EUROPE ÉCOLOGIE LES VERTS FRANCHE-COMTÉ

NOVEMBRE 2012 / N° 179 / 1,70 €

RESPONSABLES
Au moment où j’écris cet édito, notre fier esquif EÉLV sort à peine de la tempête TSCG (ce traité européen que nous avons eu l’outrecuidance de refuser) qu’il doit de nouveau affronter la bourrasque médiatique à propos d’une élue parisienne qui semble (présomption d’innocence oblige) avoir une conception toute personnelle de la « république exemplaire ». En Franche-Comté, nous réalisons progressivement que notre statut de parti de gouvernement doté d’un (excellent) député local nous donne de nouvelles responsabilités et nous expose encore plus aux attaques de tous bords : vous n'ignorez pas que nous sommes vendus à la social-démocratie pour les uns, ennemis du progrès pour les autres… Dans ce contexte, une nouvelle équipe est chargée par l’ensemble des adhérents, après notre Assemblée générale extraordinaire du 20 octobre, de piloter notre mouvement jusqu’au prochain congrès (lequel aura vraisemblablement lieu en octobre ou novembre 2013). D’ici là, notre stratégie pour les municipales devra se décanter, notamment par des échanges avec les autres partis de gauche. Nous aurons également à imaginer de nouvelles manières de nous adresser aux Franc-Comtois pour faire vivre la belle idée qu’il est possible de vivre mieux en « usant » moins notre planète. Pour cela, il est indispensable que notre mouvement continue de s’ouvrir aux sympathisants et coopérateurs et de s’appuyer sur ses adhérents qui, ensemble, par leur diverses expériences associatives, politiques, citoyennes, professionnelles, peuvent aider à formuler les perspectives régionales et locales que nos concitoyens sont en droit d’attendre. Les projets grandioses et inutiles (grand canal, autoroute LangresVesoul) ne sauveront pas notre tissu industriel local ; bien au contraire, c’est en réussissant à l’adapter aux exigences de la société de demain, plus sobre en énergie et en matières premières, que nous construirons un avenir viable. Nous avons dans notre région les atouts pour répondre aux défis de la conversion écologique de l’économie. Dans le bâtiment, l’agriculture, l’industrie, les hommes et les femmes sont là, avec leurs savoir-faire qui ne demandent qu’à s’exprimer : les écologistes ont la responsabilité de travailler et de convaincre pour leur en donner, autant que possible, les moyens de le faire.

Philippe Chatelain

14, rue de la République / 25000 Besançon / 03 81 81 06 66 / eelv.fcomte@gmail.com

La Feuille Verte

CETTE FOIS, C'EST LA BONNE ?

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n était à deux doigts de ne plus y croire : depuis quelques mois, La Feuille Verte s'acheminait avec tant de constance vers une mort quasi programmée qu'on avait fini par s'y résoudre, ou du moins par prendre avec philosophie cette éventualité. Sans Feuille Verte, la planète continuerait à (mal) tourner... Et voici que vous avez entre les mains un numéro de novembre (le 179e !) sur la parution duquel le Comité de lecture n'aurait pas parié un kopeck et qui, en plus, se paie le luxe d'être un « gros » numéro (il a même failli l'être plus encore, mais la sagesse nous a fait l'élaguer) ! Il faut dire que nous avons pu régler (définitivement ? Ça, il est quand même un peu tôt pour l'affirmer) les deux problèmes majeurs plus d'une fois évoqués : d'une part, ce mois-ci, les contributions sont arrivées à un rythme inespéré (et dans les temps !), et d'autre part, un nouveau « metteur en pages » s'est proposé pour prendre la relève de Corinne (dont nous conservons néanmoins la maquette). Il s'agit de Lucas Wicky, un étudiant bisontin

grand maître ès mathématiques et féru d'informatique, qui participe avec fougue aux activités des Jeunes Écologistes de Franche-Comté : il rejoint donc notre petite équipe et pour un coup d'essai, réussit un coup de maître. Inutile de préciser que c'est avec un mélange de soulagement et d'enthousiasme que nous l'accueillons ! Alors, cette fois, on dit que c'est la bonne ? Le Comité de lecture

Corinne Salvi

Lucas Wicky

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Questionnaire Feuille Verte

QUESTIONS ET PROPOSITIONS

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n plus de la discussion prévue sur le sujet à l'ordre du jour, qui a permis d'évoquer rapidement les problèmes récurrents que rencontre notre publication, tous les présents aux Journées de l'Ecologie, les 15 et 16 septembre, à Chaux-des-Crotenay, se sont vu proposer un questionnaire sur La Feuille Verte. Elaboré et dépouillé par Pauline Jeannin, ce questionnaire interrogeait les lecteurs sur divers points comme la maquette, le rythme de parution, le contenu, la diversité des thèmes, etc. Chacun des « items » pouvait recevoir une note de 0 à 5, complétée éventuellement par des remarques, des propositions, des suggestions. Quelles conclusions - définitives ou provisoires – peut-on tirer de cette expérience (maintes fois envisagée, mais toujours reportée à plus tard) ? Et quelles réponses peut-on apporter ? Eh ! bien, au risque - assumé – de passer encore pour l'éternel grognon, je remarquerai d'abord que, sur la centaine de personnes passées aux Cyclamens pendant ces deux jours de rencontres et de débats, et malgré les très nombreux rappels, seules 30 (parmi lesquelles des membres du Comité de lecture !) ont rempli le

questionnaire et l'ont déposé dans la boîte prévue à cet effet. On ne m'en voudra pas, j'espère, si je crois dénoter là comme un certain manque d'intérêt... Et cela d'autant plus que la lecture régulière, mensuelle (très majoritairement sur papier plutôt qu'en ligne) de La Feuille Verte ne concerne que les deux tiers de cet échantillon, et que deux seulement déclarent la proposer à d'autres. Cela dit, c'est en toute sincérité que le Comité de lecture remercie ceux qui ont pris quelques minutes pour exprimer leur sympathie et leur attachement à notre modeste canard, pour nous encourager à continuer et pour nous donner idées et conseils... Ensuite, que disent les notes attribuées à chacun des items ? Recevant entre 4 et 4,5 sur 5, la forme (format, maquette, clarté, mise en page) semble convenir, en tout cas plus que la fréquence de parution, qui n'a droit qu'à une note moyenne de 3,8 (j'y reviendrai tout à l'heure). Sur le fond, si la liberté de ton du journal semble appréciée (4,6), les avis sont plus mitigés quant à l'intérêt général pour le contenu et la diversité des thèmes abordés (3,7), le caractère régional des articles (3,6), la présence de rubriques régulières (3,3), le lien permis entre les militants,

la diversité des auteurs (3) et surtout le lien permis entre militants et élus (2,7). Pour quelles raisons lit-on La Feuille Verte ? En vrac, pour garder un lien avec EELV et ses militants, être au courant de la vie du parti, se tenir informé de l'état d'esprit qui y règne ; mais aussi pour y puiser des infos (sur les événements et actions en Franche-Comté, sur les Jeunes Ecolos, etc.) et des réflexions, des arguments pour discuter, pour profiter d'autres regards venant d'autres lieux... Plusieurs réponses insistent sur le mélange de sérieux et de convivialité, d'humour (1). Aux - rares - suggestions concernant la forme et la périodicité, qu'il me soit permis de répondre. Evoluer vers une lettre numérique plus courte ? Si c'est en plus de La Feuille Verte sur papier, pourquoi pas ? Si c'est à sa place, il est à craindre que cela fasse fuir ceux qui, très majoritaires, aiment avoir entre les mains un « vrai » journal. Plus d'illustrations ? Comme pour les textes, cela fait quinze ans que le Comité de lecture réclame des photos, des dessins, etc. ; la « 4e de couv' », depuis la nouvelle maquette, représente tout de même un progrès (insuffisant) dans ce domaine. Des rubriques récurrentes et bien identifiables ? Je répondrai qu'il y en a de très régulières (Emois), d'autres moins (Chiffres, critiques de la pub, comptes rendus de CF...), et que Gérard Mamet a inauguré une nouvelle rubrique Science et écologie, mais il est indéniable que cela ne suffit pas : des volontaires pour en tenir une ?... Enfin, pour ce qui est d'une autre périodicité - plusieurs suggèrent une parution bimestrielle plutôt que mensuelle -, je crains fort qu'il ne soit pas plus aisé d'obtenir des articles (car tel est bien là le principal problème) tous les deux mois, et que la plupart des rédacteurs attendent le tout dernier moment cinq fois par an au lieu de dix ou onze comme c'est le cas depuis le début... Enfin, tâchons d'apporter des éléments de réponse pas trop décevants (ça va être difficile !) à ceux, plus nombreux, qui ont fait quelques suggestions de fond. D'abord, merci à la personne qui a ajouté en bas de page ces mots encourageants : « Tout me paraît intéressant, même si j'ai mes préférences. La réflexion de quelques-uns m'impressionne. » Ensuite, quelques réponses « faciles ». « Cultiver l'esprit de recul critique », n'est-ce pas ce que s'attache à faire La Feuille Verte, qui s'est toujours bien gardée d'être une Pravda chlorophyllée ? « La diversité des auteurs n'enrichit pas forcément La Feuille Verte » ? Peutêtre, peut-être pas, mais quoi qu'il en soit, ce n'est justement pas par la diversité de ses auteurs (Pauline, tu ne veux pas faire des statistiques ?) que notre canard se distingue le plus ! « Eviter les textes trop longs, être plus synthétiques » ? Là encore, une étude précise de ce qui se fait depuis près de 180 numéros serait intéressante, mais il me semble que rares sont les articles qui dépassent une page (soit 6 000 signes et espaces) : cela est-il vraiment

trop long ? « Reprendre des articles d'Alternatives éco, du Monde diplo, etc. » ? Nous n'en avons tout simplement pas le droit ; même chose d'ailleurs pour les dessins de presse, à l'exception de ceux de Charlie Hebdo. Autres suggestions, dont la mise en œuvre devrait être possible avec un minimum d'organisation et de bonne volonté : « Des interviews pour ceux qui ont du mal à écrire » ? Eh ! bien, chiche, chers amis ! Vous avez « du mal à écrire », mais vous avez quelque chose à dire ? Faitesnous signe, on trouvera bien quelqu'un pour vous « interviewer » et retranscrire sans les trahir vos paroles et vos idées. « Être plus en prise avec la réalité régionale, illustrer avec des exemples locaux le plus souvent possible » ? C'est vrai que La Feuille Verte, qui se veut l'organe des écolos comtois, traite souvent bien plus du national et de l'international que du régional. « Présenter les différentes assos régionales s'occupant d'écologie ; faire des portraits de personnes » ; « Des rubriques culturelles (spectacle, musique, lectures... » ; « Présenter les différents groupes locaux » : ceux qui « suivent » La Feuille Verte depuis longtemps savent à quel point ces demandes sont revenues comme un leitmotiv... sans jamais être satisfaites, faute de volontaires pour les prendre en charge ; la désignation de « correspondants » au sein des groupes locaux, plusieurs fois « décidée », n'a jamais connu le moindre début de mise en place... Quelqu'un nous demande de « prévenir son auteur quand on ne retient pas son article » et de lui « donner les raisons » : il me semble que c'est bien ce que nous faisons, d'une façon générale ; si nous avons parfois omis de le faire, c'est effectivement inadmissible et nous nous en blâmons. Cela dit, je rappelle une nouvelle fois que la proportion des articles « retoqués » est vraiment infime. Enfin, reste la question... des élus. « Où sont les élus ? », demande quelqu'un, tandis que d'autres regrettent le manque d'informations sur leur travail, leurs dossiers, etc. Cela aussi a été dit, répété, regretté mille fois... sans conséquences vraiment probantes, comme on a pu le constater (quelques textes de conseillers régionaux, une « rubrique » dévolue aux élus bisontins pendant quelques mois...). Ce qui fait, entre autres, l'originalité de La Feuille Verte est aussi ce qui en constitue la difficulté majeure : ses « responsables » ne sont pas censés être aussi ses « auteurs », même si, dans les faits, ils sont bien souvent les deux à la fois. Leur rôle est avant tout d'animer, de recueillir, de trier, de discuter, de mettre en forme. Mais il ne faut pas perdre de vue cet aspect primordial : tout le monde peut (devrait ?) participer à La Feuille Verte, adhérents, coopérateurs, sympathisants, élus, responsables régionaux et locaux... Ou alors, si nous n'en voyons pas l'intérêt, arrêtons là l' « aventure », sans remords ni regrets. On me pardonnera de me répéter : La Feuille Verte ne peut

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être que ce que ses lecteurs en font. En tout cas, comme on l'a lu sur un des questionnaires, « merci et bravo à tous les rédacteurs pour leur temps et leur énergie » ! Gérard Roy
(1) Ma modestie dût-elle en souffrir (et Dieu sait si elle en souffre !), il y a même eu des gens pour citer les mensuels Émois parmi les raisons de lire La Feuille comtoise... Toutes mes excuses, quand même, à la personne qui s'« agace » de mon « anticléricalisme primaire et plutôt borné »...

