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Commentaire Par Amamra Saïd Med El Hadi.

«ANA HOUA EL MOUDIR! » *

Il est des faits qui vous laissent pantois : un « semblant » de responsable d’une institution
donnée s’est révolté non pas parce qu’on ne s’est pas empressé de fêter son institution,qui soit
dit en passant a été obtenue grâce aux sacrifices énormes des militants qui ont sué sang et eau
pour l’obtenir (!!!)-et- ce n’est certainement pas « grâce » à son narcissisme maladif-.
Bien au contraire !Sauf que ce qui a déplu à cet plutôt désagréable de la part des agents de sécurité
énergumène venu « d’ailleurs » c’est que sa d’un opérateur privé qui au lieu de faire(ce der-
photo n’y était pas ! nier) son mea culpa vous engage à attendre des
Déjà que ce dernier se prend pour le nombril du heures durant pour une simple opération,puis il
monde : « c’est moi le directeur,s’écriait-il dans vous faut fournir des photocopies à la pelle et de
son délire-démence-coléreux. » Il faudrait qu’il surcroît légalisée SVP (un samedi ?),ensuite il y a
sache que si dans son « fief aussi la déclaration de perte à obtenir auprès des
» (momentanément) il est « le maître absolu », services de police,là aussi tout un dossier et reve-
à 0,05 cm de son institution il n’est absolument nez mercredi ou samedi prochain (P/S : le télépho-
rien du tout avec un grand « R »…… ne a été perdu le 27 décembre 2008 ,la déclaration
Croire qu’il est invulnérable est le propre des de perte sera obtenue le 3 janvier 2009…et ce n’est
assoiffés voire des débiles mentaux : et en la pas sûr !).
matière nous en avons connu de pires !(au Soit mais une question s’impose lorsque des mil-
fait,où sont-ils maintenant ?) liers de puces sont vendues dans les marchés et
Il n’y a que Batna pour recevoir de telles im- autres tables à la sauvette d’où viennent-elles ?
mondices ? Il est vrai que certains d’entre nous Qui les fournit au marché parallèle pour qu’au-
excellent dans « l’à plat ventrisme » mais ce jourd’hui on en vient à emmerder les gens avec
n’est pas une raison pour que notre »MOUDIR cette histoire d’identification.
» confonde vitesse et précipitation ! IL N’Y A Ne nous faites pas porter le chapeau à la place de
QUE LES TONNEAUX VIDES QUI FONT ces pseudo opérateurs qui doivent d’abord justifier
BEAUCOUP DE BRUIT, et nous lui conseil- le pourquoi de l’existence de millions de puces
lons vivement de méditer ce proverbe !....Et anonymes dans la nature !
d’aller se faire soigner… Et puis ce même opérateur privé se doit, au vu du
Cette parenthèse –désagréable,mais o combien nombre considérable de clients,avoir un peu plus
nécessaire- close,passons aux choses sérieuses ! d’égard envers ceux -ci !!(dans d’autres pays mê-
Batna ,et toute la région des Aurès, souffre me arabes se serait –il conduit pareillement ?).Il
énormément du manque flagrant de communi- est vrai que les employés sont algériens et donc de
cation au point où l’agressivité est devenue le mentalité……mais toujours est –il que des agen-
seul moyen d’expression(y compris dans cette ces annexes doivent voir le jour et au niveau des
institution dont nous parlions un peu plus haut). dairates aussi. Le citoyen à droit à une attitude
En guise d’anecdote ,nous avons perdu un télé- accueillante dans tous les cas de figures, concur-
phone portable avec deux puces . rence oblige et surtout que c’est lui qui doit être «
Jusque là rien d’anormal ça peut arriver à n’im- roi» :c’est lui qui les a enrichi !
porte qui diriez vous. Pour clore revenons à ce (ir) responsable « ana
Mais là ,où le bas blesse c’est lorsque vous houa el moudir !!!! » pour lui assener ce ver arabe
entamez la procédure de « blocage » des puces, qui est si explicite : « ‫ ﻭ‬..... ‫ﺍﻥ ﺃﻛﺮﻣﺖ ﺍﻟﻜﺮﱘ ﻣﻠﻜﺘﻪ‬
vous allez être confronté à un accueil
‫»ﺍﻥ ﺃﻛﺮﻣﺖ ﺍﻟﻠﺌﻴﻢ ﲤﺮﺩ‬. A bon entendeur….
*« MOI , RIEN QUE MOI ….LE DIRECTEUR ! »

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Dossier Par NOUR- EDDINE KHENDOUDI

MOHAMED HAMOUDA BENSAI


Ce dossier « vise à réhabiliter un homme et
à lui rendre hommage. Il nourrit l’ambition
de le soustraire à l’anonymat et à l’abandon
», et, il faut le dire tout est puisé dans l’ex-
cellent travail de NOUR-EDDINE KHEN-
DOUDI, préfacé par SADEK SELLAM
(MOHAMED HAMOUDA BENSAI ou le
farouche destin d’un intellectuel algérien) –à
lire absolument- ; découvrons………

Ce recueil vise à rentabiliser un homme et à lui


rendre hommage. Il nourrit l’ambition de le
soustraire à l’anonymat et l’abandon.
Intellectuel au destin singulier, totalement mé-
connu des Algériens, MOHAMED BENSAI que pris de regrets pour un si
dit HAMOUDA, est un nom qui ne rappel rien, impitoyable sort et pour les
même au sein des milieux culturels du pays, si conditions dans lesquelles il
l’on doit excepter quelques rares personnes. vivotait. C’est dire combien il
Cet homme qui nous a quittés, en 1998, broyé fut, sa vie durant, poursuivit,
et proscrit, après une poignante traversée du rattrapé et accompagné par
siècle (il est né en 1902), a mené une vie où les l’adversité et les malheurs.
douleurs s’enchainaient et les peines se succé- Outragé, BENSAI a rejoint,
daient, comme disait Lamartine. dans l’indifférence totale –une
Beaucoup de téléspectateur se souviendront bien déplaisante habitude algé-
peut être de sa première et ultime apparition en rienne- d’autres noms d’intel-
1998, sur la scène publique à la faveur d’une lectuels et militants algériens
émission culturelle télévisée qui l’avait présen- qui sombrent toujours dans
té, insitu, dans sa situation précaire et sur son l’oubli.
lit de mort, à la cité de Recasement à Batna, Qui connaît, en Algérie, les regret-
peu de temps avant qu’il n’ait tiré sa révérence. tés émir Khaled descendant de
Quelles pathétiques images ! On ne peut être l’émir Abdelkader, disparu dans

