Vous êtes sur la page 1sur 36

in

absent

places

we

dwell

in absent places we dwell 19 “ J u s t t h e p l

19

Just the

place for a

snark! I have

saId It twIce:

that alone should

dU

2 1 2 7

septem

bre

aU

OctObre

2012

À

pianO

nObile

route des acacias 76

Gene`Ve

www.pianonobile.ch

encourage the crew.

Just the place for a snark!

I have saId It thrIce:

what I tell you three tImes Is true.

Lewis Caroll, The Hunting of the Snark, 1874

Piano Nobile inaugure son nouvel espace avec une proposition curato - riale à trois voix 1 dans laquelle des idées et des champs d'applications a priori hétérogènes se cherchent, se rencontrent et s'éloignent selon des rythmes discontinus pour tisser des correspondances. Trois voix, parce qu'il vaut mieux dire trois choses différentes que trois fois la même. “What I tell you three times is true” est un leurre parce que ce n'est pas en répétant une formule qu'on fabrique un Snark: au mieux on conçoit une fable, au pire on fait de la propagande, compagne du dogme et de l'autorité. Quant à notre polyphonie, elle se veut dispersion et désordre, conversation et corrélation, mais aussi expérience, en opposition au diktat (répétition monotonique “Just the place for a Snark!”) qui n'offre qu'illu- sion et apparence. À l'instar de la pensée en archipel d'Edouard Glissant, cette polyphonie tisse deux réalités contradictoires: l'isolement d'un côté et la liaison de l'ensemble de l'autre. Ce paradoxe mène au dialogue, au débordement infini, à l'effacement des frontières et à la possibilité d'ha- biter des lieux absents. Un espace pluriel et créole est à imaginer, occupé par des objets entre lesquels chacun peut agencer sa lecture. Se compose alors un atlas au sein duquel s'enchevêtrent les paysages erratiques du contemporain et les formes de pensées des artistes invités.

comment ces voIx résonnent:

#1 horror vacuI

Cette exposition renvoie aut ant par son titre que par ses œuvres à l'absence, mais à une absence qui aurait la particularité d'être habitée – comme on habite un espace ou une idée. La réif ication de l'absence peut paraître une étrange entreprise, si ce n'est qu'elle s'appuie ici sur un outil de mesure expérimental: l'atopogra- phie, c'est-à-dire la représentation de l'atopie qui, sans lieu et hors langage, “ne peut être prise en charge par aucune collectivité, aucune mentalité, aucun idiolecte 2 ”. Les stratégies des différents artistes tentent de résoudre l'énigme: comment montrer ce qui n'ap- paraît pas?

#2 comme un vIsage auquel on parle et quI s'altère avec les mots

Conçu tel un atlas “miragique 3 ”, In Absent Places We Dwell trace un paysage mouvant aux horizons toujours fuyants. La complexité des schémas ar- tistiqu es abordés tissent d es réseaux de corres - pondances entre les œuvres, souvent à mi-chemin entre explor ation et introspecti on – les atopies étant à la fois ailleurs et ici, collectives et indivi- duelles –, et façonnent une exposition à la limite du dehors et du dedans, un “habitacle en dérive 4 ” qui nous transporte hors de nous-mêmes, dans un voyage immobile.

et comment d'autres voIx se sont JoIntes aux nôtres:

Hors-lieu, sans-lieu, non-lieu; la notion même d'atopie déploie un vaste paysage sémantique aux frontières indéfinissables. C'est donc tout natu- rellement que le chœur s'est formé, car chacun avait à raconter et à faire entendre:

Des dispositifs qui ébranlent les fondements de notre perception de la réalité; un voyage à la frontière entre l'extérieur et l'intérieur qui nous entraîne vers des territoires impossibles; des recoupements entre l'écriture, la photographie et la sculpture; des images qui se créent via la “flânerie”; une sculpture nomade imaginée comme un satellite de l'exposition; la re- présentation de pierres ordinaires et mystérieuses combinée à un registre Dada; un dessin de l'invisible, le monde souterrain des aquifères; le film d'une carrière de marbre qui invite à contempler les traces du temps et de ses résultantes complexes; des photographies de pierres dispersées au sol qui, lorsque l'image fait place à l'objet, créent un vertige; un cratère filmé depuis un avion qui nous donne à voir la totalité d'une expérience normalement fragmentée; le mythe de la fondation de Carthage revisité, entre expérience scientifique et poétique, allégorie de l'origine, chaologie; l'investigation d'un site spécifique qui réinvestit la mémoire d'un lieu; une peinture abstraite qui saisit, entre documentation et interprétation, les tour- ments des émeutes grecques; les photographies d'arbres et de rues comme témoins muets (mais toujours graves) de l'histoire – la grande comme la petite; la trace et la narration d'une expérience psycho-géographique en- treprise il y a six ans dans les rues de Palerme; un travail photographique autour d'un livre au titre évocateur: Digging Up The Past.

