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RÉGIME GENERAL DES OBLIGATIONS – 2009/2010 –

Informations pratiques Bibliographie : Une liste de manuels traitant du régime général des obligations a été mise en ligne sur Moodle. A. Bénabent, Les obligations, Montchrestien, 2007 J. Carbonnier, Les obligations, PUF, 2000 M. Fabre-Magnan, Droit des obligations, 1 – Contrat et engagement unilatéral, PUF, 2008 J. Flour, J.-L. Aubert, E. Savaux, Les obligations, 3 – Le rapport d’obligation, Sirey, 2009 J. François, Régime général, Economica, 2000 J. Ghestin, M. Billiau, G. Loiseau, Le régime des créances et des dettes, LGDJ, 2005 Ph. Malaurie, L. Aynes, Ph. Stoffel-Munck, Les obligations, Defrénois, 2009 B. Starck, H. Roland, L. Boyer, Régime général, Litec, 1999 F. Terré, Ph. Simler, Y. Lequette, Les obligations, Dalloz, 2009

Introduction

Objet du cours = « régime général des obligations ». De quoi s’agit-il ? Notion d’« obligation » = connue. Une obligation (au sens du droit des obligations, et non au sens générique du terme) c’est un lien de droit en vertu duquel une personne, le créancier, peut

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demander à une autre personne, le débiteur, de donner, de faire ou de ne pas faire quelque chose. En revanche, PB = sens de l’expression « régime général ». L’expression « régime » des obligations, tout d’abord, s’oppose aux « sources » des obligations. Le terme « régime » souligne ainsi que l’objet du cours n’est pas de traiter de la naissance et de la validité des obligations, mais du devenir des obligations d’ores et déjà créées. Le cours de régime général des obligations complète donc celui du 1er semestre, sur la théorie des contrats, ainsi que le cours de responsabilité que vous suivrez parallèlement ce semestre. Si l’on parle de régime « général », c’est que les règles que nous allons étudier sont censées être applicables à toutes les obligations, quelle qu’en soit la source. Il existe en effet diverses sources d’obligations. 1. Une obligation peut tout d’abord résulter d’un acte juridique (manifestation de volonté destinée à produire des effets de droit). On parle alors en général d’obligation « contractuelle », car le contrat est le plus répandu et le plus connu des actes juridiques, mais la catégorie est plus large : toutes les conventions (ex : remise de dettes) + actes unilatéraux (un testament par ex.) 2. Une obligation peut ensuite résulter d’un fait juridique

(événement quelconque, volontaire ou involontaire, auquel une règle de droit attache des effets juridiques mais qui n’ont pas été spécialement et directement recherchés par les intéressés). Au sein de cette catégorie on distingue les faits illicites et les faits licites. Les faits illicites sont les délits et quasi-délits. Ils recouvrent les situations dans lesquelles une personne cause à autrui un dommage par sa faute, volontaire ou

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involontaires (et l’on parle alors de responsabilité du fait personnel), ou bien par l’intermédiaire d’une chose que la personne avait sous sa garde (on parle de responsabilité du fait des choses) ou encore d’une personne dont elle devait répondre (et l’on parle de responsabilité du fait d’autrui). Programme du cours de responsabilité. De manière générale, ce type d’obligations est désigné sous le terme d’obligations « délictuelles ». Les faits licites sources d’obligations sont enfin les quasicontrats. Le quasi-contrat est une situation de fait d’où naît une obligation (en quoi il se rapproche du délit ou quasi-délit), mais le régime de cette obligation est calqué sur celui d’un acte juridique de référence (en quoi il se rapproche de l’acte juridique). On raisonne « comme si » il y avait un contrat, d’où l’expression de quasi-contrat. l’enseignement Source (ex : souvent 40 négligée pages dans dans le

Terré/Lequette/Simler, qui en fait près de 1500 !), mais qui est d’une réelle importance pratique. D’où la nécessité d’un bref rappel. Rappel sur les quasi-contrats Jusqu’à une période récente, il existait 3 types de quasi-contrats : La gestion d’affaires, prévue par le Code civil (art. 1372 s.), qui désigne la situation dans laquelle une personne – le gérant – gère les affaires d’une autre – le maître de l’affaire ou géré – dans un souci altruiste, c’est-à-dire spontanément, et non pas à la demande du maître de l’affaire (sans quoi la situation serait contractuelle). Ex : personne qui fait réparer le toit de son voisin après une tempête alors que son voisin est absent.

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Conséquence : le maître est obligé de rembourser les dépenses engagées par le gérant, pour autant que la gestion ait été utile. La répétition de l’indu, également prévue par le Code civil (art. 1377 s.), désigne la situation d’une personne qui paie une dette qu’elle n’a pas ou qui était déjà réglée. C’est extrêmement fréquent en pratique. le loyer alors que son conjoint l’avait déjà réglé… Conséquence : La personne qui a reçu le paiement indû est alors tenue de le restituer à celui qui a payé l’indu. A la fin du 19e siècle, la Cour de cassation a découvert un 3e type de quasi-contrat : l’enrichissement sans cause. Applicable sous trois conditions : 1. qu’il y ait une personne enrichie et une autre appauvrie, 2. qu’il y ait une corrélation entre les 2 mouvements et 3. qu’il y ait une absence de cause (l’appauvrissement ne doit pas s’expliquer par l’intention libérale ou par l’existence d’une dette de l’appauvri envers l’enrichi). Conséquence : Si ces conditions sont satisfaites, l’enrichi doit indemniser l’appauvri. Ex : organisme social prenant en charge une personne dans le besoin alors qu’elle a un proche parent tenu envers elle d’une obligation alimentaire. L’organisme s’appauvrit du fait des dépenses encourues pour l’entretien de la personne dans le besoin, tandis que le débiteur de l’obligation alimentaire s’enrichit en évitant ces dépenses. L’organisme peut alors demander au débiteur de l’obligation alimentaire de l’indemniser de ces dépenses. Traditionnellement, tous les quasi-contrats étaient donc animés par la même idée : alors qu’en matière délictuelle, la personne à l’origine de l’obligation a causé un dommage, autrement dit a nuit à une autre Ex : virement effectué à tort par une banque, un époux qui paye

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la Ch. dans un arrêt du 6 septembre 2002. en matière quasi-contractuelle la personne dont le comportement est à l’origine de l’obligation a enrichi une autre personne. PB : la C. peut-il obtenir la délivrance de ce gain ? La Cour de cassation estime que oui et. n° 4). dans ces circonstances. L’objectif de la Cour de cassation est de décourager ces pratiques en condamnant les entreprises qui se livrent à ce genre de publicité. dans une affaire relative à une loterie publicitaire (Bull. But : inciter la personne à contracter. civ. PB : Ces loteries envoient des lettres annonçant à leurs destinataires qu’ils ont gagné une somme d’argent ou un lot (automobile. le destinataire bénéficie seulement du droit de participer à un tirage au sort. et être très déçues lorsqu’elles découvrent qu’elles reçoivent rien. certaines personnes font des dépenses sur la foi du gain annoncé et s’appauvrissent ainsi. alors qu’en réalité. mais le préjudice ne correspond pas nécessairement au gain annoncé. mixte de la Cour de cassation a créé un nouveau quasi-contrat.personne. et donne au destinataire des raisons de croire qu’il a effectivement gagné un lot. a complété la liste d’une 4e figure qui trouble la cohérence d’ensemble. les conditions peuvent être remplies. elle a agi d’une manière favorable aux intérêts de l’autre personne. Mais certaines personnes ne crédules peuvent Parfois prendre même l’annonce au sérieux. C’est pourquoi les quasi-contrats sont des faits licites. PB : sur quel fondement s’appuyer ? Le contrat ? Mais y a-t-il vraiment un échange des consentements ? Le délit ? Certes. oblige l’entreprise à payer. parce qu’ils n’ont rien de répréhensibles. En effet. cass. 5 . voyage). ⇒ Question : si le caractère aléatoire du gain n’est pas mis en évidence dans le courrier.

NB : Cela étant. la création d’une espérance trompeuse est source d’obligation (l’obligation de verser la somme d’argent annoncée). Si le régime général des obligations est le devenir des obligations. La solution est sans doute opportune car il faut sanctionner ces pratiques trompeuses. il faut reconnaître que certains des aspects du cours sont plus spécifiques à un type d’obligations qu’à un autre. l’obligation peut s’éteindre : 6 . l’un des grands pans du régime général des obligations consiste à étudier l’extinction des obligations (art. Donc. du Code civil) : comment l’obligation s’éteint-elle ? A quel moment ? A quelles conditions ? etc. libéralités) et elle s’éteint en la remplissant. Ex : La question du terme et de la condition qui peuvent affecter une obligation concernent essentiellement les obligations contractuelles. Mais dans l’ensemble.L’engagement unilatéral ? Mais l’entreprise n’a pas véritablement la volonté de s’obliger. d’un fait juridique ou d’un quasi-contrat. c’est donc que les règles qu’il rassemble s’appliquent à toutes les obligations quelle que soit la source dont elles découlent. mais elle n’en est pas moins critiquable techniquement : en quoi s’agit-il d’un quasi-contrat ? Quel est l’avantage fourni par l’appauvri qui justifie son indemnisation ? Il n’existe pas. les questions abordées seront communes à tous les types d’obligations. D’où le recours au quasi-contrat : pour la Cour de cassation. 1234 et s. il convient donc de s’interroger : que devient une obligation une fois qu’elle est née ? A priori. Ex : Que l’obligation naisse d’un acte juridique. En somme. la Cour de cassation a déformé la notion de quasi-contrat. l’obligation est créée pour remplir une fonction (échange de richesses. les modes d’extinction de l’obligation seront les mêmes. *** Si le régime des obligations est dit « général ». Pour vous donner un premier aperçu.

elle est susceptible de circuler de main en main. par exemple en raison d’une prescription. ⇒ Etude de la circulation des obligations. Si elle est exacte. La circulation de l’obligation peut découler aussi bien d’un changement de créancier que d’un changement de débiteur : de créancier : par exemple en cas de cession de créances. l’obligation circule donc aussi.- par la voie normale : le paiement (ie l’exécution). Mais l’exécution de l’obligation peut aussi être affectée par un dernier élément. cette vision chronologique des choses (naissance/extinction) n’épuise pas l’étude de l’obligation. Et comme tous les biens. liant 1 seul débiteur à 1 seul créancier. Pour souligner cette dimension patrimoniale. L’obligation s’éteint . Ex : le loyer à percevoir est une créance (un bien). Dans ce cas. mais elle ne lie plus les mêmes personnes. Car l’obligation. portant sur un seul objet et sans aucune modalité. mais qu’elle est également un bien. Elle est à l’actif du patrimoine du créancier et au passif du patrimoine du débiteur. lié cette fois à la structure interne de l’obligation. on dit souvent que l’obligation n’est pas seulement un lien. qu’il soit volontaire ou forcé par des voies indirectes : le créancier ne reçoit pas ce qui est dû. mais l’obligation s’éteint tout de même. possède une valeur économique. l’obligation existe toujours (elle n’est pas éteinte). L’obligation est un élément de richesse. de débiteur : lorsqu’un autre débiteur que le débiteur initial s’engage à payer le créancier (avec le consentement de ce dernier) = délégation. On distingue en effet 2 types d’obligations : les obligations simples. 7 . ou encore d’une remise de dettes. en tant que telle.

Il faut d’abord connaître les modalités susceptibles d’affecter les obligations (1re partie) Avant d’étudier la circulation des obligations (les opérations à 3 personnes) (2e partie) Puis enfin l’extinction des obligations (3e partie) 8 . Ex : s’agissant de l’exécution de l’obligation. ayant plusieurs objets ou liant plusieurs débiteurs à 1 créancier ou plusieurs créanciers à 1 débiteur (ex : compte joint). III. faut-il diviser les poursuites en présence de plusieurs débiteurs ? s’agissant de sa circulation.- les obligations complexes. tel un terme ou une condition (ex : l’obligation ne s’exécute pas tout de suite à telle date ultérieure). L’étude de ces modalités relève du régime général des obligations car elles rejailliront sur celui-ci. affectées d’une modalité. De l’ensemble de ces observations découle le plan à suivre : I. peut-on transmettre une obligation conditionnelle ? Etc. II.

Pluralité de sujets de l’obligation envers le bailleur.Première partie – LES MODALITÉS DE L’OBLIGATION Fréquent en pratique que les obligations soient affectées d’une ou plusieurs modalités en compliquant la structure. mais incertain (bien que très probable !) Une obligation peut enfin avoir plusieurs sujets ou porter sur plusieurs objets. Evénement futur comme le terme. Une obligation peut tout d’abord être affectée d’un terme. L’existence de l’obligation est alors subordonnée à la survenance d’un événement incertain. parfois aussi les repas ou des visites touristiques. chacun des membres du couple. On s’intéressera ensuite aux divers types d’obligations plurales : Chap. Ex2 : Un couple signe un bail. Plan : Terme et condition seront étudiés dans un même chapitre car ces modalités ont en commun de permettre d’appréhender des événements futurs. Une obligation peut aussi être affectée d’une condition. Le bailleur n’a pas un seul débiteur. I : Terme et condition 9 . Pluralité d’objets de l’obligation de l’agence. mais deux. On parle alors d’obligation plurale. celle-ci fournit en général à la fois le transport jusqu’au lieu de vacances et l’hébergement sur place. Ex : Vos parents peuvent vous faire une donation subordonnée à la condition que vous réussissiez vos examens. Ex1 : Lorsque l’on achète un séjour de vacances à une agence de voyages. Tel est notamment le cas lorsque l’exécution de l’obligation est repoussée à une date future (ex : vente avec délivrance de la chose vendue une semaine après la conclusion du contrat).

Ex : Dans la vente au comptant (par opposition à la vente à crédit). Il y a donc un certain flottement terminologique en la matière. parfois elle est prise comme synonyme de la notion d’obligation plurale. Dans certains manuels. Il existe une dissociation temporelle. pour expliquer la problématique soulevée par les termes et les conditions : Le droit au paiement dépend des caractères de l’obligation. les caractères ne soulèvent pas de difficultés particulières. notamment de sa certitude (ie son existence) et de son exigibilité (ie fait que le créancier puisse en poursuivre l’exécution). les modalités des obligations sont considérées comme recouvrant seulement le terme et la condition.- Chap. qui. L’obligation simple naît et elle est exigible dès sa naissance. l’obligation de payer le prix naît et elle est immédiatement exigible. Parfois cependant la naissance de l’obligation ou le moment de son exigibilité sont différés. Chapitre I – TERME ET CONDITION Remarques introductives. Lorsque l’obligation est simple. Idem pour la notion d’obligations complexes. 10 . Cela impose simplement de préciser ce que l’on entend par modalités de l’obligation ou par obligation complexe lorsque l’on emploie l’un de ces termes. Parfois elle est considérée comme recouvrant à la fois les obligations affectées d’un terme ou d’une condition et les obligations plurales. dès la conclusion du contrat de vente. II : Les obligations plurales Remarque terminologique sur les notions de modalités et d’obligations complexes.

L’obligation de restitution est affectée d’un terme.pour être bien comprise. Quand une obligation est-elle certaine ? En général au jour de la conclusion du contrat s’il s’agit d’une obligation contractuelle . La modalité permettant d’appréhender le futur certain est le terme. c’est-à-dire repoussée à la survenance d’un événement ultérieur 11 . le cas échéant forcée. mais elle est exigible à telle ou telle date ultérieure (début de mois pour chaque loyer en général). Dans un bail. mais elle n’est pas exigible avant le jugement ou la transaction. lorsqu’il aura touché son salaire. au jour du dommage s’il s’agit d’une obligation délictuelle . de l’obligation. au jour de l’accomplissement du fait pertinent s’il s’agit d’un quasi-contrat. un futur qui peut être certain ou incertain. Ex : Prêt d’une somme d’argent entre amis. l’obligation de payer le loyer est certaine dès la conclusion du contrat. L’exigibilité est l’aptitude donnée au créancier d’exiger le paiement. Une obligation est certaine lorsqu’elle est née et que son existence même n’est pas contestable. Ces modalités permettent d’appréhender le futur. * * * Ces notions de certitude et d’exigibilité permettent de mieux comprendre les ressorts pratique et théorique des modalités de l’obligation que sont le terme et la condition. Exemples : en droit de la responsabilité civile. où l’emprunteur s’engage à rembourser le prêteur le 5 du mois suivant. l’obligation de réparation est certaine au jour du dommage. c’est-à-dire réclamer l’exécution. Notion distincte de la certitude : une obligation peut être certaine sans être exigible. Il peut poursuivre le paiement. suppose de ne pas confondre les notions de certitude et d’exigibilité.

seule l’exigibilité de l’obligation est suspendue. Fréquent en pratique. La condition permet au contraire d’appréhender incertain. dispose : « Le terme diffère de la condition. dit le législateur. 12 . L’art. L’obtention du prêt étant un événement futur et incertain. dont il retarde seulement l’exécution ». il est libéré de son obligation. Si ce dernier obtient son prêt. il devra effectivement payer le prix. Le Code définit le terme uniquement par ses effets : le terme est ce qui retarde l’exécution. civ. Ex : Une vente d’immeuble est conclue le futur que avant l’acquéreur ne sache s’il va obtenir le prêt bancaire lui permettant de financer son achat. Mais son existence même. et non pas seulement son exigibilité qui est affectée. On verra donc successivement les 2 modalités de l’obligation que sont le terme (Section I) et la condition (section II). LE TERME Deux points seront abordés : qu’est-ce qu’un terme (§ 1) ? Et quels en sont les effets juridiques (§ 2) ? § 1. sa certitude. en ce qu’il ne suspend point l’engagement. S’il ne parvient pas à obtenir de prêt en revanche. Les parties concluent alors la vente sous condition d’obtention du prêt par l’acquéreur. c’est alors l’existence même de l’obligation. et donc sa certitude. Dans cette situation. n’est pas contestable.mais certain. I. Mauvaise façon de procéder : il faut saisir l’essence d’un mécanisme pour en comprendre les effets. La notion de terme Le Code civil en donne une définition assez approximative. 1185 C.

au bout de 15 jours… le terme incertain : celui qui est un événement dont la survenance est certaine mais dont on ignore la date. 13 . dont dépend la vente.En réalité. au 1er janvier 2009 . laquelle est secondaire. Attention cependant car le décès peut faire l’objet d’une condition. est incertain. C’est en effet parce que le terme est un événement certain qu’il n’affecte pas l’existence même de l’obligation. c’est une vente à terme. même si la date exacte de survenance de cet événement n’est pas connue. et non de sa date. C’est un terme car il est certain que vous ne resterez pas étudiant éternellement. Ex : dans 6 mois . Ainsi. Précision : lorsque l’on dit que le terme est un événement « certain ». qui distingue le terme de la condition. C’est la certitude de la réalisation de l’événement auquel l’obligation est subordonnée. l’ordre des décès. c’est une condition. cela veut dire dont la réalisation est certaine. D’où une première distinction en droit positif : le terme certain : celui qui est un événement dont la survenance est certaine et dont on connaît la date. Donc. Exemple : Le décès est un événement futur et certain même si sa date exacte de survenance est inconnue. Ex : « je vous vends tel objet si je décède avant vous » : l’événement est futur mais incertain. Exemple : Je vous loue un appartement à Luxembourg tant que vous y ferez vos études. mais seulement son exigibilité. contrairement à la condition. ⇒ Bien distinguer la certitude de l’événement et la certitude de la date. Plus précisément. le terme est le mécanisme par lequel les parties subordonnent l’exécution ou l’extinction de l’obligation à la survenance d’un événement futur et certain. si un contrat de vente prévoit que le prix sera payable au décès de l’une des parties.

Solution prévue par l’art. Celle-ci n’est exigible que jusqu’à la survenance de l’événement . l’obligation s’éteint. Ex : un bail conclu pour 3 ans. NB : Seule la certitude raisonnable de la réalisation de l’événement compte. et donc on ignore la date exacte de la fin de vos études.mais un terme incertain car on ne sait pas si vous allez redoubler ou réussir toutes vos années du premier coup. civ. En théorie on peut rester étudiant toute sa vie. 1185 C. Enjeu pratique = possibilité d’y renoncer et donc de rendre l’obligation immédiatement exigible. sauf clause contraire ou circonstances laissant présager l’inverse. elle ne le devient qu’avec l’arrivée du terme. 1187 du Code civil : le terme est présumé stipulé dans l’intérêt du débiteur. ça n’arrive jamais. Ex : dans un contrat de prêt.) : événement dont la survenance suspend l’exigibilité de l’obligation. Celle-ci n’est pas exigible avant la survenance de l’événement . Il faut enfin se demander dans l’intérêt de qui le terme est stipulé. La présomption légale est donc simple. faire un master ici ou ailleurs. Le terme extinctif : événement dont la survenance met un terme à l’exigibilité de l’obligation. toujours pour éclairer la notion de terme : Le terme suspensif (celui évoqué par l’art. 14 . L’échéance du terme fait disparaître l’obligation pour l’avenir. après. Deuxième distinction nécessaire. Donc fin des études = événement certain. mais en pratique. il est stipulé que le remboursement aura lieu dans 1 an. Ex : recevoir immédiatement un paiement qui était a priori affecté d’un terme.

elle est certaine. La personne voudrait donc profiter de ce taux d’intérêt inférieur en contractant un autre prêt au nouveau taux plus avantageux. et rembourser immédiatement celui-ci. dans l’intérêt de qui le terme a-t-il été stipulé ? Présomption de l’article 1187 : intérêt du débiteur – emprunteur – donc possible pour lui de rembourser de manière anticipée.Si le terme est suspensif. il ne peut obtenir la répétition (= le remboursement) de ce qu’il a payé. il suspend l’exigibilité de l’obligation. d’un montant égal à ce qu’il reste à rembourser sur son 1er prêt. La circulation de l’obligation est aussi possible (par ex. V. le créancier peut en revanche prendre des mesures conservatoires dès avant l’échéance du terme suspensif si sa créance est menacée. cession de créance à un établissement de crédit). L’obligation étant certaine. mais son exécution ne peut être poursuivie avant l’échéance du terme. Puis les circonstances changent et les taux d’intérêt baissent. très clair sur ce point. En outre. Les effets du terme Principe : Les effets du terme dépendent de la distinction terme suspensif / terme extinctif : . civ. 1186 C. § 2. avant le terme. PB : le banquier est-il obligé de recevoir le paiement ? Juridiquement. il est assez logique de renverser la présomption. Donc pas possible pour l’emprunteur d’obliger la banque à accepter un remboursement anticipé.C’est assez difficile à apprécier en pratique. art. car l’obligation existe et le débiteur n’a fait que payer ce qu’il doit. Ex : une personne emprunte une somme d’argent qu’elle rembourse périodiquement sur 10 ans. 15 .. L’obligation existe d’ores et déjà. Le terme dans le prêt à intérêt profite aux 2 parties. si le débiteur a payé d’avance. y compris au prêteur qui y trouve sa rémunération. même s’il a payé par erreur. Mais dans cette situation.

civ. La déchéance du terme est une sanction. Exemple de cause de déchéance légale : lorsque la liquidation judiciaire (= faillite) d’un débiteur insolvable est prononcée. Toutes les échéances deviennent alors immédiatement exigibles. Autre exemple. Exception : Les effets du terme varient en cas de déchéance du terme. Le débiteur perd le bénéfice du terme.. dans le code de commerce aujourd’hui en France). Puisque ces sûretés avaient certainement déterminé le créancier à consentir au terme. il met fin à l’obligation. « le débiteur ne peut plus réclamer le bénéfice du terme lorsque par son fait il a diminué les sûretés qu’il avait données par le contrat à son créancier ». et puisque les garanties s’affaiblissent à cause du débiteur. lux. L’échéance du terme éteint l’obligation à laquelle le contrat avait donné naissance pour l’avenir (cf.. 1188 du Code civil. Conséquence : L’obligation redevient pure et simple. 1188 C. 16 . clauses de défaut croisé (prêt à la conso / prêt immobilier). NB : Se conçoit seulement pour le terme suspensif. Exemple de cause de déchéance conventionnelle : il est stipulé dans un contrat de prêt la déchéance du terme en cas d’inexécution du paiement de l’une des mensualités. Cf.Si le terme est extinctif. il est juste que ce dernier perde le bénéfice du terme. toutes ses obligations deviennent exigibles (art. Ex : Hypothèque diminuée par le fait que le débiteur n’entretient pas son bien et le laisse tomber en ruine. condition résolutoire). NB : Peut être qualifié de clause abusive dans un contrat de prêt entre professionnel et consommateur. Les causes de la déchéance peuvent être conventionnelles ou légales. toujours en vertu de l’art.

Inconvénient : risque d’abus. mais les obligations qu’il engendre sont suspendues à la survenance incertaine d’un événement futur. Ex : achat d’un immeuble sous condition de l’obtention d’un prêt. LA CONDITION La condition est régie par les articles 1168 à 1184 du Code civil. Avantage : souplesse qu’elle procure. Est-ce une obligation juridique ? Non. Ex : une entreprise s’engage à mettre un distributeur de boissons à disposition d’un lycée. La condition est ce seuil de boissons à atteindre. La condition peut aussi être résolutoire. l’obligation juridique est totalement anéantie : il n’y a plus ni obligation de payer les loyers. Dans ce cas. ni obligation corrélative de mettre le distributeur à disposition. L’obligation est 17 . comme le terme. mais d’un futur incertain. Si le prêt n’est pas obtenu. C’est une condition suspensive. Ici. C’est une technique d’anticipation du futur. S’il ne l’est pas. à condition qu’un nombre minimal de boissons soient vendues chaque mois pour garantir la rentabilité de l’exploitation.II. Ex : je m’engage à vendre tel bien à condition de donner mon accord sur le prix. les parties sont liées. sauf si l’événement érigé en condition se réalise. les parties seront libérées de tout engagement : l’obligation de payer le prix et celle de délivrer l’immeuble ne viendront jamais à existence. La technique risque d’être un moyen détourné de dénaturer l’obligation en la vidant de toute substance. puisque la condition permet de donner naissance à une obligation juridique tout en ménageant l’avenir. La condition est une technique juridique d’une grande importance pratique. Le contrat est donc formé et irrévocable. auquel cas l’acte est anéanti. la vente est conclue.

soit en la résiliant. car l’une des conditions de formation du contrat de vente fait défaut. mais qui n’est pas indispensable à son existence. NB : Il ne faut pas confondre la condition-modalité de l’obligation et la condition de validité du contrat. Plan : la notion de condition (§ 1) . La condition qui nous intéresse aujourd’hui est une simple modalité de l’obligation. il n’y a pas de contrat de vente du tout. à savoir le prix. 18 . La condition est donc un événement futur et incertain auquel est subordonnée la formation ou la disparition de l’obligation. soit en la suspendant jusqu’à ce que l’événement arrive. Ex : Une personne s’engage à vendre à condition de donner son accord sur le prix. un élément essentiel ne peut pas faire l’objet d’une modalité. les effets de la condition (§ 2). ⇒ Pour comprendre le mécanisme. la condition « modalité » de l’obligation n’est qu’une « manière d’être » de l’obligation. A – La définition de la condition L’art. sans quoi l’obligation est nulle. Autrement dit. § 1. Il n’y a donc pas d’accord du tout. selon que l’événement arrivera ou n’arrivera pas ». Ici. le prix. Tout comme le terme. Par conséquent. et non un élément essentiel de celle-ci. il faut en préciser le sens avant d’en étudier les effets. l’incertitude affecte un élément essentiel de la vente.nulle car en réalité il n’existe pas d’accord sur un élément essentiel. C’est un élément qui s’ajoute à l’obligation. 1168 du Code civil définit la notion de condition de la façon suivante (inutile de noter) : « L’obligation est conditionnelle lorsqu’on la fait dépendre d’un événement futur et incertain. La notion de condition Définition de la condition (A) / Les divers types de conditions (B).

C’est une vente sous condition résolutoire : si les comptes s’avèrent inexacts le contrat est anéanti et l’acquéreur se trouve ainsi libéré de son engagement. C’est une mesure protectrice de l’acquéreur. Comment s’ajoute-t-elle ? . On fait donc comme si l’obligation était pure et simple (V. civ. Car après tout. etc. En France.Par la convention : généralement. soient exacts (l’acquéreur souhaite ainsi éviter un redressement fiscal ou être certain qu’aucun actif ne manque. 19 . mais sans que les parties n’en aient eu connaissance. l’art. . L’obligation produit son effet au jour où elle a été contractée.). à la demande de l’une d’elles et avec l’accord de l’autre. par exemple. L’événement érigé en condition doit en outre être futur et incertain (comme le souligne à juste titre l’art. 1168 du C. les dispositions de l’art. mais distinction en réalité difficile à mettre à œuvre. Ex : vente d’une société sous la condition que les comptes. civ. Simple à première vue. et non pas seulement sa date de survenance. on peut soutenir que tout est incertain.). elle l’est automatiquement. la condition est donc un élément accessoire qui s’ajoute à l’obligation. la condition est stipulée par les parties. Rem : les parties peuvent croire que l’événement est futur alors qu’il est déjà intervenu. Incertain : la survenance même de l’événement doit être incertaine. L312-16 du Code de la consommation prévoit que tout achat d’un immeuble à usage d’habitation financé par le biais d’un prêt bancaire est conclu sous condition suspensive de l’octroi du prêt à l’acquéreur. Futur : postérieur à la naissance de l’obligation. sans quoi il s’agit d’un terme. 1181 C. Il est donc inutile pour celui-ci de réclamer qu’une telle condition soit stipulée.Quoi qu’il en soit.).Par la loi. en ce sens. tels que présentés par le cédant.

En pratique. ⇒ Opposition entre une certitude en droit et une incertitude en fait. le contrat est formé mais inexécuté . mais elle ne produira ses effets (not. NB : Enjeu ? Sanction du défaut de paiement par exemple : si condition. La vente est conclue. si terme. Une telle clause permet au créancier-propriétaire de conserver la propriété du bien vendu jusqu’au paiement complet du prix et donc de revendiquer son bien en cas de non paiement du prix par l’acquéreur.Ex1 : le paiement d’une dette est-il un événement certain ou incertain ? Enjeu pratique : les ventes avec clause de réserve de propriété. Dans ce cas. Ex2 : en matière de vente d’immeuble (ou de société). le paiement du prix est-il un événement certain (terme) ou incertain (condition) ? En théorie. il est fréquent qu’une clause stipule que la vente ne sera définitivement conclue qu’à la réitération formelle de la vente par écrit (en général notarié). PB : la stipulation subordonnant le transfert de propriété à l’acquéreur au paiement complet du prix est-elle une condition ou un terme ? Autrement dit. l’événement paraît certain puisque le paiement est obligatoire (art. il n’y a pas de condition valable car un élément 20 . il peut être résolu. . le contrat est anéanti rétroactivement car censé n’avoir jamais vu le jour . transfert de propriété) qu’à compter de la rédaction de l’acte notarié.Soit la réitération est conçue par les parties comme un événement futur et certain. 1134 C.). ne serait ce qu’en raison du risque d’insolvabilité. le paiement est toujours incertain. civ. et c’est un terme. mais aussi donner lieu à exécution forcée ou DI.Soit la réitération est conçue par les parties comme une condition : elles considèrent que la signature est un événement futur incertain. De quoi s’agit-il juridiquement ? . Que dit la jurisprudence ? Elle est hésitante sur ce point.

qui peuvent servir des fins louables : Com. Ce n’est pas absolu cependant : v. s’il était tenu comme incertain. 1169 C. qui ne s’est pas vraiment engagé à rembourser). 21 . ⇒ Analyse subjective de la modalité. 2005. Idem pour les clauses de réitération de la vente par acte authentique (analyse au cas par cas de la volonté des parties). comme une condition. PB : le qualifier de condition emporte la nullité du contrat (trop discrétionnaire pour le débiteur. not. La vente est donc nulle. qualifiée terme si les parties ont considéré certaine l’amélioration future de la situation du débiteur. pour les clauses de retour à meilleure fortune justement. il devait être considéré comme un terme.) et indépendante de la volonté des parties. même si les parties ont tenu l’événement pour subjectivement certain. civ.essentiel fait défaut (l’échange des consentements). NB : La jurisprudence traditionnelle avait tendance à considérer qu’il fallait tenir compte de la volonté des parties pour qualifier une modalité de terme ou de condition. Objectivement l’événement est incertain. Ex : clauses de retour à meilleure fortune (le débiteur remboursera « lorsqu’il en aura les moyens ». B – Typologie des diverses conditions Le Code civil distingue 3 types de condition : La condition casuelle est celle qui dépend uniquement du hasard (art. Si les parties tenaient l’événement pour certain. MAIS la jurisprudence récente est de moins en moins sensible à la volonté des parties et a tendance à retenir qu’un événement objectivement incertain est une condition. RTD civ.131. afin de valider le contrat. « lorsqu’il sera sorti de ses difficultés financières »). 12 octobre 2004. Ex : je vous achète un parapluie s’il pleut demain.

-

La condition potestative, définie par l’art. 1170 C. civ. comme : « la condition qui fait dépendre l’exécution de la convention d’un événement qu’il est au pouvoir de l’une ou de l’autre des parties contractantes de faire arriver ou d’empêcher ». Ex : si je pars en voyage cet été, je te prête mon appartement.

-

La

condition

mixte

qui

dépend

tout

à

la

fois

de

l’intervention d’un tiers et de la volonté d’une des parties (art. 1171 C. civ.). Ex : l’obtention d’un prêt (cela dépend des démarches du débiteur et de l’acceptation d’un tiers, la banque) ; si vous vous marriez, vos parents vous font une donation. L’art. 1174 C. civ. prohibe ensuite, parmi les 2ndes, les conditions potestatives pour le débiteur : « Toute obligation est nulle lorsqu’elle a été contractée sous une condition potestative de la part de celui qui s’oblige [ie du débiteur] ». Potestas signifie pouvoir. La condition potestative est celle qui désigne un événement qui est au pouvoir de l’une des parties. Lorsque cette partie est le débiteur, le Code civil la prohibe. Pourquoi ? Parce qu’il y a une incohérence à s’engager sous condition, et à maîtriser cette condition. Cela revient à s’engager sans s’engager. L’engagement n’est qu’un simulacre. La sanction de cette incohérence est radicale : c’est la nullité de l’obligation, et non pas seulement la nullité de la condition qui rendrait alors l’obligation pure et simple. On considère qu’il n’y a pas du tout d’engagement. V. art. 1174 et 944 C. civ. (pour les donations). PB1 : Sanction de la nullité globale trop abrupte et propice aux abus : elle incite souvent le débiteur à invoquer lui-même la potestativité de son engagement pour s’en libérer. ⇒ Une paralysie de la seule condition serait bien souvent plus utile.

22

PB2 :

Beaucoup

de

conditions

sont

« plus

ou

moins »

potestatives. Ex : je vends mon appartement à condition que j’en trouve un autre. Encore faut-il que je fasse les démarches nécessaires pour trouver un nouvel appartement qui me convienne. Ex : je loue cette machine à condition que cela soit rentable. Qui décide que c’est rentable ? ⇒ La doctrine s’est donc efforcée de préciser la notion. Longtemps, les auteurs ont distingué, d’un côté, la condition « purement potestative » qui dépend de la volonté arbitraire du débiteur (ex : j’achète ceci « si j’en ai envie ») et est donc nulle, et la condition « simplement potestative », qui dépend d’un acte du débiteur, de sorte que le juge peut contrôler si le débiteur a essayé de faire cet acte ou pas (ex : j’achète ceci « si je vends cela » : le juge peut contrôler la mise en vente). Aujourd’hui, la doctrine n’utilise plus cette distinction mais apprécie directement si la condition est laissée ou non à l’entière discrétion du débiteur. La condition est donc potestative lorsque sa survenance dépend, non pas seulement du pouvoir du débiteur, mais du pouvoir arbitraire ou discrétionnaire du débiteur. La jurisprudence évolue dans le même sens : une condition n’est potestative que s’il est impossible de contrôler à partir d’éléments objectifs si le débiteur est responsable de son éventuelle défaillance. V. not. Civ. 1re, 16 octobre 2001, Bull. civ. I, n° 257. Ex1 : une vente est conclue sous condition que l’acheteur vende tel autre bien. Selon la Cour de cassation, une telle condition n’est pas potestative en dépit du pouvoir dont dispose le débiteur sur la seconde vente. Le motif est qu’il est possible de contrôler le comportement du débiteur : v. par exemple, Civ. 3e, 22 novembre 1995, Bull. civ. III, n° 243. Et s’il apparaît que le débiteur a empêché la survenance de la condition : en s’abstenant de toute mise en vente, en proposant un prix exorbitant, en trouvant des prétextes fallacieux pour annuler les visites, en refusant arbitrairement une proposition d’achat… il sera sanctionné

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au moyen de l’art. 1178 C. civ. → la condition est réputée accomplie. D’où glissement de 1174 vers 1178. Ex2 : Une vente est conclue stipulant que l’acheteur s’engage « s’il décide » de vendre tel autre bien. Là en revanche, la condition est potestative car son pouvoir est discrétionnaire. Il n’est pas susceptible de contrôle judiciaire. Idem, même si moins net, lorsque l’on s’engage à vendre un immeuble si l’on en achète un autre. Achat plus lié à des éléments subjectifs que vente. Ex3 : location des distributeurs de boissons. La location sous condition que leur exploitation se révèle rentable est valable (peut même être précisé au moyen de critères objectifs). En revanche, la location sous condition que le débiteur estime l’exploitation rentable n’est pas valable. C’est arbitraire. Ultime précision : la condition, pour être valable, doit porter sur un événement possible et licite (art. 1172 C. civ.) Ex. d’une condition illicite : donation sous condition que le donataire devienne bigame ou épouse une personne de même sexe. Sanction : Nullité. PB : Portée de cette nullité ? Limitée à la condition elle-même ou emporte-t-elle la nullité de la convention qui en dépend ? Les textes distinguent selon que l’acte est à titre onéreux ou gratuit. Actes onéreux : art. 1172 C. civ. opte pour la nullité globale de la convention. Actes gratuits : art. 900 C. civ. opte pour la nullité de la seule condition. Mais la jurisprudence a rejeté cette distinction et a réunifié les solutions en décidant logiquement que la nullité de la condition impossible ou illicite emporte nullité totale de la convention qui en dépend si elle a été déterminante du consentement des parties.

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§ 2. Les effets de la condition Il faut distinguer selon que la condition est pendante ou non. * Lorsque la condition est pendante (= avant que l’on ne sache si elle va se réaliser) Condition suspensive : l’obligation n’est ni certaine, ni exigible. Des actes conservatoires peuvent être pris, mais rien de plus : le créancier ne peut ni exiger le paiement, ni agir en résolution pour inexécution. D’un autre côté, la transmission aux héritiers, la cession de l’obligation, le nantissement de la créance sont possibles, ce qui donne à penser que l’obligation existe au moins en germe et que le créancier n’est pas simplement titulaire d’une « espérance ». Condition résolutoire : l’obligation existe et elle est exigible tant que l’événement ne se produit pas. L’obligation est susceptible d’exécution forcée en cas d’inexécution. Le droit est cessible et transmissible. Le transfert de propriété s’opère immédiatement si l’acte conclu est un acte translatif. * A la fin de la période d’incertitude, il faut faire une sousdistinction Soit l’événement survient (la condition se réalise) : o Condition suspensive : l’obligation devient pure et simple RÉTROACTIVEMENT (art. 1181) sauf clause

contraire. La condition est censée n’avoir jamais existé. Ex : dans une vente, l’acheteur est censé avoir été le seul propriétaire du bien dès la conclusion du contrat. S’il avait consenti une hypothèque entre temps, cette hypothèque sera valable. Il est censé avoir toujours eu le pouvoir de passer cet acte de disposition.

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1183 C. civ. Des restitutions auront lieu le cas échéant. NB : Souvent pas d’intérêt d’exiger l’exécution forcée en nature du contrat. Le droit est censé n’avoir jamais existé. o Condition résolutoire : l’obligation demeure. Tel est le sens de l’art. Le contrat est caduc. civ. L’obligation est alors réputée pure et simple.). Elle est réputée pure et simple depuis son origine. En revanche intéressant pour demander des DI sur le fondement de la responsabilité contractuelle du débiteur. même s’il n’a pas obtenu le prêt (même si l’événement ne s’est pas réalisé). Ex : l’acheteur d’un bien immobilier peut décider de payer. Ex : l’acheteur ne fait pas de demande de prêt. Deux précisions à propos de la réalisation de l’événement : 1re précision : lorsque le débiteur empêche la réalisation de l’événement. Soit l’événement ne survient pas (la condition défaille) : o Condition suspensive : l’obligation est rétroactivement anéantie. Toute incertitude est désormais levée. il fait une demande excessive ou irréaliste (ex : taux d’intérêt de 1 %). les dispositions de l’art. 26 . la condition est réputée accomplie. 1178 du C. Ce qui justifie des restitutions si un commencement d’exécution avait eu lieu. 2e précision : celui dans l’intérêt duquel la condition est stipulée peut toujours y renoncer. qui édicte à sa manière un devoir de loyauté.o Condition résolutoire : l’obligation est résolue rétroactivement (V.

lorsqu’elle lie le créancier à plusieurs débiteurs ou. les obligations alternatives (§ 2) et les obligations facultatives (§ 3). plusieurs prestations. Le caractère plural d’une obligation peut ainsi s’établir objectivement. La pluralité d’objets La pluralité de sujets LA PLURALITÉ D’OBJETS On distingue trois types d’obligations objectivement plurales : les obligations conjonctives (§ 1). Les obligations conjonctives Lorsqu’une obligation a plusieurs objets. inversement. 27 . ou subjectivement. I. elle est en principe conjonctive : le débiteur doit cumulativement au créancier. § 1. Ex : Le propriétaire d’une voiture vend celle-ci à une autre personne. ⇒ D’où le plan suivi : I. Ex1 : Vente d’un fonds de commerce et de l’immeuble dans lequel le fonds est exploité Ex2 : donation avec charge (expliquer : le donateur donne un bien au donataire mais le donataire s’engage aussi à fournir une prestation au donateur. Il arrive cependant parfois qu’une obligation lie plus de deux personnes ou qu’elle porte sur plusieurs objets.Chapitre II – LES OBLIGATIONS PLURALES Une obligation pure et simple lie un seul débiteur à un seul créancier et porte sur un objet unique. en vertu du même contrat. lorsque l’obligation porte sur une pluralité d’objets. souvent de le loger) si la charge du donataire est non seulement de loger le donateur mais aussi de le nourrir. le débiteur à plusieurs créanciers. II.

C. mais aussi des obligations accessoires. Une vente peut prévoir que l’acquéreur paiera le prix en euros ou en dollars. Rq1 : Ne pas confondre obligation alternative et obligation sous condition potestative. Ex : Toujours dans la donation avec charge. En d’autres termes. 1189 à 1196 C. le donataire peut être tenu soit de nourrir et loger le donateur. § 2. l’obligation alternative est celle qui ouvre au débiteur la possibilité de choisir entre diverses prestations déterminées celle qu’il va fournir pour se libérer. soit de lui verser une rente lui permettant de se loger et de se nourrir lui-même. qui est de donner au preneur la jouissance du bien loué. Ex : le bail met à la charge du bailleur une obligation principale. cass. telle l’obligation d’entretien du local. civ. alors que l’obligation principale a un sens indépendamment de l’existence des obligations accessoires). L’obligation du bailleur n’est pas conjonctive néanmoins car les autres obligations du bailleur sont accessoires à celle de conférer au preneur le droit de jouir du local (= elles n’ont PAS LIEU D’ÊTRE indépendamment de l’obligation principale. Une obligation alternative a également plusieurs objets mais le débiteur ne doit pour se libérer fournir qu’un seul de ces objets. a précisé par ex. Le débiteur doit simplement fournir l’ensemble des éléments composant l’obligation conjonctive pour se libérer. le choix entre l’une ou l’autre modalité d’exécution n’est pas contraire à l’article 1170 du Code 28 . Cette hypothèse ne soulève aucune difficulté particulière. qui régissent ces obligations. que lorsque le débiteur est tenu d’une obligation alternative de restituer en nature ou en valeur. Les obligations alternatives Ce sont les art.NB : Un contrat créateur d’une obligation principale et d’obligations accessoires ne doit pas être considéré comme créateur d’une obligation conjonctive.

autrement dit. n° 239. 1220 obs. 1194 al.). Rq2 : Les prestations sont considérées comme équivalentes. civ. p.). un dépositaire de bijoux en dépôt-vente était libre au terme du contrat soit de restituer les bijoux en nature. l’autre est due et l’obligation est considérée comme pure et simple (art. → le choix de la prestation à effectuer appartient en principe au débiteur. Solution justifiée : le débiteur ne peut se dérober à ses engagements. En l’espèce.En cas de faute du débiteur. sauf si le contrat donnait au créancier le droit de choisir entre les 29 . 1191 C. civ. civ. 16 mai 2006. il exerce seulement l’option que lui confère l’obligation alternative. 1192 C.) Art. 1re. 1189 C.civil. 1193 al. Mais le débiteur ne peut pour autant se libérer en délivrant au créancier une partie de l’une des choses promises et une partie de l’autre (art. Bull. du moins juridiquement. 1190 C. événement de force majeure empêchant le débiteur de s’exécuter etc. R. 1 C. civ. 1193 al. . Si l’une des prestations est illicite ou impossible. Il en va de même si l’une des prestations devient impossible (perte de la chose.). 2006. civ. dans la mesure où le créancier accepte que n’importe laquelle des prestations alternatives libèrera le débiteur de son obligation (art. civ. celui-ci doit payer le prix de la dernière prestation qui est devenue impossible (art. 2 C. ne peut pas donner prise au grief de potestativité. Def. civ. I. soit de les acquérir moyennant le paiement d’une somme d’argent (Cass.).) (art. civ. sinon objectivement. il faut distinguer selon que l’impossibilité résulte de la faute du débiteur ou d’une cause étrangère. Le créancier a alors le choix entre réclamer la prestation qui reste possible ou le prix de l’autre (art. Libchaber). sauf si l’impossibilité est due à la faute du débiteur et si le contrat donnait au créancier le droit de choisir entre les diverses prestations. sauf stipulation contraire. 1 C.). civ. Si les deux prestations deviennent impossibles.

