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PREMIER MINISTRE

SERVICE DE PRESSE

PREMIER MINISTRE SERVICE DE PRESSE Paris, le 19 octobre 2012 Discours de Jean-Marc Ayrault, Premier ministre

Paris, le 19 octobre 2012

Discours de Jean-Marc Ayrault, Premier ministre au Forum des chefs d’entreprise, à Singapour

République de Singapour Vendredi 19 octobre 2012

J’ai souhaité en effet monsieur le ministre, vous venez de le rappeler, effectuer ma première visite officielle – en dehors de la France et dans l’Europe – en Asie. Et il m’a semblé naturel que la première étape de ce voyage soit Singapour. Singapour, vous l’avez rappelé, c’est notre premier partenaire commercial au sein de l’ASEAN. Et je ne pouvais pas passer à Singapour sans venir m’adresser à celles et ceux qui investissent, qui innovent et qui font vivre plus que tout autre cette relation bilatérale exemplaire entre la France et Singapour. Je remercie aussi les chefs d’entreprises et les responsables d’entreprises qui m’accompagnent dans cette visite, et qui ont déjà organisé de nombreuses rencontres.

C’est donc très heureux et pour moi l’occasion de vous faire partager mes convictions. D’abord vous parlez de l’Europe, de la France bien sûr et de nos relations économiques. Vous parlez de l’Europe parce qu’en ce moment se tient à Bruxelles le Conseil européen. Et c’est vrai que depuis 4 ans, nous traversons une crise financière internationale sans précédent. Dans cette période de troubles, la zone euro suscite souvent l’inquiétude, et j’ai eu l’occasion d’en parler avec mes interlocuteurs, le président de la République de Singapour mais aussi le Premier ministre encore hier soir.

C’est vrai que des Etats sont en difficultés et que les spéculations vont bon train. Certains ont même prédit la fin de la monnaie commune de l’Europe. Cette question a été abordée hier à l’occasion de ma rencontre et de mon dialogue avec les étudiants de l’école des Sciences politiques de Singapour. Mais est-ce que ça signifie que l’Europe serait particulièrement fragile économiquement ? Eh bien ! Je tiens à vous rassurer ici particulièrement, car il ne faut pas oublier l’essentiel. L’Union européenne est la première puissance économique et commerciale du monde, même les Européens parfois l’oublient alors que c’est une force considérable. Car c’est le premier marché mondial avec 460 millions de consommateurs, et doté d’un niveau de vie élevé. Et c’est par ailleurs un marché largement unifié, avec des normes communes et au sein duquel, les biens et les personnes peuvent circuler librement.

C’est donc – l’Europe – un foyer d’innovation qui est particulièrement actif, doté d’une grande culture scientifique et technique. L’Europe est un continent stable politiquement, apaisé, doté d’un système économique et social aujourd’hui en cours d’ajustement, mais qui a fait ses preuves et qui a garanti au continent européen un long chemin de prospérité. Ses atouts que les investisseurs, les entrepreneurs que vous êtes connaissent et savent apprécier,

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eh bien ! Je vous le dis ici, à Singapour, ils demeurent et ils vont demeurer malgré la crise. La crise que nous vivons n’est pas une crise européenne, c’est une crise mondiale, et qui se nourrit de déséquilibres réels et financiers que nous connaissons depuis des années. Parce que cette crise, elle est déclenchée il y a 4 ans aux Etats-Unis. Elle est aussi le fruit de décisions hasardeuses et imprudentes et qui a fini par atteindre l’euro, parce qu’elle s’est accompagnée d’une défiance généralisée, et qui a fini par prendre l’euro pour cible.

Laissez-moi vous dire ma conviction qui est non seulement celle de la France mais aussi celle de l’ensemble de l’Europe, l’euro est intangible. Il y a eu des spéculations sur une sortie de la Grèce qui pouvait provoquer, par un effet de domino, des réactions sur tout le reste. Eh bien ! Les responsables politiques ont pris conscience qu’il fallait donner un coup d’arrêt à ce processus dangereux. Certes, il faut avancer par étape mais dites-vous bien que l’Europe c’est plus qu’une monnaie, c’est aussi un projet politique. Et il faut revenir aussi aux fondamentaux qui ont été à la base de sa création. Nous n’avons pas le choix, les responsables politiques européens et en particulier les responsables politiques français sont attachés à cette construction parce qu’elle est la garantie de l’avenir des peuples européens, mais aussi de l’équilibre du monde.

