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1 ·i 1 1 LE COMBAT DE LA PURETE
1
·i
1
1
LE
COMBAT
DE
LA
PURETE

DU M1tME AUTEUR:

Les Chemins qui montent. In-12, 198 pp.

A

Ceux qui ne croient pas. 2" édition, in-12, 45 pp. Lueurs d'au-delà. 2" édition, in-12, 72 pp.

(Épuisé).

propos de l'Évangile. 7" édition, in-12, 488 pp .

Vos Lectures. 4" édition, in-12, 64 pp.

La Question scolaire. In-12, 45 pp. (Épuisé).

Le Baptême d'urgence (en

31 pp. Le plus beau livre. In-12, 61 pp. Catalogus praecipuorum quae abrogavit Jus canonicum.

collaboration).

5" édition, in- 12,

In-12, 16 pp.

Intelligence et cerveau. (Tract de l'A. C. J. B) . In-12, 8 pp . Éducation moderne. (Idem). In-12, 8 pp. S. Jean Berchmans. (Idem). In-12, 15 pp. Le Bréviaire. In-12, 90 pp.

Le Chemin de

Sa Majesté la Presse. In-8°, 31 pp. Semense de roses. In-12, 135 pp. Celle qui a vu dix-huits fois la Vierge . In-12. 193 pp.

Le LéPreux volontaire. In-12, 100 pp.

Face au devoir. 2 vol. In-12, 533.

la Croix . In-12, 74 pp .

Tiédeur. In-12, 40 pp.

Ces temps-ci

Saint Thomas d'Aquin. In-12, 61 pp .

Le connaissez-vous? In-12, 125 pp.

In-12, 94 pp.

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(; .) -

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l)

'f PROBLÈMES

~V)(~~

/

D'ÉDUCATION

G. HOORNAERT , S.

J.

LE COMBAT

DE LA PURETÉ

PESCLÉE

38" MILLE

DE

BROUWER

DE LICENTIA SUPERIORUM.

Copyright by

IMPRIMATUR:

Mechliniae, die 13 jan. 1948

Mgr

TESSENS

Vi:. gen.

Desclée De Brouwer &

Cie -

I93I.

TESSENS Vi:. gen. Desclée De Brouwer & Cie - I93I. par le PRÉFACE. R. P. VERMEERSCH,

par le

PRÉFACE.

R.

P.

VERMEERSCH,

S.

J.

La guerre à la tyrannie des passions s'impose â tout homme ici-bas. Elle est une lm d'o·ydf/@ et de subordination labone'use, mats aussi d'harmonie ei d'unité, ae tibef/té el de paix. M. ais t'apparence austère de l'obligation en vaite la sublime e! sedu.isante beauté à une 1eunesse gui, fotlemen t prodii!u8 d'eile-même, saCflifie au plaisir son intégrité morale, puis n'hé-

site p as à ruiner chez alltrui ce qu'elle n'a pas su respecter chet ûte-même. Une dèPrava.tion plu~ consciente et plus malicieuse ajoute ia calomnie à la tentation i la 101 as la chasteté est réputée im-

possible. Elle lU wnvient,

« Faible", l'homme qui nourrit des ambitions célestes: Tort, l'incapable qui n'a pas te courage de s'élever au-dessus des sen-

sations brutales 1 .• Faible », celui qui dispute à de pures intelligences te pn;ç de noblesse: fort, celui gui s'avilit? « Faible., le magnan-ime qui s'oublie pour Dieu et pour les autres hommes; tort, l'égoïste qui ne songe qu' au~ misérables plaisirsr

• Faible 1; le chevalier du droit: tort, l'esclave des désirs cou-

pablesl

• Faible l, celui dont les énergies vitales mrichiront ta soclét4

dit-on, qu' au la.~ble.

.

des hommes; fMt, l'appau7ln, t'épuise du

vice il

, Faible J, l'homme qui salt temr ses

engagements sacrés

tor!, le cynique ou l' hYPoc1'ite qui viole ses serments? « F ai ble », le victo rieux; tort, le vaincu il POI,rtant t'absurde calomnie trouve créance. Les préiuges du monde t'entretiennent; des médecins, au nom d'une prétenàue science, la renforcent de le~lYs mauvais conseils: toute une presst la réPand et la patronne: et un Code de morale en vogue formule pour t'homme, pour la femm e, POUy te célibataire, pour l'époux,

po·ur t'habitant de la mere-patrie, pour le colon, aes reg/es pur- Mcuti~res qui sont autant de défis à. t'lionneteté.

PRÉFACE
PRÉFACE

Devant cette insolence, la ve·ytu, t'imide et réservée, se résign6 trop souvent à rougir; parfois même à capituler / Il faut donc faire estimer la pureté. Il faut en insPirer la fierté à qui la possède.

Il faut aussi, puisque nous la

tenons dans de . vases fragiles,

enseigner 1'a.rt de la défendre, de la préserver de tout choc meur- trier. Et puisque l' homme est gltérissable, puisque te triomphe peut venger la défaite, il faut ranimer les courages abattus ou chan- celants et décider à la revanche, les hésitants, les humiliés. Tout ce bien, le R. P. G. I-Ioornaert l'a en vue et le réalise, en écrivant - d'une plume vive, alerte, jeune comme le public pour lequel elle court allègrement sur le paPier - un livre cap- tivant comme un roman d'aventures et formatif comme un t-raité de vie spirituelle. Le Combat de la Pureté: c'est le titre belliqueux de {'ou- vl'age. La chasteté est une bravoure: c'en est, logiquement, l'idée-mère. Cette bravoure se voit, dans le livre du P. Hoor- naert, successivement exaltée, aidée de préciettx conseils, exacte- ment renseignée sur ses devoirs. Elle est ensuite, avec quelle élo- quence incisive / rappelée et rendue à ceux qui l'ignoraient ou l'avaient oubliée.

Pour enrichir le fond et corroborer tes arguments, l'auteur l'éunit élégamment dans son ouvrage le résultat de ses obser- vations personnelles et le fruit de son érudition. Et le jeune lecteur dépose ce livre, ravi, instruit, encouragé, entratné.

Puissent beaucoup de jeunes gens se faire disciples du P. I-Ioornaert / Nous le souhaitons, nous l'espérons. Le combat livré tt sa suite mène s11.rement à la victoire. Me contenterai-je de conclure que ces pages, si actuelles et si vivantes, rendront à plusieurs, à beaucoup, des services signalés il Ce n'est pas assez dire. Le bien qui est réalisé par ta pureté des jeunes est d'ordre éminemment social. Autant et plus que la santé physique, la santé morale de ses membres imp orte à la société. Elle lui importe pour le présent: elle lui importe pour l'avenir. Elle lui aSliure une prosperité suPérieure à l'abon- dance matérielle. S'il est vrai, comme le répète le P . Hoornaert, après Napoléon, que l'éducation d'un enfant commence cent ans avant sa naissance , les chastes d'aujourd'hui préPal·ent les races fortes de demain et d'après-demain.

Il y a plus encore.

.

Lorsque le Christianisme pénétra dans cette ville de Rome, jadis si corrompue, l'au stérité de la croix, la sévérité des prin-

convertissaient

ciPes religieux, la grandeur morale des

4la. foi. De même, pour nos contemporains éloignés de l'Ég1is1

fidèles,

pour nos contemporains éloignés de l'Ég1is1 fidèles, PRÉ FACE 9 par leur naissance ou par leur

PRÉ FACE

9

par leur naissance ou par leur éducation, mais do n t les nobles asp irations se détournent avec dég011.t d'un n éo- paganisme c~tpide et luxurieux, il ne sera pas moins salutaire de voir ce spectacle réconfortant d'une jeunesse qui porte sur te tront la fratcheur d'une pureté triomlJhan te, et, dans le cœur, la {lamme d'une charité prête à tous les dévouements. De la sorte, en gardant ou en rendant les âmes à Dieu, l'auteur aura contl'ibué à rendre Dieu à beaucoup d'autres ames. Comment assez le féliciter d'un tel apostolat?

A. VERMEERSCH. S. ].

A CEUX QUI ONT VINGT ANS 1

C'est pour vous que j'écris 1 Vous avez le don de la jeunesse l donc vous êtes riches merveilleusement et puissiez-vous Il valoriser)l ce trésor 1 Vos Cœurs battent vite et fort. Vos yeux brillent; ils brillent tellement qu'on se demande comment ils n'ont pas enc<?re brûlé leur porteur, depuis qu'ils flambent ainsi d'une flamme vive et droite. Vos âmes neuves palpitent de désirs. Vous êtes si généreux l Vous êtes si faibles 1 Vos âmes sont d'un cristal fragile 1 C'est très joli, le cristal irisé et vibrant d'un. beau timbre; mais il faut le garder des chocs 1

,.,

'"

'"

Depuis tant et tant d'années que je vous al vus de près, jeunes gens de Poésie, de Rhétorique, d'Université, j'ai pu recueillir bien des confi- dences, étudier cette chose attachante entre . toutes l le cœur d'un jeune homme. De même

d'eau,

là où parfois on l'aurait le moins soupçonnée, ainsi, je le sais, il suffit de sonder un peu vos âmes

que les « sourciers» découvrent une nappe

~.

I2

LE

COMBAT

DE

LA

PURETÉ

--

-.~

de vingt ans, pour trouver la source jaillissante d'enthousiasme et de nobles sentiments. Je vous aime. Je çrois vous comprendre. J'ai assisté à vos luttes intimes, j'ai connu vos soirs de vertige, vos matins de victoire et vos enlise", ments et vos relèvements. Ca.r on se relève 1 A côté des immaculés, il y a les repentants et les repentantes; nous admirons saint Jean, mais aussi saint Augustin; sainte An- gèle, mais aussi sainte Marie-Madeleine, la péche- resse de Magdala, dont le Christ chassa sept dé- mons 1 et qui devint l'enfant gâtée de Notre- Seigneur, la grande sainte du Nouveau Testament. Il est deux sortes d'innocences: les innocences jamais perdues - ce sont les plùs belles 1 - et les innocences reconquises Il, Ces dernières, peut- être sont plus touchantes, plus humbles. Près du jeune homme venant dire avec une sainte allé- gresse: II. Je ne suis pas tombé», on rencontre parfois le jeune homme se jetant éperdu, d'abord , au prie-Dieu, pOUf se confesser, et puis, dans vos bras, en disant: « Sauvez-moi 1 Je reviens de

Mon Dieu 1 que ces chutes

loin, si vous saviez!

sont dégradantes 1 Que c'est vilain et bas 1 Mais maintenant je sais 1 C'est fini, entendez-vous, fini 1» Pauvre cher ami. 1 le Sauveur miséricordieux

de nos âmes, Celui qui sait de quelle argile est

9.pparut d'abord à Mati.,.

laquelle il avait chassé sept d émons •. S. l\1a.:".

ch. XVI. v. 9. 2. Ces deux espèces d'inuocences se tenaient près de la croix de J .ssus : saint Jean représentant la vÎl'ginité et sainte

~iU'Îe-Madeleine représcut ant le repentir.

Madeleine, de

J • • Jésus étant ressuscité

Il

A . CEUX

QUI

~-_

ONT

VINGl:

ANS !

13

pétrie notre pauvre nature 1 ne se lasse jamais de pardonner, depuis vingt siècles, aux fils prodigues revenant des pays mauvais où l'on meurt de faim, vers la douce demeure oil l'on retrouve le festin de joie, la robe blanche, l'anneau de réconcilia- tion, ?ù l'on peut se jeter sur le cœur, sur le cœur ~agmfique du père qui oublie tout 1 Il est plus mdulgent que nous ne sommes faibles 1

Égaré, tu es fatalement triste. Reviens 1 Généreux, tu es nécessairement heureux. Per- sévère 1

, Triomphe de tes appétits inférieurs. Tu seras récompensé par la fierté de sentir ton Cœur battre librement dans ta poitrine. Tu murmures: «C'est pénible, cette lutte contre soi-même, sans un témoin de ce qui se passe dans le champ clos de son Cœur. Pas même une galerie 1» Erreur 1 tu as une nuée d'invisibles témoins 1 ton Dieu, ton ange gardien et tes chers morts et les élus te font une galerie céleste. Tu ne les aperçois pas; ils t'aperçoivent. Près d'une pareille assistance, qu'est donc celle qui contemplait, à Jersey-City, le match mondial Carpentier-Dempsey? et qu'était cette séance de gros coups de poings et d' « uppercut », à

. côté

du

très

noble

duel

que tu soutiens, toi,

1 •• Cognovit figmentum nostrum.• Psaume 102 : n COD- n~.lt notre limon 1

14

LE

COMBAT

DE

LA

PURETÉ

contre le vice qui voudrait te voler ton cœur ?

* *

Que Dieu et la Vierge très pure nous aident à se parler clairement et délicatement tout en- temble. Qu'ils bénissent ces quelques pages.

sur l~ pure -

té 1 La matière a été SI souvent déjà traItéel »1 C'est vrai 1 Mais un sujet (surtout celui-ci) peut s'envisager à de nombreux :points de vue, comme un diamant peut être conSIdéré sous telle ou telle facette. Et puis, il fa~.t, pour l'inc.ulque~, revenir fré- quemment sur lldée de de~?lr. Pmsque nos ad- versaires ne se lassent pas d mventer de nouvelles provocations au vice, ne nous lassons pas de don- ner de nouveaux encouragements à la vertu. Puis- qu'ils exploitent, eux, infatigablement le~ mê~es thèses impies ou immorales, répét~ns mfat~ga­ blement l'idéal programme du Martre: «BIen- heureux les cœurs purs 1» Les cieux et la terre passeront, mais cette parole divine ne passera pas 1Elle continuera à se dresser dans le défi brave de son éternité. Et, de même que la haute et forte Pyramide plantée dans le sable mouvant en arrête la mobilité capricieuse, ainsi la ferme doctrine du Seigneur restera un pxjncipe de fixité au ~i1ieu des. théories chan- geantes et des fluctuations bumames.

«Eh quoi 1t'écries-tu, e?core un livr

7

I.

Cata logue

des

principaux

Livres. sur l'éducation

de

la

pUfeté, p ar J ean de l.a rdee . 63 pp.

des L~ct14re$, 1930.)

(Tir é à part de la RevUII

pp. des L~ct14re$, 1930.) (Tir é à part de la RevUII L'1!TAT MILITANT LE COMBAT DE

L'1!TAT

MILITANT

LE COMBAT DE TOUS

Vidée de ce livre revient à ceci : la chasteté est une bravoure 1

« Le combat de la pureté )J. C'est le titre.

Livre

saint: « Que les jeunes gens se lèvent, et qu'ils

de

l'homme ici-bas est une milice )J Il; ou le verset

. pour ton âme et

combats jusqu'à la mort» J ; ou encore les devises

Christ

J ésus » '. « Combats le bon combat» li. Ferraille «à droite et à gauche »' .