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l’anonymat et son compagnon Sadek Den- Ancien élève de la medersa de Constantine,
den, directeur du journal « El Ikdam », Hamouda Bensai s’est distingué tôt par une
mort dans le dénouement et le besoin ? qui activité intellectuelle qui ne passait pas
se souvient encore d’Ali El Hammami inaperçue dans ce premier fief de l’islah
(1902-1949), figure de prou du nationalis- algérien. A Paris, où il s’est inscrit à la Sor-
me algérien, mort dans un crash d’avion au bonne pour des études de sociologie, le
Pakistan où il était parti défendre la cause jeune homme s’est révélé d’une grande
de son pays et de celle du Maghreb arabe, culture qu’un parfait bilinguisme renforçait.
à l’occasion d’un congrès de pays musul- Ses idées originales sur l’islam et les pro-
mans à Karashi ? Combien d’Algériens ont blèmes de la Nahda , ses considérations sur
entendu parler de Mohand Tazerout (1898- le passé et le présent des musulmans ainsi
1973), grand germanophobe, traducteur que sur le renouveau du monde musulman
d’Oswald Spengler (Le Déclin de l’Occi- ne laissaient pas indifférent.
dent) et auteur de plusieurs ouvrages de Durant cette phase parisienne, au cours des
haute facture sur la culture et la civilisa- années trente, Bensai était l’esprit d’une «
tion, mort seul à l’âge de 75 ans dans un bande à quatre » qui s’est manifestement
piteux hôtel de Tanger ? Et quid du Dr détachée des autres étudiants arabes et ma-
Azzouz Khaldi mort en 1972 ? Pour ne grébins, en formation dans les universités et
citer que ces quelques noms cités de mé- grandes écoles françaises. Ces jeunes étu-
moire. diants algériens, dont un certain Malek
Pourtant tout semblait prédisposer Hamou- Bennabi, professaient dans l’insouciance et
da Bensai, pour y revenir, à la réussite et à la quiétude des idées qui, conjuguées à
un bel avenir. Dans les années trente à leurs activités militantes et nationaliste,
Paris, il avait compté parmi ses connais- étaient perçues comme une menace qui
sances ou s’était lié d’amitié avec des no- plane sur l’ordre établi. En France, le
toriétés intellectuelles comme André Gide, contexte de l’entre-deux-guerres était mar-
prix Nobel de littérature, Louis Massignon, qué par un renforcement de la surveillance
le grand orientaliste, des personnalités des milieux émigrés. Sous la conduite des
religieuses comme Abdelhamid Ben Badis précurseurs du combat nationaliste comme
et Bachir Ibrahimi, les deux chefs du cou- l’émir Khaled et Messali Hadj, les idées
rant réformiste en Algérie, ou de futurs révolutionnaires, voire les revendications
hommes politiques comme Ferhat Abbes, carrément indépendantistes, commençaient
premier président du Gouvernement Provi- à gagner les milieux de le communauté
soire de la République Algérienne, Salah algérienne.
Ben Yousse, le grand militant tunisien, Soumis à la surveillance d’une police spé-
Hadj Nouira, l’ancien premier ministre ciale, les étudiants originaires de Maghreb
de Tunisie ou Ahmed Belafredj, minis- évoluaient dispersés même si certains ten-
tres des affaires étrangères du Maroc, taient de s’organiser dans des cadres estu-
diantins, d’autres militaient au sein de par-
du temps de feu le roi Mohamed V.
tis politiques. Une autre catégorie, plus
Pour une triste et tourmentée histoire, pour
vulnérable, était approchée à travers toute
toute l’injustice qu’il a subie de son vivant,
sorte de tentatives d’enrôlement.
Mohamed Hamouda Bensai mérite cette
évocation posthume.

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Bensai et Bennabi commençaient à se faire CHARLES de FOUCAULT ,pour expli-
remarquer à cette époque, ils réessaient le quer leurs mésaventures en France et en
statut avilissant d’indigène, ce sous- Algérie. BENNABI s’en est longuement
homme amoindri, transformé en être apa- étalé dans ses ouvrages : C’est à partir de
thique et ankylosé, devenu inapte à la civi- ces infortunes que l’idée de la collusion
lisation. Indépendants d’esprit, mais qu’on entre le colonialisme et la colonisabilité, le
peut situer entre les Oulémas et Messali, coquin et la moukère, a muries dans l’es-
dont ils se démarquaient parfois, opposés prit d’un BENNABI.
fermement aux idées du Dr Benjelloul et A l’épreuve, BENSAI, moins battant, peu
de son adjoint Ferhat Abbas, ils prêchaient déterminé à résister, a fini par céder. Ses
des idées nouvelles sur la renaissance de études en avaient ainsi pâties et l’ancien
l’Algérie. Face au drame musulman, ils étudiant à la Sorbonne, dans les années
raisonnaient en termes de civilisation, au 1930,n’a jamais pu achever sa thèse com-
moment où la politique subjuguait les au- promise par les « interférences » sournoises
tres et inspirait leurs discours et démar- dans le choix du thème et les autres pres-
ches. sions exercées sur lui.
Il leur arrivait d’assister aux conférences Fin prématurée également d’un parcours
de Massignon qui portaient généralement culturel brillamment commencé. BENSAI
sur le monde musulman. Ils ne manquaient qui ,au cours des années trente, faisait sen-
pas de lui porter la contradiction et la criti- sation à Constantine, Alger et Paris ,s’est
que, alors qu’il intervenait devant un pu- trouvé réduit au silence, exclu de toute la
blic acquis d’avance à ses thèses. Ils accu- séquence intellectuelle. « Devant les gran-
mulaient, ainsi, les imprudences en allant des douleurs, le silence est de mise », disait
défier un des éminents maitres à penser du -il.
système colonial. D’après BENSAI et Rentré au pays , après ces dures épreu-
BENNABI, eux-mêmes, MASSIGNON, ves ,il s’est trouvé à Batna sa ville natale ;
conseiller à l’époque du gouvernement où il s’est définitivement installé.
français pour « les affaires musulmanes », Début d’une longue et pénible vie qui l’ac-
était à l’origine des roueries de l’adminis- compagnera jusqu’à la mort. En plus d’une
tration et des services français dont ils indigence criarde ,on ne peut que déplorer
furent victimes. Des obstacles furent dres- la situation de dépaysement dans laquelle il
sés sur leur chemin pour les contraindre à s’est trouvé acculé depuis. Tant et si bien
abandonner leurs études et leur barrer que de passage à Batna ; en 1950 , cheikh
l’accès au travail, dicté par le dur besoin, BACHIR EL IBRAHIMI ne put que lui
même pour les petits boulots de journaliers conseiller de quitter ce pays où le savoir
ou de simples tâches de manœuvres , seul n’assure pas le pain à son homme : «
payés à la commission. vous êtes savant, mais il vous manque l’art
Ces mesures aussi dissuasives que coerci- d’être un diable ».
tives prises contre eux ,n’étaient pas le Idéaliste , incarnation de la droiture, com-
fruit d’une simple impression ou nées de me le décrivait BENNABI, BENSAI tenait
l’imaginaire. Ils avaient suffisamment de à des principes et à une morale d’où il pui-
preuves , pour accabler l’ancien professeur sait les règles de conduite et de rectitude.
du collège de France , continuateur du père C’est un homme qui ne répondait qu’à sa
seule conscience et ne se référait qu’à sa foi