Dessin reproduit avec l'aimable autorisation de Charlie Hebdo

Hommage à Sohane... et à d'autres

BRISER LE SILENCE

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ien sûr, ce serait plus léger de parler d'énergies renouvelables, ou d'isolation thermique ; mais j'ai choisi de parler des femmes, et notamment des violences faites aux femmes. Souvenez-vous : Sohane, 17 ans, brûlée vive à Vitry-surSeine par un homme de 24 ans. C'était il y a dix ans, le 4 octobre 2002 : brûlée vive dans un local à poubelles, comme on incinère un vulgaire déchet. Le martyre de Sohane est devenu le symbole des violences faites aux femmes. Je suis psychologue clinicienne et j'en vois passer, des femmes qui, dans le secret de la consultation, osent parler, livrer leur histoire, mettre à nu leurs blessures, parfois longtemps après les faits : combien d'enfances abîmées, d'adolescences mutilées, de vies d'adultes brisées ?... Violences, attouchements, incestes, viols... Toutes ces souffrances n'arriveront jamais jusqu'au cabinet d'un juge, car il faut savoir que 90 % de ces femmes ne portent pas plainte. Il est si difficile de briser le silence, de faire entendre sa voix, d'avoir à prouver la véracité des faits, de se trouver face à son bourreau (surtout si c'est son père ou son frère) ; la honte, l'humiliation et même la culpabilité dominent. Comme si c'était la faute des femmes, comme si elles étaient quelque part coupables. Mais coupables de quoi ? D'être nées femmes ? Quel relent nauséabond de la domination masculine qui a sévi durant des millénaires et qui sévit encore dans nombre de pays ! Ces femmes qui parlent, qui lèvent le voile sur ces abominations, elles ne viennent pas d'ailleurs, elles ne viennent pas de loin : elles vivent ici, tout près de nous, tout près de vous. Des progrès sont à faire dans notre monde dit « civilisé »,

des progrès quant au respect, à l'éducation, à la reconnaissance et plus encore, comme dirait Benoîte Groult (1), à l'estime. Amnesty international, dans un rapport datant de 2005 (2), fait des propositions et des recommandations afin de mettre fin à l'impunité et de protéger les victimes. Force est de constater que la situation n'a pas évolué et que la parole des femmes victimes de violences n'est pas entendue : l'actualité, dans le procès des viols collectifs de Fontenay-sous-Bois, vient encore de nous démontrer l'impunité et la non-reconnaissance de ces actes de barbarie. Pour l'association Osez le féminisme, le verdict équivaut à « un permis de violer » et aboutit à une banalisation des viols ; il renvoie les victimes au silence. Dans une lettre ouverte au président François Hollande, une trentaine d'associations du collectif Féministes en mouvement demandent un débat public sur les violences contre les femmes. Espérons que cette demande-là sera enfin entendue ! Il faut en finir, entre autres, avec les 75 000 viols commis chaque année en France, soit... un toutes les sept minutes en moyenne ! (3) Corinne Guyonnet
(1) Benoîte Groult, Ainsi soit-elle, Le Livre de poche (2) Amnesty international, Les violences faites aux femmes - Une affaire d'État (3) Et seulement 2 % des violeurs sont condamnés !

Haine et violences

L'AUTRE : MON SEMBLABLE, MON ENNEMI ?

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es événements dramatiques d'Échirolles ne peuvent pas ne pas nous interroger. Le déchaînement archaïque d'une violence impensable résonne comme une mise au tombeau du lien social ; sa possibilité même, au-delà de l'effroi qu'elle suscite, nous laisse comme désemparés et anéantit les familles de Sofiane et Kevin, les proches et tout un quartier. Si les événements ne sont pas comparables du point de vue des faits, ils font quand même écho au « gang des barbares », au meurtre sauvage d'Ilan Halimi par une meute toute aussi empreinte de cruauté bestiale. Société civilisée, nous ne comprenons pas comment ces actes peuvent advenir. Mais toutes proportions gardées, en quoi ces actes monstrueux différent-ils de ceux de Srebrenica, ou d'Alep, ou de tant d'autres ? Toutes proportions gardées, en quoi diffèrent-ils de la chasse aux Roms organisée par quelques paisibles citoyens ? Un regard a suffi, expliquent les médias ; un échec de la socialisation, ont pu dire quelques travailleurs sociaux. Un regard, comme une interrogation insupportable : qui es-tu, toi, pour me braver ainsi, braver ma loi sur mon territoire ? Mais qui es-tu, toi pour qui la vie n'est rien, pour t'affranchir de la loi ou ne l'avoir que si faiblement rencontrée, pourrait-on apostropher en retour ? Qui es-tu, toi, le musulman, demandait le Serbe, pour venir souiller ma terre ? Qui es-tu, toi, le Rom, pour obstruer mon regard avec ton camp insalubre ? questionne le bon Français. Que ce soit à l'échelle d'un quartier ou à celle d'un pays, une même folie guette. « Le chaos est là en nous et entre nous et les autres, car autrui est toujours là comme une promesse d'amour et un péril probable, car autrui nous fait signe de sa différence et de sa similitude englobante, parce que nous projetons en lui des parties de nous-mêmes et qu'il se comporte de la même manière », écrit Eugène Enriquez (1), qui partage avec Freud un profond pessimisme quant à la nature humaine. Le tragique de la condition humaine, c'est de voir dans l'autre à la fois son semblable et son ennemi ; c'est de ressentir parfois la fragilité de nos institutions, qui ne parviennent plus à contrer les pulsions destructrices, à les détourner, à fabriquer du lien.

La violence est en nous, expression de la haine des autres, expression d'une toute-puissance du désir et des pulsions, et tout le travail de socialisation consiste à « homoniser » ce petit monstre vagissant et à le rendre apte à la vie, pour reprendre une expression de Castoriadis (2), c'est-à-dire à la vie avec les autres. Et de fait, il est des faillites de nos institutions qui conduisent quelques-uns de nos semblables à abandonner toute humanité. Les raisons en sont multiples : familiales (précarité), sociales (échecs, délaissement), économiques (une société libérale et financière), mais toutes interrogent le contenu du vivre-ensemble. Il est aussi des discours qui attisent ces sentiments haineux (3) et qui conduisent à certains passages à l'acte, parfois limités, mais qui parfois embrasent tout un pays. Il s'agit pour toute société d'une lutte incessante pour préserver ce qui est l'un des fondements de notre humanité : le souci de l'autre. Michel Boutanquoi
(1) Eugène Enriquez, De la horde à l’État, Gallimard, 1983 (2) Cornelius Castoriadis, Figures du pensable, Paris, Seuil, 1998 (3) L'histoire lamentable du pain au chocolat de Copé en fait malheureusement partie.

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Dessin reproduit avec l'aimable autorisation de Charlie Hebdo

Réßexion dÕun naturaliste sympathisant d'EÉLV

BIODIVERSITÉ : ÉROSION OU EFFONDREMENT ?

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ertains médias et réseaux associatifs s’emploient à nous émouvoir avec la menace qui plane sur l’ours polaire, victime de la fonte de son biotope glacé due au changement climatique, du tigre du Bengale, victime d’une démographie humaine et d’un déboisement galopants, des baleines de toutes espèces, victimes de deux siècles de surpêche, de la transgression des règlements internationaux et de la pollution des océans. Ces médias et militants n’ont pas tort. Pourtant, les faits, évolutions et situations qu’ils nous soumettent ont un défaut : bien que touché par les images spectaculaires d’animaux symboles en voie de disparition, le Français moyen finira par penser, souvent implicitement, que ces problèmes sont lointains et qu’ils ne nous concernent qu'à la marge, voire pas du tout. Il n’en est rien, hélas !

même au cœur de Paris, le corbeau freux, aux colonies assourdissantes (encore classé « nuisible »), la corneille noire et l’étourneau sansonnet, toujours nombreux, le pic noir, dont l’espèce autrefois montagnarde a conquis les forêts de plaine en trois décennies. Nous, ornithologues amateurs, nous étonnons avec ravissement de voir nos campagnes comtoises investies chaque hiver par des dizaines de grandes aigrettes (1), migratrices hivernantes d’Europe de l’Est. L’espèce était rarissime chez nous dans les années 1980. Elle a depuis adopté notre région pour passer la mauvaise saison en nombre. Ces grands oiseaux blancs nous apportent-ils un bon présage ? Pas si sûr : car si j’oublie ici quelques-uns de ces animaux qui « profitent » des évolutions actuelles de notre environnement commun, la liste n’est pas si longue. Vers des printemps plus silencieux Dans mon adolescence, vers 1974, l’ornithologue professionnel (Université de Montpellier, CNRS) Jacques Blondel, ami d’une famille de ma parenté, avait accepté de me recevoir durant une journée, au cours de laquelle j’ai appris, entre autres choses, que dans le monde des oiseaux, sur dix contacts, neuf seront auditifs et seulement un sera visuel. A partir de cette rencontre très formatrice, j’ai entrepris d’apprendre à reconnaître beaucoup d’espèces non seulement à l’œil, mais aussi à l’oreille… En ce début mai 2012 (2), on peut déjà commencer à établir un bilan des retours des migrateurs d’avril : ● Où sont les hirondelles rustiques ? Dans mon quartier d’un riant village de Haute-Saône, apparemment pas spécialement pollué, une bonne dizaine de couples ont niché en 2005, puis 2006 (avant, je ne comptais pas), dont quatre dans le seul bâtiment occupé par ma famille. Cette année, pas de dispute ni de gazouillis, ni sur les sites de nidification, ni sur les fils électriques : une seule paire d’oiseaux fréquente les environs… ● Que sont devenues les hirondelles de fenêtre ? Mise à mal lors du ravalement de la mairie dans les années 1990, qui a occasionné la destruction de nombreux nids, la colonie du village ne s’est jamais bien reconstituée et a quasiment disparu aujourd’hui. ● Où est passé le coucou gris ? Pas de « coucou !» dans les bois au cours de ce mois d’avril, période normale du retour d’Afrique de la bête. Premier oiseau, solitaire, entendu début mai… Il faudra très bientôt inventer des fables pour expliquer aux enfants ce qu’a été dans notre jeunesse

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Lorsqu’à la fin des années 1970-début 1980, j’ai participé avec passion et modestie à la protection du faucon pèlerin en Franche-Comté - espèce en perdition à l’époque et aujourd’hui heureusement sauvée (provisoirement ?) -, les menaces nous semblaient assez bien identifiées : ● Les écosystèmes étaient empoisonnés par des pesticides organochlorés rémanents, type DDT. Ceux-ci s’accumulent dans les graisses des animaux au fil des chaînes alimentaires et fragilisent notoirement les coquilles des œufs des oiseaux. L’usage de ces produits est depuis interdit dans les pays développés (mais qu’en est-il ailleurs ?). ● Il existait un juteux trafic de jeunes rapaces, orchestré par de richissimes fauconniers bien pourvus en pétrodollars (tradition moyen-orientale). ● Les pourfendeurs de « nuisibles » étaient encore nombreux parmi les porteurs de fusils locaux. J’avoue avec satisfaction qu’il y a longtemps qu’on ne m’a pas apporté une buse « plombée ». Les nemrods ont eux aussi, tant bien que mal, intégré quelques notions d’écologie. Il suffisait donc d’interdire le DDT et de surveiller les aires (sites de nidification) des faucons pour que tout aille mieux. Trente années plus tard, tout va-t-il mieux pour notre faune ? Certainement pas ! Quelques espèces, très visibles et qui peuvent, transitoirement, nous paraître abondantes, semblent prospérer. Ainsi, le naturaliste débutant peut-il se satisfaire d’observer en nombre, avec une relative facilité, le pigeon ramier, espèce forestière qui niche maintenant

l’heureuse et rassurante banalité de ces espèces symboles du retour du printemps. D’autres espèces moins connues sont tout autant touchées par la « malédiction moderne » : ● Je n’ai pas encore entendu le torcol fourmilier cette année (« quin ! quin ! quin ! ») et il avait déjà boudé les abords de mon village l’année dernière. La malédiction porte-t-elle seulement sur les migrateurs, qui s’empoisonneraient au cours de leur périple ? Rien n’est moins sûr. Nombre d’oiseaux plus sédentaires et réputés banals voient également leurs effectifs se réduire depuis quelques années : ● Moineau friquet : plus à la mangeoire cet hiver, plus dans mes nichoirs ce printemps. ● Bouvreuil pivoine : une observation pour tout l’hiver dans mon jardin ! ● Un ami plus assidu que moi sur le terrain me disait récemment qu’il voit même s’infléchir les effectifs des pies bavardes ou des tourterelles turques, animaux familiers jusqu’au cœur de nos villes. Rien ne va plus, ma brav' dame, et ça n’ date pas d’aujourd’hui ! Yvette Veyret, universitaire géographe spécialiste des risques majeurs, sans nier les problématiques propres à la situation actuelle de l’humanité, aime à rappeler que nous, les humains, avons la mémoire fâcheusement courte. Elle donne en exemple la grande crue centennale de la Seine en 1910 : qui s’en souvient alors que les contemporains sont tous dans les cimetières ? Qui sait qu’elle se reproduira (ce qui est statistiquement à peu près certain) ? Quel effet aura la prochaine crue centennale du fleuve sur l’agglomération parisienne, une mégalopole moderne sururbanisée, dépendante de technologies fragiles et… non préparée à ce type de situation ? En matière de biodiversité, la perte de mémoire nous trompe également sur l’ampleur des dégâts esquissés cidessus. Alors que je m’inquiète de mes modestes observations présentes et personnelles, voyons d’où nous partons. Quelques petits exemples, à reculons : ● Un copain, forestier à la retraite, un peu plus âgé que moi, me rapportait que dans les années 1960-70, la rivière locale - la Linotte, affluent de l’Ognon - grouillait d’écrevisses à pattes blanches - l’espèce européenne -, et il racontait leur disparition assez brutale pour cause de surpêche et de braconnage, sans compter la pollution croissante du cours d’eau par la panoplie des produits chimiques domestiques ou phytosanitaires dont l’usage s’est précisément répandu à cette époque. Aujourd’hui, le crustacé n’est plus là. Il se maintient péniblement tout à l’amont du bassin versant de la Saône, dans les Vosges du Sud, où il bénéficie d’un plan de protection bien tardif. ● Albert Falco, ancien plongeur et capitaine de la Calypso du commandant Cousteau, est décédé le 21 avril dernier.