Pauliniennes: « Sois le

Le

sous-titre

serait

l'exhortation

de Job:

du

se battent)J 1; ou

le mot

« La vie

de l'Ecclésiastique: « Lutte

bon

soldat

du

Saint Paul, qui aimait tant ce « bon combat )J

a décrit, pièce par pièce, l'équipement

du vail~

Iant soldat : « Revêtez-vous de l'armure de Dieu '

afin de pouvoir r é sister, au jour mauvais, et d~ rester debout après avoir tout surmonté. Soyez

I.

2" Li vre

de Sam ., ch.

II, v.

14.

2.

Joh, ch.

VII , v.

I.

3 ·

Ec cl-i ., ch . I V,

2

Tim ., ch.

II,

v . 33. v. 3.

1

Tim., ch. I V, v. 7.

6.

2

Cor., ch. VI,

v.

7.

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LE

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COMBAT

DE

LA

PURETÉ

donc fermes, les reins ceints de la vérité, revêtus

prenez le bouclier de la

foi, par lequel vous pourrez éteindre tous les traits

enflammés du Malin. Prenez aussi le · casque du salut et le glaive de l'Esprit» 1.

de la cuirasse de justice

Précisément parce que nous envisageons la vertu comme un combat, nous citerons souvent saint Ignace de Loyola. L'ancien capitaine garda toujours l'âme militaire. C'est un Ordre de sol- dats qu'il voulut fonder, car dans l'expression II: Compagnie de Jésus », le mot « Compagnie» a le sens guerrier. Il conçoit ses « Ex.ercices Spirituels » comme une espèce d'École de guerre. Il se représente Dieu comme un divin Capitaine. Lisez sa médita- tion des « deux étendards» et surtout sa contem- plation .du «règne du Christ D, que voici textuelle- ment 1

PURlI!IÈ RE PAR'flll

Je me représenterai un roi que la main de

Dieu a choisi et à qui tous les princes et tous les peuples chré-

tiens rendent respect et obéissance. 2" point. - Je m'imaginerai entendre ce même roi parla.nt

à tous ses sujets et leur disant: « Ma volonté est de conquérir

tout le pays des infidèles. Que celui qui voudra me suivre se contente de la même nourriture, de la même boisson, des mêmes vêtements que moi. Qu'il travaille durant le jour, qu'il veille pendant la nuit . comme moi, a fin de partager un

1 er

poiHt. -

1. t!.p. /JfU llphés., ch. VI, v . 13 et 9uiv.

L'ÉTAT

MILITANT

jour avec moi, selon la mesure de ses travaux, les fruits de la victoire. •

Je considérerai ce que devraient répondre de

fidèles sujets à un roi si généreux et si bon et combien celui

qui n'accepterait pas de telles offres serait digne du mépris de tout le monde et mériterait de passer pour le plus lâche des hommes.

3" point. -

DXUXIÈME

PARTIB

La seconde partie de cet exercice ·consiste à appliquer à Jésus-Christ. Notre-Seigneur, les trois points de la parabole précédente. Et quant au premier point, si l'appel d'un roi de la terre à ses sujets fait impression sur nos cœurs, combien plus

touchés de voir J ésus-

Christ, Notre-Seigneur, Roi éternel, et devant lui le monde

entier et chaque homme en particulier, qu'il appelle en disant:

« Ma volonté est de conquérir le monde entier, de soumettre tous meR ennemis et d'entrer ainsi dans la gloire de mon

avec moi;

qu'il me suive dans les fa.tigues, afin de me suivre aussi dans la gloire.• Je considérerai, dans le second point, que tout homme, qui fait usage de son jugement et de sa raison, ne peut pas balancer à s'offrir généreusement à tous les sacrifices et à tous les travaux. Je considérerai, dans le troisième point, que tous ceux qui voudront s'attacher plus étroitement à Jésus-Christ et se signaler au service de leur Roi éternel et Seigneur universel, ne se contenteront pas de s'offrir à partager ses travaux, mais, agissant contre leur propre sensualité, contre l'amour de la

chair et du monde, ils lui feront encore des offres d'une plus haute importance et d'un plus grand prix

vivement ne devons-nous pas être

Père . Que celui qu i' v eut venir avec moi, travaille

>,\:

*

*

Jeunes gens 1 vous comprendrez cette médita- tion, vous qui, à l'appel du roi Albert 1 er , avez répondu si généreusement! ' Voici que Dieu vous convoque à un autre corn-

a

18

LE

COMBAT

DE

LA

PUIŒTJi

bat: celui de la vertu. Vous avez fait la guerre pour un roi magnanime, pour une patrie très chère. Mais enfin, c'étaient un roi et une patrie terrestres ! Vous avez lutté comme des lions. Et cependant la vaillance n'avait pas toujours sa récompense 1 Même le plus brave, et surtout le plus brave, ris- quait d'être tué! L'héroïsme pouvait être inconnu, ou méconnu!

Oh 1 combien de combats, combien d'exploits célèbres Sont demeurés sans gloire al~ 'milieu des ténèbres!

Et cependant, pour cette cause humaine et pour cette récompense incertaine, vous avez enduré des risques incroyables: ceux des minnen- werEer, des schrapnelIs et des g1l:Z; la boue des tranchées, le tir fauchant des mitrailleuses, les iils barbelés. Vous avez « résisté jusqu'au sang ), Vous avez bâti une épopée belle à faire chanter les pierres et triste à les faire pleurer. Dites, ne saurez-vous pas être courageux pour le Roi divin et, cette fois, avec la certitude de la victoire? Ne vous faites pas illusion! la vertu est une guerre aussi et tellement austère que certains jeunes gens qui furent intrépides dans celle-là, celIe de I9I4-I9I8, sont lâches dans celle-ci. Il faut parfois plus d'héroYsme pour guerroyer ,contre soi-même, que pour guerroyer contre l'en- nemi du dehors.

'"

,~

»<

Et puis cette guerre-ci est plus longue.

L'ÉTAT

MILITANT

19

Il a fallu combattre quatre ans contre les Alle- mands. Il faut combattre toute sa vie pour la chasteté. Toujours sur le « qui vive? » ; toujours «in prrecinctu)J, comme disaient les Romains. , Mon Dieu! que c'est dur de devoir incessam- ment recommencer le combat obsédant, affolant parfois! Même la paix n'est qu'une trêve et doit rester une paix armée. cc Si vis pacem, para bel- lum. » L'armistice n'est qu'au Ciel! De lassitude, les déserteurs jettent leur épée. Toi, toi, ne les imite pas. Reste dans la gêne de ton armure, jusqu'au jour de la sainte relève. Jusqu'au bout! Le 23 octobre 1914, le lieutenant Charles Per- rot partait pour l'assaut des jardins Saint- Laurent; près d'Arras. Il était en pleine fièvre de bronchite aiguë et l'un de ses amis intervint, lui disant: « Reste! tu as déjà fait tout ton devoir 1» Il répliqua 1 Il On n'a jamais fini de faire son devoir 1J

'"

'"

'"

« Miles Christi ! l) Combats, mon jeune paladin, avec ta claire épée. Sois bon chevalier. Chevalier, tu l'es 1 bien que tu ne portes point la cotte de mailles, le heaume et le cimier. De même que l'habit ne fait pas le moine, la cuirasse ne fait pas le chevalier! Sous la cui- rasse d'acier, peut se dissimuler un cœur vil. Sous l'étoffe légère, peut battre un grand cœur. Le panache! on peut ne l'avoir qu'au casque. Tu l'as au cœur. C'est mieux. -

20

.,

LE

COMBAT

DE

LA

PURETÉ

Les jeunes d'aujourd'hui deviennent gouail- leurs, lorsqu'on leur parle de chevalerie. « A d'autres 1Vous savez, tout cela, c'est de la poésie 1 La guerre nous a rendus positifs. Le sang a coulé pendant quatre ans: tant de rouge empêche de faire encore du bleu 1 » Les anciens chevaliers paraissent bien étranges à nos soldats:

« Ils portaient des panaches neigeux. Nous aurions dû, nous, essayer cette mode-là 1

» Ils

paradaient dans les tournois, sous le

regard des dames. Nous nous terrions dans les tranchées; nous cherchions les trous les plus pro-

fonds par crainte des avions. Taubes et taupes 1 voilà la vraie guerre 1 . Il Leurs cuissards brillaient. Nos molletières (quand nous pouvions en avoir 1) étaient cou- vertes de boue. Il Ils arboraient les glorieux gonfanons et les bannières blanches, frangées d'or. Nous donnions tout ce clinquant pour de solides grenades en- voyant à l'ennemi leurs éclats, rudes pralines de la guerre ! Il Ainsi les jass rient des chevaliers. Après tout, jass ou chevaliers, qu'importe? Oui, qu'importe, jeune homme, que tu choisisses

la forme ancienne, ou la forme moderne de la vail-

lance

préfères les poilus aux chevaliers? Va pour le

poilu 1 et sois donc le poilu du bon Dieu 1

pourvu que tu en choisisses une 1 Tu

'"

*

*

Prépare ton âme à la lutte.

-

L'ÉTAT

MILITANT

.:;â

21

La chasteté est un état militant. Du moins, c'est la condition normale. Une fois pour toutes, nous devons nous mettre en garde contre les énon- cés absolus, qui sont des procédés de simplifica- tion et pas de précision. Les réalités humaines ordinairement ne sont pas tranchées, mais nuan- cées, e n sorte que les invariables formules valent en mathématiques, mais guère dans le domaine psychologique. Donc, en tenant compte des exceptions que comporte presque toujours un énoncé, surtout dans la matière délicate que nous traitons, nous affirmerons que la victoire de la pureté s'em- porte à la pointe de l'épée. « Je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive )1, affirmait le divin Maître. On peut appliquer à beaucoup de chrétiens ce que saint Paul disait des pécheurs non encore

ne

gagnés à l'J~vangile: « Je suis

fais pas ce que je veux; je fais ce que je hais Ce n'est plus moi qui le fais, c'est le péché qui habite en moi. Car je sais que le bien n'habite pas en moi, c'est-à-dire dans ma chair: le vouloir est à ma portée, mais non le pouvoir de l'accom- plir. Car je ne fais pas le bien que je veux et je

fais le mal que je ne veux pas. Or, si je fais ce que ie ne veux pas, ce n'est plus moi qui le fais; c'est

ie péché qui habite en moi

Je prends -plaisir

à la loi de Dieu, selon l'homme intérieur; mais je vois dans mes membres une autre loi qui lutte contre la foi de ma raison et qui me rend captif de la loi du péché qui est dans mes membres. Malheureux que je suis 1 Qui me délivrera de ce

charneL

je

!!l!!C!!!i8 L ' :f:TAT ",n UTA NT 22 LE 23 COMBAT DE LA PURETÉ corps.
!!l!!C!!!i8
L ' :f:TAT
",n UTA NT
22 LE
23
COMBAT
DE
LA
PURETÉ
corps. de mort? » (Ep. aux Rom., ch. VII, v. I4
et SUIV.)
siologique qui, normalement, à l'âge de la pre-
mière maturité, doit s'exercer dans ce sens et
qui, irrégulièrement, s'exerce plus tôt chez les
Le mot expressif de ({ continence» nous avertit
déjà qu'il faut se faire violence, pour comprimer
les tendances mauvaises. Le R. P. Vermeersch,
tempéraments
citant de la vie
déséquilibrés par le chaos surex-
moderne.
.Elle s'explique surna-
S. J., écrit: ({ La plupart
des hommes, même de
ceux dont les mœurs sont intègres, doivent lutter
contre la propension naturelle à la luxure. »l
Guibert est du même avis: « Dans la condition
ordinaire
la pureté est un vrai triomphe. A
part de rares exceptions, de rudes combats se
livrent dans l'être humain entre la raison et les
Avouer que vous êtes tent és, c'est avouer
sens
simplement que vous êtes homme. » (La Pureté,
P·9)·
'"
* '"
Tout cela est surtout vrai à vingt ans.
La pureté, ami, est pour toi la première vertu.
Non pas en dignité, car la première place revient
alors aux vertus théologales, ayant Dieu directe-
ment pour objet; mais en ce sens que la pureté
est ce qui suppose chez toi le plus de combats
et de générosité.
L'obéissance est la vertu de l'homme, mais
la chasteté est la vertu du jeune homme. ({ Jeune
homme, la fréquence et la violence de la tenta-
tion de la chair doit t'étonner moins encore. Elle
s'explique scientifiquement par l'attraction phy-
turellement parce qu'elle est, à l'égard de tous,
l'arme favorite de Satan et qu'elle pénètre plus
facilement à l'âge où la poussée de la vie neuve
et bouillonnante rompt la cuirasse. A un degré
plus ou moins fort, malaise ou crise, je crois
qu'elle passe sur toutes les âmes des jeunes. » 1
Le même auteur a écrit sur la chasteté une bro-
chure portant ce titre sug g estif: La httte p o~(,r la
vie. 2
A un jeune homme se plaignant d'avoir des
tentations contre la pureté, Lacordaire répondait
le 2 2 fév rier I 8SI : « La passion dont vous souf-
frez est celle qui tyrannise le plus les hommes et
elle est universelle et le triomphe que l'Évangile
a remporté sur elle est une des preuves de la divi-
nité du christianisme. »
'"
'"
'"
La vie des Saints, écrite sincèrement, nous
révèle qu'eux-mêmes sentaient l'aiguillon de la
passion. Sans doute, il faut excepter certains pri-
vilégiés de la gràce, et encore, cette paix absolue
ne fut-elle souvent que la récompense d'une vic-
toire spécialement courageuse, chez un saint
J.
1. L es limes lib?·~s, par
L u c MIRIAM, p.
~.
R.
P.
VERMEER S CH,
S.
De
castit!Jte.
• Plerique
l.
' l . C'est l a fo r mule a n g lai s e « Stru ·g gle for Ii fe » appliqtlé~
etiam eorum qui integris mOlibus praediti sunt, eum l'laturali
Il la vie spirituelle.
propensione ad luxuriam, luctari debent. D (P. 86, nO 93).
. ~ _ ~". _~ "_ !!!~2S"!!2!A& 24 LE COMBAT DE LA PURETÉ L'ÉTAT MILITANT
.
~
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"_ !!!~2S"!!2!A&
24 LE
COMBAT
DE
LA
PURETÉ
L'ÉTAT
MILITANT
25
Thomas d'Aquin, par exemple. Les autres (je
parle des Saints
) connurent le soufflet
de
»Dans un corps glacé, dans une chair vouée,
avant son heure, à la mort, seules les ardeurs des
Satan. Qu'il suffise de citer saint Alphonse Rodri-
passions bouillonnaient toujours
Je passais des
guez, saint Joseph de Cupertino, saint Camille
de LeIlis, sainte Angèle, sainte Catherine de
Sienne.
semaines dans l'abstinence pour dompter mon
corps rebelle
Je m'enfonçais dans le désert .••
Saint Pierre Damien, pour éteindre les ardeurs
du sang, se plongeait dans l'eau glacée. (Bréviaire
du 23 février).
Saint Benoît se roulait dans les épines, pour
Apercevais-je le creux d ' une vallée, une cime
escarpée, un rocher abrupt, j'y cherchais un asile
à ma prière, une geôle à ma chair misérable 1. »
Il ose conclure: « La garde de la chasteté est une
forme du martyre. »
«mater la volupté par la douleur.»
(Brév.
du
'"
2r mars) .
Donc les Saints eux-mêmes éprouvaient que
les âmes, comme les corps, semblent soumises
'" '"
à une loi de pesanteur, à une attraction d'en bas.
Méditez une page frémissante de saint Jérôme t
« Oh 1 que de fois, au désert, dans cette vaste
solitude dévorée des feux du soleil, retraite sau-
vage des moines, je me suis vu en imagination
au milieu des plaisirs séducteurs de Rome. Je
m'asseyais à l'écart, tout plein d'amertume. Un
cilice pesait
sur mes membres; j'avais le teint
noirci, pareil à celui de l'Éthiopien. Des larmes
tous les jours, des gémissements tous les jours et
lorsque le sommeil parfois triomphait de ma résis-
tance, mes os décharnés s'affaissaient sur la dure,
sans y reposer.
» Et moi qui m'étais condamné à cette prison,
sans autre compagnie que celle des scorpions et
des bêtes sauvages, je me figurais souvent me
lmuver dans le tourbillon des fêtes romaines 1
Oui, le jeûne avait pâli mes désirs et cependant
mon âme était bnîlante de désirs 1
Une première conséquence de ce qui précède,
est que le jeune homme ne doit pas être humilié,
ni même étonné d'éprouver certaines tentations.
Il se trouble parfois parce que, ne connaissant
que son cas personnel, il se croit une tranche de
vie spéciale. S'il savait l'histoire intime des
autres, s'il était confident d'âmes, il comprendrait
. que la tentation est l'état général, la condition
normale. Ce qui frappe celui qui étudie , les
hommes, c'est leur similitude fondamentale. Evi-
demment, l'un est plus tenté, l'autre moins; l'un
cède, l'autre pas. Mais, essentiellement, un jeune
homme ressemble si fort à un autre jeune homme 1
un homme à un homme et un vieillard à un vieil-
lard 1
»Quand on a peu vieilli et comparé, cela étonne
de voir à quel point le fond de nos destinées est le
même 1 On croit posséder en soi d'incomparables
Ép. XXII ad Eustochium, De virg. n . 7, P. L. XXII,
l,
,398, 8.