Bien sûr, une fois dit tout cela, n’y voyez pas de l’autosatisfaction, je vois bien tout ce qu’il faut corriger et qui doit l’être. Nous avons créé une monnaie unique entre 17 Etats, ce qui est une réalisation unique dans l’histoire. Mais nous savons désormais qu’il faut compléter cette union monétaire par une réelle vision économique et une union bancaire partagée. Nous avons en effet besoin d’une intégration budgétaire et d’une supervision bancaire plus intégrées, c’est ce qui est en train de se faire. L’avenir de l’euro, de la zone euro et donc aussi de l’Europe passe par un renforcement de la coordination des politiques économiques et financières des Etats membres. C’est ce à quoi nous travaillons en ce moment, c’est l’objet même du traité européen de stabilisation, de coordination et de gouvernance qui a été ratifié par la France, après avoir été ratifié en juin dernier mais accepté par le Cour constitutionnelle allemande en septembre dernier. Donc nous sommes dans les mêmes calendriers en ce qui concerne les deux principaux partenaires européens.

S’agissant de l’union bancaire et la supervision unique des banques, une meilleure protection des déposants et des contribuables face au risque d’instabilité financière qui mine la confiance et pèse aussi sur les finances publiques de nos Etats, les choses ont bien avancé. Le Conseil européen a donc pris un accord qui est toujours en Europe un compromis. Mais ce qui était important, c’est que les décisions du Conseil du mois de juin dernier de mettre en place cette union bancaire et cette supervision bancaire soit effective, et elle va l’être. Mais lorsque l’Europe prend des décisions, là j’ai parlé des pays de la zone euro, ils sont 17, mais notre système est assez complexe, l’Union européenne c’est 27, ce sont les 27 qui prennent les décisions et ils ne sont pas forcément d’accord dès le début. Et en période de crise, en période de défiance, en période de pessimisme même, ce long processus de décision d’un consensus acceptable pourrait aboutir à un consensus acceptable par tous, peut donner parfois l’impression que l’Europe ne réagit pas suffisamment et suffisamment vite. Oui, c’est vrai, mais il faut respecter aussi l’histoire, la diversité des Etats, des nations, il faut respecter aussi le temps du débat, de la démocratie dans chacun de nos pays, ce n’est pas si simple. Mais la démocratie, c’est une nécessité, c’est une chance, c’est une force, beaucoup de pays l’envient. Et je ne vois pas pourquoi il serait refusé au Parlement allemand de discuter et de vérifier si sa souveraineté budgétaire qui est intrinsèque à sa Constitution et à sa construction politique est bien respectée. Et il n’est pas non plus choquant qu’en France, il y ait des débats dans l’opinion et que le Parlement soit saisi et que ça prenne parfois un peu plus de temps. Ce qui compte c’est l’arrivée, c’est le but, eh bien ! Nous y sommes. Nous voulons mettre en place des dispositifs qui soient soutenables dans la durée.

Et au demeurant, l’ensemble des solutions qui sont mises en place, j’ai évoqué le traité mais aussi le mécanisme européen de stabilité, si on réfléchit à ce qui aurait pu se passer il y a 2 ans seulement, tout ça n’était pas possible, et pourtant c’est fait, c’est décidé. Ce qui veut dire que la zone euro, malgré les critiques qu’on peut lui faire, agit avec constance et détermination. C’est vrai, je le reconnais, pas assez vite, dans le cas de la crise grecque il aurait été plus utile d’intervenir plus tôt et de ne pas aller de sommet en sommet de la dernière chance, puisque la Grèce ce n’est que 2 % du produit intérieur brut de la zone euro. Si on avait agi plus vite et plus tôt, je pense que les difficultés auraient été moins grandes. Mais la visite de madame MERKEL à Athènes est bien la preuve de la volonté de trouver la solution. En tout cas c’est conforme à ce que nous, les Français, nous souhaitons et qui a été exprimé par le vote du peuple français qui a désigné François HOLLANDE comme président de la République ; et qui a été son engagement constant dès sa prise de fonction de tout faire pour stabiliser la zone euro mais aussi de créer les conditions du retour de la croissance en Europe.

Et donc si la France a ratifié après un débat politique légitime ce traité, c’est parce qu’en juin dernier des décisions importantes ont été prises au-delà du traité, un pacte de croissance de 120 milliards d’euros qui mobilisera aussi la Banque européenne d’investissement puisque le capital a été augmenté, ce qui donnera autant d’effets de levier, la mise en place des project bonds pour des projets structurants. Et puis l’union bancaire, la supervision des banques qui sont issues de ces négociations qui ont eu lieu depuis quelques mois maintenant. Donc tous ces efforts sont utiles, mais en même temps si la croissance ne revient pas, évidemment ces efforts peuvent aussi apparaître en vain. Et donc il faut être extrêmement vigilant pour que la croissance reparte.