#3 la conquête de l'InutIle

Comme leitmotiv de l'exposition, le dernier para- graphe du livre Lieux et non-lieux (1977) de Jean Duvignaud:

“Dans le désert, il arrive que le vent travaille la poussière et la terre. L'humidité s'en mêle. Une lente et matérielle application façonne ce que nous appelons des “fleurs de sable”. C'est nous qui les appelons ainsi. Un lieu se compose ainsi sans nous – que nous nous attribuons par l'exercice littéral de la métaphore. Et même, on fait commerce de ces “‘fleurs’! Mais la matière figure des formes dans l'espace. Et nous les achevons en leur attri- buant abusivement un mot qui les attire dans notre discours […].” Cette trahison qui concentre nos préoccupations pourrait être synthétisée par ceci n'est pas une fleur des sabl es. Car comment ne p as penser à Magritte en lisant cet extra it – la substitution dévorante de l'informe (inclassable 5 ) par la forme (classée) du seul fait d'une maigre ressemblance rappelle l'adage du peintre belge dissociant la re- présentation de l'objet en réalité.

  • 1 Et comme chacun de nous est plusieurs, ça fait déjà beaucoup de monde.

  • 2 Roland Barthes, Le Plaisir du Texte, Paris, Seuil, 1993

  • 3 Terme inventé par Charles Fourrier dans la Fausse Industrie, 1836.

  • 4 Roland Barthes, Roland Barthes par Roland Barthes, Paris, Seuil, 1995

  • 5 Parce qu'elle échappe à la taxinomie.

  • 6 Notes sur le protocole harmonique: en amont de l'exposition, une boîte à outils (textuelle, comme la métaphore foucaldienne) a été envoyée par les commis- saires de l'exposition à tous les artistes. Conçue telle une partition, elle contient l'ensemble des trois voix.

l'orIgIne de l'exposItIon est la naIssance de l'harmonIe 6 .

20

Just the

in

absent

places

we

dwell

place for a

snark! I have

saId It twIce:

that alone should

encourage the crew.

Just the place for a snark!

I have saId It thrIce:

what I tell you three tImes Is true.

Lewis Caroll, The Hunting of the Snark, 1874

Piano Nobile is inaugurating its new space with a curatorial proposition in three voices 1 , in which ideas and fields of applications, seemingly heteroge- neous, search for each other, meeting and moving away again, according to discontinuous rhythms in order to weave relations. Three voices, because it's better to say three different things than repeat one thing three times identically. “What I tell you three times is true” is a deception because it is not by repeating a formula that we fabricate a Snark: at best, we conceive a tale, at worst we do propaganda (which leads to dogma and authority). However, our polyphony is meant to be scatter and disorder, conversation and correlation, but also experience, as opposed to the Diktat of order (monotonic repetition “Just the place for a Snark!”) that only offers an illusion and appearance. Like Edouard Glissant's archipelagic thought, this polyphony gathers in one fabric two contradictory realities: isolation on one hand and bonding of the whole on the other hand. It is that para- dox that leads us to dialogue, infinite overflow, erasing of boundaries and the possibility to dwell in absent places. A plural and Creole space is to be imagined, occupied by objects in between all of us can arrange ways of reading. An atlas is thus composed in which erratic landscapes and thought forms are entangled.

how these voIces resound:

#1 horror vacuI

Because of its title and through the works presen- ted, this exhibition clearly refers to absence, but to an absence that would have the peculiarity to be inhabited (like one inhabits a space or an idea). The reification of absence can be conceived as an extravagant venture. Only it relies on an ex- perimental measuring instrument: atopography, that is to say the representation of atopia, which because it has no place and no language “cannot be taken over by any collectivity, any mentality, and any idiolect 2 ”. The different strategies implemented by the parti- cipating artists attempt to solve the enigma: how to show what is invisible?

#2 lIke talkIng to a face that alters wIth words

Conceived like a “miragique 3 ” atlas, In Absent Places We Dwell draws a changing landscape with fleeting horizons. The complexity of the broached artistic schemes weaves networks of re- lations among the works which are often situated in between exploration and introspection (atopias being simultaneously elsewhere and here, collective and individual). Thus an exhibition on the fringe of the outside and inside takes shape, a “drifting habitation 4 ” that takes us on a still voyage.

