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Conseil national du Tourisme

Le tourisme : outil de revitalisation des territoires ruraux


et de développement durable ?
Rapporteurs :

M. Pierre Steinlein, Ingénieur général du Génie Rural des Eaux et Forêts, Président du groupe
de travail
M. Marc Guérin, Cemagref, Chef de département : Gestion des territoires

Note de synthèse

Introduction

Le tourisme, est un réel vecteur de développement économique et social et de


sauvegarde de l'environnement. Ses effets directs et indirects sur la vie des
territoires ruraux ont été mis en évidence par le travail du groupe :
Le tourisme peut constituer un véritable outil pour l'organisation d'une dynamique de
développement économique et social des territoires ruraux de France, pris dans leur
ensemble.
Cette contribution s'affirme d'autant plus nettement que ce tourisme se fonde sur la
sauvegarde de l'environnement local traité globalement (paysages et aménités,
biodiversité, espaces et richesses naturelles, prévention contre les risques naturels).
L'intégration du développement durable dans les stratégies de développement rural
répond aux attentes d'authenticité et de qualité des clientèles.
La voie est ainsi ouverte à la perspective d'un nouvel aménagement du territoire, où les
territoires ruraux apportent non seulement une réponse aux consommateurs provenant
principalement des espaces urbains, mais où ils attirent des entrepreneurs pour des
créations d'activités et d'emplois dépassant le champ du tourisme. Enhardis dans leur
ouverture aux clientèles extérieures, les acteurs des territoires ruraux peuvent mettre la
capacité d'attraction de leur territoire au service d'une stratégie d'implantation
d'activités entrepreneuriales à une échelle internationale. L'attractivité du territoire se
fonde sur la combinaison de nombreux éléments que la capacité d’animation locale
permet d’agencer : paysages, produits du terroir, activités et réussites sportives,
patrimoines naturels, historiques et culturels et d'offres d'accueil et d'animation, etc.

Au-delà de ces réalités du vécu d'un tourisme professionnalisé, le


développement touristique à l'échelle territoriale (agglomération, pays) peut
contribuer à parfaire les qualités d'une implantation nouvelle :
Une vision élargie du territoire peut donner une perception de l'ensemble des atouts,
auxquels les décideurs et les cadres pressentis peuvent être sensibles en termes de
viabilité humaine, d'équilibre de vie, etc.

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Une présentation particulière du patrimoine bâti (potentialités du parc vacant) et des
résidences secondaires (signes de l'intérêt porté au territoire) peut illustrer des
perspectives de logement, autant que possible avec une gamme de services,
susceptibles d'accompagner l'accueil de nouveaux dirigeants et de salariés.

I. Les territoires ruraux dans leurs diversités


Si la tendance séculaire au déclin démographique général des campagnes est
globalement enrayée, l’évolution des territoires ruraux reste fortement contrastée. En
plus des espaces à spécialisation touristique, au moins trois catégories de territoires
peuvent être distinguées. Certains espaces ruraux fragiles demeurent marqués par la
mono-activité agricole ou par le déclin de l’industrie traditionnelle, tandis que dans les
territoires ruraux périurbains, le regain démographique est conditionné par l’arrivée
de nouveaux résidents employés dans le pôle d’emploi urbain voisin. Enfin, dans les
territoires ruraux en transition, le développement est fondé sur la valorisation des
ressources internes, tant humaines que naturelles; c’est souvent là que se trouvent les
foyers industriels dynamiques ou de fabrication des produits agroalimentaires de
qualité.

Les études de terrain montrent que l’apport positif du tourisme peut


concerner chaque type territoire en répondant à des enjeux différents :

Dans les espaces ruraux à spécialisation touristique (285 cantons), le


tourisme permet d’attirer des entrepreneurs individuels, qui parfois s’implantent dans le
territoire en convertissant leur résidence secondaire et créent des activités touristiques.
L’existence d’une rente touristique très localisée peut freiner la coopération
intercommunale indispensable cependant pour assurer la diffusion et la canalisation des
flux au bénéfice de zones voisines moins fréquentées.

Les campagnes fragiles (799 cantons) ont pu dans certains cas exprimer leurs
potentialités touristiques. L’ampleur du déclin démographique limite parfois les
capacités entrepreneuriales et d’initiative de la population locale. Elle empêche alors de
saisir pleinement les opportunités de valorisation économique. Par ailleurs, dans ces
zones de basse densité, la gamme de services, nécessaire à un plein effet des
retombées du tourisme, est souvent limitée.

