes disciplines de la logique. j'entends de la diviser en éléments qu'elle connaît déjà ou croit connaître déjà. c'est-à-dire qu'elle ne peut recomposer à sa guise avec des parties déjà connues. à nier. banale. plus haut. en définitive. à l'idée du surnaturel elle s'exaspère. Il imposer la forme et comme le rythme de l'esprit. ques types conventionnels. la raison purement discourante. et qui ressemble à un jouet de quatre sous découpé dans du carton. mais de monnayer toute notion nouvelle. parce qu'il n'y a plus personne qui pense en son cœur. desolaUone desolata. énuméré quel- ques-uns. sans et effaçant de toute chose son originalité propre.56 dualisme ANTIMODERNE et par l'idéalisme à bon marché de la contrainte oii la tenait. et l'automatisme découragé des besognes Et la terre est désolée. à remplacer la glorieuse réalité des oeuvres divines par une pâle et morte image. usée. travail bassies. A ses . afin de réduire toutes choses aux queleffigie. que seuls elle reconnaît. la raison bavardante. faite uniquement avec des vraisemblances et des possibilités. de lui ou de la morale. une Intelligence qui pouvait. délavée. non point de la vérité. les vices naturels tombe dans tous dont nous avons. et Il la joie est le fruit de l'intel- ligence et de la foi. elle s'emploie à nier toute vérité qu'elle ne « com- prend » point. jadis.

Et quant au place heureusement par nom le de DiEU. Elle ne sait que la nier. une cause.LA SCIENCE MODERNE ET LA RAISON yeux beau le 57 bien et le mal sont des préjugés de hottentot. ni la conti- mouvement. Elle aime l'égalité par en bas. perfection. dénuée de tout caractère positif. partout où il s'agit d autre chose que d'une différence de température ou de lui niveau d'eau. simplicité. ni l'éternité. toute harmonie et toute finalité. rem- mot plus ni la satisfaisant d'évolution. grâce et gloire sont pour elle des mots de l'autre monde. elles se volatiliseraient. toute La hiérarchie des qualités et des hiérarchie. sainteté. Et fie pauvre veut )) âme qui se à cette caricature vérité. croit de la raison. Gé- providence. et elle se livre aux bavards aux sophiates. ils ne la lâcheront pas qu'ils ne . ni la durée. elle s'élance vers les plus menteuses apparences de bien. lui procure une petite fureur. ni ni une fin. Elle ne peut nuité. lui semble une allé- gorie dangereusement liberté. avec une ardeur inquiète qui est encore de l'amour. le le et le laid des notions tellement « relatives » que sans secours de la sélection sexuelle. souveraineté. saisir ni l'unité. ou de la vocation d'un homme. c'est pourquoi l'idée de V élection d'un peuple. vrai se confond avec ce nihilisme désespérant ce qu'elle aime et sa vie elle croît que tout même n'est qu'illusion. paraît mythologique ou. le et qui « malgré tout la naïvement que . singu- lièrement héréditaire. et pour elle tout s'équivaut et peut indéfiniment s'entre-changer. en tout cas. très saint celui de vérité bien elle le davantage. comme nie. distinction La du supérieur et de l'inférieur. ni le ni l'être. Elle se rit des questions de vie et de mort. ni la vie. essences. Le mot de réalité lui est suspect.

ils sont encore (1) Platon. constamment avoir torale brille. gravem. où les ailes de l'espérance peuvent à peine Ces innombrables malades furent créés jadis embrassent de leurs mains les objets à l'image de DlEU.ent assis par terre. soutiennent que cela seul existe qui résiste au toucher et donne le prise ils si confondent dans leurs définitions corps et l'essence.anière doc- qu'on ne saura jamais DiEU existe et si le soleil comme en attendant il faut bien vivre. mais nos âmes n'éprou- vent que trop d'hôpital. et des arbres à embrasser de leurs mains. aussitôt hochent le méprisent complètement et ne veulent plus rien en(1). Ah ! quelle résurrection de lumière. mais combien d'entre eux sont encore des hommes ? Les uns « les pierres ils et les arbres. et après amplement raisonné. et quelque philosophe se hasarde à leur dire ils qu'une chose qui n'a pas de corps existe. Sophiste. Domine ut Fili videam. ils font toujours comme si DiEU n'existait pas et comme si le soleil était éteint et n'ayant pas même la solidité des pierres . tendre » Les autres. David. 246 A. . — Quid tibi vis faciam? — — Miserere met. de cette sorte. la et demandent point la guérison. quand JÉSUS touche ces ses doigts bénis qui ont fait le ciel et la yeux morts avec terre 1 Toute qui ne la terre est remplie d'aveugles et d'estropiés. Nos yeux ne cette savent point apercevoir leurs difformités.58 l'aient ANTIMODERNE rendue complètement aveugle. mais opinent d'une m. Agrippés à tous aux sens. la tête en répétant que tout ils si est relatif. pesanteur enfiévrée de atmosphère se déployer.

pour l'objet qui nous occupe. D'autres. conquisitores hujus sœculi. et effeminatî dominabun- Mais gradée. sont possédés d'une telle manie d'analyse qu'ils refusent l'accès de leur âme à toute vérité qu'ils ne « comprennent » pas à leur manière. c'est-à-dire qui n'est point ramenée tout entière à autre chose qu'elle. et science physico-mathéma- par suite extension à toute science en général de la l'indépendance à l'égard du dogme qui ne convient à science physico-mathématique que par un cas particulier. et ainsi et ils se esprit. enfin. Et daho pueros principes eorum. pseudo-science com- la science ses généralisations enfantines et ses confusion de toute la science en général. nous plus ne retiendrons. et la science osmose entre l'une et l'autre. n'ont pu faire surgir qu'un le informe chaos.LA SCIENCE MODERNE ET LA RAISON 59 plus vides et plus dénués que les premiers. dévorent eux-mêmes dans l'éternelle aridité de leur les Mais leur uns et les autres sont d'ordinaire également et de état. Parmi les confusions qui leur sont naturelles. avec tique. et . ils En voulant tout reconstruire sur leur table rase. communiquant à et la pseudo-science les apparences et la de l'exactitude muniquant à sous-entendus. illi- la pseudo-science qui juge de tout. se dévouent d'une façon philanthroet à la pique à l'instruction du peuple conduite des nations. fiers de suite jusqu'au néant. ra- tionnelle ou historique. avec l'étendue mitée de son incompétence. si l'intelligence est à ce point languissante et dé- c'est principalement par la faute des philosophes et des savants. de la rigueur. : que et les suivantes Confusion entre la science proprement dite. tur eis.

Toutes ces confusions sont renfermées aussi convenablement que Liberté de la possible dans un lieu commun tel que la pensée \ ou la Liberté de la science. confusion entre la liberté de trouver la vérité et la liberté de se tromper comme et la on veut. au tain jour et la pureté d'une cause étrangère. reste. confusion entre l'indépendance de fait dont jouissent les certitudes acfait. confusion enfin entre les droits de la vérité vanité des savants. entre le respect qu'on doit a une vé- vénération qu'on devrait à toute idée ou toute ima- gination étiquetée scientifique. confusion entre conclusions (et de chaque chaque science (qui viennent de la raison naturelle. hypo- avec une indépendance de droit dont toute thèse quelconque formée par la science. en l'esprit humain est malgré sa faiblesse une belle créature de DiEU. quises par la science. ne contredit jouirait le dogme. et rendue ainsi sacrée. accidentelle et imprévue. Non. Toutes ces confusions ne viennent point. et que jamais en elle fait. qui sont soumises au contrôle de et extension abusive aux secondes de l'indé- pendance de fait qui est naturelle aux premiers. survenue un cer- comparable à quelque maladie qui aurait attaqué limpide d'une innocente science. . c'est-à-dire à l'esprit de rité et la l'homme. quand la science est certaine de quelque chose.60 parce qu'en fait ANTIMODERNE elle ne vient jamais rencontrer une vérité les principes propres de dogme. parce que. non de la théologie) et les quelconques auxquelles science peut conduire la théologie) . armée pour la connaissance. elles étaient présentes dès l'origine même de la « science moderne ». entre le respect qu'on doit à la vérité et la vénération qu'on devrait à la « science ».

la de travaux de botanique. n'aient pris le parti de détruire le mal par la suppression du malade. elles l'ont accompagnée au sont parfois la cours de son développement. non des brise-raison. Le mal a grandi en ont tous même deux temps que l'enfant. Ainsi constitutionnellement d'ailleurs.. Et maintenant qu'ils pris de l'âge. La science moderne. cette épuration. la maladie qu'elle tient de l'orgueil. qu'on voulût bien l'accepter. si les symptômes du mal sont devenus si apparents. et faciles à distinguer des phéno- mènes de rait la vie normale. catégorie histoire etc. dès l'instant qu'elle vit le jour. mal et chasser l'orgueil profit du vaste corps de avec la science. infectés par quelque microbe aussitôt science moderne a apporté avec elle. et contemporain s'y la partie est employé avec succès. Mais pour ce si travail il faut des philosophes. dus à seule patience d'admirables observateurs ou de consciencieux érudits. au grand de celle-ci. En tous cas cette distinction entre la science elle. et qui n'ont rien de spécifiquement moderne. et de se délivrer de la pseudoscience en se débarrassant de la raison. les petits bergsoniens de Mégare ou d'Elis. On sains sait que certains germes que conçus. cette purgation de l'esprit est le premier devoir de la vraie philosophie. et le parasite qu'elle porte cette analyse. et je ne parle pas la ici de beaucoup (minéralogie. qu'une médication énergique pour- sans doute. je ne . que certains de ses disciples.. négative de son œuvre. à supposer. vivants. — au moins dans — en peut néancraindre un grand philosophe moins.LA SCIENCE MODERNE ET LA RAISON elles 61 entouraient son berceau. ou histoire. malgré l'absurdité d'une expulser le telle hypothèse.) naturelle entomologie.

c'est-à-dire au dévergondage de l'esprit. ni du merveilleux instrument de domiles des phénomènes que disciplines expérimentales torrent d'étula ont progressivement élaboré. la théologie du salut par la Raison. ou- . — bien qu'en la théorie ils séparassent fort bien la science de désobéis- sance. faite par d'hum- âmes amoureuses de la vérité. par l'énormité de leurs ambitions. Mais je dis qu'ils étaient embar- qués dans une entreprise dont une certaine Métaphysique insidieuse. avait saisi la direction. je parle des. depuis Renais- sance. du grand de théories et d'hypothèses qui roule. à la suite de la physique mathématique et de la philo- sophie rationaliste. une simple bles science moderne n'a jamais été tout uniment et tranquille étude de la nature. allaient en réalité. qui furent en grande part les fondateurs de la science moderne. et qu'on peut les accuser de quelque candeur s'ils ne s'^n sont point aperçus. à la revendication de l'indépendance spirituelle. la et qu'on appelle en bloc la science moderne. Les intellectuels ivres d'hypothèses. J'en- tends bien qu'un grand nombre de savants furent. et parce qu'ils chérissaient uniquement la science humaine. ornés de toutes ces vertus. Assurément avec ils savaient trop bien leur catéchisme pour confondre l'autorité souveraine de l'Eglise en matière de foi les prétentions que leur opposait en matière de science un aristotélisme atrophié. ou plus exactement une certaine Théologie.62 parle pas non plus ANTIMODERNE de ce que l'analyse isole et définit comme pure et nation vraie* science. mystiques de la nature. les les enthousiastes du nombre. en effet. sachant ce qu'elles doi- vent à Dieu et coimaissant les limites de leur savoir.

Et le tumulte reprit de plus belle au XIX* à la pseudo- siècle. mais qu'on gardait reli- de côté. mais ne les reconnaissaient plus dans leur cœur : non qu'ils fussent incroyants ou athées. seulement de terrestre philosophie Dès l'ennemi de Dieu préparait la science. pour que ! l'esprit se nourrît lors. mais par les les circonstances de sa naissance et et vices de ses progéniteurs. monde étaient plus grands soit à que leur foi. soit par respect pour la gion. en tout ce qu'elle a d'exact et de véridique. science moderne est devenue. mais parce que leur le désir et leur hâte de posséder foi. ce magasin l'erreur se fournit cons- de confusions et d'idées fausses où . fin. comme la plupart de leurs disciples modernes. à l'infidélité intel- lectuelle. grâce à la pseudo-science. de la liberté de pensée. une infidélité morale. un furieux bélier contre tour de David. et ils s'y conformaient encore ils en apparence par formalité. la discipline théologique et l'autorité du dogme leur étaient un joug insupportable. on entretenait à plaisir les in- nombrables confusions que protège et la nourrit le lieu com- mun. mais préciséla ment parce qu'on ne distinguait point des plus vaines amplifications philosophiques. n'est absolument rien de cela. cité plus haut. non par nature. par une infidélité d'intention. à cette grossière divinité qu'on adore dans les écoles pricette forteresse maires. la science. Toutefois. la à l'orgueil intellectuel à la la vanité rationaliste. cause de la divine ténacité du baptême. et à devenir. Ainsi liée. Inerme qu'on gardait. Certes. quand la pseudo-histoire vint s'adjoindre science. de l'esprit du monde. une mala chine de guerre contre l'Eglise.LA SCIENCE MODERNE ET LA RAISON 63 blieux des grands principes de la scolastique. à l'infidélité déclarée.

Sutnn iatelligere est mensura et causa omnis alterius esse.64 tamment de munitions. Comment stérilisant. des philosophes modernes. la science de rhomnie prétendra aussi être la mesure au lieu de s'ordonner à l'être. Une telle idée. elle prétendra ordonner de toute chose l'être à elle-même. se réduire à raison » du rationalisme doit fatalement raison purement discourante. (l) L'être mesure et la . et Viiilellcction de Dieu est la cause de tout autre être et de toute autre intellectioii. de plus. et par suite à vouloir tout science humaine (l). . comme fondement du En un mot. S.) D'où il suit que si on substitue la science de l'honiine à ht science de Ditu. au fond. et Alors il ne s'agit plus pour soi que de démonter de et remonter à l'intérieur de un univers d'idées claires. etc. réel. la chair qui ANTIMODERNE cette épaisse et pesante sagesse selon l'esprit menace d'écraser s'étonner. et par là dissipera toute vérité et se dissipera ellemême. que privée de toute discipline supérieure. du subjectivisriie. s'ordonne à sa fin l'être. l'intelligence. humain à chercher Dieu. ait ! et livrée à un individualisme la constamment dépéri à mesure que notion science progressait curcir. q. saisit seulement ce petit point que l'intelligence et même. les vérités mathéles seules matiques étant que notre esprit découvre ou croit découvrir en lui-même. conduit forcément l'esprit l'être. à substituer. de s'expliquer toute chose par réduction aux plus simples éléments omettant l'être conceptuels préexistant en lui. / de Dieu est son iiitellection. (Saint Thomas. du relativisme. non dans la en conséquence à substituer sa propre science à est la l'a science de règle de l'être. la la (( l'idéalité mathématique à l'être de DiEU. 5. Telle est. dès lors. th. I. humain.. même de a été la la raison a fini par s'obsla l'Intelligence remplacée par « fa- culté critique par prétendue raison du l'esprit rationalisme. et La ». la vraie raison de l'idéalisme. XVI. qui mesurer à en lui-même.

pacifique. au contraire.LA SCIENCE MODERNE ET LA RAISON C'est bien 65 de cette pseudo-raison du rationalisme que relève la science moderne. fisait. c'est au moment même telles autres disciplines. mais inset vivante. erreur très détestable qui l'avoir frôlée. tout naturellement incitées à la présomption par leurs éton- nants succès. auiait de l'Eglise anin:e i ntpnt de DiEU. La Foi truite et seule. que rien n'est que ce que l'homme vrai ou croit savoir expliquer. si pourtant. mesuré. lié en toutes ses parties. prenaient imparfaites et exposées au déet se trouvaient un énorme accroissement. comme la pseudo-science avec la science. pu défendre efficacement l'Intelligence. semble être naturelle à tout esprit formé par la science sant et si moderne. ce qui est vrai. purement humaines. oii les Mais. et à déclarer qu'il faut aban- donner doit la raison pour être chrétien puisque Pascal . en l'enseignement ample fort. puiset pénétrant la soit-il. Dès lors foi. que rien n'est que mathé- matique. d'assurer. quand il n'est point nourri protégé par doctrme théologique. il suf- pour endormir et aveugler cette insuffisante grâce à la complaisance et à la médiocrité des catholiques en ces temps. sordre. confondant cette pseudo-raison avec la raison. On en vient alors. et comme nécessairement mélangées. qu'on se mit à négliger la théologie et à se contenter d'une foi ignorante et diminuée. lorsqu'elle unit et confond avec l'étude purement scientifique de la nature lement avouée te — — seule officiel- le sous-entendu perpétuel que réel et DiEU le n'exissait pas. la foi simple. à séparer la raison de la foi. vfj nourrissant. que la science n'a pour . la foi catholique.

par . en réalité on nie catholique d'une façon radicale. naturelle ou la notion de la neutralité. mais en substituant à la doctrine catholique de l'obéissance due à Dieu autre. on nie qu'il existe une vérité. vous provoqueriez en eux. on fait en même temps comme si Dieu existait. car alors. des sciences de la nature. n'est-elle pas ap? plicable à la race des savants dire que Il Être neutre consiste à ne pas DiEU existe et à ne pas dire que DiEU n'existe pas. mais qui est le type même de l'absurdité si Dieu existe et si s'il demande quelque n'existait pas. En rappelant à nos philosophes que le baptême oblige en philosophie comme ailleurs. parmi les représentants attitrés de la philosophie moderne. faut donc ou faire comme : si DiEU existait et faire si comme DiEU si Dieu n'existait pas s'il Attitude qui a un sens est inexistant ne demande absolument rien. en toute science. comme dans les deux cas on ne lui doit rien. un ordre supérieurs à la nature. sont chrétiens sophes. une vie. selon le mot de Mgr d'Hulst à propos de Descartes. chose. et à la révélation. non les vérités surnaturelles. 11 à l'égard de la foi. y donc moyen d'être neutre à parole de l'égard de DiEUP Ou bien la JÉSUS-ChrisT : Ce- lui qui n'est pas avec moi est contre moi. il et sont philo- y en a peu qui soient des philosophes chrétiens. n'y a point de notion qui marque mieux que les celle-là l'étonnante dépression a-t-il de la raison dans temps modernes. en faisant comme si DiEU n'existait pas. contraire de ce qu'il faut faire si DiEU Quand donc on déclare que la foi la science est neutre.66 ANTIMODERNE objet que l'étude de la nature. car alors en fait faisant le comme DiEU on nécessairement existe. il y a bien des hommes qui. C'est pourquoi.

dès le principe. Le pape dans une encyclique célèbre.LA SCIENCE MODERNE ET LA RAISON votre feriez 67 vous leur défaut de tact. Non et seulement infidèle. c'est-à-dire qui se met dès \ë principe. au service d'une métaphysique niant et contredisant la foi. puisqu'elles émanent toutes deux de doit si la Mais : 11 que cette proposition s'entendre ainsi la science ne saurait contredire la foi foi. qui n'est que le plus enfin simple vêtement intellectuel de vaine gloire. la mais de science. cette prétendue science n'est pas de bonne foi. le fait Cette négation n'est pas la de la science. elle trompe les pervertit les âmes complètement. de la peine. comme la le fruit d'une métaphy- sique. Si on ajoute à cela que cette métaphysique n'a d'autre point d'appui avoué que ces prétendus résultats de la science. dire. la Léon XIII l'a dit science du physicien Va de soi et celle du théologien ne sauraient se contrela vérité. métaphysique honteuse qui se cache derrière Seulement on dissimule soigneusement cette négation sous l'équivoque du mot neutralité. on aura quelque lequel tourne idée sans de l'incomparable cercle vicieux dans cesse la pensée moderne. Autorisés ou séduits par les « intellectuels » mo- . et en essayant de le dissimuler. elle. sont le résultat de la science « impartiale » alors qu'elles étaient là. et l'on fait croire aux ignorants que les conclusions contraires au dogme auxquelles on aboutit . vous manqueriez à la négation fondamenils tale sur laquelle vivent. un étonnement sincère. souvent à peine consciente. science est de bonne Or la (( science )) qui se déclare neutre. et qui donne pour ses propres résultats les hypothèses de cette métaphysique. mais perfide.

la et sur les sujets les plus saints. pour : toucher les cœurs. il la vie surnaturelle à faut qu'elle ressuscite la raison Et maintenant. Ils se moquent des exigences de mais ils la raison. dans ce désert la parfaitement Culture aride que diable appelle en allemand derne. (1) Saint Paul. et dernes se mettent. La récompense. si la philosophie est quelque chose. d'abord dans l'étude de puis en toute question. iv. elle a pour premier devoir de préparer en cela les voies de la grâce. 1910. une atmosphère la raison et qui. à user de lumière naturelle au gré de la concupiscence des yeux. ont le prurit flatter aux oreilles. les excitations mentales. Toutefois. elle-même.68 ANTIMODERNE la nature. II Tim. la C'est ainsi qu'en devenant l'éducatrice des fait Science moderne régner en eux une espèce d'hérésie universelle. la grâce. esprits. Ils Ils n'aiment pas la vérité. se donnent une foule de maîtres pour sottise est leur leurs désirs (1). quelques-uns l'entendraient peut-être. — dans mo- désert et ridicule. doit opérer une double régénération il ne faut pas seulement qu'elle donne une raison déjà vivante. . 3. le — Sans doute atroce le elle prêcherait dans le désert. ajoutant de ténèbres qui que est la mort de pour ainsi dire une nouvelle déchéfait ance à la déchéance originelle.

LA LIBERTÉ INTELLECTUELLE \ .

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avec les seules forces de la nature.. la voix du Père seule . à de ces vérités primordiales. de découvrir peu à peu. I En et droit. Nie. et monde admirable des lui vérités métaphysiques la des vérités morales. secours ordinaire que DiEU nous donne dans considérer l'ordre de la nature.. dans des signes comme les miracles ou commie l'Eglise. ignorant ou savant. de ces vérités qui donnent à l'amie qui soit plus haute joie sont naturellemient accessible. vu). a tout ce qu'il faut pour connaître la vérité naturelle. absolument partir parlant. nature. qu'on peut les comme une est dot de gratifié. La le raison à elle seule est donc capable. aÙTapotécTaxoç x. Elle est ca- pable aussi de discerner. même le les vérités si fondamentales telles que l'existence de Dieu avec résultent aisément du jeu spontané de nos facultés. dont tout homme.. et qui en elle comme les pierres d'attente du dogme révélé. non pas sans doute l'action de DiEU auteur de l'ordre surnôfcturel — cela. la raison humaine. Chapitre II LA LIBERTE INTELLECTUELLE 'O 0£ crocpoç. Aristote (Elh.

pour la philosophique. janv. que dans do mais qu'il connaître.. a. ne semblent explicables tout spécial que par un secours de la Providence. t.-fév. 411-415. de Revelationc. pp. Le Surnaturel essentiel et le Siirrwturel modal selon les Thomistes (Rev. sans le secours d'une grâce siiéciale ou de la révélation. de posséder. Cette impuissance est la marque par ex- cellence de sa faiblesse et de sa misère. disait déjà Cicésoit qu'un philosophe ne se trouvé pour soutenu. cliap. /> XIV. La et raison humaine.iruUté de la loi {Rev. la il faut dire décliue. que et la doctrine d'Aristote. thom. sans y mêler l'erreur. Cette intégrité de la vérité naturelle. La Surnaf. I. Cf. 1914). si et l'histoire des sagesses antiques décèle nettement et si uni- versellement raison une véritable impossibilité pratique. le malgré ses quelques déviations. avec ses seules forces. . t. . 1. raison est capable « )>l)ysi(iU. ce qu'elle a les moyens (2). c'est cela qu'elle n'atteint pas (1) Cf. le — mais l'intervention directe de DiEU auteur de la nature. De Revelationc. I. ce qui est à sa portée. § 4 (2) l'élat Pour employer de nalui'e le langage des théologiens. laissée ne conserve n'augmente sa moisson à foison. P. la raison.. I. suffisants d'atteindre. d'éviter l'erreur. mai-juin 1915) . et de en vérités qu'en y mêlant l'erreur devant les signes de la Révélation. elle se trouve d'ordinaire aveugle. de Gralia. R. Contra Génies. tous ces biens intellectuels sont à la portée de les atteindre. . elle peut En ron. Saint Thomas. disp.72 ANTIMODERNE révèle en donnant la grâce (1).'incul )> toute vérité d'ordre naturel. et d'établir ainsi le faii de la révélation. 1. GAnRiGOU-LAGRANGE. Garrigou-Lagrange. et même une sorte d'inspiration naturelle. les sages fait. fait pourtant il n'est pas d'absurdité. à ses seules forces.es vérités. est Ce pour quoi elle faite. thoin. en général développement du génie grec. l'ensemble de . iv Gonet. ne lui est pas vwralemcitt ])ossU)lc. comme du monde romain devant le Chris- tianisme naissant.

Gard. (2) Smn. et dont causes doivent par suite être constantes. De div. 1. a. Un désordre de la raison quant à la fin de la recherche : l'intellifrence humaine l'être étant. en toujours. et un désordre de la raison quant aux moyens. philosophique est perpétuellement expofait. et et par la Révélation tous les secours au delà. III. 8. cvi. et ayant l'^ort}' une capacité naturelle (2) lui infinie. n'est pas tenu de nous donner dans l'ordre naturel le secours aurait pas refusé au cas permanent où il et efficace qu'il ne nous n'eût pas destiné l'homm. q.LA LIBERTÉ INTELLECTUELLE 73 Impuissance accidentelle et relative. non essentielle et absolue. — — la débilité ' qui occupe le der- et les blessures que le péché d'origine a laissées en nous. 1^. cap. theol. quant à de la re- cherche intellectuelle. sans doute. il semble bien que grandes erreurs philosophiques on pourrait retrouver l'action de certaines grandes causes de déviation. nous donnant en dans l'ordre surnaturel convenables. nier rang parmi les esprits. que DiEU. cv. civ. naturel- lement faite pour ainsi en général et sans restriction. les Impuissance générale pourtant. 3. à éviter Ces grandes causes de déviation un désordre de la raison sont avant tout. theol. On peut dire fait d'abord. c.e à une fin surnaturelle (I). et qu'elle ne saurait. Mais à pousser plus avant dans toutes les l'analyse. au point que saint Thobien qu'inefficace et mas attribue un désir naturel. § iv. On peut invoquer aussi naturelle de l'intelligence humaine. comme intelligence.. 3. (1) Cf. la fin à nos yeux. I-II. p. tradîtîone. Compend. réussir auxquelles la raison sée par nature. I. à ce point de vue. . q. a. Franzelin..

— non forces de pas. mais en le pervertissant. exaspèrent. ici-bas parfaits et bienheureux. à coup sûr. relles. sagesse platonicienne. comme montre bien l'histoire des philosophies de l'Inde la et de l'Orient.74 ANTIMODERNE avec les seules la tout à fait Impossible à satisfaire la nature. et le transforment et violent en une sorte d'appétit vague d'un paradis terrestre de vérité. de vertu stoïcienne. ture est presque immanquable que dans et la privation de na- déchue l'ignorance extrême où nous nous trouvons plongés. capable d'épuiser l'univers. avait décidé de lui donner gratuitement. et d'une tout autre manière. que de l'homme manque sa fin naturelle. considérant . ce désir naturel de l'être. de vision béatifique. L'autre grande cause de déviation. de la c'est la Et ainsi mesure où il veut obtenir par lui-même une divine plénitude de science impossible à et la nature. etc. avec des largesses insoupçonl'esprit nées. pour autant l'opération même de le l'esprit est faussée. la fin Pour autant que est à laquelle s'ordonne l'esprit humain ainsi faussée. c'est un désordre de la raison il quant aux moyens de là la recherche Intellectuelle : s'agit d'un vice de méthode. chez ceux qui cherchent les causes des choses. — mais la de voir DiEU en il tant que Cause première et Auteur de l'état nature. par lequel. et l'erreur est inévitable. des grands dans systèmes antésocratiques. comme la fermentation et la désharmonie de nos facultés blessées. mais que DiEU. dans un autre ordre. dont la grâce seule nous donne et l'idée et le désir. d'une science par- faitement compréhensive et en réalité vraiment divine. de nous rendre raison. soit et que la avec ses seules forces natu- apte à nous procurer.

notre étude sur la Philosophie bergsonienne. qui constituent pourtant son objet naturel. la diffi- Quant au genre humain culté se dans son ensemble. pour les mêmes causes. l'esprit prétend tout expli- quer avec ce qu'il connaît déjà. mon- entièrement impuissante. En face des faits qui prouvent la Révélation. d'assurer par de la nature la rectitude de sa connaissance (1) Cf. 465. l'impossibilité où plus trouve grand nombre de leur consacrer assez d'étude assez de temps. à atteindre cette belle unité. Et ce vice est d'autant plus difficile à éviter que la raison est plus savante. sure. lesquelles la tre les causes les plus générales pour la vérité et se raison des sages dévie de fait. en à achever avec ses seula philo- les forces et à purifier des pires erreurs l'édifice de sophie. d'une sorte de voile philosophique qui l'empêche de penser qu'une réalité puisse exister à l'égard de laquelle toute sa science soit comme un pris brin de paille. même le et des questions philosophiques. et qui est sa règle et son maître. à saisir l'ensemble des vérités métaphysiques et morales. Voilà. p. n'expliquent que trop la complète impuissance où les seules forces il se trouve. croyons-nous. se couvre presque fatalement (1). pour autant l'esprit se fausse et se dérobe à la vérité. et faire le monde à sa me- Pour autant qu'il procède ainsi. ou moins humble. en fait. la raison des sages. et l'obstacle apporté par le désordre des facultés sensitives. mais le peu de science qu'il a réussi à acquérir. .LA LIBERTÉ INTELLECTUELLE non l'objet 75 ignore tant qui est devant lui et dont il de choses. et qui en elles-mêmes sont à notre portée.

2. I. qy'."47. d'at- teindre avec ses seules forces l'ensemble des vérités qui en elles-mêmes lui sont accessibles. II-II. Révélation requise. un servage. 1786. avec (2). — 1 . du Vatican. 1. et tout en rapportant nécessité absolue de la Révélation au fait que Dieu nous indique que a gratuitement la destinés était à une fin surnaturelle. mais elle de- meure toujours elle reste libre. en fait. Etudes théologiques sur le Concile du Vatican. Vacant. q. mais le sens ne fait pas de doute. n. tel qu'il est présentement. a. elle s'asservit en réalité. I. l'homme. « l'our arriver à cette connaissance (des vérités naturelles). avait dit Mgr Casser. (1) (2) Cf. IheoL.on p4'»:it affirmer que la révélation surnaturelle est moralement nécess^_ ^ » Denzinger-Bannvvart. rencontre tant et de si grands obstacles. Cf. ce n'est pas une aliénation définitive de la liberté et de la la vie loi de la raison. Sum. à proprement parler. et l'être. Chaque fois que celle-ci tombe sous de l'erreur. Le mot même de nécessité inoralc n'est pas dans le texte conciliaire. 4. q. d'éviter l'erreur. t.76 spéculative et pratique ANTIMODERNE C'est en ce sens que le Concile (1). s'agit d'une raison livrée à l'apostasie. une mi- sère. pleine certitude et sans mélange d'erreur la raison se trouve. rapporteur de la Députation de la Foi. . C'est une faiblesse. pour que les vérités indispensables de l'ordre naturel pussent Cette impuissance où être connues de tous aisément. après avoir affirmé la validité et les droits de la raison dans la le domaine de la vérité naturelle. ordonnée à II Le ne cas de la philosophie moderne est tout différent II s'agit plus ici Il de la raison laissée à ses seules forces na- turelles. on ne peut pas l'appeler. d'une nécessité morale ou de convenance. . à chaque occasion. p.

l'ambition d'acquérir. libre. Les deux péchés une science et intellectuels que nous avons relevés plus haut. elle pouvait ainsi progresse! indéfiniment dans la science. entrait réellement en (1) Dialogue. (à dominante mathématique désormais) parfaite le exhaustive. la de la Révél'équi- grâce l'avait rétablie dans l'ordre. en rompant ave(f Un tel résultat ne pouvait s'obtenir qu'au prix d'unr l'activité altération profonde de connaissante.LA LIBERTÉ INTELLECTUELLE 77 de Ele- La Dieu. dit sainte Catherine de Sienne la est comme une éteint ténèbre qui recouvre la foi. servitude. égoïste de soi-même. car il dès lors. C'est là. C'est de cet ordre qu'elle détachée. et dans dans sa force native. et parti-pris de façonner le le réel à la me- sure de l'esprit humain. séparation de la raison d'avec l'ordre devaient cesser la d'être des accidents menaçant constamment connaissance. Hurtaud]. réforme cartésienne. elle savait et secrets cachés en les que lui seul peut faire connaître. . c'est cette vérité qu'elle a laissée. étant principe secret de cette vrai. avec les seules forces naturelles. elle avait sur vérités naturelles les certitudes et les garanties lation. autant qu'il est possible avec les misères de la condition terrestre. à vrai dire. vée à l'ordre surnaturel. pour devenir la règle même et la loi de la celle-ci. en revendiquant l'indéet pendance absolue. XXI (51) [éd. lumière de la raison et en elle celle de » On ne perd pas l'une sans perdre l'autre. « L'amoui (1). elle possédait intacte s'est la vérité de DiEU. la signification foncière de L'esprit. raison chrétienne était dans la lumière les la foi. en rompant avec DiEU l'être.

re- fuse d'appeler science autre chose que la science des phé- nomènes sensibles. fin. un dogme que qu'elle se la la suffit et et qui. La Perception du changement. affirmant que (( le changement état est la substance même des choses signes » (1). qui la porte naturellement vers sa et vers l'être intelligible. courbe la uniquement la pensée sur le détail physique. '24 et 34. lui la fidélité à l'expérience. avec la haute intellectualité qu'elle suppose. ainsi tériel désaxée ou décentrée. d'un raisonnement infatigablement le sans qui émiette et et dissout pain de l'intelligence. ayant choisi la Mathématique comme verain instrument universel et régulateur sou- du savoir. au terme de la philosophie moderne. et il devait fatalement subir. et qui. inclinatio ou conaius. posant que l'être et le néant sont la même chose. le joug de l'absurdité déclarée et formelle. : Cet de servitude a plusieurs manifestes d'abord l'affaiblissement de fois et la la raison.73 trouvait ANTIMODERNE à l'erreur se lié par une sorte de contrat. l'Jll. ayant posé est comme est science humaine qu'elle nous suffit une fin dernière. qu'elle connaît ce qui est connais- (1) Bergson. se réduit à l'exercice mafin du raisonnement. et l'élan vivant. qu'il s'agisse du logicisme hégélien. absolument. primordiale intuition de l'être. qui ne peut Jamais conclure par oui ou par non. Henry frowde. qui. proscrit connaissance des causes et des réalités suprêmes. qui tend à perdre à la ferme lumière des premiers principes. Oilord and London. Ensuite la tyrannie du scientisme. par où l'être parvient. pp. qu'elle tout mesure universelle. ou de l'anti-intellectuaiisme bergsonien. d'autre part. .

gibilité la et perfection toute substitue à l'intelli- possibilité d'être recomposé ou reconstruit à l'aide d'élém. asservis- tisme. voilà le principe c'est l'exigence mêm. ce n'est la pas une thèse à démontrer. est représenté par le mécanisme 5ant la philosophie. le premier état du scienuniversel. est reprépar l'évolutionnisme. remplace l'intelligence par matérielle des procédés techniques. Ainsi le scientisme impose à l'intelligence la : même du vérifiable matérialisme cela seul est intelligible qui est matériellement.LA LIBERTÉ INTELLECTUELLE sable. l'univers Il senté ne et s'agit plus ici d'expli- quer en démontant en remontant rationnelle- ment cette grande mécanique. à la quantité dimensive et aux mathématiques. (c'est-à-dire. mais d'expliquer l'univers en racontant son histoire supposée. à quelque vérité que ce d'épuiser à l'impossible besogne et par le menu l'infinité des phénomènes la des événements.e de pensée. interdit à l'esprit d'adhérer à tout ce qu'il ne croit pas avoir vérifié ainsi soit). et toute discipline supérieure. 79 réel ne renonce à la prétention naïve d'épuiser le et d'expliquer toutes choses avec la « Science » dite positive que pour arborer la prétention savante d'étreindre par des vérifications purement sensibles toul« la cognoscibilité de l'objet.ents mathématiques ou de représentations loi spatiales. et d'engendrer ainsi la . le force en définitive. et qui se réduit intégralement à une réalité inférieure. Le second degré. le second état du scientisme. et qu'il n'y ait pas d'autres que les fonctions mathématiques. De là vient que le premier degré. du pur scientisme mécanistique. Que tout se réduise à l'étendue et au lois mouvement.

. asservit. à qui on demande seulement d'être c'est assez fîou pour que tout le reste puisse en sortir. mais. avec temps. p. par le du temps. le totem devient leur et flou qui dieu. l'intelligence. et / réalité : qui dispense de tout sur effort la propre- ment scientifique il de toute recherche nature des le choses.80 ANTIMODERNE travail facile. 289. Et la est en état d'échapper à il domination excluplus que ja- sive de la quantité mathématique. se sont faites toutes seules. De la toute manière l'évolutlonrien. ciales magie devient de religion. et où suffit de constater que les choses. c'est l'attitude de la moderne à l'égard des D'un côté elle devient l'esclave du fait brut. en ce sens qu'elle tend à se trans- (1) Cf. tout change. métaphysiques. c'est l'évolutlonnisme déjà indiqué par Descartes. et nisme s'emploie à à tirer sortir quelque chose de seule force génétiquement. le supérieur de l'inférieur. tout tourne. produit chacun de nous. Une raison autre marque de servitude. avec le surhomme indécis cherche à se réaliser. purement mathématiques. représentations so- du clan primitif deviennent la conscience morale et de M. et l'élan vital. les lois dogmes. s'il déterminé de l'indéterminé. Bergson. l'intelligence à la matière. spirituel au besom. tandis que ses déchets laissés en route se perdent dans l'animalité et dans le monde végétal faire (1). L'Evolution créatrice. faits. Durkhelm ses disciples. soit à partir d'éléments mécaniste. l'énergie devient les pensée. les le Tout évolue. l'évolutlonnisme contemporain. la le bien et mal. ainsi. les vérités. soit à partir d'un principe quel- conque.

qui tout. L'asservissement au rela- est ainsi. fort bien quand on réfléchit que. sont travaillés. s'explique malgré l'intelligence ne peut pas cesser et complètement de penser. Introduction à l'étude et à l'enseignement de In Se» lastique. et ration^^s intellectus) snnt species. 8. historiques. elle devient incapable " D<-^-i^^> de discerner et de juger (1).LA LIBERTÉ INTELLECTUELLE former. la raison scientiste violente ou rejette avec un incroyable mépris cadres. faut voir comment psychoet la- logiques. Ne pénétrant plus par l'idée loi jusqu'à l'essence universelle et la la des choses. elle ne peut respecter que si elle res- pecte les idées. a. theoL. de D'un autre côté. 81 chez beaucoup de savants et d'historiens. que le fait n'étant pour elle. Sum. où tous grands et matériel.. q. nec ad hoc ejus naturnlo d' rinon ept de perfectione intellectus creati derium tendit. earum. : perfftctionem : . III* partie. Richard. sorte petits. et En dehors du pas de vérité. 3. les faits. être rendus acceptables à la biologie. limés minés pour fl) Cf. à philosophie scolastique.l'a singularia. elle perd notion même de l'absolu. vit opposition l'absolu. que le véhicule les faits de l'idée. et cogitata. Richard (2). en réalité. 12. » (2) T. comme la l'a montré le la P. à la psy- « Et hsec (quae pertinent ad l.. chap. et ne peut plus considérer que les aspects relatifs et contingents du réel. Cognoscere aiitem r. L'intelligence succombe sous l'érudition sous la quantité des connaissances. sociaux. et facta eoriini. tels qu'ils appa- raissent tif dans les faits particuliers. et par une contradiction apparente. elle. Il les faits qui ne rentrent pas dans ses les faits biologiques. ad 4 et gênera rerum. fait en une de cylindre enregistreur viendraient s'inscrire. un des caractères les plus saillants de philosophie moderne par qui.

protestaient contre mécanisme. de la Physique. telle le lamarckisrnc ou le darvvhiisme. physique chée pendant deux scientifique. et le qu'une im- mense multitude de langage le même qu'ils imposent aux physiciens. s'est atta- faut voir avec quelle persévérance siècles. fait le mécanisme sien (1) Sitôt se présente pour témoi- gner d'une renvoie n'est vérité l'instant. ou bien on né- glige les faits. pp.iTON' ont (1) (2) enleiiduo. et qui n'a rien à ment beaucoup plus . est ne démontrait-il pas déjà que l'expérience lois du choc formulées par qu'un humble supérieure. 1 mais on s'interdit de tirer les conséquences. Que l'espèce réelle (dite « philosophique )i) soit vraisembhihle- que l'espèce de nos classifications (espèce et même que la multiplicité des espèces actuelle« taxononiique ») ment données puisse être regardée comme l'épanouissement d'un développement historique ((lui n'expliquerait pas pour cela leur structure. comme à la seule alors conception à l'explication mécanistique. mépris de elle De ce l'expérience évidents on aurait des exemples à foison. large voir avee la bioloj?ie transformiste et ses théories. et l'on continue de parler au public le lan- gage transformiste. et prétend expliquer la structure des organismes par un pur développement historique soumis lui-même aux lois dit monde de la matière (tout en ayant en fin de compte. . Hîst. qui n'en tint nul compte.pare avec passion du moindre PoGGENDORF. faits. le philosophe scientiste le à La ! pas scientifique — question ne sera pas posée. et qui lui-même dépendrait de l'influence d'agents supérieurs à ioxite la nature matérielle). du vivant Deschales incompatible carté- même de avec les 7 Descartes. le hasard pour principe. Les s'opposent à l'hypothèse transformiste faits les plus (2). dans le cas surtout du darwinisme. On s'em. Nous parlons de toute hypothèse qui. Il ANTIMODERNE à la sociologie. nie en définitive la spécificité des êtres vivants. à l'histoire la dites scientifiques.82 chologle. c'est une tout autre question.) Des travaux comme ceux de Dnirscu et comme ceux de ainsi transformisle rhypolhcsc complètement ruiné ViAii. 187 et 387. On le sait.