L’Est Républicain du 23 avril nous rapporte ce témoignage émouvant de ses premières plongées dans les années 1950 : « La mer Méditerranée ressemblait à une bouillabaisse en pleine ébullition : ça grouillait tellement que j’avais peur ! » Verve méridionale imagée, mais significative de ce qui s’est perdu en 60 ans… ● Pendant des siècles, et il y a encore 90 ans, les journaliers se sont plaints de la monotonie de la nourriture qui leur était servie. Du saumon tous les jours ! Donneznous un bout de cochon, notre bon Maître !... Les anciens, dans la baie du Mont-Saint-Michel comme dans la vallée de la Loire, se souvenaient d'avoir obtenu, après force négociations, de ne manger de ce poisson que trois fois par semaine et les jours de Carême. Certains prétendent qu'il ne s'agit là que d'une légende en prétextant qu'il n'y a pas de documents écrits qui en attestent. Que ceux-là sachent que s'il n'y a en effet qu'un seul acte qui en fasse référence, c'est avant tout parce que les contrats passés entre les maîtres et leurs employés étaient uniquement verbaux, les seconds ne sachant pas lire… ● Dans nos rivières, la mulette perlière a été exploitée par l'homme depuis la préhistoire, du fait de sa faculté de fabriquer une perle de nacre exploitable en joaillerie (pour 1 individu sur 1 000 en moyenne). On raconte ainsi que Marie de Médicis (1575-1642) a porté, pour le baptême de son fils, une robe composée de 32 000 perles de Margaritifera margaritifera ! Pour qu’un tel trésor soit accessible, il faut imaginer, dans ce monde passé, des rivières limpides, contenant moins d’un milligramme par litre de nitrates et dont le fond était tapissé de ces mollusques filtreurs. Ils sont en voie de disparition actuellement (3). Je n’appelle pas au retour en arrière vers des temps passés idéalisés, comme on en accuse parfois les écologistes. Soyons réalistes : l’histoire ne fonctionne pas à l’envers et, pour de nombreuses situations, il est déjà trop tard ; vers 1800, un milliard d’habitants sur notre planète vivaient de ressources renouvelables et déjà surexploitées pour certaines. Qui désire vivre comme au temps de Napoléon Bonaparte ? Aujourd’hui, nous sommes sept milliards vivant sur des ressources non renouvelables pour plus de 80 %. Parmi celles-ci, il n’y a pas seulement le pétrole, le gaz, le charbon et l’uranium que nous devrons, quels que soient les chemins politiques, remplacer via une transition énergétique. Il y a aussi la perte irrémédiable de notre capital biodiversité, qui s’accélère dans l’indifférence des décideurs et du plus grand nombre. Les causes en sont certainement multiples et complexes : ● Certains experts dénoncent une pollution, diffuse mais généralisée, des écosystèmes par les cocktails de biocides massivement dispersés, depuis un bon demi-siècle, via l’agriculture, la pharmacie industrielle, le jardinage, nos produits d’entretien ou l’incinération de nos déchets… Très plausible. ● Le changement climatique, causé par les émissions

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massives de gaz à effet de serre depuis deux siècles, est en marche. On ne l’arrêtera pas en pressant sur un bouton. Il sera redoutable pour de nombreuses espèces animales et végétales, sans compter... nos toutes proches « générations futures » (elles sont nées !). ● Pour diverses raisons (économie de court terme, ignorance, paresse), de nombreux écosystèmes continuent à être mis à mal dans le monde, y compris en France : vergers arrachés ou non renouvelés, stations d’épuration insuffisantes ou saturées, normes de rejets inappropriées, milieu humides asséchés, forêts intertropicales non régénérées, marées noires, déchets abandonnés… A travers toutes ces menaces esquissées, ce n’est pas seulement le concept de préservation de la biodiversité qui se jouerait de façon abstraite ou idéalisée dans les labos de recherche ou les associations de protection de la nature. Ce sont les conditions de vie future des enfants d’aujourd’hui qui sont mises en question. Comment nourrir sainement 9 milliards d’habitants en 2050 à partir d’éco- ou agro-systèmes en voie de dégradation accélérée ?

Dans l’immédiat, chacun doit donc être convaincu qu’il peut agir localement, personnellement ou collectivement, pour infléchir le cours d’une catastrophe planétaire en marche, qui revient à détruire le capital vie : cultivez et consommez bio et/ou renouvelable ! Pour l’heure, sur le plan lexical, la science institutionnelle parle pudiquement de l’érosion de la biodiversité. Ne serait-il pas plus lucide de parler d’un effondrement désastreux et sans précédent ? (4) Jean-Louis Dubois, éco-interprète

(1) Un grand héron tout blanc. (2) Eh ! Oui, mon article est publié avec... un certain retard... (3) La norme actuelle pour l'eau potable est...moins de 50 mg/l ! (4) Pour en savoir plus : Un éléphant dans un jeu de quilles / L’homme dans la biodiversité, de Robert Barbault, Ed. du Seuil / Science ouverte

L'avenir de l'AOP comté

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CHANGER LA PAC

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'est un débat de grande qualité qui a eu lieu le 15 octobre à Pontarlier, sous la houlette d'ATTAC et avec la participation de Claude Vermot-Desroches, président du Comité interprofessionnel du comté, Mathieu Cassez, agronome et membre d'ATTAC et Marc Dufumier, agroéconomiste. Un auditoire varié de 150 personnes : agriculteurs, environnementalistes, altermondialistes… ou simples citoyens. Verre à moitié vide, verre à moitié plein

de biodiversité des prairies et l'eutrophisation des rivières comtoises. En effet, si on n'en est pas au niveau de la Bretagne en ce qui concerne les nitrates, certains indicateurs sont très préoccupants (Cf. l'article sur les Assises de la Loue). Avec la fin programmée des quotas laitiers, l'agriculture comtoise est à la croisée des chemins et elle devra résister à la tentation du « produire plus », qui aurait des conséquences dramatiques sur l'emploi et sur l'environnement. Peser sur la renégociation de la PAC (2)

Les trois intervenants se sont félicités, chacun à sa manière, des bienfaits de l'AOP (1) : une meilleure maîtrise de la filière par les agriculteurs, le maintien de l'emploi, la préservation de la qualité du produit face aux risques de standardisation et grâce au maintien du système des fruitières artisanales, et un meilleur revenu pour les producteurs. En effet, au moment de la grande crise laitière de 2008-2009, c'est l'AOP qui a permis le maintien des cours alors que ceux-ci s'effondraient dans d'autres régions, comme la Bretagne ou le Massif Central. Ce succès est à mettre au crédit de l'intelligence collective et d'une forme de résistance aux logiques libérales de l'intensification, grâce à un cahier des charges qui fixe des règles de production. Côté verre à moitié vide, on trouve les problèmes environnementaux, qui restent très préoccupants : la perte

Comment ne pas souscrire à ce constat de Claude VermotDesroches, lequel considère que « l'Europe est dirigée par des commissaires, fous furieux du libéralisme » qui, avec la fin des quotas, « sont en train de piétiner les règles mises en place ». En effet, la tentation est bien présente de revoir le cahier des charges de l'AOP à la baisse pour se conformer à la sacro-sainte « concurrence libre et non faussée ». Mathieu Cassez a rappelé que, si la profession avait une certaine maîtrise des volumes de production, elle ne contrôlait pas grand chose en amont : les intrants (énergie, achat de protéines…), et en aval : 80 % de la commercialisation par les grandes surfaces. Revenant sur les problèmes environnementaux non réglés, il a insisté aussi sur la nécessité de trouver le bon équilibre

agro-écologique. La question de la renégociation de la PAC (9,5 milliards d'euros pour la France) a été abordée par Marc Dufumier. Pour lui, le moment est venu de tranférer une grosse partie des aides vers une agriculture plus respectueuse de l'environnement. Les modalités de ces aides, nouvelle formule, devront être négociées au niveau régional, avec les agriculteurs eux-mêmes. La bataille qui s'annonce, pour une autre politique agricole européenne doit pouvoir regrouper producteurs, environnementalistes et consommateurs.

L'animatrice de la soirée a conclu par un appel à la constitution d'un collectif « PAC 2013 » pour élaborer des propositions et préparer, pour les défendre, la mobilisation citoyenne. Gérard Mamet
(1) Appellation d'Origine protégée (ex-AOC, Appellation d'Origine contrôlée). (2) Politique agricole commune.

Une campagne d'Athénas

POUR LA CONSERVATION DU LYNX BORÉAL

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éapparu en France dans les années 70, le lynx n’a jamais bénéficié d’un plan de conservation. Issu des réintroductions suisses, il a colonisé le massif du Jura, y trouvant un biotope favorable. Toutefois, si son aire de présence s’est étendue de façon régulière jusqu’au début des années 2000, elle a commencé à stagner, voire à régresser localement (Cf. bulletin n°17 du Réseau lynx, bilan 2008/2010). ● Mortalité routière et ferroviaire : chaque année, des individus sont tués, le plus souvent dans des zones identifiées depuis longtemps comme dangereuses. Pourtant, les travaux routiers visant à fluidifier le trafic mais entraînant une accélération de la vitesse continuent. ● Obstacles matériels à la dispersion (autoroutes, lignes TGV, etc.), constituant des freins à la conquête de territoires par les subadultes et créant des ruptures de continuité entre les noyaux de population. ● Braconnage : longtemps nié ou ignoré, il est aujourd’hui connu, en raison d’affaires qui ont donné lieu à des jugements et des condamnations. Toutefois, malgré la découverte répétée de jeunes orphelins chaque automne au moment des battues à grand gibier, les moyens consacrés à la lutte contre le braconnage (effectifs et logistique) diminuent régulièrement. Ainsi, depuis 10 ans, la population française de lynx est estimée au même niveau (environ 150 individus). Dans le même temps, les remises en cause du statut de protection de l’espèce se multiplient :

Appels à la « régulation », fondés sur une prétendue surdensité. ● Campagnes de presse mettant en scène des prédations présentées comme délictuelles, anormales ou menaçant la survie des populations d’ongulés. ● Enfin, les attaques de lynx sur le bétail domestique ne font pas l’objet d’une politique de prévention. L’Administration gère les déprédations occasionnelles au jour le jour, en fonction des pressions des lobbies. Chaque consultation publique fait apparaître qu’à une écrasante majorité, nos contemporains sont favorables à la protection du lynx. Pour qu’il bénéficie d’un plan de conservation, comme le loup et le l’ours, il est nécessaire de se mobiliser : ● Rédiger une proposition de plan de conservation, travail dans lequel nous souhaitons impliquer les associations nationales concernées. ● Témoigner d’un fort soutien du public à cette initiative pour cela, il faut massivement (et avant le 31 décembre) signer la pétition Pour un plan de conservation du lynx boréal, qu'on trouve sur le site www.cyberacteurs.org/ cyberactions/plan-conservation-lynx-boreal-514.html

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Centre ATHENAS
Sauvegarde de la Faune Sauvage en Franche-Comté et Bourgogne Est www.athenas.fr Tél : 03 84 24 66 05

Bus belfortains

’ai été sensible au courrier, paru dans La Feuille Verte de cet été, de Jean-Marc Blechschmidt, qui disait que ce serait sympa si nos élus, bien que très pris par leurs mandats, faisaient l’effort de rédiger un article de temps en temps, pour dire leur travail, leurs joies et leurs peines. Certes nous avons souvent la tête dans le guidon, nous nous battons quotidiennement pour faire progresser l’écologie, dans un environnement pas toujours très amène. Mais il est en effet important de relater ce travail, nos réussites et nos difficultés, pour ceux qui partagent nos convictions. D'où les lignes qui suivent. Tout remettre à plat... Au terme d’un accord de programme et de gouvernance entre certaines composantes de la gauche locale (MRC-PSVerts) lors des cantonales de 2004, je suis devenu en avril 2004 Vice-Président du SMTC (Syndicat Mixte des Transports en Commun) du Territoire de Belfort, avec comme Président Christian Proust, tout frais ancien président du CG à l’époque. Nous avons trouvé un réseau en perte de vitesse, qui végétait sous la présidence de Raymond Forni, lequel avait en ce temps-là d’autres chats à fouetter… Le réseau perdait 200 000 voyages (trajets) par an, il n’avait pas été modifié en profondeur depuis 1979. Nous avons vite compris qu’il fallait tout remettre à plat pour repartir du bon pied. Mes objectifs en arrivant au SMTC étaient modestes : remplacer les vieux bus au gas-oil par des bus propres et instaurer la gratuité pour les scolaires de la ville de Belfort, qui n’en bénéficiaient pas, contrairement aux autres collégiens et lycéens du Territoire-de-Belfort, ce qui était une injustice. Nous avons pris trois ans pour étudier la question sous tous les angles et visiter les réseaux qui réussissaient. Et nous avons bâti un nouveau réseau sur quatre aspects principaux : rapidité, efficacité, simplicité, matériel propre et moderne. Rapidité L’ancien réseau avait des performances très médiocres en matière de « vitesse commerciale » (vocable consacré dans la profession pour désigner la vitesse moyenne des bus sur le réseau).Grâce à l’augmentation des sites propres (multipliés par 6), la priorité aux feux et l’arrêt de la vente des billets à bord (25 % du temps du conducteur), nous sommes passés de 14 km/h à 21 km/h (ce qui est dans le haut du tableau pour un réseau d’agglomération urbaine moyenne).

