RÔLE DU MÉDECIN SCOLAIRE
Aude Ménigoz érès | Enfances & Psy
2006/1 - no 30 pages 92 à 100
ISSN 1286-5559
Article disponible en ligne à l'adresse:
-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------http://www.cairn.info/revue-enfances-et-psy-2006-1-page-92.htm
-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------Document téléchargé depuis www.cairn.info - univ_oran - - 193.194.74.19 - 11/09/2011 13h31. © érès
-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------Ménigoz Aude , « Comment accompagner les adolescents vers les soins psychiques ? Rôle du médecin scolaire » , Enfances & Psy, 2006/1 no 30, p. 92-100. DOI : 10.3917/ep.030.0092
--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------
Distribution électronique Cairn.info pour érès. © érès. Tous droits réservés pour tous pays.
La reproduction ou représentation de cet article, notamment par photocopie, n'est autorisée que dans les limites des conditions générales d'utilisation du site ou, le cas échéant, des conditions générales de la licence souscrite par votre établissement. Toute autre reproduction ou représentation, en tout ou partie, sous quelque forme et de quelque manière que ce soit, est interdite sauf accord préalable et écrit de l'éditeur, en dehors des cas prévus par la législation en vigueur en France. Il est précisé que son stockage dans une base de données est également interdit.
Document téléchargé depuis www.cairn.info - univ_oran - - 193.194.74.19 - 11/09/2011 13h31. © érès
Pour citer cet article :
l’approche des problèmes de santé s’est modifiée au gré des résultats du progrès et de l’évolution de la société.11/09/2011 13h31. La nécessité de mieux repérer et prendre en compte les signes de souffrance psychique des enfants et des adolescents a été clairement affichée dans la circulaire sur la santé des élèves – « Programme quinquennal de prévention et d’éducation » parue dans Bulletin officiel de l’Éducation nationale du 1er décembre 2003.19 . Les missions ont été régulièrement redéfinies et sont maintenant ciblées autour des élèves en difficulté. Le médecin de l’Éducation nationale semble ainsi bien placé pour dépister les adolescents en souffrance psychique et les orienter vers les structures de soins adaptées. en classe de troisième : moment d’écoute et de dialogue autour de ses 92 30 Document téléchargé depuis www.74.19 .. prévus lors de la création du service après la Seconde Guerre mondiale.univ_oran .cairn.DÈS QUE L’INSTITUTIONNEL (OU LE PROFESSIONNEL) DÉPISTE Aude Ménigoz Comment accompagner les adolescents vers les soins psychiques ? Rôle du médecin scolaire Aude Ménigoz est médecin de l’Education nationale au Service de santé scolaire de l’Inspection académique de Besançon. le médecin de l’Éducation nationale rencontre les élèves dans certaines situations : – en cas d’intégration des élèves handicapés ou souffrant de maladie chronique . Dans les collèges et lycées. Document téléchargé depuis www.univ_oran ..info . – lors du bilan médical dit « d’orientation ».info .193. © érès LE RÔLE DU MÉDECIN SCOLAIRE Le rôle du médecin scolaire a grandement évolué ces dernières années.cairn.74.194. Depuis l’hygiène et le dépistage en masse des pathologies « anciennes ». © érès La grande majorité des jeunes de 11 à 18 ans (et plus) sont scolarisés en collège et lycée.193.11/09/2011 13h31. À quelles difficultés estil confronté dans cet accompagnement des jeunes vers le psychiatre ou le psychothérapeute ? . telles que la tuberculose ou le rachitisme.194.