La croissance, l’emploi constituent l’unique objectif de notre politique économique. L’assainissement budgétaire sans précédent dans lequel nous sommes engagés n’est pas un but en soit ou une contrainte, je parle de la France qui ne saurait imposer de l’extérieur. Non, non, c’est une perspective que nous nous sommes fixés nous-mêmes, qui fait partie des engagements du candidat et devenu président de la République François HOLLANDE pendant la campagne électorale, c’est le retour à l’équilibre budgétaire à la fin de son quinquennat, c'est-à-dire en 2017, et c’est maintenant que nous devons commencer. C’est une nécessité pour restaurer la confiance, mais aussi faire cesser les spéculations, et puis ensuite retrouver des marges de manœuvre, des marges de manœuvre budgétaires ; et pour casser un cercle vicieux qui conduit un Etat qui s’endette trop à voir la charge du remboursement de sa dette prendre une part croissante bientôt insupportable dans son budget. Et ce n’est pas acceptable que le premier budget de l’Etat, de la France, soit le remboursement des intérêts de la dette.

Alors cet effort de redressement de nos comptes publics, c’est le gage de notre prospérité future. L’effort qui est demandé – et c’est vrai, je le reconnais pour atteindre cet objectif de 3 % en 2013 – est sans précédent. Nous l’avons engagé avec détermination mais aussi à l’esprit de justice. Car il y a effort, nul ne peut le nier, mais cet effort partagé sur les 5 ans à venir doit être équilibré entre recettes et dépenses. C’est pour ça que l’effort sur la dépense publique, c'est-à-dire la baisse de la dépense publique qui a commencé dans ce budget 2013 qui est actuellement examiné par le Parlement montera en charge au fil du quinquennat, et à la faveur de réformes que nous comptons mettre en œuvre pour moderniser l’action publique. Donc les efforts qui sont demandés sont à la fois des efforts d’économie de dépenses, les efforts qui sont demandés aux ménages les plus aisés pour éviter de casser la consommation, mais ce sont aussi des efforts qui sont demandés aux entreprises mais essentiellement les plus grandes, avec des ajustements qui sont intervenus ces derniers jours pour ne pas pénaliser ni l’investissement, ni l’innovation ni décourager ceux qui prennent des risques et qui investissent. C’est l’équilibre de ce budget, mais il était nécessaire.

Et puis concernant la compétitivité économique, c’est vrai que nous avons encore un vaste chantier devant nous. Et c’est pour ça que ce qui se passe à Singapour nous intéresse particulièrement. Nul autre pays au monde… et je le dis sincèrement, pas pour être flatteur monsieur le ministre, c’est que Singapour illustre cette incroyable capacité que peut avoir un pays à faire valoir ses atouts, ses avantages comparatifs et à bâtir sur cette base une prospérité et une réussite impressionnantes. Je parle souvent de redressement, lorsque Singapour a accédé à l’indépendance en 1965, qui donnait de Singapour des perspectives positives ? Qui pensait que ce pays, ce petit pays allait devenir fort ? Peu de monde au fond. Eh bien ! Vous l’êtes devenus par les choix stratégiques que vous avez faits, courageux, déterminés, patients. Et aujourd’hui… ou pour autant, est-ce que vous voulez vous endormir sur vos lauriers ? Non, vous continuez à inventer, à innover et vous mettre (je dirai) dans les grands défis du 21 ème siècle qui nous attendent au bon niveau. Et je voulais le dire avec la plus grande franchise et la plus grande sincérité, mais aussi une certaine admiration.

Mais chaque pays a son histoire, sa culture, son identité, la France a la sienne, l’attrait de son territoire, ses grandes entreprises, ses petites et moyennes entreprises, son potentiel scientifique et de recherche, l’excellence de certaines de ses filières de formation, ses infrastructures, ses capacités dans de nombreux secteurs de haute technologie, je pense à l’aéronautique, à l’espace, les biotechnologies, le nucléaire civil mais aussi ses services publics, son système social, il est souvent critiqué son système social et ses services publics, y compris par des partenaires voisins qui nous trouvent trop dépensiers. Mais chacun fait ses choix, et quant aux partenaires voisins qui nous critiquent, s’ils réussissaient si bien, nous écouterions davantage leurs leçons, mais ce n’est pas toujours le cas. Donc je crois qu’il faut ne pas toujours se laisser influencer, comme le disait le doyen de l’université… enfin de la faculté de Sciences politiques hier par les commentaires, qui ne sont pas toujours absents d’arrière-pensées dans certains journaux, qui n’aiment pas l’euro au fond et qui verraient bien que l’euro disparaisse. Eh bien ! Je veux les décevoir ce matin mesdames et messieurs.