. et les comme M. appartiendraient simplement à des idiots du temps. — un observateur mais consciencieux. pour et démontrer enim l'ancêtre commun du singe voir de l'homme. p. à propos des ouvertures artificielles constatées sur beaucoup de crâlà nes préhistoriques. dont on a voulu faire le type normal de l'humanité a primitive ». d'autre « depuis la découverte du crâne de Neanderthal. selon laquelle ces crânes précieux. encore des caractères nettement transformiste. « tiendra pour les vestiges d' espèces ». Trépanation préhistorique. 51. Boule. on a mis à jour des sujets contemporains ou antérieurs dont la cavité crânienne ne diffère pas sensiblement de celle de » (1). disons plus philosophiquement de races humaines éteintes sans descendance . rap(1) Docteur port lu le 23 octobre 1915 à la Séance publique annuelle des cinq Académies. le reconnaîtra franchement.LA LIBERTÉ INTELLECTUELLE fragment tient 83 qu'on et de crâne préhistorique. et que. et je ne cite que pour mémoire l'hypothèse éminemment désobligeante de Virchow. qu'il s'agit tieuse pratiquée tion religieuse le d'une opération superstidestinée à une sur les enfants. sol. en faisant remarquer que d'une part l'idiotie et par acromégalie s'accompagne d'un épaissis- sement d'un durcissement du crâne rendu ainsi capable le d'une plus longue conservation dans part. consécra- crâne. — ou à l'expulsion des démons contenus dans bien que la si tonsure des prêtres catholiques Lucas-Chamimonnière. ion ne veut pas présentent que les plus bestiaiisés de ces crânes hominiens. nos contemporains On affirme avec Broca. mais qu'un humoriste pourrait s'amuser à soutenir. hypothèse que je ne songe pas à défendre.

on localise toutes les fonctions mentales rotées la du cerveau. à supposer que la trépanation préhistorique relève de la magie plus que de la médecine. et les On fait sur crises extases hystériques les travaux les plus détaillés. cheurs indiscrets. il faut avouer qu'alors nous ne savons absolument rien des buts auxquels elle répondait. est « le document le plus extraordinaire que nous ayons sur humanité ».. — jusqu'à ce que des cherparticulier. L'auteur déclare qu'étant donné les idées courantes sur l'inintelligence et le « fanatisme » des primitifs. la trépanation préhistorique. esclave et infirme. l'on là. cit. le Fermement planté sur pied de la troisième circonvolution frontale gauche. pour s'apercevoir ensuite que ces travaux si cliniques et remarquables étaient dus tout entiers à Charcot à ses élèves. Pierre Marie en par découqu'une précon- que cette belle topographie cérébrale d'observateurs qui négligeaient n'est invention çues. indice d'une puissance d'observation et d'unt. comportant la vie comme par hasard d'ineptes comparaisons avec des Saints. n'est Ce mépris des pas le propre d'une raison libre. mais d'une raison la vérité. qui suggéraient involontairement aux ma- lades les actes qu'ils en attendaient.sûreté de raisonnement remarquables. du — dans des cases numé- afin de se donner l'agrément d'affirmer faillite spiritualisme. quer qu'il pourrait n'y avoir en comme (1). pp. ne songe pas à remarréalité. le D' les Lucas-Championnière traces l'indiquait récemment que silex les de véritables trépanations pratiquées au par d'habiles chirurgiens préhistoriques. qui n'est pas capable de porter (1) Op. 27-45. et captivés leurs idées les de remarquer dans phénomèfaits nes tout ce qui contrariait leur théorie. vrent M. 1 . En tout cas.84 ANTIMODERNE de cette et n'est qu'un « reste adouci initiation préhistorique » par l'ouverture du crâne.

tisme à l'usage du vulgaire. et Q^j^juiXi^ gination et à la sensibilité. qui déclare que la science ne sait que peu de chose. n'a-t-on commencé précisément par s'affranchir l'être ? Ce importe. ou rien du tout. On trouvera dans ce livre une très forte analyse des principales fautes logiques impliquées par " (1) (. c'est que la science hum. dans philosophie nouvelle. y a un scientisme exotérique.( Le but unique de c'est ^ le scientisme.aine. Philosophie du Raisonnement dans la Science. » Cité par T. Car le scientisme est à plusieurs plans. mais qu'elle pour nous la Fin suprême. après cela. facile comme il de le constater. des gnos- lacobi. Ce qui importe vraiment au scientisme. en effet. ' . — la devenue chez tout. qu'un symptôme plus profond de l'esprit Il scientiste. Voilà le point Il que le scientisme éso- térique ici n'abandonne jamais. asservit encore l'esprit à l'imaà l'impressionnisme. ou presque rien. disait le mathématicien allemand l'honneur de l'esprit humain. n'est. signifie littéralement.LA LIBERTÉ INTELLECTUELLE 85 Le est scientisme. Richard. gnosticisme lité. le est curieux de remarquer en langage mot scientisme . qui déclare que tout. moderne. et que nos agnostiques sont en réa- au point de vue que nous venons d'indiquer. Règle que et le Salut. Et il ce n'est pas tant qui est : la valeur de la science par rapport à ce là-dessus on sera modeste. c'est la valeur de la science par rapport à l'homme. la science. dans l'ordre des fins (1). qui malgré certaines apparences. — ne les modernes utilitaire et pratique avant fin soit pas ordonnée par l'homme à une soit autre qu'elle-même. et dans la les procédés de l'his- toire pseudo-scientihque. un scienla science sait y a un scientisme ésotérique. et même de on ne le cédera pas qui à personne pour la modestie et l'humilité.

86 tiques. à le réduire à n'être plus qu'un construit par nous. Ils admettent sans doute la possibilité abstraite du miracle mais ils rejettent les faits miraculeux dans un passé lointain ou les projettent dans un avenir indéterminé. Ils ne croient pas aux miracles de Lourdes ils n'y songent môme pas. Sur la question du miracle. par exemple. le servage par excellence. Comment ? la phi- losophie moderne y échapperait-elle s'affranchissait Dès l'instant qu'elle car de DiEU. ils se résignent allègrement à diminuer la réalité la de l'objet même de science. c'est l'asservissement à l'esprit du monde. . liev. les conditions d'une telle conciliation {Les condilions actuelles de la paix morale. et de jl/or. écrivait ce moraliste dont l'Université vénère la vertueuse et laïque mémoire. amincir. et finalement amephénomène une interférence idéale de la théories. de Méinph. IS'Jli)... nuiser celui-ci. au risque d'y perdre la paix ? » (p. du point de vue « moderne ».) Et encore : . à rétrécir. les lorsqu'ils philosophes modernes. . et la sacrée rigueur de ses exigences. l'homme sert toujours un maître. 229. des catholiques d'esprit moderne. la pire des servitudes. la S'érigeant elle-même en juge suprême de philosophie moderne ne peut et tout que haïr profondément signe d'une vérité et le surnaturel ce qui porte le la rai- d'une autorité supérieures à son (1). du moment qu'ils maintiennent souveraine di- gnité de la Science elle-même. ANTIMODERNE Gnostiques de l'apparence sensible. — . Si par force ils entendent parler de ces choses. feront bien de se reporler à l'article où le philosophe Rauh indiquait. Enfin. et en cela bien plus déraisonnables encore que les anciens gnostiques méta- physiciens.. « Il y a. elle se livrait à cet esprit. cela est sûr. la vérité. ne se répandent pas en des illusions sur une impossible conciliation (1) Ceux qui gardent de la philosophie modcrno et de la foi catholique. Cette attitude s'accorde-t-elle avec leur foi catholique ? Peut-être non mais cela est-il essentiel ? Est-il si désirable que tous se rendent compte de la contradiction. ils s'entendent pratiquement avec les penseurs libres.

comme M. qui les fait ressembler à des anticléricaux polis entrés dans une église pour retour un enterrement. ou ils les reconcilieront à l'aide quelque exégèse subtile et profonde. tendue et gênée. le croy. Mais de ils chez eux. enfants. Si des croyants veulent rester et croyants et devenir modernes. prennent un air de gravité compassée. Qui Dieu ? ler oserait Ils que nos philosophes ne craignent pas le redoutent tellement qu'ils n'osent jamais par- de Lui. Aussi tous les dogmes dialectiques du monde cela se voit prévaudront pas contre la vie ils la suivront. . Delacroix. à péné- appuyés sur la base scientifique du subconscient. Séailîes dans ses impudentes Ajjîrmations de la Conscience Logiquement. . étonnant pour de bilité d'esprit et d'ànie que la philosophie universitaire prend traiter l'élévation.. damnés. ou ils accorderont leur foi catholique de leur foi moderne « dans le silence ».. « . i • ) l'avilissement.LA LIBERTÉ INTELLECTUELLE 87 négations ironiques. théologien ne ou métaphysicien. discuter sur les états d'oraison les de sainte Thérèse. se risquent. et de l'impossibilité où cette philosophie se trouve de et avec la Foi catholique autrement qu'en lui proposant riiumiliation . Rauh. est plus ou moins indéterminé. un certain fort ignorants nombre de penseurs. » témoignage de la de11 faut lire tout ce doucereux document. Les plus hardis. ils la suivent assez clairement depuis quelque temps. tés pour la plupart des réali- de la foi et de la prière. que ils son nom mêm. trer jusque dans le domaine des états mystiques.e sur et prononcé la devant les qu dissertent contre religion catholique.int trouvera toujours pour les lever quelque dia-leclicien habile. qu'ils interdisent. pu à la Société française de Philosophie. dans leur philosophie. . soit comme faisait M. en lui-même. avec M. Quel honneur pour gens! Mais si saints de servir de la sujets à ces habiles la consigne est toujours même : faire comme dire le surnaturel n'existait pas. d'illusion reprennent ils la besogne ou de destruction à laquelle sont con. on peut tout tirer d'un principe qui. et l'on a voir. Et s'il a des scrupules logiques..

française de Philosophie. Hélot.88 ANTIMODERNE contemporaine. la philosophie moderne fait méprise systématiquement tout ordre supérieur à la nature. que nous avons déjà vie prend ici des proportions héroïques. Névroses p. 2» éd. 1898. Barrai. Le Roy s'essayait à définir manière. si aisément vériignore et à notre époque. noinminent los faits rapportés pnr Possessions iliiiboUques. y a deux ou trois ans. fréquents et s'agisse miraculeux. de l'Eglise. sophie racle à sa comme M. mars 1912 (séance du 28 décembre 1911). on étudiera sans et fin les abouliques. Mais on ne veut de leurs — rien savoir Il de la sainteté des saints ni miracles. non au le ft Pi" le mi- hasard (1) et ef Voy. Couturat intervint. psychasthéniques les aphasiques. Bloud Cf. . On scrutera la religion des Fuégiens. Qu'il s'agisse du signe la divm par excellence. on enquêtera sur les revivais et le les mind-cure.. (2) Biillftin (lé la Soc. 278 so. capable de révéler un A l'extrême rigueur on s'occu- pera du spiritisme. la comme l'idée de la création ou comme mépris signalé. toute idée métaphysique mo- rale qui paraît. sans se permettre de savoir un mot de théologie. apparentée au dogme. tout des fiables faits l'intervention du diable. parce qu'il semble prêter à de confuses explications naturalistes. On se transportera à Elberfeld pour voir des chevaux extraire des racines carrées. celle I de Providence. Le du fait et de l'expérience. M. (1) comme les dans certains grands états d'hypnose ou dans qu'il si oe possession. comme impossible a et priori et indigne d'examen. qu'il et de la perpétuité de cas sur- s'agisse des faits patents prouvant. et qu'ils chassent loin d'eux. Paris. à la Société française de Philo(2).

philosophes grands la et petits passent à ce point de il vue comme de rosée d'un matin. de Spi- noza. de Hobbes. il s'en produit de moins en moins. les âm. ceux du curé d'Ars et des autres ceux de tous les du XIX^ les à serviteurs et toutes servantes de le Dieu que peuple la l'Eglise n'a pas encore béatifiés. personne ne songea à le renvoyer aux miracles de La ae Salette et saints de Lourdes. la Des innombrables systèmes proposés par positive philosophie moderne. de David Hume. de Wolf. alors de sa ses infirmités foi on pourra croire à bonne scientifique. de Kant.LA LIBERTÉ INTELLECTUELLE de la 89 discussion. de Locke. mais par une lettre dûment délibérée. de Blount. de Tindal. déclara-til avec esprit. etc.es. de Descartes. à mesure que progressent « les lumières ». en demandant d'être délivrée philosophiques. s'il faudrait d'abord savoir y a des miracles. mais dont chrétien connaît déjà les merveilles. Qui aujourd'hui les utilise pour sa propre penet pour sa propre conception du théories positives monde pour sa con- duite morale. Spinoza nie la possibilité des . aucun sans doute n'est demeuré comme doctrine . et pliquer pourquoi. de Shaftesbury. de Strauss. nous ex- Avant de il raisonner sur le miracle. ? Mais Descartes sépare la philosophie de la théologie. Personne ne insigne lit sentir à ce philosophe son ignorance. à siècle. reste Mais est à remarquer faite : que quelque chose négation sif de la besogne qu'ils ont l'affaiblissement la la la vie surnaturelle. ira Le jour où Société française de Philosophie la piscine en corps se plonger dans de Lourdes. progresla de la conscience chrétienne. de Collins. diminution de vérité dans sée.

de l'indépendance absolue. de moderne. du Vatican. en réalité. de penser. il —à lui confiée dans le plan divin mais faut bien constater que depuis Bacon (\) t. . Hume Tindal soutient que l'Evangile n'a rien que de nasoutient que le monothéisme dérive d'un poly- théisme primitif. théol. Kant confond C'est tout cela de Jésus-Christ nité avec l'éthique naturelle. Eludes 1). Cl Vacant. et dont sou- veraineté universelle. — vérité. I. sur les Constit. turel. attributs la transfert l'homme humain des incommunicables. 116. qu'un de vivant vit le Christ. voilà l'œuvre à laquelle travaille. Blount contre les miracles. en toutes choses du point de vue de l'homme au point de vue de DiEU. Strauss nie la divi(l). dans sa chair. du Crnc. Tous ces coups qui semblaient frapper les recevait l'air.90 miracles. la philosophie elle inspire à beau- coup de ses adeptes le pressentiment et le désir. la destrucneutralité » tion de l'ordre catholique sous prétexte ce (( et de liberté laïc. les Wolf refuse à DiEU le droit la de révéler morale vérités d'ordre naturel. de Notre-Seigneur qui n'a pas quel- passé. l'intui- On tion peut penser que tout grand philosophe a eu de quelque primitif. l'Eglise en qui La profonde et ignorance où le le monde moderne il est de Dieu des choses de DiEU. le l'instauration d'un monde puresoit ment le où à souvenir et même du à l'esprit surnaturel effacé. Locke proclament l'indépendance de Shaftesbury sépare la morale de la religion. la substitution mépris où tient les droits de DiEU. et Collins s'élève contre les prophéties. la ANTIMODERNE Hobbes raison.

LÀ LIBERTÉ INTELLECTUELLE
et

91

Descartes toutes les vérités qu'ils nous disent sont coret

rompues
en

déformées,

et

que ces déformations, qui sont

définitive

orientées dans un
d'erreur.

même

sens,
la

relèvent

d'un

commun
cet

esprit

Osons dégager
de
l'intelligence

signification

de
la

esprit.

Au

regard

métaphysique,

vraie direction

de

la

philosophie moderne n'est pas difficile
variée
et

à

discerner.

Son évolution

multiforme

converge

vers un terme idéal,
l'esprit

qui est proprement la divinisation de

humain.

La

mission historique dont elle s'acquitte
sié-

en

fait,

c'est de préparer l'avènement de l'humanité
le

geant

dans

monde

visible

comme
si

dans

le

temple

de

Dieu, et

se montrant

comme

elle était

DiEU lui-même.
phophètes an-

C'est ce règne qu'elle annonce,

comme

les

nonçaient le royaume de Dieu.

III

La

philosophie

scolastique,

elle,

se

reconnaît

soumise
ses

au contrôle de

la théologie,

non pas certes dans

prin-

cipes, mais dans ses conclusions.

Et dans

sa

besogne pro-

pre,

effectuée avec les seuls principes et les seuls critères
elle a

de
la

la raison naturelle,

pour caractère essentiel d'être
tant

philosophie de l'être.
elle
est

En
DiEU

qu'elle est soumise à la
la et

théologie,
tant

obéit

à

auteur de

révélation;

en

qu'elle

essentiellement
elle est

objective

qu'elle

règle

l'esprit sur l'objet,

soumise à

l'être.

Et parce que,
fin

pour toute chose créée, obéir à DiEU
naturelle,
est la liberté,

et

à sa propre

la philosophie thomiste

ou

la phi-

92

ANTIMODERNE

losophie chrétienne nous donne la vraie liberté de l'esprit.
/^

Indiquons brièvement

comment

la

vérité,

vérité

naturelle

et vérité surnaturelle, est la liberté

de l'intelligence, quelles
quelles en sont les ga-

sont les
ranties.

marques de cette

liberté,

La

liberté dont

nous parlons

ici,

notons-le une fois pour

toutes, n'est pas le libre arbitre, qui concerne la volonté et

qui se définit par l'absence de nécessité; c'est l'absence de
contrainte ou

de violence,

lihertas a coactione.

Cette liberté

existe lorsque l'action ou l'opération d'une chose ne pro-

vient

pas d'un principe extrinsèque qui n'éveille en
la

elle

aucune force, mais d'un principe intérieur à
aait,

chose qui

et

en particulier du principe
c'est-à-dire,

même

par lequel cette
la

chose

est,

au sens plein du mot, de

nature

de

cette chose.

Or

la nature

de

l'intelligence,

c'est l'apti-

tude à connaître l'être. Les scolastiques, qu'on accuse, par

une singulière ignorance, d'avoir ignoré

le

problème de

la

connaissance, mais qui, dans leur Logica major
leur

comme dans

métaphysique, ont posé les fondements de toute saine

théorie

de

la

connaissance, avaient très bien vu que l'intel-

ligence ne peut se définir que par relation à l'objet, qu'elle
est

essentiellement

relative

à

l'être.

Connaître,

c'est

au

fond devenir
naliter

et

être

d'une certaine manière

autre chose que ce qu'on est,

quantum

aliud,


fieri

intentîo-

aliud in

et l'intelligence,

étant immatérielle, peut

devenir ainsi tout être, elle est née pour cela. Lors donc

que dans
ou se

l'acte

de perception

intellectuelle, après avoir été
et,

informée par l'objet, elle réagit
fait

unie à l'objet, devient
l'être

elle-même, en l'espèce expresse,

de

l'objet.

LA LIBERTÉ INTELLECTUELLE
accomplit

93

elle

une opération
fruit

essentiellement
sa nature
l'objet,

vitale,

fruit

d'un principe intérieur,
ligence
s'est

de

même.
elle

Si l'intel-

vraie

est

conforme à
à
l'objet.

c'est

qu'elle-même
n'est

conformée

Dans

cet

acte

pas

totalement et absolument indépendante, parce que, n'étant

pas Dieu, elle n'est pas son objet, mais reçoit son objet; dans cet acte pourtant et en lui seul, elle est vraiment
libre, elle parfait son être

en suivant son
solitude,

être.

Ce
de

n'est pas
la

dans
dité

la

stérilité

de l'absolue
l'être,

c'est

dans

fécon-

du contact avec
qui
vrai

c'est en recevant

l'être,

en

se réglant et se mesurant sur l'être,

que

l'esprit a sa liberté.
est

Ce
et

est

de l'ordre naturel

vrai

également,

d'une manière bien plus éminente, de l'ordre surnaturel.
soumission à la vérité surnaturelle est la pleine liberté
l'esprit.

La
de

D'une manière générale, on appelle puissance ohédîentielle la

puissance passive, la potentialité qui se trouve en
créée
d'être

toute

chose

amenée par
tout

la

puissance
qu'il

active

de Dieu, du Premier Agent, à

effet

plaira

à

Dieu. Cette puissance obédientielle n'est dans les choses aucune formalité déterminée, elle ne constitue en elles aucun principe d'action
(1).

précisément parce qu'elle se rap-

porte à des effets qui dépassent la nature;

mais elle

est

bien réelle,

et elle représente au plus profond des choses

comme une
cipe
;

inépuisable

réserve

d'obéissance

obéissance qui a sa source dans les
loin

Prmchoses mêmes,
à leur

et qui,

de

les forcer,

manifeste la spontanéité et l'es-

(1)

Saint Thomas, q.

disp':

de Viriid.,

a.

10,

ad

2.

94

ANTIMODERNE
est

pèce de véhémence avec laquelle toute nature créée
Lorsqu'une créature

prête à répondre à son Créateur, non trépide, non tarde, non
tepide.
est

amenée par DiEU
et libre

à

agir

dans

le

plan surnaturel, elle est donc libre,

au plus

haut degré dont elle soit capable. C'est pourquoi le miracle n'est jamais contre nature (1), c'est pourquoi la créature
intelligente n'est jamais plus libre, et en
relle,

un sens plus natula nature.

que lorsque

la

grâce vient en elle achever

La

puissance obédientielle s'étend à tout ce qui n'implifaite

que pas contradiction. L'intelligence étant
en général, sans restriction,
qu'elle puisse être
l'Être par
soi,
il

pour

l'être

n'implique pas contradiction
la

élevée surnaturellement à
la

vision

de

de

Vérité première.

Elle est donc en

puissance obédientielle d'être amenée par

DiEU
en

à

la

lu-

mière de gloire
ainsi

et

à la vision béatifique.
elle

Lorsqu'elle verra
lui,

DiEU

face à face,
lui

sera transformée

elle elle

adhérera à
sera libre

invinciblement,

mais plus que jamais
et

de toute contrainte, car c'est d'elle-même
vitalité,

des
être

profondeurs de sa

c'est

de son

être,

de son

immensément
spontanéité.

enrichi,

qu'elle ira à DiEU.

Dans

cette plé-

nitude de soumission à l'Être, elle aura la plénitude de sa

Dès
d'être

ici-bas,

enfin,

elle

est

en puissance

obédientielle

amenée

à la grâce et à la foi.
la

Mais
la

alors c'est déjà,

comme dans Dieu même

vision béatifique,

à

vérité

première,

à

qu'elle adhère,

et c'est

à lui seul qu'elle est

directement soumise, car, selon

le texte

admirable de saint

(i)

Saint Thomas, Sum. contra Gcntiles,

lib.

III,

cap. 100.

LA LIBERTE INTELLECTUELLE
Tihomas
la «

95

(1),

lorsque la raison naturelle, le témoignage de
la

Loi

et

des prophètes,
ont

prédication des apôtres et de

leurs

successeurs,

conduit

un homme,
alors

main,
qu'il

jusqu'à

l'acte

de

foi,

cet

comme par la homme peut dire

ne

croit

pour aucun des motifs précédents, ni à cause
à cause du témoignage de la Loi,

de
ni

la raison naturelle, ni

à cause de
la

la

prédication des

hommes, mais à cause
»

seu-

lement de

Vérité première elle-même

qui

lui

parle

en personne.
grâce,

Sous l'impulsion de

la

volonté

mue

par

la

mais non nécessitée par
la vérité

elle,

l'intelligence

adhère

donc à

révélée. Et elle n'est jamais plus libre et

plus spontanée que dans cet acte d'adhésion.
cette nouvelle nature, ajoutée à
la

En

vertu de

nature proprement dite,
la

en vertu de cette vie divine qu'est

grâce en elle,

l'in-

telligence achevée par la foi se porte de tout son poids vers

son objet divin,

c'est

son être

même,

son être de grâce,
C-^ n'est pas
c'est

qu'elle parfait en suivant son être

de grâce.

dans

la

misère et dans

la solitude

du naturalisme,

dans

la fécondité et se
Il

du contact avec
que

la vérité divine,

en se réglant

mesurant sur DiEU, que
est

l'esprit a sa pleine spontanéité.
la

donc bien

vrai

philosophie scolastique, en
la

tant qu'elle est la philosophie

soumise à

parole de DîEU,

nous donne,

et elle seule, la liberté

de

l'esprit.

Quelles sont maintenant

les

marques de cette

liberté ?

Qu'on

étudie la philosophie de saint Thomas, cette philoqui

sophie qui voit tout dans l'idée de l'être,

montre en

(1)

In Joan,

c.

4.

lect.

5 n»

-2.

qu'elle respecte tous et qu'elle ne force pas. qui fait dériver toute notre con- naissance du témoignage des sens et qui enseigne la pure de l'opération intellectuelle. trouve sa vie en s'ordonnant à la vérité c'est la domination nor- male et paisible de l'intelligence humaine la fin sur sa propre science. et dont elle se sert pour aller à l'absolu. et qui. du visage de la vraie liberté pourra connaître les marques de de l'esprit. vivifiée par la lumière indéficiente des premiers principes. qui discerne l'admirable hiérarchie des formes créées dans un nétré monde tout pé- d'intelligence et de finalité. qui s'appuie tout entière sur le prin- cipe d'identité et qui fonde en même temps la réalité du mouvement spiritualité et du devenir. dans la mesure où elle est. et qui et la montre entre la nature divine nature créée l'abîme d'une différence infinie. C'est la force et la santé de la raison. mais le moyen de parvenir à la vérité objective et finalement à DiEU. qui n'est pas pour elle dernière. ' qui donne le primat à la raison sans sacrifier ni violenter la volonté.% ANTIMODERNE toute chose qui est. mais où toujours elle cherche l'idée. l'être. qui établit l'unité substantielle de l'être humain en affirmant entre l'âme et le corps une absolue distinction de nature. qui connaît DiEU par les créatures et voit DiEU dans tout ce qui est et agit. la bonté. . qui réenfin sur toute notre science la lumière et l'on pand Dieu. ' fidèle à l'expérience. portée de tout son élan vers l'objet. qui se nourrit de l'être intelligible. sur la quantité mathématique et sur la matière. en un mot confiante en . sur les faits. qui respecte tous les degrés de l'être et assure l'autonomie des diverses sciences. l'unité. r intelligibilité.

(2) Cf. au don de En même temps qu'elle élève (1) Sum thcoL. qui ne sont pas méprisées. C'est l'estime et l'amour de l'unité. la variété. I-II. isolée dans la lumière de l'objet. sine la ratione boni et appetibilis (I). la mesure. 2^ partie. Cette liberté d'esprit vient de ce que dans la philosophie chrétienne. sur les puissances affec- tives et émotionnelles. 9. due ? A la grâce. confère à la philosophie perennis une note de véritable catholicité. mais mises à leur place.LA LIBERTÉ INTELLECTUELLE 97 sur la sensibilité et sur l'imagination. cohérence logique de la philosophie. et à l'influence desquelles l'intelligence. la fermeté. la hardiesse tempérée de tout ce qui l'esprit est vraiment libre. pure et dure l'esprit à comme le diamant. et c'est la la du caractère humain et collectif de la science. autant qu'il est possible ici-bas. T. son maximum d'être et d'activité Mais à quelle cause cette perfection naturelle est-elle la foi. C'est la stabilité. la souplesse. Richard. l'harmonie de métaphy- sique et des sciences. non par suppressions). et qui seule science toute sa perfection et sa rigueur (2). l'admirable peipétuité. l'harmonie de la science et du sens commun. l'heureuse acceptation de tous luniversaiité les aspects du la réel. scolastique. q. la juste notion du progrès intellectuel (qui va par accroissements. Introduction à l'étude et à renseignement de la . a. qui forme appréhender le vrai uniquement comme donne à vrai. 1. c'est l'exacte appréciation du rôle de l'activité et du labeur individuel. qui de tradition philosophique. C'est enfin l'affranchissement de du monde. est en état d'atteindre. la raison naturelle. est soustraite par cette disci- pline scolastique.

98
la raison

ANTIMODERNE
à la vie surnaturelle,
la
fol,
:

la

foi

vivante rétaelle

blit la raison

dans

la santé

de sa nature

non seulement

la

protège contre les pires erreurs et

lui garantit

les vérités

primordiales, mais encore elle la
restaurant l'équilibre

fortifie

de

l'intérieur,

en

de

la

nature humaine et la hiérarchie

normale des facultés,

en mtensifianî l'inclination naturelle

de
sité

l'intelligence vers la vérité, en la délivrant

de

la curio-

hâtive et fiévreuse,

de l'ambition d'épuiser
et
la

la

réalité

avec ses seules forces naturelles avec ce qu'elle connaît déjà, en
phère de
vérité,

d'expliquer toutes choses
mettant dans une atmos-

en

lui

donnant d'avance
raison

comme

le

goût

de

la

vérité.

Ainsi

la

chrétienne est affranchie de

la servitude qui

pèse sur

la raison athée,

du désordre qui

la

tourmente, et

même

elle se trouve placée

dans les meilleures

conditions possibles pour échapper aux causes de déviation

qui menacent constamment la raison laissée à la seule nature.

Ainsi

la

philosophie scolastique est chrétienne, non seuleest

ment parce qu'elle

d'accord avec

les vérités

du Chris-

tianisme, mais aussi et surtout parce qu'elle est stabilisée et

nourrie en nous par la vie chrétienne.

Voilà ce qui nous indiquç

les

conditions requises pour
l'esprit,
et

garantir et sauvegarder la liberté
la

de

son ordre à

vérité.

En

un sens,

le

danger de naturalisme paraît plus
la

grand pour l'âme rétablie par
libre

grâce dans

la force et l'équi-

de

la nature,

que pour l'âme laissée à

sa nature bles-

sée, à cette pauvre nature trop défaillante et trop troublée

pour que nous risquions beaucoup de nous y complaire.
parfait

Ce

équilibre naturel que la foi

a

pu rendre à l'âme,

LÀ LIBERTÉ INTELLECTUELLE
l'âme a donc un seul moyen de
lité

|W
c'est la fidé-

le conserver,

à l'ordre surnaturel, à la véritable paix. Les théologiens

enseignent que des vertus

comme

l'humilité,

la

pureté du

cœur,

la jalousie

des droits de DiEU, sont nécessaires pour
la

disposer l'âme à

sagesse surnaturelle, à la contemplation

(qui d'ailleurs suppose essentiellement la grâce et la charité).

Mais ces
fait

vertus ne sont-elles pas également nécessaires en
le

pour conserver à nos facultés, dans

plan

même de

la

nature et de la raison, cet ordre et cette harmonie que la

nature seule ne sait pas donner dans leur perfection, et sans
lesquels la raison risque de perdre sa lumière, sinon dans
les

sciences dites positives, au moins dans la philosophie,
la

dans
I

science des choses par les premières causes

?

Selon

esprit

des docteurs scolastiques,
suffit

la

philosophie, d'abord paret qu'elle doit

ce qu'elle ne se

pas à elle-même

conduire

à plus noble qu'elle,

ensuite parce que la raison philosofait, atteindre

phique, dans son domaine propre, ne peut, en
sa pleine perfection naturelle

que

si

elle est fortifiée par la

grâce, la philosophie n'est pas séparable de la foi pratique,

de

la vie chrétienne.

A

ce point de vue on peut dire que

la

philosophie scolastique ne

demande pas seulement
s'il

à

être

étudiée, mais aussi à être vécue, et que,

faut philosopher

avec l'intelligence seule, en tant qu'il

s'agit

de l'opération

même de

philosopher, qui est l'appréhension de la vérité,
et dispositions

néanmoins, en tant qu'il s'agit des conditions

requises pour que cette opération soit très bonne et très excellente,
il

faut philosopher

avec toute l'âme,

^ùv oXy^

tî) i{/uxyi

Et maintenant, quelle peut

être

l'attitude

de

la

pensée

100

ANTIMODERNE
faudrait

thomiste à l'égard de la pensée dite moderne ?
distinguer, pour répondre à cette question,
la

Il

science
et,

modans

derne

et

la

philosophie spécifiquement moderne,

cette dernière, Vesprit qui l'anime en propre et les matériaux

de

vérité qu'elle contient en puissance.
S'agit-il

de

l'esprit

de

la

philosophie

moderne
il

?

Ego-

centriste,

idéaliste,

naturaliste,

nous savons où
il

conduit.

Entre

la

pensée chrétienne

et cet esprit,

y a un infran-

chissable abîme, inter nos et vos

D'un

côté, la soumission

magnum chaos firmatum est. de l'esprit à DiEU et à l'être, et la
de
l'in-

liberté

de

l'esprit.

De
la

l'autre côté, la revendication
et la

dépendance absolue,
de l'homme
et

servitude de l'esprit, l'élévation

de

science

humame

au-dessus de tout, et

l'inévitable dissolution

de

la

pensée dans l'absurdité radi-

cale imposée par le refus de la transcendance divine.

La

philosophie spécifiquement moderne ne

sait

pas les choses

de Dieu, non
Il

sapit ea

quœ Dei

sunt,

sed ea, quœ hominum.

paraît dur

de

rejeter ainsi

cet

immense

effort

de

trois

siècles ?

Entendons-nous bien.

Nous ne

rejetons

pas tout

ce que les philosophes modernes ont pu dire, tout ce qu'ils
ont apporté matériellement à la pensée depuis trois siècles,

ce

serait

pure folie, et offense à ce qui subsiste de divin
effort vers le vrai.

dans tout

Mais ce qu'on

doit considérer

avant tout, ce n'est pas telle théorie ou telle vue partielle,
si

puissantes et

si

riches qu'elles soient, c'est la direction

intellectuelle et les principes.

Nous

rejetons l'esprit

de

la

philosophie moderne, ses principes spécifiques, son orientation d'ensemble, le terme final auquel elle tend.
il

De

tout cela

n'y a rien à garder, que d'utiles leçons.

La

philosophie,

LA LIBERTÉ INTELLECTUELLE
étant la science des causes premières, est telle, en effet,
SI

101

que

un philosophe se trompe

sur les principes,

il

se

trompe

entièrement.

La
s'il

question est fort simple
a, oui

:

il

ne s'agit que de savoir

y

ou non, une

vérité.
la

«

Ce que

cherchent les contemporains dans

philoso(1),

phie, remarque très justement

M. de

Lantsheere

c'est
in-

moms

une explication réelle des choses qu'une épopée une
sorte

tellectuelle,
jectif...

de drame de

l'esprit,

un poème sub-

La

perspicacité du philosophe, sa subtilité, son apvoilà
les

t'tude

à construire de vastes ensembles,

qualités

que l'on apprécie chez un fondateur de système. Quant au
système lui-même,
il

n'est guère qu'un accessoire,
curiosités...

un bibelot,

bon à mettre dans une collection de
sophie a perdu
son
caractère
n
Il

La

philo-

scientifique
il

pour revêtir un
fait inélé(2),

caractère esthétique,

Dès

lors

devient tout à

gant de dire oui non.
qu'il n'y a pas

faut déclarer,

avec

M. Le Roy

des philosophies opposées, maiis des moments

ou des âges différents d'une unique philosophie qui se développe, ou encore, comme un de nos trop subtils amis le
disait

ces jours-ci
tort.

:

«

11

ne

s'agit

pas

d'avoir

raison

ou

d'avoir

C'est une marque

de grande grossièreté (en

philosophie) que de vouloir avoir raison... C'est témoigner

d'un grand manque de culture. C'est montrer qu'on n'est
pas de ce pays-là. »
Introduction à la philosophie moderne, dans les Annales de Vlnsde philosophie de Louvain, 1913, t. II. p. 350. (2) Le Roy, Scolastiqiie et Philosophie moderne, dans la revue Deviain, 15 ium 190G (article reprodiîit dans la Revue de Philosophie, 19C0, II,
(1)
titid
'

p.

417).

1

02

ANTIMODERNE
pays-là.
s'agit
et

'^

Nous ne sommes pas de ce
d'autre

Il

pour nous

chose que d'accueillir,

d'apprécier

de revivre
philo-

des états d'âme, ou de subir des ébranlements. Nous croyons
à la vérité et à l'intelligence.

Nous croyons que
l'art,

la

sophie a pour objet, non pas,
primer, mais de connaître
;

comme
que
si

de

faire

ou d'ex-

et

une philosophie a raison,
et

on peut ajouter à
fectionner

ses principes d'autres vérités,

la

per-

indéfiniment,

mais on ne peut pas changer ses

principes, qui sont définitifs.

Et comme

11

y

a,

en

fait,

une
fois
in-

philosophie qui a raison, ainsi qu'en témoignent à

la

directement directement

et
et

intrinsèquement

l'évidence

rationnelle,

extrlnsèquement l'autorité de l'Eglise, nous

croyons que les Intérêts de
'

DiEU

et

ceux de

la

vérité sont

engagés dans

le

débat.

A
derne

d'autres points de vue cependant, la philosophie
est

mo-

pleine de richesses qu'il serait absurde de négli-

ger, et elle nous instruit

de

la

façon la plus

utile.

Tout d'abord,
y a pour nous à
et

elle

nous montre, par l'histoire

même de

son développement, l'importance capitale et le devoir qu'il
rester fidèles

aux principes métaphysiques,
lier

en

même
les

temps à ne pas
scolastiques
telle

imprudemment, comme
décadence,
ces

le

faisaient

de

la

principes

métaphysiques à

ou

telle

conception physique.
la

Elle

nous apprend aussi à rester attachés, strictement, à
sée de saint

pen-

Thomas. Ce qui

a préparé la philosophie

mo-

derne, c'est pour une bonne part l'Individualisme de certains

scolastiques du XIV® et
et

du XV®

siècle,

comme Duns

Scot

Occam,

leur

recherche des questions subtiles où

et d'une certaine sérénité philosophique souvent. et d'un ton où n'y avait pas que de ». La qu'à l'imiter trine moderne ne peut mettre humblement. et — les vérité. qui est responsable pour une siècles. ! menace. La philosophie moderne nous apprend encore. mais à repenser. selon le mode de sa doctrine. et non pas à repenser sa sa doc- à la mode de notre temps. « et Cette sorte de sérénité — ces égards confraternels disait philosophes. mais supérieure entre a son importance. glaciale. par l'histoire de ses succès. de se conformer aux règles du . et parce que seul en contient dans ses prin- cipes toute l'universalité. qui et n'y a bien qu'une question de forme et de formules. hélas possesseurs de — comme la le danger de cette douce paresse qui tous ceux qui possèdent. tous les problèmes de notre temps.LA LIBERTÉ INTELLECTUELLE l'originalité 103 peut se faire apprécier. tant Avec en le un recul de plus de la six cents ans. est. et toute la largeur. seul erreurs il peut la défendre efficacement contre palliatif des auxquelles scolastique nul ne saurait plus fierté remédier. de Kant. et après d'expériences. un grand philosophe ne se trompe jamais surtout — dérive du désir. un grand philosophe. pensée catholique seul discerne mieux ce qu'il Saint Thomas par il apparaît aujourd'hui comme représentant excellence de la philosophie chrétienne. un jour il M. leur tendance au rationalisme et au nominalisme et leur opposition à saint Thomas. la hauteur et la profondeur. grande part de leur extraordinaire carence de faut-il trois ajouter qu'elle nous montre aussi le danger d'une certaine vénération académique des ? idées 11 humaines là. Bergson en parlant l'ironie.

sinon supérieure à la vérité. de même. il dial sans prix ? les genres et A coup ne s'agit pas de confondre de faire Il de la foi un principe de démonstraintel- tion philosophique. comme partout. elle nous rapproche de saint la Vérité prele mière. les congratulerait Mais que d'un scolastique qui drait leur ton. est dit la Pascal. et pour qui les suffrages d'un de ces maîtres seraient un corsûr. de ne pas mutiler et de ne pas dissi- muler que notre i/itelligence a des sources de vie et des normes de sagesse plus hautes que la philos'TTphie elle- même. se moque de la philosophie. et jeu et elle revient en la réalité à faire et à parler comme si la respectabilité de pensée des philosophes sur le était. et qu'elle ne vaut d'être pratiquée que dans la mesure où Ici. mais c'est aux dé- pens de vérité. et aux dépens de la la La philosophie se scolastique. moque de philosophie qui pré- tend se suffire et versitaires. et si du même coup à suffisait faire et à parler la philosophie se et ne dépendait Ainsi l'on d'aucune règle et d'aucune fin plus hautes. s'agit de maintenir notre race la vérité. Il s'agit fin de ne pas cacher que la philosophie est ordonnée à une supérieure. au moins même comme plan qu'elle. la pensée. vraie qu'on énerve. philosophe en dilatant ses phylactères. lui Thomas est modèle.1 04 ANTIMODERNE du monde philosophique. Personne plus que n'a su donner à la science un carac- . Nos philosophes pieusement. uni- lorsqu'ils se congratulent ne sont dire certes pas dépourvus de quelque ridicule. lectuelle. La précisément parce qu'elle vraie philosophie. qui pren- qui revivrait amoureusement leur pensée. suffire à l'homme.

de tout de ces tout équilibrer. peut parfois. combien de philosophes modernes. non seuvérités partielles. dont à approfondir la vérité. philosophe. vérités de fond ainsi retrouvées. Nouvelles il vérités partielles. La cesse philosophie moderne après cela est très utile à la pensée par ses erreurs mêmes. lui. ont cher- ché de bonne et foi. engagés malsouvent au prix des conflits les plus amers. s'attachant avec passion à cet aspect du si réel. Mais. et de transporter dans la vraie lumière intentions intellectuelles que la philosophie moderne . Alors il lui sacrifiera tout le reste. excessive et disproil portionnée qu'en devienne sa doctrine. la réfutation force sans à à préciser les principes. gré eux pour ainsi dire dans ce vaste mouvement.LA LIBERTÉ INTELLECTUELLE tère ï05 de rigueur purement scientifique. convient à la rectifier. mettre en lumière des aspects nouveaux. Per- sonne moins que n'a dans son âme isolé la science de de la prière et de la vie de la grâce. philosophie scolastique de tout assimiler. pourra ainsi mettre en relief de précieuses d'une vérités. au moins virtuellement. lement avoir mis la main sur de nouvelles la mais encore avoir perçu dans nature ou dans l'âme quel- que profonde et primordiale réalité. une qualité de parfois une puissance la de génie que bien des défenseurs de ! philosophîa perennis peuvent leur envier le Si le système est inacceptable. mais sans les exploiter manière aussi intense. travail. à ce seul rayon qui l'écIaire. et l'isoler en e//e- même de la foi. que la philosophie chré- tienne possédait déjà. avec une ardeur intellectuelle. l'esprit général de la philosophie moderne va à l'erreur. tout ce qui n'est pas la lumière lui de l'objet. si Enfin.

pour psychologie. pour la biologie. .1 06 ANTIMODERNE C'est là la seule manière acceptable de sympathiser viciait. Philosophie de se continuer fondée sur l'expérience. (Saint Justin. (3) lt)()2. le témoignage de M. 1009 : die or- f^anischen fiegnlation'pn die <' Sveh. montrant la nécessité de revenir à la physique des qualités. » aïs chn)pi\ti^rpr Nalurtaltto^-. comme vérité les vérités trouvées par les philosophes païens appartiennent de droit. comme les dépouilles des Egyptiens appartenaient aux Héla breux. à la catholique. Car tout est à nous. quer. l'être. cnp. l\aud. Poris. sort Mais en faisant ainsi. Duhem (3). Philosophie des Organischen. en dernier position de philosophie scolastique est facile à définir. Engelniann. pour la physique. tives. Qu'il nous d'invo(2). Leipzig. nostra chris. Joanin.. qui sommes au Christ. lieu. . 1903 Le Mixte et la Comtnnnixnn chimique. in II Apo]. la et de réaliser un jour l'union de suffise métaphysique et des sciences. écrivant dans vaux ne cadrent la : de ses de Psychologie physiologique ni « Les résultats de mes ni avec l'hypothèse matérialiste avec (1) Quaccumrjur igilur npnd omnes pmeclnrc dicla sunt. XIII. Driesch forcé par ses travaux d'embryogénie expérimentale de la restaurer l'animisme d'Aristote. iinnoriim sniit. désireuse avec les faits établis par les sciences posifaits. ainsi que le disait saint Augustin. la pensée chrétienne ne pas de son propre domaine. A de l'égard de la la science moderne. Paris. le témoignage de M. etr.) (2) L'Evolution de la Mécanique. avec les philosophes modernes. non seulement elle accueille tous ces mais en- core elle est la seule philosophie capable de les faire entrer dans un corps de doctrine. conclusion le témoignage Principes tra- de Wundt. car toute vérité lui appartient de droit (1).

qui rattache la psychologie à la biologie. il Actuellement. l'ordre des causes secondes. se dé- gage comme conclusion métaphysique plausible de la psy» chologie expérimentale. en même temps de qui. Que d'erreurs on eût évitées. atteignent la vérité. pour la science sociale. est vrai. il me pu demande avec étonnement comment vérités est possible que des comme celles qu'il a professées aient jamais tomber chez nos savants protestants dans un aussi complet oubli. la philosophie scolastique est seu^e en mesure de mettre les sciences positives à il leur vraie place.LA LIBERTÉ INTELLECTUELLE dualisme platonicien ou cartésien. la en qui part de convention et d'arbitraire ne provient que de leur sujétion aux mathématiques.e 107 ie aris-T rJ^<A. connues parce je crois que je n'aurais pas écrit mon livre.< totélicien. Pour ma part. de l'autonomie de la volonté en . les sciences positives voisi- (1) Cité d'après Gounot. et fonder et de justifier la valeur de ces sciences. Arthur Rousseau. le témoidit-il gnage de von Ihering saint : a Maintenant. en parlant de je chômas. Paris. que je connais ce vigoureux esprit. que les idées fondamentales que je tenais à publier se trou- vent déjà exprimées avec une clarté parfaite et une remar- quable fécondité de conception chez ce puissant pen- seur ))(!). le Principe droit privé. l'absurdité la faire voir clairement de ceux qui voudraient absorber en elles toute connaissance humaine et et même dans notre vie morale et notre bonheur. de de tracer comme convient les limites de leur compétence. 1 si si on avait fidèlement je les avais gardé ces doctrines plus tôt. D'autre p^rt.Cn. seul l'animisîr.

