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Yassin - Vassilis CHERIF

« Le Temps improvisé. » _
CHRONO-DIVERSITÉS SOCIALES ET ARTISTIQUES EN OCCIDENT À L’HEURE DES N.T.I.C.

Les montres molles, Salvador Dali, Musée Salvador Dali.

 

Le Temps Improvisé.

CHRONO-DIVERSITÉS SOCIALES ET ARTISTIQUES EN OCCIDENT À L’HEURE DES NOUVELLES TECHNOLOGIES DE L’INFORMATION ET DE LA COMMUNICATION

Que mon entourage le plus proche pour sa confiance,

Reçoit ici et dès à présent, le témoignage de ma profonde gratitude.

 

À Juliette, Ahmed, Leila, Hélène et Marianne. Pour ce qu’ils sont.

 

Les philosophes se questionnent L’information accélère. Les Nouvelles Technologies de L’information et de la Communication courbent l’espace temps. L’art contemporain met le temps à nu et propose de nouvelles temporalités de l’œuvre.

            

 

Avant­propos introductifs : 4. 
 

Introduction : 18. 
 

CHRONO­DIVERSITÉS SOCIALES : 22. 
 

I.1  LA PHILOSOPHIE DU TEMPS : 25. 
 

I.2  DE LA CHRONO DIVERSITÉ À L’ACCELERATION DU  RÉEL : 31.  
 

I.3  LES NTIC COURBENT L’ESPACE­TEMPS : 38.  
  a) Le temps des NTIC ou la cyber chronophagie : 39.  b) L’art à l’heure des NTIC : 47. 

  II.   CHRONO­DIVERSITÉS ARTISTIQUES : 52. 
II.1  L’ART OU LA RÉPONSE À LA QUESTION DU TEMPS :  
a) Des artistes et du temps : 53.  b) Du temps à l’art : 59. 
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II.2  TEMPORALITÉS ARTISTIQUES : 67.   
  a) Du créateur vers l’œuvre, de l’œuvre vers le spectateur : 68.    b) Du temps à l’art présent : 76.   

  II.3  LE CHAPITRE BOLTANSKI : 81. 
   L’archiviste.   

II.4  BILL VIOLA : 94. 
  Le sculpteur du temps. 

  III L’ANOMALIE ROMAIN JÉROME  
Un marchand de temps pas comme les autres : 103.   

CONCLUONS : 108.  NOTES : 109.  BIBLIOGRAPHIE : 113.  INDEX : 116. 
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« L’art est un processus de transformation, il en use du temps comme d’un matériau souple : au tournant du XXIème siècle, plus que jamais encore les artistes manipulent le temps.»1-

                                                        
1 Art le Present, Paul Ardenne, p. 357 Éditions du Regard Paris 2009 

 

Horloge ! dieu sinistre, effrayant, impassible, Dont le doigt nous menace et nous dit : ” Souviens-toi ! Les vibrantes Douleurs dans ton coeur plein d’effroi Se planteront bientôt comme dans une cible, Le plaisir vaporeux fuira vers l’horizon Ainsi qu’une sylphide au fond de la coulisse ; Chaque instant te dévore un morceau du délice A chaque homme accordé pour toute sa saison. Trois mille six cents fois par heure, la Seconde Chuchote : Souviens-toi ! - Rapide, avec sa voix D’insecte, Maintenant dit : Je suis Autrefois, Et j’ai pompé ta vie avec ma trompe immonde ! Remember ! Souviens-toi, prodigue ! Esto memor ! (Mon gosier de métal parle toutes les langues.) Les minutes, mortel folâtre, sont des gangues Qu’il ne faut pas lâcher sans en extraire l’or ! Souviens-toi que le Temps est un joueur avide Qui gagne sans tricher, à tout coup ! c’est la loi. Le jour décroît ; la nuit augmente, souviens-toi ! Le gouffre a toujours soif ; la clepsydre se vide. Tantôt sonnera l’heure où le divin Hasard, Où l’auguste Vertu, ton épouse encor vierge, Où le repentir même (oh ! la dernière auberge !), Où tout te dira : Meurs, vieux lâche ! il est trop tard ! ”1                                                         
1 Charles Baudelaire « L’Horloge » in Spleen et Idéal in Les fleurs du mal (p.245)  

Édition Michel Lévy frères (1868).     8 

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 Chronos (dieu du temps de la mythologie grecque) par Ignaz Guenther en 1765-75, au Bayerisches Nationalmuseum à Münich.

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Avant propos introductifs :

 

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Il passe, avons nous le choix ? Un beau dimanche de début mai 2010, un monument antique célèbre nous le rappel. Le colisée de Rome perd trois fragments.  Le temps se dérobe sous nos yeux.   Nous ne pouvons le saisir. Héraclite a dit « Le temps est roi ». Aurions nous pu saisir une mélodie improvisée, jaillissante de la trompette insolente de Miles ? Oh certes, la musique nous pouvons l’enregistrer, la conserver, sur des supports aussi divers que des bandes magnétiques, des disques ou des banques de donnée numériques, puis nous pouvons la reproduire, la calibrer mais avons-nous ce pouvoir de l’additionner de la prévoir ? De la modifier instantanément ? (mis a part les diverses techniques de sampling, de djing et d’ingénierie studio qui sont de la post production) De la toucher dans son présent? Comment pourrait on additionner de la musique ou des voix alors qu’elles n’ont aucune unité de valeur ? Comment se fait-il que nous autres les Hommes, plus puissants que tous les dieux, qui maîtrisons tout, ou du moins qui croyons dompter tout ce et tous ceux qui entourent nos corps sur et sous la terre, sur et sous la mer, dans les airs et au delà, n’avons mis au point aucun procédé, aucune logique, aucun secret, aucune clé qui nous permettrait d’ouvrir les portes du temps quand bon nous semblerait. Aurions nous besoin une fois de plus des services de Prométhée, afin
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qu’il aille rendre une petite visite à Chronos et nous rapporte discrètement le sablier qu’il serre éternellement dans sa main ? Nous ne pouvons remonter le temps, corriger nos erreurs, réécrire l’Histoire. Nous ne pouvons dépasser le temps pour prédire, voir avec notre œil pervers et insouciant quelles seront les erreurs. Nous sommes en 2010, nous sommes sur la planète Terre, on nous dit que le temps joue contre nous. Une peur ancestrale du monde des hommes, un thème biblique, mythologique magique, une représentation sociale universelle: L’apocalypse. Soit la fin des temps. Quelle religion n’en a pas parlé ? Que ce soit les calendriers Maya ou Aztèques, le livre de Daniel, le Nouveau Testament, le Coran, les Puranas hindoues, les Sutta Pitaka bouddhistes, l’eschatologie a toujours été de mise. La peur que ce supposé infini cesse et nous tue tous. Le discours eschatologique est devenu si populaire aujourd’hui, surtout le plus proche, celui sur l’apocalypse prévu par le calendrier Maya pour le 21 décembre 2012, c’est a dire dans moins de deux années, on voit apparaître sur internet des sites consternant et pourtant très visités, comme www.fin-du-monde.fr et son slogan « suivez la fin du monde en direct ! ». Un parfum de fin du monde se fait sentir par ailleurs à travers le monde en cette première mi- année 2010. Comme si l’univers nous disait de profiter du peu de temps qu’il reste. Des prémices de fin des tems comme la plus longue éclipse annulaire du millénaire du 15 janvier 2010 (faisant gentiment penser à la prophétie maya).

 

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Petit état des lieux de la planète depuis janvier à mai 2010, voici les brèves : Outre les précédentes pseudo Épidémies mortelles, Catastrophe naturelle haïtienne : 200000 morts, 300000 bléssés et plus d’1 millions de sans abris. Séisme au Chili 800 morts et des dégâts colossaux. Un coup d’état au Niger. La tempête Xynthia ébranle l’Europe des dizaines de morts, de blessés et de milliards d’euros de dégâts. 300 morts au Brésil dans une inondation. Tremblement de terre à Sumatra. Révolte populaire violente au Kirghizstan. Une troublante catastrophe aérienne tue le gouvernement polonais. Un séisme violent en chine, les morts, disparus, blessés et sans abris se compte par milliers. Un volcan islandais plonge l’Europe dans un nuage de cendre fermeture de tous les aéroports. Nombreux attentats suicides au Pakistan des dizaines d’innocents morts. La Grèce fait faillite et menace de contaminer toute l’Europe. Une fuite dans une plateforme pétrolière dans le golfe du Mexique impossible à boucher lâche près de 800 000 litres de pétrole par jour, marée noire monumentale, faune et flore menacées, dégâts très couteux. Attentats à Bagdad, encore des civils par dizaines morts et blessés. La mer se déchaine sur la côte d’Azur créant de nombreux dégâts. Affrontement ethnique aux Philippines. Et dernières nouvelles un attentat raté à Time Square glace le sang des américains et refroidi le monde. Bangkok au bord de la guerre civile.. Et autre information réjouissante selon la Cour Pénale Internationale 15 serait le nombre d’états africains où des élections risquent fortement d’être marquées par des violences en cette deuxième moitié d’année 2010.

 

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Les croyances à travers l’art ont depuis toujours tenté de figurer la fin des temps. Dans des temps plus anciens cela ressemblait à cela : Calendrier Maya montrant la fin des temps:

Le vitrail de la cathédrale de Bourge montrant l’apocalypse :

 

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Ou encore une gravure biblique des Quatre cavaliers de l’Apocalypse par Albrecht Dürer

On sent toujours cette aura de mystère, dans ces représentations tribales et médiévales. Mais plus tard dans la modernité la fin des temps correspondrait plus à du Kandinsky : Sketch for composition II,
1909.

 

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Mais aussi à du Meidner : (Apocalyptic Landscape 1913)

Mais aussi montrons le modèle réduit de l’apocalypse « Hell » réalisé méticuleusement par les frères Chapman (Jake & Dinos) entre 1999 et 2000 en fibre de verre, plastique et techniques mixtes :

 

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D’un autre point de vue nous dirions que en ces jours, dans notre monde soucieux de réalité l’apocalypse correspondrait plutôt grâce aux journalistes à cette réelle image, de la presse, par exemple du récent désastre d’Haïti :

On ne peut rien contre le temps qui passe et encore moins contre le temps qu’il fait et les temps qui courent. Nous fermerons sur ces mots la parenthèse apocalypse. Reprenons : Peut-être nous autres mortels n’avons aucune liberté d’arrêter le temps, et sans aucun doute cet handicap nous obsède. Mais, certains parmi nous, un peu plus obsédés que les autres, un peu plus créatifs et légèrement poètes, se sont essayé à figurer, à représenter, à tracer, à jouer ou encore à imaginer de matérialiser cette dimension complexe, impalpable, qui nous échappe à l’infini qu’est le temps. Ces obsédés dont nous parlons sont les artistes. L’art.
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Là se trouvent peut être les réponses. Ou les questions ? Là subsiste la seule possibilité inconsciente de courtiser le temps. Jan Patocka nous le suggère lorsqu’il écrit « L’art et ses formes fournissent un nouveau fil conducteur, nécessaire à la spéculation métaphysique qui ne peut plus prendre appui sur les sciences de la nature… » Aussi l’art s’est emparé de ce thème de fin des temps depuis ses prémices. Qu’est ce que le temps peut contre l’art ? Comment l’art peut-il jouer du temps ? Quelques fois l’art peut traverser le temps. L’art est notre mémoire, donc notre histoire donc notre passé. Mais l’art contemporain n’est il pas le miroir perpétuel du sensible ? Nos peurs, nos fantasmes, nos défauts, notre présent ? L’art moderne ne prévoit il pas le futur ? La photographie ne fige-t-elle pas le monde, nous permettant ainsi d’avoir assez de recul afin de mieux l’appréhender, mieux le penser ? La Vidéo n’exprime-telle pas une durée, un écoulement dans lequel tout devient possible, un morceau de vie, de réalité du monde, de rêve, d’ailleurs ? Toute forme d’art est une réécriture sensible du monde, bien entendu elle implique une dimension subjective. Voyez vous comment Dali, dans une phase peut être inconsciente de contemplation de la théorie de la relativité d’Einstein, nous représente le délire et fantasme des Hommes de courber

 

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l’espace-temps dans ses « montres molles »? Une montre qu’il aimerait voir fondre comme du camembert, un temps qui se dilaterait et s’étirerait. Et comment Guenther nous avais prévenu que cela ne sera jamais possible, en sculptant dans un marbre sombre Chronos, gardant jalousement son sablier, prêt à fendre de sa faux quiconque s’en approchera ? Dans  les    vers  d’ « Horloge »,  Charles  Baudelaire  nous  dévoile  sa  crainte  et  celle  du  monde  par  la  même  occasion  du  temps  qui  passe.  La  crainte  de  l’ultimatum  aléatoire,  que  tout  être  vivant subit, qu’est la mort. Il dépeint là le temps en le sublimant en  un dieu ultra puissant, impénétrable, intouchable qui observerai son  pouvoir sur les Hommes avec un regard sadique :     « Horloge ! dieu sinistre, effrayant, impassible, Dont le doigt nous menace… ». (Boltanski) C’est ainsi une représentation grave et tragique du temps, comme ci le poète voulait nous prévenir. On peut ressentir comme une obsession, une angoisse, une détresse dans son sonnet, l’obsession stérile de saisir et de séquestrer le présent. Il révèle ainsi l’appréhension et la crainte (cosmique) de la vieillesse et de la mort. « Les minutes, mortel folâtre, sont des gangues Qu’il ne faut pas lâcher sans en extraire l’or ! » Même si il sait qu’il s’agit d’un combat vain, Baudelaire lance le défit aux Hommes de combattre cet écoulement assassin. Cela traduit une part d’espoir et de courage qui vient colorer cette tirade plutôt dramatique.

 

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Voici comment l’art baroque, la littérature et

l’art (moderne) du

surréalisme approche cette éternelle question du temps dans la condition humaine. Et si on cassait le sablier des impressionnistes ? Car comment parler de Temps et d’Art sans faire une halte sur le quai des peintres du « temps ». Monet, Cézanne, Renoir, Van Ghogh, Pissaro, Manet, Bazille, Caillebotte, Guillaumin, Gauguin… Vers la fin du XIX ème en France, les impressionnistes lancent un mouvement pictural, peignent d’une façon saccadée et subtile, qui leur est propre, le temps de la vie. Le temps - climat, l’air, l’atmosphère, le ciel, la météorologie, les nuages, la lumière, les reflets, les températures, le vent (c’est Émile Zola qui sera le promoteur et critique de ce mouvement). « Rassemblés initialement autour de Manet, les peintres Renoir, Cézanne, Pissarro, Sisley, Degas et bien d’autres veulent fixer l’impression ressentie devant une nature, un paysage urbain, fugace et insaisissable : eau, brume, ciel d’orage, lumière diffuse, fumées d’usine… Les formes échappent à la rigidité du dessin, laissant tout son pouvoir d’évocation à la couleur. »3

                                                        
3  Article « Les impressionnistes » de BRIGITTE

TSCHAMPER in De l’art rupestre à l’art numérique in http://www.brigitte-tschamper.com/artnumerique.html    20 

Dans ce tableau de Monet, nous avons froid, nous entendons la pie qui chante et nous ressentons le vent qui souffle entre les branches des arbres. Nous avons donc réellement l’ « impression » d’y être.
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Dans la mesure ou les impressionnistes sont les peintres du fugace et de l’insaisissable nous pouvons affirmer qu’ils sont des artistes du temps. Les impressionnistes traitent du temps, du « weather » et de la fugacité du monde, narguant ainsi la technique envahissante d’arrêt sur image et temporalité : la photographie, l’art du petit bourgeois. Saisir le temps est un rêve d’artiste : La photographie donne l’illusion quasi instantanée de la saisie du temps.

                                                        
4  Claude

Monet, La Pie, Effet de Neige  21 

 

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Edouard Boubat6 a dit dans l’introduction de son ouvrage « La photographie » : « Je suis confondu par mon impuissance à dire, au vrai je n’ai rien à faire qu’a appuyer sur le bouton…, la photographie est une invitation à regarder mieux ce que nous croyons voir, à nous reposer un instant devant la vie…, je marche dans cette ville, je suis les pas d’Adget, Doisneau, Isis, Ronis, Cartier-Bresson, de tous ceux

                                                        
5 « Pluie, place Vendôme », Willy Ronis, Paris 1947.  6 1923‐1999 Photographe et reporter de l’après guerre, l’un des principaux 

représentants de la photographie humaniste française.    22 

qui ont rêvé saisir, dans leur boîte magique, l’insaisissable, le temps qui passe, le temps perdu, le temps retrouvé ».7 L’innocente « boite magique » dont parle Boubat est devenu bien plus magique aujourd’hui grâce à la révolution numérique, l’art du petit bourgeois s’est ultra démocratisé. L’appareil photo numérique, et l’émergence de nouveaux supports, produits en grande série a atteint un prix d’accès au grand public et est ainsi devenu un produit de grande consommation, un quasi instrument de survie dans nos sociétés numérisées. Les réseaux sociaux sur internet, là ou les frontières entre vie privée et vie publique sont inexistantes, carburent désormais aux clichés numériques, dans le vortex universel de la mise en scène des avatars dans la vie quotidienne, le narcissisme virtuel et à fortiori réel en 2010 bât son plein. « République du moi » dirait Paul Ardenne, « Culture du Narcissisme » dirait Christopher Lasch.