Mais je reviens à la France aussi, dont on oublie trop souvent que ce que nous sommes apporte à notre pays en termes de stabilité et de qualité de sa main d’œuvre, de capacité aussi à traverser les crises en limitant les conséquences, comme on l’a vu ces dernières années. Mais en même temps, je ne nie pas que des évolutions sont nécessaires. La compétition elle existe, elle est difficile, de nombreux partenaires économiques s’affirment avec leurs atouts propres, leur capacité d’innovation eux aussi est parfois meilleure que les nôtres, leur main d’œuvre moins chère, leur capacité d’investissement, leur marché gigantesque qui nous conduisent aussi à nous adapter, à progresser, à nous repositionner, mais sans pour autant abandonner ce que nous sommes. La France a une conscience aigue non seulement de ses atouts mais aussi de la nécessité pour elle de s’adapter, de se moderniser, de développer ses points forts et de remédier à ses difficultés. Je le disais, sans renier pour autant ou renoncer à ce qu’elle est.

L’enjeu, le défi, ce n’est pas d’effacer ce que nous avons fait dans l’histoire, c’est d’inventer le nouveau modèle social et républicain du 21 ème siècle, mais bien du 21 ème siècle, pas de vouloir à tout prix garder tout ce qui existe tel quel du 20 ème ou du 19 ème . Mais quand même, rester axé sur cet objectif-là qui finit… qui est la garantie essentielle que toutes les forces de la nation, toutes les forces de la France pourront s’unir et se rassembler justement pour relever ce défi de la compétitivité et de la puissance retrouvée de notre pays. La responsabilité budgétaire qui a marqué les premières semaines de ce gouvernement se complète désormais par un engagement résolu en faveur de l’attractivité de notre territoire et de la compétitivité de nos entreprises. Attractivité pour les investisseurs étrangers, pour les entreprises qui souhaitent s’implanter en France et implanter une filiale, implanter un siège social, un centre de recherche, à ces investisseurs je dis et je redis qu’il faut se méfier parfois de l’image véhiculée d’une France peu tournée vers l’entreprise. La France a un positionnement au cœur de l’Europe, une énergie bon marché, je l’ai dit, une qualité des

infrastructures, notamment de transports, un maillage du territoire par un réseau d’universités et d’écoles à la qualité incontestée, même si nous voulons renforcer notre système éducatif, et c’est d’ailleurs une des priorités de l’actuel gouvernement. Mais nous avons aussi des centres de recherche de renommée mondiale, il y a d’ailleurs des partenariats avec Singapour que nous voulons renforcer, nous l’avons évoqué hier avec le Premier ministre. Nous avons aussi des talents de créativité que le monde nous reconnaît. Et donc c’est grâce à ces atouts, à ces qualités que la France est le 3 ème pays européen pour l’accueil des investissements étrangers. Eh bien ! Ces atouts, nous les revendiquons, nous en sommes fiers. Mais nous avons aussi le devoir de les cultiver, de les faire connaître mais aussi de les renforcer, nous y travaillons sans relâche.

Certains redoutent les investissements étrangers, ça existe parfois dans notre pays, eh bien ! Ce n’est pas ma conception de l’économie et de la France. Je le dis, au contraire, que ces investissements étrangers sont les bienvenus en France parce qu’ils créent de la richesse et ils créent de l’emploi. Compétitivité, je l’ai évoqué plusieurs fois pour convaincre, nous avons aussi des atouts qui sont reconnus. Je pourrai évoquer ARIANESPACE, leader mondial du lancement de satellites, AIRBUS qui n’est pas que français mais dans lequel la France joue un rôle essentiel et qui est le leader mondial de l’aéronautique civil, ici on le connaît bien. Et je remercie d’ailleurs SINGAPORE AIRLINES d’avoir été précurseur dans la commande des A380. Donc ce qui montre bien que la qualité est reconnue, est prise au sérieux, je pourrai citer AREVA, le leader mondial de l’énergie nucléaire. Mais je vais me limiter là volontairement à ces 3 exemples, parce que je pourrai en citer beaucoup d’autres rien qu’en énumérant les entreprises françaises dont des représentants m’accompagnent, je l’ai dit tout à l’heure ici, pour avoir l’occasion de renforcer leurs liens avec vous. Mais ils le font eux- mêmes et ils le font très bien.