Différences avec les obligations alternatives ? Il y a une prestation de principe et une prestation subsidiaire. ces situations d’obligations alternatives ou facultatives sont très rares et même les obligations conjonctives ne sont pas si répandues que cela (souvent le contrat porte sur un objet principal et créée seulement des obligations accessoires à l’obligation principale). civ. 30 . nés d’un premier mariage. . civ. Le père de famille avait fait un testament dans lequel il léguait un immeuble à sa veuve. que le débiteur doit en principe fournir.). se libérer en fournissant une autre prestation. 2 C. la nullité ou l’impossibilité de la prestation de principe libère le débiteur. 1194 al. s’il le préfère.prestations. et une veuve. auquel cas ils peuvent exécuter le legs en versant à la veuve une somme d’argent déterminée. qui n’est pas tenu de verser la prestation subsidiaire. ⇒ L’option entre les deux prestations ne peut donc appartenir qu’au débiteur de l’obligation car le créancier ne peut exiger l’exécution que de la prestation de principe. sauf si la perte de la prestation principale est survenue par sa faute. à moins que les enfants ne préfèrent garder l’immeuble. Les obligations facultatives Hypothèse proche de la précédente mais pas identique. En outre. Ex : Décès d’un père de famille laissant deux enfants. Mais globalement. auquel cas le créancier peut demander le prix de l’une ou de l’autre des prestations à son choix (art.En l’absence de faute du débiteur. ce dernier est libéré de son obligation (art. L’obligation facultative a un objet unique. mais il peut.) § 3. issue d’un second mariage. 1195 C.

Cf. Exemple de codébiteurs : plusieurs emprunteurs (ex : les associés fondateurs d’une société . Question : Quelle solution paraît la plus logique ? 31 . des époux). en revanche. LA PLURALITÉ DE SUJETS La pluralité de sujets se rencontre tant du côté actif que du côté passif : Activement : le rapport lie plusieurs créanciers à un débiteur Passivement : le rapport lie plusieurs débiteurs à un créancier La pluralité passive est de loin la plus répandue. De deux choses l’une : . II. l’obligation demeure unique en dépit de la pluralité de sujets. Par conséquent.Soit. chaque débiteur est tenu de la totalité de la dette et chaque créancier peut réclamer la totalité de la créance (sous réserve d’éventuels recours ultérieurs entre codébiteurs ou cocréanciers pour obtenir le remboursement de leur part de l’obligation). Exemple de cocréanciers : plusieurs prêteurs (banques). Par exemple. si 2 époux empruntent. sont bien plus fréquentes en pratique. chaque époux est tenu de la ½ du montant de l’emprunt. Eurotunnel.Les obligations subjectivement plurales. PB : La question essentielle que soulève la pluralité de sujets est de savoir s’il y a autant d’obligations que de sujets. au contraire. .Soit on divise la créance en autant de sujets : chaque obligation est alors indépendante.

chaque créancier peut réclamer la totalité de la créance et le débiteur peut se libérer en payant 1 seul créancier. Les données sont inversées s’agissant d’une pluralité active. le créancier pourra agir contre un codébiteur in bonis pour le tout. Plus rien ne pourra être réclamé au débiteur qui s’est valablement libéré. ⇒ Le risque d’insolvabilité de l’un des codébiteurs est supporté par le créancier. cela oblige le créancier à diviser les poursuites. Chaque lien est indépendant l’un de l’autre. le principe de l’unicité de la dette est favorable au créancier puisque : Chaque débiteur doit la totalité de la dette ⇒ en cas d’insolvabilité d’un des codébiteurs. 32 . Réciproquement. Schématiquement. si bien que tous les créanciers doivent obtenir leur dû. Alors qu’en cas d’unicité. Autrement dit. Le débiteur doit diviser les paiements.Ex : pour la colocation d’un appartement. concernant la pluralité passive : La division de la dette est favorable aux débiteurs (ou défavorable au créancier) puisque : Chaque débiteur ne peut être poursuivi en justice que pour une partie de la dette. mais tentation de répondre très différemment selon que l’on est débiteur ou créancier. La division de la créance protège les créanciers puisque chaque créancier ne peut réclamer qu’une partie de la créance. C’est évidemment une solution dangereuse pour les autres créanciers. le risque étant que le créancier payé disparaisse dans la nature. ⇒ La solution du problème dépend de l’objectif politique que l’on veut atteindre. est-il plus logique que chaque colocataire soit tenu à l’ensemble du loyer ou que chacun ne soit tenu que pour la moitié du loyer ? Réponse : Pas de solution logique au problème.

les parties stipulent que chaque codébiteur est tenu « pour le tout ». divisible en rendant unique pas une obligation volonté naturellement (réciproque vraie). Les héritiers ne peuvent pas délivrer chacun de leur côté une partie de l’animal. Dans ces hypothèses. Cela exclut toute division lorsque les dettes sont par essence indivisibles. les la majorité des obligations de sont divisibles. S’agissant de la nature. il peut ressortir des circonstances de l’espèce que les parties ont envisagé leurs obligations comme formant un tout (pas deux parties autonomes rédigées mais 33 . la volonté des parties peut alors influer sur le régime de l’obligation. Il faut le livrer dans son entier. notamment fréquentes obligations sommes expresse : par ex. liées à la nature de la dette et à la volonté des parties. il décède. C’est une obligation indivisible. la réponse à la question soulevée par les obligations subjectivement plurales dépend aussi de considérations techniques. Ex : un vendeur a l’obligation de délivrer un animal vivant . La liberté contractuelle invite à donner à de telles stipulations.Le choix entre division et unicité dépend donc de l’intérêt que l’on entend privilégier : celui du créancier ou celui du débiteur ? A côté de ces considérations politiques. il faut que l’obligation soit divisible pour que l’on puisse considérer que chaque débiteur n’est tenu qu’à une partie de celle-ci. Soit volonté implicite : par ex. Soit pratique cependant. En d’argent. dans un contrat d’édition concernant un ouvrage écrit par plusieurs auteurs.

Lorsque le débiteur invoquait ce bénéfice. etc. . L’obligation qui en découle est cependant nombreuses exceptions. En droit romain. Ancien droit : Les juristes du Moyen-Age n’ont pas été fidèles au droit romain. de l’obligation est a priori supposée divisible. D’où Plan – On commencera par étudier le principe selon lequel. comme une faveur. l’obligation était indivisible tant passivement qu’activement : . Cette règle connaît de sujets. Ils ont renversé l’ordre des choses. ⇒ En droit positif. C’est Justinien qui a admis. principe = indivisibilité de l’obligation . en considérant la division comme le principe et l’indivisibilité (ou la solidarité) comme l’exception. Le principe de 34 . regroupées en 3 catégories. chacun d’eux était tenu de la totalité de la dette. même date pour rendre le manuscrit. limite = bénéfice de division.En présence de plusieurs débiteurs. le principe est donc celui de la division.chapitres rédigés à quatre mains.En présence d’une pluralité de créanciers. ⇒ En droit romain. le créancier était contraint de diviser ses poursuites contre les débiteurs. le débiteur pouvait se libérer en payant l’un d’eux en totalité. Et c’est finalement cette solution qui sera adoptée par le code napoléon en 1804. rémunération commune.) Mais sous ces réserves. qu’un bénéfice de division soit octroyé aux débiteurs. le choix de la règle supplétive (entre division et unicité de l’obligation à plusieurs sujets) reste très ouvert. ⇒ D’où des réponses variables dans l’Histoire. lorsque la situation juridique comporte une pluralité dénommée « conjointe » (§1).

alors que dans l’obligation conjointe l’obligation de chaque débiteur/créancier est distincte de celle des autres. solidaire (§ 3) ou encore in solidum (§ 4). Mieux vaudrait parler d’obligations « disjointes ». Quoi qu’il en soit. Le terme d’obligation « conjointe » ne paraît pas satisfaisant puisque la notion de conjonction évoque par définition l’idée d’un ensemble. LES OBLIGATIONS CONJOINTES En cas de pluralité de sujets. Mais son domaine en droit positif est plus large parce que la solidarité ne se présume pas. 1220 C. 1220 du Code civil vaut pour toutes les obligations plurales. En principe : Chaque débiteur n’est tenu qu’à sa part de la dette Chaque créancier ne peut réclamer que sa part de la créance Le principe est posé par l’art. On dit alors que l’obligation est « conjointe » par opposition à l’obligation « solidaire » : c’est le principe de la conjonction. civ. § 1. En principe donc.division cède en effet lorsque l’obligation est indivisible (§ 2). actifs ou passifs. qu’elles soient nées plurales ou devenues plurales après leur naissance. Conséquences pratiques : 35 . la règle en droit français est la division. ⇒ La règle de l’art. à propos des héritiers du créancier ou du débiteur (donc à propos d’obligations qui deviennent plurales au cours de leur existence). les obligations des co-débiteurs ou des co-créanciers se juxtaposent sans se « mélanger » les unes avec les autres. le sens du principe est clair : il y a autant d’obligations que de sujets.

Par ailleurs. mais non à l’égard des autres débiteurs. Conséquence : obstacle à l’application du régime des obligations conjointes. l’indivisibilité est la qualité de ce qui ne peut être divisé. Pour la même raison. La majorité des obligations plurales sont indivisibles. Mais ce choix est critiqué par certains auteurs. Le principe de division peut néanmoins être écarté. Pareillement. Il ne peut pas réclamer le tout. l’interruption de la prescription produit effet à l’encontre du débiteur conjoint qui en a été l’objet. les débiteurs en particulier (puisque la pluralité passive est la plus fréquente)..Si la créance est conjointe. solidaires ou in solidum. § 2. En droit des obligations. 36 . le créancier devra poursuivre chacun des débiteurs pour leur part dans la dette et c’est le créancier qui supporte le risque d’insolvabilité. Le fait que l’obligation conjointe soit le principe reflète donc un choix politique. l’indivisibilité est une caractéristique de l’objet de l’obligation. notamment lorsque l’obligation est indivisible. l’interruption de la prescription au profit du créancier conjoint qui en a été l’auteur ne profite pas aux autres créanciers. en réalité.Si la dette est conjointe. qui n’est pas susceptible de fractionnement entre débiteurs ou entre créanciers. chaque créancier ne peut réclamer au débiteur que sa part de la créance. Les obligations indivisibles En général. . la mise en demeure adressée par le créancier à l’un des débiteurs conjoints est sans effet à l’égard des autres. une volonté de protéger les parties. Ce principe ne s’impose pas forcément d’un point de vue logique et surtout il ne correspond pas à la pratique car. les exceptions sont bien plus fréquentes que le principe.

chaque débiteur est tenu de la dette pour le tout envers le créancier (art. ce qui est divisible par nature. civ. art. l’autre de l’électricité. chacun des créanciers peut réclamer le paiement pour le tout au débiteur (sachant qu’il devra évidemment ensuite rendre leur part de la créance à ses cocréanciers). etc. pas forcément. Obligations naturellement divisibles.) et réciproquement. PB : L’indivisibilité conventionnelle doit-elle être expressément stipulée ? Non. Chacun est responsable d’une partie des travaux (l’un est responsable de la charpente. comme un tout indivisible. Il existe 2 causes d’indivisibilité : une indivisibilité « naturelle » découlant de ce que l’objet dû n’est pas susceptible de division. Cf. si le rapport sous lequel elle est considérée dans l’obligation ne la rend pas susceptible d’exécution partielle ».En cas d’indivisibilité active (= pluralité de créanciers). quoique la chose ou le fait qui en est l’objet soit divisible par sa nature. naturellement divisible.En cas d’indivisibilité passive (= pluralité de débiteurs). une indivisibilité conventionnelle découlant de la volonté des parties de rendre indivisible. : « L’obligation est indivisible. 37 .En pratique donc : . . s’il apparaît qu’elles ont envisagée leur obligation. civ. la délivrance d’une automobile. Ex : une obligation de confidentialité . par une clause. sous réserve là encore du recours du débiteur qui a payé contre les autres. 1222 C. elle peut ressortir de la volonté implicite des parties. le débiteur peut payer la totalité de sa dette entre les mains de n’importe lequel des créanciers. 1218 C. Réciproquement. Ex : Construction d’un ouvrage par une pluralité d’intervenants. mais en pratique l’opération peut être conçue par les parties comme un ensemble indivisible.). Ex : dette de somme d’argent stipulée indivisible entre héritiers en cas de décès. le paiement de la dette par l’un des débiteurs libère les autres.

NB : Une obligation liant un seul créancier à un seul débiteur peut également être indivisible mais la reconnaissance de l’indivisibilité n’a alors pas débiteur. civ. Le principe de division est encore écarté lorsque les sujets au rapport d’obligation sont solidaires. entre plusieurs créanciers ou entre plusieurs débiteurs. la solidarité empêche le fractionnement de l’obligation. LA SOLIDARITÉ Le régime de l’obligation solidaire figure aux articles 1197 à 1216 C. il existe un lien qui rend chacun d’entre eux créanciers de la totalité de la créance ou débiteurs de la totalité de la dette. notamment s’agissant du recours du codébiteur ayant payé seul l’intégralité de la dette indivisible contre les autres. § 3.. Notion La solidarité se définit comme la situation dans laquelle. Effets de l’indivisibilité : Similaires à ceux de la solidarité. En d’autres termes. On s’intéressera à la notion de solidarité (A) avant d’en voir les effets (B). 1244 C. puisque l’exécution partielle est normalement interdite par l’art. sauf au décès du 38 . infra.⇒ Tout dépendra donc de la façon dont le juge interprète la volonté des parties au contrat (casuistique). ⇒ V. d’intérêt réel. civ. A.

il faut distinguer obligation à la dette et contribution à la dette : 39 . Danger pour les autres créanciers. Chaque époux/concubin peut retirer la totalité des fonds déposés sur le compte. ⇒ On s’intéressera seulement à la solidarité passive dans la suite des développements. Horizontalement. La solidarité passive. il existe un lien entre les créanciers qui fait que chacun peut réclamer la totalité de la créance au débiteur. la solidarité peut être active ou passive. joue en cas de pluralité de débiteurs. sauf clause contraire. le paiement fait à l’un des créanciers libère le débiteur à l’égard de tous . elle a aussi des effets secondaires : l’interruption de la prescription à l’égard de l’un des créanciers solidaires profite aux autres. cette forme de solidarité est rarement stipulée. Si l’un des créanciers obtient le paiement de la totalité de la créance.A nouveau. les autres ont un recours contre lui pour obtenir le versement de leur part. PB : L’efficacité du recours dépend de la solvabilité du créancier accipiens et de sa bonne foi. PB : Dangereux donc en pratique. Ex : compte-joint (entre époux ou concubins en général) avec un solde créditeur. sauf rapports de confiance particulièrement étroits entre cocréanciers. Le banquier doit la totalité de la créance à chacun des titulaires du compte. La répartition se fait par parts égales. En cas de solidarité active. ⇒ En bref. la mise en demeure faite au débiteur par l’un des créanciers profite aux autres. la créance se divise. la solidarité active a un effet principal : chaque créancier peut réclamer la totalité au débiteur et réciproquement. qui explique que cette modalité soit rare. dans les rapports entre créanciers. donc. Pour en saisir le fonctionnement.

indivisibilité). chacun des codébiteurs peut être poursuivi en totalité en paiement de la dette et le paiement par l’un des débiteurs libère les autres vis-à-vis du créancier. Il n’y a pas de convention tacite sur ce point (cf. : « La solidarité ne se présume point . Ils ne sont solidaires que si la solidarité est exprimée dans l’acte. entre le créancier et chacun des codébiteurs). aujourd’hui supérieure au cautionnement. a un recours contre les autres débiteurs. 1202 C. unissant les codébiteurs entre eux). Il faut donc une stipulation expresse.- s’agissant de l’obligation à la dette (autrement dit des rapports verticaux. art. PB : Comment ? V. Avantage pour le créancier : il échappe ainsi au risque d’insolvabilité de l’un des débiteurs. tant la législation sur le cautionnement est devenue protectrice. Comment ? Quelles sont les sources de la solidarité ? Trois types de sources : La convention : les parties stipulent une solidarité passive. Ex : on ne saurait déduire une solidarité passive du seul fait que 2 époux ont signé un acte. celui qui a payé au-delà de sa part. NB1 : Idem pour la solidarité active. civ. le codébiteur solvens. - S’agissant de la contribution à la dette (en d’autres termes des rapports horizontaux. Texte qui fonde le principe de division en droit positif. Il faut donc qu’elle soit prévue. La division étant le principe. il faut qu’elle soit expressément stipulée ». La solidarité passive remplit donc une fonction de garantie. la solidarité est exceptionnelle d’un point de vue théorique. 40 .

NB : Rare exemple de coutume contra legem auquel il est donné effet. 4 C. pour les coemprunteurs d’une même chose (corporelle. Ex : pour les dettes ménagères des époux (art. 1384 al. La solidarité étant définie. même si elle n’emploie pas le mot lui-même. La solidarité est présumée pour les dettes commerciales. La solidarité peut ressortir d’une clause suffisamment claire et explicite du contrat. 41 . Ex : « chacun des codébiteurs est tenu pour le tout ».) Source coutumière. 2 plans doivent être distingués : le plan vertical (1) et le plan horizontal (2).NB2 : En revanche pas de formule sacramentelle = pas nécessaire que les parties emploient formellement le mot « solidaire » ou « solidarité ». ces sources étant précisées. La loi : Fréquent en pratique que la loi prévoit une solidarité passive. 220 C. civ. à la charge des parents pour la dette de réparation du dommage causé par leur enfant (art. Le plan vertical : le droit de poursuite du créancier contre les codébiteurs (l’obligation à la dette) La solidarité produit des effets principaux et des effets secondaires. pas somme d’argent) . B.) . 1. il reste à présent à en préciser les effets. civ. Effets Pour étudier le fonctionnement de la solidarité.

Bien entendu. PB : Conséquences de l’unicité de la dette sur la détermination des exceptions opposables au créancier ? Exception = argument que le débiteur peut opposer au créancier pour refuser de payer. 42 . etc. ⇒ Si paiement partiel par l’un des codébiteurs.Chaque débiteur est tenu de la totalité de la dette envers le créancier. les exceptions inhérentes à l’obligation ou communes à l’ensemble des codébiteurs (prescription de l’obligation. illicéité. les différents liens d’obligation ont tous le même objet. Mais de l’autre côté.Réciproquement. ⇒ L’exception personnelle à un codébiteur ne peut pas être opposée au créancier par les autres. vice du consentement commun. Donc. il y a une pluralité de liens. le paiement par l’un des codébiteurs libère les autres envers le créancier. D’un côté. vice du consentement) . ce qui touche à cet objet profite à tous. Le créancier peut choisir d’agir contre tous ou contre l’un d’entre eux ou certains d’entre eux seulement.Effets principaux L’effet premier de la solidarité est l’unicité de la dette solidaire. . un codébiteur peut opposer au créancier les exceptions qui lui sont personnelles (ex : incapacité. . il y a une unicité d’objet : l’objet de l’obligation est unique. mais la part de la dette supportée par ce débiteur vient en diminution de la dette totale.) PB : les arguments que l’un des codébiteurs peut opposer au créancier pour ne pas payer sont-ils invocables par les autres ? Ex : remise de dette accordée à un seul des codébiteurs. autant de liens que de débiteurs. Donc ce n’est pas parce que le lien entre le créancier et un codébiteur est anéanti que les autres débiteurs sont libérés. il ne libère pas ce codébiteur en particulier mais tous les codébiteurs à proportion du montant du paiement partiel.

Ces derniers restent tenus car les liens sont différents. mais à hauteur de 600 seulement (cf. Enjeu : les intérêts moratoires (en cas de retard de paiement) courent contre tous les débiteurs. Si un procès a lieu entre le créancier et l’un des débiteurs et que ce débiteur est condamné.La mise en demeure adressée à l’un des débiteurs produit ses effets à l’égard des autres. chacun à égalité.L’autorité de la chose jugée. Ce recours se divise entre les codébiteurs : le solvens ne peut réclamer à chacun sa part. civ. Les rapports entre codébiteurs sont gouvernés par les 2 grandes règles suivantes : 1. Donc les 2 débiteurs restants demeurent solidairement tenus. art. le jugement a autorité de la chose jugée à l’égard des autres débiteurs. . Le créancier consent une remise de dette à l’un des codébiteurs en réservant ses droits contre les autres (à défaut remise présumée commune). Effets secondaires . La dette demeure. 1213 et 1214 C. civ. 2. 1285 C.).Ex : supposez 3 emprunteurs pour un montant total de 900 euros. Le plan horizontal : les rapports entre codébiteurs (la contribution à la dette) V. Le solvens dispose d’un recours contre les codébiteurs 43 . 1.L’interruption de la prescription à l’égard de l’un joue à l’égard des autres. Le codébiteur qui a payé (le solvens) dispose d’un recours contre les autres 2. art. mais elle est amputée de la part incombant au débiteur bénéficiaire de la remise. .

Ce recours provient du fait que le solvens est subrogé dans les droits du créancier. Idée : Le codébiteur qui a payé tout ou partie de la part des autres leur a rendu service. Mais le recours du solvens peut également avoir une nature subrogatoire. le débiteur solvens ne récupère rien du codébiteur insolvable. En cas d’insolvabilité de l’un des codébiteurs. Son recours est théorique. par une compensation) Le débiteur doit avoir payé plus que sa part (sans quoi le recours n’aurait aucun sens) .. 1214 C. Ce recours est d’une double nature : C’est d’abord un recours personnel. 2ème partie . qui autorise le codébiteur d’une dette solidaire « [à] répéter contre les autres les part et portion de chacun d’eux ». infra. Avantage : Les intérêts courent de plein droit dès le jour du paiement. Subrogation (cf. Il est donc juste que ce codébiteur puisse se retourner contre celui ou ceux qui en ont bénéficié. mais il n’est pas nécessaire qu’il ait payé la totalité de la dette. directement ou indirectement (par exemple. plus les intérêts de retard à compter du paiement.La circulation des obligations) = technique 44 . Effet du recours : Le solvens peut réclamer le remboursement de ce qu’il a payé. Inconvénient : Recours n’offrant aucune garantie. civ. Le recours est prévu par l’art.Ce recours suppose que 2 conditions soient remplies : Le débiteur doit avoir payé le créancier. Source : mandat ou gestion d’affaires en l’absence de contrat. et il s’est appauvri pour cela.

civ. Le recours se divise entre les codébiteurs 45 . La caution paie le créancier (la banque) et recueille la créance. il n’est pas obligé de choisir entre les deux recours : il peut cumuler leurs avantages respectifs. 1251 3° C. soit légale et justement prévue dans le cas du paiement d’une dette solidaire par l’art. Avantage : le solvens exerce les droits du créancier et profite ainsi des garanties et des sûretés dont il pouvait disposer pour le paiement de sa créance. 2. Par faveur pour le solvens. pas au-delà. car elle se fonde sur le paiement. Inconvénient : La subrogation ne joue qu’à hauteur du paiement effectif. Sources : soit conventionnelle. Ex : un banquier prête une somme d’argent et prend une hypothèque. Idem si prêt octroyé à deux emprunteurs solidaires et que l’un d’eux rembourse plus que sa part.de transmission d’une créance à celui qui a payé le créancier initial. Ex : l’assureur qui en indemnisant son assuré paie la dette de RC de l’auteur du dommage et recueille donc la créance de DI de son assuré. But : L’idée qui la fonde est la volonté d’inciter les tiers à régler le créancier. c’està-dire l’obtention d’intérêts de retard à compter du paiement et le bénéfice de sûretés pour garantir le paiement. ⇒ Pas d’intérêts de retard. Le recours subrogatoire lui donne le bénéfice de l’hypothèque. Correspond bien au paiement d’une dette solidaire. → subrogation automatique au profit de celui qui est « tenu avec d’autres au paiement de la dette ». Etrange mais opportun.

par contribution. il ne peut même pas lui réclamer 600. la perte qu’occasionne son insolvabilité se répartit. il aura donc payé 600. cela signifie qu’il obtient 300 du codébiteur solvable et rien du codébiteur insolvable. Le recours doit être divisé : celui qui a payé ne peut demander aux autres débiteurs que leur part. 1214 al. chacun est tenu dans la même proportion dans la dette. Ex : si l’un des 3 codébiteurs a payé 900 (le montant total). il ne peut pas réclamer 900 au 2e. En définitive. auquel cas la part de chacun dans la dette est d’½. Ex : 2 époux achètent un appartement à part égale. V. Si chacun est tenu dans la même proportion. civ. art.Le solvens ne recueille pas le bénéfice de la solidarité. ensuite théorique : on considère habituellement que la solidarité est un avantage pour le créancier uniquement. PB2 : La part de chacun dans la dette est-elle toujours égale ? Non. Pourquoi cette solution ? Raison d’abord pratique : cela évite les recours à l’infini. qui n’en sont tenus entre eux que chacun pour sa part et portion ». civ. est-ce que le risque est réparti entre les codébiteurs solvables ? Concrètement. 1213 C. Mais 46 . entre tous les autres codébiteurs solvables et celui qui a fait le paiement ». Parfois. pas forcément. PB1 : Comment faire lorsque l’un des codébiteurs est insolvable ? Ex : 3 codébiteurs pour 900 . Mais imaginons que l’un des codébiteurs soit insolvable. le solvens devrait pouvoir réclamer 600 aux 2 autres (300 au 2e et 300 au 3e). La question est alors de savoir qui supporte ce risque en définitive : est-ce celui qui a payé ? Concrètement. 2 C. l’un a payé la totalité de la dette. le solvens aurait un recours de 450 contre le débiteur solvable. : « Si l’un des codébiteurs se trouve insolvable. C’est cette seconde solution que retient l’art. : « L’obligation contractée solidairement envers le créancier se divise de plein droit entre les débiteurs.

civ. Toutefois. Cela résulte de l’art. tantôt de l’intérêt des parties. S’il y a 4 codébiteurs. Et si un débiteur non intéressé a payé.parfois. il n’a pas de recours. lorsque la dette est contractée solidairement dans l’intérêt d’un seul codébiteur. la dette se divise par part virile (ie par le nombre de têtes). Les codébiteurs non intéressés sont alors traités comme des cautions : ils ont un recours intégral. soit. le solvens a un recours intégral contre le débiteur intéressé. elles n’ont pas paru suffisantes à la jurisprudence. la proportion n’est pas la même. aussi larges soient ces possibilités. Donc. Mais ce principe peut être écarté : soit par une convention contraire expresse . Pour conférer une solidarité aux obligations découlant d’un 47 . Transition . elle doit trouver son fondement dans un acte juridique ou dans la loi. Ex : possible que sur 3 codébiteurs. chacun supporte ¼ de la dette. si le débiteur intéressé a payé. La législation de contemporaine la caution. ou un recours partiel contre les autres codébiteurs non intéressés. La solidarité est une garantie plus sûre. la détermination de la part dépend tantôt de la volonté des parties. ⇒ Comment déterminer la part de chaque codébiteur dans la dette ? En principe. En résumé. 1216 C. selon les circonstances. étant les devenue trop protectrice banques préfèrent maintenant obtenir un engagement solidaire plutôt qu’un cautionnement à l’efficacité incertaine. L’hypothèse est de plus en plus fréquente en pratique. le 1er est tenu à hauteur de 50 %.L’obligation solidaire étant une exception. les deux autres à hauteur de 25 % chacun.

l’un des auteurs est responsable contractuellement. § 4. Cette obligation est reconnue à condition que le préjudice causé à la victime soit unique. en cas de complicité de violation d’une obligation contractuelle. Peu importe le fondement de la RC (ex : que l’un soit responsable pour faute. Par exemple. parce que l’entrepreneur l’a mal construite et parce qu’un voisin a effectué des travaux qui ont déstabilisé le sol. Cela n’empêche pas une condamnation in solidum. les juges se sont donc reconnu le pouvoir de prononcer des condamnations in solidum. l’un à hauteur de 40 %. On pourrait concevoir que chaque fait soit la cause d’une partie du dommage. fondée sur des considérations théoriques et pratiques. l’autre délictuellement. En théorie. L’OBLIGATION IN SOLIDUM Définition : L’obligation in solidum est une obligation au tout pesant sur des débiteurs tenus d’exécuter une prestation identique envers un créancier. Peu importe également la nature de la responsabilité.jugement. l’autre pour le fait de la chose dont il a la garde). les deux 48 . par exemple. Quelle est la source (A) de cette obligation et quels en sont les effets (B) ? A . Ex : En droit de la RC.La source L’obligation in solidum est une invention jurisprudentielle. Ex : une maison s’effondre à la fois parce que l’architecte l’a mal conçue. l’obligation pesant sur chacun des coauteurs d’un même dommage de le réparer en entier. l’obligation in solidum trouve son origine dans l’exclusion de la causalité partielle.

afin d’améliorer le sort de la victime qui ne supporte pas le risque d’insolvabilité de l’un des coauteurs de son dommage. il ne peut s’en prendre qu’à lui-même. L’obligation in solidum n’est globalement utilisée que dans des hypothèses où le créancier est en situation de faiblesse et mérite la protection qui lui est ainsi accordée. B . De cette manière. le débiteur solvens a un recours contre les autres responsables. Ex : obligation in solidum en faveur du créancier d’aliments lorsqu’il y a plusieurs débiteurs d’aliments (ex : le père et la mère de l’enfant). dans la mesure où la solidarité ne se présume pas. En revanche. Elle n’est pas partielle. Chaque coresponsable est censé avoir causé la totalité du dommage. en dehors des cas prévus par la loi ou la coutume.autres à hauteur de 30 % (ou chacun à hauteur d’1/3). assortir de la solidarité ses décisions condamnant plusieurs personnes. Mais plutôt que de procéder à une telle division. Le prêteur a négligé de stipuler la solidarité dans le contrat. C’est pourquoi elle a créé l’obligation in solidum en matière de RC. En pratique l’obligation in solidum remédie au fait que. Obligation à la dette : 49 . le juge ne peut pas.Les effets de l’obligation in solidum Il faut distinguer à nouveau obligation et contribution à la dette. la jurisprudence française retient une conception plus abrupte de la causalité : la causalité est ou n’est pas. Toutefois. la jurisprudence autorise la victime à s’adresser à l’un des coresponsables pour la totalité de la réparation. la Cour de cassation refuse de condamner des coemprunteurs in solidum lorsque le contrat de prêt ne stipule pas que leur obligation est solidaire. Cependant l’obligation in solidum n’est pas utilisée à tort et à travers par la jurisprudence pour renverser le principe de division des dettes des codébiteurs qui prévaut en droit français.

mais décision est isolée.En revanche. Ainsi l’interruption de la prescription à l’égard de l’un ne joue pas à l’égard des autres. La doctrine est partagée. civ. Contribution à la dette : Dans les rapports entre codébiteurs. Détermination des parts contributives : elle dépend de la nature de la responsabilité de chaque protagoniste : faute ou pas. Comme chaque coresponsable est censé avoir causé tout le dommage. les effets secondaires de la solidarité sont écartés.. Mais il n’est pas certain que le solvens dispose d’un recours personnel car il n’a pas rendu service à autrui : il est intégralement responsable. Même fondement que pour la solidarité passive : l’art. La Cour de cassation a admis ce recours dans un arrêt rendu le 7 juin 1977 (Bull. le paiement fait par l’un des codébiteurs in solidum libère les autres. Peut-être est-ce tout simplement parce que l’obligation solidaire et l’obligation in solidum n’ont pas les mêmes sources (les juges n’ont pas voulu aller trop loin dans la création). Deux différences à noter par rapport à la solidarité : Nature du recours : subrogatoire. gravité de la faute prise en compte : plus la faute est 50 . il s’ensuit que chacun doit le réparer en entier. . I. Il n’est pas facile de comprendre pourquoi les effets secondaires sont exclus. et si plusieurs fautes. Il en va de même pour la mise en demeure ou pour l’opposabilité de la chose jugée. Réciproquement. 1251 3° C.L’obligation in solidum a les mêmes effets principaux que la solidarité passive : le créancier peut s’adresser à l’un des codébiteurs pour le tout. Il n’a pas à diviser les poursuites. civ. n° 266). celui qui a payé plus que sa part dispose d’un recours mais la dette se divise alors. (subrogation légale de celui qui était obligé de payer le créancier).

grave. Transition . si aucune faute. Le détail de ces règles relève du droit de la RC. parts viriles (en gros). C’est en gardant leur régime juridique à l’esprit qu’il faut maintenant aborder la circulation des obligations. plus la charge définitive de la dette sera lourde . 51 .Ainsi s’achève l’étude des obligations plurales et avec elle l’étude des modalités des obligations.

But : inciter les tiers à payer la dette d’autrui. entre le moment de sa naissance et le moment du paiement. aujourd’hui usuelle. opération dénommée la « cession de créance ». qui permet au tiers de recueillir la créance et de devenir le nouveau créancier du débiteur. en l’occurrence un tiers mieux à même que le créancier initial de supporter un délai ou un défaut de paiement. Intérêt pour la banque ? En général. Il peut alors « vendre » sa créance. Définition – La circulation d’une obligation est l’opération par laquelle l’obligation change de titulaire. soit de débiteur. L’assureur indemnise immédiatement la victime à la place du responsable et est subrogé dans les droits de la victime : il recueille la créance contre le responsable. Plus exactement. La différence = contrepartie du fait que le nouveau créancier.Deuxième partie – LA CIRCULATION DES OBLIGATIONS Qu’entend-t-on lorsque l’on parle de « circulation des obligations » ? Le terme « circulation » ne figure pas dans le Code civil. le « cessionnaire ». à une banque par exemple. doit attendre l’échéance du terme pour obtenir le paiement de la créance et qu’il supporte désormais le risque d’insolvabilité du débiteur. soit de créancier. 52 . la cession se fera pour un prix inférieur à la valeur nominale de la créance (par exemple le créancier vend 80 une créance de 100). C’est une expression d’origine doctrinale. Ex2 : un tiers paie le créancier à la place du débiteur. Ex : une personne est victime d’un dégât des eaux parce que son voisin a laissé un robinet ouvert en partant. pour obtenir des liquidités. Ex1 : un prêteur possède une créance à terme mais il a un besoin immédiat de liquidités. en obtenant une subrogation de la part du créancier.

soit le débiteur. Mais l’obligation est aussi un droit Les personnel. supra) : elles sont nécessaires au crédit. Cf. d’obligations caractéristique qu’elles impliquent une autre personne que les parties à l’opération réalisant le transfert (ex : la cession de créance est conclue entre cédant et cessionnaire. car on ne pouvait précisément concevoir qu’un lien entre deux personnes soit transmis à une autre personne. ex. Céder sa créance ou sa dette détruisait le rapport d’obligation originel. c’est-à-dire un lien opérations de transfert de droit ont entre donc deux pour personnes. expression utilisée en doctrine d’« opérations à 3 personnes ». En droit romain primitif.Pour bien comprendre les difficultés soulevées par ce type d’opération. C’est un lien et un bien. Comme on l’a signalé dans la définition de la circulation de l’obligation. Donc a priori. Plan – Une distinction fondamentale s’impose. les transferts d’obligations ne peuvent être traités comme les transferts d’autres biens et que des règles particulières doivent être édictées. la circulation des obligations était radicalement impossible. PB : Les opérations de circulation des obligations sont utiles socialement (v. D’où la NECESSITE de créer des mécanismes organisant la circulation des obligations dans l’optique de les doter d’un régime juridique sinon favorable. elles accélèrent le paiement et elles peuvent aussi réduire les coûts (paiements simplifiés) et offrir des garanties. comme tout autre bien elle doit pouvoir circuler d’un patrimoine à un autre. il faut se rappeler que l’obligation a une double nature. L’obligation est un bien (incorporel) car elle a une valeur patrimoniale. le changement de titulaire peut concerner soit le créancier. Parce qu’un tiers est impliqué. mais elle implique aussi le débiteur de la créance cédée). 53 . du moins censé ne pas les entraver.

- Mais la circulation peut aussi s’opérer par un changement de débiteur. le contrat de bail se poursuit légalement (art. ses exceptions. donc le débiteur de l’obligation de jouissance (propriétaire de l’immeuble) change. ces opérations ne sont en outre pas translatives. tout simplement parce que sa solvabilité lui importe. PB : La personne du débiteur n’est pas indifférente au créancier. Il y a un changement de la personne de la caution. civ. Techniquement. Titre I : Le transfert de l’obligation Titre II : La création d’une obligation nouvelle 54 . Ex1 : un immeuble loué est vendu . ⇒ La circulation de l’obligation peut donc suivre deux procédés distincts : soit il y a transfert de l’obligation préexistante (Titre I). Le processus mis en œuvre consiste à ce qu’un nouveau débiteur s’engage à côté ou à la place de l’ancien selon le souhait du créancier. soit il y a création d’une obligation nouvelle (Titre II).) . L’acheteur s’engage comme caution à la place de l’ancien dirigeant. qui s’était porté caution pour la société. D’où création d’une obligation nouvelle.- Le changement de créancier s’opère grâce à une cession de créance ou une subrogation. qui est possible si la banque l’accepte. en général. la personne du créancier est indifférente. Ce changement ne pose pas véritablement de problème car. avec ses accessoires. Donc pas besoin de l’accord du débiteur + la créance reste la même. Ex2 : Le dirigeant d’une société. 1743 C. vend ses actions. D’où impossibilité de libérer l’ancien débiteur sans l’accord du créancier.

qui conserve son identité. C. Le même droit. cette clause sera applicable. C’est la subrogation personnelle (Chap. Le cessionnaire recueille cette créance mais aussi la clause d’arbitrage figurant au contrat. 1689 et s. Le banquier. il n’y a pas d’esprit spéculatif. avec ses avantages (sûretés) et ses inconvénients (courte prescription par exemple) est donc transmis de l’ancien créancier au nouveau. civ. actif (transfert de la créance) et passif (transfert de la dette). qui traite cette aliénation comme une vente : le créancier « vend » sa créance. II). Ex2 : vente internationale de marchandises contenant une clause d’arbitrage. qui est le nouveau créancier (cessionnaire).Titre I – LE TRANSFERT DE L’OBLIGATION Définition – Le terme « transfert » signale que le même droit. ses caractères. est affecté par un changement de titulaire. ses accessoires. Il cède sa créance de paiement du prix (payable à terme). Contrairement à l’hypothèse précédente. Le transfert de la créance peut être réalisé de 2 manières : o Soit en aliénant la créance. Le vendeur a besoin d’argent. o Soit en remplaçant le créancier par un autre créancier. 55 . PLAN – Le transfert de l’obligation doit être envisagé sous ses 2 angles. Ex1 : Bail conclu par un locataire a fourni une sûreté (ex : dépôt de garantie ou cautionnement). Le bailleur cède sa créance de loyer à son banquier. Le procédé est conçu pour inciter autrui à payer le créancier. C’est la cession de créance (Chap. peut réclamer le paiement et il bénéficie aussi automatiquement des sûretés accessoires (dépôt de garantie et/ou cautionnement). La créance est transmise sur la base d’un paiement. I). En cas de litige. C’est le mode prévu par les art.

donc de créer une nouvelle obligation à l’égard du nouveau créancier. voire évident. Définition – La cession de créance est la convention par laquelle une personne. art. Cela faisait obstacle au changement de créancier car les formes devaient être accomplies entre le débiteur et le créancier de l’obligation. la question se pose de savoir s’il est admissible (parce que la personne du débiteur est rarement indifférente au créancier). appelé débiteur cédé. PB : Procédé lourd + les sûretés attachées à la première créance 56 . c’est-à-dire le transfert de son obligation par le débiteur. Ce pouvoir d’aliénation semble logique. appelée le cédant. la validité de l’opération est admise sans difficulté. dans un système consensualiste comme le nôtre. En droit romain. III consacré à la cession de dette. transfère à une autre personne. 1689 et suivants du Code civil. que le créancier cède sa créance à titre onéreux (vente). En droit positif. Chapitre I – LA CESSION DE CRÉANCE V. ⇒ Seul moyen de modifier le titulaire d’une obligation : procéder à un nouvel échange de paroles sacramentelles avec le tiers. rédiger un écrit ou remettre une chose).- Quant au transfert de dette. sa créance contre son débiteur. ou à titre gratuit (la créance est l’objet d’une donation). l’obligation naissait de l’accomplissement de formes (il fallait prononcer des paroles sacramentelles. C’est ce que nous verrons dans un Chap. appelée cessionnaire. Mais il n’a pas toujours été admis.

Le débiteur pouvait alors payer le mandataire en toute sécurité. D’où l’existence. 1690 demeure complexe à mettre en œuvre et coûteux. on prit l’habitude de faire signifier le mandat au débiteur. PB : Le procédé de l’art. assez complexe. pour rendre la cession opposable au débiteur cédé. et des régimes spéciaux conçus pour simplifier la cession de créance. le formalisme a décliné en droit romain pour laisser place au consensualisme + nécessaire pour les besoins du commerce d’admettre la cession de créance. civ. pour comprendre le régime des cessions simplifiées (section II). ⇒ Utilisation du mandat (procuratio) comme moyen détourné de céder une créance. Et cette technique est l’ancêtre de la formalité aujourd’hui prévue à l’art. 1690 C. de deux types de cessions de créance soumises à des régimes différents : le régime de droit commun. ⇒ Plan : On étudiera d’abord la cession de créance de droit commun (section I) . PB : Le mandat est toujours révocable (ad nutum). LA CESSION DE CRÉANCE DE DROIT COMMUN 57 . I. Mais peu à peu. en droit positif. du moins tant que la dénonciation du mandat ne lui avait pas été signifiée.disparaissent en même temps qu’elle (puisque précisément l’opération n’était pas un transfert de la créance originelle). et s’expose au risque de devoir payer une deuxième fois ! ⇒ Pour garantir la sécurité du procédé. Si bien que le débiteur n’est jamais certain que le mandat n’a pas été révoqué. Le créancier originel donnait mandat à une autre personne de recevoir le paiement à sa place. ⇒ On a cherché des moyens de l’assouplir.

colocation). On vend une créance. comme n’importe quel bien ou marchandise. Soit la donation est déguisée sous l’apparence d’un acte à titre onéreux et elle n’a pas à suivre ce formalisme]. regroupés dans un Chapitre (bizarrement) intitulé « Du transport des créances et autres droits incorporels ».Faire une libéralité (donation s’agissant d’une transmission entre vifs .Vendre la créance pour obtenir des liquidités et éventuellement ne pas supporter le risque d’insolvabilité. le cédant transmet au cessionnaire sa créance contre le cédé. mais insuffisante car une cession de créance peut avoir d’autres fonctions.V. Même si la cession de créance de droit commun est aujourd’hui concurrencée par les modes simplifiés de cession. mais un legs est possible). civ. Pierre peut céder à Paul la créance qu’il a contre Jacques. C’est alors une opération spéculative. échue ou plus souvent à échoir. au plus offrant. Pour quoi faire ? Quelles sont les fonctions de la cession de créance ? . Le créancier cède la créance dans une intention libérale et sans exiger de contrepartie (pas de prix). C’est la conception du Code civil.. Pour payer sa dette. Cela suppose que le cédant soit tenu d’une obligation préexistante envers le cessionnaire. Ex : un commerçant cède à un banquier sa créance de 100 au prix de 80. Ex : Pierre doit 10 à Paul et Jacques doit 10 à Pierre. 58 . art. Elle est exacte. 1689 à 1701 C. .Effectuer un paiement. Ex : les parents qui cèdent leur créance de loyers à leur enfant (cf. [Soit la donation est ostensible et elle doit obéir au formalisme légal. elle n’en reste pas moins d’une grande utilité pratique. .

Mais elle a récemment adopté une attitude nettement moins favorable à la cession de créance à titre de garantie. 20 mars 2001. 19 décembre 2006. Bull. IV. qui dit qu’en dehors des cas prévus par la loi. civ.. I. alors qu’ici : * il n’y a pas de prix * le cessionnaire contracte l’obligation de restituer la créance si la dette principale est payée. constitue un simple nantissement de créance. PB : Quid en et droit commun ? des Pourquoi pas ? Principe dit = la consensualisme jurisprudence ? La Cour de cassation a semblé favorable à ce type de cession de créance (v. dans un arrêt Cass. Cette forme de cession s’appelle « cession fiduciaire ». lorsque la créance résulte d’une activité professionnelle (v. à propos d’une cession fiduciaire de loyers futurs. liberté conventions. com. civ. permettant la cession à un établissement de crédit. PB : Ce type de cession est-il autorisé ? Oui entre professionnels grâce à la Loi Dailly du 2 janvier 1981. C’est la fonction la plus moderne de la cession de créance. Que 59 . parce qu’elle n’est qu’une illustration du mécanisme de la fiducie (= transférer la propriété d’un bien à titre de garantie). Civ. l'acte par lequel un débiteur cède à son créancier.Constituer une sûreté. n° 76). n° 250. Avantage clé pour le créancier cessionnaire : il est propriétaire ! La créance cédée entre dans son patrimoine et échappe ainsi aux poursuites des autres créanciers du cédant. C’est donc une propriété temporaire. implicitement. infra). mais aussi la plus éloignée de la conception du Code civil. à titre de garantie. ses droits sur des créances.. Le code conçoit la cession de créance comme une vente. 1re. en garantie d’un crédit professionnel. Bull. La créance est cédée pour garantir un crédit. qui ne devient définitive qu’en cas de nonpaiement.

