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UN TEXTE DANS LE DIALECTE BERBÈRE DES AIT MESSAD

Le territoire des Ait Messad les Ait Mestaoua d'Ibn

Khaldoun est resté jusqu'ici une des régions les plus

mystérieuses du Moyen Atlas. C'est un plateau élevé et pauvre, dominé par la silhouette sévère du Djebel

Azourki, couvert de pâturages maigres et de forêts éparses de chênes-verts, habité par plus de 20.000 Berbères de langue tamazi-;t. Les Ait Messad ne constituent pas à

proprement parler une tribu, mais plutôt une confédéra-

rentrent les Ait

Outferkal, les Ait

tion dans laquelle

Ougoudid, les Ait Mazigh, les Ait Isha et les Ait Maham-

med, vivant encore en siba à l'exception, des Ait Outferkal dont la soumission remonte à l'automne 1918. A cette époque, le poste d'AzilaP fut créé chez les Ait Outferkal à

la suite d'une expédition^ qui se termina par la mort

tragique du jeune et brillant pacha de Demnat, Abd el

Malek, fils du fqih Si Madani El Glaoui, seigneur de

Telouet. On sait que ce dernier, très affecte par la mort

1. Le mot est berbère et signifie «crête, rocher.» Le poste s'élève près du ssouq elkhemis et les Indigènes le désignent sous ce

nom. C'est pour ne pas encombrer la toponymie d'un ssouq de

plus, que le parrain du poste, le capitaine Orthieb, s'est servi du

mot berbère. Azilal est à 1485 m. d'altitude, à 174 km, de Mar-

rakech et à 30 km. d'Ouaouizeght. 2. Les frères Tharaud visitèrent le pays quelque temps après la

conquête et consignèrent leurs impressions dans leur ouvrage :

Marrakech et les seigneurs de l'Atlas.

èOê

Ê. LAOUSt

de son fils préféré, mourait bientôt après dans son palais

de Marrakech.

Le texte qui suit m'a été dicté à Azilal en avril 1921^

par un mokhazni du poste. Il se rapporte au mariage que

les Berbères de cette région célèbrent de curieuse façon.

L'usage est de marier le même jour tous les jeunes gens au cours de cérémonies collectives auxquelles participe

toute la tribu. Les fêtes se déroulent loin du village, dans

la campagne, dans le voisinage d'un agourram, d'une

source ou d'une forêt de chênes. Le mariage est consommé,

npn dans la maison maritale, niais dans la tighremt

communale,

dans une

des dépendances de la

zaouïa

ou tout simplement en plein air, à la belle étoile.

J'ai signalé ailleurs^ des cérémonies identiques observées

chez d'antres populations berbères du Moghreb, notam- ment chez les Ait Atta, les Ait Haddidou, les 'Ait Izdeg;

j'ai montré l'importance de ces pratiques qui n'ont fait

jusqu'ici l'objet d'aucune étude, et émis l'hypothèse

que ces sortes de mariages, aujourd'hui l'exception, étaient dans un lointain passé les seuls en faveur en Berbérie.

Chez les Ait Messad, les fêtes ont lieu aussitôt après

l'enlèvement des récoltes ou à l'époque de la maturité

du raisin. Elles commencent généralement le dimanche

ou le mercredi et durent trois ou sept jours. Elles offrent,

au surplus, d'une tribu à l'autre, de nombreuses variantes

qui ont leur intérêt ethnographique.

Chez les Ait Ougoudid, elles se déroulent au lieu dit

Igdi, près d'un marabout du nom de Sâïd Ouidir. C'est

en cet endroit que les femmes bâtissent la « nouala de la

mariée » tanualt n-tsliU au moyen de branches de chêne

1. Au cours d'un voyage organisé par M. Ricard, auquel prirent

également part M. Pallary, le capitaine Martel et M. L. Sharpe.