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qu’il n’a , au demeurant, jamais perdue. Marquée par un style captivant et d’une rare
Dans la capitale des Aurès, le dur besoin l’a beauté, cette activité épistolaire, qui tirait par
poussé jusqu’à exercer la modeste profession moment de sa longue solitude, ne renseigne
d’écrivain public dans un café populaire. pas uniquement sur son état d’âme. Le lecteur
Les modiques sommes recueillies lui permet- saisira leur portée informative et savourera
taient l’achat de journaux afin d’assouvir sa également les croustillants post-scriptum par
soif de la lecture. lesquels il bouclait généralement ses missi-
Quelques connaissances s’offraient, parfois, ves.
à faire parvenir des journaux français, à ce Ces pièces d’archives renforcent notre
lecteur friand qui suivait attentivement l’ac- conviction que BENSAI s’est bien mis à la
tualité d’ici et d’ailleurs. composition de livres.
Précautionneux, réservé de nature, devenu Dans une de ses lettres à ABDELWAHAB
suspicieux, un trait de caractère signalé déjà HAMOUDA, on peut lire, en effet : « je pro-
par BENNABI et qui s’est accentué avec les fite également de cette occasion pour vous
difficultés et les dures réalités de la lutte envoyer une photocopie de la deuxième note
idéologique, endurées depuis Paris, BENSAI annexe du livre en voie d’achèvement, ayant
se réfugie généralement dans le mutisme. pour titre « Ecrits sur les souvenirs de jeunes-
Cachotier, il conservait précieusement ses se ». J’espère, Incha Allah, en publier d’au-
documents et ses archives personnels. Mais tres : « Au service de l’ISLAM », « Au servi-
il lui arrivait de se confier à quelques rares ce de l’ALGERIE »,…. Ce qui corrobore les
personnes à qui il faisait confiance et de dires des rares personnes qui le fréquentaient.
commenter devant eux, les événements na- Elles nous ont affirmé que BENSAI s’est mis
tionaux et internationaux. Il exprima, ainsi, à composer des ouvrages, après sa longue
son scepticisme qui contrastait avec l’apho- halte.
risme général, né en Algérie après 1989. Les copies de quelques bonnes feuilles dacty-
« Attention à la suite des événements, préve- lographiées, qui lui ont été, en fait subtili-
nait-il ». Son dur quotidien n’a pas entamé la sées* et qui présument un livre de souvenirs,
lucidité de ses jugements. balaient le moindre doute. Où est donc le pro-
« Je n’ai pu me faire un nom dans les lettres duit de cet intellectuel si singulier ? Quoi-
car le colonialisme et ses agents m’ont réduit qu’il en soit , l’Algérie a perdu un François
à la misère », se plaignait-il. Mais vaille que Mauriac.
vaille, refusant d’abdiquer, il a réussi à se BENSAI qui ,du reste ressemble étonnam-
libérer de sa camisole de force dans laquelle ment au célèbre écrivain français, nous laisse
il s’est trouvé enfermé depuis des dizaines sur notre faim. On aurait souhaité qu’il nous
d’années. Il a repris, ainsi, sa plume, au dé- ait légué, lui aussi des « carnets ».
but des années 1980, autrement dit aux der- En attendant l’avènement du jour où le voile
nières années d’une vie qu’on dit fort précai- sera levé sur le sort de l’ensemble des écrits
re, pour rédiger des articles que lui inspi- de feu MOHAMED BENSAI, le lecteur ne
raient ses lectures ou pour coucher ses sou- trouvera donc, dans ce recueil (le livre sur
venirs. Certains de ses articles, tirés de ses BENSAI ndlr), que des bribes que nos recher-
archives et rafraichis, sont livrés au lecteur ches ont pu réunir. Il ne faut surtout pas ré-
avec un ton chargé de nostalgie, d’amertume duire BENSAI à ces quelques fragments et lui
et de regrets. faire tort. D’ores et déjà, il est permis, à l’ins-
Outre des contributions à la presse, BEN- tar de SADEK SELLAM, le préfacier, de
SAIéchangeait des lettres avec quelques parler « d’une œuvre inachevée ».
confidents.

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Dossier Par: SADEK SELLAM

L’ŒUVRE INACHEVEE
DE HAMOUDA BENSAI
Dans les années 20,les départs en France des médersiens algériens désireux d’y
poursuivre leurs études, n’étaient guère encouragés par l’administration coloniale.

Après 1925, celle-ci avait africaine en 1926 et celle de


renoncé aux gestes de bien- l’association des étudiants
veillance par lesquels le gou- musulmans nord africains en
vernement français cherchait 1927.
à atténuer les tensions entre Une police spéciale chargée
colonisateurs et colonisés en de la surveillance des tra-
Algérie. vailleurs et des étudiants
Parmi ces gestes dont on es- musulmans en France fut
comptait des effets psycholo- créée en 1925 à la suite des
giques favorables,il y avait eu
inquiétudes inspirées par
l’adhésion du gouverneur
CAMBON au comité pour la
cette évolution commencée
construction d’une mosquée à durant la première guerre
Paris et la circulaire qu’un mondiale.
ministre de l’intérieur avait envoyée , juste Après la célébration triom-
avant la guerre de 1914, aux préfets pour phaliste du centenaire de la colonisation,
leur demander de faciliter les séjours des des algériens instruits en arabe, qui s’in-
travailleurs algériens en France, de maniè- vestissaient localement dans l’enseigne-
re à améliorer son image aux yeux des « ment libre ou le journalisme,donnèrent
indigènes » une dimension nationale à leur engage-
En Algérie. ment et créèrent en 1931 l’association
En abandonnant cette « politique des des oulémas musulmans d’Algérie.
égards », l’administration a renoué avec la La politique coloniale se durcissait en
suspicion à l’égard des Médersas qu’un
réponse aux craintes inspirées par les
haut fonctionnaire trop craintif avait assi-
milées à « une pépinière de nationalistes ». initiatives d’une élite parmi les coloni-
L’arbuste nationaliste poussait en France sés, qui voulait compter sur soi et valo-
après « l’effet Khaled » de 1924 qui précé- riser ses ressources propres.
da la création à Paris de l’étoile nord