Grâce à ces champions mais grâce également à l’ensemble des PME françaises que nous souhaitons davantage amener vers l’export, et grâce aux différentes réformes que nous menons actuellement, j’ai fixé un objectif ambitieux à la France. Et je remercie madame Nicole BRICQ, ministre du Commerce extérieur, d’être engagée avec beaucoup de conviction et de talent pour atteindre cet objectif hors énergies, c'est-à-dire l’équilibre commercial d’ici 5 ans pour résorber le déficit commercial trop important que nous connaissons actuellement. C’est un handicap de la France et ce n’est pas normal, ce n’est pas acceptable. C’est ça la situation dans laquelle nous sommes et qu’on oublie trop souvent, 70 milliards de déficit du commerce extérieur, 25 hors énergies. Eh bien ! Avec Singapour, ce n’est pas le cas, avec Singapour nous sommes dans un rapport équilibré, je veux continuer dans ce sens et renforcer encore nos échanges. Et s’agissant des petites et moyennes entreprises, des PME, des PMI souvent audacieuses, innovantes, eh bien ! Elles doivent être non seulement reconnues mais soutenues. C’est pour cela que le gouvernement mercredi dernier, cette semaine, a décidé la création de la Banque publique d’investissement. Elle aura les moyens, et en particuliers les moyens financiers mais aussi les moyens humains, les moyens au plus près de l’entreprise avec le concours des régions, les territoires où sont implantées les entreprises, pour leur apporter un concours financier dont elles ont besoin, pour leurs investissements mais aussi pour l’accompagnement à l’innovation, pour l’accompagnement à l’export ; mais aussi une intervention en termes de fonds propres dont souvent les entreprises ont besoin et qu’elles ont du mal à trouver dans le système financier classique.

Voilà une décision importante et qui vient au bon moment. J’ai parlé des atouts, j’ai parlé des capacités, j’ai parlé de ces technologies maîtrisées, de ces savoir-faire reconnus, mais nous savons qu’ils ne suffisent pas. Nous examinons donc tous les sujets qui se posent avec un esprit d’ouverture, sans tabou, avec la volonté d’améliorer notre compétitivité, d’aider les entreprises à être plus performantes, plus fortes. Des décisions vont intervenir prochainement, j’ai eu l’occasion de l’évoquer à plusieurs reprises hier, et je ne développerai pas davantage ce matin ce point, puisque vous en êtes déjà largement informés.

Mesdames, messieurs, nulle part ailleurs ce discours aurait plus de sens qu’ici, à Singapour. Nous faisons avec Singapour la moitié de notre commerce avec l’ASEAN. Six cents entreprises françaises, Monsieur le Ministre vous l’avez rappelé, sont implantées ici et à leur grande satisfaction. Quand on parle avec elles, elles se sentent reçues dans de bonnes conditions. Les entreprises, mais aussi leur personnel. Et surtout, Singapour est pour moi le modèle du type de relations économiques que nous voudrions développer avec l’ensemble de l’Asie. Des échanges et des investissements très dynamiques, avec par exemple une progression de notre commerce bilatéral de plus de 30 % 30 % ! cette année, en dépit d’une conjoncture mondiale très déprimée. Mais ce sont aussi des relations ouvertes, équilibrées, et fondées sur des règles du jeu transparentes et équitables. Si nos entreprises réussissent si bien à Singapour, c’est parce qu’elles ont la possibilité de faire valoir leurs atouts sur des projets à fort contenu technologique et dans un contexte de compétition loyale. Si elles investissent massivement, c’est parce qu’elles ont confiance et que le cadre des affaires y est très favorable et parce qu’elles bénéficient d’une sécurité juridique qui n’a pas beaucoup d’équivalent en Asie et j’en ai remercié le Premier ministre ainsi que tout le gouvernement, Monsieur le Ministre.

Les entreprises Singapouriennes réussissent également en France, où elles bénéficient d’une excellente image d’efficacité et de compétence. Elles savent qu’elles peuvent aussi bénéficier des mêmes règles de sécurité, en particulier juridiques, du respect du droit auquel nous sommes très attachés, et je sais que vous, vous y êtes profondément attachés, même si nous avons encore des progrès à faire. Notamment je pense que les décisions que nous prenons et celles que nous allons prendre, doivent apporter de la stabilité et notamment de la stabilité fiscale et de la stabilité réglementaire qui permettra tant pour les entreprises françaises que pour les entreprises étrangères, d’avoir des visions de moyen terme, sans lesquelles il n’est pas possible d’investir en toute sécurité et sérénité. Mais je reviens sur les grands principes qui sont à la base de nos relations économiques et de nos échanges. C’est l’application concrète et en même temps réaliste du juste échange, de la réciprocité que la France entend promouvoir dans ses échanges commerciaux et faire valoir également auprès des partenaires européens qui sont aussi nécessaires si on veut agir dans la durée.