~

26

_

LE

::Z

.!E!!!

COM B AT

DE

LA

PURETÉ

secrets

cœur de ceux qui nous coudoient dans la rue, s'ouvre à nous, on s'étonne d'y apercevoir des

misères toutes semblables, des combinaisons équi-

valentes

des phases secrètes

ment 1. li De son côté, le Docteur Déjerine, dans son

livre Psychonévroses, (p. 417) atteste: « Qu'il s'agisse d'un prince de la science, d'un baron de la finance d'un héritier du trône ou du plus mo- deste de ~es sujets, les sentiments qui font agir les hommes sont tout à fait semblables. »

et pour peu que le cœur des autres, le

Tout cœur humain complet passe par

qui ne varient que légère--

Et

de

là,

pour le dire en passant, l'uti~ité

de cette optique interne, de cette exploratIOn de notre univers intérieur, qui s'appelle l'examen de conscience. « Tout homme, note justement

P. Bourget, porte en lui l'huma~ité, li en so~te

que bien pénétrer un cœur, le SIen 1 c'est bIen

Le ~. de Pon- Ravlgnan: « Il

avait appris à connaître les hommes, dans son

cœur 1Il

*

* *

Deuxième remarque: précisément l?arce qu.e la chasteté suppose le c<?mbat et le ~nomphe, !l est très glorieux pour l'Eglise cathohque d'avOlr été une grande école d'amour idéalement pur 2 et de virginité.

pénétrer tous les cœurs humains. levoy écrit dans la Vie du P. de

1. SAINTE-BEUVIL, Vol!tfrté, p. 133. 2. 1 Quand les Ancien.s parlent d'amour, c'est le plus son-

les Ancien.s parlent d'amour, c'est le plus son- :ieat .-::z±!!l1 _ L'ÉTAT MILITANT 2 7 .

:ieat

.-::z±!!l1

_

L'ÉTAT

MILITANT

27

. iUn livre intitulé Païens (A. Eymieu, S. J.), signale ce phénomène spécifique du christia- nisme.

. Rome voulait avoir six Vestales, six jeunes femmes consentant à rester vierges, pour garder le feu sacré de la déesse Vesta. Afin de les encou-

rager à faire ce sac~ifice du mar~age, Rome ~eur

promit des faveurs moules! les lIcteurs devaIent incliner leurs faisceaux devant elles: les consuls

pas; les juges ne

pouvaient pas discuter leur témoignage; les bourreaux épargnaient les coupables dont elles demandaient la grâce. Rome ayant ainsi prodigué ses privilèges et déclaré les Vestales au-dessus de la loi, chercha parmi ses 200 millions de sujets, six jeunes filles voulant bien, au prix de tant d'honneurs, rester vierges, pour conserver au monde le feu sacré 1 Et jamais Rome ne trouva six Vestales volon- taires.

éta ient obligés de leur céder le

vent sensualité qu'il faut entendre et voilà pourquoi les

philosophes n'ont .jamais pour l'amour assez de . sévérité ~t

de mépris. Le sent~men~ de l'amou:

tien

il n'y aurait point eu d'amants comme Rodrigue, ou d'aman~es

comme Chimène.• (M. THANIN, Samt Am brotse et ta Soctété chrétienne a!~ IV· siècle). «Ce que nous appelons proprement amour, est un senti-

C'est encore

au christianisme que l'on doit ce sentiment; c'est lui qui, ten-

dant sans cesse à épurer le cœur, est parvenu à jeter de la spiritualité jusque dans le penchant qui en paraissa~t le moins susceptible.» (CHATEAUBRIAND, Géme du Chnstzamsme, 3" Partie, Livre 3, ch. 2). Ces deux appréciations nous pal·aisseut vraies, malS trop

nbsolue.'1.

ment dont l'antiquité a ignoré jusqu'au nom

est un sentlmen~ chre-

S'il

n'y avait pomt eu de vierges vouées au Seigneur,

.

LE

COMBAT

DE

LA

PURETÉ

·-

.

~

Alors elle fut contrainte de recourir à la vio- ience, et, quand elle eut recruté les Vestales par force, elle les menaça de châtiments terribles, leur imposa des gardes.

tant qu'on a peur 1

Mais voici que le Christ paraît 1 Lui aussi il demande des vierges afin de garder ici-bas la flamme sacrée de l'idéaI 1 • Lui, il en trouve 1. Il trouve actuellement environ 3 12,000 prêtres au monde, c'est-à-dire 312,000 âmes s'engageant à rester toujours virginales; il trouve, pour tous ses cloîtres, pour des milliers de monastères, des jeunes gens et des jeunes filles faisant volontaire- ment le vœu de chasteté perpétuelle 8 • •

Avant la Révolution française, continue l'au-

La virginité pratiquée

1. La virginité, en elle-même, est préférable au mariage et plus parfaite. Cf. S. Matthieu, ch. XIX, V. 12.

S.

Concile de Trente, Sess. 24, cano 10.

Paul,

Ire Ép.

aux Co,. , ch. VII,

v.

25 et suiv.

2. Que penser d'un THÉOPH. GAUTIER avouant que le chris-

tianisme seul a fait fleurir la virginité

dans ces termes: «La pudeur n'est faite que pour les laides et c'est une invention moderne, fille du mépris chrétien pour

la forme

sang et dont la fleur étiolée et maladive s'ouvre péniblement à l'ombre des cloîtres, sous une froide pluie lustrale; rose sans parfum et toute hérissée d' épines 1Le monde antique ne te connaissait pas, fleur inféconde ! Jamais tu n'es entrée dans

ses couronnes aux odeurs enivrantes. Dans cette société vigou- reuse et bien portante, on t'eüt dédaigneusement foulée aux pieds. » (Mademoiselle de MauP in ). 3. Le R. P. VERMEERSCH, S. J., dans son livre sur la chas- teté, ne consacre pas moins de 82 pages (pp. 84-166) à exposer le jugement de la raison, du christianisme et du néo-paga- nisme, sur le triple sujet de la chasteté, du mariage et de la continence.

Virginité 1plante amère, n ée sur un Goi trempé de

mais le regrettant

amère, n ée sur un Goi trempé de mais le regrettant m~ ~~~===========~==~~~. L'ÉTAT MILITANT 2

m~

~~~===========~==~~~.

L'ÉTAT

MILITANT

29

teur cité, on comptait en France 28 religieuses sur 10.000 femmes; depuis on en compte 67, sur le même nombre. Et cependant, en France, les Vestales ne sont plus « au-dessus» de la loi, comme à Rome, mais hélas « hors la loi YI. Leur séjour dans la patrie est une tolérance pratique et non une reconnaissànce théorique.

Dans un accès de fierté, le chef romain s'était écrié: (! Je n'ai qu'à frapper le sol du pied pour en faire sortir des légions ». Le Christ n'a eu qu'à .frapper le sol du pied pour faire surgir des légions et des légions de vierges 1

Seul, il l'a fait. Seul, il pouvait le

faire. Lui « la pureté des vierges Yi, lui l'immaculé et le fils de l'immaculée, lui qui aiIna d'un amour de préférence Jean, l'apôtre vierge et lui permit à la Cène de repose.r si près, si près, qu'il pouvait entendre dans la poitrine du Christ les palpita- tions du cœur divin, lm qni réserve aux vierges, dans son ciel, une place à part près de l'Agneau, un cantique spécial que peuvent chanter seule- ment les vierges, lui, il a pu obtenir de la faiblesse humaine ce merveilleux triomphe de l'esprit sur la chair, qui s'appelle proprement l'héroïsme. Oui, l'héroïsme; tellement que beaucoup de saints ne craignent pas de rapprocher le chaste et l'ange et, les ayant comparés, d'adjuger la palme au pre~ mier 1 Saint Ambroise, dans son traité sur la virginité, s'écrie: «Les anges vivent sans la. chair; les vierges triomphent dans la chair. » li: Il est plus ~lU de Cl;lnquérir la gloire angé-

Il

l'a fait.

3 0

LE

COMBAT

DE

LA

PURETÉ

lique, que de l'avoir reçue par nature. Or, la vir- ginité obtient de haute lutte et par beaucoup d'efforts, ce que l'ange, lui, a tout naturellement. Il (Saint Pierre Chrysologue.) Le chaste ne cède pas au vice. Direz-vous que l'ange non plus n'y c è de pas? Mais où est ~a mer- veille de ne pas pratiquer le péché de la chaIr, lors- qu'on n'a pas de chair? . « Eux, les anges, ne sont pas sUJets aux pas- sions : . ni le chant alanguissant, ni la mUSIque charmeuse, ni la beauté des femmes ne sont capa- bles de les solliciter. » (Saint Jean Chrysostome.) «L'homme chaste et l'ange diffèrent entre eux. La chasteté de l'ange est plus heureuse, mais celle de l'homme est plus courageuse. II (Saint Bernard,

Toute vertu est belle et cependant la chas e est appelée «la belle vertu ~ ~ar excellence, car elle spiritualise, si on peut runsi parler, nos corps

Ep. 24·)

t

. Il est très émouvant de voir chez ceux qm ne sont que de pauvres ho:nmes, la vertu «rulgé- . lique ~ et ce que Tertullien nomme ~ caro an!Se- lificata». Ceux-là réalisent la ,Parole du ~hns~, « ils sont comme les anges de DIeu dans le cIel» .' Qu'il ait fallu combattre, mais ~oin.d'être hu~m­

de boue.

liant, c'est, au contraire, ce q~ll faIt le .mérltlile.

L'immaculé est un vainqueur. C est le vrru fort

1

2: L~ Bible rapporte les acclamations du peuple à

1

S

Matth., ch. XXII, v. 3°·

.

h '

J~dlt :

• Tu as montré une âme virile

chasteté, la main du Seigneur t'a revêtue de force.• (L. du

Juges, ch. XV, v . Il).

Parce que tu as aimé la

.2

_

L'ÉTAT

MILITANT

*

* *

3 1

Jeune homme 1 tu as beau être athlète, tu as

be~uêtre un premier « keeper li et le plus

« vite »

des « forwards » 1Si, rentré le soir chez toi, tu n'as pas le courage de résister à la passion, héros des sports et des matches, tu n'es qu'un grand lâche 1 Et toi là-bas, au contraire, toi frêle enfant, toi jeune homme pâle, sans biceps pour soulever des haltères, toi qui ne sais pas même distinguer (ô pitié 1) un « hands» d'un « p e nalty» ou d'un

« corner», si tu sais dominer tes passions,

le vrai brave et le géant de tantôt n'est pas digne

de dénouer les cordons d e t es chaussures. L'homme

c'est toi

minin que le nom Il

tu es

1 La pureté, comme la vertu, n'a de fé-

LE COMBAT DE CHACUN

Nous venons de le dire: tous ont à lutter. Mais pas de la même manière. La tentation est à la fois générale et relative.

cette

relativité.

Certains sujets sont fort impression- nables et certains ne le sont guère; voici les très vite émus et voici les

calmes, « les froids». Mais vous con- cevez bien qu'entre les termes opposés se place

Examinons

1 0 r Élément de r elativité :

le tempéra-

ment.

les

principaux

éléments

de

r. Le héros • est un soi triomphant. L'impulsion créatrice; le tonus du vouloir, l'équilibre raisonné ont en lui toute leur vigueur, Nous en concluons que l'instinct génésique est chez lui réduit à son minimum, sinon complètement dompté. 1

DAUD E 1', L'Hérédo, p . 1 60)

.~

3 2

LE

COMBAT

DE

LA

PURETÉ

!!!!!e5W

toute la gamme des intennédiaires et, de même que l'on ne passe pas brusquement de la grande clarté de midi à la complète obscurité de minuit, de même que l'on n'anive des ardeurs de l'été au

froid

de la chaleur, ainsi, entre les deux extrêmes nette-

ment tranchés dont nous avons parlé, s'inter- calent toutes les étapes de la transition. Entrevoyez-vous, dès maintenant, combien le problème est complexe? Il ne comprend pas seulement deux tennes: les supra-sensibles et les infra-sensibles, mais, de plus, le nombre incal- culable de types Autant de cas que de personnes 1 Nous venons de voir qu'un sujet ne

2- Éléx.n~nt ressemble pas à un autre. Allons plus

de l'hiver que par une lente « dégradation li

un sUJe ne ressem e pas ou-

jours à lui-même! Il passe des états de crises: crises d'âge, de dépression physique, de tentations, etc. Qui ne connaît le phénomène propre aux dia- bétiques ? Leurs moindres plaies se ferment mal et peuvent se compliquer de gangrène. Certains états moraux rappellent ce fait pathologique :

une simple égratignure peut devenir fatale. Outre les crises pAr accès brusques, il faut men- tionner les crises périodiques et, pour ainsi dire, chroniques. Quelques physiologistes pensent que l'instinct dont nous parlons obéit à la loi du cycle mensue1. Indépendamment de l'influence des saisons, qui sera plus loin analysée, la passion aurait chaque mois (pal' exemple au début), Hl!. maximum d'intensité, suivi d'une quinzaine dfJ

de les relatIVlté: crises.

1

.

.

t

bl

t

om:

quinzaine dfJ de les relatIVlté: crises. 1 . . t bl t om: ~~~~~~~~=- L'ÉTAT ~

~~~~~~~~=-

L'ÉTAT

~ ="~~~~

MILITANT

33

lent decrescendo, puis d'une quinzaine de lent crescendo allant jusqu'à un nouveau maximum, de manière que ce double mouvement "descendant, puis ascendant, est comparable au flux et au reflux 1.