Les photographies sont du capitaine Martel

2. In Hespéris, 1" Année, fasc.

I dans mon article : Noms et

Cérémonies des feux de joie chez les Berbères du Haut et de V Anti-

Atlas.

tJN tEXTE EN DIALECTE BERBERE DES AIT MESSAD

30^

qu'elles réunissent au sommet de manière à donner au

petit édifice la forme pyramidale. Cette nouala est toute

petite; la fiancée s'y tient seule, juste à l'aise, accroupie

sur une natte pendant toute la durée des fêtes. Il y a

autant de noualas alignées et placées l'une à côté de l'autre que de fiancées à marier. Du reste, il n'y a pas

nécessairement de cérémonies chaque année : il faut

qu'il y ait des jeunes filles à marier et que la moisson ait

été bonne.

Le fiancé isli est assisté de garçons d'honneur appelés

maéed n-isli et imesnin, et la fiancée tislit, de compagnes

appelées timenejMin. Les fêtes sont dirigées

par

un

afiater ou un am^ar n-tme'jiwin, qui est une sorte de maître

de cérémonies. La consommation du mariage a lieu la

nuit en dehors de la nouala, à la belle étoile.

Chez les Ait Outferkal de la zaouïa de Sidi Tami, dès

l'acte conjugal accompli, les fiancés se réfugient dans la

mosquée tolba et cavaliers viennent les chercher pour

les ramener en grande pompe à leur demeure.

Les Ait Outferkal d'Azilal dressent les noualas nuptiales

au lieu dit Tissa et consomment le ma^-iage dans la tighremt

l'on emmagasine le produit des récoltes. Les cérémonies

de leur mariage sont consignées dans le texte ci-dessous

accompagné de sa traduction et de notes grammaticales

qui n'ont d'autre valeur que d'être les premières du genre.

Mkan ira bab n-tme^;ra a-isker iame-^ra î -warrau-nns innù'

iasn : « a-tâqbilt,a-terbahem! nkratâ^; s-afella ansker time (divin

1. PI. time^riwin « noce, fêtes et cérémonies nuptiales » ; le

« mariage » porte un nom différent. Le mot est comiu dans la plu-

part des parlers sauf les touaregs. On relève : tame^ra ou tam-^ra,

Tazerwalt (Stumme, Handbuch des Schilhischen von Tazerwalt,

p. 230), Sous, Haut et Anti-Atlas (Laoust, Cours de berbère maro-

cain, p. 161), Ntifa, Demnat (Boulifa, Textes berbères en dialecte de

;U)8

É. LAotst

i-lqùm-ennay ! » Han hateren nnan-as : « Wahha! Mkinna nusi

ianebdut t' allemt-a-; , nsker time^riwin, anse^; zzit, nse-; tamemi,

nser lkettàn,nse^ irden,nse^ Imehâssâ, nse^; ssokwor, nse^; $iema,

nse^ atay, nsey Usila i'taiUin-enne^ d-loqom-enne; tintsla-

eniïe-f! »

Mkan s^an kulsi mujud iazen sersen walli lyan ahater n-teqbilt,

l'Atlas marocain, p. 374) ; ^am^ra, A. Yousi, A. Ndhir, ; ^amà^ra,

A. Sadden ; %ame^ra, A. Seghrouchen, Zouaoua ; làmà^ra,

A. Waryaghel (Westermarck, op. cit, p. 78)., Boulifa (Méthode de

langue kabyle, 2^ année, p. 522) ramène l'étymologie du mot à un

thème MyR auquel se rattachent im^ur « être

dérivés. Avec plus de vraisemhjance, Stumme et Destaing {Voca-

bulaire français- berbère) supposent une racine ^R « crier, appeler » et par extension « inviter » comme dans l'expression : ^er i-

medden. Une forme nf-^er signifie « s'appeler (entre, amis, par

grand » et ses

exemple, pour manger) ». La noce berbère s'accompagne de longs

festins auxquels sont conviés de nombreux invités.