#3 the conquest of the useless

As a leitmotiv for the exhibition, the last para - graph of Jean Duvignaud's book, Place and non- places (1977):

“In the desert, the wind often shapes the dust and the soil. Humidity follows. A slow and material process forms what we have named “sand roses”. This is what we call them. A place is thus com - posed without our intervention –which we attri - bute with the literal exercise of the metaphor. We even trade these “roses”! But the matter outlines forms within the space. And we finish them (off) by ascribing them a word that lures them into our discourse…” This treachery that concentrates all of our preoc- cupations could be synthesized with “this is not a sand rose”. For how not to think of Magritte when one reads this excerpt: the devouring substitution of the non-form (unclassifiable 5 ) by the form (clas- sified) because of a meager resemblance reminds us of the adage of the Belgian painter dissociating the representation with the object in reality.

and how other voIces JoIn ours:

Out-place, off-place, non-place; the very notion of atopia opens out a vast semantic landscape with undefined boundaries: thus the chorus has devel- oped very naturally, because everyone had something to tell with:

Devices that undermine our perceptual fundamentals; a voyage between inscape and landscape; cross-checks between writing, photography and sculpture; images that are created while strolling; a nomadic sculpture imagined like a satellite of the exhibition; the representation of ordinary and mysterious stones combined with a dada register; a drawing of the invisible, the underground world of aquifers; the movie of a marble quarry that invites us to contemplate the traces of time and its complex resultants; photographs of stones scattered on the floor which dizzyingly turn into objects; a crater filmed from a plane that offers a total vision instead of a fragmented one; a poetic and scientific reenactment of the myth of the Carthage foundation; the inquiry on a place that is no more; the abstract representation, between documentation and interpretation, of the Greek riots of February; photographs of trees that are the silent witnesses of (macro and micro) history; psycho-geography in the streets of Palermo; eight photographs of the same book bearing this evocative title: Digging Up The Past.

  • 1 Since each of us was several, there was already quite a crowd

  • 2 Roland Barthes, the Pleasure of the Text, Blackwell publishers, 1990

  • 3 After a word invented by Charles Fourier

  • 4 Roland Barthes, Barthes by Barthes, Hill and Wang, 2010

  • 5 Because it escapes taxonomy

  • 6 Notes on the harmonic protocol: prior to the exhibition, the three curators have sent a tool box (textual, like the foucauldian metaphor) to all the participating artists. Conceived like a score, it contains all of the three voices.

the orIgIn of the show Is the bIrth of harmony 6 .

dU

2 1 2 7

septem

bre

aU

OctObre

2012

À

pianO

nObile

route des acacias 76

Gene`Ve

www.pianonobile.ch

in Petra Elena Köhle / Nicolas Vermot Petit-Outhenin «There, where I should have been yesterday. I
in
Petra Elena Köhle /
Nicolas Vermot Petit-Outhenin
«There, where I should have been yesterday. I am here today.
Mapping the search», diaporama en temps réel, 31934 images, 532 h 14 min, 2006
21
absent
places
“Ich ver-
we
dwell
brachte dIe
meIste ZeIt
alleIne In
botanIschen
dU
septem
2 1
2 7
parks oder an
bre
pferderen-
aU
nen und petra,
dIe ItalIenIsch
OctObre
2012
sprIcht, fÜhrte
IntervIews

À

pianO

nObile

route des acacias 76

Gene`Ve

www.pianonobile.ch

und

cher-

te Über

in Petra Elena Köhle / Nicolas Vermot Petit-Outhenin «There, where I should have been yesterday. I

re-

chIer-

laby-

rInthe.

  • 22 Interview mit PEK: Petra Elena Köhle und NVPO: Nicolas Vermot Petit-Outhenin von VF: Vianney Fivel.

Interview with PEK: Petra Elena Köhle and NVPO: Nicolas Vermot Petit-Outhenin by VF: Vianney Fivel.

VF: Haben die Begegnungen, die wäh-

rend eurer Reise in Palermo stattge-

funden haben, das Protokoll und die

R e g e l n d i e d e n A n f a n g d e s P r o j e k t s

zeichneten, beeinflusst?

NVPO: Ja. Wir mussten im Laufe der Zeit und

auf Grund der Ereignisse das Setting an-

passen und immer wieder neu diskutieren.

Ein einschneidender Moment war, als Petra

nach zwei Wochen herausfand, wo mein Hotel

war. Dieses Ereignis änderte unser Verhalten in-

nerhalb des Settings erheblich.

S. 171 (Nicolas): Petra weiss, wo ich wohne. Paler-

mo wird immer komplexer, weil immer bekannter. (...)

Das Ganze verknüpft sich immer mehr zu einem Teppich.

Auch hielten wir gewisse Regeln, die wir uns gesetzt hat-

ten, nicht ein:

S. 89 (Petra):

(...)