Resserrons nous. Dans l’articulation de cette étude, on approchera le travail d’artiste tel Bill Viola et Christian Boltanski, entre autres qui traitent d’une manière distinguée de la et la question du temps. Nous explorerons et comparerons, nous trouverons des points de divergences, de convergences. Toutefois, il nous arrivera de nous aventurer succinctement sur le territoire d’autres créateurs dont le
                                                        
7 Edouard Boubat, « La Photographie » introduction p 9 et 10, Février 1989 Ed. 

Le livre de Poche paru en 1991.    23 

travail se trouve dans le champ du viseur de notre investigation. Mais aussi de piocher des informations, des méthodes, des tentatives, dans le milieu de l’art bien entendu, mais aussi à travers la philosophie, les médias, l’actualité, dans les sciences, l’histoire ou toute autre division, nécessaires à l’éclaircissement de notre chemin de bataille. Justement nous finirons en évoquant le particulier fabricant de montres Romain Jérôme, car comment parler de temps sans parler d’horloges.

Ère, période, cycle, millénaire, époque, siècle, année, durée, mois, jour, heure, minute, mois, seconde, nano seconde. Intervalle, instant, moment, course, retard, vitesse, phase,

précipitation, évènement, évènementiel, ubiquité, instantanéité, actualité, tendance, mode, passé, passéisme, présent présentisme, futur, futurisme, souvenir, espoir, âge, enfant, adolescence, jeune, adulte, vieux, mort.

 

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Questionnons nous. Que pensent les philosophes du temps ? Qu’est ce que le temps ou plutôt les temporalités dans la société contemporaine ? Qu’est ce que le temps dans l’art contemporain ? Comment le temps devient il l’objet, le matériau, bien qu’immatériel d’une œuvre d’art ? Comment l’irréversible temps qui passe est figuré par les nouvelles techniques d’expression dans l’art contemporain ? Comment cet art du temps et ces nouvelles temporalités redessinent la réflexion de nos rapports au temps dans nos sociétés globalisées, numérisées ? Comment les NTIC métamorphosent elles les temporalités Rappelons nous. Depuis l’âge classique et jusqu'à la renaissance, l’artiste ne signait pas ses œuvres et l’Art était totalement canonisé et n’était employé que pour servir les causes « sacrées » de cette période. La religion, les Mythes et Légendes, le pouvoir royal, les guerres et la noblesse notamment pour les glorifier. Ainsi pour de telles louanges il se devait d’utiliser des matériaux à la hauteur de la sacralisation des sujets. De ce fait on maniait le marbre, l’or, le bronze, la pierre, la peinture pour immortaliser le plus efficacement qu’il soit sur des support destinés à durer dans le temps les exploits sublimés des Hommes et des Dieux. Les peintres de l’âge classique se servaient de la peinture aussi pour figurer et dépeindre un état des lieux du passage forcé et divin du temps sur la terre et ses Hommes, ils montraient des
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cadavres, des visages desséchés, les différents corps à différents âges de la vie, ou les restes d’une cité dévastée. Mais ces mêmes maitres de la peinture n’étaient pas assez téméraires, assez entreprenant ou n’osaient ils pas simplement essayer de figurer le temps lui même. Aujourd’hui nos artistes contemporains sont indéniablement plus libres et audacieux que les artistes des temps plus classiques. Ils ont trouvé le courage, la volonté et l’inspiration pour parvenir à représenter et à mettre à l’épreuve le temps via des moyens et supports artistiques autres que la peinture encore alors insoupçonnés et qui vont s’avérer avoir une capacité de diffusion massive phénoménale grâce a l’enregistrement, aux réseaux sociaux et aux NTIC. Comment aurions nous pu pensé alors que l’art deviendra libre, éphémère et même volatile ? Comment aurions nous pu pensé qu’il ira même jusqu'à être abstrait ? Comment aurions nous pu pensé qu’il utilisera des matériaux des plus pauvres qu’il existe sur terre dans l’unique but parfois que de montrer ces matériaux. Comment penser tout cela alors qu’auparavant les artistes avaient un rapport fort engagé à ce qui dure, et que le propre de leur travail était d’atteindre l’éternité en travaillant les matériaux qui résisteront le plus longtemps alors qu’aujourd’hui nous pouvons assister a des manifestations artistiques qui n’utilisent même pas de matière comme les évènements, les happenings, l’art vidéo, l’art numérique. Les œuvres n’ont plus d’espace propre mais elles possèdent un temps. Nous ne pouvons pas situer une vidéo de Bill Viola géographiquement car si on détruit tous ses supports elle n’existerait plus dans l’espace du monde ; mais par contre rien ne nous empêchera de se demander depuis quand la vidéo n’existe plus ?
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.Nous, sommes actuellement en 2010, notre monde au chevet du Web et du développement durable, et le rapport de communication entre les hommes et entre les machines et les hommes s’est métamorphosé. L’avènement et la prolifération des Nouvelles Technologies de l’Information et de La Communication, avec lesquels, inutile de le dire, tout va de plus en plus vite. Le temps en tant qu’il est perçu a changé. On entend par la que le temps a muté d’une manière socio-psychologique et non scientifiquement. Car physiquement nous ne pouvons pas altérer le temps car il demeure une autorité universelle indomptable à laquelle Tout et Tous se heurtent. Mais par la science et la technique, nous avons inventé des objets que l’on a interposé entre le temps et nous même et qui a modifié le flux interrelationnel homme / temps. On parle d’art et de société contemporaine et nous allons donc nous intéresser à nos artistes et sociétés contemporaines dans leur relations et travail avec et sur le temps. Les Hommes voient et appréhendent le temps différemment, or les artistes sont des Hommes donc les Artistes voient et appréhendent le temps différemment. Essayons de constater comment l’actualité, la société, l’art et la philosophie montre ce temps en tant qu’il est dominant, comment certains artistes jouent du temps dans leurs œuvres en le poétisant, l’idéalisant ou au contraire en le vulgarisant.

 

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TABLE DES MATIÈRES.

 

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Avant propos introductifs :………………………………………………… 4 – 21.   

LA PHILOSOPHIE DU TEMPS :  ………………………………27 – 32 
 

DE LA CHRONO DIVERSITÉ À L’ACCELERATION DU  RÉEL :…………………………………………………………………… 33 – 38 
 

LES NTIC COURBENT L’ESPACE TEMPS : ……………….39 – 47 
  ‐ Le temps des NTIC ou la cyber­ chronophagie………..............................................................41.  ‐ L’art à l’heure des NTIC…………………………………………50.   

L’ART OU LA RÉPONSE À LA QUESTION DU TEMPS :  
55 ‐ 103  ‐ Du temps à l’art……………………………………………………..61.  ‐ TEMPORALITÉS ARTISTIQUES : Du créateur vers  l’œuvre, de l’œuvre vers le spectateur…………….........68.  ‐ Du temps à l’art présent………………………………………..77.  ‐ LE CHAPITRE BOLTANSKI : L’archiviste………………...82.  ‐ BILL VIOLA : Le sculpteur du temps.……………………..95.   
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ROMAIN JÉROME : Un marchand de temps pas comme  les autres :……………………………………………………………….104.    CONCLUONS :…………………………………………………..108 – 109.    NOTES :………………………………………………………….. 110 – 112.    Bibliographie…………………………………………………………. 113.                   
   

 

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Newton nous a démontré qu’il y a une seule et unique réalité absolue et uniforme du temps, une réalité mesurée, une réalité mathématique. Pourtant chez nous les Humains, chaque culture et micro culture possède son rapport au temps. C’est ce qu’on appel les temporalités. C’est à partir de cette observation qu’on peut affirmer qu’il existe le temps de l’âme et le temps du monde. Les différents rapports au temps dans les cultures sont ce qu’on peut désigner : La Chrono-diversité. Nous savons bien par exemple que l’on vit plus pressement au Nord qu’au Sud. Sud, ou les populations ont gardé un rapport plus modeste au temps. Au Nord, dans les sociétés occidentales, la mesure du temps qui passe fait partie intégrante de la vie des gens et tout est orchestré par des instruments à temps. Que penser de la perception de la temporalité de la société occidentale aujourd’hui en 2010 lorsque on entend Jérôme Kerviel dire dans son récent et premier ouvrage polémique « L’engrenage : mémoire d’un trader », et sur différents plateaux TV : « Placer 250 millions d’euros, ça nous prends ¼ de seconde, chaque millième de seconde est capital, on est obligé de ramener plus d’argent à la banque tous les jours » Il y a plusieurs siècles déjà que les occidentaux assimilent le temps à de l’argent, et cette idée s’est confirmée et installée dans les représentations collectives avec l’avènement du capitalisme. Mais il se peut qu’a l’heure critique ou l’on parle les choses changent, et ou lentement le mot temps devrait s’assimiler à survie si l’on à bien digéré le message que cette devise du capitalisme était la cause du
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suicide écologique collectif de la planète Terre. Dans le film « Les Temps Modernes » sorti en 1936, Charlie Chaplin à essayer en vain de nous manifester le ridicule de la course folle de l’industrie. Course à laquelle il était aux premières loges du départ aux Etats Unis. Il a bien souligné l’aliénation et le délire qu’apportait le rythme effréné de production et le développement précipité et impatient de l’industrialisation du monde qui a crée la société moderne dans laquelle nous vivons aujourd’hui en occident et qui a la fâcheuse et désastreuse manie de déteindre sur les sociétés plus « innocentes », moins abusives ou simplement plus naïves du sud. Cet occident capitalisé voie aujourd’hui bien ses limites : Crise des subprimes et marchés financiers, la Grèce en banqueroute menaçant de contaminer l’europe, l’euro instable et c’est quand l’Europe éternue que l’Afrique tombe malade. La chrono-diversité du monde est en voie d’extinction et d’uniformisation. Synchronisation, dates, horaires, délais, emplois du temps, instantanéité, innovation, avant garde, avance, veille sont devenus les maîtres auxquels il faut obéir à l’œil, sinon quoi on manquerai un rendez-vous, un train, une heure ou date butoir, une limitation, un ultimatum qui serait étroitement lié au temps et donc à l’argent. En d’autres termes cela nous appauvrirait de ne pas se soumettre à cette « temporalité chef d’orchestre » et nous serions vite dépassé par les évènements quels qu’ils soient. C’est du temps de la conscience dont il s’agit la ou plus subtilement appelé le « temps de l’âme » dans la philosophie qui s’oppose au temps du monde, au temps physique.
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Donner une définition au « temps » n’est pas ce qu’il y a de plus évident. Nous devons pour cela se pencher sur la philosophie.

 

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La philosophie du temps.

« Le temps n’est ni un être ni un pur néant : il est le passage perpétuel de l’un en l’autre »1.

                                                        
1  « L’être‐temps » André Comte Sponville, p.9,  Ed. Presses Universitaires de 

France, 1999, Paris    34 

Voilà ce que commence par dire André Compte Sponville sur le sujet dans « L’être temps ». Il définit bien là son insaisissabilité et en même temps nous pouvons sentir que la définition essaye de fuir le concept concret, la réponse contient elle même des questions. Sponville se demande si le temps n’est ni néant ni être alors il ne peut être que les deux à la fois. Mais comme cela est impossible alors il dit que le temps est ce qui sépare l’être du néant. Plus tard dans son texte il tente de nous suggérer que pour qu’il y ait temps : « Il faut donc qu’il y ait de l’être, pas d’être, pas de devenir, pas de temps, pas de changements ». On comprend la que la condition du temps c’est l’être. En réalité, le temps qui nous préoccupe tous est en vérité le présent, de plus nous dans l’ère du présentisme, le « tout, tout de suite ! ». Le présent pour André Comte Sponville est « cette apparition-disparition de tout, qu’on appelle le monde, ou le présent ». En effet, tout passe, tout change, tout disparaît dans le monde. L’exposé de Montaigne à ce sujet est à retenir joyeusement :

« Le monde n’est qu’une branloire pérenne. Toutes choses y branlent sans cesse : La terre, les rochers du Caucase, les pyramides d’Égypte, et du branle public et du leur. La constance même n’est autre chose qu’un branle plus languissant. »2.

                                                        
2  «Essais », Michel de Montaigne, III, 2, p804 ed. Villey‐Saulnier. 

 

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Les choses existent dans l’espace et dans le temps. Mais les choses impalpables n’ont pas d’espace propre et n’ont finalement lieu que dans le temps. Sponville dit : « Être, c’est être dans le temps ; il faut donc que le temps soit… il contient tout, il enveloppe tout, tout ce qui arrive, arrive dans le temps…, tout ce qui advient ou dure n’a pas forcément de lieu… Il est exactement la condition du réel » Ceci peut de nouveau s’expliquer par cette question : Ou se trouve la chanson : « Sinnerman », chanson traditionnelle américaine popularisée par Nina Simone ? La réponse est : nulle part, car c’est une œuvre de l’esprit, elle existe dans le temps (enregistrée en 1965 par Nina Simone) mais pas dans l’espace. On peut dater plus ou moins l’impalpable mais on ne peut le situer. « Cela donne au temps une espèce de suprématie au moins formelle : il est la condition sine qua non de tout. »1. Aidons nous de la définition d’Aristote relevée par Sponville dans Physique, IV (traduit par H.Carteron) : « Puisque nous ne prenons pas conscience du temps quand nous ne distinguons aucun changement mais que l’âme semble demeurer dans un état un et indivisible, et qu’au contraire quand nous percevons et distinguons un changement, alors nous disons qu’il s’est passé du temps, il est clair qu’il n’y a pas de temps sans mouvement ni changement… l’avant et l’après sont dans le mouvement et en tant que nombrables constituent le temps» On l’a compris, Aristote pense que le mouvement est la condition du temps. Après réflexion sur la théorie d’Aristote, Andre Comte Sponville en viens à une hypothèse qui consiste à dire que sans l’âme il n’y aurait que du présent. C’est à dire que la tripartition Passé, Présent, Futur que l’on connaît tous
                                                        
1  « L’être‐temps » André Comte Sponville, p.12,  Ed. Presses Universitaires de 

France, 1999, Paris    36 

éclaterait pour se condenser en un unique niveau : l’immédiateté. Sponville nous dit : « Il n’y aurait sans l’âme, plus rien à mesurer, puisque l’avant et l’après n’existerait plus, puisqu’il n’aurait plus que du présent, que du simultané, que du pendant… »1. On ne pourrait donc plus vivre la dimension du temps puisqu’il n’y aurait pas de vivants pour la vivre, seulement une vaste éternité terne, fade, vide et insignifiante. Alors à quoi sert le temps si il ne doit pas être vécu ? Ou serait cette ultime Trinidad « Passé-Présent-Futur » qui articule notre dessein ? Que serait la mémoire et les souvenirs pour le néant ? Qui sera présent pour profiter de l’instant présent ? Quelle âme serait en train de rêver à un autre avenir ? Que serait l’espoir ? André Comte Sponville appellera aussi ce temps de l’âme, « le temps de la concsience » en référence au philosophe Marcel Conche dans son ouvrage Temps et Destin. Lorsqu’il essaye de penser le temps A.C.Sponville nous dit : « Il faudrait en effet pour le saisir, penser ensemble ce qu’il sépare (le passé et l’avenir) et maintenir ce qu’i supprime (le présent) ; mais alors ce n’est plus lui que l’on saisit, mais la temporlité. Penser le temps serait le méconnaître. »2. Il tente de nous dire ici que lorsqu’on pense au temps, nous sommes en fait dans l’erreur car ce que nous pensons être « le temps » est en fait de la temporalité. Lorsqu’on pense au temps dans sa représentation sociale dans une culture occidentale, on aurait tendance à penser à une montre, à Chronos, à un sablier au flux infini, ou encore au néant.

                                                        
1 « L’être‐temps » André Comte Sponville, p.19,  Ed. Presses Universitaires de 

France, 1999, Paris 
2 ibid, p24. 