Il existe d'autres appellations locales se rapportant aux fêtes

nuptiales, telles que : urar, litt. « chant » A. Oubakhti (Wester-

marck, op. cit., p. 78) ; islan, litt. « les fiancés », Zemmour,

A.

Warain (Westermarck) et Ouargla (Biarnay, p. 399) ; azluf ILWtt,

Ghat, de ezlef « se marier » (Nehlil, Etude sur le dialecte de Ghat,

p. 176). Les Touaregs Ahaggar nomment le mariage tediut +!A + de idau : A « faire compagnie » et par ext. « être marié, se marier »

terme qui n'est pas sans rapport de sens avec tinegift ou tineggift,

usité dans le Sous pour désigner le cortège nuptial (cf. Laoust, Le Mariage chez les Berbères du Maroc, in Archives Berbères, 1).

De la racine NGF, dérivent : ng-g-a/a, expression désignant à Fès, à

Meknès et à Tanger « la négresàe chargée d'initier la mariée aux

pratiques nuptiales » et amenegef, î.- tamenegeft, pi. timenegfin, connus en tachelhait pour désigner « tout individu (homme ou

femme) faisant partie du cortège nuptial ». L'expression se retrouve

dans la partie orientale du domaine berbère : le mariage se nomme

en effet tendjift dans le Djebel Nefousa (De Motylinski, Le Djebel

Nefousa, p. 139) et andjaf

dans l'oasis de

La racine NGF

Syouah (R. Basset, Le

dialecte de Syouah, p. 67).

semblemarquer l'idée

d'accompagnement et paraît berbère. Destaing cependant le

rapporte à l'arabe o?^i « plaisanter » sans doute parce que, en

certaines régions,- la fiancée est l'objet de plaisanteries de ceux qui

lui font cortège.

Laoust

1

%0%

Planche I.

JOM

UN TEXTE EN DIALECTE BERBÈRE DES AIT MESSAD

309

inna-iasen : « a-tâqbilt, aterbahemi ass Ihàdd haya-^ da-netja

Ihànna ad-^umin islan^ ttslatinl »

1. PI. de as/ï ou de isli « fiancé ». La première forme s'observe :

Ntifa, Demnat (Boulifa). A. Tamedlou (West.) Zkara, B. Iznacen,

Metmata (Destaing), Béni Menacer (R. Basset, Notes de lexico-

graphie

berbère, p.

57),

Ouargla (Biarnay), Mzab (R. Basset,

Et. sur la Zenalia du Mzab, d' Ouargla et d'Oued Rir', p. 61), asli,

Dj. Nefousa(de Motylinski) ; asri, Rif (Biarnay). La forme par i

initial est signalée dans les régions suivantes : isli, Aglou (West.),

Sous, Tlit (Laoust), A. Yousi, A. Sadden (West.), Zouaoua (Huyghe)

B. Halima (R. Basset, Et. sur la Zenatia de l'Ouarsenis et du

Moghreb central).

Les formes

féminines correspondantes sont : taslit, A.

Ihahan, Sous, Tlit,

Iznacen ; OasliQ, A.

Messad, A. Atta, Ntifa, Demnat, Igliwa,

Mzab (R. Basset), etc., taslih, Zkara, Béni

Oubakhti, Metmata, Béni Menacer ; Oas/iy'i, Béni

Menacer

(Destaing) lasri'), A.

(Laoust) ;

(Biarnay) ; OasriO, Temsaman, Ibeqq. (Biarnay) ; tislit, Aglou,

Zouaoua ; bislh, Guelaia (R. Basset) et tisrit,

Waryaghel (West.) ;

haslid, Chenoua

as/iO, Achacha (R.

Basset) ; taselt et taslet, Ouargla

Tlit,

Sous ; OisliO,

Bettiwa (Biarnay) ; tsilut, Dj. Nefousa.

Le pi. fém. le plus fréquemment observé est : tislatin, A. Messad,

A. Atta, Ntifa, Demmat, Sous, Zkara, B.

Iznacen, Ouargla,

Zouaoua ; ou teselatin, Dj. Nefousa, ou encore hisradin en rifain. On

note aussi

:

tislan et tislaiin, Metmata ; dislain, B.