⇒ Dans ce cadre.). Tous les débiteurs personnes physiques. est soumise à des conditions moins restrictives. Portée incertaine : revirement de jurisprudence ou divergence entre chambres ? Le doute demeure. Une retouche récente de la loi a cependant complètement ouvert la fiducie. les cessions fiduciaires sont donc aujourd’hui autorisées. étaient donc exclus du bénéfice de cette loi. Les conditions de la cession de créance Traditionnellement. 19 février 2007) autorisant la fiducie y compris à titre de sûreté (v. on distingue 2 types de conditions. Plan – On examinera les conditions (§ 1) puis les effets (§ 2) de la cession de créance. admise au Luxembourg dès 1983 (RGD 19 juillet 1983). la question de la validité de la cession fiduciaire ne se pose plus depuis longtemps car la fiducie. PB : Formalités différentes de celles de la cession de créance de droit commun et notamment enregistrement de la fiducie auprès de l’administration fiscale (lourd !). 2018-2 C.⇒ L’acte doit respecter les conditions du nantissement et que le créancier nanti ne devient pas propriétaire de la créance. Il a un simple droit de préférence sur elle. PM non commerciales et PM commerciales non soumises à l’impôt sur les sociétés. moins important depuis qu’une loi a été votée en France (L. civ. En pratique. art. et notamment peut être constituée depuis longtemps par n’importe quelle personne capable. 60 . ne pouvait constituer une fiducie qu’une personne morale soumise à l’impôt sur les sociétés. Initialement. La question de la validité de la cession fiduciaire restait intéressante. § 1. Au Luxembourg.

La question est donc de savoir si la créance est cessible. Pour cette raison. il n’est pas nécessaire de le stipuler dans le contrat initial. C’est opportun et logique (peu lui importe l’identité de son créancier). Comme toute convention. Ce principe s’applique-t-il aux créances futures ? Peut-on céder une créance qui n’est pas encore née ? En droit commun. il faut souligner qu’il s’agit uniquement du consentement de cédant et du cessionnaire. Le consentement du débiteur cédé n’est PAS une condition de la cession. mais aussi les créanciers et ayants cause du cédant qui ont tous intérêt à faire admettre que la créance n’est. S’agissant de l’objet de la cession de créance. Ensuite. elle intéresse les tiers : le débiteur cédé naturellement qui se retrouve lié au cessionnaire. puisque cette convention porte sur une créance.D’abord. civ. à leurs yeux. C. Par conséquent. conditionnelle. La réponse est positive en principe. elle obéit à des conditions de validité (A). de somme d’argent ou d’une autre nature (ex : parts sociales). Peu importe que la créance soit échue ou à échoir. consentement sérieux et exempt de vice. c’est la créance cédée. A. la cession de créance doit remplir des conditions d’opposabilité (B). objet certain et cause licite. Les conditions de validité Conditions de validité de droit commun en principe (art. la cession de créance est une convention entre cédant et cessionnaire. Seules questions appelant des précisions : le consentement et l’objet de la cession. jamais sortie du patrimoine du cédant (leur débiteur).) : capacité des parties. 1108 s. Sur le consentement. la Cour de 61 .

La solution était 62 . civ. Le cédé pouvait donc seulement engager la responsabilité contractuelle du cédant n’ayant pas respecté la clause. L. art. La règle est la même pour les pensions de retraite. Exception conventionnelle : clause d’incessibilité ou clause d’agrément (l’agrément du débiteur est requis pour que la cession opère. dans une certaine mesure. 1130 C. Cf. com. industriels ou artisans (art. Elles sont incessibles afin de protéger leur créancier. 442-6 II c C. com. civile du 20 mars 2001 (précité) qui affirme que « les créances futures ou éventuelles peuvent faire l’objet d’un contrat. C’est un peu la même idée : le salaire remplit en partie une fonction alimentaire.cassation l’a admis à propos de loyers à naître issus de baux non encore conclus au moment de la cession. PB1 : ces clauses sont-elles valables ? La réponse est positive. des créances de salaires. au motif qu’il était tiers à ce contrat. selon lequel les choses futures peuvent être l’objet d’une obligation. sous la réserve de leur identification ». sauf si la clause vise les créances des producteurs. par exemple en cas de cession de parts sociales). IV. commerçants.). 21 novembre 2000 (Bull. n° 180) avait décidé que le cessionnaire n’était pas lié par la clause d’agrément stipulée dans le contrat dont la créance était issue. civ. C’est également vrai. PB2 : que se passe-t-il si la créance est cédée malgré la clause d’incessibilité ou sans demande d’agrément ou malgré le refus d’agrément ? La cession est-elle nulle ? Estelle valable tout en donnant lieu à des dommagesintérêts ? La jurisprudence a évolué : Cass. Le principe souffre deux séries d’exceptions : Exceptions légales : créances alimentaires. C’est l’arrêt de la 1ère ch.

dans son sens historique. pour que la cession de créance soit efficace. il fallait que le cessionnaire soit « ensaisiné ». Tant que la cession n’était pas signifiée au cédé.critiquable car le contrat contenant la clause d’agrément est opposable au cessionnaire. comme signalant que les formalités prévues par ce texte sont nécessaires au transfert de propriété de la créance ? La réponse est négative : 63 . com. civ. C’est un texte fondamental. ⇒ Faut-il interpréter le terme « saisi » figurant à l’art. L’emploi du mot « saisi » trahit l’influence de l’Ancien droit. 1690 C. Il faut à présent examiner à quelles conditions la cession de créance est opposable aux tiers. B. A l’époque. principe de l’opposabilité de plein droit). 22 octobre 2002. 1690 C. les parties (le cédant et le cessionnaire) doivent accomplir certaines formalités (cf. Ces formalités sont prévues à l’art. Pourquoi ? Parce que le transfert de propriété ne s’opérait pas solo consensu dans l’Ancien droit (ensaisinement = traditio du droit romain). la créance restait dans le patrimoine du cédant. décidant que la clause d’incessibilité est opposable au cessionnaire et la cession annulable. Il était ensaisiné lorsque la cession était signifiée au débiteur cédé. p. civ. 129 obs. D’où un revirement : Cass. Les conditions d’opposabilité Pour que la cession de créance soit opposable aux tiers. Il dispose : « Le cessionnaire n’est saisi à l’égard des tiers que par la signification Néanmoins du le transport cessionnaire peut faite être au également débiteur. RTD civ. La signification emportait transfert de propriété de la créance. saisi par l’acceptation du transport faite par le débiteur dans un acte authentique ». 2003.. CROCQ.

le transfert de propriété a lieu par le seul échange des consentements. que le législateur rend ici obligatoire pour s’assurer que le débiteur cédé est effectivement informé de la cession. Le contenu des formalités prévues par l’art. Idem pour la créance transmise au cessionnaire dès la conclusion du contrat de cession. sans formalité particulière. d’opposabilité aux tiers. sont seulement des formalités de publicité. civ. Plan – L’art. Nous verrons successivement leur contenu (1) puis leur rôle (2). 1690 ne concernent pas les rapports entre les parties. les parties peuvent choisir entre 2 formalités pour rendre la cession de créance opposable aux tiers : soit la signification de la cession au débiteur cédé. Si ces formalités ne sont pas respectées. qui elles sont soumises au droit commun. Les formalités prévues par l’art. 1690 C. Il règle les rapports entre les parties et les tiers uniquement.- d’abord. C’est un procédé formaliste d’information de celui auquel elle est adressée. De quoi s’agit-il ? La signification – La signification est un exploit (acte) d’huissier de justice. et en particulier au débiteur cédé. - ensuite. 1690 C. parce que dans le Code civil. Garantit l’efficacité et la sécurité de la cession grâce à sa date certaine. civ. autrement dit ignorer l’existence de la cession. civ. 1. 1690 C. 64 . ⇒ Les formalités de l’art. prévoit 2 formalités alternatives.. donc au consensualisme. D’après l’art. parce que l’art. civ. les tiers peuvent « faire comme si » que la créance n’était jamais sortie du patrimoine du cédant. soit l’acceptation par le débiteur cédé dans un acte authentique. 1690 C. 1690 précise bien que c’est « à l’égard des tiers » que le cessionnaire est « saisi » par la signification.

Attention cependant !!!! Le terme employé par le Code civil est trompeur. les parties demanderont au débiteur cédé de donner son « acceptation ». car il est dans son intérêt de rendre le plus vite possible la cession opposable aux tiers. La cession nécessite seulement l’échange des consentements du cédant et du cessionnaire. ce qui évite les fraudes aux droits acquis par les tiers sur la créance cédée. il reconnaît avoir été informé. Tout ce que l’on demande au débiteur. averti. à condition qu’ils informent correctement le cédé de la cession. La Cour de cassation reconnaît l’efficacité de formalités équivalentes à celles prévues par la loi : Par exemple. De cette façon. La jurisprudence admet également qu’une « acceptation » dans un acte ssp. c’est son acquiescement. la signification peut être faite par une assignation en paiement ou un commandement de payer. par souci de simplicité. équivaut 65 . L’acceptation dans un acte authentique – Cette formalité est plus rarement employée car elle est plus coûteuse. Elle ne le sera que si la cession de créance a lieu par acte authentique. 1690 avec souplesse. ⇒ La jurisprudence a interprété l’art. Mais en pratique c’est généralement le cessionnaire qui prend l’initiative de la signification. Là encore. Il ne s’agit PAS de demander au débiteur son consentement à la cession : il ne devient pas partie au contrat de cession de créance . Assouplissements jurisprudentiels – Les formalités légales sont lourdes et coûteuses (elles font toutes intervenir des officiers publics. voire une acceptation verbale. huissiers ou notaires). l’acte aura date certaine. de la cession.PB : Est-ce au cédant ou au cessionnaire de procéder à la signification de la cession ? Du silence de l’art. il ne prend pas un nouvel engagement. 1690 on peut déduire que cette formalité peut être accomplie par n’importe laquelle des parties. Dans ce cas.

L’article 1690 énonce désormais : « Le cessionnaire n’est saisi à l’égard des tiers que par la notification du transport faite au débiteur. L’assouplissement apporté par la jurisprudence en France est ainsi apporté dans la loi au Luxembourg. par exemple. 1690 du Code civil a été modifié pour assouplir ces formalités. La connaissance n’est pas en elle-même l’équivalent d’une formalité. On arrive ainsi finalement à des solutions relativement proches du droit français (parfois plus souple : la notification peut se faire par simple ASSP au Luxembourg alors qu’en France seule l’acceptation peut se faire par ASSP + suffit pour l’opposabilité à tous les 1/3. Mais l’assouplissement ne vaut pas dans les rapports entre cessionnaire et les autres tiers. luxembourgeois). pas envisagée dans le C. 1690 n’est respectée mais qu’il apparaît que le débiteur cédé a malgré tout connaissance de la cession de créance.à une « acceptation » par acte authentique dans les rapports cessionnaire/débiteur cédé. civ. PB : quid si aucune formalité prévue l’art. le cessionnaire peut également être saisi par l’acceptation du transport faite par le débiteur. Elle ne suffit pas à 66 . Néanmoins. le débiteur cédé ne pourra plus se libérer valablement en payant sa dette entre les mains du cédant. si un tiers conteste la date de la notification ou de l’acceptation du transport. grâce à une lettre simple ? La connaissance suffit-elle à assurer l’opposabilité de la cession au débiteur ? La jurisprudence ne l’admet pas en principe. l’art. Concrètement. soit par un acte sous seing sous privé. la preuve de cette date peut être rapportée par tous les moyens ». NB : Au Luxembourg. La notification et l’acceptation du transport s’effectuent soit par un acte authentique. mais possibilité d’une acceptation verbale en France. pour lesquels l’acceptation par acte authentique est requise. Dans ce dernier cas. pas seulement au débiteur cédé .

civ. Bull. mais qui est partie à la créance transférée.. civ. V. 67 . il est libéré alors qu’il a mal payé. 26 novembre 2003. (« Le payement fait de bonne foi à celui qui est en possession de la créance est valable. a) Rôle à l’égard du débiteur cédé Les formalités servent à rendre la cession opposable. sous réserve d’un concert frauduleux entre le cédé et le cédant. 2. 1240 C. Le rôle des formalités varie selon le tiers concerné. cass° a admis que la fraude soit constituée par la seule connaissance de la cession. tant qu’elles ne sont pas accomplies. 1690 C. avant que le cédant ou le cessionnaire eût signifié le transport au débiteur. civ. ⇒ Si le débiteur n’est pas prévenu et qu’il paie le cédant. il sera valablement libéré ») et aussi art. le cessionnaire ne devrait pas pouvoir se prévaloir de la créance à l’égard du cédé. 1691 C. Donc. n° 176). Pour le débiteur cédé non averti. civ. de sorte que le paiement fait par le cédé au cédant. le seul créancier est le cédant. IV. (depuis nouvelle rédaction en 1994). n’est pas libératoire (Com. ⇒ Sans revenir sur le principe. Il faut en effet mettre à part le débiteur cédé. civ. Le rôle des formalités prévues par l’art. la C.rendre la cession opposable au cédé. Même solution au Luxembourg à l’art. c’est bien la connaissance qui importe. au détriment du cessionnaire. La solution est inutilement rigide car. celui-ci avait payé le cédant. art. qui est certes un tiers au contrat de cession. encore que le possesseur en soit ensuite évincé »). au fond. (« Si. C’est le but ultime de l’accomplissement des formalités que d’informer les tiers. 1691 C.

26 février 1985. ⇒ La Cour de cassation renverse le principe puisqu’elle énonce que. même si les formalités ne sont pas accomplies. 3e. Dans ce cas. Mais d’autres arrêts décident curieusement du contraire : le cessionnaire peut tout de même se prévaloir de sa créance à l’égard du débiteur cédé malgré le non respect des formalités. inédit : « le défaut d’accomplissement de ces formalités ne rend pas le cessionnaire irrecevable à réclamer au débiteur cédé l’exécution de son obligation quand cette exécution n’est susceptible de faire grief à aucun droit advenu depuis la naissance de la créance soit audit débiteur cédé. 68 . 1690 : si les formalités ne sont pas remplies. Pourtant. le cessionnaire ne peut pas réclamer le paiement (faire valoir sa créance) au débiteur cédé. 1690 ne sont pas respectées ? Distinguer rapports cessionnaire/cédé et cédant/cédé. soit à une autre personne étrangère à la cession ». le cessionnaire peut exiger du débiteur cédé le paiement de la créance. PB : Que se passe-t-il si les formalités de l’art. Le cessionnaire ne peut pas exiger le paiement car cela nuirait au tiers saisissant à qui la cession est inopposable puisque les formalités n’ont pas été satisfaites. not.Cela paraît simple. Dans les rapports cessionnaire/débiteur cédé – Certains arrêts appliquent logiquement l’art. V. le cessionnaire ne peut pas exiger le paiement. soit parce qu’il a déjà payé le cédant. par exemple. un tiers qui aurait déjà pratiqué une saisie sur la créance. la jurisprudence est relativement confuse. Civ. auquel la cession est inopposable. sauf dans 2 cas : si le paiement doit faire grief au débiteur cédé. soit parce qu’il a une créance contre le cédant et qu’il pourrait invoquer la compensation. si le paiement doit faire grief à un tiers autre que le débiteur cédé.

le cédant est le seul créancier du débiteur cédé. même si les formalités n’ont pas été respectées. D’où deux conséquences : la cession est inopposable AU débiteur cédé : il peut payer le cédant sans se voir reproché d’avoir payé celui qui n’était plus créancier. le cédant est toujours le créancier. il « peut » payer le cédant (1re conséquence). elle n’est encourue que dans la mesure où elle permet de protéger un intérêt en péril. Or le cédant ne devrait pas pouvoir poursuivre le paiement au seul prétexte que les formalités n’ont pas été respectées. En somme.Au fond. en vue duquel elles ont été édictées. peu importe que les formalités ne soient pas respectées si l’intérêt des tiers. selon cette jurisprudence. Dans les rapports cédant/débiteur cédé : si les formalités de l’art. mais il « doit » payer le cédant si celui-ci le réclame (2° csqce). car à ses yeux. la cession ne peut pas être opposée PAR le cédé : il ne peut pas refuser de payer le cédant au motif qu’il y aurait une cession de créance. n’est pas effectivement menacé. PB : La 2nde conséquence autorise le cédant à exiger le paiement d’une créance qu’il a pourtant cédée. Son paiement au cédant est valable. L’inopposabilité n’est pas encourue du seul fait que les formalités n’ont pas été accomplies . On fait comme si la cession de créance n’existait pas. 1690 ne sont pas respectées. non seulement. Il faudrait au contraire que le cédé puisse opposer la cession au cédant qui agit contre lui. Il ne peut pas s’en prévaloir. Mais tel n’est pas l’état de la jurisprudence actuelle. b) Rôle à l’égard des autres tiers 2 questions : qui sont les tiers concernés ? Comment les formalités jouent-elles à leur égard ? 69 .

mais intéressés par la cession. Cela vise aussi les créanciers du cédant qui voudraient pratiquer une saisie sur la créance cédée. ces personnes auront intérêt à dire que la cession leur est inopposable. autrement dit que la créance est. Pour préserver leur droit. Ex : un contribuable ne paie pas ses impôts. la saisie du TP ne vaut rien . pour eux. De qui s’agit-il ? L’ayant cause à titre particulier du cédant qui aurait acquis un droit sur la créance après la cession. Il est par ailleurs propriétaire d’un immeuble qu’il a donné à bail. Si la cession est opposable. toujours dans le patrimoine du cédant. Pour garantir l’effectivité de leurs droits. Le Trésor Public saisit la créance de loyers. 70 . en ce sens que le droit du cessionnaire pourrait venir en conflit avec le leur sur la créance cédée. la saisie fonctionne. ils auront intérêt à soutenir que la cession leur est inopposable. ou un créancier nanti si le cédant a consenti un nantissement (= une sûreté sur la créance) à l’un de ses créanciers. mais le locataire (débiteur cédé) soutient que la créance a été cédée au banquier du propriétaire. ce qui suffit à rendre la cession opposable tant au cédé lui-même qu’aux autres tiers. Le tiers (fisc) a intérêt à ce que la cession lui soit déclarée inopposable car cela lui permet de « faire comme si » le cédant était demeuré créancier. Ex : un second cessionnaire si le cédant a cédé 2 fois de suite la même créance . si la cession n’est pas opposable.Les autres tiers sont ceux qui sont étrangers à la créance cédée. 1690 prévoient que le débiteur cédé soit informé. Idée = le cédé. Mise en œuvre – Les formalités de l’art.

même s’il est le 2nd cessionnaire. si le créancier saisissant est plus rapide. La règle est la même si l’ayant cause du cédant ou le créancier saisissant ont connaissance de la cession malgré le non respect des formalités. 1690 ne sont pas respectées. 1690 le premier. Leur connaissance ne suffit pas. Mais en réalité. à leur rendre la cession opposable. le cessionnaire qui l’emporte est celui qui accomplit les formalités de l’art. La cession provoque un effet translatif (A) et fait naître une obligation de garantie à la charge du cédant (B).informé par les parties. le cessionnaire ne pourra pas se prévaloir de la créance. En outre. la règle est la suivante : si les formalités de l’art. Quoi qu’il en soit. En cas de conflit entre un cessionnaire et un créancier saisissant du cédant. la cession est inopposable aux tiers. de sorte que la saisie sera inefficace . Si le cédant cède sa créance puis consent un nantissement à un tiers. il n’est pas certain que ce soit très fiable. en principe. informera à son tour les autres tiers. la cession emporte des effets particuliers lorsqu’elle porte sur une créance litigieuse (C). à l’inverse. ⇒ Si le cédant cède 2 fois de suite la même créance. celui qui l’emporte est celui qui accomplit le premier les formalités d’opposabilité (de la cession pour le cessionnaire / du nantissement pour le créancier nanti). le cessionnaire l’emporte s’il a accompli les formalités avant que la saisie ne soit diligentée. § 2. Les effets de la cession de créance Les effets de la cession de créance sont similaires à ceux d’une vente. 71 .

le prévoit expressément. L’art. la cession de la 72 . par exemple. etc. Ex. Le cessionnaire reçoit la créance originaire et non une créance nouvelle. Ce n’est pas une novation. Le transfert porte d’abord sur la créance elle-même. déjà évoqué : Lorsqu’un contrat de bail est conclu et que le paiement des loyers est garanti par un cautionnement. quel que soit le prix (en général inférieur) qu’il a payé ou même s’il n’en a payé aucun (cessionnaire-donataire). Le cessionnaire acquiert les droits que confère la créance. ce qui dispense les parties de le stipuler. 1692 C. Seul le créancier change . A moins. la créance reste la même : elle conserve sa nature (civile ou commerciale). le cédé pourra opposer au cessionnaire les exceptions qu’il aurait pu opposer au cédant (2). ce qui est possible. civ. que la cession soit partielle.A. Son droit correspond normalement au montant nominal de la créance. par conséquent. L’effet translatif Le cessionnaire acquiert tous les droits qu’avait le cédant : nous verrons ce que cela recouvre (1). le droit d’être payé. auquel cas. le cessionnaire ne peut réclamer que ce qui lui a été cédé par le cédant. Le transfert porte ensuite sur les accessoires de la créance. Il s’agit des sûretés personnelles et réelles. 1. le droit de consentir une remise de dette. et plus largement de toutes les garanties attachées à la créance (ex : la solidarité passive si créance contre plusieurs débiteurs). L’étendue du transfert 2 aspects doivent être soulignés. le cas échéant ses modalités (ex : terme) et les clauses qui la régissent (ex : une clause précisant le lieu de paiement). Le cessionnaire acquiert la même créance que celle qui appartenait au cédant.

12 janvier 2010. conformément au principe du consensualisme. PB : Quelles sont ces exceptions ? Ce sont les exceptions qui touchent à la validité et à la force obligatoire du contrat qui a donné naissance à la créance cédée : l’exception de nullité. a) Les exceptions inhérentes à la créance Se transmettent nécessairement avec la créance et sont donc opposables au cessionnaire. l’exception d’inexécution (v. intérêts une clause pénale. l’exception de résolution. D. des conventionnels. 73 . Il faut distinguer 2 types d’exceptions. cet effet translatif se produit entre les parties au moment même de l’échange des consentements. action responsabilité. L’opposabilité des exceptions Puisque la créance est la même. Cass. Le cessionnaire peut donc réclamer le paiement des loyers à la caution si le locataire ne paie pas lui-même. contractuelle ou même délictuelle (ex : contre le notaire responsable de l’inefficacité de l’hypothèque qui garantissait la créance cédée). etc. En fait. 2010.créance de loyers emporte transmission au cessionnaire du cautionnement.266). com. Il s’agit également des clauses relatives au litige : clause de compétence ou d’arbitrage. 2. le régime de l’opposabilité ne se résume pas à ce principe. Enfin. une une clause en résolutoire. le débiteur cédé peut a priori opposer au cessionnaire toutes les exceptions qu’il aurait pu opposer au cédant afin d’échapper au paiement. par exemple. en ce sens. Les accessoires sont aussi les droits qui renforcent la position du créancier.

le cédant n’est plus créancier. le cédé pourra la lui opposer. Or. b) Les exceptions extérieures à la créance De quelles exceptions s’agit-il ? Ce sont les exceptions qui tiennent à la libération du cédé envers le cédant : le paiement. c’est-à-dire le cédant et le cessionnaire. Toutes ces exceptions sont des causes d’extinction de l’obligation. le cédant n’est créancier que jusqu’au jour où la cession prend effet. la compensation. c’est le débiteur cédé qui a intérêt à opposer une exception au cessionnaire pour échapper au paiement de son 74 . encore faut-il que le paiement (la remise…) intervienne bien entre le débiteur et le créancier. la remise de dette et la novation. Le délai de prescription n’est pas modifié par le transfert. PB : A quel moment la cession produit-elle son effet translatif à l’égard du cédé ? Est-ce à la date de la conclusion du contrat de cession ou à la date d’accomplissement des formalités de l’art. Si le cessionnaire laisse courir la prescription. Mais pour qu’il y ait extinction de l’obligation. si la créance est modifiée (ex : délai de paiement = terme repoussé). pour la raison simple qu’une modification de contrat n’est efficace que si elle résulte d’un accord entre le créancier et le débiteur. Or. Cependant. De même.Cela vise enfin l’exception de prescription. après la cession. ⇒ Ces exceptions ne seront opposables au cessionnaire que si elles interviennent AVANT que la cession ne prenne effet. cela n’est opposable au cessionnaire que si la modification intervient AVANT la date d’effet de la cession. ce dernier est investi de la créance dès la conclusion du contrat puisque le transfert de propriété s’opère solo consensu. 1690 ? Dans les relations entre les parties à la cession.

Les exceptions extérieures nées après la date d’accomplissement des formalités de l’art. avant que le cédant ou le cessionnaire eût signifié le transport au débiteur. le débiteur cédé est en droit de considérer que la créance est toujours dans le patrimoine du cédant. dispose : « Si. le débiteur ne peut plus invoquer l’exception de paiement contre le cessionnaire. la cession produit donc son effet translatif à la date à laquelle la cession lui devient opposable. il est nécessaire que les formalités de l’art. civ. 2 C. 1690 aient été accomplies pour que la cession lui soit opposable. 1691 en fournit une illustration à propos du paiement. Le cédé peut alors opposer l’exception de paiement au cessionnaire. civ.obligation. ⇒ Il en résulte que : Les exceptions extérieures à la créance nées avant la date d’accomplissement des formalités de l’art. mais 75 . après l’accomplissement des formalités. L’art. L’art. il devra payer à nouveau le cessionnaire. Ce qui signifie que : Tant que la cession de créance n’est pas signifiée au débiteur cédé ou tant qu’il ne l’a pas « acceptée ». Inversement. ⇒ A l’égard du cédé. 1690 sont inopposables au cessionnaire. Or s’agissant du débiteur cédé. celui-ci avait payé le cédant. 1691 C. 1295 al. le débiteur cédé peut valablement se libérer entre les mains du cédant car la cession lui est inopposable (elle a produit son effet translatif entre les parties seulement). Avant l’accomplissement de ces formalités. dispose : « A l’égard de la cession qui n’a point été acceptée par le débiteur. Autre exemple : la compensation. S’il a payé le cédant après cette date. il sera valablement libéré ». L’art. 1690 sont opposables au cessionnaire.

civ. le cédant n’est plus son créancier. C’est logique : L’effet translatif ayant eu lieu à l’égard du cédé. 1690. Mais le cédé ne peut pas opposer au cessionnaire une compensation qui interviendrait après que la cession de créance lui ait été signifiée. elle n’empêche que la compensation des créances postérieures à cette notification ». si une novation ou si une modification de la créance sont convenues avant l’accomplissement des formalités de l’art.qui lui a été signifiée. La compensation ne peut en réalité même plus intervenir du 76 . Le cédé peut opposer au cessionnaire l’exception de compensation si la compensation intervient avant que la cession de créance ne lui ait été signifiée. 1295 C. Pour en revenir au principe. le débiteur cédé peut les opposer au cessionnaire. ces exceptions sont inopposables au cessionnaire. précisément. Mais si elles sont convenues avec le cédant après la date d’accomplissement des formalités. qui prévoit aujourd’hui cette solution (sans distinguer selon que la cession a été simplement notifiée ou acceptée par le débiteur cédé). c’est l’art. NB2 : Il y a une exception au principe selon lequel la compensation postérieure à l’accomplissement des formalités de l’art. Si une remise de dette. tout. alors le débiteur cédé peut opposer la compensation au cessionnaire quelle que soit la date à laquelle il a acquis la créance connexe sur le cédant. 1690 est inopposable au cessionnaire. Ce principe supporte néanmoins 2 tempéraments. celui-ci ne peut plus se prévaloir d’une compensation entre sa créance envers le cédant et la créance que le cédant a sur lui puisque. NB1 : En droit luxembourgeois. il s’applique de la même manière aux autres exceptions. Si les dettes compensées sont connexes.

2nd tempérament : d’origine légale et concerne la compensation. 1295 al. il avait connaissance de la cession de créance. Au Luxembourg. qui assiste à la cession de créance et sait qu’il a une exception de compensation. 77 . 1691 C. 1690 place ces deux formalités sur un pied d’égalité. prévoit aujourd’hui explicitement que le paiement fait au cédant ne libère pas le débiteur cédé lorsqu’il est prouvé que ce dernier avait connaissance de la cession de créance. dont on doit respecter les prévisions. quand bien même ce paiement serait intervenu avant la date d’accomplissement des formalités. 1 C. s’agissant de la compensation ? Parce que si le débiteur cédé. Il ne pourra donc plus l’opposer au cessionnaire. il peut apparaître qu’il a commis une fraude aux droits du cessionnaire. art. Par conséquent.1er tempérament : la fraude du cédé. Si le débiteur cédé paie le cédant alors qu’en dépit de l’absence de formalités. civ. avant l’acceptation. l’art. pas toujours facile de démontrer l’intention frauduleuse du débiteur cédé et il n’est pas sûr que la seule connaissance de l’existence de la cession suffise à l’établir. alors que l’art. 1240 a contrario). n’est pas libératoire (cf. opposer au cédant ». ne peut plus opposer au cessionnaire la compensation qu’il eût pu. Idée = le paiement fait de mauvaise foi par un débiteur à une personne qu’il sait ne pas être ou ne plus être créancier. L’hypothèse est celle dans laquelle le cédé a « accepté » la cession c’est-à-dire reconnu qu’il avait été informé de l’existence de la cession (même par ASSP). dispose : « Le débiteur qui a accepté purement et simplement la cession qu’un créancier a faite de ses droits à un tiers. PB : En pratique. L’art. civ. on peut supposer qu’il y renonce. Pourquoi traiter ainsi différemment la signification et l’acceptation. ne l’invoque pas pour en réserver lors de son « acceptation » de la cession. La jurisprudence tend cependant à admettre la fraude de plus en plus largement en se contentant d’une simple conscience du préjudice causé à la victime de la fraude. il serait inopposable au cessionnaire.

civ. de plein droit. civ. Il dit seulement « En cas de cession de créance. Que recouvre la garantie ? Le cédant garantit. puisqu’elles sont souvent un élément déterminant dans l’acquisition de la créance par le cessionnaire. : « Celui qui vend une créance ou autre droit incorporel.En droit luxembourgeois. En revanche. l’art. comparable à la garantie d’éviction qu’il met à la charge de tout vendeur. le cédant ne garantit pas la solvabilité du débiteur. susceptible d’aménagements conventionnels. doit en garantir l’existence au temps du transport. si cette dernière créance est née avant le moment où la cession lui devient opposable… ». Le cédant garantit également l’existence des sûretés attachées à la créance. sauf stipulation contraire. 78 . 1295 ne fait pas une telle distinction. Ex : si le cessionnaire laisse la créance s’éteindre par prescription. le cédant est responsable. Il existe un régime légal. 1694 C. La garantie ne joue pas si la créance est affectée d’un vice postérieurement à la cession. Régime légal – Art. B. le débiteur peut invoquer à l’égard du cessionnaire la compensation de la créance cédée avec une créance dont il dispose contre le cédant. L’étendue de la garantie est appréciée au jour de la cession.. au cessionnaire qu’il est bien le titulaire de la créance cédée. 1693 C. et que cette créance n’a aucun vice qui pourrait être opposé par le débiteur cédé. d’après l’art. Ex : si la créance est nulle. L’obligation de garantie Le Code civil impose au cédant une obligation de garantie. quoiqu’il soit fait sans garantie ».

La cession de créance litigieuse On a vu. pas de la solvabilité future (au jour de l’échéance). Cette règle est impérative. l’art. Cependant. l’autorise sous 2 limites : la garantie ne joue qu’à concurrence du prix que le cédant a retiré de la créance. 1695 précise que la solvabilité s’entend de la solvabilité actuelle (au jour de la cession). 79 . le cédant en répond en dépit de l’exclusion conventionnelle de garantie. il obtiendra au plus 80 de la part du cédant. Ce principe est si large qu’il englobe la créance litigieuse. que la créance était en principe cessible. Ex : si le cessionnaire achète au prix de 80 une créance de 100. Extension de la garantie : le cédant peut garantir la solvabilité du débiteur cédé. Mais le garant ne peut pas exclure la garantie de son fait personnel. Restriction de la garantie : la garantie peut être réduite en partie (ex : le cédant ne garantit pas l’existence des sûretés) ou en totalité. L’art. civ. cette limite n’est pas impérative et peut être écartée par les parties. 1694 C. Ex : clause de garantie de passif lors d’une cession de parts sociales. C. lors de l’examen des conditions de validité de la cession. Ex : si la créance est éteinte parce qu’il avait reçu un paiement ou s’il a cédé 2 fois de suite la même créance et que le 2nd cessionnaire est le 1er à accomplir les formalités aux dépens de l’autre cessionnaire. Régime conventionnel – La liberté contractuelle autorise les parties à étendre ou au contraire à restreindre la garantie légale.Sanction : le cédant devra restituer le prix de la cession et le cas échéant verser des dommages-intérêts au cessionnaire.

on l’a vu. Il n’obtiendra pas le bénéfice qu’il escomptait (différence prix de cession – montant nominal). 80 . le débiteur cédé peut racheter la créance au cessionnaire. Normalement.481). Son existence est contestée en justice. Cependant. seulement du prix qu’il a payé mais aussi des frais qu’il a encourus.). Le système prévu permet de « piéger » le cessionnaire. Pourtant le cédant peut la céder valablement à un tiers. et donc incertaine. 1699 et s. Pourquoi ce pouvoir unilatéral du débiteur ? L’objectif est d’éviter la spéculation sur l’issue du procès. com. La créance s’éteint donc par confusion et l’objet sont du litige disparaît. Le retrait est possible même s’il y a eu cession en bloc de multiples créances pour un prix global et que le prix exact de la créance retrayée n’est pas d’emblée individualisé (Cass. puisque le débiteur rachète la créance que le cessionnaire a contre lui. lorsque la créance est litigieuse. le débiteur cédé doit au cessionnaire l’intégralité du montant nominal de la dette et non pas seulement le prix de cession convenu entre le cédant et le cessionnaire. Il est en quelque sorte « expulsé » pour le (faible) prix qu’il avait lui-même obtenu. RTD civ. Il a l’avantage de mettre fin au procès. et donc se libérer envers lui en lui remboursant seulement le prix de la cession. puisqu’il Et les intérêts du non cessionnaire préservés est indemnisé. NB : La jurisprudence est très favorable au retrait litigieux. C. Ex : une personne exploite les besoins du cédant et achète une créance litigieuse très peu chère.La créance litigieuse est celle qui fait l’objet d’un procès. Ce système est appelé « retrait litigieux ». 2008. mais les effets d’une telle cession seront particuliers (art. augmenté des frais éventuels liés à la conclusion du contrat. 27 mai 2008. civ.

pour 2 raisons : C’est un système trop lourd. il faut alléger les formalités destinées à informer le débiteur cédé et les autres tiers intéressés. PB : ces deux objectifs sont difficilement compatibles entre eux. en rendant les exceptions inopposables au cessionnaire. trop complexe et donc trop coûteux (à cause notamment des formalités de l’art. C’est un système peu sûr en raison de l’opposabilité des exceptions au cessionnaire par le cédé. Le système du Code civil est cependant inadapté aux professionnels qui pratiquent couramment la cession de créance. le processus est alourdi. LES CESSIONS SIMPLIFIÉES Les cessions simplifiées sont destinées à être plus simples et plus sûres que les cessions de droit commun. Dans les 2 cas. 1690). comment rendre la cession opposable aux tiers sans respecter l’art. Mais alors. 1690 ? Comment alléger la cession sans insécurité pour le cessionnaire ? Ce tiraillement explique qu’il n’y ait pas de cession simplifiée qui atteigne pleinement les 2 objectifs de simplicité et de sécurité. Pour rendre la cession plus simple. Pour rendre la cession plus sûre.Transition – Ainsi s’achève l’étude de la cession de créance telle qu’elle est régie par le Code civil. II. 81 . C’est pourquoi d’autres modes de cession ont été élaborés pour pallier ces insuffisances. il faut faire intervenir le cédé pour qu’il s’engage en ce sens ou exiger de lui qu’il s’engage en ce sens dès la naissance de la créance.

Celui qui détient le papier est le créancier. § 1. cependant. On donne une forme à une créance pour faciliter sa circulation. Les titres négociables Les titres négociables remontent au Moyen-Age. 1690 C. Ce sont des titres en ce sens que la créance est incorporée au titre qui la représente. Le titre au porteur – Le débiteur s’engage à payer sa dette au porteur du titre.Certaines rendent la cession de créance plus sûre. Il existe 3 sortes de titres négociables : le titre au porteur. n’ont ainsi plus à être respectées. civ. les valeurs mobilières sont « dématérialisées » : le droit du titulaire résulte d’une inscription sur 82 . La créance se transmet ainsi de main en main. Faire circuler le titre. D’autres rendent la cession plus simple : c’est la cession Dailly (§ 2). ticket de bus. grâce à la règle de l’inopposabilité des exceptions : ce sont les titres négociables (§ 1). civ. c’est donc faire circuler la créance. Ex : billet de banque à l’époque où il était remboursable par la Banque de France . 2279 al. Ils sont surtout utilisés dans le secteur commercial. en application de la règle selon laquelle en fait de meubles. Les formalités de l’art.. bons du trésor. la créance circule. Lorsque le billet circule. mais peuvent l’être en matière civile. la possession vaut titre (art..). Autres exemples : un billet de loto . Aujourd’hui. Ex : un billet de banque est à l’origine une créance contre la banque. 1 C. le titre nominatif et le titre à ordre.

un titre à ordre est émis avec l’accord de l’acheteur (débiteur). lequel accepte de payer la créance au vendeur ou à la personne que le vendeur désignera. il est peu utilisé de nos jours. La créance est transmise en changeant le nom sur le registre. Ex : la lettre de change . Ex : les polices d’assurance sur la vie ne peuvent pas être des titres au porteur. L’endossateur (créancier cédant) appose sa signature au dos du titre.un compte. Le titre nominatif – Le débiteur s’engage à payer la personne dont le nom figurera sur un registre tenu par l’émetteur. raison pour laquelle. en indiquant le nom de l’endossataire (cessionnaire). C’est pourquoi le titre au porteur n’est plus très utilisé aujourd’hui. C’est donc un procédé plus sûr que la cession de créance de droit commun. le chèque (« veuillez payer tant d’euros à l’ordre de M. La cession s’accomplit donc grâce à un virement de compte à compte. X ») Ex : une vente est conclue . se le faire voler (du moins s’il est sous forme papier). Il est même parfois interdit. le vendeur a une créance contre l’acheteur . le débiteur s’engage à payer son créancier initial ou la personne que son créancier désignera. L’inconvénient du procédé est qu’il génère de la « paperasse ». Le créancier est l’endossataire. Le débiteur reçoit l’ordre de payer à l’un ou à l’autre. Mais il est aussi dangereux car on peut perdre le titre. lequel pourra endosser le titre au profit d’un nouvel endossataire et ainsi de suite… 83 . L’avantage du procédé est double : il est relativement simple : la transmission se fait par l’endossement. Le titre à ordre – Par ce titre. Les exceptions sont inopposables au cessionnaire.

313-23 et s. Le formalisme est simplifié dans le but de faciliter la cession. ⇒ Il n’obéit pas (en tout cas. mais insupportable lorsqu’il s’agit de céder des milliers de créances par jour. mon et fin. mais il n’est pas plus sûr. Cela ne l’empêche pas de connaître un grand succès dans la pratique bancaire française. Le Bordereau Dailly n’est pas un titre. La création date d’une Loi du 2 janvier 1981. La cession par « bordereau Dailly » Pour faciliter l’octroi de crédit aux entreprises. pas en principe) à la règle de l’inopposabilité des exceptions. le procédé est plus simple que la cession de créance de droit commun. le législateur français a créé une nouvelle forme de cession simplifiée de créance. sans pour autant qu’un titre représentant la créance soit créé. supportable pour une opération isolée. Il a donc fallu se tourner vers un système plus simple : la cession par bordereau de créances professionnelles. Le porteur du titre à ordre est donc protégé. L’inconvénient est qu’il faut le concours du débiteur lors de la rédaction du titre. NB : Aucun équivalent en droit luxembourgeois. Dailly. L’initiative est revenue à un sénateur.- les exceptions sont inopposables : le débiteur renonce à invoquer les exceptions nées du rapport fondamental (dans notre exemple. civ. communément appelé « bordereau Dailly ». aujourd’hui codifiée aux articles L. 1690 C. si bien que ce type de cession porte son nom. C. les créances peuvent être cédées à un établissement de crédit. En somme. par simple remise d’un bordereau les répertoriant. 84 . En vertu de ces dispositions. le contrat de vente). L’originalité du dispositif est que les formalités de l’art. C’est une formalité supplémentaire. M. sont écartées. § 2.

Enfin. puis ses conditions (B) et ses effets (C). il doit là encore s’agir d’une personne morale ou d’une personne physique ayant agi dans le cadre de son activité professionnelle. La validité de ce procédé est effectivement admise s’agissant des cessions par bordereau Dailly (art. agissant dans le cadre de l’exercice de son activité professionnelle. en ce qui concerne les parties. C’est donc un mode de cession réservé au monde des affaires. 313-24 C.) 85 . la cession peut être la contrepartie du crédit accordé au cédant (le cédant rembourse l’emprunt en cédant une ou plusieurs de ses créances). Concrètement. de la cession fiduciaire. D’abord. la cession peut servir de garantie à l’emprunt. Ensuite. & fin. La banque octroie un crédit et elle obtient. Le cessionnaire doit de plus être un établissement de crédit. la cession Dailly n’est possible qu’à l’occasion d’un crédit accordé à des fins professionnelles au cédant par le cessionnaire. pour garantir le remboursement. déjà évoqué. Ou bien. soit une personne physique. mon. le cédant doit être soit une personne morale. En d’autres termes. C’est le procédé. L.Nous verrons d’abord le domaine de la cession Dailly (A). Le domaine de la cession Dailly La cession Dailly n’est applicable que si trois conditions sont remplies. en ce qui concerne le débiteur de la créance. il doit s’agir de créances professionnelles. la cession à titre fiduciaire des créances de l’emprunteur. A.

mon & fin. le bordereau doit comporter certaines mentions : la dénomination « acte de cession de créances professionnelles » l’indication qu’il est soumis aux dispositions du Code mon & fin. Selon l’art. leur échéance. Si d’autres conditions manquent. le nom ou la dénomination sociale du cessionnaire enfin. Les conditions de la cession Dailly La cession Dailly est soumise à des formalités simples. Si la date manque.Si ces conditions sont réunies. mais impératives. etc. car la date est un élément essentiel. elle ne peut donc pas servir de preuve. 313-23 C. C’est une condition de fond. Sanction du formalisme ? Cela dépend de la formalité qui n’a pas été respectée. la cession est nulle en tant qu’instrumentum . il doit désigner ou individualiser les créances cédées ou à tout le moins. il est possible de procéder à une cession par bordereau Dailly. Par ailleurs. le bordereau doit être signé par le cédant et daté par le cessionnaire. Qu’en est-il alors des conditions à respecter pour que la cession se produise ? B. le montant ou l’évaluation des créances.). le bordereau ne vaut pas cession de créances professionnelles au sens de la Loi Dailly. Cela ne veut pas dire que le bordereau n’ait aucun effet juridique.. la cession n’a aucun effet. Si la signature manque. le lieu de paiement. L. Il pourra valoir 86 . indiquer les éléments permettant de désigner ou d’individualiser la créance (ex : le nom du débiteur.