Regar-

el

e: Vous croyez voir les gestes, entendre

8 e Élément

les paroles de contemporains

ez dem 'è re eux une

fI'

ou e m~om

de l'hérédité. relativité 1 d

b

ra bl

de morts qUl poussent

ces hommes, commandent leurs gestes et dictent

leurs paroles. Nous croyons marcher sur la cen- dre inerte des morts; en réalité, ils nous enve- loppent, ils nous oppriment, nous étouffons sous leur poids; ils sont dans nos os, dans notre sang,

quand

les grandes passions entrent en jeu, écoutez bien

dans la pulpe de notre cervelle et surtout

les myriades

la voix: ce

sont les morts qui parlent 1 li (Meleh.

de Vogüé : Les Morts qU'i parlent, p. I76.)

Tous nous portons le poids de notre hérédité-. Notre présent est lourd de passé. « Le passé ! nous étions déjà si vieux, quand nous sommes nés 1 »a

demandait un jour 1 Cl Savez-

vous quand on commence l'éducation d'un en- fant ? Cent ans avant sa naissance 1 l) De fait, notre constitution physiologique, pas- sionnelle, mentale, est, pour ainsi dire, un terrain

d'alluvion très complexe, où entrent les habi-

Napoléon 1 er

1. MOLL, H~ndbut" der Sex14alwissenschatten. Leipzig, 1912.

pp.

2.

183- 184.

c Un

peuple

d'ancêtres

est

en tout homme.• (LÉoN

DAUD E T, Les œuvres da m les hommes, p . 46).

3. AN . FRANCE, 1.6 Ly,ç roug8, p. 276.

34 LE

COMBAT

DE

LA

PURETÉ

tudes saines ou malsaines, non seulement des parents, mais des parents de nos parents. Car il n'y a pas seulement l'hérédité strictement telle, ou dépendance de l'ascendant immédiat, père ou mère, mais aussi l'atavisme ou retour aux types antérieurs. Nous agissons en fonction de nos aïeux. Très spécialement, la propension morbide aux choses sensuelles est transmissible. Sans doute le vice lui-même ne peut pas être hérité, le péché étant un dérèglement de notre volonté person- nelle et libre. Mais cette volonté trouve une sol- licitation dans le tempérament, lequel s'hérite comme le démontre l'expérience de chaque jour.

>1<

Il<

'"

Jeune homme 1 n'oublie pas que l'aspect de l'hérédité est double: tu es, à la fois, un point d'arrivée et un point de départ. Fils, tu as reçu. Père, bientôt, tu transmettras 1. Envisage la responsabilité prochaine. L'homme ne pèche pas pour lui seul, mais pour ses descen- dants. Ne deviens pas la souche d'une race tarée.' Songe combien il est affreux pour un père de remarquer, un jour, chez ses fils, certaines pâleurs, certaines nervosités 2, et, mettant la main sur la poitrine, de s'avouer: « Cela 1 c'est moi Legouvé a décrit cette chose navrante dans

»

1. Lire Grimaud, Futurs éPoux.

2. Les Israélites disaient tristement: «Nos pères ont

mangé des raisins verts et nous en avons les dents agacées.•

(ÉZÉCHIEL, ch. XVIII, v. 2).

Les pères

de Candé

Mais il a communiqué une maladie humIlIante ~ son fils et il assiste à la crois sance d~ mal. « Celm

qui le tue, c'est moi! Le jour où un Jeune homme fait entrer ce germe corrupteur dans son sang, ce n'est pas lui seul qu'il atteint, c'est son fils, ce sont les fils de son fils. Oh 1 certes, il est dur

et les enfants ~u.X!X e siècl.e 1. Le du~

s'est mécondUlt Jad1s. Il. crOIt t?'?'t fint.

d'être un fils d'Adam.

de plus affreux, c'est d'être un Adam SOI-merne

et de créer un péché origineL

de faiblir, pense au duc de Candé. Respecte ,en toi le père futur 1 Il Oui, respecte en tOI le pe~e futur 1 Ce serait horrible pour ton fils de devOlr accuser son pèrè comme Daniel Rovère, le héros de L'Immolé, p~r E. Baumann t «J'achève. des

tempéra-

Mais je sais quelqu~ c~ose

Si tu te sens près

générations maudites (Page 193·) « Si la volonté ne fléchissait pas, lé

ment de son père recommençait à le tourmenter. »

(Page 357.)

*

>1<

:II

Notons, en passant, ce fait que .souvent, et même très souvent, l'hérédité (physIque e~ mo- rale) n'est pas directe, mais croisée, ce qUl veut

dire que le

fille à son père. «Ftlil matnsant. Fll1ae patn·

sant. » Lorsque, dans nos collèges, nous voulons con- naître mieux un jeune homme, ce . n'est pas son

fils resse~?le plu~ôt à sa .~ère et l~

3. Ce chapitre est cité dans FONSSAGRIVES, Education dl .Ia ixmlé, pp. 138 à 150.

père, mais plutôt sa mère qu'il faut inviter à

venir causer au parloir. Le proverbe exact serait r

1( Tel père, telle fille 1 telle mère, tel fils! :0

4- Élément Le désir des choses sensuelles cr: est de relativité: dominé par l'état de l'organisme tout l'éJ~ts~~:~aJ entier. Toutes les causes d'affaiblis-

sement

général

peuvent

l'atténuer

toute~ l~s c.a~ses d'exc~tations peuvent l'exal~ t~r.» L a~tIvlté totale mflue sur l'activité spé- cIale dont Il est question.

Ainsi les Collégiens, pendant la période des grands c?ncours, les Universitaires, pendant leurs

ou après des nuits écour-

tées, éprouvent plus de tentations. Ils sont dans un état d'excitation qui amène facilement cette répercussion particulière.

Même contre-coup souvent dans la phtisie 2 à cause de l'état fiévreux du malade et dans la cocaïnomanie 8, ce danger social d'aujourd'hui,

préparatlOn~ d'examens,

I. Dr FÉRÉ, L'instinct sexuel, p. 'l5 2 ,

2. Ce phénomène u se montre même dans le premier de"ré

de

p. 13 0 ). Le meme fait est confirmé par le Dr RULoT

I~specteur principal au Ministère de l'Intérieur et de l'Hy-

(Dr BERGEIŒT, Médec2':ze,

ancien

giène, à Bruxelles.

la

tubelc~lose pulmonaire.,

.

cocaïniqu8S

( '.dlt. Malome, 27, rue de l'École de Médecine, Paris, 19 1 9,)

fa.J~ r~m~rquer que cet. effet de la cocaïne n'est pas direct, mais mdlrect, semble-t-il, en ce sens que l'exaltation générale s~ résout en cette exaltation particulière et aussi parce que l'Ivresse ?o~aïni<juesupprime la pudeur et découvre le fond I~el de yrlams penchants. Le vin agit de même. On dit: in

IltnO ventas. On pourrait dire: in cocaina veritas 1 Dans !a g~an~e ivresse cocaïnique, on signale trois phases 1 phase d exclta~l:m, ph,\,s~ délirante, ;phase comateuse: pen- dant cette trOISIème penode dépreSSive, se produit la réso-

É3

Le Dr .PIOUFFLE, sans son

livre

Psvch.oses

la réso- É3 Le Dr .PIOUFFLE, sans son livre Psvch.oses L'ÉTAT MILITANT .3. 3 7 si

L'ÉTAT

MILITANT

.3.

37

si grave que la loi française a dû sévir en 1916 et que la loi belge est intervenue aussi. (Moniteur

belge, 29 nov.

1920 et 6 mars

1921). l

lution musculaire et le sommeil profond. Mais la cocaYne n'est pas un stupéfiant moins qu'elle ne soit prise à haute dose). Au contraire, elle est un toxique euphoristique, employé par ceux qui veulent avoir l'extase portative et entrer dans les • Paradis artificiels» : on se sent plus heureux, plus en forme et on a l'impression de devenir un homme doublé. La morphi- nomanie procure la joie active, le bonheur en mouvement. On constate le prurit moteur. La cocaïne est très hallucinogène:

hallucinations visuelles, gustatives, olfactives; sensations tactiles imaginaires, amenant le phénomène de la «punaise cocaïnique» et de la formication cutanée; hallucinations micropsiques (tout apparaît petit) ou mégalopsiques (tout apparalt grand) . Les états démentiels et confusionnels causent des méfaits, des meurtres. Voici comment l'action vénérienne de la cocaïne est appré- ciée dans le Nouveau Traité de Médecine,. publié sous la direc- tion de MM. les Professeurs Roger, Widal, T eissier (Édit. Masson; 146 collaborateurs ; 22 fasc. de 500 pp.) :

• Le sens génital s'exalte chez la plupart des malades, tant que les prises toxiques ne sont ni trop élevées, ni trop fré- quentes. Dans le cas contraire, l'impuissance apparaît et ne cesse qu'après le sevrage. » Il y a souvent excitation génitale dans la première phase d es effets cocaïniques. I. Cf. La défense sociale contre le périt toxique, par le Dr VERVAECI{, Directeur du service d'anthropologie péniten- tiaire. Extrait de la Revue de Droit Pénal et de Criminologie, avril 1922. (Impr. Larcier, 26-28, rue des Minimes, Bruxelles,

1922 ).

« En divers pays: l'Amérique, l'Italie ",t l'Allemagne no- tamment, le péril toxique a pris une acuité spéciale. Aux États-Unis, toute une législation prohibitive a été créée.•• L'Allemagne est la grande productrice des toxiques.• (P. 3). Le danger menace aussi l'Angleterre et La Croi;ç du 28 avril 1922 écrivait: • On constate que les Anglais se laissent gagner par un vice qui fait chez eux de grands progrès:

l'usage de plus en plus répandu des stupéfiants.•• Il en est résulté de nombreux: divorces et une quinzaine de suicides,

depuis trois mois. La quasi-totalité de la cocaïne vient d'usines

allemandes et notamment d ' une maison établie

à. Darmstadt.

LE

COMBAT

DE

LA

PURETÉ

~

~

_

~

Parmi les causes, directes ou non, d'effets libidi- neux, il faut placer en premier lieu celles qui agissent sur le système nerveux. C'est évident. Les satisfactions sensuelles sont d'ordre nerveux et le centre génésique est situé dans la moelle épi- nière, à hauteur de la quatrième vertèbre lom- baire 1. La conséquence s'impose l facilement l'~xcitation nerveuse diffuse s'applique et se pré- CIse en sensations lubriques, puisque celles-ci relèvent du même système. Devinez-vous tous les corollaires de ce prin- cipe à une époque où tant de causes affolent et déséquilibrent la délicate machine nerveuse? A notre époque, la réserve énergétique est souvent à l'état déficient. Or, la dépression nerveuse, au- tant que l'exaltation, le défaut autant que l'ex- cès, expliquent beaucoup de tentations. Com- m:nt ? Parce que le système nerveux d'un pareil sUjet .est un accu~ulateur tout de suite épuisé, une plle de Volta vite déchargée. Ces débiles n'ont ph~s la force, p017r ainsi dire, de résister l le pou- VOlr et le voulOIr ne sont plus coextensifs. La volonté au rôle inhibant, ressemble chez eux à

1 L'~l1emagney tro~ve double profit en Angleterre: elle gagne de 1 al"!Sent et empOIsonne lentement une nation qui fut son ennemIe•• Q':lant à l~ Belgique, un cri d'alarme a été poussé dans

la übre Belgtque du 13 mai 1922. La conclusion de l'article:

1 Toxicomanies et tmd~omanes »,

était: 1 Il est urgent que

de nouvell~s mesures SOIent prises et que la Société se défende avec énergIe contre les misérables qui vivent en vendant

la poudre de mort, les drogues infernales génératrices de ruine et de déshonneur, la folie à cent sous le paquet .•

1. Dr BOURGEOIS, Les passions, p. 192 . -- AN'roNELLI,

~ast•• t. 1. p. 255. - Etc.

Meil.

'

~ast •• t. 1. p. 255. - Etc. Meil. ' - = L'ÉTAT MILITANT 3 9

-=

L'ÉTAT

MILITANT

39

un frein Westinghouse qui ne fonctionnerait plus. Parlant de ces jeunes gens anémiés, un profes- seur de théologie morale disait: la cure ne doit pas seulement être morale, mais aussi corporelle; il faut conseiller le bifteck et le bordeaux. Cela vous surprend? Sainte Thérèse a ~crit humblement et finement: « Certains jours, je me crois lâche; mais en m'étudiant, je constate que je suis plutôt mal portante, et que j'ai mal digéré et mal dormi. D'autres jours, je me crois fervente; mais examinant les choses de plus près, je vois que je suis mieux portante, ayant mieux digéré et mieux dormi. » Que si une sainte Thérèse en est là, que dire du commun des mortels? L'homme est un composé indivisible d'âme et de corps. Chez lui, ces deux réalités viennent se fondre dans une union non

i.ntime, mais « substantielle ». Dès brs,

seulement

il devient aisé de comprendre que généralement la pleine maîtrise de la volonté suppose certaineS conditions de santé, d'équilibre physiologique ct, comme on dirait un peu solennellement aujour-

d'hui, d'euphorie.