Dans les zones périurbaines (754 cantons), quand le phénomène de périurbanisation


est récent, le tourisme a souvent joué un rôle de préparation à l’accueil de populations
nouvelles. Le tourisme peut concourir à relocaliser des emplois sur place, qui font
défaut, pour peu que la tendance à la banalisation paysagère caractérisant souvent ces
zones soit enrayée.

Dans le rural en transition (534 cantons) et ses petites villes encore plus qu’ailleurs, la
conciliation avec les autres usages productifs (agriculture, industrie) est un enjeu
particulièrement important. Il s’agit d’éviter les concurrences entre activités (industrie /
tourisme par exemple) et au contraire d’encourager les interrelations positives avec
l’agriculture et avec l’industrie, dans le cadre du tourisme de visite par exemple.

II. Le tourisme rural français : une place affirmée grâce à la


mobilisation des acteurs
Les statistiques touristiques distinguent les sites ruraux proprement dits (où les activités
touristiques sont moins denses), des destinations montagnardes et littorales qui

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concernent cependant assez souvent des communes rurales au sens de l’INSEE.

En 2003, le tourisme dans les sites ruraux correspond à 402 millions de nuitées, soit
28,7 % du total, et la consommation sur le lieu de séjour atteint 19,4 milliards d’euros,
un peu moins de 20 %. Cette plus faible proportion de la consommation par rapport aux
nuitées s’explique par des niveaux de prix moins élevés que dans le reste de la France
et par une moindre diversité des offres de prestation marchandes limitant les
opportunités de dépenses. Le poids relatif du tourisme dans les espaces ruraux, par
rapport à l’ensemble de la France, est supérieur à l’importance de leur population et
plus encore de l’emploi total.
Au recensement de la population de 1999, plus de 144 000 emplois directs (dont 97 000
salariés) concernant les activités touristiques étaient localisés dans l’espace à
dominante rurale au sens de l’INSEE. Par rapport à l’espace à dominante urbaine,
l’emploi considéré comme touristique est plus fortement représenté dans les espaces à
dominante rurale au sens de l’INSEE (4,1 % de l’emploi total en 1999 dans les espaces
ruraux, contre 3,1 % de l’ensemble en ville). Mais les variations saisonnières de l’emploi
ont une amplitude plus forte dans le rural (entre le mois le moins fréquenté et celui qui
l’est le plus, l’emploi augmente de 70 % dans le rural contre 30 % en ville).
Les sites ruraux recèlent la majorité des hébergements (environ 17,3 millions de lits,
dont 63 % en hébergements non marchands, cette proportion n’étant guère inférieure
en ville). Le tourisme dans les espaces ruraux se distingue par des activités sportives de
pleine nature en voie d’organisation et par la place de certaines activités culturelles (y
compris la gastronomie et les produits de terroir) ou liées à la découverte de la nature.
Trois phénomènes différents et récents soulignent, à leur manière, la capacité du
tourisme rural à attirer une demande extérieure solvable. Il s’agit tout d’abord de
l’important développement de l’achat de résidences secondaires par des étrangers. En
2002, plus de 30 000 transactions ont été réalisées par des étrangers, en particulier les
Britanniques en tête des acquisitions. De plus, la tendance récente des grands
opérateurs à choisir la campagne pour implanter des résidences de tourisme mérite
d’être soulignée. Sur un autre plan, il convient de mentionner que la majorité des 6,5
millions d’entrées du tourisme de découverte économique, inventoriées par voie
d’enquête en 2002 (hors exploitations agricoles) se réalisent dans des communes
rurales, où il concerne essentiellement des sites industriels dont une partie réalise la
vente directe.
III. Le tourisme favorable à la revitalisation des territoires ruraux,
dans un nouvel équilibre ville-campagne
La notion de revitalisation retenue pour ce rapport est large. Elle ne se réduit pas à la
lutte contre le déclin démographique des campagnes les plus fragiles, mais elle
concerne aussi le maintien des capacités de développement des zones périurbaines ou à
forte spécialisation touristique. Pour ces dernières, la revitalisation signifie plus
précisément le maintien d’une certaine spécificité du rural et de ses paysages, menacés
de banalisation, et la pérennité de l’outil de production agricole et de ses effets positifs
sur les “ aménités ”.