 

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Néant sombre de l’univers associé au schéma de l’espace-temps d’Einstein. Lorsqu’on entre le mot « temps » dans « Google Image » (moteur de recherche d’image sur internet), on obtient successivement : Une image d’un homme près d’une pendule répétée, Les montres molles de Dali, une montre, un sablier, encore une pendule, le big ben de Londres, une horloge, puis l’affiche des « Temps modernes » de Chaplin. Et c’est un bon témoin de la réalité (cyber) sociale en 2010 dans nos sociétés numérisées. On va s’appuyer sur l’exemple simple de l’horloge d’A. C. Sponville se fondant sur la réflexion d’Henri Bergson dans Essai sur les données immédiates de la conscience. Cette horloge donc, communément reconnue, « ce n’est pas du temps » nous dit-il. « C’est de l’espace, et les aiguilles n’y occupent jamais qu’une position à la fois…leur position successives, n’ont de sens que pour un spectateur conscient qui se remémore le passé et les compares les unes aux autres. Supprimez la conscience et vous n’avez plus de temps ni de succession…que du présent»1. Puis en s’appuyant sur Etre et Temps d’Heidegger il nous suggère cette conclusion: « Le temps n’existe pas dans le monde mais dans la conscience, (ou l’âme) ce n’est qu’une
                                                        
1 Ibid, p27. 

 

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objectivation abusive, naïve de la temporalité comme dimension extatique de la conscience. La subjectivité n’est pas dans le temps mas dans ce qui le fait advenir »2 Donc nous les êtres dotés de conscience. Ainsi ce qu’il faudrait comprendre en rapport avec la présente étude c’est que le terme de chrono-diversité n’est autre qu’un clair et limpide synonyme du terme « temporalité ». Le temps ne pourrait être étudié pour ce qu’il est mais plutôt pour ce qu’il représente et c’est l’homme qui le déploie, le constitue, le développe et l’enveloppe autour de son existence. Les diversités du chronos dont nous traitons ne sont autre qu’une écriture temporelle de l’homme, une chronographie personnalisée. La thèse de Sartre rejoint l’esprit qu’il n’existe pas de temps dans la mesure ou : « Le temps n’est plus, l’avenir n’est pas encore et le présent instantané, chacun sait bien qu’il n’est pas du tout »1 Alors, dans une certaine mesure on pourrait dire, que ce n’est pas l’homme qui subit le temps, mais le temps qui subit l’homme. Seulement il n’ « est »pas là et donc ne peut nous le reprocher. Pour les plus curieux lecteurs et chercheurs, André Comte Sponville nous suggère que le « plus formidable effort philosophique » jamais consacré au temps est le Livre XI des Confessions de Saint Augustin, pour qui somme toute, le temps c’est « l’éternité divine ».

                                                        
2 Ibid, p28.  1 L’etre et le Néant, II, chap. 2 (la temporalité), Paris, Galimard, 1943, rééd.1969 

p.150     39 

DE LA CHRONO DIVERSITÉ À L’ACCELERATION DU RÉEL

Société, culture, média et communication.

« « Slow news. No News » L’adage du journalisme devient celui de l’historien de l’instant : « Slow History. No History » »8

                                                        
8 Le Futurisme de l’Instant, « La propagande du progrès », p.60, Paul Virilio, 

2009, Gallilé, Paris.    40 

Barack Obama président des États Unis d’Amérique actuel a déclaré à l’université d’Hampton en Virginie : « Avec les Ipod, les Ipad, les Xbox et les Playstation, l’information devient une distraction, une forme d’amusement plutôt qu’un outil d’épanouissement. » Aujourd’hui en 2010 dans notre monde surpeuplé, il est trop tard, car beaucoup trop d’esprits sont déjà accoutumé et mobilisés par ces nouvelles hyper-temporalités et l’accélération du réel. On n’a pas besoin d’être surdoué pour avoir compris que la temporalité dans les médias et surtout les mass-médias est devenue supersonique. La perspective du temps réel d’émission-reception à changé. Mitraillés de messages, qu’ils soient informations (plus ou moins pertinentes) ou publicités, nous ne savons plus ou donner des yeux et des oreilles. Ce phénomène de saturation entraine l’obsolescence des contenus et la quasi instantanéité de leur date de péremption. Ces contenus qui étaient à l’origine l’essentiel de l’information, se voient doublés par la force des choses par le nombre d’informations sur le sujet. C’est dans la fréquence qu’est la vérité, de nos jours plus on parlera d’un objet discutable plus il sera considéré. Lorsqu’on voit qu’un geste malhonnête dans un match de football fait la une de tous les médias, sur quelque support qu’il soit, pendant une semaine, alors qu’il y a urgence planétaire, il y a de quoi se poser des questions quand à la perdition de l’information, dans laquelle le rapport dérisoire qu’on les médias au temps joue un rôle crucial et délicat. Dans un entretien télévisuel, Claude Levi Strauss dénonce que la surpopulation de notre planète est due à l’essor des Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication et celui des
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transports. En effet il accuse la vitesse des communication et leur omniprésence en tant que vecteur de l’érotisation ainsi qu’accès trop précipité à l’autre. Nous ne pouvons parler de crise du temps contemporaine sans étudier Paul Virilio, qui avait déclaré en 1977 : « La vitesse est la vieillesse du monde ». Approchons son récent ouvrage, « Le Futurisme de L’instant ». Ou il essaye de manifester sa lutte pour « une société de nouveau respectueuse des longues durées. ». En tant que maître en dromologie et en urbanisme, Paul Virilio dresse ici un constat prévisionel et meme actuel, sur le plan humain, social, économique, politique, géographique, démographique et écologique sur le désastre planétaire d’un progrès technologique et scientifique ambigu. Il dénonce le faux bonheur du profit immediat lié à l’accès à l’instantanéité du monde, drainé par une course au progrès trop puissante pour une planète trop fragile. Paul Virilio nous dépeint, un monde uniforme qui confondant vitesse et précipitation à souillé le cours de son Histoire et à modifié dangereusement son rapport avec le temps, la nature et son envirronement. Il jette à la gueule du monde comme un Levi Strauss dégouté de ses voyages finalement, le dégout de l’accélération du reel: « Le bilan d’une accélération de l’Histoire qui débouche non seulement sur l’épuisement de la GÉO – DIVERSITÉ du visible, mais aussi sur l’extinction progressive de la CHRONO – DIVERSITÉ du sensible »9. Se basant sur des statistiques, des chiffres, des prévisions officielles et des ouvrages, Paul Virilio affirme que l’on est à l’aube d’une crise migratoire sans
                                                        
9 Le Futurisme de l’Instant, « La propagande du progrès », commentaire, Paul 

Virilio, 2009, Gallilé, Paris.    42 

précédant ou sédentarité et nomadisme ne feront qu’un. “Une offensive migratoire du troisième millennium” comme il la nomme. Un mouvement démograhique qui sera essentiellement dus aux modifications inéluctables qui s’opéreront sur la plànète pour faire face aux mutations climatiques et environnementales. En ce sens “l’exode massif des foules désoeuvrées nécécitera une capacité d’emport, de transport et de communication à la hauteur. Il compare l’exode rural du siècle dernier à l’exode urbain à venir qu’il faudra manager en regard de l’incessante acsension démographique, qui fera de nombreux réfugiés, migrants et “déportés”. Son idée est que dans la mesure ou il va falloir faire le moins de déplacements possible en vu d’économie d’énergies et de prevention de pollution les transports devront se focaliser sur leur capacité d’emport maximum. Et plus le mouvement augmente plus la traçabilité et le contrôle augmentent, souligne Virilio. En contre partie et d’une certaine manière plus il y aura de contrôle, de censures et de contraintes en ce monde et plus l’imaginaire des artistes débordera sur la société. Nous avons pu assister à l’explosion de la musique Jazz en Europe, après que Goebbels l’eu interdite pendant l’occupation nazie la qualifiant de dégénérée. Cette musique, cet art du temps, forme emmergeante du blues des fins fonds des champs de cotons ou travaillaient les esclaves noir dans le Sud des États Unis, pendant la segregation qui rappel toute cette forte époque. Paul virilio pense, par ailleurs, que nous somme perdu et que la planète sature alors nous pensons à en coloniser d’autre, c’est ce qu’il nomme l’exo-planète. Il a surement du être conquis par le roman de
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Sciences ficton dans lequel l’Homme devait quitter la terre à cause des guerres et de la pollution, 2001, l’odyssée de l’espace d’Arthur C. Clarke merveilleusement adapté par Kubrick en 1968 au cinéma ou plus récemment le film Avatar de James Cameron (décembre 2009), qui à mis en image et en relief (3D) son image du peuple humain qui parce qu’il a épuisé les siennes, colonise d’autres planètes pour en tirer les richesses et les énergies. La sciences fiction anticipe t’elle le futur ? Yves Fremion, auteur et historien de l’écologie remarque que certains auteurs inspirés par un monde inquiétés avaient vu juste. En 1912 H.G. Wells prédit les dégâts de la bombe atomique inventée en 1940, Rudolf Steiner imagine la maladie de la vache folle dans les années 20, Franck Herbert dans son célèbre roman Dune paru en 1965 anticipe le problème de la sécheresse et du manque d’eau pour les humains. “Les artistes entrevoient ce que nous historiens analyserons” Thierry Dufrene. Recentrons nous sur ce qui serait interressant de soulever dans l’ouvrage de Virilio et que l’on pourait étroitement lier avec la temporalité dans l’art, c’est l’idée de destruction des chronodiversités et de l’historicité du monde, par le phénomène grandissant du futurisme de l’instant.

 

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“La vitesse du progress c’est la vieillesse d’un monde réduit aux acquêts, dont la Grandeur contre Nature supprime toute étendue “durable”, l’instantanéité et l’ubiquité éliminant l’antique tripartition passé-présent-futur.”10 Après l’accélération de l’histoire du siècle dernier due essentiellement à la révolution industrielle et aux guerres, c’est la présente accélération du réel que remet en cause Virilio en dénonçant une nouvelle forme de temporalité due à la révolution informationnelle qui prétend sans cesse l’urgence et la globalisation du profit immédiat. La révolution de instantanéité des transmission, des nouvelles technologies de l’information et de la communication, à contaminé l’Homme et son Histoire dans ses rapports internes et externes. Aujourd’hui, dans la mesure ou le progrès vertigineux, tout puissant et aveugle, prônant l’accélération du réel, la synchronisation et l’interactivité des relations humaines et cybernétiques à envahit le cosmos, c’est Histoire de l’accident informationnel, évènementiel qui l’emporte sur l’Histoire des longues durées de notre temporalité classique. Ceci entraine la perte de durée de nos diverses activités et endomage notre perception du temps, ce que Virilio dénomme « l’extinction prochaine de la chrono-diversité du sensible et des rythmes une de vie de l’humanité». en Comme ci des les efforts technoscientifiques nous mettaient face à une impasse du sensible et panique apocalyptique développant nouveaux phénomènes de synchronisation et de simultanéité.

                                                        
10 Le Futurisme de l’Instant, « La propagande du progrès », p.59, Paul Virilio, 

2009, Gallilé, Paris.    45 

LES N.T.I.C. COURBENT L’ESPACE TEMPS

 

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LE TEMPS DES NTIC OU LA CYBER CHRONOPHAGIE :

 

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Aujourd’hui, c’est juste évident, qui ne possède pas de page de profil « facebook »11 est has been. On existe plus sur la toile que dans la réalité. Internet est un véritable piège à temps car c’est une activité démesurément chronophage. Une récente étude de l’Insee révèle qu’en France il y a des personnes qui consacrent plus de temps dans une journée à l’informatique et à internet qu’à la vie extérieure. Paul Virilio dénonce la dépendance compulsive à internet. Jusqu'à se demander que ne pas exister sur le net c’est ne pas vraiment exister. Cette nouvelle vie virtuelle concerne naturellement les privés comme vous et moi, mais surtout aux sociétés et entreprises, qui pour prouver leur existence, leur implantation et leur valeur se doivent d’avoir une cyber interface de nos jours. Désormais la fiabilité, la crédibilité des sociétés s’exprime via internet : Référencement, Site Web, Nombre de visites, système de cyberpaiement, ou pour les connaisseurs l’IDM. Il s’agit de l’indice de densité d’un mot c’est à dire la notoriété d’un mot, nom ou marque sur internet via les moteurs de recherche. Tout est mesurable sur le net, il y a eu l’essor d’un cyber marché ou l’offre et la demande, c’est a dire les consommateurs et les producteurs ne sont autre que des avatars. Et bien entendu c’est le nouveau terrain de jeu du malheur du monde : Le Marketing. Nous sommes entré en cette fin de première décennie du XXIème siècle dans ce que l’on pourrait appeler l’empire du Geek. « Geek » ici désignant, plus que les adeptes, les disciples et les tenants de la cyberculture. En d’autres termes le Roi des Geeks

                                                        
11 Réseau social rassemblant 400 millions de membres en 2010. 2ème site le plus 

visité au monde après Google.    48 

serait aujourd’hui Steve Jobs, le patron d’Apple1, car il a geekisé le monde entier avec ses propres rêves et créations, Ipod, Iphone, Ipad, Macbook, plus personne ne peut s’en passer. Car être geek c’est contagieux, un malaise se fait sentir lorsqu’on est pas à la page, qui plus est à la page internet !

Sur internet, (ordinateurs et mobiles) la planète des geeks et des avatars le temps et sa perception est modifié. On ne jure que par l’instantanéité. Chat, messages instantanés, paiement instantané, chargement instantané, téléchargement etc…) On a pas le temps d’attendre lorsqu’on utilise les nouvelles technologies de l’information et de la communication. On est dans une cyber dimension du temps. L’internaute n’a pas le même temps que les autres. Il est plus pressé et attendre est sa hantise absolue. Une fois 3 clics dépassés sur une page
                                                        
1 8,75 millions d'appareils livrés dans le monde. Apple a également livré 10,98 

millions d'iPod et 2,94 millions de Macintosh. Source : www.e24.fr/hightech.    49 

internet sans avoir obtenu satisfaction il la fermera sans pitié. Mais cela est compréhensible d’avoir un nouveau rapport au temps lorsqu’on navigue dans un océan ou l’accès à la connaissance, à l’information, à la communication et à l’autre est virtuelle certes mais Immédiate. La raison de cette altération est que l’être virtuel est plongé dans une alter-réalité virtuelle du temps et donc on obtient une alter-perception du temps. Le fait davoir un accès à la carte et disponible de la connaissance fait des utilisateurs d’internet des faux savants et des oublieux. Le phénomène grandissant que l’on peut observer est que cette nouvelle perception du temps virtuelle déteint sur la réalité. Un internaute pouvant télécharger un film en 20 minutes ne prendra ni temps ni argent pour aller au cinéma, sauf si le cinéma offre un spectacle inaccessible à domicile, comme la 3D émergente ces temps ci (Avatar de James Cameron, ou Alice aux Pays des Merveilles de Tim Burton font le plus d’entrée au monde en 2010 et ils sont en 3D). Si il a envi de rencontrer un ami il ira sur Facebook, si il a envi de rencontrer l’amour il ira sur Meetic1. L’internaute n’a tellement pas de temps que même pour la recherche de l’âme sœur des sites comme « MeeticAffinity », lancé par Meetic en 2008, se sont spécialisé dans la mise en relation des personnes les plus complémentaires par voie de profiling, se basant sur des facteurs de compatibilité. C’est ce que l’on appel le Matchmaking, c’est à dire mettre en relation deux individus par rapport à leur affinités. René Barjavel l’avait déja imaginé dans son roman fantasmagorique : « La nuit des temps » ou un arbre magique désigne les couples faits pour vivre ensemble éternellement créant ainsi une société modèle. Mais
                                                        
1 Premier site européen de rencontre en ligne. 133 millions d’€ de CA en 2008 

contre 1 million en 2002.    50 

sur la planète internet tout s’achète, même l’amour. « Perspective de l’audition ou de la vision et bientôt, perspective paradoxale du toucher et d’une tactilité à distance, dont les télé-opérations des sondes spatiales sont déjà le modèle exotique. Que reste-t-il, dès lors de la proximité physique ? »2. C’est toute la vertu de la patience qui est mise en jeu, le danger concerne surtout les générations nouvelles qui sont nés avec ces nouvelles technologies de l’information et de la communication, pour lequel l’écoulement du temps, le temps subjectif n’est pas et ne sera pas le même. Le monde s’empresse laissant place à l’accélération du réel et à la disparition des chrono-diversités. Windows mobile, Iphone ou Blackberry les PDA (Personal Digital Assistant) plus connus en français sous le nom d’ « assistant numériques personnel » et autres Smartphones (téléphones intelligents) et leurs infinies applications inclues, gratuites ou payantes : Peer 2 peer (Bluetooth, infrarouge), réseau local wifi, radiotéléphonie GSM, GPRS, Edge, 3G, TV numérique DVB-H, navigateur web, courrier électronique, lecteur mp3, image et vidéo, achat en ligne, chat, météo, géo-localisation, guidage par satellite, jeux, multimédia etc. Ces nouvelles organes numériques de la taille d’une main, incluant l’informatique, internet, et les télécommunications, sont censées simplifier la vie de l’homme moderne, être une extension de son corps et de son esprit ne sont elles pas plutôt en train de l’handicaper ? D’accélérer son rapport aux choses créant ainsi des êtres plus pulsionnels, plus assistés, plus pressés, plus stressés que jamais ? Par ailleurs ces télé-technologies
                                                        
2 Le Futurisme de l’Instant, « La propagande du progrès », p.80, Paul Virilio, 

2009, Gallilé, Paris    51 

créent une nouvelle activité et vie économique, un nouveau marché. Des emplois certes, mais un monde de plus en plus digitalisé, des consommateurs et des publicitaires partout autour d’eux pour les séduire. Surtout que pour atteindre un maximum d’utilisateurs ces gadgets multifonctions se sont démocratisé et ont atteint un prix accessible au plus grand nombre. Leur prolifération est fulgurant, il n’ y a qu’a apprécier l’évolution du chiffres d’affaires des tenants du marché, qui même à très court terme est parlante. Ce phénomène fait de nos sociétés des sociétés fainéantes, téléassistées, criblées d’informations un nouveau langage, un nouveau rapport aux temps, un terrain de jeu infini pour les publicitaires et donc un réseau social finalement très parasité de messages indésirables : cybermarketing, emailing, spam et marketing viral. En somme, une société pistée, guêtée. L’avenir du web s’étend naturellement vers une démocratie participative basée sur les réseaux sociaux, et les avatars sont les futurs consommateurs et le processus est déjà lancé .1 D’ores et déjà on peut voir aux États Unis des personnes qui se sont rencontré sur Second Life 2, qui se sont d’abord mariés virtuellement puis qui ont fini par se marier dans la réalité « Il ne faut pas voir le réel d’une part et le virtuel de l’autre aujourd’hui le virtuel, Second Life est simplement une extension du réel »3. Sachant qu’un réseau comme Second Life est tellement utilisé qu’on y imagine des stratégies
                                                        
1 À lire sur le sujet : « La révolte du pronétariat » de Joel de Rosnay.  2 À la fois jeu et réseau social, univers virtuel en 3D crée par Linden Lab en 2003 

dans lequel aujourd’hui de grands groupes mondiaux comme L’Oreal, Toyota,  Orange, Cortal Consors ou encore Galerie Lafayette usent leur marketing.  Aujourd’hui on peut assister à un concert de U2 ou même postuler pour un  emploi sur Second Life. 
3 « The cat, the révérant and the slave » Alain Della Negra, Kaori Kinoshita, 

Capricci films, 2009.    52 

marketing virtuelles spécifiques aux utilisateurs de Second Life donc aux Avatars, comme des meeting ou rassemblements d’utilisateurs pour une cause à la base divertissante mais au final criblée de messages publicitaires. Pour reparler « mobiles » et attester que ce secteur est un acteur majeur de la courbure du temps, rendant les choses plus simples, plus rapides plus accessibles, laissons parler en image la publicité.