I!n

dépendance des éléments intrinsèqut"s qui viennent d'être énumérés (tem- pérament, crises, hérédité, santé).

Une large part d'influence doit être attribuée aussi aux circonstances extrinsèques,

si nombreuses qu'on ne peut songer à les indiquer

à et si variées qu'elles sont irréductibles l'~ l,ltre! v ê tements trop serrants, linges

trop soyeux, habitude de tenir les mains au fond

Nous

ne sommes

pas seulement

ISe facteur de relativité:

les circon~

stances exté-

rieures.

toutes

l'une

LE

COMBAT

DE

LA

PURETÉ

des. poches, malpropreté favorisant les déman-

geaIson.s, exercices ~e gymna~tique, ou parfois sim- ple crOlse~ent des Jambes, Jeux de mains, bonne

~amé, pluto~ majorer. la ratIon de fruits et de légumes, noumt~re excItante, telle que le homard, etc., m:t~ éplcés, excès de café très fort, de vin ou de spmtueux l, surtout pris le soir. Notons surtout l'action du climat. Les habi. tants des pays tropicaux sont plus portés à la volupté que ceux des pays à température rigou- re~se. D'une manière générale, la chaleur est un stImulant et le froid un calmant. Les statistiques

faudrait

chèr~, rég?me

trop

alors

qu'il

crimes passionnels en été qu'en

des

N~us nous réservons d'indiquer plus loin, au ch~pItre des « Occasions)J, plusieurs autres exci- tatI~ns d'ordre plus artificiel, inventées par la passIOn, telles que bal, cinéma, images, etc. En matière de chasteté, le jeune

r~lèvent plus de

hIver. Le retour du printemps est l'époque sentiments érotiques.

6 e facteur de

relativité 1

le sexe.

jeune fille.

ho~me o.rdinairement a plus de ten- tatIons VIOlentes (et, par voie de con- séquence plus de mérites) que la

~esm~nifestati?nsde tendresse peuvent n'avoir

guere

d mconvéments

entre

jeunes

filles,

alors

~. Ovide l'a remarqué: Celui qui é t a nt déjà porté lI . U vice

'

luxure.

Ne vous enivrez pas de VIn; c'est la source de la débauche. 1

cl'apula

bOit sans mesure, ?,joute fla~me sur flamme, ignis in igne.

S. Paul dé~end 1 abus d~ VIn, parce qu'il favorise la

(

p.

aux ÉPhés., ch . V, v. 18) .

S. Athanase écrit: • Valde dalmones

oblectantur

ot ebnetatCl.• (L i ber (,Id VÙ'!JÙIf)'7 L

ot ebnetatCl.• (L i ber (,Id VÙ'!JÙIf)'7 L L'ÉTAT MILITANT qu'entre adolescents, elles en

L'ÉTAT

MILITANT

(L i ber (,Id VÙ'!JÙIf)'7 L L'ÉTAT MILITANT qu'entre adolescents, elles en présenteraient beau-

qu'entre adolescents, elles en présenteraient beau- coup. Un même acte représente une gradation con- sidérable dans l'excitation, selon qu'il est posé entre filles; entre garçons; entre garçon et fille.

*

Parlant d'une manière générale et, ici plus que jamais, en tenant compte des exceptions, on peut dire que la passion, du moins sous son aspect de fougue brutale, est plutôt masculine que fémi- nine. La jeune fille n'est-elle pas sensible à l'amour? Extrêmement. Mais par un autre côté, celui des manifestations affectueuses et caressantes, celui de la vanité délicieuse qu'elle éprouve à se laisser adorer. Observez comment, dès qu'on la compli- mente sur sa beauté, elle devient toute rouge (pardon 1 toute rose) de plaisir. Toute sa stratégie de femme, toutes ses ruses et ses manèges de tour- terelle coquette ne trahissent pas ordinairement la passion proprement dite, mais le désir de ce qui ' résume toute la vie et toute l'ambition féminine l plaire 1. J. Lemaître a finement analysé cette psycho-

logie dans La Vieillesse d'Hélène 1 « La belle Hé-

T. Maintes jeunes filles catholiques observeraient mieux les

des Évêques sur la modestie, si elles sa-

vaient quels orages elles déchaînent dans les cœurs de jeunes

gens. Étant personnellement à l'abri de désirs aussi véhé- ments, elles ne se rendent pas compte qu'elles provoquent, non un sentiment analogue aux leurs, de tendre affection, mais la brutale convoitise.

recommandations

~~.~~-~==~~~===~~~~==~~=-~ 42 LE COMBAT DE LA PURETÉ l~ne (était) adorée des Argiens et des Phry-

~~.~~-~==~~~===~~~~==~~=-~

42

LE

COMBAT

DE

LA

PURETÉ

l~ne (était) adorée des Argiens et des Phry- glens; l'Europe et l'Asie s'étaient entr'égorgées pour elle. Sa gloire était au comble. Sa beauté ayait enrichi la langue du pays d'une quantité de dIctons et de proverbes. En réalité, elle avait déchaîné les plus furieuses passions, sans être elle-même grandement émue, sinon du plaisir d'être tant aimée. Elle avait joui surtout de son action. » (Pages 4 et 5). On objectera sans doute l « Mais n'y a-t-il pas beaucoup de chutes féminines? et dès lors votre thèse n'est-elle pas démentie par les faits? » Ces cas, très souvent, pourront s'expliquer tout autrement que par la passion: la jeune fille a consenti pour des causes diverses: par besoin d'argent et appât du lucre, par convoitise des bijoux et de la toilette, par jalousie de femme voulant supplanter une rivale; ou bien par curio"; sit~, par lassitude, par crainte, par imprudence, VOIre par naïveté. Il est incontestable d'ailleurs que l'habitude dans le domaine des passions, comme dans les

exalter

autres,

les penchants.

influe beaucoup et contribue à

Cet élément est peut-être le principal;

aussi l'avons-nous réservé pour la fin.

7 8 fac.te.ur de

relatIvl.té ,

l'âge. a en a IOn n est pas, comme on pourrait se l'imaginer, un phénomène inconnu à l'enfant, et même au petit enfant. Cet attrait existe déjà, mais, en général, à l'état potentiel. Il dort et ne s'éveille vraiment qu'avec cet âge de transition qu'on appelle la puberté. • A cette beauté qe l'enf(\.nt, il manquait cc

,

L

t

t

beauté qe l'enf(\.nt, il manquait cc , L t t t· L'ÉTAT MILITANT --=== 43 qui

L'ÉTAT

MILITANT

--===

43

qui doit l'achever et la rendre virile., la tra.ce du combat et le signe ·de la tentatIon vamcue. L'heure va venir, elle vient, si elle n'est pas encore venue pour vous, où cette pureté qui n'était qu'une tranquille possession, doit d~venir uJ?-e

Une perturbatlOn ~e faIt,

comme un empire tranquille se sent surpns dans sa paix par des émeutes populaires. Si vous tenez

à chercher vos satisfactions dans ces désaccords profonds que vous font entend!e vos sens~tusque

laborieuse conquête

là .dociles organes des harmomes

il ne restera bientôt plus que des ruines 1. » « La puberté, dit le Docteur Beaunis, est une

de votre ame

seconde naissance. » Au moral: l'adolescent éprouve de mystérieux émois un désir de vagues aventures; c'est le mom~nt des rêveries et de la sentimentalité, des larmes sans motif et des rougeurs subites. L'ai- guillon des passions se fait sen~ir. La pureté cesse d'être l'innocence, pour devemr la vertu. Au physique, le corps subit de profondes modi- fications et cesse d'être un corps d'enfant, pour

devenir un corps d'homme.

teaubriand : « On

C'est

le mot d~ C~a­

se couche enfant, on se revel11e

homme. » A cette époque, on remarque le change- ment de voix, la « mue )J, l'apparition locale du système pileux, la naissance aux lèvres de ce léger . duvet de pêche que l'adolescent app.elle pr~ten­ tieusement sa « moustache » et dont Il est SI fier qu'il se rase exprès pour le faire pousser plus

vite.

~. EM. BARBIER, Allocutions de co lUg~ .

~

I:es phénomènes de la puberté ne sont pas subits ~als lents et normalement ils se produisent ch~~ 1adolescent vers quatorze ans, chez l'adolescente v.ers douze ans. Mais ils peuvent être artifi- clel~em~nthâtés l?~rcertaines causes, comme les e-:ccItatIOns du mIlIeu. ~e climat rend un Méri - dIOnal plus précoce qu'un Russe 1. Tout éducateur sait bien qu'il doit être patient avec les enf~nts arrivés à cette période critique. Le~rnervo~Ité ne trahit pas de petits révoltés malS de petIts malades.

'

. J.a

passion,

éveillée

à

la puberté,

gagne

en

~I01ence~endan~ la je.une~seet la première pé-

r!01t e de 1âge mur, p111S dIminue lentement pour

énuer. ~u même pour s'éteindre entièrement

a

ans la VIeillesse. Telle est la courbe normale' dIre, a~cendan~e, le dIagramme. puis descendante; tel est, pour ainsi

Mai~, encore un coup, il faut tenir compte des ex~eptlOns,des anomalies, et tous les cas ne s'em. pns?n~ent pas dans une loi simpliste. .AmsI la fin de la maturité peut connaître une c~Ise. Dans !e. roman consacré à ce sujet i Le

dem~n ~e mzdz, P. Bourget nous prévient

~gIt pas du midi « du jour)J, mais du midi « des Jours». Vous comprenez

ne

qu'il

s

, A l'âge d0!lt nous parlons,

tage les réalItés sensibles.

----

~n apprécie davan-

On est devenu moins

1. MARRO, La PuberU,

" 4I:!!!.'!!'~~_~~~~'!

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~'!'.

!!!!l?!'~

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_'N'!;

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L'ÉTAT

MILITA N T

45

idéaliste plus positif, au mauvais sens du mot. La gou:mandise, par exemple, .s'accentue. ord~­ nairement avec les années et samt Augustm 1111- même éprouvait cette humiliante tentation de la

table. (Con/ess., L. X, ch. 3I, fin.) La conclusion très importante, jeune homme, c'est que, pour tes défauts ou tes vices, quels qu'ils soient, il ne faut pas remettre ton amende- ment à l'âge mûr, ni à la vieillesse. Ne dis pas: plus tard 1L'expérience montre q~e, assez souvent plus l'homme avance dans la VIe,

moins il se dorrige, les chances de

étant en raison inverse des années. Sans doute, le jeune homme est plus tenté, mais il se rend compte qu'il s'agit pour lui d'une ques- tion de vie ou de mort; il a plus d'élan naturel; il n'est pas encore familiarisé avec le péché et m~me les premières périodes de chutes peuvent cohablter avec les scrupules. Mais, avec le temps, l'homme s'épaissit de corps et de sentiments et se vautre sans grâce, comme sans vergogne, dans les grossières jouissances. II est plus dif-ficile de se corriger à trente ans,

qu'à vingt. Il est plus dif-ficile de se c~:mi[5er à quarante ans, qu'à trente. Il est plus dlf-ficIle de

se corriger vers cinquante rante 2.

conversion l

ans,

que vers

qua-

1. N~u s parlons de la conversion el!e-même ~t non des circonstances rendant la vertu plus faclle: décrOIssance des passions, etc. 2. Un phénomène parallèle s: observe d~n~ un ~utr~ do- maine: le renoncement à la VIe. On crOIrait qu un Jeune homme ayant devant lui sa réserve encore entière d'ardeur

~ ~~-~~----~~~-~~~~~~~~~~~~---- 46 LE COMBAT DE LA PURETÉ Comment expliquer ce phénomène? Par l'abus de

~ ~~-~~----~~~-~~~~~~~~~~~~----

46

LE

COMBAT

DE

LA

PURETÉ

Comment expliquer ce phénomène? Par l'abus de la grâce. Par l'ancienneté des ha- bitudes devenant un tic moral, une sorte de réflexe. Le vicieux revient à son péché, comme l'homme retourne hébété, abruti, à son alcool. Et puis, le relâchement sénile 1 Tout le système de défense est affaibli. Dans une attaque, il ne faut pas considérer seulement la violence de l'at- taque elle-même, mais aussi le degré de résistance. L'assaut étant peu redoutable, le fort tombera cependant, si la coupole est fendillée et toute détériorée.

et d'illusions, doit avoir plus de regret de mourir qu'un vieil- lard. Erreur 1 Jeune, on est généreux pour tout, y compris pour l'acceptation de la mort. On voit couramment des en- fants, des jeunes gens, faire, le sourire aux lèvres, le sacrifice de la vie, tandis que les vieillards se raccrochent désespéré- ment à l'existence, avec des ongles décollés et saignants. C'est étrange, mais c'est ainsi 1 Et nous pourrions reprendre les chiffres de tantôt: On meurt plus difficilement à 30 ans, qu'à 20; on meurt plus difficilement à 40, qu'à 3°1 vers 50, que

vers 40. Et au-delà 1

qu'à 3°1 vers 50, que vers 40. Et au-delà 1 « GARDE A VOUS, » C'est

« GARDE A VOUS, »

C'est le cri lancé au soldat 1 C'est l'avertissement donné par Notre-Seigneur

à ses disciples: « Veillez 1 Vigilate 1» Garde à vous 1 Les plus forts sont si faibles 1 Nous ne sommes pas plus saints que David 1 et David est tombé dans le péché impur. Nous ne sommes pas plus sages que Salomon 1 et Salomon est tombé dans le péché impur. Nous ne sommes pas plus mortifiés que saint Jérôme au désert. Or, saint Jérôme n'est pas tombé dans le péché impur, c'est vrai, mais rappe- lons-nous combien son souvenir restait hanté par les danses romaines. Nous ne sommes pas plus éloquents que Luther, et Luther est tombé dans le p éché impur. Un soir, le firmament était beau; il contemplait avec Catherine de Bora, qu'il avait séduite, le grand ciel brillant, semblable à l'écrin fastueux d'un Dieu milliardaire d'étoiles. On raconte qu'il sou- pira: « Vois-tu, ce n'est pas pour nous 1 Nous n'irons pas de ce côté-là, n~us deux 1 » Sois donc sur tes gardes, Jeune homme 1 CelUl qui aime le danger y périra. Évite tout ce qui peut allumer la flamme de ta concupiscence. La légende dit que les sala-

48

LE

COMBAT

DE

LA PURETÉ

~andres vivent impunément dans le feu. Mais toi, Jeune homme, tu es précisément le contraire des salamandres; tu es éminemment inflammable 1 Lorsq,:'on est. en amad?u, on doit se garder de la momdre étmcelle et Ion ne passe point avec du feu près des poudrières.