Menacer ;

tisla^, Zkara, B. Iznacen.

Le pi. masc. le plus souvent relevé est islan se prononçant isran dans les parlers rifains. On observe encore islian Ouargla (Biar-

nay), islaien, B. Menacer (Destaing) islain, Achacha (R. Basset) ;

islien, Dj. Nefousa ; islauen, Metmata. Dans nombre de parlers, le pi. islan ne désigne plus les fiancés, mais les « fêtes du mariage »

(Westermarck, Biarnay) ; ou les « garçons d'honneur » Ntifa,

Demnat, etc. Le terme figure encore dans le vocabulaire des popu-

lations arabes ou arabisées du Maroc Atlantique, chez les Rehâmna,

par exemple, il se rapporte « aux compagnons du marié, à ses

amis intimes ». (Doutté, Menakech, p. 333.) On le signale à Fès,

Meknès, Salé, dans l'expression dar islan, litt. la « maison des

fiancés » (cf. Aubin, Le Maroc

marck, op. cit. ; Laoust, Le Mariage chez les Berbères du Maroc et

in Hespéris, Noms et cérémonies des feux de joie, p. 48).

J'ai rapporté asli à une racine L à laquelle se rattacheraient

d'aujourd'hui, p. 326.

Wester-

310

E. LAOUST

Mkan ilkem wass lliâdd If a an Ihànna i-tslatin an-^umant tsîatin d-islan, nnan-as : <( jum ass-ath da-nsnuin tislatin! »

Nkeren, ff^icn islan, ku jàn gisën ins srual Uilan, ins sin iqeéba

des mots comme aul « se marier » ; iuel « mariage », etc. {Le mariage

chez les Berbères, op. cit.). Destaing semble le rapporter à sli

a toucher » {Voc. fr.

berbère, p. 127) sans indiquer l'origine de

l'étymologie qu'il propose.

Le terme « fiancé » que nous employons pour traduire asli et

ses variantes n'est pas celui qui convient le mieux. Le jeune

homme ne prend et ne garde ce nom que pendant la durée des

fêtes nuptiales, parfois immédiatement après la cérémonie de

l'application du henné ; Zouaoua (Huyghe, p. 192). A Ouargla,

il le conserve durant les sept jours qui suivent le mariage (Biar-

nay, p. 324). Dans maintes régions les époux sont appelés asli

et taslit jusqu'à la naissance du premier enfant. Dans le Chcnoua, haslif) demeure appliqué à la nouvelle épouse et devient syno-

nyme de « bru » (Laoust, p. 1.%). Par ailleurs, ilis ou asli sont universellement connus enBerbérie

sauf en pays touareg. Les Imoha^ emploient le mot anesdiben, IA0OI, deduben 10 A « se marier, et par ext., avoir des relations

sexuelles » (de Foucauld, Diction., t. 1, p. 114). Mais chez eux aussi un homme n'est anesdiben que pendant le temps que durent

les cérémonies de son mariage, temps qui varie entre deux et

sept jours. Le mariage, en Ahaggar, se dit aduben 10 A expres-

sion désignant aussi les « relations sexuelles ».

Asli et taslit, et surtout ce dernier, sont fréquemment relevés

dans le folk-Iore berbère, seuls ou en composition pour désigner

la petite poupée d'enfant (cf. D"^ Herber, in Archives Berbères) ; certains phénomènes météorologiques, comme l'arc-en-ciel (Laoust, Mots et Choses berbères, p. 189, n. 1) la poupée fémi-

nine que Rifains et Berabers promènent en temps de sécheresse

berbères, p. 21.3) la

pour provoquer la pluie (Mots et Choses

dernière gerbe du champ ou la parcelle du champ que les mois-

sonneurs abandonnent aux glaneuses et aux petits oiseaux

(M. et Ch. berb., p. 378) la poupée confectionnée à l'occasion

de pratiques agraires du genre asifed célébrées en vue de pro- téger les cultures contre les ravages des moineaux (M, et Ch. berb.,

p. 343) l'arbre ou la colonne de pierres figurant au centre

de certains feux de joie, ou la poupée que l'on jette dans ces

feux (cf.