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LES AVENTURES D’OPTYMO
Efficacité L’ancien réseau ne desservait ni les pôles d’emploi (ce qui est un comble quand on sait que les réseaux sont financés en grande partie par le Versement Transport des entreprises de plus de 9 salariés, qui représente environ 60 % de notre budget), ni les centres commerciaux ou les pôles de loisirs (cinémas, etc.). De plus, les horaires étaient très irréguliers, avec des vides importants dans la journée. Notre nouveau réseau comporte plusieurs lignes nouvelles, qui desservent les pôles économiques, commerciaux et de loisirs, à la fréquence de 10 minutes toute la journée, et avec un cadencement (le bus passe à la minute 04, 14, 24, 34, 44, 54, à un arrêt donné). Simplicité Au niveau de la tarification, il y avait 3 zones et 75 tarifs différents, le ticket unité était utilisé à 60 %, au détriment de l’abonnement, cher et dissuasif. Nous avons réduit à 4 le nombre de tarifs : tarif normal, tarif social et jeunes, transport à la demande (TAD) et personnes à mobilité réduite, gratuité scolaire (un AR/ jour), avec suppression des zones. Le système n’est plus celui d’un abonnement « à fonds perdus » : on paye le nombre de voyages réellement faits dans le mois (sur la base de 0,80 € par voyage), plafonné suivant le tarif (31euros tarif normal, 9 euros tarif social et jeunes). Il n'y a plus de risque de payer un abonnement incomplètement consommé… Le titre papier a été remplacé en majeure partie par un pass sans contact (le Pass Optymo), délivré gratuitement et valable ad vitam aeternam. On monte dans le bus, on badge et c’est tout - avec un système de post-facturation (paiement en fin de mois de l’ensemble des voyages réalisés dans le mois). Ce pass représente 85 % de nos voyages, le reste étant réparti entre les différents titres papier maintenus (10 voyages, voyage journée…) et les tickets par SMS, pour les usagers occasionnels ou extérieurs à Belfort. Matériel propre et moderne Un nouveau réseau se devait de fonctionner avec des bus modernes, propres et attractifs. Nous avons remplacé nos 50 bus au gas-oil par 38 bus au GPL, dont la livrée, le design intérieur et les matériaux et sellerie des sièges ont été spécialement étudiés. Nous avons décidé de prendre de beaux matériaux, avec tissus

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doux et confortables, au lieu du plastique spartiate et prétendument résistant. Le pari était que si l’on fournit du beau, il est respecté. Le résultat est que nous avons très peu de dégradations à l’intérieur des bus. Après trois ans de travail et d’attente, le jour J est arrivé : le basculement du réseau était programmé pour fin décembre 2007. Nos nouveaux bus MAN (seul constructeur faisant encore des bus au GPL) sont arrivés les uns après les autres courant décembre. Que d’instants d’émotion !… Et le réseau a été mis en service début janvier 2008. Instant de vérité… Après un début un peu en baisse (les usagers ont dû se familiariser avec le nouveau réseau, prendre de nouvelles habitudes, les lignes avaient parfois changé, les arrêts n’étaient plus les mêmes…) et une campagne haineuse et populiste de la droite sarkozyste utilisant le désarroi des clients, nous avons rapidement retrouvé notre fréquentation et nos recettes initiales. Quatre ans plus tard... Quatre ans après, il y a 45 000 porteurs du Pass Optymo et la fréquentation du réseau a augmenté de près de 80 % (4,8 millions de voyages en 2007, 8,2 en 2011).

Certes, des améliorations restent encore à faire (meilleure desserte des zones suburbaines, réorganisation du TAD...). C’est le travail entrepris dans le nouveau projet de réseau. En effet, pour améliorer encore ces résultats, nous avons réfléchi et travaillé depuis deux ans sur le projet « Optymo phase 2 ». Le but est de faire un Bus à Haut Niveau de Service (BHNS), qui obtienne des résultats comparables à ceux d’un tramway, en coûtant beaucoup moins cher (notre budget total est égal à 2 km de tram, soit 40 M€. Pour comparaison, le tram de Besançon coûtera 250 M€). Après 2 ans d’études et de procédures administratives, les travaux ont débuté en juillet 2012, ce qui fait que Belfort ressemble (un peu !) à Besançon. Il y aura encore plus de sites propres, de nouvelles lignes, des fréquences à 5 minutes sur certaines lignes... Lancement prévu fin 2013.

Jean Siron

Haut-Doubs

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ASSEMBLÉE GÉNÉRALE
Notez dès à présent la prochaine réunion : mercredi 14 novembre, à 20 h 30, à la Mairie du Russey. Par ailleurs, il est très regrettable de n'organiser des réunions publiques thématiques que pendant les périodes électorales. Il serait donc opportun d’en organiser une de temps en temps sur différents secteurs de notre territoire pour fidéliser nos militants et favoriser l’échange en zone rurale. De fait, une réunion publique sur la question transfrontalière du droit d’option a été évoquée. Affaire à suivre… Claire Rousseau

u côté de Pontarlier, l’automne est synonyme de rassemblement, puisque le 17 octobre s’est tenue l’Assemblée générale du groupe local EÉLV, réunissant les adhérents et coopérateurs du Haut-Doubs, vaste territoire qui s’étend de Mouthe au Russey en passant par Morteau, Vercel et Amancey. Après un bilan moral partagé entre espoir et déception chacun a pu partager son sentiment sur la vie du parti - les 8 écologistes présents ont pu élire un nouveau bureau partiellement renouvelé. Il a également été demandé d’élire 2 cosecrétaires afin de se répartir la charge de travail sur deux zones géographiques distinctes, en lien avec les militants et les projets du secteur. A l’unanimité, l’assemblée a donc élu 3 personnes : ● François MANDIL, porte-parole du groupe local du Haut-Doubs ● Raymond TOURNIER, cosecrétaire, plus particulièrement sur la zone de Morteau ● Claire ROUSSEAU, cosecrétaire, plus particulièrement sur la zone de Pontarlier. Dorénavant, les réunions reprendront donc, alternativement à Morteau et à Pontarlier, le 2e mercredi du mois, à 20 h 30.

Claire Rousseau Raymond Tournier François Mandil

Jeunes Écolos

EN ROUTE VERS DE NOUVELLES AVENTURES !

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vec les tractages, les collages, l'Écolopoly et la participation aux deux meetings de campagne d’Éric, on peut dire que les Jeunes Écolos franccomtois ne sont pas restés les mains dans les poches en ce printemps 2012 !Après le bac, les concours, la recherche d'emploi ou autres sympathiques formalités de fin d'année scolaire, les JÉFC se sont retrouvés dès le mois d’août. C'est ainsi que trois Jeunes Écolos bisontins se sont rendus à Poitiers pour le Forum Ouvert des Jeunes Écologistes et les journées d'été d'EÉLV. Pour une première, le Forum Ouvert fut une belle réussite : une semaine de débat, d'ateliers participatifs, de rencontres et de repas végétariens dans le jardin sympa d'une auberge de jeunesse poitevine. Ce fut entre autres l'occasion d’échanger avec Pascal Durand sur notre vision du mouvement de jeunesse et de la relation indépendante et solidaire que nous entretenons avec EÉLV, mais aussi de réaliser quelques actions, comme la mythique « soirée de droite » ou le happening contre le « greenwashing », pas mal repris dans la presse. La semaine s'est conclue par notre AG, au cours de laquelle Mathilde et Anthony, les deux Franc-Comtois, ont quitté l’exécutif fédéral. Ils laissent derrière eux un bilan moral voté à l'unanimité (historique !), qui témoigne du travail accompli cette année. En effet, cette année fut importante pour notre mouvement, qui a grossi et mené plusieurs campagnes dans presque toute la France.

C'est sur cette dynamique que les JÉFC ont abordé cette rentrée. Nous avons donc, dès début septembre, repris les tractages et les collages dans les facs, afin de faire connaître notre mouvement. Le 22 septembre, nous avons décidé de décliner à Besançon l'action nationale Park(ing) Day. C'est en K-way et sous un Vitabri que nous avons occupé une place de parking dans le but d’entraîner une réflexion sur la place de la voiture en ville. Enfin, jeudi 4 octobre, nous avons organisé un pot de rentrée. Une bonne dizaine de militants, de sympathisants mais aussi de nouvelles personnes venant découvrir les Jeunes Écologistes étaient présents. Autour d'un Écocup de jus de pomme bio, nous avons évoqué le fonctionnement et les valeurs de notre mouvement. Nous en avons profité pour présenter une rétrospective des actions qui ont marqué les JÉFC. Nous sommes repartis avec de nombreuses idées et une grande motivation pour l'année à venir... et tout en souhaitant une bonne continuation à Mathilde Tessier qui, partie poursuivre ses études à Lyon, continue à adhérer en Franche-Comté ! (1)

Lucas Wicky, pour les Jeunes Écologistes de Franche-Comté

L'action "Park(ing ) Day", à côté de la place Granvelle

(1) Tu souhaites prendre contact avec les Jeunes Écolos ? Toutes les infos sont sur notre page web : http://www.jeunes-ecologistes.org/franche-comte Tu peux aussi nous suivre sur Facebook et Twitter.

Jeunes Écologistes de Franche-Comté

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PARKING DAY : MOINS DE VOITURES, PLUS DE NATURE !
développement dépassé, qui accorde un espace toujours trop important aux véhicules individuels. Les défis de la mobilité du futur nous imposent de changer de paradigme : sortons de notre dépendance collective et construisons la ville de demain. Quelques mètres carrés : le début du bonheur ? Une place de stationnement représente environ 9 m2 : si on multiplie cette surface par les 5 000 places de parking extérieures disponibles à Besançon, c'est l'équivalent d'environ 6 stades de football qui est consacré au stationnement ! La place prise par les voitures stationnées pourrait être attribuée à d'autres fonctions. Il serait possible d'en faire des lieux de rencontres et d'échanges, des potagers, des espaces verts, des trottoirs plus larges, des voies de circulation pour les bicyclettes, trottinettes, rollers ou pour les transports en commun. Place à l'audace et à l'imagination ! Anthony Poulin, pour Les JEFC

ans le cadre de la mobilisation « Parking day », samedi 22 septembre, les Jeunes Écologistes de Franche-Comté ont transformé un emplacement du parking de la place Granvelle, à Besançon, en un espace où ils ont proposé de réfléchir à la place de la voiture en ville et à une autre gestion de la place publique. Nous avons alors payé pour occuper cette partie de l'espace public et décidé de l'ouvrir à tout le monde en lieu et place d'une voiture. Pas de ville pour les bagnoles : place à l'utopie ! Avec l'inexorable augmentation du prix des ressources pétrolières, la raréfaction des énergies fossiles et l'impact de la pollution atmosphérique sur le dérèglement climatique, nous allons devoir revoir nos façons de nous déplacer. Il est urgent d'oser penser différemment la place de la voiture en ville. L'automobile est source d'accidents et de nombreuses nuisances (visuelles, auditives ou agissant sur la qualité de l'air), en particulier dans le coeur de nos agglomérations. Alors qu'il existe plusieurs modes de transports alternatifs qui peuvent répondre aux attentes de chacun, nous continuons à nous accrocher à un modèle de

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Dans nos déchetteries

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BIENTÔT DES BENNES À MEUBLES
mobilier ; c'est ainsi que dès le premier semestre 2013, des bennes à meubles seront installées dans les déchetteries sur le territoire du Sytevom. Le réemploi est d'abord privilégié avec le réseau des ressourceries ; la récupération et le recyclage de matériaux permettront de faire baisser le tonnage des bennes « encombrants » ou « tout-venant » destinées à l'enfouissement. Ainsi de nouvelles filières de recyclage des DEA (déchets d'éléments d'ameublement) vont s'organiser et répondre aux préconisations du Grenelle II (loi du 12 juillet 2010). Corinne Guyonnet, membre du comité syndical du Sytevom
(1) Syndicat mixte à vocation unique pour le Transfert, l'Élimination et la Valorisation des Ordures Ménagères (HauteSaône) (2) www.eco-mobilier.fr

ne expérimentation au niveau européen est en cours, depuis début 2012, avec le Sytevom (1) et un nouvel écoorganisme, Éco-mobilier (2), sur notre territoire. En effet, deux collectivités ont été retenues : Strasbourg, avec une benne à meubles sur l'une des déchetteries, et le Sytevom, avec une benne à meubles sur la déchetterie de Lure. En janvier 2012, 17 tonnes de meubles ont été collectées et en août, 64 tonnes (dernier chiffre connu pour l'instant) ! Cette collecte est lancée par Éco-mobilier, qui aura à la minovembre son agrément d'éco-organisme. Sont collectés tout mobilier en bois massif, panneaux de particules, métal, ainsi que sommiers et matelas. Les producteurs (Ikea, Conforama, But...) préparent une écotaxe sur l'achat du mobilier afin de financer Écomobilier ; ce dernier reversera, selon un barème et selon le tonnage capté, aux collectivités. Le Sytevom, par la voix de son président Franck Tisserand, sera, espère-t-on, le premier à signer un contrat avec Éco-

Protection des rivières comtoises

ASSISES DE LA LOUE, ORNANS, 11 octobre 2012

À

l'entrée de la salle, un petit groupe de militants associatifs distribuent un document synthétique de deux pages intitulé Les décideurs auront-ils le courage de l'efficacité, rédigé par SOS Loue et Rivières comtoises. De l'animosité nulle part ; les élus et les personnels des administrations prennent connaissance des propositions, qui s'articulent autour de la notion de « contrat de territoire ». Mais comme on le verra dans la conclusion, le ton était donné. Une initiative conjointe Préfecture – Conseil général du Doubs