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L’administration s’en tenait au cadre tracé ALI BENAHMED,médersien inscrit à l’é-
en 1850 par les promoteurs des Médersas , cole des langues orientales après avoir fait
qui confinaient leurs diplômés aux emplois paraître pendant près de deux ans à Alger «
de Adel,de Mouderrès ou d(interprète, la voix du peuple », avec l’ancien mauras-
alors que bon nombre de médersiens cher- sien islamisé, MOHAMED CHERIF JU-
chait à s’en échapper pour apporter l’ac- GLARET. Il y avait également quelques «
compagnement intellectuel à la renaissan- compagnons de route », comme le futur
ce de leur pays et contribuer aux réformes avocat BRAHIM BENABDALLAH ; HA-
de la société. MOUDA BENSAI et MALEK BENNABI
C’est dans ce contexte politiquement et ont contribué au rayonnement de l’AEM-
intellectuellement que MOHAMED HA- NA dont les congrès annuels étaient des
MOUDA BENSAI a décidé d’aller faire évènements marquants de la vie intellec-
des études de philosophie à Paris, avec tuelle et politique, et qui participa active-
seul viatique le modeste mandat mensuel ment en 1932 au lancement de la glorieuse
que son père , qui était clerc de notaire à « étoile nord africaine », après l’interdic-
Batna , promettait de lui envoyer. tion de la première ENA.
Après la sortie de la médersa de Constanti- Sa conférence sur le « Coran et la politique
ne, BENSAI s’était fait connaître par des »,faite en français à Paris au siège de
articles remarqués (par cheikh BEN BA- l’AEMNA,puis en arabe au « cercle du
DIS notamment) parus dans « la voix indi- progrès » d’Alger, l’a fait connaître plus
gène » (en français) et « En Nadjah » (en que ses articles de presse de la fin des an-
arabe). Son style, son ton et son parfait nées 20 . Dans un manuscrit consacré au
bilinguisme, annonçaient déjà l’intellectuel courant réformateur en Algérie , AUGUS-
féru d’érudition, rigoureux et engagé. TIN BERQUE (qui suivait l’évolution des
A Paris ,il s’est érigé rapidement en « maî- intellectuels algériens à la direction des «
tre à penser » d’un groupe qui a osé porter affaires indigènes » du gouvernement géné-
les couleurs de l’unité maghrébine et de ral) mentionne cette conférence et qualifie
l’islah à un moment où une partie des étu- HAMOUDA BENSAI de chef de file d’un
diants algériens en France devenaient des « courant positiviste musulman ».
militants partisans assimilationnistes, tan- Avec une grande indépendance d’esprit,
dis que la plupart des autres s’inscrivaient BENSAI et BENNABI se situaient dans la
soit en droit , soit en médecine et préfé- mouvance des Oulémas, mais plaidaient
raient leur carrière aux engagements politi- pour un « Islah formé à l’école cartésienne
ques. ». Ils se démarquaient nettement des gran-
Ce groupe comprenait notamment : MA- des formations politiques algériennes de
LEK BENNABI qui venait de passer de l’époque à qui ils reprochaient de négliger
l’école centrale d’électronique à l’école les transformations sociales.
supérieure de mécanique et d’électricité ; Dans le même temps,HAMOUDA BEN-
SALAH BENSAI, le frère cadet de HA- SAI croyait beaucoup aux dialogues inter-
MOUDA qui se spécialisait dans l’agri- religieux et interculturels et acceptait de
culture tropicale à l’école d’application de présider « l’amicale franco-nord-africaine »
l’institut national agronomique, après fondée avec MARCELLIN PIEL,faisait
avoir obtenu le diplôme de l’école d’agri- partie des intellectuels rencontrés par M.
culture d’el Harrach ; BENNABI à « l’union chrétienne des

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jeunes gens de Paris » , de la rue Trévise Massignon est accusé de l’avoir « désarmé
(Paris 9ème ). » sur le front de la lutte idéologique et d lui
Les séances hebdomadaires de « brainstor- avoir fait, ainsi, « plus de mal que les enfu-
ming » amenèrent BENSAI et BENNABI meurs des grottes du Dahra » !!!
à concevoir un grand dessein pour l’Algé- La sévérité de cette lettre donne une idée
rie et pour l’Islam. Il y avait des prémices des ravages provoqués par les massacres
d’un mouvement inspiré par les premiers collectifs de mai 1945 sur une âme aussi
élans de l’islah et qui aurait eu une prati- sensible que celle de l’intellectuel croyant
que de la politique sensiblement différente HAMOUDA BENSAI.
de celle des « zaims » de l’époque que Massignon qui ,selon son fils DANIEL,
BENNABI appellera ironiquement des « gardait de l’estime pour son ancien étu-
intellectomanes » intéressés seulement par diant, a commenté à plusieurs reprises cette
la « boulitique », une caricature de la vraie lettre devant ses auditoires chrétiens pour
politique. leur montrer comment les progrès sur la
Dans l’atmosphère d’optimisme, voire voie du dialogue islamo-chrétien pouvaient
d’euphorie due sans doute à la découverte être compromis par les retours du colonia-
à Paris des libertés qui étaient beaucoup lisme au tout répressif.
moins reconnues dans les faits en Algérie Le grand arabisant ,qui avait cru dans les
–les deux amis avaient peut être tendance années 20 et 30 à une « intégration » des
à n’entrevoir que les possibilités de réali- algériens dans le respect de l’Islam, dénon-
sation de leurs projets, qui ne manquaient çait plus vigoureusement le colonialisme,
pas d’ambition. Ils sous estimaient les dif- sans pour autant soutenir les revendica-
ficultés que rencontraient les colonisés qui tions indépendantistes. Il a notamment
voulaient porter des projets d’action col- condamné en 1953 l’utilisation des chefs
lective autonome. Ils ne tardèrent pas à maraboutiques par l’administration colonia-
découvrir ces difficultés quand ils passè- le au Maroc et en Algérie. HAMOUDA
rent du micro climat intellectuel du quar- BENSAI est sorti de sa réserve pour lui
tier Latin au marché du travail. Ils eurent reprocher sa volte-face , en lui rappelant
l’impression de véritables obstructions l’apologie du maraboutisme qu’il faisait au
destinées à maintenir le colonisé dans une collège de France dans les années 30. Dans
vie végétative. les échanges qu’ils a eus à cette occasion
La deuxième guerre mondiale leur fit per- avec le Dr KHALDI dans la république
dre ce qui leur restait de leurs illusions des Algérienne, HAMOUDA BENSAI a mon-
années 30. HAMOUDA BENSAI l’a tré sa fidélité à ses idéaux des années 30 et
montré dans la terrible lettre écrite en la permanence de son grand intérêt pour le
1946 à LOUIS MASSIGNON qui avoue débat d’idées.
avoir eu « beaucoup de peine » à sa lec- Dans les années 80, un de ses condisciples
ture. « Je m’en veux de vous avoir ai- à Paris m’a dit que «la vie a été trop dure
mé… »,lui écrivit-il en lui reprochant avec lui ». Il en parlait avec des accents qui
de lui avoir fait croire aux possibilités traduisaient le prestige qu’avait eu dans les
années 30 cet intellectuel auprès de toute
de dialogue entre « arabes musulmans
une génération.
et français chrétiens ». A la même période ,son frère SALAH en
parlait aussi avec un respect empreint