L’adolescent doit apprendre à gérer l’énergie qui monte en lui.11/09/2011 13h31. « temps de construction de l’individu lui permettant d’échapper à la reproduction à l’identique du fonctionnement parental » (Catheline. Pouvoir prendre de la distance nécessite une sécurité narcissique suffisante.11/09/2011 13h31. qui est à l’initiative de l’entretien..194. dans les lycées professionnels. à faire des choix pour lui-même et non plus pour plaire ou s’opposer à ses parents. 2003). le médecin de l’Education nationale assure. le regard des pairs prend beaucoup d’importance. Le médecin scolaire peut tout à fait reprendre à son actif ces propos de Daniel Marcelli (2005) : « Avec un adolescent.194. Le corps est source de difficultés et en même temps vecteur relationnel.Comment accompagner les adolescents vers les soins psychiques ? projets. dans un cadre parfois en disharmonie avec ses besoins du moment. véhicule privilégié d’expression des conflits et des souffrances.cairn. le temps scolaire repré- 93 Document téléchargé depuis www. Enfin. permettant peu à peu l’établissement de la confiance nécessaire à une relation d’aide. il donne à voir sans rien dire. Et qui plus est.cairn. la visite médicale pourra être l’occasion. mais cette période de grandes turbulences physiologiques et psychologiques en déstabilise plus d’un. pour l’élève.193. à mon avis. le médecin généraliste. © érès . un des enjeux essentiels de la médecine de l’adolescent.193. » Les années collège et lycée correspondent à une période de transition entre enfance et âge adulte. voire ses parents. la surveillance médicale auprès des élèves mineurs travaillant sur machines dangereuses ou soumis à des nuisances particulières.univ_oran . véritable pédagogie de la relation de soin. c’est pour l’adolescent l’occasion de faire le point sur sa santé alors qu’il réfléchit sur son orientation professionnelle .univ_oran . © érès Document téléchargé depuis www.. Les manifestations de mal-être de l’adolescent surviennent chez un « être en développement cognitif. Quel que soit son motif.74. – plus rarement. C’est. Camouflé ou exhibé.74. conformément au code du travail en vigueur. de ses difficultés.19 . c’est le jeune lui-même. de parler de ses inquiétudes. dans son rôle de médiateur. peut devenir temporairement le garant d’un certain souci de soi. on lui demande de travailler ! L’adolescence se passe plutôt bien pour la grande majorité des adolescents. ce qui entraîne un réajustement des liens parents–adolescents. Le rapport aux autres change.19 . le représentant d’une nécessité de prendre soin de soi. – mais surtout à la demande des infirmières ou de l’un ou l’autre des membres de l’établissement .info .info . – en cas de dispense d’activités physiques et sportives pendant trois mois ou plus .
la connaissance du milieu. Elles s’expriment souvent dans le cadre scolaire. © érès Document téléchargé depuis www. à un carrefour relationnel centré sur l’enfant en tant qu’élève et en tant qu’individu en devenir adulte. comme la tristesse. La souffrance psychologique agie est assez bien repérée par les adultes de l’établissement et souvent signalée au médecin scolaire. Cette position. l’effacement. 8 % vers un spécialiste « psy ». « il est exceptionnel [que le jeune] cherche spontanément auprès d’un adulte compréhension. l’ambiance. de plus il est en contact avec les professeurs. en négatif.cairn. Au médecin scolaire de savoir décrypter la demande et proposer des soins spécifiques chaque fois que nécessaire.74.info . Derrière celles-ci. 7 % vers l’assistante sociale et 2 % vers un service hospitalier – (Choquet et coll.74. l’école étant sinon l’objet du moins le lieu d’expression du conflit. 2001). la demande d’aide est souvent à médiation corporelle et les élèves sont nombreux à venir d’eux-mêmes à l’infirmerie pour des plaintes somatiques. le désintérêt.univ_oran .11/09/2011 13h31. inquiétant les professeurs et/ou perturbant les cours. à être hostile ou indifférent » (Marcelli. Le médecin scolaire rencontre régulièrement les chefs d’établissement et les conseillers principaux d’éducation (CPE). l’infirmière reconnaît les signes d’appel en fonction desquels elle oriente 13 % des jeunes vers le médecin scolaire – versus 27 % vers le médecin généraliste. Il travaille en collaboration avec les infirmières d’établissement et en liaison avec les assistantes sociales scolaires et les conseillers d’orientation-psychologues (COP). L’adolescent a plutôt tendance à réfuter l’aide.. le retrait.19 . entraîne une approche particulière de l’adolescent au sein même de son milieu de vie.cairn. échappant ainsi à une analyse médicale. De plus en plus de conduites en creux. 1998). 2001).194. empathie et réconfort. 94 Document téléchargé depuis www. Être dans l’établissement scolaire même permet d’en connaître la dynamique propre. bien que les comportements les plus violents soient parfois traités exclusivement par le Conseiller principal d’éducation (CPE) et le chef d’établissement.193. la dépréciation de soi… sont également interprétées comme signes de souffrance et orientées vers le médecin ou l’infirmière.Dès que l’institutionnel (ou le professionnel) dépiste sentant un élément capital de sa vie quotidienne et de son pronostic à long terme » (Granboulan.194. les tensions sous-jacentes ou les conflits ouverts qui s’y jouent et qui peuvent interférer avec le comportement. à déclarer qu’il n’a besoin de rien. QUELS SONT LES ÉLÉMENTS FACILITATEURS POUR LE MÉDECIN SCOLAIRE ? Tout d’abord..info .11/09/2011 13h31. Toutefois.193.. © érès . voire le développement de l’adolescent.19 . À l’adolescence.univ_oran .