1 08 ANTIMODERNE nent dans l'esprit de bien des savants avec une métaphysique ignare et présomptueuse. comme ne montrent que trop certaines spéculations contemporames. tout et en reprenant de l'intérieur. La scolastique. époque. doit garder sa liberté. . et les règle. d'autre sciences elles-mêmes de la métaphysique honteuse qui s'employer enfin. ce n'est pas les faits établis ni les les proprement le mais théories scientifiques. et de l'espace du temps que auxquelles on ne saurait rien reprocher tant qu'elles portent seulement sur les êtres . qui vivifiée par de la philosophie première : oeuvre vaste et diffi- répond à une des plus pressantes nécessités de notre philosophie n'est pas la servante des sciences. mais qui deviennent proprem. purifier les les métaphysique digne de ce nom. Mais Elle les la domine elle Si la philosophie chrétienne doit s'assimiler les sciences. comme l'expression philosophique de réalité. elle ne doit pas être assimilée par elles. de raison la science est libre de fabriquer pour ses besoins. et elles échappent trop rare- ment à l'influence du scientisme. transfini par soit soit : par des mathématiciens sur le par des physiciens sur la nature spéculations exemple. Ce qui en lois souffre. les doit d'une part élucider les principes des sciences et résoudre en les principes suprêmes d'une part.ent insensées quand les on prétend imposer à l'intelligence la ici. imprègne trop souvent. à refondre progressivement l'immense elles quantité de faits et de matériaux amassés par et dans les une grande synthèse organique informée principes cile. dites. élaborées sans com- pétence philosophique. son immatérialité.

(2) Serm. theoL. et s'élever sait à DiEU. pour eux. La philoso- phie scolastique écarte ces causes de déviation. montre d'une manière magnifique la nécessité de connaître et d'étudier les créatures. mais non pas pour se fixer dans la nature pour prendre un point d'appui dans et la nature. ad 2. une curiosité presque charnelle. 58. Et elle-même qu'elle et ne vaut que pour préparer à une sagesse la supérieure. Saint Thomas. ne s'y fixent pas. mais » (1). a. IX. au moins dans ses régions inférieures. dans mesure où elle se tourne à prier et à aimer. Ergo amate (2). sed sapere ad sobrietatem. la Dieu Telle doit être aussi chrétienne utilise la loi de notre La philosophie les sciences : de nature. Mais ailleurs la il dit. (1) Sum. I. 1914. . tout rapporter à DiEU. dit saint Augustin sed anteponite charitatem. scientiam. q. 554. Gaume. menacent constamment la science. en parlant des Anges ils : « Quand ils connaissent créature. 6. éd. ils s'enténébrer et devenir nuit.LA LIBERTÉ INTELLECTUELLE 109 L'amour-propre. ce qui serait. en prati- quant la règle indiquée par saint Paul : sapere. réfèrent cette con- naissance à savoir. au livre II de la Somme contre les Gentils. l'obsession d'épuiser l'infinité du détail.

à .

DE QUELQUES CONDITIONS DE LA RENAISSANCE THOMISTE .

-^ XJ .

Le bergsonisme est entré dans le musée Un monde nouveau va surgir devant nous. et cela pendant l'hiver 1914. y a des torrents de sang. divinus eius doclor Thomas.Chapitre III DE QUELQUES CONDITIONS DE LA RENAISSANCE THOMISTE (1) Unus est viagisler noster Christus el post Chris- tum D. Vénérable Jean de Jésus- 1 Je devais primitivement venir vous parler du bergsonisme. Marie. que le stupide chaos sans Supérieur de DiEU de Louvaiii le Conférence prononcée à 26 janvier 1020. où il attend en paix la résurrection. et des qui pour une part sera notre œuvre. m'a précédé sur votre terre de Belgique. l'Institut Philosophie . Entre cette date il et celle d'au- jourd'hui. Ernest Psichari. systèmes. le voulons du moins. nous (1) qui sera autre chose. Et voici que le plus cher compagnon de rna jeunesse.

plus spécialement de la réforme cartésienne. Vous voudrez bien tel titre excuser et mettre au point ce qu un paraît Il comporter déplairait de fort présomption. cipales — de de de la valeur du bergsoles se demander quelles sont de conditions prin: la renaissance la philosophie thomiste naissance sait commencée depuis longtemps est déjà.atiquement des considérations de mon est invention ou de mon goût. il sera facile alors de dégager les enseignements . Mon à je ambition autre. ANTIMODERNE amour qu'on nous propose en guise de chrétienté.114 sans . de la nouvelle philosophie. venir là surtout où je dois plutôt moi-même tout demander des leçons. me de vous pro- poser dogm. à la fin du moyen âge et ont et au début des temps modernes. celle — rele beaucoup plus actuelle que nisme. et le rôle capital. serait trop dérisoire que tant de généil et et pour lequel reuses vies se fussent sacrifiées. Mais dans l'élaboration de ce monde nouveau. fac- sans négliger pour cela l'immense importance des la teurs le économiques dans l'ordre de capital et causalité matérielle. Louvain bien puisqu'il en les un des meilleurs progrès autorisent artisans. voudrais de mes études ordinaires pour analyser brièvement aujourd'hui les causes qui. C'est pourquoi c'est une question très actuelle. ont fait perdre à la scolastique l'empire qu'elle assuré le triomphe avait sur les intelligences. d'avoir l'air voire d'outre- cuidance. rôle formellement décisif sera tenu par les idées. Ayant de la par devoir professionnel m'occuper de profiter l'histoire philosophie moderne. renaisles sance dont brillants aujourd'hui plus grands espoirs. en dépit des apparences.

On le a souvent remarqué. l'état des choses au XVif siècle 1. fort — et l'historien allemand Léopold de Ranke a que est issu bien mis ce point en lumière. l'Homme ment s'apercevant qu'il était quelque chose aimable. tercomme dit riblement jugé par Dieu. avait disparu dans l'écroulement du moyen âge. la découverte de l'humain. si vous le voulez bien et en manière d'introduction. ayant né ses yeux des objets dont autrefois. passaient la Renaissance à la Réforme. — grand mouvement classique du XVlf siècle français d'une sorte de réaction de souffles la France contre l'Eu- rope. comme un vent de Le monde chrétien. c'est-à-dire ayant détour- — la contemplation l'absorbait et la de la resplendissante toujours tranquille Trinité. vers le sujet.5 CONDITIONS DE LA RENAISSANCE THOMISTE de ce grand drame succès de intellectuel. et 1 1 de préciser par opposi- tion quelques-unes des conditions qui semblent requises pour le la renaissance scolastique. le — et ayant tourné son regard vers lui-même. fait. Hofî- ding. comme intéressant Adam et lorsqu'il s'aperçut qu'il nu. d'un univers doux et terrible à l'image du Père. M. Les de la Révolution européenne. qui comet mence à terminée. L'Homme. du drame toujours actuel fait de Rédemption. et qui n'est pas les premiers souffles de l'esprit d'indépendance depuis un ou deux siècles dévastation sur la face de la terre. II Considérons tout d'abord. était vers Moi. d'infini- d'infiniment commençait de .

Et. le ou à retarder. c'est le culte. à arrêter. gallicanisme et le jansétares. p. et un affinement de sibilité. nr: Pascal. monar- chique et catholique. Dans de la le domaine de l'art lui-même. Son énergie est tout épui- sée lorsque meurt Louis XIV. La caractéristique de l'esprit païen. pour se faire un monde digne de — La France. ce siècle. C'est que frait l'effort de restauration du XVif faiblesses. t.116 ANTIMODERNÉ les valeurs changer toutes blis. de la Et ainsi l'ordre et la disciplme du XVIl" vigou- siècle français apparaissent comme une réaction reuse contre la barbarie humanitaire déjà en marche. dans l'ordre politique. au point de masquer complètement. siècle souf- de bien des . dans celte grandeur. alors après l'affreuse crise des guerres de religion. Elle n'a pas réussi à sauver la civilisation. nisme sont d'autres plus visibles de ces Mais il y en a (1). Mais cette réaction a été en somme éphémère. R. II. « .. ne gardant du XVIl" la sen- que de nobles souvenirs. du sous la splendeur moins pour un regard floraison classique. Letircft stir Vlnstoirr de France. réussit par sa volonté obstinée d'une restauration nationale.. P. dont il l'art classique tient renaissance gréco-latine la dérive commensuration à pure raison humaine — une si étroite mesqoine (1) Cf. en les effet. superficiel. ce travail révolutionnaire. et janséniste! le disait Verlaine. il y a une forte trace d'esprit païen et un oubli très prononcé des vieilles traditions nationales. et le XVIlf siècle semblera continuer tout naturellement le siècle XVf en . 119: Il ne faut pas que la sondeur du XVII" siècln nous empoche de reconnaître que.i7 tares et de bien des fut gallican. et de briser tous les ordres étalui.

stoïcien. un régime intellectuel moral entiè- terrestre.7 CONDITIONS DE LA RENAISSANCE THOMISTE 1 1 quand elle est laissée à elle-même — le qui le place fort loin de la plénitude spirituelle de l'art médiéval. faut-il la rappeler que les traités de Westphalie consacrent parition nations. Dans sainteté. avec laquelle les rois de France avaient d'ailleurs fait alliance. terre. épicu- rien dans le monde. mais strictement religion. Enfin. limitée aux choses du culte et de la vertu de et un gouvernement de rement naturel et on est vie. le domaine des mœurs. je sais bien qu'il faut se garder de juger trop de l'homme déifié dans une personne ou dans une. Avec une et candeur désarmante. n'aboutit chez beaucoup de gens qu'à ce curieux concordat intime qui juxtapose à foi encore vigoureuse. sceptique. dans le domaine de la vie des peuples. catholique à l'église. mais après avoir dûment conquis bonheur Conception du Christianisme inconnue aux temps anciens. poindre et se développer ce funeste esprit d'égoïsme et d'orgueil ? D'un autre côté. en particulier du moyen âge » l'adoration . au cours du XVII*' siècle. lui — de dis- la société chrétienne des substituer le système de l'équilibre eu- ropéen. est-ce que nous ne voyons pas. Sur ce dernier point. fruits bien qu'il donne dans une élite de magnifiques de de pénitence une et intérieure. — pour de la chrétienté. et qu'ils consacrent aussi d'une manière officielle l'existence politique et les droits de l'hérésie. tivité — — ! . quelle je ne dirai pas méconnaissance mais ignorance de notre tradition historique. collecen dépit de tous les magnifiques restes du Christianisme qui pénétraient encore la société. surtout qu'on est fermement décidé à gale gner sur le la ciel. et qui lui promet une décadence assez prompte. de vie renouveau catholique.

était terminus ad quem. dans la pointe offensive où se manivive intellec- chaque moment de l'histoire d'une époque. dans active et feste à tuelle mouvement de recherche la force de conquête. et que de grands mystiques comme il le P. reste Mais : la il plus grave peut-être de toutes encore à signaler le ny la la a alors aucun effort pour la restaurer dans domaine de qui est spéculation rationnelle philosophia perennis philosophie de l'Eglise. comme vers notre vers laquelle nous revenons maintenant. Voilà donc bien des le faiblesses. ou. reste cependant que saint Louis aurait sans doute trouvé une autre manière de final faire. le Mais en philosophie. absolument aucun essai de rénovation thomiste. ANTIMODERNE et que cette politique nous était imposée par les ambitions de la maison d'Autriche. alors le terme . Le résultat sera curieux à enregistrer.. Lallemant l'ont approuvée. un cas expérimental éminent. On peut tel dire que le mouvement classique du XVII® siècle.118 précipitamment. 2. La scolastique. la raison. Joseph et le P. et moral sans saint Thomas. nous offre un exemple remarquable d'une tentative de retour à l'ordre intellectuel dirions.. et que le résultat de tout cela a été la constitution du royaume de Prusse. logiens et saint Thomas est cité et invoqué par les théo- par les prédicateurs. bien des déficiences dans grand travail de restauration chrétienne accompli par le XVif siècle. parce quelle est celle des évidences naturelles de Sans doute. la formalité avec privation de comme nous thomiste. on ne trouve au XVII^ siècle.

nous ne saurions répéter. qui ne se donne pas du premier coup. courts ! — de moyens de parvenir à l'union à DiEU. XVI* siècle. Dans le l'ordre philosophique on verra aussi tout monde courir après le moyen court de parvenir à la vérité. nous voyons commencer. pendant la longue décadence de la philosophie chrétienne. Saint François de Sales n'a-t-il pas réussi. le terminus a quo d'un cuit 1 19 cir- intellectuel qui devait durer trois siècles. est quelque chose de difficile.CONDITIONS DE LA RENAISSANCE THOMISTE dont on s'éloignait à tire-d'aile. je puis dire à la démocratisation de à pensée : donc à la faciliiaîion des choses. Or. je veux dire après les divins secrets de la Méthode. On reculait aussi l'effort réel que la scolastique trop le exige de la l'intelligence. le pliés démon de afin la médiocrité semble avoir multile autour d'elle. dès pour beaucoup de raisons. £^1?. dans l'ordre de la vie spirituelle ? Mais courts. — mieux que saint Thomass . dans toute sa pureté formelle. car. un habitus. la la semble-t-il. et si une remarquable tendance à vulgarisation. exige le déve- loppement dans l'esprit d'une de ces qualités stables perqu'Aristote appelle une le fectionnant et surélevant le sujet. comme un saint qu'il était. de procurer devant dégoût des bons très esprits. n^ent continuel et qui requiert un renouvelleet qui de l'effort de penser. tirer le bon parti de celte tendance. dans ce même si ordre on verra bientôt sortes des auteurs moins — recommandables préconiser toutes oh. principalement sociales. Enfin des esprits trou- animés par ver ailleurs de la plus sincère piété voudront mieux que la scolastique. philosophie scolastique. les hérissements On reculait devant saugrenus et les complications bar- bares que.

Cf.1 20 pour réaliser ANTIMODERNE une synthèse — théologique apparemment : mieux adaptée aux besoins de Tâme chrétienne tuitive et plus affective aussi. une phi- losophie moins discursive et moins argumentative. 3. nous étions des anges. I . on en barbouille platonisme dans dévotion de ce temps et on fait entrer le composition de la vie mystique et de la théologie à la mode. donc le une intelligence située au plus bas degré dans des esprits. 160 et suiviintes. mesure. ceux qui en usent. intentions touchantes de ces éter- nels réformateurs. et la Paris. p. (( A ce que j'entends. la la 1634. ils en aient toujours l'intelligence dans (1). qui constatent que tout irait tellement mieux l'homme et n'était pas un animal raisonnable. — oh — comme la Voyons. plus simple. Gilson. pas est-ce — tout ne se dans simplifierait délicieusement ? C'est première moitié du XVif siècle.. O si sainte candeur. plus in- en un mot plus facile. si dans une très humble que alors. Qu'ils ne croient pas que pour avoir dans la bouche beaucoup de noms qui se trouvent dans saint l'esprit » Denys. que au sucre. — qu'on se lance dans la écrivait Silhon mode en platonicienne. La théologie. se viennent que les serpents se l'arsenic ressemble cachent sous les et fleurs. qu'Origène en fut empoi- sonné.. difficiles ! monde si pour laquelle toutes les choses belles sont faisions. très nous modestement. doclrim: De Vimmoiialilé de cartésienne de la liberté Vâme. 16iî4. ajoutait-il Que sou- sentencieusement. Mais une mode platonicienne ne constitue pas une (1) SiLiiON. avec un peu de bonne volonté.

spé- culation vers le mécanisme donne une forme chez Bacon et mathématique et et rationnelle à ce qui n'était. classique front Descartes réussit à introduire qui. saint une philosophie va surgir prendra la place De l'immense déficience créée par l'absence de c'est Thomas. assure ainsi le succès de l'esprit nouveau. s'appuyant tantôt amis de l'Oratoire. comme aîtier un spiritualisme et plus cassant engageant hardi et bien plus que celui d'Aristote. aiguille et l'idéalisme. suscité en maint esprit des espoirs analogues à . qu'un ensemble confus de désirs et d'as- pirations. : La de. tantôt sur les Jésuites menace alternativement. et dans France fait une philosophie d'une part. qu'il flatte et tantôt sur la Sorbonne. Le grand organisme de si sciences et d'arts qui le progresse siècle. Descartes qui va et profiter. chez Bruno. rectrix. ? de tête scientia un corps sans tête Non. sur ses prudence stratégique tactique redoutablement avec une ténacité étonnante. rectrice. n'est philosophie cartésienne est une philosophie masquée larvatus prodeo. fait pas étonnant que cette philosophie et d'abord illusion. d'un élan rester vigoureux dès début du XVll" va-t-il sera-t-il privé de métaphysique. de la Pensée. une qui va lui pousser. Avec une sagace.CONDITIONS DE LA RENAISSANCE THOMISTE 121 philosophie. je lit-on m'avance masqué papiers de sur le théâtre du monIl dans les jeunesse de ait Descartes. de l'Homme. poussé de restaurer à son nouvelle libertins. d'autre part. brise d'une manière irrémédiable avec la la tradition humaine. et d'ailleurs par la l'intention sincère profit philosophie la chrétienne. qui. contre l'impiété des a se présente ». change de fond en comble la notion qu'on doit se faire de la Science.

si trouva. situation s'agit gagner et le la faveur du une il semblable symétrique. et que dans l'autre on est vieux. sieur chymiste (plus tard condamné à la potence pour faux-monnayage). Car au fond. pria Descartes exposer en particulier ses projets de réforme et se notre historien. plus instruit d'ailleurs et incomparablement plus ce. ici avec Platon. et subtil. débitoit des sentiments nouveaux de lui et parloit contre la Scholastique. que le désir irré- d'abriter son philosophe derrière l'autorité d'un et nom prochable portait sans doute à une pieuse ration. dans les deux cas il s'agit de renouveler le et spiritualisme par so- une doctrine conformée au ton mental ciété en moral de les la un temps donné. ayant le le oii fait. fatigué. il il forte exagé- est curieux de lire aujourd'hui le dévot récit où nous raconte comment la le cardinal de BéruUe. héroï- que.122 ANTIMODERNE sur le bergso- ceux que quelques-uns fondaient récemment nisme. en 1628. Quoi en soit de la véracité de Balllet. et plein d'une folle confiance en la raison. dans deux cas la de transcender pénible discursus simplifica- de raison par une intuition merveilleusement trice. dans les deux cas nouveautés qu'on apporte reconnaissent quelque contact originel avec le platonisme. qui prétend s'accorder avec la science positive. là avec Plotin. ces deux systèmes public dans les si opposés. connaissance de Descartes chez sur et la nonce du le Pape. philosophe Philosophie. au dire de content de ce qu il . mais dégoûté de l'intelhgenfort pourvu d'une musculature rationnelle qu'il anémiée. le bergsonisme sont pour et le cartésianisme. à une conférence de Chandoux. Notons cette différence toutefois que dans un cas on était jeune.

le ré- païen de Renaissance grand péché et : — deFinale- vait introduire dans l'ordre rationnel philosophique tounaturalisme. mais le 20 novem. dernier chap. privant de se ses méditations Descartes. .bre 1663. refuser (( de dévouer au genre humain. puis germaniques (1) (2) Recherche de la vérité. VI. égocentrisme. de la peine d'aller chercher dans païens. le lui représentant qu'il seroit tort responsable qu'il feroit devant Juge souverain le des hommes du du fruit au genre humain en ». influences anglai- avec Voltaire et l'Encyclopédie. et la l'Eglise mettait le cartésianisme à l'in- réforme cartésienne le — qui est dans l'histoire de français. un docteur pour nous la vérité » instruire de (I). parmi barbares et les étrangers. ne voulant pas travail. se mit au Ceux qui liront les ouvrages de ce savant homme. péché proprement est le comme et italien. ajout era-t-il d'un cœur candide. « de telle sorte )). se sentiront une secrète joie d'être nés dans un siècle et dans un pays assez heureux pour nous délivrer sés. Oui. Prélace de la Recherche de la vérité. et les siècles pasla parmi les les dans les extrémités de terre. l'intelligence. dex.CONDITIONS DE LA RENAISSANCE THOMISTE entendait qu'il 123 fit une obligation de conscience au philoce sophe d'entreprendre « grand ouvrage. indivi- tes les maladies ce la pensée moderne scientisme. dualisme. ment. non sans contamination par ses. après que la philosophie des idées claires sera les devenue. écrira plus tard Malebranche. la réle formée veil luthérienne la grand péché allemand. — subjectivisme. « qu'on peut dire avec assurance qu'on n'a point assez clairement connu la différence de l'âme et du corps que depuis quelques années » (2).

Mais ce qui qui est bien certain. sera éphémère et sans vigueur elle n'est pas avant tout une renaissance thomiste. ANTIMODERNE philosophie des lumières et des pauvres . ? Il — le docteur profond Jean de Saint-Thomas sur la les est vain de spéculer dans futuribles. pendant que Descartes combinait en Hollande sa révolution philosophique. par laquelle la la révolution kantienne consom- mera révolution cartésienne. Cette histoire nous montre avec éclat l'importance pro- prement qu'il y a pour' toute tentative de resde l'ordre chrétien. Si nouvelle philosophie de . qui montre partout et toujours docile à la réalité. siècle L'histoire du mouvement classique au XVIl" la nous apprend encore autre chose.124 avec Rousseau. Que se- rait-il advenu de la France et du monde la si le mouvement tête or- classique du XVII^ siècle avait choisi pour maître et pour et guide en philosophie. long des âges par le labeur puissant mais le vaste et métaphysicien qui et saint continuait et commentait humblement Aristote Tho- mas à Alcala de Hénarès. gueilleuse qui rejeta non pas et dure tous étroite détruisit le les précieux instru- ments de sagesse préparés des hommes. la qulnquets de V AufJ^lârung — nous assisterons à la proclal'es- mation de l'indépendance absolue ou de l'aséité de prit humain. je veux dire de la philosophie d'Aristote et de saint Thomas. à mettre en première ligne tauration philosophie qui se fonde sur les la la restauration de capitale évidences premières de l'intelligence et sur et les évise dences premières de l'expérience sensible. c'est que aujourd'hui renaissance et se si chrétienne s'effectue l'élite. prépare dans le monde.

— en fait noble ches. n'essaie de réfuter Descartes qu'au nom du scepticisme et d'un médiocre probabilisme d'érudit. On invoque pour et la défense d'Aristote d'universités. la la philosophie modern'î a dans monde place de siècles la philosophie scolastique. parmi les Descartes. Vx soli. c'est qu'à ne trouvait devant ici elle aucun adversaire qua- nous faut constater la carence totale des repré- sentants de la philosophie scolastique. Où (1). représentants de la vérité phique III Au pris il temps le oij. Il 125 si facilement. la y avait presque trois que scolastique dégé- les inconvénients pratiques très graves que si auteurs scolastiques à la langue latine justifié qu'il ait pu être en droit a eus dans \ei trois derniers siècles au point de vue de la vitalité du thomisme. néant. ou plutôt d'offensive intellectuelle. sont. lutte d'esprit contre esprit.CONDITIONS DE LA RENAISSANCE THOMISTE Descartes et de Bacon a triomphé vrai dire elle lifié. Le P. bon moyen d'achever de Mais en fait de déde fense intellectuelle. L'évêque d'Avrand'humaniste et les salons Huet. Il est mauvais pour la sagesse humaine* d'être séparée de la vie des hommes. on les arrêts la des Parlements des conseils : met gendarmerie au service de l'Ecole la discréditer. Daniel s'emploie à faire rire en racontant avec une grâce badine et une élégante ironie le Voyage du Monde de M. -rcar on ne se défend bien qu'en attaquant. du moins philoso- écrivains de langue vulgaire les les défenseurs de saint ? Thomas. par Descartes. (1) Il importe de noter l'attachement exclusif des ici — — .

— n'était pas une nouveauté d'altération mais une nouveauté d'achèvement. 1 . : selon qu'elles se rapportent à la qualité de la doctrine et les de l'esprit scolastiques. Malgré l'éclat prodigieux avec lequel et la pensée de saint Thomas s'imposa dès celui-ci. ou enfin aux aides extrinsèques dont ils avaient besoin. de plus en plus graves depuis la début du XIV" siècle. du vivant même de où vous savez que la grande synthèse thomiste. de doctrine elle-même. fait Sans parler des causes tout à à la décadence de la chrétienté dans son ensemble. Ce sont les causes générales de cette décadence que générales qui tiennent je voudrais maintenant brièvement passer en revue.126 ANTIMODERNE nérait. ou à l'usage que scolastiques faisaient de leurs ri- I chesses intellectuelles. Par ailleurs la il convenait que la pensée thomiste fût éprouvée par contradiction. la nouveauté du fruit par rapport à la fleur. avant tout. . chrétienne venait donner son le est très loin de commander sans conteste la fin mouveheurta qui ment intellectuel de du moyen âge. et toute la tradition antique fruit. je classerai ces causes de déchéance sous trois chefs principaux. les faut signaler. les déviale altérations. Elle esprits se dès l'abord aux résistances des routiniers ne comprenaient pas que saint Thomas. l'origine. Au point de vue il de la qualité de la doctrine et de r esprit tions et scolastiques. — la nouveauté de l'enseignement de les biographes du saint insistent sur cette hardie nouveauté de son mode d'enseigner.

Mais elle montre bien dans quelle atmosphère La philosophie de saint Thomas n'est pas imposée par l'Eglise à façon d'un dogme. rité. successeur. Et l'Eglise elle-même le dit « Thomnc rhctrinain Ecclesia suam propridin edixil esse. et Robert Kil- wardby. "encyclique Fausto appetente die. averroïstes condamnait. En ce sens il faut dire que la philosophie de saint Thomas est la philosophie de l'Eglise. pour le VU» Centenaire de saint Dominique). écrits un certain nombre de thèses empruntées aux qui est aujourd'hui Doctor de celui efforts communls Ecclesîœ. ne purent de Cologne à Paris pour défendre son empêcher cette condamnation. fut incapable glorieuse ascension dans l'Eglise de la doctrine de saint Thom. et dont les Papes devaient faire. en 1270. et sur le avait vu sa doctrine suspectée par l'auto- point d'être la condamnée à Paris. archevêque de Cantorbéry. très peu de temps après les censures d'Etienne Tempier. trois ans après mort de saint Thomas. (1) la : . Mais l'Eglise la recommande d'une manière unique. quant à tous ses principes essentiels. c'est d'elle qu'elle se sert elle-même dans sa vie propre. qui. A Oxford. la philosophie même de l'Eglise (1). Et le 7 mars 1277. allaient à leur tour. Cette opposition pasd'arrêter la sagère et locale.as. § 2). 29 juin 1921. Canon 15GG. évêque de Paris. Etienne thèses Tempier. frapper la doctrine de saint Thomas. son l'un à la suite de l'autre. » (Bexoit XV. elle prescrit à ses professeurs de l'enseigner (Nouveau Code du Droit canonique. John Peckham.CONDITIONS DE LA RENAISSANCE THOMISTE Saint 127 Thomas mourut en il 1274. malgré ses quatre-vingts ans. vînt disciple. Quatre ans avant sa mort. adoptèrent en chapitre général comme doctrine de l'Ordre. avec les que saint Thomas avait passé sa vie à combattre. que les Dominicains. qui était due principalement à des rivalités tout humaines. Les d'Albert le Grand.

mais tout qui ne prend plus sur le réel et qui n'en reçoit plus la vie. fait dépendre d'un pur arbtraire divin la les vérités éternelles. liberté.128 ANTIMODERNE ingrate et querelleuse le monde chrétien. à son déclin. faisant pour se regrou- per selon un type. et qui afin le glaive. Avec Scot. parties ébranle. et grâce comme loin. non plus l'intelligence. allait recevoir la pensée du Docteur Angélique. où mourait saint subtil. l'existence lité déclare de DiEU. — Avec Occam. un système de valeurs foncièrement opposés à ceux du thomisme (elle place alors au sommet de la l'être. fort change philosophie en une machinerie artificielle. une simple dénomination extrinsèque. complique à et l'infini. son unité. — — né l'année même avec Scot. la Thomas (I). Scot serait né en 1266. Aveud'intel- glée par le nominalisme. . la nie métaphysique. la contingence). mais la volonté. elle achève de se fausser. met- au service de l'Empire germanique des théories subver- sives de l'ordre chrétien. l'immatériala et l'immortalité de l'âme indémontrables à tend à présenter raison. une orientation. elle cesse de faire œuvre elle ligence et de discerner l'essence des choses. son infinité. ce théologien très la moderne qui défendait Louis de Bavière par que Louis de Bavière le défendît par tait plume. Docteur trop effort pensée chrétienne. commence la à perdre confiance en l'intelligence. Luther n'est pas (1) Selon d'autres. Bientôt ce sont de nouveaux maîtres et de nouveaux sys- tèmes qui détournent tracées par saint la philosophie scolastique des voies Thomas. déséquilibre jusqu'en se ses moindres l'édifice scolastique. ingénieuse.

Il dans la est curieux de rapprocher de l'acte de Clément VI avertissant le moyen âge des la périls mortels auxquels le noles minalisme expose bles par lesquels les pensée. représentant de la doctrine — d'Occam.CONDITIONS DE LA RENAISSANCE THOMISTE on d'ailleurs 129 sait qu'il ne connaissait par rintermédiaire de Gabriel Biel. « toujours resté occamisîe ». Pie de X Benoît saint XV ont objurgué temps modernes de revenir à la raison. sui- et vant le mot de Denifle. étudiants aux maîtres les mettre et aux de l'Université de Paris. après avoir pendant cinq ou six cles dissipé sa substance aux quatre vents de le l'esprit. plus curieux encore de noter que tiens Clément siècle. pour anglo-saxonnes). en garde contre ces variœ et extraneœ doctrines sophisticcz {extraneœ. en mai 1346. plus et ou moins mitigé. règne à l'Université de Pans plupart des écoles. est-ce donc nous Est-il qui le ferons réservé à quelque printemps à venir voir rayonner dans sa pléiiitude le beau soleil de la Doc- . soupire 11 enfin est que de maison du Père. — écrivait la scolastique le que dernier grand qu'il est. Thomas siè- comme geuse à l'unique salut de cette raison voya- et prodigue qui. sont et seront obéis. Clément VI. siliques à se nourrir des vaines après l'ordre pacifi- du la si kantisme. Dès la seconde moitié du XIV" l'occamisme. Ce que de le ? par contre Léon XIII et ses successomme toute. fut pas écouté. jusillu- qu'à être réduite à garder troupeau sans honneur des et sions matérialistes et scientistes. moyen âge n'a pas fait. c'est-à-dire Le Pape ne siècle. actes presque et innombra- Léon XIII. VI n'a pas été obéi des maîtres chré- du XIV^ seurs ont été.

d'un affaiblissement simul- V intelligence elle-même considérée dans son est facile état moyen. De là la folle végétation des : questions inutiles et l'invasion du verbalisme l'intelligence et bientôt semble s'hypertrophier. les les les Albert de Nicole Oresme préparent par nous a révélées. grandes découvertes que M. aura tellement diminué qu'elle se la trouvera au niveau de l'empirisme de en faisant effort Renaissance. et pour se relever. Duhem conceptions scientifiques doAt on fera gloire à Léonard de Vinci et à Galilée.130 Angélique. . en elle réalité elle dégénère. très forte pour XIV® un temps bien siècle court. et n'ont pas brillé en métaphysique. tandis qu'il merveille dans l'ordre des scien- ces particulières et dans l'analyse des phénomènes physiles ques. Buridan. que s'accrocher. tandis que Saxe. une Impuissance progressive à ramener toutes choses à té l'uni- simple et lumineuse des principes : les plus élevés. Mais revenons au XIV° Les profondes la que nous venons de relever dans tané de doctrine scolastique s'accompagnaient d'une baisse. les les Docteurs parisiens. et qu'elle ne pourra. cette époque laisse voir en la même temps et une singulière défaillance dans l'ordre de sagesse. à spéles culer sur les causes premières il est remarquable que grands savants dont je viens de parler étaient tous plus ou moins occamistes. au mathématisme cartésien. Le lui-même garde encore une fait intellectualité. Toutefois. Il de constater qu'alors l'intelligence comobjective et à se complaire en rVit- mence à devenir moins même plus qu'en la vérité. à ANTIMODERNE la trine lumière duquel le moyen âge à son altérations automne n'a pas su être fidèle ? siècle.

siècle. que il faut être disait quelque Goethe. en cherchant surtout la facilité l'équilibre subir et à concevoir. . à un certain point philosophie tradition- de vue. laisse l'impression que souvent. très Son effort. fait éclectique et le balancement des scolastiques et opinions. et il esprits fidèles à saint sur leur temps. les Thomas. la faut dire cause pric'est mordiale de la déchéance historique de la scolastique. propre défaillance par laquelle elle a cessé d'être ellelaquelle l'être et même. operatio sequitur esse. et l'effort dans toutes premières années du XVlf la même que tentera Suarez pour restaurer nelle ne fera. l'action est à la mesure de chose l'être. pour pouvoir quelque chose. Suarez. que mieux mettre en lumière ce dépérissement général de l'intelligence scolastique. mais Et plus ils sont isolés et sans influence tard. par l'ordre elle s'est manqué à elle-même dans de de la qualité. disaient les faire il Anciens. lui raisonne et ne voit pas.CONDITIONS DE LA RENAISSANCE THOMISTE y a sans doute y aura toujours. il est vrai. de ce regard simple de l'intelligence que rien ne peut remplacer. II faut être avant d'agir. réussit pratiquement dans l'ordre scolaire il particulier de l'enseignement de pente clérical . des 131 Il alors. allait au cœur du réel. en effet. aux grandes notions des déformations des gauchissements considérables. mais dans l'ordre universel la spéculation. reste impuissant à faire remonter aux esprits sait la qu'ils descendaient depuis Occam. On part assez la déplorable médiocrité de la plu- des scolastiques contemporains de Descartes et de Pascal. à la fin du XVI® siècle. la A ce point de vue. là où le Docteur Angélique.

C'est ainsi. de qu'un à ce changement historique ressemble en quelque qu'Aristote appelait les générations substantielles. Corruptîo unius generatio aîterius. deviennent. au subjectivisme. C'est ainsi que la corrup- de la scolastique est la génération de la philosophie dite moderne. tel loi. tirer Et maintenant que devons-nous de tout cela au point . la qui a triomphé historiquement du premier (comme antiscolastique la philosophie a triomphé de et la scolastique au temps de Renaissance au XVII^ siècle).132 ANTIMODERNE Il me semble de : plus que l'étude que nous venons de faire loi nous permet de dégager une historique assez remar- quable Quand on la passe d'un système supérieur (par exemple de à philosophie scolastique) un système inférieur. second syssorte sorte tème. que d'une façon générale les notes de corruption qu'on peut et relever dans la scolastique décadente. dans règle et propriétés connaturelles . — science tou- ces notes deviennent des propriétés distinctives et ca- ractéristiques de la philosophie moderne. la — nominalisme. on constate que les ca- ractères qui sont dans le premier système un vice. inaptitude à la métaphysique et orientation de l'intelligence vers des phénomènes. pour ne pas parler des transitions par- ticulières qui relient Descartes à la scolastique de son temps. dans lesquelles les propriétés de la substance nouvellement produite sont précisément les dispositions ultimes provoquées par le mouvement tion d'altération dans la substance qui se corrompt. une altération. suivant tes du moindre effort. une déle formation. tion. individualisme la ligne mépris de la tra- tendance au naturalisme. et avant tout dans l'oc- camisme.

et qui embrasse tous les aspects du là réel. ? La leçon de l'histoire est facile à dégager. matériels et caducs — je ne parle pas des éléments de la synthèse thomiste. avant des scolastiques euxils mêmes. par exemple de tout le matériel scientifique dans lequel les leurs Anciens ena robaient principes métaphysiques. d'une manière de philosopher qui consisterait à répéter leurs formules lité d'une façon mécanique. Je n'ai pas besoin de dire qu'il ne s'agit pas plus d'un attachement servile à saint et non Thomas Il et à Aristote. — le et qui besoin je parle des principes for- mels de saint Thomas.CONDITIONS DE LA RENAISSANCE THOMISTE 133 de vue qui nous occupe. d'être entièrement renouvelé. de la fidélité et de l'obstination avec lesquelles garderont intacte leur différence spécifique. le moyen . s'agit d'une fidé- spirituelle et filiale. dont plus insignifiant en appa- rence a sa place nécessaire dans une doctrine qui est orga- nique et vivante. au point de vue des conditions de la renaissance thomiste dans le monde moderne tout. lectualité. coordonnés. mais aux moindres principes philosophi- ques de saint Thomas. qui fait chercher dans leurs prin- cipes activement médités. groupés. La renais- sance thomiste dépend. quant à ce qui fait leur être et leur qualité essentielle. non seulement aux principes généraux on et très généraux si (il y a des personnes qui s'imaginent qu'on croit est thomiste et la que DiEU existe. cela les oblige à être extrêmement difficiles et extrêmement exigeants à l'égard d'eux-mêmes. et qu'il a créé le ciel terre). quant à la doctrine et quant à l'intel- La lité renaissance thomiste a donc pour condition une fidé- rigoureuse.

il Nous savons clairement que. Car c'est implicitement et vir- tuellement. c'est peut-être le charisme plus merveilleux dont Dieu gratifié son Eglise depuis les temps apostoliques. la valeur que pour éprouver pour mieux mettre en relief de la doctrine de ! saint Thomas. Soyons fidèles à saint Thomas comme enfin à une grâce de DiEU. d' un ANTIMODERNE « inventer la solution )) des problèmes nouet veaux qui peuvent se poser de nos efFort original jours. cela grâce à de l'esprit. et et que DiEU n'a permises. tile. de cela moindre de ces principes a une valeur si A toire la quoi servirait l'histoire. aussi. ou plutôt aux nouvelles déterminations et aux nou- veaux modes que le les éternels jours. problèmes philosophiques peuvent recevoir de nos Mais précisément à cause infinie. la L'histoire nous montre que race intellectuelle thomiste est une race avant tout métaphysique. téressait était la Descartes il métaphysicien. ce la n'est pas à explicitement tout que ces principes contiennent réponse nouveau problème philoso- phique. L'épreuve hors est faite. elle ne nous apprenait à } éviter les grandes erreurs où nos pères ont pu tomber serait vain d'altérer et L'his- nous apprend qu'il saint de diminuer la pensée de siècle. il ne (( s'infort réellement qu'à consacrait . et m comment trlne. Thomas aux sous prétexte aussi de conformer vain au elle nous jours apprend qu'il serait de revenir de nos vieilles divisions d'école qui ont perdu la scolastique.134 de découvrir. sans doute. mais physique. je le sais bien. six siècles à de cette doc- m * n'y a pour la raison que dissipation et peine inu- fait saint Le monde a mis Thomas et ait comprendre que d'avoir d'avoir donné aux le hommes cette lu- mière.

au XV® des éco- siècle. 2. Quelles sont. de Wulf au XIV* et et les bien mises en lumière dans sa belle histoire de la philoso- phie médiévale. toute contaminée surtout sa réforme phila direction. les principes de la métaphy)). des universités qui perdaient en qualité tandis qu'elles augmentaient . « il serait très nuisible les d'occuper souvent son ensi Il tendement à méditer. Il signale notamment. Personne n'a mieux montré que l'usus.. et considéraient la sagesse. la contemplation des vérités premières. Pourtant il ne il suffit pas d'être. sensible. Il ne suffit pas d'être riche. qui ne s'intéressera plus à fondements de métaet physique que pour établir les la science. M. pour parvenir. Thomas l'importance capitale de de l'acte d'usage par lequel nous appliquons nos facultés et nos biens intérieurs. et il jugeait que s'il est « nécessaire d'avoir compris.CONDITIONS DE LA RENAISSANCE THOMISTE 135 peu d'heures par an aux pensées qui occupent l'entende- ment sique seul ». la les causes de a déchéance de ? la scolastique au début des temps mo- dernes Nombreuses et variées à plaisir. comme le terme suprême des aspirations de l'intelligence. pu ainsi que créer une métaphysique extrêmement pauvre de mathématisme .. il faut agir. scientifique comme à son objet suprême. faut user saint de ses richesses. une fois en sa vie. à ce point de vue de Vusus. la losophique a consisté à renverser expressément l'orientation de l'esprit. à cause qu'il ne pourrait et bien n'a et vaquer aux fonctions de l'imagination des sens ». l'excessive multiplication les. au lieu à l'utilisation les de la nature que Anciens avaient la face tournée vers le ciel.

en 1472. de Tubingue. comme celles de la nature ?) et de la personne. hélas. elle n'est cultivée et enseignée qu'en fonction du rôle qu'elle est destinée à jouer : dans la synthèse théolo- gique tés par là même sa vie propre s'affaiblit. notamment les mathématiques. qui ne demande. et qu'à tourner à la routine fermant dans les cadres à amoindrir la science en l'en- artificiels de l'Ecole. ANTIMODERNE — le relâchement général des études. les reproches d'ignorance et de . reprochait aux professeurs alii de suivre les vieux maîtres. et le non pas magistri moderniores. à la 'besogne pédagogique. ses possibiliet de renouvellement au contact de l'expérience de progrès diminuent. antiqui sermonis doctores. prince en 1425. de même « terminisme )) d'Occam était imposé par les princes et aux universités nais- santes d'Ingolstadt. tanrecherche philole que l'activité (1) arts et la sophique était ardente au temps d'Albert Grand et de saint Thomas. ou de la causalité instrumentale il néan- moins peut arriver par accident qu'elle en souffre quelque si détriment. N'oublions de théo- pas non plus que tages logie. si la philosophie reçoit de précieux avanla du rôle anciUaire qu'elle soutient auprès les (sans la théologie philosophes auraient-ils jamais donné une attention suffisante à des questions pourtant très importantes en elles-mêmes. Notons encore les périls inhérents à l'enseignement lui- même. cet effort d'investigation natu- (1) Je dis philosophique .136 en nombre. table surtout au mauvais choix des maîtres. des maîtres es vive et ses possibilités dis A ce point de vue. — impu- l'mgérence (le des prmces dans l'administration des universités électeur de Cologne. en ce qui concerne les sciences particulières. en 1477).