SOIS PRUDENT

« Ce n'est pas la santé, mais la maladie qui est contagieuse. » (J. de Maistre.) Tu vis au cœur des trois concupiscences 1 L'air environnant fait la qualité de nos pou- mons et de notre sang. Or, il est une atmosphère ~ora~e, .comme une. atmosphère physique. Au- Jourd hUl, nous respIrons mal. Trop de miasmes dangereux flottent dans l'air. Récemment, je visitais un Institut de bacté- riologie. On nous montrait les bouillons de cul- ture, les tubes remplis de microbes: bacilles et c?ques; st~e.ptocoques et staphylocoques; sar-

cmes. et spIrIlles

Combien aurait-on pu infecter

de VIlles et de VIlles, avec ces agents actifs du

Et tout

ce~a.grouillait, dans ces ampoules, par millions de mIlItons, dans ces ampoules que nous tenions là en mains. Elles étaient soigneusement closes. Hélas 1pour certains autres germes, les ampoules ne sont ~as fermé~s . Elles sont ouvertes à plaisir, en v,:e d un empOIsonnement systématique.Qu'est tel kiosque, telle librairie, sinon une officine où on lâche en liberté les germes de toutes les décom- positions morales, familiales et sociales ?

choléra, du tétanos, de la tuberculose?

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« GARDE A VOUS! »

49

Des journaux ont affirmé qpe les Allemands avaient intentionnellement contaminé nos sources, y déposant les microbes de la fièvre typhoïde. Jus- qu'à preuve formelle, nous pO~Ivons en d,out~r! Mais ce que les Allemands n ont pas ose faIre, semble-t-il, envers leurs ennemis, des corrupteurs le font chaque jour envers les hommes de leur pays: ils empoisonnent les sources, non pas celles où s'abreuvent les bouches, mais celles où viennent boire les âmes. On est peu en défiance, parce que ces germes sont tellement subtils! On serait tenté de dire:

« Existent-ils? je ne les vois pas! »On ne voit pas non plus les insidieux microbes, ni les trépo- mènes, ni les gonocoques, ni les microcoques. Jusqu'ici aucun appareil de microscopie n'est assez puissant pour nous permettre d'apercevoir les microbes de la rougeole, de la scarlatine, de la variole. Ils existent pourtant et nous en sommes terriblement sûrs Défions-nous des infmiment petits.

Le taret est presque in1perceptible. n a cepen- dant n'lis vingt fois en danger la Hollande: il perce ses digues, les plus fortes du monde, et, par . ces fentes. d'abord minuscules, l'eau passe, puis envahit les terres. De même, les fissures de la vie morale s'élar- gissant de plus en plus, pourraient tout com-

promettre. Nous devons dire des petits dangers ce que

- SI 50 LE « GARDE A VOUS! » COMBAT DE LA PURETÉ St~l disait
-
SI
50 LE
« GARDE A VOUS! »
COMBAT
DE
LA
PURETÉ
St~l disait des petits défauts: ( Les maux légers
qUI se répètent et dont on ne se défie guère, sous
prétexte qu'ils ne sont pas mortels, sont de plus
redoutables ennemis que les grosses maladies,
contre lesquelles, dès le début, on se met en dé-
fense. Ce ~'est presque jamais que par les petits
maux néglIgés, que les grands arrivent.
«Les petits maux sont là tous les jours 1 Les
grands sont comme les aérolithes qui ne tombent
sur la terre qu'à longs intervalles.
Tu comprends très bien, lorsqu'il s'agit de la
santé corporelle, le principe : il est plus sage de
soigner sa santé que sa maladie 1 Il est plus sage
de prévenir que de guérir. L'hygiène est préférable
aux pilules.
Sais-tu
ce qui l'emporte sur la plus parfaite
obturation? C'est une dent saine.
Demande à nos mutilés si la plus admirable
jambe artificielle vaut la jambe naturelle, et si
un crâne bien trépané, ou réparé avec des plaques
d'argent, vaut un bon crâne intact 1
« Un point noir sur une dent, ce n'est rien. Si
v?us ne le montrez pas bien vite au dentiste, c'est
bIentôt toute la dent gâtée; si vous ne la faites
pas arracher, ses voisines se hâteront à leur tour;
puis les voisines de ces voisines.
SOIS
INTRANSIGEANT
« Ce qui fait l'extrême danger des petits maux,
c'est
leur ténuité même,
c'est leur air d'inno-.
cence 1»
.
'"
'"
'"
Il faut être prudent 1 Or, celui-là seul est vrai-
ment prudent qui prévient la maladie.
On ne tâche point de n'être qu'un « candidat»
à l'arthrite ou à l'albuminurie, d'être en puis-
sance de phlébite ou de .bronchite; on tâche
d'éviter tout à fait ces accidents fâcheux.
Ai-je dit assez, en recommandant d'être « pru-
dent»? Il faudrait, pour employer le mot adé-
quat et l'adjectif propre, conseiller plutôt d'être
1( intransigeant )). La matière dont nous parlons
est CI. lubrique» l ce mot significatif est la traduc-
tion du latin « lubricus )), qui veut dire « glis-
sant )). Tu te rappelles, dans tes souvenirs d'en-
fant, ces « glissoires )), sur lesquelles, gamin amusé,
tu filais si vite 1 N'était-il pas plus facile de ne
point s'y lancer, que de s'arrêter en route?
Le vice est une « glissoire »1
«Principiis ob~ta 1 Sero medicina paratur
Curn mala per longas convaluere moras.•
(OVIDE, De rem . am., v. 91
et 92).
Tu as si bien étudié, pendant tes Humanités
latines, ces deux vers d'Ovide, que par galanterie
je te ferai le crédit de croire que tu n'as plus besoin
de traduction •
Grave-toi dans l'esprit profondément, comme
avec une pointe de diamant, ces vérités si évi-
dentes pour celui qui a tant soit peu de vie vécue l
Il est plus prudent de ne pas goûter du tout à
certains philtres, que d'y goûter un peu. Il est
plus simple de ne rien faire du tout, que de faire

52

LE

COMBAT

DE

LA

PURETÉ

à moitié 1. Il est plus sage de ne pas s'engager dans le chemin de la fuite, que de se dire : au mi- lieu de la débâcle il sera temps encore de faire volte-face contre l'ennemi et de reprendre le com- bat.

'"

Saint Ignace recommandait vivement d'être, dans la lutte contre le démon, catégorique, et, comme nous l'avons dit, intransigeant. « Notre ennemi ressemble à une femme: il en a la faiblesse et l'opiniâtreté. C'est le propre d'une femme, lorsqu'elle se dispute avec . un homme, de perdre courage et de prendre la fuite, aussitôt que celui-ci lui montre un visage ferme; l'homme, au contraire, commence-t-il à craindre et à reculer la colère, la vengeance et la férocité de cett~ femme s'accroissent et n'ont plus de mesure.

*

« De

même, c'est le propre de l'ennemi, de fai-

blir, de perdre courage et de prendre la fuite avec ses tentations, quand la personne qui' s'exerce aux choses spirituelles montre beaucoup de fermeté contre le tentateur et fait diamétrale- ment le contraire de ce qui lui est suggéré. Au contraire, si la personne qui est tentée commence

à craindre et à supporter l'attaque avec moins de courage, il n'est point de bête féroce sur la terre, dont la cruauté égale la malice infernale (Règles du discernement des esprits, Ire semaine, IZe règle.)

J)

1. s. ~rançois de Sales disait: Tant qu'un fruit n'est pM entamé, Il se conserve longtemps. Mais s'il a été entamé se gâte vite.

'

il

Mais s'il a été entamé se gâte vite. ' il L'ENNEMI Jeune homme 1 le grand

L'ENNEMI

Jeune homme 1 le grand ennemi de ton âme, c'est le péché mortel. Il importe souverainement de comprendre la gravité de ce péché mortel d'impureté, dont on parle parfois d'une manière si cavalière et dont on ose dire: « Mais c'est courant 1 )) Parce que nous avons peine à sonder la malice de la faute grave, en elle-même, tâchons plutôt de la voir à l'œuvre. Saint Ignace, dans une méditation très connue, nous invite à considérer trois grands désastres, dus à trois grands péchés. Voici les tableaux du triptyque ignatien :

1er tableau: Les anges sont au ciel, beaux, heu- reux, premier-nés de la puissance créatrice. Ils

Était-ce la

révolte contre cette Incarnation, qui leur aurait été révélée, et dans laquelle ils voyaient Dieu, mais uni à une nature inférieure à la leur:

rH omme-Dieu ? Il paraît plutôt oiseux de cher- cher quel fut l'objet spécial du péché. Très pro- bablement la faute des anges fut une faute d'or- gueil, la seule qu'on imagine facilement dans leur nature toute spirituelle et encore maintenue dans

commettent une faute.

Laquelle?

son intégrité primitive.

>=

54 LE COMBAT DE LA PURETÉ

-

Ils tombent du ciel comme la foudre et sont pré- cipités dans les enfers. Lucifer devient Satan 1Les anges deviennent les démons 1 Qu'est-il intervenu entre ces anges lumineux et ces démons auxquels Notre-Seigneur dit, au

esprit im-

monde 1

Un péché mortel. Sans doute, il était d'une exc~ptionnelle gravité, éta:q.t commis en pleine lumIère, contre la lumière 1Mais enfin il fut unique. Or, Dieu n'exagère pas, comme l'homme emporté par un accès de colère 1Quand il punit, il y a équa- tion entre le délit et la peine.

rapport de l'Évangile i «Retire-toi

»?

les deux belles fleurs

humaines, s'épanouissent au Paradis terr.estre. Le

bonheur est leur partage et doit être l'héritage de la grande famille humaine. Ils commettent un péché mortel.

2 e tableau: Adam et Ève,

Voyez l'expiation 1 Ils perdent pour eux et pour leurs descendants tous les dons surnaturels .

que

gratuitement. Le Paradis terrestre devient la «vallée de larmes». Faites par la pensée l'addition de ces milliards de larmes au cours des siècles.

et

préternaturels 1

qui

n'étaient

concédés

l. Pie V, Grégoire XIII et Urbain VIn ont condamné la 55" des 79 propositions de Baïus : « Dieu n'aurait pas pu créer l'homme, ~ès le début, tel qu'il naît maintenant. » Le Concl~ede Tl'e~te (Sess. VI, ch. Il déclare que, depuis le I?éché ongul;el, !e ,lIbre arbitre n'est pas supprimé, quoique m~:)lns f~rt.et mc1~.l\e au m~l'par la tentation « liberum arbi- trium mlnIme extmètum, vmbus licet attenuatum et inclina-

tum. »

L'ENNEMI

55

Dans cet ancien Paradis, naissent, le jour même de la faute, trois fleuves qui baigneront désor- mais le monde: fleuve pâle des pleurs, fleuve trouble de boue, fleuve rouge de sang. Jésus-Christ, pour sanctifier l'homme, insti- tuera les sept sacrements, comme sept sources de grâce, opposant ainsi les sept fleuves de pureté aux trois fleuves de tristesses, de hontes et de crimes. Après la chute de l'Éden est prononcé l'arrêt:

«Tu enfanteras dans la douleur 1 » Et tout enfan- tement devient pénible: pas seulement celui de la mère, mais celui du travailleur, de l'artiste, du génie. Quiconque produit quelqlfe chose, ici-bas, dans n'importe quel domaine, homme d'œuvres, savant ou prêtre, expérimente la loi. «Tu enfanteras dans la douleur ». La mort, l'horrible mort apparaît. Le pécheur ricane parfois: « Le péché mortel 1 On n'en meurt pas 1» On n'en meurt pas? Mais on ne meurt qu'à

cause de cela 1« La

(Ép. aux Rom., ch. VI, v. 23.) Tu mourras, toi, à cause de ce péché d'Adam et d'Ève. Les hommes en meurent 140.000 fois par jour 1 97 fois par minute 1 Cette faute est donc punie 140,000 fois par jour 1 Combien ago- nisent en ce moment même Or, répétons ce que nous disions plus haut: un péché mortel avait été commis, spécialement grave, mais unique. Et la punition de Celui que saint Paul appelle le juste Juge « justus Judex » (2 Tim., ch. IV, v. 8) ne peut pas excéder l'impor- tance réelle du délit.

mort est la rançon du péché. »