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par Bourki Messaoud
d’admiration et de regret . Il invoquait les
circonstances qui empêchèrent son frère de BIENTÔT LE CINE
donner toute la mesure de son talent.
Après la disparition du grand agronome, la CLUB DE LA FASAC
traduction en arabe de l’article nécrologique
L’assemblée générale de la fondation aures-
que je lui ai consacré au début de 1991 a été
sienne des sciences arts et culture tenue en
publiée à Constantine. Le traducteur reçut
son siège le lundi 29 décembre 2008, passé,
une lettre dans laquelle HAMOUDA BEN-
coïncidant avec le 1 Moharem 1430, a adop-
SAI , d’habitude si méfiant et si critique ,
té à l’unanimité les bilans moraux et finan-
nous remerciait d’avoir retracé convenable-
cier présenté à l’assistance nombreuse des
ment le parcours de frère et d’avoir évoqué
adhérents et autres invités par le président
le rôle joué par le groupe dont ils avaient
M.AMAMRA MED EL HADI.
fait partie à Paris.
Ce dernier a été reconduit à la tête de la FA-
A la suite d’une de ses visites à Alger,où il
SAC par l’assemblée générale au vu du bilan
rencontrait ABDELKADER MIMOUNI, et
fort positif pour un troisième mandat avec
après ses rencontres avec des journalistes
son équipe ; les différents clubs ,l’opération
de Batna ou de Constantine ,on parlait de
« 100% BAC » ayant enregistré un taux de
ses manuscrits et de ses mémoires sans que
réussite avoisinant les 71,50% ,une revue
cela aboutisse à sa mise en contact avec un
mensuelle qui vient de fêter son « an 1 » et
éditeur , ni à un projet de livre qui aurait
qui va donner naissance à un supplément
fait été fait d’entretiens avec un chercheur
hebdomadaire, le lancement en ce mois de
ou un journaliste intéressé par l’histoire des
janvier du ciné club de la FASAC ,qui soit
idées .
dit en passant vient de réussir le pari de se
La publication de textes de H. BENSAI ,ou
doter d’une salle équipée de 40 places et
d’écrits sur lui , comble en partie cette lacu-
aussi son espace « forum culturel » qui se
ne. Elle est utile pour la mémoire par
tient chaque mois et qui est animée par une
l’hommage rendu à un intellectuel croyant
figure culturel ; M.LARBI BOULBINA
et patriote qui a participé , directement ou
ainsi que le poète TAREK THABET.
indirectement à la renaissance de la culture
Des projets, la FASAC n’en manque pas et
islamique en Algérie .
son ambitieux président ne recul pas devant
Elle peut ouvrir la voie à des travaux sur
l’effort tout en saluant l’aide de MM .le wali
des périodes et personnalités restées insuffi-
et du DJS.
samment étudiées, en raison des difficultés
M.AMAMRA regrette toutefois d’ « avoir
de la recherche historique en général, et de
été obligé d’arrêter le groupe littéraire de
l’idéologisation d’une partie de ce qui est
l’opération « 100%BAC2009 » faute de
publié en particulier.
moyens financiers, mais ne désespère pas de
L’évocation du souvenir de H.BENSAI
le relancer très bientôt.
conduit aussi à s’interroger sur les vicissitu-
On notera que BATNA-INFO est non seule-
des, toujours existantes sous des formes
ment éditée par la FASAC mais elle est im-
différentes, qui empêchèrent l’aboutisse-
primée à la FASAC depuis peu et son prési-
ment d’une œuvre si bien commencée et
dent veut atteindre l’objectif de l’impression
qui ,bien qu’interrompue, garde toujours
couleur dans les plus brefs délais. Bravo à
une valeur exemplaire.
cette fondation active !
Le CORAN nous dit qu’ « il y a en cela un
rappel pour quiconque est doué de cœur et
tend l’ouie pour être un témoin ».
11
Par: Batna Info

L'ASSOCIATION DES
ULEMAS MUSULMANS
1-INTRODUCTION - Emergence d'une élite intellectuelle de
Au cours du vingtième siècle, la période culture française appelant à l'assimilation et
des années vingt a été marquée, en ce qui la fusion dans la civilisation française.
concerne les Algériens, par une renaissan- - Encouragement des communautés juives
ce politique. C'est ainsi qu'après les déve- à avoir la mainmise sur les activités écono-
loppements qu'a connus le monde à l'issue miques en leur octroyant des privilèges
de la première guerre mondiale et l'émer- notamment après que la nationalité françai-
gence d'une élite algérienne de diverses se leur ait été accordée.
orientations parmi les députés, les réfor- C'est dans ce contexte que l'association des
mistes et les travailleurs émigrés, la cons- ulémas musulmans algériens fut créée le 05
cience politique a commencé à s'affirmer mai 1931, au club "al taraqi" à Alger. Elle
de jour en jour à travers la création de par- était constituée des ulémas les plus émi-
tis et de formations politiques d'orienta- nents de l'époque, à savoir : Abdelhamid
tions diverses parmi lesquelles l'associa- ibn Badis, El Bachir al Ibrahimi, Tayeb el
tion des ulémas musulmans algériens. Oqbi , Larbi Tébessi. Le comité constitutif
fut présidé par M. Amrane Smaïl et un
2-CONDITIONS DE SA CRÉATION conseil d'administration de 13 membres fut
L'Association des Ulémas Musulmans désigné. Malgré son absence, Cheikh Ab-
Algériens est apparue dans des conditions delhamid Ibn Badis fut élu président de
particulières que l'on peut résumer comme l'association et Cheikh El Bachir Ibrahimi
suit: nommé vice-président. L'association réussit
- Célébration par la France du centenaire à obtenir l'agrément de l'administration
de l'occupation (1830-1930), la fierté qui française compte tenu du caractère modéré
a accompagné cet événement d'avoir liqui- de son programme.
dé la personnalité algérienne et en particu-
lier les provocations de la part des colons. 3-SON PROGRAMME
- Naturalisation de tous les enfants nés en Le programme de l'association des Ulémas
Algérie de parents étrangers, des privilèges était défini dans ses statuts comprenant 24
considérables leur étant par ailleurs, oc- chapitres dans lesquels étaient abordées les
troyés dans l'administration et les servi- grandes lignes de l’action de l'Association.
ces . Les objectifs de l'association apparaissent
- Le viol manifeste des libertés fondamen- aussi bien à travers ses statuts que les acti-
tales des citoyens, les pressions exercées vités et écrits de ses membres.
sur la presse algérienne et les établisse-
ments d'en-
12 seignement
En tête de ces objectifs , figure la préserva- députés, des confréries et des marabouts
tion de la religion musulmane et la lutte ainsi que les missionnaires et les hommes
contre les mythes et légendes, la revivifi- de religion du christianismeLe programme
cation de la langue arabe et ses humanités de l'association des Ulémas était défini dans
ainsi que la glorification de l'histoire du ses statuts comprenant 24 chapitres dans
monde musulman et son patrimoine. lesquels étaient abordées les grandes lignes
Même ceux qui étaient opposés aux idées de l’action de l'Association. Les objectifs
de l'association en ont témoigné, à l'instar de l'association apparaissent aussi bien à
de Mr Ferhat Abbas qui a noté que les travers ses statuts que les activités et écrits
objectifs de l'association consistaient à de ses membres.
"rénover l'Islam , lutter contre les mara- En tête de ces objectifs , figure la préserva-
bouts, instrumentalisés par le colonialisme tion de la religion musulmane et la lutte
et former les cadres de la culture arabe". contre les mythes et légendes, la revivifica-
Le président de l'association avait précisé tion de la langue arabe et ses humanités
les objectifs principaux de celle-ci dans un ainsi que la glorification de l'histoire du
article intitulé: "Appel et fondements de monde musulman et son patrimoine.
l'association des ulémas musulmans ". Par Même ceux qui étaient opposés aux idées
ailleurs, l'association avait affiché des po- de l'association en ont témoigné, à l'instar
sitions claires concernant les questions de Mr Ferhat Abbas qui a noté que les ob-
politiques qui se posaient, s'opposant no- jectifs de l'association consistaient à
tamment à la politique d'assimilation re- "rénover l'Islam , lutter contre les mara-
vendiquée par la Fédération des élus algé- bouts, instrumentalisés par le colonialisme
riens, sous la direction du Docteur Bend- et former les cadres de la culture arabe".
jelloul, Ben Touhami, Ferhat Abbas et Le président de l'association avait précisé
d’autres. De même qu'elle se distingua par les objectifs principaux de celle-ci dans un
sa présence effective au Congrès Islami- article intitulé: "Appel et fondements de
que en 1934. l'association des ulémas musulmans ". Par
Pour mener ses activités, l'association ailleurs, l'association avait affiché des posi-
avait recours aux moyens reconnus tels tions claires concernant les questions politi-
que les mosquées, les écoles libres d'ensei- ques qui se posaient, s'opposant notamment
gnement et d'éducation, la formation de à la politique d'assimilation revendiquée
cadres et les clubs pour les activités cultu- par la Fédération des élus algériens, sous la
relles ainsi que la presse pour diffuser ses direction du Docteur Bendjelloul, Ben
idées et notamment les deux journaux al Touhami, Ferhat Abbas et d’autres. De
chihab et al baçaïr . même qu'elle se distingua par sa présence
Ce déploiement d'activités a mis l'associa- effective au Congrès Islamique en 1934.
tion dans une position inconfortable et peu Pour mener ses activités, l'association avait
enviable dans la mesure où de nombreux recours aux moyens reconnus tels que les
opposants à ces activités se manifestèrent. mosquées, les écoles libres d'enseignement
C'est ainsi que, outre les manœuvres en- et d'éducation, la formation de cadres et les
treprises par l'administration française clubs pour les activités culturelles ainsi que
pour faire face à l'association des ulémas la presse pour diffuser ses idées et notam-
et l'assassinat de Cheikh Mohamed Ka- ment les deux journaux al chihab et al ba-
houl, il y avait également l'opposition des çaïr .