Laoust, Noms et Cérémonies des feux de joie chez les

Berbères du Haut et de V Anti-Atlas), la fiancée qui figure dans

U\ TEXTE EN DIALECTE BERBÈRE DES AIT MESSAD

311

ihlan, ins ahaik, iharref iuzzàlt, ig-as {an ubuks làharir ihlan^ iasi

lèmdémma, jas iss adis-ënnes; mkan ihazzem adis-ènnes, ins iàn

uzënnar Imerf, ins fcllas aSerqi n-tàdùd umlil; mkan in-insa, iass iikerzit làharir, ig iari/t i-wagmar-cnnes ; mkan as-iga

tari/.t, ini fellas.

Mkan ini, iazen jan irami kullu s-islan n-ieqbilt, inna-iasën :

« adduàtay anejma' ! » An asrag d-iddan islan n-teqbilt, nnan-as :

« nnkrâta-f aneddu s-ëzzauit ansker ûdiij s-èzzauit, anezûr aiz

gûrën! »

Mkan jmà'an svin ssokwor; mkan i-s-^an, ddun s-ëzzauit.

Lëkemen ziirën Sidi 'Abdëluali; mkan zorn Sidi 'Abdëluali

munn d-uasif n-ulili s-afëlla, zfirn Sidi 'Abdëlualied, tclla gis

int igezdemt g-wammas-ennes, iga zunt iiini. Mkan zorn Sidi

certains mariages simulés pratiqués à l'occasion des fêtes achou-

riennes (cf.

Laoust, op. cit.).

Asli se rencontre fréquemment dans la synonymie géographique

de l'Algérie, et comme l'a observé M. de Slane (Appendice à

l'histoire des Berbères, ji. 575); il existe dans la composition du nom des Masscsyli « Masi^li », Cf. R. Basset, Notes de lexicographie

berbère, dialecte des Beni-Menacer. Il est exact que le mot figure

en toponymie pour désigner des sources, des kerkours, des arbres mêmes, près desquels se déroulent des cérémonies nuptiales,

mais le fait est plutôt rare ; on confond généralement isli avec

un homoriyiiie dérivé d'une autre racine : isli « dalle, rocher à

fleur de

et par ext. lit de galets sur lequel coule une rivière ». Tlit (cf. Oued

Isly, rivière de la frontière algéro-marocaine) ; isli « sentier et

terrain rocheux, schisteux ». Demnat (Boulifa, Textes berb. de

l'Atlas marocain, p. 356) ; izli « rocher » A. Mjild, Izayàn ; ésali

HO « roche lisse » Ahaggar (dé Foucauld, Dict., t. Il, p. 589) et

tasîlé ou tassili IO+ «vaste massif montagneux couronné degt-ands

plateaux rocheux sans sommets dominant notablement ces

plateaux » (de Foucauld, op. cit., p. 589); is(^lli «grosse pierre »,

Zemmour ; « dalle » A. Ndhir ; « pierre du foyer », A. Sadden,

A. Mjild. La racine est une des plus importantes du berbère et ce n'est pas le lieu de développer ici. C'est à elle qu'il faut

vraisemblablement rapporter le nom de la ville de Salé qui se

Latins et Berbères, in Archives

prononce sla. (Cf. D"" Huguet

terre » Amanouz, pi.

islan ; isli « endroit caillouteux,

312

E. LAOUST

'Abdëluàhed, ddun s-Sidi 'Abdellah; mkan zorn, alin Sidi Hamed

U-Brahim, illa g-tama n-tgemmi n-Sidi Tami. Mkan zorn ddun

dar Imoqoddem n- zzauit, ëkfin-as ssok"'orlliy d-èttâfen s-ûdàf ;

nnan-as : « a-sîdi, nûknlhatnra anegg time;riuin, d'au dida^! »