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Ces Assises ont été préparées en commun par les services de la Préfecture et du Conseil général du Doubs dans le double but, d'abord, de faire le point sur la situation de la rivière après la forte mortalité des poissons constatée en 2010 et 2011 et, ensuite, de renforcer la coordination des actions entreprises pour restaurer la qualité de l'eau de la Loue. Dans sa présentation de la journée, M. Decharrière, préfet du Doubs et de Franche-Comté, a dit sous forme de boutade qu'il ne s'agissait pas de faire l'autopsie de la Loue, mais bien de se mettre à son chevet, par une action efficace et résolue. Donnant aussi dans la métaphore « médicale », Claude Jeannerot, président du CG 25, a souhaité en fin de présentation de la journée que la Loue retrouve sa santé... Mais il a aussi insisté sur certaines nécessités : une veille permanente, une information transparente, la poursuite des études scientifiques, le travail à mener avec le monde agricole sur la gestion des effluents d'élevage et la mobilisation des élus locaux. D'abord l'état de nos connaissances scientifiques Les constats ont été rappelés par d'éminents scientifiques, comme Jean François Humbert (École normale supérieure) et Daniel Gerdeaux (Comité de Bassin). Ce ne sont pas vraiment des découvetes pour les écologistes : l'origine de la situation critique de la Loue est multifactorielle pollution, eutrophisation, perte de biodiversité,

aménagements excessifs, conséquences du réchauffement climatique… C'est dans ce contexte fortement dégradé qu'un champignon parasite des poissons plus virulent, Saprolegnia, a pu faire ses ravages. La Loue est une rivière qui subit une forte eutrophisation : la richesse de l'eau en nutriments, azote et phosphore, provoque la prolifération des algues. Il en résulte une forte perturbation de l'habitat des invertébrés et des poissons, une perte de biodiversité et la désorganisation des chaînes alimentaires. L'azote, sous forme de nitrates, provient essentiellement des activités agricoles et son augmentation est due à l'accroissement de la production laitière et aux changements de pratiques (lisiers). Le phosphore provient plutôt des activités domestiques (lessives et produits vaisselle) et arrive dans la Loue par les stations d'épuration. Le phénomène d'eutrophisation est aggravé par le réchauffement climatique, avec trois conséquences négatives : l'augmentation de la température de l'eau, l'acidification liée au CO2 et la diminution des débits d'étiage. Le tout dans une zone karstique où les calcaires sont de véritables passoires qui accentuent la fragilité des milieux. Les leviers de l'action Tout le monde est à peu près d'accord sur les constats, il faut maintenant renforcer les actions. Comment redonner de la liberté à la Loue ? Les barrages perturbent la libre circulation des espèces biologiques et empêchent le transport des sédiments. On peut améliorer la situation en continuant de construire de nouvelles passes à poissons et en écrêtant ou arasant certains barrages. Là où la rivière a été canalisée, on peut aussi restaurer des méandres. Le deuxième volet de l'action concerne les activités agricoles. Sur le bassin versant, il y a 603 exploitations agricoles pour 23 000 vaches laitières. Le représentant de la chambre d'agriculture rappelle que, pour l'essentiel, la production laitière est orientée vers la filière comté. L'AOP comté impose certaines restrictions : limitation du nombre d'animaux et de la fertilisation par rapport à la surface,

plafond d'aliments concentrés par bovin, etc. Mais il reste beaucoup à faire en matière de maîtrise des effluents, de respect des plans d'épandage et de formation des exploitants aux pratiques respectueuses de l'environnement. Troisième volet de l'action : améliorer le fonctionnement des stations d'épuration. Le bassin versant, Haut-Doubs (jusqu'aux pertes d'Arçon) et Loue, compte plus de 110 000 habitants. Il y a 75 stations, en partie des stations spécifiques pour les fromageries. Toutes ne sont pas équipées pour éliminer le phosphore. Et pourtant les techniques existent. La station de Bians-les-Usiers a été citée en exemple : en s'équipant pour la « déphosphoration », elle a fait passer de 8,3 à 1,8 mg de phosphore par litre la teneur des eaux rejetées dans la nature. Quatrième volet, les rejets d'effluents non domestiques. La Chambre de Commerce poursuit un travail de sensibilisation des professionnels dans différents secteurs : industrie, commerce, artisanat, services, santé, etc. Du côté des scieries, on tente de réduire les effets du traitement du bois par les insecticides et les fongicides, mais il faut renforcer la surveillance. Et pour finir ont été abordés le thème de l'application de la règlementation et celui des incitations financières. Le bâton et la carotte, en quelque sorte… Les directives européennes sur l'eau ont été transposées en droit français. Des infractions sont parfois constatées, par exemple en matière de rejets d'effluents agricoles. Les sanctions sont graduelles : avertissements, mises en demeure, amendes… Et l'Agence de l'Eau dispose de crédits pour subventionner les travaux entre 30 et 80 % : amélioration des stations d'épuration et des réseaux, maîtrise des effluents d'élevage ou reconquête des milieux naturels. Des conclusions intéressantes ... Le Préfet et le président du Conseil Général se sont partagé les conclusions, qui ne peuvent que satisfaire les écologistes et que l'on peut résumer en quatre points : - On doit mettre en place une gouvernance rénovée : meilleure coordination, plus grande efficacité, garantie d'une véritable veille en intégrant les scientifiques dans la gouvernance. Et ce pôle scientifique doit avoir les moyens de fonctionner. On pourra ainsi déboucher sur un plan continu d'éducation, d'information et de répression. - Les priorités doivent porter sur les stations d'épuration et les milieux agricoles, qui sont principalement à l'origine des rejets de phosphore et d'azote.

- Il faut envisager une problématique particulière « karst », y compris en allant vers des réglementations propres à ce milieu (plan d'épandage, utilisation des pesticides, lessives et liquides vaisselle sans phorphore...) - Pour consacrer une vision globale des rivières, renforcer une logique commune et favoriser l'engagement des différents acteurs, arriver – pourquoi pas ? - à la signature d'un Contrat de Territoire, (comme le propose SOS Loue). … mais des problèmes politiques non réglés En premier lieu se pose la question budgétaire. Les élus comme les représentants des administrations ont souligné les difficultés liées aux restrictions budgétaires en période d'austérité. Et les écologistes proposent une alternative à la politique d'austérité : la conversion écologique de l'économie, créatrice d'activités et d'emplois. Il ne s'agit pas d'une « relance » tous azimuts, mais d'adapter l'économie aux exigences de la protection des ressources et des milieux, en limitant autant que possible les effets du dérèglement climatique. Ici, on est en plein dans le sujet. Deuxième problème non réglé : comment sortir de la logique libérale ? Claude Vermot-Desroches, président du Comité interprofessionnel du Comté, est intervenu courageusement dans la réunion pour souligner la contradiction entre l'intérêt individuel de certains éleveurs qui voudraient, avec la fin des quotas laitiers et dans une logique libérale, « gagner plus » et donc intensifier leur activité, et l'intérêt collectif de la profession, qui ne tirerait aucun avantage à augmenter la production laitière, mais qui devrait plutôt mettre l'accent sur la qualité. Et la politique européenne est ici en cause. Dans sa logique libérale, elle considère toute volonté de restriction de la production, tel le cahier des charges de l'AOP comté, comme une entrave au dogme de la concurrence libre et non faussée. Il y a d'ailleurs clairement une énorme contradiction entre la volonté européenne affichée de mieux protéger les milieux naturels et cette logique productiviste en agriculture dont la commission de Bruxelles se fait encore aujourd'hui le chantre zélé.

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Gérard Mamet

Science et écologie

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ADN, TABAGISME ET AUTRES JOYEUSETÉS

ette rubrique a pour ambition de proposer un regard critique sur l'actualité scientifique, en montrant tantôt les dangers, tantôt les espoirs suscités par les recherches et les découvertes. Cette information peut parfois inspirer les propositions des écologistes. Les références sont données pour ceux qui voudraient approfondir les questions traitées.

1. Un livre entier stocké dans l'ADN. En langage informatique, il n'y a que des 1 et des 0. Dans le code génétique de l'ADN, on a 4 bases, représentées par 4 lettres : A, C, T et G. Des chercheurs de Harvard ont eu l'idée de stocker un livre en codant le texte sous la forme d'un brin d'ADN. Les 1 ont été codés T ou G et les 0, A ou C. Par les méthodes classiques de duplication de l'ADN, on a ainsi obtenu 70 milliards d'exemplaires du livre dans une seule éprouvette. Le livre peut être reconstitué par les moyens classiques de décryptage de l'ADN. (La Recherche n°468, octobre 2012, pp.8 à 10)

3. Le nucléaire peut-il être transparent ? La commission japonaise d'investigation sur l'accident de Fukushima fait ressortir la collusion entre le gouvernement, les agences de contrôle et l'exploitant de la centrale, Tepco. Ainsi, depuis 2006, les instances de contrôle et Tepco savaient qu'une panne totale de courant pouvait se produire si un tsunami atteignait la centrale. Et pourtant, rien n'a été fait... En juin 2012, le parlement japonais a approuvé l'instauration d'une nouvelle agence de sûreté, indépendante et transparente. (La Recherche n°468, octobre 2012, p.82) Commentaire : En France, les avis de l'autorité de sûreté nucléaire sont maintenant accessibles sur internet. On peut y lire qu'en cas de crue millénale majorée, la protection de la centrale du Tricastin n'est pas assurée... La transparence, c'est bien. Encore faut-il que les données soient prises en compte.

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Commentaire : Il y a sans doute là des perspectives nouvelles pour le stockage des données informatiques : stabilité à long terme, miniaturisation des supports. Il faudra néanmoins être vigilants pour que les progrès des techniques ne soient pas utilisés dans n'importe quel type de manipulations génétiques.

2. Le tabagisme alarmant des pays en voie de développement. Une enquête portant sur 14 pays à revenus faibles ou moyens montre que le tabagisme y est plus répandu que dans les pays riches. Près de la moitié des hommes consomment du tabac, contre un quart aux Etats Unis. Selon l'OMS, 6 millions de personnes meurent chaque année des conséquences du tabagisme et, si rien n'est fait, ce chiffre pourrait passer à 8 millions en 2030, dont 80 % dans les pays à revenus faibles ou moyens. (La Recherche n°468, octobre 2012, p.26) Commentaire : Les industries du tabac, qui sont très puissantes et dont les intérêts sont contrés par les campagnes anti-tabac dans les pays riches, ont reporté leur effort commercial sur les pays pauvres, y compris parfois en direction des adolescents. Dégâts collatéraux du libéralisme économique ?

4. Réchauffement : ce que mesurent les spécialistes. Des dizaines de milliers d'instruments de mesure sont répartis sur la planète. Une cohérence apparaît : la tendance au réchauffement climatique est significative. On compte huit preuves du réchauffement climatique : les températures de l'air augmentent, les océans se réchauffent, les glaces de montagne reculent, les calottes polaires glissent plus rapidement vers la mer, le niveau des mers monte, la glace de mer disparaît, les espèces terrestres se déplacent vers le nord, le permafrost (sous-sol gelé en permanence) se réchauffe. (La Recherche n°457, novembre 2011, p.62 à 66). Commentaire : Alors, Claude Allègre, malgré les évidences, les preuves qui s'accumulent, toujours climatosceptique ? Gérard Mamet

Conseil fédéral

DIRE NON POUR DIRE OUI

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ongtemps, la notion m’est restée L’autre argument massue, inintelligible : je ne trouvais aucun l'ultralibéralisme du TCE, argument susceptible de rendre correspondait bien à l’extrême compte de ce qu’il est maintenant gauche, à un Parti communiste en convenu d’appeler le « non de mal de légitimité. Pour moi, cet gauche ». argument ne résistait pas à la lecture En effet, je n’étais pas né en 1957, du texte, ni plus ni moins libéral que mais le traité sur le fonctionnement Maastricht, et me paraissait peu de l’Union européenne (dit Traité de susceptible de convaincre la gauche Rome), adopté cette année-là, me de gouvernement, c'est-à-dire le PS et paraît a posteriori plutôt une bonne Les Verts. idée. En effet, il s’agissait de donner « Déficit démocratique » aux ennemis de la veille un horizon commun pacifique (ça a plutôt bien marché) et prospère (ce qui a à peu Dessin reproduit avec l'aimable autorisation de Charlie Hebdo Et puis j’ai opiniâtrement fait près fonctionné jusqu’au premier choc pétrolier…). En campagne pour le oui et deux constats se sont imposés : la 1986, pour la signature de l’Acte unique (le « grand même vague de mal-être, de souffrance sociale, qui avait marché »), Jacques Delors ne m’a pas demandé mon avis… poussé Le Pen au second tour de la présidentielle de 2002 Mais même si l’Europe virait de plus en plus vers le se reformait encore plus forte de n’avoir pas été reconnue ; libéralisme, j’avais le sentiment qu’elle se construisait. et une partie de mes amis d’une gauche ouverte et européenne s’apprêtait à voter non, portée par un rejet Maastricht, Amsterdam, Nice... viscéral du texte proposé qui, à leurs yeux, les obligeait à cautionner l’ensemble des politiques menées depuis le Je me souviens fort bien de la campagne de 1992 pour ou début de la construction européenne. contre le traité de Maastricht, avec la droite contre, Ces mêmes amis développaient des arguments nouveaux, emmenée par Philippe Seguin, le PS et Mitterrand qui que je regrouperai sous le thème générique de « déficit pesaient pour de tout le poids de l’État, et des Verts plutôt démocratique ». 1°) Le mode d’élaboration du texte luicontre (« contre parce qu'européens », écrivait à l'époque même par des représentants pour certains élus, pour Alain Lipietz...). Bien sûr, les fameux critères de d’autres issus du monde associatif et syndical, ne leur convergence (taux d'inflation ne pouvant excéder de 1,5 % convenait pas. En effet ces représentants avaient le défaut celui des trois pays ayant le taux le plus faible, déficit rédhibitoire de n’avoir pas été mandatés pour s’ériger en budgétaire inférieur à 3 %, endettement public inférieur à Assemblée constituante. Avec ce mot de « constituante » 60 % du P.I.B.) étaient difficiles à avaler, mais les resurgit toute une tradition culturelle et politique attachée perspectives d'une politique étrangère et de sécurité au modèle issu de la Révolution française. 2°) La Banque commune, et surtout de la création d'une monnaie unique, Centrale Européenne indépendante, donc non soumise à la me semblaient des sauts qualitatifs vers le fédéralisme régulation politique, échappait de fait à l’espace suffisants pour ne pas bloquer le processus : j'ai donc voté démocratique. 3°) Le fonctionnement des institutions oui (la majorité pour le oui fut courte : 51,05 %). européennes proposé par le TCE, bien qu’apportant un Pour le traité d'Amsterdam (1997) et celui de Nice (2002), progrès sur le plan de l’exigence démocratique, n’offrait les citoyens ont été plutôt tenus à l'écart, et il a fallu pas à leurs yeux autant de garanties que notre bonne vieille attendre 2005 et le projet de Traité établissant une Constitution de la Ve République. Constitution pour l'Europe pour que s'ouvre de nouveau Bien sûr, j’ai à l'époque répondu à ces arguments : d’une un grand débat. part qu'on ne pouvait imposer aux autres pays de cultures Les principaux arguments développés par les défenseurs politiques différentes notre modèle de constituante à la du non étaient l'identité nationale, la crainte de française, d’autre part que voter non ne changerait rien au l’élargissement (surtout à la Turquie) et la défense de l’État- statut de la BCE, et enfin que 70 % de notre droit était nation. Arguments qui me semblaient convenir à l’extrême dérivé de textes européens, et que, dans ce contexte, droite, à la frange la plus dure de l’UMP, à la rigueur aux renforcer le rôle du Parlement était toujours bon à amis de Chevènement, mais non à une gauche prendre. Je n’ai pas oublié, en outre, de citer les lacunes de progressiste, ouverte, démocrate et réformiste. notre Constitution nationale : le 49-3, l’ordre du jour de