Les projets touristiques doivent évidemment répondre à des impératifs de rentabilité et


offrir une taille et une diversité de gamme de services satisfaisantes, tout en étant
sensibles aux facteurs de localisation, comme le climat et le relief, la richesse du
patrimoine naturel et historique, l’accessibilité (fortement liée à la qualité des
infrastructures). Une attention particulière doit être portée aux capacités
entrepreneuriales, aux disponibilités foncières, et aux opportunités de réhabilitation du
bâti ancien. La dotation de ces différents facteurs est inégalement répartie parmi les
territoires ruraux.

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A partir de ce constat, la tentation est forte de conclure que seul un petit nombre de
territoires ruraux particulièrement bien dotés a une vocation touristique réelle. Les faits
observés par le groupe conduisent à une analyse différente. Si indéniablement, certains
territoires à la localisation favorable attestent d’une plus forte spécialisation touristique
(mesurée en termes de capacité d’hébergement ou d’emplois directs), il n’existe pas de
déterminisme géographique dans ce domaine. En effet, dans de nombreux cas, les
acteurs locaux ont su s’adapter à une situation de départ peu favorable en construisant
de nouvelles ressources matérielles ou immatérielles (savoir-faire, hébergement, loisirs
spécifiques, images de marque, etc).
Inversement certains territoires initialement bien dotés peuvent voir leurs avantages
comparatifs se dégrader par rapport aux concurrents par manque d’entretien et de
renouvellement des ressources. De même, dans ces territoires, les effets sur le
développement local de l’essor touristique peuvent se trouver limités par une mauvaise
insertion dans le tissu socio-économique local. Il apparaît ainsi, que les acteurs locaux
disposent d’une réelle marge de manœuvre parce que l’attractivité touristique ne repose
pas uniquement sur des dotations en facteurs naturels, mais s’appuie sur de nombreux
facteurs matériels et immatériels construits. Ainsi le tourisme a sa place dans tous les
types de territoires ruraux à condition de respecter certaines règles économiques mais
aussi sociales et environnementales.
Soulignons les apports souvent essentiels du tourisme aux populations permanentes. En
plus des emplois directs et de l’ouverture culturelle, le tourisme permet souvent
d’améliorer le cadre de vie de maintenir des commerces, qui servent à la population
résidente tout au long de l’année. Il concourt parfois à propager un sentiment
d’appartenance positif. Enfin, notamment lorsqu’elles sont placées sous gestion
associative, les structures d’accueil et d’animation offrent des prestations de service
diversifiées au bénéfice des populations. Il s’agit en particulier de l’organisation de
garderies ou de centres de loisirs sans hébergement pour les enfants, de la fourniture de
repas à domicile pour les personnes âgées ou de restaurants scolaires, de l’accès aux
infrastructures et aux activités proposées par les sites touristiques (salles, piscines,
manifestations culturelles, installations de mise en forme, murs d’escalade, etc.). Ces
prestations facilitent l’insertion du tourisme dans la société locale.
IV. Le développement durable, comme marque de réussite
Dans des zones, où l’attraction de la clientèle touristique repose sur l’authenticité de
l’accueil et sur le maintien d’un milieu socio-économique vivant ainsi que sur la qualité
des milieux naturels et de la préservation des ressources, la démarche de
développement durable paraît particulièrement adaptée dans un équilibre entre les
aspects économiques, environnementaux et sociaux. Mais le développement du
tourisme rural n’est pas spontanément durable et un volontarisme est nécessaire pour
l’instiller. Le patrimoine naturel et paysager des espaces ruraux constitue une ressource
à entretenir et les risques d’effets négatifs de secteurs économiques parfois
déconnectés du territoire sont à anticiper.