Inna-jasën : « a-iaûwi rëhhi s-afella, kSemnt, meràhba bikum! adaun nsker imkëlil » Qqenn iisan g- berra n-igemmi, kèemen

s-imesrit; an-asrag Uan imkëli-nsen, suin atay, isfatha-jasen

ugerram,

inna-iasen : « a-i'aun rëbbi s-afella! » Mkan Uan,

fje^n-d, ddun an-eqraa g-imazirt aniinin : « ééra' n-rëbbi, dduàt-

en s-tame-;ra! » An-tawin ihf n-teqbilt tmen-iyiam. Mkinna^ tislatin, jmà'ant ula nitenti, zorent sg-ëzzauit. Mkan

zorent an-taùwint ihf n-teqbilt ula nitenti an asrag ilkem wass

n-tmeniyian -yerentkullu i-teqbilt, inna-jas bab n-tme^(ra:((uahha! »

Nëkeren islan nnan-as : « tadugg^'àt isq^ima! »

Bab n-tegmmi iazen snat tforar n-temzin na^( krât, d-jât n-irden

ula d-mnâsu s-azreg n- iiaman illa g-Uzûd. Inna-ias i-uhommas :

« a-tne^t agguren ma-sg ënskar a-frum i-ljemjù'at. » Inna-ias :

« snat n iomzin masg ënskar a^rum i-lqom ttaitHn. »

Iddu uhommas allig ilkem Uzûd, inna-ias : « Is uran izergan

n-y,aman almoqoddem n-irahuin! » Inna-jas : « Uahha! » Izd

uhommas ti^èrar, inna-jas : « ara-d aneks Vaàur! » lasi-d urahui

tazgaut anit'abar, da-isrus rba' s-tlmzamt n-uzreg, iasi sgis tis

hamsa tga Vaéur, ti^eràd n-uzreg. An-asrag gint kullu iger g-

thuzamt n-uzreg allig d-iffe-f uggern iasi-d uhommas ta^;erart

an-gis-it' ammer agguren ; allig i'ammer agguren ig i-id i-iserdan-

nes, iharri iserdanns allig d-irali dar ait-tigemmi, nnan-as :

« Is ine^d uggern? » inna-jasen : « Aida mi sne^; haji sker-^-t-id! »

Nnan-as : « Uahha, ak-faun rebbil »

Allig asint tm^arin agguren, sussent sgt-^erar, asint tilluna

an-t-sififent, nnant-asen i-taddjarin : « 'aunëta ansiff agguren

n-tme-rra! » Ennant-asen taddjarin : « Uaha! » Jëm'ant tmyarin

n-ait Imuda' an-sififent; allig siffant agguren, siffant ibrin,

nnant-as i-bab n~tgemmi : « ha jaggurn kuUi mufudt » Innas bab n-tgemmi : « arrimt aéuari, gimt gis aggurn! »

Mkan gant aggurn g-uêuari gint ibrin g-wayâd êuari, inna-

jasen : « askka taddugg^at.

isq^ima! » Inna-jasen :

« gg^imt

U.N TEXTE EN DLU-ECTE BERBERE DES AIT MESSAD

\\3

agguren, s'atumtay a-^rum! » Mkan gg"ant tm^^arin tadugg^àt

-fcrfent a^jum, gint-t g-tizgiwa. Tadugg^^'ât, ddunt istemas n-isli,

teint a^rum; mkan San a^rum, nnani-as : « ansker asqimo i-isli! »

///cy isli, sa^-m takni g-crrua, berra n-tgemmi, ssun gis ion ugeriil g-tama n-iakfit, 'ammern iân umedli^ s-lhenna. Mkan

igaur isli an-as--;omant istemas, an-as-tinint : « zel fus ad-ak-

n;um a-gëma Ihenna ay-d-uint tiserdan n-ddra, ad-ay-n;um a-gëma! «

Mkan i-;Hma, ineker nta d-mâkël\ nkeren s-afella, an-tenneden

g-ugertil, iili uzreg g-uammas n-ugertil; an-as-tgar ultëmas

asrag

irdn g-idaren-ennes, an-as-tini : «

âkël irdn

a-isli!