LE COMBAT DE LA PURETÉ L'ENN EMI 57 -."--- .- -- -.-- ~- ~ 3
LE
COMBAT
DE
LA
PURETÉ
L'ENN EMI
57
-."--- .-
-- -.-- ~- ~
3 11 tableau: Un homme, ayant d'ailleurs vécu
jusque-là généreusement, commet un péché mor-
tel; un péché mortel, donc il ne s'agit pas d'une
surprise à demi consciente ou à demi volontaire
mais d'une faute supposant plénitude de délibé:
tacte encore
la réserve vitale) , ne pourrait-il pas,.
pendant cet intervalle de survie, faire un acte de
contrition parfaite et se .rendre aux derniers
assauts miséricordieux de
la
grâce 1 ?
ration et de révolte.
Cet homme, s'il mourait sans s'être réconcilié
avec Dieu, tomberait en enfer.
Et cependant, répétons--le une troisième fois,
il ne s'agirait pas de cent péchés mortels, ni de
dix, mais d'un. Et la justice de Dieu est parfaite.
L'hypothèse de cette mort spéciale, dont parle
saint Ignace, venant à se vérifier, la conclusion
est rigoureusement théologique.
Mais cette hypothèse se réalise-t -elle souvent,
en fait? C'est le secret de Dieu. Jamais nous
n'avons la certitude qu'un homme est damné,
même s'il paraît mourir dans l'acte du péché. En
effet, on n'a pas encore trouvé jusqu'ici un seul
criterium absolument certain de la mort, à pa~t
la décomposition qui survient relativement tard.
Je ne saurais pas vous prouver que cela se
passe. Mais vous ne sauriez pas me prouver que
cela ne se passe point.
Jamais donc
on
n'est sûr de
la damnation,
exception faite pour le seul Judas 2.
*
>11
>1<
Saint Ignace termine sa méditation par un
colloque avec le Sauveur en croix. Homme, qui
parlais si lestement du péché, vois ce qu'a fait
ce péché 1 Il a tué l'Homme-Dieu.
Devant
ce cadavre
du
Christ,
comprends-tu
enfin?
On peut t'appliquer les mots de Tacite
parlant du matricide Néron: « Perfecto demum
scelere, magnitudo ejus intellecta est» (A n-
Lisez, entre autres, La mort aj)parente et la mort
réelle, par le R. P. Ferreres, S. ]. 1. ou la Déon-
tologie médicinale 2 duR. P. Salsmans, S. J., pro-
fesseur de théologie morale à Louvain. Si l'homme
ne peut mourir, en réalité, qu'une demi-heure
plus tard qu'on ne le croit (après une lente con-
somption, par exemple) ou même deux heures et
davantage (après un accident qui a trouvé in-
1. Évidemment, ce serait folie d'escompter pareil m oment
pour sa conversion. D'abord cette survie n'est qu'une proba-
bilité. Il est fort clair que la théorie du Probabilisme ne rend
ici aucun service: il s'agit d'une question de fait. Cela est, ou
cela n'est pas. Toute vraisemblance cède devant la vérité du
contraire 1 et toute présomption devant la certitude. Et
puis,
même, à supposer que l'homme vive encore, n'est-il pas dans
un état comateux, inconscient?
.Peut-on raisonnablement remettre l'affaire la plus grave
à un moment si défavorable ou même incertain ? Le ferait-on
s'il s'agissait d'un testament
d'un intérêt auquel on t ient
beaucoup ?
2. Sans doute,
on pourrait ne pas trouver une évidence
totale dans les textes de l'Évangile parlant de Judas. Mais
1.
Paris, Beauchesn e.
ces textes mis dans la lumière de la Tradition et interprét és
2.
Geneeskun dlge
pli chtenleer
nO
232.
-
(Leuven:
De
Vlaamsche boekenhalle Sint-Michiel) .
pa.r les Saints Pères, ne laissent plus place
du clergé, II juin 1931, pp. 393 et 394)·
au doute. (Ami
=:::s:::::::_ ::scz:: _:ad LE COMBAT DE LA PURETÉ L'ENNEMI 59 naZes, L. XIV, ch. ro),
=:::s:::::::_
::scz::
_:ad
LE COMBAT DE LA PURETÉ
L'ENNEMI
59
naZes, L. XIV, ch. ro), « Ce n'est qu'après avoir
consommé
son
forfait,
qu'il en comprit toute
l'horreur Il.
'"
II<
'"
Maintenant qu'elle a réfléchi sur l'énormité
du péché mortel, l'âme est préparée à entendre
la. parole du ~aître 1 « Si ton œil droit est pour
tOl une occaSlOn de chute, arrache-le et jette-le
loin de toi 1Car il vaut mieux pour toi qu'un seul
de tes membres périsse et que ton corps tout
entier ne soit pas jeté dans la géhenne. Et si ta
main droite. est pour toi une occasion de chute,
coupe-la et Jette-la loin de toi; car il vaut mieux
pour toi qu'un seul de tes membres périsse et
que ton corps tout entier ne soit point jeté dans
la géhenne ». (St Matth., ch. V, v. 29-3 r ).
Peut-être sommes-nous tentés de dire: Maître
Cl cette manière de parler est dure 1 » « Durus est
hic sermo 1»
vraiment c'est une question de vie ou de mort,
eh bien 1 soit 1 tranchez 1»
Il obéissait à ce principe de bon sens élémen-
taire: il vaut mieux sacrifier la partie que le
tout 1 et l'intégrité des membres que l'existence
elle-même 1
Ce que comprennent si bien les mondains pour
la vie du corps, comprenons-le pour la vie de l'âme,
et disons avec saint Augustin: « Hic
ure 1 hic
seca 1 dummodo in aeternum parcas 1» Seigneur 1
bon chirurgien de nos âmes, cautérisez mes
plaies, taillez dans le vif, pourvu qu'ainsi vous
m'épargniez pour l'éternité.
Au demeurant, il est très clair que les 'paroles
de Notre-Seigneur l « Arrache ton œil l' coupe
ta main 1 )) ne constituent qu'une image 1 Ni Lui,
ni l'Église
n'ont jamais ordonné à quelqu'un de
Mais observons ce que font, chaque jour, tant
d'hommes et de femmes qui, pour garder la vie,
ac~eptent une mutilation chirurgicale 1 Que de
fOlS, à l'ambulance établie à notre Collège de
Namur, au début de la guerre, j'ai moi-même
as~isté à ce dialogue: le docteur disait au soldat 1
« Ecoute 1 tu es un homme 1 Je vais te parler
franchement. La gangrène monte' si tu ne te
laisses pas couper la jambe, ou le'pied, c'est la
mort 1» Et lui, le pauvre petit soldat, étai
devenu tout pâle 1 Il répondait: « Ah 1 c'est rude
s'arracher lui-même un œil, de s'amputer le pied 1
Ces expressions ne sont qu'une manière de parler
métaphorique, revenant à dire d'une façon
expressive: Souffre tout 1accepte tout, y compris,
le cas échéant, cette mutilation corporelle que
certains hommes -- les martyrs - ont subie,
plutôt que de perdre ton âme par le péché mortel!
'"
* '"
ce que vous
me dites là, docteur j Mais enfin, si
Le point examiné jusqu'ici est la gravité du
péché mortel. Il ne sera point inutile d'approfon-
dir un peu la nature du péché mortel, pour tirer
de cette analyse plusieurs corollaires.
Qu'est-ce qu'une faute grave?
C'est une faute 011 se réa.lisent simultanément
1

les t~ois éléments! matière grave; délibération parfaIte; consentement entier. Nou~ l'avons di.t tantôt: péché mortel signifie que, SIon mouraIt dans cet état, on tomberait e~fer1 Enfer: ce petit mot de deux syllabes

en

est v: Ite prononcé, .mais il représente une réalité fo~rmdable1 devenir un malheureux immortel 1

DIeu n~ serait pas .infinim,:nt bon, ou plutôt II ne se~aIt pas ~em.e Juste, ~Il c?ndamnait à pareil ~up~h~e, celUI HUI pourrait lUI répondre: « Mais Je ~ al pas enherement consenti, ou entièrement délIbéré 1 Non, Dieu ne prend pas l'homme en traître et n'est pas un tyran qui triomphe de nous sur- pre~dre dans un acte à demi conscient, pour nous pumr éternellement 1

)l

Le péché mortel n'est point une notion soit d'addition, soit de durée. a) Ce n'est pas une notion d'addition ou de ~.u1tip~ication. En d'autres termes, il ne faut pas s Imagmer que les l?échés véniels s'ajoutant les uns aux autres fimssent par atteindre une si

grande quantité que, se totalisant, ils constituent un p~ch~ mortel. Mille péchés véniels ne font pas u~ peche, ~ortel, parce que ces deux concepts de

p~cM veIllel et de

péché

gIques ", c'est-à-dire irréductibles l'un à l'autre

On dit, très familièrement l cent poires ne font pas une orange.

mortel

sont cc analo-

b) Il ne s'agit pas dav a ntage d'une question de

b) Il ne s'agit pas dav a ntage d'une question de lU! _ ~~===. "':!.~~~~ .•

lU!

_ ~~===. "':!.~~~~

.•

~.~~ ~

L'ENNEMI

61

durée. Une faute de vanité , de paresse, p eut SI\! prolonger pendant des semaines et rester légère. Une faute de blasphème peut ne durer qu'une minute et cependant, si elle est bien volontaire. elle est grave. Les pires méfaits parfois se commettent très rapidement. Il faut si peu de temps pour presser sur la gâchette d'un fusil ou lancer une bombe. De même, un péché de pensée, de désir, peut s'accomplir en une fraction de minute. Mais encore faut -il que dans ce raccourci de temps, si petit soit-il, l'homme ramasse sa pleine personnalité et la condense si intensément qu'il jette dans cet acte sa plénitude de délibération et de consentement. Donc le péché mortel n'est pas une notion de durée ou d'addition, mais de gravité. C'est l' « aversio a Deo)J, le fait, équivalem- ment, de tourner le dos à Dieu, de poser consciem- ment ce qu'on pourrait appeler une complète rupture de relations avec Lui. Si profonde est la perturbation amenée en nous par cette révolte et cette insurrection contre Dieu, qu'elle devient une manière de bolchevisme dans l'ordre moral.

*

De cette définition du péché mortel, se dé- duisent plusieurs règles, 'd'autant plus importantes qu'elles s'appliquent, non seulement aux péchés d'impureté, mais à tous les péchés, sans excep- tion. Les principes que nous allons exposer ne sont pas des trouvailles 1ni des subtilités finement

>1<

62

LE

COMBAT

DE

LA

PURETÉ

discutées entre Lehmkuhl et Ballerini-Palmieri 1 Nous ne parlons pas à des théologiens, mais à des jeunes gens.

Les scrupuleux doivent se raSsurer. Ils

'D' leu,

quand ils s'imaginent que la vie chrétienne est un terrain miné, où l'on est ellglouti sans même avoir pu se reconnaître, une espèce d~ bois semé d'invisibles traquenards et d'innombrables pièges à loups. Non 1 non 1 il n'y a pas d'embûches divines et l'on ne commet de péchés mortels que l'ayant su, et complètement su, que l'ayant voulu

et complètement voulu.

«J'ai si peur de commettre un

péché mortel 1li Mais ne voyez-vous pas que ce qui doit vous rassurer le plus, c'est précisément cette peur? Le seul fait de redouter extrêmement une chose, prouve bien qu'on ne veut pas cette chose 1 Saint Ignacy, - que Léon Daudet appelait récem-

ment « le roi des psychologues » « le prince des psychologues 1 », - saint Ignace, dis-je, dans ses « Règles pour la connaissance et le discernement des scrupules», estime que l'épreuve des scru- pules «est très utile, durant quelque temps, à

car elle sert grandement à la rendre plus

nette et plus pure, en la séparant entièrement de toute apparence de péché, selon cette parole de saint Grégoire: C'est le propre des bonnes âmes de reconnaître une faute là où il n'y a pas de

1 er

•.

prinCIpe.

ft" on

se

t

rompen

t

e

t

InJure

a

Vous dites:

.

l'âme

1. L. DAUDET, Les œuvres dans les hommes, p. 108.

1. L. DAUDET, Les œuvres dans les hommes, p. 108. L'ENNEMI faute: Bonarum mentium est, ibi

L'ENNEMI

faute: Bonarum mentium est, ibi culpam agnos- cere, ubi culpa nullaest » 1.

« L'ennemi (Satan) considère attentivement si

une âme est peu scrupuleuse, ou si elle est timorée.

Si elle est timorée, il tâche de la rendre délicate à

l'extrême, pour la jeter plus facilement dans le trouble et l'abattre. Il voit, par exemple, qu'elle

n~ ~o~sent ni au péché mortel, ni au péché véniel,

m a nen de ce qui a ombre de péché délibéré! il tâchera, puisqu'il ne peut la faire tomber dans l'apparence même d'une faute, de lui faire juger

qu'il y a péché, là où il n'y a point de péché

contraire, si l'âm~ est peu scrupuleuse, l'ennemi s'efforcera de la ren(}re moins scrupuleuse encore. Par exemple, si jusqu'ici elle ne faisait aucun cas des péchés véniels, il tâchera qu'elle fasse peu de cas des péchés mortels; et si elle faisait encore q,:elque cas des péchés mortels, il la portera à y faIre beaucoup moins d'attention ou à les mépri- ser entièrement.

« L'âme, qui désire avancer dans la vie spiri- tuelle, doit toujours procéder d'une manière con- tr,a~re à cell~ de l'ennemi. S'il veut la rendre peu dehcate, qu elle tâche de se rendre délicate et timorée; mais si l'ennemi s'efforce de la rendre timorée à l'excès pour la pousser à bout, qu'elle tâche dgl se consolider dans un sage milieu pour y demeurer entièrement en repos. D

Au

la règle générale. Nous l'avons déjà

~ot~: dans une même âme peuvent s'abriter ces deux hôtes 111 différents: le péché mortel et le scrupule·. Mais ordinaire- ment leur voisinage ne dure pas longtemps, parce que l'un tue l'autre.

1. C'est, du moins,

64

LE

COMBAT

DE

LA

PURETÉ

Saint Ignace nous laisse d'autres directives pré- cieuses dans ses « Règles du discernement des esprits» :

« Chez les personnes qui travaillent courageuse- ment à se purifier de leurs péchés et vont de bien

en mieux dans le service de Dieu Notre-Seigneur". c'est le propre du mauvais esprit de causer de la tristesse et des tourments de conscience, d'élever devant elles des obstacles, de les troubler par des raisonnements faux, afin d'arrêter leurs progrès dans le chemin de la vertu; au contraire, c'est le propre du bon esprit de leur donner du c,ourage

de les établIr dans

le calme, leur facilitant la voie et levant devant elles tous les obstacles, afin qu'elles avancent de plus en plus dans le bien.» (zr" sem., 2' règle). cc C'est le propre de Dieu et de ses anges, lors- qu'ils agissent dans une âme, d'en bannir le trouble et la tristesse que l'ennemi s'efforce d'y intro- duire, et d'y répandre la véritable allégresse et la vraie joie spirituelle. « Au contraire, c'est le propre de l'ennemi de combattre cette joie et cette consolation inté- rieure, par des raisons apparentes, des subtilités et de continuelles illusions.» (2" sem., l'" règle).

et des forces, de les consoler

cc Le bon ange a coutume de toucher doucement, légèrement et suavement l'âme de ceux qui font chaque jour des progrès dans la vertu; c'est pour ainsi dire une goutte d'eau qui pénètre dans une éponge. CL Le mauvais ange, au contraire, la touche durement, avec bruit et agitation, comme l'eau qui tombe sur la pierre. » (2' sem., 7' règle).

( 2 ' s e m . , 7' r è g l e ) .
( 2 ' s e m . , 7' r è g l e ) .

-

2 ' s e m . , 7' r è g l e ) . -

L'ENNEMI

Que l'âme trop craintive obéisse aveuglément iu confesseur: c'est à la fois sagesse humaine et humilité chrétienne; qu'elle regarde comme un danger très subtil, ce scrupule qui fait de la vie chrétienne un fardeau si insupportable qu'on est tenté de s'en débarrasser, en sorte que le rigo- risme aboutit parfois au laxisme. Le scrupuleux doit prendre l'inébranlable réso- lution de ne jamais revenir sur les faits déjà accu- sés à confesse, à part le cas (presque métaphysi9,ue pour lui 1) où il constaterait qu'un péché certazne- ment mortel, n'a certainement pas été confessé. Qu'il jette ses pusillanimités dans la miséricorde de Dieu et se persuade qu'il n'a rien à craindre, puisque des fautes même graves, quand. elles SO?t oubliées à confesse, et tues sans mauvalS voulO1r, sont remises indirectement, mais réellement. Devrait-il y revenir dans la confession suivante? Oui, si se vérifiait la double certitude dont nous venons de dire qu'elle est, pour le scrupuleux, très peu vraisemblable. Est-il possible de pécher gravement S" principe. pendant le sommeil, par rêves ou impressions quelconques?

. Ni gravement, ni même légèrement, car 11 est contradictoire dans les termes, de dire qu'une personne consent et de dire qu'elle dort, ce. qui suppose chez elle l'impossibilité de consentir.