CONDITIONS DE LA RENAISSANCE THOMISTE
ne se retrouve plus guère au XIV^ siècle que dans
des Docteurs parisiens.

137

relie

les

brillants travaux scientifiques

La

phi-

losophie

elle-même

et

la

métaphysique se voient amoin-

dries et rabaissées par les doctrines

de Scot

et

d'Occam;

et

plus tard certaines thèses philosophiques de Suarez,- sur la
quantité, par exemple,

sembleront commandées trop exclufaciliter et

sivement par

le

désir

de

de

simplifier pratique-

ment

le

labeur du théologien.
la

Mais

cause la plus grave, au point de vue qui nous
la

occupe en ce moment, de
physique dont

déchéance de

la scolastique la

au

début des temps modernes, c'est d'abord

baisse
ensuite

métal'ef-'

Occam

est

responsable,

c'est

frayant malentendu qui se produit au
et

XV^

et surtout au XVI®

au XVII® siècle entre les scolastiques et les pères de

science moderne, ces conquérants de la nature sensible,
héritiers

la

dans

le

du XIV®
listes

siècle,

domaine

scientifique des Docteurs parisiens
les

que nous pouvons appeler
au sens très large
oii

Natura-

ou

les Physiciens,

Aristote en-

tendait ce

mot

lorsqu'il l'appliquait

aux Ioniens,

Les
et

erreurs variées, et très lourdes, qui viciaient le sys-

tème du monde des Anciens (faux principes de mécanique

de dynamique, théorie des graves

et des légers, croyance

à une différence de nature entre les mouvements célestes,
circulaires,
et les

mouvements
et

terrestres,

rectilignes,
et

comme
erreurs

entre les corps célestes,
tres,

incorruptibles,

les

corps terres-

corruptibles,

etc.,

par-dessus tout le reste,

du système de Ptolémée en astronomie),
mutine que
Pnr's
traire,
PiOtrer

toutes ces erreurs,
à

Bncon

."drepsait

à

cette

énoque

l'université

de
con-

ne semhlonf pns f'énués de fondenif^nt. An XIV*' sii^ele, les mathématiques l'emporteront sur la métaphysique.

au

138

ANTIMODERNE
la science

pour graves qu'elles fussent au point de vue de
positive, ne manifestaient

en

réalité

aucune

tare,

aucune

faiet

blesse congénitale dans la philosophie

même

d'Anstote

de
des

saint

Thomas

:

d'une

part,

en

effet,

elles n'étaient pas

conséquences

nécessairement
et

déduites

des

principes

philosophiques d'Aristote,

ne provenaient que d'induc-

tions trop simples interprétant les

phénomènes

naturels d'une
la

façon conforme aux apparences communes; d'autre part
philosophie d'Aristote et de saint
tériel

Thomas

n'usait

de ce ma-

scientifique

que pour

illustrer,

pour incarner sensible-

ment

ses principes,

non pour

établir

démonstrativement ses

conclusions

métaphysiques,

qui

ne

dépendent essentielle-

ment que des évidences premières de l'expérience sensible
et

des évidences premières de l'intelligence; aucune philo-

sophie n'étant plus fidèle que celle-là aux règles qui garantissent
la

pureté dominatrice

de

la

métaphysique en face

des disciplines scientifiques inférieures.

En

fait

cepen-

dant, les scolastiques de la décadence, infidèles à ces règles

de méthode,

infidèles à la

grande scolastique à
le

la fois et

mésaint

taphysique et expérimentale d'Albert

Grand

de

Thom.as, infidèles aussi aux initiatives scientifiques des Docteurs parisiens

du XIV^

siècle,

se sont montrés (parce qu'ils

étaient
et

eux-mêmes, pour

la plupart,

des intellects matériels
les prin-

des intellects paresseux) incapables de dégager

cipes formels d'Aristote de la gangue matérielle dans la-

quelle

ils

les

recevaient,
river
la

et

ils

ont

fait

tout

ce qui était
à

en eux pour
erreurs

philosophie

d'Aristote

toutes
le

ces

d'ordre
allait

exclusivement
rejeter.

scientifique

que

monde

moderne

CONDITIONS DE LA RENAISSANCE THOMISTE

139

Les
train

naturalistes,

de
la

leur côté, faisaient tout ce qui était

en eux pour river

nouvelle science des phénomènes en
rudimentaires

de

se

former aux plus
hylozoïstes,

métaphysiques
et

matérialistes,
tout à
la

panthéistes,

cabbalistes,

avant

métaphysique mécaniste.

De

un immense, un

inextricable malentendu.

Si l'on cherchait la raison profonde de ce malentendu,
li

faudrait examiner

de près
;

la nature

logique de la nouvelle
était

science en formation

on verrait alors que cette science

essentiellement une science physico-mathématique des phé-

nomènes
mas,

naturels,

une science,

comme
et

aurait dit saint

Tho-

formellement mathématique

matériellement physi-

que, dont l'objet formel n'est pas

la réalité

physique elleles

même

et

ses

causes réelles,
relient

mais seulement

fonctions

mathématiques qui
tatives observables

entre elles les variations quanti-

dans

la

nature; une telle science, par là

même

qu'elle

se

débarrasse de la difficile recherche des

causes réelles et de la nature vraie des événements sensibles,

pour ne considérer en eux que
tions

la

trame abstraite des relaen

mathématiques,

par

même

somme

qu'elle

se

place pour étudier la matière à un niveau de spéculation
relativement inférieur, est un merveilleux instrument d'analyse,

qui promet un rendement indéfini et des réussites
la

m-

nombrables dans
des
faits.

mise en formules

et

dans

l'utilisation

Mais par
le

même
elle

aussi elle ne prétend rien nous
et les causes

apprendre sur

fond des choses, sur l'essence
n'est

de de

la

réalité

physique,

en rien une philosophie
et les scojours,

la nature,

une Physique au sens où Aristote
Soit.

lastiques

entendaient ce mot.

Mais

si

de nos

1

1.

nimn.

*

i

i

iiri

1

140

ANTIMODERNE
il

après une expérience de trois siècles,

nous est facile de

définir ainsi la véritable nature et la véritable portée

de
et

la

science. physico-mathématique,

comment, au XVf

au

XVir

siècle,

dans

la

fièvre

juvénile des premières décou-

vertes, étant

donné

aussi la tendance connaturelle à l'intel-

ligence humaine vers l'être et vers les causes,

comment

les

esprits n'auraient-ils pas cédé à la tentation de regarder la

science physico-mathématique comme une physique, une philosophie de la nature et de l'ens mobile, une explication par les causes ?

La

confusion était presque fatale, et

la

contamination de la science moderne à ses débuts par les
postulats

de

la

métaphysique mécaniste

est

un phénon-èî-e

historique qui ne doit pas nous étonner.

Etait-ce aux naturalistes à faire
saire, et à purifier la science

le

discernement néces-

de

cette contamination ?

Non,

méils manquaient pour cela des lumières supérieures de la ne peut guère leur en vouloir de s'être taphysique, et on
laissé

emporter par ce que

M.

Bergson appelait un jour

V ivresse mêcanistique. Ce devoir de purification intellectuelle incombait aux scolastiques, aux détenteurs de la sagesse, laquelle à titre
de science suprême, juge de
principes des autres
sciences.
relatioris

ses

propres principes
difficile

et

des

Devoir

sans doute,
la

à cause

même

des

compromettantes que

nou-

velle conception scientifique soutenait avec les pires erreurs

philosophiques,
sible

— mais

enfin devoir
!

non absolument imposles
fils

à accomplir.

Hélas

comment

de ceux qui
lui avait tissés

n'avaient pas reconnu la noble vérité de la métaphysique

d'Aristote dans les vêtements de lumière que

CONDITIONS DE LA RENAISSANCE THOMISTE
saint
rité

141

Thomas,
de

auraient-ils reconnu l'humble et roturière vé-

la science

mathématique des phénomènes sensibles,
couvraient

sous les oripeaux et les guenilles dont le panthéisme, l'occultisme, le

mécanisme
les

la

?

Retranchés hargneules

sement derrière

murs de l'Ecole et
ils

faibles remparts
et
le

de

leurs syllogismes,

ne prenaient aucune part

aucun

mtérêt à l'immense effort scientifique qui ébranlait

monIci
:

de autour d'eux
donc,
faut

(1),

notamment aux progrès étonnants des
nous disions tout à l'heure

sciences mathém.atiques depuis Benedetti et Tartaglia.
il

répéter ce que

carence, carence totale des représentants de la vérité philo-

sophique. Les esprits supérieurs qu'on trouve encore parmi

eux ne peuvent, étant trop rares
plus urgent, et assurer
le

et trop isolés,

que courir au

maintien des grandes vérités méta-

physiques et théologiques, sans pouvoir s'occuper du reste.

Ce

sont,

au XVI® siècle,

les théologiens et les

grands juristes
le puissant

de Salamanque,
(1)

c'est surtout, à la

même

époque,

Cela est vrai en général, et surtout des scolastiques du xvi« siècle. XVII« siècle, comme le remarque très justement le P. Gény, (Questions d'enseignement de plnlosophie scolastiqiie, Paris, Beauchesne, 1913, pp. 42-4.3 et 150), un nombre important de philosophes scolastiques, prêtres et religieux chargés de donner l'enseignement officiel dans les universités et les collèges, suivaient avec intérêt, avec passion même, l'essor de la science nouvelle. Il en était ainsi, par exemple, au Collège de la Flèche, où Descartes fut élevé, et surtout au Collège Romain. « Qui ne connaît les Clavius, les Grégoire de Saint-Vincent, les Schreiner, les Kircher, oui illustrèrent la science catholique ? On parle moins des Fabri (jésuite), Maignan (minime), Aversa (clerc régulier mineur), du. Ilamel (qui fut le premier secrétaire de l'Académie des sciences)... )> Malheureusement la plupart de ces auteurs, entraînés par leur admiration pour la science positive et par leur désir d'adaptation, n'ont comme philosophes ni vigueur ni relief, font un large abandon des principes de saint Thomas, et imposent « au péripatétisme des modifications qui l'altèrent profondément )>, en sorte qu'au lieu d'assimiler la science à la pensée scolastique, ils « préparèrent » au contraire « le triomphe du cartésianisme qu'ils combattaient ».

Au

Ignorant qu'ils superbement les préoccupations la de leur leur temps. et au XVII® siècle. Les scolastiques décadents. in- dominent de toute restent hauteur de noblesse flexible. méconnaissant. Cajetan. la valeur et la légitimité de la science phy- sico-mathématique. eux-mêmes absolument et ignorés du monde sur philosophique et scientifique le sans aucune influence mouvement des Il idées. ces mis en réserve pour grands et thomistes. . métaphysique ont pu Toutefois. absorbés dans leur office de commentateurs. détaillée. et Silvester Maunis (sans parler de Suarez). étaient eux-mêmes au bien incomparablement plus noble. éla- borée. l'esprit. n'est oas bon de le lutter contre les transcendantaux . par exemples. Au-dessous évideinment bien d'autres noms à mentionner il y aurnit parmi Alnmannus. la méconnaissance ou mépris de tout germe vivant de vérité ou de beauté se payent cher. Car ces germes sont pour ainsi dire quelque chose de sacré dans l'ordre naturel. infidèles ils méprisant ce bien de spirituel. être trésors de la plus haute l'avenir. la grande école de Salamanque au (I) d'eux : les Jésuites. Contre les scolastiques de la : décadence.1 42 ANTIMODERNE (I). dont avaient le dépôt. et si pauvres qu'ils apparaissent au premier abord. et qui ne demandait d'ailleurs qu'à s'accorder avec Nous ne citons ici quo les noms tout à fait émineiits. XVIlo siècle. ils contien- nent une énergie sans limite. la liberté les naturalistes défendaient un bien de l'esprit de la recherche expérimentale. qui dans son plan est quelque chose de vrai. parce que d'ordre spirituel. et. parmi les Carmes. saint la philosophie moderne peut venir : la pensée de Thomas les a eu le temps d'être creusée. Jean de Saint-Thomas Grâ- ce à eux.

Qui sait si nous n'aurions ? pas. ne de lui. de la qualité. Ce n'est Il trésor Intellectuel. loi ils réussis- C'est là un cas particulier d'une : générale. vérité qu'ils tenaient captifs. de la vérité des principes que de Uusage actif qu'on en pas assez de posséder un immense faut pas dormir à côté fait. voir pas philosophé en ces le ne sais Rendons grâces au ciel de n'atemps. et Il était dans l'ordre qu'ils fussent vaincus. et usant activement de leurs propres principes. la renais- sance thomiste Il convient. Que pouvons-nous dégager maintenant de ces réflexions au point de vue des conditions de ? sur l'histoire. succombé au scandale Ainsi. en un temps donné. nous aussi. les novateurs poussaient à fond avantages. et de l'élément de saient.CONDITIONS DE LA RENAISSANCE THOMISTE réiément de vérité . jouet je abandonnés à eux-mêmes. dont le génie scientifique était grand.143 détenu par les naturalistes. et dont la philoso- phie était précisément combinée de manière à assurer le succès de la physique de la quantité. sages de ce monde. moins fonction de la valeur. les semble-t-11. que nous pouvons formuler ainsi est le succès. tandis que les défenseurs de la vérité n'usaient leurs pas de leurs biens. que cette renaissance tende à pédagogiques. Epoque vraiment tragique dans oii l'histoire les de de la pensée que ces temps de confusion. semblent quelle subsannation divine. qu'elle déborder cadres strictement ne . profitât du puissant élan intellectuel que les défenseurs d'Aristote avaient mé- connu. que finalement Descartes.

c'est-à-dire sophie universelle. si de précision ne le scientifique. et les qualités de fabrication intellectuelle. puisque l'universalité de tout ce qui est humain. je dirai enfin que la philosophie a avantage à rayonner largement dans les milieux laïques et à y être activement représentée. mais aussi des travaux originaux dont je puis dire. puisque dans le monde moderne la science et la philosophie ne sont plus le partage exclusif des clercs. et la philosophie de l'Eglise. mais qu'elle donne son plein dans son ordre propre. se montrent avides de prendre contact avec sagesse tho- miste. une bons esprits. constater dans le Le jour où l'on pourra monde laïque un puissant mouvement de il rénovation scolastlque est-il très éloigné? Non. ne semble joie pas téméraire de l'espérer prochain. mais comme ce qu'elle est vraiment : la philosophie naturelle de l'esprit la philo- humain. Pour thomiste la même tout raison. Mais la plus Importante condition de la renaissance tho- . C'est une pour moi de vous dire qu'aujourd'hui. et avant tout de la raison. est comprise dans la maternité de l'Eglise. élite de que la dure leçon de la guerre a la fait réfléchir. dont la perfection technique et le fini cèdent en rien aux ouvrages des pas aussi que soit modernes. en France. en attachant aux intérêts proprement métaphysiques méritent ? et philosophiques toute l'importance qu'ils Ainsi seulement elle apparaîtra non pas simple- ment comme une philosophie de séminaire. Ne convient-il cette renaissance de la philosophie thomiste ne pas exclusivement ordon- née aux études théologiques.144 ANTIMODERNE produise pas seulement des manuels.

lation jour. toutefois. car la façon vraiment désintéressée. est-il besom de la le que philosophes scolastiques consacrent à spécu- métaphysique un peu plus d'heures par an. de tout trans- Wmer ration. entendons qu'elle n'est pas. En même royal temps. profondé- L'action qui c'est et s'impose avant tout aux philosophes scolastoujours donc de contempler véhémentement. les scolastiques sont en état de tout assimiler. en leur substance. purifiant. intellectuelles. l'homme tiques.CONDITIONS DE LA RENAISSANCE T ilSTE 145 miste. étant un animal qui se nourrit de transcendantaux. sans subir eux-mêmes aucune alté- . qu'elle ne sert à rien. rectifiant et dirigeant tout vers le vrai. recueillant avec solhcitude. danx si une fidélité et absolue à ses principes et à sa doctrine. voire par que ne faisait la Descartes : il est clair que le premier et usage à faire de cela d'une philosophie c'est de philosopher. métaphy- sique n'est pas une chose dont on use pour un but pratique. les vérités de métaphysique de faut faire progresser cette science. thomistes se tiennent toujours en avant du mouvement de recherche phieffort losophique et scientifique. les c'est d'abord. selon le mot d'Aristote. SA noblesse étant précisément. en ce qui concerne l'usage que nous faisons de nos richesses dire. la il qu'exerçant les l'office que leur confère métaphysique. leur dans leur être qualité essentielle ils sont vraiment purs. selon son essence. la plus et ment plus profundius et Vehementius. la vérité : ordonnée à autre chose que c'est pourquoi elle est si la contemplation de nécessaire aux hommes. S'ils s'appuient uniquement sur la force de saint Thomas.

(l). mais celle des philosophes.146 ANTIMODERNE convient donc que mettant à profit la supériorité mer- II veilleuse et la force splendide que confère à tout l'intellectualité fait métaphysique. comme le note justement M. qui scientifique. que Mgr Deploige. régler à l'aide de principes éternels les mouvantes questions que fait naître la succession du temps. que sais-je. non euclidiennes. logistique. au bien commun de l'univers En ce qui concerne maintenant non plus Tceuvre des sa- vants. mais principes formels qui permettent de dégager. par Fart contemporain. ils s'intéressent : ce qui se dans les sciences particulières eux seuls peuvent mettre au point et tous les problèmes qui préoccupent les esprits modernes. on ne saurait évidemment C'est ainsi. moyennant un effort original et toujours ardu d'élaboration et le intellectuelle. dans son Conflit de Morale cl de la Sociologie. 5« série. montre. 1912) quelle position originale et doyninante prend actuellement la pensée thomîs» (1) la . — ou des problèmes esthétiques posés les scolastiques seuls ont un tré- sor assez vaste et assez sûr pour en tirer non pas des solules tions toutes faites qu'ils n'auraient qu'à répéter. ne s'agit ne u vaient l'œuvre des hommes qu'il pas de mettre perdre à philosophie au service des sciences. » S'agit-il transfini. des a géométries du nombre de la du principe de relativité la einsteinien. Georges Goyau (AiUonr du Catholicisme social. ni de liberté lui faire dominatrice lui appartient la de garder leur égard j mais au contraire de veille maintenir dans son autorité de science-reine. par exemple. de génétique et de la physiologie du déve- loppement. l'interprétation droite jugement qui les Il éclaire s'ils Et sala la comment auraient-ils prise sur » ? hommes.

Le R. Durkheim et Lévy-Bruhl.CONDITIONS DE LA RENAISSANCE THOMISTE 147 demander aux moderne. Et étant science des causes premières. de rogner de la scolasle tho- tique pour l'adapter à ces systèmes. de la comprendre beaucoup les mieux que modernes eux-mêmes (parce une lumière discriminative supérieure. mais au grand sens traditionnel et aristotélicien de ce mot. La philosophie est une elle science ne se mesure que n'entendons pas sur l'être. Pourtant nous rejeter en bloc l'effort des philosophes modernes. montre de même la position dominante de la doctrine thomiste à l'égard de l'agnosticisme et du panthéisme. Bergson plutôt qu'à de saint Thomas. s'il scolastiques de sympathiser avec les angles la pensée s'agit par là de trouver du charme et du goût aux systèmes modernes. au contraire. son existence et sa nature. elle est en même temps une sagesse. mode de Kant ou de M. et perdre contact avec elle. le mathématisme et le phénoménisme modernes ont donné au mot science. Non seulement l'immense effort que représente l'oeuvre des philosophes modernes a enrichi le trésor intellectuel de l'hu- manité de matériaux de grand prix. dans sa magistrale étude sur Dieii. tablement compréhensifs) . qu'eux seuls sont en la s'en donnent peine — et ils de comprendre à qu'ils possèdent fond philosophie moderne. nous désintéresser de leur oeuvre. GarrigouLagrange. non pas au sens diminué que (1) La philosophie est une science. P. des principes véri- seuls aussi peuvent saucer ce que la philosophie moderne contient d'être et de bon. et de repenser misme à la la manière (t). . état — la On s'ils doit dire. qu'il appartient aux en face de la morale éclectiriue et de la «. cristallisés dans leur système. On la dit parfois que les scolastiques. science des mœurs » comprise à la manière de MM. ne peuvent pas comprendre une autre pensée que leur.

ne remarquerions peut-être comparable vertu d'une foule de principes de mas. sur la comparablement tonique pour de voir com- ment une thèse adamantine de Cajetan Saint-Thomas sur nature de la connaissance. avec laquelle elle a poussé jusqu'à leur terme certains développements aberrants de la la pensée. et des plus déliés. des plus spécifiquement thomistes parmi ces principes. Nos yeux nous sont naturellement livides sans les grands éclairs qui jaillissent du pas saint choc l'in- de l'erreur. et philosophie un précieux si excitant faibles de que l'esprit. Un philosophe dont . une précieuse vérification expérimentale de éternelle. mais encore elle constitue par et par la hardiesse ses erreurs mêmes. l'idéalisme et désarmés. des plus subtils.148 ANTIMODERNE non seulement scolastiques d'assimiler à la forme thomiste. elle a affiné de mille manières ce qu'on pourrait appeler la sensibilité philosophique. C'est par exemple une joie inl'intelligence. ou une page subtile et puissante de Jean de l'action immanente. — 11 n'y a pas d eril reur qui ne suppose quelque vérité. de ceux qui semblent parfois des pointes inutiles et comme a causé les jeux d'une intelligence trop raffinée. Tho- des plus ténus. nous l'idéalisme d'un coup. lui-même. cartésien Mais nous devons pousser plus nous prenons à la loin encore l'intérêt que philosophie moderne. sur la nature du jugement. et qui apparaissent la rupture soudain la comme les ressorts secrets dont ruine d'un grand édifice spirituel. ou un mot de livre et saint Thomas vaincus kantien. comme n'y a pas de le la mal sans quelque bien. car mal absolu se détruirait le mal étant une privation.

CONDITIONS DE LA RENAISSANCE THOMISTE doctrine fausse et 149 avec est inacceptable peut avoir saisi force une vérité partielle qu'il n'a pas su équilibrer. si l'on considère non ses tendre vers la vérité ainsi d'un pur élan de l'âme qu'il n'a pas su diriger. entièrement inacceptable s'agit de si connaissance. l'a fausse en elle-même que philo- pensée. moyennant sans doute le bien des rectifications de détail. deviendrait singulièrement l'art. et de les pacifique de la sagesse aristotélicienne et thomiste. intentions. intéressante on l'appliquait au domaine de à la et à la conception se fait pratique. auquel le philosophe n'a Il suffit alors de colloquer cette doc- au point convenable de l'univers intellectuel pour lui rendre sa vérité. et l'innéisme monadisme de Leibniz si en général deviendraient vrais on la les appli- quait au monde des esprits purs. plus son système mais que Parménide il peut aussi. Bergson est tendue vers métaphysique et vers parle spiritualisme. qu'Auguste puissant sentiment Comte la était emporté par et de la nécessité de V ordre. C'est à nous de dégager ces vérités transporter dans la lumière tielles et ces intentions. en sorte que métaphy- sique leibnizienne apparaît tion comme une sorte la de transposithéorie bergs'il du la traité des Anges. qu'en et bien telle des cas le une doctrine. vision dynamique que l'artiste de l'œuvre à créer. On sophe pourrait soutenir. C'est aux scolastiques encore de mettre . que la pen- sée de M. faute de principes supérieurs. C'est était saisi et fasciné par l'être. enfin. aurait pu être vraie si elle avait été appli- quée à un domaine peut-être pas songé. c'est ainsi quje sonienne de l'intuition. Heraclite le par le mouvement. trine tout différent. C'est ainsi que.

de toute scorie. par le désir ardent de la sainte. une fois purifiées l'invincible lumière de l'Intelligence. rame- nant toutes choses à Celui que toute créature doit seul servir. pour les offrir. en repensant selon les mode de Thomas problèmes de notre temps la (1). suite la de l'infirmité hu- et toute la dévotion de parade et enfin l'af- des hypocrites. des hérétiques. à qui tout doit être rapporté. voici qu'elle recueillit avec avidité toutes les douleurs et les anxiétés que les créatures ont pu souffrir. Bené Kremer sur ordre d'idées. Ainsi. en hommage à la Sa- gesse éternelle.1 50 ANTIMODERNE chaque chose à sa place dans le ainsi royaume de et la pensée. je suis heureux de signaler ici l'escellent le Néo-réalisme américain. en effet. un encens. On la fête esprit. Et comme elle ne trouvait aucune offrande digne de lui. me semble-t-il. devons-nous rassembler toutes les fatigues. . que j*avais annoncé (1) travail D au s du cet P. rituel devons symspisaint mais avec Pefîort le des modernes. et impur dépensé en vain par tant de créatures et elle offrit tout cela à DiEU comme une fiée myrrhe. J'arrive enfin au troisième point 3. toutes les erreurs même par de la pensée humaine. des pharisiens. fection naturelle. un or très précieux. lit dans vie de sainte Gertrude qu'un elle se mit à parcourir le jour. monde en à Celui cherchant partout ce qu'elle pourrait offrir qu'elle aimait. et même l'amour faux . la gloire de DiEU. mais par fausse sainteté. en de l'Epiphanie. rendue précieuse. non pour maine. Voilà bien des manières dont nous pouvons pathiser non pas avec les doctrines. toute la fausse science. Et DiEU et puri- accepta cette offrande.

— rivalités d'ordres foisonnement q. il du seul fait que l'homme autres un animal raisonnable. : — ». — C'est précisé- aussitôt après que la philosophia perennis eût magnifiquement fructifié synthèse thomiste. qui en coordonnant progresse dans la connaissance spéculative des concepts et en inventant chaque fois un moyen. (1) 5. un médium de fois. ! suivi maîtres gourmands d'originalité. religieux. disp. Jean de Saint-Thomas. VI.CONDITIONS DE LA RENAISSANCE THOMISTE au début de cette trop longue conférence. ment la cette continuité qui a été brisée. la voie de l'enseignement. démonstration. — en par V individualisme du XIV® siècle. et des siècles qui ont déjà Cf. que par continuité d'une grande vie traditionnelle. Je cette fois 151 ferai effort pour être bref. sur l'augment extensif des habitui: t. et La philola ne peut subsister pure. 13* . LIV. donc en se trouvant. chaque devant une difficulté nouvelle qui ne peut être vainin- cue que par un perfectionnement ou un accroissement trinsèque de est sa vertu intellectuelle (1). il est un animal poli- tique ou social. a besoin de la société et de l'aide des progresser hommes pour convenablement dans son la raison : œuvre la spécifique. progresser. peut-on discerner dans déca- dence de importantes la ? scolastique certaines déficiences spécialement Du seul fait que l'homme est un animal raisonnable. le la Au point de vue des aides extrinsèques dont a travail philosophique besoin. dans l'œuvre de c'est pourquoi et via disciplina. Cursus theoL. de la col- laboration humaine à la travers le temps joue un rôle capital dans l'ordre de sophie science et de la philosophie.

fortifier dans sa tenil dance au ou pervertir au contraire. les Ainsi hommes de les la Renaissance. cas d'un Aristote lorsqu'il si vous voulez. la d'opinions scolastique. Campanella. dans le labeur de de l'intelligence. les les Giordano Bruno. s'épuise en vaines disputes et en divisions intérieures.e vers aimé a tale bien souverainement sur les caractères de cette intellectualité une capi- influence. Des- à cette époque. fait. est très exci^ptionnel. aux origines cartes de lui-même. par l'âme. étaient pour une tournés vers les bonne tères part des mystiques dévoyés. dispositions qu'elle introduit dans volonté joue en bien ou en mal un rôle. faute intelli- d'une tradition royale librement reconnue par des gences avides de se soumettre au vrai. aussi tel qu'en l'orientation du cœur de l'homm. chez qui la corde affective semble rare- . Voilà lien une première qui cause de décadence. A coup un homme nulle peut philosopher habituelle avec une raison que par la ailleurs affection volonté ne vient indirectement vrai. et la aussi ce singulier mélange d'occultisme de magie qu'on trouve. faut reconnaître qu'en fait le cas d'un le homme de pur philosophe. Bacon. l'état clair Et s'agit il de est moyen ou tel l'intellectualité fait d'une époque. de y en a une la la la rupture du de docilité assure la continuité Il collaboration intellectuelle. De leur enthousiasme religieux.1 52 ANTIMODERNE bizarres et hétéroclites. de la nature sensible là et la possession du monde phyde là sique. mys- les Paracelse. autre. science moderne. non pas nécessaire en droit. mais immense en sûr. les Par les obstacles qu'elle suscite ou qu'elle ôte. Toutefois.

selon le mot d'Aristote. et ce n'est pas eux qui laissé la auraient philo- sophé avec leur cœur. en tant que philosophes. et non pas reçu en propriété. Il n'en pas moins que si on les considère non pas secundum et quid. rôle bien de l'esprit cette fois. à notre humaine. Nul n'a su distinguer mieux qu'eux l'œuvre de la science de l'amour. et toute sa vie a rendu à la Physique un culte amoureux. le premier moteur était chez eux l'Amour. et qui exigent à la fois de nous le maintien jaloux de la pureté. s'il est comme un bien les vrai aussi que l'équilibre entre deux grandes conditions dont nous parlions tout à l'heure. — un non moins si important? J'ose à peine parler de ces choses. . en tant qu'hommes. Croirons-nous maintenant que l'élan du cœur vers DiEU — pour ne joue pas dans le le mouvement de la pensée chrétienne. est S'il est vrai que la métaphysique nature une science « si haute tant la par rapport ». car on accuse déjà les métaphysiciens d'être des « parce qu'ils croient à ce que l'intelligence voit. serve à d'égards que.me ne possède jamais qu'à titre précaire.CONDITIONS DE LA RENAISSANCE THOMISTE ment a cependant 153 vibrer. la moindre affection de la moindre ratio boni et appetibilis pénétrer leurs pure trame intellectuelle reste de démonstrations. l'hom. et le désir de jouir de la contemplation de DiEU. ou l'appétit. mais purement simple- ment. reçu sa vocation il fit philosophique dans un songe étrange à rinage à la suite duquel vœu de il pèle- Notre-Dame de Lorette. elle-même ? Il faut bien avouer cependant que saint Thoet mas celle et maître Albert étaient de grands contemplatifs. que dira-t-on de nous si nous semblons faire quelque cas de la mystique mystiques ».

— que dans l'adhésion à l'être. de métaphysique à la théologie. de la la métaphysique. à dépasser à passer de l'étude des phénomènes à philosophie naturelle à la la philosophie naturelle. à la sagesse vécue. peut-être moralement nécessaire.1 54 l'intégrité absolue ANTIMODERNE de notre nature. il l'état moyen du monde philosophique qu'au XIV* et et faut dire au XV* siècle cet ». laquelle est sur un autre plan et dépend de la charité et des dons du Saint-Esprit. trop de « clercs et gens en ce connoissant comme s'intitulaient eux-mêmes les juges de Jeanne d'Arc. N'oublions pas qu'en raison rnême du caractère foncièrement objectif de l'intelligence. non pas sans doute en ce qui concerne chaque philosophe ou théologien en particulier. à considérer théologique. mais d'un secours puis- sant. qui n'a sa joie ^' l'intelligence. est fatal qu'en fait. l'intelligence chrétienne dévie. en suivant la science. même de la science. Or. étant donné les obs- tacles à vaincre et les dangers à surmonter. la ligne — chrétienne. res comment de habituel de l'âme dans les sphè- supérieures contemplation n'apporterait-il pas au ? 11 philosophe un précieux supplément de force ne s'agit pas là d'une nécessité essentielle. Cet ordre est normal. actif et l'effort de sans relâ- che pour s'il rester en contact avec ce qui n'est pas nous. de la théologie apprise à la théologie expé- rimentale. S'il est brisé. per- conduit. c'est-à-dire en . ordre se brisait. eux-mê- se complaisant alors en leur science. j'entends l'intelligence fectionnée par les dons surnaturels. mais en ce qui concerne la disposition intellectuelle générale qui convient à une il civilisation chrétienne. pratiquement très difficile est vrai que cet équilibre le séjour la soit à réaliser.

d'erreurs dans la etc. et retombant sur elle-même ne ils savait plus reconnaître là oii Deux la erreurs énormes marquent ainsi la chute intellectuelle de scolastique et avant tout ris : au début de la de l'orgueilleuse Université de Padécadence.CONDITIONS DE LA RENAISSANCE THOMISTE mes. » Ne nous étonnons pas que ait l'intelligence scolastique alors décliné comme nous l'avons vu. au point de vue des aides extrinfait sèques dont le labeur philosophique a en Il suit besoin.. de vaine de superstition. en 1277. etc. la condamnation des thèses de saint Thomas. déclare « coupable de blasphème contre DiEU. ni l'un ni l'autre. foi. et qu'elle ait cessé l'objet. une parfaite quiétude tution et une foncière la charité. les qualifi- cations doctrinalement décernées à Jeanne d'Arc. qui faisait la sublimité de la grande scolastique. de la vérité métaphysique. suspecte d'idolâtrie. l'Université de Paris. avec cette si merveilleuse. si d'au- s'accompagne d'une renaissance simultanée semblent se multiplier — de et dont les signes — de l'esprit contemplation surnaturelle. de diriger son regard vers fixité avec cette limpidité. ses jactance. que son ennemie jurée. en dépit de tous les obstacles et de tous les pré- . Substi- de l 'amour-propre à desséchant l'esprit et le livrant à la vanité. plutôt qu'en la vérité. voilà la seconde grande cause de dé- chéance de la scolastique. de DiEU L'intelligence sont. de là que fil si l'actuelle renaissance scolastique parla vient à renouer le tre part elle de grande tradition thomiste. alors une voie royale est ouverte devant elle. saints et ses saintes. éperdue j'ose dire. de divination. en 1431. 155 séparait alors à la fois. Au terme. et qui supposait du côté des facultés appétitives rectification. et et de ces temps se d'un même mouvement.

les en se souvenant qu'ils sont serviteurs inutiles de Celui qui a vaincu monde. je le crains. de nous avons renaissance pu discerner quelques-unes des conditions de scolastique. soient prêts à à s généreusement contre Thomonde et le user dans cette lutte jusqu'à la mort. et auxquels est confié. la Une dernière condition reste à mentionner. le dépôt lutter de la pensée de le saint mas. que l'avenir est aux épiciers que bientôt que priser les il n'y aura plus d'intellectuels liques ». E. pour bien des pro- fessionnels de la philosophie. de l'usage à lui. . « je crois. ANTIMODERNE et bien que l'intellectualité de saint rester trop haute Thomas doive toujours. écrivait récemment M. pour une est part si faible soit-elle. thomisme. IV En lité nous plaçant successivement au point de vue de des aides extrinsèques à souhaiter pour la quafaire essentielle à conserver au lui. Le monde dans son ensemble ne paraît pas se diriger vers l'in- tellectualité. Aubrey F.156 jugés. Faut-il ajouter milieux catho- eux-mêmes semblent souvent l'action pratique la et les résultats utilitaires plus Il que l'œuvre de pure pensée ? donc nécessaire que ceux qui se sentent appelés au service de l'intelligence. et Bell.

CONNAISSANCE DE L'ÊTRE .

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à chaque relais de son discours. et Na- . sur les faits les plus simples et les plus évidents. S'appuyant sur de tels faits. — — tout leur rendement la intelligible. il n'imaginera pas qu'il ne sait rien. tout ce qu'ils peuvent donsi ner à l'intelligence puis dire. elle doit se fonder sur les faits. les La raison n'aborde jamais choses sans mettre en œuvre quelque capital ce savant homme mentait de bonne foi. il il hait ne croit plus sa propre existence. je vous ai trouvé. croit et plus en Dieu. je le philosophe part à conquête des notions le reste fondamentales et des premières vérités dont tout dé- pend. comme tous les humam. comme un beau palais qu'on édifierait clans le vide. il ne fera pas comme Descartes. Seigneur.Chapitre IV CONNAISSANCE DE L'ÊTRE Qui ne en l'Être. 1 DE l'Être en général La philosophie ne se construit pas a priori. Paul Claudel. Pourtant. et que sa raison nue mise en face des choses suffira pour tout retrouver. qui hait l'Etre. et s'appliquant à tirer d'eux.