13
Ce déploiement d'activités a mis l'associa- Condoléances. (1)
tion dans une position inconfortable et peu
enviable dans la mesure où de nombreux
Le président de la fondation auressien-
opposants à ces activités se manifestèrent.
C'est ainsi que, outre les manœuvres en- ne des sciences arts et culture a appris
treprises par l'administration française avec peine le décès de la mère de M.
pour faire face à l'association des ulémas ABDELHAKIM ROUABAH , présen-
et l'assassinat de Cheikh Mohamed Ka- te en cette douloureuse circonstance ses
houl, il y avait également l'opposition des condoléances les plus attristées à ce
députés, des confréries et des marabouts dernier et à toute sa famille et les assu-
ainsi que les missionnaires et les hommes re de sa sympathie. « ‫ﺍﻥ ﷲ ﻭ ﺍﻥ ﺇﻟﻴﻪ‬
de religion du christianisme.
‫»ﺭﺍﺟﻌﻮﻥ‬
4-SON PARCOURS POLITIQUE
En dépit des pressions exercées sur elle par
l'administration coloniale et l'opposition de
ses adversaires, l'association poursuivit Condoléances. (2)
néanmoins ses activités durant les années
trente par le biais des écoles, des journaux
Le président de la fondation auressienne
et des clubs jusqu'au déclenchement de la
des sciences arts et culture a appris avec
seconde guerre mondiale. Refusant d'ex-
peine le décès de la mère de M. NOURI
primer son soutien à la France, elle rédui-
wali de Tlemcen, présente en cette doulou-
sit ses activités et cessa la publication de
reuse circonstance ses condoléances les
ses journaux. Cheikh El Bachir El Ibrahi-
plus attristées à ce dernier et à toute sa fa-
mi fut alors exilé par les autorités françai-
mille et les assure de sa sympathie. « ‫ﺍﻥ ﷲ ﻭ‬
ses à Aflou et l'Association intégra les
Amis du Manifeste, formation politique ‫»ﺍﻥ ﺇﻟﻴﻪ ﺭﺍﺟﻌﻮﻥ‬
fondée par Ferhat Abbas.
Après la seconde guerre mondiale, elle
poursuivit sa mission réformatrice sous la
présidence de Bachir El Ibrahimi jusqu'au
déclenchement de la lutte de libération, ‫ﺗﺼﻮﻳﺐ‬
lorsque ce dernier publia le 14 novembre
1954 au Caire, le communiqué de l'Asso-
ciation des ulémas musulmans, appelant le ‫ﻟﻘﺪ ﻭﺭﺩ ﺳﻬـﻮﺍ ﰲ ﺍﻟـﻌـﺪﺩ ﺍﻟﺴـﺎﺑـﻖ ﺍﻥ ﺻـﺎﺣـﺐ‬
peuple algérien à s'unir autour de la Révo- ‫ ﻭﺻـﺎﺣـﺒـﺖ‬، ‫ﻋﻠـﻲ‬.‫ﺍﳌﻘﺎﻝ"ﻣﱴ ﻧﺴﻤﻊ ﺍﻷﺧﺮ" ﻫﻮ ﺝ‬
lution. En 1957, les autorités françaises
décrétèrent la dissolution des partis politi- ‫ ﻫﻲ ﺍﻟﺴﻴﺪﺓ ﻣـﺰﻋـﺎﺵ ﻓـﻤـﻌـﺬﺭﺓ‬،‫ﰲ ﺍﳊﻘﻴﻘﺔ‬،‫ﺍﳌﻘﺎﻝ‬
ques et parmi eux, l'Association des Ulé- .‫ﻟﻼﺛﻨﲔ ﻋﻠﻰ ﺍﳋﻠﻂ ﺍﻟﺬﻱ ﻭﻗﻊ ﻣﻦ ﻏﲑ ﻗﺼﺪ‬
mas Musulmans Algériens.

14
Portraits Par SAID MERZOUKI

Une figure de proue bien de chez nous :