1

Sur le site internet de Samsung Mobile on peut lire dans les caractéristiques du récent modèle que l’on a pris pour exemple : « messagerie instantanée et accès aux réseaux sociaux. Restez connecté avec votre entourage à tous les moments et situation de

                                                        
1 Publicité Samsung Mobile Printemps 2010. 

 

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mobilité ». On veut littéralement nous connecter l’un à l’autre, nous mettre en réseau. C’est la soit disant tyrannie des distances (et de l’attente) qui galvanise l’émergence des nouvelles cyber-cultures. Le terme « distance » s’applique dans ce cas aux deux dimensions Espace et Temps. On veut aujourd’hui que tout soit à porté de main et dans l’immédiat. Gagner un maximum d’argent en un minimum de temps tel est notre devise. On ne sait plus attendre, on ne sait plus apprécier l’écoulement naturel des choses, comme par exemple s’envoyer une tendre lettre manuscrite, surtout chez les jeunes dans les cultures occidentales et occidentalisée. Le développement des NTIC à crée en nous des pulsions d’immédiateté dans notre besoin de communication que l’on a certainement avec ou sans elle. Mais les NTIC rendent notre besoin de communication obsessionnel. D’après l’Insee et Eurostat il y aurait près d’1.5 milliards de personnes abonnées à internet au monde et 3.3 d’utilisateurs de mobiles et ce sont les chiffres de 2007, nous sommes actuellement en 2010 imaginez les chiffres du jour. Par ailleurs ce qui est extrêmement inquiétant dans ce sujet de la téléphonie mobile c’est la menace de notre sphère d’intimité. Surtout lorsqu’on a lu l’article (envoyé spécial) du Monde du 11 mai 2010 intitulé « Le téléphone qui en savait trop » et l’inquietant sous titre « Des ingénieurs américains ont mis au point un système (Sense Network) permettant, grâce à la géolocalisation, de cerner l’âge, le
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sexe, les goûts d’un utilisateur de portable ». Et plus on en lis plus on est inquiets. « Les premiers futurs clients de Sense Network sont les agences de publicité et de marketing et les professionnels du commerce en ligne ». Inquiétant effectivement ce sentiment de se sentir pisté, mesuré, observé, calculé, guetté à nos moindre faits et gestes. Déjà internet offre la possibilité au publicitaires de nous profiler et nous soumettre des offres personnalisées. Et l’on sent déjà de l’agression dans ces méthodes. Ce serait indirectement de l’harcèlement et de la violation de vie privée. Et au nom de quoi ? L’argent, le marketing. Une fois de plus c’est la temporalité du rapport aux choses qui en prends un coup on aura accès à encore plus d’offres et on nous vendra plus de rêve, du rêve ciblé cette fois ci. C’est littéralement de l’élevage et de l’éducation mentale que cette psychologie de la communication est en train d’opérer. Alors inquiétant est bien le mot du jour. On aura plus à prendre le temps pour se chercher, se trouver soi même, car on nous dira qui nous sommes ou du moins qui nous devrions être pour « bien passer » dans cette société.

 

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L’Art à l’heure des NTIC :

 

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L’art aujourd’hui est à l’heure de l’industrie culturelle, grâce ou à cause de l’essor des NTIC les œuvres d’art n’ont jamais autant circulé. Perte d’aura pour un Walter Benjamin qui dirait que la reproductibilité des œuvres provoque leur destruction mais démocratisation du savoir, de la culture et de l’art pour nous tous le « démos ». Véritable lubrifiant et vecteur d’accès à l’information et aux connaissances Internet devient un musée cliquable. Au bout de quelques secondes et quelques clics on peut avoir accès à la dernière sculpture post pop art de Jeff Koons, à une scène macabre de Goya, à une vidéo de Bill Viola ou de Name June Paik, aux Vanités d’Abraham Mignon, à la rétrospective d’Andy Warhol, à l’architecture Baroque, au corps mutilé d’Orlan, à la chaise de Starck, aux photos d’Elliot Erwit ou encore au dernier live des Daft Punk en VOD! La culture est la nouvelle économie car elle est numérisable et parcequ’elle est numérisable, numérisée et numérique les NTIC sont le nouveau marché des œuvres d’un autre genre. « Aujourd’hui l’art est un produit comme un autre et le spectateur d’abord un consommateur »1. C’est pour ce fait même que Koons essaye de répondre aux envies d’une certaine clientèle. L’artiste du XXIème siècle à conscience qu’il a accès à un outil qui peut être facteur de production et vecteur distribution de l’œuvre. « L’artiste use de tous les mediums à sa disposition et parfois les combines : mixed media »2 L’ordinateur offre par exemple l’opportunité de création numérique :
                                                        
1 Art le Present, Paul Ardenne, p 25 Éditions du Regard Paris 2009  2 Ibid, p.10. 

 

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Musique, Dessin, Design, Conception, Photo, Montage, le tout suivi de la fameuse formule : Assisté par ordinateur. Bien entendu le cinéma a ouvert les portes à l’art filmique. Mais depuis l’art moderne, c’est avec le mouvement Art Vidéo et son précurseur Nam June Paik que commence l’utilisation de techniques vidéo pour constituer des œuvres d’art. Techniques vidéo qui ont rapidement migrés vers l’informatique jusqu'à devenir aujourd’hui totalement indissociables. La nouvelle utilisation des techniques informatique à offert des opportunités d’écritures et réécritures esthétiques infinies : Stockage, Montage Virtuel, Effets, Modifications et toutes autres opération numérique. Nous somme depuis l’avènement de l’art vidéo et des nouvelles techniques dans un mode de création appelé la « performance » (artistique, vidéo…). Sur les plateformes web V.O.D et p2p, plus où moins légales, Rapidshare, Megaupload ou Torrentz comme sur certains sites d’information reconnus on ne nous vend pas le contenu, c’est à dire l’information, le fichier texte, image, son ou vidéo, mais on nous vend la rapidité de l’accès à celle-ci. Sur Rapidshare par exemple on peut télécharger gratuitement n’importe quel titre ou album tout juste sorti, ou le film vainqueur de la palme d’or de Cannes de 1995, mais il y a un prix de l’atteinte à la patience virtuelle. C’est à dire que pour accéder à un fichier gratuitement on doit attendre par un système de compteur et de compte à rebours un certain nombre de minutes avant d’accéder à notre requête. Ce temps d’attente est d’environ 3 minutes avec une fréquence de 1 téléchargement toutes les deux heures. Mais c’est la que le Spam apparaît en nous proposant de payer pour un accès plus rapide et illimité pendant 1 mois, 6mois, 1 an ou à vie ! avec des montant allant de 6 à 400 euros.
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Sur Internet on peut surfer plus vite que la musique. Le leader du célèbre groupe LCD Soundsystem dit au journal français Le Monde en mai 2010: « Le monde va trop vite et quand on arrête de faire quelque chose, on disparaît aussi tôt. Il y a eu plus de musique publiée en 2009 que dans toutes les années 70. C’est trop d’informations. Mais c’est libérateur aussi comme de disparaître dans le désert. ». James Murphy tête pensante de LCD à tout dit en ces mots sur les méfaits de la prolifération des NTIC pour l’art et l’information. À peine une information reçue qu’il y en a déjà 100 autres qui font la queue et 100 autres qui sont en préparation pour dans dix minutes ! Mais… Grâce aux N.T.I.C des « webisodes » ou autres vidéos et courts métrages « uploadés » (postées sur internet) peuvent connaître un succès mondial phénoménal en peu de temps. C’est le phénomène de Buzz et c’est le cas de « PIXELS »1 un excellent court métrage mêlant tournage réel et conception numérique du français Patrick Jean avec 3 millions de vues sur Dailymotion et plus de 400 000 sur Youtube. Il a déclaré à Libération, « Le jour je reçois des coups de fil de la France, le soir je reçois des appels d’agents et de producteurs d’Hollywood ». On pourrait dire que les NTIC on remplacé « l’American Dream » par le « Web Dream ». Un Web Dream qui se précise et s’authentifie avec le récent phénomène Gaga. Lady Gaga c’est aujourd’hui une pop star planétaire et une icône médiatique alors qu’un an en arrière personne
                                                        
1 Voici le lien internet pour visionner ce court métrage:   

http://www.youtube.com/watch?v=ou8vRWTSsJo    59 

ne la connaissait. Vive le marketing ! Elle est cité en page de couverture du Monde du 17 mai 2010, journal qui lui consacre son entière 3ème page dans ce même numéro. Mais cela va s’en dire elle le justifie, bonne chanteuse, bonne danseuse, un style extravagant hors du temps, Lady Gaga c’est « Phénomène digital, Lady Gaga représente 25% du trafic de Vevo, site de vidéo crée par Universal, Sony et EMI, avec Youtube. Ayant dépassé le milliard de connexions (légales) sur le Net, elle intéresse jusqu’aux plasticiens comme Damien Hirst »1 Dans notre époque contemporaine héritant de la révolution moderne (minimalisme, less is more, pop art, readymade) c’est l’idée ou le concept qui l’emporte sur la technique ou les matériaux utilisés dans une œuvre d’art qui devient concept artistique. Il y a dans l’art contemporain un désir d’extrémisme, de provocation et de politique du choc. Et aujourd’hui où l’art circule rapidement et où donc la vitesse de l’information est magnifiée, il faudrait remettre sur la table le manifeste de Marinetti et le réapproprier à l’information et à la communication et leurs technologies.

                                                        
1 V.MO Le Monde 17 mai 2010 p.3 

 

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L’art, ou la réponse à la question du temps.

 

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Il y a de ces artistes qui travail sur le champs du temps des spécimens étonnants comme par exemple l’anglaise Christine Borland qui est la seule artiste qui caresse le temps à rebrousse poil. Son travail ou elle a souvent recours à des ossements humains (de squelettes importés d’Inde) sont des sculptures qui remontent le temps. En effet elle endosse la casquette d’anatomiste, s’entoure d’archéologues et de criminologues, et opère à l’envers du processus normal d’élimination naturelle du corps humain, elle va partir d’un crâne humain pour reconstituer le réel visage de la personne. Du vide au plein. (Voir Second Class Female).

1

On Kawara,artiste conceptuel d’origine japonaise, marque le temps au sens propre du terme, il retranscrit la date du jour où il se
                                                        
1 « The being you must create », Christine Borland 1997. 

 

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trouve en train de peindre sur ses toiles les célèbres « Date Paintings ». Son travail est un simple décompte du temps tant qu’il passe. Il va même jusqu'à crée de volumineux index de dates chiffrés dans son « Un millions d’années ». « Avec « un millions d’années » On Kawara dimensionne le temps d’une manière évidement absurde »1 Cette mise en forme artistique du élémentaire s’oppose aux multiples et différents travaux sublimés et psychiquement profonds qu’opèrent d’autres artistes sur le temps, pour n’en ressortir que l’essentiel son unité de valeur, une suite mathématique abstraite dénuée de tout sens moral. Mais les œuvres d’On Kawara n’en sont pas moins dénuées de sens, il y a même eu une lecture (performée) de son ouvrage à la Documenta XI de Kassel en 2002. (Plus grande manifestation d’art contemporain).

2

                                                        
1 Art le présent, Paul Ardenne, p.349. .Éditions du Regard Paris 2009  2 « One million year (Past and Future) since 1970 » – On Kawara. 

 

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Le plasticien français Christian Boltanski dont un chapitre lui est consacré dans cette étude, a lui aussi expérimenté l’absurdité du signal continu du temps dans son œuvre « C’est l’heure» installée dans la crypte de Salzbourg ou une austère Horloge parlante donne l’heure par la voix de l’artiste imitant celles rythmées par un automatisme. Pour parler de la rythmicité du temps invoquons sans plus attendre le vidéaste Bill Viola dont, de même que l’artiste cité précédemment, une partie plus approfondie de son œuvre est traitée plus loin dans cette étude. Prenons comme exemple l’installation vidéo « He Weeps for You » ou l’on voit grâce à l’agrandissement d’un système d’objectif Macro, et l’on entend grâce à un son amplifié, une goute d’eau tomber régulièrement. L’artiste par cette représentation nous suggère une impossible chronométrie de l’ennui, angoissante, peu pratique mais qui questionne l’essentiel des choses:

1

                                                        
1 « He Weeps for You » Bill Viola 1976 

 

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« Dans cette installation, j'ai tenté de créer un "espace accordé" où non seulement tout est enfermé dans une seule cadence rythmique mais où un système dynamique interactif est produit dans lequel tous les éléments la goutte d'eau, l'image vidéo, le son, le spectateur et la pièce elle-même fonctionnent ensemble de manière unifiée comme un instrument unique et plus grand. » Bill Viola. Toujours pour parler de dilatation du temps et de rythme constant, tout en changeant de registre, nous ne pouvons passer à côté de l’ambassadeur de la musique répétitive électronique minimaliste et expérimentale, Ricardo Villalobos. Allemand, d’origine chilienne, Villalobos déploie le temps de ses productions musicales, aux boucles exotiques sorcières sans complexe. Au large des standards, des contraintes et des limitations de la production Mainstream, permettant une expression musicale d’une durée « Radio Edit » maximale de 3 minutes 30 à 4 minutes grand maximum, le sorcier des samplers savoure et nous partage la répétition extatique de ses boucles. Se moquant ainsi du temps officiel que doit avoir la musique dans nos sociétés aux systèmes médiatiques réglées comme du papier à musique, il déploie de longues ballades techno et micro-house en découpant des bouts de Phillip Glass ou de Depeche Mode. Son Album « Alcachofa » sorti en 2003 sur le label Playhouse est un succès critique sur la scène underground mondiale des musique électronique et à été noté meilleur album de la décennie (2000 – 2010) par Resident Advisor (Residentadvisor.net), une puissante organisation et réseau du milieu musiques électroniques. À écouter : Son maxi « Fizheuer Zieheuer » sorti chez Playhouse en 2006 à ébranlé la scène et crée polémique. En effet Villalobos
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développe et étale sur deux fois 40 minutes une boucle gitane synchronisée sur un rythme techno tropicale minimaliste et très répétitifs aux variations de cuivres, de congas, et autres percussions très subtiles. Il y a dans l’étendue de cette boucle comme un désir d’éternité de l’artiste de nous dire « Cette boucle ne fini jamais ». Un autre moyen encore de fantasmer sur l’infini. Chez Juno Records sort le Maxi « Enfants (chants) » 2008 ou l’artiste à enregistrer et réarrangé sur une rythmique minimaliste des enfants chanter en cœur et dans un ensemble brouillon la légendaire chanson « Baba Yaga la Sorcière » pendant 16 minutes. Villalobos dilate le temps dans ses production et nous enivre avec des boucles parfaites pouvant à elle seule nous faire entrer dans un état de transe, comme si dans ces boucles infinies, c’était le monde entier qui avait disjoncté, ou « buggé » à la manière d’un ordinateur au système surchargé. Voir le film « Villalobos » de Romuald Karmakar présente à Venise en 2009. « Comment Ricardo Villalobos, l'un des DJ de musique électronique les plus acclamés à travers le monde, pense- t-il ? Comment entend-il ? Et comment les gens réagissent-ils à son art ? » Télérama à propos du film.