- Et pendant le demi-sommeil? par exemple, le matin et le soir, dans cet état indécis entre celui de conscience et celui de sommeil ? Le problème est beaucoup plus délicat. L'incon- science est lentement progressive; à quel degré

66

LE

COMBAT

DE

LA

PURETÉ

est-elle arrivée? L'emporte-t-elle sur l'état con- scient ou celui-ci demeure-t-il, au moins substan- tiellement ? Si vraiment il y a déjà demi-sommeil, il ne reste plus que demi-conscience et dès lors peut se com- mettre le péché véniel, mais pas le péché mortel, puisqu'il suppose, par définition, délibération et consentement entiers. Le principe est extrême- ment simple (quoi qu'il en soit de l'application peut-être délicate) : oui ou non, y a-t-il encore connaissance et volition?

'"

Si Je jeune homme subit, la nUit, certâins phé- nom èn es caractéristiques 1, que doit-il faire? Ou bien il ne se réveille point et alors la ques- tion de moralité n'est pas en jeu, puisqu'il s'agit d'un phénomène subi tout passivement pendant le sommeil. Il devrait cependant se garder de poser volontaire~ent, pendant l'état de veille, des causes de troubles l lectures, désirs volon-

taires, etc.

, , Ou bien il se réveille. Dans ce cas, il ne peut évidemment ni consentir, ni rien faire dans le but de provoquer les mouvements désordonnés ou de terminer le phénomène commencé inconsciem-

'"

'"

1. Leur fréquence, très diverse, peut osciller entre une fois par semain e et une fois par trimestre. Ce nombre se modi- fie « suivant les individus, le climat, le régime et varie entre ces deux termes: une fois par semaine, à une fois tous les deux ou trois mois; dans ces ~imites, ils sont compatibles avec uno bonne santé. » (Dr JAMES PAGE'r).

avec uno bonne santé. » (Dr JAMES PAGE'r). ment. Mais, si, vraiment ne se réalise pas
avec uno bonne santé. » (Dr JAMES PAGE'r). ment. Mais, si, vraiment ne se réalise pas
avec uno bonne santé. » (Dr JAMES PAGE'r). ment. Mais, si, vraiment ne se réalise pas

ment. Mais, si, vraiment ne se réalise pas le danger prochain de consentement, est-il obligé de changer une position qui serait correcte ou même de se relever? Non 1D'autre part, il sera plus généreux

en le faisant, et il faut le lui recommander instam- ment, surtout s'il n'éprouve pas d'inconvénient

et s'il peut encore empêcher ainsi le résultat en

question.

que des personnes ont fait ,

.'

3

Il arrive

pnncipe. étant fort jeunes, des actes contraires à la pureté. Plus tard seulement, à la suite d'un sermon, d'une retraite, ou la réflexion et l'âge

survenant, elles se rendent compte de la gra- vité de cette action et se disent: « Mais, ce que

je faisais était une chose gravement défendue 1 » Avaient-elles alors péché mortellement? Non. On pèche avec la conscience que l'on

a du geste posé. Si donc maintenant qu'elles

ont remarqué la nature coupable de tel acte, elles l'admettaient, elles en porteraient la respon-

sabilité, puisque se rencontreraient en même temps et la gravité objective, et la malice sub- jective. Mais il s'agit d'un acte commis autrefois; ,or, autrefois, par hypothèse, on ignorait que la chose en question fût, en soi, un péché mortel. Le péché mortel n'a donc pas été perpétré. A moins, bien entendu, que cette ignorance n'ait été volon- tairement admise ou entretenue, il n'y a eu que la matérialité d'une faute grave, mais pas l'élé- ment moral de la responsabilité. Si restaient des troubles de conscience fondés, parce qu'on avait eu la connaissance obscure que

68

LE

COMBAT DE

LA PURETÉ

les actes étaient défendus, il serait utile de se con- fesser. Nous l'expliquerons bientôt plus au long.

(P. 7 6 ). Pratiquement, dans le cas

cité, le j~une

homme conserve presque toujours des cramtes qui ne tombent que par la confession. « J'ai admis, dit-on souvent, une faute ,. principe. d'impureté, mais je n'ai pas eu l'inten-

tion d'offenser Dieu. Il Cette intention explicite d'offenser Dieu est rare et ne se constate que dans certains péchés de malice. Mais il suffit, pour constituer un péché mortel de l'intention implicite, qui existe dans les péchés de faiblesse. Tel acte ,(s'il est. délibéré) et l'injure faite à Dieu, sont soudes essentIelle~ent, de manière qu'ils deviennent absolument msé- parables et, dès lors, l'acte est, par sa nature même. une désobéissance à Dieu. Que pensez-vous de l'enfant qui dirait à son père: «Vous m'avez. f~rme11emènt interdit t;l1e chose. Je la ferai. MalS Je neveux pas vous deso- Mir.» Acte et désobéissance coïncident. néces:

sairement J Ainsi l'impureté est .une actIon ~u". offense Dieu, bien qu'elle ne SOIt pas commIse

.

pour offenser Dieu.

Ce qui est vrai, c'est que l'impureté est, par~ll les péchés mortels, celui qui représente le ~oms d' « aversio a Deo » et le plus de « converslO ad creaturam ». Aussi Notre-Seigneur, qui, da.ns

l'Évangile, se montre si sé,:ère. pou~ la perv:rslt~ des Pharisiens, est très mIsérIcordIeux, LUI qUI sait combien «la chair est faible, li enve~ les

les

1 repentants qui vi~nnent pleu.rer près de lUI surprises de la chaIr et la défaIllance des sens.

de lUI surprises de la chaIr et la défaIllance des sens. L'ENNEMI Nous parlons de l'impureté

L'ENNEMI

Nous parlons de l'impureté elle-même, indé- pendamment de circonstances aggravantes, comme seraient: la froide préméditation, la lâcheté d'un homme abusant de sa force ou de son argent, la séduction entreprise méchamment, l'adultère qui complique la faute contre la pureté, d'une faute contre la justice.

est parfois «cau-

,e pnnc . i pe.

al La

responsabilité

se». n peut arriver qu'un homme ne soit pas res- ponsable ,au moment même où s'accomplit maté- riellement l'action, mais qu'il ait encouru la faute précédemment, lorsqu'il posait librement la cause et que le corollaire était dans le champ normal de sa prévision. La philosophie expose ce principe en deux adages classiques: « Causa causae est causa cau- Qui vult antecedens, vult et consequens.• Celui qui veut la cause, veut implicitement l'effet qui s'y trouve contenu; celui qui veut l'arbre, veut la branche qui naît de cet arbre et le fruit qui naît de cette branche. - Il est vraiment trop commode pour celui qui a 9éclenché une injuste guerre, de pousser devant l'horreur des résultats, l'exclamation:

« Je ne l'ai pas voulu 1» Il n'a pas voulu tel meurtre spécial, soit 1mais, s'il a décidé la guerre, il a décidé les deuils et les tueries, qu'elle com- prend toujours. Donc, il l'a voulu J

'"

Les principes rappelés ont de nombreuses appli-

'"

'"

= LE COMBAT DE LA PURETÉ L'EN NEMI 7 1 cations en matière de cha:steté.
=
LE
COMBAT
DE
LA PURETÉ
L'EN NEMI
7 1
cations en matière de cha:steté. Un jeune homm~
,dira: «J'ai vu rouge .dans c~tte oc?asion. »
, Cela peut être vraI parfoIS. Mals cette espece
de folie, vous l'aviez prévue: l'expérience ne vous
l'avait que trop apprise. Et cependant, sans ex-'
cuse, vous vous y êtes expos é. Vous avez péché.
au moins alors: au preinier regard, si plus aux
derniers; à la première page de ce roman, si plus
à la centième. Vous n'étiez plus libre de vous
arrêter sur la pente; mais vous étiez libre de ne
pas vous mettre Sl)r la pente 1
,
plante vénéneuse, mais remonter à la racine
elle-même, pour l'extirper du cœur humain.
« Vous avez appris qu'il a été dit aux anciens:
Il
se peut que vous ayez perdu la tête
dans
telle maison, à
tel ÎIl$taht. Cela prouve tout au
plus que vous n'étiez plus responsable à ce mo-
ment déterminé; mais vous l'avez été en entrant
dans cette demeure. Le vrai moment de la respon-
sabilité fut celui où vous avez franchi le seuil,
avec la certitude que vous succomberiez.
Dieu
n'a pas sëulement défendu les
6 e principe. actes impurs, mais les imaginations,
pensées 1 et désirs:
Luxurieux point ne seras
De corps, ni de consentement.
Sachant que l'acte est l'aboutissant logique de
l'idée, Il n'a pas uniquement voulu couper la
Tu ne commettras point d'adultère. Et moi je
vous dis que quiconque regarde une femme avec
convoitise, a déjà commis l'adultère dans son
cœur. Il (S. Matth., ch. V, v. 27).
Il importe de considérer non seulement le
début de nos pensées, mais tout le processus,
parce qu~.! d'abord innocentes, elles peuvent gau-
chir et dégénérer,
«C'est le propre de l'ange mauvais, lorsqu'il
se transformèen ang@ de lumière, d'entrer d'abord
dans les sentiments de l'âme pieuse et de finir par
lui inspirer les siens propres. Ainsi, il commence
par suggérer à cette âme des pensées bonnes et
saintes, conformes à ses dispositions vertueuses;
mais bientôt, peu à peU, il tâche de l'attirer dans
ses pièges sec:rets et de la faire consentir à ses
coupables desseins.
« Nous devons examiner avec grand soin la
suite et la marche de nos pensées. Si le commence-
ment, le milieu et la fin, tout en elles, est bon et
tendant purement au bien, c'est une preuve
qu'elles viennent du bon ange.» (S. Ignace,
« Règles du discernement des espritS», 2 8 sem.,
règles 4 8 et 5 e
1. Distinguons soigneusement trois cas:
'"
'"
4) Penser à une chose qui a un côté impur. C'est souvent
nécessaire.
.
b) Penser à 'une chose par ce côté. C'est parfOIS léglbm~,
dans l'étude, par exemple. Dieu,- qui connaît tout, connalt
aussi cet aspect des réalités.
.
.
Quels sont les principes de la responsabilité
dans les tentations de mauvaises pensées?
Trois attitudes morales sont possibles:
c)
Résister positivement; consentir positivement;
Y penser pour ce côté. C'est m aL

72

LE

COMBAT

DE

LA

PURETÉ

garder l'attitude intermédiaire de ne point com- battre, mais aussi de ne point céder. Examinons chacune de ces trois hypothèses, en commençant par la dernière.

8 thè Théoriquement, il suffit de réaliser e hypo se. cette troisième attitude, puisque en- fin le péché consiste à vouloir le mal et que, dans cette troisième hypothèse, on ne le veut pas, et de plus, on n'est pas, nous le suppo- sons encore, dans l'occasion prochaine de le vouloir. Mais en pratique, surtout si la tentation est impétueuse, il sera concrètement presque im- possible de résister, sinon en s'efforçant, non seulement de ne pas garder cette espèce d'at- titude neutre « ne pas vouloir, D,mais de vouloir positivement le contraire.

S hyp thè Si; ayant pris conscIence que des pen-

e 0 se. sées, des désirs sont malsains, libre- ment on y consent, à ce moment précis com- mence la responsabilité. Pas plus qu'on n'a le droit de conserver une mauvaise image dans un album secret, on ne peut garder volontairement un mauvais phantasme dans l'album secret du souvenir. A côté du déver- gondage extérieur, il yale dévergondage inté- rieur: mémoratir ou imaginatif. Le rôle de l'ima- gination, dans les tentations lubriques, est très grand. L'acte coupable est normalement accom-

pagné

l'entretiennent; même dans les impressions véné-

représentations qui le provoquent et

ile

riennes subies pendant le sommeil, le tableau cérébral intervient pour une large part (que ce $oit d'ailleurs à titre de cause ou d'effet).

ce $oit d'ailleurs à titre de cause ou d'effet). eo L'ENNEMI 7 3 Nous avons vu
ce $oit d'ailleurs à titre de cause ou d'effet). eo L'ENNEMI 7 3 Nous avons vu

eo

L'ENNEMI

73

Nous avons vu que les satisfactions sensuelles sont d'ordre nerveux. Le système nerveux est en communication avec ce bureau central qu'on nomme le cerveau. Or, l'image (l'image corres- pondante) est une forme de l'activité cérébrale. Il n'est donc pas étonnant que mouvements lascifs et imaginations lascives aillent presque toujours de pair 1.

On tâche de rejeter les mauvaises pen- sées. Dès lors, non seulement on ne

commet pas de faute, mais on a~qui~rt des m~­ rites, puisqu'on remporte une vlctOlre sur SOl- même.

lrehypo-

thèse:

- «Mais les pensées ou imaginations qui me poursuivent sont abominables 1»

péché n'est pas dans le jeu de l'imagi-

Soit 1 le

nation ou de l'intelligence, mais dans le consen-

tement de la volonté. «Non nocet sensus, ubi non est consensus. » Ce qu'on pourrait traduire par ces deux vers, que d'ailleurs je ne vous donne pas comme étant de Racine ou de Corneille :

Ce n'est rien de senti" C'est tout de consentir.

phantasia valeat ad venereum appetitum

vel excitandum, vel moderandum, vel sedandum, O1;nne,s perspectum habemus. » R , P. V ERM E ER SCH, S . J" De Cast~­ tale, nO 16 , Nous savons tous combien le rôle de l'imagination est important pour exciter, modérer ou apaiser les tendances

l, «Quantum

vénérienlles.

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74

LE

COMBAT

PURETÉ

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Éprouver n'est pas approuver.

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- « Mais ces pensées tournent à l'obsession et me harcèlent jour et nuit. » Et après? Il est beaucoup plus beau de résister deux heures, que de résister deux minutes. Com- bat plus long, palme plus belle 1

« On. peut m~rite:de deux manières, lorsqu'une mauvaise pensee Vient du dehors.

« Premièrement, si, lorsque la pensée de com- mettre un péché mortel se présente, je lui résis te aussitôt et qu'ainsi j'en triomphe. « Secondement, si, d'abord repoussée, cette mau- yais~pe~sée revient une ou plusieurs fois et que Je l?l réSiste toujours, jusqu'à ce que je la chasse entièrement. Cette seconde mani ère est d'un PZus grand mérite que la première. » (S. Ignace, Ex.

général.)

- « Mais je ressens le plaisir défendu. » La chose est fatale, mais tu es irresponsable tant que tu l'éprouves sans l'avoir recherchée et sans t'y complaire volontairement.

- «Je tremble, en songeant qu'il suffit d'une mi- nute pour commettre un péché mortel de pensée 1» !l suffit d'une minute aussi pour lacérer une tOile .d~ Rubens, pour souffleter un ami ou pour

se SUiCider, en se Jetant par la fenêtre. Crains-tu,

cependant,

de commettre ces énormités d'une

minute,