Autrement certaine réalité qui je est dit. Mais qui philosophes pour mieux voir m'empêche de me servir de la discipline des moi-même l'objet ? Ce n'est pas sans eux. en donner une définition. Ce fait est impliqué dans mon expérience. Quel est. me confiant dès l'origine à rais-je la vertu de la l'intelligence : et sans cela ? pour- seulement ouvrir bouche pour parler Je choisirai donc pour point d'appui et le lui le fait le plus simple. premier perçu. de plus simple toute et de plus certain.160 ANTIMODERNE ^ turistes. car dans l'art son domaine droits fut le premier à revendiquer contre les de la vision ingénue. ") — proposition d'ordre expérimental et la plus certaine. — qu'il me soit donné de formuler Il y a des choses qui sont. — dont il il est le précurseur métaphysique. d'être et que j'appelle (Quoique naïveté sache fort bien ce qu'est être. la est le fait le plus simple qui soit vu par mes yeux ouverts sur le monde. et saisi la par mon intelligence ? Quelle en d'autres termes. c'est de lui que pour établir ma raison et assurer ses prises. puisqu'il s'agit là d'une notion absolument pre- mière. je n'aurai pas la de vouloir dire ce que c'est. mais je vois tout de suite qu'être comporte deux élé- . et dans toute expérience. Je ne feindrai pas que je ne connais que et que tout le reste est encore douteux. plus banale. rien de plus banal. c'est avec leur aide que j'entreprendrai de regarder directement les choses. ni contre eux. Qu'y a-t-il dans l'énoncé de ce fait ? Une double affir: mation I ° Toutes ces choses sont. en . mais parmi tout j'userai ce que je connais. je retrouve en toutes une l'être.

l'être. autre chose non-être. Guignebert. En y a l'être. et donc diverses. elle Je dirai que la notion d'être est transcendantale. Et il est clair que des choses qui sont . il l'existence cle la Dans toutes ces choses y a l'être. c'est différeraient par autre chose. notion d'être convient en propre et du premier coup à toutes choses. Si en le effet elles ne différaient pas par leur être. l'essence de la chose. et l'acte d'être. elles l'être. j'écouterai pas ma raison. dé: passe ou transcende toute limite de classe ou de catégorie transcendance de l'être. de dégager. : Seconde conclusion sont différentes. et j'élaborerai me dit que je ne mon idée de l'être. 2° Pourtant ces choses sont différentes puisque je les connais les unes des autres. Puisque choses sont. — et les déclare comme elles je les sais bien que Parménide affirme dit-il.CONNAISSANCE DE l'ÊTRE ments qui s'appellent l'un l'autre chose est. ou telle comme celle d' « homme » convient à la classe d'animaux à l'exclusion des autres. De rerai la double affirmation que : je viens je ti- une première conclusion la notion d'être trouve à s'ap- pliquer partout. Mais n'écouterai pas suis Parménide. le contraire. donc je n'y a que et le multiple est illusion. ou ce qu'une et que je puis nommer. or. comme la notion de « philosophe » ou d' (( artiste )) convient à telle classe d'hommes à l'exclu- sion des autres. toutes il ne peuvent il pas être plusieurs. plusieurs. qui M. c'est rien. au sens chose. voilà des choses qui sont. 161 : ce qui est. ? et qui être Par quoi diffèrent-elles Par que leur même.) le plus large de ce mot. que je puis nommer donc. elle ne convient pas à telle classe de choses à l'exclusion des autres.

manière. ses pro- priétés. Mais mon intelligence va chercher ce qui est.. d'être signifie quelque chose qui se trouve à des qui se dit d'eux en les différents êtres. 1. Connaî- tre la cause d'une chose. » (Saint Thomas. La logue. — Analogie de l'être. c'est cela qu'elle saisit et qu'elle me dit. et gence résout en l'être est l'objet (1) « Illud lui toutes ses conceptions (1). et leurs leur être différences sont même.162 réellement différentes ANTIMODERNE ne peuvent pas différer par rien. L'être dès que l'intelligence est l'esprit est d'une manière ou l'intelli- d'une autre présenté à par toute idée. C'est ce que j'exprimerai en disant que la notion d'être n'est que proportionnellement une. sa destination. ou encore qu'elle est un objet de pensée analogue. Je dirai que propre de l'intelligence. de Verit. ou encore qui mérite d'une façon différente est à sa même nom. les saveurs. 1). autant de vues là. notion d'être est une notion transcendantale et ana- Réfléchissant maintenant sur tre. donc quelque chose d'essentiellement titres différents L'idée varié. ses relations avec les autres choses. ma langue. autant de moyens de connaître ce qu'elle est là est. comme celle-là est à comme de cette troisième est à sa manière. son origine. je mon acte même de connaî- vois que cet objet de pensée que j'appelle l'être est le terme auquel mon intelligence tend par nature. ce sont les couleurs. hoc omnes conceptiones resolvit. Il sur son être. Cette chose-ci sa manière. et ce qui les frappe. et in intellectus concipit ut notissimum est cns. Ce que mes yeux vont chercher dans le monde. quod primo . « selon des raisons dile verses ». mes oreilles perçoivent les sons.

action. parce que connais est nécessairement dans ma pensée. fait donc en lui. il est impossible que je connaisse ce qui est hors de mon esprit et indépendant de lui. ni que connaître n'est pas une action comme une . concepts enfermés dans un genre 2° Que par suite l'idée d'être. qu'elle n'est pas menteuse. est une idée multiple. non hors d'elle. Il comme toute cette Mais en m'affirmant et Kant ne le pense-t-il pas m'affirmer ce qui est? l'intelligence. mais une action spirituelle. une action matérielle. se constitue en étendant progressivement à la multitude indéfinie des objets de connaissance la lumière ou l'évidence que l'intelligence trouve dans l'intuition de l'être. son objet. et sans comprendre que le propre de la est précisément de faire exister en elle cela même qui existe en soi hors d'elle. concepts transcendantaux l'objet présenté par les autres idées étant l'être déterminé ou « contracté » par des différences qui sont ellesmêmes de l'être. vient que la humaine : . autre. il 63 — — ou c'est donc dire que l'intelli- gence peut réellement connaître l'être.CONNAISSANCE DE L'ÊTRE Dire que l'intelligence peut réellement connaître. contraire de ce qu'il dit. toute chose peut être considérée selon qu'elle est. — . Je passerai sans m'arrê- auprès d'un philosophe qui traite de la connaissance sans même pensée soupçonner qu'il porte la main sur un ordre de choses à nul autre pareil. Non ce que ! me je dit Kant . immatériellement De là et je poursuivrai science mon chemin. Ainsi toute chose peut se résoudre en l'être sans perdre pour cela ses différences. et qui n'est une que sous un certain rapport (d'une unité de proportionnalité). et tombe par là même sous les lois de l'être. suppose 1° Que l'être imbibe tout objet de connaissance intellectuelle. et parce que l'action de connaître. — . . qui consiste qui consiste à devenir à faire. embrassant dans sa portée une pluralité indéfinie d'objets. et que toute idée le présente en quelque manière à l'esprit l'objet présenté par certaines idées étant l'être lui-même sous tel ou tel aspect. même ter suit sa loi malgré lui. Cette doctrine capitale de la résolution de tous les objets de pensée en l'être. impossibilité. modifie ce qu'elle touche.

est intel- gence. ce qu'elle et qu'être ne peut pas être n'être pas. mais qui commande au ciel et sur la terre et qui m'introduit sur un plan supérieur à tout l'or- . Et je vois aussi. en ou chose sensible sans doute. II PREMIERS AXIOMES Cette idée de l'être que je viens d'examiner. je si ne dis pas intelligible pour moi. Je vois ligible. constatation de l'expérience. L'être est l'objet propre de l'intelligence. sera moins ble pour moi. telle mon intelligence. mais voit contemplant comme de être. cet être. c'est-à- dire qui ne pût objet d'intelligence. à coup sûr. intelligi- bien qu'en lui-même plus intelligible. que toute chose est intelligible dans mesure où elle est. Mais cette idée une telle fois formée. contemplant le l'être. mais comme une pure exigence que toute chose est l'objet intelligible. immédiatement.164 ANTIMODERNE « intelligible » Appelons ce qui peut être objet d'intellitout ce qui est. et la pour la même raison. en contenu actuel. est intelligible dans mesure où elle est. la Toute chose Car. et toute chose est intelligible dans la mesure où elle est. Vérité très pauvre. car s'il immédiatement que y avait un être être qui fût inintelligible. l'intelligence n'aurait pas l'être pour objet propre. et non pas comme une est. — un je dis intelligible en soi. mon intelli- gence la tire des objets perçus par mes sens. est disproportionnée à mon intelligence d'homme être qui la dépasse parce que purement spirituel.

L'être et le non-être sont identiques. de tous les degrés de détermination. la : être n'est pas n'être pas. Voilà un de autre fait fondamental. Le principe d'identité: toute chose est ce qu'elle est. c'est passer du non-être à l'être. et sans professer par là et même que l'être est. Mais Hegel déraisonne. et le principe de contradiction soi. première vérité évidente par elle-même. sans affirmer ou nier. et parce que devenir. la fois. être et et non pas ne pas être à et loin d'être indé- termination pure. de mon intelligence pour connaître. Les êtres ne sont pas seulement. qui est la première connue parce qu'elle tombe sous le? sens.CONNAISSANCE DE l'ÊTRE dre de 165 la perception animale. l'être est parce que pure indétermination et que la pure indé- termination n'est rien. car je ne ni ma connaissance et de peux pas me servir de ma lan- gue pour parler. car deve- nir. ici. l'indétermination de l'être n'est que l'en- veloppement et r indistinction. que de l'action « prédicamentale ou transitive. que j'ai formée dès l'éveil de mon esprit aussitôt après l'idée de l'être. parce l'être. dans un même concept ana- logue. i . premier principe de toute tout mon discours. l'action des corps les uns sur )) (1) En effet je ne parle encore.dit Hegel. que c'est une notion première commue celle de Tout au plus pourrais-je dire que l'action que mes sens m'ont fait connaître (1). que le non-être n'est pas. première qui s'impose à mon Non ! me. Définir proprement Vagir est impossible. et voilà une idée nouvelle. ou de l'être au non-être. c'est précisé- ment être et n'être pas. ils agissent. est in- une vérité connue de telligence. l'idée l'action.

cette notion de cause. depuis longemps. et la notion qui rend raison. ou lorsque.1 66 ANTIMODERNE les autres. elle connait le ressort et les roues de celle-ci. considérant un carré double d'un autre. : Ce qui rend raison de l'être d'une chose. par son action. elle ' ne se reposera qu'en ce qui achève et termine cette chose en tant qu'intelligible. ce par quoi Ainsi se dégage la notion de raison . L'examinant maintenant. suffit donc pas à l'intelligence de considérer l'être d'une chose. elle connaît qu'il est construit sur la diagonale de celui-ci). à la lumière des notions d'être et d'action sur lesquelles je viens de porter (effi- mon de attention. — L'être en il effet est intelligible. ? Qu'est-ce qu'un être qui agit sur un autre cause (une cause « C'est une efficiente » ou un « agent ))). le possède achevé et terminé. considérant mouve- ment des aiguilles d'une montre. est tablit comme une communication dans l'être qui s é- d'une chose à une autre. rend compte ou rend raison l'être de quelque chose. c'est-à-dire ce en quoi l'intelligence qui considère une chose trouve son rele pos (comme elle se repose lorsque. De l'expé- rience de l'activité des corps qui m'entourent et de tivité mon ac- propre mon intelligence a tiré. Or. Il qui est pour lui. Et ne l'être en tant qu'intelligible. je trouve que je puis définir une cause : ciente) ce qui. est l'intelligibilité allant avec l'être. c'est ce par quoi elle est elle est. faite faut bien que l'intelligence. elle n'est pas satisfaite par le simple fait qu'une chose est. fondée quant à et se précise l'être. : La notion de cause comporte ainsi deux éléments la no- tion qui agit. ce par quoi une chose terminée quant à l'intelligibilité.

une chose peut être raison d'une autre . car ce qui fait l'action ne peut pas être en même temps et sous le même rapport ce qui reçoit l'action.CONNAISSANCE DE l'ÊTRE d'être. le trian- gle par exemple est raison d'être de ses propriétés non pas par son action. Je dirai maintenant ce par quoi une chose est. et de la même la chose enclos dans deux concepts celui-ci celui-là. — et par suite elle a un être la qui diffère réellement de celui de chose causée. Au contraire. suit qu'on peut distinguer deux sortes de raison d'être peut être raison d'une autre par son être qu'elle est. et par vient logiquement avant lui. Je disais tout à l'heure train 167 : ce en quoi l'intelligence en de considérer une chose trouve son repos. Ce suite Il concept il est plus général que celui de cause. lui. D'oii : se trouve aussi posé devant elle. cette chose est aussi posée. : est plus général que celui de cause le concept de cause ajoute à celui de raison d'être l'idée d'action. C'est qu'être triangle et avoir la droits somme de ses angles égale à la deux ne sont pas deux choses différentes. une chose — même. ou par ce le réel et alors. étant supposé par lui. mais la même chose. mais même rire. Ce que en sont des aspects distincts différents. et sembiablement être homme et exiger (je ne dis pas cette fois avoir. pensée sans que lisible il immédiatement ou médiatement. je dis seulement exiger) la faculté de ne sont pas deux choses différentes. chose. dont l'un suppose l'autre parce — — ne peut être posé devant étant. la cause est raison d'être par son action. elle n'est soi pas distincte dans de la chose (prise en ou prise seulement dans sa racine) dont elle est raison. ou encore ce qui est tel : : qu'une fois posé. mais par lui-même ou par son essence.

ou par ce qu'elle elle est alors propre- ment une cause. qui les irritent à bon droit. Mais est le tort de ces gens amers absolu de se laisser scandaliser la par l'intellectualisme des Optimistes de Raison. on nous trompe en nous contant que tièrement nature est en elle-même en- pénétrable à l'intelligence. Pour échapper aux uns comme aux autres. ce qui est ne serait pas ». et elle est réellement distincte de son effet. aussi loin qu'il y a de soi. d'une manière absolument l'être. « Sans ce par quoi il est (sans raison d'être). vois : immédiateêtre : ment convenance de cet objet de pensée fondé à ou qui a une raison d'être. Quoi dans qu'il en soit de la dérivation dans l'existence réelle. mal au moins ne s'explique pas. cept. le principe de raison s'étend. universelle.168 ANTIMODERNE fait. Le est principe de raison: tout ce qui est est fondé à être. procéder d'une raison d'être c'est avant tout dériver d'elle l'intelligibilité. me disent Schopenhauer Le fond de l'être est la et les Pessimistes de la car irrationnel. elles doivent comporter de l'inintelligibilité pour autant qu'elles tiennent du non-être. avec cet autre objet de pensée qui est. a tout ce qui est est fondé à être ». ce qui explique préci- sément leurs déficiences. comme un et le système d'idées claires ou une logique hypostasiée. une vérité connue de Non ! Volonté. d'un Leibniz ou d'un Hegel. Ainsi cause. le concept de raison d'être vient avant celui de maintenant j'attache livre Que il me la mon attention je à ce con- un nouveau principe. et que l'infirmité sans bornes de J . il suffit de comprendre que si les choses ne sont pas Dieu. par son action.

Non priori. je dirai qu'elle nécessaire. et la liberté infi- nie de la Bonté transcendante. Si en effet je pense à une chose qui existe et qui n'est pas par soi. : ce qui existe sans être. d'exister. ce qui dépend distincte de V action d'une raison d'être réellement de soi. s'il évidemment nécessaire. je vois imméde diatement l'identité réelle de ce terme être par soi. existe un être qui en même. ou encore (formule plus existe d'une existence contingente. me dit Kant. en haut. et ou ce qui existe en pouvant ne pas : cet autre terme ce qui existe par une cause. Le principe de causalité : a une cause tout ce qui est sans restreinte) tout ce qui être par soi. nécessaire absolument ces notions se précisent. ou encore (formule plus restreinte) tout ce qui rité commence le soi. ait je dirai lui- qu'elle est contingente. ont de quoi révéler aux anges l'ultime raison d'être du mal. un troisième principe de par lui-même. et son essence. principe c'est de causalité n'est pas une vérité connue de un jugement synthétique a esprit qui conjoint ou une forme nécessaire de notre et deux termes hétérogènes mènes. — est une vé- connue de ! soi. je « dirai qu'il existe est de par soi ». Dès que la raison jaillit en mon intelligence. une chose qui peut ne pas S'il être. ou dans existe. dans la lumière de l'être. Une est chose qui ne peut pas ne pas être.CONNAISSANCE DE l'ÊTRE la 169 matière et de la « puissance )). ou qui n'est pas nécessaire. la raison de son existence. ou a se. en bas. je pense : . car si que nous imposons aux phéno- je pense : ce qui commence d'être. un tel être.

alors j'ai et si je sais ce l'esprit que signifie « qui est bien dans deux je les notions différentes. qui nombre ferais » (1). et — Mais Kant. cas il s'agit de ce que los anciens appelaient (1) Dans les di'ux secmubis modii'^ dkendi per se : c'est alors le sujet qui est de la raison et ou de la définition du prédicat. comme « sachant ce )). que signifie « nombre )) et ce que signifie pair je vois que cela a cette propriété d'être est « « pair ou impair ». Si d'ailleurs j'affirmais d'un sujet un prédicat que j'y mettrais.1 70 ANTIMODERNE qui sort commence donc pas de par la d'être et non pas: qui est causé. et ne point commencer). que égaré logique leibnizienne. sans qu'il y fût réellement. « ce que signifie qui et commence d'être » donc a qui peut nc'pas être )). C'est dans la notion de « causé » que je vois que « ce qui existe sans être par soi ». et à dire A (et est A. si. comme telles. moi. car ce qui est à soi-même raison de son être doit être toujours. — . c'est moi qui l'y mets. méconnaissant tous nos concepts se résolvent dans l'être. est nécessairement « causé ». je les dis identiques in re. n'a jamais menacé que pour la parade principe de causalité. mais un mensonge. mais par l'acte vital identifie. ceci ne cela. croit que l'analyse consiste à constater une identité toute faite entre deux notions prises contraire. mais précisément à titre de suivi. Allons Le mythe des le jugements synthétiil ques a priori n'est qu'un Fafner de théâtre. donc comme ayant en lui la propriété signifiée par ce prédicat. je ne pas un a jugement synthétique a ! priori ». donc « qui n'est pas à soi-même raison de son être ». « du jugement parce que je vois dans causé » que cela a cette propriété d'être causé qui n est pas à soi-même la raison de son être. causé ». je pense véritablement. Tout au ou je non content de considérer les signes si les forsais mules de la pensée.

Ainsi la flèche est déterm. — Au (la contraire. agit-elle et de manière. la et son action. le feu : déterminé à brûler par sa nature de feu il le cas des suffit de poser cette chose que j'appelle supposées — les conditions requises étant — pour que . c'est ce que j'exprimerai en disant que la cause efficiente est déterminée. être un homme telle qui pense n'est pas la la même chose que l'action de penser. Renouvier appelle des commencements absolus. l'oiseau dans est déter- miné à voler par son essence ou agents naturels.CONNAISSANCE DE L'ÊTRE Mais. rentes : agit. il dans nos actes. pourquoi produit-elle tel effet. il n'est pas vrai que tout commence d'être a une cause.inée au but par l'impulsion qu'elle reçoit de l'archer. elle n'agirait pas. soit produite. feu sa nature d'oiseau. II non tel autre } y a évidemment à cela une raison d'être. comme sort ce que ce bon M. donc y a dans le Nous sommes libres mouvement de certains quelque chose atomes des déclinaisons sans cause. l'acte libre d'une cause volonté d'une nature intelligente) qui est tellement cause qu'elle est maîtresse de sa détermination même à son effet. à tel effet plutôt Sinon elle ne ferait pas ceci plutôt que cela. Pourquoi donc et cause agit-elle. Tandis que d'être la triangle est même chose que d'avoir somme de ses angles égale à deux droits. fait mais dont elle-même l'efficacité. Considérons après cela une chose qui ciente qui produit son effet. avant que l'action qu'à tel autre. répondrai-] e. une cause effi- Il y a là deux choses diffé- la chose qui agit. ce qui 171 me dit encore Epicure. car elle agit toujours d'après un motif.

et alors seulement. cet ordre se confond avec l'essence aussi et par là même de l'agent : être feu. Comment cela possible ? Cela n'est possible que si cet effet est là il comme connu peut être (dans le la par une pensée. cet ordre. M . entre deux néants. puisqu'il est la raison de l'action de la cause.1 72 ANTIMODERNE de brûler. je vois qu'elle suppose une certaine relation ou un certain ordre entre la chose ainsi déterminée et le terme et : dans le cas d'une cause déterminée à un effet. une pensée) avant d'être dans la flèche. Mais peut-il y avoir une relation ou un ordre entre doux est choses qui ne sont en aucune manière. Dans cas des agents naturels. l'effet — but la réalité. suive de soi-même l'action ler Mais Vaction de brûil étant quelque chose de différent du feu. imposé ou surajouté à l'essence de l'agent. Or. si je réfléchis être déterminé à un terme. doit exister entre la chose déterminée (cause ou agent) et le terme (effet) avant que la cause agisse et produise l'effet. cet ordre est le Dans le cas de la flèche. soit faut la donc que l'effet là en quelque manière. à atteindre la — Dans dans cas de est là pensée de l'archer avant que flèche soit mise en mouvement. ou entre une chose qui et une chose qui n'est p^s ? il Pour que faut la relation ou l'ordre entre deux termes existe. pour que il cause ou l'agent s'y trouve ordonné. Alors. c'est même être ordonné à l'action de brûler. qu'il soit là avant d'être produit est-il faut par conséquent ou réalisé. il que les termes en rapport soient là tous deux. dire que le feu est — par lui-même ou par son à cette notion : faut bien essence — déterminé à cette action.

— l'homme. c'est l'effet lui-même. Je tiens maintenant ce que je cherchais la raison d'être de l'action de l'agent. à produire par cette chose. l'agent. et qu'il a à l'origine des choses quelque chose d'analogue à ce que nous appelons l'intelligence. c'est précisément poser un ordre ou une détermination radicale à l'action de brûler. action conçue par une pensée comme brûler. non pas en tant que produit. par pensée qui fonde- ment suprême de l'essence de naturels). — cas des agents Ainsi le but en tant que visé par l'archer est la la flèche. mais en tant qu'à produire. ce qui détermine la cause efficiente : à tel effet plutôt qu'à tel autre. — des pensée — ou cas la agents intelligents tels que de la celui qui meut est le l'agent. — ou par cas de la flèche. Il suffit sans doute de poser cette chose — que je nomme feu pour que suive de soi-même les conditions requises étant supposées — l'action de Mais poser cette chose que je nomme feu. raison d'être de l'impulsion qui détermine de l'oiseau) est Ainsi l'action de voler (connue par quelque pensée antérieure à l'oiseau et cause suprême la raison d'être . en tant que connu à l'avance par une pensée (par la pensée de l'agent lui-même.CONNAISSANCE DE L'ÊTRE Mais que l'agent. — une pensée qui conçoit cette essence comme un ordr:i ou tures ont leur > une détermination à cette action. Je vois par là que les nafondement suprême dans une pensée. 173 dire dans le cas des agents naturels? Puis^u'en ce cas l'ordre à l'eâet ou à l'action est l'essence iDeine il de faut admettre que l'essence de l'agent et l'effet ou action de celui-ci sont tous deux avant d'être réalisés dans présents dans quelque pensée cause des choses.

fin. est une vérité connue de Non me 1 dit Auguste Comte. ou par sa nature). travaillant sur y a longtemps que mon intelligence. prend un remède pour guésavoir. il finalité est un vestige de l'état faut lui substituer le . autrement notion de fin (cause finale) l'effet est 11 implicitement contenue dans celle d'effet dès que auquel la conçu comme le terme cause est déterminée. c'est pour brûler qu'il est ce qu'il est. travaille pour être heureux. ce dans est de quoi quelque chose ou est fait. a formé cette notion de fin. fin. il ne ferait pas ceci plutôt que cela.). déterminée Ce la principe signifie raison : une fin (connue par quelque pensée) est de l'action de toute chose qui agit. mais je vois à présent qu'elle ne s'impose pas seulement dans le cas des actions des hommes dans (un homde la : me rir. elle s'impose le cas apprend pour l'action de tout agent quel qu'il soit. c'est pour voler qu'il a des ailes. etc. Ainsi l'action de brûler (connue par quelque pensée antérieure au feu et cause suprême du feu) est la raison d'être du feu. mon expérience. de toute cause efficiente (que cette cause soit déterminée à cette action par sa propre intelligence. Si un agent n'était pas « ordon- né rait » à une pas. Voilà donc une nouvelle notion qui cise devant l'intention dit la se dégage et se pré- mes yeux : la notion de ce pour quoi. Et je vois aussi véritable portée du principe que j'énonçais tout à l'heure est une cause efficiente n'agit que parce qu'elle à un effet. il n'agi- Le principe de finalité: tout agent agit pour une soi.174 ANTIMODERNE la nature de de l'oiseau. ou par une impulson reçue. Le principe de métaphysique.

et de la nature de l'agent. qu'elle se trouve déjà comme incorporée à elle à titre de fin. en sorte qu'éfre oiseau c'est préciséle ment être fait pour voler. vole parce qu'il a des ailes. Ainsi on peut bien dire que feu brûle parce qu'il est feu. que de la nature de l'agent dernière de l'acest tion celui-ci. pour brûler.CONNAISSANCE DE L'ÊTRE principe positif des 175 L'oiseau conditions il d'existence. tion. ne faut pas. . finalité lité : s'il n'est pas il un déguisement honteux du principe de qu'un trompe-l'œil et lui-mêm. qui est raison. conditionnelle l'air. que l'oiseau vole parce qu'il a des ailes. l'oiseau est oiseau. que par ordre à cette action ou pour cette action action. Quant au principe des conditions n'est tence. SI n'a pas des ailes pour voler. explique que les Romains ne volassent point dans mais elle explique moins bien que nous ayons des avions. qui est Mais Auguste Comte passe à côté de de savoir si ques- l'action il de voler étant autre chose que l'essence de l'oiseau. si si le feu est feu. c'est loin mais. une futi- s'il n'y avait pas d'avions. cette condition d'avoir des ailes il ne se trouvait pas réaet lisée. et de son action (en d'exis- tant qu'exécutée). elle-même au contraire n'est ce qu'elle . n'y aurait pas d'oiseau qui vole. c'est cette à titre de fin connue par quelque intelligence. absolument parlant. soit la raison c'est pour voler. l'homme ne volerait pas cette dans l'air. pour qu'elle suive de cette essence. voilà la toute l'explication.e.

1 76 ANTIMODERNE III ÊTRE. . ou en action au dedans). une certaine raison. c'est qu'il faut être avant d'agir. c'est pourtant être d'une certaine manière. (Et l'action à laquelle pensé tout d'abord autres. qui est vie. Non. est encore davantage. — — action au dehors. restant en lui-même. et agit au dedans.) me faut revenir sur cette idée fois de l'action. Sans doute un et homme est (est purement s'il simplement) dès l'instant qu'il combattant. Agir n'est pas être simplement. s'il dépensant. Si j'appelais l'être pur et simple d'une chose son être premier. telle par laquelle ». ou sa surabondance d'être. flo- qui dit action dit une certaine plénitude. Ce que priorité je vois clairement en tout cas. je pourrais appeler l'action de cette chose son être second. il est davantage. dit Fichte. vient avant l'être. parlant. au moins d'une de nature. aussi bien qu'action au dehors — pour j'aime ou la je comparer à l'idée primordiale. était l'action des corps les uns sur les Il ce que je pourrais appeler l'action au dehors. mais agit au dehors. ACTION. L'être précède l'action. DEVENIR Avant de j'ai passer à l'examen de l'idée de cause. : — en « la pre- nant cette dans toute son étendue l'action (( action au deconnais. à l'idée de l'être. j'ai noté tout à l'heure l'idée d'action. l'action. appliil quant son intelligence au vrai et sa volonté au bien. mais c'est avant tout surabonder d'être. plus l'être exactement une certaine émanation par laquelle s'achève (en s'épandant. dans ». se a la vie.

L'action est la suite et la manifestation de Lorsqu'une chose agit sur une autre. celle ci change. et (Et la dans la mesure elle vie morale de l'homme. ou bien continue de se à l'idée d'être à une idée qui ne trompe pas l'être. l'être il comme une : cendre. l'être vient Ainsi avant l'action. 177 Mais c'est et que Fichte imagine la vie comme pariant un coup de poing. l'action est la manifestation de l'être. il dirai partout où y a changement ou à un autre je vois il y a passage (d'une chose à un autre état. l'être. ou devient ce qu'elle n'était pas. La notion de changement et ou de devenir telle est encore une notion première. comm.e nous connaissons l'arbre à ses fruits. — et nous ne pouvons. comme que inapte à être vraiment définie. qui ne est peut pas ne pas user de ce principe. trompeuse par ce qui est également absurde.CONNAISSANCE DE l'ÊTRE qui est mort. il faut penser action. Je vois aussi et par là même où t-elle qu'une est. chose agit selon qu'elle est. nature. le mais alors tité rejette avec l'idée d'être et il principe d'iden- qui lui est lié. nous autres hommes. prétend qu'au lieu de penser être. Par là même bien qu'il n'y a pas de changement . dit il que ce qui n'est pas rejette il Ou bien l'idée d'être. Mais pour déclarer je plus clairement ce que signifie cette notion. fier En comme comme agit. être). le connaître qu'ainsi. ne consiste?) pas à agir selon ce qu'il est vraiment En d'autres termes. il il fait. il mais alors en disant que l'action vient avant ce qui est absurde. suppose que l'intelligence. nous connaissons l'être des choses à leurs actions ou opérations.

l'idée d'être. lors qu'une chose qui change font les vivants meut elle-même comme à elle toute seule la — même — ne peut si elle pas être cause de son changem. ils ce qui ils de est En parlant comme font. ils prétendent qu'au de penser ils faut penser changement. n'a pas toute sa le raison d'être dans ce qu'elle est.1 78 ANTIMODERNE et sans un être qui soit changé. Bergson fait écho. ou bien continuent de se fier à l'idée d'être. me dit Heraclite. par conséquent que l'être Non. mouvement du devenir refusent soi Mais ces philosophes sensibles. de distinguer des accidents pur objet d'intellection. Ou lieu bien rejettent être. et ne le deviendrait pas. il l'idée d'être. mais alors. et il n'y a pas de chan- gement sans un Je vois dès se être qui soit changé. . L'être vient avant le devenir. ce qui est absurde. avec lui principe d'identité qui est lié. vient avant le changement. ce qui est également absurde. durer c'est changer. en sorte que le vient avant l'être immobile. autrement elle serait toujours. mû est mû par un autre. en diêtre qui soit changé. Car ce qu'elle devient. et pensent que pen- sée est trompeuse par nature. et qu'elle n'était point.ent. sant qu'il y a ils du changement sans un disent que ce qui ils n'est pas change. ou devenir. auquel M. et donc son devenir dé- pend d'une cause Tout ce qui est autre qu'elle. la mais alors le rejettent comme mensonger.

le « parfait » étant « ce à quoi rien ne manque ». ou selon que l'être comporte plénitude ou achèvement. il ce n'est pas de quantités l'être. c'est-à-dire selon qu'est davantage ce qui ne manque pas de ceci ou de cela. Cette notion du plus du moins ainsi définie est pure. Parler de degrés d'être. être première doit avoir plus (sous tel rapport) plus l'être. qu'il à pré- ne s'agit que de Je dis simplement qu'une chose est plus qu'ur. puisque ceci ou cela c'est de me faut donc dire a que les choses sont plus ou moins. lorsque je dis plus et moins. (perfection relative). ceci ou cela. en elle-même. La notion transcendantale d'être. se confond avec la notion de parfait.e la autre lorsque pour passer de la pre- mière à la seconde il me et suffit de nier de la première. par pensée. de toute considération considérée à ce point d'espace ou de quantité. il y a diversité (j'entends une autre diversité .CONNAISSANCE DE L'ÊTRE 179 IV LES DEGRÉS DE L'ÊTBE Les choses qui sont dans le monde la différant les unes des sutres par leur être même. se repré- sente des choses étendues qui se m. Mais ce s'agit n'est pas de cela. Mon imagination. quelque détermination intelligible. soit purement c'est Partout où donc parler de degrés de perfection. sent. ou tel si l'une diffère de l'autre par ceci ou cela que l'autre n'a pas. ou que l'être des degrés. d'être. Il que la seconde.esurent. de vue. soit et dans un ordre donné simplement (perfection absolue). et pour mon intelligence.

je préla clarté tends seulement préciser. partout où il que celle de il y a diversité. y a inégalité. consiste à exister. embrasse d'une certaine manière dans son amplitude toutes les perfections possibles. extra causas. être et perfection vont donc ensemble. En si sorte que si une chose existe qui épuise. m'apparaît la perfection par excel- lence. bien entendu en parlant ainsi je ne prétends pas définir la notion d'existence. qui est première. l'être. l'essence (ce qu'une chose ce qui a l'être) et l'existence (l'acte signifie même d'être). pour j'entends et ce que tout le du discours. c'est par elle en effet qu'est posé dans la réalité tout ce qu'est une chose.1 80 la ANTIMODERNE simple position dans l'espace). cette chose perfection infinie. Enfin je vois que qui. je le sais. extra nihil. Et ainsi selon le degré de perfection de l'essence qui qui reçoit l'existence. Cette perfection même comme toutefois. Un chien vivant vaut mieux qu'un lion mort. je puis ainsi parler. ce que cette notion je la monde entend par première. toute la plénitude est de l'être. si consi- dère avec soin. Je sais que l'être enveloppe deux éléments distincts qui est. cette perfection par excellence. connotent l'un l'autre. et Ce que l'idée d'existence. et « hors de ses causes ». est reçue avec plus ou moins de pléni- . si une chose est l'Être même. c'est purement simplement l'acte a ou la perfection par laquelle quelque chose est posé hors du néant ». autrement dit toutes les autres perfections de cette chose. est analogue et en lequel se résout en dernière analyse tout ce que conçoit la pensée. nécessairement d'une Mais en se effet je puis appuyer davantage sur cette vérité.

(1) (2) M omne Propler quod unumquodque. je soi. La cause a plus d'être et de perfection que ce dont elle est la raison (2). telle mesurée par rien. elle produit I. ce qui a moins de perfection d'être moins de perfection ne peut pas être cause ni raison d'être II. en ce cas cette perfection par excellence. de ce qui a plus d'être et (I). même qu'elle ne mesurera ou ne limitera pas la perfection d'exister. et j'essaierai d'en s'il tirer autrement dit je lui me demanderai a pas quelques axiomes qui soient liés immédiatement. que je viens le fruit intelligible. D'où il suit que ' impericctum a perlée*'^ Ht originem. et qui consiste à exister. elle est la 181 donc mesurée à la mesure de l'essence qui soit reçoit. — .CONNAISSANCE DE L'ÊTRE tude. m'aperçois cause doit avoir en la d'une certaine manière. ne sera par là c'est-à-dire qui ait pour essence d'exister. contiendra en soi toute l'infinité de la perfection. elle agit. car elle nest pas seulement. si je rapproche cette notion des prin- cipes de raison d'être et de causalité. de n'y de dégager. je m'aperçois que la raison d'être ne peut pas être moins (avoir un moindre degré de perfection) que ce dont également que la elle est la raison. propler quod aliquid est. l'effet. l'être et perfection de l'effet. et même haut degré de perfection) que l'effet. et illud mayis. je considérerai cette notion des degrés d'être ou perfection. mais supposé une chose qui l'Être même. Mais une telle chose existe-t-elle ? Avant de le recher- cher. l'essence d'une chose. on ne donne que qu'elle doit être plus (avoir un plus ce qu'on a. Le et plus ne peut pas venir du moins. oportet melius esse. aut suUem non minus. Et tout d'abord.

qui est homme comme le fils le fils. tandis que l'enfant n'est qu'homme en devenir. Disons maintenant qu'une une perfection par elle-même ou par son essence {per se. lorsque nous ne prenons pas peine de l'analyser de près. y a d'autres causes eux-mêmes être et agir. per suam essentiam). et de débrouiller sa complexité. ralisation ne sont pas une simple généla de quelques cas d'expérience. sais d'avance. selon le mot d'Aristote. il semblerait les contredire au premier abord. preuve en est la que souvent l'expérience. sans compter que le père est homme Mais ceci leur : parfait (adulte). qu'ils soient vérifiés dans chaque cas la d'expérience. Pourtant ne parle-t-on pas de grands effets produits par de petites causes ? Et d'autre part pas le ? le père. homo et sol générât hominem. Les exemples que nous cherchons à leur sujet sont là ils pour les illustrer en aidant notre imagination. n'a-t-il même cause degré d'être que et non un degré plus élevé il C'est que dans l'axiome en question totale : s'agit de la les petites causes qui produisent de grands effets ne partielles.182 ANTIMODERNE Ces principes sont évidents. Pourtant je le faut. peuvent même donner occasion à notre intelligence de ils les faire jaillir en elle. et s'imposent par eux-mêmes à l'intelligence. je mettrai à profit cette difficulté et je remarquerai les axiomes métaphysiques s'imposent en raison de et ils évidence intellectuelle des exigences primordiales perçues dans l'idée d'être. . C'est donc que leur force ne vient pas de simple expérience. ne sont pas chose a là pour les fonder. peuvent être que des causes ne sont pas qui les font la Les parents non plus il cause totale de l'enfant.

CONNAISSANCE DE l'ÊTRE lorsqu'elle a cette perfection à raison (sans d'ailleurs être 183 de sa propre nature la nécessairement pour cela raison su- prême et dernière de cette perfection). à une chose qui ait cette perfection à raison de sa propre essence. ce qui est par soi (1). Au un miroir reflète le n'est pas lumineux par soi. persuam essentiam {sans pour cela le principe suprême de la vie ou de homme est d'ailleurs être la raison). un être corps en ignition est lumineux par soi (sans d'ailleurs pour cela contraire la raison dernière et totale de la lumière). lors la d'un nouvel axiome (qui n'est qu'une détermination du principe de raison d'être) ne m'appas ? Ce qui n'est pas par soi (per se. ou raisonnable. . (1) Quod per se. le il I et II). Ainsi tout vivant. mais seulement vérité placé dans le feu. En outre ce qui a une perfection per se l'a nécessairement plus que ce qui n'a pas cette perfection per se (axiomes L'expression per se porte sur perfection et sur la perfection. Car on ne peut pas remonter à bien s'arrêter l'infini dans la série et il des faut choses qui ont une perfection sans l'avoir par soi. comme à leur ultime raison d'être. per suam essentiam) suppose avant soi (au moins d'une priorité de nature). sujet est qui possède une manière dont par rapport à cette la perfection Mais ne peut-on considérer (le possé- dée elle-même elle est prédicat ou attribut) et la manière dont dans est le sujet ? prius est eo quod non est per se. mais seulesoleil. Mais dès paraît-elle III. ment s'il un morceau de s'il est fer n'est pas in- candescent par soi.

science qu'a aurait toutes eue Archimède. ainsi y a pour chacune de ces perfections. Et chacune existait dans la réalité à l'état pur. étant alors une chose réelle à qui rien ne manquerait de ce qu'elle peut avoir. en elles-mêmes. qu'a eu Phidias. les sujets en qui se trouvent réellement ces per- ont-ils cette plénitude d'être ? ? Socrate est-il hom- me en plénitude Alors il aurait tout ce que l'humanité il comporte comme pouvant l'art lui convenir. exister aussi séparément dans la réalité). ? Ce lis est-il blanc en plénitude la Alors et il aurait tout ce que peut comporter plus blanc que ce lis. C'est ainsi que je parle de la VHumanité (ce par quoi on est homme). Ces perfections. elles sont : en faisant abstraction du sujet où j'en parle alors comme de choses qui existent si séparément dans mon esprit (sans savoir encore elles peu- vent ou non. toute cette plénitude d'être. blancheur. ou qu'il est bon.1 84 ANTIMODERNE est Si je dis par exemple que Pierre homme. de est blanc). puisque à l'état pur elle existerait sans nulle diminution. les perfections et ainsi de la suite sans fin. Ce fruit est-il bon en plénitude ? Alors aurait tout ce que peut com- . Blancheur (ce par quoi on de la Bonté il (ce par quoi on est bon). elle aurait là. si considérées lui une certaine plénitude d'être qui peut convenir. D'autre part. rien ne pourrait être ou d'un blanc il différent. nécessairement. je puis les re- garder en elles-mêmes. ou que Pierre est blanc. aurait la la il sagesse qu'a eue Aristote. existant Mais fections. répandues en multitude de tous les hommes. je dis que certaines perfections se trouvent en lui. les unes ou les autres.

en sorte que même de blancheur ou de bonté comporte dans ces choses plus ou moins d'intensité ou de perfection. car n'admettent pas le plus si la le la bonté en soi et moins. ou bien (comme dans premier des exemples précédents) que cette perfection se trouve à l'état concret en une multitude d'in- dividus qui la possèdent au plus ou moins même degré (car on n'est pas ou homme). Le signe en est. Cette perfection n'est pas possédée par eux avec toute la plénitude qui peut le lui convenir. Comment fection est désigner cette manière diminuée dont une persujets. mais selon une partie de sa plénitude possible. bien (comme dans les deux autres exemples) qu'elle se trouve blancheur ou à l'état concret en des sujets qui la possèdent elle-même à des degrés différents. lui dans certains par rapport à la plénitude qui si peut lui convenir. Par rapport à une perfection si la plénitude ou à la richesse d'être dont est capable et qu'elle aurait nécessairement l'être elle existait dans la réalité à l'état pur. et qui conviendrait nécessairement est elle existait à l'état pur ? Cette perfection dans ces sujets non pas selon toute sa plénitude possible. par contre les choses en qui je les vois sont plus ou moins blanches et plus ou la qualité moins bonnes. déchu j'ose dire. Ainsi il y a de beaux visages et des visages plus ou moins beaux. qu'a cette si perfection dans ces sujets est donc diminué. mais aucun d'eux n'épuise la plénitude de la beauté.CONNAISSANCE DE L'ÊTRE 185 porter la bonté et rien ne pourrait être meilleur que lui ou d'une autre bonté. mais qui se partagent diversement toute la variété d'être accessoire qui peut lui convenir. Je dirai que ces sujets ont .

lorsqu'on la lui attribue. . d'une la façon semblable : homme est la générosité si même. je dirai qu'elle est en lui par essence (per essentiam). faut donc qu'elle existe en lui à l'état pur. Si je me représente un sujet qui a une perfection de cette tel sujet doit être manière. faudrait qu'elle fût la blanfût cheur même. par est la bonté. Car toute Enfin un sujet qui a une perfection par essence est nécessairement infini dans l'ordre de cette perfection. mais encore être cette perfection elle-même avoir en lui autant car celle-ci doit il de plénitude qu'à demeure à l'état pur. cette perfection selon toute la plénitude qui peut lui convenir et qu'ainsi aucun être ne peut l'avoir davantage. elle l'état pur. il homme par faudrait qu'il fût l'humanité même. il il est tellement la bon. ou qu'ils la participent plutôt qu'ils ne r épuisent. ou encore que cette perfection participation. il une chose pouvait exister qui fût blanche par essence. qu'il a la bonté même dit pour nature. pour désigner hyperboliquement celui qui possède éminemment un cet art ou une vertu.186 ANTIMODERNE part à cette pertectlon. Si un être pouvait exister qui essence. ou poésie en personne. Le langage commun. épuise tellement toute plénitude possible de bonté. De même. et qui ce sujet. une perfection qui est dans un sujet selon toute la plénitude d'être qui peut est ainsi épuisée par lui convenir. je vois immédiatement qu'un souverain degré de cette perfection : au puisqu'il a. il doit non seulement avoir cette perfection. la Il exemple est bon. Par opposition. Bien plus. . par hypo- thèse. il en sorte qu'on ne mais encore : dise pas seulement. et que par suite. est en eux par Voilà un nouveau concept précisé devant mes yeux.

au moins d'une manière éminente thèse). à principe ou à la cause de cette perfection dans tout ce qui a cette perfection au souverain degré pos- sible. blancheur ou étant la bonté même. Or l'a il est évident que ce qui a une perfection par partici- pation tient ou reçoit cette perfection d'autre chose. qui doit l'avoir davantage. Or ce qui est bon par essence. Tout ce qui a un cipation se être ou une perfection par parti- ramène à ce qui a cette perfection par essence (1). ne peut si rien avoir en lui qui limite sa existait qui fût la serait bonté. la chose absolument illimitée dans l'ordre de blancheur ou de l'humanité. comme au le reste. sous peine d'aller une telle série. IV. . et cette autre chose. la tenant l'a il d'une troisième qui à l'infini dans faut. c'est-à-dire à ce qui a cette perfection par essence (per essentiam). s'arrêter. ce qui est impossible. ce qui est exclu par hypo- Dès lors. fût (S'il tenait de lui-même.CONNAISSANCE DE L'ÊTRE limitation est 187 une négation. puisqu'il sans l'être. faudrait qu'elle en lui noT} reçue. et donc : qu'il la fût. ce qui a une perfection par participation tenant cette perfection d'autre chose. reducilur quod habet illud per essentiam sicut in principium et causam. puisqu'elle la si donne (axiome davantage. qui De même une chose cette fût l'humanité. comme Il à son principe et à sa cause est clair d'autre part que ce qui a un être ou une pern'a pas cet ad id fection sans l'avoir par SON essence per {per se) (1) Omne quod habet aliquid participationem. par suite sans diminution. II). et qu'ainsi la il ne peut il la tenir de lui-même. à son tour elle a cette perfection par participation.