Des règles d’équilibre sont à trouver dans chaque territoire pour optimiser la gestion de
la fréquentation touristique. Il est en effet nécessaire de prendre en compte la masse
critique maximale au-delà de laquelle la surfréquentation peut entraîner une
dégradation des ressources naturelles difficilement renouvelables et parfois une
mauvaise acceptation par la société locale, tout en assurant une masse critique
minimale. Celle-ci est la garantie de la rentabilité du projet économique, qui suppose
l’obtention d’économies d’échelle et la mise à disposition d’une gamme de services
suffisamment variée.
Pour gérer cette question de la masse critique, le rapport souligne la diversité des
démarches territoriales de développement durable adoptées dans les territoires. Les

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stations villages (cas du Queyras), le tourisme diffus du type Diois fondé sur l’extrême
dispersion des activités dans les très petites localités et une forte coordination
intercommunale, les “ mini stations intégrées ” à l’instar du village de Noé sur le canal
du Nivernais en lien avec l’intercommunalité voisine, constituent autant de “ modèles ”
différenciés avec leurs lots respectifs d’avantages et d’inconvénients. La recherche
d’une meilleure articulation entre aspects économiques et environnementaux ne doit
pas conduire à négliger la dimension sociale à considérer sous l’angle du respect du
milieu d’accueil, avec la prise en compte des besoins des salariés, comme des attentes
de la clientèle aux revenus modestes.

V. Des préconisations, en recherche de synergie des jeux


d’acteurs
Les 30 propositions du groupe sont convergentes avec celles formulées par d’autres
instances spécialisées. Ces propositions tiennent compte des orientations de la loi
"Développement des territoires ruraux" du 23 février 2005, de la réorientation des
politiques européennes régionales et agricoles, ainsi que de l’approfondissement de la
décentralisation. Elles concernent ainsi non seulement la politique touristique mais aussi
une large gamme de la politique de développement rural, en raison de la nécessité de
concevoir des interventions à caractère intersectoriel, pour atteindre l’objectif visé, dans
une perspective d'aménagement du territoire :

En ce qui concerne le foncier, le bâti et le patrimoine naturel, les propositions


consistent plus particulièrement à inciter à la constitution de réserves foncières, à
généraliser les observatoires fonciers, à maîtriser l’aliénation des chemins ruraux à
connaître et maîtriser la vacance du bâti, à lutter contre les risques des propriétés
abandonnées, à encourager le portage foncier. Elles visent également à faciliter les
actions du mouvement associatif en faveur du patrimoine et de l’environnement, à
coordonner les actions paysagères, à structurer l’information des propriétaires pour
leurs travaux et à renforcer la transmission des savoir-faire. Il s’agit également de créer
les conditions économiques favorables à l’entretien du patrimoine naturel, facteur
d’attractivité touristique.

Pour optimiser la gestion de la fréquentation touristique dans les espaces


ruraux, il est envisagé notamment d’améliorer, homogénéiser et regrouper les
indicateurs de développement, tout en les différenciant par niveaux territoriaux,
d’organiser la gestion technique et humaine des flux de fréquentation mais aussi, tout
en respectant le principe de libre accès à la nature, de cibler une contribution des
usagers sur certaines activités récréatives de pleine nature.

En matière de financement public, le soutien des pouvoirs publics est essentiel


dans les territoires à forte fragilité économique, sociale et environnementale. Il est
recommandé de veiller à l’importance des fonds structurels européens pour le
développement touristique, au nom de la cohésion mais aussi de la nécessaire
contribution des citoyens européens aux équipements qu’ils utilisent et de renforcer le
lien entre les mesures du deuxième pilier de la PAC et les programmes touristiques.

Dans un domaine où l’offre est particulièrement dispersée, la coordination des


initiatives publiques et privées à l’échelle pertinente, selon les types de fonction
touristique, est indispensable. Ainsi, en ce qui concerne la coordination des échelles
d’intervention, il est envisagé d’encourager les acteurs publics à raisonner et à mieux
articuler leurs rôles selon les “ fonctions touristiques ” et de rendre opératoires et
cohérents les documents territorialisés d’orientation.

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En termes d’emploi et de formation, il est recommandé de garantir le logement
des salariés saisonniers, d’accroître les actions de formation dans les territoires ruraux.
Enfin, il est préconisé de renforcer l’ingénierie territoriale de soutien aux
projets de territoire et le système de « porter à connaissance », de manière
adaptée aux projets énoncés, de garantir une présence de l’Etat en conseil
auprès des acteurs territoriaux, de relancer une expérimentation du type
"opérations programmées de développement de l’économie touristique
"(OPDET), dans le nouveau contexte des politiques publiques, européennes et
nationales.

Contacts :
Pierre Steinlein Marc Guérin Conseil national du Tourisme
23, place de Catalogne
pierre.steinlein@club-internet.fr marc.guerin@cemagref.fr 75685 Paris cedex 14

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