 

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Du temps à l’art :
Jan
Patocka dirait « L’univers de l’art est un univers de recherches et de conflts qui découlent de la manière dont l’humanité historique comprend l’essence et la fonction de l’art »12. C’est en ce sens que l’on peut affirmer le fait que dans l’art se trouvent les éternels questions transcendantales et existentielles de l’humanité et notamment celles du Temps qui comme dirait Aristote est « embarrassante ». Jan Patocka compare les questions de l’art à « … une réflexion tout ensemble historique, sociologique, esthétique et philosophique ». Ainsi l’auteur nous livre un message fondamental celui de la manière dont on comprend l’œuvre d’art à travers les temps, « … le sens de l’œuvre d’art… est sujet à des variations historiques… et reflète une évolution esthétique fondamentale ». C’est la lassitude du chef d’œuvre éternel dans l’art qui engendre toutes les fantaisies artistiques qui taquinent les dédales du temps et des nouvelles temporalités dans l’art contemporain. Cette lassitude concerne non seulement les canons esthétiques et ontologiques de l’art mais aussi et surtout les techniques artistiques qui se voient profondément bouleversés à travers cette révolution. Jan Patocka en abordant les concepts discutés d’Hegel dans l’Esthétique, sur la doctrine de l’esprit absolu les différentes formes artistiques qui partageraient un même idéal s’opposant ainsi à la fonction même de l’art, nous dit « La vérité de l’art, c’est la vérité tout court »1. Cette
                                                        
12 L’art et le temps in L’art et le temps Jan Patocka (p344 – fin) édition P.O.L Paris 

1990 

1 Ibid 

 

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théorie se précise lorsqu’on observe la mouvance créatrice artistique contemporaine qui obéit en quelque sorte à son temps tout en le critiquant par l’usance de matériaux et de techniques qui eux même découlent de ce temps. Nous pourrions par exemple faire référence au Popart, au Readymade ou à toute autre forme d’art en Série qui auraient comme tête de proue aujourd’hui en 2010 les artistes businessman que sont Hirst et Koons. Le Design serait aussi un axe central de ce débat lorsqu’on sait que Le Corbusier et F.L. Wright ont adapté et répandu la pensée modulaire et l’utilisation en ABS2 grâce aux petites briques du fabricant de jouets danois, LEGO. L’art est un moyen de communication à travers lequel l’humanité peut prendre conscience. L’artiste plasticien, Jan Vormann restaure à l’aide de briques « Lego » le patrimoine de quelques villes tel Berlin, Tel Aviv ou Amsterdam. L’artiste colmate les dégâts des guerres ou du temps sur quelques constructions à travers la ville en incrustant des LEGO PATCH.

Dans la mesure ou l’artiste plasticien Vormann colmate les stigmates du temps grâce à son art contemporain de la brique Lego réparatrice, nous pouvons allègrement affirmer que l’art est une réponse à la question du temps.

                                                        
2 Acrylonitrile Butadiène Styrène  thermoplastique employé par l’industrie pour 

des produits rigides, légers et moulé. L’ABS a connu son âge d’or dans les années  1960 à 70.    68 

1

Le vidéaste Marc Beurteaux, (parmi tant d’autres plus ou moins professionnels) utilise quant à lui, des briques Lego pour totalement mettre en scène ses fictions, en « Lego Motion » (voir : « Robota »). Même le célébrissime Michel Gondry réalisera un clip vidéo du groupe The White Stripes, pour la chanson nommée « I Für », entièrement en Lego.

                                                        
1 « Dispatch Work » Berlin, Jan Vormann www.janvormann.com 

 

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Jan Patocka qualifie l’art de « medium spirituel qui dévoile le monde avec une profondeur dont la science demeure incapable»3 Il évoque une profondeur mythologique, magique, religieuse, cultuelle, transcendantale dont une Science serait incapable et il nous donne une définition de l’art qui pourrait résumer toute l’Histoire de l’art : « L’art est le miracle contradictoire de la réconciliation du fini et de l’infini, du sensible et de l’intelligible »1. Le temps est un ultime conflit de l’Homme et son univers qui se situerait sur le seuil invisible du fini et de l’infini. A ce que nous savons l’Homme finit alors que le temps ou l’espace ne finit pas. C’est pour cela que l’Homme se pose cette éternelle énigme : Pourquoi nous finissons alors que rien d’autre ne fini ? Et comment pourrions nous savoir que rien d’autre ne fini ? Nous en savons rien mais rien ne nous empêchera de nous poser indéfiniment des questions sur le sujet notamment à travers le medium de l’Art. Dans l’art aussi bien que dans le monde les rapports de forces ont changé. La vraie révolution, qu’a entrainé entre autre la mise en place évolutive du système capitaliste et ses effets, est que l’Homme est sortit du monde subit de la nature, des mythes et de Dieu pour entrer dans un monde dont il est le seul maitre, un monde ou il lui est libre de construire, déconstruire, détruire, reconstruire. Seulement l’Homme en faisant cela s’est tendu un piège dangereux, car le processus de production capitaliste ne se maintient que par sa propre croissance.
                                                        
3 L’art et le temps in L’art et le temps Jan Patocka (p344 – fin) édition P.O.L Paris 

1990   

1 ibid. 

 

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Citons Patocka de nouveau lorsqu’il dit que « l’art est en lui même une manière de vivre, de sentir et de penser certains problèmes religieux, sociaux, rituels ou éthiques, quelque chose qui donne accès à la face caché du monde, à sa dimension extraordinaire, divine… »1 Comme si l’homme cherchait à saisir le pouvoir divin, le pouvoir du temps. Cette pensée s’allie merveilleusement avec celle du poète illustre du moyen orient Khalil Gibran lorsqu’il écrit : « L’art est le premier pas de l’Homme vers l’infini » et il n’a pas vu flou sur un aspect métaphysique, c’est ce que nous verrons plus tard à travers un travail de l’artiste contemporain Christian Boltanski. Revenons à notre révolution artistique ou l’on peut dire que le grand style pictural classique s’est fait détrôné par l’art moderne et contemporain. On passe d’un Nicolas Mignard qui tire fastidieusement le portrait de Molière à « la nécessité intérieur » littéralement craché sur une toile par Kandinsky le parrain de l’art abstrait. En d’autre termes on passe d’un art conservateur orienté vers un « passéisme fuyant » à un art qui se veut plus d’actualité, plus libre, plus axé présent et futur. L’artiste a complètement retourné sa veste dans la société contemporaine. Et cette veste il l’a achetée parce que dans sa société contemporaine certains (guerriers du marketing) lui ont mis dans la tête qu’il en avait besoin pour se démarquer des autres et être lui même. Car il en va ainsi dans notre monde globalisé, urbain et sophistiqué, on nous vend des produits dont on nous persuade qu’ils sont indispensable pour vivre au présent. Nous prenons ici vous l’aurez remarqué la théorie de Jean Baudrillard sur la société de consommation post-industrielle dans laquelle le marché de l’offre et la
                                                        
1 Ibid. 

 

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demande et la valeur des objets obéirais plus aux tendances et à la mouvance vantées et diffusées par la publicité qu’a la véritable économie qui se retrouve remplacée par une économie érotisée. Patocka remarque : « Quel magnifique instrument d’accumulation de puissance que de vivre dans la crainte de se voir dépassé par l’autre »2. Le présent est le grand mot actuel, pire encore nous sommes dans l’instant, dans l’instantanéité du monde nous somme à l’âge de l’accès immédiat aux choses et à l’autre. Ainsi comme le montre Patocka nous vivons sans cesse avec un recul pragmatique sur nous même et dans une course effrénée à l’accès. Nous ne sommes plus des êtres mais nous sommes devenus des « cibles », des proies faciles quant à l’industrie et au marketing qui la vante en essayant de nous éblouir. Le plus extraordinaire est que le moteur de l’industrie c’est nous même et le comique dans cette aventure c’est que tout le monde est au courant. Mais le chaos entre vie privée et vie publique laisse éloigné et pratiquement invisible ce mal du monde. Cette crise de la civilisation planétaire est ce qu’on pourrait appeler selon Patocka « la surcivilisation »1 qui vogue, avec fugacité, de révélation nouvelle à révélation nouvelle. Ainsi dans cette turbulence Patocka nous illumine avec sa lueur d’espoir qui consiste à dire qu’il demeure une activité essentielle de l’homme contemporain qui est intégralement une preuve authentique de notre liberté spirituelle et qu’il s’agit de l’art. Mais là encore des doute surgiront sur la véracité de l’expression « intégralement » si on prends l’art au prisme de son marché, de sa valeur et de sa consommation en tant que produit artistique. C’est son sens pur que tente d’épargner Patocka des griffes de l’économie. Pour
                                                        
2 Ibid.  1 Ibid. 

 

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l’auteur l’art du XIXème siècle est « une sphère de pureté, qui nous délivre de la quotidienneté, ou l’on peut vivre à l’abri de la réalité vulgaire » alors que l’art contemporain ne se veut pas « un paradis artificiel » mais « le monde de tout le monde » c’est ce qui se précise lorsqu’on les entends parler, ce que nous verrons avec Bill Viola et Christian Boltanski. L’art contemporain en rupture avec toutes ses époques précédentes du classicisme au XIXème en passant par l’effort de la renaissance et de l’art baroque n’est pas une évasion hors du monde mais ni un paradis artificiel comme essaye de nous faire avaler de force les médias et le marketing, souillant ainsi les subconscients de la foule, mais il est une « détresse intime de notre temps » comme le suggère Patocka en phase avec l’actualité. Les matériaux dans l’art moderne et contemporain sont montrés, il y a une notion de jaillissement et de révélation (Jean Tinguely, Arman, Niki de Saint Phalle). Les sculptures deviennent installations et les installations se mettent de plus en plus à emprunter des techniques audio-visuels digitales et à envahir des lieux improbables surtout dans l’espace publique. Dans la peinture les tableaux aussi sont la pour nous dévoiler la toile ou la texture de la peinture, ou encore jouer avec la lumière sur une même couleur comme le fait Soulages avec son noir. Certains se sont même essayés à incorporer des objets sur les toiles, on pense la aux dadaïstes et autres plasticiens du collage. La rupture avec les contraintes religieuses, d’autorités et magiques est claire, aujourd’hui selon l’ultime thèse de Patocka dans l’Art et le Temps, l’art serait plutôt une expression formelle qui traduirait la force créatrice de l’homme en tant qu’autonomie spirituelle de l’humanité.
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TEMPORALITÉS ARTISTIQUES :
Du créateur vers l’œuvre, de l’œuvre vers le spectateur.

 

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Dans le rapport entre la temporalité, en tant que perception temporelle et l’art, il va s’en dire que pour qu’il y ait harmonie, fusion, entente ou interaction entre le regardeur et le regardé il faut que la notion de cette temporalité soit ou devienne commune entre l’artiste et le spectateur. C’est ce que nous dit Edmond Couchot dans Des Images, du Temps et des machines dans les arts et la communication : « La vision de l’image originale dans sa vérité,… isole et capte la temporalité du regardeur pour le projeter directement dans celle du tableau ».1 Alors c’est dans cette réflexion sur la liaison temporelle entre l’art et le public, qu’il soulève des questions intéressantes : « L’espace et le temps d’un musée sont ils neutres ? » En d’autre termes il nous pose la question suivante : Lorsqu’on consomme ou absorbe, de l’art, dans un lieu qui généralement s’y prête, galeries, musées, ou autres lieux dédiés principalement à l’exposition d’œuvres d’art, notre perception de l’espace et du temps change t – elle ? Est ce que l’on développe une capacité sensitive spécifique à aborder l’art ? Le temps s’écoule t il différemment dans un lieu d’art ? Nos notions habituelles d’appréhension de l’espace changent t-elle pendant la durée ou nous somme plongés dans ces lieux ? Le temps par lequel l’image se donne à voir est ce qu’Edmond Couchot nomme « le temps de présentation » il explique ensuite que suivant les support et les lieux de ce qui est donné à voir, la temporalité liée change. Supports et lieux en tant que livres, internet, écrans, toiles, tapisserie, installation, murs, musées, galeries, espace privé, temples, place publique, etc. Il va s’en dire que l’on ne pourrait avoir le même rapport sensible espace – temps avec une œuvre disposée dans un
                                                        
1

 Edmond Couchot  « Des images, du temps et des machines dans les arts et la 

communication » p.25 Éditions Jacqueline Chambon, ACTES SUD septembre 2007 

 

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espace publique urbain et une œuvre posée dans un musée. Dans une certaine manière la lecture temporelle de l’œuvre et donc par extension la lecture de l’œuvre n’est pas la même suivant ces critères topologiques. Edmond Couchot lui va plus loin dans sa pensée lorsqu’il affirme que la connaissance de ces différents espaces-temps de présentation qu’il nomme aussi « contraintes plastiques et esthétiques »1, « influent non seulement sur la destination de l’image, mais sur la manière dont elle est conçue ». Durant ces derniers siècles nous avons assimilé que la temporalité mise en scène dans une œuvre que se soit dans la peinture d’histoire de Rembrant réalisé au XVIIème siècle, ou dans un tirage argentique en noir et blanc de Willy Ronis développé au XXème siècle, n’est pas fiable. Edmond Couchot voit dans ce mirage la séparation entre le moment et le mouvement, (momentum contraction de movimentum), « La durée est première l’instant second » dit-il, le temps n’est plus propre à l’image. Nous venons d’insister sur ce qu’Édmond Couchot à appelé le « Temps du Voir » passons à présent à un temps un peu plus profond que l’on nommera « le temps de regarder ». Nous somme d’accord une œuvre à besoin d’être vu pour « être » tout court, mais plus encore elle a besoin d’être regardée. C’est à dire d’être perçue sensiblement ou en un autre terme : lue. Notre regard doit sillonner l’œuvre, ou utilisons un mot plus récent « la scanner » pour en dégager toutes les subtilités et tous les vecteurs esthétiques et émotionnels. D’après Édmond Couchot citant Bernard Lamblin, auteur, philosophe et professeur d’esthétique à la Sorbonne au XXème siècle, qui à écrit une thèse intitulée « Peinture et temps » ou il distingue « le
                                                        
1

 Edmond Couchot  in « Des images, du temps et des machines dans les arts et la 

communication » p.26 Éditions Jacqueline Chambon, ACTES SUD septembre 2007 

 

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temps d’itinéraire » et le « contenu temporaire » d’une oeuvre, la lecture d’un tableau se fait généralement de gauche à droite par les occidentaux, par usage de la lecture alphabétique qui se fait dans le même sens, mais, Lamblin avoue par la suite que le mouvement des yeux lors d’une lecture visuelle n’as pas de constante mathématique et n’est donc pas mesurable. Le temps figuré par une œuvre est aussi une invitation à un temps de lecture bien précis, c’est une orientation de notre lecture par l’artiste vers une dimension de perception, comme celle avec laquelle il nous guide d’une certaine manière en disposant son œuvre, en se projetant en spectateur au moment de sa création. Edmond Couchot appel cette notion de proximité culturelle perceptive « la technésthésique »13 qui opère au niveau de la fabrication de l’image et au niveau de sa réception, il s’agit alors d’une connaissance globale, « un savoir sensoriel ». C’est d’une véritable expérience « technésthésique » dont traite Couchot il en dit qu’elle ne se limite pas à la perception élémentaire du monde, mais à une « appréhension et une appréciation finement structurées : à une pensée technique autonome, travaillant sur des perceptions et des manipulations spécifiques qui s’inscrivent dans le temps et dans l’espace »14. C’est une affaire de transcription des choses dont il s’agit dans cette idée. Ce que l’on reconnaît c’est que l’assimilation d’une œuvre nécessite une intelligence de lecture, une manière de raisonner qui consiste à inférer une chose d’une autre. Si il y a une transmission équilibrée entre le regardeur et le regardé le processus bilatéral aura réussi. Nous parlons de transmission ici car nous considérons l’œuvre
                                                        
13 1 Edmond Couchot  in « Des images, du temps et des machines dans les arts et la 

communication » p.31 Éditions Jacqueline Chambon, ACTES SUD septembre 2007 
14 Ibid p32 

 

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d’art comme étant une communication. Une œuvre, une image est la synthèse d’un ensemble de signes, elle est donc par ce fait un message. De plus son émetteur l’a conçue selon des codes que le récepteur devra naturellement et subjectivement décoder. Un langage commun est donc le bienvenu mais il n’est pas forcément nécessaire à l’estimation ou à l’impression qu’elle peut dégager. Le support de l’œuvre quant à lui est le canal de transmission du message. Et selon certains théoriciens de la communication du XXème siècle comme Marshall Mcluhan ils seraient finalement eux même le message. Une œuvre pour qu’elle soit appréciable à sa jute valeur, (on entend ici par juste valeur les sentiments qu’a désiré dégagé l’artiste en la créant) et destination se doit de traiter et d’être traitée dans une dimension commune, en regard de l’émetteur et du récepteur. « …il existe une temporalité vécue par l’imageur au moment ou il fait l’image »15 Il faut que cette temporalité se transmette explicitement ou au spectateur par le biais de l’image. À partir de ce constat logique, Edmond Couchot nous invite, naturellement à parler d’empathie. Il définit le terme d’empathie selon Jean Decety, professeur en psychologie à l’université de Chicago, disant : « c’est la capacité de se mettre à la place de l’autre pour comprendre ses émotions et sentiments »1 puis il rajoute de ses mots : « elle nous permet de reconnaître que l’autre est pareil à nous, sans que nous nous confondions avec lui,… c’est la simulation mentale consciente de la subjectivité d’autrui ». Cette faculté de ressentir à la place du créateur, de trouver l’élixir, la sublimation, la beauté de la
                                                        
15 Ibid, p47.  1 ibid, p48 

 

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première idée de l’œuvre c’est avoir la faculté de prendre assez de recul pour comparer le ressenti (supposé par phase d’empathie) de l’artiste au sien. « Mais l’empathie est aussi une question de mémoire, elle s’inscrit dans le flux continu du temps. Elle est la prédiction du futur en même temps que comparaison avec le passé et identification du présent »2, c’est ce qu’on appel le phénomène d’empathie temporelle. Essayer de vivre la même temporalité de l’œuvre que celle de son créateur. Paul Klee, peintre surréaliste et expressionniste suisse de renom dit une phrase essentielle dans la perspective de la lecture d’œuvre d’art : « L’œil suit les chemins qui lui ont été ménagés dans l’œuvre ». Une œuvre recèle des codes de lectures esthétique et temporels bien précis, ce sont ceux de son auteur ou du moins ceux qu’il a voulu exprimer en celle-ci.