194. il arrive que ce soit les camarades de classe qui.194. L’adolescent est réceptif quand il se sent participer à un véritable échange. 1998). le médecin scolaire reçoit les élèves en l’absence de leurs parents. Pour ceux qui vont le plus mal et sont les moins aptes à formuler une demande. accompagnant l’adolescent. C’est l’occasion de faire le point sur ses difficultés. La confidentialité et la garantie du secret y permettent les interrogations sur le corps. pour le jeune. C’est souvent pour l’adolescent le premier entretien en tête-à-tête avec un médecin.11/09/2011 13h31. le plus souvent. la réassurance sur la normalité. inquiets pour l’un des leurs.193.cairn.univ_oran . quand il est pris pour ce qu’il est et non pour l’élève en échec ou le fauteur de troubles.193. © érès .univ_oran . viennent dans un premier temps nous en parler et accompagnent ensuite le jeune en difficulté à la consultation.19 . l’intrusion psychique.Comment accompagner les adolescents vers les soins psychiques ? La proximité spatiale est également un des facteurs importants favorisant la consultation (Choquet et Ledoux.74. évitera qu’il ne s’enferme dans son comportement. ceux-ci étant informés de la visite médicale prévue mais n’y étant pas invités. lui fera sentir d’une manière ou d’une autre que quelque chose ne va pas.74. n’a rien à lui demander… Le médecin scolaire devra alors trouver une attitude qui puisse favoriser une rencontre avec un jeune parfois récalcitrant ou méfiant envers un adulte qu’il ne connaît pas. qui peuvent le consulter sur les lieux même où ils passent une large partie de leur vie adolescente. Enfin. assistante sociale scolaire…). la demande de consultation émanant d’un adulte et s’imposant à l’élève qui. L’adolescent y vient la plupart du temps sur convocation. la consultation auprès du médecin peut se faire à l’initiative d’un tiers (professeurs. De même. UNE POSITION PRIVILÉGIÉE QUI N’EST PAS SANS DIFFICULTÉS Mais ces mêmes conditions qui facilitent la rencontre avec l’adolescent sont également sources de difficultés. Avoir son bureau au sein du collège ou du lycée confère une spécificité au médecin scolaire au service d’une population captive qui ne choisit donc pas « son » médecin de l’Éducation nationale. médiateur social qui. est à ce titre très important. CPE.cairn. proposé aux élèves de troisième. craignant une collusion avec ses professeurs ou l’administration.info . de parler de ses inquiétudes de rentrer dans le monde des adultes.19 . Le bilan d’orientation. Le médecin scolaire est ainsi à disposition des élèves... La médiation par le corps permet également d’établir une relation sans trop craindre.info .11/09/2011 13h31. lui permettra de reconnaître la souffrance et de demander les soins. 95 Document téléchargé depuis www. © érès Document téléchargé depuis www.