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l’assemblée fixé par le gouvernement, etc. Ouistes vs nonistes Puis est advenu le résultat que l’on sait (54,68 % de non). Avec le recul, m'apparaissent deux divergences profondes entre les ouistes et les nonistes de l'époque : 1) Accepter ou non le cadre dans lequel se situait la décision : Plusieurs militants du non m’ont affirmé avoir voté non à Maastricht et le confirmer, ou avoir voté oui et le regretter. Il s’agissait pour eux, au-delà du TCE, de remettre en cause l’ensemble de la construction européenne. Ils n’acceptaient pas, contrairement aux tenants du oui, de partir de l’Europe telle qu’elle était, mais voulaient créer de toutes pièces une « autre Europe ». 2) L’urgence : Les hommes et les femmes de gauche qui ont voté non, du moins ceux et celles avec qui j’ai eu la chance de me « colleter », avaient une conscience très aiguë de l’urgence sociale, de la nécessité d’une plus grande solidarité, tout au moins à l’intérieur du territoire national. Par contre, l’urgence écologique - réchauffement climatique, épuisement de la ressource en eau, chute de la biodiversité, etc. - et la nécessité de traiter ces questions à une échelle supranationale ne déclenchaient ni la même inquiétude, ni le même élan. Le non qui a gagné était-il « de gauche » ? J'ai toujours le sentiment aujourd'hui d'un rendez-vous raté avec l'histoire, car si le traité de Lisbonne, marqué par un terrible déni de démocratie, a repris en 2007 la plupart des dispositions du TCE, il y manque le souffle de l’adhésion des peuples souhaitant volontairement lier leur destin. Et voici qu'arrive le TSCG Et puis voici qu'en 2012 je suis amené, en tant que délégué au Conseil fédéral d'Europe Écologie Les Verts, à me prononcer sur le Traité sur la Stabilité, la Coordination et la Gouvernance (dit aussi Pacte budgétaire européen). Aujourd’hui, l’Europe est en crise profonde, la BCE est toujours indépendante, le traité de Lisbonne s’applique, les directives continuent d’être déclinées en droit français, mais faute de socle politique fort, le délitement menace (y compris celui de l'euro), plusieurs pays plongent dans la récession et la France compte plus de 3 millions de chômeurs.Alors j'ai cherché dans le TSCG les éléments permettant de valider l'idée d'un pas supplémentaire, même petit, vers une grande démocratie fédérale européenne, seule solution à la crise en cours, et j'ai trouvé l'inverse : le renforcement des pouvoirs de la Commission au détriment du Parlement et l'instauration de processus de contrôle non démocratiques. Ce passage, par exemple : « Les parties contractantes veillent à assurer une convergence rapide vers leur objectif à moyen terme respectif. Le calendrier de cette convergence sera proposé par la Commission européenne, compte tenu des risques

qui pèsent sur la soutenabilité des finances publiques de chaque pays. Les progrès réalisés en direction de l'objectif à moyen terme et le respect de cet objectif font l'objet d'une évaluation globale prenant pour référence le solde structurel et comprenant une analyse des dépenses, déduction faite des mesures discrétionnaires en matière de recettes, conformément au pacte de stabilité et de croissance révisé. » (Article 3, alinéa 1a) Les États signataires du TSCG devront respecter les avis de la Commission, sauf si une majorité qualifiée des membres du Conseil européen s'y oppose, mais le vote exclut « la partie contractante concernée », c'est-à-dire le pays accusé ! (Article 7). La Commission européenne est investie d'un pouvoir très important, elle détermine le niveau de déficit conjoncturel acceptable et elle exécute les sanctions. Normalement, ce pouvoir est dévolu au Parlement élu démocratiquement. Pour l'aspect fédéral et démocratique, c'est donc raté. Alors, ce TSCG permettrait-il au moins une avancée vers la conversion écologique de l'économie européenne ? Pas plus : ni le TSCG, ni d'ailleurs le Pacte de croissance, ne proposent des investissements à hauteur de l'enjeu. Un non porteur d'espoir Nous, écologistes, développons une conscience aiguë du temps qui passe. Nous ne pouvons plus attendre, nous devons à partir de ce qui existe, sur la base de l’action locale (économie solidaire, réseaux courts, protection de l’environnement, commerce équitable…) et globale (participation aux exécutifs de tous niveaux et utilisation des institutions internationales), introduire les régulations radicales nécessaires à la survie de l’espèce humaine. Ce traité ne nous y aide pas ; bien au contraire, il constitue un frein que nous ne pouvons accepter. La seule alternative est un saut fédéral, avec un budget fédéral conséquent, une stratégie d’investissement de sortie de la crise écologique à travers un autre mode de développement (plan d’énergies renouvelables, rénovation thermique des bâtiments, infrastructures ferroviaires…), appuyé sur un financement par la BCE, une harmonisation fiscale inter-européenne, la mise en place d’institutions fédérales européennes comme un Trésor public, une politique sociale européenne interdisant le dumping social… Renoncer à cette ambition serait laisser le champ libre aux nationalismes qui se développent partout en Europe. Voilà pourquoi, cette fois, j'ai voté non : un non écologiste, fédéraliste et de gauche, que j'espère porteur d'espoir.

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Philippe Chatelain

Chaux-des-Crotenay (Jura), 15 et 16 septembre 2012

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JOURNÉES DE L'ÉCOLOGIE EN FRANCHE-COMTÉ

es 15 et 16 septembre derniers se sont tenues, au centre de vacances des Cyclamens, à Chaux-des-Crotenay ( Jura), les Journées de l'Écologie en Franche-Comté. Elles ont réuni, dans un cadre champêtre et une ambiance à la fois studieuse et conviviale, une centaine de personnes - militants, adhérents, coopérateurs, élus... -, qui ont pu, entre autres, participer à huit « ateliers » sur des thèmes divers. La Feuille Verte vous propose ci-après (pp. 19 à 24) les comptes rendus de quatre desdits ateliers ; vous pourrez lire les quatre autres dans le prochain numéro (décembre). Retrouvez aussi quelques images de ces Journées en « quatrième de couv' ».

ÉDUCATION À L'ENVIRONNEMENT ET ÉDUCATION POPULAIRE
a Feuille Verte : En direct de Chaux des Crotenay, notre envoyée spéciale, Suzy Antoine, nous relate le contenu d’un atelier qui s’est déroulé samedi 15 septembre, de 14 h à 15 h 30. Suzy, pouvez-vous nous dire quel était le thème de cet atelier ainsi que les noms des intervenants ? Suzy : Eh ! bien oui : ici, dans ce magnifique cadre du HautJura, les écologistes de la région de Franche-Comté n’ont pas craint de s’enfermer malgré le temps ensoleillé et clément de septembre. J’ai eu la possibilité d’assister à l’un de leurs ateliers, « Education à l’environnement et éducation populaire ». Deux intervenants de qualité se partageaient les rôles : Jean Noël Matray, délégué général de la Ligue de l’Enseignement pour la Franche-Comté, et Emmanuel Redoutey, dit Manu, animateur nature. Arnaud Jacquet était chargé d’animer cet atelier. Un public nombreux y assistait, même si l’heure se prêtait plus à la sieste postprandiale ! J’ai vu d’ailleurs une photographe qui s’amusait à prendre des clichés de quelques dormeurs… FV : Suzy, dites-nous ce que l’on entend par « éducation populaire et éducation à l’environnement ». Ne s’agit-il pas de deux concepts totalement différents ? Suzy : Je ne le pense pas. En effet, l’éducation populaire est un rassemblement de citoyens, souvent structuré en associations. C’est aussi un mouvement politique, à l’origine de bien des transformations sociales. On cite aussi la volonté de se positionner en complément de l’enseignement formel et d’agir à tous les âges de la vie. L’éducation à l’environnement, quant à elle, trouve une de ses racines dans cette éducation populaire, par le biais des

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des valeurs de solidarité, de respect, de liberté, de laïcité qu’elle met au premier plan. D’ailleurs, on devrait dire « l’éducation à l’environnement vers un développement durable », qui consiste à donner à chacun d’entre nous les connaissances nécessaires et les éléments de conscience nous amenant à considérer la Terre comme un bien commun dont nous devons prendre soin. FV : Pouvez-vous, rapidement, nous donner quelques repères historiques concernant l’éducation populaire ? S’agit-il d’une mouvance récente ? Suzy : Absolument pas. La Ligue de l’Enseignement, qui incarne cette éducation populaire, a vu le jour en 1866. Et dès 1871, soit seulement cinq années après cette création, elle lançait la première pétition pour la gratuité et l’obligation scolaire pour tous, qui a recueilli, rendez-vous compte, 1 300 000 signatures ! Je rappelle à nos jeunes lecteurs qu’Internet et le téléphone n’existaient pas encore et que ce chiffre représente une prouesse pour cette époque. En 1880, la première colonie de vacances était organisée. Puis, en 1929, les premières auberges de jeunesse ouvraient leurs portes. A la fin de la deuxième guerre mondiale, apparaissaient les FRANCAS, l’OCCE (1), les PEP (2)… Et j’en oublie, car la liste est longue… FV : Et pour l’éducation à l’environnement ? Suzy : Là, les repères sont plus récents et s’inscrivent dans la deuxième moitié du XXe siècle. De grandes conférences internationales organisées par les Nations Unies dès les années 70 - je pense notamment à celles de Stockholm en 1972, de Tbilissi en 1977, de Rio en 1992, de

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Johannesburg en 2002 - ont énoncé les grands principes et contribué à la ratification d’une Charte de l’environnement. En 2000, aux Assises de Lille, un plan national d’action voit le jour. De nombreux outils pédagogiques sont élaborés et divers types d’action se multiplient. Des réseaux régionaux et départementaux se développent. FV : Au regard de toutes ces initiatives, tout devrait donc aller pour le mieux, n’est-ce pas ? Suzy : Hélas non ! En effet, malgré l’expression d’une volonté commune, tout cela est peu suivi d’effets, au regard des enjeux. Cependant, on ne peut pas ignorer le travail accompli au niveau des régions, des départements et des communes. Mais il n’en reste pas moins que ces actions sont souvent peu pérennes pour des raisons financières. Que ce soit dans l’éducation à l’environnement ou dans l’éducation populaire, partout, on constate une baisse des moyens. Les personnels ne sont plus mis à disposition : il faut donc rechercher des subventions, qui se raréfient de plus en plus. Les enseignants, qui faisaient partie du gros des troupes de militants bénévoles, ne sont plus formés à la vie associative et encore moins à l’éducation à

l’environnement. Cela devient un réel problème car il n’est pas possible, dans ces conditions, de s’engager dans une démarche de généralisation de l’éducation à l’environnement. FV : Sur quelle conclusion cet atelier s’est-il terminé ? Suzy : C’est Manu Redoutey qui a eu le mot de la fin en interpellant les militants écologistes. En effet, pour lui, la solution est politique et revient à mettre nos élus décideurs au pied du mur. Il souhaite que les grands principes qui ont vu le jour il y a déjà quelques dizainesd’années soient mis en application dès maintenant et que le parti d’Europe Ecologie Les Verts en soit le fer de lance. FV : Merci, Suzy. Il est temps maintenant de rendre l’antenne…

Envoyée spéciale : Suzy Antoine (1) Office central de la coopération à l’école (2) Pupilles de l'enseignement public

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L'ÉCOLOGIE POLITIQUE EST-ELLE SOLUBLE DANS LA DÉMOCRATIE À LA MODE HELVÉTIQUE ?