                                                        
2 ibid, p49. 

 

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1

Nous cherchons la mise en perspective des représentations spatiotemporelles et surtout temporelles dans l’art. Mais il s’agit plus en fait d’une mise en "perceptive". Tout sur le sujet des relations entre artiste et public dont nous parlons ici et la et dont nous pourrions traiter pendant des millénaires s’il nous en est donné la possibilité, réside dans ce qu’on pourrait appeler simplement un jeu. Jouer c’est prendre part. Jouer c’est s’hasarder, spéculer, tromper, se divertir. Un divertimento entre le regardeur et le créateur d’objets regardés. Pour le spectateur, le jeu justement, est, durant les temps de lectures qui lui sont donnés de percer le secret de l’artiste, sur plusieurs plans en regard de la technique, de la représentation des choses, des conditions spatiotemporelles de l’acheminement du message, des influences, des références et du récit dont il est question dans son œuvre. Le rôle de l’artiste est, en prenant en compte des items précédents et des
                                                        
1 « Red Balloon », Paul Klee, 1922,  Huile sur Mousseline et craie, 31,8 x 31,1, 

Musée Guggenheim N.Y.C. États Unis.    80 

conditions de diffusion de l’œuvre, d’assembler, d’articuler, de combiner, de trier, de comparer, de séparer, de disposer ses éléments pour en créer une unité lisible. Nous pouvons comparer le rôle ou travail de l’artiste à la conception de la complexité du labyrinthe qu’il déposera entre lui et son public. Plus il rallonge le temps de perception du spectateur plus son œuvre est riche et chargée de sens mais il devra équilibrer le dosage de complexité qui devrait naturellement être lié à la cible principale de son art. Nous pourrions aborder sur ce sujet les frontières entre le Main Stream et l’Underground en musique et autre art mais ceci ne figure pas dans nos plans. Nous disions donc, qu’il existe dans l’art un phénomène d’empathie temporelle qu’Édmond Couchot appellera aussi : Les modes de résonance temporelle : « l’artiste nous invite à changer de point « de sentir » ou de référentiel temporel ». L’auteur propose d’exposer et de définir deux modes de résonances temporelle : une dite différée, ou « le temps du faire précède le temps du voir », c’est à dire que l’écriture de l’œuvre est antérieur à sa lecture, cette catégorie regroupe la peinture, la photographie, le cinéma d’après l’auteur mais on pourrait y ajouter les sculptures et autres installation, car elle sont des images après tout et elles sont manufacturée antérieurement ; ainsi ce mode différé aurait une communication visuelle unidirectionnelle, de l’imageur vers l’imagé. Le deuxième mode de résonnance est le mode simultané, où le « temps du faire coïncide avec le temps du voir », elle englobe pour l’auteur la TV en direct (transmission/réception instantanée) et l’image numérique interactive (interfaces d’interaction entre l’ordinateur et le spectateur qui devient donc participant ; le sens de la communication visuelle dans ce schéma là est dite
 

bidirectionnelle ou multidirectionnel (réseaux)
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puisque le feedback est actif. À ce mode de résonnance simultané expliqué par Edmond Couchot, nous pourrions ajouter différentes autres formes d’art ou l’artiste convie le spectateur à une fusion temporelle sensible. Nous pouvons en conclure allègrement qu’une étroite alchimie existe entre l’écriture et la lecture de l’art. La vrai question que pose l’art est : Quelles sont les limites du temps ? Donc : Où est l’infini ? Nous disions que nous nous intéresserions à l’art

contemporain donc au présent. Alors allons faire un tour du côté de Paul Ardenne dans son dernier ouvrage : Art le présent.

 

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Du temps à l’art présent.
Pour Paul Ardenne, nous nous trouvons depuis l’année 1980 dans la période de postmodernité. Il en dit : « Plus qu’une anticipation sur un futur qu’elle refuse d’envisager, elle apparaît surtout comme le symptôme d’un nouveau malaise dans la civilisation »1 Puis pour définir clairement ce terme il rajoute « A l’instar de la modernité, il valorise le changement, le mouvement, la renégociation des valeurs. À l’inverse de la modernité en revanche il exècre le dogmatisme, le positionnement idéologique, l’autorité, la normalisation. » Suite à cette concise définition de l’époque artistique dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui, celle que d’autres comme Nicolas Bourriaud appellerait la « contemporanéité brute », Paul Ardenne nous éclaire sur deux catégories d’artistes que l’on pourra y trouver. Il les nommes : Les Solitaires irréductibles et Les Compagnons du Réel. La première catégorie d’artistes, selon lui opère uniquement pour l’expérience esthétique « au large du débat contemporain »2. Ce sont des artistes qui ont hérité de romantisme et qui « travaillent dans l’oubli du monde, ou juste à sa lisière… ils sont adeptes du lointain intérieur »3. La deuxième catégorie d’artistes dont traite Paul Ardenne est « Plus à l’écoute de la réalité, et crée en résonance avec « ce qui est », cette catégorie module la création en fonction de l’actualité, de

                                                        
1 Art le présent, Paul Ardenne, p8. .Éditions du Regard Paris 2009.  2 Ibid, p.9.  3 Ibid. 

 

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l’histoire en train de se faire, vécue à son rythme. Mais ils ne dissocient pas l’actualité et l’élaboration symbolique »4. Une petite parenthèse, le directeur artistique du Hesbollah, aussi curieux que cela puisse paraître, il en existe un, dont la tâche est d’organiser et de mettre en espace les discours des orateurs mais aussi la réalisation et la promotion de clips de propagande au Liban, à dit une phrase intéressante au sujet de l’art dans laquelle nous pourrions placer la première catégorie d’artistes contemporains proposée par Paul Ardenne : « Il y a des gens qui aujourd’hui font de l’art pour l’art. Ces gens tombent et font tomber les autres dans un nihilisme qui n’apporte rien à l’Humanité. Nous, nous essayons de porter un vrai message susceptible d’avoir un impact réel »4. L’artiste photographe dénommé J.R pourrait faire parti de ces artistes dont le message est fort et engagé et dépasse la seule appréciation esthétique. Son travail est de disposer des cliché aux dimensions hors normes disposé insolemment dans le paysage urbain ou plus précisément dans l’espace publique. Dès qu’on se connecte u site de JR et que l’on veut en savoir d’avantage sur l’artiste on peut lire en gras : « JR possède la plus grande galerie d’art du monde.» Alors tout de suite on se dit que la modestie n’est pas au rendez-vous mais en fait il nous a berné, car lorsqu’on continue de lire on voit : « … il expose librement dans les rues du monde entier. Attirant ainsi l’attention de ceux qui ne fréquentent pas habituellement les musées. Son travail mêle l’art, et l’action, l’engagement, la liberté, l’identité et les limites. » Là on comprend mieux. Friant d’exploiter l’actualité
                                                        
4 Ibid.  4 Propos recueillis dans le programme : « Tracks » Arte.tv Avril 2010. 

 

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brûlante et les sujets sensibles à la manière d’un reporter super-heros d’un genre insolent nouveau ; il commence à frapper en 2006 lorsqu’il expose illégalement dans les rues du cœur de la capitale et des quartiers bourgeois des portraits de jeunes de banlieues parisiennes invoquant la forte délinquance de cette période là. Ce projet fût tellement polémique que l’affichage fut légal. En 2004 lorsqu’il prend des portraits de jeunes de banlieues grimaçants, il disait vouloir dénoncer l’image déformée qu’a la société de ces personnes là. Ensuite en 2007 il s’attaque à un sujet encore plus délicat : Il entreprend le projet Face 2 Face, avec son ami Marco il tire le portrait de plusieurs juifs israéliens et de plusieurs palestiniens musulmans, exerçants la même profession, qu’il développe en très grands formats et affiche dans plusieurs ville d’Israël et de Palestine. « En placardant agressivement des poster de 7 mètres de haut, 55 mètres de large, JR nous interpelle sur le conflit Israélo-Palestinien »1 Le triptyque le plus connu de JR est celui du Rabin, de l’Imam et du Curé.

1

                                                        
1 Le Monde 27 Novembre 2007.  1 28 milimètres JR 2004 éditions Gallimard. Les 28 portraits que l’artiste avait 

déjà tenté d’exposer en 2004 furent rapidement nettoyés au Karcher.    85 

2

L’artiste photographe JR fait un arrêt sur image, un arrêt sur information, un arrêt sur un temps sensible. Et il nous demande de nous concentrer dessus, de ne pas oublier, d’y réfléchir, d’y travailler. Les photos de JR sont des claques à la société lobotomisée et manipulée par les médias. Il mène sa propre guerre de l’information communicationnelle. En même temps il crée en ceux ci des signes d’espoir, un signal de rappel à la paix. La démesure de ses installations photographiques sauvages va de pair avec la grandeur du sujet traité et surtout le malaise social qu’il y a autour son insolvabilité. Les sujets dont traite JR sont des maux à long terme de la société à travers le monde ils sont des maux tellement récurrents qu’ils n’intéressent plus personne alors JR les remet à l’ordre du jour

                                                        
2 Le rabin, l’imam, le prêtre. Source :jr‐art.net 

 

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en nous disant : « Non, ce problème existe toujours ! Il faut le résoudre ». JR agit avec son temps.

1

JR est actuellement sur un géant projet photographique et filmique présenté à Cannes cette année, défendant la dignité de la femme à travers le monde : « Women are Heroes »

                                                        
1 Faces of Favelas : JR envahit les favelas de Rio de Janeiro en 2008. 

 

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LE CHAPITRE BOLTANSKI

 

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On ne présente plus cet artiste contemporain français, tant il est connu en France que sur la scène internationale ; un artiste qui nous intéresse dans cette étude pour son travail obsessionnel sur le temps, la mémoire, le souvenir, la mort, ce qu’il reste de nous… et qui par ailleurs a envahi le grand palais cette année pour la monumenta 2010 avec son œuvre : « Personnes ». Mais tout de même pour ceux qui ignorent tout du personnage Boltanski en voici, grâce à l’ouvrage biographique « La vie possible de Christian Boltanski » entretien entre l’artiste et Catherine Grenier aux Éditions du Seuil, un rappel chronologique synthétisé mais complet: 1944 : Naissance à Paris d’un père médecin juif et d’une mère écrivain rennaise vivant dans la persécution de l’occupation ss. 1957 : 13 ans premier choc esthétique grâce à des livres de piété illustrés. Il commence donc à peindre à dessiner et à façonner de petits objets. 1966 : Après 8 ans de peintures sanglantes, surtout de scènes d’horreur et de massacres il entre doucement dans le milieu de l’art rencontrant artistes et critiques d’art, (Le Gac, Y. Lambert, P. Restany), mais décide d’arrêter de peindre. 1968 : Il expose 15 tableaux et débute les installations en exposants d’étranges poupées évoquant divers chanteuses de l’époque. Puis il touche à l’audio visuel en mettant ses poupées en scène dans son film : « La vie impossible de Christian Boltanski ». 1969 : Commence un travail sur sa vie jusqu'à aujourd’hui encore dans son livre « Recherche et présentation de tout ce qui reste de mon enfance ». Il réalise le film « l’Homme qui tousse ». Il participe à la biennale de Paris. Débute la série « Envois, objets ou messages envoyés par la poste » 1969-74 : Il initie avec d’autres artistes des actions artistiques sauvages avec lesquels il se fait remarqué. Il expose pour la première fois de ses fameuses boites de biscuits métallique. Il expose avec Sarkis au MAMVP. Succès de ses œuvres rencontre avec les américains Rauschenberg et Twombly. Participe à la Documenta 5 de H.Szeeman. Participe à la biennale de Venise 1972. En 73 il expose le
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premier de la série « Inventaire » (tous les objets appartenant a une seule personne). Série : « Tous mes portraits photographiques ». Il expose au Gugenheim Museum de New York. Ventriloquie 1975 : « Les enfants photographiques. de Berlin » et autres compositions

1981 : « Pantins » figurines de carton photographié, « Lanterne magique » jeux d’ombres et de lumières projeté sur un mur. 1984 : « Exposition personnelle au centre Pompidou. 1985 : « Les Théâtres d’ombre » personnages de détritus éclairés violements. « Monuments » : la notion « humains » entre dans son travail. 1986-88 : « Leçon de Tenebres » ou « Lessons of darkness » à la chapelle de la Salpetriere (grande dimension religieuse dans l’œuvre) cette œuvre circulera jusqu'à 1990 aux USA. Documenta 8 de Cassel. Première installation avec des vêtements : « Canada ». 1993-94 : Série de photographies « Les Suisses morts » aux musées des beaux arts de Lausanne. (Façon détournée de parler de l’holocauste).1994 : Investit la mise en scène pour l’opéra et le théâtre avec H.P.Cloos, J.Kalman et Krawczyk plus tard. 1995 : Biennale de Venise : Inscrit tous les noms des artistes participants sur la façade du pavillon italien. 1998 : Exposition « Dernière années » au MAMVP : Évocation des morts du sida par une installation de lits métalliques froids. 1999 : Sur son thème des archives il présente « Les annuaires » il parvient à réunir 1000 annuaires soit 400 millions de personnes. 2005 : Exposition : « Prendre la parole » Des personnages sans têtes et aux manteaux noir interrogent voix les gens qui passent devant eux 2009-10 : Installation aux vêtements « Personnes » au grand Palais. Horloge parlante pour la crypte de Salzbourg. « Les archives du cœur » sur l’île de Teshima au Japon. L’atelier de Malakoff filmé 8 ans en Web Cam et retransmit chez l’acquéreur en Tasmanie.
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Christian

Boltanski

par

ses

efforts

d’accumulation

et

d’exposition de l’archivage de la vie vécue devient un metteur en scène du souvenir. « Boltanski endosse l’habit d’un faux archéologue dont le territoire d’investigation serait celui du temps échu, à jamais perdu. »1 Christian Boltanski est un artiste contemporain qui pose des questions classiques : Dieu, le temps, la vulnérabilité de la vie, la mort, le hasard : « Je pose les mêmes questions qu’un peintre du XIIème siècle mais avec les mots de mon temps ». C’est à dire que C. Boltanski va se servir des matériaux dont se sert un plasticien contemporain de nos jours c’est à dire à peu près tout et n’importe quoi peut être matière à l‘œuvre d’art même les déchets. Ainsi pour être de plus en plus en phase avec un public contemporain qui lui même a de plus en plus d’engouement d’être en phase avec la réalité, l’artiste contemporain va utiliser de plus en plus d’éléments de la quotidienneté sociale. C’est bien le cas de Christian Boltanski avec, prenons comme exemple, sa dernière œuvre « Personnes » pour la monumenta 2010 où les composantes de l’œuvre sont des enceintes diffusants 400 battements de cœurs, des vieux vêtements et un grappin (de 25mètres) qui sont par ailleurs voués à disparaître ou à être recyclé par la volonté de l’artiste. L’expérience « technéstésique » dont nous parlions dans les chapitres précédents ainsi que la résonnance et l’empathie spatio-temporelle entre l’artiste et le spectateur est véritablement de mise dans son travail. Par ailleurs même l’artiste le suggère lorsqu’il dit : « On ne peut parler que de ce
                                                        
1 Art le présent, Paul Ardenne, p.357. .Éditions du Regard Paris 2009 

 

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que l’autre sait déjà. L’important c’est que le spectateur reconnaisse. Qu’i y ait un point en commun que l’artiste va souligner d’une autre façon ». Ou encore :