2003). il faut rester attentif et garder à l’esprit que la scolarité. même s’il est souvent important de prendre son temps à l’adolescence. Le temps est également un facteur à prendre en compte.193. Il est important que le médecin l’assure du devoir de secret et définisse avec lui ce qui sera éventuellement transmis (à la famille. souhaite les rencontrer pour parler de leur enfant.info . les adultes de l’établissement veulent savoir ce qui se passe pour un élève.193. © érès . et qu’est-ce qui relève d’un processus pathologique en voie de constitution ? On sait combien la frontière entre les deux peut être ténue.194.univ_oran . à l’asthénie. est engagé.19 .info .. Le médecin scolaire doit respecter le secret tout en participant avec l’équipe éducative à la recherche d’une solution adaptée pour un élève en difficulté. voire dans certains cas au chef d’établissement). Les relations avec le médecin traitant permettent souvent de débloquer la situation. voire à sa famille. qui serait une forme de protection contre les émois et les pulsions ? Marcelli (2001) relève également de nombreux points communs entre adolescence et dépression. Si la plupart d’entre eux se déplacent volontiers. Et que dire de l’ennui qui mine le collège (Catheline. Une année est vite passée.11/09/2011 13h31.19 . autre que leur médecin de famille et dont ils ignorent souvent le rôle. d’autres acceptent moins bien qu’un médecin.74. Et comment associer les parents ? Ce n’est qu’après avoir rencontré l’adolescent et en avoir discuté avec lui que le médecin scolaire prendra contact avec eux. C’est pourquoi. à des difficultés de concentration. De même. et à plus long terme. MAIS COMMENT ORIENTER À BON ESCIENT ? Qu’est-ce qui est « normal » et qu’est-ce qui est « pathologique » ? Qu’est-ce qui revient à l’aspect développemental.11/09/2011 13h31.cairn.194. et il arrive que le seul entretien possible se fasse par téléphone.cairn. au travail psychique de l’adolescence. l’anxiété dont fait preuve un élève peut être une réponse normale et nécessaire à un événement stressant ou au contraire participer à un trouble avéré.Dès que l’institutionnel (ou le professionnel) dépiste La confidentialité est également au centre des inquiétudes de l’élève qui redoute que sa parole ne soit divulguée dans l’établissement.univ_oran . d’autant plus lorsqu’ils sont à l’origine de la consultation. voire à des raptus anxieux. l’entrée dans le monde professionnel et les apprentissages ne doivent pas être obérés. social. Il est nécessaire de protéger le jeune mais également de soulager le désarroi que ressent l’institution face à un adolescent qui inquiète ou qui dérange. 96 Document téléchargé depuis www. aux professionnels médico-sociaux. et parfois le pronostic scolaire. De leur côté. © érès Document téléchargé depuis www.. Tous les adolescents sont sujets à la fatigabilité.74.
Le médecin scolaire reçoit donc ces élèves qui inquiètent les adultes. la maman ayant repris le travail dans la société de son mari afin « de ne pas être sans rien quand il sera mort ». L’année suivante. doivent être pris en compte. elle demandera conseil à son médecin de famille. que celle-ci soit extériorisée ou en retrait.74. En octobre de cette année-là..univ_oran .194. Lors de l’entretien. une prise en charge. Il a alors 11 ans et 10 mois.. suite à un traumatisme lombaire survenu au printemps précédent.193. se rend assez souvent à l’infirmerie pour maux de tête ou de ventre. Il est inquiet pour son papa. Gwénaël va bien et elle ne le sent pas en souffrance psychique. Contrairement à l’année précédente. il est inscrit à la demi-pension depuis son entrée en 5e. Je revois Gwénaël en 4e pour une dispense de sport.19 . Ses résultats scolaires sont satisfaisants. le jeune garçon ne vient plus à l’infirmerie.11/09/2011 13h31. avec un an d’avance. et évalue si des soins sont ou non nécessaires… Reste ensuite à accompagner le jeune et sa famille vers des soins spécialisés