Jacques. Ainsi Pierre est hom- me par son essence.. . Si un sujet a un être ou une perfection par son essence. la vigueur d'esprit ou de corps. la la science.. est infinie d'être hommes si par Une plante est vivante par son essence (puisqu'il de sa nature d'être un corps vivant). le sont aussi. Ilieol. Mais par es- réciproque n'est pas nécessaire. mais qu'ils se partagent diversement la plénitude d'être accessoire qui peut lui convenir. et qu'ils se partagent diverse- ment la sagesse. en sorte qu'elle est chez eux tous au même degré. et homme par son participation pourtant Pierre est homme sence (1).188 être la ANTIMODERNE ou cette perfection PAR ESSENCE {per essentiam) Pierre est . sans aucune le limitation. ou encore si cette perfection se trouve en difalors c'est férents êtres à des degrés divers. la vertu. un lichen. I. Jean. un rosier. autrement elles auraient la vie dans toute sa plénitude. Mais si je réfléchis que Paul. tout Mais alors principe que j'ai énoncé à l'heure importante distinction du per sunm essentiam^ et du jvr (1) Cette essentiam est exposée par Cajetan (in Sum. je m'aperçois qu'aucune de ces choses n'est vi- vante par essence. T») en même temps que la juste notion de la parlicipalion. par où le thomisme sauve l'essentiel de la pensée de Platon. un chien.. qui peuvent convenir à l'humanité. qu'elle n'est per essentiam en aucun de ces sujets. un homme. etc. un oursin. finesse d'instinct. mais s'ils sont plusieurs individus à l'avoir ainsi. elles seraient la vie. etc. je comprends que les uns et les autres sont pour ainsi dire à une distance essence. fi. . qui possèdent la vie à des degrés différents et par conséquent d'une manière plus ou moins imparfaite et limitée. Mais je consi- dère divers vivants.

quand elle est achevée dans l'être qui lui convient. comme l'humanité ou comme la vie. sible toutefois cela est-il possible ? Est-ce que je vais et croire qu'il existe dans un monde supra-sen- des archétypes éternels.CONNAISSANCE DE L'ÊTRE (axiome IV) doit s'appliquer tions la ici ? 189 Qu'il s'agisse de perfec- qu'un sujet ne possède pas par son essence. purement et simplement. il y a quelque chose qui a l'humanité.. Comment platoniser. blanches. etc. quelque chose qui a la blancheur par essence et non par participation. or toute chose qui n'est pas l'Etre même ne tient pas de sa seule essence l'achèvement de son être.. puisqu'elles sont par participation dans certains sujets. comme bonté par exemple ou qu'il s'agisse de perfections qu'un sujet possède par son essence. quelque chose qui a la vie. Que tions faut-il donc dire. (1). » tels que l'humanité en sais soi. parce qu'une chose est bonne. ne sauraient donc exister à l'état pur. Disons donc hardiment qu'avant ces choses que j'appelle hommes. blancheur en telles elles ou telles choses ayant une surface et des dimensions. (1) dite . en tout cas il me faut dire que ce qui est par participation suppose avant soi ce qui est par essence. puisqu'un principe évident est là qui nous presse. auxquels « participeraient je. les choses de ce bas monde qu'il ? Est-ce que je ne vois pas clairement ni ne peut pas y avoir d'humanité en soi ? de blan- cheur en tels Car l'humanité ne peut et la exister qu'en tels et individus de chair et d'os. ne comment soi. quel- que chose qui a la bonté. vivantes. bonnes. et qui nous assure que toutes les perfec- que nous pouvons voir ici-bas. doivent être ailleurs par essence ? Aucune chose ici-bas n'est bonne per se.

l'intelligence. l'intelligence. limitation et elles ne peuvent pas en gardant leur valeur intelligible et leur nom. la vie et toutes les perfections transcendantes. dans sa nature. dans une simplicité inimaginable. ont rapport à l'être et sont. le mode fini sous lequel nous la les connaissons dans les choses. elles ne peuvent pas dès la rester distinctes les infini- unes des autres. leur concept n'implique donc et elles pas essentiellement de limitation peuvent exister. la beauté. Maintenant . Et l'Intelligence à infiniment l'état pur doit être infiniment belle et bonne aussi. Les autres. puisque chacune enveloppe l'état l'être dans son concept. Rien n'empêche que les perfections de la première sorte existent à l'état pur. même comme lui. Mais en ce cas. y a donc. telles et blan- ont rapport à des genres déterminés dans ' l'être. infi- niment séparé. sous un autre mode que le mode fini sous lequel nous les connaissons dans les choses. la beauté. analogues. l'Être lors l'être à pur. telles la bonté.1 90 11 ANTIMODERNE faut distinguer deux catégories parmi toutes : les perfec- tions que nous pouvons considérer ici-bas les unes. la bonté. sous un mode autre que cheur l'humanité. en gardant leur valeur intelligible (leur « formalité ») et leur nom. elles sont chacune d'être à l'état pur. débor- dant tous nos concepts. un être qui est à la fois. si elle n'était infiniment belle Et de même la Beauté à l'état pur doit être infiniment bonne aussi. leur concept par suite implique essentiellement exister. et l'acte même subsis- tant. Or la raison exige une raison d'être première à toutes ces Il perfections telles qu'elles existent ici-bas. Et Bonté à l'état pur serait-elle aussi ? ment bonne. de tout ce qui est.

les saveurs et les parfums.CONNAISSANCE DE L*ÊTRE je 191 ne pense plus seulement à lui comme à un objet idéal. comme vie. (t vérité. et toutes les délectations périssables. mais à raison de son essence il comme mais a principe absolument les total et suprême. ma réflexion sur l'être mouvement naturel de m'a conduit en droite ligne jusqu'à duquel resplendissent toutes les Dieu. lion. dans l'être incompréhensible d'une manière éminente soit perfections de choses. ou du comme l'essence de l'homme. et même tout ce qu'il y a de vrai dans les faux . en sorte qu'il n'y a plus de nom pour le les désigner. la avant tout l'être même. l'intelli- gence. et la bonté. se. puisqu'elles ne sauraient exister à l'état pur sans faire. non seule- ment per Quant aux perfections comme l'humanité ou elles sont aussi par essence la blancheur. comme la couleur du ciel et des prairies. Et possédant les l'être et toutes ces perfections par essence. pour employer se. il a non seulement à raison de lui-même ou de son essence. la beauté. en ce même Être infini analo- giquement connu. « formellement la ». la fraîcheur de l'eau courante. termes scolastiques. les perfections qui sont Voilà donc qu'à cause de toutes par participation dans les choses. mais. étant invinciblement conduit à affirmer son existence par l'existence des perfections multiples et les mélangées que êtres je constate sensiblement si dans le monde : ne seraient pas l'Être n'était pas. de l'ange comme la blancheur ou la lumière. si je puis dire. les a. éclater leur concept. soit virtuellement ». je sais qu'il existe. elles ne sont en lui qu'en perdant là leur valeur intelligible et leur formalité propre dans une perfection plus haute.

pour que platonisme devienne vrai. comme tout ce bel ornement de la joie créée qu'il a promis de rendre au centuple à ceux qui la quitteraient pour lui. n'oublions pas qu'il de situer celles-ci dans leur lieu véritable. Et s'il lui est arrivé de perdre un peu Pygmalion mythologue.192 ANTIMODERNE biens. Béni soit Platon d'avoir deviné ces choses. . dans le l'intelli- gence divine. suffit en présence des Idées éternelles. la tête. 1922.

RÉFLEXIONS SUR LE TEMPS PRÉSENT .

.

Saint Ignace d'Antioche. comme et joint le jour.Chapitre V Mihi vero archiva Jésus Christus. Maria. un monde ? qui parle de DiEU? Ou un où nous resplendissante l'esprit. quid vidisti in via ? Qu'avons-nous vu sur la route ? pulcre Le sé- du Christ vivant. un seul en être nom duquel nous puissions tour sauvés. l'âme regarde au- d'elle. mort. un jugement ner de valeur temps et } de discer- avec certitude son orientation d'ensemble La matière . Die nobis. Tandis que l'Eglise exultant rassemble en sa liturgie ses grands souvenirs d'épouse. nous crie qu'il y a un seul vainqueur de un seul libérateur de toute servitude. RÉFLEXIONS SUR LE TEMPS PRÉSENT Veille de Pâques. monde que DiEU abandonne Quelle est cette nuit >ommes? Est-ce la nuit bienheureuse qui. et s'interroge elle-même. nous illumine dans les délices de ? les choses humaines aux divines Ou Ne bien la nuit de misère ? Comment répondre pas qu'il à pareille question ? savons-nous porter est presque impossible sur le à un oia il homme de vit. la gloire du ressuscité. les anges témoins et le suaire. faute et et chante l'heureuse quœ talem et iantum meruit habere Rela le demptorem.

retirez de moi mon . même les fait jeter Jonas en prison. qui ne vient pas. eût peut-être. et attendant dans l'amertume de son coeur la destruction an- noncée. assis à l'orient de la sous une hutte de branches. écrit tout mais le de Jonas semble pauvre ambasville. profitant de ce qu'il savait là (et par défaut de crainte oubliant même ou ce qu'il savait). car je savais bien que vous êtes un et DiEU clément et miséricordieux. .196 ANTIMODERNE trop est complexe et trop la contingente. elle échappe à il la science humaine. Seigneur. exprès pour prouver qu'il n'y a pas de plus mau- vais métier que celui de prophète. afin qu'il ne troublât pas convertissant Ninivites. s'écrie Jonas. et se préci- pita tout Seigneur. Maintenant. j'étais le n'est-ce pas là ce que je disais lorsque encore dans mon pays ? C'est pourquoi j'avais pris parti de m'enfuir à Tharsis. aurait eu la consolation de les voir réduits en cendres. et ceux-ci ne pas. de go dans un abîme de pénitence. gination des prophètes est que l'ima- sujette à amplifications. î Ah ! si le roi de Ninive avait su positivement et que les menaces de DiEU n'étaient que conditionnelles. patient et riche en pardon. qui le protège mal du soleil brûlant. Jonas alors. Pour dominer pleinement faudrait cha-| avoir reçu la grâce de la prophétie. qui se repent du mal. continué à se divertir comme se devant. et que Dieu peut à l'occasion leur révéler des futuribles qui ne se il réaliseront jamais. je vous en conjure. Voyez le sadeur du Très-Haut. Et en vérité ce Paul a dit : risme n'est pas enviable sans doute saint livre œmu-i lamini charismata meliora. il Mais « le roi de Ninive ignorait la théologie. le pervers.

l'abbé demandons-no-îs ce ricque et à M. le baron de Novaye. et moi mourir que vivre. et moi ne il ferais pas grâce à Ninive. )) « Il vaut mieux pour sant : (( Alors Dieu dit à Jonas: » Il « Fais-tu « bien de Je fais : ^^ t'af- t'irriter à cause de ce ricin? d'un répondit: bien de m'irriter jusqu'à la mort. Jonas. Et au lever du soleil Seigneur fit souffler un vent brûlant d'orient. . au point qu'il défaillit. car la mort vaut mieux pour ' • ». qui a poussé en une^ je mut et qui a péri en une nuit ville. un ver qui et il ncm. d'un Donoso Cortès. la vie je 197 moi que vous en prie.. Joseph de (1) Jonas. d'un Solovicv. moderne. le piqua le lendemain au lever de l'aurore. et le soleil frappa sur la tête de di- demanda de mourir. considérant les 2-11. . car tête.. sécha. des animaux en grand nombre (IP » * * * CuLaissons donc les prophètes modernes à M.RÉFLEXIONS SUR LE TEMPS PRÉSENT âme. . la grande dans laquelle y a plus de cent vingt mille hommes et droite qui ne savent pas distinguer leur de leur gauche. fliges » Et le Seigneur dit « Tu au sujet ricin fait pour lequel tu n'as pas travaillé et que tu n'as pas croître. Mais DiEU le fit venir. grandes lignes de l'histoire pressentiments d'un et s'inspirant au besoin des Maistre. et une'grande joie à cause du ricin. IV. Et que la raison. et Jonas pour le protéger. « Et le Seigneur DiEU fit pousser un ricin qui s éleva 1 ombre sur sa au-dessus de la tête de Jonas pour être une éprouva il souffrait.

198

ANTIMODERNE
si

pounait bien dire du temps présent,
sur lui

on

l'invitait à risquer

une opinion, une simple hypothèse régulatrice, pour
la

emprunter un mot au vocabulaire kantien. J'imagine que
raison trouverait dans certains

symptômes

très

généraux de

sérieux

éléments d'appréciation.
dire,

A
de
la

vrai

depuis le déclin du

moyen

âge,

l'histoire

moderne

est-elle autre
la

chose que l'histoire de l'agonie et
Saint Vincent
la fin

mort de

chrétienté 7

Ferrier,

au

couchant du XIV® siècle, annonçait
suscitait

du monde
:

et res-

des morts en confirmation de sa parole
la fin
si

n'est-ce

pas plus précisément
çait ?

du monde chrétien

qu'il annon-

Jeanne d'Arc,

elle a réussi à délivrer la France,

a échoué dans sa mission de rappeler la terre au respect

du Droit

chrétien.

Désormais l'animal raisonnable va s'apla pierre

puyer sur lui-même,

d'angîe ne sera plus le Christ.
qui,

L'esprit d'indépendance absolue,

en définitive, porte
et

l'homme à revendiquer pour lui-même Vascîtê,
peut appeler
troduit
la

qu'on
s'in-

l'esprit

de

la

Révolution antichrétienne,

victorieusement en Europe avec la Renaissance et
il

Réforme,

soustrait à l'ordre chrétien ici
l'esprit,

la

sensibilité
la

esthétique et toutes les curiosités de

spiri-

tualité religieuse et la volonté, et vise à remplacer partout
le

culte

des

trois

Personnes divines par

le

culte
et

du Moi
siè-

humain. Réprimé au XVlP siècle, lancé au XVIir

au XIX^

cle à la conquête de l'univers, servi avec persévérance et habileté par la contre-église

maçonnique,

il

réussit

à écarter

Dieu de
dans
les

tout

ce qui est centre de pouvoir ou d'autorité

peuples.
la

Dans

vie

même

des Etats, gallicanisme, joséphisme,

RÉFLEXIONS SUR LE TEMPS PRESENT
triomphe de
la

199

Révolution française
Etats,

et

de son idéologie.

Dans
traités

les

rapports entre

reconnaissance publique de

l'hérésie et funérailles diplomatiques

du Droit chrétien aux

de Westphalie, regroupement de l'Europe, par Na-

poléon, sous le signe révolutionnaire,
l'avait

comme Charlemagne
le signe chrétien.
trois

groupée mille ans auparavant sous
1870.

Fin du pouvoir temporel en

Pendant

siècles,

progressive et universelle dépossession de l'Eglise.

Au

ter-

me, un monde
mécanique
et

naturaliste,

dédié par une science matérielle,

violente au service

de

l'orgueil et

du luxe
et

humain, parfaitement configuré dans sa vie économique

politique à la volonté haineuse d'un Maître qui n'est pas

Dieu,
dans

tellement
les

plein

de chair que Jésus, comme

jadis

hôtelleries

de Bethléem, n'y trouve pas la plus
Sans doute
le

petite place pour lui.

monde peut descendre
Il

plus bas encore (pourquoi le progrès s'arrêterait-il ?)

sem-

ble pourtant que nous puissions marquer
chute.
la le

ici

un

point

de

Aux
de

plus sombres époques
la cité.

de

l'histoire

chrétienne,

Foi demeurait dans
secret
la

Elle demeure toujours dans

vie des âmes.

Mais dans
courbe de

la

vie politique

du monde quelle place

tient-elle aujourd'hui ?
l'histoire

Dans
derniers

l'ordre
siècles

de

l'esprit la

des

trois

étapes
la vie


a une forme semblable.

Luther, Descartes, Kant

En

trois

grandes

l'homme

s'isole

de

surnaturelle (qui n'est plus qu'un

manteau de

dissi-

mulation) et devient sourd à l'Enseignement révélé,
se soustrait à

il

DiEU par
se replie

antithéologisme et à l'être par idéasur
soi,

lisme,

il

s'enferme
fait

comme un
tourner

tout-

puissant

dans sa propre immanence,

l'univers

,

200
autour

ANTIMODERNE
de
sa cervelle,

s'adore enfin
et l'auteur

comme
de

étant

l'auteur

de

la vérité par sa

pensée

la loi

par sa vo-

lonté.

La

((

Science

» qu'il construit

pour se soumettre l'uni-

vers matériel interdit à sa raison l'accès des réalités supérieures; puis dans l'idée d'évolution dont
les attraits pernicieux,

Goethe notait déjà
la phi-

dans

le

mobilisme intégral et

losophie du pur Devenir cette raison
il

même

se corrompt, et

doute que ce qui

est, soit.

Ici

encore, nous

sommes à un
très

terme, et la dissolution bouddhiste qui

menace

sérieu-

sement l'intelligence occidentale
point de chute.
frayant que le

semble bien l'indice d'un
pas moins ef-

Ce

long

drame

spirituel n'est

drame de

l'histoire visible.

Si l'intelligence

des peuples, devenue rachitique et puérile, n'est plus apte

qu'à l'idéologie mythique,

— ad

fabulas autem convertentur
ils

alors les pseudo-prophètes

peuvent venir,

auront de-

vant eux des âmes incapables de discernement.

Dieu
me,
les

proscrit

de

la vie sociale et

de

la vie intellectuelle,

c'est-à-dire

de ce qui

est

proprement humain dans l'hom-

Papes, depuis

le

Syllabus jusqu'à l'encyclique Pas-

cendi, ont à maintes reprises appelé l'attention sur la gravité
ture.

d'un

tel

symptôme. C'est

un

état contraire à la na-

La grande

guerre en est sortie par un jeu fatal.

La

considérant dans un de ses aspects

que

et intellectuel

— nous
le

l'aspect philosophi-

disions en

1915, et
:

il

ne paraît

pas inopportun de

redire aujourd'hui

«

Le pangermala

nisme est

le fruit

monstrueux mais inévitable, de

grande

rupture d'équilibre

du

XVI® siècle, de la séparation de l'AlIl

lemagne d'avec
lent

la chrétienté.

résulte

du développement

et pénible,

comme une

démonstration allemande,

RÉFLEXIONS SUR LE TEMPS PRÉSENT
mais
fatal

201

de l'égocentrisme de Luther, de Rousseau, Herder, de Fichte, de Hegel, politiquement de Kant, de néincarné par la Prusse. Au regard de ce développement
religion gercessaire d'un principe unique, aboutissant à la

maniste,

que l'Allemagne actuelle compte encore de nombreuses parties catholiques ne signifie absolument a depuis rien; il est visible que l'Allemagne catholique
le
fait

et longtemps cessé de donner l'impulsion, elle est conduite

ne conduit pas...
((

Ici

encore l'ordre catholique apparaît

comme
soit,

l'unique

t

salut,

même temporel, de l'humanité. Une Allemagne husoit

maine, qu'elle
la nature

une seule nation ou qu'elle
le

comme

des choses semble

demander, divisée en pluet

sieurs

Etats,

une Allemagne humaine,
la

sinon

paisible,
loi

au moins dont

guerre ne

soit

pas

la

première

et la

première nécessité, ce n'est pas
ni

à la révolution, ni à

Kant,

nous pouvons demander d'entreou tenir en nous ce rêve. Réalisable ou non, compatible non avec les données historiques, un tel idéal en tout cas

même

à

Gœthe que

est

soumis à une condition primordiale le retour au catholicisme et à la chrétienté. Le catholicisme allemand du
:

XIX' siècle a pu être contaminé quelque temps par le germanisme romantique; Goerres a pu être un des plus violents

ennemis de

la

France,
trois

il

n'en reste pas moins,
d'histoire

comme

l'irrécusable

leçon de

siècles

intellectuelle

de l'ordre chrétien est la et du monde contre les durs excès de l'inseule sauvegarde dividualisme des nations, en particulier contre le germapolitique,

que

l'universalité

nisme.

202
«

ÀNTIMODËRNE
FAghr Quinet pensait que
allait nniême,

la
la

philosophie

allemande,

kantienne et postkantienne, est

philosophie de la Révojusla

lutlon; et

il

avec sa manie des symboles,
la

qu'à déclarer que Kant, c'était

Constituante,

Fichte

Convention,
le

Schelling l'Empire.

Frédéric Schlegel

faisait la

même
de
((

rapprochement. Rien n'est plus manifeste que

commune
et
la

racine individualiste de la philosophie allem.ande

Révolution.

L'esprit

de

la

Révolution antichrétienne, qui met l'hom-

me

a la place de DiEU, devait se réaliser concrètement en

Allemagne, non par des procédés révolutionnaires,

mais

par des procédés d'Etat et de gouvernement, grâce à l'œuvre

de ce Stein que Metternich appelait jacobin

:

«

Nous
les

de haut en bas, disait Hardenberg, ce que Français oiît fait de bas en haut. » Et cet esprit devait
ferons

s'accommodant
capter

fort

bien de manquer à

la

logique et de

des éléments propres à l'ordre

ancien
la

tendre,
pra-

en Allemagne, à l'organisation positive, à
,

réussite

tique.

Le

principe

révolutionnaire

s'est

ainsi
et

développé
réaliser

outre-Rhin

dans
conçue

le

sens

de

l'étatisme,

pour

une
et

liberté

comme

puissance concrète de possession
^

de domination
((

terrestre.

A
:

ce point de vue l'effrayant
le

conflit qui
le

désole aujour-

d'hui

monde
la

apparaît

comme

choc de deux formes

opposées de
ther

Révolution européenne inaugurée par Lurationaliste,
et

de

la

forme négative, démocratique,

de
((

la
Il

forme positive, impérialiste, volontariste.
suit

de

que

la

présente guene est le règlement de

.. « « à considérer à l'heure les conditions funestes ignorer de la manité die si présente. veulent pas être mal ? * * * Tels sont — très imparfaitement rassemblés — quelquesqu était que la raison des philouns des élém. l'abandon « naissez.ents d'appréciation un l'histoire moderne. où tou» i j de la RéDe ce choc mortel des deux formes adverses serviam d'une volonté panvolution européenne. l'entraîne à sa ruine et 1 aposde DiEU. Encyclique £ supremi apostolalus. 4 . là rongeant jusqu'aux moels'aggravant de jour en jour et la (( la con> Cette maladie. d'une raison humanitaire et vaincue. c'est. si Peut-on mala- profonde et grave qui travaille. Est-ce précisément parce il donné avec autorité et dans une forme solennelle que cet d'un grand avertissement a passé inaperçu « nombre? écrivait i"ie Nous éprouvions une « sorte de terreur )). terrebat nos quam l maxime. Mais sophes pourrait trouver dans convient de penser autorité ce qu'il autre nous a dit avec des temps actuels. à l'égard u (1) octobre 1903.. p- libérale qui divmise 1 individu.. A hu- encyclique en 1903. en ce moment société humaine et qui. Est-ce à dire que le c'est la première qui a été triomphe a de la Les êtres ne assure forme libérale-démocratique est gouvernés )). bien plus que par le passé. du non et du non serviam impérialiste qui divinise l'Etat. dans sa première (l).RÉFLEXIONS SUR LE TEMPS PRÉSENT comptes d'au moins tes les trois siècles 203 de prévarications. vous u les. théiste et nations ont leur part.

la la Divinité En revanche. .. C'est à tel point que. Thess. (1). 27. que de foi. tant privée que publique. 1. que véritablement (4) de perdition dont parle l'Apôtre n'ait son avènement parmi nous. il n'est que trop vrai. (4) // XXI. im- LXXII. II.. De là. nom de DiEU. selon cette parole du Prophète Voici que ceux « qui s'éloignent de vous. Si grande est l'audace et « (( grande la la rage avec lesquelles on se rue partout à l'attareligion. II. « (( Qui pèse ces choses a droit de craindre qu'une telle esprits la la perversion des ne fin soit le commencement des leur le fait si (( maux annoncés pour prise fils des temps. où (( nul compte n'est tenu de sa souveraineté. périront. (5) Job. « « « / même Apôtre. {2) Ps. on bat en brèche effort les dogmes de la « « on tend d'un obstiné ! à anéantir tout rapport de l'homme avec au dire du christ. (( De nos jours. un rejet total de tout respect de DiEU. avec une témérité sans nom. De il des habitudes de vie. et presque cri « (( commun est devenu ce de ses ennemis : Retirez-vous de nous (3). les nations ont (2) (v frémi et les peuples ont médité des projets insensés contre leur Créateur. « (( en là la plupart. a usurpé place du Créateur en s'élevant au-dessus de tout ce qui porte le (1) Ps.204 u v( ANTIMODERNE et rien sans nul doute qui tasie. (' n'est effort ni artifice que l'on ne mette en œuvre pour a abolir entièrement son souvenir et jusqu'à sa notion. et et comme déjà « « (v de contact avec terre. 3. le caractère propre de VAnté- l'homme. mène : plus sûrement à la ruine. et c'est là.. Bien plus. 14.

2. Cette encyclique de Pie chapitre second (1) (2) (3) (4) X semble un écho du célèbre épître de la deuxième aux Thessaloniciens. XI. LXVII. « tous M sachent que le roi de toute la terre. où s'il se montre « comme « était Quelle sera Dieu lui-même (1). l'homme qui veut droits et abuser de sa de violer l'autorité « « '( suprême du Créateur. avertit C'est de quoi DiEU lui-même nous Ecritures. mais au Créateur victoire. Sap. reste toujours la Et ce n'est pas encore assez dire : la ruine il plane de plus près sur l'homme justement quand se « dresse <c plus audacieux dans l'espoir du triomphe. 24. force (3). Il. Ps. IX. 8. secoue cependant le joug de sa majesté.. // dans les les Saintes ({ ferme (2).. mais bientôt après ce semblant ainsi il de recul. Ps. se dédie à lui-même monde visible en guise de tem- « pie. . siège dans le temple de Dieu. « mortels. 22. sur péchés et « « des hommes comme oublieux de sa puissance de se la sa majesté. n (5) (6) Theis. où // il prétend recevoir les adorations de ses semblail blés. LXVI. l'issue de ce combat livré à DiEU par de nul esprit « faibles « doute. « réveillant (. ('. brise de ses ennemis afin que (5). Il sensé ne à les le peut mettre en est loisible liberté. Ps. 65. qu'un la homme tête dont l'ivresse a grandi (4). les yeux. Ps. c'est les Dieu et que peuples comprennent qu'ils ne sont que des » u hommes (6).RÉFLEXIONS SUR LE TEMPS PRÉSENT « puissant « « 205 notion à il éteindre complètement en le soi la de et Dieu. disent-elles. LXXVII. assurément. 20.

Nous serons prudents. illusions DiEU ) puissantes (èvipystav TtXâvr. Ce qui paraît Thess. parmi toutes sortes de miracles. Approchons-nous donc. dont l'obscure l'esprit sans l'apaiser. Alors viendra l'apostasie et la du monde — longtemps discessio le — révélation de l'homme de péché. excite Saint Paul nous y parle du mystère siècles. et d'iniquité. que Seigneur JÉSUS mettra à mort par le souffle de sa bouche. et qu'il dis- plaisir. leur envoie des ajoute l'Apôtre en paroles terribles. inviter ainsi que Pie X semblait nous ici ? à le supposer. II 9-12.. abstenir toutefois. eo quod charitatem ut non receperunt salvi fièrent. qui les feront croire au mensonge. car nous voyons bien les Juifs se rassembler à Sion. et avec toutes parce de pour ceux qui périssent. C'est pourquoi. qui se développe au cours des qui aura pour terme le déchaînement du Captif invisible l'ordre que chrétien régnant dans le monde aura si retenu. .206 ANTIMODERNE clarté Voilà un mystérieux chapitre. en sorte qu'ils tombent sous son jugetous ment ceux qui ont refusé leur foi à la vérité. mais nous savons aussi que mille ans sont pour DiEU comme un tend ou resserre le temps selon son (1) // jour. de signes les séductions et de prodiges mensonl'iniquité gers. des mauvais jours annoncés les H fin nous serait alors loisible de regarder comme le terme la du grand mouvement d'apostasie qui a commencé à du moyen âge. qu'ils n'ont pas ouvert leur cœur à Tambour de veritatis la vérité qui les eût sauvés.. et ont consenti à l'iniquité » (1). a Son avènement aura heu par la puissance de Satan. de nous de toute supputation plus précise.

pseudo-idées la sentimentales répondent au désir secret de accomplis. c'est l'infil- dans leur âme des dogmes maçonniques du Progrès et nécessaire de qui l'Optimisme humanitaire. qui les parasite trop souvent. c'est que nous sommes un peu plus rap- prochés du dénouement que les chrétiens des tem. c'est bien plutôt leur face spirituelle. et réuni depuis en volume. parce qu'ils étaient tout près la du grand foyer de charité des Apôtres.. le nature d'accepter reilles les faits et qui n'ont pas leur pa-.ps apostoliques. c'est le jugement sainement pessimiste qu'elles à porter sur le l'histoire. ment der qu'ils n'étaient pas si du m.RÉFLEXIONS SUR LE TEMPS PRÉSENT sûr 207 en tout cas. pour aveugler jugement. et c'est la prczparatio animer qu'elles com- portent. .onde On peut se deman- l'abandon des préoccupations eschatologiques la mar- que une épuration ou un refroidissement de foi. le modernisme. ce qui importe en elles. aident les sur hommes de monde où ils vivent. tration l'américanisme. la Les premiers chrétiens vivaient dans l'impatience de parousie. et favorisé chez eux ce qui fut le libéralisme. vie de la Quoi qu'il en soit. * * * Tout ordre (1) le n'est pas bon par soi seul (il y a un ordre On lira avec fruit Timportanf travail sur La Parousie publié par cardinal Billot dans les Eludes en 1917 et 1918. et l'orientation On peut croire qu'une des causes qui ont le plus gravement affaibli beaucoup de catholiques modernes. me sem- ble-t-il. ce n'est pas le calcul matériel des événements his- toriques. et parce qu'ils savaient pratique(1). et que nous y pensons beaucoup moins. etc.

L'observateur impartial conclure 1 que cette perversion idéologique est d'un instinct les profond dévoyé faute d'aliment normal. l'origine divine de . comme devrait l'indice l'enseigne marxisme. d'idéalisme. toutefois. — (L'his- de l'avilissement humain des mots. par exemple de grands ces mots d'idée. n'est pas bonne par soi seule.) L'observateur. Mais ce des conditions premières de l'activité humame. par la conciliation de deux contraires la reli- en une éminence surhumaine. aurait tort de conclure que le peuple a essentiellement besoin d'être biles imposteurs. comme sont Péguy.208 chez les ANTIMODERNE démons). et tout amour désintéressé d'une disait là fin absolue. le comme réalité le ° : suppose le positivisme « scientifique )) d'un Littré. toute « mystique ». les trompé par d'haII comme le pensaient Frédéric et ses amis philosophes. 2° que parmi signes qui attestent. d'idéal. du Grand le Fétiche et du Grand Milieu. et de même tout « idéal ». ou encore à considérer l'amas lusions que représente « « l'Idée )) » « incarnée par toire tel ou tel vaste mouvement moderne. et hommes depuis un ou deux chétives pour lesquelles d'il» meurent volontiers. ou que toute en un bien transcendant est la plus pernicieuse des chimères. ou qu'il faut satisfaire aux besoins du Sen- timent par l'altruiste mythologie du Grand Être. teur comme le pensait foi fonda- de la religion positive. serait sin- gulièrement instructive. ou en que les seuls agents efficaces dans l'histoire sont d'ordre économique et matériel. Certes il y a pour l'observateur une occasion d'amère l'absurdité ironie les ils à constater des idéologies qui meuvent siècles.

capables de courage et d'esprit de sacrifice. et leur œuvre com- me le mal pur. à un idéal. se un le vous cherchez hors de l'Egli- idéalisme actif et efficient. avec le temps. on s'aperçoit. que ces démons sont des homm. et ne se résignant que pour le servir aux moyens horribles dont Nécessité leur impose l'emploi. L'imagination du public par la presse l'ordre établi — — fortement aidée les de bien des jugedestructeurs de se représente d'abord comme de purs démons. Actuellement. et si 1' auquel l'Eglise ordonne vie humaine n'était précisément la Réalité par si excellence.RÉFLEXIONS SUR LE TEMPS PRÉSENT gion catholique. pour Puis reprendre le vocabulaire de Pascal. A une propos du bolchevisme. opmion du peuple. dévoués. voire héroïque. quelques-uns du moins. et grâce à des Informateurs d'un désintéres- sement contestable. inévitablement demeurerait n'était Un inexplicable la si 1' idéalisme « idéal » )) catholique fondé sur la Vérité. remarquons loi qui doit sans doute se vérifier ments humains. et des sympathies qu'il pro- voque chez un certain nombre de braves gens. et une lucidité réaliste si positive que partout ailleurs elle s'accompagnerait d'étroitesse et sesse de bastel fait de vue. on s'aperçoit aussi que leur oeuvre comporte des . et amènerait par là. « mais à plus longue échéance. la catastrophe. vous ne trouverez que dans le paradis d'angoisse dy bolchevisme oriental.es. Premier moment. le moins remarquable n'est pas ce fait 209 que dans l'Eglise seule se rencontrent et s'harmonisent. une expansion idéaliste si violente que partout ailleurs elle amènerait immédiatement les plus sanglantes catastrophes. elle aussi. sans se diminuer ni s'altérer.

que « demi-savants s'en moquent » ». tels voilà tels englués. tandis que l'humaest des autres dépasse aisément une cause qui rien : celle du rot. la pédagogie. où les l'erreur des demi- se laissent aller à juger l'événement non pas l'intérêt d'après la valeur des choses faites. défenseurs de d'offrir de la vérité ont parfois chance moins d'intérêt poétique. car pourquoi pris l'ordre vrai comme personnes ou adversaires de tels ne seraient-ils pas aussi sympathiques que ses défenseurs ? ou tels de la L'un et l'autre parti emploient étant les d'ordinaire des moyens plus ou moins purs. est. Va-t-on oublier leurs méfaits. Mais enfin dans un troisième moment.oment périlleux pour cœurs candides risquent de tomber dans habiles: s'ils raison. ou les regarder comme accidents était négligeables 7 Charlotte Corday découvre que Marat aimé. Robespierre ou Lénine seront toujours pour les âmes faibles des personnages exaltants : des héros pour Carlyle. . Dide- Rousseau.210 ANTIMODERNE qu'ils intentions et des réalisations engageantes et hardies travaillent à ratoires. la : promouvoir l'hygiène. les labo- peinture cubiste. m. nité celle de l'être. et elle s'étonne. la Second moment. donné commune médiocrité de l'ordre et l'espèce humaine. « par une raison qu'ils ne pénètrent pas. Luther. Cromwell. en dépit de leurs tares. même. on a raison. subjectif mais d'après les des acteurs qui les font. pour cette raison générale que leur humanité a plus de peine à égaler et qui est la cause qu'ils représentent. si la raison juge d'après ce qui tion bien plus elle condamne les ouvriers faisait de destrucl'opinion durement encore que ne les du peuple.

On nous dit que communistes bien qu'ils proclament que la religion est l'opium du peupie. la proscription de tous livres — . Mais principe spirituel qui joue le rôle de forme animatrice. Mais leur effort est antichrétien essentiel- (1) Je lis aujourd'hui (février 1921). que celui-ci « a récemment cessé tout à fait de prétendre que la Révolution russe soit autre chose que « le commencemnt d'une ère d'expériences iltimitées. on ne Il perd qu'en disparaissant. ce n'est pas de n'avoir pas d'idéal. de chair hu- maine s'atténuer en durant la nécessité le dans la pratique. peuvent instituer sur la matière humaine. passe vite. c'est cri- commande. (2) Depuis que ces lignes ont été écrites. le principe spirituel qui c'est précisément le son idéal. il aparaîtra beaucoup plus effroyable que les descriptions les plus poussées au noir des horreurs bolcheviques. reprochera sans doute le plus sévèrement au bolchevisme. en se représentant les expériences que les conceptions « scientifiques ». droit Un régime fondé sur quelles (l). paraît clair à ce point de vue que social et et les forces de des- truction qui lisent les riat. plus urgente sont attachés pour moment à une besogne (2). et que symbo- mots de bolchevisme de dictature du Prolétaplus virulente (la sont une forme nouvelle seule à vrai dire qui reste virulente) du vieux levain de les la Révolurusses. tion antichrétienne. et à son entretien avec Lénine. des informations plus eiactes sur la persécution religieuse ouverte. dans le récit que Wells consacre à son voyage en Russie. après expériences dévoratrices et renier. » Si l'on essaie de « réaliser » ce mot de Lénine. violation du naturel la peut. « jugement du monde ». et j'imagine que figure de Turelure feront la d'honnêtes citoyens. habitant des cerveaux russes en liberté. Le souvenir des il mes commis peut les petits-fils s'effacer.RÉFLEXIONS SUR LE TEMPS PRÉSENT 211 Ce que l'histoire. à cause de de le vivre. les dogmes qu'il invoque en théorie. menacent l'ordre actuel. ne persécutent pas ils les croyances religieuses le ? Je le pense bien.

toute qu'une perfection humaine exclusivement terresla et en faisant de l'Homme et de Science humaine. titre les progrès de les la civilisation. le plus actif que le établir monde ait vu jusqu'à présent. m. fin en que cité. la Sous un décor idéololes gique capable d'émouvoir à taux et fois sept péchés capi- des générosités dévoyées.212 lement. sont venues attester à l'évidence le vrai caractère de la révolution bolcheviste.'ilique enfants . selon la grande idée hégélianisante de Karl tre tout-puissant Marx. autre tre. je veux dire une tant cité qui ignore d'une manière absolue. et DiEU. Il faut dire ici que l'indifférence spirituelle de l'Europe chrétienne au drame le plus sombre des temps modernes vst un crime qui ne peut pas ne pas se payer. et n'est personne qui ne l'appelle de tous ses vœux. c'est un effort intelli- gent.. avec un dirait tel acharnement uns contre ? les « « (( qu'on un combat de tous contre tous Sans il doute. pratiquement l'humanité dans en insr taurant réellement la cité sans Dieu. Il paraît non moins clair toutefois que l'ordre social ac- tuel Il appelle et suscite lui-même ces forces de destruction. là n'y a pas d'ordre et de justice possibles et la où manque l'ordre rait justice entre l'homme 1903. le Maî- gouvernant l'Histoire. Mais (( cette paix. « écrivait Pie X en dans l'encyclique déjà citée. insensé qui la cherche en dehors de • DiEU. l'effort systéentrepris par l'éducation d'Etat pour violer dans l'unie des le témoignage naturel de Dieu. L « « ne pas sentir son âme saisie de crainte et tesse à voir la plupart des hommes. le désir de la paix est dans tous les cœurs. ANTIMODERNE dans son principe même. pour ïathéisme. tandis qu'on exalte par ailleurs et à juste se déchaîner autres. 1 et publications de caractère métaphysique ou religieux. « Qui pourde tus- ».

_.~"én particulier dans .Tif 6. Documentation atholique. est construit sur la Désobéissance. Plusieurs fois S. de la « ( Ce retour des nations au respect majesté et de la souveraineté divine. où voie qui nous donne accès auprès de :( JÉSUS-ChrisT est ton Elle est sous nos yeux : c'est : l'Eglise. 10 janvier 1920). « « (( 213 chasser DiEU. et en grand nombre. — . 17. quelques efforts que nous fassions v par ailleurs pour le réaliser. D'où et il suit que tout restaurer dans le Christ ( ramener les hommes à chose. Hélas ! vames espérances. peines perdues la il De : partis d'ordre capables de rétablir la « K tranquillité au milieu de le parti perturbation des n'y en a qu'un de DiEU. :( Saint Jean Chrysostome nous le dit avec raison l'Eglise ( espérance. Tordre social et politique actuel.on discours au Sacré-L'ollège du 24 décembre 1919 (Cf.».. n'adviendra que par JÉSUS- :( Christ. l'Eglise est ton salut.. S. qui. « de caplo Eutropio . nous ne l'ignorons pas. l'Eglise est ton (2). espérance de paix devient une chimère. (1) Is. Il La paix est l'œuvre de en est.. Boloît XV a exprimé avec force les mêmes vérités.. ( refuge » Le monde >ur le rité fait par les révolutionnaires bourgeois. choses. c'est-à-dire de la tranquillité de l'or- « (( dre. refus de l'autorité de l'Eglise. poussés par l'amour de la paix. sur le refus de : l'auto- du Christ. toute et.RÉFLEXIONS SUR LE TEMPS PRÉSENT « céur. la justice (1). la justice écartée. s'associent et se groupent pour former ce qu'ils ap- « (( pelient le parti ! de l'ordre. sur le refus de l'autorité de DiEU disons XXXII.. (2) Hom. c'est bannir la justice. la l'obéissance divine sont une X seule et (( même est ? Or.

et sur la revendication des droits loi de la concupiscence ? a promulgué que la de qui la vie terrestre n'est pas la croix mais la jouissance. à res- treindre le nombre des naissances Qui a fait un devoir à . qui a corrompu public? Qui a assuré le triomphe de l'idéologie révolutionnaire ? Qui de le lui s'est efforcé d'arracher au peuple les biens spirituels. Qui les a congédié DiEU et l'Evangile ? de DiEU sur la cité et sur la famille ? spolié méconnu immunités des prêtres et des reli- gieux. siècle (considérés social bien comme il groupe suffirait ou comme classe. à refuser la loi de DiEU. de tout toute raison de vivre. érigé l'égoïsme mdividualiste en système so- Qui s'est complu dans Voltaire. dans l'esprit Renan. Si l'on voulait se faire une idée des responsabilités de ceux qui dirigent collectivement le monde depuis un entendu. pouiller déôteï de la grâce et des vertus chrétiennes. dans Zola. non chacun à chacun).214 ANTIMODERNE qu'il appelle la révolution comme la peste appelle la mort. de poser quelques questions. sur le dogme de Qui la bonté originelle et de la perfectibilité indéfinie. tions en le soumettant à des condilui de travail infra-humaines ? la Qui } a appris à se scan- daliser de souffrance. qui leur a appris à mépriser la pauvreté ? Qui péché a prétendu fonder l'ordre humain sur la négation du originel. ôté à l'autorité et à la justice humaines le fonde- ment divin de leur légitimité ? — Qui a et traité les pauvres comme une chose qui rapporte. dans Béranger. a cherché comme et le royaume de DiEU l'argent et le bien-être temporel. nié les droits l'Eglise. cial.