« Dans l’art il est important de passer du vécu personnel au collectif. On ne peut parler que de son village mais il faut faire en sorte qu’il devienne celui de tous les spectateurs ».
Mémoire individuelle et mémoire collective se chevauchent dans cette gigantesque œuvre froide qui se dévoile comme une provocation du temps, une mise en forme de l’action injustement hasardeuse du destin et de la mort. Dès que l’on rentre au grand palais nous avons devant nous un long et épais mur, rien de mieux pour accueillir le spectateur qu’une barrière, une limite, une frontière, une mise en garde qui est presque là pour nous dire « vous n’avez encore pas vu la chose vous pouvez encore faire demi tour », mais aussi une part de mystère et de suspens à ne pas dévoiler tout de suite l’essentiel de l’œuvre. L’aura de mystère dont on disait qu’elle appartenait aux œuvres antico-médiévale au discours apocalyptique, était au rendezvous. Ce mur fait de boites de biscuits rouillées empilées les unes sur les autres, où chaque boite renferme des documents et des objets sur la vie d’une personne différente, est une œuvre connue de Christian Boltanski nommée « Archives ». C’est un rappel à la mémoire des disparus, un vrai rempart contre l’oubli, un mur fait de rouille, la preuve la plus irréfutable du passage du temps, qu’il nous met sous le nez en guise d’antipasti pour la suite de l’œuvre « Personnes ». Un
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travail manifestant contre la mort, le détachement et l’indifférence. Ce qu’il y a derrière ce mur du non oubli constituant l’œuvre Personnes, à un parfum de seconde guerre mondiale et encore une fois l’idée de la Shoah traverse plus ou moins explicitement le travail de Boltanski. On se croirait à l’usine d’Hadès, à un antre de la mort, la fabrique mortuaire, dans une ambiance tellement angoissante qu’elle ne l’est plus. Nous sommes face à la reconstitution du tri des vêtements des juifs pendant l’holocauste que l’on pourrait apercevoir dans des images de l’Ina de cette période. Mais aussi une satire de l’incohérence aveugle du hasard de la mort et du destin et une mise en réflexion de la disparition des corps. On croirait qu’au dessus de tous ces tas de vêtements flottaient les âmes éternelles de chaque pièce entassée. On avait le droit à ce contraste éternité de la personne par son esprit et vulnérabilité de la personne par la limite du temps du corps. Voici ce que dit l’artiste de son œuvre : Le mot Personne en français est une contradiction, c'est une présence et une absence à la fois, c'est la seule langue ou il y a cette dualité de l'être et du non être les 30 tonnes de vetements = 300000 personnes mais en même temps il n' y a personne parce que c'est un lieu de destruction, la grue qui prends les vetements est comme le hazard du doigt de dieu car elle en prends aléatoirement et elle les détruits et il n' y a pas de raisons à tout cela. On avance tous sur un chemin miné et on vois nos amis sauter et nous ne savons pas quand est ce que nous allons sauter. Le temps nous a, le temps nous mange. Preserver la vie, conserver la petite mémoire, c'est une parabole sur le ratage et la posibilité de lutter contre le destin. Chaque vêtement, chaque objet, de cette oeuvre représente l’éventuelle absence de l’être qui l’utilisait dans un autre temps. Cette
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oeuvre serait à recevoir comme une réponse collective, à carractère révolutionaire, de l’homme à son assujetissement au temps, qui lui est imposé par des forces qui le dépasse, à la notion de destin qui lui est lié puis à la terminaison mortelle de ce processus qu’il subit qu’est la vie. D’un autre côté elle est aussi le rappel ou le fantasme que l’âme devant ces obligations et limites, reste eternelle.

1

                                                        

Photos  personnelles : « Personnes » C.Boltanski Monumenta 2010 Grand Palais, Paris.   94 

Comment pourrait on s’empêcher de penser aux moires de la mythologie grecque devant une telle œuvre ?

destin, craintes par tous les hommes qui, filent, défilent et coupe le fragile fil de la vie des hommes. Dans la mythologie elles seraient plus vieilles que le temps. Ces divinités de la mort et du

Or la grue de Boltanski prenant au hasard les vies représentées par les habits n’est elle pas une personnification moderne de la moire coupeuse du fil de la vie ? La dimension participative de l’œuvre « Personnes » est là. Lorsqu’on la parcoure on la ressent on la voit, on l’entend retentir. C. Boltanski nous dit : « Pour moi, on est pas devant une œuvre on est dans une œuvre : on a froid, on entend les battements de cœurs et on voit les mouvements de la grue. » Ce qui augmente les façons de la ressentir d’être pénétré, touchés par l’œuvre, car 3 de nos 5 sens sont stimulés. En effet lorsqu’on parcourt ce grand espace glacé du grand palais à travers l’œuvre de Boltanski on pouvait entendre ou plutôt ressentir les vrombissements des battements de cœurs diffusés par des enceintes et faisant partie intégrante de l’œuvre « Personne », mais aussi constituant une œuvre à part entière de l’artiste et nommée « Les archives du cœurs » l’autre œuvre de Boltanski à laquelle nous allons nous intéresser.
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Souvenez vous le poète arabe qui disait : « L’art est le premier pas de l’homme vers l’infini » Voyez ici en les mots d’un artiste la possible réponse : « Je pense que l’art est une tentative d’empêcher la mort, la fuite du temps. Ce travail d’archivage que je fais depuis le début, cette volonté de garder trace de tout traduit un désir d’arrêter la mort. J’essaye de le faire tout en sachant que c’est impossible. »1 Nous disions donc que l’œuvre personnes en recelait en fait une autre : « Archive du cœur » est une banque de battements de cœurs recueillis par l’artiste à travers des banques de battements qu’il installe dans une pièce de chaque lieu où il expose un travail. Par exemple à Paris lors de la Monumenta au Grand Palais ou au Mac Val dans l’exposition « après » (la mort), de petites pièces étaient disposées avec le personnel qualifié qui allait avec ou l’on pouvait enregistrer, déposer sur une bande son les battements de notre cœur. Puis puisque au XXIème siècle un artiste contemporain est aussi un business man, on pouvait acheter l’enregistrement sonore de notre propre battement de cœur gravé sur un compact disc, pour la somme de 5 euros. L’entreprise de l’artiste dans ce projet va dans la continuité du travail de sa vie : inventaire, reconstitution, archive et mémoire.

                                                        
1 «

La vie possible de Christian Boltanski » entretien entre l’artiste et Catherine Grenier aux Éditions du Seuil    96 

« L’œuvre d’art est l’analogue d’un cimetière, d’un mémento mori. Souviens-toi et particulièrement souviens-toi que tu vas mourir »2
Ces milliers de battements de cœurs qu’il obtiendra seront stockés dans une « Banque du cœur » (banque, car on fait don du battement de cœur à l’artiste) dans un espace que l’on a mis à la disposition de l’artiste sur l’île Teshima au Japon :

« J’ai pensé qu’au lieu d’avoir un album photo, on pourrait avoir un album de cœur, qu’on se dise : « Tiens ce soir j’écouterai bien le cœur de ma grand mère, ou de mon amoureux… » ».
Cette idée, devait être très réduite au commencement mais l’ampleur que ce projet a pris naturellement à amener l’artiste à
                                                        
2 Art le présent, Paul Ardenne, p358. .Éditions du Regard Paris 2009 

 

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œuvrer pour le « grand nombre ». L’artiste par cette œuvre globale hors norme, collective et ultimement participative, nous convie par une ingéniosité frisant la perfection, de lutter, de protester contre le temps et d’essayer ensemble d’approcher l’infini. C’est l’idée qu’il fera battre des cœurs morts depuis bien longtemps pendant une durée indéterminée, durée orientée plutôt vers une éternité promise par le messie Boltanski, qui nous permet de parler d’infini. Le fait de savoir que l’on a enregistrer le cœur de quelqu’un qui nous est proche et que ce cœur là s’est arrêté de battre, mais qu’il existe une île au Japon sur laquelle ce même cœur bat toujours, possède une aura mystique et une très forte charge émotionnelle. C’est une manière nouvelle de porter un cierge et une belle moquerie au Temps fatal et le tout mené par le prisme de l’art contemporain. Réaction du public : « Être dans cette salle plongée dans le noir et écouter ces battements de cœur nous donne l’impression d’être dans un utérus. Le fait qu’il y ai plusieurs battements nous donne la possibilité de choisir d’être dans l’utérus d’autrui, soit s’inventer une autre mère. » Réponse de C. B. : « (rire) Cette œuvre plaît surtout aux bébés. Quand ils rentrent dans la salle ils sont fous de joie »1

Christian Boltanski réalisa auparavant une autre œuvre relative au temps ou il a mixé mémoire individuelle et mémoire collective nommé : « 6 septembre » où il a réuni une multitude d’archives télévisuelles du jour de sa naissance : le 6 septembre 1944. Cette
                                                        
1 Dialogues entre C.B. et Thierry Dufrene, professeur et historien de l’art, du 30 

septembre 2008 à l’INHA – Paris.    98 

multitude d’archives d’actualité télévisuelle de cette date ci à été accéléré 2000 fois et tourne en boucle d’une une durée de 5 minutes. Là encore l’artiste avait pensé à la dimension participative du public qu’il combine au fantasme de figer le temps. En effet, était à disposition du spectateur une sorte de buzzer qui permettait arrêter net le défilement de ces milliers d’images et de la cacophonie sonore qui les accompagnait. Il y avait déjà dans cette œuvre une critique de la déferlante informationnelle que nous soumet les médias de masse, des informations et des faits passants tellement nombreux et rapidement que l’on ne peut rien en saisir. Justement Christian Boltanski nous propose là encore une manière détournée de saisir le temps et de ne pas oublier qu’il ya eu, face à un monde soucieux uniquement de ce qui est maintenant. Parallèlement Christian Boltanski à vendu sa « vie en viager » à un joueur de Casino en Tasmanie, qui ne perd jamais. Le jeu est que l’atelier de l’artiste est filmé 24h/24 par Web Cam et que la vidéo conférence est retransmise en direct dans une salle chez ce joueur en Tasmanie pendant une durée fixe de 8ans. Cette œuvre est un pari entre lui et le joueur sur le jour de sa mort : « Cet homme joue au Casino et il n’a jamais perdu de sa vie. Il a donc vaincu le hasard, il est le maître du hasard… Cet homme ne perd jamais ces paris alors il peut prédire le jour de ma mort. Si je meurs dans 2 ans il gagne et si je meurs dans 12 ans il perd » Cet homme qui a battu par le biais du jeu le sujet le plus obsédant à Christian Boltanski et à l’Homme qu’est le hasard, intéresse vivement l’artiste contemporain qui nous offre un spectacle de pari sur le temps, la mort, le destin et le hasard et ceci n’a été possible que grâce à cette
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nouvelle technologie de la visioconférence qui à permis à cette curieuse œuvre d’exister et de nous questionner. Dans cette œuvre du temps chaque seconde compte car chaque seconde qui passe est une victoire ou une défaite sur le temps dans cet hasardeux duel. Ces mêmes technologies ont permis à des artistes vidéastes comme Dan Graham par exemple de mettre les caméras de vidéo surveillance en réseau pour créer une œuvre. Par ailleurs Boltanski nous dit :

« La peinture, la sculpture, la photographie sont des œuvres de l’espace, le théâtre, la musique la vidéo, le cinéma sont des arts du temps »
Ce qu’il veut nous dire c’est que la musique ou la vidéo sont des arts du temps car la condition et l’expression de ces œuvres là est une durée dans le temps. Pour lire l’œuvre musicale de Beethoven « Sonata pour piano en Presto Agitato » il faut exactement 7 minutes et 15 secondes. Ou encore pour voir l’œuvre court métrage d’Abbas Kiarostami « Comment utiliser son temps libre ? » de 1977 il nous faut exactement 7minutes. Nous allons à présent transiter sur un deuxième artiste du temps, un artiste vidéaste issu de l’école Video Art de Nam June Paik, Bill Viola.

 

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BILL VIOLA
prend son temps.

1

                                                        
1 « Dissolution » Bill Viola, 2005. Couleur, 7 minutes. 

 

101 

Le domaine majeur d’expression de cet artiste dont il est l’une des figures emblématique est la vidéo. Plus populaire sous l’appellation Art Vidéo ou Video Art en anglais. Un petit rappel1, l’art vidéo est un mouvement artistique né au début des années 1960 aux États Unis et en Europe, dont la technique est un enregistrement d’images sur support magnétique puis numérique, relié à une TV ou un moniteur. Elle peut faire l’objet de manipulation du sujet filmé et s’oppose ainsi à la télévision officielle. Le premier artiste qui installera une œuvre vidéo est Nam June Paik assisté de Wolf Vostell, en 1963, avec « Electronic of MusicElectronic Television», 13 moniteurs trafiqués selon différentes fréquences, diffusants des images abstraites :

                                                        
1 Dictionnaire des Arts, les éditions de l’amateur, Paris 2000. Et Encyclopédie de 

l’Art LGF 2000.    102 

L’art vidéo est porté d’emblée par le mouvement et la pensée « Fluxus », état d’esprit libre et créatif des années 60, Réseau, Mélange des genres, performances, happenings, variétés des modes de production, dispersion des lieux d’intervention, galvanisé par la revue Something Else Press et le Nice Festival Mondial Fluxus d’art total dans lequel l’artiste Ben s’amusait à filmer les happenings. C’est entre 1972 et 73 que Bill Viola rejoint le mouvement art vidéo d’abord en assistant N. J. Paik, puis en installant sa première œuvre « Wild Horses » en 1973 à New York, (noir et blanc, son, 15 minutes avec Marge Monroe), à ses côtés et à ceux de, Richard Serra et Bruce Nauman. Depuis son entrée dans la danse de l’art vidéo, Bill Viola sublime l’histoire de l’art par le sien, s’attaquant à remanier différents thèmes classiques puis plus modernes, plus contemporains en exposant des installations vidéos dont la technique ne cesse de s’enrichir des nouvelles pratiques digitales, numériques et multimédias.

« Je suis fasciné par la continuité du signal vidéo, par rapport à l’attente de développement d’une pellicule »
Il filme comme si il modelait le temps à sa guise : la quotidienneté, ses amis, des naissances, des enfants, des cœurs qui bats, des paysages urbains, montagneux, déserts ou champêtres, l’eau (un thème plus ou moins omniprésent), le sommeil, la maladie, une agonie, l’attente, la mort, le rêve, le cauchemar, l’oubli, le passage du temps, l’angoisse.
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Lorsqu’on regarde une vidéo de Bill Viola, « The Passing » 1991, 51 minutes, noir et blanc, par exemple, on ne sait pas vraiment si on dort ou qu’on est mort, ou réveillé ou encore dans le coma. Sa technique filmique lente, flou, ralentie, saturée, variations d’échelles, donne une dimension onirique d’extase, d’euphorie, de perte de contrôle, d’errance de l’âme sur terre, tout en filmant des sujets à première vue anodins. On a le sentiment que l’on peut regarder partout à la fois, comme un esprit ou un fantôme libre de se déplacer ou il le souhaite, parce qu’on a le temps de le faire d’abord, de part le lent écoulement de la vidéo, mais aussi par les angles de prises de vue tantôt subjectifs tantôt objectifs, tantôt sur la terre, tantôt sous l’eau. Et même lorsqu’on est en plein air on a l’impression d’être toujours dans l’eau. Ensuite certains plans très rapprochés et très gros plans mobiles et saccadés peuvent donner la nausée autant qu’induire une certaine intimité avec le sujet filmé. Puis ce sujet de l’eau très récurant dans « The Passing » comme dans plusieurs autres vidéos de l’artiste, si ce n’est toutes, montre non seulement son obsession de cet élément mais révèle la fascination et la dépendance universelle, du liquide dans lequel tout a pris vie y compris nous même le public. Les jeux d’apparition, disparition, de fondus au noir extrêmement lents, de sons très étouffés dans certaines scènes, accompagnés par l’eau nous font revenir dans une vie fœtale, que l’on a tous connu, une vie ou le temps n’existe pas et ou le son et la vision son floues ou inconscientes comme les vidéos de Bill Viola qui dissimulent souvent des questionnement existentiels fondamentaux. De la même manière que l’impressionniste Monet réalise ces Nymphéas, Bill Viola cherche dans ses représentations l’amalgame Corps/Eau. Dans sa vidéo « Angel’s gate » de 1989 (4minutes, Couleur), l’eau apparaît comme est un lieu intermédiaire entre la quiétude et l’inquiétude, entre la vie
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et la mort. L’eau est un milieu d’expérimentation de la lumière, des corps et des formes, et aussi un moyen fantasmagorique de simuler l’infini. Il y a toujours un aspect « inconscient », un calme inquiétant, l’eau qui dort, comme dans les bons films d’angoisse, comme « Apparences » (what is lies beneath) de Robert Zemeckis, sorti en 2000 par exemple, accompagné d’une réflexion psychanalytique plus ou moins explicite. (Par ailleurs l’artiste a entamé en 1980 une quête spirituelle au Japon.) Bill Viola se sert de sa connaissance en histoire de l’art et réalise des peintures qui ont un temps. « The Greeting » par exemple, vidéo installée dans l’église sait eustache à Paris, réalisé en 1995, inspirée d’une peinture médiévale de Pontormo, titrée La « Vistation » témoigne de son attachement à la peinture, surtout religieuse qui le fascine, à la mise en scène ou la remise en scène du temps et de l’espace. Françoise Parfait en dit : « Entre mobilité et immobilité, l’image s’inscrit dans le cadre de l’église comme une peinture religieuse, une peinture qui dure dix minutes et qui recommence, devant laquelle on peut rester ou se recueillir ». Certains travellings dans The Passing sont interminables, mais font la beauté de l’œuvre. C’est comme ci Bill Viola prenait l’accélération du réel que nous connaissons depuis la révolution industrielle et la plus récente révolution communicationnelle et numérique, à contre pied. Comme ci il nous disait par exemple : « Ah ! Vous ne pouvez pas perdre votre temps parce que vous pensez que le temps c’est de l’argent ? Alors tenez je vous enferme dans une même scène pratiquement immobile pendant 5 de vos précieuses minutes».
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« L’eau, possède des propriétés transformatives et réflectives ; le ralenti, un langage subjectif de l’image ; et les différentes caméras et systèmes d’enregistrement, leurs propriétés inhérentes et uniques de fabrication sonore et visuelles. »1
Par des systèmes de photographie et de photographie évolutive, l’artiste dans « Matter » réuni en polyptique, un format qui revient souvent dans son travail des portraits d’hommes et de femmes à différents ages de la vie manifestant les mêmes expressions du visage. Sublimant ainsi le contraste des ages et du temps qui s’est écoulé entre deux points de vie. Bill Viola expérimente les limites du médium de la vidéo, des sujets filmés et de la perception du spectateur. Il oscille entre abstraction et réalisme, entre hasard et mise en scène. Son mode opératoire est, minimaliste mais extrémiste, toujours orienté vers la magie, les ténèbres, le mystère, l’incertitude, l’expression et la confusion. Sa technique qui est aussi son fond de commerce est la « Slow Motion » soit le ralenti. Par là il procède à un acte allant contre la volonté de continuité régulière et inébranlable du temps, vu qu’il en change sa vitesse. Il le courbe à souhait à travers la vidéo. Par la distortion, la transformation des images il se moque de nos repères et de la tradition de la pratique audiovisuelle. C’est comme ci il saisissait ou piégeait des pans d’espace/temps de la vie dans ses machines et qu’il les remodelait, triturait, les torturait, tel un homme devenu démiurge et prenant sa perverse revanche sur le temps.