si ceux-ci s’avèrent justifiés.11/09/2011 13h31. sont-elles normales ou déviantes ? Évaluer un risque de passage à l’acte auto ou hétéro-agressif n’est jamais chose facile. Mais il est renfermé sur lui-même. des difficultés d’ordre psychologique. s’associent entre elles et à des événements de vie négatifs. pense que ses parents « ne lui disent pas tout ». © érès Document téléchargé depuis www. Cela l’est peut être plus encore chez l’adolescent qui fonctionne par définition volontiers dans ce registre (Nezelof et coll. Nombre d’adolescents présentent des interrogations. À la maison. 1995).cairn. d’une intelligence fine. si elles nécessitent une réponse. où je le rencontre à plusieurs occasions. le trouble panique… (Braconnier. Et les conduites à risque.cairn. C’est un enfant vif. se développe normalement et débute sa puberté. présente des troubles de l’appétit et se plaint de dif- 97 Document téléchargé depuis www.. des plaintes diffuses qui. mais elle me fait savoir qu’elle ne peut pas me rencontrer.info . sa durée. le cumul des manifestations de souffrance. Je contacte Madame G.Comment accompagner les adolescents vers les soins psychiques ? comme l’anxiété de séparation. il est le plus souvent illusoire de croire que “le temps est le meilleur traitement” et qu’il suffit d’attendre » (Marcelli et Braconnier.univ_oran .74. Comme son frère aîné. parle peu. La répétition d’une conduite.. De toute façon. ne relèvent pas toutes de soins spécialisés. de même que les événements de vie négatifs pour l’adolescent lui-même et son entourage proche.info .19 . Leur recueil symptomatique précis peut donner une idée de la gravité de la souffrance psychique. Le jeune garçon. qui exprime facilement sa peur du décès de son père. 9 ans 10 mois. « Lorsque des conduites symptomatiques se répètent. 1999). la phobie scolaire.193. © érès . Gwénaël m’est signalé par les surveillants car à plusieurs reprises il n’a pas mangé à midi. Gwénaël Gwénaël est arrivé au collège en sixième. son père est hospitalisé pour une maladie grave.194. Ses passages à l’infirmerie et dans mon bureau s’arrêtent lorsque le papa reprend son travail. 2001). perdurent. Gwénaël est triste.
le père et/ou la mère mangeront avec lui. Un bilan sanguin est prévu pour voir « si Gwénaël ne manquerait pas de fer ou de magnésium ». Un rendez-vous est enfin fixé. Les enfants ont été informés de la gravité de la maladie dès que le diagnostic a été posé. en dehors des heures de cours de Gwénaël. Gwénaël s’est retiré dans sa chambre où il s’est scarifié avec une lame de rasoir : le bras et l’hémithorax gauche sont couverts d’incisions de 4 à 5 cm de long où le sang a perlé. mais ils ne veulent pas « l’installer dans un statut d’enfant à problème ». les parents pensent que leur fils est sous l’influence d’un camarade de classe. Le père ne comprend pas.. annonce-t-il d’emblée. Cette année.74. © érès Document téléchargé depuis www. Son mari et elle-même l’ont accompagné auprès du médecin de famille.univ_oran .19 .. mais qu’elle n’a été acceptée par les parents que deux jours plus tard lorsque Gwénaël a parlé de suicide. Il a alors été admis à l’Unité d’accueil des adolescents.193. Samedi. a ensuite repris le travail dans l’entreprise familiale. Je reçois un appel téléphonique de Madame G. Quelques semaines plus tard. Il s’est replié sur lui-même. voir ce qui ne va pas et nous en faire part. Elle parle avec un débit rapide et stressé difficile à canaliser. 