313-27 al. 1 C. Art. 1690 pour l’opposabilité). garanties et autres accessoires des créances cédées. elle est opposable aux tiers sans formalité de publicité. L. avec les sûretés.. c’est donc le cessionnaire qui supporte la charge de la preuve. En cas de contestation. au jour de la date apposée sur le bordereau (art. mon & fin). qui est plus forte qu’en droit commun. et rapport cessionnaire/autres tiers (3). 313-24 87 . Les effets de la cession Dailly Les effets de la cession Dailly dépendent des rapports envisagés : rapport cédant/cessionnaire (1) . L. 313-27 C. Ex : le cédant ne pourra pas accorder une remise de dettes ou un délai de paiement. Le cédant ne peut dès lors plus modifier les droits attachés aux créances sans l’accord du cessionnaire. 4 C. c’est à l’établissement de crédit qu’il appartient de rapporter la preuve de son exactitude par tous moyens (art. rapport cessionnaire/cédé (2) .cession de créance de droit commun si les conditions de celle-ci sont satisfaites (art. Rapports cédant/cessionnaire Art. civ. C. mon & fin). La cession Dailly régulièrement souscrite échappant aux formalités de l’art. Le cédant est en outre tenu d’une obligation de garantie envers le cessionnaire. 1. L. mon & fin : la propriété des créances du cédant répertoriées sur le bordereau est transférée au cessionnaire. 31327 al. Mais en cas de contestation sur la date de la cession. 1690 C. Le transfert s’opère très simplement : il suffit que le cédant remette le bordereau Dailly au cessionnaire. L. Le transfert s’opère à compter de la date apposée sur le bordereau.

c’est généralement le cédant qui recouvre la dette. le débiteur ne se libère valablement qu’auprès de l’établissement de crédit ». mon & fin : « Sauf convention contraire. pour les sommes excédant la créance qui reste due à la banque cessionnaire par le cédant. 9 février 2010. En pratique. Pourquoi ? Parce que ce serait trop coûteux pour la banque de réclamer le paiement au cédé. interdire au débiteur de la créance cédée de payer entre les mains du signataire du bordereau. La notification peut se faire par tout moyen (ex : LRAR). 2010. Pour éliminer ce risque. le cessionnaire peut se retourner en garantie contre le cédant (après avoir tout de même demandé auparavant au débiteur cédé de payer). en cas de cession fiduciaire. L’art. Cela dit. A compter de cette notification (…). à tout moment. PB : Le risque pour le cessionnaire = que le cédant n’exécute pas ou mal le mandat. ⇒ Si le cédé n’acquitte pas sa dette à l’échéance. D. 88 . sans formalité particulière. le signataire de l’acte de cession est garant solidaire du paiement des créances cédées ».al. la cession prend fin automatiquement. 313-28 C. recouvre la créance pour le compte de l’établissement bancaire (créanciermandant). cependant. Rapports cessionnaire/cédé La cession est opposable de plein droit au débiteur cédé sans formalité de publicité. com. 2.578. 2 C. mon & fin énonce en effet : « L’établissement de crédit peut. en qualité de mandataire. le Code donne la possibilité au cessionnaire de notifier la cession au cédé. L. NB : Cass. elle est souvent écartée (garantie réduite). à compter de la date inscrite sur le bordereau. la règle est supplétive et en pratique. Les établissements bancaires confient au cédant un mandat d’encaissement : le cédant.

mon. 313-28 C. 313-29 du C. le cédé s’expose au risque de devoir payer 2 fois s’il ignore l’interdiction qui lui a été faite de payer le cédant. qui a pour fonction de révoquer le mandat d’encaissement. le banquier adresse cette notification lorsqu’il y a un problème. L. fin. après la notification. notamment lorsque le banquier cessionnaire a des raisons de craindre l’insolvabilité prochaine du cédant-mandataire.) NB : Ici on parle d’une véritable acceptation de la cession par le débiteur cédé (par un simple acquiescement comme dans l’art. civ. mon & fin est une interdiction faite au cédé de se libérer entre les mains du cédant. 1690). 2ème point : Quelles exceptions le cédé peut-il opposer au cessionnaire ? Le régime de l’opposabilité des exceptions varie selon que le débiteur a accepté la cession ou non (art. Avant la notification. le débiteur cédé ne pourra pas être inquiété : il a payé celui qui avait le pouvoir d’encaisser les sommes au profit du cessionnaire. En pratique. le régime des exceptions est identique à celui qui s’applique dans la cession de créance de droit commun. si le cédant a reçu un paiement du cédé et qu’il ne restitue pas les fonds au cessionnaire. Le cessionnaire pourra seulement se retourner contre le cédant.Si le débiteur cédé n’a pas accepté la cession.Sens de cette formalité ? La notification n’est pas la transposition de la « signification » visée par l’art. . En revanche. L. Les exceptions inhérentes à la créance sont opposables (nullité. La notification prévue par l’art. 1690 C. prescription…) 89 . car elle n’est pas une condition d’opposabilité. ou en l’absence de notification.

Attention cependant : cette règle ne vaut pas pour le paiement du cédé au cédant. 313-29 du C. Le cessionnaire a obtenu l’engagement direct du cédé et donc un droit purgé des exceptions pouvant affecter la créance. le cédant est mandataire du cessionnaire. même si le paiement intervient après la date apposée sur le bordereau. le cédé se libère valablement en payant le cédant. Car tant que la cession n’a pas été notifiée.Les exceptions extérieures à la créance sont opposables au cessionnaire si elles sont nées avant la date à laquelle la cession a produit son effet translatif aux yeux du cédé. Donc. le cédé peut opposer l’exception de compensation même si les conditions de la compensation n’ont été réunies qu’après la date apposée sur le bordereau. fin. Les exceptions nées après cette date sont en revanche inopposables. tant que le cessionnaire n’a pas révoqué le mandat d’encaissement en notifiant de la cession. c’est à partir de cette date que les exceptions extérieures à la créance sont inopposables au cessionnaire. à moins que l’établissement de crédit. sauf s’il est de mauvaise foi). n’ait agi sciemment au détriment du débiteur ». . mon. = essentiellement par écrit) : L’art. La jurisprudence étend cette solution dérogatoire à l’exception de compensation légale : en l’absence de notification. L. mon. Puisque la cession Dailly opère son effet translatif à compter de la date apposée sur le bordereau. l’exception est inopposable au cessionnaire. 313-29 du C. sauf s’il connaissait l’exception qui pouvait lui être opposée (autrement dit. C’est une grande sécurité pour le 90 . fin. Ex : si le cédant consent une remise de dettes au cédé après cette date. L. indique que « le débiteur ne peut opposer à l’établissement de crédit les exceptions fondées sur ses rapports personnels avec le signataire du bordereau. en acquérant ou en recevant la créance.Si le débiteur a accepté la cession (dans les conditions de forme imposées par l’art.

Rapports cessionnaire/créanciers du cédant – Si le conflit oppose le cessionnaire et un créancier saisissant l’une des créances répertoriées sur le bordereau. c’est en principe le premier cessionnaire en date qui l’emporte sur le second. Rapport cessionnaire/ayant cause à titre particulier du cédant – L’hypothèse est celle d’un cédant qui cède 2 fois la même créance pour obtenir plus de crédit. Mais ce n’est pas son seul mode de circulation. Il appartiendra au 1er cessionnaire d’agir contre le 2nd cessionnaire pour obtenir restitution des sommes payées. qui est sûr d’être payé quels que soient les vices de la créance cédée. C’est un paiement valable s’il est fait de bonne foi. On compare la date de la saisie (saisie-attribution ou saisieconservatoire) et la date de la cession indiquée sur le bordereau : la plus ancienne l’emporte. La technique utilisée est alors celle de la subrogation personnelle.cessionnaire. c’est la date qui permettra de trancher. Rapports cessionnaire/autres tiers Les autres tiers sont là encore d’une part les ayant-cause à titre particulier du cédant et d’autre part. Un créancier peut en remplacer un autre sur la base d’un paiement. PB : au moment où le 1er cessionnaire agit contre le débiteur cédé. 3. Transition – Le transfert de la créance peut se faire par une aliénation. Dans ce cas. il se peut que ce dernier ait déjà payé l’autre cessionnaire. mais c’est rare en pratique. les créanciers du cédant. 91 . donc le cédé n’aura pas à payer 2 fois.

Les droits qui portaient sur le bien ancien sont reportés sur le nouveau. Dans un sens général. pour que la subrogation personnelle puisse jouer. Ainsi. Ex : l’indemnité d’assurance versée au propriétaire d’un immeuble détruit devient l’objet de l’hypothèque qui avait été constituée sur ce bien. une substitution. Intérêt ? La subrogation réelle protège les droits que les tiers avaient sur le bien. et la chose acquise avec ce prix succède à la chose aliénée. la subrogation est un remplacement. il faut qu’une dette ait été payée par un tiers ne devant pas en supporter la charge définitive. Quant au débiteur. Par exemple le prix succède à la chose aliénée. C’est le tiers subrogé qui est maintenant titulaire de la créance. la subrogation est un transfert de créance sur la base d’un paiement. Concrètement. Plus précisément. La subrogation réelle est un mécanisme lié au caractère universel du patrimoine : le patrimoine reste identique malgré les fluctuations de ses éléments. la subrogation réelle est une technique par laquelle un bien en remplace un autre en lui empruntant ses qualités. mais il est tenu 92 . bien qu’il s’agisse d’une somme d’argent.Chapitre II – LA SUBROGATION PERSONNELLE Définition – Le terme « subrogation » vient du latin subrogare : élire en remplacement. Le tiers solvens sera alors subrogé dans les droits du créancier qui a obtenu satisfaction. Les créanciers hypothécaires pourront donc saisir l’indemnité d’assurance si le débiteur fait défaut et cette indemnité est de nature immobilière et soumise au régime des immeubles. choisir quelqu’un à la place d’un autre. La subrogation personnelle est une substitution d’une personne à une autre dans un rapport de droit afin de permettre à la première d’exercer tout ou partie des droits qui appartiennent à la seconde. il est libéré vis-à-vis de son créancier originaire.

Pourquoi admettre cette limite ? Parce que la subrogation personnelle est une institution qui présente de nombreux avantages : un avantage pour le créancier initial. le paiement avec subrogation a un effet translatif sur l’obligation acquittée. un avantage pour le tiers qui paie la dette d’autrui (le solvens) : il dispose d’un recours subrogatoire. La subrogation augmente ainsi les chances du tiers solvens d’être remboursé. la subrogation personnelle incite les tiers à payer le créancier en leur permettant de recueillir les droits du créancier. La subrogation personnelle est 93 . la subrogation personnelle est donc très souvent utilisée. qui exerce ensuite un recours subrogatoire contre le responsabledébiteur de l’obligation d’indemnisation). C’est l’avantage du recours subrogatoire par rapport au recours personnel qui appartient à celui qui paie la dette d’autrui (fondé sur le mandat si le solvens a agi à la demande du débiteur ou sur la gestion d’affaires si le solvens a agi pour rendre service au débiteur. En d’autres termes. notamment dans le domaine de l’assurance et de la Sécurité sociale (la victime est indemnisée par l’assureur ou la Caisse de Sécurité sociale. Aujourd’hui. qui a plus de chances d’être payé. En effet. Cela permet au solvens de profiter des sûretés et autres garanties qu’avait le créancier initial. La créance circule donc par changement de créancier qui s’opère sur la base d’un paiement. Il s’agit d’une limite au principe selon lequel le paiement est une cause d’extinction de la créance.envers le tiers subrogé. voire sur l’enrichissement sans cause) et qui n’est qu’un recours chirographaire. alors que le paiement pur et simple a un effet extinctif de l’obligation acquittée. fondé sur la créance acquittée elle-même.

A.également utilisée dans les relations commerciales : elle permet notamment l’affacturage (v. dans le 2nd. Par cette convention le créancier (subrogeant) consent la transmission au tiers solvens (subrogé) de la créance et de ses accessoires. civ. il faut donc un paiement et. Dans le 1er cas. : « La subrogation dans les droits du créancier au profit d’une tierce personne qui le paie. Plan classique : On s’intéressera d’abord aux conditions de la subrogation (section I). infra). La subrogation conventionnelle Il existe 2 formes de subrogation conventionnelle. la subrogation est consentie par le débiteur – elle est dite ex parte debitoris (B). Pour qu’il y ait une subrogation personnelle. en plus. 94 . soit une disposition légale prévoyant la subrogation. On examinera donc d’abord la subrogation conventionnelle (§ 1) puis la subrogation légale (§ 2). I. Une convention contraire est cependant possible lorsque le paiement est fait par un tiers. LES CONDITIONS DE LA SUBROGATION PERSONNELLE Art. § 1. selon qu’elle résulte d’une convention passée entre le créancier et le solvens ou d’une convention passée entre le débiteur et le solvens. la subrogation est consentie par le créancier – elle est dite ex parte creditoris (A) . est ou conventionnelle ou légale ». La subrogation consentie par le créancier En principe. avant d’en examiner les effets (section II). le paiement emporte extinction de la dette. soit une convention. 1249 C.

cession fiduciaire ou à titre gratuit). civ. l’art. qui plus est intégral (alors que la cession de créance se fait souvent à un prix inférieur à celui de la créance cédée). Aux termes de l’art. exige d’abord que le créancier reçoive un paiement d’une tierce personne. Mais. comme pour l’appréciation de la tierce personne. 1. Selon la Cour de cassation.Différences par rapport à la cession de créance ? Il faut un paiement (cf. La subrogation ex parte creditoris est donc valable. a par son paiement libéré envers leur créancier commun celui sur qui doit peser la charge définitive de la dette ». « tout en payant une dette personnelle. la jurisprudence est souple. la subrogation est valable si le subrogé s’acquitte entre les mains d’un tiers désigné par le créancier et recevant les fonds pour son compte. Mais la jurisprudence reconnaît le bénéfice de la subrogation à celui qui. mais elle est subordonnée à 3 types de conditions : des conditions de validité (1). indique ensuite que le paiement est effectué entre les mains du créancier. 1250-1° C. 1250-1° C. L’art. civ. civ. des conditions d’opposabilité (2) et des conditions de preuve (3). la subrogation conventionnelle a lieu : « 1º Lorsque le créancier recevant son paiement d’une tierce personne la subroge dans ses droits. privilèges ou hypothèques contre le débiteur : cette subrogation doit être expresse et faite en même temps que le paiement ».. 1250-1° C. 95 . seul celui qui paie au créancier une dette dont la charge définitive lui incombe ne peut se prévaloir d’une subrogation conventionnelle. En d’autres termes. La subrogation ne peut profiter à celui qui acquitte sa propre dette. Les conditions de validité S’agissant d’abord des parties au paiement. actions.

mais au moins une intention claire. not. la subrogation n’a pas à 96 . Le Code civil n’impose pas de formule sacramentelle. 29 janvier 1991. civ. Il faut donc que les parties expriment clairement leur volonté subrogatoire. Dès lors. le paiement est pur et simple. là encore libérale. Il faut donc bien que ce paiement ait lieu. pose encore 2 conditions de validité. ressusciter la créance pour la faire circuler. civ. 1° . 1re. par la suite. C’est la définition même de la subrogation qui l’impose..La convention de subrogation doit être expresse. Il y a alors promesse de subrogation. il est extinctif. 1250-1° C. Une volonté tacite ne suffit pas. C’est un transfert sur le fondement d’un paiement. Mais là encore la jurisprudence est libérale : en cas de paiements échelonnés d’une même créance. La subrogation ne peut pas avoir lieu avant le paiement. admet que la volonté de subroger le solvens soit exprimée dans un document antérieur au paiement. civ. 28 mai 2002. constatant le paiement et indiquant qu’il opère subrogation en faveur du solvens et non extinction de la créance. I. n° 154). Bull. l’art. Le comportement des parties ne suffit pas non plus à déduire l’existence d’une subrogation. C’est trop tard. Donc. privés de l’effet extinctif normalement attaché au paiement. dès lors qu’il est clair dans l’intention des parties que le transfert lui-même n’aura lieu qu’au moment du paiement (v. Pourquoi ? But = protéger le débiteur et ses créanciers. 2° .La subrogation doit être faite en même temps que le paiement : ni avant. Civ. Si elle n’a pas été convenue lors du paiement. Com. La subrogation ne peut pas non plus avoir lieu après le paiement. ni après.S’agissant de la convention de subrogation elle-même. IV. Bull. le créancier et le solvens ne peuvent plus. ⇒ En pratique rédaction d’une quittance subrogatoire. Mais la jurisprudence. n° 48 . Ex : fréquent dans l’affacturage (infra).

⇒ Retour au principe de droit commun selon lequel tout contrat est opposable aux tiers de plein droit. De cette façon. le débiteur ne pourra plus payer de bonne foi le subrogeant. Avantages pour l’adhérent : il est (en général) payé avant l’échéance de ses créances + le factor assume le risque d’insolvabilité des débiteurs des factures en lieu et place de l’adhérent. le subrogé a intérêt à informer le débiteur au plus vite de l’existence de la subrogation. 97 . PB : Le débiteur peut ignorer l’existence de la subrogation et donc le changement de créancier. art. peu importe que la quittance subrogative soit postérieure au paiement si les parties prouvent que la subrogation était une condition du paiement. 1690 C. c’est la réalité de leur intention au moment du paiement. légitimement (de BF). De plus.être prévue à chaque paiement . dès sa conclusion. Sens ? Une société d’affacturage (le factor) paie à ses adhérents le montant des créances (« factures ») qu’ils détiennent sur leurs débiteurs. sans formalité particulière. C’est d’ailleurs l’un des avantages de la subrogation par rapport à la cession. n’ont pas à être suivies en matière de subrogation. 2. Ce qui importe. → le débiteur se libère valablement entre les mains du subrogeant s’il a légitimement pu croire qu’il était toujours créancier (cas s’il n’était pas au courant de la subrogation). le créancier initial (le subrogeant). Cf. Dans cette hypothèse. Ex : En matière d’affacturage. il est protégé par la théorie de l’apparence. elle peut avoir lieu au moment du règlement du solde. Les conditions d’opposabilité Les conditions sont plus simples que celles prévues en matière de cession de créance. En effet c’est un tiers à la subrogation ex parte creditoris et son consentement n’est pas requis. 1240 C. Les formalités de l’art. ⇒ Pour éviter cette méprise. civ. en contrepartie d’une subrogation. civ. ⇒ Risque = qu’il paie.

mais pour des raisons de preuve. Les conditions de preuve La forme de la convention de subrogation obéit au droit commun des conventions. Mais pour empêcher le débiteur d’invoquer utilement l’apparence s’il paie le subrogeant après la subrogation. dans une quittance subrogatoire le plus souvent. C’est la raison pour laquelle une convention globale (une promesse de subrogation) est conclue avant les paiements pour organiser les subrogations à venir. le factor prendra soin d’informer le débiteur. souvent assez élevée. ⇒ En pratique. dans la mesure où la subrogation doit être expresse. on l’a vu. en général par la mention du nom du factor sur la facture. C’est nécessaire en principe en matière civile au-delà de 1500 € (2500 au Luxembourg). suppose un paiement concomitant). même en matière commerciale où la preuve est libre. C’est de toute façon très opportun dans les autres cas. Le factor paie les factures et est subrogé dans les droits de son client. En elle-même elle n’a aucun effet (car la subrogation. Il n’est pas question de rédiger une convention à chaque fois. 98 . les subrogations conventionnelles se font par écrit. Aucune forme n’est requise pour sa validité.Avantage pour le factor : Il est rémunéré pour ce service au moyen d’une commission payée par l’adhérent. mais les subrogations se réaliseront sur son fondement au fur et à mesure des paiements. 3. la convention sera le plus souvent faite par écrit. Pourquoi réaliser une telle opération par le biais d’une subrogation plutôt que d’une cession de créance ? Précisément parce que le transfert de créance au profit du factor est opposable aux tiers sans formalités à compter de la date du paiement subrogatoire.

Transition – Le plus souvent, le subrogeant est donc le créancier désintéressé par le solvens, ce qui est logique car c’est lui qui a le pouvoir de disposer de sa créance. Il arrive cependant que le subrogeant soit, non pas le créancier, mais le débiteur. B. La subrogation consentie par le débiteur Cette variante de la subrogation conventionnelle est prévue par l’art. 1250 2° C. civ. : une telle subrogation intervient « lorsque le débiteur emprunte une somme à l’effet de payer sa dette, et de subroger le prêteur dans les droits du créancier. Il faut, pour que cette subrogation soit valable, que l’acte d’emprunt et la quittance soient passés devant notaires ; que dans l’acte d’emprunt il soit déclaré que la somme a été empruntée pour faire le paiement, et que dans la quittance il soit déclaré que le paiement a été fait des deniers fournis à cet effet par le nouveau créancier. Cette subrogation s’opère sans le concours de la volonté du créancier ». En pratique, cela correspond à la situation dans laquelle le prêteur propose des conditions de remboursement plus intéressantes que le créancier initial, par exemple, une échéance plus lointaine ou des taux d’intérêts plus bas. PB : la technique s’apparente à une « subrogation forcée », dans la mesure où la loi donne ici au débiteur le pouvoir de disposer des droits de son créancier. ⇒ Conditions très restrictives. Domaine : la subrogation ex parte debitoris est limitée aux seuls cas dans lesquels le débiteur emprunte à l’effet de régler l’une de ses dettes. Forme : l’acte d’emprunt et la quittance doivent être notariés (pour avoir date certaine) + l’acte d’emprunt doit déclarer que la somme a été empruntée pour faire le paiement, et la quittance doit déclarer que le paiement a été fait avec l’argent fourni à cet effet par le nouveau créancier. ⇒ Forme de subrogation très rare en pratique.

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§ 2. La subrogation légale La subrogation légale est prévue lorsque le solvens a l’obligation de payer la dette ou a un intérêt particulier au paiement de la dette. Elle a lieu de plein droit, sans convention, indépendamment de la volonté des parties, à la suite du paiement fait par un solvens auquel la charge définitive de la dette n’incombe pas. Quels sont les cas de subrogation légale existants ? On les trouve, d’une part, dans le Code civil (A), d’autre part, en dehors du Code civil (B). A. La subrogation légale dans le Code civil La subrogation légale est prévue par l’art. 1251 C. civ. Ce texte indique : « La subrogation a lieu de plein droit : 1º Au profit de celui qui étant lui-même créancier, paie un autre créancier qui lui est préférable à raison de ses privilèges ou hypothèques ; 2º Au profit de l’acquéreur d’un immeuble, qui emploie le prix de son acquisition au paiement des créanciers auxquels cet héritage était hypothéqué ; 3º Au profit de celui qui, étant tenu avec d’autres ou pour d’autres au paiement de la dette, avait intérêt de l’acquitter ; 4º Au profit de l’héritier acceptant à concurrence de l’actif net qui a payé de ses deniers les dettes de la succession ; 5° Au profit de celui qui a payé de ses deniers les frais funéraires pour le compte de la succession. » NB : Ce dernier alinéa a été ajouté récemment au Code français et il ne figure pas dans le C. civ. Lux.

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Le texte prévoit des cas d’importance inégale : des cas particuliers (1) ; un cas général (2). 1. Les cas particuliers Ce sont les cas visés par le 1°, 2°, 4° et par le 5° dans le code français. 1er cas : la subrogation du créancier postérieur (art. 1251 1°) La subrogation a lieu de plein droit « Au profit de celui qui étant luimême créancier, paie un autre créancier qui lui est préférable à raison de ses privilèges ou hypothèques ». Situation ? Un débiteur a plusieurs créanciers. Le créancier qui arrive au 1er rang, en raison d’un privilège ou d’une hypothèque, entend mettre en œuvre sa sûreté car c’est pour lui le moyen d’être complètement désintéressé. Les autres créanciers, inférieurs en rang ou chirographaires, peuvent avoir intérêt à payer le créancier de 1er rang, afin de repousser la saisie qu’il comptait effectuer, par exemple s’il apparaît qu’une saisie pratiquée à une date ultérieure pourrait rapporter un prix plus élevé et désintéresser plus de créanciers. Mais personne ne désintéressera le créancier de 1er rang s’il n’est pas sûr d’être remboursé de sa dépense. C’est pourquoi l’art. 1251 1° prévoit un cas automatique de subrogation : le créancier inférieur en rang qui paie celui qui le précède recueille ainsi de plein droit la créance de ce dernier et l’hypothèque ou le privilège qui va avec. 2e cas : la subrogation de l’héritier bénéficiaire (art. 1251 4°) La subrogation est prévue « Au profit de l’héritier acceptant à concurrence de l’actif net qui a payé de ses deniers les dettes de la succession ».

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En droit des successions, le poids du passif successoral n’est pas supporté de la même manière selon que l’acceptation de la succession est pure et simple ou faite sous bénéfice d’inventaire. Si elle est pure et simple, l’héritier est tenu des dettes successorales au-delà des forces de la succession, c’est-à-dire sur ses biens personnels. Si l’acceptation est faite sous bénéfice d’inventaire, l’héritier n’est tenu des dettes de la succession qu’à concurrence des biens qu’il recueille. Toutefois, même dans ce cas, l’héritier bénéficiaire peut avoir intérêt à désintéresser les créanciers successoraux avec ses biens personnels, par ex : pour éviter la vente d’un bien auquel la famille est attachée. Naturellement, l’héritier bénéficiaire n’acceptera ce paiement d’une dette qui n’est pas la sienne que s’il est certain d’être remboursé. C’est pourquoi le Code civil a prévu le cas de subrogation visé à l’art. 1251 4° : puisque l’héritier a ici un intérêt légitime au paiement de la dette successorale, le législateur facilite ce paiement, en donnant à l’héritier solvens le bénéfice d’une subrogation légale. En matière successorale, toujours, l’art. 1251 5° du Code civil français prévoit désormais également un cas de subrogation légale pour celui qui règle les frais funéraires pour le compte des autres héritiers. Le risque était qu’il oublie de réclamer une subrogation et que son paiement éteigne donc définitivement la créance de paiement des frais funéraires, sans qu’il ne puisse ensuite se faire rembourser sur l’actif successoral (si les autres héritiers se montraient de MF). 3e cas : la subrogation de l’acquéreur d’un immeuble hypothéqué (art. 1251 2°) La subrogation a lieu de plein droit « Au profit de l’acquéreur d’un immeuble, qui emploie le prix de son acquisition au paiement des créanciers auxquels cet héritage était hypothéqué ».

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le mécanisme dissuadera les créanciers postérieurs impayés de déclencher les poursuites. En effet.Lorsqu’un immeuble hypothéqué est vendu. sans être certain de pouvoir utilement se retourner contre le vendeur (insolvable probablement sans quoi le créancier n’aurait pas mis en œuvre sa sûreté). l’acheteur serait exposé au risque de l’exercice du droit de suite que confère la sûreté réelle au créancier hypothécaire du vendeur de l’immeuble. s’il versait le prix au vendeur. l’acquéreur peut craindre d’être exproprié par un créancier impayé. Le cas général Art. Il faut que le 103 . qui est de portée beaucoup plus générale. 2. de sorte que le subrogé l’emportera sur les autres créanciers hypothécaires en rang inférieur. soit à sa place. La subrogation de l’art. si l’immeuble venait à être vendu. L’acquéreur est subrogé dans les droits hypothécaires du créancier auquel il aura payé le prix. En définitive. l’acheteur a intérêt à payer le prix entre les mains du créancier hypothécaire de son vendeur. La subrogation est ici donnée aux personnes qui sont obligées de payer. sauf s’ils sont sûrs de pouvoir tirer de la vente de l’immeuble un prix supérieur à celui versé par l’acquéreur. avait intérêt de l’acquitter ». donc un créancier en rang préférable par hypothèse. 1251 2° est prévue pour faire face à ce risque. Aucun de ces cas particuliers n’a une grande portée pratique. civ. Il en va autrement du cas visé à l’art. soit en même temps que le débiteur. Dans cette situation. Il se peut que le prix dû par l’acquéreur ne suffise pas à désintéresser tous les créanciers hypothécaires de l’immeuble. → la subrogation a lieu de plein droit « au profit de celui qui. 1251 3°. Autrement dit. 1251 3° C. le subrogé serait sûr d’être remboursé puisqu’il occupe un rang préférable. étant tenu avec d’autres ou pour d’autres au paiement de la dette.

sur laquelle doit peser la charge définitive du paiement. Là encore. éteint du même coup. Et puisque c’est un recours subrogatoire. qui a payé pour les autres. dans leurs rapports réciproques. d’obtenir de ses codébiteurs qu’ils remboursent la fraction excédant sa part. la dette d’une autre personne. 104 . civ. La subrogation de celui qui est tenu pour d’autres vise au premier chef la caution. en payant une dette qu’elle est tenue d’acquitter. Sont également tenus avec d’autres au sens de l’art. tout en bénéficiant des éventuelles sûretés attachées à l’obligation cautionnée.solvens puisse être poursuivi en paiement. 1251 3° C. en dépit du caractère exceptionnel de ce mécanisme. La subrogation de celui qui est tenu avec d’autres de la dette acquittée vise notamment les situations de solidarité passive. le solvens bénéficiera des sûretés dont disposait le créancier. Elle a étendu le texte à toutes les situations où une personne. la caution bénéficiera donc de la subrogation et pourra ainsi réclamer au débiteur principal le montant total de la dette acquittée. les codébiteurs d’une obligation in solidum. La subrogation légale permet au codébiteur solvens. Si le solvens est étranger à la dette. La jurisprudence française a retenu une interprétation extensive de ce 3e cas de subrogation légale. en tout ou partie. seule une subrogation conventionnelle est possible. : les codébiteurs d’une dette indivisible les cofidéjusseurs = cautions garantissant une même dette envers le créancier.

Pour cette raison. Bull. Il y a donc 2 dettes : une dette de prêt et une dette de responsabilité civile. c’est tout de même mieux que de n’avoir aucune sûreté). 7 novembre 1995. Elles n’ont pas du tout la même nature. Un voleur s’en empare et les encaisse à son profit. la jurisprudence accorde au solvens (le notaire dans l’exemple) le bénéfice de la subrogation légale. I. Ex : un notaire commet une faute professionnelle en ne s’assurant pas que l’hypothèque constituée sera suffisante pour garantir le remboursement des sommes prêtées. le notaire libère l’emprunteur de sa dette de restitution née du prêt. mais même en l’absence de procès. A-t-il un recours 105 . Civ. 1re. Le comptable paie les chèques (il indemnise). Bull. Avantage : il profitera de l’hypothèque (même si elle est insuffisante. les dommages-intérêts versés par le notaire vont permettre de rembourser le prêteur. En s’acquittant de sa dette de RC. n° 397 . La société agit contre le comptable et lui reproche sa faute.Elle applique l’art. par son paiement. 27 mars 2001. civ. La jurisprudence accorde la subrogation non seulement s’il y a déjà eu un procès au terme duquel le notaire a été condamné in solidum avec l’emprunteur défaillant. 1re. n° 90). dès lors qu’il a libéré autrui par son paiement. si le notaire anticipe la condamnation qu’il risque de se voir imposer en indemnisant immédiatement le prêteur. 1251 3° même lorsque le solvens est tenu d’une dette distincte de celle d’autrui. libéré envers leur créancier commun celui sur qui doit peser la charge définitive de la dette » (attendu de principe que l’on retrouve notamment dans Civ. I. Jurisprudence constante : « attendu que le débiteur qui s’acquitte d’une dette qui lui est personnelle peut néanmoins prétendre bénéficier de la subrogation s’il a. civ. Le notaire indemnise le prêteur car l’emprunteur est défaillant. Pourtant. Autre exemple : un comptable part en vacances. Il n’y a donc pas une pluralité de débiteurs tenus d’une dette unique au sens de l’art. 1251 3°. Il n’encaisse pas les chèques qui lui sont remis.

subrogatoire contre le voleur ? Réponse positive : la subrogation légale est applicable : est-il « tenu » ? Oui. qui joue à chaque fois que le solvens. ⇒ La Cour de cassation a donc dégagé un principe général de subrogation. même si cela avait pour effet de libérer un autre débiteur tenu d’une dette différente. la charge définitive du règlement fait au créancier – même si la dette du solvens n’est pas la même que celle du débiteur contre lequel il exerce son recours. Autrefois. B. etc. Donc. la jurisprudence refusait la subrogation légale à celui qui payait sa propre dette. en payant une dette à laquelle il est tenu. 106 . libère le débiteur auquel incombe. il bénéficie de la subrogation. mais qui pèse sur autrui. Ce principe n’a cependant pas toujours été admis. est-il tenu « avec » ? Ou a-t-il payé sa propre dette ? La dette pèse définitivement sur le voleur. La subrogation légale en dehors du Code civil Les cas légaux de subrogation en dehors du Code civil sont relativement nombreux (ex : recours subrogatoire du Fonds de garantie des assurances obligatoires de dommages . en tout ou en partie.) Les deux plus importants sont ceux visant l’assureur de dommage et les Caisses de Sécurité sociale. C’est pourquoi d’autres cas de subrogation légale ont été prévus en dehors du Code civil. Le comptable a payé une dette personnelle. recours subrogatoire du Fonds de garantie des victimes d’actes de terrorisme et d’autres infractions . il était obligé d’indemniser son employeur.

art. au Luxembourg L.La subrogation de l’assureur de dommage – Cette subrogation est prévue par l’art. L. distincte de la dette de responsabilité pesant sur le responsable du dommage. Cette assurance a un caractère indemnitaire : elle indemnise l’assuré à hauteur du préjudice qu’il a subi (par opposition aux assurances de personnes (assurance-vie…) dans lesquelles l’assureur verse un forfait prévu dans le contrat). en versant l’indemnité d’assurance. Cf. la subrogation n’était pas admise parce que l’assureur. 121-12 C. NB : Aujourd’hui. jusqu’à concurrence de cette indemnité. Mais avant que cette jurisprudence libérale ne soit consacrée. La subrogation des Caisses de Sécurité sociale – La Loi du 5 juillet 1985 sur les accidents de la circulation a instauré un nouveau cas de subrogation au profit de certains tiers qui ont versé des prestations à la victime d’un dommage corporel. notamment les Caisses de Sécurité sociale. par leur fait. acquittait sa propre dette (née du contrat d’assurance). l’assureur paie effectivement sa propre dette. dans les droits et actions de l’assuré contre les tiers qui. 52 (très proche). ont causé le dommage ayant donné lieu à la responsabilité de l’assureur ». il répare ainsi le préjudice subi par l’assuré et par voie de conséquence. C’est pourquoi le législateur avait instauré ce cas spécial de subrogation dans la Loi du 13 juillet 1930. 107 . L’assurance de dommage recouvre l’assurance de choses (qui protège les biens de l’assuré) et l’assurance de responsabilité. ass : « L’assureur qui a payé l’indemnité d’assurance est subrogé. libère le responsable sur qui doit peser la charge définitive de la dette. 27 juillet 1997 sur le contrat d’assurance. le texte n’est plus très utile car ce cas apparaît comme une application à partir du du principe Code général Car si dégagé par la jurisprudence civil.

v. Mais leurs effets sont identiques.Là encore. art. la subrogation entraîne une transmission de la créance appartenant à l’accipiens. Reprenons ces 2 points en examinant d’abord l’objet de la transmission (A). Aujourd’hui. dont la jurisprudence a précisé qu’elle jouait dès le jour de la survenance du dommage. on pourrait donc parvenir au même résultat en faisant l’économie d’un texte spécial. II. NB : Au Luxembourg. Transition – La nature conventionnelle ou légale de la subrogation a une incidence sur leurs conditions de mise en œuvre. L’effet translatif de la subrogation La subrogation ressemble à la cession de créance du point de vue de ses effets. Comme cette dernière. la spécificité de la subrogation tient au fait que la transmission de la créance est à la mesure du paiement effectué. 82 du Code de la sécurité sociale qui instaure une cession légale des droits de la victime à la caisse de sécurité sociale qui l’indemnise. § 1. 108 . puis la mesure de la transmission (B). les conditions de ce recours correspondent en définitive à celles du principe général dégagé par la Cour de cassation. LES EFFETS DE LA SUBROGATION PERSONNELLE Les effets de la subrogation personnelle sont de deux ordres : un effet principal qui est la transmission de la créance (§ 1) des effets accessoires (§ 2). Mais.

l’action 109 . La créance est transmise au subrogé avec ses attributs (ex : les sûretés) et ses vices (= les exceptions que le débiteur pouvait faire valoir contre le créancier primitif). Exemples : l’action en dommages-intérêts. par exemple une clause pénale.i. Le subrogeant cesse dès lors d’être créancier : il ne peut plus agir contre le débiteur et ses propres créanciers ne peuvent plus saisir la créance. de prescription acquise par le créancier à cette créance immédiatement avant le paiement. etc. L’étendue de la transmission (les attributs) – Le subrogé recueille la créance proprement dite. mais également ses accessoires. Cela comprend : les sûretés personnelles accessoires (ex : cautionnement) comme réelles (ex : hypothèque ou gage) . Exemples : caractère civil ou commercial de la créance délai de prescription [sachant que le subrogé bénéficie de l’interruption originaire]. de réserve de propriété. qui est sortie de son patrimoine. les actions qui appartenaient au créancier et qui se rattachaient paulienne. L’objet de la transmission La subrogation entraîne un transfert de la créance originaire au tiers subrogé à compter de la date du paiement. les droits qui conféraient une garantie de paiement au créancier originaire. La créance est transmise avec ses caractères propres et les modalités qui en déterminent le régime.

civ. Bull. 1re. 12 juillet 2001. n° 87. I. V. 1re. 29 octobre 2002. civ. Civ. Ex : la suspension d’une prescription qui tient au fait que le subrogeant est mineur . le subrogé (ici une caution) ne bénéficie pas de la stipulation d’intérêts profitant au subrogeant . civ. V. la subrogation personnelle n’est pas un mécanisme spéculatif.- clause de compétence. On se souvient en outre que. Civ. Bull. n° 224. Celui qui a payé le créancier. la suspension cesse à compter du jour de la subrogation = la prescription reprend son cours. pour éviter une multiplication déraisonnable des recours successifs. le subrogé ne peut obtenir par le biais de cette clause. n° 257 : la subrogation étant à la mesure du paiement. 18 mars 2003. il peut en revanche prétendre aux intérêts au taux légal qui courent de plein droit à compter du paiement qu’il a effectué. clause d’indexation cas particulier : la clause d’intérêt en cas de retard. I. Cela confirme que. 1re. Ex : Civ. Bull. n° 86 . plus que ce qu’il a payé au subrogeant. civ. ne peut donc pas 110 . I. La transmission est donc très étendue. 1re. Donc. subrogé dans ses droits. aussi. Sa transmission doit être combinée avec la règle selon laquelle la subrogation est à la mesure du paiement. I. Civ. la solidarité passive n’est pas transmise lorsque le solvens est l’un des codébiteurs solidaires de l’obligation. contrairement à la cession de créance. Mais elle est doublement limitée : Les prérogatives attachées à la personne du créancier subrogeant ne sont pas transmises au subrogé. La somme qu’il a payée produira seulement intérêt au taux légal (de façon à indemniser le créancier du retard pris dans le paiement de la somme d’argent). 25 février 2005. Bull.

art. par exemple l’expiration du délai de prescription. en cas de pluralité de cautions pour la même dette. civ. l’exception de nullité. Il ne pourra demander à chaque codébiteur que la part que celui-ci doit supporter dans la dette à titre définitif. civ. si la créance transmise est née d’un contrat. les moyens de défense tirés des caractères propres de cette créance. entre exceptions inhérentes et exceptions extérieures à la créance. connexes l’exception d’inexécution. V. Les exceptions inhérentes à la créance transmise sont celles qui affectent la créance quel que soit le patrimoine dans lequel elle se trouve. l’exception de résolution et l’exception de compensation pour dettes 111 . L’opposabilité des exceptions (les vices) – On retrouve la distinction faite à propos de l’opposabilité des exceptions en matière de cession de créance. les clauses qui déterminent le régime de la créance transmise (ex : son terme). Concrètement. 2033 C. pour les codébiteurs solidaires .réclamer le remboursement de ce qui excède sa part dans la dette à n’importe quel autre codébiteur. le débiteur peut opposer au subrogé : la chose jugée à l’encontre du subrogeant (ex : à l’encontre de la victime en cas de transmission par subrogation d’une créance délictuelle). Le codébiteur solvens devra diviser son recours contre les autres. art. 1214 C. v. Les exceptions inhérentes à la créance sont opposables par le débiteur au subrogé.

Est-ce opposable au subrogé ? Cela dépend : si l’exception tirée de l’extinction ou de la modification est née avant la date de la subrogation.. le paiement est valable et libératoire. si l’exception en cause est née après la date du paiement subrogatoire. Autre application : supposons que le débiteur ait conclu avec le subrogeant une convention extinctive (une remise de dette. elle est opposable au subrogé. 3 avril 1990. Ex : Si le débiteur devient créancier du subrogeant. Mais. en vertu de l’art. V. civ. par exemple. donc opposable au subrogé. la condition de réciprocité fait subrogeant plus créancier) l’exception compensation légale devient par conséquent inopposable. Com. Après cette date. il est a priori en mesure d’invoquer la compensation étaient n’est légale. Limite : lorsque le débiteur oppose le paiement qu’il a fait au subrogeant. 1240 C. 112 . théoriquement.. c’est-àdire des moyens de défense que le débiteur tire de sa libération envers le subrogeant ou d’une modification de la créance convenue avec le créancier initial. n° 116. si le débiteur est de bonne foi. IV. le paiement postérieur à la subrogation devrait être inopposable au subrogé. une novation ou une compensation conventionnelle) ou modificative (ex : délai de paiement) de la créance.S’agissant ensuite des exceptions extérieures à la créance. le subrogé est alors seul titulaire de la créance et il peut ignorer l’exception. autrement dit s’il ignore la subrogation au moment du paiement. elles ne peuvent être invoquées si elles sont nées avant la date à laquelle le subrogé est devenu le nouveau créancier à l’encontre du débiteur = à compter de la date du paiement subrogatoire. civ. Mais l’exception le de compensation n’est opposable au subrogé que si les conditions de la compensation défaut (le légale réunies avant et paiement de subrogatoire. Bull.

La subrogation au contraire ne produit d’effet translatif qu’à hauteur du paiement fait par le subrogé au créancier primitif. n° 256. notamment la forme d’une commission. Comp. La rémunération prend une autre forme. à hauteur de ce qu’il a effectivement payé. Bull.Nous avons vu à cet égard l’intérêt qu’il y avait pour le subrogé à informer le plus rapidement possible le débiteur de la subrogation. la subrogation est partielle. Mais cette rémunération ne saurait résulter d’un abandon par le créancier initial de la totalité de ses droits en contrepartie d’un paiement partiel. civ. Attention cependant : rien n’interdit au subrogé de se faire payer pour ses services (soit qu’il permette au créancier initial d’être payé avant terme.. si le paiement est partiel. V. PB : Quid si le créancier remet au subrogé une quittance totale en contrepartie d’un paiement partiel ? La subrogation est-elle totale ? La réponse de la Cour de cassation est négative : le subrogé n’a qu’un recours partiel contre le débiteur. Le cessionnaire acquiert la créance pour son montant nominal. 15 juin 1993. La mesure de la transmission Le transfert de créance par subrogation a ceci de particulier qu’il est lié à un paiement. IV. pas la subrogation. soit qu’il lui épargne l’aléa et le coût d’un recouvrement de la créance auprès du débiteur). Com. cession de créance. ii. pour une illustration jurisprudentielle. Ex : rémunération du factor en cas d’affacturage. 113 . Le paiement est tout à la fois la condition et la mesure de la subrogation personnelle. quel que soit le prix qu’il a versé (en général inférieur) voire même s’il n’en a versé aucun en contrepartie (parce que le cédant avait une intention libérale). La cession de créance est une opération spéculative. Donc.

30 % de 500 pour l’autre. auquel cas il est payé à hauteur de 500 et le subrogé n’obtient rien. Le Code civil consacre ainsi l’adage selon lequel « Nul n’est censé subroger contre soi ». il peut exercer ses droits. que l’on peut résumer autour des 2 idées suivantes. 114 . Après paiement subrogatoire. il est créancier à hauteur de 700 et le subrogé à hauteur de 300. Priorité au subrogeant. en ce cas. 1re idée : en cas de concours avec le subrogé. le subrogé et le créancier initial se retrouvent en concours pour obtenir leur dû auprès du débiteur. subrogation partielle. civ. Exemple concret : le subrogeant était créancier de 1000. Priorité au subrogé parce qu’il a rendu service ? Donc le subrogé est payé (300) et le subrogeant l’est pour le reste (200). Ils sont alors en concours avec la victime de l’accident qu’ils ont indemnisée. pour ce qui lui reste dû. 1252 C. dans ce cas. par préférence à celui dont il n’a reçu qu’un payement partiel ». PB : Comment régler le conflit ? Au marc le franc (proportionnellement) ? 70 % de 500 pour l’un.§ 2. C’est cette dernière solution qui est retenue en droit positif. Supposons que le débiteur ne dispose que de 500. la transmission de créance. V. la subrogation produit des effets accessoires. la priorité est donnée au créancier initial. Donc. Ex : lorsque l’assureur ou la Sécurité sociale verse une somme dont le montant est inférieur à la valeur du préjudice réparable. Les effets accessoires de la subrogation A côté de l’effet principal. A paiement partiel. art. Quand y a-t-il un concours ? Le concours survient en cas de paiement partiel. : la subrogation « ne peut nuire au créancier lorsqu’il n’a été payé qu’en partie .

elle ne joue pas lorsque le créancier a plusieurs créances. 1252 C. elle ne joue qu’en cas de concours créancier initial/subrogé . la règle énoncée par l’art. Le 2nd subrogé (dans le temps) ne profite pas du droit de priorité qu’avait fait naître au profit du créancier initial le paiement partiel fait par le 1er subrogé. le subrogé peut prévoir dans la convention un recours contre le subrogeant. Toutefois. cette absence d’obligation de garantie doit être doublement nuancée : d’abord. enfin. Il en va autrement en matière de subrogation : le subrogeant n’est pas tenu de garantir au subrogé l’existence de la créance transmise. Le droit de priorité est personnel au créancier initial . C’est une obligation qui naît de plein droit. est tenu d’une obligation de garantie envers le cessionnaire.La règle de l’art. à l’image du vendeur. 1252 est cependant limitée : elle ne joue que si la créance est assortie d’un droit de préférence . Ces clauses sont répandues en pratique. 2e idée : la subrogation peut faire naître des obligations à la charge du subrogeant. elle ne joue pas lorsque le créancier initial est chirographaire. il ne se transmet pas. Nous savons que le cédant. elle ne joue pas en cas de concours entre deux subrogés ayant acquitté chacun une partie de la créance. civ. n’est pas impérative : le créancier initial peut renoncer à son droit de priorité et donner la préférence au subrogé. On peut aussi prévoir par convention une répartition proportionnelle. Autrement dit. dont l’une a été payée intégralement par le subrogé. il est possible 115 . elle ne joue qu’en présence d’un paiement partiel d’une créance unique .