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ierre Santschi, ingénieur physicien, conseiller communal de Lausanne de 1994 à 2011 et député au Grand Conseil vaudois de 1982 à 1994, développe une vision passablement iconoclaste de la vie politique, en Suisse et ailleurs, en y englobant d'ailleurs son parti, les Verts. Témoins ces deux citations de Coluche qu'il propose en préambule : « Ce n'est pas parce qu'ils sont plus nombreux à avoir tort qu'ils ont raison. » « La gauche a gagné les élections, la droite a gagné les élections !... Quand donc pourra-t-on dire : « La France a gagné les élections »? 1) Définitions Initiative « à la suisse », connue en France sous le nom de « référendum d'initiative populaire » : proposer (après avoir

récolté le nombre suffisant de signatures, qui dépend du niveau et du canton, pour le demander) que le peuple vote un texte constitutionnel ou légal, en général à cause du manque de discernement des « sauveteurs de la patrie auto-proclamés » (les parlementaires, les membres du gouvernement, l'administration publique), qui leur a fait manquer un problème qui préoccupe une partie de la population. On peut comparer cette initiative à un accélérateur démocratique. Référendum « à la suisse », inconnu en France parce que considéré actuellement comme « blasphématoire » par la classe politique de ce pays, sans aucune exception connue de moi : faire voter le peuple, en cours de législature, et sur demande d'une partie du corps électoral, sur une loi déjà votée par le parlement. On peut le comparer à un frein démocratique.

Contre-projet : Il s'agit d'un texte émis par le parlement, reprenant les idées de l'initiative (« à la suisse ») et qui peut être mis en concurrence avec elle, devant le peuple. Exemple récent dans le canton de Vaud : aide au suicide dans les maisons de retraite, appelées établissements médico-sociaux – EMS) ; le contre-projet l'a emporté face à l'initiative. Il peut s'agir d'une loi qui est alors votée par le parlement avant le scrutin et qui entre en vigueur si l'initiative est acceptée par le peuple. On peut le comparer à un modulateur d'accélérateur, ou frein à celui-ci, partiellement démocratique - « partiellement » parce qu'émanant de représentants plus ou moins légitimes, et non pas du peuple. Plébiscite : Souvent pris comme consultation populaire qui, au contraire des précédents, est suscitée par le pouvoir institutionnel ; bricolage médiatico-politique consistant à faire voter le peuple sur une question pour obtenir un accord sur la question, mais surtout pour montrer que le poseur de question institutionnel (gouvernemental) doit garder le pouvoir ; souvent deux questions auxquelles on ne peut répondre que par oui ou par non. Plutôt accélérateur démocratique, mais avec d'autres effets. Le terme est inusité en Suisse et péjoratif. Il y a en fait pas mal de plébiscites (au sens premier du terme) : ce sont les consultations imposées par la Constitution et les lois. Je n'y reviendrai pas, car cela existe aussi partiellement en France - partiellement, car je ne sache pas que le peuple doive obligatoirement être consulté sur une révision de la Constitution. C'est le parlement ou le président qui décide. 2) Quelques exemples : Initiatives : 5 semaines de vacances pour tous (refusée), interdiction du trafic abusif des camions à travers les Alpes (acceptée), interdiction de la mendicité dans les rues de Lausanne (en cours de traitement par le parlement communal), interdiction des minarets (acceptée). Référendum réussi (c'est-à-dire que le peuple a coupé les ailes du parlement) : refus des Jeux Olympiques d'hiver à Lausanne, adhésion à l'espace économique européen. 3) Le système helvète est-il plus démocratique que le système francais ? Les votations permettent théoriquement de donner plus de pouvoir aux citoyens. Cependant le poids des lobbies et de l'administration limite fortement l'équité d'expression dans la campagne qui précède la votation, campagne dans laquelle le principe de la bonne foi est allègrement bafoué et où les institutions informent incomplètement et de manière biaisée. Question de la salle (QS) : Cela pose des questions d'éthique et de risque de populisme, comment se met en place le débat politique populaire ? Pierre : De mon point de vue, le peuple peut se prononcer sur tout sujet qui lui est proposé, dans la mesure où il est

correctement informé. Par ailleurs, peut-on dire que les parlements échappent à la pratique du populisme ou de la démagogie ? Et qui juge de ce qui est populiste ou démagogique ? QS : Quid du tirage au sort des élus ? Pierre : Dans une assemblée réunie, dans un cadre restreint, c'est une méthode qui évite les tiraillements. Cela a été expérimenté chez les Verts vaudois. Chez les Baha'is, autre système : les élections se passent sans campagne électorale préalable. QS : Quid de l'absentéisme des élus ? Pierre : Il est prévu par la loi que si un député est trop souvent absent, il est sommé de s'expliquer et peut être, in fine, démis de sa fonction. C'est extrêmement rare ; en général il démissionne avant d'y être juridiquement forcé. D'autres méthodes peuvent être utilisées : par exemple ne pas le nommer dans des commissions. QS : Qu'est-ce qui est transposable et à quelle échelle ? Pierre : C'est un problème culturel et historique. Probablement toutes ces procédures helvétiques le sont, mais elles sont vraisemblablement à moduler en fonction de la taille des corps électoraux. QS : Quelle limite l'État fixe-t-il aux votations ? Pierre : Certains traités internationaux se heurtent à des initiatives populaires, ce qui pose parfois de réels problèmes d'application de la démocratie. En général, les juristes ont le dernier mot, malgré l'indignation de ceux qui exercent les droits d'initiative ou de référendum. QS : Qu'en est-il de l'abstentionnisme, vu le grand nombre de consultations populaires ? Pierre : Il est vrai que cela pourrait inciter à un abstentionnisme généralisé. 60 à 70 % du corps électoral se déplace pour un sujet qui touche la population et 15 à 20 % lorsque le sujet est moins populaire ou plutôt technique ou sans grand enjeu. Sont déterminants, à mon avis, à propos du taux d'abstentionnisme, le comportement des élites (et des élus) et la présentation de l'information aux électeurs. Les gens sont à mon avis davantage dégoûtés par les manipulations et les magouilles politicardes des élus, que ce soit dans les parlements ou dans les gouvernements. QS : La dynamique associative pèse sur les politiques publiques, c'est un gage de démocratie. Pierre - Le parti politique des Verts s'est formé à partir du tissu associatif et les élus doivent favoriser l'expression des associations. Pour cela, il faut admettre de laisser son ego de côté, ce qui s'avère difficile à l'usage, et le combat de certains Verts élus dans des exécutifs contre les associations de défense de l'environnement, notamment en matière d'urbanisme pharaonique, démontre cette potentialité de

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de dérive. Mais le tissu associatif est, de mon point de vue, une base plus fondamentale de la démocratie que les institutions « légalisées ». QS : En voulant consulter le peuple, bien souvent, on suscite des réactions de la foule. Quel avis populaire est le plus souverain, dans le lieu et dans le temps ? Pierre : Si j'ai bien compris la question, on peut se demander - si, sur un sujet, on revient trop souvent en votation populaire - quelle sera la réaction du corps électoral. Il est en général peu compréhensif (dans sa majorité), pour ceux qui reviennent inlassablement sur le même sujet et à des intervalles trop rapprochés. Mais j'insiste encore : l'information la plus complète et indépendante possible permet la démocratie. QS : Quel usage de la démocratie directe par internet ? Pierre : Pourquoi pas, dans la mesure où le dépouilleur et les gestionnaires des programmes sont réellement contrôlés de manière crédible. Les obstacles techniques pour assurer le comptage des votes sont très grands et en général minimisés par les idolâtres du « progrès

technique » ; à ma connaissance, il n'y a actuellement aucun système informatique de vote électronique réellement fonctionnel et qui soit contrôlé démocratiquement ; ainsi, à Genève, avec quelques oripeaux prétendus efficaces par l'administration, le système mis à disposition des électeurs est opaque et conservé jalousement par ladite administration, ce qui est loin d'offrir des garanties suffisantes de sécurité et de secret des votes.

Pierre Santschi et Arnaud Jacquet

LES ÉCOLOS ET LA CULTURE
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evant une bonne trentaine de personnes, Laurent Assathiany, qui anime au niveau comtois une commission « Culture » au sein d'EÉLV, et Sylvie Meyer, vice-présidente du Conseil régional déléguée à la Culture, se sont interrogés sur le thème de la place de la culture dans un projet écologiste. En d'autres termes : y a-t-il une vision écologiste de la culture ? Afin de confronter les approches des présents, Laurent a utilisé une méthode de débat consistant à proposer des items sur lesquels on était invité à voter : un bulletin vert pour marquer son accord, un rouge pour son désaccord, un orange pour une hésitation, un blanc pour un refus (quelle qu'en soit la raison) de se prononcer. La tendance générale de chaque vote alimentait et orientait la discussion. Quelques items ont obtenu une adhésion générale ou au moins massive : par exemple, « Au sein d'EÉLV, on préfère parler d'agriculture que de culture », « Le soutien à la diversité des expressions artistiques et culturelles doit être au cœur de la politique culturelle », ou encore « EÉLV devrait ouvrir en Franche-Comté des espaces de débat avec les acteurs culturels » (encore qu'on se soit interrogé sur ce que recouvre cette notion d' « acteurs culturels » ). D'autres propositions ont été rejetées massivement : « Hors des artistes, pas de réalisation culturelle digne de ce nom », « Culture et éducation populaire, circulez, y a rien à

voir ! » ou du moins très largement - « Avoir un ou des élus EÉLV à la culture, c'est superflu », « L'intercommunalité est le bon niveau pour bâtir une politique culturelle cohérente sur nos territoires » (ce dernier item ayant d'ailleurs provoqué pas mal d'incompréhension). Avis nettement plus partagés sur, par exemple : « L'approche culturelle d'EÉLV se caractérise par quelques points identifiables », « Démocratiser la culture, quelle belle illusion ! », « L'éducation culturelle est le b.a.-ba de toute politique dans ce domaine », ou encore « EÉLV devrait proposer des manifestations artistiques en lien avec les thèmes de l'écologie ». Notons enfin que certains items ont surtout donné lieu à des interrogations sur le sens qu'on donnait aux mots employés, par exemple « L'éparpillement des acteurs culturels constaté sur le terrain est une bonne chose ». Dans l'ensemble, la méthode utilisée par Laurent pour faire réagir et s'exprimer a été jugée bien adaptée et « sympa », même si certains ont pu se demander : « Et après ?... » Sylvie Meyer, elle, s'est attachée à faire partager son expérience, ses difficultés, ses interrogations. Elle a proposé diverses définitions de la culture, tirées de la Déclaration universelle de l'Unesco sur la diversité culturelle (2001) – laquelle rejette la thèse de conflits inévitables de cultures et de civilisations – ou de la

déclaration de Fribourg sur les droits culturels (2007). Définitions que l'on trouvera aisément (sur internet, par exemple), et qui ont pour point commun d'être beaucoup plus larges que la définition habituelle en liaison avec l'art : la culture ne se réduit pas à l'art et à l'accès aux productions artistiques, elle consiste à « donner sens au monde », à « offrir à la population un regard poétique sur le monde ». Aux deux textes cités ci-dessus, il convient d'ajouter l'Agenda 21 de la Culture, adopté en 2004 à Porto Alegre, qui, en 5 grands thèmes et 67 articles, instaure des principes, des engagements et des recommandations afin de faire de la culture l'un des quatre piliers du développement durable, au même titre que l'environnement, le social et l'économique.

Enfin – pressée par le temps !... -, Sylvie a rapidement abordé quelques questions : distinction entre art et culture, entre pratique artistique et pratique culturelle ; diffusion de la culture et place de l'artiste dans la cité ;institutionnalisation de la culture ; diversité culturelle, reconnaissance de la culture comme partie inégrante du « vivre-ensemble » ; sens de l'action publique dans le domaine culturel. Au total, un atelier bien loin d'être immédiatement « opérationnel » (telle n'était pas son ambition), mais riche de réflexions passionnantes... Gérard Roy

DE LA NÉCESSITÉ DE PARLER DU STATUT DES FEMMES EN FRANCHE-COMTÉ

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e temps de réflexion s'inscrit dans un contexte social et politique particulier. Alors que nombre d'entre nous estiment sans doute que la pertinence de cet atelier reste à prouver de nos jours, des faits récents nous rappellent l'importance du combat féministe aujourd'hui encore. Les récents débats de la présidentielle américaine ont ainsi permis à certains Républicains de s'illustrer en sortant du placard des idées que nous croyions dépassées, estimant par exemple qu'un viol ne peut être invoqué que si la victime est tombée enceinte et balayant ainsi des années de militantisme féministe. Dans une moindre mesure, la récente péripétie de la robe de Cécile Duflot à l'Assemblée nationale nous permet de prendre conscience du chemin qu'il reste à parcourir pour que la femme soit l'égale de l'homme en politique. Ainsi, les combats féministes, que nous pouvions croire définitivement gagnés, restent d'actualité, certes sous des formes nouvelles, mais avec un enjeu sociétal tout aussi important. Replacer la femme au coeur des débats La question du droit des femmes a été largement instrumentalisée. On érige le féminisme comme valeur de la République pour mieux fausser et caricaturer ce que doit être ce droit des femmes, toujours mis sur le devant de la scène en lien avec une autre problématique, ce qui biaise les réflexions liées au statut social de la femme dans notre société. L'enjeu est de parvenir à considérer la femme d'un point de vue humaniste dans la construction de notre programme

politique et de nos politiques publiques. Il ne s'agit plus de voir le femme par le prisme de la maternité ou de la sexualité. On considère qu'une femme a plus de risques de tomber dans une situation de grande vulnérabilité. En effet, le genre féminin est fragilisé face aux changement de situation sociale, aux problématiques d'employabilité, de qualification, etc. Egalité des sexes, égalité des droits Revendiquer la notion d'égalité des sexes est essentielle ; pour autant, elle ne doit pas être utilisée en niant les différences de genre. Cette notion d'égalité des sexes entre en confrontation brutale avec la réalité de la construction du statut des femmes. Nous ne pouvons gommer les différences de genre, un homme n'est pas une femme et vice versa. Il y a des différences biologiques de genre qui aboutissent à la construction de schémas sociaux, des schémas qui se transmettent et qu'il convient de déconstruire. Au-delà du simple concept d'égalité, c'est alors la notion d'égalité en droits qu'il convient d'utiliser. La société humaine doit accepter qu'il y a des hommes et des femmes et qu'ils sont égaux. Réfléchir au statut de la femme, c'est, par exemple, envisager la responsabilité de la femme dans l'éducation et la place de la femme dans le foyer. Cela nous amène à faire la lumière sur la proposition défendue par les écologistes relative au congé parentalité. Rappelons que cette période d’accueil de l'enfant se compose d'un congé maternité dû à la mère et d'un congé parentalité partagé entre les deux

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parents. Cette proposition illustre la spécificité de la femme tout en reconnaissant que l'homme a également un rôle à jouer égal dans l'éducation de ses enfants. La parité : une transition essentielle La parité est une mesure transitoire et non une fin en soi. La nécessité et l'intelligence de cette mesure reposent sur la notion même de mesure transitoire. Cela transgresse la culture française des acquis sociaux. La parité ne doit pas être vue comme un tel acquis qu'il conviendrait de défendre partout et en tout temps. Vue de cette manière, la parité peut être perçue par la femme comme une humiliation. L'impératif de parité doit être défendu comme le vecteur permettant l'acceptation et l'évolution des mœurs dans la société. L'enjeu est alors de définir les outils contraignants permettant la transition avec un suivi et un accompagnement du processus de parité.