Votre place financière, vos infrastructures mais aussi votre cadre juridique et votre potentiel d’innovation sont donc autant d’atouts pour le déploiement de nos entreprises en Asie à partir de Singapour. Je souhaiterais que la France puisse jouer le même rôle pour vos entreprises en Europe. Nos partenariats technologiques se développent mais restent encore insuffisants. Je pense à des domaines comme les biotechnologies, le développement urbain durable, les transports, mais les énergies renouvelables, l’aéronautique, le spatial. Nous avons déjà beaucoup de relations dans le secteur du militaire et nous l’avons évoqué aussi avec le Premier ministre. Vos investissements en France sont actifs, même si notre souhait est qu’ils se développent encore dans d’autres secteurs d’activité. Je pense enfin que nos entreprises pourraient travailler davantage ensemble, par exemple sur les marchés d’Afrique et de l’ASEAN.

Voilà mesdames, messieurs. Je voudrais que notre réunion soit l’occasion pour vous de réfléchir à des pistes de travail en commun que nous avons évoquées à l’échelle gouvernementale. L’accord et le partenariat stratégique que j’ai signé hier avec le Premier ministre est bien la marque d’une étape nouvelle de renforcement de nos relations à la fois politiques, économiques, et scientifiques puisque nous sommes le seul pays avec les Etats- Unis, à bénéficier de ce type d’accord. J’y vois une grande marque de confiance et je profite encore de cette occasion pour remercier le Premier ministre et le gouvernement d’avoir pu permettre de signer ensemble cet accord. Mais il y a d’autres accords à passer. Je pense aux accords culturels. La convention que nous avons arrivera en échéance en 2014. Nous pourrions aussi avoir une convention de partenariat sur la recherche scientifique et technique. Je pense que ce sont autant d’étapes que nous allons franchir ensemble et nos agences d’appui

aux PME je pense à INTERNATIONAL ENTERPRISE SINGAPORE et UBIFRANCE – peuvent coopérer aussi davantage et définir le champ d’un partenariat car elles ont toutes deux un vrai potentiel d’action, n’est-ce pas Madame la Ministre du commerce extérieur.

J’ai évoqué hier – on revient un instant sur l’Europe – avec le Premier ministre à l’occasion du dîner pour prolonger nos échanges officiels, l’ASEAN et ses perspectives. À plusieurs reprises, il m’a dit : « Nous ne voulons pas copier l’Europe, nous ne voulons pas forcément faire la même chose mais notre référence c’est l’Europe. L’Union européenne, cette construction politique que vous avez su faire. » Je le dis à l’attention des Français qui sont là, ceux qui m’accompagnent ou ceux qui sont installés ici. Parfois on est trop, nous, autocentrés sur nos préoccupations, parfois trop pessimistes, et quand on vient ici, on s’aperçoit que ce que nous avons été capables de construire n’est pas mal perçu, bien au contraire. Je dirais même que c’est unique, ce que les Européens après tant d’affrontements en particulier entre l’Allemagne et la France, les deux ennemis héréditaires ont été capables de faire. Ce n’était pas si simple, nous l’avons fait, alors il faut consolider parce que c’est un gage de stabilité non seulement pour le continent européen mais pour le monde entier qui a besoin de cette stabilité dans un monde incertain, qui est en train de se construire mais pour lequel nous ne pouvons que souhaiter la stabilité. Mais il y a des risques, il y a des risques partout. Et tout ce qui contribuera à apporter de la stabilité, de la sécurité, de la cohérence sera pour l’avenir de nos nations, l’avenir de nos continents, une perspective d’espoir que nos peuples attendent. Mais c’est notre responsabilité d’y contribuer.

Voilà ces quelques mots, monsieur LEE. Je vous remercie encore d’avoir pu vous libérer pour être parmi nous. Vous parliez de mon emploi du temps mais le vôtre et ceux de vos ministres est aussi chargé. Je connais bien ce travail-là mais c’est un travail qui en vaut la peine. En tous cas, je le considère comme indispensable et utile. C’est, je pense, l’occasion pour nous de partager non seulement une ambition, mais aussi une détermination, une volonté de réussir ensemble. Merci, mesdames et messieurs, de participer à ce forum. Bonne chance dans vos projets. Vous pouvez compter sur la France.

INTERVENANT

Comme je le disais tout à l'heure, le Premier ministre a accepté de répondre à quelques questions. Je vais peut-être commencer par la partie singapourienne. Je crois que monsieur CRYAN, qui est le directeur d’Europe de TEMASEK, le fonds souverain singapourien, avait une question pour le Premier ministre. John, please.