6 novembre 1990. civ. 27 juillet 1997 sur le contrat d’assurance. La sanction de l’inexécution de cette obligation est la déchéance : le subrogeant est déchu de ses droits contre le subrogé. 2 C. s’opérer en faveur de l’assureur ». 52. Bull. pour des raisons différentes. 121-12 al. ensuite. si le subrogé devait payer une créance qui. en fait. art. par ex. Par ailleurs. est inexistante. Ex : art. Ex : art. car ce dépérissement prive d’efficacité le recours subrogatoire de la caution.de stipuler une garantie conventionnelle.. V. par le fait de l’assuré. il pourrait agir contre le subrogeant en répétition de l’indu (quasi-contrat). civ. quand la subrogation ne peut plus. C’est logique : le moins que l’on puisse attendre du subrogeant est qu’il ne nuise pas aux intérêts de celui qui le paie.. L. : « l’assureur peut être déchargé. favorisent le crédit. 2314 C. au Luxembourg L. le bon fonctionnement de l’économie (création de 116 . : la caution est libérée si le créancier laisse dépérir les droits préférentiels dont il dispose contre le débiteur principal. Ass. notamment l’obligation de ne pas compromettre le recours subrogatoire du subrogé. n° 267. en tout ou en partie. IV. Conclusion (des 2 Chapitres) – Comparaison subrogation personnelle/cession de créance. en plus de ces tempéraments. Cf. mécanismes qui. Com. Points communs : circulation de l’obligation par changement de créancier. il arrive que la loi impose des obligations au subrogeant. de sa responsabilité envers l’assuré.

La subrogation peut être « forcée ».richesse pour la cession . Effets : o La cession permet au cessionnaire de réclamer le montant nominal de la créance. o En cas de cession partielle. le cédant et le cessionnaire sont à égalité. garantie pour la subrogation personnelle). alors que le subrogé ne peut exercer son recours que dans la mesure du paiement effectué. o En cas de conflit entre un subrogé et un cessionnaire de droit commun. Cela dit. ce qui atténue la différence. le subrogeant a une préférence. Conditions : o La cession suppose le consentement du créancier. o Les conditions d’opposabilité sont plus lourdes dans la cession de créance que dans la subrogation. garantie pour la cession fiduciaire . o Il ne peut pas y avoir de compensation pour dettes non connexes entre le créancier subrogé et le débiteur après la 117 . le subrogé l’emporte si la subrogation a eu lieu avant la signification de la cession au débiteur. alors qu’en cas de subrogation partielle. car la subrogation est opposable aux tiers de plein droit. ce qui n’est pas toujours le cas dans la subrogation. la subrogation peut être effectuée à titre onéreux. alors que la subrogation ne l’est pas : le transfert n’a lieu que dans la mesure du paiement effectué. Différences : Finalité de l’opération o La cession de créance à titre onéreux est une opération spéculative (un profit est recherché lors de la cession).

mais de sa signification. Maintenant que les modalités du transfert de la créance sont connues. 118 .subrogation. de transférer la dette. symétriquement. voyons s’il est possible. En matière de cession de créance. tout dépend non pas de la cession.

⇒ Puisque la créance est cessible. ⇒ Le seul fait d’admettre la cession de créance n’implique pas l’admission de la cession de dette. Au contraire. comment expliquer que le contrat dans son ensemble (créances + dettes) puisse être cédé ? C’est ce que nous verrons dans une 2nde section. I. Le principe de l’incessibilité de la dette appelle une réflexion supplémentaire : si la dette est incessible. la dette devrait a priori être également cessible. et une dette. et le patrimoine qui est rattaché à cette personne. à la charge du débiteur. L’incessibilité de la dette La cession de contrat I. ce que nous verrons dans une 1re section. La dette est 119 . la personne du débiteur. Car. sont fondamentaux aux yeux du créancier. Mais il faudra avoir recours à d’autres mécanismes. en général. la personne du créancier est indifférente au débiteur : il lui importe peu que telle ou telle personne soit créancier.Chapitre III – LA CESSION DE DETTE Toute obligation fait naître à la fois une créance. L’INCESSIBILITÉ DE LA DETTE La transmission de la dette ne soulève pas de difficulté lorsque cette transmission est universelle ou à titre universel. cela ne signifie pas que tout transfert de dette soit exclu. Pour autant. En réalité. au bénéfice du créancier. cependant. II. En principe donc. le créancier ne peut pas être contraint de changer de débiteur. la symétrie créance / dette est une fausse symétrie.

laquelle connaît plusieurs variantes : 120 . Certains auteurs se sont prononcés en faveur de la validité de la cession de dette. PB : La cession de dette à titre particulier (donc portant une dette précise) est-elle possible ? Historiquement. § 1. Il s’agit en particulier de R. la doctrine majoritaire considère que la cession de dette est interdite (§ 1). Ces droits étrangers connaissent la reprise de dette. des deux sociétés fusionnées à la nouvelle entité qu’elles forment ou de l’absorbée à l’absorbante. Mais cette règle de principe peut être contournée (§ 2). dont elle constitue l’un des éléments. celui qui hérite de la ½ de la succession est tenu de payer la ½ des dettes du défunt. ce type de transmissions se rencontre uniquement à l’occasion du décès du débiteur. ni dans l’Ancien droit. Le principe de l’interdiction Dans le silence de la loi. Faut-il déduire de ce silence que la cession de dette est interdite ? Aujourd’hui. Ses héritiers recueillent alors à la fois les droits et les obligations de leur auteur. PB : est-ce le résultat d’un simple oubli ou le signe d’une impossibilité théorique dans l’esprit des rédacteurs. SALEILLES et E. Par exemple. Cela ne pose pas non plus de problème. il est totalement muet sur la question. Comme le patrimoine est incessible du vivant de la personne.transmise avec le patrimoine ou la fraction du patrimoine. GAUDEMET qui se sont inspirés du droit allemand (mais des règles similaires existent en droit suisse ou en droit italien). De même. la cession de dette n’était admise ni en droit romain. Quant au Code civil. s’est élevée une opposition doctrinale. il y a transmission universelle des dettes en cas de fusion de plusieurs sociétés ou d’absorption d’une société par une autre.

- la reprise parfaite : la situation est la même que dans la reprise cumulative. tenu de la même dette. le consentement du créancier serait une condition de la libération du cédant. Le créancier n’a qu’un seul débiteur : le nouveau. Mais l’ancien débiteur est un débiteur subsidiaire qui ne peut être poursuivi qu’en cas d’insolvabilité du nouveau débiteur. une convention est conclue entre deux parties. Le créancier n’a aucun droit contre le nouveau débiteur . Mais à la différence de la reprise interne. la cession de dette existerait tout de même mais elle resterait imparfaite : le créancier cédé aurait alors deux débiteurs au lieu d’un seul. 121 . C’est en s’appuyant sur ces exemples étrangers que des auteurs français ont défendu la validité de la cession de dette. il n’a qu’un débiteur et c’est le premier. Seule la charge du paiement définitif passe du débiteur initial au nouveau débiteur. A défaut d’accord du créancier. Le créancier conserve son premier débiteur et il en acquiert un nouveau. l’une acceptant de payer la dette de l’autre. au motif que la cession n’est contraire à aucune règle d’ordre public. La liberté contractuelle impose donc de l’admettre. Mais la convention ne produit d’effets qu’entre ces 2 parties.- la reprise interne : une convention est conclue entre le débiteur originaire et un nouveau débiteur qui s’engage à payer la dette. Simplement. Le créancier a désormais deux débiteurs (d’où l’idée de « cumul »). à ceci près que le créancier accepte de libérer le 1er débiteur. pour protéger le créancier contre un changement de débiteur qui ne serait pas conforme à ses intérêts. - la reprise cumulative : comme dans la reprise interne. le créancier accepte la reprise de dette.

La circulation est donc toute relative. Dans le même sens.On trouve des illustrations jurisprudentielles de cette analyse. 2009. faute de consentement du créancier. En dépit de la convention qui se veut translative. 1re. D. Ex : Civ. I.2400 : la cession par un commerçant de l’intégralité de ses créances et de ses dettes à l’occasion de la cession de son fonds de commerce « ne pouvait avoir effet à l'égard du créancier qui n'y avait pas consenti ». 30 avril 2009. 1ère. ne pouvait avoir pour effet. majoritaires. aux motifs que « la convention des époux. Pourquoi ? Car pour que l’on puisse véritablement parler de cession de dette. Mais pour d’autres auteurs. Cass. civ. plus récemment. 1134 et 1165 C. Mais moins pertinent car cession globale des créances et des dettes. La banque (le créancier) assigne l’épouse en paiement du solde du prêt. Elle est déboutée par la CA et forme un pourvoi en cassation. civ.. il faut qu’en vertu de la convention translative. que le fonds de commerce est attribué au mari à charge pour lui de rembourser le solde du prêt. Certains estiment que cela implique a contrario que la cession est valable entre les parties. La Cour de cassation a pu juger que la convention entre le cédant et le cessionnaire de la dette n’avait que des effets limités. la dette telle 122 . Les époux divorcent et il est stipulé dans la convention de divorce homologuée par le juge. civ. L’arrêt est cassé pour violation des art. 2 juin 1992. n° 168 Faits : un prêt est consenti à 2 époux solidaires pour le financement de l’achat d’un fonds de commerce. Bull. la dette est foncièrement incessible. Mais. La convention est valable entre les parties. la convention ne libère pas le débiteur cédant à l’égard du créancier. la dette reste dans le patrimoine du débiteur originaire. d’éteindre la dette de l’un des conjoints et n’avait de force obligatoire que dans leurs rapports réciproques ». même homologuée en justice. en l’absence d’un accord du créancier.

la dette est modifiée. Une cession digne de ce nom doit pouvoir opérer sans modification. non pas pour obtenir la jouissance des lieux (ce qui ne l’intéresse pas). par exemple. ce n’est pas seulement la dette. c’est le contrat dans son entier. Si. En réalité. Mais alors. c’est-à-dire pour obtenir la jouissance des lieux loués. en raison de ce transfert à un tiers. Ex : un locataire décide de céder sa dette de loyers à un tiers cessionnaire. on ne peut véritablement parler de cession de dette que si le cessionnaire reprend la dette du cédant avec sa cause . ce qui est transmis. comprise objectivement. on est en présence d’une cession de contrat (une cession de bail). mais il n’y a pas pour autant cession de dette car. que si le cessionnaire la reprend afin d’obtenir la même satisfaction économique que celle que recherchait le cédant. alors il ne saurait y avoir de cession. est le but économique en fonction duquel le débiteur s’engage conventionnellement. mais pour une autre raison. En réalité. Si le cessionnaire reprend la dette. parmi les éléments qui caractérisent la dette (la dette contractuelle tout au moins). 123 . Or. il y a la cause. autrement dit. pour éteindre une obligation dont il est luimême tenu envers le cédant ou pour lui rendre service.qu’elle liait le cédant au créancier cédé soit transportée dans le patrimoine du cessionnaire. le cessionnaire prend donc un nouvel engagement. si c’est bien de cela dont il s’agit. Pour quelle raison le fait-il ? De deux choses l’une : Si le tiers reprend la dette pour obtenir la même satisfaction économique que le cédant. la dette du cessionnaire a une cause différente de celle du débiteur initial et il n’y a donc pas identité entre la dette pesant sur le débiteur initial et la dette pesant sur le nouveau débiteur. alors il n’y a pas seulement une cession de dette symétrique à ce que serait la cession de créance de loyers par le bailleur. La cause de l’obligation. précisément. alors il n’y a plus de cession de contrat. Un nouveau locataire remplace l’ancien et reprend toutes ses obligations mais aussi tous ses droits. Donc.

la cession de dette peut être utile économiquement. en contournant l’interdiction de principe. C’est parce que la cession de dette est économiquement utile que les juristes se sont efforcés de parvenir à un résultat comparable. Elle peut permettre un paiement simplifié lorsque le cessionnaire est tenu d’une obligation préexistante envers le cédant. La cession de dette peut également être un moyen de faire une donation indirecte ou de consentir un prêt. prêt : le nouveau débiteur paie à la place du débiteur initial à charge pour ce dernier de le rembourser plus tard. le cessionnaire s’acquitte du même coup de sa propre obligation envers le cédant. L’ancien débiteur est libéré parce qu’un nouveau est lié. la dette nouvelle peut avoir des 124 . Le créancier doit impérativement donner son accord : il libère le débiteur originaire en échange de l’engagement d’un nouveau débiteur. En reprenant la dette du cédant. Le contournement du principe Le droit français ne connaissant pas la cession de dette.Pourtant. Mais la novation par changement de débiteur n’est pas une véritable cession de dette puisque la dette du débiteur originaire s’éteint pour être remplacée par une dette nouvelle. Donation : le nouveau débiteur paie à la place du débiteur initial et celui-ci est définitivement libéré . Donc. sur laquelle on reviendra plus tard. lequel est déchargé par le créancier. des moyens détournés ont été employés pour parvenir à un résultat pratique similaire. § 2. Parmi ces moyens. il y a la novation par changement de débiteur. C’est une novation qui s’opère lorsqu’un nouveau débiteur est substitué à l’ancien.

on peut se demander comment la cession de contrat (donc d’un ensemble de créances et de dettes) peut être admise.caractères différents de l’ancienne . reviennent à transférer une dette. il ne s’agit jamais de véritables cessions de dettes préservant l’identité de l’obligation transmise. Autre moyen détourné de réaliser l’équivalent d’une cession de dette. ⇒ Dans ces conditions. les exceptions sont inopposables . Cédant = stipulant . dont nous reparlerons : l’indication de paiement (art.). telle la stipulation pour autrui. et les sûretés disparaissent. Mais juridiquement. créancier = tiers bénéficiaire. D’où la disparition par exemple des éventuelles sûretés garantissant la dette. Elle consiste pour le débiteur à indiquer au créancier qu’un tiers (souvent une banque) paiera à sa place. Il y a encore d’autres moyens de contourner l’interdiction de la cession de dette. à moins que la personnalité de celui-ci soit déterminante (ce qui n’est pas le cas pour une somme d’argent). Mais là encore. Il existe donc des moyens de faire des opérations qui. Et réciproquement. transférant la même dette d’un ancien débiteur à un nouveau (le droit du bénéficiaire de la SPA contre le promettant naît d’un contrat différent et autonome de celui qui a généré son droit contre le stipulant). Le tiers s’est simplement engagé envers le débiteur à qui il a promis. économiquement. 125 . cessionnaire = promettant . C’est possible car le créancier ne peut pas s’opposer à ce qu’un tiers paie la dette à la place du débiteur. 1277 C. la SPA ne permet pas de réaliser une véritable cession de dette. Mais le créancier n’a aucun droit contre ce tiers car ce tiers n’a pris aucun engagement envers lui. civ. le débiteur originaire n’est pas libéré (preuve que ce n’est pas une cession de dette).

La nature juridique de la cession de contrat Si la créance est un bien que rien n’empêche de céder. si la créance est cessible. ⇒ Il semble que le contrat ne puisse pas être cédé. La partie qui perd la qualité de partie est le cédant . et le tiers qui devient partie est le cessionnaire. C. 126 . il en va autrement du contrat. Plan – Avant d’indiquer le régime de la cession de contrat (§ 2). § 1. Le contrat est par définition une convention créatrice d’obligations. donc à la fois de créances et de dettes. notamment si l’immeuble loué est vendu…) la cession d’une PUV . com. Il existe en réalité de nombreux exemples de cessions de contrat parce que cela répond à un besoin. qui est un objet autrement plus complexe. Exemples : en matière de bail (cession du bail commercial.II. notamment lors de la cession du fonds de commerce exploité dans le local objet du bail . 621-83 et s. Or. PB : Cette conclusion théorique est en décalage avec la pratique contractuelle et le droit positif. son cocontractant est le cédé . la cession de contrats dans le cadre d’une procédure de redressement judiciaire donnant lieu à cession de l’entreprise (art. il faut d’abord surmonter l’obstacle théorique qui s’élève a priori contre son admission en droit positif et donc se pencher sur la nature juridique de la cession de contrat (§ 1). L. cession du bail d’habitation. la dette ne l’est pas. LA CESSION DE CONTRAT La cession de contrat a pour objet le remplacement d’une partie par un tiers au cours de l’exécution du contrat. français).

SAUF évidemment si la loi n’autorise la cession de contrat sans l’accord du cédé. Céder le contrat. c’est céder sa qualité de partie au contrat et tout ce qui s’y rattache : les droits. les obligations. à moins que celuici n’accepte la cession ou que la cession ne soit prévue par la loi. plus strict. ⇒ Le régime doit alors être celui de la cession de dette. En pratique. ce serait un tort de croire que la cession de contrat n’est rien de plus que l’addition d’une cession de créance et d’une cession de dette. AYNÈS (La cession de contrat et les opérations juridiques à trois personnes. Classiquement. même implicitement. il faut obtenir. 127 . 1690 C. notamment par L. 1984). ce que les parties n’ont pas le pouvoir de faire. en application de l’art. En d’autres termes. l’accord du cédé et non pas seulement signifier la cession du contrat au cédé. cela ne change pas grand-chose. Selon cette analyse. la cession de contrat est un transfert intégral de la qualité de contractant. Pour Laurent Aynès. les actions en justice. puisque le contrat fait naître des obligations et que l’obligation comporte un côté actif (le droit de créance) et un côté passif (la dette). En effet. Une analyse plus moderne a été développée pendant la 2nde moitié du 20e siècle. civ. la cession de contrat a été comprise comme l’addition d’une cession de créance et d’une cession de dette. mais la cession n’est pas opposable au cocontractant du cédant.⇒ La doctrine a essayé d’établir la validité des opérations de cession de contrat. en recourant à diverses analyses. Dire que la cession de contrat est une cession de la qualité de partie n’autorise pas le cédant et le cessionnaire à opérer ce transfert et à l’opposer au cédé sans l’accord de ce dernier. le législateur le peut. Pour que la cession de contrat produise ses effets. Economica. la cession de contrat est une convention valable entre les parties (le cédant et le cessionnaire). les pouvoirs.

502. Le régime de la cession de contrat On distinguera classiquement les conditions (A) et les effets (B) de la cession de contrat. à charge par celui-ci d’exécuter toutes les obligations dont l’assuré était tenu vis-à-vis de l’assureur en vertu du contrat ». D. mise en société. Il peut alors être nécessaire de signifier la cession au cocontractant pour la lui rendre opposable. Mais la Cour de cassation exige que le cédé consente à la cession de contrat. L. A. vente. Art.Quelques exemples tirés du droit français : Art. 145-16 C. c’est-à-dire à la substitution de son cocontractant. qui admet la cession du contrat d’assurance avec la chose assurée : « En cas de décès de l’assuré ou d’aliénation de la chose assurée. l’assurance continue de plein droit au profit de l’héritier ou de l’acquéreur. En soi.. Ass. L. la cession de contrat n’est pas contraire à une règle d’ordre public. com. V. § 2. 3 février 2010. Conditions Le principe est que tout contrat est cessible. qui rend opposable au bailleur la cession du bail commercial Art. not. L. transformation du fonds. Le texte exact dispose : « S’il survient une modification dans la situation juridique de l’employeur. Il peut 128 . notamment par succession. travail imposant le respect des contrats de travail lors de la cession d’une entreprise : le nouvel employeur doit prendre à sa charge les contrats de travail en cours. à propos d’une cession de bail commercial. com. 2010. 1224-1 C. Cass.. 121-10 C. tous les contrats de travail en cours au jour de la modification subsistent entre le nouvel employeur et le personnel de l’entreprise ». fusion.

Donc. civ. Com. com. 12 octobre 1993. quelle qu’en soit la forme. soit ultérieurement (au moment de la cession en général). Pas juste inopposabilité. Le contrat transmis garde sa durée originairement convenue. Cette clause est valable en principe. L. V. B. Mais une fois que le cédé a donné son accord. il ne peut plus s’opposer à la cession. Effets C’est la qualité de contractant qui est transmise. de cessibilité du contrat souffre cependant des a priori 129 . sauf si la loi estime que la circulation du contrat satisfait un intérêt supérieur à celui du cédé. l’objet de la cession). 6 mai 1997. Le cessionnaire est lié au cédé « en vertu du contrat transmis » (Civ. les parties peuvent stipuler une clause d’incessibilité. Le principe exceptions. I. n° 333).. donc assez spécifique mais généralisable). n° 360). plus tard. Bull. civ. tous les droits et obligations attachés à cette qualité sont transférés. sans création d’obligation nouvelle (Com. IV. 1re. n° 117. I. : « Sont (…) nulles. Bull. Le cessionnaire se retrouve dans la situation qui était celle du cédant avant la cession. civ. 145-16 C.donner son consentement soit dans le contrat lui-même (donc lors de la conclusion du contrat qui sera. Bull. Sanction de l’absence d’accord du cédé : vraisemblablement nullité relative de la convention (solution retenue à propos d’une cession de droits d’auteurs. Ainsi en droit français.. 14 décembre 1982. les conventions tendant à interdire au locataire de céder son bail ou les droits qu’il tient du présent chapitre à l’acquéreur de son fonds de commerce ou de son entreprise »). la clause qui interdit la cession du contrat de bail commercial en cas de vente du fonds de commerce est nulle (art. En particulier.

. V. alors. au lieu d’un transfert de l’obligation. Le cédant reste tenu des obligations existant au jour de la cession de contrat. Mais. il est garant du nouveau cocontractant (le cessionnaire).La cession produit son effet pour l’avenir. civ. Com. 130 . n° 7. Et elle est impossible lorsqu’il s’agit d’une dette prise isolément. à moins d’en être expressément déchargé par le cédé. C’est ce 2nd mode de circulation des obligations que nous allons examiner à présent. Par ailleurs. par exemple. il y aura création d’une obligation nouvelle. que tout changement de débiteur dans le rapport d’obligation soit exclu. Elle est déjà un peu moins facile lorsque c’est le contrat dans son ensemble qui est transféré. Bull. 6 janvier 1998. En d’autres termes. pour autant. IV. le cessionnaire ne devient débiteur et créancier que des obligations nées postérieurement à la cession de contrat. Transition – La circulation de l’obligation est fluide tant qu’il s’agit de transférer une créance. Cela ne veut pas dire.

qui vient éteindre de plus l’obligation général de par la une du novation mécanisme changement de débiteur. vis-à-vis C’est de la banque. il n’a plus le contrôle de la société. mais avant que l’emprunt ne soit complètement remboursé par la société. le nouveau dirigeant reprend la dette de cautionnement. soit s’ajouter à l’obligation initiale. avec l’accord de la banque qui a prêté les fonds à la société. il y a bien un véritable changement de débiteur. Concrètement. Ex : une société souscrit un emprunt auprès d’une banque et son dirigeant se porte caution. Quelques années plus tard. qui consiste à créer une obligation qui vient soit se substituer. mais celuici passe en réalité par la création d’une obligation nouvelle. C’est l’acte juridique par lequel 131 . celle du nouveau l’obligation application dirigeant initiale. Ici. chapitre unique : la délégation. C’est la raison pour laquelle. ce type de novation n’est qu’une particulière délégation. En fait. Chapitre unique – LA DÉLÉGATION Définition : La délégation est un procédé de circulation des obligations à l’initiative du débiteur. Plan : Comme la délégation est donc le seul procédé qui permet un résultat techniquement équivalent à une circulation d’obligation. il démissionne et cède ses actions à un tiers. La situation est dangereuse pour l’ancien dirigeant/caution car n’étant plus actionnaire. le dirigeant n’acceptera de céder ses titres que s’il peut ne plus être caution. qui devient dirigeant à son tour.Titre II – LA CRÉATION D’UNE OBLIGATION NOUVELLE Il arrive assez souvent en pratique qu’un changement de débiteur intervienne.

La délégation est régie par les articles 1275 et 1276 C. La personne qui bénéficie du nouvel engagement est le délégataire. A quoi sert la délégation ? En général. ⇒ Il faut le consentement de ces trois personnes pour que la délégation s’opère. 132 . Il ne paiera le loyer directement à la banque que si le propriétaire ne rembourse pas l’une des échéances de son prêt. en payant directement le loyer au banquier. délégataire. la délégation se greffe sur deux obligations préexistantes : une obligation du délégant envers le délégataire et une obligation du délégué envers le délégant. déléguant. Elle sert alors à réaliser une opération de paiement simplifié en éteignant deux dettes en une seule fois. Ce nouvel engagement est accepté par le délégataire. Ex : le propriétaire d’un immeuble loué. Le locataire. qui s’oblige envers le créancier.le débiteur donne au créancier un autre débiteur. délègue son locataire (délégué) à son banquier (créancier) en paiement de sa dette de prêt. et la dette de prêt de ce dernier envers la banque prêteuse. Mais la délégation peut aussi permettre de fournir une garantie au créancier délégataire. qui a emprunté une somme d’argent (déléguant). paie sa propre dette de loyer envers le propriétaire. civ. ⇒ 2 éléments distinguent la délégation des autres opérations de circulation des obligations : l’initiative du débiteur initial et l’obligation propre du 2nd débiteur. La personne qui prend l’initiative de trouver un nouveau débiteur est le délégant. Ex : Le locataire est seulement un débiteur subsidiaire. La personne qui prend le nouvel engagement sur ordre du délégant est le délégué.

21 juin 1994. § 1. il convient donc de cerner de plus près la notion de délégation (section I) avant de décrire le régime de la délégation (section II). NB : La jurisprudence admet qu’il puisse y avoir une délégation même s’il n’existe pas de créance du délégant sur le délégué. 133 . délégué. I. not. V.. Cela suppose qu’aucune obligation préexistante ne lie le délégué au délégant.L’inverse est aussi possible : le nouveau débiteur. n° 225. Avant d’aller plus loin. nous verrons d’abord quels en sont les types (§ 1) puis quelles sont les institutions voisines avec lesquelles il ne faut pas la confondre (§ 2). Ex : Le propriétaire ne paiera son prêt que si le locataire ne paie pas le loyer. Les types de délégation PB : Quelles sont les différentes sortes de délégation ? Il y a 2 grandes distinctions à faire. Le délégué fait une donation au délégant lorsqu’il paie la dette préexistante du délégant envers le délégataire sans demander de remboursement . Avantage par rapport au cautionnement ? Formalisme plus léger et garantie plus solide. civ. il fait un simple prêt lorsqu’il exige en contrepartie d’être remboursé plus tard. Com. LA NOTION DE DÉLÉGATION Pour étudier la notion de délégation. Plan – La multiplicité des fonctions de la délégation illustre la souplesse du mécanisme. Bull. Enfin la délégation peut aussi permettre au délégué de faire une donation ou un prêt indirect au délégant. devient débiteur principal et le débiteur initial délégant est débiteur subsidiaire. IV.

Dans la délégation simple (ou imparfaite). la délégation simple est la plus répandue. Le Code civil traite de la délégation dans une section consacrée à la novation. En l’absence de volonté contraire. qui dispose : « La délégation par laquelle un débiteur donne au créancier un autre débiteur qui s’oblige envers le créancier. si le créancier n’a expressément déclaré qu’il entendait décharger son débiteur qui a fait la délégation ». le délégataire ne libère pas le délégant lors de la délégation. qui est déchargé par le délégataire. le délégataire libère immédiatement le délégant. Il laisse donc supposer que la délégation est le plus souvent novatoire. Dans la délégation novatoire (ou parfaite). est substitué à l’ancien débiteur. les 2 débiteurs sont tenus à titre principal. Le commerçant délégataire a donc 2 débiteurs : le client débiteur du prix qui est délégant et le banquier qui s’engage personnellement à payer la dette du client qui est le délégué. Le délégataire a donc désormais 2 débiteurs au lieu d’un. n’opère point de novation. Ex : s’agissant du paiement par carte bancaire.1°) La délégation simple et la délégation novatoire – Ces 2 modalités de la délégation sont issues de l’art. 1275 C. le délégué. 2°) La délégation certaine et la délégation incertaine – 134 . parce qu’elle offre une plus grande sécurité au délégataire. 1275 C. L’art. en contrepartie de l’engagement pris par le délégué. le délégant. le banquier s’engage envers les commerçants adhérents à honorer les factures en l’absence de provision (dans une certaine limite). civ. Mais en réalité. La délégation opère une novation par changement de débiteur : un nouveau débiteur. exige pour cela une manifestation de volonté expresse de la part du créancier délégataire. civ.

la délégation ne peut résulter que d’une délégation simple. Pourtant. La délégation est certaine si l’engagement du délégué est déterminé en lui-même. La délégation est indépendante des rapports antérieurs. Le principe de l’inopposabilité des exceptions s’applique alors et le délégué ne peut pas invoquer les exceptions que pourrait invoquer le délégant. le délégué s’engage à payer une somme déterminée sans référence à ce que doit le délégant. la jurisprudence est hésitante. d’autres non. même dans cette dernière situation. Elle se fonde sur l’objet de l’engagement pris par le délégué envers le délégataire. soit (et c’est plus fréquent) sur l’obligation préalable du délégant envers le délégataire. La délégation est incertaine si le délégué calque l’objet de son engagement envers le délégataire. Alors que si la délégation est certaine. Mais. indépendamment de l’objet de l’une des obligations préexistantes. le délégué s’engage à payer ce que doit le délégant au délégataire ou ce qu’il doit lui-même au délégant. en particulier. En revanche la délégation peut être certaine comme incertaine. en pratique. Dans ce cas. La Cour de cassation est divisée sur la portée de cette distinction. si la délégation est incertaine. Le délégué peut prendre un engagement autonome (payer telle somme d’argent) mais aussi s’engager seulement à payer ce que le délégant doit au délégataire. retient une solution particulière lorsque la délégation a une fonction de garantie. En effet. Certains arrêts la suivent. [La Chambre commerciale. le créancier n’obtient de garantie pour le paiement de sa créance contre le délégant que si le nouvel engagement pris par le délégué s’ajoute à l’ancien. Le délégué peut alors opposer au délégataire les exceptions issues du rapport d’obligation préalable sur lequel son engagement a été calqué. soit sur l’objet de sa propre obligation préalable envers le délégant.Cette 2nde distinction est d’origine doctrinale. la Chambre 135 . Intérêt de la distinction ? Théoriquement.

civ. Com. en revanche. Le délégué est comme un garant autonome. § 2. n’empêche pas le délégataire d’agir contre le délégué.commerciale de la Cour de cassation considère que la garantie est indépendante et que le délégué ne peut donc opposer les exceptions tirées des rapports déléguant/délégataire. qu’elle soit simple ou novatoire. 7 décembre 2004. En outre. Economiquement. il faut encore la comparer des institutions voisines. sans que le consentement du débiteur cédé ne soit nécessaire. La créance du délégant sur le délégué n’est donc pas transmise au délégataire. Cf. Bull. IV. la délégation n’a pas d’effet translatif. La cession de créance transmet au cessionnaire la créance qui appartenait au cédant. les 2 opérations sont proches car c’est un peu comme si la créance du délégant contre le délégué avait circulé au profit du délégataire. la délégation. Juridiquement. contrairement à la cession. Cela renforce la garantie. Les institutions voisines de la délégation La multitude de fonctions remplies par la délégation conduit à distinguer cette notion de notions voisines.] Pour saisir la notion de délégation.. Alors que dans la délégation. 1. faute de déclaration par le délégataire à la procédure collective du délégant. n° 214 : le fait que la créance contre le délégant soit éteinte. 136 . est opposable aux tiers dès que le délégataire accepte l’engagement du délégué sans formalité de publicité particulière. La délégation et la cession de créance – La comparaison doit être menée tant au plan juridique qu’au plan économique. le délégué prend un nouvel engagement envers le délégataire.

2. la cession de dette résulte d’un accord entre débiteur initial et nouveau débiteur. 3. Elle permet aussi de simplifier le paiement. délégué. Mais là encore. par principe inadmissible comme on l’a vu : c’est une seule et même dette qui est transmise. mais la différence avec la délégation est nette. et le créancier délégataire. La délégation et les sûretés personnelles – 137 . Or. en contrepartie du nouvel engagement pris par le délégué et calqué sur l’objet de l’obligation du délégant. la délégation emporte création d’une obligation nouvelle. en particulier lorsque la délégation est novatoire et incertaine. Juridiquement. En outre. la délégation n’est pas une cession de dette. le mandataire ne prend aucun engagement personnel envers le créancier. Dans l’indication de paiement. par lequel un débiteur (mandant) confie à un mandataire (en général une banque) le pouvoir de régler l’un de ses créanciers. Ce dernier n’a donc pas d’action contre le mandataire . la délégation peut aboutir au même résultat économique qu’une cession de dette. La cession de dette produit un effet translatif. La délégation et la cession de dette – Là encore. avec l’accord du délégataire qui libère immédiatement l’ancien débiteur. alors que la délégation est un accord entre le nouveau débiteur. 4. le délégué prend au contraire un engagement envers le délégataire. Dans la délégation. la comparaison doit être menée au plan juridique et économique. La délégation et l’indication de paiement – L’indication de paiement est un mandat. Une substitution de débiteurs se produit. le mandataire ne devient pas débiteur du créancier.

Malgré cette similitude de fonctions. le délégataire réclamera au délégué le paiement. les 2 notions sont juridiquement distinctes : d’une part. Alors que dans la SPA. Le promettant joue le rôle du délégué. la délégation peut remplir une fonction de garantie si elle est imparfaite (simple). Il n’en va pas ainsi dans la délégation : le délégué n’est pas préoccupé par la défaillance du délégant. Le stipulant peut demander au promettant qu’il s’engage à accomplir son obligation au profit du tiers bénéficiaire (le créancier). la délégation suppose un engagement du délégué envers le délégataire. Le tiers 138 . La situation ressemble alors à une délégation simple. l’échange des consentements a lieu entre le stipulant (ancien débiteur) et le promettant (nouveau débiteur). L’engagement du délégué vient garantir l’obligation préalable du délégant envers le délégataire. une personne s’engage en qualité de garant.La délégation se distingue des sûretés personnelles (comme le cautionnement). Et si le tiers bénéficiaire était déjà créancier du stipulant. afin de prémunir le créancier contre le risque de défaillance de son débiteur. Dans une sûreté personnelle. Cela étant. comme on l’a déjà vu. Si jamais le délégant (débiteur initial) est défaillant ou insolvable. alors il pourra agir contre le stipulant en vertu de son droit de créance originaire et contre le promettant en vertu de la SPA. La délégation et la SPA – La SPA peut jouer un rôle similaire à celui de la délégation. puisque ce dernier dispose désormais de 2 débiteurs. 5. Le délégué s’engage en raison de sa propre dette envers le délégant. Le droit du délégataire ne naît que lorsque l’échange des consentements a eu lieu entre ces deux personnes.

délégué et délégataire). impose une manifestation expresse de volonté. 139 . Au contraire. 1275 C. La délégation suppose l’échange de 3 consentements (délégant. Les conditions de la délégation Quelques observations sur les conditions de formation puis sur les conditions d’opposabilité. Les exceptions lui sont inopposables. il faut en plus que le délégataire manifeste son intention de libérer le délégant en contrepartie de l’engagement du délégué. Les conditions de formation sont relativement simples. le droit du tiers bénéficiaire prend sa source dans le contrat conclu entre le stipulant et le promettant. puis ses effets (§ 2). le consentement du délégataire peut intervenir valablement après l’acceptation émise par le délégué de l’ordre donné par le délégant. L’art. d’autre part. Mais l’éventuelle acceptation de la SPA par le tiers bénéficiaire ne servira qu’à rendre irrévocable l’acquisition de son droit. Si la délégation est novatoire. LE RÉGIME DE LA DÉLÉGATION Voyons successivement les conditions de la délégation (§ 1). II. le droit du délégataire ne dépend pas des relations délégant/délégué. civ. § 1. car la SPA est une exception à l’effet relatif des contrats. pas nécessairement en même temps. Le promettant peut donc opposer au tiers bénéficiaire les exceptions nées de ses relations avec le stipulant. Par exemple. dans la SPA.bénéficiaire/créancier profite de cet accord.

que devient la créance de loyers ? Juridiquement.Les conditions d’opposabilité de la délégation aux tiers (ie les créanciers du délégant ou un cessionnaire de la créance du délégant sur le délégué) sont également simples. Les effets de la délégation Plusieurs points sont à voir : Le sort de la créance du délégant sur le délégué (A) Les exceptions qui peuvent être invoquées contre le délégataire (B) Le recours du délégataire contre le délégant (C) A. puisque la délégation est opposable de plein droit aux tiers dès sa conclusion sans formalités particulières. cette créance reste dans le patrimoine du délégant. § 2. même si la délégation est novatoire. 140 . elle n’a pas d’effet translatif. PB : Quelle est l’incidence de la délégation sur la créance qu’avait le délégant sur le délégué ? Ex : si le locataire s’engage auprès de la banque qui a consenti un prêt au bailleur-délégant. Cette dernière s’éteint lorsque le délégué a exécuté la délégation. Le sort de la créance du délégant sur le délégué – On se place dans l’hypothèse où le délégué a accepté la délégation parce qu’il avait une dette envers le déléguant. Cette créance s’éteint-elle du seul fait de la délégation ? Non. Le seul fait pour le délégué de s’engager envers le délégataire ne provoque pas l’extinction de la créance du délégant sur le délégué. la délégation n’est pas une cession de créance . En effet. La délégation novatoire éteint l’obligation du délégant envers le délégataire. mais pas la créance du délégant envers le délégué.

cette indisponibilité signifie par exemple que le délégant ne peut pas agir en paiement contre le délégué. ni le délégant ni 141 . car ce n’est pas parce que le délégué est défaillant que le délégataire renonce à le poursuivre. Com. non pas du fait de l’acceptation par le délégataire de l’engagement du délégué à son égard. Bull. ni en résolution du contrat donnant naissance à sa créance contre le délégué.Toutefois. du moins tant que le délégataire n’a pas renoncé à son droit contre le délégué. Or. Concrètement. en ce sens. ⇒ La créance du délégant reste indisponible tant que le délégataire n’a pas renoncé à poursuivre le délégué. De même. Mais qu’advient-il si le délégué n’exécute pas son obligation envers le délégataire ? Le délégant retrouve-t-il la disponibilité de sa créance ? Pas nécessairement. le fait que les parties aient convenu d’une délégation montre que la créance du délégant sur le délégué est appelée à s’éteindre du fait de l’exécution de l’engagement pris par le délégué envers le délégataire. les créanciers du délégant qui pratiqueraient une saisie sur la créance du délégant contre le délégué pourraient se voir opposer l’indisponibilité de la créance. C’est pourquoi la créance du délégant est frappée d’indisponibilité : le délégant est toujours titulaire de sa créance sur le délégué. n° 120 : « attendu que si la créance du délégant sur le délégué s’éteint. 16 avril 1996. mais il en perd la libre disposition. IV. civ. mais seulement par le fait de l’exécution de la délégation. il ne faudrait pas que le délégant puisse obtenir le paiement de sa créance tant que le délégué reste exposé aux poursuites du délégataire. Combien de temps la créance est-elle indisponible ? Si le délégué exécute son obligation envers le délégataire. la créance du délégant s’éteint à hauteur du paiement ainsi effectué.. V.

Ce droit naît de l’échange des consentements entre délégué et délégataire. avant la défaillance du délégué envers le délégataire. B. Il doit exécuter son engagement envers le délégataire. est d’origine jurisprudentielle. La créance est en quelque sorte « neutralisée ». ne peuvent. à supposer qu’une obligation préexistante existant entre délégant et délégué). Pourquoi ce principe d’inopposabilité des exceptions ? Parce que le droit du délégataire contre le délégué est un droit propre et indépendant du droit du délégant contre le délégué. Mais sa portée doit être nuancée en distinguant selon que le délégué entend invoquer des exceptions tirées de ses rapports avec le délégant (1) ou s’il entend invoquer des exceptions tirées des rapports entre délégant et délégataire (2). Et priorité est donnée au délégataire. ancien.ses créanciers. le délégué ne peut pas opposer au délégataire les exceptions qu’il aurait pu opposer au délégant (ex : nullité de l’obligation du délégué envers le délégant. dès son acceptation. 1) Les exceptions tirées des rapports entre délégué et délégant En principe. de son droit exclusif à un paiement immédiat par le délégué… ». quitte à exercer ensuite un recours contre le délégant. Le régime des exceptions – PB : quelles sont les exceptions que le délégué peut opposer au délégataire pour échapper à l’exécution de son engagement ? Le principe est celui de l’inopposabilité des exceptions. exiger paiement . qu’il en résulte que la saisie-arrêt effectuée entre les mains du délégué par les créanciers du délégant ne peut avoir pour effet de priver le délégataire. Il est donc logique que le délégataire puisse ignorer les causes de libération du délégué envers le délégant (ex : le paiement du 142 . Le principe.

par exemple. il a 143 . c’est-à-dire lorsqu’il connaissait les vices affectant la cause de l’engagement du délégué à son égard. Deux limites au principe : 1°) La jurisprudence écarte l’inopposabilité des exceptions en cas de mauvaise foi du délégataire. délai…) et même les vices affectant la validité du contrat générateur de l’obligation du envers le délégant (ex : vice du consentement). Ce n’est pas parce que le droit du délégataire contre le délégant disparaît. V. Civ. 2°) La doctrine estime que le délégué peut échapper à l’inopposabilité des exceptions en calquant son engagement sur la dette qu’il avait envers le délégant (délégation incertaine) : dans ce cas. que l’engagement du délégué envers le délégataire est anéanti. Il devra alors exercer un recours contre le délégant. A nouveau. TERRÉ & LEQUETTE. Mais cela n’autorise pas le délégué à s’en prévaloir. c’est en raison de l’obligation du délégant envers le délégataire que le délégant a ordonné au délégué de prendre un engagement envers le délégataire. l’engagement du délégué est soumis à la condition qu’il soit effectivement débiteur du délégant. obs. les modifications décidées par le délégant et le délégué (remise de dette. Certes. GAJC n° 239..délégué fait au délégant). mais dont l’efficacité est toujours aléatoire. La situation est dangereuse pour le délégué car il risque de devoir payer au délégataire ce qu’en définitive il ne devait pas au délégant. 24 janvier 1872. le délégué a pris un engagement propre. par exemple parce que la créance qu’il avait contre le délégant est annulée. 2) Les exceptions tirées des rapports du délégant avec le délégataire PB : Le délégué peut-il invoquer les exceptions tirées des rapports entre le délégant et le délégataire pour échapper à son engagement ? La réponse est a priori négative : ces relations n’intéressent pas le délégué.

7 décembre 2004. Limite : Il en va autrement si l’engagement du délégué est calqué sur la dette du délégant envers le délégataire (délégation incertaine). à moins d’avoir stipulé une clause contraire. et qu’il se trouve déchargé de son obligation lorsque la créance de ce dernier est atteinte par la prescription »). Le délégué pourrait opposer au délégataire les causes de nullité. not. l’engagement du délégué perd son objet. not. si la dette est anéantie. peu importe que la délégation soit certaine ou incertaine. Com. Pourquoi ? Parce que l’objet de l’engagement du délégué est la dette du délégant : le délégué a promis de payer ce que doit le délégant. civ. Bull. d’extinction ou de diminution de l’obligation du délégant (v. 17 mars 1992. n° 84 : « Attendu que. I. l’engagement du délégué est limité par celui du délégant. de la Cour de cassation. 144 . Pour la 1re ch. différente de celle qui unit délégant et délégataire. Par conséquent. le délégué est seulement obligé au paiement de la dette du délégant envers le délégataire. Pour la ch. Il y a donc une incertitude sur ce point. 1re. Il doit payer le délégataire même si la créance du délégataire sur le délégant est éteinte (v. sauf convention contraire. civ. Dans ce cas. Civ. de la Cour de cassation. Mais certains auteurs refusent cette analyse (elle confondrait les obligations du délégué envers le délégataire et du délégant envers le délégataire) et la jurisprudence est hésitante. à propos d’une délégation à titre de garantie). le délégué devrait pourvoir invoquer les exceptions tirées des rapports délégant/délégataire.. le délégué ne peut invoquer les exceptions tirées du rapport délégant/délégataire.contracté une obligation nouvelle envers le délégataire. au contraire. com.