» an

inned krat tikkal, jut asùkii n-uzreg s-udar-ënnes, iger-t.

Iffe-;-d sg-ugertil, imun d-mâkel, iddu s-i/it tigemmi iruan*

igaur gis nta d-islan n-tqbilt kuSli. Mkan g ëran ad-jemaan

tteslatin, ku ion gisen, inna-jas i-mâkël-nnes : « sir, aui-d tamtût-

inu! » Ddun imëdukal-nsen, munnt tslatin; mkan di rahent,

ku iàn gîsën iddu s-iàt Ibit, nta ttmetiût-ennes ; an asrag didas

ifodda inna-ias i-mâkël: « mun lieslit s-jugg^'a n-ibba-ns! ^) Mkan

a-^ulent, jemà'an islan an-san atay, qimin nitni islan, nsin g-i-jern.

An askka tadugg"'â(, nekeren medden snin^ tislatin, kin darasen

1. Une forme diminutive tam'^dlit est en usage chez les Ntifa et correspond à iamHlit observée chez les Aït Bou Oulli et les

Imeghran (cf. Laoust, Mots et Choses berbères, p. 69). L'expres-

sion se rapporte au vase dans lequel on prépare la teinture de

henné et que l'on remet avec d'autres présents à la jeune fille.

A Tanant (Ntifa) la discussion des conditions du mariage a lieu le jour même de la remise de la tamedlit. Quand l'accord est fait

on dit en parlant de la fiancée : éuaden as tamedlit, on lui a fait

manger la tamrdlit ». La cérémonie porte aussi le nom de tamedlit.

2. Nom d'un des garçons d'honneur du fiancé ; sans doute

dérivé de âki}l « piétiner » ; les Ait Ougoudid prononce le mot

mâsed.

3. Forme factitive de ni «monter à cheval » connu dans ce sens

dans tous les parlers marocains saufs les parlers apparentés à

sudu, de eddu « aller »

la tachelhait qui emploient une forme

Par contre certains dérivés

de ni, tes que sni «

faire monter

prendre en croupe » et amnây, pi. imnain « cavalier » sont partout

relevés. Le nom verbal tanaka laisse supposer une racine N K qui

314

E. LAOUST

s-ëlbarudy ilin iisan d-ircjlin an-asrag g israhèn i-tgemmi, zigzën

sg-ufella n-tserdunt, tàfent tnifarin s-ahadrar n-tserdiint ad-

inneden i-tgemmi krat iikkal. Mkan d-inneden krat iikkal, iggez

urgàz-elli-^ da-inin -^ef-tserduni; zaidcn mcddën s-lhadert, sa-^ën

jàii usargu n-y,afa asin mëddën igenziun an-tshirën; nekerënt

tmrarin s-afella, gint adaru, gin irigzën jàn iidaru an-la-fën ahidus s-igenziun; an-ierbalëni tm-^arin.

Jffe^-d bab n-tgemmi, inna-iasën : « merahba sarun a-tûqbilt! »

Inna-iasën i-imdukal-ns : « suf^àt-asën Ità'am i-tqbill. » An asrag

g-iéta biiadëm ikfa rëbbi Ihir, inker bab n-tgcmmi, inna-iasën

i-imdukal-ns : « ddu -^ràla-^r-d i-ljemi'at s-ion iid^ar illa gis lëfràé*

illa gis kuhi! » lasi-jasën-d a-^rum ttament d-midi, ikfasën seksii

ttfii, ikf-asën irukûtën n-iiatay. An asrag snuan atay winna-(

ff^ën, tëkiem iarëbiai