JOHN CRYAN, DIRECTEUR EUROPE DE TEMASEK

Prime Minister, good morning. I have a question related to French investments in this region. Prior to the recent difficulties in Europe,

JEAN-MARC AYRAULT Vous avez tout à fait raison de poser cette question et elle correspond bien à une préoccupation que j’ai évoquée il y a quelques instants. Les conséquences de la crise financière, des subprimes qui ont fini par déstabiliser le monde entier et arriver en Europe ont conduit le système bancaire à se rétracter et à corriger aussi certaines de ces erreurs. Mais enfin, le système bancaire européen n’est pas globalement en mauvais état. Il y a des situations délicates, je pense en Espagne en particulier, mais tout est fait aujourd'hui pour redonner de la stabilité, de la sécurité à notre système bancaire. D’abord en ce qui concerne la France, je l’ai dit, on voit bien les difficultés d’accès au crédit des entreprises et en particulier, des petites et moyennes entreprises. C’est la raison pour laquelle le gouvernement a pris cette

décision de créer cette Banque Publique d'Investissement. Mais en même temps, nous souhaitons que le système bancaire lui-même joue pleinement son rôle. C’est pour cela que nous, la France, agit avec détermination pour que l’union bancaire et la supervision des banques soient effectives en Europe, dans l’union européenne, toute l’union européenne. Les

discussions qui ont eu lieu à Bruxelles, et d’abord les échanges franco-allemands vous avez

eu il y a quelques jours la visite de monsieur SCHÄUBLE, ministre de l’économie et des

finances allemand qui est aussi un partenaire très important de Singapour, vous avez observé qu’il y avait une discussion franco-allemande pour savoir à quel rythme mettre en place cette union bancaire et cette supervision des banques par la Banque Centrale Européenne. La France souhaitait aller vite, l’Allemagne un peu moins vite. Pourquoi ? Non pas parce que l’Allemagne refuse le principe. Il y a un accord politique pour le faire. Mais tout simplement parce que la situation n’est pas exactement la même dans les deux pays. L’Allemagne dispose de beaucoup de banques régionales, les Landsbanken ou les Sparkassen, qui sont en situation plus délicate dans un Etat qui est différent de la France, qui est un Etat plus centralisé et qui est un Etat fédéral. La chancelière demandait un délai supplémentaire

pour pouvoir mettre en place ce mécanisme de supervision. On peut le comprendre. Mais en

tout cas, la décision politique de le faire est faite, elle est prise et elle va se faire sous l’égide

de la Banque Centrale Européenne qui sera le superviseur principal. Ce qui est important pour

l’ensemble des investisseurs et systèmes financiers c’est, je le disais tout à l'heure, la stabilité. Quelle est la perspective ? Que ça aille un peu moins vite que ce que souhaitait la France,

mais s’il s’agit de trois à six mois d’écart, et si on sait que la décision est prise et qu’elle sera effective, c’est ça qui compte : c’est la perspective. Je crois que c’est de nature à recréer un climat de confiance. En tous cas à mon retour, je ne pourrai qu’encourager les banques à continuer à investir ici parce qu’elles ont tout à y gagner. Car ici, vous avez les capacités, vous avez la confiance, vous avez le sérieux et vous avez la croissance. Donc croyez bien que votre message sera entendu et que je le rapporterai avec moi en France et en Europe.

INTERVENANT

Merci Monsieur le Premier ministre. Je vais peut-être passer la parole maintenant à la partie française. Arnaud VAISSIÉ, le chef de la délégation française, avait une question pour le Premier ministre. Can you give the microphone, please ?

ARNAUD VAISSIÉ, CO-FONDATEUR D’INTERNATIONAL SOS Monsieur le Premier ministre, ayant eu le privilège de créer mon entreprise ici à Singapour il

y a vingt-cinq ans et d’avoir moi-même et mes équipes collaboré avec l’economic

development board au cours de toutes ces années, je voudrais vous poser une question pour voir si on pourrait essayer d’envisager un développement un peu équivalent à celui que propose l’economic development board. En effet, c’est un organisme parapublique qui dépend du ministère du commerce et de l’industrie ici et qui choisit des secteurs privilégiés et aide les

entreprises de la start-up à la multinationale au cours de leur développement à Singapour en choisissant des secteurs qui évoluent. Ça a été la chimie, l’électronique où Singapour est maintenant parmi les premiers, puis aujourd'hui c’est la santé, les bio et les nanotechnologies. Ma question est la suivante. C’est ne serait-il pas souhaitable en France d’identifier certains secteurs de croissance et de concentrer nos moyens à travers des subventions et des aides fiscales afin de développer les secteurs où la France a les plus grandes chances ?

JEAN-MARC AYRAULT Merci beaucoup pour votre question, monsieur. Je pense que vous mettez le doigt sur un vrai sujet. Moi, j’attends beaucoup, je n’attends pas tout mais j’attends beaucoup de ce qu’un

grand chef d’entreprise, monsieur GALLOIS, ancien président d’EADS après avoir présidé AIRBUS mais aussi une grande société de transport public, la SNCF, monsieur GALLOIS va me remettre un rapport sur la compétitivité dans lequel tous les sujets seront abordés, y compris le volet coût du travail mais qui n’est qu’un aspect de la question de la compétitivité et tout le reste. Je suis convaincu que pour avoir beaucoup discuté avec lui, mais aussi par conviction, qu’il lui faut aussi faire des choix, faire des choix par filière. Ce n’est pas sans rapport avec le point que j’ai évoqué tout à l'heure sur la Banque Publique d'Investissement.