C. V. n’a point de recours contre ce débiteur. voire même avant de poursuivre le délégué ? Dans cette situation. à moins que l’acte n’en contienne une réserve expresse. le délégataire peut agir contre le délégant. la créance du délégataire sur le délégant est éteinte immédiatement. conserve-t-il son droit de poursuivre le délégant ? Peut-il le poursuivre si le délégué n’honore pas son engagement. : « Le créancier qui a déchargé le débiteur par qui a été faite la délégation. Etant créancier. Si la délégation est simple : la créance du délégataire sur le délégant demeure. qui avait une créance contre le délégant. le délégant ne garantit pas en principe la solvabilité du délégué au délégataire. Le recours du délégataire contre le délégant – PB : Le délégataire. le délégant reste le débiteur principal. Le délégataire n’a plus qu’un seul débiteur : le délégué. art. si le délégué devient insolvable. mais est-il libre d’exercer ce recours comme il l’entend ? Tout dépend de l’objectif de la délégation : Si elle a pour but de fournir une garantie au délégataire. ⇒ En principe. ou tombé en déconfiture au moment de la délégation ». et le délégant doit tout de même légalement garantir la solvabilité du délégué au jour de la délégation. civ. celui qui supportera la charge définitive de la dette. il faut distinguer selon que la délégation est novatoire ou simple. 1276 C. le délégataire ne peut pas exercer de recours contre le délégant. ou que le délégué ne fût déjà en faillite ouverte. Si la délégation est novatoire. sous deux réserves : une garantie conventionnelle est possible . et le délégataire le poursuivra normalement en priorité 145 . ⇒ Si le délégué est insolvable.

le délégataire devra tout de même agir en priorité en paiement contre le délégué. S’il agit d’abord contre le délégant. La créance du délégataire sur le délégant devient en quelque sorte subsidiaire par rapport au droit nouveau du délégataire sur le délégué. Pour certains. il est probable que le délégataire agira toujours en priorité contre le délégué (sinon il aurait refusé la délégation) sauf s’il apparaît que ce dernier risque de ne pas le payer. il n’y aura aucune simplification. soit le délégant n’a pas stipulé de bénéfice de discussion et alors la situation est moins claire. si la délégation réalise un paiement simplifié. 146 . puisque le délégant reste son débiteur autonome. que le délégataire pourra agir contre le délégant sur le fondement de sa créance. le délégataire devra d’abord poursuivre le délégué et c’est seulement si celui-ci est insolvable. le délégataire devrait logiquement agir d’abord contre le délégué. Le délégataire n’a pas à démontrer l’insolvabilité du délégué. Cela dit.(même s’il n’y est a priori pas tenu. puisque le délégué est un garant autonome). La différence avec l’hypothèse précédente est que le délégataire pourra se retourner contre le délégant simplement en constatant la défaillance du délégué à l’échéance. en pratique. Auquel cas. le délégataire n’est même pas tenu d’agir en priorité contre le délégué. En revanche. Qu’est-ce que cela signifie ? soit le délégant a stipulé à son profit un bénéfice de discussion. Pour d’autres auteurs.

Un débiteur ne peut être lié indéfiniment par une obligation juridique. civ. Par la confusion. .Soit elle s’éteint par des modes indirects. qu’il soit volontaire ou forcé.Soit l’obligation s’éteint par un mode normal. dont la caractéristique commune est d’entraîner une extinction sans paiement. En réalité. Par la perte de la chose. 1234 C. Par la remise volontaire. Par la compensation. PB : Comment l’obligation s’éteint-elle ? L’art. des causes d’anéantissement des actes juridiques (ex : nullité) et des modalités de l’obligation (ex : condition résolutoire). Et par la prescription » PB : L’article mélange des causes d’extinction stricto sensu.TROISIÈME PARTIE – L’EXTINCTION DES OBLIGATIONS Comme toute construction humaine. énumère les causes d’extinction des obligations. Par la novation. Par l’effet de la condition résolutoire. l’obligation a vocation à disparaître. c’est-à-dire par le paiement. Il dispose : « Les obligations s’éteignent : Par le paiement. Par la nullité ou la rescision. deux grandes catégories de modes d’extinction sont envisageables : . Plan – Ce sont tous ces aspects que nous analyserons dans 3 titres : Un Titre I consacré au paiement volontaire 147 .

comment prouver le paiement une fois qu’il a été effectué ? 148 . Définition : Le paiement est l’extinction de l’obligation par son exécution. preuve. quelle soit monétaire ou en nature (de donner. II). du Code civil. paiement = remise d’une somme d’argent. de faire ou de ne pas faire). Chapitre I – LES RÈGLES COMMUNES À TOUS LES PAIEMENTS PB : Dans quelles conditions le paiement est-il valable. le paiement des obligations monétaires a un certain particularisme. mais en droit. Le paiement est le mode normal d’extinction des obligations. NB : Dans le langage courant. avant d’aborder les règles propres aux obligations monétaires (Chap.- Un Titre II consacré au paiement forcé Et un Titre III consacré à l’extinction des obligations sans paiement TITRE I – LE PAIEMENT VOLONTAIRE Les règles relatives au paiement (modalités. ⇒ Plan – nous commencerons par étudier les règles communes à tous les paiements (Chap. c’est-à-dire de nature à produire l’extinction de l’obligation ? 5 conditions à remplir : qui doit payer et qui doit être payé ? Que faut-il payer ? Quand payer ? Où payer ? Enfin. etc. le paiement c’est l’exécution de toute obligation. Ex : Un entrepreneur paie son obligation de faire en fournissant à son cocontractant le service qu’il s’est engagé à lui procurer. I). Cela dit.) figurent aux articles 1235 et s.

la preuve du paiement (section V). Le solvens PB : Qui doit effectuer le paiement pour que l’obligation s’éteigne valablement ? Est-il absolument nécessaire que ce soit le débiteur lui-même qui paie. 1236 C. Pourquoi ces termes et pas ceux de débiteur et de créancier ? Parce celui qui paye n’est pas toujours le débiteur et celui qui reçoit le paiement n’est pas toujours le créancier. I. Accipiens : celui qui reçoit le paiement. le plus souvent. la date du paiement (section III) . c’est le débiteur qui procède au paiement. qui précise que la dette peut être payée : 149 . le lieu du paiement (section IV) . V. civ. Il faut donc faire la distinction.Plan : Une section pour chacune de ces questions : les parties au paiement (section I) . ou une autre personne peut-elle valablement effectuer le paiement ? Si. le Code civil admet que le paiement soit effectué par un tiers. art. LES PARTIES AU PAIEMENT Précision terminologique – On appelle : Solvens : celui qui paye. pour que l’obligation s’éteigne. Le solvens n’a pas nécessairement à être le débiteur. On envisagera la situation des deux parties au paiement : celle du solvens (§ 1) puis celle de l’accipiens (§ 2). l’objet du paiement (section II) . § 1.

Ex : cautions et co-débiteurs solidaires évidemment . soit que ce tiers agisse en son nom propre. Le créancier ne peut arguer du fait que c’est un tiers qui l’a payé pour refuser de libérer le débiteur. al. donc pas de restitution. ou tout simplement par erreur. 150 . - ou même par un tiers non intéressé (ie non impliqué dans la dette.. soit que ce tiers agisse en tant que mandataire du débiteur (ex : un banquier qui exécute un ordre de virement). ou le solvens peut avoir voulu consentir un prêt au débiteur . ⇒ Le paiement de la dette d’autrui est valable. puisqu’il y aura alors intention libérale du solvens envers le débiteur. lorsque le tiers solvens a payé parce qu’il pensait qu’il était débiteur. relativement fréquent en pratique. Il n’y a pas de paiement de l’indu. telle qu’un coobligé ou une caution »). 1er du texte : « Une obligation peut être acquittée par toute personne qui y est intéressée..- par un tiers intéressé (al. La dette s’éteint néanmoins par l’effet du paiement. le tiers solvens qui a payé la dette d’autrui dispose-t-il d’un recours contre l’accipiens (le créancier) ? La réponse est négative.. 2 du texte). PB2 : Le tiers solvens dispose-t-il d’un recours contre le véritable débiteur ? Pas de problème s’il y a un contrat entre le solvens et débiteur (ex : prêt ou mandat) : le tiers solvens peut agir en remboursement sur le fondement de ce contrat – sauf si c’est une donation. PB1 : Dans ce dernier cas. Pas hypothèse d’école. La dette était due. ou il aura voulu lui faire une donation indirecte (ex : des parents qui paient à la place de leur enfant sans attendre de remboursement) .

un recours contre le débiteur ». civ.A défaut de contrat ou d’intention libérale. civ. plus largement. Cf. I. ou. La Cour de cassation a donné gain de cause à l’assureur solvens. bien que non subrogé aux droits du créancier. 1237 C. PB : Restitution de quoi ? De tout ce qui a été payé plus les intérêts ? Non : le montant des restitutions est plafonné à la plus faible des deux sommes entre l’appauvrissement de l’un et le paiement de l’autre. il y a un enrichissement sans cause. civ. puis. au motif qu’ « en application du principe général du droit selon lequel nul ne peut s’enrichir injustement aux dépens d’autrui. art. mais en ayant conscience qu’il paie la dette d’autrui afin de lui rendre service). en croyant que ces désordres étaient dus à un phénomène naturel . dans le cas où le solvens agit non pas en croyant qu’il payait sa propre dette. La règle n’est donc pas très favorable à celui qui a payé. médecin). lorsqu’il est apparu que la seule cause du dommage était un vice de construction. NB : L’existence d’une gestion d’affaires est aussi concevable (c’est du moins ce qu’indique la jurisprudence luxembourgeoise. lorsqu’il existe un intérêt à ce que le paiement ne soit pas fait par autrui. enseignant. 4 avril 2001 (Bull. En principe donc. et ce sans justification. l’assureur a exercé un recours contre le constructeur (débiteur). le paiement peut être fait par un tiers. n° 105) : un assureur ayant indemnisé les propriétaires d’une maison d’habitation qui se fissurait. : « L’obligation de faire ne peut être acquittée par un tiers 151 . celui qui par erreur a payé la dette d’autrui de ses propres deniers a. Ex : Cass. Le solvens peut donc obtenir restitution sur le fondement de ce quasi-contrat. 1ère. Une exception est néanmoins prévue dans l’hypothèse où les qualités personnelles du débiteur importeraient au créancier (ex : photographe. Le débiteur a évité un appauvrissement en ne payant pas et il s’est ainsi indirectement enrichi.

même si ce terme ne figure pas dans l’article 1240 C. C’est donc le créancier qu’il faut payer. 1239 C. ⇒ Le solvens sera alors à l’abri des poursuites du véritable créancier. civ. le paiement est valable s’il est fait à une personne dont la Loi prévoit qu’elle est apte à le recevoir. § 2. Ex : le représentant de l’incapable . 1240 C. L’obligation est éteinte même si l’accipiens est un tiers sans pouvoir pour recevoir le paiement lorsque le solvens a légitimement pu croire que le tiers était le créancier. prévoit tout de même deux atténuations : d’abord. Ex : le paiement reçu par la banque est 152 . le principe souffre une véritable exception prévue à l’art. V. la personne désignée dans le cadre d’une procédure collective. civ. Essentiellement pour les prestations de services. ensuite. le paiement est valable s’il est fait à une personne extinctif. Il s’agit d’une application de la théorie de l’apparence. civ. le paiement doit être fait entre les mains du créancier.contre le gré du créancier. L’accipiens PB : à qui le paiement doit-il être fait pour qu’il éteigne l’obligation ? En principe. sans quoi le paiement est nul et le solvens s’expose à payer une seconde fois : « qui paie mal paie deux fois » selon un adage. L’art. 1239 C. Cela implique que les circonstances aient raisonnablement pu faire croire au solvens que l’accipiens était le créancier et que le solvens était de bonne foi. art. Par ailleurs. lorsque ce dernier a intérêt qu’elle soit remplie par le débiteur lui-même ». mais ce dernier pourra se retourner contre l’accipiens qui a le pouvoir de le recevoir (un mandataire). civ.

. notamment : 153 . Ex : Une telle situation peut arriver en cas de subrogation (par affacturage par ex.Comment s’impute le paiement ? Telles sont les trois questions auxquelles il faut répondre : le paiement partiel (§ 1) . ⇒ Les intérêts de retard courent sur la totalité de la dette.Peut-on payer une partie seulement de la dette ? 2. Ex : l’entrepreneur ne peut pas contraindre le maître de l’ouvrage à accepter une partie seulement des travaux promis. même divisible ». . averti du II. Mais nombreuses exceptions. civ.Peut-on fournir autre chose que ce qui est dû ? 3.pour obtenir la restitution de son dû (l’action est fondée sur l’enrichissement sans cause). L’art. Le principe est celui de l’indivisibilité du paiement. l’imputation du paiement (§ 3). Sens ? Le débiteur qui paie une partie seulement de sa dette n’est pas libéré du tout. l’énonce : « Le débiteur ne peut forcer le créancier à recevoir en partie le paiement d’une dette. 1244 C. quand bien même une partie aurait été réglée.) tant que le débiteur n’est pas changement de créancier. Le paiement partiel Evidemment le paiement intégral est valable et extinctif de l’obligation acquittée. . L’OBJET DU PAIEMENT Objet : que faut-il payer pour être libéré ? 1. la dation en paiement (§ 2) . § 1. Le paiement partiel en revanche n’est en principe pas admis.

-

Le

créancier

peut

accepter

un

paiement

partiel

(échelonnement de la dette) ; ce peut être dans son intérêt si le débiteur a quelques difficultés. Le juge peut également échelonner le paiement à certaines conditions (v. infra), en octroyant un délai de grâce (art. 1244-1 C. civ. français, art. 1244 al. 2 C. civ. lux.) Dans le cadre ou des « procédures le plan d’insolvabilité » de redressement (entreprises particuliers),

comporte généralement un rééchelonnement des dettes.

§ 2. La dation en paiement PB : le créancier peut-il être tenu de recevoir autre chose que ce qui lui est dû aux termes du contrat ? Principe : c’est impossible, même si cette chose a plus de valeur que la prestation prévue. V. art. 1243 C. civ. : « Le créancier ne peut être contraint de recevoir une autre chose que celle qui lui est due, quoique la valeur de la chose offerte soit égale ou même plus grande ». Limite : le créancier est libre d’accepter autre chose s’il le veut. Cf. l’art. 1243 lu a contrario. Il y a alors une nouvelle convention par laquelle le créancier accepte la remise d’une chose autre que celle qui est due. Cette convention s’appelle la dation en paiement. C’est une convention à la fois extinctive, en tant qu’elle réalise un paiement, et translative, du moins à l’origine, dans la mesure où elle opère en principe un transfert de propriété de la chose donnée. PB : Opération dangereuse ! Pour le débiteur, qui risque de donner quelque chose de plus grande valeur que ce qui était dû (par exemple, un tableau) ; pour les autres créanciers du débiteur qui

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peuvent être lésés par une forte diminution du patrimoine de leur débiteur. La dation présente aussi un inconvénient fiscal : alors que le paiement est neutre fiscalement, la dation est traitée comme une vente, et elle est donc soumise à des droits de mutation.

§ 3. L’imputation du paiement Le PB de l’imputation se pose en cas de paiement partiel d’une même dette ou d’un ensemble de dettes. Il faut distinguer : - Si le débiteur n’a qu’une seule dette, la question = le paiement partiel s’impute-t-il sur le capital ou sur les intérêts ? Art. 1245 C. civ. → Le paiement s’impute sur les intérêts (s’il y en a), sauf clause contraire. C’est favorable au créancier puisque le capital continue à produire des intérêts. - Si le débiteur a plusieurs dettes (envers le même créancier), la question = sur quelle dette le paiement doit être imputé. Pourquoi est-ce important ? Une dette peut produire des intérêts et l’autre pas ; ou elles peuvent toutes les deux en produire mais à des taux différents ; une dette peut être garantie par une sûreté et pas l’autre, etc. Principe : c’est au débiteur qu’appartient la décision d’imputation (V. art. 1253 C. civ.). A défaut de décision du débiteur, ce pouvoir revient au créancier. Si rien n’est décidé par les parties, l’art. 1256 Code civil prévoit des solutions favorables au débiteur : l’imputation doit s’effectuer en priorité sur les dettes échues ; si plusieurs sont échues, l’imputation se fait sur la dette la plus onéreuse pour le débiteur (apprécié en fonction du taux d’intérêt, du coût de la sûreté…) ; si les dettes sont d’égale nature, l’imputation porte sur la plus ancienne ; et s’il n’y en a pas de plus ancienne, l’imputation se fera proportionnellement au montant de chacune d’entre elles.

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NB : La décision d’imputation du débiteur et/ou du créancier doit se faire au moment du paiement et de manière non équivoque (Cass. com. 17 février 2009, RTD civ. 2009.322). A défaut on applique les règles légales supplétives. III. LA DATE DU PAIEMENT

2 questions : le paiement avant l’heure/après l’heure. PB1 : est-il possible de payer par anticipation ? En principe non, le paiement doit intervenir au moment de l’échéance de la dette. Pourquoi ? Il peut être désavantageux pour le créancier d’être payé en avance. Ex : manque de place pour stocker l’objet du paiement ; non-perception des intérêts (remboursement anticipé du prêt bancaire). Si aucun terme n’est prévu, le paiement doit intervenir immédiatement. Tempérament : celui dans l’intérêt duquel le terme est stipulé peut y renoncer. Et il est présumé que le terme est stipulé dans l’intérêt du débiteur. PB2 : le paiement tardif est évidemment irrégulier, mais

comment est-il sanctionné ? Le débiteur s’expose au paiement d’intérêts de retard, voire à une résolution du contrat. MAIS il y a une limite : le retard n’entraîne pas à lui seul des sanctions, il faut que le créancier ait adressé au débiteur une mise en demeure pour que les intérêts moratoires commencent à courir, sauf exceptions. Ex : lorsque l’inexécution de l’obligation est définitive (ex : fournisseur de feux d’artifice qui ne livre pas ceux-ci pour le jour de la fête nationale) ou lorsque la convention prévoit un délai de rigueur.

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En outre, le juge peut à certaines conditions octroyer un délai de grâce au débiteur. Dans ce cas, le créancier devra se contenter d’un paiement tardif (art. 1244-1 C. civ. français, art. 1244 al. 2 C. civ. lux.)

IV.

LE LIEU DU PAIEMENT

Intérêt pratique ? Juge compétent ; la monnaie de paiement dépend en principe du lieu de paiement. Les règles sur le lieu du paiement sont prévues à l’art. 1247 C. civ. En principe, ce sont les parties qui choisissent le lieu de paiement. Si elles n’ont rien précisé, on distingue selon l’objet de l’obligation : obligation portant sur un corps certain : le paiement se fait au lieu où se trouve la chose au moment où naît l’obligation. obligation portant sur une somme d’argent. 2 solutions sont envisageables : o soit c’est au créancier de venir chercher le paiement au domicile du débiteur (la dette est quérable). o soit c’est au débiteur d’aller porter le paiement au domicile du créancier (la dette est portable). L’art. 1247 tranche en faveur de la 1re solution : la dette est quérable. Exceptions : la dette est portable s’agissant des obligations alimentaires (le paiement doit parvenir entre les mains du créancier) ; il en va de même pour les dettes fiscales ou encore pour les primes d’assurances. Enfin, les parties sont libres de convenir que la dette sera portable.

157

V.

LA PREUVE DU PAIEMENT

S’agissant d’abord de la charge de la preuve, la question est réglée par l’art. 1315 al. 2 C. civ. : c’est à celui qui se prétend libéré de justifier le paiement ou le fait qui a produit l’extinction de son obligation. Le créancier doit prouver l’existence de l’obligation, le débiteur doit prouver son extinction, et donc le paiement. Ce principe est assorti d’exceptions : Si l’obligation est de ne pas faire (ex : obligation de non concurrence), l’inexécution, pas faire. Il existe également des présomptions légales. Ex : art. 1282-1283 C. civ. → si la créance est constatée dans un titre et que le créancier remet ce titre au débiteur, on présume que cela signifie que le débiteur est libéré, par paiement ou par remise de dette. S’agissant ensuite des modes de preuve – Preuve libre ou preuve littérale ? PB : La réponse à cette question est liée à la nature juridique du paiement. ⇒ Qu’est-ce qu’un paiement ? Est-ce un acte juridique ou un fait juridique ? La question est controversée en doctrine : En faveur de l’acte juridique, on soutient que le paiement reposerait sur un double consentement : celui du débiteur et celui du créancier. Tout paiement serait une convention extinctive. C’est la thèse classique, encore répandue. c’est car il au est créancier de démontrer impossible pratiquement

d’apporter la preuve de l’exécution d’une obligation de ne

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En faveur du fait juridique, on soutient que la libération du débiteur ne dépend pas de la volonté du créancier. Si le paiement remplit les conditions requises, c’est la loi qui confère au paiement son effet extinctif à partir du moment où le créancier est satisfait, et non une rencontre de volontés d’ailleurs de plus en plus souvent factice (ex : paiement par virement bancaire ; paiement par un tiers ; paiement par le jeu d’une compensation de plein droit).

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On ajoutera l’opinion récemment exprimée par A. SÉRIAUX (« Conception juridique d’une opération économique : le paiement », RTD civ. 2004, p. 225, spéc., p. 227) selon qui, le paiement n’est ni un acte juridique (parce que les parties ne seraient pas libres de leur consentement), ni un fait juridique (parce que, selon l’auteur, le fait juridique est non causé, alors que le paiement a une cause).

Enjeu pratique de la controverse : Si c’est un acte juridique, la preuve n’est pas libre. Elle doit être rapportée par écrit conformément aux dispositions de l’art. 1341 C. civ. Si c’est un fait juridique, la preuve par tous moyens doit être admise. En fait, la jurisprudence adopte une position plus nuancée en distinguant : Pour les obligations pécuniaires, la jurisprudence majoritaire applique les règles gouvernant la preuve des actes juridiques. ⇒ La preuve du paiement doit être rapportée par écrit lorsque le montant dépasse 1 500 € (2500 € au Luxembourg), sauf en matière commerciale à l’égard des commerçants, auquel cas la preuve est libre, et sauf

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convention contraire des parties (validité des clauses relatives aux moyens de preuve). En pratique, le procédé de preuve le plus usuel est la quittance débiteur. Mais la jurisprudence n’est pas tout à fait uniforme. La 1re Chambre civile a retenu une autre solution dans un arrêt du 6 juillet 2004, (Bull. civ. I, n° 202 ; RDC 2005, p. 286 obs. PSM) : « la preuve du paiement, qui est un fait, peut être rapportée par tous moyens ». PB : Toutes les chambres de la Cour de cassation ne semblent pas s’aligner sur ce revirement. Ex : Soc, 11 janvier 2006, Bull. civ. V, n° 6 : mode de preuve des actes juridiques. Pour les obligations non pécuniaires, par exemple pour l’exécution d’une obligation d’information d’un médecin, la jurisprudence admet que la preuve du paiement puisse être rapportée par tous moyens (un écrit, une présomption, un témoignage). Ce qui donne à penser que le paiement de telles obligations s’analyse en un fait juridique. signée par le créancier et remise au

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L’obligation imparfaitement monétaire est celle dans laquelle la monnaie n’intervient qu’in solutione. Parmi les obligations monétaires. c’est de l’argent. il faut encore distinguer les obligations parfaitement monétaires et les obligations imparfaitement monétaires : L’obligation parfaitement monétaire est celle qui est monétaire dès son origine. tant en matière contractuelle qu’en matière délictuelle. Ex : toutes les dettes de DI lorsque l’exécution forcée en nature n’est pas possible. Elle n’était pas in obligatione. aux termes du contrat. et elle sera due aussi in solutione. Ces obligations sont extrêmement fréquentes. 161 . la distinction entre obligation monétaire et obligation non monétaire paraît plus importante. non concurrence). au stade du paiement. Le Code civil ne connaît pas formellement ce type d’obligation. La monnaie n’est alors qu’un instrument de paiement. Il s’en tient à la classification classique entre obligation de donner/de faire/de ne pas faire. La monnaie est due in obligatione.Chapitre II – LES RÈGLES PROPRES AUX OBLIGATIONS MONÉTAIRES Définition : l’obligation monétaire est celle dont l’objet porte sur la remise d’une somme d’argent. Mais aujourd’hui. Ce qui est dû aux termes du contrat c’est l’abstention . Ex : DI pour inexécution d’une obligation de ne pas faire (confidentialité. ce qui est dû au stade du paiement forcé. elle n’était pas l’objet de l’obligation. Ex : Une dette de prix.

ce n’est pas son pouvoir d’achat. dans un sens ou dans l’autre. Ce problème se pose essentiellement en présence d’une dette parfaitement monétaire. L’obligation est théoriquement de réparer en nature. Les effets du temps sont moins sensibles pour les dettes imparfaitement monétaires. Il subit donc diverses atténuations pour en corriger les injustices (section II). LE PRINCIPE DU NOMINALISME PB : Sens. le principe du nominalisme monétaire (section I). Ex : une dette de réparation en matière de RC. Ce n’est qu’au jour du jugement que la dette est liquidée et transformée en dette monétaire.Le problème inhérent à l’obligation monétaire provient du temps qui s’écoule entre la naissance et l’exécution de l’obligation. Donc peu importe l’inflation entre le jour du dommage et celui du jugement. Plan – L’incidence du passage du temps sur la monnaie répond en droit français à un principe d’origine prétorienne. I. origine et portée du principe ? Sens – D’après le principe du nominalisme. mais il est rigoureux. Ce principe est sûr. mais 162 . c’est-à-dire le pouvoir d’achat que donnait la somme en question au moment de la naissance de l’obligation (valorisme monétaire) ? La question est particulièrement sensible en cas d’inflation importante. ce que désigne une monnaie dans une obligation. car la valeur de la monnaie peut varier dans l’intervalle. ⇒ PB : Savoir si ce qui est dû est une certaine quantité de monnaie (nominalisme monétaire) ou plutôt une valeur.

Le texte dit que « l’obligation qui résulte d’un prêt en argent. ⇒ Le risque monétaire lié à la dépréciation pèse donc sur les épaules du créancier. Ex : celui qui a emprunté 500 000 F il y a 10 ans doit rembourser la même somme. 163 . civ. Les clauses d’indexation Définition – La clause d’indexation est celle qui fait varier la somme due en fonction d’un indice. LES ATTÉNUATIONS DU PRINCIPE Il existe principalement deux moyens de contourner le principe du nominalisme monétaire : les clauses d’indexation (§ 1) et le mécanisme de la dette de valeur (§ 2). soit 500 000 F ou son équivalent en euros. En d’autres termes. Portée – Le principe n’est pas impératif d’après la Cour de cassation. 1 € = 1 € et non le pouvoir d’achat conféré par 1 € à l’époque de la conclusion du contrat. Origine – Le principe est formulé par la Cour de cassation. si le créancier refuse de se satisfaire d’un paiement en monnaie dévaluée. n’est toujours que de la somme numérique énoncée au contrat ». au fil du 19e siècle. pour que le montant de la dette corresponde au pouvoir d’achat de la monnaie au jour du paiement ? II. PB : Quels sont les moyens de déroger à la règle du nominalisme. § 1. relatif au prêt de consommation.« son nom ». Les parties peuvent donc y déroger. 1895 C. qui généralise la solution de l’art.

TERRÉ & LEQUETTE). Ex : prêt pour l’achat d’un appartement renvoyant à l’indice du coût de la construction. du 30 décembre 1958. qu’une clause d’indexation (ici sur le cours du blé) est valable (GAJC. 1re étape : Cass. 2ème étape : Adoption de l’Ord.Avantage : protège le créancier de l’obligation monétaire contre le risque d’inflation. civ. Est-ce valable ? A priori non à lire le texte : il n’y a pas de « relation directe » entre un prêt bancaire et le coût de la construction. 112-2 C. 79) est aujourd’hui codifiée aux art. 3ème étape : La Cour de cassation a adopté une conception si large de la notion de « relation directe » qu’elle a en pratique renversé le principe légal. fin. L’Ordonnance interdit en principe l’indexation. ⇒ Le régime de ces clauses a évolué avec l’inflation elle-même. PB : La période des 30 glorieuses (1945-1975) est une période de forte inflation et les pouvoirs publics s’inquiètent des possibles conséquences inflationnistes de cette décision. dont la disposition qui nous intéresse (art. en estimant que la destination du contrat devait être prise en compte. fait l’objet d’une interdiction absolue. Ex : contrat de bail indexant le loyer sur l’indice du coût de la construction. obs. L’indexation générale. décide que le principe du nominalisme monétaire n’est pas d’ordre public et par conséquent. L’indexation portant sur un indice particulier est en revanche autorisée. 112-1 et L. notamment sur l’inflation ou sur les salaires. L. Pourtant. 27 juin 1957. 164 . mais seulement si elle porte sur le prix d’un produit ou d’un service en relation directe avec le contrat. 1ère. Inconvénient : risque d’alimenter l’inflation. mon. la Cour de cassation a décidé le contraire. n° 233.

Ce n’est qu’au moment du jugement que le préjudice est évalué en monnaie.La sanction de l’illicéité de l’indice est la nullité. mais dont le montant en argent n’est pas fixé dès la naissance de l’obligation. un immeuble) ou incorporel (ex : des actions). normalement celle d’un bien corporel (ex : une matière première . sans nuire au créancier. mais la valeur du préjudice. C’est davantage l’intérêt général qu’un intérêt particulier qui est protégé. entre le moment du préjudice et le moment du jugement. ⇒ Le montant de la dette de valeur varie en fonction de la valeur de ce bien jusqu’au jour de l’échéance et c’est à l’échéance seulement que la valeur due sera estimée en monnaie. nullité partielle en général (= de la seule clause d’indexation). la monnaie s’est dépréciée. Le montant de la dette de valeur dépend de la valeur non monétaire. et même parfaitement monétaire. sa principale raison d’être est la sauvegarde de la monnaie et le bon fonctionnement de l’économie (le but étant d’éviter les ravages de l’inflation). Une meilleure solution consisterait à reconnaître au juge le pouvoir de substituer à l’indice illicite un indice licite : l’ordre public serait ainsi préservé. § 2. PB : Est-ce une nullité absolue ou relative ? La jurisprudence opte pour une nullité absolue car si la réglementation protège le débiteur. Ex : obligation de réparation du préjudice. la victime est protégée si. car cela décourage mieux l’indexation illicite. De cette façon. 165 . L’objet de l’obligation n’est pas une somme d’argent. La dette de valeur La dette de valeur est une dette monétaire.

pour la liquidation des régimes matrimoniaux (cf. Transition – Voilà pour le paiement volontaire. une telle stipulation est valable. Mais l’exécution n’est pas toujours spontanée. même si elle doit s’exécuter en monnaie. dans le but de lutter contre les méfaits de l’inflation. en droit des biens à propos des restitutions . PB : peut-on stipuler une dette de valeur ? Ex : vente dont le prix payable dans 1 an serait « 100 000 tonnes de pétrole brut ». notamment pour la réduction et le rapport des libéralités. Le mécanisme de la dette de valeur est utilisé : en droit de la RC . soit que le débiteur ne veuille. payables en €. régime des récompenses) et pour la liquidation des successions. en vertu de la liberté contractuelle. en droit patrimonial de la famille. soit qu’il ne puisse exécuter son obligation. lorsque celui-ci n’intervient pas spontanément. On va donc étudier les moyens mis à la disposition du créancier pour obtenir de force le paiement. 166 .La notion de dette de valeur est apparue en Allemagne et a été développée en France par J. A priori. il faut exiger une « relation directe ». La dette est déterminée en nature. CARBONNIER. mais le mécanisme ressemble à l’indexation (comme si la dette était indexée sur la valeur du pétrole). ⇒ Si l’on raisonne par analogie avec l’indexation.

En outre. 167 . certains obstacles peuvent encore empêcher le créancier d’obtenir son dû. Lorsqu’un créancier envisage de recourir à l’exécution forcée. telle l’insolvabilité ou le surendettement du débiteur. 2 questions se posent : comment s’opère l’exécution forcée ? Et sur quoi se réalise-t-elle ? C’est ce que nous verrons dans 2 chapitres : ⇒ Plan : Chap. le créancier va s’adresser au juge pour contraindre le débiteur à s’exécuter. il doit donc déterminer quel procédé d’exécution forcée il souhaite mettre en œuvre. PB : Quels sont les moyens dont dispose le créancier pour parvenir à obtenir satisfaction en dépit de la défaillance de son débiteur ? Plus précisément. même si les conditions de l’exécution forcée sont a priori remplies. avant d’examiner dans un second temps les obstacles à l’exécution forcée (section II). le débiteur n’exécutant pas spontanément son obligation. II – Le droit de gage général Chapitre I – LES MODES D’EXÉCUTION FORCÉE DE L’OBLIGATION Il existe différents procédés d’exécution forcée.TITRE II – LE PAIEMENT FORCÉ On se place ici dans l’hypothèse où. I – Les modes d’exécution forcée de l’obligation Chap. dont les conditions sont variables. Plan : Il faut donc étudier dans un premier temps les différents procédés de réalisation de l’exécution forcée (section I).

Plan : on étudiera successivement ces 2 procédés de réalisation de l’exécution forcée de l’obligation : l’exécution forcée en nature (§ 1) et l’exécution par équivalent (§ 2). Ensuite. Le bien saisi sera ensuite vendu et le créancier obtiendra une somme d’argent correspondant à sa créance. c’est-à-dire de dommages-intérêts. Ex : bailleur contre sous-locataire pour le paiement des loyers. il doit avoir une créance certaine. tout dépend de la nature de l’obligation. l’exécution forcée en nature est possible.I. un acte notarié) de façon à pouvoir faire saisir. Parfois aussi. Si l’obligation est monétaire. immeubles ou incorporels (ex : créances). LES PROCÉDÉS DE RÉALISATION DE L’EXÉCUTION FORCÉE L’exécution forcée ne permet pas toujours au créancier d’obtenir exactement ce qui lui était dû. L’exécution forcée peut être ordonnée en nature. il n’y a d’ailleurs pas de différence entre exécution forcée en nature et exécution par équivalent. 168 . les biens du débiteur. s’il dispose d’une action directe. exigible et liquide (ie évaluée). Le régime de la saisie (cf. par la force publique. meubles. En la matière. mais il est des cas dans lesquels le créancier devra se satisfaire d’une exécution par équivalent. cours de voies d’exécution) varie selon les types de biens. L’exécution forcée en nature PB : Dans quelles conditions le créancier peut-il recourir au procédé de l’exécution forcée en nature ? En toute hypothèse. Conditions : le créancier doit être muni d’un titre exécutoire (ex : un jugement . § 1. le créancier peut agir en paiement directement contre le débiteur de son débiteur.

Le créancier doit alors se contenter d’une exécution par équivalent. La jurisprudence limite cependant la portée de l’art. L’exécution forcée en nature de l’obligation de donner est a priori concevable. 1138 C. civ. 1142 C. civ. La jurisprudence admet alors traditionnellement que le jugement de condamnation puisse valoir acte de transfert de propriété. sauf si le droit de propriété est en cause car ce droit. aux seuls cas dans lesquels l’exécution forcée en nature entraînerait une contrainte physique sur la personne du débiteur. par le seul effet de l’échange des consentements (art. et il peut se faire autoriser à le détruire aux dépens du débiteur. les obligations de faire et de ne pas faire. en principe. autorise le créancier à « demander que ce qui a été fait par contravention à l’engagement. civ. 1142 C. fondamental. civ. ⇒ En principe. pour les obligations de ne pas faire. Pour les autres obligations.) En outre. 1143 C. l’art. l’exécution forcée en nature est inaccessible pour ce type d’obligations. l’art. énonce que « toute obligation de faire ou de ne pas faire se résout en dommages et intérêts. En définitive. l’exécution forcée n’est exclue qu’à l’égard des obligations qui engagent directement la personne du débiteur (peintre. etc. automatiquement. 169 .) Ce n’est que si le transfert de propriété est retardé que la question de l’exécution forcée peut se poser. en cas d’inexécution de la part du débiteur ». mais elle est rare en droits français et luxembourgeois puisque le transfert de propriété a lieu. sans préjudice des dommages et intérêts s’il y a lieu ».Si l’obligation n’est pas monétaire. justifie une contrainte plus forte (ex : l’expulsion d’un locataire). soit détruit . il faut distinguer selon l’objet de l’obligation. enseignant.

NB2 : Le paiement de l’astreinte suppose. C’est un procédé d’exécution forcée particulièrement efficace. aux frais de A. 1144 C. Elle consiste pour le juge à condamner la partie perdante à verser une somme d’argent fixée à un certain montant par jour de retard dans l’exécution de la décision. L’astreinte provisoire est révisable : elle doit être liquidée en tenant compte du comportement du débiteur. A l’inverse. qu’elle soit liquidée. civ. Le juge n’est donc pas lié par la décision initiale. Ex : si A n’exécute pas son obligation envers B. le créancier ne peut rien réclamer. Ce procédé a été admis par la jurisprudence dès le 19e siècle et puis consacrée par le législateur (en France en 1972). outre bien sûr son prononcé. puisque le montant de l’astreinte est attribué au créancier. il faut distinguer l’astreinte provisoire et l’astreinte définitive. Ensuite. Le montant de l’astreinte s’ajoute donc aux dommages-intérêts que le débiteur est condamné à payer au créancier en tant qu’équivalent de l’exécution. autorise le créancier « à faire exécuter lui-même l’obligation aux dépens du débiteur ». Sa fonction comminatoire est bien plus forte car le débiteur sait dès l’origine ne pas pouvoir compter sur 170 . NB1 : L’astreinte ne doit pas être confondue avec les dommages-intérêts. l’astreinte définitive est celle dont le taux ne peut jamais être modifié lors de sa liquidation. plus exactement une peine privée. l’art. B peut se tourner vers un tiers C afin d’obtenir l’avantage escompté.Pour les obligations de faire. Son montant ne dépend donc pas de l’étendue du préjudice. Tant que la liquidation n’est pas effectuée. L’astreinte n’est pas une indemnisation mais une peine. ou par nombre d’infractions constatées s’il s’agit d’une abstention. l’obtention de l’exécution forcée en nature est rendue possible par l’utilisation de l’astreinte. Il peut prononcer une astreinte finale inférieure à celle initialement prévue. à condition bien sûr que le débiteur soit solvable. A ce sujet.

Sans quoi. Le créancier obtiendra des dommages-intérêts. Le juge n’a alors d’autre choix que de multiplier le taux de l’astreinte par le nombre de jours de retard ou par le nombre de manquements constatés. Par ailleurs. L’exécution par équivalent Si l’exécution forcée en nature ne peut pas être obtenue ou si le créancier ne la souhaite pas (parce qu’il ne fait plus confiance au débiteur ou parce que c’est impossible ou inutile). l’astreinte sera considérée comme provisoire. l’astreinte définitive ne peut être ordonnée qu’après le prononcé d’une astreinte provisoire restée vaine et pour une durée déterminée. une astreinte n’est définitive que si le juge la qualifie comme telle.l’indulgence du juge. LES OBSTACLES À L’EXÉCUTION FORCÉE On peut distinguer 3 catégories d’obstacles : 1re catégorie : l’Administration peut refuser de procéder à l’exécution forcée des obligations pour des raisons d’ordre public. là encore. le les dommages-intérêts dans la situation correspondront à la valeur du préjudice réparable. Si ces conditions doivent sont placer remplies. Idéalement. direct et prévisible. qu’il a subi un préjudice certain. l’exécution aura lieu par équivalent. § 2. II. outre l’existence d’un fait générateur de responsabilité civile de la part du débiteur. A défaut. Il devra alors établir. moyennant indemnisation du créancier. elle sera considérée comme provisoire. Comme l’astreinte définitive est plus grave. les dommages-intérêts créancier patrimoniale qui aurait été la sienne si l’obligation avait été exécutée / si le fait générateur du dommage n’était pas survenu. Ex : responsabilité délictuelle pour dommage corporel. Le CE 171 .

dans la limite de deux années. Le délai de grâce était prévu dès l’origine par le Code civil. C’est une mesure exceptionnelle. Mais en France. C. dans son article 1244. qui méritent également quelques développements (§ 2).français l’a admis dans un arrêt Couitéas de 1923 et la solution est aujourd’hui consacrée par la Loi de 1991. Aujourd’hui. Selon l’art. civ. 2e catégorie : le délai de grâce octroyé par le juge. 3e catégorie : les « procédures d’insolvabilité » prévues par la loi. la décision du juge suspend les procédures d’exécution qui ont été engagées par le créancier et les majorations d’intérêts ou les pénalités encourues à raison du retard cessent d’être dues pendant le délai fixé par le juge. § 1. pour éviter que le report ne soit sans effet bénéfique pour le débiteur. de clémence face à un débiteur malheureux. en prenant en compte la situation du débiteur et les besoins du créancier. le délai de grâce est régi en droit français par les art. il a été modifié à plusieurs reprises [1936 et 1991]. Le régime est impératif . Les « procédures d’insolvabilité » 172 . 1244-2. Ces articles autorisent le juge à reporter ou à échelonner le paiement des sommes dues. 1244-1 et s. toute stipulation contraire est réputée non écrite. sans le consentement du créancier. § 2. Au Luxembourg. sur lequel nous donnerons quelques précisions (§ 1). Le délai de grâce Le délai de grâce est un délai supplémentaire que le juge accorde au débiteur pour s’exécuter. le texte est resté en l’état.

Com peut suspendre les voies d’exécution. pendant 1 an maximum. L. Ces procédures sont en outre très diverses et il faut distinguer en la matière selon que le débiteur est un professionnel ou un non-professionnel. une tentative de conciliation entre le débiteur et ses créanciers peut intervenir dans le cadre d’un règlement amiable. voire de prévenir des difficultés futures (procédure de sauvegarde). Il nous suffit de connaître leur incidence sur le droit à l’exécution forcée. 610-1 et s. com. lux. . napoléon. une procédure judiciaire s’ouvre. Certaines procédures (règlement judiciaire) ont donc pour but de sauver une entreprise en difficulté mais non encore insolvable. mais les crises économiques et sociales successives ont abouti à la création d’un droit de l’insolvabilité et du surendettement. Mais les procédures d’insolvabilité se sont diversifiées car leur objectif n’est aujourd’hui plus seulement de désintéresser les créanciers. Livre III C. Les procédures d’insolvabilité visent à traiter les situations dans lesquelles un débiteur ne parvient plus ou risque de ne plus parvenir à faire face à ses obligations. V. l’ouverture d’une telle procédure a toujours pour effet de paralyser au moins temporairement l’exécution forcée des obligations du débiteur qui est l’objet de la procédure. com. Régime des dettes professionnelles – La procédure de base en la matière est la faillite. Durant cette phase. qui peut aujourd’hui interdire l’exécution forcée pour protéger la personne du débiteur ou l’emploi par exemple. Ensuite. fr. art. Elle commence par un jugement d’ouverture. Quelle que soit la procédure mise en œuvre. mais aussi de redresser l’entreprise dans l’intérêt des salariés et de l’économie. C. à compter duquel les poursuites 173 .Cette catégorie d’obstacles à l’exécution forcée n’était pas prévue dans le C. Ces procédures sont complexes et il n’entre pas dans notre propos de les étudier en détail. 1. qui conduit à la liquidation (dissolution) de l’entreprise. D’abord. le T.

rééchelonnant les dettes. On a donc créé une procédure dite de « surendettement » des particuliers (en France Loi Neiertz de 1989. Leurs créances s’exécutent sur le prix de cession. soit exclu de la société en raison de ses dettes.individuelles sont suspendues et interdites. La Commission de surendettement (procédure administrative et non judiciaire). Régime des dettes non-professionnelles – Le dispositif légal relatif à la faillite ne concerne pas les individus. Si les actifs sont insuffisants. La procédure est applicable en cas d’impossibilité pour un individu de faire face à ses dettes exigibles ou à échoir. avec ou sans l’accord des créanciers. voire effacées ! o Soit l’entreprise est cédée à un repreneur. o Soit un plan de redressement est adopté. PB : procédure moins contraignante pour les créanciers. A l’issue d’une période d’observation dont la durée maximale est de 6 mois. L.si le surendettement est modéré. 2. 330-1 et s. il y a une clôture pour insuffisance d’actifs : toute voie d’exécution est exclue définitivement. l’idée a toutefois progressivement été admise qu’il ne fallait pas que le débiteur. Il est également interdit au débiteur d’effectuer un paiement spontané à l’un des créanciers antérieurs. d’abord ceux qui sont munis de sûretés puis les autres s’il reste quelque chose). Pour ces derniers. . Le sort des créanciers dépendra des modalités du plan de reprise. aujourd’hui art. On réalise les biens de l’entreprise et on paie les créanciers (dans la mesure du possible. C. cons. proposer aux créanciers un plan de redressement. peut seulement : . voire apurant certaines 174 . Les droits des créanciers sont paralysés pour préserver les chances d’un redressement. Loi du 8 décembre 2000 au Luxembourg). Les dettes sont rééchelonnées. o Soit l’entreprise est liquidée. v. pris individuellement. saisie par le débiteur surendetté.

Le procédé est censé favoriser la réinsertion sociale.si la situation du débiteur est irrémédiablement compromise et si ce dernier donne son accord. puis un liquidateur réalise l’actif (= vend les biens du débiteur) pour payer les créanciers dans la mesure du possible (mais par hypothèse. tel un étalement autoritaire des dettes ou la suppression pure et simple de certaines dettes. . Chapitre II – LE DROIT DE GAGE GÉNÉRAL L’assiette de l’exécution forcée est le patrimoine du débiteur. Transition – Nous avons vu selon quelles modalités l’exécution forcée intervenait. Il reste à présent à examiner l’assiette de l’exécution forcée. C. Elles sont purement et simplement effacées. . C’est l’objet du chapitre suivant. cons. saisir le juge de l’exécution en lui recommandant certaines mesures. C’est une véritable procédure collective. Ce qui évite de les traîner toute une vie. il est insuffisant). On la désigne plus communément en faisant référence au droit de gage général du créancier. mais les créanciers ne sont alors pas obligés d’accepter le plan et les poursuites restent possibles.d’entre elles. 332-5 et s. L. une sorte de « faillite civile » : un mandataire est nommé pour faire un bilan de l’actif et du passif du débiteur. Il éteint les dettes subsistantes (sauf les dettes pénales et alimentaires). Puis un jugement d’insuffisance d’actifs est rendu clôturant la liquidation.si l’insolvabilité est grave. saisir le juge afin qu’il ouvre une procédure de « rétablissement personnel » (art. Section I : les attributs du droit de gage Section II : la protection du droit de gage 175 . puis les moyens destinés à la protéger. Nous verrons ce que recouvre la notion de droit de gage.).