                                                        
1 Bill Viola « The Passions » 2003. 

 

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Bill Viola aime nous piéger. Dans « Reflecting Pool » (1977-79, couleur, 7minutes) il divise l’espace d’incrustation en deux (technique de l’ « external key ») et opère subtilement sur l’un puis sur l’autre. Tel un véritable illusionniste il retient notre attention avec de faibles altérations et variations sur une partie de ce qu’on voit et en profite pour faire disparaître un élément d’une autre partie. Dans cet ingénieux jeu de trucage, d’incrustation et de montage, l’artiste fragmente le temps et nous présente en un même plan un dérangeant aller retour de temporalités : Présent, futur, passé, arrêt du temps, début, fin, milieu, jour, nuit. « C’est vraiment comme si on sculptait le temps »1

1

                                                        
1 Traitant

du montage de Reflecting Pool dans « La sculpture du temps » entretien avec Raymond Bellour. 
1 Arrêt sur image «

Reflecting Pool » Bill Viola 1977-79, couleur, 7minutes  107 

 

Jean Paul Fargier, dans « L’espace retrouvé, conte d’effet » à constaté en parlant des silhouettes reflétées dans l’eau et inexistantes dans l’espace aérien réel dans la vidéo « Reflecting Pool » : « C’est comme ci les miroir au lieu de réfléchir, se mettaient à penser »2. On pourrait relier cette théorie à toute l’écriture vidéographique dans la mesure ou elle retranscrit le monde subjectivement elle est donc un miroir pensant. Une vision du monde repensé. Grâce au progrès technologique et au développement des TIC, à partir de l’an 2000, Bill Viola incorpore les nouvelles techniques de trucages que lui offre le numériques et nous offre ainsi des tours de magies audiovisuels où se mêlent questionnement, poésie, hallucination, amnésie et illusion dans le but revitaliser notre acte de regarder. La slow motion de Bill Viola aujourd’hui est de 1000 images par secondes et en une qualité HD (Haute Définition de l’image). Et la diffusion de ses œuvre ayant un format transportable numériquement, s’opère sur internet, par exemple sur son site www.billviola.com où l’on peut commander directement à l’artiste une œuvre originale. Mais aussi les plateformes de partage de vidéo sur le web en réseau tel Youtube, DailyMotion ou Vimeo offre la possibilité de voir certaines de ses œuvres. En outre, Bill Viola prend son public en considération, il est conscient du phénomène d’empathie et d’accessibilité de l‘œuvre et la où Christian Boltanski dit qu’en art il faut parler du même village que
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celui ou vit le spectateur, Bill Viola dit : « L’art doit faire partie de la vie quotidienne sinon il n’est pas honnête ». Grâce à son accessibilité, sa démocratisation, et sa praticité, la technique vidéographique en art depuis les années 1960 a ouvert une valve de possibilités, d’inspirations et d’idées qui auraient été impensable avec le cinéma seul. Aujourd’hui ces technologies ont augmenté et évolué ont peut voir des sculpture en 3D projeté par Hologramme ou encore des peintures en cristaux liquides comme le fait Miroslaw Balka par exemple (voir Bluegaseyes). Nous allons maintenant nous intéresser à une courbure du temps sur le seuil de l’art et du business avec Romain Jêrome l’horloger suisse.

 

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Romain Jérôme :
Un marchand de temps pas comme les autres.
Fondé en 2004, l’entreprise horlogère genevoise Romain Jérôme SA, a acquis une forte notoriété grâce à son projet audacieux : « DNA of famous legend », ou la marque fait le choix de célébrer des « aventures humaines légendaires », avec en tête de prou la très controversée montre « Titanic DNA » qui a soulevé maintes polémiques. La subtile et conceptuelle idée de cette montre est révolutionnaire : Une montre faite de rouille, matière prohibée et ennemie jurée de l’horlogerie depuis 300 ans. Et il ne s’agit pas de n’importe quelle rouille figurez vous bien, mais celle du Titanic pêchée sur l’épave du feu paquebot de luxe à plus de 3800 mètres de profondeur et certifié notarié, dont voici un des modèles:

 

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Une marque sans histoire à son commencement a remué l’Histoire avec un grand H, pour s’en procurer une, les spécialistes parlent de grande leçon de marketing. Un autre stupéfiant modèle nommé « Moon Dust » propose de la poussière de lune enfermée dans son cadrant fait à base de métal de vaisseaux spatiaux saisissant ainsi l’histoire de la conquête de la Lune depuis la guerre froide. Mais nous allons nous intéresser à un modèle vraiment extraordinaire, un modèle étonnant et extrêmement provocateur mais que le génie de son concept permet à la marque suisse de la vendre entre 200 et 300 000 euros.

 

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Accrochez vous, cette montre dont nous parlons ne donne pas l’heure elle indique juste si nous somme le jour ou la nuit. Yvan Arpa, le directeur est la tête pensante des concepts Romain Jérôme. Sur internet l’homme est appelé l’horloger qui a une idée à la seconde. Dans une interview pour la télévision suisse il dit : « Aujourd’hui on a l’heure partout, sur les portables, dans les voitures, dans la rue, Partout. Les gens ne regardent plus leurs montres pour regarder l’heure. Une montre c’est beaucoup plus que donner l’heure…On a fait la première montre au monde qui ne donne pas l’heure » Et le journaliste rétorque : « la montre qui ne donne pas l’heure fait un tabac, toutes les pièces sont déjà vendues avant même leur production ». No comment, voici la Day and Night, la seule montre qui ne donne pas l’heure, ni secondes, ni minutes, juste jour ou nuit :

 

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Une politique de création basée sur la mise en avant d’une réflexion philosophique et artistique de contradiction et de provocation mené par Yvan Arpa, fait le succès de cette marque helvète qui n’a pas vraiment froid aux yeux. L’ingéniosité de créer des histoires agitatrices autour d’un objet à l’esthétique guère négligée galvanisé par des concepts convaincants et une image de marque très soignée. Se servir d’un mal du monde pour le sublimer et en faire une réussite relève du génie. Les dernières folies d’Yvan Arpa sont merveilleusement astucieuses, poétiques et insolentes : La première est la montre « Eyjafjallajokull », Yvan Arpa va éternisé dans ces montres de la roche volcanique du Volcan Star de l’année 2010. Comme si il le provoquait en duel spirituel et lui disait que nous aussi les hommes nous pouvons le mépriser. La deuxième montre sera une montre enfermant des excréments fossilisés de dinosaures. Comme si on remontait le temps pour le piller posséder une ère qu’on ne maîtrise pas. Le plus étonnant dans cette manœuvre est le slogan promoteur de cet objet dérangeant : « This Dial is Shit isn’t it ? Indeed It Is » (Ce cadran est de la merde n’est ce pas ? En effet c’en est.). Ajoutons à l’abondance de concepts agitateurs d’Yvan Arpa une communication crue astucieuse, loin des vernis hypocrites de la publicité traditionnelle car beaucoup de bruit pour pas trop d’investissement marketing. À lire absolument sur le sujet, l’interview de 2009 d’Yvan Arpa dans le JSH Journal Suisse de l’Horlogerie.

 

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CONCLUONS :
Le Temps fait la pluie et le beau temps de la vie des hommes est une chose à laquelle on ne peut pas grande chose, dans la mesure où depuis que l’on existe sur la planète terre, c’est à dire quelques malheureuses millions d’années, on vit en obéissant au rythme du soleil, imitant ainsi nos colocataires les animaux. Seulement l’Homme au contraire de l’animal ne vit pas dans l’instant (quoi que) dans la mesure ou il se souvient et espère. L’Homme est frustré d’être arrivé si tard sur la planète à une date ou le passé est déjà Grand et le futur infini. Alors de par le fait que le monde est divisé en plusieurs régions aux reliefs et climats inégaux il va vivre le temps différemment en fonction de la culture de laquelle il est issu créant ainsi des diversités de temporalité vécues. Mais depuis que l’homme a inventé l’argent, et s’est épris de ce dernier au point de disperser son amour à travers le monde, créant ainsi une planète amoureuse de l’argent, il a malgré lui homogénéisé le rapport des hommes au temps qui maintenant ne voient qu’une seule vérité : « Le temps c’est de l’argent ». Or le temps c’est la vie, et c’est notre vie qui défile au profit d’une course effréné au profit. Dans cette catastrophique perte de repères, l’art s’est vu être un bon moyen pour fantasmer sur un monde au temps dilaté, certains artistes comme Christian Boltanski ou Bill Viola, nous propose donc une autre mesure chronométrique et nous font rêver par des temporalités inventées, suspendues ou volées à des temps meilleurs. En outre la déferlante du web et la politique apocalyptique du développement durable nous font converger vers un monde virtuel ou le temps est différent mais ou l’accès au savoir, aux,
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connaissances, à l’art et à la culture s’est totalement démocratisé à nous de d’avoir l’intelligence de prendre ce qu’il y a de bon à absorber dans le chaos des « mass cultures », sans perdre nos repères et notre personnalité, dans un univers régit par les médias mais où la découverte du monde est empirique et solidaire à l’heure où la communication à envahit tous les secteurs. À l’heure des réseaux, l’art est libre alors profitons en. Aussi nous constaterons que l’art s’est considérablement développé, sans être meilleur il est juste plus loin, il s’est diversifié grâce notamment à la démocratisation de son approche technique permise par la révolution moderne mais aussi par l’appui et la contribution des nouveaux moyens de diffusion que sont les nouvelles technologies de l’information et la communication, qui sont aussi devenus des moyens de production. Alors n’oublions pas que « The medium is the message » comme le disait le philosophe de la communication Mc Luhan au siècle dernier. Ce qui nous amène à penser aujourd’hui il ne faudrait pas négliger la psychologie de la communication. Sa compréhension et sa maîtrise peuvent nous aider à bâtir des meilleurs temps.

 

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NOTES :
D’abord, en ayant rencontré sur la nappe en papier, d’une vieille table en bois d’un Bar à Mojito à Barcelone la phrase du poète Khalil Jibran, imprimée dans toutes les langues : « L’art est le premier pas de l’Homme vers l’infini », j’ai voulu conjoindre dans cette étude Art et Temps. Une discipline et une vérité absolue aussi étendue et dissécable l’une que l’autre. Mais lorsque j’ai lu la phrase suivante : « Cette union n’est ni exceptionnelle, ni singulière. L’art ne lie t’il pas son destin au temps, qu’il l’arrête un instant, suive son cours, en déplore la perte ou lui assigne un avenir particulier ?», de Paul Ardenne, je me suis dit que l’art était du temps manipulé finalement et que les œuvres n’étaient que des témoins temporels d’un état des lieux sur terre. Alors j’ai voulu regarder plus loin c’est à dire au niveau de la temporalité vécue, perçue, d’une œuvre, de son créateur et de son public, et voir en quoi l’art contemporain peut – il porter l’Homme vers l’infini. Je dois avouer que le fait d’avoir voulu traiter de sujets aussi larges que passionnant a orienté mon travail dans tous les sens, tel une girouette j’ai du picorer mes informations et mes exemple dans un tout gigantesque, en négligeant faute de temps des approches fondamentales comme l’ethnologie. Toutefois cette méthode d’investigation m’a permis diverses découvertes qui ont nourris mes connaissance et mon projet d’études, un projet à l’ultimatum trop pressé pour un travail trop extensible. Aussi cette année 2010 il m’a été donné la chance d’exposer des photographies à la VIème biennale des arts plastiques de Tunis au cours de laquelle j’ai eu l’opportunité de rencontrer et de dialoguer avec nombre d’artistes des quatres coins de la méditerranée. Un des

 

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artistes, Mehdi Djelill, un jeune plasticien algérien, à l’imagination débordante et au talent prometteur à retenu mon attention. En effet lors d’une discussion portant sur le temps dans l’art nous nous mime naturellement à parler d’art éphémère. Puis il me détailla un projet qu’il était en train de mettre en œuvre qui m’a particulièrement touché : Il s’agira de la maquette d’une métropole de style occidentale avec buildings ponts et grands aménagements urbains entièrement réalisée de pain. Œuvre dans laquelle l’artiste lors de son exposition déversera de l’eau à la base de la sculpture afin qu’elle s’effondre lentement pour ne plus ressembler à rien qu’a un tas de vomissure. Haute critique d’un système capitaliste autodestructeur de société et d’environnement et finalement de l’Homme.

Anecdote d’après les souvenirs de mon père Ahmed : Il existe un homme (dit) fou, dans le village du Kef en Tunisie qui est posté tous les jours dès l’aube devant la grande horloge d’une place publique. Cet homme, à la structure mentale peu commune gémit avec une gravité profonde toutes les heures et quart d’heures qui s’écoulent. Oh 3h et quart, 3h et quart, Oh 3h moins 10, 3h moins 10 ! Comme si il apprenait la mauvaise nouvelle que le temps venait de fuir, sans qu’il ne put rien y faire. Tout d’abord cet homme, comme je l’imaginais lorsque mon père me racontait l’histoire m’a paru comme un gardien du temps, élu des hommes et des dieux, qui essayait de négocier avec ce dernier afin qu’il passe un peu moins vite. Puis j’ai pensé à l’installation « C’est l’heure » de Christian Boltanski avec son horloge parlante. Et enfin je me suis dit que si on raisonnait un peu cet homme et qu’on le présente aux décideurs de chez
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Christie’s, on pourrait en faire un performer du temps hors du commun à la côte élevée et le faire voyager à travers le monde entier en essuyant festivals, fiacs, documentas et autres rassemblements artistiques internationaux.

 

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Je tiens par ailleurs à préciser que le terme CHRONO-DIVERSITÉ est emprunté à Paul Virilio.

 

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Bibliographie d’étude Ouvrages : -

Le Futurisme de l’Instant Paul Virillio L’etre Temps A. C. Sponville L’art et le Temps Jan Patocka L’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité (W.Benjamin) Art, le présent Paul Ardenne Traité du Sablier Ernst Junger  Des images, du temps et des machines dans les arts et la communication Edmond Couchot. Les signes du temps et l’art moderne Huyges Rêne Les Fleurs du mal Baudelaire A la recherche du temps vertical dans l’art Michel Ribon L’origine de l’œuvre d’art Heidegger Le future antérieur de l’œuvre d’art hilaire Dictionnaires et encyclopédies d’art.

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Presse & magazines : BEAUX-ARTS magazine Art Press & Art Press Hors Serie Boltanski Monumenta Journal Libération Journal Le Monde

Sites Internet  

Paris-art.com
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Encyclopédie Universalis Wikipedia temporalistes.socioroom.org Arte.com Ina TSR archives Youtube Dailymotion

Corpus Œuvres : Sites Forum des Images des Halles Centre Beaubourg - Pompidou Paris Musée d’Art Moderne de la ville de Paris + Encyclopédie audiovisuel de l’art contemporain Bibliothèque N.F François Miterrand Paris. « Personnes » CHRISTIAN BOLTANSKI Grand Palais Monumenta 2010 Vidéo « The passing » & Selected Works (Bill Viola) Archives du cœur (Christian Boltanski) Montre Romain Jérôme.

 

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