On n'a pas fini d'en parler ... La femme est la première ennemie de toutes les politiques du droit des femmes. Travaillons alors la liberté et l'imagination et osons parler différemment du statut de la femme. Allons au-delà de nos propres réticences, de nos propres peurs. Restons vigilants pour que le ministère de l'Égalité des femmes ne soit pas un alibi, mais un réel moteur de changement. Cessons de « maltraiter » la question du statut de la femme, notamment en FrancheComté, en omettant plus ou moins volontairement de traiter le sujet. Ayons l'audace de parler de ce sujet : pour ce faire, un autre atelier sera organisé bientôt dans la région avec des représentants d'associations féministes, pour aller plus loin dans la réflexion et construire des proposition concrètes ambitieuses. Anthony Poulin

Retour sur des caricatures

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BLASPHÈME : QUAND LE FOU MONTRE LA LUNE, LES AUTRES FOUS REGARDENT LE DOIGT

U

n nanard de série Z, que personne n'a jamais vu, enflamme le monde arabo-musulman, et voilà que ces irresponsables de Charlie Hebdo décident de publier de nouvelles caricatures sur l'islam. Or, il se trouve que Charlie Hebdo caricature les religions à peu près toutes les semaines. Il se trouve que ce journal se revendique comme satirique. Il se trouve que les membres de son comité de rédaction sont athées. Puisque pour eux, Dieu n'existe pas, quand ils se moquent de lui, ils ne se moquent... de rien ! En quoi le croyant devrait-il se sentir heurté, blessé par le dessin de quelqu'un qui se moque du vide ? Le blasphème se limite en fait au cercle des croyants partageant une même conviction. Merci mon Dieu, Charlie existe ! J'ai la faiblesse de penser qu'un croyant considère Dieu comme tout-puissant. Qu'est-ce que Dieu peut bien avoir à faire des productions de ceux qui le moquent ? Vouloir défendre Dieu à sa place, n'est-ce pas une façon de lui faire offense ? Une façon de montrer que, dans le fond, on ne lui fait pas vraiment confiance ? Sauf que bien souvent, Charlie, comme les autres médias satiriques, ne se moque pas de Dieu (c'est compliqué), mais de ses adorateurs et de leurs organisations humaines.

Et - il faut bien le reconnaître - ceux-ci leur donnent trop de bonnes occasions de le faire, toutes religions confondues. Accepter la critique, savoir y prendre ce qui est fondé tout en délaissant l'excessif, c'est une preuve de maturité et un exercice, parmi d'autres, de la recherche de Dieu. Au-delà de Charlie Hebdo et de façon générale, les pièces de théâtre ou les expositions, les productions intellectuelles, artistiques, sont de vrais outils de questionnement pour le croyant ; Piss Christ, par exemple, interpelle le rapport aux idoles, et aussi l'aversion que le Christ peut susciter, questionnements susceptibles d'intéresser chacun, quelles que soient ses convictions. Mais réfléchir par soi-même, interroger sa foi, c'est peutêtre surtout cela qui dérange les quelques abrutis intégristes qui voudraient tout interdire. Et si l’œuvre est nulle, si la caricature est mauvaise, si elle ne provoque rien en nous, alors à quoi bon s'y attarder ? Faudra-t-il un jour interdire la méchanceté ? Demander la « modération », la « responsabilité » aux artistes, aux journalistes, en exigeant d'eux qu'ils ne produisent plus rien qui pourrait choquer, c'est vouloir condamner les croyants à rester ignares, à avoir une foi de

superstitieux (1). C'est admettre que les intégristes peuvent avoir gain de cause. C'est supposer, pour le cas précis des caricatures de Charlie et du « film » L'Innocence des musulmans, que les musulmans sont trop idiots pour avoir du discernement. Un peu comme si, dans le fond, ils n'étaient pas encore vraiment entrés dans l'histoire. Le problème, diront certains, c'est que Charlie, comme une grande partie de la société française, verserait dans l' « islamophobie ». Il est déjà amusant de noter qu'un dessin de couverture caricaturant un rabbin et un imam devient automatiquement un dessin "islamophobe". Amusant également de noter que, suivant ce qui arrange l'accusateur, Charlie est tour à tour « islamophobe », « cathophobe », « judéophobe »... Il est triste enfin de constater que la confusion entre musulman et arabe est toujours aussi ancrée. Presse irresponsable contre presse responsable Il me semble dès lors évident que les défenseurs des caricatures sont des gens bien plus responsables que ceux qui voudraient les interdire. On a plus parlé des caricatures avant qu'elles ne soient publiées qu'après. Le battage médiatique a fait une caisse de résonance, avec cet entêtant refrain désagréable : les musulmans sont tellement arriérés qu'ils vont vouloir tout casser à cause de quatre dessins, comme si les musulmans ne savaient pas faire la différence entre journal satirique et journal d'information. Mais dommage pour les télés - les manifestations annoncées n'ont eu aucun succès. Au moins, avec le « film », il y a eu de quoi nourrir des JT : le monde musulman s'enflammait, Newsweek s'en donnait à cœur joie. Sauf que là encore, c'était faire la part belle à une minorité d’extrémistes manipulés, une façon comme une autre de caricaturer les musulmans - mais cette fois, en prétendant être un journal sérieux et responsable.

La conséquence, c'est que même ceux qui sont si prompts à accuser les autres d'islamophobie ou de racisme se retrouvent dans des positions particulièrement instables. C'est l'exemple de ceux qui nous expliquent (soulagés) que la « presse arabe » a répondu avec humour et dédain à Charlie Hebdo. Bien entendu que la presse d'information a répondu avec dédain, tout comme une partie de la presse française, et tout comme certains se sont déchaînés. Il faut dire que, vu de France, la « presse arabe » n'est qu'un bloc monolithique, comme si le monde arabe n'avait pas de presse satirique, n'avait pas d'intellectuels... De l'huile sur le feu, mais quel feu ? La leçon qu'on voudrait nous faire retenir de cette triste agitation, c'est que le responsable des tensions religieuses ou ethniques, le responsable de la montée des extrémismes, c'est Charlie Hebdo. Ceux qui prétendent que ce seraient peut-être un peu, aussi, les invasions en Irak, en Afghanistan, le soutien occidental à l'occupation de la Palestine par Israël, sont des pacifistes rêveurs et antisémites. Ceux qui parlent des contrôles au faciès, des humiliations, des vexations, sont des gauchistes. Et quand Sarkozy parle des "Français musulmans d'apparence", on est prié de croire que ça ne porte absolument pas à conséquence sur la concorde nationale. Journalistes, payez-vous Charlie Hebdo si ça vous amuse ; pendant ce temps, les incendiaires courent toujours. (2) François Mandil
1) Je sais que pour un certain nombre de lecteurs, foi et superstition sont synonymes, mais ce débat n'est pas l'objet premier de cet article. (2) Ce texte a initialement été publié sur le blog www.chretiensdegauche.com

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L'une de ces deux couvertures jette de l'huile sur le feu et attise le racisme : saurez-vous trouver laquelle?

UN MOIS, ÉMOIS ET MOI
Calcul. En ne fumant pas un paquet de clopes par jour, j'économise au minimum 2 226 euros par an. Ça me permet de picoler plus. Sheila. Au patron de Sanofi, numéro cinq mondial de la pharmacie, Arnaud Montebourg a lancé théâtralement : « Partout où vous irez, j'irai ». Il a oublié : « Comme les rois mages en Galilée / Fidèle comme une ombre / Avec obstination ». Outrages. Si les intégristes musulmans font beaucoup parler d'eux, ce n'est pas une raison pour oublier que les autres religions ont aussi leurs cinglés, parfois « officiels ». En Grèce, par exemple, on poursuit pour blasphème des acteurs qui ont joué dans Corpus Christi et un internaute qui a caricaturé un moine du mont Athos ! Pour Cohn-Bendit, le Nouvel Obs et quelques autres, il faut sans doute voir là une provoc' de Charlie Hebdo. Tbilissi. L'un des leaders du Rêve géorgien – le parti récent vainqueur des législatives dans la petite république caucasienne – et bientôt ministre du nouveau gouvernement est un ancien footballeur star du Milan AC. On sent qu'effectivement, il va faire rêver, le Rêve géorgien. Désillusion. Des flics ripoux à Lyon et à Marseille. Des handballeurs ou des championnes de badminton qui se conduisent comme de vulgaires footeux, nageurs, sprinteurs ou cyclistes... Ça devient dur de garder la foi en quoi que ce soit ! Fusils. Première sur le continent américain : le Costa-Rica interdit la chasse sur tout son territoire. Les ayatollahs écolos veulent tuer le petit commerce de l'armurerie.

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Petit bras. Un 68e miracle à Lourdes officiellement reconnu. 68 en plus d'un siècle et demi, on ne m'empêchera pas de penser qu'il ne se foule pas trop, le Ciel ! Bol (Pas de -). Frank Alamo est mort alors qu'on allait lui décerner le Nobel de littérature pour Da Doo Ron Ron. Tribunes. Le Monde m'apprend que Kadhafi détestait le foot et encore plus les supporteurs. Finalement, il n'avait pas que des mauvais côtés, ce type. Plumes. Vent debout contre des mesures fiscales qui, à les entendre, les plumeraient, des patrons de start-up lancent le mouvement des « pigeons ». J'ai beau ne pas aimer les chasseurs, je ne serais pas contre un peu de chevrotine dans le croupion de ces enfoirés. Modérés. Entre le Tunisien Ghannouchi, leader du parti islamiste Ennahda, qui s'en prend aux « laïcs extrémistes », et l'archevêque de Nouvelle-Zélande qui dénonce, pendant la célébration du cinquantenaire de Vatican II, le « laïcisme agressif » des sociétés occidentales, mon cœur balance. Y aurait pas un rabbin pour les départager ? Reconversion. Lu dans un supplément télé que Roselyne Bachelot, ex-députée et ex-ministre UMP, « ne parl[ait] plus de la réforme hospitalière ou de vaccins contre la grippe, mais compar[ait] la cambrure des dames sur talons hauts ou livr[ait] les secrets de la salade César ». Que ne l'a-t-elle fait plus tôt ? Chihuahuas. Paraît que les « minichiens » sont devenus les chouchous des « urbaines », qui leur paient vêtements, bijoux, lunettes de soleil, parfums, jouets et meubles. C'est bien sûr débile, mais finalement, si ça peut éviter à ces connes de faire des gosses... Toros (1). Selon le Conseil constitutionnel, la corrida n'est pas contraire à notre Constitution, puisqu'elle correspondrait (ce qui est éminemment contestable, de toute façon) à une "tradition locale ininterrompue". Dommage qu'aucune "tradition locale ininterrompue" n'autorise à sodomiser les membres du Conseil constitutionnel : il eût été piquant de les voir la justifier…

Toros (2). La ministre de la Culture, Aurélie Filipetti, est signataire de la pétition pour l'abolition de la corrida... Au fait, nos élus comtois, ils sont combien à l'avoir signée ? Slogan. Notre-Dame-des-Landes : Circulez, y a rien à voir ; le changement, c'est pas pour maintenant. Délais. Il aura fallu 51 ans pour que soit reconnue la responsabilité de l'État dans le massacre d'Algériens à Paris le 17 octobre 1961. Encore un demi-siècle et on reconnaîtra que le PS n'est pas un parti de gauche. Gérard Roy

Europe Écologie Les Verts Franche-Comté (14 rue de la République, 25000 Besançon) Directeur de publication : Gérard Roy Comité de lecture : Michel Boutanquoi, Pauline Jeannin, Gérard Mamet, Gérard Roy CPPAP : 0513 P 11003 Maquette : Corinne Salvi Mise en page : Lucas Wicky Imprimé sur papier recyclé par les soins d’Europe Ecologie Les Verts de Franche-Comté ISSN 1169-1190
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Quelques images
des Journées de l'Écologie politique à Chaux-des-Crotenay (Jura), les 15 et 16 septembre 2012

Avec Sandrine Bélier (en haut), Atelier agriculture (à gauche)

Atelier sur la démocratie suisse, avec Pierre Santschi

EUROPE ÉCOLOGIE LES VERTS FRANCHE-COMTÉ
14, rue de la République / 25000 Besançon / 03 81 81 06 66 / eelv.fcomte@gmail.com

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