Mais comédiens de sang que qui ont accompli ces choses. Les et for- ces mférieures volonté. la Nous possé- voyons à quel état atroce et dérisoire dante )). ce n'est pas de la fragilité. Ceux qui oublient que DiEU châtie. « classe devenue brusquement la classe les des mourants de faim. . selon le grand mot de sainte Ca- therine de Sienne. cela n'a rien d'ima lieu d'être surla soli- Ce dont l'observateur. trébuchent et se scandalisent à tous les faits de l'histoire humaine. et qui ne veulent plus adorer la en lui la sainte perfection Justice. en effet. de notre civilisation et de notre structure so- qui tient encore en dépit des secousses qui l'ébran- lent et de la pourriture qui la dévore. et L'ordre ordre social politique actuel fera-t-il place à un nouveau par voie d'évolution. quant aux puissances de désordre. c'est bien plutôt de dité relative ciale. ne sont des esclaves enfermés avec le cercle plus stricte exactitude dans que la permission divine a déterminé. déchaînées ne sont que l'mstrument de sa conservatrice qui est de l'ordre et la éternel. d'autre part les éneret gies rénovatrices ne manquent pas. en parfaits marxistes athées. qui mesure librement la miséricorde vengeance. pris. diriger l'histoire la humaine. et qui s'imaginent. } Au point de vue des facteurs apparents de possible. quoique bien pourvues en argent.RÉFLEXIONS SUR LE TEMPS PRÉSENT l'Etat laïque 215 de disputer à DiEU l'âme des enfants ? ? Qui a expulsé des cités humaines la justice et la chanté La perle de la justice. esl au cœur de de la miséricorde. elle? sont. a été réduite en Russie. grâce à un redresseactif ment des intelligences et des volontés l'histoire.

tibi. Sinon. comme Maurras quelle lucidité magnifique — dans Il le domaine politique elle vaut dans tous les domaines. sans frais. à Georges Valois a vigoureusement notre reconnaissance pour avoir affirmé cette vérité dans le l'a affirmée — avec : domaine économique. Domine. est probable que le nettoyage ne se fera pas En nous (( tout cas une chose pas et est la claire à nos yeux le : c'est que ne luttons » pour défense et maintien luttons de l'ordre social politique actuel. vous périrez tous. lui nous nous tour: disant avec Daniel Omnia et si qucs. mandatis in vero judicio fecisti. Nous pour sauvegarder les éléments de justice et de vérité. . mais pris il convient de haïr le monde moderne dans ce qu'il regarde comm. Nous haïssons révolutionnaire-bourgeoise qui enveloppe et île donc l'iniquité (1) iHtroït du jernoli la seMaime de la Passion.216 infiniment plus croît et ANTIMODERNE faibles. et les réserves divines qui subsistent pour préparer et réaliser l'ordre nouveau qui droit doit remplacer le présent désordre. quia peccavimus et tuis non obedivimus la (1). im- porte d'intégrer l'immense matériel de vie contenu dans le monde moderne. en France du moins. nous conformons notre conduite à : parole de JÉSUS» ChrisT « Si il vous ne faites pénitence. qui est à la portée si de notre main. Et cette solution pacifique. sur la terre. qu'on ne le ne le dit d'ordmaire.e sa gloire propre et dis: tinctive l'indépendance à l'égard de DiEU. Mais les facteurs apparents de l'histoire ne sont que se- condaires. les restes du patrimoine humain. nous ne l'atteindrons que nons vers Celui qui nous a faits. jecîsii nobîs.

ou et la Religion » qui ne croit pas et les qui n'aime pas. Sous le travail de de corruption dont nous sommes témoins. nomen datum hominibus. ou la morale de M. forces fidèles autour resserrement de toutes les du Pape vers le la infaillible. coffres-forts la société moderne. comme au iiturgique aux vrais principes de la vie spirituelle. ou la République de maçonnerie. C'est pour Dieu. ! et pendant quelles affreuses le — la restauration des grands Ordres religieux. ce n'est pas pour voulons travailler. un œil peut discerner des germinations précieuses. ou et Société des Nations. que nous les la S'il ne s'agissait que de défendre la du Comité des Forges. d'élection. l'avenir en quelques points l'Eglise. le Voyez dans depuis crises — milieu du XIX^ siècle. quo oporteat eos salvos Dieu ne frappe que pour ruine et attentif vivifier.RÉFLEXIONS SUR LE TEMPS PRÉSENT vicie aujourd'hui la civilisation. ou la « Science » qui ne sait pas les choses qui détruit les hommes. c'est de a été dit in Nec enîm * * * aliud suh cœlo fieri. qui rassure ? gens riches. Bourgeois « et de M. le grand mouvement la qui porte les âmes Sacré-Cœur et vers Mère de la Dieu. l'élan donné à la rénovation de la philosophie et de retour à vie théologie de saint f t Thomas. 217 l'ini- comme nous haïssons quité révolutionnaire-prolétarienne qui veut l'anéantir. Buisejt son. ou la culture laïque kantienne. . qui donc voudrait lever le petit doigt Enfin ce n'est pas des efforts le des hommes que nous celui dont est il attendons avant tout : salut. Pen- dant que se disloque la grande machine s'élabore du monde.

dans des systèmes humains. parce les nations. . ble prophétique u « me faut citer encore. pour instaurer l'ordre dans le domaine polil'élite tique et dans le domaine social. la En vérité. et montre aujourd'hui une mansuétude si grande envers cette ingrate fille aînée. l'esprit. il convient aussi de meu' tionner l'acte par lequel S. comme intellectuelle intègre. Considérez pensante est orientée. qu'elle est la réserve de DiEU parmi le fait Cela. profondeur des il Eji ce qui concerne la France en particulier. la seule force comme la seule lumière stable. et que la foi catholique apparaît plus la faillite universelle manifestement que jamais. et la Mère Eglise le sait depuis longtemps. vers le Christianisme. faut bien qu'un joui elle retrouve sa force. Pie XI a mis officiellement la France sous le patronage de la sainte Vierge et de sainte Jeanne d'Arc. nombre pour ramener et de que la mé- rité. C'est pourquoi elle a prévenu la France de tant de prédilections. n'adressait-ii pas aux cardinaux français ces paroles. l'époque actuelle et elle puissamment intéressante pour plus annonce beaux combats. le spectacle actuel de l'univers voir avec une clarté_ fulgurante. malgré est les boue et le sang dont elle regorge. dont l'accent sem: Le peuple qui a fait alliance avec DiEl et aux fonts baptismaux de Reims se repentira retour* (1) Depuis que ces lignes ont été écrites. toujours neuve et vivante en sa pérennité. Benoît XV n'a-t-il pas expar le primé un jour le regret qu'il de n'être Français que cœur (1)? Pie X.218 ANTIMODERNE le Voyez dans /l tit monde oet effort très déterminé d'un pel'intelligence au service vrai. quelle que soit la maux qu'elle ait à subir pour un temps. S. plus nettement qu'à aucun autre mo- ment depuis deux siècles.

et va. très Un loin- et nous espérons qu'il n'est pas où la France. lave-toi des souilluréveille dans ton « res qui t'ont défigurée. Les hommes qui pour une la part quelconque coopèrent à renaissance dont nous indiquions à l'instant quelques prosont dromes. parce qu'ils préparent l'ordre futur. et entendra (( sera enveloppée d'une lumière céleste. parce » que elle.. dira Seigneur. comme Saul : sur le chemin de Damas. : JÉSUS. dans un univers qui s'en va. mon nom devant » tous les « peuples et les rois de la terre. dur de regimber contre te : l'aiguillon. vraiment les auxiliaires des forces divines. mais elle ne périra jamais. nation prédestinée. « « aînée de l'Eglise.. vase d'élection. tant de soupirs et de tant de larmes. tain. la fille de tant de mérites. parlant de Lui-même. et qu'elle utilisera pour construire. Les fautes « « « (( pas impunies. pour le « parti de DiEU dit » qu'ils travaillent. que voulez-vous (( que je fasse? » Et lui: « Lève-toi. Et tremblante et étonnée. de jour viendra. c'est bien pour les intérêts si de Dieu. certains — la la Et fin quand bien même d'entre eux ignoreraient dernière à laquelle tend leur labeur. et disposent.RÉFLEXIONS SUR LE TEMPS PRÉSENT « 219 ne resteront nera à sa première vocation. comme par le passé. « sein tes sentifille ments assoupis et le pacte de notre alliance. a (( dans ton obstination tu ruines « toi-même. me persé? cutes-tu ? » la Il Et sur sa réponse : « Qui Seigneur » voix répliquera t'est « Je suis JÉSUS que tu persécutes. a « Qui n'est pas . pourquoi es-tu. les linéaments d'être et vie de santé où se réfugie. qui lui une « voix « c (( répétera « Ma : fille. va porter.

pauvres remueurs de con- cepts. La charité un déluae de qui est peut sauver les nations. charité. et n'y a c'est qu'une opération pleinement agissante des saints. 59 Luc. disait saint François d'Assise. ne se peuvent abaisser sans que nous périssions ? Je pleure. parce qu'ils sont unis immédiatement à humaines du XVIl' considérons l'orai- celui qui fait tout.220 avec moi est contre ANTIMODERNE moi ». nous savons que contempler cette œuvre dépend principalement et avant tout de ceux dont l'action essentielle consiste à DiEU et à l'aimer. nous combattons dans la plaine. Derrière les grandeurs siècle et de la restauration classique. et avant tout ? salut. je dis . pro vobis est (1). 50. voyons-nous ces fragiles mains terrestres aider la Vierge de Douleur à et soutenir sur la montagne Celui qui intercède pour nous. conduite de Tandis que nous autres. Marc. . en croix. cependant. seule. IX. qui achèvent en Il eux- mêmes celle ce qui manque à la Passion du Christ. (1) n'est pas aimé. comme de causes prochaines. — Ah! a dit aussi la : Qui non esti besogne nécessaire que ceux dont elle prend les forces n'ont pas à regretter de s'y consumer. qu'elle dépend principalement et Non. de la Mère Agnès de tout Jésus. la parce que l'Amour charité. La ferveur cachée des amis de à la Dieu. que l'amour tient dont les bras. ou de la bonne Armelle. IX. son de Marie de Gournay. n'oublions pas que parlant Jes il apôtres et de leur effort terrestre est si adversum vos. C'est d'eux que ses dépend l'œuvre du Est-ce d'eux. efficace. voilà ce qui importe avant l'univers.

et nobiscum exerceantur tamen quamsunt ut exerceant. séparée du corps. L'œuvre cachée de JÉSUS-Christ. la vérité et et qui est inséparable de de la justice. Utinam ergo qui exercent. la vie qu'elle Et même. si cela était nécessaire. : sit. lui. Psabn. car c'est DiEU qu'elle aime. rigatur nos diu est modo ita eorum. le des âmes et les droits la de DiEU. La charité est aujourd'hui expulsée de le vie publique. 1 « Omnis malus aut ideo vivit ut coraut ideo vivit.. bouleversements de entretient dans ces âmes est moins troublée que le cours des astres par les l'histoire humaine. chose admirable. Mais elle exige aussi que nous haïssions implacala force. utnim usque in finem perseveraturus tt plerumque cum tibi vidons odisse inimicum. se font les uns contre les autres un cœur un de me ceux que l'envie communiste souhaiterait supprimer comdes bourreaux repus de sang. . frntrem cis. « Aussi si parfait contemplatif demeure-t-il comme » son âme (l) était déjà dans l'éternité. ignoramus et odisti nes- . et que employée pour défendre la quand bien vérité.RÉFLEXIONS SUR LE TEMPS PRÉSENT tout le 221 contraire du sentimentalisme humanitaire. et ceux que la peur bour- geoise souhaiterait supprimer comme des monstres à face humaine. Mais elle brûle toujours dans secret des âmes chrétiennes. • le plus souvent c'est ton frère que tu hais. utique Sup. le dialogue de l'amour divin se poursuit comme bien le si rien de tout cela n'avait lieu sur la terre. blement leurs erreurs il le faut. non eos oderimus quia in eo quod malus : . ut per illum bonus exerceatur. in ps. et tu l'ignores )) e exige que nous aimions jusqu'à donner notre vie pour leurs âmes. et les avec saint Augustin (1) hommes pour « Quand : La charité nous crie tu crois haïr ton ennemi. » (Leçons IV et V des Matines du Jeudi saint ) quis liv. convertantur. soit et leurs crimes. tous et ces hommes front qui fer.

On comprend de même pourquoi l'Evangile a passe inaperçu de ceux qui avaient les yeux fixés sur les grandes péripéties de cet univers — Jésus autem. d'oiseau. nec de pace. aussi intacte tranquille qu'un chant un rayon. c'est-à-dire de tout cet univers. 3 Qua ralione AngeUis non cognoscat naturaliter cogitationes disp. nec de sereno. Cf. IV. cordis. t. vacaret. Or thomistes et (2) nous enseignent que. c'est pour- donne il reste de soi caché aux Anges. S. Jean de transîens per médium illorum. dans sa liberté l'acte même dans sa pure immanence spirituelle. auxquels DiEU cependant la connaissance naturelle de toute son œuvre d'artiste. lui-même « une partie libre. cap.\s. De Adhœrevdo Deo. q. de cet univers quoi déjà simplement en tant que est en dehors de tout l'ordre cosmique de la nature. 58. . 22. aussi pure eau limpide qui aussi glisse à travers les doigts. Certaines considérations métaphysiques permettent d'acquérir quelque naturelle intelligence d'un tel mystère. nec de guerra. — (1) (2) a.mnt-Tiiom. veux dire l'ordre du les libre arbitre et de Vagir pris intérieur. Cursus thcoL. tout La vie sur- de je la charité intéresse avant l'ordre moral comme tel. ou on entrevoit pourquoi titue l'histoire et les destructions cachée de la charité qui cons- des âmes se continue à travers les événements qu'une et de l'histoire du monde. ihat. ANTIMODERNE nec curaret de statu mundî. et plane nec de aliquo hujus sœculi. nec de pluvia. moral. : VIII. et inhœreret (1). la vie On comprend alors. parce qu'il dépend uniquement de n'est pas en DiEU il et de la volonté qui agit. sed soli Deo conformiter totaliter intenderet.222 non tradaret stscularia. un parfum qui passe parmi le feuillage d'un bois. » .

Samedi saint. . qu'au fracas de la chute d'un empire. ou à un quart d'heure d'oraison de quiétude. 5 avril 1920. DiEU prête plus d'attention à un acte de charité. ou d'une révolution sociale.RÉFLEXIONS et pourquoi.UR LE TEMPS PRESENT 223 inversement. S.

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ERNEST PSÎCHARI .

N .

et ! tenait du sang ardent et aventureux de l'Orient moi. baptisé selon grec. Ernest Psichari et tenait à fois du sang breton des Renan Par son père. qu'Ernest dès sa naissance. de vous aimer ? (Le Voyage du Centution.Chapitre VI ERNEST PSICHARI Seigneur. du sang hollandais il des Schefîer. et des SchefTer. » Lignée et mystique du côté des Renan.) Ajoutez à cela l'héritage. la violents et téméraires. est-ce donc Mais quoi simple. Jean Psichari. de foi et à exprès. est beau de penser et et qu'une dans la telle diversité de race ciel s'est fondue harmonisée a pu. lique de (( la Il Grèce. et semble-t-il.) ! si I Par sa mère. comme chari. y a en catho'et du soleil et de la brume. la fille de Renan. grâce . la Vous aurez une idée de complexité ont de richesse des apports héréditaires qui Il contribué au tempérament d'Ernest Psichari. récemment M. Etrange rencontre du Celte et de l'Hellène disait-il. (C'est pour répondre aux sentiments de son arrière-grand'mère paternelle fut. orthodoxe le rappelait pro- fondément croyante. douce lumière du de Ftance. M. protestants. beaucoup moins marqué d'ailleurs. Psison désir le rite du côté grec.

et le souvenir lant du vieillard ne s'effacera pas de sa mémoire : Par- de Perros-Guireç livre. et monieux. me semble-t-il. qui a cinq ans. dominant de son ombre cette jeune vie comme un signe de fatalité. écrivait {]). Renan dans s'amuse c'est tel- son Examen de la : conscience philosophique lement à campagne. de que se coucher la Maman. personnalité çaise. je suivais » des yeux vieux Renan. le homme comconsidérant comme un foyer dont on ressent plus ou moins la chaleur selon qu'on en est plus ou fi) moms rapproché.228 ANTIMODERNE la- à cette vertu de la tradition intellectuelle française à quelle Ernest s'est abandonné passionnément. » est-ce nuit sera longue aujourd'hui?. la nuit spirituelle. écrit-il dans son preharle mier le bois de pins qui monte près du rivage tout petit. on se contentait. . la entrer comd'une me élément dans si contexture d'un si type d'âme. merveilleusement fran- Puis. sentier où. il l'aura connue à peine deux ans sur la terre. On se tromperait. Elle a duré vingt-neuf ans. qu'il n'a qu'une tristesse. demande-t-il à sa mère. (éditions Louis Aguettant dans sa belle conférence sur Ernest de la Hevuc lédéralisle). pour apprécier l'in- fluence exercée sur ses petits-enfants par un me Renan. authentiquement. quand son grand-père est avait neuf ans mort. si. Et la joie de la lumière. de porter par l'miagmation Cité Psichari jjar M. l'énorme gloire humaine et l'aventure spirituelle Il du grand-père. Mon petit-fils. le « Je reverrai.. lourd de pensées « de génie..

mais aussi qui laisse beaucoup plus de jeu par la et de liberté. rien devait me dire qu'à ses yeux Renan n'avait d'un savant proprement dit. puis rue Chaptal. mais une différence de qualité. dans sa vie morale et dans son appréciation des valeurs. mais je ne crois pas qu'il ait jamais été très et fortement critique. Plus tard. même foi. connu dans son humanité la et parmi les contin- gences ordinaires de ses ouvrages « vie intime. (( que le Renan public. comment voulez-vous Je crois qu'Ernert scientifiques » gardent leur majesté im7 personnelle et leur allure de nécessité a lu avec soin l'œuvre de son grand-père. produite moins par les œuvres que personne. Il n'y a pas là seu- lement une différence d'intensité. morale et spirituelle beaucoup plus qu'in- tellectuelle. C'est une influence plus profonde et plus subtile sans doute. mais aussi moins militant. moins formel. de nature. Quand on quand on que l'a a joué sur les genoux d'un grand écrivain. impressionné C'est surtout par son appareil de point de vue de il science l'art de au qu'il appréciait ses livres. plus pernicieusement étranger à son ancienne foi. moins nettement campé dans son opposition intellectuelle à cette cial.ERNEST PSICHARI à 229 qu'on voit un certain maximum d'intensité l'influence se diffuser autour de lui dans le public. que l'influence le intellectuelle du grand-père venait se répercuter sur pe- . C'est surtout par le milieu familial et so- et par les opinions qui y régnaient. plus radicalement désaffecté ». Le Renan dont on rencontrait partout le souvenir et l'at- mosphère rue Claude-Bernard. me paraît un Renan plus profondément.

qu'Ernest. Inutile de vivre plus du Christ. et je puis dire une sorte d'hégélianisme pratique. une nuance de tive. mais une recherche morale extrêmement large et si élevée. J'étais frappé. soumise jadis à une éducation d'ailleurs protestante qu'elle avait reçue d'assez gré. étrangère à toute certitude métaphysique. la Et c'est il en cela que malgré sa prétention à était largeur luttait de vues pas foncièrement antichrétien. ANTIMODERNE Et ce qu'Ernest rencontrait à ce point de vue dans son milieu familial. avec un propos marqué d'ignorer les conflits créés par les oppositions de principes intellectuels. d'ajouter . des pauvres. de l'atmosphère d'optimisme qu'on sais idéaliste singulièrement intense respirait là. quand j'allais chez Ernest. et où je ressentais artificiel. des agonisants ? se demanoriginel. obscurément je je ne quoi d'involontairement ne sais quel refus des plus profondes réalités est-il de la vie. c'était une vie morale tout areligieuse et agnostique. assimilé. étaient réellement choses nulles et non avenues. On n'y contre le christianisme. des prisonniers. Comment possible qu'il y ait des malades. avec. libre-ipensée jadis croyant. une acceptation supé- rieurement désintéressée de toutes les formes de l'élan hu- main. dait-on en sortant de cette aimable maison. humaniste et combamauvais du côté de sa mère.230 tit-fiîs. du côté de son père. mais surtout pénétrée des effluves spirituels de Renan. Je comprends maintenant que c'était un milieu pour qui et le péché même la misère métaphysique de la nature humaine. puis détourné de sa foi par les prestiges philosophiques de Renan. et dépassé loin n'était guère possible. On : y était il intimement persuadé de l'avoir en réalité.

de Quand lui. nous étions loin de prendre en amateurs l'esprit. certes. n'a reçu aucune espèce d'éducation gieuse. 231 reli- L'enfance d'Ernest Psichari a été une enfance heureuse et libre. j'étais était en seconde (moi. ! se jetait sur toutes les chofacilité ses de l'intelligence Il avait une merveilleuse de se se passionner pour les idées. et elle a laissé voir un développement étonnamment précoce l'intelligence. avec quelle sensibilité ardente et nuancée. C'était un humanisme conquérant que discret. plus bruyant des violences du XVf siècle que de la morbidesse moderne. un ap- pétit très vif du de l'objet. et plus voisin et exultant. débordante. Ernest n'avait pas besoin de compulser de gros livres pour se moquer de historique Wolf et pour se persuader de l'existence du vieil Homère. il au lycée Henri-IV. d'un an plus âgé que en rhétorique). cances passées avec Ernest soit et en Bretagne. la Quelle étrange piperie de nature que ce moment où les l'âme inconsciente de ses limites s'éveille à toutes tés beau- du monde et s'imagine. dé- de Une réel et certaine rectitude d'instinct. exubérante de vie et d'espoir. nous préservait de l'égola tisme. qu'elle n'a qu'à se déployer pour tout pos- séder ! Le souvenir de ces années est lié pour moi à celui d'heureuses va- de quelques doux paysages de France. . et son plaisait humanisme juvénile aux controverses. dans sa perception encore trou- ble et confuse. les De bats vrai. il n'avait pas quinze ans. je l'ai connu. et comme des vaines chimères de fausse érudition. à Rosmapamon. Avec il quelle joie.ERNEST PSICHARI quoique baptisé.

la nuit le tombant nous continuions à jour la bougie. Nous faisions des vers. et Nous énormément Baudelaire. je me rappelle encore un certain champ de maïs où nous nous de et étions installés pour faire le portrait l'un l'autre. un grand charme à lecture de l'Imitation. avait pour il Racine une extrême dans dilection. vivait plus passé que dans le présent. et qu'à douze ans on le trouvait dévorant sur les roIl chers de Bretagne le Discours sur l'histoire universelle. la in- croyance. qu'il soit en Seinedans et-Marne. trouvait aussi. diligence.232 dans la ANTIMODERNE maison de Renan. où ciels verts et il était beau- coup question de 'pratiquions récitations ! de soleils couchants. de la rentrée. Quand Psichari. était dans le même cas. livrions la ensemble. avec quel fracas de J'ajoute qu'Ernest avait une cuhure classique très éten- due. — Auguste Comte. des sonnets. Nous nous passion frénétique. je et pense à l'enfance à l'adolescence d'Ernest à toutes les promesses de bonheur dont elle . Et l'esprit qui le suit le dans son pèlerinage Pleure de voir gai comme un et oiseau des bois. en cette soit en Touraine. les fréquentait les anciens le beaucoup plus que modernes. avec une et à l'art de peinture à l'huile. Ile-de-France a célébrée l'Appel des armes. et plus tard lais- les tentatives de l'art contemporain Il me semblent l'avoir malgré sa totale sé assez indifférent. lendemain. A tout prendre. perchés sur l'impériale de la nous nous acharnions encore sur nos chefs-d'œuvre inachevés. on le sait.

qu'il imitera plus tard — dans la profession militaire et dans les vertus chrétiennes. tumultueuse. pour laquelle il aimait souffrir. qui frappait avant tout dans la physionomie Le rale trait mo- d'Ernest. qui trait la liait et l'opprimait. et Des complexités de vanité ni même des raffinements d'artiste l'esprit. fidélité qui était sa vertu la plus il aimée. seule Très peu d'atdans avec son destin. une très grande simplicité de cœur. de mélancolies sans fond. lui une franchise extraortraver- sensibilité dinairement riche. sée parfois. ces vers de Baudelaire montent dans ma mémoire. Pas un atome de respect humain. Un goût de la hardiesse et de l'aventure. Personne n'était plus spontané. Enfin une fidélité sublime. il limitation et le : tout petit. admirablement francs droits. frémissante. encore chez Je une loyauté chevaleresque..ERNEST PSICHARI 233 débordait. Une candeur dont deux yeux et inoubliables. . c'est la bonté. cœur était mis en branle. une relève — compassé. à six expansive. étaient les perpétuels témoins. instantanément. grave. et dont a parlé magnifi- quement. semblant ignorer ans je crois. Surtout qu'on ne prenne pas Psichari pour un personet nage grave plus nature. Une promptitude dès que le ahurissante à passer à l'action. naturel pour l'abstraction et pour la déduction logique.. Aucune timidité mondaine. et à la confiance candide qu'il faisait à la vie. ôte son manteau donne à un camarade pauvre. tel le grand saint Martin. une bonté forte. la généreuse. où l'âme semblait retirée sur les plages désertes de soi-même. totale. qui donnait chez lui au flux du temps et des événements intérieurs une stabilité singulière. plus tard.

où il leur faudra un . des heurts et des contrastes étranges. et les disproportionne à toute la œuvre humaine. Il promenait toujours un imet il mense désert autour de sentait qu'il passait. superficiel.234 ÀNTIMODERNE était Essayons d'aller plus avant. la que pré- de faire un bond dans l'mvisible. la et action à la mesure du rêve. et En outre une ardeur étonnante au paradoxe à la construction ins- tantanée de théories extrémistes. de l'incomplétude essentielle des choses visibles. plus naturel. je les crois destinés à quelque grand sacrifice. lui. de présence et de et la réalité du spiri- Rien n'était plus aisé pour lui. Son fond personnel était vigou- reusement individué qu'en dépit de ses admirations et de ses enthousiasmes. qui était son âme. Rêve rêve par débordement d'une plénila tude intérieure. comme était l'ombre lumineuse de sa destinée. ^l il donne à ce mot. très peu l'influence d'autrui. Avec quelle force ! a fait pression contre le royaume des cieux Et il avait la si douceur de ces violents. subissait. déconcercela l'observateur tard. involontairement. de ses emballements. réalité sente. Ernest sens que l'Evangile un violent. C'est pourquoi avait tant besoin du désert. et les rend inadaptés à il vie parmi les hommes. hors de et action. De là l'impres- sion qu'il donnait tuel. Ceux qui portent ainsi marque de l'âme et rendent partout témoignage. Partout où et la on ne s'arrêterait pas. brusques coups taient d'ombre et de lumière. non par débilité de raison. on peut dire qu'il en réalité. Mais surtout il était de ceux dont l'âme trop grande déborde toujours la plus haute activité. la tout devait lui s'harmola niser plus quand grâce installerait en paix qui dépasse tout sentiment.

nom Ce la bien pis à la Sorbonne. systèmes défiler se violemment à tous ces décevant faisait qu'un devant enseignement lui.ent fusa. lui proposait de Kant une exaltation fut douloureuse au fond. Il si mes heur- impressions sont exactes. s'enflammait pour mille thèses hétéroclites.ERNEST PSICHARI jour lutter seuls 235 devenu chrétien.avec cette équipe de fi- dèles que Péguy menait rituellement tous les vendredis au Collège de France. les idées de Bergson. Il suivait plein d'enthousiasme les cours de Bergson . pendant la préparation de il licence de philosophie. toutefois. Er- avec DiEU. et son âme faite pour la certitude pienait au contact du scepticisme savant qu'on brillante. et quelquefois irréparable. n'ont pas exercé sur son esprit d'action profonde et proprement formatrice. ardente.t en paradoxes brûlants. Une fois nest trouvait une saveur singulière à cette parole du Seigneur Un autre te ceindra. il y passa sans s'y attarder. Ernest eut le temps de vanité de cette fausse science. que l'anarchisme intellectuel de maîtres qui ne croient pas la vérité faisait à cette époque aux plus nobles sentir la esprits. comme son propre L'année de philosophie qu'Ernest passa au lycée Condorcet fut une année étincelante. et te mènera là où à l'apôtre Pierre : tu ne veux pas aller. à laquelle se présenta en 1902. il foncièrem. . composait de vastes dissertations et des poèmes au symbolistes. mais. tait déjà assez troublée. et secret. On è ne dira jamais le mal subtil. Cette parole semblait éveiller en lui je ne sais quelles résonances profondes.

Maxence errait sans convicdans les jardins empoisonnés du vice. Elle est bien loin. » gnité Dans faction ces excès. sans aucun principe d'oret sans dre supérieur. c'est l'înfini. cœur instruit par l'onction chrétienne. Représentez. désespoir semla comme il pour se venger de vie en se saccageant lui-même. c'est qu'elle ne pèche j . sans Créateur Rédempteur. et le devile • dans le lac du créé qu'elle entreprend de chercher. nourrie seulement de l'impressionnisme dissolvant de Re- nan et des fables des philosophes. l'heureuse enfance. Voilà ce je pête de sensualité que face ténébreuse de cette insatisparlais tout et de l'âme dont je qu'alors je ne comprenais pas bien. dira-t-il Voyage de Centurion. je jugeais toutes choses avec le jugement dur d'un spéculatif gorgé de Spinoza. car n'ayant pas le me le reproche.236 ANTIMODERNE Dix-huit ans. année-là. se précipite dans l'existence de pé« ché dont dans tion le il s'accusera plus tard. ne sachant ni d'oij elle vient ni pourquoi elle est faite. Faite pour nant. timentales. ! et sur qui passent les noires vagues de la passion Il n'y a que des considérations médiocres qui pourraient la modérer. chargé de l'afîreuse dérision d'une vie engagée dans le désordre des pensées et des sentiments. se II débat maintenant dans Cette les plus douloureuses crises senqui le suit. Ce qu'il y a d'étonnant. troublé devant la et poursuivi mali- du mensonge. A vingt ans. et l'année emporté par l'amertume d'un cœur héroïque à qui ble l'unique issue. privée de toute certitude et de tout point d'appui.vous une âme enveloppée d'ignorance. et elle n'a en soi rien de médiocre. mais en malade. il faut la voir beaucoup moins une temà l'heure. par d'obscurs remords.

ï Faut-il ajouter que le monde qui fréquentait alors chez ses libéral. et aussi parce qu'au fond excitation les luttes civiques ne l'intéressaient guère. Au plus mauvais et moment. toi 237 Ah ! sainte Lumière. Je dois dire pourtant qu'il s'est toujours tenu soigneusement éloigné du fanatisme anticlérical.. la grâce de naître et de grandir dans la Je ne « dois » pas oublier de noter qu'Ernest avait été indifférence religieuse s'était dreyfusard ardent. par souci esthétique sans doute. son dreyfuslenne avait quelque chose d'artificiel. ceux qui viennent à du fond de l'abîme t'aiment peut-être d'un élan plus les autres. cercle était enfermé dans un intérieure de douleur. se sauve par un redreset sement de volonté. inconsciemment dans bien des cas le je veux croire. à la désagrégation de la France et de conservatrices flétri toutes les forces de son être. monde qu'il a si vigoureusement dans Je Voyage du Centurion ? II Ernest Psicharl. Son nuancée à ce moment d'une certame l'Eglise. regardée par les jeunes serins hostilité à l'égard de alors que nous étions comme « le rempart de la réaction )). décide de devanceyr l'appel de .ERNEST PSICHARI pas davantage. mais au prix d'une intensité de misère dont n'ont pas même idée ceux qui ont eu foi.. à dix-neuf ans. de cet anarchisme politicien et qui travaillait. parents était celui littéraire. de maladie risquait et de discorde le où son âme purement et simplement il naufrage défi- nitif. impétueux que lorsque tu leur es montrée.

l'antimilitarisme dreyfusien. on les dit Il indomptables. une pre- mière conversion. c'est . valeurs ? Renversement de la table des Conversion de intellectuel. se sans réserve. sur laquelle il convient d'insister un peu. et désordonné. à doctrine ! de pour l'action ordontout née et discij)linée ? Allons donc il tout cela viendra. Son père. et lorsqu'il connaîtrait cet ordre. C'est à vrai dire. études. ! de ne pas en haïr une cer- taine confusion.238 ANTIMODERNE ici. s'engager pour le régiment. Aucune nature l'ordre ? aversion de Mais la lui c'est un certain ordre seul qui pouvait venir il à bout livrerait de à sienne. et ce ne sont pas des âmes rebelles. seulement adresser à qui elles sont faites pour obéir. Ah avait il n'avait pas été un écolier méthoet le dique. en le lui l'aidant dirigeant dans ses souvent affectueusement reproché. — de les C'est d'un et principe d'ordre transcendant qu'il avait besoin. jusqu'à ce qu'il puisse dire avec : l'Epouse du Cantique ordinavit in me charitatem. mais s'agit moment de et bien autre chose. — Il y a des âmes qui ne plient que devant DiEU. le cela est là en puissance. du gouffre intérieur. de l'anarchisme la du dilettantisme sorbonique. elles sont s'agit au contraire les plus dociles. Si Ernest enfant c'était celui d'être et adolescent avait un défaut habituel. et de bien plus grave : il s'agit de se sauver d'abord de soi-même. et de bien plus immédiat. Et je comment et le magnifique bouillonnement intérieur dont parlais tout à l'heure aurait-il pu s'accommoder des cases ? des mesures ordinaires Ne disons pas qu'Ernest était a-t-elle désordonné de nature.

adolescence merveilleusement : en face tout à coup d'un destin qui dit reux. héréditaire. d-e triomphé.nde détresse morale. porte le diagnostic vrai. intelligence et sa et volonté désire. un moyen. Mais Il : de de désirer. . cet enfant prosterné a |>enser. il est sauvé. et qu'il ne lui reste qu'une ressource. de l'autonomie. mis. Un moyen. il se voit. Pour se re- trouver lui-même et se posséder. de l'horreur et et de rinationalité de la vie commune. un espoir la réforme le de tout lui-même. de son moi lui. Son Ange gar- dien peut respirer. sans le savoir certes et sans y Kant. Au d'une sortir du jardin de fées d'une heureuse enfance et imaginative. les — se donné parmi hommes. et devenir libre. comment s'étonner que lui tout ait failli s'abî- mer en dans un désordre radical ? C'est alors que seul et dans la plus gra. Il a compris cela.ERNEST PSICHARI d'un et tel 239 principe qu'il se trouvait privé par son éducation par ses maîtres. un seul s'accrocher à un principe d'ordre extérieur à lui- même. comprend qu'il est : perdu. Par un geste simple de l'âme. d'appui trouver en trahit et puisque c'est par lui-même qu'il se qu'il se perd } suflît-il Son voir. de bien juger ? faut un moyen de réaliser. Pour créer lui-même en rattacher à un ordre lui son ordre intérieur. réalité de la dévorante du mal. de Rousseau. se juge. de Luther. tu ne seras pas heu- en face de la tristesse des passions. se faire dépendant. l'évasion de ce désorson indivi- dre auquel portent toutes les puissances de dualité matérielle. Mais quel point voit.

fais ceci. une école où l'on apprend à Oii cela. comprit à sa physionomie qu'il avait retrouvé son équilibre moral. en France en 1908 avec le médaille militaire. il est en dé- part pour le paradis. spiritualité. Et je tiens de lui que la première fois qu'il se trouva à la caserne. école de discipline. de tous les dé- \ mons de l'individualisme moderne. il signe son réengagement au 51° de ligne. là où devait rester. tion infaillible. reçoit bientôt les galons le de maréchal des part en mission pour le la Congo sous les ordres d'un chef très aimé. et est déjà pour jamais séparé de son séparé du monde. dans cette activité il réglée d'hommes dont ici. voir à Beauvais. Mais pour le moment il ne qu'une chose. après une immense équipée dans .240 de r immanence. pour un à la caserne. misère spirituelle. là où il devait être. devient sergent. il avait senti dans une intuile coeur. Sa mère allant dès qu'elle l'aperçut sous l'uniforme. homme qui se croit La dégoûtante chambrée sera Le petit-fils de Renan. mais impatient d'agir change d'arme et passe Il dans l'artillerie coloniale comme simple canonnier. l'un dit à l'autre: va-t-en là. mais de tous ses amis et de tout le tellectuels Il monde des il « in- ». des ANTIMODERNE droits de l'homme. et il le fait. et s'en va. non pas sans doute de ses 1904. stupéfaction. viens et il vient. qui lui dilatait était là lumineusement il qu'il chez 11 lui. logis. où Eln sauverait la son dépôt. soldat de deuxième Il Voyez monde voit le ce pauvre garçon tondu. C'est qu'il est à sa place. revient commandant Lenfant. à parents. à la corvée. Une servir. pour ne se fait athée ? Il ira son école de pas périr de classe.

. l'école entre alors à de Versailles. homfois c'est vers lui qu'il fait effort. c'est à auteur de l'ordre naturel qu'il rend obscurément et Dieu mage. et finalement la grâce qui justifie. La grâce actuelle qu'il suppose ap- pellera d'autres grâces. le dans une solitude de itinéraires trois années. après avoir. Il il lui sembla qu'il commençait une vie nouvelle. Aussitôt. de l'élément invisible et immatériel. c'est un acte auquel le la chair et le sang n'ont point de part. victoire du soi sur . où Il il était char- gé de convoyer des troupeaux de bœufs.ERNEST PSICHARI bassin de la 241 Sangha et la plaine du Tchad. dans son cas individuel. victoire sur de le l'esprit libre. eut vraiment le sentiment de quitter la laiet deur du monde d'accomplir la première étape d'une » route qui devait le conduire vers Comprenons bien de Dieu — de plus pures grandeurs. sans savoir qu'il existe. dirait Léon Daudet. service ses premières armes au de la France. moi. à lui dès l'instant qu'il veut l'ordre de son âme. quelles que soient les défaillances qui pourront suivre. Cet acte une posé. fit « Lorsque l'auteur de ce écrira-t-il dans l'avant- propos de l'Appel des armes. la valeur d'un fait quasi- religieux dans une âme d'incroyant. chez Psichari. d'oii il il sort sous-lieutenant en sepd'oii il tembre 1909. ici car il s'agit la d'admirer les voies et les merveilles de prédestination — compre- nons bien que cette résolution d'être soldat a eu. récit. forces passionnelles à leur déterminisme des perturbation. part pour la Mauritanie. tant. c'est maximum de Sans pour- connaître DiEU. portera ses fruits. parcouru plus beau des spirituels. reviendra seulement en décembre 1912.