98 Document téléchargé depuis www.cairn. et à midi.74. devant la répétition des scarifications. Gwénaël s’est à nouveau scarifié en cours avec une paire de ciseaux et le jour suivant. Pour Madame G. Celui-ci aurait dédramatisé la situation et prescrit un traitement homéopathique au jeune garçon.info . Quinze jours plus tard. estimant que ce geste resterait isolé. Madame G. qui prendra les rênes. Il ne veut pas discuter de son père. le chef d’établissement me signale qu’il a reçu la veille Gwénaël et ses parents. de même que Gwénaël.cairn. sans doute à cause de la violence des collégiens. Si le médecin de famille lui conseille une aide psychologique. © érès . en PDG efficace et précis. Ils venaient l’informer que désormais leur fils ne mangerait plus à la demi-pension mais avec eux à la maison : pendant le week-end. ne bougera pas. fera appel à une belle-sœur. Gwénaël ne donne pas de plus amples explications à cet acte d’auto-agression. il fait l’école buissonnière. « Elle pourra discuter avec Gwénaël. Il est à nouveau souvent à l’infirmerie pour des plaintes somatiques.194. Gwénaël a récidivé. c’est le frère aîné qui est chargé de rester auprès de Gwénaël.194. Elle est très désemparée devant le geste de son fils. lorsque j’arrive au collège. d’où la mise en place d’une surveillance permanente autour de leur fils : à la récréation. mais sans place pour la controverse. est très prolixe.19 . ce qui expliquerait qu’il ne va pas bien. Gwénaël est à l’infirmerie. L’entretien est difficile. Son fils a changé depuis qu’il est au collège. mais pense que ses parents lui « cachent quelque chose ». ». Gwénaël reprend les cours peu après. Mais la famille craint une évolution vers le suicide. C’est Monsieur G.11/09/2011 13h31.Dès que l’institutionnel (ou le professionnel) dépiste ficultés de concentration.. C’était auparavant un enfant sans problème. avec de longs silences.11/09/2011 13h31. Elle espère que son fils sortira bientôt du service et voudrait savoir comment il pourra « rattraper » les cours qu’il manque actuellement. le visage fermé.info . son père et sa mère une semaine plus tard. ne souhaitant pas que son fils « soit en contact avec des enfants à problème » dans un service. le garçon s’est scarifié le bras. Il accepte difficilement le suivi psychologique demandé par l’hôpital mais s’y rend toutefois régulièrement. qui respirait la joie de vivre. jointe par téléphone. infirmière psychiatrique dans un hôpital spécialisé pour adultes. Gwénaël est hospitalisé. Tout a été expliqué aux enfants qui semblaient l’avoir compris et accepté. Monsieur G. La maman me demande alors l’adresse d’un psychiatre libéral. La maman a le visage figé. en retrait. très sensible. leur enfant. n’a pas été préparé à affronter la violence des autres au collège. Madame G. suite à une dispute avec un ami. Elle se taira pendant la quasi-totalité de l’entretien. ce sera pour le mardi suivant.. La semaine suivante. La maman ne voit guère d’évolution et pense que l’hospitalisation n’a pas lieu d’être. Elle m’explique ensuite que le psychiatre rencontré la semaine précédente avait préconisé l’hospitalisation rapidement.193. Je retrouve donc Gwénaël.univ_oran .
la plupart du temps à la suite de l’hospitalisation d’un adolescent (phobie scolaire.info . Mais cette démarche fragile semble remise en cause par la nouvelle loi d’orientation et de programme pour l’avenir de l’école. anorexie. le soutien « à distance » du médecin par un « psy » peut lui permettre d’aider un certain temps l’adolescent (et/ou sa famille) dans son cheminement.194.193. ce n’est que plus récemment qu’ils se développent dans les collèges et lycées. en lien avec les services spécialisés. Ainsi. S’il arrive rarement que l’adolescent accepte immédiatement la proposition de soins spécialisés et fasse les démarches rapidement. 99 .. Le médecin de l’Éducation nationale. 