MONSIEUR TOURI RACHID
Je vous ai connu professeur de mathématiques au Collège Moderne de Batna. Vous m’y avez
enseigné tant à moi-même qu’à ma femme, de 1957 à 1959 en classes de seconde et première
alors que monsieur AZEMA était le principal de l’établissement secondé par MM. MAR-
QUET surveillant général, DUPUIS, KATEB intendants et que MM. PELOUS, VOLDOIRE,
BOUZID, LACROIX, (Melle HAMDIKEN, Mme COMMERE) Mmes (MARQUET et
MALLEM) étaient respectivement professeurs de français, de syntaxe, d’arabe, d’E.P.S., de
physique et d’anglais, sans oublier l’Adjudant LE DREZEN et le Sergent TARTAGLIA en-
seignants de P.M.E.
J’ai su dernièrement et grâce à Mme TOURI pour ensuite effectuer en 1955 une année de
Hassina votre sœur que : stages pédagogiques dans divers lycées d’Al-
•Né le 4 mars 1928 à T’Kout, fils de TOURI ger en vue du C.A.P.E.S.
Amor, enseignant et plus tard, successive- •En 1956 , au Collège Moderne de Batna, ce
ment Directeur d’Ecole puis Inspecteur en fut votre 1er poste que vous avez d’ailleurs
fin de carrière à Blida et de BAADA Mes- gardé jusqu’en juin 1960, y enseignant les
saouda, Mathématiques et même, au départ, m’a-t-on
•Vous avez eu un parcours scolaire qui vous dit et ce par intermittences, Physique-Chimie.
a mené de l’Ecole du Stand, (actuellement Ce dont je me rappellerai toujours et encore
Ecole EMIR ABD EL KADER), jusqu’à c’était votre silhouette revêtue d’une blouse
votre réussite au concours des Bourses qui blanche, largement échancrée sur le devant
marqua votre admission au Collège Moderne parce que jamais boutonnée, un cartable,
de Batna quasi vide, ne contenant que les grandes li-
•Après l’obtention du Brevet du 1er Cycle gnes d’une préparation du jour avec exerci-
vous rejoignez le Lycée d’AUMALE. actuel- ces, ce cartable pendouillant à la main gauche
lement REDHA HOUHOU) de Constantine, ou pris serré sous l’aisselle tandis que votre
puis celui de ST. AUGUSTIN de BONE main droite tenait entre ses doigts une cigaret-
(ANNABA) où vous avez obtenu les deux te qui, brûlée et devenue mégot, ne s’éteignait
parties du Baccalauréat dont celui de Mathé- qu’après avoir servi à allumer la cigarette
matiques Elémentaires en 1946. suivante.
•Au Lycée BUGEAUD (actuellement EMIR Vous étiez d’un abord plutôt bourru pour
ABD EL KADER) vous vous êtes inscrit nous, vos élèves, et le mot « mathématiques »
pour deux années consécutives en séries était synonyme de « tyrannie » selon l’appré-
Mathématiques : Supérieures puis Spéciales ciation populaire qu’en donnait Gaston Ba-
dites toutes deux TAUPE vous préparant à chelard, cet autre remarquable scientifique
des concours aux Grandes Ecoles. autodidacte, tellement vous exigiez, de nous
•Mais celui de l’Ecole des Mines, votre tous, les définitions exactes, la récitation des
choix prioritaire, ne vous a pas souri. Aussi corollaires et autres axiomes en des termes les
vous êtes-vous contenté de l’inscription en plus exacts, la bonne exécution de toute dé-
Licence d’Enseignement de Mathématiques monstration, avec la chronologie de ses éta-
à l’Université d’Alger, Licence que vous pes, le strict énoncé des théorèmes et leurs
avez obtenue à la veille de la Révolution applications méthodiques, les constructions

15
géométriques rigoureuses à la règle et au C’est bien plus tard, en 1960, nous promenant
compas aux fins d’une recherche des lieux avec des copains le long des Allées BOCCA,
invariants avec leurs caractéristiques qu’ils devenues depuis Allées BEN BOULAÏD,
fussent médiatrice, bissectrice, arc capable, nous étions en vacances d’été. Nous feuille-
polaire d’un point par rapport à un cercle, tions la Dépêche de Constantine (devenue elle
axe radical et autres faisceaux harmoni- aussi le quotidien AN’NASR), nous y remar-
ques…. quions l’entrefilet nous remplissant de fierté à
Il vous était arrivé un jour, rapporte un élève, votre propos parce que devenu notre idole,
devenu Inspecteur d’Académie en retraite entrefilet vous concernant donc, dans lequel
depuis une dizaine d’années, qu’entrant, vos compagnons «les professeurs du se-
haletant en classe où vos émules vous atten- condaire félicitent leur collègue TOURI Ra-
daient, vous aviez jeté un bref regard à votre chid pour son brillant succès obtenu au Certi-
montre pour dire à la cantonade, que de Ta- ficat d’Astronomie Approfondie avec la men-
zoult au Collège, vous veniez de mettre - 10 tion « très bien » ».
minutes et 30 secondes-, au volant de votre En fin d’année scolaire, ayant réussi avec
« PL 17 », une « PANHARD ». Dans quelle mention mon 1er BAC et, lors de la tradition-
intention ? Peut-être, en vue de la prochaine nelle kermesse de l’Ecole du Stand où vous
leçon sur « les mouvements rectilignes » ! habitiez, tard dans la soirée (vers 23h.), vous
Pour qui voulait vous voir hors du Collège, m’aviez apostrophé dans la grande cour abon-
la Brasserie de l’Etoile accueillait vos inter- damment pavoisée et illuminée pour la cir-
minables parties de belotes avec vos intimes, constance, bruyamment animée de refrains
la preuve étant que la PANHARD était inva- d’airs de l’époque qui se faisaient écho dans
riablement garée devant le SQUARE atte- le grand préau. Je vins à vous, bafouillant,
nant. tandis que vous, copieusement, vous vous
J’étais le responsable de la classe et, en tant mîtes à me conseiller quant à mon proche
que tel, je devais y entrer plutôt que mes avenir: devoir me rendre à Constantine dès la
camarades pour la préparation du cahier de rentrée prochaine, y effectuer impérativement
textes à mettre en évidence sur le bureau du la terminale « math.élém. » parce que le col-
professeur. Ce jour-là je vous avais surpris lège de Batna n’offrait alors, pour nous élèves
bien avant 8 heures, au tableau noir, esquis- issus du Moderne qu’une classe de « philo. »
sant de curieuses mais harmonieuses cour- pour les seuls classiques en fin de cycle se-
bes à la craie. Devant mon « pardon, mon- condaire. Vous aviez ajouté : « vous trouve-
sieur ! » et juste faisant une furtive marche rez ma méthode intégrale chez monsieur SIN-
arrière en me retirant, pensant vous avoir KAIZEN (pardon pour l’orthographe !) mon
outrageusement dérangé, vous aviez aussitôt ancien professeur de mathématiques, alsacien
lancé un tonitruant : « Entrrrrrez ! ». Gogue- d’origine mais installé au lycée d’Aumale
nard vous aviez invité votre « 1er de la clas- depuis 1924 ».
se » à contempler votre œuvre, lui deman- Au cours de cette année-là (1959) j’exerçais,
dant ironiquement son avis. Qu’y pouvais-je parallèlement à mes cours, T.P. et T.D. de «
y comprendre, à cet imbroglio de lignes, et Math-Elém », la fonction fort astreignante de
vous, de m’expliquer que « ce ne sont là que maître-élève : 30 heures de surveillance en
des courbes unicursales appelées communé- internat. J’obtins, à la limite, mon 2nd BAC.
ment CONIQUES en mécanique céleste ! L’année suivante (1960) je m’inscris en
vous commencerez à en étudier quelques MPC. En cours d’année j’eus la surprise de
unes en terminales ». vous apercevoir un matin, de bonne heure, au
Lycée d’Aumale. Vous veniez passer l’écrit
de l’Agrégation de Mathématiques, examen