Psichari était descendu assez ver dans le désordre moderne pour retrouvérités en remontant toutes les premières méconnues. avec une perpétuelle invitation au plaisir du risque et de l'action. de paysages psychologiques et africains. parfois trop raffinées. sa détermi- Mais pour voir s'épanouir les conséquences la de nation originelle. vers la fin de l'ouvrage. et ne voient même pas le sang qui leur couvre les mains. un hymne à il la violence guerrière dans lequel la faut voir surtout un effet de tendance au paradoxe dont je parlais tout à l'heure.e. il ne nous encore que des impressions. Victime et héros à la fois. son loin est entendu. l'action puissante exercée par Nous avons Psichari sur de sa génération. qu'il a reÇu carte . qui concenet réalise dans son expérience personnelle. C'est au Congo.aturation. une Dans son premier volum.242 ANTIMODERNË ne peut se si On faire une juste idée de l'évolution d'Ernest Psichari l'on ne tient pas là le secret compte de ce point de départ. l'homme doué d'une tre et sensibilité exceptionnelle. les maux dont souffre le ou deux générations. ce Connaît-il à moment quelque inquiétude religieuse ? la Aucune. et de somlivre du Congo. Tandis que mauvais maîtres «'imaginent n'avoir qu'à continuer en paix leur besogne. à un degré souverain. en lui-même. Terres de soleil meil. lui faudra beaucoup de temps. une lente élaboration. cri lui sent le vent de l'abîme. en 1907. et. cet et qui trouve le monde depuis une moyen d'en triompher les homme agira toujours sur son temps d'une manière extraordinaire. pour procéder à revision générale des il valeurs qu'impliquait une telle détermination. publié en 1908 à son retour m.

de sa vocation On et dirait que pendant son séjour de 1908-1909 à Paris le à Versailles. car ce livre ne répondait plus à ses sentiments. et y glorifiait l'armée de métier et tout son cœur. de la tradition sacrée qui a fait la France « Une. de- venu chrétien. le chant du de retour l'acf militaire. pour chose de la spiritualité. Psichari. l'aida à prendre mieux conscience de lui-même et de cette vocation. hésitait alors à le publier. aux premiers temps du séjour le sait. qu'il aimait profondément. son métal pur. soi. C'est. C'est elle qui fait le sujet de l'Appel des armes. le petit Ernest qui jadis se plaisait dans les églises bretonnes et aimait tant la mysti-^ cathédrale de Tréguier.ERNEST PSICHARI que je lui envoyais de la Salette Voyage du Centurion. montre « les pré- parations éloignées de l'œuvre divine dans une âme encore fermée ». comme on aux vertus de l'ordre tion. ce et qui ' beau livre grave. s'opposant il de sait front à l'idéalisme égalitaire et humanitaire dont la haiV pour lâcheté sanglante. dédié à Péguy. y prenait parti. Cette carte et 243 dont parle dans le lui il l'étonna. la de la discipline et du retour amoureux à France. c'est le fait A présent tout ce qu'il dismilitaire. état d'irréli-^ A peine trouve-t-on dans Terres de soleil quelques les mots qui attestent un goût. en Mauritanie. A tout prendre. puissant excitant intellectuel rencontré auprès de Péguy. Il répondait à Tassez lon- gue étape qui commence à l'entrée d'Ernest dans l'armée et qui s'achève vers 1910. L'Appel des armes parut en 1913. semblait plus disposé au le cisme que cerne en soldat africain. et ne donna que l'occasion de s'affirmer à lui-même son gion. deux gêné- . Psichari. purement esthétique.

réalité. que la chaîne soit reprise et que la petite lampe vacillante Psichari. voire illogique. c'a chose de pratiquement vrai. Etant don- né pourtant sa propre pourquoi logie positif il histoire individuelle. et la mystique militaires. vertus lui au sens absolu du mot. vertus et de conquête de l'ordre intérieur devait anticiper sur le . et de ce transitoire. qu'un moment dans la En elle n'a été pour re- cherche de Dieu. C'est une chose cruelle et contraire à la nature que des ieunes gens se trouvent chargés de réparer les destructions . pour Ernest Psiaussi Mais le quelque chose d'instable insuffisant. à l'heure marquée. et la mystique militaire l'équivalent ce qu'il faut à l'homme pour vivre et pour mourir. de toutes les ingratitudes.244 rations les ANTIMODERNE peuvent oublier la Loi. Ici c'est précisément est le qui serait inadmissible comme la système qui plus lourd de pro- messes. » remarquons-le l'absurdité )) devait se rendre compte as- sez « vite de qu'il y avait à chercher dans d'une religion. gieux. du religieux. on comprend a dû passer par ce stade. L'éthique été quelque chari. mais au point de vue du réalisme de l'âme. et les vertus du chrétien. Mais la il faut bien. on comprend pourquoi profitant elle plan entre reli- d'ailleurs des analogies réelles les du soldat. brille de nouveau dans ici. vertus dans un ordre donné. et pourquoi son apo- du soldat ne devait pas se placer à un point de vue et extérieur de réalisme politique la et social. De là caractère étrange. au point de vue de l'héroïsme. se rendre coupables de tous abandons. maison. qui a et plus haute valeur comme mouvement d'âme comme passage. de l'Appel des armes.

après écoutons ces paroles prophétiques. tomber dans je la nuit. donc celui du joue sur nos têtes. « notre génération — Notre gé- celle de ceux qui ont commencé le leur vie d'homme avec d'elle le siècle — est imet la portante. ne saurais ' faire. Ils Ils ne seront pas des à travers la savent ce qu'on attend d'eux. chacun doit donner son fruit en hâte avant de . C'est en elle que sont venus tous les espoirs. les n'ont même pas temps de retrouver démonstrations essentielles. Le Sacrifice Vie d'Ernest Psichari. ils l'héritage de sa- dissipé. Ernest Psichari est bien le chef de cette génération sacri- — fiée. ne seront pas des amateurs touristes » ni des sceptiques. et doivent mourir la pour cela. Dans une lettre qu'il écrivait à Henri Massis en 1913. Henri Massis. (1) réaction de leur puissance de senon avait demeurée saine. un relief purement tragique nération. l'attitude pragma- . et sentent sur leurs 245 épaules le poids du monde à refaire. C'est que dépend et le salut de France. . une timent. : ce qui est arrivé. Tout se me semble que Ils les jeunes sentent obs- curément qu'ils verront de grandes choses. n'était chez eux qu'un phénomène passager. disait-il. que de grandes choses se feront par eux. Dans gesse l'msécurité de tout. contre les sophismes dont . nous savons. Le goût de l'action pour elle-même.ERNEST PSICHARI opérées par leurs pères. le Massis c'est l'a la montré beaucoup mieux que génération du sacrifice (1). savent qu'ils n'ont que quelques jours devant eux. Il monde de la civilisation. vie. tique qu'on a reprochée à ces jeunes. monde le pla- comme de ils grands oiseaux de mort. qui prennent. Les Idées paix au homicides qui prétendaient donner nent au-dessus d'eux.

a été rapidement surmontée. la plus grande des simplicités. une juin. retour à la nature que je à la naïveté. et je dire de rous- seauisme guerrier. pense qu'il n'est pas pour nous de morale. On connaît sa boutade typique à « Quoi que nous toujours fassions. tation Assurément si y avait puis là une ten- d'anti-inteliectualisme. Mais grâce à un profond instinct de salut. ef- fleurée ici un instant. et vite. ne tiendra. et oii Ernest. l'intelligence au-dessus de tout. ce n'est pas un dis. par Verbe. la me disait (( Je pense comme que philosophie (et par dérivation la physique mo- derne) auraient intérêt à redevenir les ancilîcs théologies. cette tentation. et je le sentais bien avant que la démonstration ne je m en vînt de toi. : encore. est pos- sible que la pureté du cœur vaille mieux. écrivait-il Massis. un péril et capital. grâce au vieil instinct français et catholique. en Mauritanie. qui est. si en un sens. Si on ne le commence rien pas par l'intelligence par la vérité. je reçus de Zoug. qu'il n'est pas de politique qui . : » Et dans /es Voix. est à son poste. Psichari. Mais un Fran- çais croira toujours que le péché que est plus agréable à il DiEU leçons que sa la bêtise.246 empoisonné ANTIMODERNE leur intelligence. l'on veut. mais plutôt à l'intelligence. » III Le 2 lettre août 1912. Dans d'autres ordres d'idées. précise excellemment pensée « Quand je dis je préfère Zoug aux des intellectuels. A et tout prix il il fallait balayer ces sophismes. nous metIl trons . datée du 15 à qui j'avais envoyé : le toi tiré à part d'un article.

de l'abandon duquel découle morale. selon ta juste rem. enlisé dans la vase nous aurons repris conscience de nous-mêmes. une méchanet ceté.ERNEST PSICHARI se puissent passer 247 du catholicisme. (i Tout essai de libération bon gré du catholicisme mal gré. com- me (( aussi la fausse science. Ethîca enîm puella et politica jilia ethicae. et chrétiens. romanciers d'adultères mondains. Et je crois » que ce sont là pour nous les vraies raisons de (( croire. c'est de démomende lir cette racaille « intellectuelle ». radicaux-socialistes. en ce qu'elle a de grand et d'élevé. toute cette clique de médiocres qui nous dominent. puisque. est an-' cillae. nous pourrons dire avec toi « que « la raison avec ses seules forces natu- relies est capable de démontrer que l'Eglise catholique . quand nous aurons retrouvé du monde moderne. ait comme moi l'éloignement de Et puis après. nous sommes » une absurdité. de même notre morale. ces politiques aussi insouciants du salut France qu'ignorants de ses vraies destinées. puisque tout ce que nous avons de beau de grand en nos coeurs nous vient du catholicisme.. Ce qui importe avant tout. Nous n'effacerons pas vingt siècles (et par derrière. ajoutait-il. francs-m. vient aussi de cette unique et grande source du Christiala fausse nisme.arque.açons. ces tristes savants à talité la primaire.. toute une éternité). qui donnent à notre époque cet aspect de confusion anarchique si frappant pour peu qu'on la distance. et comme la scien- ce a été fondée. par des croyants. quand notre cœur. nous n'effacerons pas vingt siècles d'histoire. sicvt physîca.

l' On ne peut pas plus s'abêtir que se donner de lire.vous. (( et nous amuser à re- chercher les raisons de cette raison.248 enseigne des vérités ANTIMODERNE révélées ». Il me et je tu sem- ble pourtant que je déteste les gens que tu détestes et que j'aime ceux que tu aimes. ma si confession. Cette phrase de saint Grégoire me « sa fait infiniment rêver. et que je ne diffère guère de toi qu'en ce que « la ! grâce ne m'a pas touché. cette chose absurde « : un catholique sans la fol. (je du moins provoquer ! grâce ne sais si je dis bien). je n'ai pas la fol.. « Abêtissez. suis. pouvais bien me tenir rigueur me demandais de mon impiété. qu'à attendre. Je pensais à mol.. il Mais Je sens qu'arrivé au tournant où je n'y a plus rien à faire. nullement semblable à l'aveugle qui ne veut pas guérison. Vais-je apprendre } Mais disciples : d'Em- maiis n'ont pas cru après l'enseignement du Christ Deum in quem in Scrîpturœ Sanctœ exposîtîone non cognoverant.. panis fractione cognoscunt. Je suis. en lisant cette belle (( page : « Il semble qu'en ces temps » la vérité soit si trop forte pour les âmes. Avec je puis dire. Ainsi. Mais les c'est Impossible. le La grâce dire Voilà mystère des mystères ! — Tu et vas me de ne pas tomber dans est libre et qu'il la l'erreur janséniste. intelli- gence.. mon cher Jacques. « Maintenant. et assez tristement. me dit Pascal. . que l'homme non peut par ses œuvres sinon forcer. j'appelle à grands cris le DiEU qui ne veut pas venir. je t'en al dit assez tout pour oser te faire jusqu'au bout cela.

mais purement pour rendre gloire à DiEU. mon devoir Vis-à-vis de l'Eglise l'in- différence n'est pas possible. non parce qu'il attachait le moindre à sa propre personne. et à laisser faire DiEU. c'est une et précise de ce mouvement d'âme qui n'a la ne pouvait avoir son terme que dans plénitude de la foi. et où il ne se met pas lui-même en scène. le les Voix qui deuxième crient dans le et qu'il avait rédigé une version. Et je prends parti de toute j'eus achevé cette lettre la mon âme.ERNEST PSICHARI « 249 une grande imporsalut individuel. rédigés par lui-même. Tout ? Il ceci. disait-il encore. Sur la conversion de Psichari. et pour qui fut publiée en 1915. que bien qu'Ernest était prisonnier de Il DiEU citer voulait son coeur. qu'on a publiée en 1920 sous désert. où par suite il pouvait ne pas s'astreindre à une narraet tion strictement historique. a-t-il tance ne s'agit après tout que de mon et ? Si je sers loyalement l'Eglise n'aurai-je pas fait sa fille aînée. grâce. n'y avait en effet qu'à attendre. Celui qui n'est pas pour moi est contre moi. la France. qui nous donne des rensei- . qu'il achevé de mettre au point au moment où il intitulée la guerre. Les pages que je viens de résument à la perfection la genèse spirituelle racontée dans le Voyage du Centurion. Toutes image exacte eu et les nuances sont indiquées. à prier. avait presque est parti Voyage du Centurion. j'étais )) Quand sûr admirable. nous avons deux docu- ments précieux. ver- sion plus élaborée. Ernest avait entrepris de raconter son intérêt histoire. C'est dans ce sentiment de pudeur presque scrupuleuse qu'il avait renoncé à sion la première verle titre de son récit.

on voit à l'œuseul. Nul déchirement. crise » en Mauritanie.250 ANTIMODERNE sur le gnements un peu moins directs sée. « Je n'ai pas traversé de lui-même. Dieu la Dieu seuil C'est de ce de la solitude. plus peut-être qu'en aucune autre. Parfois je maudissais les désor« Cela aussi dres de ma vie. là ce qui fait la beauté valeur incomparable retour. mais aussitôt je me disais Une main se tendra vers moi. appuyée sur la certitude foi sacrements sauraient bien me donner plus tard la me faisait défaut. je je pensais à ce l'ai que pourrait être ce jour-là. mais vre et ici. puis je me disais aussitôt sera guéri. » Je rougissais de ma faiblesse dans la vie. c'est à son propre té- moignage ser ce qui Je voudrais seulement préci- me paraît être le caractère essentiel de sa con- version. Je tremblais d'être si abandonné dans la vie. le fruit béni ' Hors de toute influence créée. du milieu humain. Psichari avait été . de l'atmosphère humaine de sans aucun « phénomène et » extraordinaire d'aule Dieu parle à l'âme. Nulle anxiété. nous Nul drame intérieur. un jour. C'est la rosée du désert. tre part. lui-même qu'il faut écouter. Une attente calme. mais aussitôt je me disais « Je serai fortifié. » Et mon cœur que les qui : : )) : (( battait à se rompre. loin la religion.je essayer de raconter cette histoire c'est } Certes non. répond. » quand reste. en ce fond de l'âme où l'âme écoute et regard mystique pénètre seul. Au dit. quoniam pacem ad plehem suam. lo- Audiam quetur « dit-il quid loquetur in me Dominus Deus. mouvement de sa pen- Vais. qu'il faut recourir. Toute conversion véritable est l'œuvre de DiEU.

. quelques-unes de nos pen: sées d'alors (( 1° Le Père céleste: » (( Comme je l'aimerai.. rai. il Nazaréens Français) pensent d'IsSA (de Jésus). dès elle dans les éclairs qui venaient traverser ma me fant venait de l'eau du Baptême que j'avais eu le bonheur l'en- de recevoir. Puis demption.ERNEST PSICHARI baptisé à sa naissance. )) » Et encore je fût Comme j'aimerai quand je l'ai croi» (( Mais ne doutais pas. : quand je « (( je serai catholique.. routes en janvier 1912. Ecoutons-le encore nous dire les pen- sées qui montaient en son cœur.. étant l'enfant emmailloté de langes. devais. que l'Islam regarde comme un grand prophète : mon ami. . et sa conversion n'est pas celle d'un le 251 comme lui homme qui n'a pas reçu déjà au dedans de principe de la vie. et nous dévoiler ainsi quelques-uns des secrets les plus exquis des prévenances « de la grâce. le Crucifiement. mais en toute vérité est le fils Dieu. serai bien humblement à : ses pieds. en désordre. lui demande ce que Issa. j'ai Cette assurance dans laquelle vécu si longtemps espérance avant de recevoir les sacrements. » Un les jour Sidia. lique. et j'y pensais même nuit. comme que ia foi (( ne me donnée un jour. je sais maintenant à quoi je alors. étant qui ne sait pas. Voici donc. la Résurrection. sur les de l'Adrar. de la n'est pas un prophète. cette grande si qui m'était donnée alors la que je la méritais peu. (les son guide maure. il raconte toute l'adorable histoire de RéII la Nativité. La « Sainte Vierge « Comme je dit. quand je serai catho- (.

à la et oii ce redressement de foi. volonté. Ce sion qu'il convient donc de de voir avant tout dans la converla de Psichari. C'est un acte de l'intelligence. et à l'essence surnatu- science Le grand-père était parti dans les ombres de humame. grâce.252 s'arrête. à se jeter à ses pieds et à se confesser im- médiatement. il lui-même lui ! ne sait pas s'il croit. rectifiée elle-même la et dressée vers DiEU. Rien n'illustre mieux que la conversion de Psichari la doctrine thomiste de l'acte de foi. il Il prêche JÉSUS-Christ. la ANTIMODERNE gorge serrée. et où ce besoin la du secours externe de mieux marqués que grâce. le la Centurion de l'Adrar ? C'est un acte surnatu- dont grâce seule nous rend capables. ne sait pas qu'il croit en lui Tant l'Esprit de DiEU presse malgré son coeur ! m'a raconté qu'en 1912. de c'est un témoignage magnifique rendu à la réalité et à l'efficacité relle la la foi. sont-ils dans l'attente sacrée le de Psichari ? « Peut-être ne connaîtrons-nous jamais bonheur du cen- . mais de l'intelligence im- pérée par la volonté. et des discussions des philosophes et des que savants. indispensable genèse de l'acte de où ce rapt. si par miracle un prêtre avait surgi devant lui. cet enlèvement du désir vers la Beauté substantielle apparaît-il avec plus d'éclat que chez rel. pendant cette immense randonnée solitaire à dos de chameau où il médita J'ajoute qu'Ernest si âprement. et cette impuissance de la la nature en face du mystère insoutenable de Déité. le petit-fils revient par la lumière surnaturelle dispense le Saint-Esprit. il se sentait prêt. et il a les yeux pleins de larmes.

De prœdestinalionc sanctorum. sisterons pas que le bon DiEU la entrera sous notre quand rité. des sens et la con- naissance charnelle. qui (1) Saint col. Mais nous savons que nous ne et rétoit. de « Cette Dieu se fait entendre et enseigne. la à laquelle le salut. dit admirableest très éloignée ment saint Augustin. mais dans est même de la Vérité première. nous ne pas. ne pas résister à la vé)) quelle qu'elle soit. paration tiques.. Augustin.ERNEST PSICHARI turion 253 de Capharnaum.. il lui plaira. ont-ils entendu et appris cela du Père. Car cette grâce-là à l'acte de et est par trop se- crète. attendre patiemment. Sans doute. L. XLIV.. foi — et L'acte de est lui-même un mystère proprement ne devraient pas la dit. les curieux de psychologie qui demandent aux convertis analyses l'oublier. t. 070. attendre. à la fois ce que nous croyons et M.. tifiquement drait n'est pas une conclusion scien- ou rationnellement acquise et méritoire ». parce que nous en voyons beaucoup croire en le Christ mais où et le comment voyons » (1). Voilà base. la vérité la par se résout non pas dans humaine des démonsrévélation trations apologétiques. . « survien- un mode surnaturel pour foi comme suite une couche d'or sur du cuivre surnaturelle.. d'alimenter c'est leurs — seulement par analogie que croyance humaine ou naturelle peut nous aider à nous en école oti faire une idée. il faut foi théologale une pré- prudentielle de valables la fondements apologéfoi Mais le motif formel de la foi n'est pas dans les arguments humains. Nous en voyons beaucoup venir au Fils. elle est essentiellement et surnaturelle quoad substantiam. .

». cap. Mais quand un homme foi. lect. DiEU que la la foi tient sa Enfin les commencements mêmes de foi. . cap. janvier-février 1914) . ne peut pas conduire infailliblement à saint Thosinon. prédication des apôtres de leurs successeurs. qui nous recevoir en nous le témoignage de DiEU. une inspiration surnatufait sur une grâce. ni la à' ni à cause des témoigna- ges de Loi. Cf. la mais seulement à cause de C'est de certitude la » Vérité première elle-même. GARRiGOu-LAGftANC. (( la vérité propre la à la connaissance divine en transcendant Il : vérité de l'intellect humain Loi y a trois choses qui nous conduisent à la foi du Christ les la raison naturelle. Dcnzingcr-P. comme la lumière est en même temps ce qui est vu et ce par quoi on voit. 180. xiv.. (2) (ô) Concile d'Orange et du Concile du 1791. a. ni à cause de la prédication des hommes. dans la mesure où c'est le témoignage de DiEU parlant il qu'on considère en eux. I.. iv. n.. « Adhérer au dit té- moignage d'une créature. infuse lumière que (3). 8. mas.254 ANTIMODERNE ce par quoi nous croyons.E. et elle s'appuie et formellement sur une illummation relles (1). C'est pourquoi fasse adhérer l'intelligence faut que la foi de l'homme à elle-même. (2). ange ou homme. 5. Surnaturalité de la foi » {Revue revelatione. la témoignages de et la et des prophètes. q. Joanncm. et même de croire — ce désir lequel plus credulitatis affectus — par (1) C'est là l'enseignement du Valican. « la De thomiste. De /»! Veritate.annu-arl. infuse d'en haut. 2. 14.. a été conduit ainsi il comme par la main jusqu'à la alors : peut dire qu'il ne croit pour aucun des motifs précédents cause de la raison naturelle. la vérité. t.

disons purement spéculative. Mais ils ne se présentent pas comme une argumentation séparée. Gardeil. l'intelligence. 15-65. XXIII. ms- pirée et soutenue par le secours divin. q. Et ce que le Centurion a vécu en Mauritanie. a. dist. si Saint Thomas. les motifs de crédibilité rationnelle manquent au Centurion. au terme de cette seconde étape. tifique et ne sont pas de nature scien- ou philosophique. cela est un piration sans croire encore catégoriquement. ces ébranlements surnaturels et ces premières illuminations de la grâce. Cf. Denzinger-Banmoart. la »? Après la cela est venue « l'élection de la foi qui suppose recherche prudentielle des raisons de croire. 2. veut le croire (1). l'espérer. 178 (concile d'Orange). Ce n'est pas que les fondements apologétiques raisonnablement valables. Fautmême il s'en étonner ? Et qui demanderait à un malade le musculaire qu'à un homme bien portant ? Chez beautravail coup de ceux qui ont grandi dans l'atmosphère du monde moderne. et gagner DiEU.ERNEST PSICHARI l'âme se et veut 255 qui sauve et veut fie affectueusement au DiEU du péché. jugement encore préalable à l'acte de foi lui-même. in IV Sent-. et qui se sont. à ce credo que Psichari prononcera définitive- ment après son retour en France. et 5. La Cré- dibilité l'apologétique. n'est-ce pas tout d'abord cet initîum jidei. et veut l'aimer. faire porter // le jugement de « crédentité » : faut croire. en raison même de leur ardeur intellectuelle. tout ce vaste les mouvement appellent d'intelligence et de « volonté que foi théologiens l'intention de ». p. Mais c'est toujours la lumière surnaturelle qui peut seule. tout don de la grâce et vient à l'homme par l'insdu Saint-Esprit (2). (1) (2) saturés de ses miasmes. • .

266. beaucoup plus malade et plus languissante en réa- que ne l'imaginent certains philosophes qui ignorent. ce cœur dans solitude et lui faisant comprendre que tout accommodement provisoire serait une lâcheté. Maintenant. 242 . trer )) Credendo in Deum 11 ire. p.256 brillante et si ANTIMODERNE pénétrante qu'elle puisse être. il Psichari. est encombrée lui d'obstacles elle est lité qui font perdre de sa vigueur naturelle. s'en rend bien compte. 11 ne prétend pas démon- en a les racontant. mais pour et par rapport à lui. mais à tâcher de contrer. et elles seront strictement lui personnelles. (2) « Point (le (k'-sir do Dieu sans le silence. tion de la la plus profonde amertume. — « valables et certaines. dès l'origine. En la attendant. s'est-il servi ? Il s'est servi Et de quoi DiEU pauvreté du silence Il (1). les raisons de croire qu'il trouvera au dé- sert seront inséparables des touches successives par lesquelles lui grâce agira sur son cœur. . le puits grâce à DiEU. d'une p. 243. L'acd'abord requise avant de sanction telle de grâce était qu'une intelligence pût saisir toute la valeur des dé- monstrations purement rationnelles. (2). ce n'est point à prouver DlEU le ren- que nous allons occuper nos heures. » Les Voix. la lettre le dit avec force dans que je citais tout à l'heure. » de vivre Les Voix. épurant s'est la servi de V éducation du désert. Rien ne nous avance dans la vie spirituelle comme poignée de riz par jour et d'un peu d'eau salée. de la méditation perpétuelle. cf. fait prétend seulement montrer ce que Dieu de la dans un cœur d'homme. et que (( celui qui est assoiffé d'héroïsme devient vite as- (1) « p. et qu'il est fait pour l'absolu.

9 . pour qui « l'encre savants vaut la mieux que vraie foi sang des martyrs » (1). avec son sens plein. la précellence de nature de l'intelligence sur la volonté ? Elle reste aussi. la formule typique d'une pensée qui ignore la charité et son primat de et c'est à ce titre qu'elle a agi sur Psichari. en Islam.. ne peut atteindre que mon » faut que l'infini descende jusqu'à nous. ne porte pas sur des vérités abs- traites et des controverses savantes. comme nous l'écrit M. 107.ERNEST PSICHARI soiffé 257 aussi la nécessité tout. Toutefois. Hasan Basri. et âlim (savant) désignait aussi le « contemplatif ». l'auteur. un épan- chement de l'âme. elle porte sur deux peret ! sonnes : la France. l'a prononcée quand. ne suffit pas encore au plus pécheur des Francs enfin — Il s'est servi du visage de la France. ne possède ni vraie sainteté. A vrai dire. que ce cœur re« trouve en lui-même comme le visage d'une mère qu'il a est la vraie foi maudite et la ». et non pas seulement le jurisconsuFte. lui faisant : comprendre d'une médiation divine l'insuffisance « Ici. J'en si suis sûr. shahîd (martyr) ne se disait encore que. je sens de divin » . Massignon...) Dans l'esprit de Hasan signifiait-elle seulement. a sans préjudice des com. qu'il n'y ait pas ici de malentendu Psichari n'est pas revenu au catho- (1) Telle quelle. Louis Massignon. abandonné de de mon propre cœur. (Cf.pour le a tué à l'ennemi ». s'est fait Il pur soit-il. et que « la ni la morale du plus saint des Maures ». L'apologétique du Centurion (telle du moins qu'il l'a vécue au désert.pîéments qu'elle tard) pu recevoir plus lui-même. p. a lam.. lequel ne s'est pas préoccupé d'en rechercher l'auteur et la genèse. âme. Essai. fait dans la vie humaine . et qui l'aidera à comprendre où vraie sainteté. nous semb!o-t-il. être cherché fait voir aussi — lui 11 servi du contact spirituel qui a comprendre que l'absolu ne peut mais qui des lui que dans que T Isle la foi et la sainteté. cette phrase a agi camme un puissant réactif sur le cœur de Psichari. des musulmans.

toutes vérités du désordre ennemi de de la l'être. est-ce que ce n'est pas la vérité ? . Ce n'est pas la puissance politique de Fran- ce qu'il considère. qu'il sait ne serait rien. réel. ce qui ap- comme seul capable surélever jusqu'à une con- dition supérieure à celle de la vie purement humaine. la parce qu'il est un élément essentiel de la force grandeur et de de la France. il et l'a qui chez Psichari prend valeur d'une payée du sang de son cœur. il « miracle très replié » qui réside en elle. ce qui et apparaît les comme qui pouvant seul sauver cette palpitent en elle. le et la réalité spirituelle. Mais lui-même c'était son âme. évidence. pu que et faire. que sera-ce donc. Un et subjectivisme lui eût été haïs- sable. non poterat facere quidquam.258 licîsme parce ANTIMODERNE que le catholicisme répondait à ses besoins tel et à ses sentiments. sinon la vérité ? Il pourrait dire. Psichari n'est pas revenu non plus au catholicisme parce le catholicisme fait corps avec notre passé national. tion — Ce vraie. mais que tout Fran- çais porte plus ou moins consciemment au fond de la lui. et l'espérance du établir monde: convicet tion difficile (( sans doute » à mathématiquement. Un tel traditionalisme purement étranger la national en matière religieuse était foncièrement à son esprit. c'est sa destinée. sans quoi cette voca- de la France. aussi présomptueuse qu'on voudra. paraît réalité. c'est quelque chose de et un objet donné. tient pour acquis que la France est parmi les nations la gardienne et la trésorière de l'esprit. n'aurait rien Si celui qui m'a guéri n'était pas de DiEU. comme il l 'aveu- gle-né : Nisi esset hic a Deo.

en apdécouvre le profondissant le mystère de la France. si cette chrétienté est mensonge! » il Mais non. la chasteté. « Dans ma déréliction. cette nef veut la vérité avec violence. tisme. infini mais celle même de l'esprit. celle du la corps. dit un maître de Ne le prenez pas pour un adversaire de l'intelligence. vérité. C'est un Maître qu'il cherche. ? Que cherche-t-il donc. mys- tère des saints qui ont fait la France. Mais toutes. d'action ou d'énergie. l'ascé- détachement du monde. étaient des chrétiennes: le renoncement. dans et virginale inflexible « il indépendance à l'égard de nos mtérêts humains. sa veut donc la vérité dans son objectivité pure. fois bonne odeur des vertus . certaines vertus auxquelles je n'avais guère encore pensé m'apparaissaient puissent enrichir une vertus proprement le comme les plus hautes qui elles âme. de la sain- Voilà le signe. lui ce sa vie on en a à profusion. « c'est tendu. que ces vingt siècles de chrétienté soient à jamais rayés de l'histoire. le mystère teté. voyageur servi tre De » belles idées ? — Toute il yeux au ciel. un Maî- de Entendez-le bien.ERNEST PSICHARI C'est est la 259 vers elle seule qu'il les vérité qu'il cherche.. Que cette France périsse. — non l'esprit de pénitence. qui est vulgaire. Il et non pas une réaction contre l'intelli- gence. soit Que ja- elle-même de Notre-Dame rasée à tout mais. l'humilité. J'éprouvais un bonheur à sentir pour la première chrétiennes. très si Marie n'est pas vraiment Notre-Dame. son « anti-intellectualisme les )) n'a jamais été qu'une réaction contre intellectuels. il ne dit pas un maître vérité.. voilà la preuve par excellence. et notre véritable impératrice.

âmes des des vierges et dés martyrs. je ne m'arrêterai pas. » et alors s'éclairera. veux la chasteté qui les ceint et la piété qui les couronne. je cerai veux m'avan- vers la plus haute humanité. vers le grand peuple en- qui est là-bas. je leur pureté. Je sens qu'il y toutes les par delà les dernières lumières de apôtres. est-elle donc fausse « » a. Il me disais-je. ne pouvais pas penser que fût (( désir des plus suaves vertus m. ! dans le immense du » Allons. souffle divin.. il se construira une petite somme d'apola fin logétique rationnelle. je saurai. et je ne pouvais pas nier qu'ils ne fussent les plus hauts exemplaires d'humanité qui aient paru dans le monde. et je veux. avec l'mnombrable armée des témoins et des confesseurs. qui se trouve placée à des Voix qui crient dans le désert. . courage DiEU aura pitié de nous. m'enlèvent par la force vers le ciel supérieur. traîné (( derrière le sillage dernier étage de l'horizon. je leur grâce et leur force. La religion ? qui proclame une telle morale. je me tournais vers les saints et les bien- heureux. Mau- Plus tard. Mais encore une fois ce qu'il faut chercher dans ce livre et dans le Voyage du Centurion. C'est ainsi que les raisons de croire se présentaient à Psichari en 1911 et en 1912 dans les solitudes de la ritanie. après les regards d'amour le vers le paradis. je veux de tout mon cœur je veux leur humilité et leur pitié.260 « ANTIMODERNE Et puis je pensais à ceux qui avaient fidèlement exé- cuté ces ordres. je Alors.. tout me permettra de recevoir ses sacrements. Tous me font violence. l'horizon.e à jamais interdit.

. eut un si moment ment. en déd'hésitation et d'étonne- cembre 1912. ma guéri- Et alors. quand je quittai le campement je d'Agoatim. Un grand trou sombre se creusait ders'appesantissait sur moi. et afxjstolique et romaine. — une aube se et levait. de la grâce dès le début prévenante de et la agissante. Toute une période de ma ment dans rière le passé. c'est un long combat de un homme. son. une aube de jeimesse où une clarté céleste embrasait l'horizon je savais j'allais. à travers deux continents.ERNEST PSICHARI c'est toire 261 tout autre chose qu'une argumentation. pensant à cette véritable mère qui depuis des et qui années m'attendait là-bas. j'allais. Un aussi lourd crépuscule mes années de misère. hélas! vers vers la joie. vers la santé. « et Mais de pureté. Cette vers la sainte fois-ci. sentis en moi un grand dévie tombait brusque- chirement. Psichari. et je pleu- de bonheur. devant moi. c'est l'aventure trois du saint Désir. d'amour lorsqu' Ernest il de reconnaissance. C'est l'his- des ascensions d'une âme ardente et des opérations grâce en elle. de rais loin me tendait ses bras qui pardonnent tout. se demandant toutes les merveilles intérieures vé- cues au désert n'étaient pas l'effet d'une espèce de mirage. — J'allais Eglise. ans où DiEU lutte comme un homme avec IV « Le 15 octobre écrit 1912. fut de retour en France. » Pourtant. j'allais j'allais vers la demeure de paix de bénédiction. catholique.

qu'il comme « je lui disais. et grand reli- gieux. î longtemps que je récite tous les jours ses litanies » le Le 4 Père le février 1913. moi nous étions là. et que le service de Il un catholique suffisait. agenouillé devant DiEU. désigné lui-même pour le Une autre fois. du diocèse de lui aucun peut-être ne apprit tant que 11 le Missel. la patrie lui était sincère. le soldat fidèle. Ma femme témoins. Quelque temps sait il me confiait le désir qui le pres- de s'instruire. je ne peux pas prier pour moi. Ernest . qui l'écoutait debout. et venant d'un sacrifice ! tel cœur. il étudia toutes les prières avec amour. en un temps. lut la Vie de saint Dominique de LaParis. dont . mon » ne m'intéresse pas.. bien d'autres cordaire.. Mais dans ce désintéressement de Ernest ! comme je retrouve bien Et comme elle apparaît tel grave et mystérieuse cette prière pour l'armée. Un jour il me dit : « je prie tout le temps. la sainte ferait peut-être bien de se mettre dit-il à prier voilà Vierge: Oh! me avec son bon rire. inquiet de le voir soucieux. Je prie beaucoup.262 ANTIMODERNE" était « Je l'entends encore nous dire qu'il sans la grâce ». prier pour lui-même. pur comme flamme d'un cierge. commença d'aller à la messe. Quel souvenir la et sont morts tous deux. C'est pour l'armée que je prie. ! Et comme on sentait bien qu'il le ne disait pas la vérité Un DiEU après. 11 pêcheur d'hommes tenait déjà dans son filet. comprit plus tard qu'il pouvait aussi soi. le Catéchisme livres. Ernest fut ! reçu dans l'Eglise par Ils Clérissac. Mais salut Il c'est curieux.

qui devait tomber héroïquement quel- ques mois après petit il lui. il sa première confession. et à Lucien dont désirait tant le Il baptême. pris en charge. Il avait un désir extrême de pou- voir dire la messe. et pour avoir la joie d'être consacré. au couvent de Rijckholt. il Le 8 février. l'avait jamais séparé (elle avait accepté sa conversion la avec haute et courageuse liberté d'esprit qu'elle apporte en et toutes choses) qu'il redoutait énormément de fait contrister. Du côté de son père. que sa prière avait. rentre dans communion des fit il saints. C'est aussi pour réparer. Nous lui et fîmes notre action de grâces. si pensait à tous les siens. Ce jour-là. ce à son frère Michel. petit-fils de Renan renoue la la chaîne.. à (( Père Clérissac. il devenait tertiaire de saint nique.ERNEST PSICHARI lit 263 d'une voix forte les longues professions de foi de Pie IV et de Pie X. Au disait au Père je donnerai à DiEU tout ce qu'il me demanDomi- dera. pour lequel a prié avec larmes. la le communia. à ses deux sœurs. 9. à ses parents. Paul. Il qu'il voulait devenir prêtre. ration qu'il avait déjà pris à la Confirmation.. qui avait laige accueil à ses . Le et croit. je puis ainsi parler. il moi. en Hollande. en répasur d'une certaine page sarcastique de Renan séparé pour DiEU. : Notre-Dame de Je sens que )) Chartres. retour. sous le nom saint de Paul. Le 19 octobre 1913. reçut la le sacrement de Confirmation. hésitait cependant à déclarer sa dédont nul dissentiment ne cision à sa mère qu'il chérissait. il Il pensait au fils de Michel. affir- me prend sa place dans la tradition apostolique. à chapelle de le Sainte-Enfance.

L'un des chapitres les plus émouvants de la récente biographie pu- Goichon où elle nous retrace. Que dire des dix-huit mois et demi la qu'il vécut. On peut que sa solitude s'approfondissait sans cesse. une nuance de sympathie il était très n'avait pas à éprouver mêmes dont il appréhensions. avait déjà l'esprit à un degré singulier. des pauvres bliée par Mlle de son ami l'abbé (1) est celui Bailleul. depuis ? sa conversion jusqu'à sa mort. avec de grands bonds dans la lumière. . fort et pour sonne de Notre-Seigneur un amour ardent. dans lumière de l'Elglise lui. Le Père Clérissac lui donné pour règle de s'il vie de se tenir à chaque instant comme allait l'instant d'après communier ou mourir.-M. Son intention était d'entrer dans il l'Ordre de saint Dominique. plus douces joies étaient dans la vie cachée qu'il menait à Cherbourg auprès de et Dieu. était entré comme de dans la vie chrétienne. religieuse dont les il ANTIMODERNE avec même ému. Ernest nouvelle édition {Canard.) Psichari d'après des documents iricdits. GoiciioN. Il avait pour le mystère lui de la Sainte Trinité comme et pour cela per11 de l'Eucharistie une dévotion profonde. cette vie d'Ernest à (i) A. quand les nécessités de sa vie militaire n'y mettaient pas obstacle. pour lequel et se sentait fait. l'ont Tous ceux et qui connu ont remarqué dire ses sa simplicité intérieure sa modestie. comavait muniait chaque jour.264 sentiments de foi. Ce de qui frappait avant tout chez 11 c'est l'abondance plain-pied la vie surnaturelle. avec des traits d'intimité charmants. et il y avançait à sa manière héroïque et candide.

ni de ses saillies. gardait toute infinies. cueillir 265 est d'après les témoignages qu'elle allée re- sur place. ni il son langage. en novembre 1914. n'y avait pas en ce pharisaïsme le lui un atome de pharisaïsme. il était bien le frère du cen- turion de l'Evangile. et je puis dire d'innocence enfantine auquel DiEU . au fur et à me- sure qu'il ressentait davantage le souci de la pénitence le et de la réparation. et qu'il entrait plus avant dans mys- tère des douleurs de JÉSUS. ni de son méde des conventions. lui un à considérer. qui n'est pas tout à fait même de il innocent inconnu dans monde le plus pieux. la richesse de sa sensibilité. sa ne fallait pas deIl mander de composer restait physionomie. Je me rappelle qu'un jour me disait avec grand sé- rieux qu'il c'était qu'une lui difficulté pour son entrée en religion.es chrétiennes. aux résonances teinte de gravité se répandait sur son Cependant une certame âme. Qu'on ne pris croie pas qu'avec cela il ait rien perdu de la spontanéité de sa nature. si A voir l'état de grande liberté inté- rieure. Il appelait leur faiblesse sacrée. par la profon- deur et la générosité de sa foi.ERNEST PSICHARI Cherbourg. et qu'il aimait lui-même à prendre pour modèle pour patron. et ni ce je quoi de soudain très humain que le Père Cléqu'il rissac aimait à trouver dans les âm. plicité et la droiture avec lesquelles allait par naturel exquis qu'il mettait dans l'exercice le plus fer- vent et le plus pieux des dons surnaturels. il Comme le je l'écrivais « par la simà DiEU. soldat et poète. Il faudrait sans sacrifice Dame. ne sais ni de son humeur paradoxale. c'est doute renoncer à sa pipe.

Son avait il vrai fond. après avoir conduit au poste le secours le capitaine Cherrier. En vérité cependant.. c'est ples. » est mort. nous savons que Dieu aime l'homme et qui donne avec joie. d'un con- sommé en union avec Il de l'autel. une balle à la tempe. H a vécu d'elle. Son rayonnement âmes a une extraor- dinaire intensité. Ceux qui ne croient qu'à l'encre des sa- vants peuvent en être déconcertés. c'était un ardent amour de JÉSUSpour elle-même. son chapelet enroulé autour de sa main. sa vie. car il ChrisT. hilarem datorem. et mais encore celle d'un témoignage rendu à sacrifice véritable librement consenti le sacrifice et Dieu. ses amis pressentaient bien qu'il deve- mûr pour le ciel. Ce n'est pas seulement du côté des exemgoût du héros. Nous. « du côté des saints qu'il faut chercher ses et L'élan tout direct tout franc ». Comme de frappa retournait à sa pièce. le lutte soir du 22 août 1914. mort admirable n'a pas seulement la valeur d'un don offert pour le service de la patrie. le « risque physique » n'étaient que les plus extérieures de ses vertus.266 élevait nait ANTIMODERNE son âme. c'est ainsi que Psichari a donné 1921. sur les il n'avait pas achevé pris après sa mort d'agir.. voulu la vérité elle. combat s'achevait le et où les Alle- mands pénétraient dans il village de Rossignol. est mort pour ne séparait pas l'amour et sa de la France de l'amour de l'Eglise. qui « Il surélevait à l'infini son héroïsme naturel. blessé. . après douze heures d'une au moment où le sans répit.

TABLES DES MATIÈRES .

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TABLE DES MATIERES Avant-Propos 13 • La Science Moderne et la Raison 29 71 La Liberté Intellectuelle De Quelques Thomiste Conditions de la Renaissance • 113 1 Connaissance de l'être 59 Réflexions sur le Temps Présent 195 Ernest Psichari 227 .

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Rue des Ursullnes — PARIS-5' . H.SOCIETE NOUVELLE D'IMPRESSION 9.

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qui comprendra la publication intégrale de la Somme. RUE SAINT-SULPICE. 30. Chaque volume donne. rue St-Sulpice Paris (vi*) . Demander la notice à Desclée et C'*.EDITIONS DE LA DESCLÉE ET c''. en vue de faciliter aux hommes d'étude l'accès direct à la doctrine si compréhensive et toujours actuelle du plus grand des philosophes catholiques. une édition « classique de la Somme Théologique de Saint Thomas. La presse catholique a loué unanimement cette entreprise d'un haut intérêt inteldirection )) lectuel et spirituel.. PARIS THEOLOGIQUE DE SOMME SAINT THOMAS D'AQUIN TEXTE LATIN ET TRADUCTION FRANÇAISE Les Editions de la Revue des Jeunes publient. On peut souscrire à la série. P. O. formeront une série de trente volmnes environ. une traduction française soignée qui s'accompagne de notes brèves et d'explications claires. avec le texte latin revu sur les meilleurs manuscrits. REVUE DES JEUNES (Vl*) 30. sous la du R. P. respectivement traduits par des spécialistes. Les divers traités. Gillet.

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rev. 2430 M33A5 1922 Maritain. Jacques Antimoderne. et augm. éd. Nouv. ..PLEASE DO NOT REMOVE FROM THIS CARDS OR SLIPS POCKET UNIVERSITY OF TORONTO LIBRARY B .

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