La saisie est individuelle en principe. le débiteur reste maître de son patrimoine. Art. Exception : La loi privilégie les créanciers munis de sûretés. les art. Il doit procéder à une saisie. 2284 et 2285 C.I. le créancier peut donc saisir n’importe quel bien de son débiteur. Ex : si les biens du débiteur ne peuvent couvrir que la moitié de ses dettes. à moins qu’il n’y ait entre les créanciers des causes légitimes de préférence. précédent). présents et à venir ». RQ2 : Ce droit de gage est général à un double point de vue : Matériellement : il porte sur tous les biens du débiteur. aucun créancier n’a priorité sur les autres. 2285 s’applique aux créanciers chirographaires (sans garantie). l’art. LES ATTRIBUTS DU DROIT DE GAGE Il y a 2 textes essentiels sur ce point. et le prix s’en distribue entre eux par contribution. sauf en présence d’une procédure collective (cf Chap. Art. ⇒ Si l’exécution n’est pas obtenue volontairement. » ⇒ Le texte pose un principe d’égalité des créanciers. En principe. RQ1 : Le patrimoine du débiteur n’est qu’un gage. ⇒ Finalement. 2285 : « Les biens du débiteur sont le gage commun de ses créanciers . En l’absence de saisie. 2284 : « Quiconque s’est obligé personnellement. est tenu de remplir son engagement sur tous ses biens mobiliers et immobiliers. meubles et immeubles. 176 . chaque créancier reçoit la moitié du montant de sa créance. Le créancier n’a pas de droit direct sur les biens du débiteur. civ.

- Temporellement : ce sont les biens présents et à venir. Il sera payé en priorité sur ce bien et si le débiteur aliène le bien. ⇒ Le droit de gage général s’exerce sur les biens qui se trouvent dans le patrimoine du débiteur au jour de l’exécution forcée. il existe des moyens de protéger le droit de gage général : objet de la section II. Ex : une hypothèque sur un immeuble du débiteur. 177 . Le danger est que le débiteur s’appauvrisse avant l’exécution forcée. Ce sont l’action oblique (§ 1) et l’action paulienne (§ 2). A l’inverse. deuxièmement. il est possible de prendre des mesures conservatoires. qui permet d’immobiliser le bien (il est impossible de le vendre). même si ces biens n’existaient pas lorsque la créance est née. si la créance est certaine en son principe et si elle est menacée dans son recouvrement. les biens présents au moment de la naissance de la créance peuvent avoir disparu – le créancier n’a pas de droit de suite sur ces biens. Troisièmement. II. LA PROTECTION DU DROIT DE GAGE Le créancier dispose de deux prérogatives pour préserver la consistance de son droit de gage général. Ex : saisie conservatoire. ⇒ C’est pourquoi le créancier peut chercher des moyens de se protéger avant toute poursuite : premièrement. le créancier pourra le saisir où qu’il se trouve. PB : Le patrimoine de toute personne fluctue. il peut prendre une sûreté réelle sur un bien de son débiteur. Le créancier dispose alors d’un droit de préférence et d’un droit de suite sur la chose.

débiteur. 28 mai 2002. L’action oblique protège le créancier contre l’inertie préjudiciable du débiteur. n° 145. que la carence du débiteur (condition de l’action oblique) se trouve établie lorsqu’il ne justifie d’aucune diligence dans la réclamation de son dû.Les conditions de l’action oblique L’action oblique nécessite d’abord : au niveau du droit du créancier qui la met en œuvre. etc. S’agissant des droits et actions du débiteur exercés par la voie oblique. qui doit donc être encadrée. : « Néanmoins les créanciers peuvent exercer tous les droits et actions de leur débiteur. Peu importe en revanche qu’elle soit contractuelle ou délictuelle. C’est cependant une immixtion dans les affaires d’autrui. action en rescision pour lésion . L’action oblique Comme le débiteur a la gestion de son patrimoine. il faut une créance certaine. L’action oblique est prévue par l’art. I. civ. en garantie . la Cour de cassation a indiqué dans un arrêt de la Civ. 1166 C. Voyons les conditions (A) puis les effets (B) de l’action oblique. liquide et exigible. A . civ. le risque existe qu’il le laisse dépérir en négligeant d’exercer une action dont il est titulaire. en revendication . Bull. en l’autorisant à agir à la place de son 178 . à l’exception de ceux qui sont exclusivement attachés à la personne ». A cet égard. il peut d’agir de tout droit ne présentant pas un caractère personnel. 1re.§ 1. en nullité . Ex : action en responsabilité civile . Il faut ensuite que l’inertie du débiteur soit établie.

Sont exclues par le Code civil les droits et actions « exclusivement attachés à la personne ». Mais le créancier n’a pas d’action oblique car la pension alimentaire est insaisissable. Ex : le créancier ne peut pas vendre un bien à la place du débiteur qui le refuse. il suffit d’alléguer cette inaction et ensuite au débiteur de démontrer qu’il a fait le nécessaire. Ex : pension alimentaire. Il faut enfin que la carence du débiteur soit de nature à compromettre le paiement de la créance de l’auteur de l’action oblique. La solvabilité du débiteur doit donc être douteuse ou menacée. CCL° : Pas de ligne directrice évidente dans la jurisprudence. Un créancier peut donc accepter la succession à la place de son débiteur inerte. La jurisprudence est plus hésitante pour les actions à caractère patrimonial dont le déclenchement suppose une appréciation personnelle. ce qui est une autre façon de dire que le créancier doit avoir un intérêt à agir.Pas besoin que le créancier démontre l’insolvabilité de son débiteur. o Mais l’option successorale peut être exercée par la voie de l’action oblique. Ex : actions en recherche de paternité. 179 . son enfant pourrait y subvenir. qu’il a été diligent. pour inexécution des charges) ne peut être exercée par le créancier à la place de son débiteur inerte. o Ex : l’action en révocation d’une libéralité (pour ingratitude. Pas d’intérêt à agir. C’est pratique pour le créancier. demande de divorce. Si le débiteur est dans le besoin. Les droits insaisissables. ni même son inaction (fait négatif). Quelle est la portée de cette exception ? Cela vise les actions extrapatrimoniales. annulation du mariage… Les actions tendant à acquérir un droit nouveau.

la règle de l’opposabilité des exceptions s’applique. civ. Ensuite. l’exception d’inexécution…). puisque le créancier agit à la place du débiteur. L’action paulienne Le fondement de l’action paulienne est à l’art. Cela décourage les créanciers qui n’ont pas de préférence.Les effets de l’action oblique L’action produit les mêmes effets que si elle avait été exercée par le débiteur. : « Ils [les créanciers] peuvent aussi. il pourra opposer le paiement au créancier auteur de l’action oblique. 180 . Celui contre qui le créancier agit peut opposer au demandeur tout ce qu’il aurait pu opposer à son propre créancier (ie au débiteur). Ex : le débiteur vend un de ses biens à sa compagne pour un prix modique afin de soustraire ce bien aux poursuites de ses créanciers. puisque le créancier ne fait que se substituer à lui. D’abord. Ex : loyer non perçu par le débiteur. L’action oblique est donc doublement fragile. Et si le locataire a payé son bailleur entre temps. attaquer les actes faits par leur débiteur en fraude de leurs droits ». devient donc le gage de l’ensemble des créanciers. le produit de l’action oblique entre dans le patrimoine du débiteur. la nullité. en leur nom personnel. mais à tous.B . C’est la grande faiblesse de cette action : le droit. 1167 C. Le profit de l’action oblique ne bénéficie pas uniquement à celui qui l’exerce. le bien. Le créancier agit à la place du débiteur pour obtenir le paiement du loyer. § 2. qui sera débouté. Le locataire peut opposer au créancier ce qu’il aurait pu opposer à son bailleur inerte (par exemple.

Les conditions de l’action paulienne Il existe 3 séries de conditions : celles tenant à l’acte du débiteur. En revanche. l’acte du débiteur. celles tenant à la créance du demandeur et celle tenant à l’exigence de fraude. Voyons les conditions (A) puis les effets (B). Plus largement. premièrement. Toutefois. l’action paulienne n’est ouverte que si l’acte cause un préjudice au créancier.. Si en dépit de l’acte d’appauvrissement. mais l’immixtion est ici justifiée par l’existence d’une fraude.Là encore. Ex : une donation . Concernant. il faut aussi que le débiteur soit insolvable. c’est la jurisprudence qui l’a établi progressivement. Le régime de l’action paulienne n’étant pas précisé par le Code civil qui se contente d’évoquer la fraude. il y a immixtion de la part du créancier dans les affaires de son débiteur. il s’agit d’un acte qui a pour effet de faire échapper un bien aux poursuites du créancier en le remplaçant par un bien facile à dissimuler (ex : une somme d’argent). C’est apprécié à la date de l’introduction de la demande en justice mais aussi au jour de l’acte contesté. le créancier ne peut pas critiquer le refus du débiteur de s’enrichir par le biais de l’action paulienne. qui découle de la diminution de l’assiette de son droit de gage général. Ex : le débiteur renonce à une succession. Toujours au titre du préjudice requis. Le débiteur doit s’appauvrir en faisant sortir un bien de son patrimoine sans contrepartie suffisante. A . une vente lésionnaire. parce que l’insolvabilité caractérise la fraude. le créancier n’a pas d’intérêt à agir. le créancier qui a un droit particulier sur certains biens peut attaquer 181 . le débiteur reste solvable..

l’action paulienne suppose que le droit du créancier soit né avant l’acte attaqué. Pourtant. certains actes du débiteur échappent à l’action paulienne. une créance certaine en son principe devrait suffire (v. la jurisprudence n’applique pas cette condition d’antériorité de la créance dans toute sa rigueur. car le débiteur peut se rendre coupable d’une fraude anticipée.les actes par lesquels le débiteur aliène ou diminue la valeur de ces biens. 5 juillet 2005. I. Doit-elle être liquide et exigible ? Non. Enfin. pour qu’il puisse y avoir une fraude contre le droit du créancier. Au moment où l’action paulienne est exercée. Ainsi. En effet. même si la condition d’insolvabilité n’est pas remplie. deuxièmement. 182 . Civ. telle une dation en paiement. n° 291). Bull. de la créance du demandeur. S’agissant. la fraude commise dans la perspective de la dette est une condition suffisante. Ex : une personne sait qu’elle va contracter un emprunt dans quelques jours et organise dès à présent son insolvabilité à l’insu de son futur créancier. Pour la Cour de cassation. encore faut-il que ce droit existe au moment où le débiteur accomplit l’acte frauduleux. sauf paiement anormal. la créance doit être certaine en son principe. Ex : une personne donne ses biens à ses enfants avant de se porter caution. Le créancier peut prouver l’antériorité de sa créance par tous moyens. le paiement ne peut pas être attaqué par l’action paulienne. parce qu’il est neutre (ce n’est pas un acte d’appauvrissement puisqu’il éteint une dette et que la dette fait partie du patrimoine) et nécessaire (le débiteur n’a pas le choix). 1ère. civ.

Certes. le tiers sera privé de son bien alors qu’il a versé une contrepartie au débiteur. le tiers est privé de son acquisition et ne récupère pas la contrepartie qu’il a versée. devra subir la saisie. Peu importe qu’il soit de bonne foi. Pourquoi cette différence ? Parce que si l’acte frauduleux est à titre onéreux. PB1 : Qu’est-ce que la fraude ? Faut-il une intention de nuire au créancier de la part du débiteur ou une simple conscience du préjudice qu’il allait causer à son créancier en passant l’acte critiqué ? La jurisprudence retient la 2nde conception : la fraude résulte de la seule connaissance qu’a eue le débiteur du préjudice qu’il causait au créancier en se rendant insolvable.3e et dernière série de conditions : la fraude du débiteur. mais ce recours est illusoire puisque le débiteur est par hypothèse insolvable. Il appartient au créancier de l’établir par tous moyens. il pourra se retourner contre ce dernier. la complicité du tiers est requise. il est celui qui. 183 . La conscience du tiers suffit . donataire…) . La définition de la fraude est la même que celle retenue pour le débiteur. Au total. Faut-il établir une complicité de la part du tiers avec lequel l’acte frauduleux a été passé ? En effet l’action paulienne est dirigée contre le tiers qui a bénéficié de l’acte frauduleux (acquéreur. il n’est pas nécessaire d’établir son intention de nuire au créancier. la complicité est requise pour les actes à titre onéreux. C’est LA condition essentielle. C’est au créancier que revient la charge de la preuve (preuve par tous moyens). la complicité du tiers n’est pas une condition. C’est pourquoi. le cas échéant. si l’acte est un acte à titre onéreux. D’où cette question : faut-il que ce tiers soit complice de fraude ? La jurisprudence distingue : si l’acte frauduleux est un acte à titre gratuit.

civ.Les effets de l’action paulienne La sanction n’étant pas précisée par le Code civil. l’acte juridique est 184 . Rapports tiers défendeur/débiteur : l’acte qui les lie reste valable puisque la sanction n’est pas la nullité mais l’inopposabilité. Donc. il suffit que l’acte lui soit inopposable : le créancier fait « comme si » l’acte n’avait pas eu lieu. Cass. s’incliner devant leur droit. obs. des comme sur Ces l’immeuble frauduleusement sous- acquéreurs à titre onéreux. En pratique. en ce sens (jurisprudence constante). Bull. 30 mai 2006. civ. 1re. le tiers conservera donc le bien pour le reliquat. 1863. on aurait pu songer à la nullité de l’acte frauduleux. Libchaber. I. Def 2006.B . Rapports créancier/autres créanciers du tiers défendeur : un conflit peut exister avec les créanciers du tiers défendeur s’ils ont acquis des droits sur les biens frauduleusement transmis créanciers à leur propre sont alors débiteur. Mais la nullité est une sanction excessive. il faut distinguer : Rapports créancier/tiers défendeur : le créancier fait comme si l’acte attaqué n’avait pas été conclu. là encore. Le juge ne peut donc pas ordonner au tiers défendeur de restituer le bien au débiteur. p. n° 268. Pour protéger le créancier. le créancier demandeur devra subir les effets de ces sûretés. comme s’il en ignorait l’existence. V. L’obligation de garantie existe puisque. Il peut ainsi saisir le bien entre les mains du tiers comme s’il appartenait toujours à son débiteur. acquis considérés Ex : hypothèque par le tiers. Le tiers évincé pourra agir en garantie contre le débiteur (ex : pour demander le remboursement du prix). sauf à prouver leur complicité de fraude. C’est la solution que retient la jurisprudence. Ex : il fait comme si le bien n’avait pas été donné ou vendu au tiers. Si la valeur du bien transmis excède le montant de la créance.

Puisque l’acte est valable. l’inopposabilité ne profite qu’au créancier demandeur. sauf à celui qui a intenté avec succès une action paulienne. Cela dit. rien n’empêche les autres créanciers du débiteur d’agir en inopposabilité. on l’a vu. En principe. le débiteur est insolvable. soit en intervenant à l’instance déjà engagée. A la différence de l’action oblique qui profite à tous. C’est lié au fait que la sanction de l’action paulienne est l’inopposabilité. soit par une action paulienne nouvelle. L’autorité de la chose jugée étant relative.valable. Mais le recours en garantie est vraisemblablement illusoire puisqu’en principe. les actes sont opposables à tous. 185 . il est opposable à tous. l’action paulienne a un effet relatif : elle ne profite qu’au seul créancier qui l’a intentée.

C’est la compensation. soit parce qu’il l’a voulu – c’est la remise de dette – soit parce que l’obligation est temporaire par nature et que la prescription libératoire ou extinctive est écoulée (Chap. la novation et la confusion. la dation en paiement. I). LA COMPENSATION 186 . On distingue alors. selon que le créancier obtient ou pas satisfaction : Les modes d’extinction alternatifs au paiement avec satisfaction du créancier. d’extinction des obligations. (Chap. mais obtient une satisfaction indirecte. Les modes d’extinction alternatifs au paiement sans satisfaction du créancier. La situation recouvre 4 causes d’extinction de l’obligation : la compensation (section I). la confusion (section III) et la dation en paiement (section IV). II). Chapitre I – L’EXTINCTION PAR SATISFACTION INDIRECTE DU CRÉANCIER Le créancier n’obtient pas l’exécution de l’obligation initialement prévue. I. les obligations s’éteignent par le paiement. Le créancier ne reçoit pas du tout ce qui est dû. exceptionnel. par un mode anormal. mais autre chose que ce qui était prévu à l’origine. c’est-àdire par l’exécution.TITRE III – L’EXTINCTION DES OBLIGATIONS SANS PAIEMENT Normalement. la novation (section II). Le créancier ne reçoit pas ce qui est dû. Mais les obligations peuvent également s’éteindre sans paiement effectif.

art. prononcée par le juge. La compensation judiciaire. La compensation est un mode d’extinction des obligations consistant en un double paiement simplifié. le jeu de la compensation est grandement facilité et son rôle de garantie joue à plein.V. 1289 et s. L’intérêt du mécanisme est d’éviter 2 paiements croisés. Dans ce dernier cas. Mais la distinction la plus importante en droit positif est celle qui oppose la compensation des dettes non connexes et la compensation des dettes connexes. Il existe plusieurs types de compensation : La compensation légale (celle qui est prévue par le C. civ. La compensation des dettes non connexes 187 . D’où son utilisation fréquente dans les affaires. civ. deux personnes étant créancières et débitrices l’une de l’autre.) : lorsque les conditions fixées par le Code civil sont remplies. La compensation conventionnelle. leurs obligations s’éteignent à due concurrence du montant de la plus faible. B doit 100 à A : une compensation entre leurs dettes a lieu plutôt que de réaliser un double paiement réciproque. Ces 3 espèces de compensation disposent chacune d’un régime juridique propre. Ex : A doit 100 à B . en particulier dans le secteur bancaire (ex : le compte-courant repose sur des compensations successives). C. C’est la raison pour laquelle on distinguera le régime de l’une (§ 1) et le régime de l’autre (§ 2). elle joue de plein droit si l’une des parties l’invoque. § 1. décidée par les parties. Définition – Il y a compensation lorsque.

188 . Cela suppose que chacune des personnes intervienne en la même qualité. 4. la compensation intervient entre obligations pécuniaires (mais il peut s’agir d’une dette en € et d’une dette en $). il n’est que le représentant de la société. 1. dont l’existence même est incertaine. Les créances doivent avoir pour objet des choses fongibles. En pratique.Le régime de la compensation varie selon ses sources : légale (A). Les objets doivent être interchangeables. il faut deux créances réciproques. mais pas forcément identiques. Ex : pas de compensation possible entre la créance personnelle d’un gérant de société contre un tiers et la créance de ce tiers contre la société. A fortiori. La compensation légale Quels sont ses conditions et ses effets ? Les conditions de la compensation légale des dettes non connexes sont nombreuses. cela exclut les créances conditionnelles. que les parties soient mutuellement débitrices l’une de l’autre. autrement dit. 3. Leur montant doit être déterminé (ex : pour une dette de dommages-intérêts). fongibles. A. judiciaire (B) ou conventionnelle (C). liquides et exigibles. dans l’autre. on ne peut pas la compenser. Les créances doivent être exigibles. D’abord. Si l’une des dettes est affectée d’un terme suspensif qui n’est pas encore venu à échéance. 2. même avec une dette échue. Les créances doivent être liquides. Il faut que les créances soient réciproques. le gérant intervient à titre personnel . Dans un cas.

trav. rappr. Si les créances sont d’un montant différent. art. Techniquement. L. fr. la solution est fondée sur l’interdiction des paiements de créances antérieures au jugement d’ouverture. : « La compensation s’opère de plein droit par la seule force de la loi. Pourquoi ? Politiquement. Ex2 : il est en principe interdit à l’employeur de compenser le salaire avec les sommes que pourrait lui devoir le salarié pour des fournitures (art. Si les conditions de la compensation étaient remplies avant le jugement d’ouverture. Or. lux. Mais si les conditions n’étaient pas remplies à cette date (ex : une des créances n’était pas encore échue). S’agissant des effets de la compensation légale.). 224-3 C. Enfin. 1290 C. même à l’insu des débiteurs .Ensuite. les deux dettes 189 . il s’agit de faire respecter l’égalité des créanciers dans le cadre de la procédure collective. PB : Ct ces effets se produisent-il ? V. 3251-1 et s. et n’obtiendra en contrepartie qu’un paiement vraisemblablement partiel de sa propre créance. la compensation éteint la dette et ses accessoires (ex : les sûretés). . la plus faible sera éteinte en totalité et la plus élevée ne le sera qu’en partie. notamment les créances alimentaires. la compensation légale est encore exclue en présence de créances insaisissables. la compensation produira son effet. la compensation légale ne pourra plus être invoquée ultérieurement. ultime précision : l’ouverture d’une procédure collective paralyse le jeu de la compensation légale. Ex1 : l’ex-mari débiteur d’une pension alimentaire ou d’une prestation compensatoire ne peut pas invoquer la compensation de sa dette avec une créance qu’il détiendrait sur son ex-épouse. la compensation est un double paiement simplifié. ⇒ Le créancier/débiteur réciproque du débiteur failli devra payer sa dette. trav. art. même si toutes ces conditions sont remplies. L. civ. C.

1290. même hors délai de prescription (Com. éteignant les obligations réciproques au jour où ses conditions sont remplies (= où la dernière est devenue exigible). L’automaticité de la compensation légale subit cependant des atténuations. et la compensation joue rétroactivement. Le bailleur peut payer sa dette et renoncer à la compensation pour pouvoir résoudre le bail. la compensation légale produit ses effets automatiquement. Logique en 190 . donc la fin du bail Le bailleur est débiteur du locataire (un prêt par exemple). en cas d’inexécution. Le locataire a une dette de loyer qui entraîne. 30 mars 2005. ⇒ Dès que les conditions sont remplies. en dépit de ce que laisse entendre l’art. Le juge ne peut donc pas refuser de constater la compensation légale. si ses conditions sont réunies. Il est donc possible de renoncer au bénéfice de la compensation légale (même si les dettes sont connexes).s’éteignent réciproquement. à l’instant où elles se trouvent exister à la fois.599). PB : le bailleur peut-il payer sa dette pour faire échec à la compensation et se prévaloir de l’inexécution de l’obligation de payer le loyer pour faire jouer la clause résolutoire ? Ou la compensation produit-elle automatiquement ses effets ? Malgré les termes de l’art. la compensation ne joue pas automatiquement. mais il faut tout de même qu’elle soit invoquée par l’une des parties. La compensation produit ses effets de plein droit. RTD civ. l’automaticité de la compensation a pour conséquence qu’elle peut être invoquée à tout moment. l’application d’une clause résolutoire. contre la volonté des parties. jusqu’à concurrence de leurs quotités respectives ». Le juge ne constate pas la compensation légale si aucune partie ne le lui demande. En revanche. Ex : relations entre un bailleur et un locataire. 2005. 1290.

la compensation judiciaire est accordée lorsque manque à l’une des dettes réciproques la condition de liquidité. 191 . pas l’autre. invoquer compensation légale parce que ses conditions ne sont pas réunies.pratique : deux personnes réciproquement débitrices et créancières l’une de l’autre ne se réclament pas le paiement de leurs obligations respectives. Elle est accordée défendeur par qui. Ex : Pierre a racheté (d’occasion) la Play Station de Paul. La compensation judiciaire La compensation judiciaire est une création prétorienne. que ce dernier lui avait prêté pour faire une ballade. Très logiquement le débiteur peut lui opposer la compensation de cette obligation avec la créance réciproque qu’il avait sur lui. Le juge va liquider alors la créance non liquide pour pouvoir prononcer la compensation. Puis l’une vient à être prescrite. le juge sur demande reconventionnelle ne peut d’un la poursuivi en paiement. Les autres conditions doivent être satisfaites (réciprocité. même si elle est aujourd’hui prescrite. Paul assigne Pierre en paiement du prix de la Play Station . ont été admis. A côté de la compensation légale prévue par le Code civil. De fait. Pierre forme une demande reconventionnelle en dommagesintérêts pour la destruction du vélo. et entre temps Paul a cassé le VTT de Pierre. au régime plus souple. B. pourtant toutes deux exigibles. Les conditions de la compensation judiciaire sont ainsi moins strictes que celles de la compensation légale. fongibilité et exigibilité – sauf si le juge rend une créance exigible en prononçant la déchéance du terme). parce que la compensation joue de plein droit. d’autres types de compensations. et il n’a pas encore payé le prix. Le créancier de l’obligation non prescrite en réclame alors le paiement.

Il en va de même pour la compensation conventionnelle. c’est-à-dire au jour où le juge liquide la créance pour prononcer la compensation (sauf si les dettes sont connexes (v. La compensation conventionnelle Définition – La compensation est conventionnelle lorsque les parties décident. avec deux précisions : 192 . B. Finalement.Le juge va surseoir à statuer sur la demande principale (action en paiement du prix) . C’est une manifestation de la liberté contractuelle. il va examiner la demande reconventionnelle et le cas échéant prononcer la compensation judiciaire une fois liquidée la dette de dommages-intérêts. com. RTD civ. Fages. 20 février 2007. En revanche. C. obs. ni une fongibilité qu’elles n’ont pas naturellement. La seule différence tient à ce que la compensation judiciaire produit ses effets au jour du jugement qui la prononce. Cette liberté est toutefois limitée : les parties ne peuvent conférer à leurs obligations ni une réciprocité. les parties peuvent convenir de rendre liquides et/ou exigibles des créances qui ne l’étaient pas. de donner à leurs obligations les caractères nécessaires à leur compensation. ils sont comparables à ceux de la compensation légale. d’un commun accord. 2007. Les effets de la compensation conventionnelle seront alors les mêmes que ceux qui ont été mentionnés. infra).570. S’agissant des effets de la compensation judiciaire. afin de faire jouer la compensation. auquel cas Cass. la compensation judiciaire n’est pas tellement éloignée de la compensation légale. précise que « l’effet extinctif de la compensation judiciaire remonte au jour de l’exigibilité de la première des créances connexes »).

mais également si elle est conclue pendant la période suspecte (période séparant l’état de cessation de paiements du J. La compensation des dettes connexes Particularité de ce type de compensation : elle joue de plein droit. comme la compensation légale.). La compensation conventionnelle avantage le créancier qui en bénéficie (expliquer). il faut d’abord préciser la notion de connexité et donc le domaine de la compensation des dettes connexes (A). Avant d’étudier le régime de cette forme de compensation (B). La compensation conventionnelle n’est à coup sûr valable que si elle est conclue avant l’ECP.- la compensation produit ses effets à la date à laquelle la convention a été conclue et elle n’est opposable aux tiers qu’au jour de cet accord. même à défaut de liquidité ou d’exigibilité des créances réciproques.) Pourquoi ? Parce que l’on peut suspecter une fraude aux droits des tiers. § 2. la convention encourt la nullité si elle est conclue après le jugement d’ouverture (J. Les différences sont plus importantes lorsque la compensation intervient entre dettes connexes. ⇒ La nullité sera prononcée si le créancier connaissait l’état de cessation de paiements de son débiteur.O. - en cas de « faillite ». En définitive. compensations judiciaire et conventionnelle ne sont donc que des extensions du domaine de la compensation légale. 193 .O. C’est très intéressant en cas d’insolvabilité de l’un des débiteurs réciproques.

Ex : le bailleur blesse le locataire lors d’un accident de la route.i. Ils sont alors tenus d’obligations monétaires réciproques. La connexité naturelle est celle qui découle de la communauté d’origine des obligations réciproques. La connexité peut avoir 2 sources : la connexité naturelle naît de la communauté d’origine des obligations . La jurisprudence admet aussi la connexité en présence d’obligations réciproques nées de contrats distincts. mais formant un ensemble contractuel unique. soit de l’exécution d’un contrat synallagmatique unique (ex : connexité entre l’obligation de l’assuré de payer les primes et l’obligation de l’assureur de verser l’indemnité). de lien étroit entre diverses obligations. il y a connexité entre la dette de loyer du locataire envers le bailleur et la créance que le locataire peut avoir contre le bailleur pour le paiement des travaux qu’il a réalisés dans le bien loué. Il suffit que les obligations en 194 . Il s’agit en général d’obligations monétaires qui dérivent d’un même rapport juridique. soit plus fréquemment de l’inexécution d’un contrat synallagmatique (ex : connexité entre l’obligation de l’acquéreur de payer le prix et l’obligation du vendeur de payer des dommagesintérêts pour un retard dans la délivrance de la chose vendue ou un vice caché de celle-ci). Mais. Le domaine de la compensation des dettes connexes La connexité évoque l’idée d’interdépendance. il n’y a aucun lien de connexité entre ces obligations. la connexité artificielle naît de l’affectation commune des obligations. En revanche.

que le législateur l’autorise. Le régime de la compensation des dettes connexes Le régime de cette compensation est beaucoup plus favorable pour celui qui l’invoque que le régime de la compensation ordinaire. d’abord. bien sûr. ii. mon et fin en France . Ex : dans le cas d’une vente. à propos des opérations sur instruments financiers (V. La Cour de cassation l’a affirmé dans un arrêt important du 18 janvier 1967 (GAJC. La jurisprudence est hésitante quant à la validité d’une telle opération. L. mais le prix est payable dans 1 an. S’agissant des conditions. art. 5 août 2005 sur les contrats de garantie financière). au Lux.présence procèdent de contrats économiquement liés. Mais. La livraison a été faite avec retard. n° 238) et elle le répète constamment depuis. Cette obligation réciproque est exigible immédiatement. au moins au départ. l’art. il faut toujours que les obligations soient réciproques. Cet ensemble peut ressortir par exemple de la présence d’un contrat-cadre. 431-7 C. 19 L. Une clause pénale oblige le vendeur à verser une somme d’argent en guise de sanction. La connexité artificielle découle de la volonté des parties de rendre connexes des obligations issues de contrats qui ne sont pas liés les uns aux autres. comme il le fait. Le vendeur est créancier du prix. par exemple. A moins. 195 . les conditions de liquidité et d’exigibilité sont indifférentes. et que leurs objets soient fongibles.

le droit de compenser les dettes connexes n’est pas affecté par le transfert de la créance. encore que des tiers aient des droits acquis sur l’une des créances réciproques. mais il n’y aura toujours pas de réciprocité entre le cédé et le cessionnaire. Le vendeur cède sa créance de prix à son banquier. payable dans 1 an. Deuxièmement. faute d’exigibilité de l’1 des obligations. Le cédé (l’acheteur) peut invoquer la compensation contre le banquier qui lui réclame le paiement du prix. pas entre le cédé et le cessionnaire. Toutefois. La livraison a été faite avec retard. la compensation légale ne pourrait pas jouer. Pourtant. Idem en cas de transfert consécutif à une subrogation (là encore c’est une exception au principe applicable en la matière). La compensation semble impossible. le créancier peut invoquer utilement la compensation. NB : C’est une exception à la règle selon laquelle les exceptions extérieures à la créance ne sont opposables au cessionnaire que si elles sont intervenues avant que la cession ne devienne opposable aux tiers (donc avant sa signification). Dans 1 an. si bien qu’il n’y a plus de réciprocité. 196 . alors même qu’elle entraîne la disparition de leur réciprocité originelle.Dans ce cas de figure. la compensation aura lieu ici car les dettes sont connexes. la créance de prix sera exigible. La réciprocité n’existait qu’entre le cédé et le cédant. elle est possible car les dettes sont connexes. En particulier. Ex : cession de la créance de prix résultant d’un contrat de vente. Le vendeur est créancier du prix. Une clause pénale oblige le vendeur à verser une somme d’argent immédiatement.

de même. II. Le vendeur est débiteur de dommages-intérêts en raison d’un défaut de la chose vendue. LA NOVATION Invoquée de temps à autre. 622-7 C. interdiction de payer toute créance née antérieurement au jugement d'ouverture. La jurisprudence luxembourgeoise semble retenir la même solution. Cette opération. n’est plus très utile 197 . La compensation remplit ainsi une fonction de garantie pour le vendeur : il reçoit une satisfaction. Mais les dettes étant connexes. L. le vendeur devrait payer les dommages-intérêts et déclarer sa créance de prix qui n’est pas encore exigible. Normalement. le jugement d’ouverture interdit le paiement de toute créance née avant ce jugement. la connexité autorise la compensation alors qu’en principe.Dans le cadre des procédures collectives. en échappant au concours des autres créanciers de l’acheteur. : « Le jugement ouvrant la procédure emporte. la novation est rarement admise par le juge. issue du droit romain. Les effets de la compensation sont globalement les mêmes que ceux de la compensation ordinaire (sauf pour la date de la compensation : date à laquelle la première créance est devenue exigible). Ex : vente Le vendeur est créancier du prix payable dans 1 an . à l'exception du paiement par compensation de créances connexes ». L’acheteur tombe en « faillite ». la compensation peut jouer même après l’ouverture de la procédure. de plein droit. com. La solution d’origine jurisprudentielle est désormais consacrée par l’art. Seules les conditions de la compensation des dettes connexes sont exorbitantes.

La novation au contraire fait le lien entre l’extinction et la création. Elle aurait dû disparaître du Code civil. 1271 et s. une banque. Si les parties sont d’accord. ⇒ Une obligation nouvelle naît. le créancier. Elle servait à l’époque à contourner l’intransmissibilité des 198 . si l’ancienne obligation est nulle. Ex : dans le cadre d’1 contrat de cautionnement. ensuite. 2 C. poursuit la caution en paiement. la novation ne peut pas jouer. Définition – La novation est une convention par laquelle les parties décident d’éteindre une obligation ancienne pour la remplacer par une obligation nouvelle. Ce serait un non-sens d’éteindre une obligation nulle. Ex : dans la novation. et réciproquement.) pour conclure. la création de la nouvelle a pour cause l’extinction de l’ancienne. mais elle y reste réglementée. les conventions n’étant pas liées. ⇒ Distingue la novation de l’opération par laquelle les parties résilient leur contrat d’un commun accord (mutuus dissensus de l’art. en ce sens que l’extinction de l’une a pour cause la création de l’autre. l’ancienne revit. elles peuvent convenir d’une du novation. en cas de résiliation conventionnelle suivie de la conclusion d’un nouvel accord. aux art. La caution demande à la banque créancière de transformer sa dette de caution en une dette de prêt (remboursement échelonné). Au contraire. un nouveau contrat. mais un lien existe entre les deux. remontant au droit romain. civ. Inversement. la 2nde sera valable même si la première était nulle et inversement la 1ère obligation sera éteinte même si la nouvelle est nulle. La novation est un mécanisme ancien. ce qui a des conséquences juridiques. si la nouvelle obligation est nulle. 1134 al. différente de l’ancienne.aujourd’hui. est La nouvelle afin obligation de remboursement prêt créée d’éteindre l’ancienne obligation de cautionnement.

Mais grâce à la novation. les sûretés qui la garantissent disparaissent. il n’était pas possible en droit romain de céder une obligation. Du moins. inversement. puisque la cession de dette n’est pas admise. puisque les parties peuvent aujourd’hui transformer une obligation simplement en la modifiant. Cela suppose donc l’existence d’une obligation ancienne. A priori. 1re condition : il faut que 2 obligations se succèdent dans le temps. la novation n’a plus d’intérêt. Aujourd’hui. Ex : De la novation la entraînant par une extinction de de l’ancienne l’objet de obligation. on pouvait éteindre l’obligation liant les parties initiales au contrat pour créer une nouvelle obligation liant le débiteur à un nouveau créancier ou. il n’y a pas de novation si l’ancienne obligation était déjà éteinte ou si elle était nulle. même. ⇒ En pratique. 199 . le créancier à un nouveau débiteur. § 1. Par conséquent. Plan – On examinera les conditions de la novation (§ 1) puis ses effets (§ 2).obligations. la novation par changement de créancier a perdu tout intérêt puisque le transfert des créances est admis et a un régime plus favorable. sans passer par le détour de la novation qui éteint l’obligation initiale pour en créer une nouvelle. Les conditions de la novation Elles sont au nombre de 3. puisque le transfert des obligations est admis. seule la novation par changement de débiteur présente un intérêt. novation modification l’obligation n’est plus utile.

[NB : C’est dans cette hypothèse qu’il est particulièrement difficile de distinguer la novation de la dation en paiement. L’élément nouveau peut être le changement d’une partie à l’obligation : soit le changement de créancier . 2e condition : il faut que les parties aient exprimé leur intention de nover. c’est-à-dire non seulement de créer une obligation nouvelle (distingue la novation de la simple modification du contrat). NB : Il faut alors le consentement des trois parties à l’opération (les deux parties initiales et la nouvelle). Nouvel inconvénient de la novation. L’élément nouveau peut être le changement de l’obligation ellemême : soit le changement d’objet de l’obligation : les parties conviennent que le débiteur devra fournir une prestation différente de celle prévue initialement. qui revit puisque son extinction était causée par la création d’une obligation nouvelle.L’obligation nouvelle doit aussi être valable. les parties restent liées par l’obligation ancienne. A défaut. soit le changement de débiteur. civ. 3e condition : il faut que la nouvelle obligation comporte un élément nouveau par rapport à l’ancienne obligation. mais aussi d’établir un lien de causalité entre l’extinction de l’ancienne obligation et la création de la nouvelle (distingue la novation de la résiliation suivie de la conclusion d’un nouveau contrat). La novation ne se présume pas dit l’art. La novation ne doit pas nécessairement être expresse mais l’animus novandi doit résulter clairement de l’acte. de la simple 200 . Cette intention de nover doit être établie par celui qui s’en prévaut. 1273 C.

civ. Plusieurs conséquences en découlent : Les caractères de l’obligation ancienne ne se communiquent pas à l’obligation nouvelle. D’où la satisfaction indirecte du créancier. Ex : nature civile ou commerciale . Les sûretés accessoires à l’obligation ancienne sont éteintes . 3 permet au créancier de conclure la novation sous la condition que les codébiteurs prennent tous un nouvel engagement solidaire envers lui ou que les cautions donnent à nouveau leur garantie (lourd !). si l’obligation ancienne comportait des codébiteurs solidaires ou des cautions. les parties peuvent prévoir une clause contraire : o S’agissant des sûretés personnelles. elles ne se reportent pas sur l’obligation nouvelle. Les effets de la novation Par définition. art. 1279 C. Le débiteur fournit la même prestation. 1278 autorise le report de ces sûretés sur la nouvelle obligation à condition que les parties l’aient stipulé au moment de la novation. mais à un nouveau titre. o S’agissant des sûretés réelles.) 201 . et sauf si l’on est en présence d’une novation par changement de débiteur (v. la novation entraîne l’extinction de l’obligation initiale et la création d’une obligation nouvelle.modification ou de la résiliation suivie la conclusion d’un nouvel accord.] soit le changement de cause de l’obligation. Les frontières sont floues et la jurisprudence hésitante. délai de prescription. l’art. § 2. Théoriquement concevable mais difficile à illustrer. l’art. 1281 al. Toutefois.

il se fait une confusion de droit qui éteint les deux créances ». 1300 C. Par exemple. La confusion implique donc une transmission. soit à cause de mort (succession) soit entre vifs (vente. 202 . La confusion est donc proche de la compensation. LA CONFUSION Définition – Art. il peut y avoir confusion si un créancier hérite de son débiteur ou si un débiteur hérite de son créancier. ⇒ La confusion s’applique dans la situation où la même personne cumule les qualités de créancier et de débiteur à propos d’une même créance. Ex : Dans le cadre d’une succession. un père prête de l’argent à son fils puis décède . cession…) Toutes les créances sont susceptibles de confusion. Effets – La confusion éteint l’obligation transmise. civ.III. Il n’y a pas lieu de distinguer la source de l’obligation ou sa nature (civile ou commerciale). le fils hérite alors de la créance de remboursement dont il était débiteur envers son père . NB : Certains auteurs considèrent que la confusion est plutôt une cause de paralysie de l’obligation (liée à l’impossibilité d’agir contre soimême). l’obligation s’éteint car le fils devient son propre créancier pour le remboursement de la dette de prêt. : « Lorsque les qualités de créancier et de débiteur se réunissent dans la même personne. Hypothèse également fréquente en cas de fusion de deux sociétés dont l’une était créancière de l’autre. qui diffère seulement de la confusion en ce qu’elle joue entre deux personnes. Les conditions de la confusion se résument en 2 points : il faut que le débiteur recueille la créance dont il est débiteur ou le créancier la dette dont il est créancier.

qui risque de consentir sous la contrainte à transférer à son créancier une chose de valeur supérieure au montant de sa dette. Ex : prêt accordé par le père à l’un de ses 2 fils. 1234 C. LA DATION EN PAIEMENT Définition – La dation en paiement est une convention par laquelle le créancier accepte de recevoir autre chose que ce qui est dû. La confusion n’entraîne alors qu’une extinction partielle. Le bail s’éteint par confusion puisque le locataire cumule les qualités de preneur et bailleur. puisqu’elle classe la confusion parmi les causes d’extinction de l’obligation (v. à hauteur de la part successorale du fils. mais seulement « gelé » en quelques sortes. alors si la vente est annulée ou résolue (faute de paiement du prix par exemple). et la lettre du Code civil va clairement en sens contraire. Il y a quelques décisions en ce sens. puisqu’il n’était pas éteint. le bail « ressuscite ». La dette n’est donc éteinte que pour moitié . Le fils hérite de la moitié seulement du patrimoine de son père. mais la paralyse seulement. Le fils devra donc rapporter à la succession la ½ de la créance. Ex : un locataire achète l’immeuble qu’il loue. civ. elle subsiste pour le reste. que pour les créanciers du débiteur. Cette extinction peut être partielle ou totale selon les circonstances. art. Décès du père.Intérêt de cette analyse ? La dette demeure.). mais assez rares. IV. 203 . Elle est dangereuse tant pour le débiteur. Mais si l’on admet que la confusion n’éteint pas l’obligation.

1243 C. sa définition et sa nature juridique. C’est d’ailleurs l’hypothèse la plus fréquente en pratique. Mais la doctrine moderne défend une conception plus large de la dation en paiement et considère que la nature de la prestation substituée devrait être indifférente. Le débiteur vendrait un bien à son créancier et le prix dû par le créancier se 204 . Mais la dation en paiement peut plus simplement être fondée sur le principe de la liberté contractuelle. elle n’est pas explicitement prévue par le Code civil. De cette manière. : « le créancier ne peut être contraint de recevoir une autre chose que celle qui lui est due ». Le terme « dation » vient de dare qui signifie transférer la propriété.Cette opération a déjà été étudiée au titre du paiement. Il n’y aurait donc pas de dation si le créancier accepte une prestation de service à la place de l’objet initial. il faut la comparer à des notions voisines. on saura si la dation en paiement a une nature juridique propre. Nature juridique ? Pour cerner la nature juridique de la dation en paiement. On formulera donc seulement quelques remarques sur son fondement. La dation supposerait toujours qu’il reçoive la propriété d’un bien. Dation en paiement/vente – On pourrait d’abord penser que la dation en paiement est une vente suivie d’une compensation. civ. Ex : on pourrait qualifier de dation en paiement l’accord par lequel un restaurateur accepte que son client incapable de payer l’addition « fasse la plonge » pour payer sa dette. Il ne peut être contraint. Est-ce une convention translative ? Oui à l’origine. mais on peut la fonder sur une interprétation a contrario de l’art. S’agissant du fondement de la dation en paiement. mais il est libre d’y consentir librement. ou si elle n’est que la variante d’une notion déjà existante. Notion ? C’est une convention extinctive.

Dation en paiement/novation – Certains ont soutenu que la dation en paiement n’était qu’une forme de novation : une novation par changement d’objet. Parce qu’il est anormal. Et cette convention étant de l’essence même de la dation en paiement. S’il s’agissait d’une vente avec compensation. Cependant. De plus. La seule spécificité tiendrait au fait que l’obligation nouvelle s’exécute immédiatement. la dation ne serait qu’un paiement. Mais. Si l’obligation initiale s’éteint. la convention est un élément supplémentaire par rapport au seul fait de payer. des règles spéciales s’y appliquent comme l’annulation de la dation en paiement faite pendant la période suspecte ou la possibilité d’exercer l’action paulienne. obligation de garantie…).compenserait avec la dette initiale. le débiteur peut obtenir la restitution du bien qu’il a remis en paiement (paiement indû). Au soutien de cette analyse. Pourquoi faut-il une convention s’il n’y a rien d’autre qu’un paiement ? En réalité. pour le reste. c’est parce que les parties ont conclu une convention novatoire. Ex : si la dette initiale est nulle. la similitude des régimes juridiques n’implique pas nécessairement l’identité des natures juridiques. L’inconvénient de cette thèse est qu’elle n’explique pas pourquoi une convention est nécessaire à la validité de la dation en paiement. l’exécution de l’obligation nouvelle est différée par rapport à la disparition de l’ancienne obligation. cela n’explique pas correctement le régime de la dation en paiement. la compensation serait écartée en raison de cette nullité. Dation en paiement/paiement – La dation en paiement ne serait qu’un mode anormal de paiement. Ex du client du restaurant : 205 . on fait observer que la jurisprudence applique à la dation en paiement certaines des règles applicables à la vente (ex : rescision pour lésion des ventes d’immeubles . alors que dans la novation ordinaire. mais la vente resterait valable. cette dernière ne saurait être ramenée à un paiement. excluant toute restitution.

mais le critère de distinction n’est pas évident. Transition : voilà qui achève l’étude des modes d’extinction de l’obligation qui offrent une satisfaction indirecte de l’obligation. Puisque la novation suppose une intention de nover et que cette intention ne se présume pas. Il reste à voir les causes d’extinction dans lesquelles le créancier ne reçoit ni satisfaction directe. il faut en principe considérer qu’il y a eu dation en paiement (voire une simple modification de l’obligation). ni satisfaction indirecte. on peut rechercher si les parties ont eu l’intention de créer une nouvelle obligation. Conséquence pratique : la survie des sûretés attachées à l’obligation exécutée par le biais d’une dation en paiement (cf.- soit il fait la vaisselle tout de suite et c’est une dation en paiement. La confusion entre dation en paiement et novation est censurée par la Cour de cassation. 206 . Il s’agit d’une novation. soit le client contracte une nouvelle obligation : « je m’engage à venir faire la vaisselle demain ». C’est une nouvelle obligation qui devra être exécutée et qui est créée pour éteindre l’ancienne. Pour les distinguer. l’extinction des sûretés attachées à l’obligation novée par changement d’objet).