16
qui avait mobilisé nombreux autres candidats absences de sortie de famille en voiture à la
dans plusieurs disciplines. De 7 h du matin campagne comme tout un chacun, vous lui
à 17 h de l’après midi, entre quatre murs et répliquâtes sèchement : « moi ! je prépare
sans interruption si ce n’était la pause de mes cours ! moi ! » pour résumer que la cho-
midi pour avaler un sandwich et un soda, se qui vous importait le plus au monde c’é-
vous « crapahutiez » devant des problèmes taient la fidélité au savoir rigoureux de la
complexes. Vous m’aviez demandé, en début mathématiques, vos étudiants et chercheurs :
d’épreuve, un livre de tables de logarithmes assistants et maîtres assistants qui en dépen-
dites « RATINET ». Je vous en avais rap- daient idéalement.
porté un, de couleur rouge, sur le champ. Responsable aux plus hautes instances de
Mais vous m’engueulâtes alors parce que l’Université, vous aviez continué à assurer
l’édition rouge comportait des formules in- donc vos cours qui, aux dires de vos étu-
terdites à l’épreuve. Je repartis aussi vite diants, actuellement Docteurs d’Etat dans
vous l’échanger contre l’édition jaune, celle- diverses branches de la Mathématique, com-
là plus officielle. portaient la plupart du temps une énigme
Je vous perdis de vue en 1961. La sinistre donnée en fin de séance, sous forme d’un
OAS ne permettait plus aux étudiants algé- thème de recherche, le point final d’une quel-
riens de continuer sereinement leur cursus conque démonstration n’existait pas chez
universitaire. Mais à l’indépendance, vous vous parce qu’alors débutait une question à
vous étiez retrouvé enseignant les années « résoudre pour vos étudiants, façon pour vous
TAUPE » ou préparatoires aux Grandes Eco- de les initier à la recherche continue.
les et ce au Lycée BUGEAUD devenu Lycée Vous fûtes un symbole pour nombre d’entre
EMIR ABD EL KADER d’Alger, juste 16 nous, pour ne pas dire pour une génération
ans après que vous y fûtes vous-même élève. entière, à qui vous aviez appris les mathéma-
•1962 vous vit avec le titre d’Agrégé de tiques, ce puissant outil tant de l’esprit que de
l’Enseignement et ce après votre succès à la pratique, outil permettant des applications
l’oral passé à Paris. dans de nombreux domaines, depuis les
•Devenu aussitôt Maître-Assistant à l’Uni- sciences de l’ingénieur jusqu’à la recherche
versité d’Alger, en 1971 vous y êtes nommé fondamentale en passant simplement par l’ac-
Doyen de la Faculté des Sciences tout en quisition de la raison critique propre à l’hon-
assurant, en parallèle, des cours à des étu- nête citoyen, doué du bon sens et donc être
diants et préparant vous-même un Doctorat bien pensant.
d’Etat auprès d’une Faculté de Nice. Vous resterez présent au fond de nous tous,
•Jusqu’en 1981, vous aviez veillé sur l’Uni- vos élèves, vos étudiants devenus, à leur tour,
versité d’Alger en qualité de Recteur pour, Professeurs et Hauts Cadres, tant en Algérie
ensuite, être Représentant de l’Algérie au- que dans le monde entier où vous avez essai-
près de l’UNESCO à Paris durant 3 années. mé le savoir mathématique, bref de tous ceux
•Retour à Alger pour une retraite mais, ayant qui vous ont approché.
les mathématiques comme vous dans le sang, Puissent les autorités scolaires et universitai-
vous ne pouviez vous empêcher de continuer res, que dis-je, la Nation entière, pérenniser
à être Professeur Associé à l’Université des votre nom en en baptisant amphis, instituts et
Sciences et de la Technologie « HOUARI grandes places, de sorte que les générations à
BOUMEDIENNE » (U.S.T.H.B.) dispensant venir aient à se rappeler monsieur TOURI
des cours de haut niveau et ce pratiquement Rachid à bon escient, s’en imprégner et agir
jusqu’à votre décès survenu un 7 novembre avec logique et pertinence.
1993. Un jour, votre femme, se plaignant des

17
VESTIGES AURESSIENS Par: Batna Info

À QUAND LA RESTAURATION DE
IMADGHASSEN VIEUX DE 24 SIÈCLES ?
Imadghassen, presque le Dans l’attente d’une hypo-
même style que celui dudit thétique relance du chan-
Tombeau de la chrétienne tier, le temps semble ac-
de Tipasa. Localisé entre complir son œuvre funeste ;
Constantine et le village de gigantesque et arrogant le
Timgad à Batna , il est une Medracen continue, malgré
halte par excellence pour les blessures qu’il porte, à
touristes. Ce chantier s’éter- toiser du regard le temps et
nise au risque de « coûter » les hommes. Tel un mutilé
cher à sa… valeur historique. de guerre, Medracen attend qu’on le débarras-
Érigé au sommet d’une terre surélevée, che- se de ses pansements, que sont ces feuilles de
min reliant le village de Boumia (daïra d’El- zinc coiffant quelques-uns de ses vingt-quatre
Madher) à la RN3, Medracen, ce mausolée gradins, et de ces béquilles sur lesquelles il
typiquement numide, vieux de plus de 24 s’appuie, ces madriers qui le soutiennent et
siècles a été édifié vraisemblablement à la fin renforcent quelques-unes de ses 60 dori-
du IIIe siècle avant J-C, attend encore l’opé- ques… C’est le même décor d’antan qui per-
ration de sa restauration ,ainsi que ses pierres siste et la situation se dégrade de jour en jour.
de taille «éboulées» par le temps. Effective- Ce sont les mêmes pierres de taille qui gisent
ment, la restauration du tombeau du Medra- à ses pieds et les mêmes blessures qui stigma-
cen, engagée par la direction de l’urbanisme tisent son corps.
et de la construction (DUC) de la wilaya de Pourtant, à l’époque l’ex-DUC de la wilaya
Batna, est à l’arrêt depuis des mois. Aucune de Batna a affirmé que “les travaux étaient en
évolution n’est constatée sur ce chantier. La phase d’urgence” et que la DUC avait fait
situation semble ankylosée. L’échafaudage appel à des spécialistes, en la matière, venant
monté à la fin de l’année 2006 pour la réfec- de Tlemcen pour restituer un « état d’origine
tion du monument semble prendre racine et » à ce mausolée numidien . Depuis, beaucoup
le chantier de semble avoir été évacué de- d’eau a coulé sous les ponts et la restauration
puis belle lurette. Aux interrogations quant du Medracen, ce gigantesque cône de pierres
aux raisons de l’arrêt des travaux de réfec- à gradins, posé sur un socle cylindrique, cette
tion ou de remise en état du monument anti- base, peu élevée de 4,43 mètres et ornée de
que, c’est motus et bouche cousue. Les ques- soixante colonnes engagées, surmontées de
tions restent posées sur cet état des lieux. En chapiteaux doriques, est restée « en souffran-
absence d’une communication officielle, ce ». Le temps semble s’acharner contre ce
place aux les rumeurs ! On avance pêle- monument antique pour le mettre à genoux.
mêle, manque de budget, non-faisabilité D’ailleurs, l’auteur du livre intitulé, « L’Algé-
technique de l’opération qui risque de mena- rie septentrionale » ,n’a-t-il pas écrit que le
cer tout l’édifice ou, encore, déficit en spé- tombeau de Medracen avait fait objet d’as-
cialistes restaurateur. sauts de la part des autochtones pour le terras-
ser mais sans y parvenir. Résistera-t-il devant
le dédain et le mépris imposé par l’homme
du XXIe siècle ?
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