La Banque publique d’investissement devra elle aussi intervenir de façon plus stratégique, coordonnée et pas forcément de façon dispersée tous azimuts, en s’appuyant notamment sur les pôles de compétitivité qui, eux, correspondent exactement à la démarche que vous venez d’évoquer. Et là où on a agi de cette façon, on créé des vrais clusters, on mobilise à la fois les grands groupes, les PME sur des stratégies avec des objectifs, on obtient des résultats. Et la démarche qui a été engagée, il y a déjà quelques mois, qui a conduit à la création à travers les investissements d’avenir s’est appuyée sur cette stratégie-là, je pense qu’il faut la renforcer.

Le Commissariat général à l’investissement est placé auprès du Premier ministre, il a été créé par le précédent gouvernement, j’ai tenu à ce que ce soit maintenu et que son rôle soit renforcé. Nous sommes à l’heure actuelle en train de faire une évaluation justement de ce qui a été fait, non pas de l’outil lui-même qui peut bien sûr être perfectionné mais des choix qui ont été faits de soutenir tel ou tel secteur, mais je pense qu’il faut de la cohérence. Alors ça ne veut pas dire qu’il ne faut pas laisser des espaces à l’invention, à l’innovation, ce serait même une erreur. Parce que parfois on n’a pas toujours pensé que quelque chose pouvait émerger et surgir, et les chefs d’entreprise qui sont là qui ont inventé eux-mêmes des choses sont là pour le prouver. Mais je pense quand même que, pour avoir discuté avec plusieurs d’entre vous, que vous êtes tous dans des secteurs stratégiques. Je pense à un secteur très large de capacité qui est celui du défi énergétique, de la transition énergétique, du défi climatique, là il y a des potentiels considérables. Donc voilà un exemple mais il n’est pas le seul, vous en avez évoqué plusieurs.

Il y a un point que je me permets d’ajouter pour la France, et je l’ai dit devant la communauté française hier lorsque vous aviez – monsieur l’ambassadeur – organisé cette réception. La France veut continuer à valoriser une image de marque qu’elle a qui est un a priori favorable qui est la qualité, la qualité, l’art de vivre, le savoir-vivre d’une certaine façon, mais aussi la capacité à être en avant-garde, je pense au luxe, à la gastronomie, à la culture. Ce sont autant d’atouts qui sont prometteurs et que nous devons faire valoir. Et quand je viens ici à Singapour, mais je pourrai aller ailleurs, je verrai la même chose, je sais que ça fait partie des atouts de la France, mais il ne s’agit pas de s’en contenter mais ça peut aider et c’est pour ça qu’il faut continuer à le soutenir et à le développer.

Merci mesdames, messieurs, je ne sais pas s’il y a d’autres questions…

INTERVENANT

…Je crois que malheureusement, le temps ne nous permet plus de prendre une dernière question.

JEAN-MARC AYRAULT Donc voilà, il faut bien reconnaître mon séjour est particulièrement minuté, que j’ai… mais je vis ça très bien parce que c’est très agréable d’avoir beaucoup d’échanges et avec beaucoup de monde, parfois trop courts. Mais là, je vais visiter un grand chantier, le « Sport Hub » qui est aussi le fruit d’une coopération entre des entreprises françaises et de Singapour. Voilà un exemple (j’allais dire) éminent de coopération économique, technologique, comme j’ai eu

beaucoup de plaisir à rencontrer aussi hier l’architecte monsieur MILOU, qu’après une compétition particulièrement riche mais dans des règles – comme je l’ai dit tout à l’heure – de transparence parfaite, c’est un Français associé à un architecte de Singapour qui a été choisi pour construire, constituer ce superbe projet de galerie d’art, enfin de grande galerie d’art. 12.000 m² je crois, ça sera un superbe projet qui est à la fois un bon projet politique et culturel, mais qui est aussi un projet technologique avec beaucoup d’élégance, de finance, d’intelligence, et justement qui s’inscrit parfaitement dans cette avant-garde technologique qui permet de concilier à la fois la qualité et en même temps la durabilité, sustainable development, que nous partageons et auquel vous êtes extrêmement attachés : qualité de vie, qualité environnementale qui est un atout et que vous développez ici à Singapour. Merci encore monsieur le ministre, mesdames et messieurs et je vous souhaite un très bon travail.