Gehört es zum Spiel, sich an die Regeln zu

halten? Regeln sind die ausformulierten möglichen Übertretungen,

Strafen die Legitimation des Regelbruchs. Ein Schwur lebt von der

Möglichkeit, diesen zu brechen. Bestünde kein Verlangen danach, müsste

kein Versprechen abgegeben werden. (...)

S. 133 (Nicolas):

(...)

Alles ist eine M ischung von Regeln einhalten und Re-

geln brechen und es ist trotz Abmachung nicht klar, welche man einhält und welche

nicht. (...) Das Regelwerk, welches wir uns auferlegt

hatten, wurde zum System und dominierte unsere Verhalten. Im Grunde genommen ist die Anlage vergleichbar mit jedem politischen System ausser, dass kein Kontrollsystem wie die Polizei oder das Militär existiert, das uns zur Ordnung auffordern könnte.

PEK: Nicht nur die Treffen haben die Anlage verändert, das Handeln an sich steht in einer Art Spannungsverhältnis zu den Regeln. Wir wollten die Wahrscheinlichkeit eines zufäl- ligen Treffens untersuchen. Doch schliess- li c h g in g e s vi e l m e h r um d i e M omen t e in denen man sich verpasst und wie man in der Banalität des Alltags mit der eigenen Fremd- heit, Sehnsucht und Einsamkeit umgeht. In den Protokollen treten die Begegnungen als L e e rst e l l e n i n d e r a n s o n st e n f o rtl a u f e n d e n Aufzeichnung auf. VF: Ha b t ih r eu ch eh e r a u ss e rh a lb v o n d em gefühlt was ihr erkundschaftet (observateurs) oder habt ihr mit den Elementen und den Per- s o n e n d e n e n i h r b e g e g n e t s e i d i n t e r a g i e r t (acteurs)? NVPO: Unser sozialer Raum wurde von der Ver- suchsanordnung stark beeinflusst. Bei beiden manifestierte sich das auf ganz unterschiedli- cher Art und Weise. Ich verbrachte die meis- te Zeit alleine in Botanischen Parks oder an Pferderennen und Petra, die italienisch spricht, führte Interviews und recherchierte über Laby- rinthe. Dies und der unterschiedliche Umgang mit den Medien Text und Fotografie, waren die Hauptmotivation um die Publikation in zwei Bü- cher zu gliedern, welche abgesehen von Format und Papier unterschiedlich gestaltet sind. Dass die Bücher genau den selben Umfang haben, ist letztendlich Zufall. PEK: Die Ausgangslage hatte durchaus ein Mo- ment von Distanziertheit wie man sie bei einem observateurvermuten würde. Wir dachten uns ein Regelwerk aus, mit dessen Hilfe wir einen Sachverhalt untersuchen wollten. Doch bereits da begannen die ersten Schwierigkeiten. Eine der Regeln war, dass systematisches Suchen un- tersagt sei. Doch was bedeutet systematisches Suchen, wo ende t Sy stematik und wo beginnt In tu itio n ? Ist In tu itio n d e r u n d u r c h s c h a u b a r e Gegenpol zur Systematik, oder liegt dieser bloss eine ungleich komplexere Vorstellung von System zugrunde? Wir kannten die andere Person und glaubten zu wissen, wo sie sich befinden könnte

was sich im übrigen nicht unbedingt bewahrheitet hat dies beeinflusste die Gedanken, die Wege. Wir waren sowohl diejenigen, die die Regeln auf- stellen, als auch die, die das Experiment durch- führen und wir sind es auch, die die Daten danach auswerten. Keine Trennung also zwischen Beob- achter/in und Beobachtetem/r. Doch die einzelnen Regeln kreierten nach kurzer Zeit ein System von Handlungen, in welchem wir die Übersicht verloren hatten und in dem sich selbst die Ausgangslage zu verschieben schien, so dass uns sowohl die Über- sicht des observateursals auch die Handlungsfä- higkeit des acteurszu entgleiten drohte.

Die zunehmende Verstrickung in die selbst bestimm- ten Regeln wurde überlagert vom Gefühl der Künst- lichkeit, das durch die dauernde Aufzeichnung der eigenen Wege und Gedanken entstand. Und diese Künstlichkeit kreierte gleichzeitig eine Distanz zur

Situation, die sich durch das Transkribieren, Aus- werten und Überarbeiten noch verstärkte. VF: Ihr benutzt das GPS auf ungewöhnliche Art und Weise, ihr verändert den Nutzen dieser Technologie, die unter anderem zu Überwachungszwecke einge- setzt wird. Ich habe diesen Satz von Künstler E