La remise doit être acceptée par le débiteur. du débiteur est une condition nécessaire. Le consentement. alors qu’ils ne peuvent pas se prévaloir des mesures prises dans le cadre d’une procédure collective ou de surendettement. I. Puisque la remise de dette est une convention librement conclue par les parties. Cela peut résulter soit de la volonté du créancier.Chapitre II – L’EXTINCTION SANS SATISFACTION DU CRÉANCIER Parfois. même tacite. pas même indirectement. LA REMISE DE DETTE Définition et nature juridique – La remise de dette est une convention conclue entre un créancier et son débiteur par laquelle le créancier renonce à sa créance. S’il est mû par une 207 . Mais comme toujours en matière de libéralités. soit de l’écoulement du temps. Incidence pratique : La caution et le codébiteur bénéficient de la remise de dette. C’est une convention extinctive et non pas un acte unilatéral de renonciation. la personne gratifiée peut avoir des raisons personnelles de refuser de se voir conférer un avantage par l’auteur de la libéralité. elle ne doit pas non plus être confondue avec les mesures qui peuvent être imposées au créancier par le juge dans le cadre des procédures d’insolvabilité. Plan : La remise de dette (Section I) . on voit mal a priori pourquoi le débiteur refuserait une offre qui est dans son intérêt. Certes. l’obligation s’éteint sans que le créancier n’obtienne ce qui lui était dû. La remise de dette est effectuée à titre gratuit : le créancier ne demande aucune contrepartie en échange. la prescription extinctive (Section II).

Il en résulte des conséquences successorales et fiscales. Plutôt que de prendre le risque de voir le débiteur devenir insolvable et de ne rien obtenir. La preuve de la remise de dette La remise de dette étant une convention. le créancier réduit la dette et obtient un paiement. PB : la remise est souvent tacite en pratique. C’est la raison pour laquelle le Code civil édicte une présomption de libération du débiteur. On les envisagera successivement : la preuve (§ 1) puis les effets (§ 2) de la remise de dette. du Code civil traitent de la preuve et des effets de la remise de dette. elle doit donc être prouvée par écrit. sans préjudice de la preuve contraire ». 1283 : « La remise volontaire de la grosse du titre fait présumer la remise de la dette ou le paiement. La remise de dette est dans son intérêt bien compris. V. Mais la gratuité n’exclut pas l’intérêt : le créancier peut agir par intérêt. 1282 : « La remise volontaire du titre original sous signature privée. fait preuve de la libération » et art. sa preuve obéit au régime des actes juridiques. sacrifiant une partie de sa créance pour sécuriser le paiement d’une autre partie. Elle est un acte à titre gratuit (sans contrepartie).intention libérale. art. Ex : le débiteur est en difficulté. 208 . par le créancier au débiteur. En principe. droit commun des contrats. Les conditions de la remise de dette : cf. NB : Grosse = copie d’un jugement ou d’un acte notarié comportant la formule exécutoire. sans être une donation indirecte (pas d’intention libérale). Les articles 1282 et s. la remise de dette est le moyen de faire une donation indirecte. § 1. NB : La présomption joue si la remise du titre est véritablement volontaire. sous réserve des exceptions habituelles.

D’abord. Il n’abandonne qu’une copie et non plus l’original. L’art. en présence de codébiteurs. La présomption est simple lorsque le créancier remet la copie exécutoire (« grosse ») du titre authentique. Pourquoi ? Parce qu’il n’y a qu’une seule dette . 209 . il faut distinguer : . 1285 énonce la même règle. ce qui explique que la présomption soit moins forte. En donnant l’original. donc tous en profitent. mais cette fois-ci lorsque la remise de dette n’est pas présumée. 1284 qui vise l’hypothèse d’une remise présumée. le créancier se prive du moyen de prouver sa créance. Les effets de la remise de dette La remise de dette libère le débiteur.PB : Quelle est la force de la présomption ? Ainsi que le montrent les art. mais pas celle des autres. Cela résulte de l’art. Le Code civil précise les effets de la remise de dette en présence de codébiteurs et d’un cautionnement.si la dette est solidaire. la remise de dette à l’un éteint sa dette. § 2. 1282 et 1283. la force de la présomption varie selon que l’original du titre ou une simple copie est remise : La présomption est irréfragable lorsque le créancier remet volontairement au débiteur le titre original de l’acte sous seing privé constatant la créance. le créancier renonce à cette dette . .si les codébiteurs sont conjoints. donc il renonce à en réclamer le paiement. à l’inverse. totalement ou partiellement selon l’intention des parties. la remise produit effet à l’égard de tous les débiteurs.

Exception : Le créancier qui consent une remise de dette à un codébiteur solidaire peut. Le texte précise que s’il y a plusieurs cautions. Si le cautionnement est solidaire. art. Le créancier se réserve la possibilité de poursuivre les 2 codébiteurs restants. si le cautionnement est simple. le codébiteur qui paie 200 dispose d’un recours contre l’autre à hauteur de 100. la remise accordée à l’une des cautions ne libère pas les autres – même si le cautionnement est solidaire. qu’il peut toujours poursuivre. la remise ne saurait là non plus alourdir la charge des autres cautions. civ. les cautions ne peuvent être poursuivies que déduction faite de la part de la caution bénéficiaire de la remise (3 personnes cautionnent une dette de 300 . en raison du caractère accessoire du cautionnement. V. Ensuite. Toutefois. 1287 C. l’une des cautions est libérée . Et conformément aux règles habituelles. mais pas les autres. Le créancier accepte ainsi de libérer l’un de ses codébiteurs. par une stipulation. Donc. Combien peut-il leur réclamer ? 300 ou 200 ? 200 dit le Code civil. la remise accordée au débiteur principal libère la caution. Le créancier consent à l’un d’eux seulement une remise de 100. le Code civil précise que le créancier ne pourra agir contre les codébiteurs que « déduction faite de la part de celui auquel il a fait la remise » (art. par ce biais. s’agissant du cautionnement. De sorte que. le bénéfice de division pourra être invoqué comme s’il n’y avait pas eu de remise au profit de l’une des cautions (2 personnes cautionnent une dette de 200 . à concurrence de la part que celui-ci devait supporter. les codébiteurs profitent de la remise accordée à l’un d’entre eux. les 2 autres cautions restent solidairement 210 . réserver ses droits contre les autres débiteurs. Mais afin que la dette des codébiteurs qui restent tenus ne soit pas injustement alourdie. l’une des cautions est libérée à hauteur de 100 mais le créancier réserve ses droits à l’égard des autres . Ex : 3 codébiteurs pour une dette de 300. 1285 al. 2). l’autre peut invoquer le bénéfice de division comme s’il y avait toujours 2 cautions et ne payer que 100).

d’autant plus grandes que le temps s’écoule. art. civ. La prescription évite au débiteur et à ses successeurs indéfiniment. c’est probablement parce qu’il a déjà été payé par le débiteur. ou du moins stables. d’une durée variable selon que la nullité est relative ou absolue. mais déduction faite de la part de la caution libérée. II. fr. 2219 C. au-delà duquel l’action ne peut plus être intentée. Cf.tenues à l’égard du créancier. Autre explication : la présomption créancier n’a jamais poursuivi de paiement. donc à hauteur de 200). Intérêt social : éviter l’encombrement des tribunaux et éviter les difficultés de preuve. Le mécanisme conduit à l’extinction de l’obligation puisque celle-ci ne peut plus être juridiquement sanctionnée. : « La prescription extinctive est un mode d'extinction d'un droit résultant de l'inaction de son titulaire pendant un certain laps de temps ». La prescription contribue ainsi à la sécurité juridique en empêchant des revendications tardives. Ex : prescription de l’action en nullité du contrat. Rq : Quel est le fondement de la prescription ? Pourquoi le passage du temps entraîne-t-il l’extinction de l’obligation ? Il y a plusieurs explications au mécanisme de la prescription : Paix sociale : il ne faut pas modifier les situations figées. il faut respecter le statu quo pour ne pas troubler l’ordre social. de conserver les preuves du paiement 211 . LA PRESCRIPTION EXTINCTIVE Toutes les actions en justice sont soumises à un délai de prescription. Ici. c’est à la prescription de l’action en exécution des obligations que nous allons nous intéresser. Si le le débiteur.

toutefois. Mais le mécanisme de base de la prescription demeure similaire. Il fixait le délai de prescription. le risque est que le débiteur soit écrasé sous le poids de la dette. par une loi du 17 juin 2008. C. variable selon la région. - La prescription peut également avoir pour objet et pour effet d’inciter le professionnel à recouvrer ses dettes rapidement pour que le débiteur soit libéré et pour limiter les risques de non recouvrement de la dette. Les dispositions françaises et luxembourgeoises diffèrent donc aujourd’hui sur ce point. puis le mécanisme de la prescription (§ 2) et enfin les effets de la prescription extinctive (§ 3). La durée des délais PB1 : Qui fixe la durée ? Dans l’Ancien droit. Plan – C’est ce que l’on verra en étudiant tout d’abord le délai de prescription (§ 1). La prescription évite l’accumulation de la dette. En substance. La prescription oblige le créancier à se manifester. NB : Au Luxembourg comme en France. la prescription est régie par les articles 2219 et s. § 1. CCL° : Multiples explications. les solutions retenues ne sont pas fondamentalement différentes. sauf sur la question des délais euxmêmes. civ. Si la dette est périodique. ce pouvoir appartenait au juge. 212 . LE DÉLAI DE PRESCRIPTION On verra d’abord la durée du délai (A) puis son déroulement (B). ces dispositions ont été récemment réformées en France.- Protection du débiteur. A. et pouvait le modifier par souci d’équité. Toutefois.

. Inconvénient : Imprévisibilité et insécurité juridique pour le créancier. On peut alors distinguer les 3 catégories suivantes : les prescriptions longues.Avantage : permettait de tenir compte du comportement du débiteur (sa bonne ou mauvaise foi) et de celui du créancier (par exemple. cons. il est essentiel pour le créancier de savoir de combien de temps il dispose pour recouvrer sa créance. Cette imprévisibilité était donc particulièrement préjudiciable et elle était perçue comme le résultat de l’exercice d’un pouvoir arbitraire par le juge. Sur ce point. Mais les parties peuvent modifier cette durée (2). C. Ass. C. ⇒ La durée des délais de prescription est aujourd’hui fixée par le législateur (1). 1. et injustifiée. car la diversité des délais crée des incertitudes qui génèrent du contentieux et de l’insécurité juridique . Or. C’était une complexité tout à la fois : néfaste. la loi du 17 juin 2008 apporte certaines améliorations mais elle ne résout pas entièrement le problème.). 213 . car les écarts d’un délai de prescription à l’autre n’étaient pas toujours rationnels.. Pour classer ces délais. le plus simple est encore de prendre en considération leur longueur. etc. De nombreux délais spéciaux demeurent. La prescription est légale et non plus judiciaire.. moyennes et courtes. très variables et éparpillés dans tous les Codes (Code civil. com. en abrégeant la prescription si le créancier est resté complètement passif). C. La durée légale La récente réforme française s’explique notamment par le fait que l’état du droit positif sur ce point n’était pas satisfaisant : la Cour de cassation avait recensé plus de 250 délais de prescription différents dont la durée variait de 30 ans à un mois.

qui réduit le délai de droit commun à 5 ans (art. civ. 2227) . : 5 ans – idem matière civile). tant réelles que personnelles. sont prescrites par trente ans ». préjudiciable au débiteur (ou à ses héritiers) lorsqu’il doit prouver que le paiement a été effectué 25 ou 30 ans après celui-ci. Prescriptions longues (plus de 10 ans) La prescription la plus longue est la prescription trentenaire (d’une durée de 30 ans). L. L. La prescription trentenaire est en outre isolée aujourd’hui en droit comparé. civ. 2262 C. ⇒ Le législateur français a donc modifié cette solution par la loi du 17 juin 2008. com. En matière civile. qui entraîne un risque de dépérissement de la preuve. applicable en l’absence de dispositions légales spéciales contraires ou en l’absence de stipulations contractuelles prévoyant un autre délai. nullité du mariage faute de consentement sérieux . Ex : en droit allemand le délai de droit commun est de 3 ans. Mais cette solution. lux.) Ce n’est plus le cas en France depuis la loi du 17 juin 2008 (art. 2224 C. qui date donc de 1804. com.) Cependant la prescription trentenaire demeure applicable en droit réel français et pour certaines en actions. actions dommage l’environnement (art.) A côté de la prescription trentenaire. est critiqué aujourd’hui pour sa longueur excessive. Elle était traditionnellement la prescription de droit commun en France comme au Luxembourg. Ex : 30 ans pour réclamer le prix dans une vente civile. env. fr. 189 C. existe aussi en droit positif une prescription décennale (10 ans). Cette solution demeure valable au Luxembourg. l’art. dispose que « Toutes les actions. lux. réparation Ex : d’un actions réelles à immobilières (art. 152-1 C. 214 . contractuelles comme délictuelles (art.a. 110-4 C. dont le domaine est assez vaste : au Luxembourg c’est la prescription de droit commun pour les obligations commerciales.

) Art. et généralement de tout ce qui est payable par année ou à des termes périodiques plus courts ». art. le délai de 10 ans est applicable à la responsabilité contractuelle du propriétaire d’un immeuble contre ceux qui l’ont construit (architecte et entrepreneur) pour vice de construction (art. L’objectif de ce texte est d’éviter que la dette ne s’accumule trop. Prescriptions moyennes (de 3 à 5 ans) La prescription quinquennale (5 ans) est la prescription de droit commun en France. V. art. civ. 3-1.- en France. d’un dommage corporel (art. 2224 C. Au Luxembourg. civ. 2277 al. lux. civ. 1) et à l’action en exécution forcée des jugements (L. Des loyers et fermages . civ. le délai de 10 ans est celui applicable notamment à l’action en responsabilité civile de la victime. : « Les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d'un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l'exercer ». al. art. fr. 9 juillet 1991. 1792-4-1 C. lux. donc de protéger le débiteur contre sa propre ruine. 1). civ. La loi punit ainsi le créancier 215 . elle est applicable par exemple : aux actions en nullité relative d’une obligation contractuelle (C. l’action s’éteint. directe ou indirecte. 1792 C. - En France comme au Luxembourg. art. 2 : « Se prescrivent par cinq ans les actions de payement : Des arrérages des rentes perpétuelles et viagères et de ceux des pensions alimentaires .) b. Des intérêts des sommes prêtées. à la prescription des créances périodiques (art. 1304). 2277 C. 2226 al. C’est pourquoi au bout de 5 ans. .

il faut que le montant périodique soit déterminé.) .Troisièmement. Trois conditions doivent être remplies pour que l’art. cette reconnaissance ne change pas la nature de la créance : elle reste périodique. supposons que le jugement reconnaisse l’existence d’une créance payable à termes périodiques (ex : créance de loyers) . en l’occurrence. car elle fait peser sur le débiteur une charge croissante (alors qu’il est toujours plus facile de payer une somme en plusieurs fois qu’en une seule). . telle l’action en recouvrement des charges de copropriété. de sorte que la prescription applicable est de 5 ans. la prescription ne s’applique qu’aux termes périodiques et non au titre qui leur a donné naissance.dont l’inaction est. aux créances dont la fixation dépend d’éléments ignorés par le créancier. Ex 2 : le bailleur perd le loyer s’il oublie d’en réclamer le paiement pendant 5 ans. notamment de déclarations par le débiteur.Deuxièmement. mais le droit à la rente viagère obéit à la prescription de droit commun (30 ans). Cette 1re condition est essentielle : c’est en effet la périodicité de la dette qui porte en elle le risque de ruine. ou aux créances indéterminées et variables. 2277 s’applique : . mais il peut réclamer les loyers suivants. mais en 216 .Premièrement. Ex1 : La prescription quinquennale s’applique à chaque terme de la rente viagère. il faut que la dette soit périodique. l’action en répétition de sommes indues versées périodiquement reste soumise à la prescription de droit commun. . On voit donc bien la distinction entre le titre et les termes périodiques : il est possible de poursuivre l’exécution du jugement condamnant au paiement d’une somme payable à termes périodiques pendant 30 ans. 2277 ne s’applique pas aux créances dont le principe ou le montant est conflictuel. Donc. l’art. répréhensible. Ex 3 : un jugement est un titre dont l’exécution relève de la prescription trentenaire (au Lux. NB : Pourtant.

) 217 . civ. 1648 C.. c. L. art. 2277 C. 7 au Luxembourg) .) les actions dérivant d’un contrat d’assurance en France (C. civ. Ass. 44). Prescriptions courtes (moins de 2 ans) Traditionnellement. lux. Existe également une prescription triennale (3 ans) notamment pour : l’action en réparation du dommage causé par un produit défectueux (art. 1 C. 2277 al. Elle est applicable à toutes les dettes de l’Etat et des personnes morales de droit public. civ. art. art. le créancier ne peut obtenir le recouvrement des termes échus que pour une période de 5 ans. civ. l’action en paiement des salaires au Luxembourg (art. Autre prescription d’une durée moyenne : la prescription quadriennale (4 ans). 114-1). 27 juillet 1997. Ces prescriptions sont très nombreuses. on considère comme « courtes » les prescriptions d’une durée inférieure à 2 ans. 1648 C. L. en France .vertu de l’art. 21 avril 1989. civ. 1386-17 C. Voici quelques exemples : Sont soumises à un délai de prescription de 2 ans notamment : l’action en garantie des vices cachés en France (art. Sont soumises à un délai de prescription de 1 an notamment : l’action en garantie des vices cachés au Luxembourg (art.) les actions dérivant d’un contrat d’assurance au Luxembourg (L.

1881) Rq1 : une prescription courte ne profite pas nécessairement au débiteur. en France 3 mois pour l’action en réparation du dommage causé par un délit de presse (L. l’idée étant que si le créancier n’a pas exercé d’action. CCL° : On le voit les délais sont très variés et la matière demeure assez désordonnée. plus le délai est bref. Mais la présomption était simple : si le débiteur avouait qu’il n’avait pas payé. la prescription était écartée. dénommé « prescription présomptive ». où il a été abrogé par la loi de 2008 parce qu’inutilement complexe. il se fera très pressant. mais pas en France. Certes. ces courtes prescriptions étaient traditionnellement fondées sur une présomption de paiement. La variété potentielle des délais de prescription est renforcée par le fait que la loi fixant les délais de prescription n’est pas impérative : elle laisse place aux aménagements conventionnels. demeure au Luxembourg (ex : pour la prescription des hôteliers et restaurateurs). 2271) . civ. 2. Ce mécanisme. moins le créancier est tolérant. Rq2 : Lorsqu’elles s’appliquaient à des actions en paiement. plus il a de chances d’échapper au paiement. En vérité. Les aménagements conventionnels Il faut trouver un équilibre entre : 218 . à première vue. Sachant qu’il n’a guère de temps pour recouvrer sa créance. art. c’est sans doute qu’il a été payé. c’est plutôt le résultat inverse qui se produit : plus le délai est bref.Exemples de prescriptions inférieures à 1 an : au Luxembourg 6 mois pour l’action des hôteliers et restaurateurs pour le logement et la nourriture qu’ils fournissent (C.

114-3) et de consommation (C. on peut craindre en effet que la partie forte profite à l’excès de son pouvoir pour réduire les droits de la partie faible en stipulant des délais de prescription extrêmement courts. 3e conséquence : il n’était en revanche pas possible d’allonger le délai de prescription.L. 2e conséquence : la jurisprudence admettait également que les parties s’accordent pour suspendre la prescription. ass. la liberté contractuelle de l’autre. à moins que le délai stipulé ne fût excessivement bref. i. Traditionnellement l’article 2220 C. IV. art. Une telle clause était nulle comme contraire à 219 . Com.. civ. civ. En revanche. interdisait au débiteur de renoncer par avance à une prescription en cours. Les clauses stipulant un délai de prescription plus court que le délai légal étaient donc admises.e. obliger le créancier à agir plus vite. V. une fois qu’elle a commencé à courir. L. sans doute dans l’intérêt du débiteur. on pouvait renoncer à une prescription acquise (= lorsque le délai de prescription a fini de s’écouler). Cet article avait 3 séries de conséquences. C’était particulièrement utile en cas de difficulté dans l’exécution d’un contrat pour permettre une négociation entre les parties lorsque la prescription était courte. La Cour de cassation l’avait admis dès le milieu du 19e siècle. Bull. les modifications conventionnelles du délai de prescription sont ainsi prohibées en matière d’assurance (C. Il ne faut pas rendre illusoire l’exercice du droit du créancier. 1re conséquence : la jurisprudence en déduisait qu’il était possible de raccourcir le délai par avance. not.137-1). 30 mars 2005. l’intérêt public : celui des tribunaux et celui tenant à la protection de la partie faible .- d’un côté. En droit français. art. n° 75. conso.

elle ne peut être réduite à moins d’un an. la loi du 17 juin 2008 a remplacé l’article 2220 par un nouvel article 2254 du Code civil qui confirme la possibilité offerte aux parties d’abréger la prescription ou de la suspendre. etc. car ce type de clauses était analysé comme un moyen de contourner l’interdiction légale de renoncer par avance à une prescription.l’art.. surtout lorsque la prescription est courte. mais leur permet également de l’allonger. de loyers. En France en revanche. 1. dans la mesure où l’article 2220 demeure inchangé. elle ne peut être étendue à plus de 10 ans. ensuite l’interruption et la suspension du délai de prescription. Exceptions : la prescription ne peut être aménagée par convention en matière de salaire. de pensions alimentaires. La liberté des parties est ainsi généralisée mais elle est aussi encadrée. On y voyait une forme de renonciation anticipée B. Si elle est allongée. 2220 C. civ. La computation du délai de prescription 2 points à préciser : Quel est le point de départ ? Quel est le mode de calcul ? Le point de départ – C’est très important. interdite. Ces solutions sont a priori toujours valables au Luxembourg. Le déroulement du délai Nous verrons d’abord le mode de computation du délai. Si la prescription est abrégée par les parties. 220 .

. fr.. civ. 2233. 3°). 1°). C. 2226 : à compter de la date de consolidation du dommage pour les dommages corporels). fr. la prescription ne court qu’à partir du jour où la condition se réalise (C. mais au jour où l’erreur a été découverte ou au jour où la violence a cessé. art. civ. Si la dette est périodique (ex : loyers). lux. le créancier ne peut pas poursuivre son débiteur dès cette date. La prescription se divise : il y a autant de délais et de points de départ que de termes. parce que bien souvent. chaque fraction se prescrit de façon autonome à partir de son échéance propre. 2257 . civ. C. ⇒ Le point de départ du délai de prescription se situe en principe au jour où l’obligation devient exigible (C.Il n’est pas nécessairement fixé à la date de naissance de la créance. ⇒ Il est possible que le point de départ du délai soit reporté audelà du jour où le droit est né et est devenu exigible. art.. malgré le fait que la réalisation de la la condition de est censée au confirmer jour de la rétroactivement naissance l’obligation conclusion du contrat. 2233. lux. De même. L’idée est exprimée plus généralement par les nouveaux articles 2224 pour la prescription quinquennale de droit commun et 2227 pour la prescription trentenaire du Code civil français : la prescription court « à compter du jour où le titulaire du droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l’exercer ». si l’obligation est affectée d’une condition suspensive. La prescription court. 2257 . Ex : l’action en responsabilité civile délictuelle court à compter de la date à laquelle la victime a eu ou aurait dû avoir connaissance du dommage (C. mais aussi qu’il puisse être exercé. civ. civ. il faut non seulement qu’il soit né. non pas au jour de l’acte irrégulier. art. 221 . En résumé.. Ex : action en nullité pour vice du consentement. art. fr. pour qu’un droit se prescrive. art.

Ex : même exemple en supposant une prescription de 1 an. le jour de départ (dies a quo) n’est pas compté : il est nécessairement entamé. fr. à 00h00. Ce texte indique que la prescription « est acquise lorsque le dernier jour du terme est accompli ». nous renseigne sur le point d’arrivée. La prescription a commencé à courir le 2 janvier à 00h00 et s’achève le 2 janvier de l’année suivante à 24h00. le délai commence à courir le lendemain de l’événement qui déclenche l’écoulement du délai de prescription. ne serait-ce que d’une seconde. L’article 2261 C. civ. La prescription se compte par jours entiers. / 2228 C. Si la prescription se calcule en mois. lux.Ex : l’action en responsabilité contractuelle court à compter de la date à laquelle le manquement est révélé au créancier. ayant pour point de départ 00h00 et pour point d’arrivée 24h00. 222 . et non par heures ». le délai de prescription commence à courir le 2 janvier à 00h00.. civ. 2260 C. Le dernier jour (dies ad quem) est compté. Un jour est une période invariable de 24 heures consécutives. lux. Ex : si une créance devient exigible le 1er janvier. il faut encore en déterminer la durée précise. Ex : si la prescription est de 6 mois et qu’elle commence à courir le 2 janvier. Donc. le dernier jour est celui qui porte le même quantième que le premier jour. fr. civ. elle s’achève le 2 juillet à 24h00. si celui-ci prouve qu’il n’en avait pas eu connaissance. / 2229 C. Le mode de calcul – Il ne suffit pas de connaître le point de départ du délai de prescription pour pouvoir le calculer . civ. Par conséquent. Selon l’art. « la prescription se compte par jours.

En revanche. même si c’est un jour férié. survient un et la suspension du délai de 223 . Mais la Cour de cassation y voit un texte de portée générale. mais comme il est impossible d’agir ce jour là (le tribunal est fermé) on reporte la fin de la prescription au jour suivant. On repart de zéro. L’interruption prescription L’interruption et la suspension ont en commun de contrarier l’accomplissement normal du délai de prescription. Solution prévue par l’art. (a) La suspension est au contraire provisoire. le dies a quo est le 1er janvier de l’année suivante. Si une créance devient exigible le 31 décembre d’une année. a priori plutôt pour les délais de procédure. et non pour les délais de prescription. on tient compte du fait que le dernier jour soit un jour férié ou chômé. Les règles de computation n’épuisent pas la question du déroulement du délai de prescription. L’interruption est un arrêt complet de la prescription. le 2 janvier à 24h00 donc.Le caractère férié ou chômé du jour est sans importance pour le jour de départ. (b) Ex : Prescription de 2 ans. l’une et l’autre ne doivent pas être confondues. Si au bout d’un an survient un événement interrompant la prescription. Si au bout d’un an. le créancier a un nouveau délai de 2 ans pour agir contre le débiteur. Ex : une prescription d’1 an qui commence à courir le 1er janvier à 00h devrait s’achever le 1er janvier de l’année suivante à 24h00. Le déroulement bute parfois sur des obstacles qu’il faut à présent envisager. la période de suspension est simplement décomptée. A compter de la survenance de l’événement. celle-ci repart de zéro. Lorsque la prescription reprend son cours normal. 2. Pas nécessaire de reporter le départ de la prescription au 2 janvier. Mais. 642 CPC fr.

une mise en demeure ne suffit pas en principe. elle est sans effet si elle est nulle pour défaut de forme. celle-ci arrête seulement de s’écouler tant que l’évènement empêche le créancier d’agir. La prescription se déroule parce que le créancier est inactif. le créancier n’a plus qu’un an pour agir. Il faut une assignation en justice . Le commandement de payer et la saisie interrompent aussi la prescription. Si la saisie fait suite à un commandement. L’art. En revanche. lux. lux. Cf. à l’inverse. interrompent la prescription ainsi que les délais pour agir » : citation en justice : elle est mentionnée en priorité puisque c’est le mode normal d’exercice des droits. civ. elle interrompt à nouveau la prescription. Lorsque cet empêchement prend fin. d’une péremption de l’instance. 1.événement suspendant la prescription. art. 224 . 2244 C. Une citation en référé suffit. signifiés à celui qu’on veut empêcher de prescrire. La citation produit un effet interruptif même si elle est adressée à un juge incompétent. du rejet de la demande pour quelque motif que ce soit (sur la recevabilité ou sur le fond). 2247 C. Les causes – L’interruption de la prescription résulte de 2 séries de causes possibles. a. Donc. l’acte du créancier interrompt le cours de la prescription. civ. si elle est suivie d’un désistement du demandeur. un commandement ou une saisie. L’interruption Voyons les causes puis les effets de l’interruption. Un acte de poursuite du créancier. même en référé. dresse une liste des actes du créancier interrompant la prescription : « Une citation en justice.

2. L’article 2244 prévoit quant à lui l’interruption de la prescription par un « acte d’exécution forcée ». 2248 C. donc on aurait pu s’attendre à ce que le juge exige l’absence d’équivoque. Cela correspond globalement au commandement de payer et à la saisie évoqués dans l’ancien art. invoque la compensation . Désormais c’est l’art. Les solutions françaises et luxembourgeoises demeurent donc proches. Ex : l’assureur qui reconnaît sa garantie tout en contestant le montant de l’indemnité vaut reconnaissance totale au sens de l’art. Bull. Cela correspond à la citation en justice de l’ancien art. civ. Même si elle n’a pour objet qu’une partie de la créance.En France les textes ont été modifiés. Il y a donc un changement sur ce point. Civ. lux. 25 juin 2002. civ. la reconnaissance interrompt la prescription pour la totalité de la dette. 2244. n° 174). / 2240 C. ce qui mérite d’être relevé car il s’agit d’un acte abdicatif. La reconnaissance par le débiteur qu’il n’a pas payé sa dette interrompt la prescription. L’article 2254 précise que les parties peuvent prévoir d’autres causes d’interruption par contrat. Cela confirme la jurisprudence antérieure (v. l’article 2243 réaffirme que l’interruption est non avenue si le demandeur se désiste ou si sa demande est rejetée (au fond). 1re. Les effets – 225 . 2244. L’article 2241 précise que l’interruption a lieu même si la demande est portée devant une juridiction incompétente mais aussi si elle est rejetée pour vice de procédure. En revanche. I. paie une partie de la dette). La solution est inscrite à l’art. civ. fr. 2248 (ou 2240) C. not. 2241 qui prévoit que « la demande en justice. Une reconnaissance de dette par le débiteur. civ. interrompt le délai de prescription ». Tout se passe comme s’il y avait un nouveau titre. La reconnaissance peut être expresse ou tacite (ex : le débiteur demande un délai pour payer . même en référé.

La suspension 226 . A moins qu’il y ait une interversion de prescription.) [Mais il semble que. lorsqu’elles sont interrompues dans les conditions posées par l’art. civ. La reposent jurisprudence sur une applique l’interversion de aux prescriptions En France. qui ces présomption paiement. 2242 C. l’effet interruptif se prolonge jusqu’à l’extinction de l’instance (v. nouvel art. en cas de citation en justice. civ. une nouvelle prescription commence à courir le lendemain à 00h00. 2274. Ainsi. fr.L’interruption produit des effets radicaux : le temps déjà écoulé est effacé. Par exemple. V. si le créancier fait délivrer un commandement ou si le débiteur reconnaît sa dette. prescriptions ont été abrogées et l’interversion de prescription ne joue donc plus. Le délai de prescription change de nature et par là même de durée : c’est un délai de droit commun qui recommence à courir à la place du délai initial. C. la durée de l’interruption se prolonge. la durée de l’interruption est instantanée. Le nouveau délai est en principe de même nature que celui qui a été interrompu : la nouvelle durée est identique à la durée originaire. nouvel art. Un nouveau délai recommence à courir. si l’instance prend fin au jour du prononcé du jugement. Il n’est pas comptabilisé. 3-1 de la loi du 9 juillet 1991). Elle s’applique aussi lorsque le débiteur est condamné judiciairement : le délai de droit commun remplace le délai initial (en France la solution résulte aujourd’hui de l’art. Au Luxembourg. c’est-à-dire une substitution d’une prescription de droit commun (traditionnellement 30 ans ou 10 ans) à la prescription interrompue. mais celle à laquelle le jugement devient définitif – donc à l’expiration du délai pour interjeter appel]. Parfois. b. Parfois. 2231 C. le point de départ de la nouvelle prescription n’est pas cette date. cela concerne notamment les courtes prescriptions énoncées aux articles 2271 et s. fr. civ.

sauf pour les courtes prescriptions des articles 2271 et s. A la différence de l’interruption qui résulte d’un acte concernant l’exercice ou l’existence de la créance. mais le juge a aussi un certain pouvoir d’étendre les causes de suspension légales. lux. 2235 C. le temps déjà écoulé n’est pas effacé. fr. Idée : la prescription ne doit pas courir contre celui dont l’inaction est légitime. art. Les causes de suspension légales – La prescription ne court pas : contre les créanciers incapables (mineurs ou majeurs) . le délai reprend son cours normal .L’horloge s’arrête (mais n’est pas remise à zéro). énonce aujourd’hui explicitement ce principe général : « La prescription… est suspendue contre celui qui est dans l’impossibilité d’agir par suite d’un empêchement résultant de la loi. art. Lorsque la cause de suspension cesse. par exemple. civ. civ.) entre époux. En France. 2253 C. civ. civ. de la convention ou de la force majeure ». 2236 C. nouvel art. V. le créancier décède et ses héritiers sont mineurs ou le créancier est mis sous tutelle. Les causes de suspension sont définies par la loi. sauf pour la prescription des dettes périodiques (+ au Lux. V. . cela vaut également les partenaires concubins). 2252 C. ie lorsque le créancier et le débiteur sont mari et femme (paix des ménages). fr. civ. art. la suspension découle d’événements qui empêchent le créancier d’exercer son droit. fr. lux / art. La prescription ne court pas tant que demeure la cause de suspension. V. fr. L’article 2234 C. civ. 2230 C. liés par un PACS (mais pas pour les 227 ..

Le pb est alors que. le délai de prescription est reporté de façon à ce qu’il expire au plus tôt quelques mois après la fin des négociations. la prescription court… D’où la précision apportée par l’arrêt : il y a suspension du délai de prescription pendant la procédure de conciliation prévue conventionnellement. 14 février 2003. civ. En effet. 228 . elles recourraient d’abord à une procédure de conciliation obligatoire et préalable au juge. Cf. si le juge a perdu le pouvoir de déterminer la durée de la prescription. civ. Mixte. Le juge saisi par une partie sans tentative préalable de conciliation doit donc refuser d’examiner le litige et renvoyer les parties à la conciliation. fr. durant cette phase préalable de conciliation. il conserve un pouvoir modérateur lui permettant d’étendre les causes de suspension de la prescription prévues par la loi à d’autres situations. Ex : Ch. droit allemand : si un différend survient entre les parties et que des négociations sont entamées pour tenter de parvenir à une solution amiable. n° 1 – qui affirme que si les parties à un contrat ont convenu qu’en cas de litige. une telle clause constitue une fin de non-recevoir qui s’impose au juge si les parties l’invoquent. lux. CCL° : Le juge peut créer de nouvelles causes de suspension. Mixte.- contre l’héritier qui accepte la succession sous bénéfice d’inventaire à l’égard des créances qu’il a contre la succession (art. Le juge peut ainsi refuser de faire courir le délai de prescription contre le créancier qui ne peut pas agir. . Bull.) PB : Aucune suspension de la prescription n’est prévue par la loi lors de l’engagement de négociations entre les parties. Ces lacunes des dispositions légales peuvent cependant être comblées par la jurisprudence. not. Il ne pourra être saisi que si celle-ci échoue. 2258 C. art. 2237 C.

une expertise amiable. C’est une variante du principe « à l’impossible. le seul fait d’être isolé et d’avoir des charges familiales . n° 89). Com. Bull. Mais que décider pour la maladie du créancier ? L’ignorance du créancier ? Il faut donc préciser les conditions d’application de l’adage. il se fonde sur l’adage latin : contra non valentem agere non currit praescriptio. qui n’est qu’une mesure conservatoire. nul n’est tenu ». Traduction : contre celui qui a été empêché d’agir. appliqué en cas de troubles sociaux. la prescription ne court pas. mais à condition que son ignorance soit légitime (v. extérieur et irrésistible) et subjective (attitude du créancier). par exemple. C’est à celui qui invoque l’impossibilité d’agir pendant le délai de prescription de prouver les circonstances qui sont à l’origine de l’empêchement. Conditions La jurisprudence raisonne par analogie avec la force majeure. Dimension objective : l’adage est. mais sans ignorer le comportement du créancier. 229 . civ. 13 avril 1999. de catastrophes naturelles. il a été jugé que ne constituent pas une impossibilité d’agir : l’existence de pourparlers entre les parties . droit hostile à la prescription qu’il considère injuste.Pour cela. d’état mental déficient (sans incapacité). IV. En revanche. PB : L’adage est vague.. L’interprétation de l’adage est donc à la fois objective (événement imprévisible. not. mais du droit canon. la règle n’est pas issue du droit romain. NB : Origine de la règle ? Bien qu’elle soit exprimée en latin. Qu’est-ce que l’empêchement qui autorise le juge à suspendre la prescription ? Une guerre ? Certainement. Dimension subjective : la prescription ne court pas contre le créancier qui ignore ses droits.

du temps nécessaire pour agir avant l’expiration du délai de prescription. Donc pas certain. art. Le délai n’est donc pas nécessairement prolongé d’une durée égale à celle de l’impossibilité d’agir. au moment où l’empêchement a pris fin. selon la cause de la suspension (art. Et la loi ne distingue pas. Art. Aujourd’hui le principe qui permet au juge d’identifier des causes de suspension supplémentaire est légal. Notons enfin que le Code français prévoit deux nouvelles causes de suspension. 2238 : lorsque les parties conviennent après la survenance du litige de recourir à une médiation ou à une conciliation (différent de la clause prévoyant avant tout litige un recours préalable à la médiation). PB : Cela demeure-t-il vrai sous l’empire des nouveaux textes français ? Douteux. Art.) 230 . 2230 : « La suspension de la prescription en arrête temporairement le cours sans effacer le délai déjà couru »). pour déterminer l’effet de la suspension. 145 CPC fr. l’adage ne joue pas lorsque le titulaire de l’action dispose encore. Alors que. Effets Les effets de la suspension judiciaire de la prescription ne sont traditionnellement pas rigoureusement identiques à ceux de la suspension légale. d’après la Cour de cassation. La suspension légale prolonge le délai de prescription de toute la période pendant laquelle l’événement à l’origine de l’empêchement s’est réalisé. le tempérament tiré de l’adage contra non valentem… est donc exceptionnel. 2239 : Lorsque le juge fait droit à une demande de mesure d’instruction présentée avant tout procès (cf.En pratique.

2223 C. : « Le report du point de départ. art. il ne peut pas se contenter de signaler les dates en laissant entendre que la prescription est acquise. / 2247 C. Si le débiteur veut invoquer la prescription. mais pas devant la Cour de cassation car le moyen est mélangé de fait et de droit. Cela signifie que le débiteur doit invoquer la prescription . 2220 C. civ. lux. Il doit invoquer la prescription . 2232 C. lux. La disposition a été modifiée en 231 . l’art. fr. la prescription n’est pas acquise de plein droit. La nécessité d’invoquer la prescription – Cette nécessité résulte des termes de l’art. civ. actions en responsabilité de la victime directe ou indirecte d’un dommage corporel. LE MÉCANISME DE LA PRESCRIPTION A l’expiration du délai. civ. actions réelles immobilières. dommages environnementaux. il le fera par voie d’exception.Dernière précision : pour limiter l’impact de ces causes de suspension et d’interruption élargies. Il peut le faire pour la 1re fois en appel. : « Les juges ne peuvent pas suppléer d’office le moyen résultant de la prescription ». civ. interdit de renoncer par avance à la prescription. La renonciation à la prescription – Comme on l’a déjà signalé. la suspension ou l’interruption de la prescription ne peut avoir pour effet de porter le délai de la prescription extinctive au-delà de 20 ans à compter du jour de la naissance du droit ». Reprenons brièvement ces 2 points. Cf. Il faut que le débiteur se manifeste. en défense à l’action en paiement du créancier. Exceptions : Le délai butoir n’est pas applicable aux actions relatives à l’état des personnes. mais il peut y renoncer. fr. en cas de suspension pour mariage ou PACS ou non échéance du terme… § 2. les nouvelles règles françaises enferment la prescription au sein d’un délai butoir de 20 ans.

France mais le nouvel art. 2250 dit en substance la même chose : « Seule une prescription acquise est susceptible de renonciation ». lux. La renonciation n’obéit à aucune forme. fr. qu’il effectue un paiement volontaire de la dette prescrite.) Il reste à présent à examiner les effets de la prescription. Mais le C. 2252 C. L’effet extinctif Si la prescription est acquise et invoquée. civ. civ. probatoire (B) et plus rarement translatif (C). 2251 C. autorise la renonciation à une prescription acquise. Il faut seulement que la volonté de renoncer soit claire et que l’auteur de la renonciation ait la capacité d’exercer ses droits (art. civ. Elle peut résulter du fait que le débiteur n’invoque pas la prescription. § 3. La solution est fondée tout à la fois sur la nécessité de protéger le débiteur (notamment s’il est en situation de faiblesse) et sur la nécessité plus générale de préserver la paix sociale et de ne pas encombrer les tribunaux de trop vieilles affaires. Mais pourquoi : est-ce parce que l’action est éteinte ou est-ce parce que la créance est éteinte ? La controverse divise les auteurs en 2 camps : Les partisans de la thèse processualiste. pour qui la prescription éteint l’action. / art. 2222 C. Elle peut être expresse ou tacite (art. LES EFFETS DE LA PRESCRIPTION La prescription a un effet extinctif (A). A. qu’il prend l’engagement de payer. civ. fr.). C’est la conception défendue 232 . le créancier perd la possibilité d’obtenir l’exécution forcée de l’obligation.

civ. B. aujourd’hui consacrées par le législateur français (art. fr. 2224-2227).) renforcent la thèse processualiste : si celui qui a payé une dette prescrite ne peut pas agir en répétition de l’indu. 2271 à 2273 C. c’est parce que la dette existe. que la prescription de la créance éteint les sûretés qui en sont l’accessoire . 2262. ne l’avait pas éteinte.par les rédacteurs du Code civil et avant eux Pothier. 2219 C. lux. le débiteur est présumé avoir acquitté sa dette (c’est pourquoi on parle de 233 . C. c’est donc que la prescription. la prescription extinctive doit faire perdre le droit de créance. civ. que le Code civil traite ensemble la prescription acquisitive et la prescription extinctive. lorsque leur délai est expiré. Si elle existe. ressemblent plus à des règles de preuve qu’à de véritables prescriptions. par exemple. fr. 2271 et s. civ. 2249 C. pour qui la prescription éteint l’action et le droit de créance. Le débat n’est pas tranché en doctrine et il existe de sérieux arguments dans un sens comme dans l’autre. Enfin l’art.. L’effet probatoire Les courtes prescriptions visées aux art. on rappelle que l’art. fr. de nombreuses dispositions désignent expressément l’action comme objet de la prescription (v. 1234 range la prescription parmi les causes d’extinction des obligations . En outre. les art. lux. civ. Les partisans de la thèse substantialiste. par hypothèse acquise. . En effet. civ. énonce désormais que : « la prescription extinctive est un mode d’extinction d’un droit ». art. Mais les solutions jurisprudentielles sur le paiement volontaire d’une dette prescrite. Au soutien de cette thèse. C. or de même que la prescription acquisitive fait acquérir le droit de propriété.

La solution est remarquable d’un point de vue théorique car l’Etat s’approprie une créance prescrite. Si le créancier parvient à rapporter cette preuve. sans 234 . ne pas avoir payé la dette. qui viennent bousculer le régime classique de la prescription. La jurisprudence admet également que la présomption puisse être renversée si le débiteur avoue spontanément. civ. L’effet translatif Exceptionnellement. Donc. la prescription présomptive est écartée : elle sera censée n’avoir jamais été mise en mouvement.) : concrètement. lux. Si le débiteur refuse. la prescription peut produire un effet translatif et non plus extinctif. la prescription transfère la créance à l’Etat. 2275 C. on fera comme si la créance avait été soumise dès l’origine au délai de prescription de droit commun (30 ans ou 10 ans). C. le créancier ne peut pas apporter la preuve contraire par témoignages. mais le créancier peut apporter la preuve contraire. Il s’agit en réalité de mesures fiscales. le créancier doit déférer le serment au débiteur afin d’établir le défaut de paiement (art. C’est logique puisque le serment vise à provoquer un aveu. il reconnaît que la dette subsiste et la prescription est écartée. de manière expresse ou tacite. Mais là s’arrête la liste des moyens de renverser la présomption. Pour renverser la présomption. le créancier demande au débiteur de jurer qu’il a payé. Ainsi.prescriptions présomptives à leur égard). Au lieu de profiter au débiteur comme elle le devrait. Cela concerne : les dépôts de sommes d’argent ou de titres en banque lorsqu’ils n’ont fait l’objet d’aucune réclamation depuis 30 ans.

C’est une confiscation par l’Etat. dettes de à sociétés des (coupons. FIN 235 . la technique n’a pas grand chose en commun avec la prescription.que le débiteur ait invoqué la prescription. Le débiteur devra s’acquitter entre les mains de l’Etat. ou intérêts et afférents actions obligations négociables) : le créancier négligent perd son droit au profit A bien y réfléchir. certaines dividendes de l’Etat.