1995).. Et pendant cette période.19 . © érès Pour un certain nombre d’adolescents suivis par les services spécialisés. le médecin scolaire. si la résistance est importante..74. jouant alors le rôle de médiateur. coordonne alors le projet avec l’adolescent.cairn. Document téléchargé depuis www. rendant possible une première approche du jeune avec un personnel « psy » en terrain connu.74. le plus souvent il faut du temps pour instaurer la confiance dans la relation duelle et « apprivoiser » le jeune (et sa famille). soutenu par sa famille. est en première ligne dans le repérage des difficultés psychologiques des jeunes. le médecin scolaire va essayer de les accompagner au mieux. « intervenant de santé primaire » (Choquet et Ledoux. © érès LE RETOUR DANS L’ÉTABLISSEMENT SCOLAIRE Document téléchargé depuis www. Dans certains départements.11/09/2011 13h31. qui demande aux médecins de l’Éducation nationale de porter leurs priorités sur l’école primaire. Parfois il est même nécessaire d’aménager le cadre scolaire et/ou l’emploi du temps dans le cadre d’un projet éducatif individualisé (PEI).info . le retour dans l’établissement scolaire doit être préparé.Comment accompagner les adolescents vers les soins psychiques ? Cette vignette illustre le fait que « les troubles psychiatriques survenant chez un adolescent imposent un travail de deuil chez les parents et l’adolescent dont on ne peut pas économiser le temps » (Nezelof et coll.193.19 . Et parfois.univ_oran . accompagnera l’adolescent pour une première visite dans le service de soins. le médecin de l’Éducation nationale. Encore faut-il qu’il puisse établir avec l’adolescent l’attitude authentiquement affective chère à Tomkiewicz (1999) qui lui permettra de témoigner de ses souffrances et peut-être de l’accompagner à bon escient.univ_oran .cairn. Si ceux-ci sont connus depuis longtemps des écoles maternelles et primaires. sa famille et l’établissement scolaire. Dans certains cas. dépression…). des infirmiers psy assurent des permanences dans les établissements scolaires.11/09/2011 13h31. 1998).194.
« L’adolescent entre généraliste et psychiatre ».univ_oran . p. Paris.cairn. GANDELET. CHOQUET.74. S. Neuropsychiatrie. « Problèmes et spécificité de la prise en charge des jeunes en grande difficulté psychologique ». Les élèves à l’infirmerie scolaire. His knowledge of the Educational System and his proximity. 1999.info . Paris.univ_oran . Paris.193. A. CATHELINE. Paris. 1995.194. RÉSUMÉ Le médecin de l’Education nationale. « Suivi psychologique de l’adolescent. 27 (spécial 2). . Psychologie médicale. 688-691. 2001. LAGADIC. M. scolarité. Document téléchargé depuis www. meets adolescents in various situations. Key words : Adolescent School Spotting psychological disorders SUMMARY The school doctor. Sa connaissance du milieu. give him the ability to be one of the major contributors for spotting the adolescent’s psychological disorders. p. Paris. V. BOITEUX. Masson. © érès Document téléchargé depuis www. placé au sein de l’établissement scolaire. 2001. en font un intervenant de première ligne dans le repérage des difficultés psychologiques des jeunes. MARCELLI.11/09/2011 13h31.193. S. « Émergences anxieuses à l’adolescence ». 159. assigned to a college. D. . Psychopathologie de la scolarité. GRANBOULAN. .cairn.info . Marcelli. © érès Mots-clés : Adolescent.74. 46 (7-8). De la maternelle à l’université. TOMKIEWIECZ. N.194. Masson. CHOQUET. C. 1061-1063. Comment repérer et aider ceux qui vont mal ? ». La revue du praticien. . BIZOUARD. Dépression et tentative de suicide à l’adolescence. p. Calmann-Lévy. 2003. However. . COTTIN. soins psychiques. . INSERM. . Enfance et adolescence. . Masson. 1998. . L’adolescence volée. BERTHAUT. P.. D. K. A. Mais ces mêmes conditions qui facilitent la rencontre avec l’adolescent sont également sources de difficultés. Neuropsychiatrie. these conditions that facilitate meeting with the adolescents are also sources of difficulties.19 . 2005. M. E. LEDOUX. Adolescence et psychopathologie.Dès que l’institutionnel (ou le professionnel) dépiste BIBLIOGRAPHIE BRACONNIER. Annales médico-psychologiques. 46 (4). 2001. J. Identification et orientation des jeunes à haut risque suicidaire. p. Enfance et adolescence. N.11/09/2011 13h31. 221-225. rencontre à différentes occasions les adolescents. 1999. p. POMMEREAU. MARCELLI. X. D. 100 .. BRACONNIER. 1998.19 . « Le recours aux professionnels de santé à l’adolescence ». 419-426. S. sa proximité spatiale. 55. NEZELOF. 78-80.